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Mort de Michel Butel, écrivain et patron de presse

Fondateur entre autres de « L’Autre Journal », le journaliste et écrivain Michel Butel est mort jeudi, à 77 ans.



Le Monde
 |    30.07.2018 à 15h43
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            

Ecrivain, patron de presse, traducteur, activiste, Michel Butel, mort à Paris, d’une septicémie, le 26 juillet, à 77 ans, ne pouvait être assigné à aucun des rôles qu’il a occupés, et sa disparition ne va pas simplifier la tâche : le mystère demeure, pour toujours désormais. Celui d’une énergie dévorante, jamais satisfaite, attisée par le désir de se créer une place qui ne lui a jamais été octroyée. Moyennant quoi, il l’a inventée, puis, à l’infini, multipliée.
Il naît à Tarbes (Hautes-Pyrénées) le 19 septembre 1940, enfant juif sous l’Occupation qu’on doit dissimuler chez ses grands-parents, en Isère. Sa mère est avocate, son père sera des fondateurs de la Sécurité sociale. De retour à Paris, à la Libération, l’enfant entre à l’Ecole alsacienne. Son chemin de jeune bourgeois semble tracé. Mais, déjà, rien ne se passe comme prévu. C’est dans un institut psychopédagogique, où, dira-t-il, il a été placé pour avoir mis le feu au cabinet de son médecin, que le futur directeur de L’Autre Journal crée, à 12 ans, son premier journal. Il quitte l’établissement à 14 ans, décide de ne pas rentrer chez lui, arrêtant ses études et commençant une vie errante, improvisée.
Il milite, au début des années 1960, pour l’indépendance de l’Algérie, entre à l’Union des étudiants communistes. L’air du temps est à la révolution : il est révolutionnaire, manière comme une autre d’assouvir son désir d’inédit. Mais quand, en 1975, Bernard-Henri Lévy lui propose de participer à la création d’un quotidien, L’Imprévu, il ne peut résister, quand bien même l’entreprise apparaît proche du Parti socialiste haï – François Mitterrand est à la une du premier numéro –, ce qui lui vaut quelques rancœurs chez ses camarades.
Prix Médicis pour son premier roman
C’est un échec retentissant, au bout de onze numéros. Mais l’appétit pour la presse s’est réveillé. Et Michel Butel va devenir virtuose dans l’art d’encaisser les coups, disposition qui permet bien des...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ L’œuvre d’un écrivain est un univers. Ses mots dessinent des paysages, nourrissent des mondes et inspirent des images. Iasnaïa Poliana, l’ancienne résidence de Tolstoï, contient un peu de l’âme du maître de la littérature russe. Un petit bout d’éternité, demeuré intact depuis plus d’un siècle, qui a charmé le photographe Igor Starkov.
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La maison de Tolstoï, un écrin mémoriel


                      L’œuvre d’un écrivain est un univers. Ses mots dessinent des paysages, nourrissent des mondes et inspirent des images. Iasnaïa Poliana, l’ancienne résidence de Tolstoï, contient un peu de l’âme du maître de la littérature russe. Un petit bout d’éternité, demeuré intact depuis plus d’un siècle, qui a charmé le photographe Igor Starkov.



Le Monde
 |    30.07.2018 à 11h15
 • Mis à jour le
31.07.2018 à 17h01
    |

            Pierre Jaxel-Truer







Pour les enfants russes, la première rencontre avec Tolstoï est un mur à franchir, haut comme la tranche d’un pavé de 2 000 pages. Et pas forcément un bon souvenir. Il en va souvent ainsi, ici comme ailleurs, des morceaux du patrimoine littéraire, de ces passages obligés des bancs d’école. Entre les petits caractères de Guerre et Paix ou d’Anna Karénine est nichée la mémoire des mornes heures des lectures imposées. La grande steppe de l’ennui, à un âge où l’on peine à se passionner pour les conquêtes napoléoniennes ou les mœurs de l’aristocratie.
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Le photographe Igor Starkov s’est rendu dans l’ancienne résidence de Tolstoï, près de Toula, à 200 kilomètres de Moscou.

Igor Starkov
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Quand des amis ont conseillé au photographe Igor Starkov de s’intéresser à Iasnaïa Poliana, où il n’était jamais allé, il a donc d’abord traîné des pieds, comme le gamin qu’il fut. À quoi bon remuer ces pénibles relents du passé ? Puis il s’est laissé convaincre, comme ça, sans trop y croire. Et s’est décidé à parcourir les 200 kilomètres qui séparent Moscou de l’ancienne résidence de l’écrivain, au sud de la capitale.
Un paysage empreint de grâce
Finalement, le voyage valait le détour. Starkov s’est abandonné aux charmes des paysages de la Russie centrale et a découvert à son arrivée « une maison remarquable, des vergers de pommiers, des ruchers, des étangs, un paysage empreint de grâce ». Comme un petit morceau d’éternité, au bout d’une allée de bouleaux argentés.
« Peu à peu, j’ai commencé à envier l’existence du comte. On peut dire que Lev Nikolaïevitch a vécu magnifiquement, malgré ses habits de paysan. » Igor Starkov, photographe
Iasnaïa Poliana n’est pas qu’une imposante bâtisse blanche, au grand front élégant et sévère, ceinte d’un parc. C’est un peu de l’âme de l’œuvre de Lev Nikolaïevitch, dit Léon, Tolstoï (1828-1910), qui a résisté au temps. Le maître de la littérature russe a écrit ses chefs-d’œuvre ici, assis face à son bureau, dans sa chambre du rez-de-chaussée. C’est là qu’il a façonné sa façon de voir le monde, qu’il a travaillé son regard oblique, s’est transformé en ascète, après avoir dilapidé en ville sa vie de jeune homme au jeu et dans les vapeurs d’alcool.
Presque tout du décor du retour aux sources de ce personnage complexe demeure, intact. L’endroit est un écrin mémoriel qui a traversé le XXe siècle sans encombre, pas même secoué par la révolution russe de 1917. Bien au contraire. Tolstoï, géant des lettres, était déjà adulé de son vivant, mais il a aussi été mis sur un piédestal après sa mort par le régime soviétique et repeint comme une sorte de précurseur du communisme. La maison a été nationalisée après la révolution d’Octobre et le culte soigneusement entretenu.

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Aujourd’hui, le musée d’Iasnaïa Poliana, où se pressent les touristes aux beaux jours, « plaît plus aux Chinois qu’aux Russes », s’amuse Igor Starkov. Mais le photographe, lui, s’est entiché des lieux et leur a consacré cette série de clichés. « J’avais toujours imaginé que les ascètes dormaient sur des clous, buvaient exclusivement de l’eau et mangeaient du pain rassis… Peu à peu, j’ai commencé à envier l’existence du comte. On peut dire que Lev Nikolaïevitch a vécu magnifiquement, malgré ses habits de paysan », raconte-t-il.
C’est là, aussi, que Tolstoï est enterré. Dans un petit carré de verdure « aussi simple que possible », sous des brins d’herbe qui se dandinent mollement au vent. Une sorte de pied de nez végétal aux tourments de l’Histoire, qui ont accompagné la vie et la mémoire de l’écrivain.

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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ « La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr » d’Antoine Marchalot
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Article sélectionné dans La Matinale du 28/07/2018
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Leumonde.fr, par Antoine Marchalot (épisode 112)

« La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr » d’Antoine Marchalot



Le Monde
 |    29.07.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
29.07.2018 à 07h04
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ Pour fuir la ségrégation raciale de son pays, l’écrivain américain James Baldwin s’exile à Paris en 1948. Dans « Les Elus du Seigneur », son premier roman paru en 1953, il revient sur son séjour dans un sinistre hôtel de la rue du Bac, qui s’est terminé au tribunal.
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Un roman, un hôtel : James Baldwin dans de beaux draps à Paris


                      Pour fuir la ségrégation raciale de son pays, l’écrivain américain James Baldwin s’exile à Paris en 1948. Dans « Les Elus du Seigneur », son premier roman paru en 1953, il revient sur son séjour dans un sinistre hôtel de la rue du Bac, qui s’est terminé au tribunal.



Le Monde
 |    27.07.2018 à 13h13
    |

                            Colombe Schneck








   


En 1949, James Baldwin (1924-1987) vit à Paris depuis un an ; il y a trouvé une forme d’apaisement, loin de la ségrégation qui a cours aux Etats-Unis. Il peut fréquenter les cafés, les restaurants, les magasins, les musées, les jardins, sans être rejeté en raison de la couleur de sa peau.
Il emménage « rue du Bac, au dernier étage d’un hôtel à la fois comique et sinistre, un de ces établissements énormes et hideux dont Paris regorge et qui – avec leurs halls confinés, humides et glacials, leur lumière minable, leurs femmes de chambre toujours pressées – semble exhaler les relents d’une splendeur depuis toujours défunte ». Il n’y fait que dormir, il passe ses journées dans des cafés à écrire.
James Baldwin emprunte un drap à un voisin de chambre, car les siens n’ont pas été changés depuis trop longtemps. Or, ce drap a été volé, et porte le marquage d’un autre hôtel.
Plainte déposée
Une semaine après, entre les fêtes de Noël et du Jour de l’an, deux policiers viennent l’interroger. Une plainte a été déposée par cet établissement pour vol de drap. Ils reconnaissent le chiffre de l’hôtel sur le linge de lit, c’est la preuve du vol. James Baldwin et son camarade se retrouvent, tous les deux, huit jours en prison. Il est jugé, et aussitôt acquitté, « pour le vol d’un drap ».
En sortant, ils racontent leur mésaventure, l’humiliation, les cafards… « L’affaire du drap de lit » fait rire ceux qui l’écoutent, lui se sent « glacé par leur joie ». Il conclut : « Ma vie a commencé au cours de cette première année à Paris, le jour où j’ai pris conscience que ce rire est universel, et que rien ne peut l’étouffer. »
James Baldwin n’est jamais dupe, mais il y a toujours chez lui le courage de croire à un avenir possible. Il reste à Paris, où il va écrire des articles, réunis dans le recueil Notes of a Native Son (1955, Chronique d’un pays natal, Gallimard, 1973), et son premier roman, Go Tell It on the Mountain (1953, Les Elus du Seigneur, en 1957). Il donne comme nom à cet hôtel celui de « Grand Hôtel du Bac ». Il s’agit du Pont Royal, qui logea de nombreux écrivains comme Hemingway, Saint-Exupéry, et dont le bar fut longtemps le lieu de rencontre officiel des éditions Gallimard, l’un des éditeurs français de James Baldwin.

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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ Star internationale depuis la sortie de son roman « Americanah » en 2013, l’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie est aussi devenue une figure majeure du féminisme et un porte-voix de l’Afrique.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤             
Chimamanda Ngozi Adichie, des racines et des lettres 
                  
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Le Monde
 |
                  27.07.2018 à 06h34
 • Mis à jour le
30.07.2018 à 11h42


Star internationale depuis la sortie de son roman « Americanah » en 2013, l’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie est aussi devenue une figure majeure du féminisme et un porte-voix de l’Afrique.

Par                             Judith Perrignon





                     

Il serait si tentant de lui voler les premières lignes de son roman Americanah, pour raconter l’endroit de notre rencontre. Une de ces innombrables petites localités américaines sans odeur, sans transport en commun, sans bruit, si ce n’est le bip des voitures dont on verrouille les portières, une fois garées devant une belle maison, ou devant le minicentre commercial avec son café et son bar à ongles. Columbia. Maryland. Chimamanda Ngozi Adichie habite à un quart d’heure de là.
Empruntons-lui juste cette phrase : « Elle aimait par-dessus tout pouvoir prétendre, dans ce lieu où régnait l’abondance, être quelqu’un d’autre, admis par faveur dans le club consacré de l’Amérique, quelqu’un auréolé d’assurance. »
C’était Ifemelu l’Americanah, surnom que les Nigérians donnent à ceux qui sont partis tenter leur chance outre-Atlantique et en reviennent différents, mais probablement un peu elle à 20 ans quand elle débarqua aux Etats-Unis pour y faire ses études.
Son prénom signifie « un esprit fort, indestructible »
Son prénom résonne d’ailleurs d’autant de syllabes et de voyelles chantantes. Chimamanda. « Littéralement, cela signifie : “Mon dieu ne va jamais s’effondrer”. Mais ça veut vraiment dire : “Mon esprit est fort, indestructible”. Car Chi dans la cosmologie igbo désigne l’esprit de chacun. Tout le monde possède un Chi. Mais quand le christianisme s’est installé parmi les Igbo, Chi est devenu Dieu. »
Nous voilà propulsés en quelques instants depuis un lieu sans âme aux pelouses trop vertes vers les profondeurs et les langues africaines. Les Etats-Unis sont une immense piste d’atterrissage qui n’exclut ni le crash ni la consécration.
« Quand je suis arrivée aux États-Unis, on me disait : “Tu es noire.” Je répondais : “Non ! Je suis nigériane.” »
Chimamanda Ngozi Adichie correspond exactement à la signification de son prénom. D’elle émane une forte présence, une forte lumière, une tête...





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Chimamanda Ngozi Adichie, des racines et des lettres
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ [Une planche de BD de la rentrée 2|5]. « Prendre refuge », qui paraît le 5 septembre, déploie deux récits en résonance.
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Zeina Abirached et Mathias Enard entre Orient et Occident

[Une planche de BD de la rentrée 2|5]. « Prendre refuge », qui paraît le 5 septembre, déploie deux récits en résonance.



Le Monde
 |    26.07.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
26.07.2018 à 13h16
    |

            Frédéric Potet








                        



                                


                            



Deux semaines d’écart séparent, fin 2015, la publication de Boussole (Actes Sud), le roman de Mathias Enard, lauréat du prix Goncourt cette année-là, de celle du Piano oriental (Casterman), bande dessinée remarquée de la Franco-Libanaise Zeina Abirached. Les nombreux thèmes communs à ces ouvrages – la musique, l’exil, les rapports entre Orient et Occident… – ne pouvaient que rapprocher les deux auteurs autour d’un même projet.
La première histoire a pour cadre le Berlin d’aujourd’hui. La seconde se déroule en Afghanistan, en 1939
Mathias Enard et Zeina Abirached ont d’abord appris à se connaître, à l’occasion de salons littéraires où ils étaient invités, avant de se lancer dans Prendre ­refuge (Casterman, sortie le 5 septembre), un album offrant deux histoires pour le prix d’une, et même trois si l’on prend en compte la résultante de leur proximité. « On est toujours surpris par le rebond provoqué par ce genre de juxta­position narrative », explique Mathias Enard, coutumier du fait.
La première histoire a pour cadre le ­Berlin d’aujourd’hui, où Nayla, une réfugiée syrienne récemment arrivée, noue une relation imparfaite avec Karsten, un jeune Allemand féru d’Orient qui s’est épris d’elle. La seconde histoire se déroule sur le site des bouddhas géants de ­Bâmiyan, en Afghanistan, en 1939 – décor majestueux au pied duquel deux exploratrices européennes vont tomber amoureuses avant d’apprendre, la même nuit, que la guerre a éclaté.
Déracinement, difficulté d’aimer
La progression, en parallèle, de ces deux récits n’ayant a priori rien à voir l’un avec l’autre fait réverbérer en écho des sujets connexes, comme le déracinement ou la difficulté d’aimer. S’ajoute au mystère tout un jeu d’analogies et de zooms ­historiques : entre l’Allemagne actuelle, qui a accueilli 1 million de migrants, et l’Allemagne raciste d’hier ; entre les ­souffrances de la population syrienne et celles du peuple afghan...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Jennifer Richard retrace la saga sanglante et grotesque des Blancs en Afrique.
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Les plaies à vif de la colonisation

Jennifer Richard retrace la saga sanglante et grotesque des Blancs en Afrique.



Le Monde
 |    26.07.2018 à 07h00
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du "Monde des livres")








                        



                                


                            
Il est à toi ce beau pays, de Jennifer Richard, Albin Michel, 756 p., 25 €.

Il est à toi ce beau pays s’ouvre par deux morts. Le 20 mars 1916, en Virginie, Ota Benga se souvient des siens massacrés par la Force publique, l’armée du roi des Belges, Léopold II, au Congo. Emmené aux Etats-Unis par un missionnaire américain, exposé comme curiosité, notamment au zoo du Bronx, où il a cohabité avec les singes, le jeune Pygmée doit désormais se faire appeler Otto Bingo, apprendre le mode de vie américain dans un orphelinat et travailler à l’usine. Il se tire une balle en pleine poitrine.
Quarante ans plus tôt, le 1er mai 1873, dans le royaume bisa (actuelle Zambie), un glorieux explorateur succombe de la dysenterie. Il s’appelle David Livingstone. Sa disparition attire la lumière sur les richesses de l’Afrique. « Il n’aurait pas l’occasion de voir se mettre en place la grande mission civilisatrice de l’Europe. Et c’était mieux ainsi », écrit Jennifer ­Richard. De quoi la mort de ces deux hommes est-elle le nom ? De la colonisation, et de la terrible aventure du ­peuple noir. Une tragédie en trois actes que l’écrivaine franco-américaine orchestre avec brio sur vingt-trois ans, trois continents et plus de 700 pages.
Hypocrisie et calcul politique
La saga s’écoule par courts chapitres et saynètes qui saisissent des personnages marquants, comme l’explorateur Henry Morton Stanley, les dirigeants Léopold II et Jules Ferry, ou des militants de la cause noire américaine, tels l’enseignant Booker T. Washington et le pasteur et historien George Washington Williams. Solidement documentées, ces scènes témoignent du talent de Jennifer Richard pour manier le récit d’aventures et l’épopée, le roman historique et le Southern Gothic. Surtout, leur enchaînement crée des échos entre ce qui se joue au même moment en Afrique, en Europe et en Amérique, et dans les vies des protagonistes – souvent quantités...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Romans, récits, histoire, science-fiction, biographie, manga… Les brèves critiques des pages « L’été des livres » du 27 juillet 2018.
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Livres de l’été en bref

Romans, récits, histoire, science-fiction, biographie, manga… Les brèves critiques des pages « L’été des livres » du 27 juillet 2018.



Le Monde
 |    26.07.2018 à 07h00
    |

                            Mathieu Strux, 
Frédéric Potet, 
                                Xavier Houssin (Collaborateur du "Monde des livres"), 
Abel Mestre, 
                                Florence Noiville, 
                            Florence Bouchy (Collaboratrice du "Monde des livres"), 
                            Cathia Engelbach et 
                            Florent Georgesco








                        



                                


                            Roman. Le « w » d’Hawthorne
Lettre américaine, de Marie Goudot (Libretto, inédit, 176 p., 9,10 €).
Considéré comme l’un des premiers romans de la littérature américaine, La Lettre écarlate (1850) est aussi un pamphlet virulent contre la société puritaine du XVIIe siècle. Si la vie de son auteur, Nathaniel Hawthorne (1804-1864), est assez bien connue, le mystère de son génie littéraire reste entier.
Marie Goudot choisit de l’approcher dans une belle et poétique biographie romancée. Lettre américaine (Libretto, inédit, 176 p., 9,10 €) mêle ainsi de manière habile – parfois déstabilisante – un récit de type biographique, et des réflexions, rêves ou idées fugaces exprimées à la première personne par l’écrivaine.
S’appuyant sur les travaux consacrés à l’auteur, comme sur la correspondance qu’il a entretenue avec Herman Melville (1819-1891), Marie Goudot peut ainsi proposer une relecture personnelle et suggestive de la trajectoire de ce fils de marin disparu en mer, descendant honteux des juges chargés de la chasse aux sorcières à Salem (Massachusetts).
Né Nathaniel Hathorne, il choisit d’ajouter un W au nom qui passera à la postérité. « W comme writer, écrit Marie Goudot, ou comme to warp, se voiler. (…) W comme witch, sorcière, wreck, l’épave, familiale bien sûr, wrong, le garçon dans son tort, qui a quitté le droit chemin de ses aïeux. » Comment se faire un nom qui puisse gommer l’histoire familiale ? « Tu prétendais te débarrasser de notre lignée éclaboussée de sang et tu y pioches tes sujets », crient au jeune homme ses ancêtres. Marie Goudot rend à ce conflit intérieur toute sa violence et sa force littéraire. Fl. By
Histoire. A l’Alhambra !
Histoire de Grenade, de Sophie Makariou et Gabriel Martinez-Gros,Fayard, 448 p., 26 €.
Raconter le destin...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Le chef d’orchestre russe dédie sa vie depuis trente ans au Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg. A 65 ans, il a décidé de se livrer.
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Valery Gergiev, ogre musical

Le chef d’orchestre russe dédie sa vie depuis trente ans au Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg. A 65 ans, il a décidé de se livrer.



Le Monde
 |    26.07.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
26.07.2018 à 11h36
    |

                            Etienne Anheim (Historien et collaborateur du "Monde des livres")








                        



                                


                            

Valery Gergiev est précédé de sa légende, celle d’un des plus grands chefs d’orchestre de notre temps, passionné et ­excessif, toujours en mouvement entre son antre du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, qu’il gouverne depuis trois décennies, et les salles du monde entier – il dirige parfois plus de trois cents concerts par an. Pourtant, lorsqu’on l’écoute, affable, précis, tranquille, il semble à distance de sa répu­tation, posé à côté de lui-même comme le livre qu’il vient de publier est posé sur la table basse du salon de l’hôtel Bristol, à Paris, où il reçoit Le Monde.
Il parle de cette Rencontre (Actes Sud, 224 p., 22 €) sans que l’on sache tout à fait s’il considère en être l’auteur ou le personnage principal. Lorsqu’on lui en fait la remarque, il s’explique : « Ce n’est pas un monologue, c’est un dialogue. Au départ, j’étais peu convaincu par l’idée d’un livre, je me disais que pour comprendre ce qu’était le Mariinsky et ce que j’essayais de faire, il faudrait vingt ans. » Mais la rencontre de Bertrand Dermoncourt, directeur de Radio Classique et éditeur chez Actes Sud, le fait changer d’avis. « Non seulement il connaissait très bien la musique et mon travail, mais il est venu à Saint-Pétersbourg, il a assisté à mes répétitions, tout cela a été très important, je me suis senti en confiance. »
Il a tout de même fallu plus de dix ans d’échanges pour parvenir au terme de l’entreprise
On comprend que ces entretiens sont à ses yeux moins qu’un véritable livre, et beaucoup plus : la trace d’une vie mais aussi d’une rencontre, fragment d’un ensemble plus vaste, celui de l’histoire culturelle des rapports entre France et Russie, dans laquelle le chef veut s’inscrire depuis ses débuts à Tours en 1987, et qui le conduit à défendre ­Debussy avec autant de passion que Prokofiev ou Chostakovitch.
Il a tout de même fallu plus de dix ans d’échanges pour parvenir au terme de l’entreprise. Pour lui, qui a...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Portrait de l’écrivaine, et jurée du prix Femina, en lectrice.
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Keskèli, Camille Laurens

Portrait de l’écrivaine, et jurée du prix Femina, en lectrice.



Le Monde
 |    26.07.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
26.07.2018 à 11h48
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            

Un premier souvenir de lecture ?
La Petite Princesse, de Frances Hodgson Burnett (1905). La scène qui m’a marquée enfant, au point que j’en rêvais la nuit, est celle où Sara, devenue pauvre et malheureuse après la mort de son père, retrouve la joie de vivre en voyant chaque jour sa misérable mansarde s’enrichir de cadeaux – beaux meubles, bon feu dans la cheminée, délicieux repas – sans savoir qui est son bienfaiteur. Cette idée qu’il pourrait toujours y avoir quelqu’un pour m’aider ou m’aimer en secret a illuminé mon enfance. C’est peut-être une métaphore de la lecture, au fond.
Le chef-d’œuvre inconnu que vous portez aux nues ?
La Vie privée, d’Olivier Steiner (Gallimard, 2014). La vie privée, c’est celle du désir, des fantasmes les plus obscurs du narrateur, dans une maison au bord de la mer. C’est aussi la vie privée de tout, celle d’Emile, qui repose à l’étage après une lente agonie. Rarement la vie et la mort se sont mêlées avec une telle simplicité dans un récit. Le style d’Olivier Steiner « épouse le temps » et la matière même de notre humanité. C’est juste, beau, poignant.
Le chef-d’œuvre officiel qui vous tombe des mains ?
L’Homme sans qualités (1930-1932), de Robert Musil. Je n’ai jamais pu aller au-delà de cinquante pages. Je me souviens pourtant d’une phrase que j’avais adorée : « Quinze jours plus tard, elle était sa maîtresse depuis deux semaines. » Mais ce passage se situe tout au début et ne reflète pas vraiment le ton général de l’œuvre, trop abstraite à mon goût.
L’écrivain avec lequel vous aimeriez passer une soirée ?
J’aurais aimé rencontrer Roland Barthes et parler de ses Fragments d’un discours amoureux (Seuil, 1977). Actuellement, j’apprécie toute soirée avec un écrivain doté d’un fort sens de l’humour, hostile à l’esprit de sérieux, pas trop narcissique et avec qui...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Chaque jeudi, un(e) journaliste du « Monde » dresse la liste des ouvrages qui l’inspirent dans son travail. Cette semaine, Maïa Mazaurette, chroniqueuse « sexe » pour « La Matinale ».
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« Mes incontournables » : sept livres pour comprendre la sexualité, par Maïa Mazaurette

Chaque jeudi, un(e) journaliste du « Monde » dresse la liste des ouvrages qui l’inspirent dans son travail. Cette semaine, Maïa Mazaurette, chroniqueuse « sexe » pour « La Matinale ».



Le Monde
 |    26.07.2018 à 06h35
    |

                            Maïa Mazaurette








                        



                                


                            « MES INCONTOURNABLES », PAR MAÏA MAZAURETTE

La secousse Virginie Despentes
Si Catherine Millet a pu marquer la génération Mai 68, King Kong Théorie (2006), de Virginie Despentes, est « la » bible des moins de 45 ans – simple, efficace, facile à relire pendant les coups de mou, pour se rappeler à sa colonne vertébrale.
Il était temps de secouer le vieux monde, Despentes l’a fait. Nous manquions de modèles qui ne soient pas des femmes-pâquerettes ou des femmes blessées. Elle nous a inventé la femme-guenon, qui ne s’excuse de rien, ne se protège de rien, et jouit selon ses propres termes. Bon sang. J’avais failli attendre.

« King Kong Théorie », de Virginie Despentes, Livre de poche, 160 p., 6,10 €.

Anne Rice conduit l’orgie
Que se passe-t-il quand les contes de fées se terminent ? Nos héros vivent-ils heureux avec beaucoup d’enfants et une Opel Corsa, ou embarquent-ils directement dans un donjon, vêtus de strings panthère fendus ? C’est cette dernière option que choisit Anne Rice, la star des romans d’hémoglobine (dont le célébrissime Entretien avec un vampire – JC Lattès, 1978 –, sans vouloir rappeler à vos souvenirs la désastreuse perruque de Tom Cruise dans l’adaptation cinéma).
Trêve de romance molle, nous embarquons, dans Les Infortunes de la Belle au bois dormant  pour une initiation BDSM décadente, avec des princesses transformées en poneys, des punitions plus vicieuses les unes que les autres, des orgies sans queue ni tête. Qui a dit que les Américaines étaient puritaines ?

« Les Infortunes de la Belle au bois dormant. Initiation. Punition. Libération », d’Anne Rice, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Adrien Calmevent, Pocket, 3 volumes, 352 p., 6,95 € ; 352 p., 6,95 € ; 360 p., 7,90 €.
Joyce Carol Oates et le viol
Malgré une bibliographie longue comme les huit bras de Kali, Joyce Carol Oates prouve qu’on peut...




                        

                        


<article-nb="2018/07/31/18-12">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Ecrivains espions, espions écrivains 2/5. Taupe anglaise douée mais peu écoutée, Aphra Behn (1640-1689) rencontre néanmoins le succès comme écrivaine.
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Dans son troisième livre, « Un sport et un passe-temps », paru en 1967, l’Américain ­ James Salter suit le périple passionné d’un jeune couple dans la France des années 1950. Et décrit leur étape érotique à l’Hôtel Saint-Louis, en Bourgogne.
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Un roman, un hôtel : le « festin amoureux » de James Salter à Autun


                      Dans son troisième livre, « Un sport et un passe-temps », paru en 1967, l’Américain ­ James Salter suit le périple passionné d’un jeune couple dans la France des années 1950. Et décrit leur étape érotique à l’Hôtel Saint-Louis, en Bourgogne.



Le Monde
 |    23.07.2018 à 14h34
    |

                            Colombe Schneck








   


Philip, l’étudiant américain, et Anne-Marie, la Française, font l’amour à Dijon, à Nancy, à Saint-Julien-du-Sault (Yonne), à Chalon-sur-Saône et à Autun (Saône-et-Loire). En voiture, d’hôtel en hôtel, ils traversent la France, et un narrateur décrit de manière précise leurs gestes, leurs joies, leurs repas, leurs chambres d’hôtel. C’est un « festin amoureux ».
Un sport et un passe-temps (1967, L’Olivier, 1996) est le troisième roman de l’Américain ­James Salter (1925-2015), et le premier qui lui offre une reconnaissance internationale. Il raconte la province des années 1950, l’odeur des draps, le sourire de la réceptionniste, les petits boutons rouges dans le dos d’Anne-Marie, son haleine le matin, « il n’y a rien chez elle qu’il n’adore pas ».
L’odeur des draps
C’est un roman érotique d’une grande douceur. « Il essaie de trouver. “Plus haut”, elle murmure. Ses bras tremblent. Soudain, il sent la chair céder et puis, délicieusement, le muscle se refermer autour. Il essaie de ne presser contre rien, d’enfoncer droit. (…) Ensuite, il se retire. Il y a encore un futile serrement autour du gland, et puis cela aussi disparaît. Ils sont séparés.
“Ça t’a plu ?, demande-t-il.
– Beaucoup.” »
Le couple passe de ville en ville, de chambre en chambre, dessus-de-lit, table de chevet, rideaux, miettes, le narrateur veut tout retenir, car il sait que cela ne durera pas.
Ils s’arrêtent dans des petits hôtels qui ont disparu, ou été transformés par des chaînes d’établissements identiques. Ce n’est pas le cas de l’Hôtel Saint-Louis, que James Salter décrit ainsi : « La petite cour intérieure avec ses tables et ses chaises en métal. Les volets qui l’entourent sont ouverts, et il faut les pousser à travers un épais mur de lierre. Il y a du fer forgé enfoui dessous, des balcons oubliés. »
Le Saint-Louis existe depuis trois cent cinquante ans, Napoléon y a dormi quatre fois, précise le site de l’hôtel. Les chambres ont été rénovées, il y a moins de lierre dans la cour (on peut désormais ouvrir les volets), mais on peut toujours y sentir, comme Philip l’Américain, « la vraie France. Il est perdu dedans, dans l’odeur des draps ».



<article-nb="2018/07/31/18-14">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Dans les colonnes du magazine américain « Life », le 25 août 1952, paraît « A Man Becomes Invisible », une collaboration entre le photographe Gordon Parks et l’écrivain Ralph Ellison.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ 
<article-nb="2018/07/31/18-15">
<filnamedate="20180731"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180731"><AAMMJJHH="2018073118">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ L’œuvre d’un écrivain est un univers. Ses mots dessinent des paysages, nourrissent des mondes et inspirent des images. En 1952, l’auteur d’« Invisible Man » et le photographe Gordon Parks explorent le quartier noir de New York pour interpréter visuellement le roman.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤                
                                    

L’« Homme invisible » de Ralph Ellison prend corps à Harlem


                      L’œuvre d’un écrivain est un univers. Ses mots dessinent des paysages, nourrissent des mondes et inspirent des images. En 1952, l’auteur d’« Invisible Man » et le photographe Gordon Parks explorent le quartier noir de New York pour interpréter visuellement le roman.



Le Monde
 |    23.07.2018 à 11h00
    |

            Samuel Blumenfeld







Le premier est l’un des plus célèbres photojournalistes du magazine américain Life ; le second, l’auteur d’Invisible Man, paru en français sous le titre Homme invisible, pour qui chantes-tu ? (Grasset). Un roman dont l’ambition – raconter une partie de la mémoire noire des Etats-Unis, du Sud profond à Harlem – avait fait sensation lors de sa publication, en 1952, bouleversant le paysage de la littérature américaine.
Gordon Parks et Ralph Ellison étaient amis et ont collaboré sur deux projets autour de Harlem, ce quartier de New York considéré comme l’épicentre de la vie noire en Amérique. Finalisé en 1948, et intitulé « Harlem Is Nowhere » (« Harlem n’est nulle part »), le premier projet est resté dans les tiroirs. Commandé par The Magazine of the Year, le reportage a fait les frais de la faillite du journal, survenue à quelques semaines de la publication prévue. Ralph Ellison a réussi à faire éditer son texte en 1964, mais les photos de Parks sont restées dans un tiroir.
Des photos tour à tour stylisées et surréelles, où s’exprime avant tout le point de vue d’un photographe sur le livre de son ami.
Le second volet de la collaboration Parks-Ellison, « A Man Becomes Invisible » (« un homme devient invisible »), lui, a bien été publié dans les colonnes de Life, le 25 août 1952. Il s’agissait davantage, de la part de Parks, d’une réinterprétation du roman de Ralph Ellison, alors tout juste paru en librairie, avec des photos tour à tour stylisées et surréelles, où s’exprime avant tout le point de vue d’un photographe sur le livre de son ami.
Ellison avait en partie écrit Invisible Man en 1950, alors qu’il habitait chez Gordon Parks. Cette proximité explique en partie la singularité de ce travail photographique. Les deux hommes n’avaient pas besoin de se parler et, selon les témoignages, échangeaient assez peu pendant leur collaboration, tant ils se faisaient confiance et étaient soucieux de respecter la liberté de l’autre.

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Ce n’était pas la première fois qu’un photographe et un écrivain collaboraient étroitement pour montrer et décrire la ségrégation aux Etats-Unis. C’était presque devenu un sous-genre littéraire dont le modèle serait 12 Million Black Voices (« 12 millions de voix noires »), l’ouvrage de Richard Wright, auteur de Black Boy, et du photographe Edwin Rosskam, publié en 1941.
L’installation dans les ghettos
Parks et Ellison sont étrangers à Harlem. Originaires respectivement du Kansas et de l’Oklahoma, leurs racines sont éloignées de ce borough désigné par Parks comme un ghetto ombragé. Leur position d’outsider (au sens anglais de « celui qui est en dehors »), mais aussi d’insider – car, de Harlem, les deux hommes ont fini par connaître chaque recoin –, explique leur regard unique. Nous ne sommes plus à l’époque de la « Harlem Renaissance », cette période de l’entre-deux-guerres où le quartier était devenu un lieu de renouveau pour la culture afro-américaine.
Bande-annonce (en anglais) de l’Art Institute of Chicago pour son exposition « Invisible Man: Gordon Parks and Ralph Ellison in Harlem » 

Aucune trace de Claude Brown, de Duke Ellington ou de Langston Hughes dans le travail de Parks. Harlem devient, dans ses photographies, le lieu symbolique où s’exprime la misère de l’homme noir aux Etats-Unis, étranger dans le pays qui est le sien. Parks saisit aussi un moment historique, la migration de la population noire américaine, son installation dans les villes et, plus particulièrement, dans ces périphéries appelées ghettos. Dans le roman de Ralph Ellison, le personnage principal se trouve en permanence face à une version tronquée de ce qu’il est, il devient invisible car personne ne le voit. Dans les photos de Parks, l’invisible est devenu visible.
L’exposition « Invisible Man: Gordon Parks and Ralph Ellison in Harlem » a été présentée à l’Art Institute of Chicago en 2016, et le catalogue publié par Steidl et The Gordon Parks Foundation. Une tournée d’exposition sera annoncée en 2020.

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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ « La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr » d’Antoine Marchalot.
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Article sélectionné dans La Matinale du 21/07/2018
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Leumonde.fr, par Antoine Marchalot (épisode 111)

« La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr » d’Antoine Marchalot.



Le Monde
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Plus de 130 000 personnes sont attendues à cette grand-messe annuelle de la culture pop américaine à San Diego, où sont annoncées de nombreuses nouveautés.
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ [Une planche de BD de la rentrée 1/5]. Dans « Spirou ou l’espoir malgré tout », qui paraît le 5 octobre, le petit groom voit la Belgique tomber aux mains des Allemands, en 1940.
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Emile Bravo fait traverser la guerre à Spirou et Fantasio

[Une planche de BD de la rentrée 1/5]. Dans « Spirou ou l’espoir malgré tout », qui paraît le 5 octobre, le petit groom voit la Belgique tomber aux mains des Allemands, en 1940.



Le Monde
 |    19.07.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
20.07.2018 à 09h16
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            Frédéric Potet








                        



                                


                            


Héros iconique de la bande dessinée, Spirou présente la caractéristique de ne pas appartenir à un auteur mais à une maison d’édition, Dupuis. Celle-ci peut ainsi, à loisir, confier les aventures du jeune groom à des scénaristes et des dessinateurs différents, soit pour les besoins de la série mère (55 tomes à ce jour), soit pour des cartes blanches permettant d’exprimer un point de vue personnel sur le personnage et son acolyte, Fantasio.
Ce gage de liberté a engendré quelques réussites dont la plus notable reste, sans conteste, le Journal d’un ingénu, d’Emile Bravo. Dans cet album, paru en 2008, le dessinateur transporte l’employé du Moustic Hôtel en 1939 à Bruxelles, à la veille de la seconde guerre mondiale. ­Spirou, l’innocence incarnée, va alors faire l’apprentissage de l’âge adulte en tentant de comprendre les événements qui agitent le monde.

L’humour et l’aventure
Il aura fallu dix ans à Emile Bravo pour donner une suite à cet ouvrage aux multiples récompenses, encensé par la critique et le public (100 000 exemplaires vendus). Attendu en librairie le 5 octobre, Spirou ou l’espoir malgré tout s’ouvre en janvier 1940 ; Bruxelles est bien morose, et à raison : en mai, les nazis s’enfoncent dans le territoire belge. Spirou et le désinvolte Fantasio (engagé, lui, dans les forces armées du royaume), vont se trouver emportés dans la tourmente de l’Histoire, au fil d’un récit qui n’oublie pas de combiner ces deux ingrédients fondamentaux de la bande dessinée franco-belge que sont l’humour et l’aventure.
Le projet d’Emile Bravo est audacieux : son récit – 330 pages réparties en quatre tomes dont la parution s’étagera jusqu’en 2020 – entend couvrir toute la guerre, jusqu’à l’armistice, sans occulter la Shoah, un thème auquel la littérature de jeunesse a toujours eu du mal à se confronter. « Il n’est pas interdit de raconter des histoires fortes à des enfants », confie l’illustrateur, fils d’un républicain...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Album très attendu de la rentrée, Spirou, l’espoir malgré tout, d’Emile Bravo, est proposé à nos lecteurs dans son intégralité cet été, en trois épisodes, chaque jeudi. Aujourd’hui, le deuxième épisode.
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Spirou, l'espoir malgré tout


Emile Bravo
Il aura fallu dix ans à Emile Bravo pour donner une suite à Spirou, journal d'un ingénu (Dupuis, 2008), album aux multiples récompenses, encensé par la critique et le public (100 000 exemplaires vendus). Attendu en librairie le 5 octobre, Spirou, l'espoir malgré tout s’ouvre en janvier 1940 ; Bruxelles fait face aux restrictions alors que les Nazis s’enfoncent dans le territoire belge. Spirou et le désinvolte Fantasio, engagé dans les forces armées du royaume, vont se trouver emportés dans la tourmente de l’Histoire, au fil d’un récit qui n’oublie pas de combiner ces deux ingrédients fondamentaux de la bande dessinée franco-belge que sont l’humour et l’aventure. Lisez cet été sur le Monde.fr l’intégralité de cet album très attendu de la rentrée.
  

 
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2e partie


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ Romans, récits, enfance, philosophie, manga, thriller… Les brèves critiques des pages « L’été des livres » du 20 juillet 2018.
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Livres de l’été en bref

Romans, récits, enfance, philosophie, manga, thriller… Les brèves critiques des pages « L’été des livres » du 20 juillet 2018.



Le Monde
 |    19.07.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
19.07.2018 à 09h20
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            Pauline Croquet, 
Frédéric Potet, 
                                Marine Desquand, 
Sylvia Zappi, 
                                Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Roger-Pol Droit, 
                            Florence Noiville et 
Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            Roman. Un aède à Manhattan
New York Odyssée (Why We Came to the City), de Kristopher Jansma, traduit de l’anglais par Sophie Troff, Livre de poche, 608 p., 8,90 €.
Faune branchée et jacuzzi sur le toit, avec vue sur Manhattan. L’ambiance dans laquelle baigne le premier chapitre de New York Odyssée, et la fête durant laquelle nous sont présentés les personnages (profil : 20 ans et des poussières, amis depuis la fac) pourraient donner au lecteur l’impression d’être chez un épigone de Jay ­McInerney.
Mais le titre ne ment pas : l’inspiration de ce magnifique roman de Kristopher Jansma est à chercher du côté d’Homère et de la poésie épique. Rien de plus contemporain, cependant, que l’histoire de Sara, George, Irene, Jacob et William, ces jeunes gens persuadés que le plus dur à affronter pour eux, dans les prochaines années, sera la crise économique de 2008, qui se met entre eux et leurs ambitions. Mais Irene se découvre un cancer des os.
Le combat qu’elle mène contre les cellules malignes, accompagnée par les siens, est sa guerre de Troie – on comprend vite qu’elle la perdra. A cette Iliade succède l’Odyssée de ses amis, traversée du deuil et du chagrin, expérimentée par chacun à sa manière.
Les analogies subtiles, les allusions pertinentes au modèle antique font l’originalité de ce roman où se télescopent constamment l’ironie new-yorkaise des personnages et la poésie stupéfiante de certains passages, le réalisme cru et la justesse des images. Kristopher Jansma parvient à glisser tant de douceur dans la tristesse de son roman du deuil que celle-ci finit par avoir quelque chose d’apaisant. R. L.
Enfance. Ce matin, un lapin…
Le Quotidien extraordinaire, d’Aki, Gallimard Jeunesse, 44 p., 12,90 €. Dès 5 ans.
Un jeune lapin, portant chapeau et bottes de jardinier, entreprend d’arracher une carotte plantée au milieu d’un carré...




                        

                        

