<FILE-date="2018/07/25/18">

<article-nb="2018/07/25/18-1">
<filnamedate="20180725"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180725"><AAMMJJHH="2018072518">
<filname="SURF-env_sciences-1"> ¤ L’hépatite C, la grande oubliée (3). Pionnier dans la fabrication d’un antiviral dès 2015, le royaume n’a pas encore lancé son Plan national de lutte contre la maladie.
<filname="PROF-env_sciences-1"> ¤         

Enquête

Comment le Maroc est devenu producteur d’un générique contre l’hépatite C... qui reste inaccessible

L’hépatite C, la grande oubliée (3). Pionnier dans la fabrication d’un antiviral dès 2015, le royaume n’a pas encore lancé son Plan national de lutte contre la maladie.

Par                                            Ghalia Kadiri (Casablanca, Maroc, envoyée spéciale)




LE MONDE
              datetime="2018-07-25T17:37:39+02:00"

        Le 25.07.2018 à 17h37






    
Dans les laboratoires du fabricant marocain Pharma5.
Crédits : Pharma5


C’est l’un des grands paradoxes de santé publique au Maroc. Le royaume est l’un des rares pays à produire, depuis fin 2015, ses propres traitements contre l’hépatite C à base d’une nouvelle molécule « miracle » capable de guérir la plupart des malades, vendue soixante fois moins cher qu’aux Etats-Unis et trente fois moins cher qu’en France. Et pourtant, le traitement reste encore inaccessible à une grande partie des patients marocains atteints de la maladie infectieuse.
L’histoire était belle. Elle a débuté avec la commercialisation fin 2013 d’un antiviral à action directe révolutionnaire, le sofosbuvir du laboratoire américain Gilead, qui avait déclenché une vive polémique dans le monde en raison de son prix exorbitant. Ce dernier a néanmoins bouleversé la prise en charge de l’hépatite C puisqu’il la guérit en seulement douze semaines sans les effets secondaires observés traditionnellement et quelle que soit la souche du virus, alors que les traitements classiques duraient beaucoup plus longtemps avec un taux de guérison ne dépassant pas 60 %.

        Présentation de notre série
         

          L’hépatite C, la grande oubliée



Mais, pour garantir une situation de monopole, la firme américaine avait imposé des brevets dans plusieurs pays, faisant du sofosbuvir le seul produit disponible sur place et empêchant, par son prix prohibitif, de nombreux malades d’y avoir accès. Le Maroc, classé dans la catégorie des pays à revenus intermédiaires, n’était pas considéré par Gilead comme un concurrent potentiel pour produire un générique et ne lui avait donc pas imposé pas de brevet. « Ça a été notre chance, car personne ne nous pensait capable de mettre un tel produit sur le marché », sourit Myriam Lahlou Filali, directrice générale du groupe pharmaceutique Pharma5. Ce laboratoire local, qui présente aujourd’hui un chiffre d’affaires de 85 millions d’euros, a saisi l’occasion pour percer le secret de fabrication du sofosbuvir en toute légalité.
400 000 personnes infectées
En novembre 2015, le générique marocain du sofosbuvir est mis sur le marché à environ 1 160 euros la cure, contre plus de 40 000 euros en France. Le royaume est alors le seul pays africain, avec l’Egypte, à produire les génériques du sofosbuvir. Une vraie révolution thérapeutique dans un pays où 400 000 personnes sont infectées, soit 1,2 % de la population, selon les estimations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
« 1 160 euros, ça reste une fortune relativement au PIB marocain »
Sauf que, pour les bénéficiaires du Régime d’assistance médicale (Ramed) pour les plus démunis, qui concerne 35 % des Marocains, le médicament n’est pas remboursé. « Le générique est peut-être beaucoup moins cher que dans les pays occidentaux, mais 1 160 euros, ça reste une fortune relativement au PIB marocain », déplore le docteur Taha Brahni, chargé de plaidoyer à Coalition Plus, qui rassemble une centaine d’associations de lutte contre le VIH et les hépatites.

        Lire aussi :
         

                Hépatites B et C : un fléau mondial en expansion



La gratuité du traitement pour les patients « ramedistes » est pourtant prévue dans le Plan stratégique national (PSN) pour le dépistage et le traitement des hépatites virales, élaboré en 2016. Un plan qui n’est toujours pas lancé en juillet 2018. Son initiateur, le ministre de la santé El-Houcine Louardi, a été limogé en octobre 2017, laissant le département sans tête pendant trois mois. « Le contexte politique au Maroc a en effet retardé le lancement du plan, reconnaît Ibtissam Khoudri, responsable du PSN au ministère de la santé, à Rabat. Mais nous sommes sur la bonne voie. Une fois que nous aurons les médicaments et les tests de dépistage, nous lancerons le PSN. Nous ne pouvons pas négliger tous ces patients qui attendent le traitement. Le nouveau ministre fait tout son possible pour que cela aboutisse. »
« Solidarité familiale »
En attendant, les médecins et les acteurs de la société civile sont désarmés face aux malades les plus démunis, « temporairement non soignés », selon le ministère de la santé. « Nous conseillons aux patients de faire appel à la solidarité familiale ou à vendre des biens s’il le faut afin de se procurer la cure », témoigne un médecin dans le secteur public. L’Association de lutte contre le sida au Maroc (ALCS), membre de Coalition Plus, qui fait un travail de plaidoyer pour une meilleure prise en charge des hépatites depuis l’arrivée des antiviraux, avait commencé des opérations de dépistage dès 2014 chez les personnes à risque. Notamment auprès des toxicomanes, particulièrement touchés par la maladie car ils s’échangent du matériel d’injection contaminé. « Nous avons trouvé un foyer d’infection à Nador [nord], où il y a beaucoup de consommateurs de drogues. Mais nous ne pouvons plus rien faire, ça déchire le cœur », regrette le docteur Brahni.

        Episode 1
         

          « A Nairobi, les héroïnomanes de mon squat n’avaient jamais entendu parler de l’hépatite C »



Déjà trop élevé pour la majorité des malades, le prix du générique vendu par Pharma5 n’a pas évolué et les laboratoires qui ont ensuite lancé leur propre générique se sont alignés sur ce tarif alors qu’en Inde et en Egypte, la cure de trois mois se vend désormais à quelques centaines d’euros. « A la veille du lancement, le ministère nous a demandé de constituer un stock nécessaire car un appel d’offres allait être lancé », explique Mme Lahlou Filali. Mais l’appel d’offres n’est tombé que fin 2017, avant d’être annulé quelques jours plus tard. « Nous avions acheté la matière première au prix fort afin de répondre rapidement aux besoins du pays. L’investissement, très lourd, ne nous a pas permis de baisser le prix », se défend la directrice de Pharma5, qui a finalement écoulé ses stocks dans le secteur privé au Maroc et en exportant en Russie et en Côte d’Ivoire.
« On ne sait pas combien ni qui et où sont les populations infectées. On navigue à vue »
Les raisons du report de l’appel d’offres sont restées inconnues. « Les responsables au ministère attendaient certainement que d’autres laboratoires créent leur générique. Soit par favoritisme, en particulier sous la pression des firmes étrangères qui souhaitent s’implanter. Soit pour créer de la concurrence et faire baisser le prix du médicament », révèle un fin connaisseur du dossier. Plusieurs scandales de corruption ont récemment éclaboussé le ministère de la santé, où différents directeurs, dont Omar Bouazza, à la tête du département du médicament et de la pharmacie, ont été remerciés par le nouveau ministre, Anas Doukkali, en poste depuis janvier. « Vu le prix du traitement, il y a beaucoup d’argent en jeu », poursuit la source.
Urgence
L’autre paradoxe, c’est le retard pris dans le travail de diagnostic, qui est encore le point faible de la lutte contre l’hépatite C au Maroc comme ailleurs sur le continent, où l’écrasante majorité des personnes infectées ignorent qu’elle le sont. Or, sans traitement pris à temps, les malades errent d’épisodes de fatigue en perte de poids, de douleurs musculaires en diarrhées, de maux de tête en troubles dépressifs, avant de développer une cirrhose ou un cancer du foie, et continuent à transmettre le virus sans le savoir. « Il n’y a aucune étude de séroprévalence de l’hépatite C au Maroc : on ne sait pas exactement combien, ni qui, ni où sont les populations infectées. On navigue à vue », souligne le Dr Brahni de Coalition Plus. Le ministère de la santé assure toutefois qu’une étude, cofinancée notamment par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) est « en cours de lancement ».

        Episode 2
         

          Au Cameroun, diagnostic et traitement de l’hépatite C sont encore réservés « à une élite »



Aujourd’hui, le plus grand défi reste de trouver les fonds nécessaires pour lancer le Plan stratégique national, que Coalition Plus a estimé à 6,9 milliards de dirhams (625 millions d’euros). « Tant que le traitement était nocif et très cher, la maladie ne faisait pas partie des grands enjeux de santé publique, assure Hakima Himmich, fondatrice de l’ALCS et actuelle présidente de Coalition Plus. Depuis l’arrivée des antiviraux à action directe, le ministère est convaincu. A présent, il faut sortir l’argent. » Pour convaincre les responsables, Coalition Plus a récemment publié une enquête démontrant que le traitement de l’hépatite C est plus rentable à long terme puisqu’il épargne le coût faramineux des complications.
Parmi les options de financement, la possibilité d’un prêt à taux zéro octroyé par Unitaid a été examinée, mais « aucune initiative concrète n’existe à ce stade », explique son directeur exécutif, Lelio Marmora. Il devient pourtant urgent de traiter les milliers de malades en attente de guérison.
Cette série a été réalisée dans le cadre d’un partenariat avec Unitaid.

Sommaire de notre série Hépatite C, la grande oubliée
Le Monde Afrique propose une série de reportages, décryptages, portraits et entretiens pour raconter l’état d’avancement de la lutte contre l’hépatite C sur le continent.
Episode 3 Comment le Maroc est devenu producteur d’un générique contre l’hépatite C... qui reste inaccessible
Episode 2 Au Cameroun, diagnostic et traitement de l’hépatite C sont encore réservés « à une élite »
Episode 1 « A Nairobi, les héroïnomanes de mon squat n’avaient jamais entendu parler de l’hépatite C »
Présentation de la série L’hépatite C, la grande oubliée




<article-nb="2018/07/25/18-2">
<filnamedate="20180725"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180725"><AAMMJJHH="2018072518">
<filname="SURF-env_sciences-2"> ¤ L’Unicef, le Fonds des Nations unies pour l’enfance, a alerté, mercredi, sur une « crise de santé publique oubliée ».
<filname="PROF-env_sciences-2"> ¤                     
                                                

Toutes les trois minutes, une adolescente est infectée par le VIH dans le monde

L’Unicef, le Fonds des Nations unies pour l’enfance, a alerté, mercredi, sur une « crise de santé publique oubliée ».



Le Monde
 |    25.07.2018 à 16h41
   





                        


Toutes les trois minutes, une adolescente ayant entre 15 et 19 ans est infectée par le VIH, a affirmé mercredi 25 juillet l’Unicef, le Fonds des Nations unies pour l’enfance. Les filles sont victimes de deux tiers des infections dans le monde concernant cette tranche d’âge, selon des données présentées lors de la 22e Conférence internationale sur le sida, à Amsterdam.
« Dans la plupart des pays, les femmes et les filles n’ont pas accès à l’information et aux services nécessaires, ou n’ont même pas la possibilité de refuser des relations sexuelles non protégées, a souligné dans un communiqué la directrice générale de l’Unicef, Henrietta Fore. Le VIH se propage rapidement parmi les personnes les plus vulnérables et les plus marginalisées, ce qui place les adolescentes au cœur de la crise. »

        Lire aussi :
         

                Très forte hausse des infections sexuellement transmissibles en France



En 2017, 130 000 morts de personnes de moins de 20 ans sont dues au sida et 430 000 nouvelles infections au VIH ont touché cette tranche d’âge. Chez les adolescents de 15 à 19 ans le nombre de morts stagne. Dans les autres tranches d’âge, il est en baisse depuis 2010.
L’Unicef a dénoncé dans un rapport « les rapports sexuels précoces, y compris avec des hommes plus âgés, les relations contraintes, le rapport de force qui ne permet pas de dire non, la pauvreté, et le manque d’accès à des services de conseils confidentiels et de tests ».

        Lire aussi :
         

                Sida : l’urgence de la remobilisation



« Nous savons que c’est lié au statut inférieur qui est donné aux femmes et aux filles dans le monde », a déclaré aux délégués de la conférence l’actrice sud-africaine Charlize Theron. « Tant que nous n’atteindrons pas les jeunes et ne jugulerons pas l’épidémie chez eux (…), nous n’atteindrons pas nos objectifs », a estimé le directeur des opérations d’Unitaid (organisation internationale d’aide en médicaments), Robert Matiru, interrogé par l’AFP.
D’après la Société internationale sur le sida (IAS), quatre adolescentes africaines sur dix ont déjà subi des violences physiques ou sexuelles de la part d’un homme dans leur intimité. Cette ONG dénonce l’absence de politique de prévention contre ces violences ou de protection pour la jeunesse dans de très nombreux pays.

        Lire aussi :
         

                Faute d’argent, l’épidémie de sida pourrait repartir à la hausse



Elle travaille aussi à la sensibilisation des adolescents. « Les jeunes ont grandi, ils sont incroyablement mobiles, ils bougent, ils ont oublié que le VIH est un risque, et nous devons, nous ne pouvons pas cesser de faire passer ce message », a déclaré à l’AFP sa présidente, Linda-Gail Bekker.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/25/18-3">
<filnamedate="20180725"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180725"><AAMMJJHH="2018072518">
<filname="SURF-env_sciences-3"> ¤ Un article publié dans la revue « Science » jeudi fait état du plus grand volume d’eau liquide jamais découvert sur la planète.
<filname="PROF-env_sciences-3"> ¤                     
                                                

Un vaste lac d’eau liquide découvert sur la planète Mars

Un article publié dans la revue « Science » jeudi fait état du plus grand volume d’eau liquide jamais découvert sur la planète.



Le Monde
 |    25.07.2018 à 16h30
 • Mis à jour le
25.07.2018 à 17h49
   





                        



   


Un vaste lac souterrain a été découvert pour la première fois sur Mars, où jamais un tel volume d’eau liquide, condition indispensable au développement de la vie, n’avait encore été trouvé, a annoncé mercredi 25 juillet une équipe internationale d’astronomes.
Situé sous une couche de glace martienne, le lac fait environ 20 kilomètres de large et laisse envisager la présence de davantage d’eau, voire de vie, sur la Planète rouge, selon un article publié dans la revue américaine Science.
« Résultat stupéfiant »
« C’est un résultat stupéfiant qui laisse penser que la présence d’eau sur Mars n’est pas seulement un ruissellement temporaire révélé par de précédentes découvertes, mais une masse d’eau permanente qui crée les conditions pour de la vie sur une période de temps prolongée », a commenté Alan Duffy, professeur associé à l’université de Swinburne (Australie), qui n’a pas participé à l’étude.
La planète Mars est désormais froide, désertique et aride, mais était auparavant chaude et humide et abritait une large quantité d’eau liquide et de lacs il y a au moins 3,6 milliards d’années.

        Lire :
         

          La mission InSight part sonder les entrailles martiennes



Les scientifiques cherchent à trouver des traces contemporaines d’eau liquide, de telles découvertes étant essentielles pour percer le mystère d’une éventuelle forme de vie sur Mars dans un passé lointain, voire même de sa persistance jusqu’à nos jours.
Etre en mesure d’accéder à des sources d’eau pourrait également aider les humains à survivre lors de futures missions d’exploration de la planète rouge, voisine de la Terre. L’eau du lac qui vient d’être découvert pourrait cependant ne pas être potable. Elle se trouve par ailleurs à 1,5 kilomètre de profondeur sous la surface, dans un environnement rude.
« Rester prudent »
La présence d’une éventuelle forme de vie microbienne dans le lac est sujette à débat : certains experts se montrent sceptiques sur ce point, estimant que le lac est trop froid et contient une forte dose de sels et de minéraux martiens dissous.
La température est probablement en dessous du point de congélation de l’eau pure mais le lac peut rester à l’état liquide en raison de la présence de magnésium, de calcium et de sodium.
« C’est une découverte d’une portée extraordinaire, susceptible de renforcer les hypothèses quant à la présence d’organismes vivants sur la Planète rouge », affirme Fred Watson, de l’Observatoire astronomique australien, non impliqué dans l’étude. « Il faut néanmoins rester prudent car la concentration de sels nécessaire au maintien de l’eau à l’état liquide pourrait être fatale à toute vie microbienne similaire à celle de la Terre », a-t-il ajouté.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/25/18-4">
<filnamedate="20180725"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180725"><AAMMJJHH="2018072518">
<filname="SURF-env_sciences-4"> ¤ L’hépatite C, la grande oubliée (2). Le pays est l’un des plus touchés par le virus sur le continent mais le coût du dépistage reste un frein pour la prise en charge des malades.
<filname="PROF-env_sciences-4"> ¤         

Reportage

Au Cameroun, diagnostic et traitement de l’hépatite C sont encore réservés « à une élite »

L’hépatite C, la grande oubliée (2). Le pays est l’un des plus touchés par le virus sur le continent mais le coût du dépistage reste un frein pour la prise en charge des malades.

Par                                            Josiane Kouagheu (Douala, correspondance)




LE MONDE
              datetime="2018-07-24T19:48:17+02:00"

        Le 24.07.2018 à 19h48

     •
              itemprop="dateModified"
          datetime="2018-07-25T09:17:48+02:00"

        Mis à jour le 25.07.2018 à 09h17






    
Dans le laboratoire de l’ONG SOS Hépatites cameroun, le 11 juillet 2018.
Crédits : Josiane Kouagheu


Lorsque Pauline* évoque « ses maladies », elle tente en vain de contenir les larmes qui perlent sur ses joues creusées. Vêtue d’une robe fleurie qui flotte sur sa frêle silhouette, cette quadragénaire est séropositive depuis 2013.
« Mon mari est décédé en juin 2017 et, en novembre, j’ai découvert qu’en dehors du sida, j’avais aussi l’hépatite C », sanglote cette mère de trois « jolies filles », rencontrée à la mi-juillet au centre agréé de prise en charge des personnes vivant avec le VIH de l’hôpital Laquintinie de Douala, la capitale économique du Cameroun.

        Présentation de notre série
         

          L’hépatite C, la grande oubliée



A la mort de son époux, Pauline tombe malade. Dans les centres de santé où elle se rend, les médecins lui disent qu’elle souffre « de la fièvre, du paludisme, de fatigue chronique ». Commerçante sur un marché de Douala, Pauline finit petit à petit par être terrassée par tous ces symptômes dont elle ignore l’origine et qui l’obligent presque à cesser de travailler. « Malgré tout ce que les médecins me disaient, je ne guérissais pas, se souvient-elle, en fronçant ses sourcils. Ce n’est qu’ici, à l’hôpital Laquintinie, qu’on a su dépister l’hépatite C. »
« Je ne connaissais même pas cette maladie et j’ai découvert qu’elle est non seulement dangereuse, mais aussi très chère », poursuit la veuve. Après un premier test positif au virus de l’hépatite C, qui se transmet par voie sanguine, Pauline, « abattue, traumatisée, démoralisée », a dû subir un bilan préthérapeutique pour déterminer le taux de charge virale dans son sang, le type de génotype et l’état de son foie… Coût total de l’opération : plus de 300 000 francs CFA (457 euros). Une somme considérable dans un pays où le salaire minimum interprofessionnel garanti s’élève à 36 270 francs CFA.

        Lire aussi :
         

                Hépatites B et C : un fléau mondial en expansion



Pour payer cette facture, Pauline se résout à vendre un terrain que lui a légué son mari dans son village natal. « Il était pour nos enfants. Mais, si je ne le vendais pas, je ne pouvais pas guérir et les élever. » Ce n’est qu’à la fin mai qu’elle a pu débuter son traitement.
Cancer du foie ou cirrhose
Au Cameroun, environ 10 000 personnes meurent chaque année d’une hépatite. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le pays fait partie des 17 les plus touchés dans le monde. Les hépatites les plus répandues sont l’hépatite B, dont le taux de prévalence (nombre de personnes infectées) est de 11,9 %, et l’hépatite C, dont la prévalence moyenne est de 13 %, soit plus de 2,5 millions de personnes touchées.
Comme pour Pauline, le diagnostic reste l’un des principaux freins au traitement de l’hépatite C au Cameroun. Après avoir effectué la première phase de test, peu onéreuse, « la majorité des patients n’ont pas les moyens de faire la seconde phase, le bilan thérapeutique, dont le coût est compris entre 200 000 et 300 000 francs CFA. Ils se découragent à ce stade. Beaucoup fuient après avoir été dépistés positifs et l’on n’est pas capable de dire s’ils développent une hépatite chronique », soupire le docteur Hubert Leundji, hépato-gastro-entérologue, responsable du Centre médical de l’Estuaire.

        Lire aussi :
         

                « A Nairobi, les héroïnomanes de mon squat n’avaient jamais entendu parler de l’hépatite C »



Car presque un tiers des personnes contaminées se débarrassent spontanément du virus. Les autres deviennent, en l’absence de traitement, « chroniquement » infectées et connaissent, comme Pauline, des épisodes de perte d’appétit et de poids, de douleurs musculaires et articulaires, de fatigue, de troubles du sommeil, de nausées, de vomissements, de diarrhées, de maux de tête et de troubles dépressifs. Des signes qui ne sont pas forcément imputés à l’hépatite C et peuvent durer deux à trois décennies avant que le malade ne déclare une cirrhose ou un cancer du foie.
« Je ne connaissais même pas cette maladie et j’ai découvert qu’elle est non seulement dangereuse, mais aussi très chère à traiter »
Pourtant, en 2009, Hubert Leundji a mené avec des confrères une étude sur les hépatites qui leur a permis de recenser « tous les patients atteints de cirrhose et cancer du foie » de l’hôpital Laquintinie. Résultats : 54 % des cas étaient liés à l’hépatite C et 34 % à l’hépatite B. Une situation qui pourrait donc être évitée.

        Lire aussi :
         

                Dans le nord du Cameroun, un « Chèque santé » pour réduire la mortalité maternelle



Plus grave, le spécialiste, par ailleurs secrétaire général de l’ONG SOS Hépatites Cameroun, souligne que les patients coinfectés au VIH et à l’hépatite C comme Pauline, sont plus exposés s’ils ne sont pas dépistés et traités « à temps ». « L’hépatite est plus dangereuse que le VIH. Lorsqu’on est coinfecté, on court le risque d’avoir les charges virales plus élevées, ce qui favorise la contamination de l’entourage, notamment lors d’un accouchement. On sait aussi que le malade porteur du VHC développera plus vite une cirrhose que celui qui n’est pas contaminé par le VIH », précise le spécialiste.
Prix prohibitifs
Contrairement à celle du VIH, la prise en charge de l’hépatite C n’est pas gratuite au Cameroun. Sa guérison est pourtant possible après seulement trois mois de traitement grâce à la découverte de nouvelles molécules en 2014. Le coût du traitement, revu à la baisse à la faveur de partenariats entre gouvernement et des firmes pharmaceutiques internationales, n’est toujours pas accessible à tous les Camerounais.
Selon un communiqué du ministre de la santé publique André Mama Fouda, daté du 5 janvier 2018, les nouveaux prix des « protocoles hépatite virale C » oscillent désormais entre 20 000 et 120 000 francs CFA contre 30 000 à 280 000 francs CFA auparavant. Des prix encore prohibitifs qui reviennent « à ne pouvoir soigner que l’élite », déplore le docteur Hubert Leundji.
« Beaucoup fuient après avoir été dépistés positifs et l’on n’est pas capable de dire s’ils développent une hépatite chronique »
« Le traitement des malades coinfectés au VIH et à l’hépatite B est gratuit, car il consiste en des combinaisons d’antirétroviraux » utilisés pour lutter contre le sida. « Ceux qui sont coinfectés au VIH et à l’hépatite C doivent malheureusement, pour le moment, acheter eux-mêmes leur traitement », déplore le professeur Magloire Biwole Sida, coordonnateur du Comité national de lutte contre les hépatites au ministère de la santé publique.
Il note cependant que « du fait de l’évolution technologique des firmes pharmaceutiques, le coût du traitement de l’hépatite C dégringole de mois en mois », concédant que le « réel problème demeure le diagnostic ». Même constat dressé par les principales associations de lutte contre les hépatites qui mènent des actions de plaidoyer auprès du gouvernement et des organisations internationales pour la gratuité du diagnostic.

        Lire notre série
         

          Paludisme, la guerre d’usure



Le professeur Magloire Biwole Sida précise que le gouvernement travaille en collaboration avec des partenaires « pour résoudre ce problème ». C’est le cas de l’ONG Foundation for Innovative Diagnostics (FIND) qui essaie de mettre sur pied de meilleurs outils de diagnostics de l’hépatite C et de les intégrer avec le traitement dans les programmes de lutte contre le VIH dans sept pays, dont le Cameroun. La fondation a même signé en 2017 un accord de coopération avec Yaoundé, « qui n’en est qu’a ses débuts », assure Sonjelle Shilton, de l’ONG FIND. Mais avant toute chose, prévient Magloire Biwole Sida, « si une solution n’est pas développée pour aplanir l’accès au diagnostic, on n’aura pas résolu le problème. Donc, il faut que le dépistage soit gratuit, il faut que les examens de suivi soient proposés à des coûts très réduits pour qu’on puisse passer à la phase d’éradication ».
Pour l’héritage des filles de Pauline, englouti dans les soins, il est trop tard. Son traitement doit prendre fin dans quelques semaines : « Ne me parlez plus de cette maladie, dit-elle en se détournant. On m’a dit que j’allais guérir. Je veux guérir. Pour pouvoir élever mes enfants. »
*Le prénom a été changé.
Cet article fait partie d’une série réalisée dans le cadre d’un partenariat avec Unitaid.

Sommaire de notre série Hépatite C, la grande oubliée
Le Monde Afrique propose une série de reportages, décryptages, portraits et entretiens pour raconter l’état d’avancement de la lutte contre l’hépatite C sur le continent.
Episode 3 Comment le Maroc est devenu producteur d’un générique contre l’hépatite C... qui reste inaccessible
Episode 2 Au Cameroun, diagnostic et traitement de l’hépatite C sont encore réservés « à une élite »
Episode 1 « A Nairobi, les héroïnomanes de mon squat n’avaient jamais entendu parler de l’hépatite C »
Présentation de la série L’hépatite C, la grande oubliée




<article-nb="2018/07/25/18-5">
<filnamedate="20180725"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180725"><AAMMJJHH="2018072518">
<filname="SURF-env_sciences-5"> ¤ Un numéro vert a été mis en place pour rassurer les environ 1,3 million de patients concernés, soit près de la moitié des patients traités avec cette molécule.
<filname="PROF-env_sciences-5"> ¤                     
                                                

Rappel de médicaments à base de valsartan après la découverte d’une substance toxique

Un numéro vert a été mis en place pour rassurer les environ 1,3 million de patients concernés, soit près de la moitié des patients traités avec cette molécule.



Le Monde
 |    24.07.2018 à 17h56
 • Mis à jour le
24.07.2018 à 19h05
    |

            Pascale Santi








                        



   


Des médicaments à base de valsartan, utilisés en cas d’insuffisance cardiaque, d’hypertension artérielle et après un infarctus cardiaque récent, ont fait l’objet d’un rappel, début juillet, au niveau mondial, en raison de la présence d’une substance indésirable décelée dans la substance active fabriquée chez le fabricant chinois. Cette impureté est la N-nitrosodiméthylamine (NDMA), substance classée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme probablement cancérogène chez l’homme. Une substance qui se retrouve aussi dans l’air, l’eau, certains aliments…
Les lots concernés par ce défaut de qualité ne sont donc plus commercialisés depuis fin juin. L’anomalie avait été signalée par l’Agence européenne du médicament (EMA). En France environ 1,3 million de patients sont concernés, soit près de la moitié des patients traités avec cette molécule. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a annoncé, mardi 24 juillet, dans un communiqué, la mise en place d’un numéro vert 0-800-97-14-03 « pour répondre aux interrogations des patients ou de leur entourage, accessible gratuitement du lundi au vendredi de 9 heures à 19 heures ». L’agence a également mis en ligne des documents d’information.

Défaut de qualité de certains médicaments à base #valsartan : quelle démarche suivre pour les patients concernés ?… https://t.co/f9MCbMz5EQ— ansm (@ANSM)


require(["twitter/widgets"]);

Risque immédiat en cas d’arrêt brutal du médicament
« Le message important, c’est qu’il n’y a pas de risque immédiat aigu pour la santé des patients, par contre l’arrêt immédiat du traitement représente un risque immédiat », a expliqué à l’AFP la directrice générale adjointe de l’ANSM, Christelle Ratignier-Carbonneil. Le risque d’arrêt brutal du traitement est réel (poussées hypertensives, décompensations cardiaques, accidents neurologiques), insiste l’ANSM. Aussi, les patients ne doivent en aucun cas l’arrêter d’eux-mêmes. En cas de doute, les patients doivent se rapprocher de leur pharmacien ou de leur médecin, qui ont reçu un courrier.
Cette mesure de retrait de produits dans les pharmacies concerne à peu près la moitié des médicaments à base de valsartan. Neuf laboratoires sont concernés (Arrow Génériques, Biogaran, Cristers, EG Labo, Evolupharm, Ranbaxy Pharmacie Génériques, Sandoz, Zentiva et Zydus), précise l’Agence. Les autres spécialités contenant du valsartan ou autres médicaments de la même classe thérapeutique ne sont pas concernés.
Les productions de la substance active ont été arrêtées par le fabricant chinois. Une investigation est en cours au niveau européen. Cette impureté, qui n’a pas été détectée lors des contrôles de routine, serait liée au changement du procédé de fabrication.
Des recherches sont en cours pour savoir si elle se retrouve dans les comprimés. Le problème daterait de 2012. Afin de prévenir des pénuries, des discussions sont en cours avec des laboratoires qui fabriquent les médicaments à base de valsartan, non concernés par ce défaut, notamment des génériqueurs.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/25/18-6">
<filnamedate="20180725"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180725"><AAMMJJHH="2018072518">
<filname="SURF-env_sciences-6"> ¤ Selon plusieurs organisations, les recommandations de prise en charge de cette infection bactérienne sont inadaptées
<filname="PROF-env_sciences-6"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Maladie de Lyme : fronde contre la Haute Autorité de santé

Selon plusieurs organisations, les recommandations de prise en charge de cette infection bactérienne sont inadaptées



Le Monde
 |    24.07.2018 à 16h23
 • Mis à jour le
24.07.2018 à 19h15
    |

            Pascale Santi et 
Sandrine Cabut








                        



                                


                            

C’est une fronde sans précédent contre une recommandation de la Haute Autorité de santé (HAS). Dans un communiqué du 19 juillet, une quinzaine de sociétés scientifiques et professionnelles émettent de vives critiques sur les recommandations de prise en charge de « la maladie de Lyme et autres maladies transmises par les tiques », rendues publiques en juin. Ces organisations – parmi lesquelles la Société de pathologie infectieuse de langue française, le Collège national des généralistes enseignants et la Société française de dermatologie – s’insurgent en particulier contre le chapitre 4 sur la « symptomatologie/syndrome persistant(e) polymorphe après une possible piqûre de tique ».
Experts et associations de patients se déchirent sur l’existence ou non d’une forme chronique de la maladie de Lyme. Transmise à l’homme par une piqûre de tique, cette infection bactérienne – 50 000 nouveaux cas en 2016 – se manifeste dans 95 % des cas par une éruption cutanée circulaire, qui apparaît sous trois à trente jours. Des formes disséminées, plus complexes, surviennent parfois plusieurs mois après la piqûre.
« Aucun niveau de preuve »
« Le rapport d’élaboration n’a pas fait l’objet de discussions au sein du groupe de travail, il contient des annexes dont le contenu est dénué de tout fondement scientifique et ne repose sur aucun niveau de preuve », écrivent les signataires, dont certains ont participé à ce groupe de travail. Selon eux, les risques résident dans une prise en charge inadaptée des patients, plus d’errance diagnostique, et un mésusage des antibiotiques. Une position proche de celle de l’Académie nationale de médecine.

Hervé Maisonneuve, spécialiste de l’intégrité scientifique, pointe les carences méthodologiques de la HAS pour cette recommandation. Dans un rapport rendu en avril sur le sujet, le NICE, l’agence britannique d’évaluation, avait retenu 16 références, la HAS en a gardé 600, explique-t-il dans...




                        

                        


<article-nb="2018/07/25/18-7">
<filnamedate="20180725"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180725"><AAMMJJHH="2018072518">
<filname="SURF-env_sciences-7"> ¤ Largement employé en combinaison pour démarrer un traitement antirétroviral, le dolutégravir accroît le risque de malformations neurologiques. Il doit être évité durant les deux premiers mois de grossesse.
<filname="PROF-env_sciences-7"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Un anti-VIH à risques pour le fœtus

Largement employé en combinaison pour démarrer un traitement antirétroviral, le dolutégravir accroît le risque de malformations neurologiques. Il doit être évité durant les deux premiers mois de grossesse.



Le Monde
 |    24.07.2018 à 16h03
 • Mis à jour le
24.07.2018 à 20h58
    |

            Paul Benkimoun








                        



                                


                            

L’alerte vient du Botswana, un pays d’Afrique australe de moins de 2,5 millions d’habitants où la prévalence de l’infection par le VIH approche les 23 % de la population âgée de 15 à 49 ans, en majorité des femmes. Une étude, dont les résultats ont été annoncés mardi 24 juillet, lors de la 22e Conférence internationale sur le sida, à Amsterdam, indique qu’un médicament antirétroviral très efficace et généralement bien toléré, le dolutégravir (DTG), accroît le risque de malformations neurologiques chez les fœtus.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande donc d’utiliser d’autres combinaisons de médicaments que celles incluant du DTG chez les jeunes femmes en âge de procréer et n’utilisant pas de contraception. La période critique de formation du système nerveux se situe au cours des deux premiers mois de grossesse, et tout particulièrement la première semaine suivant la conception, précise Gottfried Hirnschall, directeur du département VIH/sida à l’OMS.
Le DTG présente beaucoup d’avantages. Il appartient à une classe thérapeutique différente de celles des premiers médicaments antirétroviraux, qui empêchaient la réplication du VIH. Il bloque l’enzyme – l’intégrase – permettant au virus du sida de s’intégrer dans l’ADN des cellules qu’il infecte. De plus, il favorise un contrôle rapide de la réplication du virus et prête moins le flanc au développement de résistances. Le DTG est déjà disponible sous la forme d’une version générique de combinaison à dose fixe, dont le prix est équivalent à celui des trithérapies utilisées dans la plupart des pays à revenu faible ou intermédiaire. Plus de 70 d’entre eux l’avaient inclus dans les combinaisons de premier choix ou s’apprêtaient à le faire à la fin 2017.
Manque de données
Mais l’OMS rappelait dans ses recommandations sur l’utilisation des anti­rétroviraux, actualisées en 2016, le manque de données sur la sécurité concernant la classe thérapeutique des inhibiteurs de l’intégrase :...




                        

                        


<article-nb="2018/07/25/18-8">
<filnamedate="20180725"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180725"><AAMMJJHH="2018072518">
<filname="SURF-env_sciences-8"> ¤ Les cinq saisons de l’intelligence artificielle (2/5). Elle pulvérise l’homme au jeu de go ou prend le volant de sa voiture. De futurs seigneurs des réseaux, une petite station alpine et quelques francs-tireurs oubliés… Les années 1980 n’en demandaient pas plus pour voir renaître l’IA de cendres encore tièdes.
<filname="PROF-env_sciences-8"> ¤ 
<article-nb="2018/07/25/18-9">
<filnamedate="20180725"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180725"><AAMMJJHH="2018072518">
<filname="SURF-env_sciences-9"> ¤ On estime à 19 millions le nombre de personnes infectées en Afrique. Des traitements existent, mais leur coût et l’inertie des gouvernements retardent la prise en charge des malades.
<filname="PROF-env_sciences-9"> ¤         

Décryptage

Suivez notre série L’hépatite C, la grande oubliée

On estime à 19 millions le nombre de personnes infectées en Afrique. Des traitements existent, mais leur coût et l’inertie des gouvernements retardent la prise en charge des malades.

Par                                            Florence  Rosier




LE MONDE
              datetime="2018-07-22T18:01:21+02:00"

        Le 22.07.2018 à 18h01

     •
              itemprop="dateModified"
          datetime="2018-07-23T20:37:51+02:00"

        Mis à jour le 23.07.2018 à 20h37






    
Représentation en 3D du virus de l’hépatite C.
Crédits : CC 2.0/iStockphoto


C’est l’une des grandes oubliées parmi les fléaux infectieux qui frappent l’humanité. Pourtant, l’hépatite C, avec l’hépatite B, tue davantage que le sida ou même le paludisme. En 2013, 1,45 million de personnes seraient mortes des suites d’une hépatite virale, indique l’étude « Global Burden of Disease », financée par la Fondation Bill et Melinda Gates (partenaire du Monde Afrique) et publiée en 2016 dans la revue The Lancet. En comparaison, en 2016, le VIH a tué 1 million de personnes, le paludisme 445 000 et la tuberculose, 1,7 million. C’est pourtant sur ces trois pandémies que la lutte mondiale s’est concentrée.
« Je suis toujours surpris de voir que les hépatites virales ont si peu attiré l’attention », confie le professeur Arnaud Fontanet, qui dirige l’unité d’épidémiologie des maladies émergentes à l’Institut Pasteur de Paris. Comment l’expliquer ? « Longtemps, les hépatites virales ont peu touché les pays développés. Et quand elles sont arrivées dans les pays riches, c’est par l’usage de drogues injectables. »
Maladie silencieuse
Le virus de l’hépatite C (VHC), qui se transmet par le sang, n’a été découvert qu’en 1989. L’épidémie de VHC est donc liée à de mauvaises pratiques : partage du matériel d’injection de drogues, réutilisation ou mauvaise stérilisation du matériel médical, transfusion de sang et de produits sanguins qui n’ont pas fait l’objet d’un dépistage.
Après une contamination, jusqu’à un tiers des personnes infectées se débarrassent spontanément du virus. Les autres deviennent, en l’absence de traitement, « chroniquement » infectées : elles hébergent durablement mais « silencieusement », le VHC.
Car l’hépatite C met deux, voire trois décennies à déboucher sur les complications les plus graves : une cirrhose ou un cancer du foie. « Il est donc difficile de sensibiliser les gouvernements à ces infections qui ne représentent pas un risque grave immédiat pour les sujets infectés », explique Arnaud Fontanet. Avant cela, les malades connaissent des épisodes chroniques de perte d’appétit et de poids, de douleurs musculaires et articulaires, de fatigue, de troubles du sommeil, de nausées, de vomissements, de diarrhées, de maux de tête et de troubles dépressifs. Mais en l’absence de diagnositic, ces signes ne sont pas forcément imputés à l’hépatite C.

        Lire aussi :
         

                Hépatites B et C : un fléau mondial en expansion



Tandis qu’un vaccin existe contre l’hépatite B, le problème de l’hépatite C est très différent. Sa fréquence est très hétérogène selon les zones géographiques et les groupes de population. « Dans certaines grandes villes comme Mombasa, au Kenya, ou Dakar, au Sénégal, il existe des foyers d’infection chez les usagers de drogues, chez qui les taux de prévalence [nombre de personnes infectées] peuvent atteindre 25 % », souligne la professeure Karine Lacombe, infectiologue à l’hôpital Saint-Antoine de Paris. Certains pays sont particulièrement touchés, comme le Pakistan, la Géorgie ou la Mongolie. Mais c’est l’Egypte qui a longtemps présenté le taux de prévalence de l’hépatite C le plus élevé au monde. A cause d’une contamination massive due à des campagnes de traitement contre la bilharziose menées avec des seringues mal stérilisées dans les années 1960 et 1970. Aujourd’hui, le pays fait figure de modèle pour sa politique de lutte contre cette infection.
Traitement curatif hors de prix
En Afrique, on estime à « 19 millions le nombre de personnes chroniquement infectées par le virus de l’hépatite C, explique Arnaud Fontanet, dont l’équipe a réalisé les dernières évaluations. Théoriquement, pour toutes ces personnes, l’espoir d’une guérison rapide est permis depuis l’arrivée de nouvelles molécules en 2014. « Des traitements révolutionnaires qui guérissent cette infection en seulement douze semaines », se réjouit Lelio Marmora, directeur exécutif d’Unitaid, organisation internationale spécialisée dans le financement des innovations en santé et leur diffusion dans les pays en développement.

        Lire aussi :
         

                Hépatite C : nouvelle offensive contre le brevet d’un médicament onéreux



Les premiers traitements de l’hépatite C avaient de nombreux effets indésirables. Et ils ne guérissaient que la moitié des sujets infectés au bout d’un an minimum. « On est passés de ces traitements lourds et longs, à l’efficacité partielle, à des traitements par voie orale qui guérissent 95 % des gens en seulement trois mois. Et ce, quel que soit le stade d’évolution de la maladie », résume Arnaud Fontanet.
Les premiers de ces traitements révolutionnaires ont été le sofosbuvir (Gilead) et le daclatasvir (BMS). « En Afrique du Sud et au Cambodge, Médecins sans frontières (MSF) a récupéré les données sur l’efficacité de l’association de ces deux molécules. En 2017, cette étude a montré leur efficacité sur tous les génotypes du virus », ajoute Lelio Marmora. Depuis, d’autres molécules sont apparues. Mais, surtout, des médicaments génériques ont été développés. Car le coût de ces nouveaux traitements, astronomique dans les pays du Nord – 50 000 à 100 000 euros par patient ! – les rendait inaccessibles aux pays du Sud.
Eviter le monopole des fabricants
« Le premier grand défi est donc d’apporter les bénéfices de ces traitements aux pays moins favorisés », assure Lelio Marmora. C’est là qu’entre en jeu la capacité des pays et des organisations internationales à faire produire ces médicaments à des coûts abordables. L’Egypte, encore elle, a ainsi réussi ce tour de force : produire ces nouveaux traitements au prix le moins cher au monde – 76 euros par patient – par un fabricant local de génériques, Pharco Pharmaceuticals.
La Big Pharma Gilead, de son côté, a annoncé que leur molécule serait à terme accessible dans 101 pays du Sud à 1 000 dollars environ par patient. « Ces accords sont signés Etat par Etat : cela prend du temps », relève Arnaud Fontanet. En pratique, très peu de pays d’Afrique ont aujourd’hui accès à ces traitements innovants. Pourtant, « Il y a un vrai travail réalisé pour faire baisser leurs prix, souligne Isabelle Andrieux-Meyer, de Drugs for Neglected Diseases Initiative (DNDI), une organisation à but non lucratif spécialisée dans la recherche et le développement. Mais il faut aussi créer des compétitions entre fabricants de médicaments génériques. » Faute de quoi, certains pourraient se retrouver en situation de monopole, et faire repartir les coûts à la hausse.

        Lire aussi :
         

                Hépatite C : un traitement à moins de 300 dollars à l’étude



De plus, les accords négociés avec les fabricants laissent de côté les pays à revenus intermédiaires, comme le Maroc, la Thaïlande, la Malaisie, la Chine, les pays d’Amérique latine, qui n’ont pas les moyens de se payer ces médicaments au prix fort. De nouvelles solutions thérapeutiques sont donc explorées. En avril, les résultats intermédiaires d’un essai clinique (STORM-C-1) ont été annoncés par DNDI. Ils montrent par exemple que « l’association sofosbuvir/ravidasvir est comparable aux meilleurs traitements actuels contre l’hépatite C, mais son coût est plus abordable. Elle pourrait fournir une alternative thérapeutique aux pays exclus des programmes d’accès des sociétés pharmaceutiques », a déclaré Bernard Pécoul, directeur exécutif de DNDI.
Autre enjeu : « Il faut que chaque pays mette en place une politique nationale de prise en charge des hépatites, avec un budget dédié. Cela aussi prend du temps », souligne Isabelle Andrieux-Meyer. D’où l’intérêt d’une initiative d’Unitaid : « Nous avons financé un projet de plaidoyer, Coalition Plus, à destination de tous les décideurs en santé des pays concernés, pour les convaincre de prendre au sérieux cette maladie », renchérit Lelio Marmora.
Le dépistage, un enjeu majeur
Mais, avant de traiter une personne infectée, encore faut-il pouvoir la diagnostiquer, et donc la dépister. C’est un frein majeur. Car un dépistage à grande échelle de l’hépatite C suppose la mise en place de tests de diagnostic simples, rapides, à coût abordable. « C’est ce qui manque à notre arsenal », reconnaît Arnaud Fontanet.
Aujourd’hui le diagnostic d’une infection chronique par le VHC s’effectue en deux étapes. D’abord par recherche d’anticorps sur un prélèvement sanguin dont le test est peu cher. Mais si la présence d’anticorps VHC est avérée, il faut confirmer l’infection chronique par biologie moléculaire qui nécessite des machines d’analyse difficilement utilisables sur le terrain et très coûteuse.
Il faudrait donc pouvoir disposer d’un test « clés en main », permettant de dépister en quelques heures, en une seule étape, une infection à partir d’une goutte de sang prélevée au bout d’un doigt, comme pour le virus de l’hépatite B. C’est une quête du Graal.

        Lire notre série
         

          Paludisme, la guerre d’usure



En 2016, Unitaid a établi un partenariat avec la Fondation suisse FIND pour développer des tests de diagnostics de l’hépatite C plus simples, à coûts réduits. Leur projet, financé à hauteur de 38 millions de dollars sur trois ans, concerne six pays : Cameroun, Géorgie, Inde, Malaisie, Birmanie et Vietnam. « Nous cherchons à développer des systèmes de dépistage simultanés de plusieurs maladies, en une seule visite », indique Lelio Marmora. Un système qui permettrait, si le test est positif, d’entreprendre immédiatement un traitement. Mais « au final, conclut Lelio Marmora, le plus important reste la décision politique des pays de structurer une réponse cohérente et responsable vis-à-vis de cette infection. » Là aussi, les avancées prennent du temps et se heurtent parfois à d’insondables résistances.
Le Monde Afrique propose une série de reportages, décryptages, portraits et entretiens pour raconter l’état d’avancement de la lutte contre l’hépatite C sur le continent.
Cet article fait partie d’une série réalisée dans le cadre d’un partenariat avec Unitaid.


<article-nb="2018/07/25/18-10">
<filnamedate="20180725"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180725"><AAMMJJHH="2018072518">
<filname="SURF-env_sciences-10"> ¤ Le splendide point orangé qui apparaît en fin de soirée au sud-est et attire les regards jusqu’à l’aube est la planète Mars, qui n’avait pas été aussi brillante depuis près de quinze ans.
<filname="PROF-env_sciences-10"> ¤ 
<article-nb="2018/07/25/18-11">
<filnamedate="20180725"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180725"><AAMMJJHH="2018072518">
<filname="SURF-env_sciences-11"> ¤ Dans le nord-ouest du Groenland, un iceberg menace un village, à tel point que le risque de tsunami a forcé les autorités à évacuer une partie des habitants, le 13 juillet.
<filname="PROF-env_sciences-11"> ¤ 
<article-nb="2018/07/25/18-12">
<filnamedate="20180725"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180725"><AAMMJJHH="2018072518">
<filname="SURF-env_sciences-12"> ¤ Six personnes ayant bu du moût de raisin lors de vendanges en Allemagne en 2016 ont eu une tularémie, maladie rare et dangereuse.
<filname="PROF-env_sciences-12"> ¤ 
<article-nb="2018/07/25/18-13">
<filnamedate="20180725"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180725"><AAMMJJHH="2018072518">
<filname="SURF-env_sciences-13"> ¤ Ces composés utilisés pour la conservation d’aliments comme la viande séchée pourraient être liés à la survenue d’épisodes maniaques.
<filname="PROF-env_sciences-13"> ¤                     
                                                

Les nitrates pourraient avoir une influence néfaste sur la santé mentale

Ces composés utilisés pour la conservation d’aliments comme la viande séchée pourraient être liés à la survenue d’épisodes maniaques.



Le Monde
 |    20.07.2018 à 10h54
 • Mis à jour le
20.07.2018 à 11h24
    |

                            Sarah Terrien








                        


Alors que les effets cancérigènes des nitrates sont encore discutés, une étude publiée le 18 juillet dans la revue Molecular Psychiatry met en cause ces substances sous un autre angle. En suggérant, cette fois, une influence néfaste de ces conservateurs sur la santé mentale, et plus particulièrement sur la survenue d’épisodes maniaques. Des phases d’excitation, principalement présentes dans le trouble bipolaire, pendant lesquelles les patients sont irritables, dorment peu, parlent souvent très vite et peuvent avoir des hallucinations.
Des chercheurs américains et néerlandais sont arrivés à ce constat par hasard, en analysant les données démographiques, sanitaires et alimentaires de 1 101 Américains âgés de 18 à 65 ans, entre 2007 et 2011. « Nous n’avions pas l’intention d’examiner les consommations de charcuteries », a expliqué Faith Dickerson, professeur de psychiatrie à l’université du Maryland et coauteur de l’étude. Mais quand les scientifiques ont constaté que les personnes hospitalisées pour un état maniaque étaient trois fois et demie plus nombreuses à déclarer avoir déjà consommé de la viande séchée que les personnes ne souffrant d’aucun trouble psychiatrique, ils ont approfondi leurs recherches. Les patients souffrant d’autres maladies mentales ne présentaient pas cette surconsommation de ces charcuteries fortement chargées en nitrates. Aucun autre aliment recensé dans le questionnaire, même le saucisson et le jambon cru, n’avait d’association avec les épisodes maniaques ou avec une autre pathologie psychiatrique.
Pour aller plus loin, les chercheurs ont mené une série d’expérimentations sur des rats. Verdict ? Les résultats abondent dans le sens des observations effectuées sur les humains. Au bout de deux semaines, les rats qui avaient quotidiennement mangé des produits à base de nitrates, contrairement à ceux qui avaient eu une alimentation dépourvue de ces substances, présentaient une hyperactivité motrice. Au-delà de cette expression comportementale de la manie, cette étude révèle l’influence de ces conservateurs sur la modification du microbiote intestinal des rats.
« Psychonutrition »
Or, cet ensemble de micro-organismes vivant dans le tube digestif est mis en cause depuis une dizaine d’années dans la manie et dans d’autres troubles psychiatriques, comme l’a précisé Robert Yolken (université Johns Hopkins), un des auteurs de l’étude, dans le communiqué de presse accompagnant celle-ci : « Il y a de plus en plus de preuves que les germes dans les intestins peuvent influencer le cerveau. » Enfin, ces nitrates, consommés à une équivalence humaine d’un bâtonnet de viande séchée par jour, semblent modifier les circuits cérébraux des rongeurs, plus précisément ceux de l’hippocampe. Cette structure est impliquée dans la mémoire, la navigation spatiale et l’inhibition et potentiellement altérée chez les humains dans le trouble bipolaire.

        Lire aussi :
         

                Les aliments « ultratransformés » favoriseraient le cancer



Si ce travail préliminaire ne permet pas d’établir de lien direct de cause à effet, d’après Guillaume Fond, psychiatre à l’hôpital de la Conception à Marseille et chercheur à l’université d’Aix-Marseille, « c’est une étude majeure car emblématique d’un nouveau courant de recherche, la psychonutrition, qui s’intéresse à l’influence de l’alimentation sur le déclenchement ou l’évolution des troubles psychiatriques ». Selon lui, ces résultats devraient conduire à une réaction des services de santé publique américains : « Par mesure de précaution, ces produits devraient être retirés du marché, le temps de faire toute la lumière. » Si, en France, nous n’avons pas pour habitude de consommer de la viande séchée, Guillaume Fond met en garde contre les compléments alimentaires utilisés pour faire de la musculation, qui peuvent s’y apparenter.
Le ventre serait donc bel et bien notre deuxième cerveau… Pour en avoir le cœur net, les auteurs de l’étude souhaitent poursuivre leurs investigations, comme l’indique Robert Yolter : « Les travaux futurs sur cette association entre nitrates et manie pourraient mener à des interventions diététiques pour aider à réduire le risque d’épisodes maniaques chez les personnes atteintes de trouble bipolaire ou vulnérables à la manie. »



                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/25/18-14">
<filnamedate="20180725"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180725"><AAMMJJHH="2018072518">
<filname="SURF-env_sciences-14"> ¤ Au menu : dix nouvelles lunes pour Jupiter ; un atelier d’embaumeur découvert sous le plateau de Gizeh ; des corbeaux nécrophiles, etc.
<filname="PROF-env_sciences-14"> ¤ 
<article-nb="2018/07/25/18-15">
<filnamedate="20180725"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180725"><AAMMJJHH="2018072518">
<filname="SURF-env_sciences-15"> ¤ Scientifiques et militants de la lutte contre le VIH estiment qu’il faut remettre en question l’approche centrée sur le sida et « faire cause commune avec le champ de la santé mondiale »
<filname="PROF-env_sciences-15"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 19/07/2018
Découvrir l’application


                        

Sida : les experts appellent à changer radicalement de stratégie

Scientifiques et militants de la lutte contre le VIH estiment qu’il faut remettre en question l’approche centrée sur le sida et « faire cause commune avec le champ de la santé mondiale »



Le Monde
 |    20.07.2018 à 00h30
 • Mis à jour le
20.07.2018 à 09h42
    |

            Paul Benkimoun








                        


La prévention contre le VIH est en crise, des populations particulièrement vulnérables continuent à rester hors d’atteinte du système de santé, et l’élan mondial, qui a permis de mobiliser des ressources sans précédent et de sauver des millions de vies, décline. Le modèle uniquement concentré sur le VIH/sida, qui prévalait depuis le début de la pandémie et a abouti à créer des programmes et structures spécifiques, n’y répond plus comme il le faudrait. Il doit laisser place à une approche où la lutte contre le virus de l’immunodéficience humaine serait intégrée dans des programmes de santé plus larges visant également les maladies qui lui sont liées.
C’est la conclusion à laquelle sont arrivés 47 experts impliqués dans la riposte à cette pandémie qui a déjà tué plus de 35 millions de personnes. Après deux ans de travail dans le cadre d’une commission réunie à l’initiative de l’International AIDS Society (IAS), organisatrice des conférences internationales sur le VIH/sida, et l’hebdomadaire médical The Lancet, ils invitent à ce changement de paradigme.
Le fruit de leurs travaux paraît dans un numéro spécial de la revue publié vendredi 20 juillet. Parmi les signataires du document figurent l’actuelle présidente de l’IAS, Linda-Gail Bekker, et son prédécesseur, Chris Beyrer, mais aussi l’ancien directeur exécutif d’Onusida, Peter Piot, et deux ex-directeurs exécutifs du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, Michel Kazatchkine et Mark Dybul, ou encore l’ancien président d’Aides, Bruno Spire.
« Dangereuse complaisance »
La tonalité est nettement distincte de celle des institutions internationales comme l’Onusida ou le Fonds mondial, qui mettent l’accent sur les incontestables progrès accomplis. La commission met en question le discours dominant ces dernières années centré sur la perspective d’en finir avec le sida.
Selon la commission, le battage sur cet objectif fixé à 2030 par les Nations unies a « alimenté une dangereuse complaisance et peut avoir précipité l’affaiblissement de la détermination mondiale à combattre le VIH ». Estimant que « les outils et les stratégies contre le VIH existants sont insuffisants et bien que des progrès spectaculaires puissent être obtenus en maximisant les stratégies actuelles de prévention et de traitement, la pandémie due au VIH va vraisemblablement demeurer un défi mondial majeur dans le futur proche », est-il indiqué dans le document du Lancet.

        Lire aussi :
         

                Sida : l’autotest, un moyen de dépistage « pratique » mais encore mal connu



Peter Piot voit un reflet de cette complaisance dans l’aplatissement de la courbe des ressources financières, internationales et nationales, consacrées à lutter contre le VIH. « Nous sommes très préoccupés à l’idée de voir le monde proclamer une victoire bien avant que notre combat contre le sida soit achevé. Ce serait catastrophique, car nous avons vu des épidémies rebondir, par exemple le paludisme, dont on avait prévu l’élimination », met-il en garde.
Services intégrés
Allant plus loin que le rapport publié mercredi 18 juillet par l’Onusida, qui préconise de combiner une offre de prévention et de soin pour le VIH et pour la tuberculose, la commission prône des services intégrés qui répondent au VIH et aux autres maladies qui partagent les voies de transmission, touchent les mêmes groupes à risque et coexistent souvent chez les patients. Une telle offre inclurait la santé sexuelle et reproductive, la tuberculose, les hépatites virales, les addictions aux drogues et les troubles mentaux, résume Chris Beyrer.

        Lire aussi la tribune du professeur Patrick Yeni :
         

          « Il faut repenser la lutte contre le VIH outre-mer »



Elle pourrait également être étendue à des maladies chroniques comme le diabète et l’hypertension artérielle (HTA). Les modélisations de la commission illustrent le rapport coût-efficacité positif d’une telle approche sur le VIH : par exemple, l’offre intégrée combinant dépistage du VIH, du diabète et de l’HTA sur dix ans permettrait d’éviter 69 000 infections en Afrique du Sud et 216 000 au Kenya. « Il n’y a jamais eu de campagne de prise de la tension artérielle dans mon pays », remarque Nduku Kilonzo, du Conseil national du Kenya pour le contrôle du sida, qui est l’une des signataires du document de la commission. Le débat est lancé.




                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/25/18-16">
<filnamedate="20180725"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180725"><AAMMJJHH="2018072518">
<filname="SURF-env_sciences-16"> ¤ Editorial. « Le Monde », aux côtés d’une vingtaine de médias, a enquêté sur 10 000 revues dites « prédatrices » qui contribuent à tromper les administrations et le public.
<filname="PROF-env_sciences-16"> ¤                     
                                                

Fausse science : il faut une prise de conscience mondiale

Editorial. « Le Monde », aux côtés d’une vingtaine de médias, a enquêté sur 10 000 revues dites « prédatrices » qui contribuent à tromper les administrations et le public.



Le Monde
 |    19.07.2018 à 11h47
 • Mis à jour le
19.07.2018 à 15h14
   





                        


Editorial du « Monde ». C’est un mal discret qui ronge silencieusement la science, et qui s’étend avec une inquiétante célérité. Depuis un peu moins d’une décennie, des sociétés peu scrupuleuses créent à foison de fausses revues scientifiques qui acceptent de publier, moyennant finances, des travaux parfois fragiles, voire carrément frauduleux ou fantaisistes.
Aux côtés d’une vingtaine de médias écrits et audiovisuels internationaux, qui se sont coordonnés pour publier simultanément le résultat de leurs travaux, Le Monde a enquêté sur cette science contrefaite.
Celle-ci est en pleine expansion : environ 10 000 revues dites « prédatrices » contribuent à construire une science « parallèle », susceptible de tromper les administrations publiques, les entreprises, et même parfois les institutions scientifiques elles-mêmes.
Un combat légitime
Ces revues douteuses relaient parfois, en leur donnant le lustre de la scientificité, des « travaux » climatosceptiques, antivaccins, ou encore de fausses études cliniques vantant les mérites de faux médicaments. Selon des estimations récentes, cette production représente jusqu’à 2 % à 3 % de l’index de certaines grandes bases de données de la littérature savante. C’est six fois plus qu’il y a cinq ans.

        Lire aussi :
         

                Alerte mondiale à la fausse science



Deux grands phénomènes ont nourri cette envolée. D’une part, la lutte contre le monopole des grands éditeurs scientifiques (Elsevier, Springer, etc.) et pour un accès libre aux résultats de la recherche. Porté par la communauté scientifique depuis presque deux décennies, ce combat légitime est passé par la création de nouvelles revues scientifiques, souvent de qualité, qui reposent sur le principe du « publieur-payeur » : c’est l’institution des chercheurs, qui soumettent leur travail pour être publiés, qui paie à la revue des frais de publication. En ­contrepartie, celle-ci s’engage à ne pas faire payer l’accès aux travaux publiés.
Ce modèle prend tout son sens lorsqu’on sait que les revues scientifiques « classiques » commercialisent à des tarifs prohibitifs les articles qu’elles publient, prospérant ainsi sur le commerce de connaissances souvent produites grâce à la recherche publique, et ralentissant ainsi la libre circulation du savoir.
Publier, toujours plus, toujours plus vite
Les éditeurs « prédateurs » ont détourné ce principe du publieur-payeur en faisant paraître complaisamment des articles qui ne sont pas préalablement expertisés (au terme de la sacro-sainte « revue par les pairs », ou peer review) tout en touchant toujours de juteux « frais de publication ».
D’autre part, les revues prédatrices prospèrent aussi grâce aux nouvelles formes d’évaluation de l’activité scientifique. Le travail des chercheurs est, de plus en plus, jugé en fonction de critères quantitatifs, et non qualitatifs. Il faut publier, toujours plus, toujours plus vite, et donc de plus en plus mal.
Cette tendance est un pousse-au-crime – en particulier dans certains pays du Sud, où des primes à la publication ont parfois été instaurées pour le personnel académique. Soumettre son travail à une revue prédatrice garantit presque toujours une publication très rapide.
Face à ce fléau, les communautés scientifiques et les gouvernements s’organisent. En France, qui n’est pas le pays le plus touché, le ministère de la recherche prend la question au sérieux et promeut des « listes blanches » de revues à privilégier. Il faut maintenant infléchir les politiques d’évaluation de la recherche vers moins de quantitatif et plus de qualitatif. Seule une prise conscience mondiale pourra rendre son intégrité à la science.

        Lire aussi :
         

                Le business juteux des simili-conférences scientifiques






                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/25/18-17">
<filnamedate="20180725"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180725"><AAMMJJHH="2018072518">
<filname="SURF-env_sciences-17"> ¤ Les responsables de plusieurs ateliers de fabrication de médicaments contrefaits, promus dans de fausses publications scientifiques, comparaîtront cet automne.
<filname="PROF-env_sciences-17"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Les auteurs d’un trafic de faux médicaments jugés en novembre

Les responsables de plusieurs ateliers de fabrication de médicaments contrefaits, promus dans de fausses publications scientifiques, comparaîtront cet automne.



Le Monde
 |    19.07.2018 à 10h59
 • Mis à jour le
19.07.2018 à 11h00
    |

            Stéphane Foucart (avec la collaboration « Scientia »)








                        



                                


                            
Le site Web de deux sociétés, Immuno Biotech et First Immune, affichait un onglet « notre science ». D’un clic, l’internaute pouvait accéder aux « preuves scientifiques » de l’efficacité de ses médicaments stars dont les principes actifs – le GcMAF et la Goleic – avaient été validés par une quarantaine de publications dans des revues savantes comme Frontiers in Human Neuroscience, Nutrients, Journal of Multiple Sclerosis, Integrative Cancer Science & Therapeutics, ou encore American Journal of Immunology… Maladie de Parkinson, cancer du sein ou du sang, tumeur cérébrale, sclérose en plaques ou syndrome de fatigue chronique : ces produits miracles pouvaient tout soigner. Il suffisait aux patients de les commander en ligne.

En novembre 2018, une demi-douzaine de ressortissants britanniques, responsables de ce commerce, seront jugés à Londres pour – entre autres – escroquerie, fabrication et vente illégales de produits pharmaceutiques. L’un des ateliers de fabrication de ces faux médicaments était installé dans un corps de ferme situé à Digosville, dans la Manche, et a été démantelé le 20 février 2017 par les enquêteurs de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp), ainsi que l’a révélé Le Parisien dans son édition du 25 février. Mais d’autres sites de production ont, depuis, été fermés en Allemagne, en Lituanie, aux Pays-Bas et en Espagne. Le site basé en Normandie avait, à lui seul, expédié plus de 5 000 colis dans toute l’Europe.
Faux témoignages de guérison
La stratégie de vente consistait à mettre en avant sur Facebook des faux témoignages de guérisons spectaculaires, mais aussi à proposer aux visiteurs des articles scientifiques ou des affiches de présentation de travaux de recherche, tous publiés dans de fausses revues ou supposément présentés à de fausses conférences. Les articles de recherche indiquant les résultats spectaculaires...




                        

                        


<article-nb="2018/07/25/18-18">
<filnamedate="20180725"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180725"><AAMMJJHH="2018072518">
<filname="SURF-env_sciences-18"> ¤ Victimes de revues prédatrices, certains scientifiques dénoncent la pression de l’évaluation basée sur le nombre de publications
<filname="PROF-env_sciences-18"> ¤                     
                                                   
édition abonné


La France fait partie des gros contributeurs aux revues scientifiques douteuses

Victimes de revues prédatrices, certains scientifiques dénoncent la pression de l’évaluation basée sur le nombre de publications



Le Monde
 |    19.07.2018 à 06h46
 • Mis à jour le
19.07.2018 à 11h00
    |

            David Larousserie et 
Stéphane Foucart








                        



                                


                            
La France n’est pas épargnée par la contrefaçon scientifique. Les journalistes de la collaboration « Fake Science », qui regroupe une vingtaine de titres internationaux dont Le Monde, ont interrogé les bases de données des sociétés publiant des revues douteuses ou organisant de fausses conférences scientifiques.
La recherche française apparaît parmi les dix plus gros contributeurs dans l’index de la société Waset, basée en Turquie, avec quelque 1 700 références sur 70 000 – articles et présentations à des colloques. Dans les index des éditeurs Omics et Scidom, la France figure parmi les vingt premiers contributeurs, avec respectivement 800 et 700 articles, sur des totaux respectifs de 58 400 et 74 000 articles.
Ces chiffres tranchent avec les estimations du ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. « Nous avons un suivi très fin des frais de publication engagés par les chercheurs français, explique Marin Dacos, conseiller science ouverte de la ministre Frédérique Vidal. En 2015, environ 60 000 articles ont été publiés par les chercheurs des universités et des organismes de recherche publics français, dont 2 500 ayant donné lieu à des frais de publication, pour quelque 4 millions d’euros. Mais moins de 50 de ces articles ont été publiés dans des revues douteuses, pour une somme de 46 000 euros. C’est bien sûr regrettable, mais c’est une proportion très mineure. »

« Je me suis fait doublement piéger »
Cependant, les chiffres du ministère ne tiennent pas compte des cas où les chercheurs paient les frais de publication de leur poche. Dans d’autres situations, des chercheurs français peuvent aussi cosigner des articles douteux comme auteurs secondaires – c’est généralement le premier auteur qui règle les frais – au côté de scientifiques étrangers. Les coûts d’inscription à des fausses conférences sont, eux, plus difficiles à suivre.
La majorité des chercheurs français concernés...




                        

                        


<article-nb="2018/07/25/18-19">
<filnamedate="20180725"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180725"><AAMMJJHH="2018072518">
<filname="SURF-env_sciences-19"> ¤ Des sociétés vont jusqu’à se prévaloir de chercheurs à leur insu pour attirer les inscriptions à des rencontres de piètre qualité.
<filname="PROF-env_sciences-19"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 18/07/2018
Découvrir l’application


                           
édition abonné


Le business juteux des simili-conférences scientifiques

Des sociétés vont jusqu’à se prévaloir de chercheurs à leur insu pour attirer les inscriptions à des rencontres de piètre qualité.



Le Monde
 |    19.07.2018 à 06h45
 • Mis à jour le
19.07.2018 à 12h59
    |

            David Larousserie








                        



                                


                            

Les 17 et 18 mai, Paris devait être la capitale mondiale des sciences. Pas moins de cinquante conférences dans les domaines de l’aérospatiale, de la mécanique, de l’énergie, de l’environnement, du génie civil, de l’économie, de l’informatique, des sciences sociales ou encore de la chimie, étaient prévues au même endroit.
Le jour dit, dans un hôtel près de la gare Montparnasse, la baudruche se dégonfle : une salle de quelque 60 mètres carrés, louée 500 euros pour une demi-journée seulement, et pas plus d’une trentaine de personnes présentes. Visiblement, autant ont annulé leur participation, comme en témoignent les badges restants, posés sur une table de bureau.
Cette parodie de conférence scientifique internationale était organisée par l’entreprise World Academy of Science, Engineering and Technology (Waset). La société multiplie ce genre d’événements, amortis avec deux ou trois participants, qui paient des frais d’inscription de quelques centaines d’euros. « Je ne le ferai pas une seconde fois ! L’organisation était nulle, et ce n’était pas une conférence scientifique, s’emporte Atilla Atli, enseignant-chercheur à l’Ecole catholique des arts et métiers de Lyon (ECAM-Lyon), une école d’ingénieurs. J’ai parlé cinq minutes devant des gens qui ne connaissaient pas mon sujet. » Son exposé avait été vite accepté, « sans aucune question technique », note-t-il.
Interrogée sur l’intérêt de sa présence, une autre participante française, thésarde, préfère ne pas répondre. Elle est, précise sa directrice de thèse, « affectée d’avoir utilisé sa bourse personnelle sur une conférence qui ne valait peut-être pas l’investissement qu’elle y a mis, et elle ne souhaite plus échanger là-dessus ».
Tout le monde n’est pas déçu. Une jeune Kosovare, étudiante en management, salue sa sœur et sa cousine venues la voir à Paris. Impossible de poser trop de questions aux rares participants ; l’organisateur, sourcilleux, nous...




                        

                        


<article-nb="2018/07/25/18-20">
<filnamedate="20180725"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180725"><AAMMJJHH="2018072518">
<filname="SURF-env_sciences-20"> ¤ Des dizaines de revues scientifiques produisent et éditent des études peu scrupuleuses se retrouvant ensuite dans des banques de données servant de base à des experts.
<filname="PROF-env_sciences-20"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 18/07/2018
Découvrir l’application


                           
édition abonné


Alerte mondiale à la fausse science

Des dizaines de revues scientifiques produisent et éditent des études peu scrupuleuses se retrouvant ensuite dans des banques de données servant de base à des experts.



Le Monde
 |    19.07.2018 à 06h00
 • Mis à jour le
19.07.2018 à 09h37
    |

            Stéphane Foucart et 
David Larousserie (avec la collaboration "Fake science")








                        



                                


                            

Le savoir, lui non plus, n’échappe pas à la contrefaçon. La part prise par la « fausse science » dans la production scientifique mondiale augmente de manière considérable depuis une dizaine d’années et aucun signe de pause ne semble poindre à l’horizon.
Au sein d’une collaboration baptisée « Fake science » et formée d’une quinzaine de médias internationaux, dont la Norddeutscher Rundfunk (NDR), la Süddeutsche Zeitung, The New Yorker ou encore l’Aftenposten, Le Monde a enquêté sur l’ampleur et l’impact de ce phénomène, qui n’épargne pas la France.
A quoi peut ressembler de la science contrefaite ? Depuis une décennie, des dizaines de maisons d’édition peu scrupuleuses comme Omics et Science Domain (Inde), Waset (Turquie) ou encore Scientific Research Publishing (Chine) ont créé des centaines de revues en accès libre au nom ronflant, ayant toutes les atours de vraies revues savantes.
Mais contrairement à celles-ci, ces journaux ne disposent pas d’un comité éditorial, ils facturent des frais aux chercheurs – de l’ordre de quelques centaines d’euros par article – et publient les « travaux » sans contrôle et très rapidement. Ils ne soumettent pas les manuscrits des comptes rendus de recherche qu’ils reçoivent à la « revue par les pairs » (peer review, en anglais). Ce processus de contrôle qualité, préalable à toute publication savante, est l’une des étapes clés de la construction de la science.
Le même mécanisme existe pour les conférences scientifiques : souvent sollicités par courriel, des chercheurs s’inscrivent, moyennant finance, pour présenter leurs travaux. Mais il n’y a bien souvent personne – ou pas grand monde – pour écouter ces simulacres de conférences.
Publication d’une étude imaginaire
De la diffusion de fausses informations à la promotion de médicaments en passant par l’activisme climatosceptique ou antivaccin, voire simplement une volonté de « gonfler » artificiellement...




                        

                        

