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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Notre choix du soir. Au bord de l’eau et d’un monde avec lequel ils ont rompu, Bertrand Latouche filme une petite communauté de navigateurs nomades, en forme d’ode à la liberté (sur France 3 à 23 h 40).
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TV - « Les Œuvres vives » : des vies à contre-courant

Notre choix du soir. Au bord de l’eau et d’un monde avec lequel ils ont rompu, Bertrand Latouche filme une petite communauté de navigateurs nomades, en forme d’ode à la liberté (sur France 3 à 23 h 40).



Le Monde
 |    25.07.2018 à 17h45
    |

                            Camille Langlade








                        


Documentaire sur France 3 à 23 h 40

A 50 ans, Bertrand Latouche fait le point sur sa vie, ce « beau bordel ». Le réalisateur raconte ses peurs, ses espoirs et ce qu’il aimerait transmettre à sa fille de 16 ans, qu’il voit une semaine sur deux. Un bordel fait d’« œuvres vives », de ces « 4 millimètres d’acier qui [le] séparent de l’eau », autrement dit la partie immergée de la coque. Car Bertrand habite sur un bateau. Et celui-ci a pris l’eau il y a trois ans. Il s’est alors rendu dans un chantier naval, où il revient pour réparer le gouvernail et poser sa caméra.
Au bord de l’eau, on découvre une petite communauté de navigateurs nomades, installés là en attendant la réparation de leurs bateaux. Jean-Luc, Claudine, Jean-Yves et Christian ont décidé, un jour, de rompre avec leur vie de terrien sédentaire pour se réfugier dans une certaine marginalité. Un quotidien à contre-courant qu’ils ne regrettent pour rien au monde.
Dans ce beau documentaire aux notes de western, ces baroudeurs des mers, aux visages marqués par le soleil, reviennent sur le moment charnière où ils ont décidé de larguer les amarres. Des témoignages forts, recueillis en plans fixes, sous l’œil bienveillant de Bertrand Latouche. Rester au-dessus de la ligne de flottaison : voilà ce qui les anime aujourd’hui.
Ces Œuvres vives brillent par leur mise en scène épurée, à l’image de la vie que mènent ces habitants du chantier, sans s’encombrer d’un confort matériel superflu. La caméra montre une forme d’otium : une existence hors du temps faite de repos, de lecture et de moments de partage.
Soleil, gazole et solidarité
Bertrand Latouche dresse un tableau à la fois réaliste et impressionniste de cette vie à la marge, emplie de soleil, de gazole et de solidarité. Son journal intime entremêle les tranches de vie de ses personnages et les bateaux, partie intégrante de la peinture, avec leurs coques abîmées, embellies par les voyages.
A la lumière de ces personnages aux trajectoires atypiques, à rebours des schémas pré-tracés qui inondent la société, le réalisateur signe une magnifique excursion poétique dans un endroit qui ­paraît parfois hors du monde. Une ode à la liberté qui offre aussi une réflexion sur la notion de rupture, professionnelle ou amoureuse, parfois nécessaire pour pouvoir se reconstruire, changer de cap.
Les Œuvres vives, de Bertrand Latouche (Fr., 2017, 50 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ A voir ce soir. D’une sanglante histoire des frères Grimm, Sébastien Laudenbach tire un film d’animation croqué de main de maître (sur Ciné + Club à 18 h 40).
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TV - « La Jeune Fille sans mains » : conte cruel d’une fée sans ailes

A voir ce soir. D’une sanglante histoire des frères Grimm, Sébastien Laudenbach tire un film d’animation croqué de main de maître (sur Ciné + Club à 18 h 40).



Le Monde
 |    25.07.2018 à 17h30
    |

                            Noémie Luciani








                        


Film d’animation sur Ciné + Club à 18 h 40

C’est une très vieille histoire que celle de La Jeune Fille sans mains : un conte ancien, peu connu, écrit par les frères Grimm sous ce titre, au début du XIXe siècle.
Au début du récit, un père vend sa fille vierge au diable comme il la livrerait à un maquereau, lui ouvrant un abîme de salissures – sexuelles, mais pas seulement. La jeune fille est trop pure pour céder, sans que cette pureté suffise à la préserver du mal. Elle perd ses mains dans le combat et prend la fuite, plus démunie dans sa mutilation nouvelle que Peau d’âne sous son manteau mité.
L’histoire est ancienne. A la découvrir sous les traits du merveilleux film d’animation de ­Sébastien Laudenbach, on a pourtant l’impression qu’elle a été imaginée hier, ou même qu’elle s’invente sous nos yeux à mesure qu’elle se montre.
Une saisissante impression de vie
L’image apparaît sans contours, en traits d’aquarelle qui sont parfois des taches ou des ombres, volontairement réduits à la combinaison expressive minimale : de la même encre noire surgissent les yeux, la bouche, les sourcils, une chevelure, et voilà la jeune fille tout entière, dont l’absence de mains n’est finalement pas criante – puisqu’elle n’est parfois à l’écran qu’un visage aperçu avant de disparaître dans une calligraphie étrange de formes et de couleurs. Si l’on figeait le film une image après l’autre, beaucoup d’entre elles ne représenteraient rien : elles ne prennent une signification qu’aux prises avec ce mouvement qui les fait et défait dans le cours agité de l’histoire comme dans celui d’une eau intranquille.
La jeunesse éternelle du conte se chante sous l’aspect d’une seconde genèse : une forme qui se cherche, se trouve et change pour se chercher ailleurs, et dont la stylisation parfois extrême n’ôte rien, tout au contraire, à la saisissante impression de vie. Ce ne sont pas les traits d’un corps, mais la chair palpitante que restitue le mouvement perpétuel des couleurs et des lignes, de sorte que le spectacle animé qui en naît, si épris d’abstraction qu’il puisse être, n’en est pas moins incarné avec une intensité que le cinéma d’animation récent nous a rarement offerte.

   


L’œil auquel s’offrent ces métamorphoses se voit interdire le repos, et vit le conte dans un mélange de fascination sans cesse renouvelée et d’inconfort nécessaire. Parce que tout change, chaque image est plus belle que la précédente, mais aussi plus fragile : la vie humaine et ses enjeux terribles y ont la transparence de l’aquarelle, se dessinent comme sur un vitrail d’une finesse irréelle que le destin viendrait briser d’un souffle. Parce qu’aucune forme n’y est finie, la jeune fille ne semble pas moins belle sans ses mains qu’avec elles. Parce que chaque tableau s’efface avant de se figer, aucun asile ne semble devoir lui offrir le luxe d’un peu de temps.
C’est à cela, peut-être, que tient la plus grande cruauté du récit, sa plus grande vérité : l’impression de ce temps dont on dit si souvent qu’il guérit toute blessure, et qui file ici sans laisser au sang le loisir de sécher sur l’herbe, pas plus qu’à l’aquarelle celui de sécher sur la page. Course bouleversante que celle de la jeune fille sans mains et sans heure, bouleversant talent que le sien, qui vaut tous les dons de fées penchées sur un berceau : celui d’arracher au courant du temps des parenthèses d’amour, de joie, de beau, dont elle fait, au sein du chaos, son bonheur.
La Jeune Fille sans mains, de Sébastien Laudenbach (Fr., 2016, 70 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Des personnalités de tous horizons racontent une chanson qui a marqué leur vie.
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                La chanson d’amour de Marianne James : « Ne me quitte pas », de Jacques Brel


Des personnalités de tous horizons racontent une chanson qui a marqué leur vie.

Le Monde
                 |                 25.07.2018 à 17h00
 • Mis à jour le
25.07.2018 à 17h21
                 |

            Sandrine Blanchard

















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Inoubliable cantatrice déjantée dans le spectacle « Ultima récital », Marianne James, chanteuse et comédienne, joue, jusqu’au 29 juillet, un spectacle musical pour enfants dans le festival « off » d’Avignon. A la rentrée, elle rejoindra, sur M6, le jury de l’émission « La France a un incroyable talent ».
Je suis obligée de choisir Ne me quitte pas de Jacques Brel. C’est la plus belle et la pire chanson d’amour. Cela m’est arrivé trois fois d’être amoureuse à ce point-là. J’ai véritablement compris le sens de cette chanson après mon premier grand chagrin d’amour. J’avais 24 ans. Je me revois insister, aller comme une « merde » sur le palier de mon amoureux, rue d’Avron à Paris, frapper à sa porte, pleurer. Vous savez que vous avez tort d’agir ainsi – que plus vous le faites, plus l’autre aura envie de fuir – mais vous ne pouvez pas vous en empêcher. Pourtant, votre attitude ne le fera jamais revenir : vous lui sortez par les yeux, il ne veut plus de vous, de votre peau, de votre voix… Ce n’est pas vrai que : « Tout peut s’oublier/Qui s’enfuit déjà/Oublier le temps/Des malentendus et le temps perdu/A savoir comment/Oublier ces heures/Qui tuaient parfois à coups de pourquoi/Le cœur du bonheur. »
On m’a toujours dit que j’étais trop. Trop bavarde, trop amoureuse… peu importe, ce n’est pas grave, il faut être soi-même.
Quelque chose de cash, de trivial
« Je ne vais plus pleurer, Je ne vais plus parler/Je me cacherai là/A te regarder danser et sourire et/A t’écouter chanter et puis rire/Laisse-moi devenir l’ombre de ton ombre/L’ombre de ta main L’ombre de ton chien. » Ces paroles m’arrachent les larmes. Et puis il y a cette scie musicale en fond sonore… Elle est terrible. J’avais mis tellement haut mon prince charmant qu’il ne pouvait que me décevoir. Il ne faut pas viser si haut et prendre la vie comme elle vient.
Jacques Brel, avec Léo Ferré (notamment sa chanson Avec le temps), fait partie des chanteurs que j’ai le plus écoutés. Je l’ai découvert entre 11 et 13 ans. A cette époque, je vivais à Montélimar et j’apprenais la musique au côté de Michel Petrucciani, lui au piano, moi à la guitare, sous le regard de son père, Tony, grand guitariste de jazz.
Les paroles de Jacques Brel ont quelque chose de cash, de trivial, de viril, que je préfère au côté « poétique » d’une Barbara. Jacques Brel avait un côté misogyne, mais on lui pardonnait tout, c’était le Lino Ventura de la chanson.


Leurs chansons d’amour
Catherine Deneuve : « Les parapluies de Cherbourg », de Michel Legrand
Daniel Pennac : « Ça va ça vient », de Boby Lapointe
Christophe André : « Cécile, ma fille », de Claude Nougaro
Bernard Cazeneuve : « Vienne », de Barbara
Vincent Dedienne : « L’Amitié », de Françoise Hardy
Pénélope Bagieu : « Don’t Cry », de Guns N’Roses
Erik Orsenna : « Pierre », de Barbara
Agnès B : « L’Affiche rouge », de Léo Ferré
Christophe Michalak : « With or Without You », de U2



Rendez-vous du 5 au 7 octobre au Monde Festival 2018 !
Aimer ! C’est le thème de la 5e édition du Monde Festival, qui se tiendra du vendredi 5 au dimanche 7 octobre 2018 à l’Opéra Bastille, au Palais Garnier, au théâtre des Bouffes du Nord et au cinéma Gaumont Opéra. 
Un rendez-vous porté par les journalistes du « Monde », qui propose au public des rencontres rares, une quarantaine de débats d’actualité, des projections de films inédits, des spectacles. 
Aimer, c’est prendre position, défendre, partager un projet, un coup de cœur, une passion. C’est aussi explorer le champ de l’intime, du désir, des liens personnels qui fondent nos sociétés.
Retrouvez la programmation du festival et achetez vos billets.
Retrouvez les moments forts et les vidéos des éditions précédentes.




Sandrine Blanchard
    













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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ La Mostra affirme encore une fois son statut de tête de pont du cinéma d’auteur hollywoodien en Europe.
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Festival de Venise : Netflix en majesté sur le Lido

La Mostra affirme encore une fois son statut de tête de pont du cinéma d’auteur hollywoodien en Europe.



Le Monde
 |    25.07.2018 à 16h42
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


Les spectateurs français savent déjà qu’ils n’auront pas besoin de sortir de chez eux pour voir deux des films les plus attendus de la prochaine Mostra de Venise. Seulement de s’abonner à Netflix. Roma, d’Alfonso Cuaron (non retenu à Cannes parce que diffusé par la plate-forme américaine) et The Ballad of Buster Scruggs, le western de Joel et Ethan Coen forment, avec 22 juillet de Paul Greengrass (sur le massacre commis par Anders Brevink à Utoya et Oslo) le contingent de films Netflix qui concourront pour le Lion d’or de la 75e édition du plus ancien festival de cinéma au monde, qui aura lieu du 29 août au 8 septembre. Affranchi des contraintes qui pèsent sur la programmation cannoise, le directeur de la Mostra, Alberto Barbera, a largement puisé dans l’offre que lui proposait la plate-forme de streaming.
Le film des frères Coen est issu de la commande que Netflix leur avait passée d’une série anthologique située dans le Far West. Il a gardé sa structure de film à sketches. Joel et Ethan ont déclaré à Variety avoir « voulu embaucher les meilleurs réalisateurs en activité (pour tourner leur scénario). Heureusement, ils étaient disponibles ».
La tête de pont du cinéma d’auteur hollywoodien en Europe
Favorisé par le calendrier, qui place la manifestation au début de la saison des Oscars, Venise affirme encore une fois son statut de tête de pont du cinéma d’auteur hollywoodien en Europe. Damien Chazelle qui y avait présenté La La Land en 2016, avant de remporter 6 statuettes en février 2017, ouvrira les festivités avec First Man, dont le protagoniste est Neil Armstrong (Ryan Gosling). Les autres candidats américains au Lion d’or sont Rick Alverson, cinéaste indépendant remarqué pour le très dérangeant Entertainment, qui présente The Mountain, avec Jeff Goldblum ; l’acteur Brady Corbet, passé depuis quelques années derrière la caméra : il dirige Natalie Portman dans Vox Lux ; et le plasticien et cinéaste Julien Schnabel qui a confié le rôle de Vincent Van Gogh à Willem Dafoe dans At Eternity’s Gate.

        Lire aussi l’analyse de l’édition 2017 de la Mostra !
         

          Un palmarès sans tonalité à la Mostra de Venise



La France, même, contribue à cette ambiance états-unienne puisqu’on découvrira le western de Jacques Audiard The Sisters Brothers, avec Joaquin Phoenix, John C. Reilly, Jake Gyllenhaal et Riz Ahmed. Les deux autres longs-métrages français en compétition sont Doubles vies, d’Olivier Assayas, avec Guillaume Canet et Juliette Binoche, et Frères ennemis, de David Oelhoffen, avec Reda Kateb et Matthias Schoenaerts.

   


Roma marque le retour d’Alfonso Cuaron au Mexique, où il n’avait pas tourné depuis Y Tu Mama Tambien, en 2001. Le pays sera également représenté par Carlos Reygadas, dont on découvrira Nuestro Tiempo. Ce titre faisait partie des films que l’on attendait à Cannes, tout comme Sunset, le second long-métrage du Hongrois Laszlo Nemes (Le Fils de Saul). Parmi les cinéastes présents sur le Lido après avoir longtemps fréquenté la Croisette, on trouve aussi Yorgos Lanthimos qui a dirigé The Favourite, drame en costumes et en anglais (dont le personnage central est la reine Anne d’Angleterre), avec Olivia Colman, Emma Stone et Rachel Weisz. Toujours en costumes mais situé au siècle suivant, Peterloo, de Mike Leigh évoquera un épisode sanglant de la lutte pour la démocratie en Angleterre.
Une œuvre inachevée d’Orson Wells
Les Italiens seront représentés par Luca Guadagnino, qui présentera son remake de Suspiria avec Dakota Johnson et Tilda Swinton, le documentariste Roberto Minervini (What You Gonna Do When the World’s On Fire ?) et Mario Martone (Capri Revolution).

Hors compétition, on trouvera pêle-mêle un nouveau remake de l’une des histoires préférées de Hollywood, A Star Is Born avec Bradley Cooper (également réalisateur) et Lady Gaga dans les souliers de Fredric March et Janet Gaynor ; Les Estivants, de Valeria Bruni Tedeschi ; Un peuple et son roi, le film révolutionnaire (1789-1793) de Pierre Schoeller ; et Dragged Acros Concrete, dans lequel S. Craig Zahler déroule les conséquences d’une bavure policière commise par Mel Gibson et Vince Vaughn.
Hors compétition aussi, le film d’un revenant, Orson Welles. Enfin terminé, le montage de The Other Side of the Wind, l’œuvre inachevée de l’auteur de Citizen Kane, mort en 1985, sera présentée à Venise par Netflix, qui a financé l’opération par amour du cinéma, sans doute. Mais pas au point d’en organiser la sortie en salle en France.

        Lire aussi :
         

                Netflix retire un film d’Orson Welles de la sélection cannoise






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Delon en six films cultes (4/6 ). En 1969, Henri Verneuil réunit Gabin et Delon. C’est la deuxième fois que les deux acteurs tournent ensemble, après « Mélodie en sous-sol ». Le jeune premier se fait désirer au début du tournage, mais une fois sur le plateau s’instaure une relation particulière, tel un père et un fils. Toutefois le tournage est perturbé par l’affaire Markovic...
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ 
<article-nb="2018/07/25/18-6">
<filnamedate="20180725"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180725"><AAMMJJHH="2018072518">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Le festival parisien propose des performances artistiques de haut vol dans des lieux magiques, jusqu’au 4 août.
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édition abonné


Paris l’été, à voir pieds sur terre ou tête en l’air

Le festival parisien propose des performances artistiques de haut vol dans des lieux magiques, jusqu’au 4 août.



Le Monde
 |    25.07.2018 à 15h00
    |

                            Rosita Boisseau








                        



                                


                            

Une vague de bois ajourée comme une dentelle flottant au-dessus du sol s’est posée pendant six heures, lundi 16 juillet, sur l’esplanade du ­Musée d’art moderne. Le maître d’œuvre de cette œuvre nomade intitulée La Transumante est ­l’artiste de cirque Johann Le Guillerm, pirate du spectacle ­vivant. Entouré d’une dizaine de complices, il a dressé cette splendide carcasse en mutation permanente.
Cette performance in situ a inauguré le festival Paris l’été, qui se déroule jusqu’au 4 août dans vingt-quatre théâtres et lieux variés dispersés dans la capitale et l’Ile-de-France. Pilotée depuis 2017 par Laurence de Magalhaes et Stéphane Ricordel, codirecteurs du Monfort, dans le 15e arrondissement, la manifestation, créée en 1990, maintient envers et contre tout sa ligne d’action dans l’espace public, les parcs et les jardins, les cours de lycée.

Plus de vingt espaces en plein air
Un parti pris toujours fermement revendiqué en dépit de ­mesures sécuritaires lourdes. « Evidemment, il faut se battre un peu plus que d’habitude depuis quelques années pour convaincre la Préfecture de police et la Mairie de Paris de nous donner les auto­risations, commente Stéphane ­Ricordel. Il y a de plus en plus d’agents de sécurité sur le terrain – nous en employons une soixantaine au total sur trois semaines –, plus de barriérage et donc un budget en augmentation, avec parfois même des brigades de CRS que nous devons aussi payer. Mais cette complexité est stimulante. Nous devons continuer à investir la ville. » Parallèlement, au cœur du festival situé au lycée Jacques-Decour, dans le 9e arrondissement, ce sont plus de vingt espaces en plein air qui sont équipés au jour le jour par soixante-quinze techniciens.

Fleuron de cette édition, l’installation de Lignes ouvertes, performance de la funambule Tatiana-Mosio Bongonga, 34 ans, dont vingt-cinq de fil. A partir d’une grue...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Ecrivains espions, espions écrivains 2/5. Il n’y a pas que John le Carré : lumière sur les activités  de renseignement de quelques figures de la littérature ou de la pensée. Taupe anglaise douée mais peu écoutée, Aphra Behn (1640-1689) rencontre succès et reconnaissance comme écrivaine.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ 
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Attaché au récit national de son pays, le cinéaste philippin explique son parti pris artistique pour dénoncer les actions du régime.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Lav Diaz : « Je ne veux pas faire de compromis esthétique »

Attaché au récit national de son pays, le cinéaste philippin explique son parti pris artistique pour dénoncer les actions du régime.



Le Monde
 |    25.07.2018 à 08h50
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

A bientôt 60 ans, Lav Diaz est à la fois l’un des cinéastes les plus singuliers – par l’ampleur de ses films, leur esthétique baroque – et le constructeur d’un récit national philippin. Présentée à la Berlinale en février, La Saison du diable revient sur la dictature de Ferdinand Marcos, qui – de 1972 à 1981 – imposa l’état d’urgence aux Philippines, faisant régner la terreur grâce à des formations paramilitaires. Aujourd’hui, l’archipel est dirigé par Rodrigo Duterte, élu en 2016. Après avoir mené une « guerre contre la drogue » qui a fait des milliers de victimes, le président Duterte s’en prend à ses opposants politiques.

« La Saison du diable » est-elle une réaction directe à la situation politique aux Philippines ?
Oui. Au dernier trimestre de 2016, j’ai commencé une résidence à l’école de cinéma de Harvard, aux Etats-Unis. Mon projet était d’écrire le scénario d’un film de gangsters. Je m’y suis mis. Je lisais les nouvelles des Philippines. Un nouveau président y avait été élu en mai. Il y avait des assassinats jour et nuit, les pauvres en étaient victimes – les gens qui vivent à la périphérie des villes, dans les bas-fonds. Ce n’étaient pas ceux auxquels il avait promis de s’en prendre, les seigneurs de la drogue.
Aviez-vous déjà une opinion sur Rodrigo Duterte avant son élection ?
Je savais que c’était un fasciste. Pendant trente ans, il a été maire de Davao, une grande ville du sud des Philippines, à côté de laquelle j’ai vécu. Il y avait déjà organisé des escadrons de la mort. On avait déjà une idée de ce qui allait se passer, et beaucoup de gens ont essayé d’avertir l’électorat. Mais il y avait le mythe que cette ville était la plus paisible, la plus progressiste des Philippines, grâce à lui. Les gens se sont rendus à une perspective populiste. Donc, pendant que j’écrivais mon scénario à Harvard, j’ai commencé à écrire des chansons qui se lamentaient sur le sort de mon...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Un film noir où le fait divers révèle la lente décomposition d’une Chine en mutation à la fin des années 1990.
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« Une pluie sans fin » : meurtres dans une usine à cauchemars

Un film noir où le fait divers révèle la lente décomposition d’une Chine en mutation à la fin des années 1990.



Le Monde
 |    25.07.2018 à 08h50
 • Mis à jour le
25.07.2018 à 08h54
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » - A voir
Le titre français annonce très justement la couleur, météorologique disons, du premier long-métrage du cinéaste chinois Dong Yue. La pluie y est, en effet, un élément constant. Diluvienne, tenace, opaque, elle installe, dès le début du récit, et durant presque deux heures, une lumière grise, une ­atmosphère sinistre, un paysage réduit, dénué d’horizon. Elle enferme à ciel ouvert les humains qui s’agitent au cœur d’un univers dévasté ou en passe de l’être.

        Lire aussi l’entretien :
         

          Dong Yue : « Plus personne ne parle de ces destins brisés par ce changement économique »



Ce paysage, c’est celui qui entoure une gigantesque usine d’Etat dans la province du Hunan à la fin des années 1990, illustration de l’industrialisation à marche forcée à laquelle fut soumise la Chine maoïste dans les années 1950 et 1960. Ce théâtre est d’abord, ici, celui d’un récit policier. Le cadavre d’une jeune fille, violée et mutilée, vient d’être découvert aux abords d’un immense complexe industriel. Un tueur en série sévit depuis plusieurs mois. Yu Guowei, le responsable de la sécurité de l’usine, se met en tête de retrouver le meurtrier et s’attache à suivre plusieurs suspects, jusqu’à l’obsession, jusqu’à perdre de vue tout sens commun, jusqu’à l’erreur fatidique.
Oppression et exploitation
Le héros du film est un Don Quichotte moderne qui voit peut-être dans son obstination dérisoire à courir les chimères une manière de survivre à la vie mutilée, du moins de composer avec celle-ci, que lui impose un système implacable. Un tel récit ­évoque bien sûr d’autres films ­(on pense à l’indépassable Memories of Murder du Coréen Bong Joon-ho, 2003) dans sa manière de dévoiler une histoire collective et sociale derrière le parcours d’un individu et le suspense d’une enquête policière, évidemment. Car Une pluie sans fin dépasse le simple récit cri­minel en utilisant celui-ci de façon allégorique.
Le projet du policier amateur se perd donc, s’épuise et se délabre, à l’image même d’un lieu condam­né à la disparition. Car ce que va capter la caméra de Dong Yue, c’est la lente décomposition d’une société construite sur des rituels monumentaux et totalitaires (les cérémonies de l’usine dans le cadre desquelles se voient décorer, par le Parti, l’ouvrier et l’employé du mois), rituels destinés à habiller cyniquement l’oppression et l’exploitation.
Un sentiment de ­piétinement infini vécu par des individus condamnés à vivre, sans jamais pouvoir dépasser leur condition
Ce qui se joue sous les yeux du spectateur est la représentation du remplacement d’une violence politique et économique non pas par une possibilité d’émancipation mais par une autre violence, politique et économique. S’impose ainsi le sourd sentiment d’un ­piétinement infini vécu par des individus, dont certains rêvent de s’installer à Hongkong (sa rétrocession à la Chine continentale vient d’avoir lieu), condamnés à vivre, sans jamais pouvoir dépasser leur condition, l’atroce eschatologie d’un maoïsme ravalé par les nouvelles prescriptionsdu­néocapitalisme. Un gag récurrent, celui d’une voiture en panne, ­embourbée dans la gadoue, refusant de transporter les person­nages, y apparaît, jusqu’au dernier plan, comme l’allégorie de la fatalité à laquelle sont condamnés les individus.
Une pluie sans fin rejoint ainsi une certaine manière dans le cinéma chinois contemporain d’utiliser le fait divers comme révélateur des mutations historiques du pays (Black Coal, de Diao Yi Nan, People Mountain People Sea, de Cai Shangjun, A Touch of Sin et Les Eternels, de Jia Zhangke). Mais la critique sociale devient ici un voyage quasi métaphysique. La pluie continuelle, l’écrasant et inhumain décor que sa terrible beauté rend irréel, tirent le film vers une sorte de fantastique halluciné. Le monde concret est un monde cauchemardesque, un vortex aspirant les personnages pour les transformer en stalkers errant aux portes d’un enfer sans issue. Une pluie sans fin est un trip tout à la fois fascinant et désespéré, sentiments que l’ampleur et la précision de la mise en scène accentuent avec force et talent.

Film chinois de Dong Yue. Avec Duhan Yihong, Jiang Yiyang, Du Yuan. (1 h 59). Sur le web : www.unepluiesansfin-lefilm.com, www.facebook.com/unepluiesansfin

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 25 juillet)
La Saison du diable, film philippin de Lav Diaz (à ne pas manquer)Une pluie sans fin, film chinois de Dong Yue (à voir)Contes de juillet, film français de Guillaume Brac (à voir)Roulez jeunesse, film français de Julien Guetta (à voir)Vierges, film français, israélien et belge de Keren Ben Rafael (à voir)The Charmer, film danois de Milad Alami (pourquoi pas)Hôtel Transylvanie 3 : des vacances monstrueuses, film d’animation américain de Genndy Tartakovsky (pourquoi pas)
A L’affiche également
Bajirao Mastani, film indien de Sanjay Leela BhansaliC’est qui cette fille, film français et américain de Nathan SilverHôtel Artemis, film américain de Drew PearceMamma Mia ! Here We Go Again, film américain de Ol Parker





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Le réalisateur chinois signe avec le polar « Une pluie sans fin » son premier long-métrage.
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édition abonné


Dong Yue : « Plus personne ne parle de ces destins brisés par ce changement économique »

Le réalisateur chinois signe avec le polar « Une pluie sans fin » son premier long-métrage.



Le Monde
 |    25.07.2018 à 08h49
 • Mis à jour le
25.07.2018 à 08h51
    |

                            Jean-François Rauger








                        



                                


                            

Qu’il décrive son propre parcours ou la raison d’être d’Une pluie sans fin, son premier long-métrage, Dong Yue est un homme de peu de paroles. Précis, ­concret, il ne lui viendrait pas à l’idée de dévier la conversation vers une analyse trop abstraite de son film. Le goût du récit policier est à prendre au premier degré chez lui. Il a suivi une formation de chef opérateur à l’Académie du cinéma de Pékin. Après quelques collaborations comme directeur de la photographie à des projets qu’il juge « sans intérêt », il se dirige vers la réalisation, tourne quelques films institutionnels et des publicités avant de voir se concrétiser la production de son premier long-métrage de fiction.
« J’ai eu de la chance. Avec mon synopsis, j’ai trouvé tout de suite un producteur. Le film a été aidé par la fondation de soutien au jeune cinéma chinois créée par le cinéaste Wu Tia Min. Elle a organisé un forum de rencontre au Festival de Cannes. Cinq projets, dont le mien, ont été retenus. A mon retour en Chine, des investisseurs se sont rapprochés de moi. Le scénario est arrivé entre les mains de l’acteur principal, qui s’y est intéressé. Lorsqu’il a accepté de participer, on a pu envisager un film avec un peu de moyens. »
C’est le décor qui lui a donné, en 2013, l’idée du film ; un décor qui lui est apparu dans un article sur Internet. « C’était un article sur une ancienne ville énergétique créée dans les années 1950-1960 pour exploiter des ressources naturelles. Dans les années 1990, ces endroits étaient en déclin, voire en ruine. J’ai vu des photos. Il n’y restait plus que des vieillards et des chiens errants. Voilà ce qui a suscité mon intérêt pour cette période. »
Influences contemporaines
Le choix du récit policier n’est pas une surprise pour un cinéaste qui avoue son admiration inaltérable pour Vertigo, d’Alfred Hitchcock, et Conversation secrète, de Francis Ford Coppola. Dong Yue précise avoir cherché...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Le réalisateur signe, avec les élèves du Conservatoire d’art dramatique de Paris, un diptyque sur l’été et ses amours passagères.
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« Contes de juillet » : les balades amoureuses de Guillaume Brac

Le réalisateur signe, avec les élèves du Conservatoire d’art dramatique de Paris, un diptyque sur l’été et ses amours passagères.



Le Monde
 |    25.07.2018 à 08h49
 • Mis à jour le
25.07.2018 à 09h04
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » - A voir
Trois semaines après le documentaire L’Ile au trésor, de Guillaume Brac, jeune cinéaste français à la sensibilité douce-amère, sort Contes de juillet, son versant fictionnel, formant dans la foulée un diptyque informel sur l’été et ses amours passagères. Sous ce titre sont en fait rassemblés deux moyens-métrages – L’Amie du dimanche et Hanne et la fête nationale –, tournés dans le cadre d’un atelier avec les élèves du Conservatoire national supérieur d’art dramatique (CNSAD) et dans des conditions légères.
Tous deux se présentent comme des marivaudages estivaux ou des promenades sentimentales, dont la simplicité de façade et la netteté de trait font fortement penser au cinéma d’Eric Rohmer – Les Rendez-vous de Paris (1995), pour sa partition en sketches, ou L’Ami de mon amie (1987), pour son cadre banlieusard (la ville nouvelle de Cergy-Pontoise).

        Lire aussi la critique :
         

          « L’Ile au trésor » : une petite Babel à ciel ouvert



Dans le premier sketch, deux collègues de rayon d’un magasin de vêtements profitent d’une journée libre pour partir en virée sur la base de loisirs de Cergy, un petit coin de nature et de baignade aux portes de l’Ile-de-France (c’était aussi le décor de L’Ile au trésor). Sur place, un jeune agent de prévention, affublé d’un maillot orange, se montre entreprenant avec l’une d’entre elles, si bien que l’autre finit par en prendre ombrage. Les deux amies se séparent et vivent chacune de leur côté un petit moment d’aventure singulier, avant de rentrer ensemble à Paris, la nuit tombée.

        Lire aussi l’entretien :
         

          Guillaume Brac : « C’est un film de banlieue sans la banlieue »



Dans le second, Hanne, une étudiante étrangère, vit sa dernière journée à Paris, celle du 14 juillet, avant d’aller rejoindre son petit ami en Norvège. Mais les circonstances festives et les avances répétées des garçons (son colocataire italien, un godelureau rencontré dans la rue) semblent se liguer contre elle pour la suborner.
La fraîcheur des acteurs
La réussite de ces contes, aussi directs et laconiques qu’une carte postale, tient d’abord à la fraîcheur des acteurs, ces élèves du conservatoire qui font leurs débuts devant la caméra de Guillaume Brac. On ressent, à travers les deux films, une même curiosité pour ces visages encore inconnus, ces corps nouveaux, leurs intonations inédites et accents divers (surtout dans Hanne et la fête nationale, situé à la Cité universitaire de Paris), comme pour insuffler de l’air frais au cœur de la fiction. Chacun rend ainsi son personnage d’autant plus crédible et immédiat, comme autant d’apparitions successives. La plus surprenante est due à un personnage de pompier (Sipan Mouradian), qui exécute une danse insolite en plein dîner et entraîne le second sketch sur des pentes rêveuses.
Il est question de la distance imperceptible qui sépare l’amour de l’amitié, la camaraderie de la séduction
Avec clarté et modestie, Brac brosse des fictions tendres et volatiles, quelque part entre l’esquisse et l’étude, d’un œil sûr et humaniste – ce qui le conduit à souvent cadrer ses personnages de pied, sans trop les « découper ».
Ses récits, d’apparence futile, prennent discrètement le tour d’apologues, où il est question de la distance imperceptible qui sépare l’amour de l’amitié, la camaraderie de la séduction. Distance dont les personnages auront à pâtir de la transgression et qui permet aussi de se mentir à soi-même (où l’on retrouve encore le motif rohmérien des Contes moraux). La légèreté chemine chaque fois vers une note plus grave : une image de la banlieue parisienne s’assoupissant dans la nuit ou l’annonce à la radio des attentats de Nice (les récits se déroulent en 2016). Car l’été est ainsi fait que la vacance insouciante doive toujours y céder le pas à une sensation d’anéantissement.


FA CONTES DE JUILLET from Les Films Du Losange on Vimeo.

Film français de Guillaume Brac. Avec Milena Csergo, Lucie Grunstein, Hanne Mathisen Haga, Andrea Romano, Sipan Mouradian (1 h 10). Sur le web: www.filmsdulosange.fr/contes-de-juillet , www.facebook.com/filmslosange/



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Une chimère sort de sa torpeur une petite station balnéaire israélienne. Une esthétique entre la réalité et le fantastique.
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« Vierges » : la sirène au pied des immeubles de Kiryat-Yam

Une chimère sort de sa torpeur une petite station balnéaire israélienne. Une esthétique entre la réalité et le fantastique.



Le Monde
 |    25.07.2018 à 08h48
 • Mis à jour le
25.07.2018 à 09h22
    |

            Véronique Cauhapé








                        



   


L’avis du « Monde » - A voir
Petite sœur d’Anna Karina, de Pierrot le fou (Jean-Luc Godard, 1965), clamant les pieds dans l’eau « Qu’est-ce que j’peux faire ? J’sais pas quoi faire », Lana, 16 ans, traîne son ennui sur la plage de Kiryat-Yam, station balnéaire israélienne où sa mère tient un café que personne ne fréquente plus. La gamine rêve de partir pour Tel-Aviv. Et de perdre sa virginité pour accéder plus vite, pense-t-elle, au statut d’adulte.
Dans l’immobilisme d’un temps suspendu où rien ne se produit, il n’est guère d’autre salut que de croire, quand il surgit, au sensationnel. Fût-il imaginaire, fruit du fantasme d’un vieil homme. Celui, en l’occurrence, de Vladimir, qui se met un jour à raconter qu’enfant, depuis le bateau l’amenant en Israël, il a vu une sirène sortir de la mer. Peut-être même est-elle encore là, puisqu’il n’y a pas si longtemps, un pêcheur dit l’avoir aperçue, lui aussi.
A ce récit oral, chacun va prendre part. Selon les sentiments qu’elle anime, les intérêts qu’elle promet, la parole initiale devient propriété de tous, se transforme, se propage, s’insinue dans le réel, qu’elle transfigure. La sirène apporte son contingent de rêves et d’espoir. Lana y trouve moyen de s’en amuser ; le maire, une opportunité économique pour sa ville ; le journaliste, une belle histoire pour les colonnes du journal. A Kiryat-Yam, personne n’est assez fou pour laisser passer si beau mirage.
Poésie du fantasme
Premier film de Keren Ben Rafael, dont les trois courts-métrages (La Plage, en 2015 ; L’Aurore boréale, en 2013 ; I’m Your Man, en 2011) et le documentaire A pleines dents (2013) ont été sélectionnés et primés lors de plusieurs festivals, Vierges élabore son esthétique sur cette union entre la réalité et le fantastique, la trivialité du ­quotidien et la poésie du fantasme. Comme en témoigne la scène où Irena, la mère de Lana, beauté de déesse aux traits fatigués, vêtue ce jour-là en sirène de théâtre de patronage, attend les clients dans son café aux allures de bateau échoué. Tout est dit ici, de l’histoire qu’on se raconte – parce que la vie est moins belle qu’au cinéma –, du décor que l’on plante et du costume dont on se revêt, bref, de tout de ce qu’on invente pour se distraire d’une existence engourdie depuis des lustres. Tout est dit du film de Keren Ben Rafael, qui rassemble ses personnages, disparates et isolés, autour d’une chimère, avant que les spectateurs ne prennent le relais dans la salle.
Lana, 16 ans, rêve de perdre sa virginité pour accéder plus vite, pense-t-elle, au statut d’adulte
Pour atteindre la crédibilité, et faire passer comme une lettre à la poste l’intrusion de l’étrange dans le réel, la cinéaste, dont la vie se partage entre Paris et Tel-Aviv, s’est attachée à tourner à Kiryat-Yam, une station balnéaire qu’elle ne connaissait pas, « une ville d’immigrés où l’on entend davantage parler le russe et l’éthiopien que l’hébreu », dit-elle. Un endroit qui, avec son « architecture un peu russe, l’immensité de ses plages désertes, l’atmosphère pesante figée dans les années 1980 où les gens marchent lentement », lui a tout de suite plu. Et a contribué à l’ancrage du film dans un contexte historique et politique. Celui du peuple juif, peuple errant qui aspire à une terre où se poser. Soucieux de s’installer quelque part et désireux d’aller voir ailleurs.
En apportant sa sirène dans la vie des habitants de Kiryat-Yam, Vierges réconcilie un temps ses deux aspirations contraires, parvient à faire passer la lumière à travers la tristesse du quotidien. Sans que l’on soit tout à fait dupe : la cocasserie de certaines situations, la blondeur du soleil, l’énergie des personnages cachent autant qu’ils la révèlent l’âpreté du propos.

Film français, israélien, belge de Keren Ben Rafael. Avec Joy Rieger, Evgenia Dodina, Michael Aloni (1 h 31). Sur le web : www.facebook.com/pyramide.distribution, pyramidefilms.com/vierges



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Une comédie déjantée et enlevée pour ce premier long-métrage de Julien Guetta, où Eric Judor excelle.
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« Roulez jeunesse » : père malgré lui

Une comédie déjantée et enlevée pour ce premier long-métrage de Julien Guetta, où Eric Judor excelle.



Le Monde
 |    25.07.2018 à 08h48
 • Mis à jour le
25.07.2018 à 12h48
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » - A voir
En plein cœur de l’été, une petite comédie familiale déjantée, courte et enlevée : que demander de plus ? Dans le premier long-métrage de Julien Guetta, scénario brindezingue et acteur paranormal en la personne d’Eric Judor s’allient à merveille. Ce dernier – dont la présence comique dans le cinéma français comme acteur et comme réalisateur est des plus précieuses – incarne ici Alex, un grand garçon célibataire de quarante-trois ans qui travaille dans sa superbe tenue jaune canari comme dépanneur automobile dans l’entreprise dirigée par sa mère (Brigitte Roüan), qui le couve comme un adolescent et désespère de lui. Tout commence au bord d’une route, alors qu’Alex, à la fin de sa journée de travail, est arraisonné par une conductrice en panne, possiblement sous substance, qui entreprend à son endroit une intense campagne de séduction pour qu’il la dépanne. De fil en aiguille, Alex se retrouve à passer la nuit en sa compagnie, mais au matin la belle a disparu et Alex se retrouve avec trois enfants sur les bras, dont il n’est pas assuré que la jolie fille soit la mère, et dont surtout personne, ni police ni hôpital, en dépit des protestations d’Alex, ne veut le dispenser d’assumer la charge.
Gérer la catastrophe
Cet enclenchement absurde inaugure, avec la logique de fer qui caractérise cette catégorie de l’esprit, une série d’événements plus improbables les uns que les autres. Tenu par l’impossibilité morale d’abandonner les enfants à leur sort (un bébé qui braille, un garçonnet trash nommé Kurt et une adolescente hors de ­contrôle), Alex part en quête de leur mère avec l’aide d’une assistante sociale (Laure Calamy), qui se trouve être une ex-amante jadis larguée sans élégance, également flanqué d’une amante du moment envers laquelle il n’a pas davantage envie de s’engager, le tout sans oser en dire un mot à sa propre mère et sans vraiment réussir à justifier ses absences de plus en plus longues au travail.
Le film évolue insensiblement entre la logique surréelle qui le propulse et le virage à la fois moral et sentimental qui l’apaise et le clôt
Une bonne partie de la tâche dévolue au héros de ce film, et dans laquelle l’acteur Eric Judor est passé maître, consiste donc à gérer la catastrophe. Par ailleurs, garçon trop gentil, maladroit et immature, Alex se trouve au milieu du gué : enfant unique et sans vergogne à l’égard de sa mère qui voudrait le voir reprendre l’entreprise familiale en difficulté, il développe par ailleurs à l’égard des enfants que le destin lui a collés sur les bras un sentiment de ­responsabilité.

        Lire aussi le portrait :
         

          Une journée avec... Le pitre Eric Judor



Une sorte de récit de formation transfiguré, avec lequel on pressent un certain degré d’intimité chez le réalisateur, se dévoile ainsi à travers le personnage d’Alex, qui l’amène à soupeser les avantages et les inconvénients d’une mère surprotectrice comme la sienne et d’une mère comme celle des enfants qu’il a recueillis. A cette aune, le film lui-même évolue insensiblement entre la logique surréelle qui le propulse et le virage à la fois moral et sentimental qui l’apaise et le clôt. Il n’est pas assuré qu’une telle édulcoration rende justice à ce que ce film compte de meilleur, en vertu duquel toutefois beaucoup lui sera ­pardonné.

Film français de Julien Guetta. Avec Eric Judor, Laure Calamy, Brigitte Roüan, Ilan Debrabant (1 h 24). Sur le web : www.facebook.com/LEPACTE, www.le-pacte.com

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 25 juillet)
La Saison du diable, film philippin de Lav Diaz (à ne pas manquer)Une pluie sans fin, film chinois de Dong Yue (à voir)Contes de juillet, film français de Guillaume Brac (à voir)Roulez jeunesse, film français de Julien Guetta (à voir)Vierges, film français, israélien et belge de Keren Ben Rafael (à voir)The Charmer, film danois de Milad Alami (pourquoi pas)Hôtel Transylvanie 3 : des vacances monstrueuses, film d’animation américain de Genndy Tartakovsky (pourquoi pas)
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Mêlant observation et thriller, le film du Suédois Milad Alami peine autant que son personnage d’immigré en attente de titre de séjour à trouver sa place et son équilibre.
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« The Charmer » : le séducteur venu d’ailleurs

Mêlant observation et thriller, le film du Suédois Milad Alami peine autant que son personnage d’immigré en attente de titre de séjour à trouver sa place et son équilibre.



Le Monde
 |    25.07.2018 à 08h47
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                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » - Pourquoi pas
En à peine deux heures de Charmer, on sera passé à travers trois genres distincts – la chronique sociale, le thriller et le dernier qu’on ne peut révéler sans dévoiler un ressort essentiel du scénario. Cette instabilité convient bien à la situation d’Esmail, immigrant iranien à Copenhague, en attente d’un titre de séjour. Elle est aussi la marque de l’incertitude d’un propos qui hésite entre la froideur analytique et la manipulation du spectateur. Si bien que, malgré le brio de la mise en scène, The Charmer manque – de peu – ses deux buts avoués : ajouter quelques éléments inédits à l’impressionnante filmographie traitant de l’immigration en Europe ; faire surgir de ce terrain une intrigue surprenante.
Esmail (Ardalan Esmaili) est arrivé depuis deux ans au Danemark quand le film commence. Le jour, il est déménageur. Le soir, il fréquente un bar chic dans l’espoir d’y rencontrer une Danoise prête à l’épouser dans un délai raisonnable, qui ne cesse d’ailleurs de se réduire, au fur et à mesure que ses recours sont rejetés. Il semble d’ailleurs que Milad Alami, Suédois né en Iran, ait tourné son film avant que le royaume du Danemark n’instaure les réglementations violemment dissuasives à l’encontre de l’immigration qui sont en vigueur aujourd’hui.
Changement de rythme
Il ne s’agit donc pas de dénoncer le manque d’hospitalité du monde des nantis, plutôt de mettre en scène les efforts un peu absurdes d’un garçon charmant (d’où le titre) pour trouver une place qu’il aurait lui-même du mal à définir. Lorsque Esmail fait la rencontre de Sara (Soho Rezanejad), une jeune bourgeoise iranienne qui vit depuis longtemps au Danemark et se débat entre le poids de sa famille et les normes sociales scandinaves, le film se fait un moment joliment sentimental, par la grâce de son interprète féminine.
Cet interlude est fracassé par l’irruption d’un Danois vengeur, et par le dévoilement un peu laborieux des raisons qui le poussent à s’en prendre à Esmail. Milad Alami prend un plaisir manifeste à l’accélération que provoque ce changement de rythme. Reste qu’il procède d’une certaine gratuité, sans apporter grand chose à la définition du personnage principal, qui reste – malgré ou à cause du regard ténébreux d’Ardalan Esmaili) – une énigme avant que le dénouement et ses révélations n’en fassent un être tout à fait incohérent.

Film danois de Milad Alami, avec Ardalan Esmaili, Soho Rezanejad, Lars Brygman (1 h 40). Sur le web : sister-distribution.ch, www.facebook.com/sisterdistribution



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Débarrassant son film de toute référence horrifique, Genndy Tartakovsky se consacre avec enthousiasme et une certaine réussite à l’animation absurde de ses sujets.
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« Hôtel Transylvanie 3 : des vacances monstrueuses » : le cartoon à l’état pur, sans une goutte de sang

Débarrassant son film de toute référence horrifique, Genndy Tartakovsky se consacre avec enthousiasme et une certaine réussite à l’animation absurde de ses sujets.



Le Monde
 |    25.07.2018 à 08h47
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » - Pourquoi pas
Si ce n’était déjà leur routine sportive quotidienne, les personnages d’Hôtel Transylvanie – vampires, goules, monstres – feraient des galipettes dans leurs caveaux, mausolées et cercueils respectifs à la vue du troisième épisode de la saga. Il ne s’agit même plus de moquer les mythes auxquels ont été empruntés les personnages (Dracula, Frankenstein etc.), ni même de les rendre acceptables aux plus pusillanimes des chères têtes blondes. Foin de soif sang, de projets prométhéens, Genndy Tartakovsky, le réalisateur des deux premiers épisodes et désormais scénariste (avec Michael McCullers) ne s’intéresse qu’à une chose : l’animation.
Paraboles et collisions
C’est sans doute ce qui explique le prétexte de ce troisième épisode. Pour distraire son père, Dracula, qu’elle trouve grognon, Mavis, sa fille vampire qui a épousé un humain, le convainc de partir en croisière dans le triangle des Bermudes. Le transport aérien, les rites des loisirs de masse sont l’occasion de longues séquences où la plasticité des corps et des objets atteint l’absurde qu’on leur connaissait dans certains courts métrages de la Warner.
L’enjeu n’est pas de savoir si la capitaine du vaisseau de croisière – descendante du chasseur de vampires Van Helsing – succombera au charme du comte transylvanien ou restera fidèle à la mission familiale, mais de compter le nombre sujets animés dans chaque séquence, de suivre leurs paraboles et leurs collisions. Quand l’animation est aussi dynamique elle fait presque oublier le reste.

Film d’animation américain de Genndy Tartakovsky (1 h 40). Sur le web : www.hoteltransylvanie3.com, www.facebook.com/HotelTransylvanie



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Les pailles en plastique sont parmi les déchets les plus retrouvés dans les océans.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Le cinéaste Lav Diaz évoque la répression sanglante des années 1970 aux Philippines par le biais d’une fiction chantée d’une sidérante beauté.
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Article sélectionné dans La Matinale du 24/07/2018
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« La Saison du diable » : la dictature de Marcos en opéra-rock

Le cinéaste Lav Diaz évoque la répression sanglante des années 1970 aux Philippines par le biais d’une fiction chantée d’une sidérante beauté.



Le Monde
 |    25.07.2018 à 06h46
 • Mis à jour le
25.07.2018 à 08h56
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » - A ne pas manquer
Célébrée dans les festivals et les centres d’art du monde entier (le Jeu de paume, à Paris, a reçu, en 2015, sa première rétrospective en France), mais réputée austère et exigeante, l’œuvre du Philippin Lav Diaz rencontre de plus en plus souvent le chemin des salles. Et il est toujours réjouissant de pouvoir tomber, même au creux de l’été, sur des films aussi bizarres et intrigants, aussi rétifs à toute norme que les siens.
Lav Diaz appartient à la famille des grands sculpteurs de durées, comme le Russe Andreï Tarkovski ou le Hongrois Bela Tarr, dont la mise en scène se préoccupe moins d’efficacité narrative que du souffle immanent qui la porte. Tout l’enjeu de ce cinéma est précisément de nous arracher à notre empressement quotidien, pour lui substituer une respiration méditative et un sens accru de l’espace.

        Lire aussi l’entretien :
         

          Lav Diaz : « Je ne veux pas faire de compromis esthétique »



La Saison du diable, présenté en compétition à la Berlinale, reprend à son compte l’un des grands motifs politiques du cinéma de Lav Diaz : la déploration des souffrances du peuple philippin, sous le joug des vagues de colonisation ou des régimes répressifs. Dédié « aux victimes de la loi martiale », le film nous plonge à la fin des années 1970, sous le règne sanglant du dictateur Ferdinand Marcos. Mais au lieu de ses habituels mélodrames d’inspiration dostoïevskienne, Diaz bifurque ici vers une sorte de comédie musicale d’agit-prop, ou plutôt d’« opéra-rock », comme il le définit lui-même, où les dialogues laissent place à un registre presque intégralement chanté.

        Lire aussi l’analyse :
         

          La Berlinale, au risque d’un palmarès politique



Le récit tourne autour du personnage de Hugo Haniway (Piolo Pascual), poète activiste dont l’épouse, Lorena (Shaina Magdayao), part fonder un dispensaire dans un village de campagne défavorisé et réputé dangereux. C’est à cet endroit qu’une milice armée, aux ordres du tyran « Narciso », fait régner la terreur et l’obscurantisme parmi la population. Seuls quelques déshérités n’ayant plus rien à perdre osent encore s’opposer à ses nervis : le chef du village, vieillard boiteux qui ne mâche pas ses mots, ainsi qu’une vieille femme hirsute surnommée « la Chouette », qui vit dans la forêt et passe pour folle. Hugo, de son côté, se languit de sa femme, traverse une crise d’inspiration, puis décide de rejoindre Lorena au village, alors qu’elle semble dans le collimateur des militaires.
Bégaiement de l’Histoire
En pointant ainsi les exactions d’une force armée inique, Lav Diaz ne se contente pas de revenir sur un épisode tragique de l’histoire philippine, mais apostrophe aussi le présent. A travers la figure mythologique de Narciso, représenté comme un Janus aux deux visages (image frappante : le personnage arbore un second faciès à l’arrière de son crâne), le film vise non seulement Ferdinand Marcos, mais surtout sa réitération grotesque sous les traits de Rodrigo Duterte.

        Lire aussi :
         

                Philippines : dans le bidonville de Caloocan, des policiers à la fois tueurs et enquêteurs



L’actuel président de l’archipel, Rodrigo Duterte, s’est signalé dernièrement par sa volonté de soumettre la mémoire du dictateur à une réhabilitation nationale.
Face au pouvoir se dressent les fous, les artistes et les vieillards formant un chœur tragique
Ainsi le basculement populiste du pays est-il évoqué, dans le film, comme un bégaiement de l’Histoire, un sinistre retour en arrière. L’une des premières scènes montre deux chefs militaires (une femme robuste et un homme à moitié défiguré) conspirer pour entretenir les villageois dans de lugubres superstitions, afin de dissimuler leurs malversations. La diffusion de mensonges, la manipulation des faits et l’usage usurpé de la force, qui définissent l’ensemble de leurs agissements, sont aussi les symptômes d’un pouvoir personnalisé et délirant (on y parle de « fonder une nouvelle Eglise »).
Lyrisme sec
Face à lui se dressent les fous, les artistes et les vieillards, réunis par la perte d’un ou de plusieurs proches, formant à la fois une communauté de souffrance et un chœur tragique. S’ils chantent, c’est pour délivrer leur complainte, mais aussi par confrontation avec l’ennemi, à la façon d’un répons. Son lyrisme sec s’avère ce que le film a de plus étonnant, les chants étant entonnés a cappella (en direct et sans doublage) par les comédiens. Des morceaux aux refrains entêtants, dont l’inspiration syncrétique oscille entre les syncopes du tagalog (la langue philippine) et la mélancolie du blues.
Fondés sur le lancinement et la répétition, ils s’imposent en d’enivrantes litanies contestataires. Par moments, une muse apparaît aux côtés de Hugo (Bituin Escalante, une chanteuse populaire célèbre aux Philippines) comme l’incarnation de l’inspiration musicale, faisant ponctuellement glisser le film dans le registre allégorique.
Lav Diaz élabore de subtils dégradés de luminosités mouchetées, versant par moments dans des contrastes quasi expressionnistes
Ce film taillé dans la lenteur et la fixité est rendu captivant par la somptueuse composition de chacun de ses plans, au cœur desquels le regard plonge et s’aventure longuement. Devenu maître du noir et blanc numérique, Lav Diaz élabore de subtils dégradés de luminosités mouchetées, versant par moments dans des contrastes quasi expressionnistes.
Filmées à l’objectif grand angle, ses images sont soutenues par de profondes lignes de force, qui étendent le champ de vision. Chaque plan invente ainsi une scénographie particulière, théâtre de nature ou d’intérieurs, où le hiératisme des corps est compensé par un grand dynamisme plastique. C’est d’ailleurs l’un des points essentiels de cette Saison du diable que de définir la lutte contre le fascisme comme une quête éperdue de la beauté – qu’elle soit musicale, poétique, plastique ou tout cela à la fois.
Si le despotisme consiste à étendre toujours plus le règne de la laideur, la résistance passe par une fidélité décuplée aux splendeurs et à la sérénité du monde tellurique, où l’être humain et ses souffrances s’inscrivent de plain-pied.

Film philippin de Lav Diaz. Avec Piolo Pascual, Shaina Magdayao, Pinky Amador, Angel Aquino (3 h 54). Sur le web : www.arpselection.com/la-saison-du-diable, 

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 25 juillet)
La Saison du diable, film philippin de Lav Diaz (à ne pas manquer)Une pluie sans fin, film chinois de Dong Yue (à voir)Contes de juillet, film français de Guillaume Brac (à voir)Roulez jeunesse, film français de Julien Guetta (à voir)Vierges, film français, israélien et belge de Keren Ben Rafael (à voir)The Charmer, film danois de Milad Alami (pourquoi pas)Hôtel Transylvanie 3 : des vacances monstrueuses, film d’animation américain de Genndy Tartakovsky (pourquoi pas)
A L’affiche également
Bajirao Mastani, film indien de Sanjay Leela BhansaliC’est qui cette fille, film français et américain de Nathan SilverHôtel Artemis, film américain de Drew PearceMamma Mia ! Here We Go Again, film américain de Ol Parker





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Chaque mercredi, « La Matinale » propose une sélection de longs-métrages à voir sur grand écran.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 24/07/2018
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Comédie, opéra-rock et chimères : notre sélection cinéma

Chaque mercredi, « La Matinale » propose une sélection de longs-métrages à voir sur grand écran.



Le Monde
 |    25.07.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
25.07.2018 à 08h42
   





                        


Pour fuir la canicule, rien ne surpasse la climatisation d’une salle de cinéma. Quatre excellents films combleront cette semaine les plus gros appétits cinéphiles.
« La Saison du diable » : la dictature de Marcos en opéra-rock

Réputée austère et exigeante, l’œuvre du Philippin Lav Diaz rencontre de plus en plus souvent le chemin des salles. Et il est toujours réjouissant de pouvoir tomber, même au creux de l’été, sur des films aussi rétifs à toute norme que les siens. L’un deux, La Saison du diable reprend à son compte l’un des grands motifs politiques de son cinéma : la déploration des souffrances du peuple philippin, sous le joug des vagues de colonisation ou des régimes répressifs. Dédié « aux victimes de la loi martiale », le film nous plonge à la fin des années 1970, sous le règne sanglant du dictateur Ferdinand Marcos. Mais au lieu de ses habituels mélodrames d’inspiration dostoïevskienne, Diaz bifurque ici vers une sorte d’« opéra-rock » où les dialogues laissent place à un registre presque intégralement chanté.
Taillé dans la lenteur et la fixité, le film est rendu captivant par la somptueuse composition de chacun de ses plans au cœur desquels le regard plonge et s’aventure longuement. Devenu maître du noir et blanc numérique, Lav Diaz élabore de subtils dégradés de luminosités mouchetées, versant par moments dans des contrastes quasi expressionnistes. Filmées à l’objectif grand angle, ses images sont soutenues par de profondes lignes de force, qui étendent le champ de vision. Chaque plan invente ainsi une scénographie particulière où le hiératisme des corps est compensé par un grand dynamisme plastique. Mathieu Macheret
Film philippin de Lav Diaz. Avec Piolo Pascual, Shaina Magdayao, Pinky Amador, Angel Aquino (3 h 54).
« Roulez jeunesse » : un homme et trois enfants

En plein cœur de l’été, une petite comédie familiale déjantée et enlevée : que demander de plus ? Dans le premier long-métrage de Julien Guetta, scénario brindezingue et acteur paranormal en la personne d’Eric Judor s’allient à merveille. Ce dernier incarne ici Alex, célibataire de 43 ans, dépanneur automobile dans l’entreprise dirigée par sa mère (Brigitte Roüan), qui le couve comme un adolescent. Tout commence au bord d’une route, alors qu’Alex est arraisonné par une conductrice en panne qui entreprend de le séduire afin qu’il la dépanne. De fil en aiguille, Alex se retrouve à passer la nuit en sa compagnie, mais au matin la belle a disparu, laissant ses enfants.
Cet enclenchement absurde inaugure une série d’événements plus improbables les uns que les autres. Tenu par l’impossibilité morale d’abandonner les enfants à leur sort, Alex part en quête de leur mère avec l’aide d’une assistante sociale (Laure Calamy) qui se trouve être une ex-amante jadis larguée sans élégance. Une bonne partie de la tâche dévolue au héros du film, et dans laquelle l’acteur Eric Judor est passé maître, consiste donc à gérer la catastrophe. Une sorte de récit de formation transfiguré se dévoile à travers le personnage d’Alex, qui l’amène à soupeser les avantages et les inconvénients d’une mère surprotectrice comme la sienne et d’une mère comme celle des enfants qu’il a recueillis. A cette aune, le film lui-même évolue insensiblement entre la logique surréelle qui le propulse et le virage à la fois moral et sentimental qui l’apaise et le clôt. Jacques Mandelbaum
Film français de Julien Guetta. Avec Eric Judor, Laure Calamy, Brigitte Roüan, Ilan Debrabant (1 h 24).
« Une pluie sans fin » : quand la fatalité s’embourbe

Le titre français annonce très justement la couleur, météorologique disons, du premier long-métrage du cinéaste chinois Dong Yue. La pluie y est, en effet, un élément constant qui installe, durant presque deux heures, une lumière grise, une atmosphère sinistre, un paysage dénué d’horizon. Ce paysage, c’est celui qui entoure une gigantesque usine d’Etat dans la province de Hunan à la fin des années 1990, illustration de l’industrialisation à marche forcée à laquelle fut soumise la Chine maoïste dans les années 1950 et 1960. Ce théâtre est d’abord, ici, celui d’un récit policier. Le cadavre d’une jeune fille, violée et mutilée, vient d’être découvert aux abords d’un immense complexe industriel. Yu Guowei, le responsable de la sécurité de l’usine, se met en tête de retrouver le meurtrier et s’attache à suivre plusieurs suspects, jusqu’à l’obsession, jusqu’à l’erreur fatidique.
Une pluie sans fin dépasse le simple récit criminel en utilisant celui-ci de façon allégorique. Car ce que va capter la caméra de Dong Yue, c’est la lente décomposition d’une société construite sur des rituels monumentaux et totalitaires destinés à habiller cyniquement l’oppression et l’exploitation. Son film rejoint ainsi une certaine manière dans le cinéma chinois contemporain d’utiliser le fait divers comme révélateur des mutations historiques du pays. Mais la critique sociale devient ici un voyage quasi métaphysique. Une pluie sans fin est un trip tout à la fois fascinant et désespéré. Jean-François Rauger
Film chinois de Dong Yue. Avec Duhan Yihong, Jiang Yiyang, Du Yuan (1 h 59).
« Vierges » : la sirène au pied des immeubles

Lana, 16 ans, traîne son ennui sur la plage de Kiryat-Yam, station balnéaire israélienne où sa mère tient un café que personne ne fréquente plus. La gamine rêve de partir pour Tel-Aviv. Et de perdre sa virginité pour accéder plus vite, pense-t-elle, au statut d’adulte. Dans l’immobilisme d’un temps suspendu où rien ne se produit, il n’est guère d’autre salut que de croire, quand il surgit, au sensationnel. Fût-il imaginaire, fruit du fantasme d’un vieil homme. Celui, en l’occurrence, de Vladimir, qui se met un jour à raconter qu’enfant, depuis le bateau l’amenant en Israël, il a vu une sirène sortir de la mer.
A ce récit oral, chacun va prendre part. La parole initiale devient propriété de tous, se transforme, se propage, s’insinue dans le réel, qu’elle transfigure. La sirène apporte son contingent de rêves et d’espoir. Lana y trouve moyen de s’en amuser ; le maire, une opportunité économique pour sa ville ; le journaliste, une belle histoire pour son journal. A Kiryat-Yam, personne n’est assez fou pour laisser passer si beau mirage. Premier film de Keren Ben Rafael, Vierges élabore son esthétique sur cette union entre la réalité et le fantastique, la trivialité du quotidien et la poésie du fantasme. En apportant sa sirène dans la vie des habitants de Kiryat-Yam, Vierges parvient à faire passer la lumière à travers la tristesse du quotidien. Sans que l’on soit tout à fait dupe : la cocasserie de certaines situations, la blondeur du soleil, l’énergie des personnages cachent autant qu’ils la révèlent l’âpreté du propos. Véronique Cauhapé
Film français, israélien, belge de Keren Ben Rafael. Avec Joy Rieger, Evgenia Dodina, Michael Aloni (1 h 31).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Notre choix du soir. Jacques Doillon raconte les audaces artistiques et la vie amoureuse du sculpteur interprété par Vincent Lindon (sur Canal+ à 23 h 25).
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TV - « Rodin », dans ses élans intimes et créatifs

Notre choix du soir. Jacques Doillon raconte les audaces artistiques et la vie amoureuse du sculpteur interprété par Vincent Lindon (sur Canal+ à 23 h 25).



Le Monde
 |    24.07.2018 à 17h45
    |

                            Mathieu Macheret








                        


Film sur Canal+ à 23 h 25

Il fallait sans doute compter sur l’indépendance d’esprit d’un Jacques Doillon pour ne pas couronner le centenaire de la mort d’Auguste Rodin avec un biopic (film biographique) supplémentaire. La rencontre semblait presque aller de soi, entre le glorieux sculpteur et le ­cinéaste de l’intime, réputé pour modeler à l’écran des états souvent extrêmes du corps – que l’on pense à La Pirate (1984), avec ses personnages aux postures tiraillées par les passions, ou au plus récent Mes séances de lutte (2014), dans lequel Sara Forestier et James Thierrée s’affrontaient amoureusement dans la boue. Doillon n’a donc aucunement tenté de compiler la destinée de son personnage comme une pièce montée récapitulative ou hagiographique, mais a prélevé une séquence bien particulière de sa vie d’homme et d’artiste.
Le film s’ouvre en 1880, quand Rodin (Vincent Lindon), âgé de 40 ans, reçoit sa première commande d’Etat pour réaliser La Porte de l’enfer, inspirée de La ­Divine Comédie, de Dante.
On suit le sculpteur à travers une série d’épisodes intimes et créatifs, se situant à chaque instant à la croisée des chemins. Dans son art d’abord, puisque ­Rodin prend sa reconnaissance tardive comme l’occasion d’aller plus loin et de déchaîner ses audaces.
Quête du mouvement
Dans sa vie amoureuse ensuite, puisque sa liaison houleuse avec Camille Claudel (Izïa Higelin) se consume et s’éteint, avant qu’il ne plonge dans les bras de ses nombreux modèles, ou ne revienne auprès de sa compagne Rose Beuret ­ (Séverine Caneele). Le tournant décisif intervient avec sa conception d’un Monument à Balzac, bond en avant vers la modernité, qui l’occupera près de six ans et ne suscitera que rejet et incompréhension.
Que le récit attaque d’emblée sur la question de la commande n’a évidemment rien d’anodin et constitue d’ailleurs en partie le sujet du film. Comment résister à l’officiel et à l’institutionnalisation ? La question se pose à deux niveaux : elle concerne autant le personnage de Rodin, aux prises avec ses commanditaires, que le cinéaste Doillon, chargé de représenter un monstre sacré de la ­culture française.

   


La réponse est, encore une fois, commune au sculpteur et au cinéaste : on résiste par l’inachèvement (Rodin qui ne finit pas sa Femme cambrée, laissée à l’état de torse) et par la quête perpétuelle du mouvement insufflé à la ­matière inerte (la terre que le sculpteur façonne de ses grosses paluches). Ce mouvement trouve son origine dans les relations de Rodin aux diverses femmes qui l’entourent. C’est sans doute la part la moins convaincante du film, tant elle ramène la créativité de l’artiste à la sève de désir qui bouillonne en lui.
Analogie peut-être pertinente, mais un peu courte pour véritablement cerner le geste puissant et emporté de l’artiste. Les plus beaux passages du film sont à chercher dans les sessions de travail de Rodin, et plus précisément dans les « arcs » constants qui s’établissent entre le regard de l’artiste et son geste de sculpture. Dans une scène splendide, il fait une série de croquis sans quitter ses modèles des yeux, tout en leur soufflant différentes poses. ­Observer et créer se confondent alors dans un même circuit, n’étant autres que les deux facettes d’un même rapport ductile à la beauté des corps et à leur ineffable tressaillement.
Rodin, de Jacques Doillon. Avec Vincent Lindon, Izïa Higelin, Séverine Caneele (Fr.-Bel., 2017, 115 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Podcast. Dans cette série de Christine Gonzalez, le chef étoilé décrit avec mélancolie sa jeunesse à Champigny (sur France Inter).
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« Chambre d’ado : Thierry Marx, adolescent : la grande évasion »

Podcast. Dans cette série de Christine Gonzalez, le chef étoilé décrit avec mélancolie sa jeunesse à Champigny (sur France Inter).



Le Monde
 |    24.07.2018 à 17h30
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            Mustapha Kessous








                        


Podcast sur France Inter

   


Partir. Ou plutôt s’enfuir de cette cage d’escalier. Pour Thierry Marx, quitter la cité du Bois-l’Abbé n’était pas seulement son rêve d’adolescence, c’était surtout une nécessité pour tenter de faire quelque chose de sa vie. « Si je ne m’évadais pas, elle allait se replier sur moi », dit-il de sa voix chaude et rassurante. Avant de devenir un chef de renommée internationale, Thierry Marx a passé une partie de sa jeunesse dans une barre HLM à Champigny (Val-de-Marne) et en garde un souvenir mélancolique.
Au début des années 1970, ses parents avaient quitté le quartier parisien de Ménilmontant qu’il aimait tant pour aller s’installer, à son plus grand regret, dans un immense appartement, au troisième étage d’une tour froide posée au milieu d’un « no man’s land ». « C’est la fracture, l’école du deuil. Il faut prendre quatre autobus pour aller au château de Vincennes et encore dix stations de métro pour retourner dans mon quartier, raconte-t-il. Je le vivais comme une rupture. Je devais me faire une raison de quitter l’enfance. »
Sincérité et poésie
Dans sa chambre, il avait un ­convertible, un poster de La Grande Evasion (de John Sturges, 1963) avec Steve McQueen, des carburateurs de motos, un seul livre, L’Appel de la forêt, de Jack London (Le Livre de Poche, 1986), qu’il mettra du temps à lire. Et de sa fenêtre, avec des amis, « on regardait les lumières s’allumer et s’éteindre dans les différents appartements des tours qui étaient en face de notre propre tour et on imaginait la vie de ces personnes dans ces petites cases. Ça nous faisait bizarre, et on se disait : “Non nous, on ne restera pas là” », se souvient-il.
Au micro de Christine Gonzalez, le chef doublement étoilé a décrit sa « chambre d’ado » – nom de cette série d’été diffusée sur France Inter – et raconté son enfance avec sincérité et poésie. Il ne cache ni ses failles – ses échecs scolaires ou son côté bagarreur –, ni le « traumatisme » que lui a causé une conseillère d’orientation quand celle-ci lui avait assuré que l’école hôtelière n’était pas faite pour « des gens comme [lui] ».
Après Thierry Marx et la chanteuse Sheila (disponibles en podcast), d’autres personnalités comme l’humoriste Bérengère Krief ou encore la danseuse ­Marie-Claude Pietragalla vont se prêter à ce jeu, chaque dimanche, jusqu’au 26 août.
« Chambre d’ado » : Thierry Marx, adolescent : La Grande Evasion, de Christine Gonzalez (45 min). franceinter. fr



                            


                        

                        

