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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-1"> ¤ L’examen de la révision, qui en était à son onzième jour d’affilée, reprendra « ultérieurement dans des conditions plus sereines ».
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Déjà compliquée, la révision constitutionnelle en suspens après l’affaire Benalla

L’examen de la révision, qui en était à son onzième jour d’affilée, reprendra « ultérieurement dans des conditions plus sereines ».



Le Monde
 |    22.07.2018 à 17h20
   





                        


L’affaire Benalla aura eu raison, au moins provisoirement, du projet de révision constitutionnelle voulu par Emmanuel Macron et dont l’examen, déjà compliqué, a été suspendu dimanche 22 juillet jusqu’à nouvel ordre, après un blocage inédit de l’Assemblée nationale.
L’hémicycle était en état de « siège » depuis les révélations du Monde sur l’ancien collaborateur du chef de l’Etat, selon les termes d’une élue La République en marche (LRM). L’air grave, la garde des Sceaux Nicole Belloubet a annoncé en fin de matinée la suspension des travaux et souhaité que l’examen de la révision, qui en était à son onzième jour d’affilée, reprenne « ultérieurement dans des conditions plus sereines ».
Une décision qui a été applaudie par des députés de tous bords avant la levée de la séance, alors que depuis la matinée, les « rappels au règlement » s’étaient à nouveau succédé, atteignant depuis jeudi le nombre record de 298.

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L’opposition plaidait depuis près de trois jours qu’il était impossible de débattre d’un tel texte constitutionnel « au milieu de cette crise profonde ». La majorité, après une réunion à huis clos samedi soir, avait affiché pour mot d’ordre de « ne pas lâcher ». Il a finalement fallu « mettre fin au cirque », a affirmé une source dans la majorité, au vu de la situation inédite de blocage « de tous les groupes d’opposition ».
Le député LRM Sacha Houlié refuse toutefois d’y voir une défaite politique pour la majorité face à l’opposition :
« Qu’ont-ils gagné ? Rien. On a siégé tous les jours à l’Assemblée nationale alors que certains souhaitaient qu’on arrête vendredi soir. On n’a pas lâché sur la date de l’audition du ministre de l’intérieur. On a tenté jusqu’au bout de reprendre les travaux. »
La présidente du groupe Nouvelle Gauche à l’Assemblée, Valérie Rabault, estime, de son côté, que la suspension des travaux : « Les oppositions dans leur ensemble ont clairement marqué le point, mais ce n’est pas une victoire. »
La réforme remise en cause
Jean-Luc Mélenchon (LFI) s’est félicité sur Twitter de cette mise « au congélateur » du texte, fustigeant les « Pieds nickelés » de la « macronie ».
Et déjà, des voix s’élèvent pour réclamer un retrait pur et simple de la réforme, qui prévoit notamment une réduction du nombre de parlementaires et une dose de proportionnelle de 15%. Dénonçant « une hyper-présidentialisation », plusieurs ont trouvé dans l’affaire Benalla un argument supplémentaire pour repousser un texte qui « affaiblit le Parlement », le socialiste Olivier Faure y voyant l’illustration du « danger de laisser un exécutif tout puissant ».

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Pierre Dharréville, porte-parole des députés communistes, ne voit pas ce qui pourrait justifier « un nouvel accroissement des pouvoirs du président ». La réforme est désormais « nulle et non avenue », affirme Sébastien Huyghe (LR).
Dans un communiqué, le patron des sénateurs LR Bruno Retailleau a, lui, appelé le gouvernement « à revoir sa copie », en estimant qu’Emmanuel Macron « ne peut plus décemment » défendre un tel projet, qui était censé arriver au Palais du Luxembourg en septembre.
Collomb, seul ministre entendu
Lundi, sera marqué par l’audition de Gérard Collomb le matin par la commission des Lois, dotée des prérogatives d’enquête. Plusieurs membres de l’opposition souhaiteraient également voire que soient interrogés le président de la République, Emmanuel Macron, mais aussi le premier ministre, Edouard Philippe ou encore le secrétaire d’Etat chargé des relations avec le Parlement, Christophe Castaner.

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Mme Rabault a ainsi écrit au premier ministre pour lui demander de se rendre devant l’Assemblée nationale. Elle n’a reçu pour toute réponse qu’un « accusé réception de M. Castaner ». Du côté de la France Insoumise aussi, on réclame la venue de M. Philippe. Les ministres ne s’expriment pas non plus, ce qui montre le caractère-anti démocratique des institutions actuelles. En revanche, il peut répondre à la commission d’enquête », soutient Alexis Corbière, député LFI de Seine-Saint-Denis.
Ugo Bernalicis, membre de la commission des Lois, qui va devenir la commission d’enquête, maintient sa demande de pouvoir auditionner le président de la République. « Cela n’est marqué nulle part qu’il ne peut pas venir devant la commission. Il peut refuser mais rien ne l’empêche de venir », estime-t-il.
Calendrier incertain
Quid du calendrier parlementaire ? Un « brouillard assez dense » règne, constate-t-on dans la majorité. Après l’audition de M. Collomb lundi matin, les débats doivent reprendre à 16 heures, sur le projet de loi « avenir professionnel ». En principe, le texte asile-immigration, porté par M. Collomb, est aussi au menu à compter de mercredi.
M. de Rugy doit consulter les présidents de groupe et le gouvernement pour organiser les débats « des deux prochaines semaines », soit d’ici la pause estivale.

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Quant à la réforme, Mme Belloubet a assuré que le gouvernement serait « toujours là pour défendre notre Constitution et la faire évoluer », le président de l’Assemblée François de Rugy (LRM) promettant aussi de tout faire pour qu’elle « aboutisse ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-2"> ¤ Dans sa chronique, la journaliste Françoise Fressoz estime que le ministre de l’intérieur, auditionné lundi par la commission des lois de l’assemblée nationale, est fortement fragilisé par l’affaire.
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Benalla : Gérard Collomb, l’homme faible de l’affaire

Dans sa chronique, la journaliste Françoise Fressoz estime que le ministre de l’intérieur, auditionné lundi par la commission des lois de l’assemblée nationale, est fortement fragilisé par l’affaire.



Le Monde
 |    22.07.2018 à 17h05
 • Mis à jour le
22.07.2018 à 17h16
    |

            Françoise Fressoz








                        



                                


                            
Chronique. Ils rêvent tous d’en découdre avec Emmanuel Macron. Droite et gauche confondues, comme une revanche sur tout ce qui s’est passé depuis un an, l’enterrement du vieux monde, leur enterrement à eux. Mais lorsque l’occasion se présente enfin, cette affaire Benalla dans laquelle la responsabilité du chef de l’Etat est directement en jeu, ils ne peuvent pas s’en prendre à lui. « Le Parlement ne peut pas interpeller le chef de l’Etat », soupire Jean- Luc Mélenchon, soulignant par la même l’incongruité de cette révision constitutionnelle qu’on tente de leur imposer et qu’ils vivent tous comme une nouvelle réduction des droits du Parlement face à cet hyper président qui les a tant humiliés.
Mais comme le leader de La France insoumise a décidé de la jouer républicain, il cible le gouvernement et, à l’intérieur du gouvernement, un homme : Gérard Collomb, tout désigné pour devenir le fusible de cette extravagante affaire qui a vu un chargé de mission de l’Elysée tabasser le 1er mai deux manifestants sans essuyer sur le moment de sanctions dignes de ce nom.

Auditionné lundi par la commission des lois de l’assemblée nationale puis mardi par celle du Sénat, le ministre de l’intérieur est l’homme faible de ce début de semaine. La droite et la gauche réclament sa tête, bien plus que celle du premier ministre, Edouard Philippe, qui joue depuis une semaine l’Arlésienne avec un certain talent, comme si l’affaire ne le concernait pas alors que Gérard Collomb est de plain-pied dedans. On lui reproche d’avoir eu connaissance dès le 2 mai des violences commises par Alexandre Benalla, lors d’une opération de maintien de l’ordre à laquelle il n’aurait jamais du participer et de n’avoir pas saisi le procureur ni diligenté une enquête de l’inspection générale de la police nationale, comme il aurait dû le faire.
Un politique doit payer
Le ministre de l’Intérieur a préféré s’en remettre à l’Elysée comme si une fois de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-3"> ¤ Ils faisaient partie du paysage urbain depuis 2011. Et ne serviront bientôt plus à rien. Or chaque station compte 4 à 5 bornes et chacune d’entre elle a été facturée 60000€...
<filname="PROF-0,57-0,64-823353,0-3"> ¤ 
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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-4"> ¤ Alexandre Benalla, Vincent Crase et les trois fonctionnaires de la préfecture de police de Paris suspendus jeudi doivent être présentés à un juge d’instruction dans la journée.
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Affaire Benalla : l’enquête a été confiée à un juge d’instruction

Alexandre Benalla, Vincent Crase et les trois fonctionnaires de la préfecture de police de Paris suspendus jeudi doivent être présentés à un juge d’instruction dans la journée.



Le Monde
 |    22.07.2018 à 12h26
 • Mis à jour le
22.07.2018 à 14h30
   





                        


Une information judiciaire a été ouverte et confiée à un juge d’instruction dans l’affaire Benalla, a annoncé dimanche 22 juillet le parquet de Paris. Les cinq personnes dont les gardes à vue ont été levées samedi au soir ont été déférées et doivent désormais être présentées à un juge d’instruction.
Il s’agit d’Alexandre Benalla, de Vincent Crase (un salarié de La République en marche qui se trouvait à ses côtés lors des violences place de la Contrescarpe à Paris) ainsi que des trois fonctionnaires de la préfecture de police de Paris suspendus jeudi suspectés d’avoir transmis à M. Benalla une vidéo captée par des caméras de vidéosurveillance le 1er mai. Mercredi soir, Le Monde avait révélé avoir formellement identifié MM. Benalla et Crase en train de molester un manifestant sur cette place du 5e arrondissement de la capitale.

        Lire l’éditorial du « Monde » :
         

          Benalla : la mécanique d’une affaire d’Etat



L’enquête porte sur les chefs de « violences en réunion n’ayant pas entraîné d’incapacité temporaire de travail », « immixtion dans l’exercice d’une fonction publique en accomplissant des actes réservés à l’autorité publique », « port et complicité de port prohibé et sans droit d’insignes réglementés par l’autorité publique », « port prohibé d’arme de la catégorie B », « violation et recel de violation du secret professionnel » et « détournement et complicité de détournement d’images issues d’un système de vidéo protection ».
Le parquet a par ailleurs requis le placement sous contrôle judiciaire des cinq suspects avec certaines obligations ; pour Alexandre Benalla et Vincent Crase l’interdiction d’exercer une fonction publique ou une mission de service public, de détenir une arme et se contacter. Pour les trois fonctionnaires de la préfecture de police, le parquet demande à ce qu’ils aient l’interdiction d’exercer la fonction à l’occasion de laquelle ils ont commis les infractions reprochées et des interdictions de contact.

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                Affaire Benalla : l’examen de la révision constitutionnelle suspendu jusqu’à nouvel ordre



Le domicile d’Alexandre Benalla perquisitionné samedi
Samedi, le domicile d’Alexandre Benalla à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) avait été perquisitionné. Vendredi matin, il avait été placé en garde à vue, comme Vincent Crase, qui se trouvait à ses côtés lors des violences place de la Contrescarpe à Paris.
Les trois cadres de la préfecture de police de Paris qui ont été suspendus jeudi ont, eux, été placés en garde à vue samedi. La procédure à leur encontre porte sur des chefs de « détournement d’images d’un système de vidéo protection » ainsi que de « violation du secret professionnel ».

        Lire le récit :
         

          Affaire Benalla : quand la « bande d’Alexandre » suit Macron à l’Elysée



Les victimes présumées identifiées
Par ailleurs, les victimes présumées des violences commises par Alexandre Benalla le 1er mai ont été identifiées, a-t-on appris de source proche de l’enquête samedi. Elles avaient fait l’objet d’une procédure de vérification d’identité après avoir été interpellées le jour de la manifestation.
Selon les informations de Franceinfo, dont Le Monde a eu confirmation, elles ont indiqué aux enquêteurs qu’elles souhaitaient être entendues à une date ultérieure.


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Article sélectionné dans La Matinale du 21/07/2018
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Affaire Benalla : l’examen de la révision constitutionnelle suspendu jusqu’à nouvel ordre

L’affaire Benalla et ses multiples rebondissements empêchent tout travail parlementaire serein à l’Assemblée nationale.



Le Monde
 |    21.07.2018 à 16h56
 • Mis à jour le
22.07.2018 à 12h36
    |

                            Le Monde.fr (avec Manon Rescan)








                        


L’affaire Benalla, du nom de ce collaborateur d’Emmanuel Macron identifié par Le Monde en train de molester un manifestant en marge des manifestations du 1er mai, n’en finit pas de perturber le travail de l’Assemblée nationale. Dimanche 22 juillet, peu après la reprise de la séance, suspendue prématurément la veille, la ministre de la justice, Nicole Belloubet, a annoncé que l’examen de la révision constitutionnelle était suspendu et serait repris « ultérieurement dans des conditions plus sereines ».
« Le travail législatif doit reprendre et il reprendra », a affirmé peu après le président de l’Assemblée, François de Rugy, dans un communiqué au ton très solennel. « Nous ne réunissons pas l’Assemblée nationale pour faire des rappels au règlement. L’Assemblée nationale n’est pas un théâtre filmé. L’Assemblée nationale est un lieu de débat ET de décision », écrit-il, estimant que « l’agitation doit retomber ». « La prochaine séance aura lieu demain lundi à 16 heures », conclut-il.
Samedi, la séance nocturne portant sur ce texte avait déjà été annulée après une polémique sur un badge accordé à M. Benalla et une vive altercation entre Marine Le Pen et Christophe Castaner. Suspendue à 19 heures, une heure plus tôt que d’ordinaire pour la pause du dîner, la séance avait repris comme annoncé vers 21 h 30. Mais le président de l’Assemblée l’a levée quasi immédiatement, ne jugeant pas « utile de consacrer à nouveau une séance à enchaîner les rappels au règlement », qui inondent le débat dans l’hémicycle depuis les premières révélations.

        Lire l’éditorial du « Monde » :
         

          Benalla : la mécanique d’une affaire d’Etat



« Spectacle ridicule et nuisible »
« Tout ça pour ça », avait lâché samedi dans les couloirs le porte-parole du PS, Boris Vallaud, à quelques mètres d’élus de la majorité discutant par petits groupes, notamment le président de l’Assemblée, celui du groupe LREM, Richard Ferrand, et la ministre de la justice, Nicole Belloubet.
« Je ne reviendrai pas demain dans ce spectacle ridicule et nuisible », déclarait samedi soir à l’Agence France-Presse le coprésident des députés UDI-Agir-Indépendants, Jean-Christophe Lagarde, pour lequel l’opposition ne devrait « pas continuer ce jeu », « il n’y a plus de raison de bloquer maintenant que la commission d’enquête et la publicité de ses auditions ont été obtenues ».
Après la réunion matinale de la commission des lois, dotée des pouvoirs d’une commission d’enquête, qui entendra le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, lundi, les débats ont tourné au chaos les deux jours précédents.

        Lire l’entretien :
         

          Jean-Luc Mélenchon : « Cette affaire est du niveau du Watergate »



Des orateurs de gauche et de droite ont défilé pour appeler à suspendre les discussions jusqu’à la semaine prochaine, jugeant impossible de débattre « sereinement » de la Constitution vu le « contexte » d’une affaire qui « s’apparente au gré des révélations à un scandale d’Etat ». La majorité a encore déploré l’« obstruction », des « pompiers pyromanes », selon la formule du président des LREM, Richard Ferrand.
Un badge polémique
L’opposition a également attaqué sur un badge qui permettait à Alexandre Benalla d’accéder à l’hémicycle depuis le 24 juillet 2017. Le Monde a pu consulter la fiche d’informations confirmant l’existence d’une accréditation, accordée à M. Benalla. Il s’agit d’un badge « H » qui donne accès à l’hémicycle, un niveau d’autorisation supérieur à celui des simples collaborateurs, et dont la date de début est le 24 juillet 2017.
Dans un communiqué, la présidence de l’Assemblée a fait savoir que ce badge avait été attribué à M. Benalla « à la demande du directeur de cabinet du président de la République (…) en sa qualité de chargé de mission auprès du chef de cabinet du président de la République ».

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                Affaire Benalla : l’exécutif mutique, la majorité paralysée



Vendredi, en séance, le député Les Républicains (LR) Marc Le Fur a été le premier à évoquer publiquement l’existence de ce badge, jugeant son octroi injustifié :
« Cela veut dire quoi ? Jusqu’à présent, M. Benalla ne disposait pas de fonctions politiques. Or, mes chers collègues, ceux qui disposent d’un tel badge font de la politique puisqu’ils assistent à l’hémicycle. Ils ne font pas de la sécurité, ils font de la politique. »
Interrogé par Le Monde, il a confirmé que « ce n’est pas un badge du tout-venant, c’est le badge du niveau le plus élevé qui soit ! Du niveau du cabinet du président de l’Assemblée ! » Christian Jacob, président du groupe LR, a aussi demandé « au nom de quelles fonctions [Alexandre Benalla] vient ici [à l’Assemblée nationale] ? (…) Quel est le rapport entre la sécurité du président de la République et être ici dans l’hémicycle ? », a-t-il poursuivi, qualifiant par ailleurs M. Benalla de « barbouze ».
Le ton monte
En vertu du principe républicain de séparation des pouvoirs, le président de la République ne peut pas participer aux séances parlementaires et ne se rend donc jamais à l’Assemblée nationale. Pour autant, pour le président de l’Assemblée, François de Rugy, il n’y a rien d’inhabituel à ce qu’un collaborateur de l’Elysée dispose d’un tel accès au palais Bourbon. « Vous le savez sans doute, il y a pour accéder à l’Assemblée nationale plusieurs milliers de badges [pour] un certain nombre de collaborateurs de l’exécutif. Il en a toujours été ainsi », a-t-il répondu à M. Le Fur.
Toujours selon François de Rugy, il s’agit de « pratiques courantes et normales » et « le badge a été immédiatement désactivé quand M. Benalla s’est vu retirer les fonctions qu’il avait à la présidence de la République », sans donner la date précise de cette décision. « Il n’y a donc rien de plus à en dire, tout cela se fait dans la logique de notre fonctionnement d’assemblée », appelant à ne « pas créer des polémiques inutiles ».
Selon Laure Bretton, journaliste politique à Libération, sous le mandat de François Hollande, seuls deux collaborateurs présidentiels disposaient d’un tel badge d’accès, Bernard Rullier et Vincent Feltesse, conseillers aux affaires parlementaires.

        Lire le récit :
         

          Affaire Benalla : quand la « bande d’Alexandre » suit Macron à l’Elysée



Enfin, le ton est monté dans les couloirs du Palais Bourbon, entre Marine Le Pen et Christophe Castaner, dans une scène inédite devant la presse et quelques députés sidérés. La première a reproché au second son absence dans l’hémicycle déplorant que ses « amis de LREM refusent » de le convoquer devant la commission d’enquête parlementaire.
« Si je suis convoqué par la commission d’enquête, je viendrai. Et j’apprécierais que vous en fassiez autant si un juge vous convoque », a rétorqué le secrétaire d’Etat aux relations avec le Parlement et délégué général de LREM.


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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-6"> ¤ Des photographies montrent que le collaborateur de l’Elysée pourrait avoir conservé des fonctions moins restreintes que ne l’affirme la présidence.
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Des images interrogent sur les fonctions exactes d’Alexandre Benalla après sa suspension

Des photographies montrent que le collaborateur de l’Elysée pourrait avoir conservé des fonctions moins restreintes que ne l’affirme la présidence.



Le Monde
 |    21.07.2018 à 12h23
 • Mis à jour le
22.07.2018 à 12h48
   





                        



   


Quelles ont été les fonctions exactes occupées par Alexandre Benalla à l’Elysée de son retour de suspension le 19 mai jusqu’aux premières révélations du Monde, le 18 juillet ? Critiqué pour sa gestion de ce dossier sur le moment, l’entourage d’Emmanuel Macron s’est défendu en mettant en avant la sanction prise rapidement à l’encontre du collaborateur dès son comportement connu, « la plus grave jamais prononcée contre un chargé de mission travaillant à l’Elysée », selon le porte-parole de la présidence, Bruno Roger-Petit.
Suspendu quinze jours, il aurait également vu ses attributions cantonnées à un rôle interne à l’Elysée, jusqu’à l’annonce d’une procédure de licenciement à son encontre vendredi 20 juillet.
Des images publiées par Libération et Paris Normandie montrent néanmoins que le champ d’intervention de M. Benalla durant ces deux mois pourrait avoir été moins limité que ne l’a affirmé l’Elysée. Le collaborateur présidentiel pourrait n’avoir pas seulement continué d’apparaître aux côtés du chef de l’Etat, mais aussi gardé ponctuellement la charge de sa sécurité à l’extérieur.

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                Affaire Benalla : fin de garde à vue pour Alexandre Benalla et quatre autres suspects



Selon la présidence, le rôle de M. Benalla a été cantonné à l’Elysée
Jeudi 19, Bruno Roger-Petit déclarait qu’Alexandre Benalla avait été mis à pied temporairement, du 4 au 19 mai, avec suspension de salaire puis, à son retour, « démis de ses fonctions en matière d’organisation de la sécurité des déplacements du président ».
Selon l’Elysée, le collaborateur s’est occupé dans cet intervalle de la sécurisation d’événements « à l’intérieur du palais », notamment des rencontres avec des entreprises. A Libération, l’Elysée a confirmé par la suite qu’Alexandre Benalla « s’est uniquement occupé d’organiser des événements au Palais », en ajoutant deux exceptions : « La panthéonisation de Simone Veil [le 1er juillet] et la réception des Bleus [le 16] ».

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Deux déplacements hors de l’Elysée posent question

   


Mais il n’y a pas qu’à la réception à l’Elysée que l’on a pu apercevoir Alexandre Benalla, lundi. Des photos le montrent, plus tôt, à l’intérieur du bus transportant les champions du monde de football et, dès l’arrivée des Bleus à l’aéroport de Roissy, les gendarmes présents à l’aéroport ont fait part à leur hiérarchie d’un incident impliquant le collaborateur de l’Elysée, comme l’a révélé M6.
D’autres images publiées dans la presse montrent que les « exceptions » à cette règle pourraient avoir été plus nombreuses, et le périmètre d’action du collaborateur présidentiel moins restreint que l’Elysée ne l’a laissé entendre dans un premier temps.

Affaire Benalla : ces photos qui contredisent l'Elysée https://t.co/iQ3lrG7ZJ9 https://t.co/22mnK7Nl1G— libe (@Libération)


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Ainsi, Libération a publié plusieurs photos montrant M. Benalla accompagnant le chef de l’Etat lors du défilé du 14 juillet, des dossiers à la main, avec deux agents du groupe de sécurité de la présidence de la République. Ce qui laisse entendre que sa présence ce jour-là, déjà connue, serait bien liée à ses fonctions.

Exclusif @paris_normandie : contrairement à ce que dit l'#Elysée, Alexandre #Benalla assurait encore la sécurité ra… https://t.co/m7nFZ2uSHt— paris_normandie (@paris_normandie)


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Samedi, le quotidien Paris Normandie a révélé à son tour un cliché pris à Giverny (Eure) le 13 juillet montrant le conseiller devant Brigitte et Emmanuel Macron lors d’une visite privée du Musée des impressionnismes et de la Fondation Claude-Monet. M. Benalla semble alors « clairement assurer la protection du couple présidentiel », écrit le quotidien local.

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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-7"> ¤ « Mensonge », « affaire d’Etat », « tempête sur l’Elysée »… l’affaire Benalla s’affiche à la « une » des principaux quotidiens nationaux et régionaux, samedi.
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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-8"> ¤ La France insoumise, Génération.s, EELV, le PCF, le NPA et le PS vont manifester au côté du comité Adama deux ans après la mort du jeune homme dans une gendarmerie.
<filname="PROF-0,57-0,64-823353,0-8"> ¤                     
                                                

La gauche, hors PS, appelle à marcher en hommage à Adama Traoré

La France insoumise, Génération.s, EELV, le PCF, le NPA et le PS vont manifester au côté du comité Adama deux ans après la mort du jeune homme dans une gendarmerie.



Le Monde
 |    21.07.2018 à 11h01
 • Mis à jour le
21.07.2018 à 14h48
    |

                            Astrid de Villaines








                        


Cela fait deux ans qu’ils attendent des réponses. La famille et les soutiens d’Adama Traoré, ce jeune homme mort après une interpellation musclée le 19 juillet 2016 sur le sol de la gendarmerie de Persan (Val-d’Oise) dans des circonstances encore non élucidées, organisent une marche, samedi 21 juillet, pour réclamer « la vérité et la justice ». « Cela fait deux ans que la famille patiente. Il y a des limites. La justice doit être égale pour tous » résume l’un des membres du comité Adama, à l’origine de la manifestation, Youcef Brakni.

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Depuis la plainte déposée par la famille en 2016 pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner » et « non-assistance à personne en danger », l’enquête piétine. La famille, qui dénonce une bavure policière, s’impatiente. Dans une lettre ouverte intitulée « La mort de mon frère mérite des réponses » et publiée dans L’Obs, la sœur d’Adama Traoré, Assa Traoré, s’adresse directement à Emmanuel Macron et Nicole Belloubet, la ministre de la justice : « Pourquoi cette mort en France, en 2016, dans une gendarmerie ? Comment cela se peut-il ? », interroge-t-elle.
« Plusieurs milliers » de personnes attendues
L’année dernière, le rassemblement avait réuni environ 2 000 personnes, cette fois, M. Brakni en attend « plusieurs milliers ». L’organisateur a des raisons d’espérer : toutes les formations de gauche – PS mis à part – ont appelé à rejoindre le rassemblement, ce qui n’était pas le cas le 22 juillet 2017, pour le premier anniversaire de la mort d’Adama Traoré, 24 ans aux moments des faits.
Cette année, le groupe La France insoumise de l’Assemblée nationale a appelé collectivement à s’y rendre, quand ils n’étaient que quelques-uns l’année dernière. Jean-Luc Mélenchon n’y sera pas personnellement mais les députés Alexis Corbière, Danièle Obono, Eric Coquerel et Mathilde Panot seront présents. « J’ai mobilisé dans ma circonscription, les réunions étaient pleines !, raconte M. Coquerel, député de Seine-Saint-Denis. On ne peut pas toujours parler des quartiers populaires sans aller les soutenir sur les sujets qui les concernent. »
Génération.s, Europe Ecologie-Les Verts, le Parti communiste et le Nouveau Parti anticapitaliste appellent à s’y rendre. Les chefs de file des deux premiers mouvements, Benoît Hamon et David Cormand, seront présents. Le Parti socialiste qui n’était au départ « pas au courant » de cette marche, selon son premier secrétaire, Olivier Faure, envoie finalement un représentant, Stéphane Troussel, président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis et « des militants mobilisés », selon l’entourage d’Olivier Faure.
« On ne veut pas du soutien » du PS
Ces appels à venir manifester sont « une bonne nouvelle » pour M. Brakni, qui dit avoir « bataillé pendant un an pour se faire entendre du mouvement social et de la gauche », notamment en participant aux manifestations de cheminots ou d’étudiants cette année, jusqu’à prendre – « apothéose » – la tête du cortège du 26 mai, la dernière manifestation en date. « Avant, ils ne voyaient pas. C’était timide et hésitant. On a dû s’imposer et on a été entendus », se satisfait le responsable du collectif Adama.
Seul le Parti socialiste n’appelle pas à se rendre à cette marche. « Nous apportons notre soutien à la famille et demandons que le rapport relatif aux conditions de décès soit remis le plus rapidement possible », indique Rachid Temal, sénateur du Val-d’Oise et membre de la direction de la rue de Solférino. « Le PS n’est pas de gauche, ils sont de centre droit. Adama est mort sous un gouvernement de gauche où Bernard Cazeneuve soutenait les forces de l’ordre. On ne veut pas de leur soutien », rejette M. Brakni.
Le cortège débutera à 14 heures de la gare de Persan-Beaumont, pour s’achever à Boyenval, le quartier où habitait Adama Traoré. La marche sera suivie de la projection d’un documentaire inédit, Pour Adama, chapitre 1, et d’un concert gratuit.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-9"> ¤ Editorial. Le pouvoir a choisi de protéger un individu en raison de son appartenance au premier cercle de la Macronie, au mépris du respect de la loi et des règles.
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Benalla : la mécanique d’une affaire d’Etat

Editorial. Le pouvoir a choisi de protéger un individu en raison de son appartenance au premier cercle de la Macronie, au mépris du respect de la loi et des règles.



Le Monde
 |    21.07.2018 à 11h00
 • Mis à jour le
22.07.2018 à 06h27
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Alors qu’Emmanuel Macron avait fait de l’exemplarité l’un des piliers de son quinquennat, c’est un manquement grave sur ce terrain de l’éthique et de la responsabilité du pouvoir qui provoque la crise la plus aiguë à laquelle le président de la République ait été confronté depuis son élection.
L’affaire Benalla est en train de se transformer en affaire d’Etat, fragilisant l’exécutif sur ce qui devait au contraire faire sa force : la promesse des pratiques d’un « nouveau monde ».
Tout commence par une vidéo et l’identification par Le Monde, le 18 juillet, d’Alexandre Benalla, l’un des chargés de mission de la présidence, coiffé d’un casque de police, qui s’en prend de façon violente à deux manifestants lors d’un rassemblement à l’occasion du 1er-Mai.
Celui qui avait été autorisé à suivre l’intervention des forces de l’ordre « en observateur » s’est vu, aux dires de l’Elysée, infliger une sanction. En l’occurrence pour le moins légère, puisqu’elle a pris la forme d’une suspension temporaire de quinze jours. Cette décision, qui n’avait pas vocation à sortir de l’Elysée, a jeté de premières suspicions sur le fonctionnement du sommet de l’Etat.
Une décision trop tardive
Après des atermoiements coupables et une communication catastrophique, voyant que l’affaire prenait des proportions de plus en plus incontrôlables, le chef de l’Etat s’est enfin résolu, le 20 juillet, à faire ce qu’il aurait dû décider depuis le début, c’est-à-dire licencier ce collaborateur, dont le profil, les méthodes et les relations troubles auraient dû alerter depuis longtemps, comme l’ont montré nos différentes enquêtes.
Cette décision est trop tardive pour mettre fin à un scandale qui met en lumière les failles d’une pratique du pouvoir hypercentralisée. M. Macron avait fait sienne la verticalité comme gage d’efficacité pour réformer le pays. Aujourd’hui, pour l’avoir poussée jusqu’à la caricature, elle est en train de se retourner contre lui. Le président aime agir avec ses fidèles en mode commando. C’est ce système dans lequel la loyauté prime sur tout le reste qui a conduit le président à commettre une faute politique majeure.

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Les conséquences sont graves, car cette affaire revêt toutes les caractéristiques d’une affaire d’Etat. Nous sommes en présence d’un pouvoir qui a, visiblement, choisi de protéger un individu en raison de son appartenance au premier cercle de la Macronie, au mépris du respect de la loi et des règles. Elle révèle une série de dysfonctionnements au sein de l’Elysée qui ont eu des répercussions en cascade.
Ainsi du ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, ou des hauts fonctionnaires informés qui n’ont pas alerté la justice. Ainsi de la Préfecture de police de Paris dont trois des cadres ont déjà été sanctionnés dans ce dossier.
Les contre-pouvoirs ont fonctionné
C’est aussi une affaire d’Etat parce qu’elle affaiblit durablement le pouvoir et sa capacité à agir. Sans compter le trouble qui a saisi la majorité, tétanisée et déboussolée par l’attitude de l’Elysée.

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Dans ce moment important dans la vie démocratique, il faut toutefois se féliciter que les contre-pouvoirs aient fonctionné. La presse, d’abord, qui a révélé ce qui avait vocation à rester dissimulé au sein de l’Elysée. La justice, ensuite, qui a lancé une enquête et qui doit maintenant faire son travail. Le Parlement, enfin, qui a décidé de mettre en place une double commission d’enquête chargée d’établir la vérité.
Réticent à donner des explications, M. Macron avait, jeudi, balayé les questions gênantes par une réponse évasive : « La République est inaltérable. » Ce n’est pas le cas de l’image d’un président, qui semble n’avoir pas rompu avec les pratiques de l’« ancien monde ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-10"> ¤ Une quarantaine de militants et des habitants repeignent les façades d’un groupe scolaire pour dénoncer l’immobilisme de la municipalité.
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A Marseille, la très politique rénovation d’une école par La France insoumise

Une quarantaine de militants et des habitants repeignent les façades d’un groupe scolaire pour dénoncer l’immobilisme de la municipalité.



Le Monde
 |    21.07.2018 à 10h49
    |

                            Gilles Rof








                        



   


Des pinceaux, des rouleaux, des raclettes et trois cents litres de peinture. Il ne manque rien à la quarantaine de militants et d’élus marseillais de La France insoumise (LFI) et aux quelques habitants du quartier de La Viste (15e arrondissement) qui se sont joints à eux. Vendredi 20 juillet en début d’après-midi, s’est attaqué à un « chantier de rénovation » des espaces extérieurs du groupe scolaire de La Viste-Bousquet. Un chantier très politique.
Du IAM et du Keny Arkana, rappeurs locaux, dans la sono pour animer les travaux, des tranches de melons en libre-service et une motivation contagieuse pour cette action collective soutenue par le mouvement de Jean-Luc Mélenchon. Trois heures plus tard, une partie des murs lépreux et tagués de l’école maternelle de ce quartier de l’extrême nord de Marseille, brille d’un blanc lumineux. Les grilles, rouillées, sont repeintes en vert et le jardin a été nettoyé des détritus – matelas brûlé, ferrailles, tas de feuilles – qui le jonchaient.
Une action politique
Tee-shirt blanc maculé de peinture, masque de protection baissé, Sébastien Delogu apprécie le travail effectué. « Ça avance bien et demain, nous commencerons plus tôt et serons plus nombreux » prédit-il. Ce militant LFI, dont on repère régulièrement la haute silhouette derrière le député de la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône, Jean-Luc Mélenchon, a organisé le projet. Habitant du quartier, père de deux élèves scolarisés à La Viste-Bousquet, M. Delogu y voit « non pas une récupération, mais une action politique », « un passage de la réflexion à l’action ». « Ma fille entre au primaire et mon fils au CE1. Je ne peux accepter que leur premier contact avec l’institution républicaine se fasse dans une école aux murs et aux plafonds délabrés », s’indigne-t-il. Animateur d’un collectif « insoumis », il a repris l’idée lancée par quelques parents, sympathisants LFI. « Ils m’ont dit : “si tu ne te bouges pas pour l’école, on ne se mobilisera plus pour toi” », reconnaît-il.
Le mauvais état des écoles est source de critiques régulières contre la municipalité de Jean-Claude Gaudin (Les Républicains). Et comme d’autres établissements, situés pour la plupart dans les quartiers nord, le groupe La Viste-Bousquet affiche un manque criant d’entretien. Le stade, au sol défoncé, n’est plus praticable pour les élèves. L’auvent qui sert d’accueil est défraîchi et marqué par la rouille. Et la zone du parking, où les militants « insoumis » se sont installés, n’a pas été rafraîchie depuis plusieurs années. La municipalité assure pourtant que 310 000 euros de travaux ont été réalisés sur le site depuis 2015 – « réfection de sanitaires, de la clôture, protection de fenêtres… », détaille-t-elle dans un communiqué – et pointe les « actes de vandalisme et dégradations multiples » pour expliquer son état.
Réaction en urgence de la mairie
A l’annonce de l’action collective, la mairie de Marseille a réagi en plusieurs temps. Une mise en demeure a été adressée à Jean-Luc Mélenchon, lui rappelant le « caractère illégal » de l’action prévue, constituant une « intrusion dans l’enceinte d’un établissement scolaire public » et lui demandant « d’y renoncer ». Puis, jeudi 19 juillet, elle a fait intervenir deux grapheurs, qui ont réalisé une fresque sur un mur de la maternelle. Ni l’un, ni l’autre n’avaient entendu parler de la polémique politique naissante. « La mairie nous a contactés hier. On a reçu un dessin à reproduire », expliquaient-ils alors simplement au Monde. Deux enfants, sautillant de joie, à réaliser dans des couleurs vives, avec le slogan « Bienvenue à l’école ».
Pendant ce temps, une entreprise de BTP installait des blocs de béton sur la chaussée pour délimiter un chantier de réfection des abords de l’école, jusqu’alors prévu, selon la municipalité, en septembre 2019. Autant d’indices d’une réaction en urgence pour éviter l’humiliation médiatique.
Vendredi après-midi, un huissier, accompagné de trois policiers municipaux, est venu constater « l’état d’occupation » du site, pendant que les militants de La France insoumise, parents d’élèves et journalistes entraient et sortaient par un trou du grillage. « L’idée, c’était de faire réagir la mairie. Tant mieux si elle se bouge et qu’elle rénove l’école », convient Sébastien Delogu. Pinceau en main, Sophie Camard, suppléante du député Jean-Luc Mélenchon, ne cache pas le but politique de l’action. Un pas de plus vers le combat municipal prévu en 2020 pour la succession de Jean-Claude Gaudin. « Nous montons en puissance en nous appuyant sur des cas concrets de lutte citoyenne et en utilisant l’aura de Jean-Luc Mélenchon pour médiatiser nos actions, explique-t-elle. Il y a un besoin de changement qui s’exprime dans cette ville, il faut construire des synergies sans attendre 2020. »
Dans ce 8e secteur de Marseille, gagné en 2014 par la socialiste Samia Ghali, l’ambition de LFI agace. D’autant que Mme Ghali dénonce régulièrement l’état de délabrement des écoles de son secteur. Alors que Jean-Luc Mélenchon viendra samedi 21 juillet soutenir les bénévoles du chantier, le maire Roger Ruzé dénonce « un coup de com de La France insoumise » et juge « indigne de faire du précaire avec les précaires des quartiers nord ». « Je déplore que Jean-Luc Mélenchon et ses amis perdent de vue cette boussole au profit de leur ambition », grince le successeur de Samia Ghali.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-11"> ¤ L’ex collaborateur d’Emmanuel Macron, Vincent Crase, et les trois cadres de la préfecture de police de Paris mis en cause dans ce dossier seront présentés dimanche à un juge d’instruction.
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Affaire Benalla : fin de garde à vue pour Alexandre Benalla et quatre autres suspects

L’ex collaborateur d’Emmanuel Macron, Vincent Crase, et les trois cadres de la préfecture de police de Paris mis en cause dans ce dossier seront présentés dimanche à un juge d’instruction.



Le Monde
 |    21.07.2018 à 10h26
 • Mis à jour le
22.07.2018 à 00h45
   





                        



   


Les gardes à vue d’Alexandre Benalla, ex-collaborateur d’Emmanuel Macron, et de quatre autres personnes ont été levées samedi 21 juillet soir, a annoncé le parquet de Paris, qui prévoit d’ouvrir une information judiciaire dimanche. Les cinq mis en cause doivent être présentés à un juge d’instruction.
Alexandre Benalla est soupçonné de « violences en réunion par personne chargée d’une mission de service public » et d’« usurpation de fonctions », notamment, dans le cadre d’une enquête préliminaire ouverte après des révélations du Monde. Son domicile à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) a été perquisitionné dans la journée de samedi.
L’ex-chef adjoint du cabinet d’Emmanuel Macron a été identifié dans une vidéo sur laquelle on peut le voir, coiffé d’un casque de police, frapper un jeune homme et malmener une jeune femme le 1er mai, à Paris. Il avait été placé en garde à vue vendredi, comme Vincent Crase, un salarié de La République en marche (LRM) qui se trouvait à ses côtés lors des violences place de la Contrescarpe à Paris.
Trois fonctionnaires de police suspendus
Trois cadres de la préfecture de police de Paris avaient également été placés en garde à vue dans le cadre de ce dossier samedi. La procédure porte sur des chefs de « détournement d’images d’un système de vidéo protection » ainsi que de « violation du secret professionnel », précise la même source.
Ces fonctionnaires de la préfecture de police avaient déjà été suspendus jeudi 19 juillet. Il s’agit du contrôleur général Laurent Simonin et du commissaire Maxence Creusat, deux membres de l’état-major de la direction de l’ordre public et de la circulation à la préfecture, ainsi que d’un commandant qui était chargé de faire la liaison entre la préfecture et l’Elysée.

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                Pourquoi l’affaire Benalla devient une affaire d’Etat



Selon les informations du Monde, leur suspension est liée à la transmission, mercredi 18 juillet dans la soirée, à Alexandre Benalla d’une vidéo des violences impliquant ce dernier.
Les victimes présumées identifiées
Par ailleurs, trois jours après les révélations du Monde, les victimes présumées des violences commises par Alexandre Benalla ont été identifiées, a-t-on appris de source proche de l’enquête, samedi.
Selon les informations de Franceinfo, dont Le Monde a eu confirmation, elles ont fait savoir aux enquêteurs qu’elles souhaitaient être entendues ultérieurement. Après leur interpellation le 1er mai, elles avaient fait l’objet d’une procédure de vérification d’identité.

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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-12"> ¤ Dans un entretien au « Monde », le chef de file de La France insoumise décrit une majorité « tétanisée » depuis l’affaire Benalla et demande à Emmanuel Macron « de s’exprimer et d’assumer ».
<filname="PROF-0,57-0,64-823353,0-12"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Jean-Luc Mélenchon : « Cette affaire est du niveau du Watergate »

Dans un entretien au « Monde », le chef de file de La France insoumise décrit une majorité « tétanisée » depuis l’affaire Benalla et demande à Emmanuel Macron « de s’exprimer et d’assumer ».



Le Monde
 |    21.07.2018 à 10h16
 • Mis à jour le
22.07.2018 à 06h27
    |

                            Astrid de Villaines








                        



                                


                            
Depuis son bureau de l’Assemblée nationale, vendredi 20 juillet, Jean-Luc Mélenchon, chef de file de la France insoumise, est revenu sur la crise qui touche l’exécutif.
L’affaire Benalla s’envenime. Comment analysez-vous les derniers événements ?
Une crise politique est ouverte. L’Assemblée est paralysée. La hiérarchie de la police aussi, parce que trois mises à pied ont bousculé une règle aussi vieille que la haute fonction publique d’Etat : les fonctionnaires servent et obéissent, mais c’est le politique qui endosse les responsabilités.

Qui est responsable, selon vous ?
Emmanuel Macron évidemment. Il n’a jamais connu ni géré de crise politique de sa vie, ni en tant que maire, ni en tant que parlementaire, ni en tant que ministre. Il a réagi comme si l’Etat était une entreprise : il met à pied trois chefs de rayons et pense que tout est réglé. Il se trompe. Cette crise va durer.
Pourquoi ne demandez-vous pas la démission du ministre de l’intérieur [Gérard Collomb] ?
Nous n’avons pas à offrir le nom du fusible à M. Macron. Le ministre de l’intérieur est déjà disqualifié. Il a menti et beaucoup ! Plus aucun policier ne peut croire en sa parole. Bien sûr qu’il va démissionner et il ne sera pas le seul.
Que demandez-vous à Emmanuel Macron ?
Je lui demande de s’exprimer et d’assumer en respectant le Parlement. Il pourrait envoyer devant l’Assemblée le ministre de l’intérieur ou le premier ministre [Edouard Philippe] au lieu de le leur interdire. Le Parlement ne peut pas interpeller le chef de l’Etat, alors il nous reste la motion de censure.
Le débat sur la réforme constitutionnelle à l’Assemblée est complètement bloqué. Que répondez-vous à la majorité qui dénonce l’obstruction ?
Le comportement de la majorité est celui d’un avion sans pilote. On dirait que personne ne veut porter le chapeau. Ils sont tétanisés....




                        

                        


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Affaire Benalla : l’exécutif mutique, la majorité paralysée

L’Elysée et les ministères minimisent la crise alors que les travaux de l’Assemblée sont perturbés.



Le Monde
 |    21.07.2018 à 10h12
 • Mis à jour le
21.07.2018 à 12h51
    |

            Virginie Malingre et 
Manon Rescan








                        



                                


                            
Deuxième jour de crise. Vendredi 20 juillet au matin, sur le perron de l’Elysée, Stéphane Travert sort tout juste d’une réunion avec le président et les syndicats agricoles. Le ministre de l’agriculture s’avance vers les journalistes qui l’interrogent forcément sur le dernier épisode de l’affaire Benalla, du nom de ce collaborateur d’Emmanuel Macron qui a molesté un jeune homme et une jeune femme à l’issue des manifestations du 1er-Mai.
« De nouvelles preuves ont établi le fait que ce licenciement était justifié », commente-t-il. Le ministre de l’agriculture est le premier membre de l’exécutif à expliquer la procédure de licenciement de cet homme de 26 ans par qui le scandale est arrivé. Une scène symptomatique de l’ambiance au sommet de l’Etat où les silences de M. Macron laissent ses troupes désemparées face à la pression médiatique et politique.

En se séparant de ce personnage encombrant de la Macronie, l’exécutif estime avoir éradiqué le mal. A l’Elysée, à Matignon et dans les ministères, on s’en dit persuadé : l’affaire Benalla, est circonscrite et chacun peut désormais retourner à ses occupations. Vendredi, Emmanuel Macron déjeune avec Ilham Aliev, son homologue azerbaïdjanais. Puis, le président rencontre le ministre de la transition écologique, Nicolas Hulot, comme le stipule son agenda. Et il ira passer son week-end à La Lanterne avec son épouse, fidèle à ses habitudes, insiste son entourage. Une fin de semaine comme les autres…
Edouard Philippe non plus n’a rien changé à son programme. Il assiste donc au Tour de France, ce vendredi après midi. « C’est un rêve d’enfant… Ces types sont incroyables, ce sont des héros, des forçats de la route. C’est incroyable d’être ici », s’enthousiasme le premier ministre au micro de la moto de France Télévisions qui suit sa voiture. Puis, le chef du gouvernement passe dans un tunnel et la conversation est coupée. « Il n’y a pas de crise », affirme l’un de...




                        

                        


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Article sélectionné dans La Matinale du 20/07/2018
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La mise sur pied de la commission d’enquête Benalla à l’Assemblée tourne au fiasco

Le bureau de la commission des lois, dotée de pouvoirs d’enquête dans ce dossier, a échoué à se mettre d’accord vendredi soir sur un programme d’auditions



Le Monde
 |    21.07.2018 à 04h26
 • Mis à jour le
21.07.2018 à 09h32
    |

            Manon Rescan








                        



   


Ni accord ni sérénité. Jeudi 19 juillet au soir à l’Assemblée nationale, l’ouverture d’une commission d’enquête après les révélations du Monde sur l’affaire Benalla avait été approuvée par tous. Les premiers pas de cette commission ont pourtant viré au fiasco. A 20 heures, vendredi soir, le bureau de la commission des lois se réunissait pour définir les modalités des futurs travaux. Un peu plus d’une heure plus tard, ses membres se quittaient sans le moindre accord. La présidente (La République en marche, LRM) de la commission des lois, Yaël Braun-Pivet, avait promis qu’elle veillerait au « consensus » dans le déroulement des travaux. Vendredi soir, celui-ci semblait impossible.
Deux points d’achoppement sont apparus. D’une part, le calendrier. La droite souhaitait que le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, soit auditionné dès samedi matin. Les députés LRM préféraient la date de lundi. Mais le principal point de crispation a résidé dans la publicité des auditions à venir.
Pour Guillaume Larrivé, député Les Républicains (LR) et corapporteur de la mission d’information, il n’était pas question que celles-ci aient lieu à huis clos, sauf demande particulière de la personne auditionnée. « Ces auditions doivent avoir un caractère public », a défendu le député de l’Yonne plus tard dans l’Hémicycle, évoquant « une exigence démocratique et de transparence ». Les députés de la majorité défendaient, eux, le huis clos général, sauf pour l’audition du ministre de l’intérieur. La confidentialité permettant, arguent-ils, de s’assurer de la qualité des réponses des auditionnés.
« Vous avez envie de bloquer, assumez-le »
Les discussions ont tourné court après que des élus de la majorité ont découvert que le contenu de leurs échanges venait de fuiter, diffusés sur Twitter par un journaliste de La Chaîne parlementaire. « La confidentialité de nos échanges n’a pas été respectée », s’est indignée Mme Braun-Pivet, la majorité accusant en creux l’opposition d’être à l’origine de la fuite.

   


Une nouvelle réunion devait se tenir samedi à 9 h 30 pour achever de fixer le calendrier des auditions, mais l’ambiance est restée considérablement tendue vendredi soir. Le socialiste David Habib a accusé la majorité « de se raidir à l’idée d’auditionner des personnalités proches du président de la République ». « La majorité crée les conditions pour faire avorter [la commission d’enquête] ! », accusait pour sa part le communiste Stéphane Peu. « Vous avez envie de bloquer, assumez-le », leur a rétorqué Marc Fesneau, président du groupe MoDem.
Gilles Le Gendre, porte-parole des députés LREM, s’est demandé samedi sur France Inter si les « oppositions veulent bloquer ou non les institutions ». L’élu de Paris a dénoncé une « tentative de nos oppostions depuis quarante-huit heures d’instrumentaliser cette affaire ». Et il affirme que « rien ne sera étouffé dans cette affaire ».
Au Sénat, où une commission d’enquête va également être mise sur pied, les choses ont été plus fluides, vendredi. Philippe Bas (LR), qui préside la commission des lois au Palais du Luxembourg, a annoncé que Gérard Collomb y sera auditionné mardi à 17 h 45. Quand les députés ont indiqué qu’ils travailleraient dans un délai d’un mois, les sénateurs s’en donnent, eux, six.
Ils entendront à partir de mardi après-midi « le préfet de police de Paris, le directeur général de la police nationale, le chef du service de la protection, les représentants des organisations professionnelles de policiers, le Défenseur des droits et toute personne susceptible d’apporter des informations utiles », avait détaillé la commission des lois dans un communiqué. Le tout étant prévu à huis clos, condition posée par la droite sénatoriale que leurs collègues du même parti rejettent pour leur part à l’Assemblée.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-15"> ¤ Quarante-huit heures après les révélations du Monde, les professeurs de droit à l’université Paris I - Panthéon Sorbonne, Dominique Rousseau et Paul Cassia reviennent sur cette affaire, qui casse l’image de la République exemplaire souhaitée par le chef de l’Etat
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Alexandre Benalla, l’affaire qui rompt l’espoir d’exemplarité démocratique

Quarante-huit heures après les révélations du Monde, les professeurs de droit à l’université Paris I - Panthéon Sorbonne, Dominique Rousseau et Paul Cassia reviennent sur cette affaire, qui casse l’image de la République exemplaire souhaitée par le chef de l’Etat



Le Monde
 |    20.07.2018 à 17h30
   





                        


Le 18 juillet dernier, Le Monde révélait la faiblesse des sanctions contre le chargé de mission à la présidence, Alexandre Benalla, proche du chef de l’Etat, après la diffusion de vidéos le montrant entrain de frapper un manifestant le 1er mai. Ce 20 juillet dernier, l’ex agent de sécurité et conseiller de l’Elysée a été placé en garde à vue pour « violences en réunion, usurpation de fonctions, port illégal d’insignes réservées à l’autorité publique et complicité de détournement d’images de vidéo surveillance », en plus de l’annonce de son licenciement par la présidence de l’Elysée.
Pour Dominique Rousseau, la transgression du principe d’exemplarité et d’impartialité par le gouvernement conduit à l’effondrement de la démocratie, et montre la nécessité d’une refonte institutionnelle. Tandis que pour Paul Cassia, cette affaire montre une « transparence de façade » du président, alors que « la République paraît d’autant plus fragile aujourd’hui que ses valeurs dépendent comme jamais de l’exemplarité d’un seul homme ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-16"> ¤ Tous deux originaires de l’Eure, le secrétaire d’Etat à la transition écologique et le professionnel de la sécurité se sont connus au sein de la réserve opérationnelle de la gendarmerie. Ils n’ont jamais perdu le contact depuis.
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Sébastien Lecornu fut le « commandant de peloton d’Alexandre Benalla, en 2012 ou 2013 »

Tous deux originaires de l’Eure, le secrétaire d’Etat à la transition écologique et le professionnel de la sécurité se sont connus au sein de la réserve opérationnelle de la gendarmerie. Ils n’ont jamais perdu le contact depuis.



Le Monde
 |    20.07.2018 à 15h04
 • Mis à jour le
20.07.2018 à 15h18
    |

            Cédric Pietralunga








                        



   


C’est l’une des nombreuses surprises qui émaillent le parcours d’Alexandre Benalla, le chargé de mission à l’Elysée impliqué dans des violences lors des manifestations du 1er mai à Paris. Selon nos informations, confirmant celles de Libération, le responsable de la sécurité de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron est également un proche de Sébastien Lecornu, ancien membre du parti Les Républicains (LR), devenu secrétaire d’Etat à la transition écologique dans le gouvernement d’Edouard Philippe.
Originaires de l’Eure tous les deux, séparés par seulement six années, l’ancien élu LR et le professionnel de la sécurité se sont connus au sein de la réserve opérationnelle de la gendarmerie, une force composée d’environ 25 000 volontaires, mobilisée dans certaines situations pour renforcer les effectifs de la gendarmerie nationale. « J’ai été le commandant de peloton d’Alexandre Benalla, confirme Sébastien Lecornu, interrogé par Le Monde. J’ai dû l’avoir une dizaine de fois sous mon commandement, en 2012 ou 2013. »

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                Sous la pression, l’Elysée lâche Benalla



« Pas un mauvais gendarme, au contraire »
Selon le secrétaire d’Etat, qui a quitté la réserve de la gendarmerie après son élection à la mairie de Vernon (Eure) en 2014 — il fut également président (LR) du conseil départemental de l’Eure de 2015 jusqu’à son entrée au gouvernement, en 2017 —, Alexandre Benalla « n’était pas un mauvais gendarme de réserve, au contraire ». Les deux hommes étaient notamment chargés de faire des patrouilles pour lutter contre les cambriolages, lors des vacances d’été et de Noël, ou de mener différentes opérations de prévention.
Selon M. Lecornu, Alexandre Benalla l’aurait d’ailleurs sorti d’un « très mauvais pas » lors d’une opération menée conjointement dans le nord de l’Eure. A la recherche d’un individu « présumé dangereux », ils l’auraient retrouvé à bord d’une voiture dans un lotissement. Celui-ci aurait alors foncé sur leur véhicule de fonction, côté passager, où se trouvait le futur secrétaire d’Etat. « Benalla, qui était au volant, a eu le réflexe d’enclencher la marche arrière et de reculer in extremis notre voiture », se souvient Sébastien Lecornu.
Depuis cette période, les deux hommes se seraient recroisés à différentes occasions, notamment lors de cérémonies de la gendarmerie, et seraient restés en contact sur le réseau Facebook, où ils sont amis. « Je savais qu’il avait travaillé pour des membres du Parti socialiste, mais je l’ai surtout revu régulièrement à l’Elysée depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron », assure le proche d’Edouard Philippe et de Gérald Darmanin, le ministre de l’action et des comptes publics.
Le chauffeur de M. Lecornu au conseil départemental de l’Eure, qui l’a suivi au ministère de la transition écologique, aurait également maintenu le contact entre les deux hommes. « C’est un réserviste de la gendarmerie lui aussi, qui connaît très bien Alexandre Benalla. Il est donc arrivé que tout le monde se croise à des événements ou prenne des cafés ensemble près de la mairie » de Vernon, explique un proche du secrétaire d’Etat.
Interrogé sur le comportement de M. Benalla lors des manifestations du 1er mai à Paris, Sébastien Lecornu n’a pas souhaité faire de commentaire.

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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-17"> ¤ Autour d’Alexandre Benalla s’était formée une équipe soudée qui ne quitte jamais le sillage du président.
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Affaire Benalla : quand la « bande d’Alexandre » suit Macron à l’Elysée

Autour d’Alexandre Benalla s’était formée une équipe soudée qui ne quitte jamais le sillage du président.



Le Monde
 |    20.07.2018 à 14h19
 • Mis à jour le
21.07.2018 à 16h08
    |

            Ariane Chemin et 
                                François Krug








                        



                                


                            

Un léger signe, discret, derrière une colonne. Un regard, un geste pour indiquer le chemin à suivre. Le 7 mai 2017, Emmanuel Macron fête sa victoire dans la cour du Louvre. Il marche dans la nuit, solitaire, au son de L’Hymne à la joie. Dans l’ombre, un homme accompagne ses pas jusqu’à l’estrade où il va prononcer son premier discours de chef d’Etat. Au pied de l’escalier de fer, le président tout frais élu abandonne sur sa gauche le guide de cette longue marche prési­dentielle, un homme brun de 25 ans qui s’éclipse en coulisse : Alexandre Benalla.

Ce soir de printemps 2017, derrière la tribune, le jeune homme veille pour la première fois de sa vie sur un président de la République. Un Graal, à 25 ans. Quelques jours plus tard, le voilà à l’Elysée comme adjoint au chef de cabinet – une formule floue qui signifie qu’il s’occupe désormais du quotidien du président. Il dispose d’un bureau et d’une voiture de fonction.
Quoique simple gendarme de réserve et alors que son expérience se limite à des missions de sécurité privée, le voilà chargé de superviser la protection d’Emmanuel Macron. Une étrangeté, puisque c’est d’ordinaire le groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR) qui est chargé de la sécurité du chef de l’Etat. Benalla et les hommes du GSPR (policiers et gendarmes) traitent désormais d’égal à égal. Non sans rivalités, de plus en plus aiguisées.
« M. Sécurité » d’Emmanuel Macron
Dès l’été 2017, le nouveau « M. Sécurité » d’Emmanuel Macron accompagne le couple présidentiel dans la France entière : à vélo sur la route de la Corniche dans la station balnéaire du Touquet, le berceau de Brigitte Macron, sur les pistes de La Mongie, au cœur des Pyrénées, durant l’hiver. Mais aussi au Salon de l’agriculture, étape obligée des présidents français, ou dans l’Orne, pour sécuriser le village de Berd’huis avant le « 13 heures » de Jean-Pierre Pernaut, sur TF1, en avril. Autour de Benalla, d’autres personnages...




                        

                        


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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-18"> ¤ L’affaire Benalla était omniprésente vendredi 20 juillet dans l’hémicycle, empêchant les débats sur la révision constitutionnelle de se dérouler.
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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-19"> ¤ L’ancien « M. Sécurité » du président de la République a déclaré être domicilié depuis le 9 juillet dans un logement de fonction, selon un document de l’administration.
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Article sélectionné dans La Matinale du 20/07/2018
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Alexandre Benalla est logé quai Branly, dans une dépendance de l’Elysée

L’ancien « M. Sécurité » du président de la République a déclaré être domicilié depuis le 9 juillet dans un logement de fonction, selon un document de l’administration.



Le Monde
 |    20.07.2018 à 12h34
 • Mis à jour le
21.07.2018 à 06h42
    |

                            François Krug et 
Ariane Chemin








                        


Alexandre Benalla, adjoint au chef de cabinet du président de la République, a lui-même déclaré être domicilié depuis le 9 juillet dans une dépendance de l’Elysée, au 11, quai Branly, dans le très chic 7e arrondissement de Paris, selon un document de l’administration dont Le Monde a pris connaissance.
L’ancien « M. Sécurité » d’Emmanuel Macron a déclaré ce domicile deux mois après la fin de sa mise à pied par l’Elysée – du 4 au 19 mai –, à la suite des événements du 1er-Mai place de la Contrescarpe, à Paris, et une semaine et demie avant son licenciement, vendredi 20 juillet. Il habitait auparavant à Issy-les-Moulineaux, dans les Hauts-de-Seine.

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Voiture avec chauffeur
Le palais de l’Alma, au 11 du quai Branly – d’anciennes écuries construites par Napoléon III – accueille depuis longtemps des dépendances de la présidence. On y trouve soixante-trois logements de fonction, sur cinq mille mètres carrés.
C’est là que, sous les deux septennats de François Mitterrand, était logé François de Grossouvre, l’homme chargé des affaires privées de l’ancien chef de l’Etat. C’est là encore que le président socialiste avait discrètement logé sa compagne Anne Pingeot, et leur fille, Mazarine Pingeot.
Outre ce prestigieux logement de fonction, Alexandre Benalla disposait à l’Elysée de nombreux privilèges, notamment d’une voiture avec chauffeur. L’immeuble du quai Branly est surveillé par des gendarmes. L’un d’eux avait répondu au Monde, jeudi 19 juillet, que M. Benalla n’y habitait pas.
L’Elysée a annoncé, vendredi, engager une procédure de licenciement à l’encontre d’Alexandre Benalla, qui a, par ailleurs, été placé en garde à vue.

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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-20"> ¤ Notre chroniqueur dénonce la vision du président français, biaisée par une représentation erronée de l’Afrique.
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Chronique

« Non, M. Macron, les Africains qui meurent en Méditerranée ne sont pas issus de la classe moyenne »

Notre chroniqueur dénonce la vision du président français, biaisée par une représentation erronée de l’Afrique.

Par                                            Hamidou Anne (chroniqueur Le Monde Afrique)




LE MONDE
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        Le 20.07.2018 à 12h09

     •
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        Mis à jour le 20.07.2018 à 14h50






    
Le président français Emmanuel Macron pose avec les artistes Femi Kuti, Youssou N’Dour et Angelique Kidjo au New Afrka Shrine de Lagos, au Nigeria, le 3 juillet 2018.
Crédits : REUTERS


Chronique. En marge de sa visite au Nigeria, Emmanuel Macron a accordé une interview à l’animateur Claudy Siar diffusée sur France 24 et RFI le 5 juillet, dans laquelle il revient sur le sujet de la migration africaine vers l’Europe. De façon surprenante, il soutient que « les personnes très pauvres ne quittent pas leur pays. Ce sont les classes moyennes de pays qui sont plutôt émergents qui passent par la Libye pour rejoindre l’Europe ». Il ajoute que ce sont les familles aisées qui donnent un pécule à leurs enfants pour aller en Europe.

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Donc, selon le président français, une famille « riche » peut sciemment décider de donner une somme d’argent à l’un de ses enfants et l’envoyer à une mort certaine. Car la réalité de l’émigration, au-delà des discours des dirigeants européens et le silence coupable des décideurs politiques africains, ce sont les morts quasi quotidiennes de jeunes qui fuient le continent par manque d’espoir.
En 2017, 3 119 personnes sont mortes dans la Méditerranée, selon l’Organisation internationale pour les migrations. Ce chiffre fait abstraction des personnes disparues en mer et qui reposent à jamais au fond des eaux. Pas un seul jour ne passe sans que le sujet ne soit au menu de débats politiques houleux, ce qui en fait un sujet à la limite civilisationnelle de notre époque.
Mépris pour les gens ordinaires
Le discours d’Emmanuel Macron, après ses sorties sur la démographie africaine et sur les kwassa kwassa comoriens, illustre à nouveau ce qu’il représente : une élite libérale liée aux puissances d’argent porteuse souvent d’un mépris pour les gens ordinaires.
Pour l’Afrique, son engouement depuis son élection est peut-être sincère. Il peut être le signe d’un désir de repenser la relation entre la France et le continent en dehors des pratiques sombres de la Françafrique traditionnelle.

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Mais la vision du jeune président français est biaisée par une représentation erronée de l’Afrique. Emmanuel Macron est issu d’une caste, celle des puissants qui répètent à l’envi des poncifs sur le numérique, l’entrepreneuriat, présentés comme les solutions magiques aux urgences du continent. Sans parler de l’utilisation ambiguë du concept globalisant de « classe moyenne africaine », dont beaucoup d’économistes interrogent la pertinence.
Dans sa posture, Macron peut compter sur des jeunes hommes et femmes africains qui survendent un discours afro-optimiste déconnecté de la réalité du continent. D’ailleurs, durant les séjours du président français en Afrique, on les voit inonder la toile de selfies et de mots enthousiastes sur la « start-up nation », l’« Africa rising » et autres nouveaux mots savants.

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Toutes ces personnes refusent d’affronter la réalité du continent dont l’un des visages est la misère sociale, la corruption, la violence physique et symbolique qui poussent les gens à fuir.
Il est choquant d’entendre Macron dire que ce sont des familles aisées qui donnent de l’argent à leurs enfants pour rallier l’Europe et qui, quand ils y parviennent, y vivent une vie de sous-homme.
Il faut rappeler à Emmanuel Macron que personne ne quitte son pays dans ces conditions le pied léger. Il y a une réalité de l’émigration clandestine africaine que propulse une quête d’une vie décente. Au Sénégal, en pleine vague de départ par pirogues, le mot d’ordre des jeunes était : « Barca wala Barsakh » : « Arriver à Barcelone ou mourir. »

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D’ailleurs les Sénégalais membres du Conseil présidentiel pour l’Afrique de Macron devraient lui suggérer de prendre contact avec Yayi Bayam Diouf, présidente du collectif des mères qui ont perdu leurs fils, morts en Méditerranée.
C’est insulter le deuil de ces femmes que de les tenir pour responsables de la perte d’enfants partis mourir car leur pays ne leur apporte aucun espoir.
Immenses sacrifices
Quand une mère, à travers les ressources d’une tontine ou d’un crédit, finance le voyage d’un fils pour espérer qu’il réussisse en Europe et sorte toute sa famille de la misère, on lui doit respect et empathie, et non la vilipender devant un intervieweur connivent.
L’argent investi, car c’est bien le mot, dans le voyage risqué, voire suicidaire, du fils ou de la fille n’est pas la preuve d’une richesse ou de l’appartenance à une classe moyenne. Ce n’est que le pécule amassé difficilement par une famille désœuvrée ou un travailleur précaire. Et réunir ces sommes qui servent à financer le départ résulte le plus souvent d’immenses sacrifices et de nombreuses privations.



Enfin, quand Emmanuel Macron dit : « On a besoin d’une jeunesse africaine qui se raconte elle-même, qui construit son imaginaire, ses propres héros et qu’elle les explique au monde », nous ne pouvons qu’être d’accord. Il y a bien une jeunesse dynamique, créative et entreprenante sur le continent. Elle tient un discours et occupe une position qui illustre la contemporanéité de l’Afrique. Mais il y en a une autre, qui continuera à hanter le sommeil des Européens en allant à l’assaut de ses côtes en dépit des lois répressives comme celles actuellement en vigueur en France.
Non, Monsieur Macron, cette jeunesse qui meurt en Méditerranée n’est pas issue de la « classe moyenne ». Elle est pauvre et n’a plus aucun espoir chez elle.
Hamidou Anne est membre du cercle de réflexion L’Afrique des idées.

