<FILE-date="2018/07/22/18">

<article-nb="2018/07/22/18-1">
<filnamedate="20180722"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180722"><AAMMJJHH="2018072218">
<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-1"> ¤ L’équipe Astana remporte sa deuxième étape consécutive, après Fraile hier, à Mende.
<filname="PROF-0,2-3242,1-0,0-1"> ¤ 
<article-nb="2018/07/22/18-2">
<filnamedate="20180722"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180722"><AAMMJJHH="2018072218">
<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-2"> ¤ Après l’annonce de son retrait des commandes de Fiat Chrysler et de Ferrari, le patron emblématique du groupe fait la « une » de tous les journaux italiens ce week-end.
<filname="PROF-0,2-3242,1-0,0-2"> ¤ 
<article-nb="2018/07/22/18-3">
<filnamedate="20180722"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180722"><AAMMJJHH="2018072218">
<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-3"> ¤ L’Agence française de lutte contre le dopage et la fédération internationale échafaudent ensemble leurs plans pour débusquer les tricheurs, s’échangeant informations et impressions durant les trois semaines.
<filname="PROF-0,2-3242,1-0,0-3"> ¤                     
                                                

Tour de France 2018 : comment les contrôles antidopage s’organisent

L’Agence française de lutte contre le dopage et la fédération internationale échafaudent ensemble leurs plans pour débusquer les tricheurs, s’échangeant informations et impressions durant les trois semaines.



Le Monde
 |    22.07.2018 à 12h16
    |

            Clément Guillou (Envoyé spécial à Roubaix, Nord)








                        



   


C’est probablement la conversation WhatsApp la plus confidentielle du Tour : elle porte un nom barbare, « CADF-AFLD », et c’est là que se décide la stratégie des contrôles antidopage sur la Grande Boucle. En guerre il y a dix ans, l’Agence française de lutte conre le dopage (AFLD) et la Fondation antidopage pour le cyclisme (CADF) travaillent désormais de concert pour identifier les tricheurs du peloton.
« Nous avons des partages d’informations avec 25 agences nationales antidopage, mais la profondeur de notre relation avec l’AFLD est assez unique », dit Francesca Rossi, directrice de la CADF. Formalisé par un protocole de coopération, cet échange de renseignements se matérialise sur une conversion par messagerie instantanée entre Damien Ressiot, directeur des contrôles de l’AFLD, et les enquêteurs, experts et dirigeants de la CADF. Là, les seconds, qui ont le dernier mot sur l’identité des coureurs à contrôler, le type de contrôle (sanguin ou urinaire) et ses modalités (au réveil, après l’étape ou au coucher), échangent avec le Français pour mettre au point la stratégie. Durant le Tour, jusqu’à vingt messages par jour s’échangent entre ces spécialistes du dopage, chaque coureur étant identifié par un numéro de code.

        Lire aussi :
         

                Vingt ans après l’affaire Festina, le dopage se fait tout petit sur le Tour de France



« On s’envoie des informations codées, qui respectent le b-a-ba de la confidentialité et de la protection des données, mais notre proximité relationnelle fait que c’est très simple. On se connaît tous », explique Damien Ressiot.
Huit à dix contrôles par jour
L’identité des coureurs contrôlés dépend surtout des résultats et des prélèvements sanguins effectués sur chacun des coureurs le jeudi précédant le Tour de France. Les données sont comparées au « passeport sanguin » de chaque athlète, et des experts indépendants livrent leur recommandation sur les profils suspects : « C’est notre ressource la plus importante, c’est une mine », confirme Francesca Rossi.
Les informations fournies par l’Oclaesp (service de gendarmerie dont les officiers spécialisés dans le dopage sont présents sur le Tour de France) peuvent aussi déclencher des contrôles, de même, explique Damien Ressiot, qu’un « comportement particulier pendant un contrôle ou des performances étonnantes ».

        Lire aussi :
         

                Christopher Froome blanchi par l’autorité mondiale du cyclisme



La CADF, organe indépendant de l’Union cycliste internationale, est limitée en nombre de contrôles pour des raisons budgétaires : pas plus de huit à dix par jour. Sa bonne entente actuelle avec l’AFLD est une source d’espoir pour tous les couples en crise, puisque les deux ne se parlaient plus, il y a dix ans : les relations entre les présidents de l’AFLD et de l’UCI étaient exécrables, le premier reprochant au second de ne pas lutter suffisamment contre le dopage. Lors du Tour 2008, disputé sous l’égide de la Fédération française de cyclisme et non de l’UCI, l’AFLD avait été seule responsable des contrôles. Un succès retentissant, avec sept contrôles positifs impliquant plusieurs vedettes de ce Tour, un chiffre jamais égalé depuis.
Dix ans plus tard, les deux instances, qui ont chacune changé de direction, travaillent en harmonie mais craignent fortement que les résultats des contrôles ne soient pas les mêmes. « Qu’il y ait crispation ou parfaite collaboration, l’équation est très compliquée, souffle Damien Ressiot. A l’instar de ce qui se passe aux Jeux olympiques, c’est dans le mois qui précède le Tour que tout se joue. En compétition, on est davantage dans la régulation. » 
Hormis le contrôle positif à la cocaïne de l’Italien Luca Paolini en 2015, le dernier cas de dopage d’envergure est celui de Fränk Schleck, positif à un diurétique en 2012. Jusqu’à présent, tous les contrôles réalisés dans ce Tour de France sont négatifs.

        Lire aussi :
         

                Tout comprendre au Tour de France et à son vocabulaire : giclette, chasse-patate, gruppetto…






                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/22/18-4">
<filnamedate="20180722"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180722"><AAMMJJHH="2018072218">
<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-4"> ¤ L’équipier de Chris Froome ne s’en cache plus : il n’a aucunement l’intention de céder le maillot jaune à celui qui était censé être son leader.
<filname="PROF-0,2-3242,1-0,0-4"> ¤                     
                                                

Tour de France : et Geraint Thomas fit son coming out

L’équipier de Chris Froome ne s’en cache plus : il n’a aucunement l’intention de céder le maillot jaune à celui qui était censé être son leader.



Le Monde
 |    22.07.2018 à 10h17
 • Mis à jour le
22.07.2018 à 10h33
    |

            Clément Guillou et 
Henri Seckel (envoyés spéciaux à Séverac-le-Château, ou Severac lo Castèl, comme on dit en Aveyron)








                        



   


Le Tour de France 2018 joue de malchance. La Coupe du monde de football avait totalement occulté les dix premières étapes ; les dix dernières sont en train de se laisser éclipser par un autre événement d’ampleur internationale dont la Terre entière guette le moindre rebondissement : l’affaire Alexandre Benalla. Ce monsieur était déjà accusé de tous les maux, on pourra désormais, en outre, lui reprocher d’avoir flingué le Tour.
Il se passe pourtant bien des choses sur cette course, dont le scénario a connu un bouleversement majeur : Geraint Thomas ne se cache plus du tout, il veut remporter le Tour et l’affirme désormais haut et fort. Alors qu’une certaine pudeur confinant à l’hypocrisie avait guidé son discours les jours précédents, le Gallois a ouvert les vannes, hier, l’arrivée de la 14e étape. Dans une semaine, le peloton déboulera sur les Champs-Elysées, et il compte bien y parader en jaune.
Roue de secours
Une question sur la rumeur selon laquelle l’équipe Sky préfèrerait le voir gagner lui, plutôt que Froome, pour d’évidentes raisons d’image et de marketing. Réponse : « Je ne peux pas parler pour les autres, je pense qu’ils seraient contents si l’un ou l’autre de nous deux gagnait. Moi je serais plus heureux si c’était moi qui plutôt que Froomey, évidemment. »
Une question sur la pression qu’entraîne la tunique dorée qu’il porte sur les épaules. Réponse : « C’est beaucoup moins de pression que de disputer une finale olympique de poursuite par équipes à Londres [où il a été médaillé d’or en 2012]. Je pense aussi que la seconde place de Froomey m’ôte beaucoup de pression. Si quelque chose m’arrive, on l’aura toujours dans la course. »
L’axe de rotation de la planète vélo vient de bouger : voilà donc Chris Froome, quadruple vainqueur du Tour, devenu l’égal, voire la roue de secours, de celui qu’on imaginait être son lieutenant. Il faut dire que dans la spectaculaire côte finale de la Croix-Neuve, hier à Mende, Geraint Thomas a, comme dans les Alpes, semblé plus fort que tout le monde. « Être aux deux premières places rend la course très difficile pour nos adversaires, ils ont deux coureurs à surveiller », déclare poliment Froome, dont les jambes ont l’air de se souvenir qu’elles ont couru (et gagné) le Tour d’Italie il y a à peine deux mois.

   


Pour autant, on n’imagine pas le tenant du titre l’abandonner si facilement que ça, fût-ce à un coéquipier. La Sky se retrouve dans la situation d’une équipe de Formule 1 dont les deux pilotes occupent les deux premières places d’une course et s’entretuent pour la victoire, laissant gagner le 3e, qui n’en demandait pas tant. Geraint Thomas en a bien conscience : « Le principal, c’est qu’on ne se retrouve pas à courir l’un contre l’autre et que Tom Dumoulin gagne. On aurait l’air plutôt stupide. »
15e étape ce dimanche sous le soleil de l’Aveyron, du Tarn et de l’Aude, du viaduc de Millau aux remparts de Carcassonne. Le Tour file vers le sud, et met le cap vers le Nore, le pic de Nore, obstacle principal d’une journée promise, comme hier, aux baroudeurs, cette espèce qui se cogne chaque année trois semaines de souffrance sur une course où elle ne peut espérer lever les bras qu’une fois (deux, les années fastes).
Cela dit, le Pic de Nore ne sera peut-être pas la difficulté majeure du jour pour les coureurs qui ont désormais moins intérêt à regarder devant eux que sur les côtés. Les routes de France ne sont plus sûres. En surgissent toutes sortes de projectiles plus ou moins dangereux.

Un petit malin s'est amusé à jeter un fumigène sur les coureurs du peloton ! A force, le Tour de France se disputer… https://t.co/8szoIF9nkB— francetvsport (@France tv sport)


require(["twitter/widgets"]);


RT NOSsport: Op Alpe d'Huez werd Froome al geduwd door een supporter, vanmiddag kreeg hij een fles water over zich… https://t.co/rev9IWokBU— WelTweewielers (@v d wel tweewielers)


require(["twitter/widgets"]);

Que va-t-il donc falloir faire, à quelles extrémités va-t-on devoir en venir pour mettre fin à ces actes indignes ? Poser des barrières à trois mètres de la chaussée tout au long des 3 351 kilomètres du Tour ? Faire payer l’entrée sur le parcours, et signer une charte de bonne conduite à chaque spectateur ? Engager Alexandre Benalla comme responsable de la sécurité du Tour ?

Et comme par hasard, Alexandre Benalla. https://t.co/XQB3uVP6Zt— thomassnegaroff (@thomas snegaroff)


require(["twitter/widgets"]);

A PART ÇA, voici les stigmates de Luis Leon Sanchez, martyr de la 2e étape.

Día 14... @AstanaTeam https://t.co/nBhxNldF38— LLEONSANCHEZ (@luis leon sanchez)


require(["twitter/widgets"]);


   


Départ 13 h 10. Arrivée vers 17 h 45.
Le Tour du comptoir : Saint-Paul-Trois-Châteaux
Chaque matin du Tour, En danseuse vous envoie une carte postale du comptoir d’un établissement de la ville-départ de la veille.
Où l’on ne vend pas de cigales made in China.

   


Disons-le, Saint-Paul-Trois-Châteaux est la plus grande arnaque de France : il n’y a pas trois chateaux, il n’y en a pas deux, il n’y en a même pas un. Il n’y a pas de château à Saint-Paul-Trois-Châteaux, et c’est à cause d’une erreur de traduction, nous explique Yves Henry : « Certains vous diront qu’il s’agit des trois châteaux des Adhémar (grande famille du Dauphiné, depuis le Moyen-Âge, ndlr), à Montélimar, Suze-la-Rousse et Grignan. C’est faux : les Tricastinum, la peuplade gauloise qui habitait le coin, ont été transcrits du latin de manière erronée en Trois Châteaux. »

   


Yves Henry, un Parisien - on dit ça sans agressivité, on en connaît des très biens -, est l’affable patron des « Trois Tasses », et là encore il y a tromperie : il y en a beaucoup plus dans ce salon de thé - glacier - chocolatier, situé sur l’une des nombreuses jolies placettes du bourg. L’hiver, le thé cartonne. L’été, les glaces cartonnent. Avant Saint-Paul-Sans-Château, Yves et sa femme Loupile (« C’est son fils qui l’a appelé comme ça, c’est resté ») tenaient une librairie à Aubenas, en Ardèche. On le vise avec un regard de teckel, parce que dans notre tête, le métier de libraire est le plus galère et le plus précaire après celui de cycliste. En fait, non, ça va : « On bossait énormément, avec tous les scolaires. On ne roulait pas sur l’or mais ça allait. » 
Quand ils ont été trop fatigués, ils ont voulu bouger, quelque part dans le Sud-Est : « On ne voulait surtout pas la côte, avec cette mentalité de rentabilité à tout prix. Pour nous, la priorité c’est la clientèle. On aime les gens. On a beaucoup de Belges et d’Anglais, qui ont des résidences secondaires. Il n’y a qu’un seul camping : ici, c’est du bon tourisme, pas le tourisme de masse. Personne ne vend de cigales made in China. »
On n’a pas eu le temps de vérifier, mais on ne serait pas étonné que là encore, il y ait tromperie sur la marchandise.

   



   





                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/22/18-5">
<filnamedate="20180722"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180722"><AAMMJJHH="2018072218">
<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-5"> ¤ Quelles implications peut bien avoir la formule de Descartes dans une course cycliste ? La réponse de Guillaume Martin, coureur du Tour et diplômé de philosophie.
<filname="PROF-0,2-3242,1-0,0-5"> ¤                     
                                                

Tour de France : « Je pense donc je suis », par Guillaume Martin

Quelles implications peut bien avoir la formule de Descartes dans une course cycliste ? La réponse de Guillaume Martin, coureur du Tour et diplômé de philosophie.



Le Monde
 |    22.07.2018 à 09h36
    |

                            Guillaume Martin








                        


Cogito ergo sum, « je pense donc je suis » : la formule de Descartes est à ce point connue qu’elle apparaît parfois austère. Et si nous nous amusions à envisager les implications de cette formule dans le cadre d’une course cycliste ?
Soit une situation où un coureur attaque à côté de moi. Que faire ? Être ou ne pas être (dans l’échappée) ? Suivre ou ne pas suivre ? Je pense, pèse le pour et le contre... Y aller, c’est se donner l’opportunité de jouer la gagne ; mais c’est aussi risquer de se fatiguer pour rien. Rester dans le peloton serait plus sûr. Et en même temps, qui ne tente rien n’a rien... Donc je suis ! Je décide de prendre la roue du coureur qui vient de passer à l’offensive. Mince : j’ai pensé trop longtemps, et quand je viens à bout de ma délibération intérieure, l’attaquant est déjà trop loin devant, hors de portée. J’ai trop cogité, je n’ai pas pu suivre, je ne peux pas en être...
Je pédale donc je suis
Moralité vélosophique : le cyclisme ne peut se résumer à une simple réflexion, à un calcul rationnel. Si je pense trop, je n’agis pas. Les briefings dans le bus avant le départ, les grands plans de bataille, les consignes à l’oreillette, c’est bien beau. Mais cela ne remplacera jamais l’expérience immédiate du coureur sur le terrain. In fine, l’important c’est de pédaler ! On me demande par exemple souvent à quoi je pense sur le vélo ou ce que la philosophie m’apporte dans ma pratique. Au risque de décevoir, ma crainte est plutôt que la philosophie me desserve et la plupart du temps, je ne pense simplement à rien. Trop de réflexion tue l’action.
Aussi, quand un nouveau coureur attaque devant moi, cette fois je ne pense pas : je suis. Je prends direct la roue de mon adversaire. Je fonce. Après quelques minutes, je me retourne : personne. Quelle joie ! Quel sentiment d’accomplissement : je suis dans l’échappée, j’existe ! Nul besoin de penser pour sentir que l’on est. L’excitation de la fugue, l’impression de goûter à un fruit défendu, l’ivresse de la victoire possible – tout cela suffit à m’en convaincre. Je pédale donc je suis.
Voilà à présent qu’une montée se profile, la dernière de la journée. L’appel du succès me commande d’attaquer. Intuitivement, je me dresse sur mon vélo, et place un démarrage. L’effort que je produis est violent : je me dépense, donc je sue. Mais cela vaut la peine : je creuse l’écart sur mes poursuivants, et me dirige vers une prestigieuse victoire d’étape. Le sommet de la difficulté franchi, je m’élance dans la dernière descente, en bas de laquelle sera jugée l’arrivée du jour.
Si j’avais su, je n’aurais pas pensé
C’est à ce moment qu’une réflexion parasite me vient : pour prendre part à l’échappée du jour, j’ai dû suivre ; puis je me suis échappé de l’échappée ; donc je ne suis plus, car je suis devant ; mais si je suis devant, alors je ne suis plus personne ! Je me gratte le casque. Cet étonnant syllogisme me perturbe et me déconcentre. Encore une fois, la pensée me détourne de mon droit chemin vers la victoire. Elle m’en détourne tant et si bien que, déconcerté par cette conclusion énigmatique – je ne suis pas –, je manque d’attention dans un virage, et manque le virage par la même occasion. Bref, je pense donc je chus.
Bien sûr, si j’avais su, je n’aurais pas pensé. Me voilà désormais obligé de panser. Sur cette phrase, je vous laisse méditer ; moi je retourne rouler !



                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/22/18-6">
<filnamedate="20180722"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180722"><AAMMJJHH="2018072218">
<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-6"> ¤ Le Basque d’Astana Omar Fraile s’impose en échappé à Mende, devant Alaphilippe, un peu court. Roglic a enflammé la dernière montée, où Bardet a perdu du temps. Nos trois leçons de l’étape.
<filname="PROF-0,2-3242,1-0,0-6"> ¤                     
                                                

Tour de France 2018 : Fraile bien mis à Mende, Bardet mis à l’amende

Le Basque d’Astana Omar Fraile s’impose en échappé à Mende, devant Alaphilippe, un peu court. Roglic a enflammé la dernière montée, où Bardet a perdu du temps. Nos trois leçons de l’étape.



Le Monde
 |    21.07.2018 à 20h26
    |

            Clément Guillou et 
Henri Seckel (envoyés spéciaux à Mende, Lozère)








                        


Sur les superbes routes d’Ardèche et de Lozère, le peloton a lézardé au soleil loin, très loin derrière une échappée maousse dont Jasper Stuyven a bien failli se jouer. C’est finalement Omar Fraile, grimpeur d’Astana, qui s’impose sur l’aérodrome. Du côté des favoris, Geraint Thomas a semblé se balader quelques longueurs de Primoz Roglic. Les écarts créés, notamment sur Romain Bardet, ne sont pas énormes, mais la dynamique des derniers jours se confirme.
>> Les classements du Tour de France
Et maintenant, Alaphilippe est trop patient

   


On a loué ici, il y a quatre jours, une vertu nouvelle de Julian Alaphilippe, qui lui permettait de remplir son palmarès, sur la Flèche Wallonne au printemps et avec sa première victoire sur le Tour de France, au Grand-Bornand : la patience. Il faut se demander s’il n’a pas forcé un peu cette qualité samedi sur la pente de la Croix-Neuve, où le Français, aidé toute la journée par ses Belges sûrs Yves Lampaert et Philippe Gilbert - un jour de fête nationale -, a échoué à la deuxième place.
Alaphilippe, attendu par sa famille élargie à l’arrivée à Mende, a sagement attendu la deuxième moitiée de la montée pour s’agiter, restant jusqu’alors dans la roue de l’Allemand Simon Geschke, bien gentil d’assurer le tempo. Le Basque Omar Fraile, grimpeur de talent qui faisait partie des favoris pour la victoire au sein de cette échappée, avait déjà pris une vingtaine de secondes d’avance. Il n’a jamais craqué et Alaphilippe, malgré son punch, a juste pu le voir lever les bras sur l’aérodrome de Mende.
A l’arrivée, le Français se contentait de cette place de deuxième à laquelle il est certes habitué dans sa carrière (Liège-Bastogne-Liège, Tour de Lombardie, Flèche Wallonne, étapes du Tour...). Et n’en nourrissait pas de regrets, estimant qu’il n’était pas si fort que son accélération ne l’avait laissé paraître : « Quand je regarde les images, oui, je suis parti trop tard, mais c’est simplement que je ne pouvais pas avant. Je ne connaissais pas la montée, j’ai essayé de gérer mon effort du mieux possible mais quand j’arrive dans la roue de Jasper Stuyven, j’étais cuit pour l’arrivée. » Consolation : Alaphilippe a remplumé son matelas au classement de la montagne avant les Pyrénées et compte 20 points d’avance sur Warren Barguil, l’équivalent d’un passage à la première place sur un col hors-catégorie.
Les Lotto sont les plus joueurs

   


C’est Primoz Roglic qui a gagné aujourd’hui. Pas la course à l’étape, mais celle au Maillot jaune. A la secode place, disons. Au podium, disons. Aux places d’honneur, disons. Toujours est-il que, parti dans la côte finale, le Slovène de la Lotto-Jumbo arrive huit secondes avant Thomas, Froome et Dumoulin, et 22 avant Bardet, reprenant ainsi un peu du temps qu’il avait perdu dans les Alpes sur ce quatuor avec lequel il forme le Top 5 (4e à 2’38 de Thomas).
Son démarrage fulgurant a sans doute procuré une bouffée de chaleur (une bouffinette, n’exagérons rien) au sein de la Sky, incapable de combler le trou. Quarante-huit heures plus tôt, c’est un coéquipier de Roglic, Steven Kruijswijk (à vos souhaits), qui avait probablement causé à la british armada quelques tourments (quelques tourmentinets, n’exagérons rien), lors d’une échappée-fleuve vers l’Alpe-d’Huez qui l’avait vu compter plus de six minutes d’avance, et prendre virtuellement le maillot jaune (il est 7e à 3’57).
Hormis, ça et là, quelques banderilles de Bardet (des Barderilles), il faut bien constater que la Lotto Jumbo est la seule équipe à tenter de déstabiliser la Sky. Au piont de la faire craquer ? « C’est la question à un million de dollars », selon Roglic. « En tout cas, on ne se contente pas que dire qu’on va attaquer, on le fait. C’est comme ça qu’on aime courir », claironne Kruijswijk (à vos amours). Et si d’autres équipes s’y mettaient ? « Ça rendrait la course plus intéressante. Mais il faut être capable de le faire, parce que les Sky sont si forts… Si vous n’êtes pas assez bons, vous ne pouvez même pas essayer. »
« Moi, j’aime courir, alors si je peux essayer, j’essaie, explique Roglic. C’est sûr que c’est mieux pour les spectateurs si on tente des trucs, mais on a tous constaté à quel point les Sky étaient forts et pouvaient contrôler le reste du peloton. » N’empêche, quelques secondes grappillées ne font pas de mal : « Mieux vaut gagner huit secondes que perdre huit secondes, non ? » Si. Peut-on s’attendre à voir l’équipe néerlandaise en picorer quelques-unes de plus dans les Pyrénées ? « Si je peux, je réessaierai », affirme Roglic. « Pour sûr », confirme Kruijswijk (à vos… Tiens, qu’est-ce qu’on dit au troisième éternuement ?).
Pour Bardet, le podium s’éloigne

   


Ce n’était pas ce pour quoi il était venu, avec son équipe intelligemment renforcée à l’hiver et l’expérience du Tour 2017, où il avait visé le maillot jaune jusqu’au dernier moment. Mais l’équipe AG2R n’a pas attendu la journée de repos en pays cathare, lundi, pour revoir à la baisse les objectifs de Romain Bardet : « Le podium est encore envisageable », a dit le patron Vincent Lavenu, reléguant de façon raisonnable aux oubliettes les ambitions de victoire à Paris.
Samedi, sur une côte de la Croix Neuve qui lui correspond pourtant avec ses forts pourcentages, Romain Bardet s’est garé, moteur serré, sur l’attaque en force, assis sur sa selle, de Tom Dumoulin à 500 mètres du sommet. Une panne sèche alors que son équipe avait visiblement des vélléités offensives, puisque Mathias Frank puis Pierre Latour avaient durci le rythme au pied de l’ascension.
Visage marqué, filet de bave s’écoulant de son menton, Romain Bardet n’avait pas en franchissant la ligne la fraîcheur déconcertante de Primoz Roglic, le premier des favoris à l’arrivée. Vingt-neuf secondes d’« interview » ont suffi à laisser transparaître la forte déception de Romain Bardet, dont les parents étaient à l’arrivée et dont le nom s’inscrivait sur de nombreuses pancartes toute la journée, non loin de ses terres cantalouses : « Je n’étais pas dans une grande journée mais j’ai fait à fond. C’est une étape de plus de passée. Vivement les Pyrénées. Tout le monde est très fatigué, et c’est vrai que c’était encore brutal aujourd’hui. »
S’il veut voir le positif, Romain Bardet se dira qu’il vaut mieux avoir une mauvaise journée aujourd’hui que dans l’une des trois étapes pyrénéennes. Pour le négatif, il suffit de regarder le classement. A moins de glisser de la mort aux rats dans le müesli de l’équipe Sky ou de dissoudre une ampoule de salbutamol dans leur boisson énergisante (et encore...), il ne reprendra pas l’un ET l’autre dans les Pyrénées. A son retard actuel, il faut ajouter une à deux minutes dans le contre-la-montre individuel au Pays basque. Plus problématique : ce débours est également attendu sur les deux autres hommes qui le devancent, Tom Dumoulin et Primoz Roglic, qui ne montrent aucune faille.
Beaucoup de choses se passeront en troisième semaine, où il espère que ses capacités de récupération feront la différence. Mais un podium à Paris serait un moindre mal, et même cet objectif semble déjà complexe : « Il faut que ça bouge dans les Pyrénées. Il tentera quelque chose à un moment donné. On se doit de garder l’objectif », insiste Vincent Lavenu, qui espère « des surprises » et l’effondrement de Froome et Dumoulin, avec le Giro dans les pattes.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/22/18-7">
<filnamedate="20180722"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180722"><AAMMJJHH="2018072218">
<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-7"> ¤ Le Français, porteur du maillot à pois, n’est pas parvenu à rattraper l’Espagnol, vainqueur en Lozère de sa première étape sur la Grande Boucle.
<filname="PROF-0,2-3242,1-0,0-7"> ¤                     
                                                

Tour de France : Omar Fraile s’impose à Mende devant Julian Alaphilippe

Le Français, porteur du maillot à pois, n’est pas parvenu à rattraper l’Espagnol, vainqueur en Lozère de sa première étape sur la Grande Boucle.



Le Monde
 |    21.07.2018 à 18h50
 • Mis à jour le
22.07.2018 à 10h59
   





                        



   


Le Basque Omar Fraile (Astana) s’est adjugé la quatorzième étape du Tour de France, samedi 21 juillet, sur les hauteurs de Mende. Arrivés dix-huit minutes après le vainqueur, les trois premiers du classement général (Thomas, Froome et Dumoulin) ne se sont pas quittés. Romain Bardet abandonne, lui, une quinzaine de secondes sur le trio.
Fraile, vainqueur pour la première fois sur le Tour, a devancé de quelques secondes le Français Julian Alaphilippe et le Belge Jasper Stuyven, auteur d’un joli numéro, avant d’être rattrapé dans les dernières pentes de la journée.

L’espagnol @OmarFraile s'impose à Mende en solo ! Il a résisté au retour de Julian Alaphilippe ( @alafpolak ) dans… https://t.co/Tyvl0ilADh— francetvsport (@France tv sport)


require(["twitter/widgets"]);

Dans cette étape de 188 kilomètres, une échappée fleuve de 32 coureurs s’est formée dès la première heure, après un début agité. Plusieurs prétendants (Bardet, Landa, Martin) se sont retrouvés piégés, dans des cassures favorisées par le vent de côté, avant que l’équipe Sky ne cesse son effort en raison du changement de cap.
Alaphilippe attaque trop tard
L’échappée comprenant des coureurs de quinze équipes différentes a creusé l’écart sur le peloton qui a laissé faire. À l’avant, Jasper Stuyven a pris ses distances à 35 kilomètres de l’arrivée avec ses derniers compagnons (Izagirre, Slagter). Le Belge a abordé la dernière rampe, longue de trois kilomètres, avec une avance à peine supérieure à une minute et demie.

📊 GC Top 10 after stage 14!
📊 Top 10 du général après l'étape 14 !
— LeTour (@Le Tour de France)


require(["twitter/widgets"]);

Fraile a attaqué dès le pied et a fini par déborder Stuyven à 500 mètres du sommet. Alaphilippe, qui a attendu plus longtemps, est revenu à son tour, mais trop tardivement pour inquiéter le coureur d’Astana. L’Espagnol (28 ans), vainqueur d’une étape du Giro en 2017, participe pour la première fois à la Grande Boucle.
Dimanche 22 juillet, la quinzième étape relie Millau à Carcassonne sur un parcours encore favorable aux attaquants, à la veille de la seconde journée de repos.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/22/18-8">
<filnamedate="20180722"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180722"><AAMMJJHH="2018072218">
<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-8"> ¤ Le Français a échoué à quelques secondes du Basque, vainqueur de sa première étape sur la Grande boucle.
<filname="PROF-0,2-3242,1-0,0-8"> ¤ 
<article-nb="2018/07/22/18-9">
<filnamedate="20180722"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180722"><AAMMJJHH="2018072218">
<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-9"> ¤ L’étape de Mende est peut-être l’occasion pour les attaquants de s’exprimer enfin. On guettera aussi le nouvel épisode du feuilleton « G et Froomey, amis pour la vie ».
<filname="PROF-0,2-3242,1-0,0-9"> ¤                     
                                                

Tour de France : libérez nos camarades échappés

L’étape de Mende est peut-être l’occasion pour les attaquants de s’exprimer enfin. On guettera aussi le nouvel épisode du feuilleton « G et Froomey, amis pour la vie ».



Le Monde
 |    21.07.2018 à 06h15
 • Mis à jour le
21.07.2018 à 09h44
    |

            Clément Guillou (Envoyé spécial à Saint-Paul-Trois-Châteaux, Drôme)








                        



   


Saint-Paul-Trois-Châteaux - Mende : 188 kilomètres
Cela n’a aucun sens si l’on regarde le calendrier, mais c’est une sensation qui nous vient immanquablement dès qu’on laisse derrière nous le premier grand massif du Tour : l’idée que les Champs ne sont plus si loin. Nous faisons route vers le sud, pourtant, et ce n’est jamais que la 13e étape sur 20, ce samedi. Mais l’on s’imagine que les patrons d’équipe pensent pareil.

        Lire aussi :
         

          Sagan 3, c’est beau, Valence 2, c’est moche



Car l’entrée dans les Pyrénées sera déjà, pour nombre d’équipes, une première fin. Elles seront époussetées par les équipes de leaders, les sprinteurs reviendront débarrasser la table le dernier dimanche, et août pourra commencer. Ces équipes regardent alors les deux étapes à venir comme des marches vers l’échafaud : si elles ne brillent pas d’ici Carcassonne, elles auront sans doute des comptes à rendre.
De qui parle-t-on ? Parmi les 16 équipes qui n’ont pas encore gagné d’étapes, trois (AG2R, Movistar, Sunweb) jouent encore une place sur le podium à Paris et deux peuvent espérer y porter un maillot distinctif (Fortuneo et Wanty-Groupe Gobert). Cela laisse 11 équipes « en chien », passez-nous l’expression : Education First, Bahraïn-Merida, Mitchelton-Scott, UAE Emirates, Astana, Dimension-Data, Katusha, Groupama-FDJ, Lotto-Soudal, Direct Energie et Cofidis.
La moitié du peloton a une semaine pour sauver son Tour
Cela signifie que la moitié du peloton doit sauver son Tour dans les Pyrénées ou avant. Pour qu’elles puissent bien faire, il faudrait que le peloton soit plus tolérant avec les échappées. Jusqu’ici, Julian Alaphilippe, au Grand-Bornand, est le seul vainqueur d’étape issu d’une échappée de la première heure. Pour le reste, les enjeux d’une victoire d’étape sont si grands que les équipes venues pour ça n’ont jamais laissé aucun espoir aux attaquants.

   


Vendredi, les équipes des trois meilleurs sprinteurs en course ont placé leurs vigiles en tête de peloton jusqu’à ce qu’un groupe soit jugé apte à sortir. Comme en boîte, il ne faut pas être trop nombreux. Pas comme en boîte, il ne faut pas avoir son nom sur la liste-des-gars-qui-n’ont-pas-le-droit-de-partir-car-trop-dangereux. De sorte que si une échappée sort, c’est que l’on est sûr qu’elle n’a aucune chance d’aller au bout. Limpide, non ?
Une fois les quatre hommes sortis, ils n’ont jamais eu plus de 3 min 20 d’avance, chacune de ces trois équipes de sprinteurs demandant à un homme de rouler en tête de peloton. « Le but, c’était de les décourager moralement, explique à Lequipe.fr Philippe Mauduit, directeur sportif d’UAE Emirates, l’équipe d’Alexander Kristoff. C’étaient des grands rouleurs, on ne pouvait pas se permettre de les laisser prendre le large parce que derrière on ne peut pas griller nos cartouches de façon stupide. »
L’étape vers Mende, sans doute la plus photogénique de ce Tour, est une première occasion à ne pas manquer. Elle passera par les villages de Bidon et La Baraque de l’Air. Elle s’achèvera à la côte de la Croix Neuve, où Thibaut Pinot et Romain Bardet avaient tourné il y a trois ans un épisode de « L’Anti-manuel de la tactique cycliste », dont Steve Cummings avait profité.

La côte est suffisamment raide pour que l’un ou l’autre des favoris y perde des plumes. Le passé en atteste, avec des écarts de 10 à 40 secondes entre prétendants à la victoire finale (voir les classements de 2005, 2010 et 2015). Sur cet effort de dix minutes, Geraint Thomas est bien capable de reprendre un peu de temps à son ami Christopher Froome. Mais on s’en voudrait de foutre le boxon.

        Lire aussi :
         

                Le Tour de France va droit dans le « mur blanc » de la Sky



À PART ÇA,
On ne se lasse pas de voir la fascination qu’exerce un coureur cycliste sur des enfants.

Yes, @michaelvalgren really exists!😅 #TDF2018 https://t.co/AYW6kLC3Ax— AstanaTeam (@Astana Pro Team)


require(["twitter/widgets"]);

Il faut revisionner les images de l’ascension de Mende par le groupe des favoris du Tour 1995 pour se rappeler que la lutte antidopage a un peu avancé, depuis.

Mende, 1995. Pantani attacks on the first ramps at 30 km/h! Big boys Indurain and Riis catch him at the top. They s… https://t.co/jUa6vhaZoA— faustocoppi60 (@Mihai Cazacu)


require(["twitter/widgets"]);


        Lire aussi :
         

          « Les entraîneurs ont remplacé les docteurs », par Antoine Vayer




   


Départ à 13 h 10 ; arrivée prévue vers 17 h 40
Le Tour du comptoir : Bourg-d’Oisans

   


Où l’on apprend une belle anecdote sur Tyler Hamilton.
Après le départ de Bourg-Saint-Maurice, nous étions vendredi matin à Bourg-d’Oisans, l’occasion pour En danseuse de proposer ici à Amaury Sport Organisation (ASO) un partenariat en vue de l’organisation d’un « Tour du mot Bourg », avec arrivée prévue à la station de métro correspondante dans le 7e arrondissement de Paris, et départs d’étape exclusivement dans des villes au patronyme adapté. L’expertise géographique d’En danseuse nous fait dire que la chose est faisable et la rédaction se rendra dès ce samedi matin à Bourg-Saint-Andéol, traversé par la 13e étape du Tour, pour organiser le grand départ 2019. Nous laissons aux plus experts – et oisifs – d’entre vous le soin de proposer un parcours pour un « Tour du mot Bourg » de dix jours.
Pour le départ de Bourg-d’Oisans, l’organisation de la course pourra loger à l’Oberland, bar-hôtel-restaurant resté dans son jus de la fin du XIXe siècle et qui a toujours eu un faible pour le vélo. Des maillots vintage pendent aux fenêtres parce qu’ils ne pendent plus aux rambardes de la terrasse, où des voyous les volaient, même vissés. Hormis cela, nous dit Christian Beaucourt, le patron depuis vingt ans, la corporation est exemplaire : « J’ai croisé un paquet de cyclistes toutes ces années, et je vais vous dire : je n’ai pas souvenir d’un seul con. » 

   


Quand le Tour était moins grand et moins soucieux de regrouper les équipes dans les stations, des coureurs étaient logés là. Et l’Oberland – le fondateur de l’hôtel, un Français, était dit-on passionné par cette région suisse qui n’a pas l’air trop moche – a beaucoup accueilli des cyclistes en stage dans l’Oisans. La clientèle sur deux roues, étrangère en quasi-totalité, représente toujours 95 % de ses nuitées.
Curieux comme on est, on lui a demandé sa meilleure anecdote avec un cycliste professionnel : « Une fois, j’avais l’équipe de Lance Armstrong, l’US Postal. Un matin, au petit-déjeuner, il y avait Tyler Hamilton. Je lui ai dit : “J’espère que vous allez faire un bon Tour.” Il a gagné une étape avec la clavicule cassée. » Fin de l’anecdote. Bon, Christian est meilleur en omelettes (surtout que l’année de sa clavicule cassée, Tyler Hamilton ne courait plus pour l’US Postal).
Le vélo, c’est aussi des souvenirs au Sénégal, au début des années 1980, lorsque Christian était « chef de cuisine » – et non « cuisinier », il y tient – du Club Med local et que l’équipe de Bernard Hinault était venue pour se détendre, en vacances. « Adorables. Bon, Hinault, c’était pas un joyeux luron, pas du genre à monter sur la table, mais par rapport à Tabarly qu’on avait eu l’année d’avant, c’est le jour et la nuit ! »
Christian a 58 ans et s’est posé ici après de longues années de cuisine dans 15 pays différents. Avec tous ces contrats à l’étranger, il devra bosser jusqu’à 65 ans avant de toucher la retraite. Ça lui fera cinquante ans de métier, et cela lui semble loin.

   





                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/22/18-10">
<filnamedate="20180722"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180722"><AAMMJJHH="2018072218">
<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-10"> ¤ La puissance de Sagan, la sécurité de Froome, la laideur des arrivées du Tour. Nos trois leçons de l’étape du jour, dans les faubourgs de Valence.
<filname="PROF-0,2-3242,1-0,0-10"> ¤                     
                                                

Tour de France 2018 : Sagan 3, c’est beau, Valence 2, c’est moche

La puissance de Sagan, la sécurité de Froome, la laideur des arrivées du Tour. Nos trois leçons de l’étape du jour, dans les faubourgs de Valence.



Le Monde
 |    20.07.2018 à 19h44
 • Mis à jour le
20.07.2018 à 20h22
    |

            Clément Guillou et 
Henri Seckel (Valence 2, envoyés spéciaux)








                        


Enfin un peu de calme sur le Tour : 169,5 kilomètres, quatre échappés, zéro chance de réussite, un sprint et 151 coureurs derrière l’unique Peter Sagan. Et surtout, Valence 2. 
Le Tour de France, c’est aussi le tour de la France moche

   


La 13e étape reliait Bourg-d’Oisans à Valence, plus exactement à « Valence 2 », la zone d’activité commerciale où se trouvait la ligne d’arrivée vendredi. Jamais bon signe, ce « 2 ». On songe à Italie 2, Bercy 2 ou Rosny 2, pour ne citer que des lieux franciliens. On se souvient d’un Rio 2, situé en face du parc olympique de Rio de Janeiro, particulièrement catastrophique.
Valence regorge de splendeurs, mais elle vient de remporter le prix de l’arrivée d’étape la plus triste du Tour 2018, au moins d’un point de vue esthétique. Le chef-lieu de la Drôme ne manque pourtant pas de jolies places (Championnet, par exemple) ou de belles avenues (Gambetta, par exemple) qui auraient offert un décor un peu plus majestueux que la ZAC dont Peter Sagan ne se souviendra peut-être pas.

   


Seulement voilà, d’une part, le Tour prend beaucoup de place, et d’autre part, les cœurs des agglomérations lui sont de moins en moins accueillants. Thierry Gouvenou, l’homme qui trace le parcours de la course, nous explique :
« On essaie toujours d’être au plus près des centres-villes, mais on a beaucoup de contraintes, notamment la zone technique [qui accueille les camions des télévisions], qui s’est beaucoup agrandie dans les années 1980 et 1999, et qui équivaut à une centaine de camions. Alors il faut beaucoup d’espace sur le lieu d’arrivée. On a aussi besoin d’un lieu suffisamment vaste pour accueillir toute la presse, on n’en trouve pas partout. (On plaide coupable, ndlr)
En plus de ça, au fil des ans, beaucoup de centre-villes ont été aménagés pour les piétons, avec les zones 30 et les tramways, donc on a du mal à arriver au cœur des villes. C’est surtout vrai pour les étapes qui se finissent au sprint, il faut ôter des ilots, ou raboter des ronds-points, c’est compliqué.
On fait des concessions pour les départs d’étape : même si c’est très étriqué, on s’arrange. Mais pour l’arrivée, on doit souvent s’installer un peu en périphérie. A Bordeaux, par exemple, c’est devenu compliqué à cause du tramway. A Pau, ils nous ont préservé la place Verdun. Au Puy-en-Velay, il y a une grande place en centre-ville, ça va. A Amiens aussi, on est quasiment au centre. Tout n’est pas perdu. »
Thierry Gouvenou profite de la tribune que nous lui offrons pour formuler une requête : « Que les Champs-Élysées restent comme ils sont, qu’ils ne nous mettent pas un tramway au milieu. » Sinon, on délocalise le sprint final du Tour sur le périph ?

   


Sagan marche seul

   


Peter Sagan a vécu une étrange traversée des Alpes. Il s’est séparé de quatre compagnons sprinteurs sur abandon ou hors-délai, dans des étapes de montagne dont tout le peloton est sorti essoré (Gaviria, Groenewegen, Kittel, Greipel). Il a aussi annoncé mercredi s’être séparé de sa compagne et mère de son fils Marlon, deux ans et demi après la noce (magnifique costume de mariage).



Il n’en gardait pas moins son sourire farceur en conférence de presse, où il fit don d’un nouvel aphorisme : « Les sprints, c’est comme la mort. Une fois tu gagnes, une fois tu perds. » Ça fait réfléchir.
Coup de bol, cette fois, Sagan a gagné, et c’est la troisième fois cette année, au bout d’un sprint où il a dû se débrouiller vraiment tout seul : il était en 20e position du peloton à la flamme rouge et a réussi, dans le faux plat s’achevant à 500 mètres de l’arrivée, à se replacer dans la roue d’Alexander Kristoff.

⏪🔻Relive the last km and @petosagan's third win! 🏆🏆🏆
— LeTour (@Le Tour de France)


require(["twitter/widgets"]);

L’absence de la Quick-Step rendit le sprint plus « bordélique », selon les mots de Peter Sagan, car « tout le monde veut sprinter maintenant, mais bon, pourquoi pas, tout le monde a le droit de saisir les opportunités ».
Tout le monde a le droit d’essayer, mais pas forcément de les saisir, tant que le Slovaque est en course. « Maintenant, il va sans doute falloir attendre les Champs, car (l’étape arrivant à) Pau, ça va être compliqué (d’arriver au sprint) », jugeait à l’arrivée Arnaud Demare, parfaitement emmené mais seulement troisième. A Paris, Sagan aura l’occasion à la fois de battre son record d’étapes sur un même Tour de France (il égale à Valence, avec trois victoires, ses performances de 2012, 2015 et 2017) et de s’imposer pour la première fois près de l’Arc de Triomphe. Bon courage à la concurrence.
On ne peut pas mettre 1000 gendarmes derrière 100 000 spectateurs, mais on peut mettre...

   


De même qu’on ne peut pas mettre un contrôleur antidopage derrière chaque coureur pour vérifier qu’il ne triche pas, on ne peut pas mettre un gendarme derrière chaque spectateur pour vérifier qu’il n’est pas trop aviné : c’est la conclusion du débat qui a agité le Tour aujourd’hui, en cette journée par ailleurs bien calme.
Muet jeudi soir - sans que l’on puisse déterminer si la cause en était le comportement de Geraint Thomas ou des spectateurs -, Christopher Froome s’est exprimé au départ de Bourg-d’Oisans, dans son français imparfait donc touchant, au sujet des incidents de l’Alpe d’Huez. La faute à qui ? L’Anglais n’a pas trop de doute : « Pendant la course, c’est la responsabilité des organisateurs de protéger tous les coureurs. » Visiblement, Froome a bien reçu le courrier d’ASO l’enjoignant, à la mi-juin, de rester chez lui durant le Tour de France en raison de la procédure - depuis fermée - pour un contrôle antidopage anormal.
Christian Prudhomme, de son côté, a insisté sur la sécurisation exceptionnelle de cette ascension, renforcée en raison du contexte entourant l’équipe Sky : « Sur la montée de l’Alpe d’Huez, il y avait près de 500 gendarmes, 1,3 kilomètre de barrières en bas, les quatre derniers kilomètres étaient barriérés, le virage des Hollandais, traditionnellement le secteur le plus compliqué, était tenu derrière des cordes. »
Et de faire cette recommandation : « Ne pas siffler et évidemment ne pas toucher les coureurs. Même une bourrade qui se veut affectueuse. » Comme celle-ci, par exemple.

Dans la montée de l'Alpe d'Huez, un spectateur s'en est pris à Christopher Froome ! #TDF2018 https://t.co/uc0035nl4P— francetvsport (@France tv sport)


require(["twitter/widgets"]);

Le directeur du Tour s’est aussi prononcé contre l’utilisation de fumigènes, qui ont aveuglé et gêné la respiration des coureurs dans la montée de l’Alpe - mais fait la joie des photographes.
Il y en a un qui parvient à rire de tout cela et à défendre les spectateurs, et c’est évidemment Peter Sagan : « Ils ont des émotions qu’ils n’arrivent pas à contrôler ! (rires) Les gens veulent être près de nous, nous toucher. Ils font beaucoup de kilomètres pour cela. » 



                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/22/18-11">
<filnamedate="20180722"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180722"><AAMMJJHH="2018072218">
<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-11"> ¤ Le coureur slovaque a remporté le sprint à Valence, pour gagner sa troisième étape du Tour 2018.
<filname="PROF-0,2-3242,1-0,0-11"> ¤                     
                                                

Tour de France : Peter Sagan remporte la treizième étape, Geraint Thomas toujours en jaune

Le coureur slovaque a remporté le sprint à Valence, pour gagner sa troisième étape du Tour 2018.



Le Monde
 |    20.07.2018 à 17h42
 • Mis à jour le
20.07.2018 à 17h57
   





                        



   


Il était le plus fort au sprint. Peter Sagan (Bora) a devancé le Norvégien Alexander Kristoff et le Français Arnaud Démare au sprint, à l’issue de la treizième étape entre Le Bourg-d’Oisans et Valence, pour s’imposer pour la troisième fois dans ce Tour 2018. Ce sprint était privé de la plupart des spécialistes (Gaviria, Groenewegen, Greipel, Kittel, Cavendish…), qui ont abandonné dans les Alpes.
Peter Sagan s’était déjà imposé à La Roche-sur-Yon, lors de la deuxième étape, et à Quimper, dans la cinquième étape. Agé de 28 ans, le champion du monde en est désormais à onze succès d’étape dans le Tour depuis 2012. Il compte aussi cinq victoires dans le classement par points (maillot vert), en attendant une possible sixième victoire à la fin du Tour s’il rallie Paris.
Dans cette étape de 169,5 kilomètres, un duo, transformé en quatuor, s’est formé dès la première heure. Le Néo-Zélandais Tom Scully et le Belge Thomas De Gendt, rejoints au 29e kilomètre par le Suisse Michael Schär et le Belge Dimitri Claeys, ont longtemps ouvert la route.
Geraint Thomas conserve le maillot jaune
Schär, l’un des rouleurs de la formation BMC qui avait gagné le contre-la-montre par équipes à Cholet (quatrième étape), a insisté en solitaire dans les 25 derniers kilomètres. Il a été repris à moins de 6 kilomètres de la ligne.
Dans le sprint, le Belge Philippe Gilbert a tenté de surprendre les sprinteurs en attaquant au dernier kilomètre. Il a contraint les équipiers de Démare à un gros effort avant que le Français lance le sprint et soit débordé par Kristoff et Sagan.
Au classement général, Geraint Thomas (Sky) conserve son maillot jaune devant son leader et équipier, Christopher Froome. Romain Bardet, le premier Français, est cinquième à trois minutes et sept secondes de Thomas.
Samedi, la quatorzième étape franchira les Cévennes pour rejoindre Mende. L’arrivée sera jugée sur le plateau de l’aérodrome, 1 500 mètres après la fin de la montée de la Croix-Neuve (3 km à 10,2 % de pente).



                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/22/18-12">
<filnamedate="20180722"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180722"><AAMMJJHH="2018072218">
<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-12"> ¤ Le club italien avait été sanctionné pour avoir enfreint les règles du fair-play financier.
<filname="PROF-0,2-3242,1-0,0-12"> ¤                     
                                                

Le Tribunal arbitral du sport annule l’exclusion du Milan AC de la prochaine Ligue Europa

Le club italien avait été sanctionné pour avoir enfreint les règles du fair-play financier.



Le Monde
 |    20.07.2018 à 14h25
   





                        



   


Le Tribunal arbitral du sport (TAS) a autorisé vendredi 20 juillet le Milan AC à réintégrer la Ligue Europa, dont le club italien, qualifié sportivement pour la compétition, avait été exclu par l’UEFA pour avoir ne pas avoir respecté le fair-play financier.
Le TAS a « partiellement confirmé l’appel du Milan AC » en annulant la sanction prononcée à la fin de juin par l’instance de contrôle financier des clubs de l’UEFA (ICFC), tout en confirmant que l’équipe lombarde avait bel et bien enfreint les règles du fair-play financier, dans un communiqué où il demande à l’UEFA de prendre une « mesure disciplinaire proportionnée ».

        Lire aussi :
         

                Football : le Milan AC interdit de Coupe d’Europe la saison prochaine



« Milan est réintégré en Ligue Europa pour le moment. Et le cas est renvoyé à l’UEFA pour une nouvelle décision », a-t-on expliqué au TAS. Le TAS qui a considéré, explique-t-il dans un communiqué, que « des éléments importants n’avaient pas été correctement pris en compte » par l’UEFA ou « n’avaient pas pu être correctement pris en compte », « en particulier le fait que la santé financière du club était maintenant meilleure, à la suite du récent changement de propriétaire du club ».
Une gestion financière pointée du doigt
Les représentants du club lombard, avec le directeur général Marco Fassone en chef de délégation, étaient venus jeudi à Lausanne pour présenter leurs arguments, au cours d’une audience qui a débuté aux alentours de 9 h 30, heure locale, pour s’achever peu après 19 heures. L’UEFA avait décidé à la fin du mois de juin d’exclure le Milan AC de la prochaine édition de l’Europa League, pour lequel il s’était qualifié sur le terrain.

        Lire aussi :
         

                Football : « Le Milan AC va revenir dans l’élite du football »



La gestion financière du prestigieux club italien avait été pointée du doigt, depuis son rachat en avril 2017 pour 740 millions d’euros par un groupe d’investisseurs chinois menés par le mystérieux Li Yonghong. Le nouveau propriétaire a cédé la main en juillet au groupe d’investissement américain Elliott, auprès duquel il avait contracté un emprunt colossal pour financer ses onéreux achats de joueurs — une dette (32 millions d’euros) que M. Li n’a pas pu honorer à son arrivée à échéance, le 6 juillet, ce qui l’a poussé vers la sortie.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/22/18-13">
<filnamedate="20180722"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180722"><AAMMJJHH="2018072218">
<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-13"> ¤ L’Alpe-d’Huez désertée, audiences en berne et sifflets aux arrivées : la domination de l’équipe Sky et de ses maillots blancs pose des problèmes concrets au Tour.
<filname="PROF-0,2-3242,1-0,0-13"> ¤                     
                                                

Le Tour de France va droit dans le « mur blanc » de la Sky

L’Alpe-d’Huez désertée, audiences en berne et sifflets aux arrivées : la domination de l’équipe Sky et de ses maillots blancs pose des problèmes concrets au Tour.



Le Monde
 |    20.07.2018 à 09h12
 • Mis à jour le
20.07.2018 à 10h47
    |

            Clément Guillou (envoyé spécial à l'Alpe-d'Huez (Isère)








                        



   


Jeudi 19 juillet, Bourg-Saint-Maurice, bitume fondu. Les huit coureurs du Team Sky montent ensemble sur le podium de présentation, pour recevoir le trophée de la meilleure équipe. Chacun joue son rôle dans une scène surréaliste, en passe de devenir quotidienne sur le Tour de France 2018 : le public hue, le Team Sky salue, et le speaker vante « la banane de Guadeloupe », sponsor du classement. Quelques instants plus tôt, un haut responsable de l’organisation, l’air embêté, disserte sur le rouleau compresseur de l’équipe lors de la deuxième étape des Alpes, la veille, direction La Rosière : « Ça va finir par être emmerdant pour le cyclisme. »
Christopher Froome, quadruple vainqueur, n’est pourtant que deuxième du classement général à la sortie des Alpes. Il a, pour l’instant, trouvé plus fort que lui : son coéquipier Geraint Thomas, vainqueur à La Rosière puis à l’Alpe-d’Huez. Apprécié en Grande-Bretagne, inconnu ailleurs, le Gallois de 32 ans, accumule 1 minute et 39 secondes d’avance au classement général. Il clame encore qu’il n’est pas le mieux placé pour gagner le Tour de France. Pas grand monde ne le croit. Les Pyrénées jugeront.
Tom Dumoulin (Sunweb) semble le dernier en situation d’y contester la victoire finale aux Britanniques. Dumoulin : un Néerlandais longiligne, affable, courant juste ; un Froome qui serait élégant. Son directeur sportif, Luke Roberts, a cru déceler « une faiblesse » chez Sky. On s’est pincé : depuis deux jours comme depuis trois ans, les maillots blancs composent, au pied du dernier col de l’étape, un tiers du peloton de tête d’une vingtaine de coureurs.
Un scénario éprouvé
Les étapes obéissent à un scénario éprouvé : toute la journée, les six équipiers de Froome et Thomas imposent un rythme méthodique qui annihile toute offensive menaçante. Dans le dernier col, un dernier accélère et laisse ensuite les deux hommes en compagnie d’adversaires qui se comptent sur les doigts d’une main. Mercredi, des leaders configurés pour monter sur le podium du Tour – Adam Yates, Jakob Fuglsang, Ilnur Zakarin – ont sauté comme du pop-corn sur un long relais du Polonais Michal Kwiatkowski, numéro quatre dans la hiérarchie interne de Sky. Le lendemain, c’est Egan Bernal, grimpeur colombien de 21 ans, qui a ridiculisé les tentatives d’offensive de Vincenzo Nibali, Nairo Quintana et Romain Bardet. Asphyxiés, les audacieux semblaient se débattre au bout d’une laisse de moins de 100 mètres et étaient finalement ramenés à la niche. Seule la bravoure du Français, qui insista encore et encore, parvint à rendre l’ascension palpitante.
Depuis que Geraint Thomas a pris le maillot jaune, mercredi 18 juillet, les huées sont revenues sur le Tour
Depuis que Geraint Thomas a pris le maillot jaune, mercredi 18 juillet, les huées sont revenues sur le Tour. Elles l’avaient quitté au sortir de la Vendée, où le public les réservait à Froome. La suspicion du public français vis-à-vis de Sky ne date pas du contrôle antidopage anormal de ce dernier, en septembre 2017, dont il fut finalement blanchi cinq jours avant le départ du Tour de France. Elle est allée crescendo depuis sa première victoire, par Bradley Wiggins devant Christopher Froome, en 2012. Ce qui frappe, c’est à quel point les deux ont fini par s’accommoder de ce désamour. Il est acquis que la Sky ne fera pas semblant de souffrir pour rendre de l’intérêt au Tour. Et il est acquis qu’une partie du public la haïra pour cela. « Si les gens n’aiment pas Sky et veulent siffler, ça me va, mais laissez nous courir, disait Geraint Thomas à l’Alpe-d’Huez. Ne touchez pas les coureurs, ne nous crachez pas dessus. Un peu de décence. Exprimez vos opinions, mais laissez-nous courir. » 
Des réformes envisagées par l’UCI
La montée vers la mythique station est toujours ce qui se rapproche le plus d’un stade de football, mais jamais le public du Tour n’en avait adopté les rites les plus exécrables : insultes, crachats paraît-il, coup, même, donné par un homme en short vert à Christopher Froome. Autre constat visuel : les rangs des spectateurs étaient étonnamment clairsemés le long des 21 lacets, et l’organisation de cette étape reine des Alpes un jeudi n’explique pas tout. La tendance est lourde : dans toute l’Europe, les audiences du Tour ont été mauvaises jusqu’à Roubaix, en partie à cause de la concurrence de la Coupe du monde de football. La fin du Mondial ne signale pas d’amélioration particulière : la première grande étape de montagne, mercredi sur France 2, n’a attiré que 3,9 millions de téléspectateurs, contre une moyenne de 4,5 millions pour les étapes accidentées l’an dernier.
« Il est difficile de rester devant son poste de télévision, pendant cinq heures, en sachant ce qui va se passer à l’arrivée »
Le Tour déserté ? « Normal », s’amuse Cyrille Guimard. Les sifflets ? « Normal aussi. » Le sélectionneur de l’équipe de France de cyclisme sur route, sept Tours de France remportés en tant que directeur sportif (de 1976 à 1984), se pose mille questions en commentant la course sur RMC. La principale : combien de temps le cyclisme résistera-t-il encore à la suprématie de la Sky, qui rappelle celle de l’US Postal de Lance Armstrong ? « Il y a évidemment un problème. Indépendamment de toutes autres considérations [sur un éventuel dopage chez Sky], il est difficile de rester devant le mur blanc, devant son poste de télévision, pendant cinq heures, en sachant ce qui va se passer à l’arrivée. Il faut repenser le cyclisme car on va dans le mur. On y est déjà, d’ailleurs. (…) Plus que le spectateur, c’est le coureur qui doit s’emmerder ! Je m’imagine en 10e ou 15e position du groupe maillot jaune, derrière le mur blanc. Je me dis : “Qu’est-ce qu’on fout là ?” »

        Lire aussi :
         

                Tour de France : « Les entraîneurs ont remplacé les docteurs », par Antoine Vayer



Individuellement, les leaders de la Sky ne produisent plus les mêmes performances ahurissantes que par le passé, mais l’emprise collective est toujours aussi forte. Elle n’a pas été touchée par le passage de neuf à huit du nombre de coureurs par équipe. Idéalement, le Tour l’aurait réduit à sept, et à l’Union cycliste internationale (UCI), certains ne seraient pas contre. Le projet d’une limitation de la masse salariale est aussi dans les cartons de la fédération internationale, qui aimerait ainsi empêcher la formation d’équipes surpuissantes. Il sera dur à faire accepter aux grosses écuries, encore plus compliqué à appliquer. On reparle aussi de l’interdiction des oreillettes ou des capteurs de puissance, grâce auxquels l’équipe Sky peut appliquer sa course millimétrée. Le président de l’UCI, le Français David Lappartient, l’admet en privé : devant le Tour, lui aussi s’ennuie.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/22/18-14">
<filnamedate="20180722"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180722"><AAMMJJHH="2018072218">
<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-14"> ¤ Dans sa chronique au « Monde », l’ex-entraîneur de Festina décrypte le succès de Sky, une équipe à la pointe du progrès dans le suivi du coureur.
<filname="PROF-0,2-3242,1-0,0-14"> ¤                     
                                                

Tour de France : « Les entraîneurs ont remplacé les docteurs », par Antoine Vayer

Dans sa chronique au « Monde », l’ex-entraîneur de Festina décrypte le succès de Sky, une équipe à la pointe du progrès dans le suivi du coureur.



Le Monde
 |    20.07.2018 à 09h06
 • Mis à jour le
20.07.2018 à 15h26
    |

                            Antoine Vayer (ex-entraîneur de Festina)








                        



   


Chronique. En deux décennies, la recherche en matière d’entraînement, de diététique, d’informatique et de lutte antidopage a eu deux conséquences. Les coureurs de talent qui ne trichent pas ont fait croître de 8 % leurs performances. Dans le même temps, le niveau moyen de ceux qui gagnent a décru d’autant : 8 %. Nos calculs de la puissance développée par les coureurs le montrent.
La période faste des exploits mutants des Miguel Indurain, Jan Ullrich ou Marco Pantani, dans les années EPO, est révolue. Elle a été suivie de prouesses moindres mais miraculeuses, celles de Lance Armstrong ou Alberto Contador dans les années 2000. Elles ont, enfin, fait place depuis 2010 à d’autres, encore inférieures, moins spectaculaires, presque humaines. Certaines suscitent néanmoins la suspicion. Si le niveau général des meilleurs est bien moins bon, si celui du ventre mou du peloton s’en rapproche, il existe une exception qui confirme la règle : le collectif de l’équipe Sky, si dominateur. A son crédit, elle est à la pointe des progrès dans tous les domaines en matière de suivi du coureur.

        Lire aussi :
         

                Le Tour de France va droit dans le « mur blanc » de la Sky



En 1998, chez Festina, équipe pionnière, j’étais le seul entraîneur salarié existant du milieu cycliste professionnel. En 2018, dans chacune des vingt-deux équipes du Tour, ils sont pléthore. Ils ont le rôle-clé que l’on donnait auparavant aux docteurs, comme les kinésithérapeutes ont remplacé les « soigneurs-dopeurs ». Les watts, dont nous nous servons pour mesurer la puissance, voués aux gémonies au début des années 2000 quand je les agitais comme preuves de la tricherie de Lance Armstrong, sont devenus les principaux outils de la gestion de l’entraînement et de la performance. La « data » a remplacé les intuitions du directeur sportif maquignon.
Chaque coup de pédale est interprété
Sky l’a compris. Tous les coureurs, qui s’entraînent collectivement en altitude, sont équipés de capteurs de puissance. L’équipe utilise des logiciels analysant les bases de données des 32 000 kilomètres parcourus par Froome dans une année. L’Anglais gère tous ses efforts grâce à son compteur. L’écran affiche ses watts en relation avec ses fréquences cardiaques et sa cadence de pédalage. Chacun de ses 5 500 000 coups de pédale annuels peut être quantifié, interprété. Le logiciel fait en permanence la balance entre les charges d’entraînement préconisées et son profil individuel de puissance. Des courbes et asymptotes anticipent et prédisent les temps de montée . Les capacités de chacun sont déterminées avec exactitude.
L’étape de l’Alpe-d’Huez a révélé tout cela. Certains coureurs sont l’ombre des vainqueurs du passé, voire d’eux-mêmes. Ils sont contrôlés par le collectif Sky. Celui-ci a géré tous les cols sans paniquer, au watt près, comme à l’entraînement, où les Britanniques digèrent des dénivelés comparables. Avec un temps d’ascension de 41 minutes et 16 secondes, Geraint Thomas s’est imposé devant Froome pour un nouveau doublé Sky attendu à Paris. Le Gallois ne rentre même pas dans les cent meilleurs de tous les temps de la montée mythique. Ancien pistard comme Bradley Wiggins, vainqueur du Tour 2012, il a, comme lui, perdu beaucoup de kilos pour en arriver là et entrer dans le logiciel. Le secret de la Sky réside-t-il dans un autre logiciel, qui intègre les taux d’hormones de ses coureurs ? On sait désormais beaucoup de choses sur les méthodes du Team Sky. Mais on ne sait toujours pas pourquoi ça marche. Or, tout est là.
Antoine Vayer est enseignant. Vingt ans après l’affaire Festina, équipe dont il était l’entraîneur en 1998, il explore durant ce Tour de France les métamorphoses du cyclisme.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/22/18-15">
<filnamedate="20180722"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180722"><AAMMJJHH="2018072218">
<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-15"> ¤ Au revoir les Alpes, la 13e étape mène le peloton vers l’ouest, et la situation s’éclaircit : Geraint Thomas va gagner le Tour, mais c’est Chris Froome le leader.
<filname="PROF-0,2-3242,1-0,0-15"> ¤                     
                                                

Tour de France : le comique de répétition

Au revoir les Alpes, la 13e étape mène le peloton vers l’ouest, et la situation s’éclaircit : Geraint Thomas va gagner le Tour, mais c’est Chris Froome le leader.



Le Monde
 |    20.07.2018 à 08h57
 • Mis à jour le
20.07.2018 à 15h37
    |

            Henri Seckel (envoyé spécial à L'Alpe d'Huez, Isère)








                        



   


13E ÉTAPE : BOURG-D’OISANS - VALENCE, 170 KM
Le sketch continue, il va durer jusqu’au pied des Pyrénées, peut-être même jusqu’à leur sommet, peut-être même jusqu’à Paris. L’Alpe d’Huez faisait hier office de scène à une nouvelle représentation du « G and Froomey show », la dernière création du cirque Sky, en tournée dans toute la France depuis le 7 juillet. Le spectacle n’a pas été accueilli favorablement par le public isérois, sans doute déboussolé par tant d’avant-garde, qui a bousculé Chris Froome dans l’ascension finale, et conspué Geraint Thomas sur le podium.

        Lire aussi :
         

                Tour de France 2018 : l’Alpe tape sur Froome, Thomas frappe à l’Alpe



Qui de Froome ou de Thomas va remporter le Tour de France ? L’équipe Sky se tue à répéter que le premier est son incontestable leader, et c’est le second qui n’arrête pas de gagner, comme il l’a fait hier en haut des 21 virages. Une victoire qu’il a qualifiée de « démente », (« insane »), et à laquelle, a-t-il assuré dans une déclaration qui confine au foutage de gueule hors catégorie, il n’avait d’abord pas cru : « En franchissant la ligne, je me suis dit : “C’est pas possible, il y a sûrement quelqu’un devant.” »

   


Le discours post-Alpe de Geraint Thomas fut un copié-collé du discours post-Rosière de la veille : « Pour moi, Froome reste le leader. Il a gagné six grands Tours, et sur trois semaines, il offre des garanties. Moi, sur un jour, je peux tout perdre. » Lorsqu’il soulèvera le vase de Sèvres sur les Champs-Elysées, vêtu de son maillot jaune éclatant, dimanche en huit, vous verrez que le Gallois prendra le micro pour jurer que c’est Chris Froome le leader, parce que lui-même est encore capable de se vautrer en loupant une marche à la descente du podium.
Balayer les chiottes
Froome, de son côté, a également dit tout le bien qu’il pensait d’une situation qui lui est pourtant de moins en moins favorable : « Geraint mérite totalement d’être en jaune. Je pense que c’est une position rêvée pour nous, avec la première et la deuxième place au général. Cela nous permet de jouer sur deux tableaux. »

1-2 on GC at #TDF2018. What a pair of riders @GeraintThomas86 @chrisfroome 👍👈 https://t.co/M0FAbPikKO— TeamSky (@Team Sky)


require(["twitter/widgets"]);

Fort heureusement, dans la foulée de l’étape, nous avons croisé l’ancien champion Cyrille Guimard, qui décrypte : « Tu es Maillot jaune du Tour, tu gagnes les deux grandes étapes de montagne et tu dis : “non je suis juste là pour balayer les chiottes” ? Attends, on se marre ! Il est impossible qu’à un moment Geraint Thomas n’ait pas envie de gagner le Tour, comme il est impensable que Froome ait envie de se sacrifier pour Geraint Thomas. Les deux veulent gagner, et rien de plus légitime à cela. »
Se superposant au Tour de France, le championnat interne de la Sky va nous tenir en haleine jusqu’au bout. Saluons d’ailleurs ici l’effort louable de l’équipe britannique qui, au lieu d’écraser le Tour avec un seul homme, a choisi de le faire avec deux, afin d’assaisonner une course qu’elle a rendue insipide. Fournir soi-même l’adversaire de son leader pour rendre le scénario palpitant, bien vu.
Démare, grand gagnant des Alpes
Pour ceux qui veulent encore croire à une issue différente, la suite du Tour risque de ressembler à une forme de torture par l’espérance. Et s’ils craquaient dans les Pyrénées ? Et s’ils craquaient dans le dernier contre-la-montre ? Et s’ils craquaient à force de ne pas trancher entre l’un et l’autre ? Ah là là.
Au revoir les Alpes, en route pour les Pyrénées, via trois étapes de transition au cours desquelles on guettera davantage l’évolution du discours des Sky que les sprints finaux. D’autant que la montagne, qui a englouti Vincenzo Nibali, a décimé le troupeau des sprinteurs. Vaincus par la pente ou les délais, Gaviria, Groenewegen, Cavendish, Kittel et Greipel ne sont plus là. Tout ça commence à sentir très bon pour Arnaud Démare : encore trois abandons pour Sagan, Kristoff et Degenkolb, et à lui le maillot vert !

   


Départ 13 h 35. Arrivée prévue vers 17 h 30.
Le Tour du comptoir : Bourg-Saint-Maurice
Chaque matin du Tour, En danseuse vous envoie une carte postale du comptoir d’un établissement de la ville-départ de la veille.
Où l’on a eu la paix.

   


Tout le monde le sait : le Tour de France rend fou. L’itinérance, le chaos des zones de départ et d’arrivée, l’assourdissante frénésie de la caravane publicitaire, l’hystérie qu’elle déclenche sur son passage. Tout cela serait folklorique si ça ne durait qu’un jour ou deux. Sur trois semaines, c’est parfaitement abrutissant, et au fil des jours, on finit par ne plus réclamer qu’une seule chose : avoir la paix.
Le Café de la Paix tombait donc à pic. Tout en haut de la Grande Rue de Bourg-Saint-Maurice, à l’écart du tumulte, rempli d’habitués paisibles. On demande à Marie, derrière le bar, de nous raconter l’histoire de ce café, et on apprend des morceaux d’Histoire de France : son père a racheté l’endroit en 1952, après avoir été chassé du village de Tignes par la construction du barrage qui allait l’engloutir. Voyez plutôt ces images saisissantes (à partir de 1:35) :

Le Café de la Paix a par ailleurs servi de décor à une série diffusée dans les années 1970, intitulée « Le Miroir 2000 », qui évoquait la prolifération des stations de ski à l’époque, série dont vous pouvez retrouver les épisodes sur YouTube si vous ne savez que faire en attendant le départ de l’étape du jour.

   


On avise deux messieurs curieux de notre curiosité pour les lieux. Emilio, 71 ans, et Tino, 65, électricien et plombier à la retraite. « C’est nous qui avons fabriqué les stations de ski du coin ! », claironnent-ils. Si ça trouve, Emilio et Tino apparaissent dans un épisode de « Miroir 2000 ». Vous pouvez vous amuser à les y chercher si vous ne savez que faire en attendant le départ de l’étape du jour.
Tino vient de Cuneo, dans le Piémont voisin, d’où il est arrivé à l’âge respectable de 1 an. Emilio, arrivée à 21 ans, fête son cinquantenaire en France cette année. Il est originaire de Santa Giusta, en Sardaigne, et on lui a promis de publier une photo de la belle basilique de son village.

   


Les deux compères me refont l’histoire de la Savoie, italienne jusqu’en 1860, évoquent l’importante immigration transalpine dans le coin, disent regretter l’époque où le pays finançait le voyage à ses ressortissants à l’étranger pour qu’ils reviennent voter lors des élections. Tino regrette surtout le temps du franc et de la lire : « Avant, quand je retournais en Italie, j’étais un pacha. Avec l’euro, je ne suis plus un pacha. » Petit moment de réflexion. « Je suis un plucha. »
Avant de partir, on s’enquiert, comme on le fait dans chaque ville-étape, du gentilé local. Sachez donc que les habitants de Bourg-Saint-Maurice (mais dites seulement Bourg, et prononcez « Bourque », si vous voulez faire local) sont les Borraines et les Borrains. « Les Borrains, pas les bons à rien, hein ? », insiste Emilio. Tino intervient : « Un peu plus haut en Savoie, il y la commune de Notre-Dame-de-Bellecombe. » Son œil s’allume : « Vous savez comment s’appellent les habitants là-bas ? » Non. Son œil s’illumine : « Les hommes, ce sont les Bellecombais. » Et les femmes ? Son œil crépite : « Les Bellecombaises. » 
Désolé.

   



   





                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/22/18-16">
<filnamedate="20180722"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180722"><AAMMJJHH="2018072218">
<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-16"> ¤ Victime d’une chute à 4 kilomètres de l’arrivée, lors de la 12e étape du Tour de France, Vincenzo Nibali ne repartira pas vendredi.
<filname="PROF-0,2-3242,1-0,0-16"> ¤                     
                                                

Tour de France : blessé, l’Italien Nibali renonce

Victime d’une chute à 4 kilomètres de l’arrivée, lors de la 12e étape du Tour de France, Vincenzo Nibali ne repartira pas vendredi.



Le Monde
 |    20.07.2018 à 00h00
 • Mis à jour le
20.07.2018 à 06h41
   





                        



   


L’Italien Vincenzo Nibali, blessé, abandonne le Tour de France après sa chute dans la 12e étape menant à l’Alpe-d’Huez, a-t-on appris jeudi 19 juillet au soir auprès de son équipe Bahrein. Le vainqueur du Tour 2014 souffre d’une vertèbre fracturée, la dixième, a précisé le médecin de l’équipe. Le Sicilien a chuté lourdement à 4 kilomètres de l’arrivée de l’étape, dans une grosse confusion accrue par les fumigènes.
Des motos ont été mises en cause dans cet incident qui s’est produit avant les premières barrières, alors que la chaussée disponible se rétrécissait tout près du public.
Au moment de sa chute, Nibali essayait de suivre une contre-attaque du Britannique Chris Froome derrière le Français Romain Bardet : « Je me suis retrouvé au sol et j’ai eu très mal au dos. »
Fracture d’une vertèbre
Auparavant, le « Requin de Messine » avait montré une première fois les dents en attaquant dans la première partie de l’ascension finale (13,8 km).
Nibali a terminé l’étape, à treize secondes seulement du vainqueur, le Gallois Geraint Thomas. Il a dû sacrifier ensuite au contrôle antidopage et a passé des premiers examens qui ont fait craindre au Dr Emilio Magni, le médecin de son équipe, une fracture d’une vertèbre. Les examens complémentaires que le Sicilien a subis en soirée, à Grenoble, ont confirmé ces craintes.
Brillant vainqueur, en mars, de Milan-Sanremo, une classique mettant pourtant à l’honneur les sprinteurs, Nibali (33 ans) avait fait l’impasse sur le Giro. Il avait axé la suite de sa saison sur le Tour de France et le Championnat du monde, programmé à la fin de septembre sur le difficile circuit d’Innsbrück (Autriche).
Après douze étapes, il occupait la quatrième place du Tour et était encore en lice pour le podium, voire la victoire. Dans sa carrière, « le Squale » a déjà dû surmonter des coups d’arrêt brutaux. Notamment aux JO de Rio en 2016 quand une chute, dans la dernière descente du parcours, l’a privé du titre olympique à sa portée.
L’Italien, au palmarès impressionnant, est l’un des sept coureurs à avoir gagné les trois grands tours (avec Anquetil, Gimondi, Merckx, Hinault, Contador et Froome).



                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/22/18-17">
<filnamedate="20180722"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180722"><AAMMJJHH="2018072218">
<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-17"> ¤ A l’Alpe-d’Huez, Thomas grille la priorité à Froome, harcelé par les spectateurs. L’un d’entre eux a provoqué l’abandon de Nibali. Nos trois leçons de l’étape du jour.
<filname="PROF-0,2-3242,1-0,0-17"> ¤                     
                                                

Tour de France 2018 : l’Alpe tape sur Froome, Thomas frappe à l’Alpe

A l’Alpe-d’Huez, Thomas grille la priorité à Froome, harcelé par les spectateurs. L’un d’entre eux a provoqué l’abandon de Nibali. Nos trois leçons de l’étape du jour.



Le Monde
 |    19.07.2018 à 20h26
 • Mis à jour le
20.07.2018 à 08h28
    |

            Henri Seckel (Envoyés spéciaux à l'Alpe-d'Huez) et 
Clément Guillou








                        


Le vélo a un peu changé : échappé solitaire depuis le pied du col de la Madeleine, Steven Kruijswijk s’effondre dans l’Alpe-d’Huez, pourtant « montagne des Hollandais ». Le vélo n’a pas tant changé : le Team Sky broie l’adversité et s’impose au sommet, Geraint Thomas réglant un groupe de quatre. Chris Froome a bien essayé de lâcher son coéquipier, mais le maillot jaune est souverain. Sinon, le peloton tire la langue à la sortie des Alpes : dix coureurs ont quitté le Tour aujourd’hui, dont Vincenzo Nibali et les sprinteurs Fernando Gaviria, André Greipel et Dylan Groenewegen.

   


On a du mal à saisir le plan du Team Sky - et tant mieux pour eux
Il devient amusant d’écouter, depuis 48 heures, les éléments de langages distillés par le Team Sky à la presse. Leur préféré : « Chris Froome a gagné six Grands Tours. » C’est incontestable. En gagnera-t-il un septième ? C’est moins sûr.
Ce matin, la Sky répétait qu’elle avait « un plan ». Comme on le subodorait, le plan consistait à favoriser une attaque de Christopher Froome quand bien même son coéquipier Geraint Thomas porte le maillot jaune. Egan Bernal, exceptionnel dans son rôle de chien de garde sur les pentes de l’Alpe d’Huez - le gamin de 21 ans a ramené Vincenzo Nibali puis Nairo Quintana à la raison -, l’a confirmé à l’arrivée : « Le plan, c’était que Froomey attaque dans l’Alpe d’Huez. Il l’a dit avant l’étape, il se sentait bien ces derniers jours. Cela faisait trois jours qu’il en parlait. »
« Nous avons deux leaders », a ensuite dit Bernal, avant de se reprendre : « Enfin, deux leaders, je sais pas, mais G est maillot jaune, il faut le respecter pour cela. » Après six mois chez Sky, le Colombien n’est pas encore tout à fait rompu aux rudiments de la com’ externe. Rappelons-lui qu’il n’y a officiellement qu’un seul leader chez Sky, et qu’il ne porte pas le maillot jaune. Bernal a tout de même conclu : « Mais Froomey a gagné six Grands Tours. » Pour ceux qui maîtrisaient mal le palmarès de Christopher Froome, ces jours-ci sont un aide-mémoire précieux.
Si l’on dissipe les écrans de fumée de la Sky, la situation, pour l’heure, est celle-ci : Geraint Thomas ne touche pas terre et a contrôlé sans aucune difficulté le Néerlandais Tom Dumoulin, seule menace pour le duo britannique de Sky. Chris Froome n’a pas distancé longtemps le Néerlandais, qui n’a que 11 secondes de retard au classement général et était même déçu de son sprint, commencé en dernière position après s’être « trompé de vitesse ». Enfin et surtout, Geraint Thomas a une minute et 39 secondes d’avance au classement général.
Si le plan, pour la Sky, est de faire croire à tout le monde que Froome reste son option première pour mieux protéger Geraint Thomas, alors il est parfaitement exécuté. On doute toutefois que le quadruple vainqueur du Tour ait donné son accord. Jeudi, chose rarissime, il a refusé à deux reprises de s’exprimer sur l’étape du jour.
Prochain épisode du Grand Bluff lundi, lors de la conférence de presse de journée de repos.
AG2R a un mental d’acier - ou une méthode Coué d’acier

   


Romain Bardet a gagné cinq secondes sur Chris Froome à l’arrivée à l’Alpe d’Huez (1 seconde d’avance, et 4 secondes de bonifications). Lequel Chris Froome ne tiendra peut-être pas le coup dans les Pyrénées, vu qu’il a déjà le Giro - remporté - dans les pattes. Quant à Geraint Thomas, tout le monde sait qu’il finit toujours par craquer sur les courses de trois semaines. Voilà les trois éléments, répétés aux médias à l’arrivée de la 12e étape, qui permettent à AG2R de continuer à croire à la victoire à Paris - ou de faire mine de continuer à y croire.
« Il faut essayer de trouver des sources de motivation et d’encouragement dans tous les petits aspects », dit Vincent Lavenu, le manager de l’équipe, avec un petit sourire qui sentirait quand même presque le renoncement. « On finit le massif alpestre avec quelques regrets, mais aussi avec une certitude, Romain est vraiment très fort », explique quant à lui le directeur sportif Julien Jurdie, qui parvient à dresser un « bon bilan » de la journée.
« Il faut faire le dos rond, on s’est bien battus, estime Jurdie. On a grignoté des secondes sur des adversaires très importants [5 sur Froome, 7 sur Landa, 14 sur Nibali et Roglic, 48 sur Quintana, mais aussi 1 420 sur Lawson Craddock, lanterne rouge du général, qui finit à une belle 42e place à l’Alpe d’Huez]. Bardet remonte de la 8e à la 6e place au général : « Je savais que j’allais refaire surface avec les étapes de montagne. Il en reste beaucoup [3, dans les Pyrénées], donc je vais donner le maximum »
« Jour après jour, des coureurs baissent pavillon, analyse Vincent Lavenu. Il faut espérer qu’il y en ait encore dans les Pyrénées, et que Romain monte en puissance. On a vu aujourd’hui que les Sky n’ont quand même pas écrasé la course. Ils étaient là, ils gagnent, mais ils n’ont pas fait de différences comme hier, c’est de bon augure. »
Surtout pour un podium, qui semble l’objectif le plus accessible. C’est d’ailleurs en ce sens qu’AG2R a couru ce jeudi, mettant ses deux derniers équipiers autour de Romain Bardet - Pierre Latour, meilleur jeune, était à l’avant - à contribution en poursuite de Steven Kruijswijk, plutôt que de laisser la Sky épuiser un homme.
Le « virage des Hollandais » n’est plus tout à fait le même - et pour cause
Tout chauffeur d’un véhicule accrédité sur le Tour de France a un peu la boule au ventre lorsqu’il aborde le virage n°7 de la montée de l’Alpe d’Huez. On le voit venir de loin, car il est tout orange et on y donne un concert en plein air de techno commerciale tout l’après-midi.

Ce jeudi, ce n’était plus du tout la même chose : le Team Sky avait, confie-t-on chez Amary Sport Organisation (organisateur du Tour), de réelles craintes d’un incident, compte tenu de l’hostilité d’une partie du public vis-à-vis de Christopher Froome. Alors on a parqué les « Oranges » derrière des cordes de la même couleur, surveillés par des « bleus » et des vigiles de l’organisation, en vert. L’organisation avait aussi dépêché des néerlandophones pour rappeler à la foule qu’une course de vélo se déroulait en marge de leur enterrement de vie de garçon géant.

   


Problème : compte tenu du degré d’hostilité sur les routes vis-à-vis de l’équipe Sky (Geraint Thomas, après cette deuxième victoire consécutive, a été hué sur le podium officiel), c’est toute l’Alpe d’Huez - moins peuplée que d’habitude - qu’il aurait fallu barriérer. Plusieurs personnes ont été filmées en train de s’approcher de Froome et Thomas pour les insulter ou leur cracher dessus, et un homme, visiblement limité et maladroit, a même tenté de le frapper à la tête.

Dans la montée de l'Alpe d'Huez, un spectateur s'en est pris à Christopher Froome ! #TDF2018 https://t.co/uc0035nl4P— francetvsport (@France tv sport)


require(["twitter/widgets"]);

Dans ce chaos, juste avant les trois derniers kilomètres où des barrières retiennent la foule, Vincenzo Nibali est tombé et s’est fracturé une vertèbre. Il a annoncé son abandon dans la soirée. Alors que l’Italien pensait avoir été touché par une moto, des vidéos amateurs semblent montrer que c’est un spectateur, avancé pour prendre une photo, qui a touché son guidon. Chaque incident de ce genre rapproche le cyclisme du jour où l’accès aux courses sera contraint ; le sport y perdrait son meilleur atout.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/22/18-18">
<filnamedate="20180722"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180722"><AAMMJJHH="2018072218">
<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-18"> ¤ Le Gallois porteur du maillot jaune a remporté la douzième étape du Tour de France à l’Alpe-d’Huez. Le Britannique Chris Froome a pris la quatrième place.
<filname="PROF-0,2-3242,1-0,0-18"> ¤                     
                                                

Tour de France : le maillot jaune Geraint Thomas s’impose à l’Alpe-d’Huez

Le Gallois porteur du maillot jaune a remporté la douzième étape du Tour de France à l’Alpe-d’Huez. Le Britannique Chris Froome a pris la quatrième place.



Le Monde
 |    19.07.2018 à 17h53
 • Mis à jour le
20.07.2018 à 06h34
   





                        



   


La douzième étape à l’Alpe-d’Huez s’est jouée au sprint entre les favoris. La victoire est revenue, jeudi 19 juillet, au porteur du maillot jaune du Tour de France, le Gallois Geraint Thomas (Sky). Pour la deuxième fois en deux jours, Thomas s’est adjugé le gain de l’étape après son succès de La Rosière. Sur la ligne, Thomas a précédé le Néerlandais Tom Dumoulin, deuxième la veille, et le Français Romain Bardet.
Le quadruple vainqueur du Tour, le Britannique Chris Froome, a pris la quatrième place, à quelques secondes. Pour sa part, le Colombien Nairo Quintana a été distancé dans les sept derniers kilomètres et a lâché une cinquantaine de secondes.

        Lire aussi :
         

                Tour de France : Geraint Thomas remporte la 12e étape et conserve le maillot jaune



Au classement, Thomas précède désormais Froome de 1 min 39 s, à la sortie des Alpes. « Je l’ai dit hier [mercredi], “Froomey” reste le leader », a toutefois déclaré Thomas, qui s’est comporté en lieutenant dans la montée de l’Alpe-d’Huez. Le Gallois, 32 ans, est le premier Britannique vainqueur à l’Alpe-d’Huez. Il est aussi le premier maillot jaune à s’imposer depuis Lance Armstrong en 2004, avant que l’Américain soit déchu de ses titres pour dopage.
Les démarrages successifs entre les prétendants au podium ont condamné la longue échappée du Néerlandais Steven Kruijswijk, parti de loin dès la Croix-de-Fer, la deuxième des trois grandes ascensions du jour. Kruijswijk s’est intégré dans une échappée formée sur les premières pentes de la Madeleine, le premier grand col. Il a distancé ses derniers compagnons à mi-pente de la Croix-de-Fer, à 68 kilomètres de l’arrivée.
Au sommet, le Néerlandais a basculé avec plus de six minutes d’avance sur le groupe des favoris mené le plus souvent par l’équipe de Froome et de Thomas, relayés partiellement par les hommes de Bardet et de Quintana.
Froome a essuyé des sifflets
Au seuil des quatre derniers kilomètres, l’Italien Vincenzo Nibali a été jeté à terre dans la confusion, apparemment provoquée par des motos et le public. Le Sicilien a pu toutefois remonter sur le vélo et a franchi la ligne avec une poignée de secondes de retard sur le groupe de tête, qui a joué au chat et à la souris dans les derniers kilomètres. Toutefois, les examens après la course ont relevé une fracture d’une vertèbre. L’Italien, vainqueur de l’édition 2014, a été contraint à abandonner. Il était quatrième au général.
Dans la montée, Froome a essuyé une nouvelle fois des sifflets. Selon les images de télévision, un spectateur a même essayé de s’en prendre à lui, la main levée. Des huées ont également accueilli Thomas lors de la cérémonie protocolaire sur le podium.

        Lire aussi :
         

                Tour de France : chez Sky, c’est maintenant qu’il faut trahir



Cette troisième étape alpestre, longue de 175,5 kilomètres, a provoqué une hécatombe dans les rangs des sprinteurs. Le Néerlandais Dylan Groenewegen et le Colombien Fernando Gaviria, tous deux vainqueurs de deux étapes depuis le départ, ont abandonné, tout comme l’Allemand André Greipel.
Avant le départ de Bourg-Saint-Maurice, le Colombien Rigoberto Uran, deuxième du Tour 2017, avait lui aussi renoncé. D’autres abandons ont également été enregistrés, notamment celui du Français Tony Gallopin, qui laisse l’équipe de Bardet réduite à cinq coureurs.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/22/18-19">
<filnamedate="20180722"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180722"><AAMMJJHH="2018072218">
<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-19"> ¤ Omniprésent aux côtés des champions du monde, le président de la République a fini par saturer les images et nuire autant à la célébration qu’à son autocélébration, estime notre chroniqueur Jérôme Latta.
<filname="PROF-0,2-3242,1-0,0-19"> ¤                     
                                                

Coupe du monde : Emmanuel Macron rate sa troisième mi-temps

Omniprésent aux côtés des champions du monde, le président de la République a fini par saturer les images et nuire autant à la célébration qu’à son autocélébration, estime notre chroniqueur Jérôme Latta.



Le Monde
 |    19.07.2018 à 16h33
    |

                            Jérôme Latta








                        



   


Chronique. Emmanuel Macron pratique le photobombing, cet art consistant à s’imposer dans le cadre des images, avec une certaine aisance, voire avec quelque excès. Qu’un président de la République soit un des acteurs des célébrations d’un titre mondial de football, c’est attendu. Qu’il s’y attribue le premier rôle, un peu moins.
Si la présence des chefs d’Etat lors des événements sportifs n’est pas une nouveauté, le genre s’est beaucoup modernisé. Angela Merkel avait posé des jalons lors de la Coupe du monde 2014, quand sa présence dans les tribunes, lors de rencontres de l’Allemagne future championne, avait permis à la froide chancelière de se montrer en supportrice enthousiaste avec ses réactions spontanées, presque aussi spontanément filmées par la caméra braquée sur elle.
Tribunes politiques
Emmanuel Macron peut se prévaloir d’un intérêt pour le football plus prononcé que la plupart de ses prédécesseurs. Il a aussi démontré assez tôt qu’il mesurait les bénéfices d’image à escompter s’il se montrait en amateur de foot ou en supporteur de l’OM.
Il s’était signalé, en mai dernier, au moment de la traditionnelle présentation des finalistes de la Coupe de France, s’attardant sur la pelouse pour distribuer regards dans les yeux, poignées de main intenses et discours personnalisés, tandis que 80 000 spectateurs attendaient plutôt le coup d’envoi. Quelques semaines plus tard, il effectuait à Clairefontaine une visite mi-protocolaire, mi-tapes dans le dos, promettant aux 23 Bleus de venir les voir jouer à partir des demi-finales.
Cette Coupe du monde très géopolitique a assuré une forte présence à l’écran de Vladimir Poutine et des autres chefs d’Etat en visite. L’interminable remise du trophée, dimanche soir, a soigné la visibilité des dirigeants sur la scène au centre de la pelouse : Vladimir Poutine, Emmanuel Macron et Kolinda Grabar-Kitarovic, qui leur a un peu volé la lumière puisqu’on a même retrouvé la dirigeante croate dans le vestiaire français.
Faire partie de l’événement
Son homologue tricolore a tout de même remporté la troisième mi-temps. D’abord avec la large diffusion d’une photo le montrant en train d’exulter dans la tribune, comme n’importe quel supporteur. Une belle image prise par un photographe de l’agence Sputnik, proche d’un pouvoir qui sait mettre occasionnellement son savoir-faire au service de ses hôtes. Puis il est apparu dans toutes les images et les stories possibles, multipliant les saynètes le mettant en scène au milieu des champions du monde. 
Il ne s’agit plus de récupérer l’événement mais d’en faire partie. D’en être un personnage, tandis que Jacques Chirac et Lionel Jospin pénétraient dans le vestiaire en semi-intrus. Le reste marche tout seul : les joueurs se prêtent au jeu sur les réseaux sociaux, et les relais se multiplient – de nombreux médias se faisant les auxiliaires de cette com.
Dans le vestiaire, le président annonce à « [ses] enfants » qu’ils vont « rentrer à la maison ». On ignore encore qu’il parle de la sienne. Les joueurs ne l’ont en effet quitté à Moscou que pour le retrouver à Paris, le palais présidentiel étant le but de leur traversée de la capitale, finalement menée tambour battant pour y arriver avant les JT de 20 heures. Le public massé sur les Champs-Elysées a fait les frais de cet agenda et des « raisons de sécurité », voyant à peine passer le bus à impériale, puis attendant vainement une apparition sur le balcon du Crillon, place de la Concorde – une tradition observée en 1998, 2000 et 2006.
Prise d’otages à l’Elysée
Les joueurs avaient été retenus à l’Elysée, donnant le sentiment que le président de la République les avait annexés et confisquait la célébration collective. Sur place était invité un millier et demi d’enfants en partie issus de leurs clubs formateurs, dont Emmanuel Macron a fait l’éloge. Le tissu du football amateur souffre terriblement de la diminution importante des emplois aidés, de la baisse des dotations de l’Etat et de la réduction des dépenses des collectivités locales, mais la communication politique ne craint pas le cynisme.
Cette gestion controversée de l’événement a nui aux joueurs, otages complaisants (les selfies et les scènes de fête dans les jardins du palais n’aidant pas). La Fédération, déjà accusée d’avoir négligé les supporteurs en déplacement en Russie, ne sort pas grandie de cet épisode qu’elle envisage de rattraper en organisant des festivités au mois de septembre.
Le président de la République a sans doute trop compté sur l’euphorie de la victoire, et trusté à l’excès ces heures particulières. Emmanuel Macron a la faiblesse de croire que le spectacle qu’il donne est toujours intéressant, ce qui lui vaut un manque de pudeur chronique. A l’issue de la séquence, il se voit reprocher d’avoir volé la vedette aux footballeurs. Souhaitons-lui d’avoir pris du plaisir dans ces réjouissances, sa cote de popularité n’ayant pas frémi après la victoire.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/22/18-20">
<filnamedate="20180722"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180722"><AAMMJJHH="2018072218">
<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-20"> ¤ Le Gallois de l’équipe Sky a devancé Tom Dumoulin et Romain Bardet à l’arrivée à l’Alpe d’Huez.
<filname="PROF-0,2-3242,1-0,0-20"> ¤ 