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<filname="SURF-env_sciences-1"> ¤ Editorial. « Le Monde », aux côtés d’une vingtaine de médias, a enquêté sur 10 000 revues dites « prédatrices » qui contribuent à tromper les administrations et le public.
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Fausse science : il faut une prise de conscience mondiale

Editorial. « Le Monde », aux côtés d’une vingtaine de médias, a enquêté sur 10 000 revues dites « prédatrices » qui contribuent à tromper les administrations et le public.



Le Monde
 |    19.07.2018 à 11h47
 • Mis à jour le
19.07.2018 à 15h14
   





                        


Editorial du « Monde ». C’est un mal discret qui ronge silencieusement la science, et qui s’étend avec une inquiétante célérité. Depuis un peu moins d’une décennie, des sociétés peu scrupuleuses créent à foison de fausses revues scientifiques qui acceptent de publier, moyennant finances, des travaux parfois fragiles, voire carrément frauduleux ou fantaisistes.
Aux côtés d’une vingtaine de médias écrits et audiovisuels internationaux, qui se sont coordonnés pour publier simultanément le résultat de leurs travaux, Le Monde a enquêté sur cette science contrefaite.
Celle-ci est en pleine expansion : environ 10 000 revues dites « prédatrices » contribuent à construire une science « parallèle », susceptible de tromper les administrations publiques, les entreprises, et même parfois les institutions scientifiques elles-mêmes.
Un combat légitime
Ces revues douteuses relaient parfois, en leur donnant le lustre de la scientificité, des « travaux » climatosceptiques, antivaccins, ou encore de fausses études cliniques vantant les mérites de faux médicaments. Selon des estimations récentes, cette production représente jusqu’à 2 % à 3 % de l’index de certaines grandes bases de données de la littérature savante. C’est six fois plus qu’il y a cinq ans.

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Deux grands phénomènes ont nourri cette envolée. D’une part, la lutte contre le monopole des grands éditeurs scientifiques (Elsevier, Springer, etc.) et pour un accès libre aux résultats de la recherche. Porté par la communauté scientifique depuis presque deux décennies, ce combat légitime est passé par la création de nouvelles revues scientifiques, souvent de qualité, qui reposent sur le principe du « publieur-payeur » : c’est l’institution des chercheurs, qui soumettent leur travail pour être publiés, qui paie à la revue des frais de publication. En ­contrepartie, celle-ci s’engage à ne pas faire payer l’accès aux travaux publiés.
Ce modèle prend tout son sens lorsqu’on sait que les revues scientifiques « classiques » commercialisent à des tarifs prohibitifs les articles qu’elles publient, prospérant ainsi sur le commerce de connaissances souvent produites grâce à la recherche publique, et ralentissant ainsi la libre circulation du savoir.
Publier, toujours plus, toujours plus vite
Les éditeurs « prédateurs » ont détourné ce principe du publieur-payeur en faisant paraître complaisamment des articles qui ne sont pas préalablement expertisés (au terme de la sacro-sainte « revue par les pairs », ou peer review) tout en touchant toujours de juteux « frais de publication ».
D’autre part, les revues prédatrices prospèrent aussi grâce aux nouvelles formes d’évaluation de l’activité scientifique. Le travail des chercheurs est, de plus en plus, jugé en fonction de critères quantitatifs, et non qualitatifs. Il faut publier, toujours plus, toujours plus vite, et donc de plus en plus mal.
Cette tendance est un pousse-au-crime – en particulier dans certains pays du Sud, où des primes à la publication ont parfois été instaurées pour le personnel académique. Soumettre son travail à une revue prédatrice garantit presque toujours une publication très rapide.
Face à ce fléau, les communautés scientifiques et les gouvernements s’organisent. En France, qui n’est pas le pays le plus touché, le ministère de la recherche prend la question au sérieux et promeut des « listes blanches » de revues à privilégier. Il faut maintenant infléchir les politiques d’évaluation de la recherche vers moins de quantitatif et plus de qualitatif. Seule une prise conscience mondiale pourra rendre son intégrité à la science.

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<filname="SURF-env_sciences-2"> ¤ Les responsables de plusieurs ateliers de fabrication de médicaments contrefaits, promus dans de fausses publications scientifiques, comparaîtront cet automne.
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Les auteurs d’un trafic de faux médicaments jugés en novembre

Les responsables de plusieurs ateliers de fabrication de médicaments contrefaits, promus dans de fausses publications scientifiques, comparaîtront cet automne.



Le Monde
 |    19.07.2018 à 10h59
 • Mis à jour le
19.07.2018 à 11h00
    |

            Stéphane Foucart (avec la collaboration « Scientia »)








                        



                                


                            
Le site Web de deux sociétés, Immuno Biotech et First Immune, affichait un onglet « notre science ». D’un clic, l’internaute pouvait accéder aux « preuves scientifiques » de l’efficacité de ses médicaments stars dont les principes actifs – le GcMAF et la Goleic – avaient été validés par une quarantaine de publications dans des revues savantes comme Frontiers in Human Neuroscience, Nutrients, Journal of Multiple Sclerosis, Integrative Cancer Science & Therapeutics, ou encore American Journal of Immunology… Maladie de Parkinson, cancer du sein ou du sang, tumeur cérébrale, sclérose en plaques ou syndrome de fatigue chronique : ces produits miracles pouvaient tout soigner. Il suffisait aux patients de les commander en ligne.

En novembre 2018, une demi-douzaine de ressortissants britanniques, responsables de ce commerce, seront jugés à Londres pour – entre autres – escroquerie, fabrication et vente illégales de produits pharmaceutiques. L’un des ateliers de fabrication de ces faux médicaments était installé dans un corps de ferme situé à Digosville, dans la Manche, et a été démantelé le 20 février 2017 par les enquêteurs de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp), ainsi que l’a révélé Le Parisien dans son édition du 25 février. Mais d’autres sites de production ont, depuis, été fermés en Allemagne, en Lituanie, aux Pays-Bas et en Espagne. Le site basé en Normandie avait, à lui seul, expédié plus de 5 000 colis dans toute l’Europe.
Faux témoignages de guérison
La stratégie de vente consistait à mettre en avant sur Facebook des faux témoignages de guérisons spectaculaires, mais aussi à proposer aux visiteurs des articles scientifiques ou des affiches de présentation de travaux de recherche, tous publiés dans de fausses revues ou supposément présentés à de fausses conférences. Les articles de recherche indiquant les résultats spectaculaires...




                        

                        


<article-nb="2018/07/19/18-3">
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<filname="SURF-env_sciences-3"> ¤ Victimes de revues prédatrices, certains scientifiques dénoncent la pression de l’évaluation basée sur le nombre de publications
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La France fait partie des gros contributeurs aux revues scientifiques douteuses

Victimes de revues prédatrices, certains scientifiques dénoncent la pression de l’évaluation basée sur le nombre de publications



Le Monde
 |    19.07.2018 à 06h46
 • Mis à jour le
19.07.2018 à 11h00
    |

            David Larousserie et 
Stéphane Foucart








                        



                                


                            
La France n’est pas épargnée par la contrefaçon scientifique. Les journalistes de la collaboration « Fake Science », qui regroupe une vingtaine de titres internationaux dont Le Monde, ont interrogé les bases de données des sociétés publiant des revues douteuses ou organisant de fausses conférences scientifiques.
La recherche française apparaît parmi les dix plus gros contributeurs dans l’index de la société Waset, basée en Turquie, avec quelque 1 700 références sur 70 000 – articles et présentations à des colloques. Dans les index des éditeurs Omics et Scidom, la France figure parmi les vingt premiers contributeurs, avec respectivement 800 et 700 articles, sur des totaux respectifs de 58 400 et 74 000 articles.
Ces chiffres tranchent avec les estimations du ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. « Nous avons un suivi très fin des frais de publication engagés par les chercheurs français, explique Marin Dacos, conseiller science ouverte de la ministre Frédérique Vidal. En 2015, environ 60 000 articles ont été publiés par les chercheurs des universités et des organismes de recherche publics français, dont 2 500 ayant donné lieu à des frais de publication, pour quelque 4 millions d’euros. Mais moins de 50 de ces articles ont été publiés dans des revues douteuses, pour une somme de 46 000 euros. C’est bien sûr regrettable, mais c’est une proportion très mineure. »

« Je me suis fait doublement piéger »
Cependant, les chiffres du ministère ne tiennent pas compte des cas où les chercheurs paient les frais de publication de leur poche. Dans d’autres situations, des chercheurs français peuvent aussi cosigner des articles douteux comme auteurs secondaires – c’est généralement le premier auteur qui règle les frais – au côté de scientifiques étrangers. Les coûts d’inscription à des fausses conférences sont, eux, plus difficiles à suivre.
La majorité des chercheurs français concernés...




                        

                        


<article-nb="2018/07/19/18-4">
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<filname="SURF-env_sciences-4"> ¤ Des sociétés vont jusqu’à se prévaloir de chercheurs à leur insu pour attirer les inscriptions à des rencontres de piètre qualité.
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Le business juteux des simili-conférences scientifiques

Des sociétés vont jusqu’à se prévaloir de chercheurs à leur insu pour attirer les inscriptions à des rencontres de piètre qualité.



Le Monde
 |    19.07.2018 à 06h45
 • Mis à jour le
19.07.2018 à 12h59
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            David Larousserie








                        



                                


                            

Les 17 et 18 mai, Paris devait être la capitale mondiale des sciences. Pas moins de cinquante conférences dans les domaines de l’aérospatiale, de la mécanique, de l’énergie, de l’environnement, du génie civil, de l’économie, de l’informatique, des sciences sociales ou encore de la chimie, étaient prévues au même endroit.
Le jour dit, dans un hôtel près de la gare Montparnasse, la baudruche se dégonfle : une salle de quelque 60 mètres carrés, louée 500 euros pour une demi-journée seulement, et pas plus d’une trentaine de personnes présentes. Visiblement, autant ont annulé leur participation, comme en témoignent les badges restants, posés sur une table de bureau.
Cette parodie de conférence scientifique internationale était organisée par l’entreprise World Academy of Science, Engineering and Technology (Waset). La société multiplie ce genre d’événements, amortis avec deux ou trois participants, qui paient des frais d’inscription de quelques centaines d’euros. « Je ne le ferai pas une seconde fois ! L’organisation était nulle, et ce n’était pas une conférence scientifique, s’emporte Atilla Atli, enseignant-chercheur à l’Ecole catholique des arts et métiers de Lyon (ECAM-Lyon), une école d’ingénieurs. J’ai parlé cinq minutes devant des gens qui ne connaissaient pas mon sujet. » Son exposé avait été vite accepté, « sans aucune question technique », note-t-il.
Interrogée sur l’intérêt de sa présence, une autre participante française, thésarde, préfère ne pas répondre. Elle est, précise sa directrice de thèse, « affectée d’avoir utilisé sa bourse personnelle sur une conférence qui ne valait peut-être pas l’investissement qu’elle y a mis, et elle ne souhaite plus échanger là-dessus ».
Tout le monde n’est pas déçu. Une jeune Kosovare, étudiante en management, salue sa sœur et sa cousine venues la voir à Paris. Impossible de poser trop de questions aux rares participants ; l’organisateur, sourcilleux, nous...




                        

                        


<article-nb="2018/07/19/18-5">
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<filname="SURF-env_sciences-5"> ¤ Des dizaines de revues scientifiques produisent et éditent des études peu scrupuleuses se retrouvant ensuite dans des banques de données servant de base à des experts.
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Alerte mondiale à la fausse science

Des dizaines de revues scientifiques produisent et éditent des études peu scrupuleuses se retrouvant ensuite dans des banques de données servant de base à des experts.



Le Monde
 |    19.07.2018 à 06h00
 • Mis à jour le
19.07.2018 à 09h37
    |

            Stéphane Foucart et 
David Larousserie (avec la collaboration "Fake science")








                        



                                


                            

Le savoir, lui non plus, n’échappe pas à la contrefaçon. La part prise par la « fausse science » dans la production scientifique mondiale augmente de manière considérable depuis une dizaine d’années et aucun signe de pause ne semble poindre à l’horizon.
Au sein d’une collaboration baptisée « Fake science » et formée d’une quinzaine de médias internationaux, dont la Norddeutscher Rundfunk (NDR), la Süddeutsche Zeitung, The New Yorker ou encore l’Aftenposten, Le Monde a enquêté sur l’ampleur et l’impact de ce phénomène, qui n’épargne pas la France.
A quoi peut ressembler de la science contrefaite ? Depuis une décennie, des dizaines de maisons d’édition peu scrupuleuses comme Omics et Science Domain (Inde), Waset (Turquie) ou encore Scientific Research Publishing (Chine) ont créé des centaines de revues en accès libre au nom ronflant, ayant toutes les atours de vraies revues savantes.
Mais contrairement à celles-ci, ces journaux ne disposent pas d’un comité éditorial, ils facturent des frais aux chercheurs – de l’ordre de quelques centaines d’euros par article – et publient les « travaux » sans contrôle et très rapidement. Ils ne soumettent pas les manuscrits des comptes rendus de recherche qu’ils reçoivent à la « revue par les pairs » (peer review, en anglais). Ce processus de contrôle qualité, préalable à toute publication savante, est l’une des étapes clés de la construction de la science.
Le même mécanisme existe pour les conférences scientifiques : souvent sollicités par courriel, des chercheurs s’inscrivent, moyennant finance, pour présenter leurs travaux. Mais il n’y a bien souvent personne – ou pas grand monde – pour écouter ces simulacres de conférences.
Publication d’une étude imaginaire
De la diffusion de fausses informations à la promotion de médicaments en passant par l’activisme climatosceptique ou antivaccin, voire simplement une volonté de « gonfler » artificiellement...




                        

                        


<article-nb="2018/07/19/18-6">
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<filname="SURF-env_sciences-6"> ¤ Mal protégés et multipartenaires, les 15-24 ans sont les principales victimes des infections à Chlamydia et à gonocoque, qui peuvent entraîner de graves complications.
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Très forte hausse des infections sexuellement transmissibles en France

Mal protégés et multipartenaires, les 15-24 ans sont les principales victimes des infections à Chlamydia et à gonocoque, qui peuvent entraîner de graves complications.



Le Monde
 |    18.07.2018 à 20h53
 • Mis à jour le
19.07.2018 à 13h14
    |

            Pascale Santi








                        



                                


                            
Au début des vacances estivales, propices aux rencontres, Santé publique France a publié, mercredi 18 juillet, des chiffres montrant la recrudescence des infections sexuellement transmissibles (IST), qui se transmettent principalement lors de rapports sexuels non protégés. Fréquentes et très contagieuses, les infections à chlamydia trachomatis et à gonocoque ont l’une et l’autre triplé en 2016 par rapport à 2012. Des chiffres élevés par rapport à d’autres pays européens.
Ainsi, selon cette enquête menée auprès des laboratoires de biologie médicale publics et privés volontaires, une infection à chlamydia a été diagnostiquée en France chez 267 097 personnes en 2016, soit 491 cas pour 100 000 habitants, ainsi que 49 628 infections à gonocoque, encore appelées blennorragie ou « chaude-pisse » par Rabelais. Pour mémoire, en 2012, le nombre de diagnostics de ces IST se chiffrait respectivement à 77 000 et à 15 000 cas.
Pour la première fois, précise l’agence, ces estimations renseignent sur le sexe, l’âge et la région. Les jeunes femmes de 15-24 ans sont les plus touchées par les infections à chlamydia, elles représentent 38 % de l’ensemble des diagnostics. Les régions les plus affectées sont l’Ile-de-France et la Guadeloupe.
Infections très souvent « silencieuses »
« C’est en réalité beaucoup plus. Il ne s’agit là que de nouveaux diagnostics, qui ne prennent évidemment pas en compte les personnes qui n’ont pas consulté », explique Florence Lot, responsable de l’unité VIH-Sida IST à Santé publique France.
Car ces infections sont très souvent « silencieuses », ne donnant pas lieu à des symptômes, notamment chez les femmes. Toute personne peut ainsi sans le savoir être porteuse d’une IST et contaminer sa ou son partenaire. Et une IST non diagnostiquée peut, à la longue, entraîner d’importantes complications : risques de salpingite, de stérilité, de grossesse extra-utérine, de douleurs pelviennes chroniques…
Dans...




                        

                        


<article-nb="2018/07/19/18-7">
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<filname="SURF-env_sciences-7"> ¤ Les cinq saisons de l’intelligence artificielle (1/5). Elle pulvérise l’homme au jeu de go ou prend le volant de sa voiture. Une histoire qui commence en 1958 par une machine capable de distinguer sa droite de sa gauche.
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<article-nb="2018/07/19/18-8">
<filnamedate="20180719"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180719"><AAMMJJHH="2018071918">
<filname="SURF-env_sciences-8"> ¤ Une trace de galette de céréales confectionnée par des chasseurs-cueilleurs il y a 14  400 ans a été trouvée sur un site jordanien.
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Le premier pain date d’avant l’apparition de l’agriculture

Une trace de galette de céréales confectionnée par des chasseurs-cueilleurs il y a 14  400 ans a été trouvée sur un site jordanien.



Le Monde
 |    17.07.2018 à 06h00
 • Mis à jour le
17.07.2018 à 16h49
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                            Sarah Terrien








                        



                                


                            
Au levain, aux céréales, de seigle ou encore de campagne, le pain fait partie de notre quotidien. Il y a 14 400 ans, des hommes en fabriquaient déjà. C’est ce qu’indique une étude publiée le 16 juillet dans la revue PNAS par des équipes de recherche danoise et britannique, qui met en lumière la plus ancienne preuve directe de pain trouvée à ce jour. « C’est un témoignage tangible et une grande découverte », commente Philippe Marinval, chargé de recherche en archéobotanique au CNRS.
Les scientifiques sont arrivés à cette conclusion grâce, entre autres, à l’analyse au microscope électronique à balayage de 24 restes de nourriture carbonisés. Ces vestiges ont été retrouvés dans des foyers du site archéologique de Shubayqa 1, localisé dans le nord-est de l’actuelle Jordanie, où vivaient, il y a plus de 14 000 ans, les Natoufiens, un peuple de chasseurs-cueilleurs du Levant. Cette étude remet en question l’idée selon laquelle l’origine du pain serait associée à l’émergence de l’agriculture et la domestication des céréales dans le sud-ouest de l’Asie, environ 4 000 ans plus tard.
Cette découverte est d’une importance capitale pour la compréhension de l’évolution des modes de vie des hommes de la préhistoire. L’étude spécifique des chasseurs-cueilleurs natoufiens n’est pas un hasard, comme l’explique Tobias Richter, professeur associé d’archéologie à l’université de Copenhague et coordinateur de l’étude, dans le communiqué de presse : « [Ils] nous intéressent particulièrement, parce qu’ils ont vécu une période de transition où les personnes sont devenues plus sédentaires et que leur régime alimentaire a commencé à changer : les faucilles en silex ainsi que les outils en pierre trouvés sur les sites natoufiens au Levant nous ont aiguillés sur l’idée que cette population avait commencé à exploiter les plantes d’une manière différente et peut-être même plus efficace. »

Les chasseurs-cueilleurs natoufiens ne se...




                        

                        


<article-nb="2018/07/19/18-9">
<filnamedate="20180719"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180719"><AAMMJJHH="2018071918">
<filname="SURF-env_sciences-9"> ¤ Un arrêté préfectoral permet de sauvegarder deux sites des Yvelines, qui recèlent plus de 1 200 espèces ayant vécu il y a 46 millions d’années. Une première en France.
<filname="PROF-env_sciences-9"> ¤                     


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Des coquillages fossiles sous protection

Un arrêté préfectoral permet de sauvegarder deux sites des Yvelines, qui recèlent plus de 1 200 espèces ayant vécu il y a 46 millions d’années. Une première en France.



Le Monde
 |    16.07.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
17.07.2018 à 06h36
    |

                            Sarah Terrien








                        



                                


                            

Un ciel bleu parsemé de nuages. Une allée bordée de tilleuls. Il est 9 h 40, ce jour de début juillet, et le château de Grignon (Yvelines) est illuminé de quelques rayons de soleil. Ce bâtiment de style Louis XIII, situé sur un domaine de 300 hectares, est la propriété de l’école AgroParisTech. Mais plus pour longtemps. L’institut d’agronomie a ­décidé de se délocaliser sur le plateau de Saclay (Essonne).
Quand, à l’automne 2015, le Paris-Saint-Germain (PSG) exprime sa volonté d’acheter le site pour y construire un ­gigantesque centre d’entraînement et de formation, la crainte s’empare des ­paléontologues. « Le site ne bénéficiait d’aucune protection juridique », s’exclame Didier Merle, chercheur en ­paléontologie au Muséum national d’histoire naturelle de Paris. Commence alors une bataille pour sauver Grignon. Car le site est un véritable « hotspot » de la biodiversité du Lutétien (47,8 à 41,2 millions d’années). A quelques pas du château, l’herbe cède la place au ­ « sable » et les arbres à une carrière. Il suffit de se baisser pour observer des centaines de coquillages aux formes ovoïdes, rondes, coniques… Face à l’exceptionnelle préservation de ces espèces, difficile d’imaginer que ces fossiles sont âgés de millions d’années et les témoins de l’histoire lointaine de la Terre.
Des sites d’étude du Lutétien
Quelques mois après l’annonce du PSG, le 28 décembre 2015, un décret d’application qui permet de proposer des arrêtés préfectoraux de protection de géotope (APPG) voit le jour. « Dès que la nouvelle est tombée, on s’est mis au travail », explique Didier Merle. Une procédure qui a duré deux ans et a débouché, le 26 mai, sur l’obtention de deux APPG pour les ­sites de Grignon à Thiverval-Grignon et de la ferme de l’Orme, à Beynes, également dans les Yvelines. Deux sites complémentaires pour l’étude du Lutétien.
Accompagné de son étudiante Elise Auberger, fraîchement diplômée d’un doctorat en géologie, Didier Merle,...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-10"> ¤ La liste est longue des corps étrangers introduits dans l’appareil urinaire à l’occasion de pratiques autoérotiques.
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<filname="SURF-env_sciences-11"> ¤ Au menu : le dernier repas d’Ötzi l’homme des glaces, un premier semestre 2018 très chaud en France, découverte d’une guêpe dotée d’un dard géant, etc.
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<filname="SURF-env_sciences-12"> ¤ Un patient avec une langue verte a suscité la perplexité du médecin qu’il consultait, jusqu’à ce que le moteur de recherche lève le mystère.
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L’énigme des rayons cosmiques s’éclaircit

La détection d’un neutrino sous la calotte du pôle Sud a permis de remonter la piste de rayons cosmiques de haute énergie, dont l’origine défie les physiciens depuis un siècle.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 17h00
 • Mis à jour le
13.07.2018 à 06h43
    |

            Pierre Barthélémy








                        



   


Les mystères de l’Univers s’éclaircissent parfois en des lieux inattendus. Ainsi que le révèlent, jeudi 12 juillet dans Science, deux études réunissant les efforts d’une quinzaine d’équipes d’astrophysiciens à travers le monde, l’énigme des phénomènes cosmiques les plus puissants du cosmos a trouvé un début de solution… au pôle Sud. Non pas en scrutant le ciel mais dans les profondeurs de la calotte glaciaire.
Mais avant de raconter la découverte, décrivons ses enjeux. Parmi les défis qu’ont à relever les astrophysiciens se trouve celui des rayons cosmiques, découverts en 1912 et qui n’ont de rayons que le nom. Il s’agit en réalité de particules électriquement chargées – protons, électrons, noyaux atomiques… Beaucoup prennent naissance dans le Soleil mais les plus énergétiques de ces rayons cosmiques, accélérés à une vitesse approchant celle de la lumière, proviennent d’autres galaxies que la nôtre.
Leur source est inconnue car ces astroparticules ne sont pas « traçables » : en raison de leur charge électrique, leur course est déviée par les champs magnétiques qu’elles rencontrent et vouloir reconstituer leur trajectoire est aussi vain que d’essayer de savoir par où est passée une bille de flipper.
Afin d’identifier l’origine de ces rayons cosmiques de très haute énergie, les astrophysiciens misent donc sur un autre type de particules qui leur sont associées, les neutrinos. « Dans les régions où les rayons cosmiques sont accélérés, explique Kumiko Kotera, chercheuse à l’Institut d’astrophysique de Paris (IAP), il y a beaucoup de photons et de matière. Ils ne sortent pas indemnes de cette zone et vont interagir avec la matière et le rayonnement ambiants. Cela crée des neutrinos de haute énergie, qui sont des sous-produits de ces rayons cosmiques. »
Ligne droite
Pour les astrophysiciens, les neutrinos présentent un avantage incomparable : dénués de charge électrique, ils sont indifférents aux champs magnétiques et traversent le cosmos en ligne droite. « Photographier » la trajectoire de l’un d’eux permet donc de pointer vers sa source.
Retour au pôle Sud. C’est là que, entre 1 450 et 2 450 mètres sous la surface, est installé l’instrument IceCube, un kilomètre cube de glace au sein duquel ont été placés quelque 5 000 capteurs. Le plus grand chasseur de neutrinos du monde. Pourquoi un tel mastodonte ? Parce que les neutrinos sont des particules fantômes. Comme ils interagissent très peu avec la matière – des centaines de milliards d’entre eux traversent votre corps à chaque seconde sans que cela vous empêche de dormir –, il faut un énorme détecteur pour en prendre un au piège de temps en temps.

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Nous sommes le 22 septembre 2017, quelque part dans les tréfonds gelés d’IceCube. A 22 heures 54 minutes et 30 secondes (heure de Paris), un neutrino de haute énergie interagit avec la glace et y dépose sa trace. Tout comme un expert en balistique peut déterminer l’endroit d’où une balle a été tirée en analysant le trou qu’elle a creusé dans un mur, le système de détection d’IceCube détermine avec une assez bonne précision la région du ciel d’où est issue la particule : un petit coin de la constellation d’Orion.
Quarante-trois secondes après la détection, une alerte est envoyée qui signale l’événement. La suite, Azadeh Keivani, chercheuse à l’université d’Etat de Pennsylvanie et cosignataire d’une des études parues dans Science, la raconte : l’alerte « a déclenché une séquence automatique d’observations, dans les domaines des ultraviolets et des rayons X, par les télescopes spatiaux Swift et NuSTAR de la NASA, ainsi que par treize observatoires tout autour du monde ».
Un trou noir gargantuesque
Grâce à cette collaboration internationale de grande envergure, un « suspect » est vite identifié dans la zone. Dans le jargon astronomique, il s’agit d’un « blazar », portant le matricule TXS 0506 + 056. Contraction de « blazing quasar » (« quasar flamboyant » en français), un blazar désigne une galaxie dont le cœur est occupé par un trou noir gargantuesque. La masse de la bête peut équivaloir à plusieurs milliards de fois celle du Soleil, et autour d’elle gravite un disque de matière surchauffée qui, petit à petit, est avalée par le trou noir.
L’énergie mobilisée dans ces phénomènes est au-delà de l’imaginable. Deux jets de particules chargées s’échappent perpendiculairement au noyau de la galaxie à une vitesse proche de celle de la lumière, comme les deux cônes d’un gigantesque phare céleste. Si ce quasar nous semble flamboyant vu de la Terre, c’est parce que nous nous trouvons précisément dans l’axe d’un de ces cônes.
D’après les observations effectuées dans les heures et les jours qui ont suivi l’alerte, il apparaît que TXS 0506 + 056 est bien en phase active. Toute la difficulté, pour les chercheurs, a consisté à déterminer si le blazar était le parent du neutrino observé ou si la concomitance des deux phénomènes n’était due qu’au hasard. Une analyse statistique complexe a donc été menée par Anna Franckowiak : « Nous avons calculé que la probabilité qu’il s’agisse d’une simple coïncidence était environ d’une chance sur mille », explique cette chercheuse au synchrotron allemand DESY.
Une chance sur mille, cela peut sembler insignifiant, mais ce chiffre laisse un degré d’incertitude peu tolérable pour des physiciens. L’équipe d’IceCube s’est donc replongée dans ses archives et a déniché une douzaine d’autres neutrinos provenant de la direction de TXS 0506 + 056. La probabilité d’une pure coïncidence est tombée à une chance sur cinq mille. « Cela commence à devenir sérieux », commente Kumiko Kotera, qui souligne cependant que ce chiffre ne répond pas encore aux standards très rigoureux de l’astrophysique.
L’astronomie « multimessagers »
La chercheuse ne boude toutefois pas son plaisir, consciente d’être vraisemblablement en face d’une découverte historique. Elle souligne que, au-delà de la première identification d’une source de rayons cosmiques, ces travaux constituent un pas de plus vers un nouvel âge de sa science, celui de l’astronomie « multimessagers ». Pendant longtemps, les astronomes n’ont eu que la lumière visible des étoiles et des planètes pour travailler, puis leur palette s’est élargie à d’autres « couleurs », d’autres parties du spectre électromagnétique – ondes radio, infrarouge, UV, rayons X et gamma.
Et en une poignée d’années, de nouveaux messagers des astres sont entrés en scène : les ondes gravitationnelles, détectées pour la première fois en 2015 (et dont les découvreurs ont reçu le prix Nobel de physique 2017), et désormais les neutrinos de haute énergie. En combinant les messagers, les astrophysiciens auront à la fois « la couleur et la texture » du tableau qu’ils contemplent, pour reprendre l’image de Kumiko Kotera.
Directrice de la National Science Foundation américaine, qui finance en grande partie IceCube, France Cordova ne s’y est pas trompée, qui a réagi à l’annonce sur TXS 0506 + 056 en déclarant : « L’ère de l’astrophysique multimessagers a commencé. Chaque messager (…) nous donne une compréhension plus complète de l’Univers ainsi que d’importants nouveaux enseignements sur les objets et les phénomènes les plus puissants du ciel. » 



                            


                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-14"> ¤ Quelles réactions aurons-nous vis-à-vis des robots sociaux, conçus pour nous sembler doués d’émotions et d’empathie ? Ils vont bouleverser notre manière d’interagir avec autrui.
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Robot mon amour

Quelles réactions aurons-nous vis-à-vis des robots sociaux, conçus pour nous sembler doués d’émotions et d’empathie ? Ils vont bouleverser notre manière d’interagir avec autrui.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
13.07.2018 à 13h50
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            

Il va falloir vous y faire : de plus en plus, et de manière plus fluide et peut-être plus captivante qu’avec nombre d’interlocuteurs humains, vous allez converser avec des machines. Elles ne se contenteront plus de vous rendre toutes sortes de services : elles vous conseilleront, vous rassureront, vous feront rire, seront attentives à vous. Bien sûr, vous allez vous y attacher. Vous allez vous inquiéter pour elles, être triste quand elles seront cassées. Certains ne pourront plus s’en passer. Et il ne s’agit pas là d’un futur lointain ! Les assistants virtuels sont déjà dans nos ­téléphones, les robots domestiques dans nos foyers. Et tous, demain, seront infiniment plus performants qu’aujourd’hui. Entre les robots et nous, les affinités particulières ne font que commencer.

Faut-il s’en inquiéter ? S’en réjouir ? Question de génération, sans doute. Et de culture. Dans l’imaginaire occidental, le mot « robot » apparaît pour la première fois en 1920 dans une pièce de théâtre du Tchèque Karel Capek, R.U.R. (Rossum’s Universal Robots), et, tout de suite, la tragédie est au rendez-vous. D’ap­parence similaire à celle des humains, les androïdes créés par le démiurge Rossum remplissent les tâches qui étaient les nôtres – jusqu’au jour où ils se révoltent et détruisent la race humaine. D’alliés, ils sont devenus ennemis, selon un schéma catastrophiste qui a nourri par la suite quantité de romans et de films d’anticipation.
« Absorbeur d’angoisse »
Mais d’autres ressorts narratifs sont possibles. Au Japon, par exemple, où une philosophie animiste toujours prégnante fait imaginer une « âme » à tout ce qui semble doté d’un mouvement autonome, les robots sont perçus comme capables de faciliter notre croissance morale et notre maturation psychologique. La culture populaire les a adoptés depuis longtemps, et Astro, le petit robot, série de shonen mangas d’Osamu Tezuka publiée entre 1952 et 1968, y est devenu un symbole national.
Au...




                        

                        


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Serge Tisseron : « Les  robots vont modifier la psychologie humaine »

Satisfaction des désirs, solitude, mémoire, relation à l’espace… Pour le psychiatre Serge Tisseron, les machines dotées d’une intelligence artificielle vont bouleverser non seulement notre quotidien mais aussi notre manière d’être au monde.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
16.07.2018 à 10h46
    |

            Catherine Vincent








                        



   


Serge Tisseron est psychiatre, docteur en psychologie et, depuis 2015, membre de l’Académie des technologies. Il a cofondé, en 2013, l’Institut pour l’étude des relations homme/robots (IERHR), dont il est toujours un membre actif.
Comment l’omniprésence de machines dotées d’une intelligence artificielle (IA) dans notre quotidien va-t-elle modifier le psychisme humain ?
Les robots vont modifier la psychologie ­humaine autant que les progrès de l’alimentation et de la médecine ont modifié nos corps. Notre taille et notre corpulence ont changé, notre résistance aux maladies et à la douleur aussi, mais nous ne nous en rendons pas compte car ces changements nous sont devenus naturels. Il en sera de même avec les ­machines intelligentes, qui vont bouleverser non seulement notre quotidien mais aussi notre manière d’être au monde.
Quatre domaines, au moins, seront profondément modifiés. D’abord, notre capacité à différer la satisfaction de nos désirs. Le téléphone, puis le mail, ont déjà commencé à altérer notre capacité de résistance à l’attente relationnelle : avec la livraison quasi instantanée par drone, nous allons aussi devenir intolérants à l’attente des objets. Le degré suivant sera probablement l’intolérance à nos attentes de reconnaissance, car nos robots de proximité pourront nous gratifier de quantité de félicitations et gentillesses. Dès lors, serons-nous capables de supporter que la société humaine qui nous entoure soit moins aimable avec nous ? Aurons-nous seulement envie de continuer à la fréquenter ?
Le deuxième changement concerne le rapport à la solitude et au discours intérieur. Avec nos « chatbots »[« agents conversationnels »], nous allons développer une tendance à nous raconter en permanence. Contrairement à la plupart des humains, ces machines nous ­feront constamment rebondir par des questions, des plaisanteries et des gentillesses. Pour une raison simple : la capture de nos données personnelles…
Mais, du coup, la ­notion de solitude changera : la compagnie ne se définira plus seulement par la présence d’un humain, mais aussi d’une machine. Que deviendra la possibilité de se tenir à soi-même un discours intérieur, sans interlocuteur, lorsque nous serons habitués à en avoir un à demeure, prêt à nous écouter aussi longtemps que nous le voudrons ?
Les deux autres domaines dans lesquels l’IA va modifier notre psychisme sont notre ­mémoire et notre relation à l’espace. Demain, notre smartphone ne sera pas seulement en mesure de stocker quantité de nos données personnelles, il pourra les classer à notre place, participant ainsi en permanence à la construction de notre biographie.
Quant aux outils de géolocalisation, ils nous permettront bientôt de nous déplacer dans l’espace sans en avoir la moindre compréhension. Si la téléportation, aujourd’hui banale dans les jeux vidéo, existe un jour dans le monde réel, elle sera perçue comme totalement naturelle, car nous avons déjà perdu la représentation des espaces intermédiaires entre le point dont nous partons et le point où nous arrivons !
Les robots vont-ils obliger l’homme à redéfinir l’idée qu’il se fait de lui-même ?
Dans toutes les technologies inventées jusqu’alors, les objets étaient à mon service : je les mettais en route quand j’en avais besoin, comme un chef d’orchestre. Ce qui sera nouveau avec les objets dotés d’IA, c’est qu’ils pourront m’interpeller et me proposer leurs services comme des partenaires à part ­entière. Lorsque je rentrerai dans ma voiture autonome – Ford prévoit sa commercialisation pour 2021 –, je serai accueilli par une voix couplée à une petite caméra, qui me dira par exemple : « A voir ton visage ce matin, j’ai ­l’impression que tu as mal dormi ! »
Si j’ai oublié mon parapluie avant de sortir, ce ne sera pas ma femme ou mes enfants qui me le feront remarquer, mais mon assistant personnel qui me morigénera : « Rappelle-toi, je t’ai dit ce matin qu’il allait pleuvoir ! » Nous ­serons de plus en plus confrontés au fait que les machines ont des compétences que nous n’avons pas, c’est-à-dire à notre incomplétude humaine. Avec le risque d’une certaine honte face à nos insuffisances… Et celui d’une ­confiance de plus en plus aveugle dans leurs capacités. Nous serons ainsi graduellement enfermés dans une dépendance affective croissante vis-à-vis d’elles.
Comment la psychologie peut-elle étudier ces nouveaux phénomènes ?
Il va lui falloir intégrer notre relation aux ­objets comme un élément d’appréciation de la qualité de notre relation au monde – autrement dit de notre santé mentale. On estime aujourd’hui que celle-ci est bonne lorsqu’on a un bon réseau social, une sexualité satisfaisante, un travail à peu près stable…
Il faudra y ajouter la reconnaissance d’une dépendance affective saine aux objets. Elle pourrait en ­effet devenir pathologique, comme c’est le cas pour ceux qui souffrent de manque quand ils sont privés de jeux vidéo, de réseaux sociaux ou d’alcool. Un autre risque étant de glisser du bonheur de l’anthropomorphisme (je projette mes émotions et mes pensées sur un objet ou un animal, mais je sais qu’il s’agit d’une projection) aux illusions de l’animisme (je prête à l’objet en question des capacités cognitives et émotionnelles identiques aux miennes).
Pourquoi les machines intelligentes vont-elles augmenter ce risque d’animisme ?
Parce qu’elles pourront prendre l’initiative de la relation, et aussi parce que leurs fabricants alimenteront l’illusion qu’elles ont des émotions. Cela aggravera le phénomène constaté, il y a plus d’un demi-siècle, par l’informaticien Joseph Weizenbaum. Il avait écrit un programme baptisé Eliza, un précurseur des chatbots destiné à simuler un psychothérapeute dont la méthode consiste à reformuler les propos du patient en se concentrant sur ses réactions émotionnelles. Weizenbaum s’aperçut que certains des étudiants qui l’aidaient dans cette tâche avaient tendance à penser que la machine les comprenait vraiment ! Il eut alors cette phrase, qui devrait être inscrite au fronton de tous les laboratoires de recherche en IA : « Je n’aurais jamais cru qu’un programme aussi simple puisse provoquer chez des gens normaux de tels délires. »
C’est ce qu’on appelle un phénomène de dissonance cognitive : on a beau savoir que ce sont des machines, on ne peut pas s’empêcher de développer avec elles la même relation qu’avec des humains, et croire qu’elles ont des émotions. Plus récemment, l’état-major américain a découvert que certains soldats envoyés en Irak et en Afghanistan s’attachaient de manière déraisonnable à leur robot démineur : les dommages que ­subissait celui-ci les affectaient gravement, et ils voulaient absolument qu’on le leur répare plutôt que de recevoir un robot tout neuf sorti de l’usine. Pendant le combat, certains pouvaient même mettre leur vie en danger pour lui éviter des dommages.
Vous écrivez dans votre dernier ouvrage : « Si j’étais plus jeune, je créerais un ­laboratoire d’étude de la psychologie des IA. » Inventer une psychologie des machines, est-ce vraiment nécessaire ?
J’ai été conforté dans cette évidence par ce qui s’est passé avec Tay, une IA censée jouer le rôle d’une adolescente capable d’interagir sur les réseaux sociaux. Mise au point par Microsoft et « lâchée » sur Twitter en mars 2016, elle avait été programmée pour apprendre par imitation et renforcement. Résultat : après une journée et plus de 96 000 Tweet, des internautes mal intentionnés lui avaient fait tenir des propos misogynes, racistes et antisémites, contraignant Microsoft à suspendre en urgence son compte Twitter. Ce qu’il faut retenir de cette expérience désastreuse, c’est que les machines douées d’apprentissage évolueront différemment au contact de leurs utilisateurs.
S’agit-il à proprement parler de psychologie ? D’une certaine façon, oui. Si l’on s’en tient à ce qui est observable, des machines élevées dans des environnements différents se distingueront les unes des autres par leurs comportements, par leurs propos, voire par les émotions qu’elles simuleront. Il nous faudra donc étudier la manière dont ces IA se transformeront au fil des inter­actions avec les humains. Et aussi au fil de leurs propres interactions !
Car on l’oublie trop souvent, les communautés de robots vont prendre une importance croissante : ils pourront par exemple se connecter la nuit à un serveur central, une sorte d’école du soir qui corrigera leurs ­apprentissages les plus antisociaux. Cette ­interconnexion est le grand défi que nous poseront les objets dotés d’une IA. Les ­informaticiens nous présentent leurs créatures comme des objets « autonomes », mais leur puissance d’apprentissage et de stockage des données sera basée sur leur interconnexion permanente.
Les robots, dites-vous, vont changer notre rapport à la culpabilité. De quelle manière ?
D’une part en nous culpabilisant, de l’autre en nous déculpabilisant. Les machines vont pouvoir nous culpabiliser car nous allons leur donner le droit de nous punir. Reprenons l’exemple de la voiture autonome, dans laquelle le conducteur est censé rester ­disponible en cas de nécessité. Pour s’en assurer, le véhicule vous envoie régulièrement un ­signal, auquel vous devez répondre en mettant la main sur le volant. Si vous ne répondez pas au signal – parce que vous dormez, ou êtes plongé dans un film sur la banquette ­arrière –, que se passe-t-il ? L’algorithme vous sanctionne en vous obligeant, la prochaine fois que vous prendrez votre véhicule, à ­conduire vous-même, à l’ancienne.
Accepterons-nous de telles punitions comme relevant d’un pacte social ? Certains se sentiront-ils persécutés par leur machine ? C’est à ce genre de questions que les psychologues de demain seront confrontés. Mais les machines auront aussi le pouvoir de déculpabiliser, avec le risque de rendre certains ­d’entre nous de plus en plus inhumains. Les « robots tueurs », ces machines militaires programmées pour ouvrir le feu sur telle ou telle cible, présentent déjà ce danger. A partir du moment où l’homme sort de la boucle des décisions, il lui devient plus facile de se déresponsabiliser et d’accepter pour son propre ­intérêt des « dommages collatéraux » plus importants, autrement dit un plus grand nombre de morts civils.
Même si leurs fabricants font tout pour nous en donner l’illusion, les robots n’éprouvent ni émotion ni souffrance. Cela pourrait-il changer un jour ?
Il n’y a aucune raison de donner des émotions aux robots, bien au contraire. Rappelez-vous HAL, dans 2001 l’Odyssée de l’espace, et son ­fameux « J’ai peur » : c’est à partir de là que tout tourne mal. Mais une grande rupture surviendra probablement quand les robots combineront des matériaux inertes et biologiques. A ce moment-là, les humains eux-mêmes seront probablement transformés. Il n’y aura plus alors que des créatures métissées, des cyborgs. Certains plutôt humains, d’autres plutôt machines, sans que la limite entre les deux soit peut-être très claire.

A lire
Ouvrages de Serge Tisseron :
« Petit traité de cyberpsychologie » (Le Pommier, 304 p., 19 €) ; « Robots, de nouveaux partenaires de soins psychiques », en codirection avec Frédéric Tordo (Erès, 208 p., 12 €) ; « Le jour où mon robot m’aimera » (Albin Michel, 2015).



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<filname="SURF-env_sciences-16"> ¤ Soucieux de favoriser la confiance des utilisateurs vis-à-vis de leurs machines intelligentes, les roboticiens sont très attentifs à déterminer ce qui peut transformer une sensation de familiarité en sensation de frayeur.
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Le robot, un double étrangement inquiétant

Soucieux de favoriser la confiance des utilisateurs vis-à-vis de leurs machines intelligentes, les roboticiens sont très attentifs à déterminer ce qui peut transformer une sensation de familiarité en sensation de frayeur.



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 |    12.07.2018 à 13h00
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            Catherine Vincent








                        



                                


                            

Imaginez un robot de compagnie ayant la forme d’une boîte, un autre de forme basse avançant sur six pattes, un autre encore marchant sur ses deux jambes : selon toute probabilité, c’est avec le dernier que vous aurez spontanément envie d’interagir. Si les roboticiens se donnent tant de mal pour concevoir des machines intelligentes à notre image, c’est que la ressemblance de l’autre nous met en confiance, nous fait nous sentir plus proches. Mais est-ce si vrai ?
« Réaction archaïque »
En 1964, le chercheur japonais Masahiro Mori avançait une conjecture qui a longtemps fait florès, celle dite de la « vallée de l’étrange » (uncanny valley). Selon lui, plus les robots ressembleraient aux humains, plus nous trouverions facile d’interagir avec eux – mais seulement jusqu’à un certain degré de ressemblance. Au-delà, la ressemblance serait à la fois trop grande et insuffisante. Un robot parfaitement humain dans son apparence nous paraîtrait ainsi monstrueux si nous découvrions, en lui serrant la main, que celle-ci est totalement glacée. On entrerait alors dans la « vallée », dont nous ne sortirions que lorsque les robots et les êtres humains deviendraient en tout point indiscernables.
Une version moderne, en quelque sorte, de « l’inquiétante étrangeté » décrite par Sigmund Freud, après une expérience personnelle qui l’a profondément perturbé : alors qu’il voyage seul dans un compartiment de wagons-lits, il voit un homme qui lui ressemble s’avancer vers lui… avant de comprendre qu’il s’agit de son reflet dans la glace.
« Qui sait, conclut-il, si le déplaisir éprouvé n’était tout de même pas un reste de cette réaction archaïque qui ressent le double comme étant étrangement inquiétant ? » Dans notre cohabitation avec les machines, nous n’en sommes pas là. Si les robots sociaux adoptent souvent une forme humanoïde (deux bras, deux jambes, un tronc et un casque en forme de tête, doté d’une bouche et de deux yeux stylisés),...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-17"> ¤ La thérapie miroir consiste à ­donner l’illusion à un patient, dont un membre supérieur est lésé, qu’il effectue bien une série de mouvements. L’illusion engendre une réorganisation du cerveau facilitant la rééducation.
<filname="PROF-env_sciences-17"> ¤ 
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<filname="SURF-env_sciences-18"> ¤ C’est un agriculteur de Haute-Garonne qui a fait cette découverte en 2014. Jusqu’alors, l’espèce n’était connue que par quatre dents isolées.
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Un crâne du « mastodonte des Pyrénées » au Muséum d’histoire naturelle de Toulouse

C’est un agriculteur de Haute-Garonne qui a fait cette découverte en 2014. Jusqu’alors, l’espèce n’était connue que par quatre dents isolées.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 10h31
 • Mis à jour le
12.07.2018 à 11h35
   





                        



   


Les paléontologues du Muséum d’histoire naturelle de Toulouse ont présenté lundi 9 juillet un crâne « quasi intact » du mastodonte des Pyrénées, « un cousin de l’éléphant », le seul connu de cette espèce découverte en 1857, selon Francis Duranthon, le directeur du Muséum.
Cet exemplaire a été découvert « par hasard » par un agriculteur de Haute-Garonne sur un de ses terrains près de l’Isle-en-Dodon. En 2014, en faisant des travaux sur l’un de ses terrains (Haute-Garonne), cet agriculteur a trouvé des os. Craignant d’être « embêté » par une horde de curieux, l’agriculteur, qui refuse que soit communiqué l’emplacement exact de cette découverte, mettra deux ans avant de contacter le Muséum de Toulouse.
Ainsi, « c’est en 2017, en allant sur place, que nous nous sommes rendu compte de l’importance de la découverte, l’agriculteur était en fait tombé par hasard sur un mastodonte, qui n’était connu jusqu’à présent que par quatre dents isolées – deux conservées au Muséum de Toulouse et deux autres au Muséum de Paris » et qui avaient été découvertes à proximité de ce crâne en 1857.
Une espèce « mythique »
« Nous avons donc un crâne complet et cela va nous permettre de préciser l’anatomie de cette espèce », s’est réjoui M. Duranthon. « On met aujourd’hui un visage sur une espèce qui était devenue quasi mythique », a ajouté Pierre Dalous, le conservateur du Muséum.
« Le crâne complet a été retiré du terrain et ramené au laboratoire. Il est pris dans la roche, il faut donc maintenant gratter centimètre par centimètre pour dégager l’ensemble du crâne, nous en sommes à la moitié, il reste encore six à neuf mois de travail », a expliqué ce dernier.
Ce spécimen, « très rare » selon le Muséum, fait partie du groupe des proboscidiens et de la famille des gomphotherium, des animaux apparus en Afrique et qui ont migré en Europe il y a 18 millions d’années avant de disparaître il y a environ 1,5 million d’année. « Il s’agissait d’une sorte d’éléphant avec quatre défenses d’environ 80 centimètres, dont deux dans la mâchoire du haut et deux dans la mâchoire du bas », a détaillé le directeur du Muséum.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-19"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le physicien Julien Bobroff souligne les limites d’exercices trop formatés. Il appelle chercheurs et vulgarisateurs à imaginer ensemble d’autres façons de rendre la science accessible.
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« Scientifiques et médiateurs doivent collaborer pour réinventer la vulgarisation »

Dans une tribune au « Monde », le physicien Julien Bobroff souligne les limites d’exercices trop formatés. Il appelle chercheurs et vulgarisateurs à imaginer ensemble d’autres façons de rendre la science accessible.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 07h00
    |

Julien Bobroff (Physicien, professeur à l’université Paris-Sud)







                        



                                


                            

Tribune. Le concours MT180, « Ma thèse en 180 secondes » (MT180), vient de s’achever. Le doctorant victorieux a présenté son sujet de thèse avec brio en seulement trois minutes ! Une introduction enivrante, une ­métaphore drôle et décalée pour ­expliquer son sujet – les ondes sismiques – et une conclusion ouvrant sur l’avenir de notre planète.
Pourtant, plusieurs se sont plaints sur les réseaux sociaux d’un air de ­déjà-vu. Concours après concours, les présentations des candidats semblent souvent issues d’un même moule. Certains scientifiques critiquent l’exercice : construit à la façon d’un pitch pour entreprise, pas assez scientifique, un simple outil de ­communication pour nos institutions. Les partisans de MT180 répondent que l’exercice rend plus accessibles les scientifiques, qu’il montre la variété de leurs disciplines et, surtout, qu’il aide à former des doctorants à la vulgarisation.

Je suis moi-même partagé. J’ai ­toujours encouragé ce concours, dont je loue les vertus, participant même à des jurys dans le passé. Mais je reconnais avoir de plus en plus de mal à visionner ces prestations toutes formatées à l’identique.
Des musées scientifiques ont développé d’autres formes de médiation : science participative, fab lab et même « escape games »…
Au-delà, j’ai surtout l’impression d’assister une fois encore à un débat récurrent entre scientifiques et vulgarisateurs. Chez mes collègues chercheurs, on se méfie des effets de mode, de la « com » et des médias, d’Internet et de YouTube, et surtout du manque de fond et de substance.
Du côté du monde de la culture scientifique, j’entends parfois certains en avoir un peu assez des scientifiques qui n’acceptent de délivrer leur savoir que dans des formats longs, professoraux et magistraux, sans place pour le dialogue et adaptés seulement à certains publics d’initiés. De nombreux musées scientifiques ont d’ailleurs développé ces dernières années d’autres formes...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-20"> ¤ Anne Lehoërff analyse la période charnière où des armes ont été forgées non pour se nourrir mais pour tuer ses semblables.
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Et l’homme créa la guerre

Anne Lehoërff analyse la période charnière où des armes ont été forgées non pour se nourrir mais pour tuer ses semblables.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
12.07.2018 à 10h00
    |

            Pierre Barthélémy








                        



                                


                            

Le livre. Les histoires commencent souvent par la formule « Un jour… » Le dernier livre d’Anne Lehoërff, qui enseigne la protohistoire européenne à l’université de Lille, s’inscrit volontairement dans cette tradition narrative avec cette première phrase : « Un jour, les hommes inventèrent la guerre. »
Spécialiste de l’âge du bronze et de sa métallurgie, Anne Lehoërff a vu passer entre ses mains quantité d’objets anciens, des bijoux, de la vaisselle, etc. Mais pas uniquement. Il y a plus de trois millénaires, les artisans bronziers « fabriquaient aussi des objets pour tuer, des armes. Bien sûr, j’avais enregistré ces pièces dans mes listes d’inventaire ou mes références mentales. Et pourtant, bêtement, naïvement, je ne les avais jamais regardés en face en me disant : “Cette épée a tué des individus, un, plusieurs.” Et les bronziers étaient, littéralement, les artisans de cette mort violente. »
Dans Par les armes, Anne Lehoërff remonte à ce jour, situé quelque part entre 1700 et 1600 avant notre ère, où l’on inventa un objet spécifiquement fait pour tuer d’autres humains, l’épée. Certes des conflits meurtriers avaient eu lieu bien avant l’âge du bronze mais ils étaient rares et détournaient des objets de leur fonction première – l’arc du chasseur, l’outil qu’est la hache.
A l’âge du bronze, le progrès technologique, sans doute associé à une volonté politique, permet véritablement la naissance du concept de guerre tel que nous le connaissons : un affrontement armé entre deux groupes humains, accepté socialement, régulé, où les guerriers sont des tueurs légitimes mandatés par le pouvoir.
Le métal a parlé
L’archéométallurgiste qu’est Anne Lehoërff nous entraîne dans l’atelier d’un bronzier car, l’Europe de l’époque ne pratiquant pas l’écriture, c’est le métal qui va parler de ces ­sociétés du passé. Il dit le savoir-faire de ces artisans, capables de déterminer les bons alliages...




                        

                        

