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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ La cinéaste et le comédien Laurent Lafitte confrontent leurs regards sur le film qui les réunit pour la première fois.
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Patricia Mazuy : « Ce n’est pas Gilles Deleuze le personnage, quoi ! »

La cinéaste et le comédien Laurent Lafitte confrontent leurs regards sur le film qui les réunit pour la première fois.



Le Monde
 |    18.07.2018 à 07h26
    |

            Véronique Cauhapé








                        



                                


                            

Dès l’écriture du scénario, qu’elle cosigne avec Yves Thomas, la cinéaste Patricia Mazuy a pensé à Laurent Lafitte pour le rôle de Paul Sanchez. Après lecture, le comédien a tout de suite accepté. Réunis dans un café parisien, ils reviennent sur cette drôle d’aventure qu’ils ont partagée ­durant deux mois de tournage.

Pourquoi avez-vous choisi Laurent Lafitte pour le rôle de Paul Sanchez ?
Patricia Mazuy : Parce qu’il a le sens du burlesque et du tragique. Parce qu’il peut être très beau et avoir une tête de super-naze. Mais j’avais quand même spécifié à son agent que je voulais le voir en vrai, même s’il disait oui au projet. Pour être certaine de mon choix. Dès que je l’ai rencontré, j’ai été sûre. Laurent ne calcule pas, et il a tout de suite accepté qu’on transforme son visage.
Pourquoi avez-vous accepté si vite ce rôle ?
Laurent Lafitte : Parce que je recevais la proposition d’une cinéaste. Cela fait toute la différence. J’avais vu ce que faisait Patricia, et j’ai ressenti une forte curiosité. Ensuite, j’ai lu le scénario comme un roman, j’avais envie de tourner les pages, savoir comment l’histoire se terminait. C’est un bon signe. J’ai été séduit par l’efficacité du thriller, la complexité et la drôlerie des personnages, la dimension sociale du film. Puis, quand j’ai rencontré Patricia et découvert sa personnalité, j’ai senti que le film allait être à son image : complexe, singulier, drôle, grave. Quand vous sentez que vous allez être embarqué dans un film qui est cohérent par rapport à la personne qui le dirige, vous pouvez la respecter et vous mettre à sa disposition, car vous comprenez ce qu’on vous demande. Enfin, nous avions des références ambitieuses : nous avions plus envie de faire Fargo [le thriller des frères Coen à l’humour noir, 1996] que Seven [le film sombre de ­David Fincher, 1995].
Comment s’est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Pour son retour à l’écran, l’homme-fourmi de l’univers Marvel mise sur la sobriété et l’humour.
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« Ant-Man et la Guêpe » : un super-héros miniature et champion de la décroissance

Pour son retour à l’écran, l’homme-fourmi de l’univers Marvel mise sur la sobriété et l’humour.



Le Monde
 |    18.07.2018 à 07h25
 • Mis à jour le
18.07.2018 à 20h54
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Nouvel arrivant dans la transposition à l’écran de l’univers super-héroïque Marvel, l’homme-fourmi nous a été révélé en 2015, sous les traits de l’acteur Paul Rudd, dans un film déjà signé Peyton Reed. Scott Lang (Rudd), sympathique cambrioleur, y endossait la combinaison atomique inventée par le professeur Hank Pym (Michael Douglas), permettant à son possesseur de varier sa taille à loisir et de commander le peuple des fourmis. On retrouvait le personnage, en 2016, dans Captain America : Civil War, avant qu’il ne revienne aujourd’hui dans Ant-Man et la Guêpe, assigné à résidence et s’occupant, en bon papa gâteau, de sa fille, Cassie.
Mais Hank Pym ne tarde pas à le recontacter pour une nouvelle mission : retrouver sa femme, ­Janet Van Dyne (l’ex-catwoman Michelle Pfeiffer), prisonnière depuis des années de l’univers quantique. Pour ce faire, Ant-Man vole, en compagnie de la propre fille d’Hank et de Janet, la belle Hope Van Dyne (Evangeline Lilly), alias « La Guêpe », dont les charmes piquants ne le laissent pas insensible. Pour ceux qui suivent encore cet imbroglio proliférant qui se complexifie à chaque nouveau film Marvel, quelques nouveaux obstacles devront néanmoins être pris en compte. A titre principal, « Le Fantôme », une fille redoutablement désintégrée qui a un compte personnel à régler avec l’orgueilleux Hank Pym. A titre secondaire, une bande de malfrats bêtes et méchants, trafiquants de nouvelles technologies.
Réalisme et comédie
Cette constellation de personnages, d’univers et d’actions parallèles conduit à un climax bien orchestré, où leur montage téle­scopé fait habilement monter la mayonnaise. Nonobstant une belle course-poursuite sur terre et une belle divagation vernienne dans le monde quantique, ce n’est pas tant l’action qui fait la vertu de ce film que la volonté de la subordonner à des valeurs nettement plus douces. L’humour, par exemple, avec les descentes régulières, mais à chaque fois couronnées d’insuccès, du FBI au domicile de Scott (toujours de retour à temps), ou la prestation croustillante de Michel Peña dans le rôle de son associé mexicain froussard et logorrhéique.
Ant-Man pourrait d’ailleurs se définir comme la franchise de la décroissance dans l’univers marvélien. Moins de violence. Moins de superpouvoirs. Moins de monstruosité destructrice. Moins de grandiloquence cosmique. Moins de méchants hyperboliques. Par contre, plus de réalisme, plus d’attention aux acteurs, plus de comédie, plus de bricolage kitsch façon science-fiction des années 1980, plus de souci du foyer familial. C’est, si l’on veut, Disney qui prend sa revanche sur Marvel, en créant un segment super-héroïque destiné à la défense de la famille et de l’écologie.
C’est Disney qui prend sa revanche sur Marvel, en créant un segment super-héroïque destiné à la défense de la famille et de l’écologie
Il n’est pas jusqu’au couple de héros miniaturisés qui ne soit à sa manière un champion de la décroissance, loin de la course au gigantisme qui domine le genre. N’oublions pas que Ant-Man, mal-aimé de son créateur, Jack Kirby, qui finit par s’en désintéresser, fut un super-héros sacrifié, qui connut une existence sporadique, entre mort et réincarnations successives. On voit bien, derrière tout cela, l’intelligence pratique, sensible à l’air du temps, qui gouverne l’éprouvante, mais semble-t-il inépuisable machine de production super-héroïque. Elle consiste à aller chercher partout où il est possible matière à élargir le spectre du public, et partant celui du succès.

Film américain de Peyton Reed. Avec Paul Rudd, Evangeline Lilly, Michael Peña, Michelle Pfeiffer, Michael Douglas (1 h 58). Sur le Web : newsroom.disney.fr/ant-man.html et www.marvel.com/antman



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ La réalisatrice syrienne Gaya Jiji inscrit une histoire intime dans un contexte de tragédie collective.
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« Mon tissu préféré » : l’éveil sensuel d’une jeune Damascène

La réalisatrice syrienne Gaya Jiji inscrit une histoire intime dans un contexte de tragédie collective.



Le Monde
 |    18.07.2018 à 07h24
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Présenté en mai, dans la section Un certain regard, à Cannes, Mon tissu préféré sort dans les salles françaises au moment précis où Deraa tombe entre les mains du régime de Bachar Al-Assad. Or, le premier long-métrage de la réalisatrice syrienne Gaya Jiji, exilée à Paris, est scandé par les échos du soulèvement de Deraa au printemps 2011. C’est l’une des ambitions de ce film complexe et imparfait que d’inscrire la plus intime des histoires – l’éveil sensuel d’une jeune femme – dans la plus féroce des tragédies collectives. Gaya Jiji veut aussi faire œuvre de mémorialiste et d’anthropologue : déchiffrer les codes et les contraintes d’une culture à travers les fantasmes de son héroïne, Nahla (Manal Issa), qui – de l’aveu de l’auteure – lui ressemble beaucoup.
Les murs de l’appartement familial sont parfois traversés par les bruits et les images de la révolution qui gronde
Nahla vit avec sa mère, veuve, et ses deux jeunes sœurs, à Damas. Alors que ses cadettes sont étudiantes, elle travaille dans une boutique de vêtements et balance entre la possibilité d’épouser un garçon émigré aux Etats-Unis et son désir d’indépendance. La disparition du patriarche a plongé le petit clan dans la déchéance sociale, et l’éventuel mariage serait l’occasion de remonter cette pente sans fin. Mais Nahla préfère évoquer en songe un amant parfait plutôt que de complaire à son soupirant officiel.
Manal Issa, qu’on avait découverte dans Peur de rien, de Danielle Arbid, donne à ce personnage une dureté qui confine parfois à la cruauté. La première séquence du film la montre affrontant les passagers grelottants d’un taxi collectif qui veulent la persuader de remonter la vitre de la voiture : l’actrice donne immédiatement à son personnage une force d’opposition qui convaincrait presque qu’elle est indestructible. Ce personnage de rebelle et de sale gosse prend une épaisseur qu’elle gardera tant que le film restera entre les confins de l’appartement familial et de la boutique, dont les murs sont parfois traversés par les bruits et les images de la révolution qui gronde.
Terrain de la métaphore
Quand le scénario s’avise de grimper d’un étage, pour aller fouiner dans l’appartement du dessus où Mme Jiji (Ula Tabari), femme de mauvaise vie, a entrepris d’installer une maison de passe, Mon tissu préféré s’aventure sur le terrain de la métaphore. La manière dont Nahla force l’entrée de ce lupanar – représentation des désirs féminins refoulés – pour y installer ses attentes, l’intervention d’un personnage masculin emblématique, à la fois sbire du régime et incarnation du mâle arabe éternel (à la manière du sultan Shahryar, il aime à faire de ses amantes des conteuses) ne se voient plus comme des éléments organiques du récit, mais plutôt comme les arguments d’une thèse.
Si bien que la réussite de certaines séquences, comme la dernière entrevue entre Nahla et le fiancé qu’elle a laissé échapper, ne suffit pas à préserver le lien qui s’était créé avec le monde ordinaire et tragique – puisque promis aux destructions de la guerre civile – de ces femmes damascènes. Restent ces lambeaux d’histoire, qui prennent aujourd’hui une teinte encore plus sombre.

Film français, allemand et turc de et avec Gaya Jiji. Avec Manal Issa, Ula Tabari (1 h 35). Sur le Web : www.sddistribution.fr/film/mon-tissu-prefere/121



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Ce film de Nicolo Ferrari, datant de 1961, frappe par sa sensibilité et dresse un remarquable portrait de femme.
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Reprise : « Laura nue », la désenchantée

Ce film de Nicolo Ferrari, datant de 1961, frappe par sa sensibilité et dresse un remarquable portrait de femme.



Le Monde
 |    18.07.2018 à 07h23
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’été est souvent propice à la redécouverte de raretés du cinéma italien. C’est le cas de Laura nue (1961), œuvre méconnue d’un cinéaste lui-même un peu oublié, Nicolo Ferrari, aujourd’hui âgé de 90 ans, qui, hormis une poignée de fictions, s’est surtout consacré à la réalisation de documentaires militants. Or, le temps a merveilleusement travaillé pour cette pépite, coproduction italo-française se proposant d’exposer sans fard les affres de la condition féminine, qui déclencha, en son temps, les foudres des institutions catholiques et frappe aujourd’hui par sa sensibilité et sa charge politique.
Sous son titre quelque peu racoleur, le film abrite un remarquable portrait de femme, issue de la classe moyenne romaine et qui fait ses débuts dans la vie à reculons. Laura (Giorgia Moll, dont Jean-Luc Godard se souviendra pour jouer la jeune traductrice du Mépris) lambine tous les jours au lit, dans sa chambre d’enfant, atteignant l’âge fatidique où tout le monde autour d’elle la pousse à se marier, que ce soient ses parents, la bonne société où elle évolue ou son petit ami Franco (Nino Castelnuovo). Elle lui accorde sa main sans conviction et rencontre, le jour même de ses noces, un jeune et ténébreux professeur, Marco (Tomas Milian), dont elle deviendra la maîtresse. Laura entame une carrière d’épouse volage, se donnant librement aux divers hommes qui l’attirent.
Laura voit bien que, partout, l’exclusivité réclamée par le mariage rend malheureux
Le film met ainsi en avant une héroïne atypique, en rupture avec les conventions sociales de son époque et les vertus dont on pare alors la féminité à l’écran. Laura se caractérise par son scepticisme et sa lucidité : elle constate la désunion consommée de ses parents, le désespoir de sa meilleure amie, Claudia (Anne Vernon), après la naissance de son premier enfant, l’insincérité généralisée des couples qui l’entourent. Elle voit bien que, partout, l’exclusivité réclamée par le mariage rend malheureux, que la sexualité des femmes est mise sous cloche. C’est contre cette appropriation contractuelle qu’elle choisit de multiplier les amants, d’être prodigue d’elle-même et de n’appartenir à personne. Mais coucher pour se désennuyer ne débouche sur rien, car ce sont encore les hommes qui en profitent. D’un côté ou de l’autre des conventions, c’est l’amour qui fait systématiquement défaut.

   


Une héroïne à contre-courant
Laura pourfend les apparences : en cela, elle est un pur vecteur de négativité, une puissance d’interrogation qui remet tout en cause – elle ne cesse de poser des questions, à elle-même et aux autres. En s’attachant à sa mobilité, à ses humeurs changeantes, à ses tâtonnements, Nicolo Ferrari traduit une forme d’errance affective, une crise du sentiment amoureux, propres à la sensibilité moderne de son temps (L’Avventura, de Michelangelo ­Antonioni, était sorti un an plus tôt). Son héroïne traverse à contre-courant les cercles familiaux, mondains, libertins de son entourage – cette société oisive et festive du miracle économique – comme pour confondre sa vanité et ses mensonges. Parcours faits d’allers-retours entre l’intérieur et l’extérieur, entre la ville et la campagne, entre la chambre et la rue (de nombreuses scènes sont filmées à travers Rome), du lit conjugal à celui des autres. Parcours d’habillages et de déshabillages successifs, la nudité de Laura n’étant pas seulement un sujet d’érotisme, mais une épreuve de vérité (cette « vérité nue » qu’elle exige de son époux).
Quelle vérité ? Celle du désir qui ne saurait se restreindre à un unique objet ? Celle de l’amour qui ne naît que pour s’éteindre irrémédiablement ? Celle d’une féminité devant encore conquérir sa propre autonomie sexuelle ? Toutes ces questions partagent le même point de chute : le visage de Laura qui, à plusieurs reprises, s’approche de la caméra, vient remplir tout l’espace du cadre de son incertitude. En scrutant son regard à la fois doux et sombre, sa détresse, bientôt son innocence perdue, ­Nicolo Ferrari sonde le gouffre existentiel de son héroïne, son mélange de détermination et de fragilité. Sans oublier pour autant de rendre un hommage émouvant à sa beauté frémissante.

Film français et italien de Nicolo Ferrari (1961). Avec Giorgia Moll, Tomas Milian, Nino Castelnuovo, Anne Vernon (1 h 40). Sur le Web : fr-fr.facebook.com/theatredutemple



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Plus de quinze ans après « Rivers and Tides », Thomas Riedelsheimer consacre un nouveau documentaire à l’artiste écossais.
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« Penché dans le vent » : sur les traces d’Andy Goldsworthy, figure du Land Art

Plus de quinze ans après « Rivers and Tides », Thomas Riedelsheimer consacre un nouveau documentaire à l’artiste écossais.



Le Monde
 |    18.07.2018 à 07h22
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Thomas Riedelsheimer avait réalisé, en 2001, Rivers and Tides, un film sur l’artiste écossais Andy Goldsworthy, figure importante de ce que l’on appelle le Land Art. Il le retrouve avec ce film, qui, tout à la fois, capte un processus de création et l’écoute évoquer son art, sa conception animiste de la nature, sa vie personnelle.
Le travail d’Andy Goldsworthy se déploie sur plusieurs échelles et passe ici de l’activité la plus minimale (recouvrir de feuilles jaunes tel morceau d’arbre) à une monumentalisation plus spectaculaire (déplacement d’énormes rochers à l’aide de bulldozers, excavations profondes) dans différentes parties du monde, du Brésil à la Nouvelle Angleterre en passant par la France.
Aléas de la nature
A nouveau s’affirme la singularité d’une pratique artistique où l’intervention humaine doit composer avec les aléas de la nature et du temps, remettant en cause l’idée de maîtrise elle-même. Les œuvres de Goldsworthy sont aussi faites de ce qui les détruit et sont l’objet de l’érosion qui émousse, du vent qui disperse, de la pluie qui efface.

Documentaire allemand de Thomas Riedelsheimer (1 h 37). Sur le Web : www.facebook.com/eurozoom.distributeur



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ L’intérêt, ludique et pervers, du film de Gustav Möller réside dans la narration d’une action perçue uniquement grâce à la bande-son.
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« The Guilty » : quand le spectateur devient auditeur

L’intérêt, ludique et pervers, du film de Gustav Möller réside dans la narration d’une action perçue uniquement grâce à la bande-son.



Le Monde
 |    18.07.2018 à 07h21
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Le public veut qu’on lui raconte des histoires et il est prêt à croire à toutes celles qu’il entendra. Le premier long-métrage du réalisateur danois Gustav Möller tient du défi, d’un pari fait avec les spectateurs, celui d’un dispositif contraignant, a priori peu spectaculaire, qui maintiendra ceux-ci en haleine durant plus d’une heure vingt.
Un policier, muté au standard du commissariat où on l’a relégué à la suite d’une faute professionnelle (la culpabilité sous-tend ainsi, comprend-t-on, le comportement du personnage principal), passe son temps à répondre aux appels en tous genres qui lui parviennent. Il intercepte celui d’une femme qui prétend avoir été victime d’un enlèvement, emmenée en voiture par son présumé kidnappeur.
Tragédie horrible
Dès lors, l’homme ne quittera plus son poste, tentant de résoudre une série d’énigmes consistant à la fois à écouter, tout en la conseillant, la victime, repérer l’endroit où se trouve la voiture supposément en fuite, dépêcher des hommes au domicile de la femme pour y découvrir peut-être qu’il a été le théâtre d’une tragédie horrible.
L’intérêt, à la fois ludique et pervers, du film de Gustav Möller réside, dès lors, dans la narration d’une action perçue uniquement grâce à la bande-son. Des voix lointaines, chuchotantes ou implorantes, décrivent les conséquences d’un fait divers à jamais invisible aux yeux d’un spectateur, réduit au statut d’auditeur, catégorie à laquelle appartient, de facto, le policier lui-même. Le visage de celui-ci devient l’écran sur lequel s’inscrit un certain nombre d’évènements qui se jouent ailleurs, hors d’atteinte, et pourtant violents si l’on en croit ce que la bande-son en délivre. La perversité du scénariste consistera alors à méduser personnage et spectateur par un retournement qui dévoile l’illusion à laquelle ils ont succombé.

Film danois de Gustav Möller. Avec Jakob Cedergren, Jakob Ulrik Lohman, Laura Bro (1 h 25). Sur le Web : www.arpselection.com/category/tous-nos-films/policier/the-guilty-459.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Chaque mercredi, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.
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Article sélectionné dans La Matinale du 17/07/2018
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Polar danois et homme-fourmi : notre sélection cinéma

Chaque mercredi, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.



Le Monde
 |    18.07.2018 à 06h49
 • Mis à jour le
18.07.2018 à 07h37
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Maintenant que l’équipe de France a fini de coudre sa deuxième étoile, on peut reprendre en masse le chemin des salles. Le rythme estival commence à s’y installer, fait de films d’auteur qui tentent d’éviter la cohue de la rentrée, à l’image du personnage principal du film de Patricia Mazuy, qui bondit dans la garrigue, de divertissements pour petits et grands, et de redécouvertes, celle de la semaine venant d’un recoin méconnu du cinéma transalpin.
« Ant-Man et la Guêpe » : petits avec de grands pouvoirs

Nouvel arrivant dans la transposition à l’écran de l’univers super-héroïque Marvel, l’homme-fourmi nous a été révélé en 2015, sous les traits de l’acteur Paul Rudd, dans un film déjà signé Peyton Reed. Scott Lang (Rudd), sympathique cambrioleur, y endossait la combinaison atomique inventée par le professeur Hank Pym (Michael Douglas), permettant à son possesseur de varier sa taille à loisir et de commander le peuple des fourmis. Il revient aujourd’hui dans Ant-Man et la Guêpe, assigné à résidence et s’occupant, en bon papa gâteau, de sa fille, Cassie. Mais Hank Pym ne tarde pas à le recontacter pour une nouvelle mission : retrouver sa femme, ­Janet Van Dyne (l’ex-Catwoman Michelle Pfeiffer), prisonnière depuis des années de l’univers quantique. Pour ce faire, Ant-Man vole, en compagnie de la propre fille d’Hank et de Janet, la belle Hope Van Dyne (Evangeline Lilly), alias « la Guêpe », dont les charmes piquants ne le laissent pas insensible.
Cette constellation de personnages, d’univers et d’actions parallèles conduit à un point d’orgue bien orchestré, où leur montage télescopé fait habilement monter la mayonnaise. Nonobstant une belle course-poursuite sur terre et une belle divagation vernienne dans le monde quantique, ce n’est pas tant l’action qui fait la vertu de ce film que la volonté de la subordonner à des valeurs nettement plus douces. L’humour, par exemple, avec les descentes régulières, mais à chaque fois couronnées d’insuccès, du FBI au domicile de Scott (toujours de retour à temps).
Ant-Man pourrait d’ailleurs se définir comme la franchise de la décroissance dans l’univers marvélien. Moins de violence. Moins de superpouvoirs. Moins de monstruosité destructrice. Moins de grandiloquence cosmique. Moins de méchants hyperboliques. En revanche, plus de réalisme, plus d’attention aux acteurs, plus de comédie, plus de bricolage kitsch façon science-fiction des années 1980, plus de souci du foyer familial. C’est, si l’on veut, Disney qui prend sa revanche sur Marvel. J.M.
« Ant-Man et la Guêpe », film américain de Peyton Reed. Avec Paul Rudd, Evangeline Lilly, Michael Peña, Michelle Pfeiffer, Michael Douglas (1 h 58).
« The Guilty » : terreur au bout de la ligne

Le premier long-métrage du réalisateur danois Gustav Möller tient du défi, d’un pari fait avec les spectateurs, celui d’un dispositif contraignant, a priori peu spectaculaire, qui maintiendra ceux-ci en haleine durant plus d’une heure vingt. Un policier, muté au standard du commissariat où on l’a relégué à la suite d’une faute professionnelle (la culpabilité sous-tend le comportement du personnage principal), passe son temps à répondre aux appels en tous genres qui lui parviennent. Il intercepte celui d’une femme qui dit avoir été victime d’un enlèvement, emmenée en voiture par son présumé kidnappeur.
Dès lors, l’homme ne quittera plus son poste, tentant de résoudre une série d’énigmes consistant à la fois à écouter, tout en la conseillant, la victime, repérer l’endroit où se trouve la voiture supposément en fuite, dépêcher des hommes au domicile de la femme pour y découvrir peut-être qu’il a été le théâtre d’une tragédie horrible.
L’intérêt, à la fois ludique et pervers, du film de Gustav Möller réside dans la narration d’une action perçue uniquement grâce à la bande-son. Des voix lointaines, chuchotantes ou implorantes, décrivent les conséquences d’un fait divers à jamais invisible aux yeux d’un spectateur réduit au statut d’auditeur, catégorie à laquelle appartient, de facto, le policier lui-même. Le visage de celui-ci devient l’écran. La perversité du scénariste consistera à méduser personnage et spectateur par un retournement qui dévoile l’illusion à laquelle ils ont succombé. Jean-François Rauger
« The Guilty », film danois de Gustav Möller. Avec Jakob Cedergren, Jakob Ulrik Lohman, Laura Bro (1 h 25).
« Laura nue » : portrait de femme libre

Œuvre méconnue d’un cinéaste lui-même un peu oublié, Nicolo Ferrari, aujourd’hui âgé de 90 ans, Laura nue est une pépite sur laquelle le temps a merveilleusement travaillé. Cette coproduction italo-française se proposant d’exposer sans fard les affres de la condition féminine déclencha, en son temps, les foudres des institutions catholiques, et frappe aujourd’hui par sa sensibilité et sa charge politique.
Laura (Giorgia Moll) lambine tous les jours au lit, dans sa chambre d’enfant, atteignant l’âge fatidique où tout le monde autour d’elle la pousse à se marier, que ce soient ses parents, la bonne société où elle évolue, ou son petit ami Franco (Nino Castelnuovo). Elle lui accorde sa main sans conviction et rencontre, le jour même de ses noces, un jeune et ténébreux professeur, Marco (Tomas Milian), dont elle deviendra la maîtresse. Laura entame une carrière d’épouse volage, se donnant librement aux divers hommes qui l’attirent. Mais coucher pour se désennuyer ne débouche sur rien, car ce sont encore les hommes qui en profitent. D’un côté ou de l’autre des conventions, c’est l’amour qui fait systématiquement défaut.
A plusieurs reprises, la caméra s’approche du visage de Laura, qui vient remplir tout l’espace du cadre de son incertitude. En scrutant son regard à la fois doux et sombre, sa détresse, bientôt son innocence perdue, ­Nicolo Ferrari sonde le gouffre existentiel de son héroïne, son mélange de détermination et de fragilité. Sans oublier pour autant de rendre un hommage émouvant à sa beauté frémissante. Mathieu Macheret
« Laura nue », film français et italien de Nicolo Ferrari (1961). Avec Giorgia Moll, Tomas Milian, Nino Castelnuovo, Anne Vernon (1 h 40).
« Paul Sanchez est revenu ! » : Lafitte en bête de Roquebrune

« Trop barré pour le Festival de Cannes » : on se prend à rêver d’une telle bannière publicitaire pour le nouveau film de Patricia Mazuy, qui y fut refusé en mai. La comédie policière avec gendarmette et tueur en cavale y aurait pourtant jeté un vif rayon de soleil, tant l’ambiance y était sépulcrale. Tourné dans le Var, à quelques encablures de là, Paul Sanchez est revenu ! nous remet opportunément en mémoire une cinéaste trop rare (cinq longs-métrages en trente-quatre ans de carrière, et une poignée de téléfilms géniaux). Lieu du crime : Les Arcs, dans le Var, son poste de gendarmerie, son rocher rouge de Roquebrune qui domine la périphérie de la ville.
Dans le premier officie Marion (Zita Hanrot), gendarmette gaffeuse d’une brigade pas moins insolite. Dans les anfractuosités du second se planque un dingue (Laurent Lafitte), sur l’identité duquel plane un mystère qui participe grandement à la réussite du film. Qui est-il au juste ? Un représentant local en piscines répondant au nom de M. Gérard, qui vient de péter une durite et de quitter sa famille, ou l’hydre en personne, le yeti, le Landru, le monstre, le seul et véritable Paul Sanchez, disparu il y a des années après avoir trucidé sa famille ?
Le doute plane tout du long, et ce n’est évidemment pas ici qu’on va le lever. Si ça se trouve, la réponse à cette question n’est pas aussi cruciale qu’on pourrait le penser. L’essentiel serait peut-être ailleurs, dans le télescopage du Gendarme de Saint-Tropez, de Jean Girault, et du Faux Coupable, d’Alfred Hitchcock. Il fallait quand même que quelqu’un le tente un jour. Jacques Mandelbaum
« Paul Sanchez est revenu ! », film français de Patricia Mazuy. Avec Zita Hanrot, Laurent Lafitte, Philippe Girard, Idir Chender (1 h 51).

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 18 juillet)
Paul Sanchez est revenu !, film français de Patricia Mazuy (à ne pas manquer)Ant-Man et la Guêpe, film américain de Peyton Reed (à voir)Penché dans le vent, documentaire allemand de Thomas Riedelsheimer (à voir)The Guilty, film danois de Gustav Möller (à voir)Come As You Are, film américain de Desiree Akhavan (pourquoi pas)Mon tissu préféré, film français, allemand et turc de et avec Gaya Jiji (pourquoi pas)Fleuve noir, film français d’Erick Zonca (on peut éviter)
A l’affiche également :
Break, film français de Marc FouchardMa reum, film français de Frédéric QuiringMaya l’abeille 2 : les jeux du miel, film d’animation allemand et autrichien de Noel Cleary, Sergio Delfino et Alexs Stadermann





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ La plate-forme vient de lancer sa première série indienne, « Sacred Games », déjà vivement commentée. L’entreprise pense trouver en Inde l’une des plus grandes sources de croissance de ces prochaines années.
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Article sélectionné dans La Matinale du 17/07/2018
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Netflix veut révolutionner les circuits de financement de Bollywood

La plate-forme vient de lancer sa première série indienne, « Sacred Games », déjà vivement commentée. L’entreprise pense trouver en Inde l’une des plus grandes sources de croissance de ces prochaines années.



Le Monde
 |    18.07.2018 à 06h49
 • Mis à jour le
18.07.2018 à 08h43
    |

                            Guillaume Delacroix








                        



                                


                            

Netflix est-il en train de révolutionner Bollywood ? La plate-forme de streaming américaine vient de mettre en ligne, à grand bruit, sa première série indienne entièrement financée par ses soins. Disponible dans le monde entier depuis le 6 juillet, Sacred Games suscite énormément de commentaires dans le sous-continent. Certains n’hésitent pas à la comparer à la célèbre série Narcos qui, à partir de l’été 2015, a connu un retentissement mondial en relatant la vie du trafiquant de drogue colombien Pablo Escobar, ou à la fameuse House of Cards, la première série originale de Netflix, qui date de 2013.
Sacred Games est tirée d’un roman de 900 pages – Le Seigneur de Bombay, dans sa parution française (Robert Laffont, 2008) – qui a valu à son auteur, Vikram Chandra, d’enquêter dix ans dans les milieux de la pègre. C’est l’histoire d’un pauvre flic dont la carrière s’envole le jour où il découvre la planque de Ganesh Gaitonde, roi des mafieux de la capitale financière de l’Inde. En huit épisodes, la série brosse le portrait d’une ville où, à chaque coin de rue, la corruption le dispute au fanatisme religieux.

Jusque-là, rien de terriblement original. Sauf que le public s’emballe, car Netflix n’est pas soumis à la censure par laquelle passent tous les films habituellement destinés à la télévision ou aux salles de cinéma. Les acteurs fument sans que la classique bannière antitabac du gouvernement ne surgisse à l’écran, les scènes de violence usent et abusent d’hémoglobine, et le sexe est présenté à l’état cru. « On hallucine ! », nous ont dit plusieurs cinéphiles locaux qui ont avalé la totalité de Sacred Games en moins de deux jours.
« Place à l’écriture »
« C’est à l’évidence un bon produit, une série qu’on peut regarder sans problème aux Etats-Unis ou en Europe, ce qui n’est pas le cas des superproductions bollywoodiennes traditionnelles si l’on n’est pas indien d’origine »,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Patricia Mazuy réussit une comédie policière décalée autour d’une gendarmette gaffeuse et d’un tueur fou.
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Article sélectionné dans La Matinale du 17/07/2018
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« Paul Sanchez est revenu ! » : le retour du monstre dans l’ennui du Sud

Patricia Mazuy réussit une comédie policière décalée autour d’une gendarmette gaffeuse et d’un tueur fou.



Le Monde
 |    18.07.2018 à 06h48
 • Mis à jour le
18.07.2018 à 16h38
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
« Trop barré pour le Festival de Cannes » : on se prend à rêver d’une telle bannière publicitaire pour le nouveau film de Patricia Mazuy, qui y fut refusé en mai. La comédie policière avec gendarmette et tueur en cavale y aurait pourtant jeté un vif rayon de soleil, tant l’ambiance y était sépulcrale.

        Lire l’entretien avec Patricia Mazuy et Laurent Lafitte :
         

          « Ce n’est pas Gilles Deleuze le personnage, quoi ! »



Tourné dans le Var, à quelques encablures de là, Paul Sanchez est revenu ! nous remet opportunément en mémoire une cinéaste trop rare, dont l’œuvre parcimonieuse (cinq longs-métrages en trente-quatre ans de carrière, et une poignée de téléfilms géniaux) peut toutefois se compter parmi l’école la plus échevelée du cinéma français. Une ligne généalogique folle, qui court de Jean Vigo à Alain Guiraudie, en passant par Jacques Rozier, Luc Moullet ou Jean-François Stévenin. Que des durs à cuire, anarchisants à l’inspiration retorse, qui ont eu maille à partir avec l’industrie, tournent quand ils peuvent, font droit à la poésie, cultivent leur liberté avant toute chose. Auteurs à ce titre de quelques-unes des plus vives flambées du cinéma français, coups de génie qui regardent du côté de l’errance et de l’embardée fantasque, de l’utopie communautaire et de la beauté hasardeuse des choses.
Forte comme la moutarde
Fille de boulangère, ex-HEC convertie au septième art, Dijonnaise forte comme la moutarde, amoureuse des chevaux, tenante d’un cinéma populaire destiné à des gens qu’on ne prend pas pour autant pour des imbéciles, prophétesse des nanas qui ne se laissent pas faire et épingleuse du rapport tordu entre les classes, l’auteure de Travolta et moi (1994) et de Sport de filles (2011) enlève ici une farce noire qui détonne dans notre cinématographie et l’honore ipso facto. Lieu du crime : Les Arcs, pas la commune à laquelle on pense, l’autre, dans le Var, proche du massif des Maures et des gorges du Verdon, avec son quartier médiéval surplombant la ville. Le film se partage entre deux lieux principaux, sans négliger toutefois les parages. Soit le poste de gendarmerie de la commune et le rocher rouge de Roquebrune qui domine la périphérie de la ville.
Dans le premier officie Marion, gendarmette gaffeuse d’une brigade pas moins insolite, commandée par un rugueux commandant dont on se demande s’il est un profond philosophe ou juste un cinoque de plus dans le cirque varois. Dans les anfractuosités du second se planque un dingue (Laurent Lafitte), sur l’identité duquel plane un mystère qui participe grandement à la réussite du film. La situation tourne en effet autour du retour annoncé – réitéré à tous les plans, claironné sur toutes les radios et les télés – de Paul Sanchez, monstre en cavale qui, voilà dix ans, a massacré femme et enfants, et que quelques témoins indéterminés viennent d’apercevoir en train de rôder autour de la gare. Emoi. D’autant plus compréhensible que la ville nous est montrée à rebours du cliché méridional, dans l’insondable routine de son ennui, dans l’indicible laideur de sa périphérie saccagée par les zones commerciales, dans la comptabilité des dépôts de plainte déprimants qui émaillent le quotidien de sa gendarmerie.
Paul Sanchez a la tête hallucinée que lui compose brillamment Laurent Lafitte
Marion – quand elle n’immobilise pas le véhicule de marque allemande haut de gamme de l’acteur Johnny Depp, qui se trouve pourtant à l’arrêt pour cause de fellation – vit seule avec sa tortue et fricote vaguement avec le jeune échotier d’un journal local qui se dessèche à couvrir les prix des plus belles Tropéziennes. Les deux jeunes gens se jetteront donc la tête la première sur l’affaire. Pendant ce temps, en montage alterné, on découvre petit à petit l’homme qui se cache. Il a la tête hallucinée que lui compose brillamment Laurent Lafitte (qui sort déjà d’un rôle de déséquilibré dans Elle, de Paul Ver­hoeven), dort la nuit dans un trou, passe ses journées à vitupérer, à débiter des menaces sanglantes, à commettre de menus larcins et ne dispose plus à l’évidence de toute sa raison. Mais qui est-il au juste ? Un représentant local en piscines répondant au nom de Monsieur Gérard, qui vient de péter une durite et de quitter sa famille, ou l’hydre en personne, le yeti, le Landru, le monstre, le seul et véritable Paul Sanchez ?
Le doute plane tout du long, et ce n’est évidemment pas ici qu’on va le lever. Osera-t-on révéler que, peut-être, si ça se trouve, la réponse à cette question n’est pas aussi cruciale qu’on pourrait le penser ? Que l’essentiel serait peut-être ailleurs ? Dans le téléscopage du Gendarme de Saint-Tropez, de Jean Girault, et du Faux Coupable, d’Alfred Hitchcock, qu’il fallait quand même que quelqu’un tente un jour. Dans la violence sociale qui couve sous la douceur du climat. Enfin, dans la fascination générale exercée par le fait divers sanglant, prisme miroitant dans lequel se reflète une société pétrifiée par l’ennui, la solitude et la peur. La partition décalée de John Cale, à base de flûte et de trompette, orne à plaisir cette bizarrerie frontale de Patricia Mazuy, riant jaune et voyant juste.

Film français de Patricia Mazuy. Avec Zita Hanrot, Laurent Lafitte, Philippe Girard, Idir Chender (1 h 51). Sur le Web : www.sbs-distribution.fr/distribution-france-paul-sanchez-est-revenu

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 18 juillet)
Paul Sanchez est revenu !, film français de Patricia Mazuy (à ne pas manquer)Ant-Man et la Guêpe, film américain de Peyton Reed (à voir)Penché dans le vent, documentaire allemand de Thomas Riedelsheimer (à voir)The Guilty, film danois de Gustav Möller (à voir)Come As You Are, film américain de Desiree Akhavan (pourquoi pas)Mon tissu préféré, film français, allemand et turc de et avec Gaya Jiji (pourquoi pas)Fleuve noir, film français d’Erick Zonca (on peut éviter)
A l’affiche également :
Break, film français de Marc FouchardMa reum, film français de Frédéric QuiringMaya l’abeille 2 : les jeux du miel, film d’animation allemand et autrichien de Noel Cleary, Sergio Delfino et Alexs Stadermann





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Le Festival international du documentaire présente plusieurs films à la lisière de la fiction.
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Au FID de Marseille, des lieux qui dépaysent

Le Festival international du documentaire présente plusieurs films à la lisière de la fiction.



Le Monde
 |    17.07.2018 à 09h44
    |

                            Murielle Joudet (Marseille)








                        



                                


                            

Le sujet revient chaque ­année dans les conversations festivalières : le FID de Marseille, normalement réservé au documentaire, fait de plus en plus la part belle à la fiction. Mais cette année, une secrète connivence semblait circuler entre une partie des fictions francophones, toutes réalisées avec les amis et les moyens du bord, rappelant au passage ce mot de Jacques Rivette qui veut que tout film soit un documentaire sur son propre tournage.
Le manque de moyens amplifie le mot de Rivette, car le cinéaste doit composer avec une part ­conséquente d’accident et d’impureté. La réalisation doit faire avec ce qui a été tourné chez soi ou chez ses acteurs, dans des lieux exigus, la table pleine de miettes ou le lit aux draps dépareillés. La texture des lieux réellement habités est en elle-même un heureux dépaysement et une matière documentaire non négociable dont on peut dresser une liste non exhaustive : un château dans lequel on s’installe pour séquestrer son (vrai) propriétaire avec son consentement (Braquer Poitiers, de Claude Schmitz), un appartement qui n’en finit plus d’héberger des proches (Porte sans clef, de Pascale ­Bodet), un théâtre en préfabriqué qui est la dernière utopie que l’on se permet (Seuls les pirates, de Gaël Lépingle).
Lubie politique ou esthétique
Ou encore un studio trop étriqué pour deux amis parisiens que l’on croise dans En fumée, comédie musicale « lo-fi » du jeune cinéaste et musicien Quentin Papapietro. Autoproduit et tourné par petits bouts entre 2015 et 2016, le film suit Boris et Alexis, deux garçons lymphatiques qui cohabitent dans un studio avec leurs positions politiques irréconciliables. L’un lit Karl Marx et peaufine la rédaction d’un pamphlet anarchiste, l’autre fricote avec l’extrême droite et se procure Bagatelles pour un mas­sacre, de Céline. A leurs errements s’ajoutent les ambitions d’un jeune musicien romantique qui, mal remis d’une rupture...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Des personnalités de tous horizons racontent une chanson qui a marqué leur vie.
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                La chanson d’amour de Catherine Deneuve : « Les Parapluies de Cherbourg », de Michel Legrand


Des personnalités de tous horizons racontent une chanson qui a marqué leur vie.

Le Monde
                 |                 16.07.2018 à 14h49
 • Mis à jour le
17.07.2018 à 12h43
                 |

            Alexis Duval

















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Avec plus de 120 films en soixante ans, l’actrice Catherine Deneuve est une ambassadrice du cinéma français. C’est à Jacques Demy qu’elle doit le vrai démarrage de sa carrière. En décembre, elle sera à l’affiche, aux côtés de sa fille, Chiara Mastroianni, du film Le Dernier Vide-Grenier de Claire Darling, de Julie Bertuccelli.
« Je pense tout de suite à l’air des Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy sur une musique composée par Michel Legrand. C’est la chanson de la scène où j’accompagne mon amoureux à la gare. « Non, je ne pourrai jamais vivre sans toi… » Quand on a connu un grand amour, c’est quelque chose qu’on se dit – sans forcément le dire à l’autre. Cette chanson raconte l’impossibilité de redevenir un être unique, la perte de l’indépendance, l’état d’émotion tellement fébrile, tellement violent…
Je vois l’amour comme quelque chose de dramatique. Le happy end à l’américaine, ça ne me convainc pas tout à fait. Le côté tragique me semble plus vrai, avec l’exacerbation des sentiments, des sensations. Sauf exception, l’amour passionné se termine rarement bien. Les événements prennent des proportions terribles, c’est toujours très excessif. Cette chanson m’évoque donc des choses personnelles, évidemment. Il m’arrive régulièrement de la chanter, pas forcément lors de moments tristes, plutôt dans des moments lyriques.
Expérience inoubliable
« Avec ce qui se passe en Algérie en ce moment… » De manière furtive, la chanson évoque la guerre d’Algérie – le film est un des premiers à en parler. En 1963, lors du tournage, c’était une période qu’on venait de vivre. Je me souviens que j’avais été très touchée : j’avais à l’époque un amoureux qui avait dû partir faire la guerre en Algérie, et la séparation avait été terrible, extrêmement difficile, violente, douloureuse. Quand je chante cet air, je pense à lui.
Et si cette musique me vient souvent en tête, c’est parce qu’elle évoque un film qui fait partie de ma vie, une expérience qui m’a complètement transportée. Les Parapluies de Cherbourg a été très important pour moi, le film est très présent dans ma mémoire. Au-delà de son succès, la rencontre avec Jacques Demy a été déterminante. On est restés très liés après le tournage. Je ne sais pas si j’aurais continué à faire du cinéma si nos chemins ne s’étaient pas croisés.
Tourner un film en musique, avec cette mise en scène tellement lyrique, ces grands travellings, cela a constitué une expérience inoubliable. Déjà, lors de l’enregistrement de la musique auquel j’avais assisté – j’avais appris mon rôle en play-back –, je me souviens à quel point tout le monde était bouleversé avant même que ne commence le tournage. Le film est une tragédie musicale, un opéra tragique, et Michel Legrand est l’auteur de la moitié des Parapluies. Jacques Demy et lui étaient en osmose, il composait les paroles, Michel la musique… Leur collaboration était incroyable. »


Leurs chansons d’amour
Catherine Deneuve : « Les parapluies de Cherbourg », de Michel Legrand
Daniel Pennac : « Ça va ça vient », de Boby Lapointe
Christophe André : « Cécile, ma fille », de Claude Nougaro
Bernard Cazeneuve : « Vienne », de Barbara



Rendez-vous du 5 au 7 octobre au Monde Festival 2018 !
Aimer ! C’est le thème de la 5e édition du Monde Festival, qui se tiendra du vendredi 5 au dimanche 7 octobre 2018 à l’Opéra Bastille, au Palais Garnier, au théâtre des Bouffes du Nord et au cinéma Gaumont Opéra. 
Un rendez-vous porté par les journalistes du « Monde », qui propose au public des rencontres rares, une quarantaine de débats d’actualité, des projections de films inédits, des spectacles. 
Aimer, c’est prendre position, défendre, partager un projet, un coup de cœur, une passion. C’est aussi explorer le champ de l’intime, du désir, des liens personnels qui fondent nos sociétés.
Retrouvez la programmation du festival et achetez vos billets.
Retrouvez les moments forts et les vidéos des éditions précédentes.




Alexis Duval
    













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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Dans une tribune au « Monde », un collectif de réalisateurs, parmi lesquels Michel Hazanavicius, Bertrand Tavernier et Cédric Klapisch appelle le président de la République à faire son possible pour obtenir la libération de leur confrère, Oleg Sentsov, qui, le jour de la finale de la Coupe du monde à Moscou, en sera à son 63e jour de grève de la faim.
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Russie : « Monsieur Macron, montrez que la France fait tout son possible pour sauver Oleg Sentsov »

Dans une tribune au « Monde », un collectif de réalisateurs, parmi lesquels Michel Hazanavicius, Bertrand Tavernier et Cédric Klapisch appelle le président de la République à faire son possible pour obtenir la libération de leur confrère, Oleg Sentsov, qui, le jour de la finale de la Coupe du monde à Moscou, en sera à son 63e jour de grève de la faim.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 20h30
 • Mis à jour le
15.07.2018 à 13h22
    |

                            Collectif








                        



                                


                            

Tribune. Monsieur le président, nous aimons ce sport collectif qu’est le football et dans cette Coupe du monde, nous avons été heureux de l’engouement grandissant provoqué par le parcours de notre équipe nationale, qui s’achèvera dimanche, nous l’espérons, par sa victoire.
Nous sommes fiers de la jeunesse de cette belle équipe, de sa diversité et de son talent. Nous nous sentons d’autant plus proches d’elle que nous essayons nous-même de dire parfois par nos films ce qui fait ces valeurs et cette réussite plurielle, car elles sont parmi les plus belles images que peut donner de lui notre pays dans le monde.

Au nom de cette longue histoire collective que vous connaissez bien, à laquelle participe aujourd’hui à sa manière l’équipe de France, nous nous adressons à vous. Monsieur le président, nous vous le disons avec toute la solennité qu’impose l’état de santé de notre confrère, le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov, dont vous savez qu’il mène actuellement une grève de la faim illimitée depuis plus de soixante jours, pour demander la libération des soixante-dix prisonniers politiques ukrainiens condamnés, comme lui, à de lourdes peines après des parodies de procès.

Le jour de la finale à Moscou, il en sera à son 63e jour de grève de la faim. Si rien n’est fait là, tout de suite, il va mourir dans une des colonies pénitentiaires de celui avec qui vous avez prévu d’assister à ce match.
Une faute
Monsieur le président, vous ne pouvez pas mettre dans la balance un match de foot, aussi important soit-il, et les fondements mêmes sur lesquels repose notre République. Ses fondements, comme ses valeurs.
Aller à Moscou, dimanche assister à la finale de la Coupe du Monde au côté du président Poutine, sans que soit fermement abordée la question des prisonniers politiques ukrainiens, serait une faute qui abîmerait longuement l’image de la France dans le monde.

Aussi, Monsieur le président, nous...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Alors que le Mondial de foot s’achève, le Kremlin est resté sourd aux appels pour la libération du cinéaste ukrainien, en grève de la faim depuis 61 jours.
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La vie d’Oleg Sentsov suspendue à la grâce de Vladimir Poutine

Alors que le Mondial de foot s’achève, le Kremlin est resté sourd aux appels pour la libération du cinéaste ukrainien, en grève de la faim depuis 61 jours.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 15h45
 • Mis à jour le
14.07.2018 à 06h33
    |

            Isabelle Mandraud (Moscou, correspondante)








                        



   


La Coupe du Monde de football s’achève en Russie, et Oleg Sentsov risque de mourir. Le cinéaste ukrainien, incarcéré dans une colonie à régime sévère dans le nord du pays, a eu 42 ans ce vendredi 13 juillet, tandis qu’il franchissait un autre pallier : 61 jours de grève de la faim. Dans une lettre datée du 22 juin mais rendue publique le même jour, vendredi, sur le site de la radio Echo de Moscou, sa mère, Lioudmila Sentsova, a demandé sa grâce à Vladimir Poutine.
« Je ne vais pas essayer de vous convaincre de l’innocence d’Oleg, même si j’en suis persuadée, écrit-elle. Je dirai juste qu’il n’a tué personne. Il a déjà passé quatre ans en prison. Ses enfants l’attendent. Le cadet souffre d’autisme. Ils ne seront jamais heureux sans leur père. »
Vladimir Poutine est resté jusqu’ici inflexible. Ni les commentaires alarmés des défenseurs des droits de l’homme, ni les requêtes de ses interlocuteurs – Thorbjorn Jagland, secrétaire général du Conseil de l’Europe, a lui aussi demandé sa grâce – ni les nombreux appels d’intellectuels à l’étranger n’ont ébranlé le chef du Kremlin.

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                Michel Eltchaninoff : « Monsieur Macron, conditionnez votre visite en Russie à la libération d’Oleg Sentsov »



« J’ose croire qu’il va le libérer pour ne pas laisser une ombre sur le Mondial. La mort [du nationaliste irlandais] Bobby Sands après soixante-six jours de grève de la faim [en Irlande du Nord], a pesé sur Thatcher comme quelque chose d’indélébile », souligne depuis Paris Michel Eltchaninoff. Cofondateur de l’association Les Nouveaux dissidents à travers laquelle écrivains et intellectuels comme Leila Slimani, Jonathan Littell ou Philippe Claudel se sont mobilisés, il est lui-même l’auteur d’une lettre ouverte adressée à Emmanuel Macron lui demandant de ne pas se rendre en Russie sans un geste du Kremlin.
Pétitions et manifestations
Le président français a assisté à Saint-Pétersbourg à la demi-finale du Mondial disputée par la France le 10 juillet. Il sera de nouveau à Moscou ce dimanche, au côté de Vladimir Poutine, pour la finale qui opposera cette fois la France à la Croatie.
Publiée sur le site de la Société des réalisateurs de film, une pétition a réuni des dizaines de signatures françaises et étrangères parmi lesquels Jacques Audiard, Bertrand Tavernier, l’acteur américain George Clooney ou le cinéaste russe Andreï Zviaguintsev. Depuis les Etats-Unis, d’autres appels ont été lancés, dont celui de l’écrivain Stephen King. Dans une lettre ouverte rédigée à l’attention de Vladimir Poutine et de Gianni Infantino, président de la Fédération internationale de football, le Pen Club aux Etats-Unis a réuni les signatures d’une cinquantaine de personnalités, dont Patti Smith, Salman Rushdie, Paul Auster ou Michael Connelly. Toutes ces démarches sont restées sans résultat.

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En Russie, ceux qui osent manifester publiquement pour la libération d’Oleg Sentsov sont réprimés. Vendredi, le tribunal Tverskoï de Moscou a condamné deux acteurs de Teatr.doc, Maria Tchouprinskaïa et Gregori Gandlevski, à 20 000 roubles d’amende (environ 275 euros) pour avoir « distribué des tracts » en faveur du cinéaste. Huit autres personnes ont été interpellées à Saint-Pétersbourg, comme tous ceux qui ont tenté de sensibiliser les supporteurs de foot venus du monde entier. Rue Nikolskaïa, à Moscou, lieu de rassemblement privilégié des fans, la police les a promptement chassés.
Un chemin plein d’obstacles

   


« Nous avons appris aujourd’hui par les médias qu’une telle demande [de grâce] a été faite », a commenté, vendredi, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, interrogé sur la lettre de la mère d’Oleg Sentsov. « Bien sûr, elle sera examinée, nous y prêterons attention », a-t-il ajouté. Jusqu’ici, pourtant, tous les obstacles ont été dressés sur le chemin de la libération du cinéaste, à commencer par sa nationalité. Né en Crimée, la péninsule ukrainienne annexée en 2014 par la Russie, il s’est vu imposer la nationalité russe, compromettant ainsi la perspective d’un échange entre prisonniers un temps envisagé entre Kiev et Moscou. La Russie a ensuite argué qu’elle ne pouvait échanger un « citoyen russe ».

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Oleg Sentsov a lui-même lié son sort à celui de quelque 70 autres prisonniers ukrainiens, dont Alexandre Koltchenko. A l’issue d’un procès qualifié de « parodie de justice » par Amnesty International, les deux hommes avaient été condamnés en même temps, le 25 août 2015, à respectivement vingt et dix ans de colonie pénitentiaire pour « organisation » et « participation » à une entreprise « terroriste » sur la base d’aveux de deux complices présumés. Ces derniers ont, depuis, déclaré qu’ils leur avaient été extorqués sous la torture. « Manifestement, les droits élémentaires de la défense n’ont pas été respectés », a convenu le 10 juillet Bernard Griveaux, porte-parole du gouvernement français sur France Info.
Dans une colonie pénitentiaire
Accusé de faire partie de Praviy Sektor, un groupe ultranationaliste ukrainien, puis arrêté en Crimée en mai 2014, moins de deux mois après l’annexion de la péninsule ukrainienne, Oleg Sentsov purge aujourd’hui sa peine dans une colonie pénitentiaire de Labytnangui, à près de 2 000 kilomètres de Moscou, dans la région de Iamalo-Nénétsie. C’est là qu’il a commencé, le 14 mai, sa grève de la faim, en se disant déterminé à aller « jusqu’au bout ». Depuis, « chaque jour, il boit 3,5 litres d’eau, répète son avocat Dmitri Dinzé. Il a accepté des injections de glucose, d’amino-acides et de vitamines. »
« Oleg, qui mesure 1,90 mètre (…) a perdu 15 kg depuis le début de sa grève de la faim, a témoigné sa cousine, Natalia Kaplan, qui a pu lui rendre visite le 5 juillet. « Hier, il était dans un très mauvais état, aujourd’hui, il se sent mieux. Cela va surtout mal le soir », avait-elle poursuivi, en précisant qu’il irait effectivement « jusqu’au bout » : « Il croit en sa victoire. »

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La déléguée aux droits de l’homme de Vladimir Poutine, Tatiana Moskalkova, qui s’était résignée à faire le déplacement le 28 juin, a fait entendre sa différence. « Oleg Sentsov est en bonne forme émotionnelle. Il marche, il s’intéresse à ce qu’il se passe dans le monde, il regarde la télévision, les infos et le football, et il écrit un scénario pour un film », avait-elle déclaré, sans un mot sur son état physique. En quittant les lieux en cortège, la fonctionnaire, élevée au grade de générale du ministère de l’intérieur où elle a longtemps travaillé, a refusé de s’arrêter et de parler à son homologue ukrainienne, Lioudmila Denissova, qui s’était vu refuser l’accès au camp.
Vendredi, loin des projecteurs du Mondial qui vont s’éteindre, un autre Ukrainien, Evgueni Panov, a été condamné à huit ans de colonie pénitentiaire pour les mêmes motifs qu’Oleg Sentsov. Arrêté également en Crimée en août 2016, ce chauffeur d’entreprise avait avoué, sous l’effet de la torture a-t-il affirmé à ses avocats, avant de se rétracter.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Les géants américains des médias 21st Century Fox et Comcast ont tour à tour relevé leur offre de rachat sur le bouquet satellite britannique.
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Télévision : surenchères dans la bataille pour racheter Sky

Les géants américains des médias 21st Century Fox et Comcast ont tour à tour relevé leur offre de rachat sur le bouquet satellite britannique.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 10h59
    |

                            Jérôme Marin (San Francisco, correspondance)








                        



                                


                            

C’est depuis Sun Valley, petite commune de l’Idaho (nord-ouest des Etats-Unis) où se réunit cette semaine l’essentiel des grands chefs d’entreprise américains, que la bataille pour Sky est encore montée d’un cran. Mercredi 11 juillet, 21st Century Fox et Comcast ont tour à tour relevé leur offre de rachat sur le bouquet satellite britannique.
L’avantage reste, pour le moment, au second : il demeure le plus offrant, proposant 26 milliards de livres (29,4 milliards d’euros) pour acquérir 61 % du capital de Sky. C’est 4 milliards de plus que précédemment et 1,5 milliard de mieux que l’offre rivale. Pour remporter la mise, Fox, le groupe fondé et dirigé par Rupert Murdoch, qui possède déjà 39 % du bouquet, devra de nouveau surenchérir. A condition toutefois d’obtenir le feu vert de Disney, auquel il souhaite vendre la majorité de ses actifs.
C’est en effet une partie de billard à trois bandes qui se joue entre les trois géants américains des médias. Fin 2017, Disney avait trouvé un accord avec Fox pour mettre la main sur ses studios de cinéma, ses chaînes de télévision (mais pas Fox News), le groupe de télévision indien Star, et sur Sky, une fois ce dernier racheté par Fox. Le créateur de Mickey va ainsi financer la surenchère : il reprendra la dette additionnelle que Fox devra contracter pour finaliser cette opération.

Jouer les trouble-fêtes
Face à cette alliance, Comcast est bien décidé à jouer les trouble-fêtes. En avril, le premier cablo-opérateur aux Etats-Unis, également propriétaire du groupe de télévision NBC et des studios de cinéma Universal, s’est d’abord lancé à l’assaut de Sky, soumettant une offre supérieure à celle de Fox. Deux mois plus tard, il a proposé 20 % de plus pour racheter les actifs de Fox convoités par Disney, obligeant la société californienne à surenchérir.
Malgré cette offensive, Fox privilégie toujours la proposition de Disney, qui a déjà reçu le feu vert des autorités de la concurrence quand...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Le peintre Pierre Alechinsky, l’architecte Christian de Portzamparc et l’actrice Catherine Deneuve ont été distingués.
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Trois Français récompensés par le prix Praemium Imperiale

Le peintre Pierre Alechinsky, l’architecte Christian de Portzamparc et l’actrice Catherine Deneuve ont été distingués.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 12h03
 • Mis à jour le
11.07.2018 à 16h04
   





                        



   


Mercredi 11 juillet, le prix Praemium Imperiale, créé par la Japan Art Association et considéré parfois comme « le prix Nobel de l’art », a récompensé pour la première fois trois Français en même temps : le peintre franco-belge Pierre Alechinsky, l’architecte Christian de Portzamparc et l’actrice Catherine Deneuve. Le prix, doté de 15 millions de yens (environ 117 000 euros) récompense chaque année cinq lauréats dans les catégories suivantes : la peinture, la sculpture, l’architecture, la musique et le théâtre-cinéma. Ont également été récompensés cette année Riccardo Muti (musique) et Fujiko Nakaya (sculpture). Un prix d’encouragement aux jeunes artistes a aussi été remis à la Shakespeare Schools Foundation.
Troisième architecte français
Le Praemium Imperiale a beaucoup honoré les artistes français, d’Annette Messager (en 2016) à Martial Raysse en passant par Daniel Buren, Christian Boltanski, César ou Soulages. Côté architecture, Dominique Perrault a été distingué en 2015, Jean Nouvel en 2001. Christian de Portzamparc est donc le troisième architecte français à être honoré par le prix. Ce natif de Casablanca au Maroc en 1944, lauréat en 1994 du fameux Pritzker Prize, est connu pour son sens du trait, de l’ombre et de la lumière, présents dès l’ensemble immobilier des Hautes Formes, son premier grand projet, réalisé en 1979 dans le 13e arrondissement de Paris. En 2016, l’architecte a publié un imposant ouvrage, richement illustré, qui dévoile les arcanes de son art de bâtisseur, sous-titré « L’architecture commence avec un dessin ».

Chez Portzamparc, et cela explique peut-être l’intérêt porté par les Japonais pour son travail, le dessin est omniprésent. Dans les bâtiments qui, dit-il, rassemblent, comme à Paris, la Cité de la Musique (1995) ou à Rio de Janeiro, la rayonnante Cité des arts (2013) ; dans les bâtiments repères, tels, à New York, les tours LVMH (1999), Prism (2004) ou One57 (2014). Dans les morceaux de ville ou de quartier, enfin, où il met à profit sa science de l’« îlot ouvert » et « son corollaire de rue ouverte, diversifiée et lumineuse ».

        Lire l’entretien avec Christian de Portzamparc :
         

          « On ne peut pas vouloir que Paris devienne une seconde Venise »




Sur le Web : www.praemiumimperiale.org/en et www.youtube.com/user/PraemiumImperiale



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ L’établissement, créé en 2012, a repoussé le recrutement de la promotion 2018-2019 pour des raisons budgétaires.
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Article sélectionné dans La Matinale du 11/07/2018
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A Saint-Denis, l’école de cinéma de Luc Besson en difficulté

L’établissement, créé en 2012, a repoussé le recrutement de la promotion 2018-2019 pour des raisons budgétaires.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 09h26
 • Mis à jour le
12.07.2018 à 08h12
    |

            Sandrine Blanchard








                        



                                


                            

L’avenir de l’Ecole de la cité de Luc Besson est-il compromis ? Depuis quelques jours, de jeunes postulants à cette école de cinéma, créée en 2012 par le patron d’EuropaCorp, font part de leur désarroi dans des tweets jetés comme des bouteilles à la mer.
« Ça fait quatre ans que je rêve d’aller à l’Ecole de la cité et là je reçois un mail me disant que le concours de cette année est annulé… J’ai grave la rage », témoigne Margaux, le 9 juillet, sur le réseau social. « Est-ce que quelqu’un sait si les accusations de violences sexuelles qui pèsent sur Luc Besson sont la raison pour laquelle le concours de l’Ecole de la cité a été annulé cette année (lâchage de sponsors) ? », s’interroge Sonia.
« Suite à mon inscription à l’Ecole de la cité, après plusieurs semaines d’attente, j’ai reçu un mail me disant que les épreuves du concours 2018 n’auront pas lieu. J’ai demandé des explications par Facebook et mail, et je reste sans réponse quelqu’un peut-il m’aider ? », lance Francescko à l’adresse de @lucbesson.
Problèmes budgétaires
Entre les nouveaux soupçons d’agressions sexuelles portés contre Luc Besson et les difficultés financières de la société de production et de distribution du cinéaste liées, notamment, à la performance décevante du block­buster Valérian, sorti en 2017, les rumeurs les plus sombres circulent.

La direction de l’établissement ne souhaite pas s’exprimer et se contente d’adresser par mail, des « éléments d’information » fournis par « le service communication ». Ce courrier confirme que les responsables de l’école ont « pris la décision de repousser le recrutement de nouveaux élèves à une date qui sera rendue publique ultérieurement. Afin de prendre les bonnes décisions, nous mettons à profit l’été pour nous réorganiser ».
Cet arrêt de la sélection d’une nouvelle promotion – qui aurait dû commencer début juillet – est justifié par...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Le cinéaste américain explique comment il a tourné son nouveau film, « Paranoïa », en innovant technologiquement.
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Steven Soderbergh « libéré » par les smartphones

Le cinéaste américain explique comment il a tourné son nouveau film, « Paranoïa », en innovant technologiquement.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 07h30
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

Lorsque Steven Soderbergh adopta la caméra numérique (d’abord pour le film expérimental Bubble, en 2005, puis pour toutes ses productions à partir de Che), il se fit le prosélyte des nouvelles images avec d’autant plus de conviction que le réalisateur est son propre chef opérateur (sous le pseudonyme de Peter Andrews). Au terme de sa « retraite » du cinéma entre 2013 et 2017, il fournit de nouveau les salles en produits originaux : après Logan Lucky, film de casse sudiste destiné aux Etats républicains, il a présenté à la Berlinale Paranoïa, un thriller sur le plateau duquel la vedette – Claire Foy, interprète du rôle d’Elizabeth II dans la série The Crown – était filmée par des téléphones portables. C’est à cette occasion que cet entretien a été réalisé.

Avez-vous décidé soudainement de tourner un film avec des téléphones ?
Voilà des années que j’expérimente avec les caméras des téléphones, que j’amasse des matériaux. J’avais très envie de réaliser un projet avec cette technologie. James Greer, un scénariste avec qui j’ai travaillé sur deux projets qui n’ont pas vu le jour, m’a appelé il y a un an, en janvier [2017] et m’a demandé du travail. Je lui ai répondu que je n’avais rien pour lui. Mais que s’il écrivait un film d’horreur à petit budget, je le tournerais en juin. Il a pris ça comme un défi, a contacté son coscénariste, Jonathan Bernstein, et, trois mois plus tard, j’avais le scénario. C’est tellement agréable de trouver un projet qu’on peut mener à bien en toute autonomie, sans avoir à discuter avec qui que ce soit.
Quel type d’appareil avez-vous utilisé ?
iPhone 7 Plus.
En tant que chef opérateur, comment avez-vous ressenti ce changement ?
Comme une libération. Un grand débat philosophique s’est engagé dans le monde de la prise de vue cinématographique. Au fur et à mesure...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Avec ce thriller filmé dans une institution psychiatrique, Steven Soderbergh ne convainc qu’à moitié.
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« Paranoïa » : un huis clos horrifique, expérimental et téléphoné

Avec ce thriller filmé dans une institution psychiatrique, Steven Soderbergh ne convainc qu’à moitié.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 07h29
 • Mis à jour le
11.07.2018 à 07h31
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Les amateurs de cinéma connaissent la rage discrète mais laborieuse de Steven Soderbergh. Y a-t-il un genre qui ait échappé à la visite de ce cinéaste gourmand et pressé, alternant films indépendants et cinéma de studio, expérimentation et amour du classicisme ? Depuis sa décision, un peu à l’emporte-pièce, de se retirer des voitures cinématographiques en raison du durcissement du système de financement, il a signé avec The Knick (diffusée sur Cinemax en 2014) une série télévisée admirable et jouissive sur les débuts épiques de la chirurgie moderne à New York, et s’est rapidement persuadé de l’inanité de son retrait en revenant au cinéma. Décision qui a ravi ses admirateurs, mais qui se solde pour l’heure par un résultat mitigé.

        Lire l’entretien :
         

          Steven Soderbergh « libéré » par les smartphones



Logan Lucky (2017) fut ainsi une comédie d’action relativement pataude, tandis que Paranoïa se révèle, aujourd’hui, un film qui ne convainc qu’à moitié. Ce thriller horrifique nous conduit entre les quatre murs d’une institution psychiatrique privée, où la jeune Sawyer (Claire Foy) se trouve enfermée contre sa volonté, après avoir consulté une psychologue pour s’ouvrir de son sentiment d’être la proie d’un harceleur.
Suspense manipulateur
Plusieurs lignes se mêlent. Le dossier social prisé par l’auteur, avec le scandale des institutions privées psychiatriques qui enferment des patients pour tirer profit de l’argent de leur assurance. Le suspense manipulateur, qui fait osciller le spectateur entre l’hypothèse de la folie du personnage et la réalité de sa persécution. Le film d’horreur avec possible psychopathe maléfique à l’intelligence supérieure. Enfin le film expérimental, avec une œuvre tournée en huis clos au téléphone portable, source d’une sorte d’expressionnisme documentaire destiné à exacerber l’impression de confinement et de perte des repères.
L’ensemble, dirigé, photographié et monté par l’auteur en un temps record, laisse sur sa faim. Faisant de l’esprit série B (vite fait, bien fait, pour presque rien et trouvant dans cette économie l’impureté nécessaire à sa réussite), Paranoïa semble vouloir conjoindre L’Antre de la folie (1948), de Budd Boetticher, au Projet Blair Witch (1999), de Daniel Myrick et Eduardo Sanchez. Il n’en demeure pas moins très en deçà de la tension que peuvent procurer non seulement ces deux films, mais a fortiori ces chefs-d’œuvre de la terreur psychiatrique que sont Shock Corridor (1963), de Samuel Fuller, ou Shutter Island (2010), de Martin Scorsese.
L’utilité de l’expérimentation demande à être interrogée
Il n’est pas certain, par ailleurs, que la distorsion formelle du film, supposée traduire la confusion mentale des personnages, ni même que l’exploit d’un tournage dans un espace aussi exigu qu’une pièce de confinement, vaillent le prix de la laideur qui en résulte. L’utilité de l’expérimentation demande à être interrogée. Il est en revanche un point sur lequel le film alerte la conscience du spectateur et s’accorde à notre époque, c’est évidemment celui de la reconnaissance du statut des femmes victimes de harcèlement, voire de prédation sexuelle, et des conséquences insoupçonnées qui s’ensuivent sur la psyché féminine.

Film américain de Steven Soderbergh. Avec Claire Foy, Joshua Leonard, Amy Irving (1 h 38). Sur le Web : www.foxfrance.com/paranoia-lefilm



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Matteo Garrone met en scène une fable macabre dont le héros est un toiletteur pour chiens romain, joué par Marcello Fonte.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤                     
                                                

« Dogman » : un violent et singulier carnaval

Matteo Garrone met en scène une fable macabre dont le héros est un toiletteur pour chiens romain, joué par Marcello Fonte.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 07h28
 • Mis à jour le
14.07.2018 à 17h06
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Un danger menace le cinéma de Matteo Garrone, celui d’une certaine complaisance dans la peinture de figures plus grotesques que nature, d’une humanité dont la monstruosité folklorique désamorcerait la crédibilité et la sincérité d’un propos déterminé par l’alliage de situations familières, ou du moins réalistes, avec un certain baroque carnavalesque.

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes :
         

          « Dogman », farce macabre à l’italienne



Le précédent film du cinéaste, Tale of Tales (2015), avait marqué les limites d’une recette qui s’était laissé absorber par un goût faisandé pour l’abstraction fantaisiste de l’enluminure. Alors que les voyous napolitains de Gomorra (2008) ou la famille prolétarienne et naïve de Reality (2012) étaientparvenus à une forme d’authenticité que ne menaçaient pas certaines outrances. Pour cela, le cinéaste a mis au point un style particulier. Une manière de rendre « naturel » ce qui semble parfois excéder toute nature. En immergeant sa caméra, souvent portée à l’épaule, au cœur des scènes, en optant pour l’illusion d’une captation des aléas d’une vie marginale, Matteo Garrone a su concilier banalité et théâtralité farcesque. Dogman retrouve donc, avec un certain bonheur, cette veine.
Le film est tiré d’un fait divers réel de la fin des années 1980
La réussite du nouveau film de Matteo Garrone tient, en effet, dans cet équilibre délicat, cette manière de faire croire à une nature grotesque, mais non irréaliste, de la vie elle-même. Le film est tiré d’un fait divers réel de la fin des années 1980 dont le déroulement fut, paraît-il, encore plus horrible que sa transposition cinématographique.

        Lire le portrait :
         

          Marcello Fonte, une vie d’homme et de chien errant



Dans une banlieue oubliée du sud de Rome, Marcello, timide et chétif toiletteur pour chiens, revendeur de drogue pour arrondir ses fins de mois, doit subir les humeurs, les violences, le chantage affectif tout autant que la brutalité physique, de Simoncino, récemment sorti de prison, entraînant régulièrement le malheureux dans des ennuis qui lui vaudront plusieurs mois de prison. Comment échapper à l’emprise et à la violence d’un barbare qui empoisonne l’existence de la petite communauté de banlieusards paupérisés caractérisant l’environnement des deux hommes, communauté dont l’existence semble parfois tenir de la survie ?

   


Une parabole politique
Une des qualités du film de Matteo Garrone réside, tout d’abord, dans la façon dont il évite les conventions du film de genre. Certes, Dogman pourrait être assimilé, si on le réduisait à la seule structure de son récit, à un film de vengeance au terme duquel le héros obtiendrait, par la violence, un soulagement et une rétribution que le spectateur, mis en condition durant une heure trente parce qu’il a assisté au calvaire de Marcello, aurait appelés de ses vœux. Mais cette issue, catharsis finale longtemps désirée, ne sera toutefois qu’une manière de continuer l’abjection du présent, l’horreur comme dernier recours d’un faible face à la force. Un échec peut-être et du moins une action qui laissera le protagoniste, à l’aube, sur son coin de plage sordide, encore plus seul, comme écarté désormais de l’humanité elle-même.
On a pu voir dans le film de Matteo Garrone une parabole politique – Simoncino incarnant le retour d’une barbarie venue du passé pour se nourrir, tout en les accroissant, de l’angoisse et du désarroi engendrés par la crise économique et morale de la société italienne en particulier, de l’Europe en général. Dogman réussit aussi le miracle de transporter le spectateur au cœur d’un univers où, à la vérité d’une approche sociologique et anthropologique, se mêle l’artificialité d’un singulier carnaval humain et animal. La farce y est donc inséparable de la tragédie. Il est raisonnable de penser que la formidable performance de Marcello Fonte (prix d’interprétation au Festival de Cannes) y a largement contribué.

        Lire l’enquête :
         

          A Cannes, une renaissance italienne




Film italien de Matteo Garrone. Avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Alida Baldari (1 h 42). Sur le Web : www.le-pacte.com/france/prochainement/detail/dogman



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ Julien Faraut utilise habilement les archives de Roland-Garros pour restituer toute la grandeur du tennisman américain.
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« John McEnroe, l’empire de la perfection » : la geste et les gestes d’un gaucher rageur et génial

Julien Faraut utilise habilement les archives de Roland-Garros pour restituer toute la grandeur du tennisman américain.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 07h26
 • Mis à jour le
11.07.2018 à 07h45
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Petite séquence cinématographique avec le gaucher le plus rageur, et sans doute le plus génial, de l’histoire du tennis mondial, John McEnroe. En novembre 2017 sortait Borg/McEnroe, de Janus Metz Pedersen, reconstitution fictionnelle de la finale qui opposa les deux légendes en 1980 à Wimbledon. Psychologie plan-plan (allons donc chercher dans l’enfance des deux champions le secret de leur tennis) relevée par le grain de folie de Shia Labeouf dans la peau de McEnroe.
Rien de tel dans John McEnroe, l’empire de la perfection, de Julien Faraut. Ici, du « found footage » (« réemploi d’archives »), de l’expérimentation, du montage, de l’essai cinématographique, autour du joueur décortiqué en vedette américaine. Passionné de sport et de cinéma, Faraut trouve un travail qui lui convient au petit poil dans les services des archives audiovisuelles de l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep).
Gil de Kermadec, directeur technique national du tennis français, a filmé les champions, de 1977 à 1985, à chaque tournoi de Roland-Garros
Parmi les 2 500 boîtes qui traînent, il tombe sur un film consacré à McEnroe, ainsi que sur la série de rushes qui l’accompagnent. Auteur de ces prises de vues réalisées durant les matches de Roland-Garros, Gil de Kermadec, directeur technique national du tennis français, passionné de pédagogie, rêvant de trouver le Graal de la perfection en filmant les gestes, tel Etienne-Jules Marey cherchant à travers la chronophotographie le secret du mouvement. Débutant par des films d’initiation à mourir d’ennui (démonstrations de gestes au ralenti), il change rapidement sa caméra d’épaule et se met à filmer les champions, de 1977 à 1985, à chaque tournoi, dans l’espoir de percer le secret de leur jeu.
Combat contre lui-même
Le film sur McEnroe est le dernier de la série, qui fait l’objet de tous les soins de Julien Faraut. Le mêlant aux rushes qui en ont été écartés, le réalisateur en pétrit la matière par le montage. Répétition, ralentis, réverbération, voix off, rock lourd. On y reconnaît le sale gosse perfectionniste du tennis des eighties : service dos au filet, art fulgurant du service-volée, jets de raquette, récriminations lancinantes, insultes diverses. L’essentiel n’est pas là. Il tient dans le mystère du combat que mène le sportif contre lui-même. Dans l’incertitude terrible qui en découle – telle cette défaite surprenante contre Lendl en finale de Roland-Garros en 1984 – gît toute la magie, toute la passion, toute la grandeur de ce spectacle.
D’où que Jean-Luc Godard et le critique Serge Daney, deux figures du cinéma qui ont parlé dans leurs écrits du tennis, soient ici convoquées. Sous une plume alerte et déphasée, Daney avait chroniqué régulièrement le tennis dans Libération ; un livre en a même été tiré (L’Amateur de tennis, P.O.L, 1994). McEnroe y est défini comme le joueur dont l’hostilité du monde à son égard, qu’il n’aime rien tant que provoquer, « est sa drogue ». Et de cette sanglante arène, quand le demi-dieu payant tribut à la perfection tennistique ne sort pas vainqueur, voyez aussitôt l’enfant boudeur qui réapparaît.

Documentaire français de Julien Faraut (1 h 30). Sur le Web : www.ufo-distribution.com/movie/lempire-de-la-perfection



                            


                        

                        

