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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ « La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr » d’Antoine Marchalot.
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Article sélectionné dans La Matinale du 14/07/2018
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Leumonde.fr, par Antoine Marchalot (épisode 110)

« La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr » d’Antoine Marchalot.



Le Monde
 |    15.07.2018 à 06h37
 • Mis à jour le
15.07.2018 à 07h04
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Dans son dernier livre, « En camping-car », paru en janvier, l’historien convoque ses souvenirs d’enfance, villégiatures aoûtiennes d’une famille écolo-bobo, pour restituer la décennie 1980. Un récit intime qui raconte aussi un pan de notre histoire.
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Ivan Jablonka, par monts et par van


                      Dans son dernier livre, « En camping-car », paru en janvier, l’historien convoque ses souvenirs d’enfance, villégiatures aoûtiennes d’une famille écolo-bobo, pour restituer la décennie 1980. Un récit intime qui raconte aussi un pan de notre histoire.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 14h07
 • Mis à jour le
15.07.2018 à 06h34
    |

            Philippe Ridet








                              

                        
Le 8 avril 1983, le prestidigitateur américain David Copperfield parvenait à faire disparaître la statue de la Liberté devant des millions de téléspectateurs. Plus de trente ans plus tard, Ivan Jablonka est parvenu à tremper un camping-car, modèle Combi Volkswagen T3 Joker Westfalia de couleur beige, dans une tasse de thé. Sans trucage.
Jusqu’à présent, on n’y avait imbibé, à la manière de Marcel Proust, que des madeleines. De cette expérience, l’historien a tiré un livre, simplement intitulé En camping-car (Seuil, prix Essai France Télévisions). Publié en janvier 2018, il roule tranquillement vers les 35 000 exemplaires. Un chiffre plus que respectable.
Recueil de souvenirs personnels, petit traité de sociologie des loisirs à la fin du dernier millénaire, courte histoire de l’industrie automobile allemande après la guerre, essai politique sur les utopies de la gauche, ce camping-car est tout à la fois.

Jablonka ne se prive d’aucune des ressources des sciences humaines et de la littérature pour restituer l’itinérance estivale d’une famille juive, parisienne, soixante-huitarde, intello-écolo-bobo (père physicien, mère prof de latin-grec, deux garçons) et de leurs amis.
Et là, paf, le miracle ! Les années 1980 – « les dernières années du monde d’hier », dit-il – retrouvent leurs couleurs d’origine. Quand bien même n’aurais-je jamais campé, quand bien même mon adolescence aurait-elle eu d’autres rituels, les tribulations aoûtiennes de cette smala sont immédiatement familières.
« Je propose, écrit Jablonka, une autre façon de parler de soi-même. Débusquer ce qui en nous n’est pas à nous. Comprendre en quoi notre unicité est le produit d’un collectif, l’histoire et le social. Se penser soi-même comme les autres. » C’est donc ça ?
« Autobiographie collective »
Singulier et collectif, le livre se charge des réminiscences de ses lecteurs comme une boule de neige grossit au fur et à mesure...




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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ La ministre voit aujourd’hui, sous son mandat, ce secteur scindé en deux. Mauvais effet, estime dans sa chronique Guillaume Fraissard, chef du service Culture du « Monde ».
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Article sélectionné dans La Matinale du 12/07/2018
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« Retirer à Françoise Nyssen le secteur de l’édition revient à la priver d’un pouvoir sur le domaine qu’elle maîtrise le mieux »

La ministre voit aujourd’hui, sous son mandat, ce secteur scindé en deux. Mauvais effet, estime dans sa chronique Guillaume Fraissard, chef du service Culture du « Monde ».



Le Monde
 |    13.07.2018 à 06h41
 • Mis à jour le
13.07.2018 à 11h25
    |

            Guillaume Fraissard








                        



                                


                            
Chronique. Françoise Nyssen, ministre de la culture, ancienne présidente du directoire de la maison d’édition Actes Sud, figure respectée du monde des lettres, dont le nom est intimement lié à l’une des plus importantes maisons d’édition de France, n’a donc plus la charge… du secteur des livres. Du moins en partie, puisque la ministre continuera de piloter la consultation en cours sur la réforme du statut social des artistes-auteurs et de suivre les librairies, les bibliothèques ainsi que la politique de la lecture, toujours dans son giron. Mais fini la régulation économique de l’édition littéraire, terminé la tutelle sur le Centre national du livre.
L’annonce de cette dépossession a été faite par un décret publié au Journal officiel mardi 10 juillet. Et ce, à la demande de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), chargée de veiller aux éventuels conflits d’intérêts des membres du gouvernement, et sur proposition de la ministre de la culture elle-même. Toutes proportions gardées, c’est un peu comme si le ministère des armées perdait la main sur la marine ou si l’agriculture voyait le secteur laitier lui échapper… Impensable.

Au regard des liens, passés et présents, de Françoise Nyssen avec Actes Sud, la Haute Autorité a logiquement, bien que très tardivement, choisi de lui retirer certaines tutelles, quatorze mois après sa prise de fonctions. Mais la logique s’accommode parfois mal avec le symbolique. Cette décision ne va pas seulement amputer la Rue de Valois d’une partie importante de ses prérogatives sur un secteur clé et essentiel de la culture. Elle prive la ministre d’un pouvoir d’action sur le domaine qu’elle connaît et maîtrise le mieux.
Et renforce au passage le sentiment d’un membre du gouvernement obligé de travailler sous tutelle sur un nombre grandissant de dossiers – réforme de l’audiovisuel, projet de loi sur les « fake news » – ou de partager l’affiche avec des personnalités...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ Le prix sera décerné, pour la sixième fois, le 5 septembre. Sur les quelque 381 romans français annoncés pour la rentrée, nous en avons sélectionné dix.
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Prix littéraire du « Monde » : la sélection 2018

Le prix sera décerné, pour la sixième fois, le 5 septembre. Sur les quelque 381 romans français annoncés pour la rentrée, nous en avons sélectionné dix.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 12h21
   





                        



   


« Le Monde » remettra son prix littéraire, pour la sixième fois, le 5 septembre. Sur les quelque 381 romans français annoncés pour la rentrée, nous en avons sélectionné dix.
Outre des critiques du « Monde des livres » (Jean Birnbaum, Florent Georgesco, Raphaëlle Leyris, Florence Noiville et Macha Séry), le jury du prix est composé de journalistes qui travaillent aux quatre « coins » du Monde : François Bougon (Economie), Denis Cosnard (Economie), Clara Georges (« Epoque »), Emmanuel Davidenkoff (développement éditorial), Raphaëlle Rérolle (grand reporter) et Jérôme Fenoglio, directeur du Monde et président du jury.
Le mercredi 5 septembre, le prix sera remis à son (sa) lauréat(e), que l’on retrouvera dans le numéro du « Monde des livres » du lendemain, daté 7 septembre.
La sélection 2018 :
Arcadie, d’Emmanuelle Bayamack-Tam, P.O.L

   


Le Guetteur, de Christophe Boltanski, Stock

   


A son image, de Jérôme Ferrari, Actes Sud

   


Camarade Papa, de Gauz, Le Nouvel Attila

   


Idiotie, de Pierre Guyotat, Grasset

   


Un monde à portée de main, de Maylis de Kerangal, Verticales

   


Ma dévotion, de Julia Kerninon, Rouergue

   


Toutes les femmes sauf une, de Maria Pourchet, Fayard

   


L’Hiver du mécontentement, de Thomas B. Reverdy, Flammarion

   


Par les écrans du monde, de Fanny Taillandier, Seuil

   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ La passion des Français pour l’Islande va grandissant. Voici six albums et romans venus de l’île volcanique, à glisser dans vos valises cet été – quelle que soit votre destination.
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                Six romans et albums islandais à emporter dans ses bagages


La passion des Français pour l’Islande va grandissant. Voici six albums et romans venus de l’île volcanique, à glisser dans vos valises cet été – quelle que soit votre destination.

Le Monde
                 |                 12.07.2018 à 10h37
 • Mis à jour le
12.07.2018 à 19h13
                 |

            Marie Charrel

















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Plages de sable noir, geysers capricieux, fjords verdoyants où circulent quelques moutons libres comme le vent…, l’Islande, avec ses mystérieux paysages, tantôt lumineux, tantôt inquiétants, est la terre idéale pour l’évasion littéraire et musicale. Voici six romans et albums venus de l’île volcanique, à lire ou à écouter cet été.
L’Islande s’invite aussi au Monde Festival. Rendez-vous samedi 6 octobre avec les romanciers Audur Ava Olafsdottir et Arni Thorarinsson, le traducteur littéraire Eric Boury, et Mathias Malzieu, auteur-compositeur et chanteur du groupe de rock français Dionysos.
Or, Audur Ava Olafsdottir
Lassé par un quotidien grisâtre, Jonas plaque sa vie à Reykjavik pour partir vers un pays meurtri par des années de guerre. Loin de sa fille, de sa mère et de son ex-femme, il envisage de disparaître. Il échoue dans un hôtel en partie détruit, dans une ville à l’abandon. Muni de quelques outils, il aide comme il peut la jeune propriétaire de l’établissement à bricoler. Au fil des jours, il croise des habitants atteints de blessures plus profondes encore que les siennes. Peu à peu, une amitié réparatrice va naître. Et les âmes déchirées vont de nouveau croire en l’avenir…
Comme dans Rosa Candida ou L’Embellie, Audur Ava Olafsdottir dresse une histoire délicate, où le désespoir cède doucement la place à une lumière bouleversante, étrangement poétique.
Or, Audur Ava Olafsdottir, éd. Zulma, 19 €.
Le Crime, Arni Thorarinsson
C’est l’histoire d’une journée fatidique. Celle des 18 ans de Frida. Ce jour-là, ses parents lui révéleront leur grand secret. Celui qui a jeté une ombre destructrice sur leurs existences. Culpabilité, alcoolisme, douleur…, comment ce couple qui avait tout pour être heureux a-t-il basculé dans le drame ? La révélation, loin d’être celle que l’on imagine, assène un coup de poing au lecteur, point d’orgue de l’intrigue.
Arni Thorarinsson délaisse ici le polar, son terrain de jeu favori, pour livrer un récit haletant, où les sentiments broient la poitrine. Une tragédie geyser que l’on referme en chancelant.
Le Crime. Histoire d’amour, Arni Thorarinsson, éd. Points, 6,50 €.

        Lire aussi :
         

                Des sagas médiévales à Björk, pourquoi l’Islande fascine



Le Lagon noir, Arnaldur Indridason
A qui appartient le corps découvert dans l’étrange lagon ? Quels trafics se déroulent dans la base américaine de Keflavik ? Que transportent ces mystérieux convois vers le Groenland ? Le prince du polar islandais nous plonge en pleine guerre froide, sur les traces de l’inspecteur Erlendur. Celui-ci enquête en parallèle sur la disparition d’une jeune fille, des années plus tôt, écho à son propre passé.
Au fil des pages, un pan de l’histoire de l’île se dévoile. Et l’on découvre au passage comment s’est formé le « blue lagoon », lieu de baignade aujourd’hui prisé des touristes, entre l’aéroport et Reykjavik : ses eaux doucement laiteuses, riches en minéraux bienfaisants, sont nées des rejets d’une centrale géothermique…
Le Lagon noir, Arnaldur Indridason, éd. Points, 7,90 €.
Utopia, Björk
La reine de la musique nordique quitte ici les expérimentations sonores parfois déroutantes de ses précédents opus pour un retour aux sources foisonnant et lumineux. Si Vulnicura, sorti en 2015, était l’album d’une séparation amoureuse déchirante, Utopia est le disque d’une renaissance, même si les zones d’ombre subsistent. La flûte traversière, omniprésente, apporte un souffle de liberté vespérale à l’ensemble, d’où se dégage une harmonie organique. Magique.
Utopia, Björk (2017), One Little Indian, 13,99 €.

        Lire aussi :
         

                La femme-fleur Björk s’épanouit au festival We Love Green



Island Songs, Olafur Arnalds
Baissez les paupières, écoutez. Vous voilà sur les routes volcaniques d’Islande, en compagnie d’Olafur Arnalds. A l’été 2016, ce compositeur a sillonné son île afin d’enregistrer sept morceaux, en sept lieux. Chaque fois, le musicien, notamment connu pour avoir écrit la bande originale de la série Broadchurch, met en lumière les paysages et artistes locaux, qu’il accompagne au piano. On croise ainsi le poète Einar Georg Einarsson ou la chanteuse Nanna Bryndis Hilmarsdottir, du groupe Of Monsters and Men.
Chaque titre est baigné d’une mélancolie évanescente, entre pop et orchestrations classiques. Les clips, tournés sur place, valent le détour. Comme celui de Raddir, filmé dans une minuscule église en bois, offrant une vue spectaculaire sur un fjord solitaire.

Island Songs, Olafur Arnalds (2016), Mercury Classics, 17,50 €.
The Colorist & Emiliana Torrini
Après la sortie de son album Tookah, en 2013, l’italiano-islandaise Emiliana Torrini s’est offert une pause. Avec une idée : multiplier les collaborations à travers le monde, afin de trouver un nouveau souffle. Elle a ainsi accompagné des groupes manouches à Cordoba, un ensemble de jazz expérimental à Berlin, un orchestre islandais…
Lorsque le groupe belge The Colorist Orchestra lui a proposé de reprendre avec elle certains titres de ses disques précédents, elle n’a pas hésité. Et le résultat est exceptionnel. Les orfèvres belges insufflent une énergie solaire et créative aux morceaux, multipliant les instrumentations classico-pop et les trouvailles sonores jamais superflues, sublimant la voix d’Emiliana.

The Colorist & Emiliana Torrini, Rough Trade Records, 10,99 €.

        Rendez-vous au Monde Festival :
         

          Islande, une passion française




Rendez-vous du 5 au 7 octobre au Monde Festival 2018 !
Aimer ! C’est le thème de la 5e édition du Monde Festival, qui se tiendra du vendredi 5 au dimanche 7 octobre 2018 à l’Opéra Bastille, au Palais Garnier, au théâtre des Bouffes du Nord et au cinéma Gaumont Opéra. Un rendez-vous porté par les journalistes du Monde, qui propose au public des rencontres rares, une quarantaine de débats d’actualité, des projections de films inédits, des spectacles. Aimer, c’est prendre position, défendre, partager un projet, un coup de cœur, une passion. C’est aussi explorer le champ de l’intime, du désir, des liens personnels qui fondent nos sociétés.
Retrouvez la programmation du festival et achetez vos billets.
Retrouvez les moments forts et les vidéos des éditions précédentes.




Marie Charrel
    













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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ La chronique de Pénélope Bagieu, à propos de « La Tragédie brune », de Christophe Gaultier et Thomas Cadène.
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C’est graphique. Xavier de Hautecloque, lanceur d’alerte

La chronique de Pénélope Bagieu, à propos de « La Tragédie brune », de Christophe Gaultier et Thomas Cadène.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 07h30
    |

                            Pénélope Bagieu (Dessinatrice)








                        



                                


                            
La Tragédie brune, de Christophe Gaultier (dessin) et Thomas Cadène (scénario), Les Arènes, « BD », 130 p., 20 €.

Avec La Tragédie brune, Thomas Cadène et ­Christophe Gaultier adaptent un récit de ­Xavier de Hautecloque, premier reporter français assassiné par les nazis, en 1935, un an après l’avoir publié.
Hautecloque connaît bien l’Allemagne. Il aime Berlin, il y a ses habitudes, ses amis même. Mais quand il revient pour un reportage en 1932, « curieux du devenir de ce pays magnifique », il comprend qu’il se trame quelque chose. Presque personne ne s’en inquiète, ici ou de l’autre côté du Rhin. La France imagine une Allemagne convalescente, pacifique, qui ne cherche qu’à se reconstruire. Mais c’est une nation unie par la haine. Obsédée par la victoire qui lui a échappé en 1918, par ce qu’elle aurait pu devenir.
« Nettoyez la rue ! Qui sait quand la deuxième bataille nous appellera de nouveau ! », chantent les officiers SS dans les bars. Et les rues sont bel et bien nettoyées : où sont les communistes, les prostituées, s’étonne le journaliste ? Ils ont été envoyés aux champs, dans des camps de travail. Ces camps, on propose aux journalistes de les visiter. Un safari dans un Dachau impeccable, respectable, ses petites rues colorées et, au loin, ce camp de rétention provisoire pour opposants retors. Rien à cacher.
Pourtant, Xavier sait que l’horreur n’est pas dans ce qu’on raconte des camps, mais dans ce qu’on y cache. Il veut dire à la France ce qui se passe derrière les barbelés. Les immenses baraquements prêts à accueillir des milliers de prisonniers, loin des regards. Mais nombreux sont ceux qui s’enthousiasment pour ce nouvel élan allemand, même s’il y a nécessairement « de la casse ».
Mise en scène subtile
Qui est cet Adolf Hitler, qui déchaîne les passions allemandes et fait à peine soulever un sourcil à l’étranger ? Qui est ce « peintre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de l’ouvrage « Les Deux Arbres de la voie ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Figures libres. Confucius et Lao-tseu, tête-bêche

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de l’ouvrage « Les Deux Arbres de la voie ».



Le Monde
 |    12.07.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
12.07.2018 à 08h36
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Les Deux Arbres de la voie. Le Livre de Lao-tseu. Les Entretiens de Confucius, traduit du chinois et édité par Jean Levi, Les Belles Lettres, « Bibliothèque chinoise », édition bilingue, deux volumes sous coffret, 974 p., 55 €.

Au premier regard, tout les ­oppose. Le sage ­Confucius privilégie l’ordre et la civilisation. Il considère la séparation d’avec les animaux comme l’acte fondateur de l’humanité, et sa pensée se fonde sur une plénitude de l’être.
Au contraire, Lao-tseu s’inscrit dans une perspective libertaire, insiste sur le néant de toute chose, juge que notre malheur a commencé quand nous avons cessé d’être des bêtes. Le premier sépare, le second fusionne. L’un défend rites, règles, conventions et démarcations. L’autre efface les frontières, défait les hiérarchies, renverse les classements. Bref, on juge difficile de trouver plus inconciliables.
Comme souvent, ce n’est qu’une illusion d’optique, que plus de science vient rectifier. Le sinologue Jean Levi, directeur de recherche honoraire au CNRS, souligne ce qui les rapproche aussi, en présentant sa nouvelle traduction des textes fondateurs de ces deux maîtres aussi réels que mythiques. Si l’un et l’autre ont réellement existé, à peu près à la même époque, on ne sait rien qui vaille de leurs biographies. Ce qui les rapproche est d’abord d’avoir perduré, traversant toute l’histoire de la culture chinoise, suscitant des milliers de commentaires et d’adaptations.
Les unir, ou du moins les réconcilier, fut sans doute le rêve le plus durable de quantité de lettrés. ­Finalement, c’est leur opposition irréductible qui les a le plus ­sûrement reliés. Cela n’est paradoxal qu’en apparence. « C’est leur antagonisme fondamental, en ­dépit de toutes les tentatives syncrétiques ou éclectiques de les amalgamer, qui a donné à la pensée chinoise sa profondeur et sa ­richesse », souligne Jean Levi. Pareille sagesse à double face demeure...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Claro avoue son admiration pour Leo Lipski et son roman « Piotrus », pétri de noirceur mais hanté par l’idée folle de survie.
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Le feuilleton. Le dernier des résignés

Claro avoue son admiration pour Leo Lipski et son roman « Piotrus », pétri de noirceur mais hanté par l’idée folle de survie.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 07h00
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Piotrus, de Leo Lipski, traduit du polonais par Allan Kosko, L’Arbre vengeur, « L’arbuste véhément », 160 p., 7,50 €.

Imaginons que vous soyez né à Zürich en 1917. Vous grandissez à Cracovie, vous étudiez la psychologie et la philosophie, vous commencez à écrire. En 1939, vous êtes obligé de fuir (vous êtes juif polonais), mais les Soviétiques vous arrêtent et vous déportent dans un camp de travail. Finalement, avec l’armée polonaise, vous parvenez à fuir l’URSS et à vous réfugier en Iran, à Téhéran, où vous tombez malade – typhoïde, encéphalite. On vous rend à la vie civile. Vous faites de brèves études à Beyrouth, puis vous vous installez à Tel-Aviv en 1944, passablement hémiplégique, votre diction gravement affectée. Vous faites quoi ? Si vous êtes Leo Lipski, vous apprenez à écrire de la main gauche, vous publiez quelques recueils sous le manteau, on vous traduit dans plusieurs langues, Ingeborg Bachman salue votre œuvre, on vous compare à Kafka et à Beckett, puis, la vie étant ainsi faite qu’elle épargne rarement les justes, vous sombrez dans l’oubli et la solitude, et à 80 ans vous tirez votre révérence, totalement paralysé. En revanche, si vous n’êtes pas Leo Lipski, vous savez ce qu’il vous reste à faire : croiser les doigts et lire ce bref roman pétri de noirceur mais hanté par l’idée folle de survie : Piotrus.
« Nuit violette. Chacals dans les faubourgs. Leur rire qui rappelle un lamento. Fleurissent les fleurs de l’oranger, épouvantables. Au crépuscule, leur odeur sort dans la rue comme un loup affamé et circule comme le sang dans vos artères. Les chats miaulent et crient. Leurs histoires de printemps, ils les expédient en toute saison. Ils font plier la tôle du toit de l’usine toute proche. » On est à Tel-Aviv, dans les années 1940, et Piotrus, lointain cousin de Molloy, est contraint de se vendre sur le marché pour survivre. Une certaine Mme Zinn l’achète...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Un(e) journaliste du « Monde » dresse la liste des livres qui l’inspirent dans son travail. Aujourd’hui, Pascale Robert-Diard, chroniqueuse judiciaire.
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Article sélectionné dans La Matinale du 11/07/2018
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« Mes incontournables » : 7 livres pour comprendre la justice, par Pascale Robert-Diard

Un(e) journaliste du « Monde » dresse la liste des livres qui l’inspirent dans son travail. Aujourd’hui, Pascale Robert-Diard, chroniqueuse judiciaire.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 06h36
 • Mis à jour le
12.07.2018 à 09h20
    |

            Jean Birnbaum et 
Pascale Robert-Diard








                        



                                


                            

« MES INCONTOURNABLES », PAR PASCALE ROBERT-DIARD

Simenon dans la peau de l’accusé
Lettre à mon juge (1947), de Georges Simenon (1903-1989), figure évidemment dans mon panthéon judiciaire. Charles Alavoine vient d’être condamné pour le meurtre de sa maîtresse. Il n’a pas su, pu, voulu s’expliquer à l’audience. Il est resté étranger à son procès, comme le Meursault de Camus.
De sa cellule, il écrit à son juge d’instruction : « Mon juge, je voudrais qu’un homme, un seul, me comprenne. Et j’aimerais que cet homme ce soit vous. » Il lui raconte l’audience, telle qu’il l’a vécue de l’intérieur : une « comédie » faite d’échanges complices entre magistrats, avocats et presse judiciaire, sur le dos de l’accusé ou des témoins.
Sa mère est citée à la barre. Il sait, lui, que si sa mère est en noir, c’est parce qu’elle est vêtue ainsi depuis trente ans, « comme le sont la plupart des paysannes de chez nous ». Que, lorsqu’elle s’est heurtée à un groupe en entrant, c’est parce qu’« elle voit très mal mais s’obstine à ne pas porter de verres ». Et c’est à cause de ces détails, écrit-il au juge, que la presse a décrit une femme en deuil « qui titubait de douleur et de honte ». Chaque fois que la mère d’un accusé vient témoigner à la barre, je me souviens de celle de Charles Alavoine.

« Lettre à mon juge », dans « Les Romans durs. 1945-1947 », de Georges Simenon, Omnibus, 1 312 p., 29 €.
« La part du juge » : Simenon encore
Par la voix du commissaire Maigret, Simenon a dit tout le mal qu’il pensait des juges et de la justice, de leur univers glacé aux formules hermétiques et aux rituels immuables dans lequel « l’individu n’est rien » (Maigret aux assises, 1960).
C’est pourtant au même auteur que l’on doit l’analyse la plus fine de « la part du juge ». Les Témoins (1955) met en scène un président d’assises austère, voire...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Un(e) journaliste du « Monde » dresse la liste des livres qui l’inspirent dans son travail. Aujourd’hui, Plantu.
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« Mes incontournables » : 7 livres pour comprendre le dessin de presse, par Plantu

Un(e) journaliste du « Monde » dresse la liste des livres qui l’inspirent dans son travail. Aujourd’hui, Plantu.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
12.07.2018 à 09h19
    |

            Jean Birnbaum et 
Plantu








                        



                                


                            

« MES INCONTOURNABLES », PAR PLANTU

La clarté de Jochen Gerner
C’est toujours un plaisir de découvrir la planche hebdomadaire de Jochen Gerner dans Le 1… Alors, trouver toutes ses planches réunies dans un seul livre, Repères (2017), c’est encore mieux ! Chaque fois, il réussit à nous raconter l’essentiel d’une thématique en nous donnant l’envie d’en savoir un peu plus. C’est de la pédagogie à travers le dessin. Tout ce que l’on n’a pas compris en lisant des articles, tout ce qu’on a du mal à saisir de matière intelligible quand on regarde le débat de la société et de la politique, le dessinateur nous l’explique avec beaucoup de simplicité. Jochen est tout simplement le prince de la pédagogie et de la ligne claire. Il faut vous faire un dessin ?

« Repères. 2 000 dessins pour comprendre le monde », de Jochen Gerner, Casterman/Le 1, 264 p., 15 €.
Pierre Kroll, c’est belge !
Pierre Kroll est un immense talent dans le monde du dessin de presse… On ne le présente plus en Belgique. C’est très drôle et d’ailleurs c’est belge ! (2017) est le premier livre que Kroll publie en France. Pour les lecteurs français, c’est la meilleure manière de découvrir non seulement son trait libre et décontracté, mais aussi l’humour mordant avec lequel il décortique l’actualité internationale. Et puis, si vous voulez comprendre la Belgique d’aujourd’hui, si vous voulez cerner l’humour surréaliste de notre époque et si vous voulez rigoler un bon coup en vous passionnant pour la politique, lisez Kroll. Et enfin, si vous voulez découvrir pourquoi les Wallons et les Flamands ont tellement envie de se foutre sur la figure, avec ce livre, vous n’en saurez pas plus, mais vous aurez passé un excellent moment.

« C’est très drôle et d’ailleurs c’est belge ! », de Pierre Kroll, Les Arènes, 400 p., 39 €.
La métaphysix de Mix & Remix
On reconnaît toujours les personnages de Mix & Remix...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Cheveux bleus, rouges, roses… L’effusion chromatique des nouvelles aventures de Goku se font au détriment de la bande dessinée, confuse et bavarde.
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« Dragon Ball Super », le manga dans l’ombre de l’anime

Cheveux bleus, rouges, roses… L’effusion chromatique des nouvelles aventures de Goku se font au détriment de la bande dessinée, confuse et bavarde.



Le Monde
 |    10.07.2018 à 17h31
 • Mis à jour le
10.07.2018 à 18h00
    |

            William Audureau








                        



   


Il n’y a plus ni couleurs ni suspense. Et pourtant, Dragon Ball Super, le manga adapté du dessin animé diffusé de juillet 2015 à mars 2018 continue son petit bonhomme de chemin. A l’occasion de la Japan Expo, Glénat a publié en version française son quatrième tome, sur les six existants. Il raconte l’affrontement herculéen entre l’éternel héros, Goku, son rival Vegeta, et un duo maléfique voyageant dans le temps et les dimensions parallèles, Zamasu et Black Goku, dont le final est déjà connu de ceux qui ont suivi l’anime.
Surtout, ce quatrième chapitre donne à voir l’étrange relégation dont est désormais objet le manga par rapport à son grand frère animé. Dès le début, on savait le dessin confié à Toyotaro, et non à l’auteur original lui-même, Akira Toriyama. S’il tente de coller au style de Toriyama, on ne peut s’empêcher à chaque page de relever l’infime écart qui le sépare du maître : postures forcées, moues figées, même si la découpe des cases a gagné en dynamisme depuis le premier tome.

   


Problème capillaire
Mais c’est surtout dans sa narration que ce manga en noir et blanc paye un lourd tribut à son nouveau statut d’œuvre secondaire. Et le problème est essentiellement capillaire. Dans l’œuvre originale, lorsque les héros dépassaient leurs limites (la fameuse transformation en Super Saiyan, un guerrier d’élite), leur puissance nouvelle était représentée par une nouvelle coupe de cheveux blanche, ou jaune dans le dessin animé, dont la longueur pouvait s’étirer jusqu’à l’arrière des genoux. A l’époque, le choix de cette représentation était intimement lié à la fabrication de la bande dessinée, et au temps pris par le beta-nuri, l’encrage en noir, relatait Toriyama en 2009.
« Pour être honnête, j’ai décidé du design du Super Saiyan pour une raison simple qui risque de vous étonner. Je travaille toujours avec une seule personne, mon jeune assistant, qui m’épaule. Il passait souvent l’essentiel de son temps à encrer en noir les cheveux de Goku, donc le principal objectif était de lui faire gagner du temps. Quand Goku se transforme en Super Saiyan, il n’y a plus besoin de coloriser ses cheveux. Cela permet aussi de marquer visuellement la différence de force, donc cela permettait de faire d’une pierre deux coups. »
Mais désormais, c’est l’esthétique télévisuelle qui guide le scénario. Goku s’est découvert dans les films et le dessin animé Dragon Ball Super de nouvelles transformations capillaires rouges, puis bleues. Il affronte son sosie Black Goku, qui lorsqu’il veut atteindre un nouveau stade de puissance, mue en rose. Et tout cela, un manga en noir et blanc, est dans l’impossibilité de le représenter. Alors, il le décrit.

   


Exégèse chromatique
Dragon Ball Super, version papier, c’est ainsi l’impression étrange d’assister à un match de football en noir et blanc, avec des commentateurs sportifs tentant tant bien que mal de faire comprendre qui joue de quelle couleur. Ainsi de ce passage où Vegeta a pour stratégie de se changer en Super Sayien God (touffe rouge) et de basculer pour quelques millisecondes seulement en Super Saiyan Blue (crinière bleue), et il faut toutes les bavardes explications de Goku pour donner un peu de sens à ce qui, visuellement, n’en a aucun.
Tout ce quatrième tome, censé être consacré à de grands combats d’arts martiaux entre guerriers intergalactiques, prend dès lors la tournure d’une exégèse chromatique bavarde et assommante, où les personnages secondaires finissent par devenir plus essentiels à la compréhension de l’intrigue que les protagonistes eux-mêmes.
Sans doute n’est-ce pas un hasard si le meilleur moment de ce quatrième tome est l’usage par Zamasu de microportails pour se battre à distance : cette pure idée visuelle se contrefiche de la couleur pour fonctionner ; elle n’a pas besoin d’explication ; elle se contente de recours à des cercles sombres qui dynamitent la logique des pages blanches. Et pendant quelques instants alors, Dragon Ball redevient Dragon Ball. Une formidable machine à inventer des motifs visuels innovants, et à déployer de manière dynamique et élégante des scènes d’action d’une rare virtuosité.

   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Le président du deuxième groupe d’édition français est mort le 9 juillet à Montagny-Sainte-Félicité (Oise), à l’âge de 72 ans.
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Alain Kouck, président d’Editis Holding, est mort

Le président du deuxième groupe d’édition français est mort le 9 juillet à Montagny-Sainte-Félicité (Oise), à l’âge de 72 ans.



Le Monde
 |    10.07.2018 à 16h23
 • Mis à jour le
10.07.2018 à 17h16
    |

            Nicole Vulser








                        



                                


                            

Alain Kouck, le président d’Editis Holding, le deuxième groupe d’édition français (Presses de la Cité, Robert Laffont, XO, Belfond, Pocket, 10/18, Le Robert, Nathan…), a succombé à une crise cardiaque sur son lieu de vacances, à Montagny-Sainte-Félicité (Oise), lundi 9 juillet dans la soirée. Il avait 72 ans.
« Pour Editis et Planeta [la maison-mère espagnole d’Editis], c’est un dirigeant solide et visionnaire que nous perdons, mais aussi une présence juste, attentive et bienveillante qui va beaucoup manquer à tous ceux qui ont eu la chance de travailler avec lui », affirment dans un hommage commun Carlos Fernandez, vice-président exécutif de Grupo Planeta et Pierre Conte, directeur général du groupe Editis. « Alain Kouck avait la fierté et la passion du livre et celles-ci étaient contagieuses (…). C’est ce souvenir rayonnant que nous garderons de lui », ajoutent-ils.
« Sa vie entière fut consacrée au livre et à l’édition, d’abord au sein du groupe Hachette, puis du groupe Editis, qu’il présidait depuis 2002, et qu’il a dessiné et construit dans sa forme actuelle », a affirmé, de son côté, Vincent Montagne, président du Syndicat national de l’édition.
Actif dans différentes organisations professionnelles
Né Alain Tchekerul Kouch, le 10 juin 1946 à Chantilly (Oise), marié à Nicole Picou et père de trois enfants – Stéphanie, Véronique et Thomas –, il était diplômé de l’Ecole supérieure libre des sciences commerciales appliquées (ESLSCA). Il a débuté sa carrière dans l’industrie en 1972, d’abord comme responsable de logistique, gestion et de direction d’unités industrielles dans la construction mécanique chez Brissoneau et Lotz, puis dans l’équipement de construction chez Poclain et Trailor.
Il entre dans l’édition en 1980, où il occupe différentes fonctions chez Hachette, avant d’être nommé, en 1986, directeur général de la branche industries et services. Expert en activités industrielles...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Archives. Héros de la lutte antiapartheid, ce descendant de famille royale fut incarcéré pendant vingt-sept ans et 190 jours. Ses convictions furent la clé de sa survie
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#100ansMandela : Seul contre tous, Mandela l’endurant

Archives. Héros de la lutte antiapartheid, ce descendant de famille royale fut incarcéré pendant vingt-sept ans et 190 jours. Ses convictions furent la clé de sa survie



Le Monde
 |    10.07.2018 à 08h22
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
A l’occasion du centenaire de la naissance de Nelson Mandela et de la sortie mondiale de ses lettres de prison, Le Monde republie des articles parus sur des moments-clés de sa vie. En 2003, le journaliste et philosophe Roger-Pol Droit revient sur les années de détention, au pénitencier de Robben Island, du plus célèbre des prisonniers politiques.
2 août 2003
Plus de 1 500 kilomètres en camion, enchaînés deux à deux. Devant chaque fourgon cellulaire, un camion militaire. Derrière également. De Johannesburg à Kimberley, à travers les collines grises de l’Etat libre d’Orange, puis jusqu’au Cap, où les attend le bateau. Les condamnés tentent de dormir dans les camions fermés, aux fenêtres garnies d’épais barreaux. Dehors, une bise froide et sèche emporte la poussière. Nelson Mandela et ses compagnons sont condamnés à la prison à perpétuité.
Il y a déjà deux ans qu’il a été arrêté, le 5 août 1962, à 44 ans. Il avait été condamné alors à cinq ans de prison. Entre-temps, les autorités ont découvert, dans la ferme clandestine de Rivonia, des documents prouvant que le mouvement contre l’apartheid organise systématiquement des sabotages, et que Nelson Mandela les planifie. Nouveau procès, dont le leader noir fait une tribune politique d’envergure. Verdict : prison à vie, dans le pénitencier de Robben Island.
Assis sur des bancs dans la cale, avec les moteurs diesel qui empestent, secoués par les vagues
Un sale coin, brûlant en été, mais où l’on grelotte dans l’humidité de l’hiver. Du Cap, les condamnés embarquent du quai no 5 en direction de la tâche sombre que l’on aperçoit en mer, à quelques kilomètres de là. Assis sur des bancs dans la cale, avec les moteurs diesel qui empestent, secoués par les vagues, ces hommes qui se battent pour leurs droits et ceux des autres, pour la simple égalité juridique de tous, sont pour la plupart malades durant la courte traversée.
Quand ils arrivent,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Archives. Sorti de prison le 11 février 1990, Nelson Mandela prononçait un discours historique au Cap devant des dizaines de milliers de ses partisans.
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#100ansMandela : Libéré, un « humble serviteur » parle à « son peuple »

Archives. Sorti de prison le 11 février 1990, Nelson Mandela prononçait un discours historique au Cap devant des dizaines de milliers de ses partisans.



Le Monde
 |    10.07.2018 à 08h20
   





                        



                                


                            
A l’occasion du centenaire de la naissance de Nelson Mandela et de la sortie mondiale de ses lettres de prison, Le Monde republie des articles parus sur des moments-clés de sa vie. Le 11 février 1990, jour de sa libération, le futur Prix Nobel de la paix s’est adressé à la foule venue l’acclamer, comme l’a relaté l’envoyé spécial du Monde.
13 février 1990
Jacques Barrin (Le Cap, Afrique du Sud, envoyé spécial)
Les formalités de levée d’écrou ont-elles été plus longues que prévu ? A-t-il voulu prendre le temps de goûter les retrouvailles avec ceux qui étaient venus le chercher et dire adieu à Gregory, son gardien blanc qui l’avait suivi de prison en prison pendant plus de vingt ans ? Ou bien mettait-il simplement la dernière main au premier discours qu’il allait adresser à « son » peuple dans quelques instants au Cap ?
Quoi qu’il en soit, ce dimanche après-midi 11 février, Nelson Mandela se fait attendre une heure un quart par des centaines de sympathisants qui piétinent sous un dur soleil devant l’entrée principale de la prison de Paarl. A 16 h 14 et non à 15 heures comme il avait été annoncé, un convoi d’une dizaine de voitures débouche d’une longue allée dans l’enceinte de ce vaste centre de détention et s’immobilise devant le poste de garde. Du deuxième véhicule descend Nelson Mandela, qui tient à faire à pied, main dans la main avec Winnie, sa femme, ses premiers pas d’homme libre.
En costume de ville, le vieux lutteur marche d’un pas alerte, esquisse un sourire, fait quelques subtils signes de la main, lève le poing en direction de la foule. Pas un mot. Il remonte en voiture et, à travers les vignobles, sous la conduite de motards toutes sirènes hurlantes, il se laisse conduire vers Le Cap, où l’attend sa première réunion publique. La scène, retransmise en direct par la télévision sud-africaine, n’aura duré que cinq minutes. Nelson Mandela...




                        

                        


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<filnamedate="20180715"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180715"><AAMMJJHH="2018071520">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Archives. Le 12 juin 1964, Nelson Mandela était condamné à l’emprisonnement à vie. Au cachot depuis deux ans déjà, le militant noir sud-africain passera au total vingt-sept ans derrière les barreaux.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
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#100ansMandela : Le bagnard de l’apartheid

Archives. Le 12 juin 1964, Nelson Mandela était condamné à l’emprisonnement à vie. Au cachot depuis deux ans déjà, le militant noir sud-africain passera au total vingt-sept ans derrière les barreaux.



Le Monde
 |    10.07.2018 à 08h18
 • Mis à jour le
10.07.2018 à 08h26
    |

                            Michel Bôle-Richard








                        



                                


                            
A l’occasion du centenaire de la naissance de Nelson Mandela et de la sortie mondiale de ses lettres de prison, Le Monde republie des articles parus sur des moments-clés de sa vie. Le 12 juin 1964, le militant noir sud-africain était condamné à la prison à vie. Vingt ans plus tard, en 1984, le journaliste du Monde, Michel Bôle-Richard, témoigne de l’engagement de celui qui est encore derrière les barreaux.
18 juin 1984
« J’ai combattu le racisme toute ma vie, je le combats aujourd’hui et le combattrai jusqu’à la fin de mes jours. » Lancées par Nelson Mandela à ses juges, ce sont là les dernières paroles prononcées publiquement par le militant noir sud-africain. Nous sommes le 12 juin 1964, et il vient d’être condamné à l’emprisonnement à vie. L’ancien dirigeant de l’ANC (Congrès national africain), mouvement anti-apartheid, est ensuite ramené dans le cachot qu’il occupe depuis deux ans déjà. Il y purge une peine de cinq années d’emprisonnement qui lui a été infligée en novembre 1962. Cinq ans qui, par une singulière addition, s’ajoutent à la condamnation à perpétuité.
Depuis vingt-deux ans, aujourd’hui, Nelson Mandela attend une hypothétique remise en liberté. Les campagnes internationales, les requêtes émanant des plus hautes autorités mondiales, les pétitions et les interventions n’ont pas abouti. Les chefs d’Etat européens ont encore demandé son élargissement à M. Pieter W. Botha, premier ministre de l’Afrique du Sud, lors de son récent voyage sur le Vieux Continent.
Les espoirs d’une mesure de clémence avaient été ravivés en mars dernier, lorsque le bruit courut que Nelson Mandela et son compatriote Walter Sisulu pourraient bénéficier d’une mesure de grâce à condition qu’ils s’établissent dans le homeland du Transkei. Une condition s’apparentant à une forme d’exil, qui a été catégoriquement rejetée par les deux prisonniers.
Matricule 464/1964
Incarnation de la lutte...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Des lettres de Nelson Mandela pendant sa détention sont publiées dans un livre le 12 juillet. « Le Monde » en publie deux adressées à Winnie et à ses filles.
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Nelson Mandela : « L’honneur appartient à ceux qui ne renoncent jamais à la vérité »

Des lettres de Nelson Mandela pendant sa détention sont publiées dans un livre le 12 juillet. « Le Monde » en publie deux adressées à Winnie et à ses filles.



Le Monde
 |    10.07.2018 à 06h42
 • Mis à jour le
10.07.2018 à 09h02
   





                        



                                


                            

Nelson Mandela a été emprisonné en Afrique du Sud du 5 août 1962 au 11 février 1990. Pendant cette période, le militant anti-apartheid a écrit des centaines de lettres à son épouse, Winnie, qu’il appelait « maman », à ses amis, ses enfants, ses camarades de lutte. A l’issue de dix années de recherche, une sélection de 255 lettres est publiée à l’occasion du centenaire de sa naissance, en 1918 (Les Lettres de prison de Nelson Mandela, Robert Laffont, 768 pages, 22 €). Le Monde publie deux lettres écrites le 23 juin 1969 de la prison de Robben Island, où l’ancien président de l’Afrique du Sud (1994-1999) a été détenu près de vingt ans.

A Winnie Mandela, son épouse, le 23 juin 1969
« Ma chérie,  La chose la plus précieuse que je possède ici, c’est la première lettre que tu m’as écrite le 20 décembre 1962, peu après ma première condamnation. Pendant ces derniers six ans et demi, je n’ai cessé de la lire et la relire, et les sentiments qu’elle exprime me sont aussi chers et nouveaux que le jour où je l’ai reçue. Avec les aspirations et les conceptions que tu manifestes et le rôle que tu joues dans la bataille actuelle des idées, j’ai toujours su que tu serais arrêtée tôt ou tard. Mais quand je pense à tout ce que j’ai vécu, j’avais vaguement espéré qu’une telle calamité te serait épargnée et que tu ne connaîtrais pas le malheur et la douleur de la vie en prison. Aussi, quand la nouvelle de ton arrestation m’est parvenue le 17 mai, en pleine préparation de mes examens vingt-cinq jours plus tard, je me suis senti pris au dépourvu, glacé et seul. Que tu sois libre et que tu aies la possibilité de te déplacer dans certaines limites a pour moi beaucoup d’importance. J’attends tes visites avec impatience ainsi que celles des membres de la famille et des amis que tu organisais avec ta compétence et ton enthousiasme habituels, sans compter tes merveilleuses cartes d’anniversaire, de mariage et de Noël que tu ne manquais jamais...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ De nombreux mangas mettent en scène des héroïnes ultra-sexualisées, des plaisanteries sexistes, et normalisent l’absence de consentement. Quelques mois après l’émergence du mouvement #metoo, reportage à Japan Expo.
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Loin de #metoo, le discret débat sur le sexisme dans le manga

De nombreux mangas mettent en scène des héroïnes ultra-sexualisées, des plaisanteries sexistes, et normalisent l’absence de consentement. Quelques mois après l’émergence du mouvement #metoo, reportage à Japan Expo.





Le Monde
 |    08.07.2018 à 10h00
 • Mis à jour le
09.07.2018 à 06h49
    |

            Pauline Croquet et 
Morgane Tual





« La représentation des femmes dans le manga, c’est pas vraiment ça. » Gladys Boucherit, costume de licorne et lunettes dans les cheveux, est une grande lectrice de bande dessinée japonaise. Comme des dizaines de milliers d’autres, elle s’est rendue ce jeudi 6 juillet à Villepinte, en région parisienne, pour participer à Japan Expo, le plus grand événement français consacré à la culture pop japonaise. Assise à l’ombre du grand bâtiment du parc des expositions, elle détaille ce qui, dans les mangas, la met mal à l’aise depuis des années. « Il y a de gros problèmes sur la notion de consentement. Souvent, dans les mangas pour jeunes filles, l’héroïne n’est pas d’accord pour qu’un garçon l’embrasse, mais à la fin elle finira par l’aimer. Ce n’est pas une bonne représentation pour les jeunes », estime cette femme de 28 ans.
Elle n’est pas la seule, sur ce salon, à critiquer le sexisme de certaines œuvres. Pour Karine, 31 ans, qui patiente devant un stand de bouchées vapeur, ce sont plutôt les shonen, ces mangas pour jeunes hommes, qui posent problème. « Pourquoi les femmes y sont aussi déshabillées ? Les personnages masculins, eux, ne sont pas en petite tenue. Ça m’énerve. » Fiona Renouf, lycéenne de 17 ans venue de Belgique avec sa mère, se montre moins agacée. « Il y a beaucoup de stéréotypes. Ça ne me dérange pas, mais je le remarque. Et je ne me laisse pas influencer. »

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Dans les allées de Japan Expo, pas besoin de chercher bien loin pour confirmer les propos de ces jeunes femmes. Sur les couvertures des livres, les affiches géantes ou les figurines, les personnages féminins sont souvent ultra-sexualisés – et ont parfois l’apparence de très jeunes adolescentes, voire d’enfants. En feuilletant au hasard des mangas, on découvre aussi des héroïnes soumises aux hommes, des propos et plaisanteries sexistes, et il n’est pas rare d’apercevoir des scènes où le consentement du personnage est clairement bafoué. S’il ne s’agit que d’une partie de la production – de nombreux titres ne contiennent pas de scènes problématiques, et valorisent des personnages féminins très forts –, la récurrence de ce type de contenu interroge, dans la foulée du mouvement de société #metoo, qui a remis le féminisme sur le devant de la scène et imposé dans le débat public la notion de « culture du viol ».
Le harcèlement, ressort comique
Il faut dire qu’au Japon, « #metoo n’a pas fait beaucoup de bruit », souligne Christine Lévy, maîtresse de conférences à l’université Bordeaux-Montaigne, spécialiste du féminisme et des questions de genre au Japon. « Ça n’a pas du tout eu le même écho qu’en Europe ou en Amérique du Nord, il n’y a pas eu de débat de société. » Dans cette société où « le modèle féminin est gentil, poli et soumis », les suites de l’affaire Weinstein n’ont généré aucun séisme dans l’industrie culturelle, contrairement aux Etats-Unis. Et logiquement, aucune remise en question des éditeurs de mangas.

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Et du côté des éditeurs français ? Le discours varie. « On se sent assez loin de ces problématiques », assume Sébastien Dallain, qui dirige la branche édition de Panini France. « Cette question me laisse un peu perplexe, je ne me la suis pas posée. » Pour lui, qui reconnaît avoir « une responsabilité morale », l’objectif est « d’apporter du plaisir au lecteur. On se demande jusqu’où on peut aller, et il y a des choses qu’on ne va pas publier car trop violentes ou sexistes ».
Son entreprise édite notamment un des mangas les plus emblématiques des années 1980 et 1990 : City Hunter, plus connu en France dans sa version animée, baptisée Nicky Larson. Le héros, Ryo Saeba, y passe une bonne partie de son temps à harceler sexuellement quasiment tout personnage féminin à sa portée – le principal ressort comique de ce shonen. « C’est de l’humour typiquement japonais, et le harceleur est tourné en ridicule, estime Sébastien Dallain, ça éveille des consciences. »
Les éditeurs posent leurs « limites »
Certains poncifs se retrouvent d’un manga à l’autre, comme les innombrables gros plans sur petites culottes, ou les personnages féminins surpris dans la salle de bain. « Parfois, ce sont les éditeurs japonais qui demandent que l’auteur ajoute ce type de scène », explique Arnaud Plumeri, directeur éditorial chez Doki-Doki, quelques stands plus loin. « Après une enquête auprès des lecteurs, le responsable éditorial va dire : les lecteurs trouvent cette héroïne sexy, il faut la montrer plus. » Et souvent la sexualiser davantage – une pratique parfois appelée plus ou moins ironiquement « fan service ». On a par exemple vu la taille des seins de Nami, un personnage féminin de One Piece, gonfler considérablement avec le temps - quand bien même ce manga très populaire compte, selon les études de lectorat, autant de lectrices que de lecteurs en France.
Des évolutions que ne sont pas en mesure d’anticiper les éditeurs français, explique Arnaud Plumeri, comme l’apparition de certaines scènes qui pourraient leur déplaire. « Pour acheter un titre, il faut faire des offres dès la publication au Japon du premier volume. On ne sait pas où va l’histoire, ce que ça va donner. » Résultat, il lui est arrivé de trouver des « subterfuges » pour « éviter que la ligne jaune soit franchie ». Quitte à « édulcorer un dialogue » ou agrandir le cartouche de texte pour masquer une image lui posant problème.
Il n’est pas le seul. Une page du tome 7 de Dead Tube, paru en janvier et mettant en scène un viol, a ainsi été considérablement noircie par les éditions Delcourt/Tonkam. « Parce qu’elle ne nous paraissait pas utile dans le déroulé de l’histoire et surtout qu’il y a des limites que nous ne voulons pas dépasser », explique Pascal Lafine, éditeur chez Delcourt/Tonkam.
Des choix éditoriaux plus responsables
Chez Akata, dont le stand est à deux pas, on assure ne « jamais » recourir à ce type de censure. Mais préférer choisir des titres plus intelligents. « Dans le shojo [les mangas pour jeunes filles], beaucoup de mangas sont dessinés par des femmes, et les personnages masculins se comportent comme des rustres. Et ce n’est jamais remis en question dans l’histoire ! » déplore Bruno Pham, directeur éditorial.
« Le problème, c’est le systématisme, le manque de recul de certains mangas où c’est normalisé. Le beau gosse est un rustre, mais comme il est beau, alors ce n’est pas grave ! Chez Akata, si le personnage est un connard sans rien derrière, on ne va pas publier. »
Et de citer Game, un manga sorti cette année, présenté comme féministe, et qui provoqua quelques remous dans le landerneau français du manga. Il raconte comment Sayo, une cadre brillante, finit par céder aux sollicitations insistantes d’un collègue, et établit une relation purement physique entre eux. « L’héroïne est consciente que c’est un connard, et il n’est pas présenté avec de petites étoiles, le manga ne dit pas que c’est bien ou mal. C’est neutre, et ça change tout. »
Guillaume Kapp, quant à lui, tente de rendre plus responsable le choix des mangas édités par Ototo/Taifu Comics. Et pour cause : l’entreprise est notamment spécialisée dans le yaoi, un genre mettant en scène des histoires d’amour entre hommes, à destination d’un lectorat principalement féminin, et où les scènes de viol sont monnaie courante. « On y fait de plus en plus attention. Dans certains cas, le violé finit par dire “j’ai aimé ça et maintenant je t’aime”. Ça me pose problème. » Lui essaye désormais de choisir des mangas davantage axés sur des questions de société, comme l’homoparentalité. « On fait de moins en moins de titres avec du viol gratuit, la fiction a ses limites », explique-t-il.
« La prise de conscience doit venir du Japon »
La France étant l’un des premiers marchés au monde pour le manga, les exigences des éditeurs français ont-elles une influence sur la façon de faire de leurs homologues japonais ? « Il ne faut pas se leurrer, estime Guillaume Kapp. Le Japon reste très auto-centré, même s’il vend à l’international. Les éditeurs japonais ne changeront jamais le travail des auteurs pour ça. La prise de conscience doit venir du Japon. »

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Et du côté des mangakas français, de plus en plus nombreux ? Elsa Brants, auteure de Save Me Pythie, dit se « battre contre ça depuis longtemps ».
« Les codes du manga, c’est un langage avec lequel on peut raconter ce qui nous est propre, c’est adaptable à chaque culture et individu. On peut faire du bon manga humoristique sans vulgarité, sans sexisme, sans violence envers les femmes. »
A Japan Expo, qui compte autant de femmes que d’hommes dans ses visiteurs, aucun événement – conférence, débat ou autre – n’a été consacré à la question lors de cette édition, contrairement à de nombreux autres grands événements culturels de l’année. « Si on fait ce débat sur le manga, cela reviendrait quelque part à juger la société japonaise et je ne pense pas que ce soit aux Français de le faire, explique Thomas Sirdey, cofondateur de la Japan Expo. Il faut se demander à quoi servirait ce débat. Si c’est pour que les plus jeunes s’informent, prennent conscience et construisent quelque chose de plus sain, pourquoi pas. Donc un débat pour ouvrir l’esprit des gens pourquoi pas, pour juger la société japonaise, je ne veux pas. »




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Jean Paulhan là où on ne l’attend pas

Les critiques littéraires de l’homme de lettres paraissent dans deux nouveaux tomes de ses « Œuvres complètes ». Essentiel.



Le Monde
 |    08.07.2018 à 07h15
    |

                            Jean-Louis Jeannelle (Spécialiste des études littéraires et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Œuvres complètes IV et V. Critique littéraire, de Jean Paulhan, édité par Bernard Baillaud, Gallimard, 784 p. et 778 p., 39,50 € chacun.

Du critique le plus prestigieux de La Nouvelle Revue française durant l’entre-deux-guerres, Albert Thibaudet, Jean Paulhan (1884-1968) écrivait qu’il fut « le premier critique français qui ne tienne pas Baudelaire pour un extravagant, Mallarmé pour un fumiste et Lautréamont pour un simple fou ». Curieux titre de gloire, qui témoigne des risques encourus par qui prétend juger dans l’immédiat la valeur d’œuvres sur lesquelles la postérité portera quoi qu’il en soit un autre regard et qu’elle appréciera pour de tout autres raisons que lui, quand bien même l’évaluation du critique (chargé de conseiller une lecture) et celle du savant (chargé de commenter une relecture) coïncideraient. Toujours menacée de verser dans la promotion ou de paraître, rétrospectivement, aveugle à la nouveauté, la critique est une activité délicate qui se justifie avant tout par sa hauteur de vue et par l’alacrité d’un style : Jean Paulhan en fut l’un des grands praticiens et le plus ardent défenseur.
Homme de revues (La NRF, Commerce, Les Cahiers de la Pléiade…), tête chercheuse des éditions Gallimard, éminence grise de la république des lettres durant l’entre-deux-guerres et jusque dans les années 1960, Paulhan fut tout cela, et bien plus : l’auteur de petites fables sophistiquées et d’une œuvre critique hétéroclite, de la simple note au traité composé en longues volutes. Est-ce en raison du rôle (trop) stratégique qu’il exerçait auprès de Gallimard ? Ses œuvres complètes parurent chez un petit éditeur, Tchou, ce qui a nui à sa postérité. Depuis 2006, Bernard Baillaud en assure, sous la couverture blanche, une nouvelle édition en sept volumes, dont paraissent aujourd’hui les deux tomes réservés à cet exercice à chaud du goût littéraire.
Se confronter à...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ « La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr » d’Antoine Marchalot.
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Article sélectionné dans La Matinale du 07/07/2018
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Leumonde.fr, par Antoine Marchalot (épisode 109)

« La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr » d’Antoine Marchalot.



Le Monde
 |    08.07.2018 à 06h32
 • Mis à jour le
08.07.2018 à 20h24
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ Parmi les parutions qui marquent les 70 ans de l’Etat d’Israël, fondé en 1948, l’important « Persévérance du fait juif », de Danny Trom, revient aux sources bibliques pour éclairer le destin politique du pays.
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Israël, les raisons d’être. Entretien avec Danny Trom

Parmi les parutions qui marquent les 70 ans de l’Etat d’Israël, fondé en 1948, l’important « Persévérance du fait juif », de Danny Trom, revient aux sources bibliques pour éclairer le destin politique du pays.



Le Monde
 |    07.07.2018 à 08h00
    |

                            David Zerbib (Philosophe et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Persévérance du fait juif. Une théorie politique de la survie, de Danny Trom, EHESS/Gallimard/Seuil, « Hautes études », 512 p., 28 €.

Danny Trom, chercheur au CNRS, s’efforce de bâtir une sociologie de l’expérience politique. Après avoir travaillé, notamment, sur les problèmes publics dans la ville et sur les conflits dans l’aménagement du territoire, il s’est spécialisé dans l’étude des collectifs ­politiques modernes. Son nouvel essai, ­Persévérance du fait juif, analyse, à l’heure où l’on commémore le 70e anniversaire de la naissance d’Israël, les fondements mal identifiés d’une tradition politique juive.

Votre livre interroge ce qui relie les juifs de la diaspora à l’Etat d’Israël, bien qu’il leur soit a priori étranger. ­Chaque fois qu’Israël est menacé, ­relevez-vous, ils sont saisis d’une ­angoisse, comme la philosophe ­Hannah Arendt lors de la guerre des Six-Jours, en 1967. Comment ana­lysez-vous ce paradoxe ?
Ce rapport particulier n’a pas trouvé d’explication théorique. Le paradoxe est d’autant plus saillant dans le cas de juifs dits « émancipés », comme Hannah Arendt ou, en France, Raymond Aron, qui écrivit par exemple à cette époque : « Ce petit Etat qui n’est pas le mien, s’il ­venait à disparaître, m’ôterait jusqu’à ­l’envie de vivre. » Pourquoi réagit-il ainsi ? La réponse est à chercher dans une forme d’expérience politique de la précarité, que le rétablissement de la république et des Etats-nations en Europe après la guerre n’a pas suffi à apaiser. Il y a eu un affaiblissement de la confiance des juifs dans l’Etat, lié aux événements qui vont de la montée de l’antisémitisme au XIXe siècle jusqu’à la Shoah, en passant, en France, par Vichy. L’Etat d’Israël joue alors un rôle de réassurance à travers un Etat supplémentaire, pris essentiellement dans sa fonction protectrice.
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