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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Notre choix du soir. Un documentaire sensible permet de mieux découvrir l’aventure artistique de l’auteur et metteur en scène de théâtre (sur Arte à 0 h 00).
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TV – « Joël Pommerat, le théâtre comme absolu »

Notre choix du soir. Un documentaire sensible permet de mieux découvrir l’aventure artistique de l’auteur et metteur en scène de théâtre (sur Arte à 0 h 00).



Le Monde
 |    15.07.2018 à 18h00
    |

                            Fabienne Darge








                        


Documentaire sur Arte à 0 h 00

   


« Je cherche le réel. Mais ce réel, il faut le recomposer, le refabriquer. » Tout le théâtre de Joël Pommerat est là, et toute son aventure artistique qui, depuis vingt ans, a pris peu à peu une place aussi importante que celle menée auparavant par Patrice Chéreau. Pour autant, l’auteur et metteur en scène reste un homme secret, de tempérament farouche, tendu vers son art, fuyant le cirque médiatique.
C’est le grand mérite du film de Blandine Armand que de les faire mieux connaître, lui et cette aventure menée avec sa compagnie Louis Brouillard – nom choisi en clin d’œil au Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine –, fondée en 1990. La documentariste ­connaît bien le travail de l’« auteur de spectacles », comme il aime à se définir lui-même, et elle le saisit par petites touches sensibles, tel qu’en lui-même, longue silhouette dégingandée, travailleur inlassable, d’hôtel en appartement temporaire, avant de se poser, enfin, dans la maison qu’il a achetée dans le sud-ouest de la France.
Avant tout une équipe
Le Théâtre comme absolu – titre du documentaire – le dit bien : Joël Pommerat a vécu dans, par et pour son théâtre pendant trente ans, créant une trentaine de pièces, traduites en quarante langues, et tournant dans le monde entier. De nombreux extraits de ces spectacles émaillent le film, qu’il s’agisse d’Au monde, des Marchands, de Ma chambre froide ou de Ça ira (fin de Louis), le dernier créé : en s’attaquant à la Révolution française, Pommerat et son équipe ont fait date, avec cette pièce qui est reprise au Centquatre-Paris, du 16 au 20 juillet, dans le cadre du festival Paris l’été.
Car Pommerat, c’est aussi et avant tout une équipe, une compagnie de fidèles, qui tous interviennent dans le film. Les quatre actrices qui forment le socle de la troupe au premier chef : Saadia Bentaïeb, Agnès Berthon, Ruth Olaizola et Marie Piemontese. Et, bien sûr, Eric Soyer, scénographe et bien plus encore, le premier interlocuteur, qui résume en une phrase le cœur de ce théâtre : « Ce qui m’a toujours fasciné dans son écriture, c’est le point de glissement entre la banalité et le monde de l’inconscient. » Si l’on ajoute à cela le travail à l’Opéra et celui que mène Joël Pommerat à la prison d’Arles, c’est un tableau complet qu’offre le film de Blandine Armand.
Joël Pommerat, le théâtre comme absolu, de Blandine Armand (Fr., 2017, 60 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Le chorégraphe libanais présente au Théâtre Benoît-XII à Avignon le troisième volet de sa trilogie centrée sur les liturgies funéraires dans le monde arabe.
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Ali Chahrour prend la mort à la gorge

Le chorégraphe libanais présente au Théâtre Benoît-XII à Avignon le troisième volet de sa trilogie centrée sur les liturgies funéraires dans le monde arabe.



Le Monde
 |    15.07.2018 à 17h26
 • Mis à jour le
15.07.2018 à 17h55
    |

                            Rosita Boisseau








                        



                                


                            

La place du mort. Une fois encore, le chorégraphe libanais Ali Chahrour, 29 ans, choisit de danser le mort dans sa nouvelle pièce May he rise and smell the fragrance, à l’affiche jusqu’au 17 juillet, du Théâtre Benoît-XII à Avignon. Une fois encore, il se poste en vigie dans l’espace impossible, le lieu intouchable, ose l’expérience spectaculaire de l’innommable à travers un rituel contemporain hypnotisant inspiré des cérémonies de deuils chiites.
May he rise and smell the fragrance (2017) est le dernier volet d’une trilogie centrée sur les liturgies funéraires dans le monde arabe. Les deux premiers, Fatmeh (2014) et Leïla se meurt (2015), dans lequel Ali Chahrour jouait le rôle du cadavre, ont été présentés en 2016, au Festival d’Avignon. La manifestation, qui a permis de faire connaître Chahrour, clôt ainsi cette immersion dans un chaudron de mélopées, de percussions, de tambourins, qui frémissent, bouillonnent, dégorgent, apaisent.
Ça pique les yeux
Fumigènes, barre de projos pleine face dans le public, ça pique les yeux. Un long cri, scandé, bloqué, laissé au bord du vide, avant d’être relancé dans l’air, saisit l’espace et le fige. Voix de femme seule devant le décès de son enfant. Sur un écran, où est projetée la traduction du texte arabe en français, il est question de résurrection, de désir d’éternité, d’effondrement. Un énorme rouleau compresseur sonore déchiquète tout, attaque la salle comme si on écrasait toute vie au passage. Trois hommes se dressent au premier rang des spectateurs et se tournent vers la communauté rassemblée. La mère arrive. Elle pleure son fils, elle le chante, elle le hurle. May he rise and smell the fragrance prend la mort à la gorge pour l’avaler, s’en empoisonner, la recracher peut-être.
Le corridor funèbre mis en scène par Ali Chahrour ouvre sur trois pièces comme autant de chambres funéraires. On y convulse, on y veille les disparus, on les ressuscite, on...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Le Belge offre une belle mise en scène du texte du Néerlandais Louis Couperus sur le poison des secrets de famille, mais contaminée par son sujet.
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Ivo van Hove déploie toutes les nuances du noir

Le Belge offre une belle mise en scène du texte du Néerlandais Louis Couperus sur le poison des secrets de famille, mais contaminée par son sujet.



Le Monde
 |    15.07.2018 à 16h55
 • Mis à jour le
15.07.2018 à 17h16
    |

                            Fabienne Darge








                        



                                


                            

Trop de tragédie tuerait-elle la tragédie ? On se le demande, à la (presque) mi-temps du Festival d’Avignon, le 14 juillet au soir, au sortir de De Dingen die Voorbijgaan (« les choses qui passent »), la nouvelle création, présentée en première française, du metteur en scène belge Ivo van Hove. Le directeur du Toneelgroep d’Amsterdam, un des maîtres incontestés du théâtre européen actuel, est désormais un habitué d’Avignon, où, depuis 2008, ses spectacles ont marqué les esprits, qu’il s’agisse des Tragédies romaines de Shakespeare, de The Fountainhead, d’après Ayn Rand, ou de ces fameux Damnés, inspirés de Visconti, présentés dans la Cour d’honneur du Palais des papes, en 2016, avec la troupe de la Comédie-Française.
Dans une édition 2018 qui semble décliner toutes les nuances de noir, Ivo van Hove revient avec un auteur quasiment inconnu en France, le poète et romancier néerlandais Louis Couperus (1863-1923), qu’il présente comme un équivalent de Proust ou de Thomas Mann. De Dingen die Voorbijgaan, signé par Couperus en 1906, a tout de la tragédie, sous ses dehors naturalistes et psychologiques qui relèvent de la littérature de la fin du XIXe siècle.
C’est l’histoire d’une famille, dominée par une matriarche impressionnante, prénommée Ottilie. En elle se tapit le secret familial que tous connaissent, mais qui ne se dit pas, qui a été tu depuis soixante ans et qui ronge et détruit une génération après l’autre. Quelque chose s’est commis, il y a plus de soixante ans, alors qu’Ottilie, son mari et son amant vivaient aux Indes orientales. Un acte irréparable, qui comme un poison continue à produire lentement ses effets, d’une génération sur l’autre, dans ce roman dont l’un des aspects les plus intéressants – et très actuel – est la cohabitation entre deux générations déjà âgées, l’une approchant les 90 ans, l’autre les 70.
De belles actrices
De Dingen die Voorbijgaan,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ La reprise de la production présentée en 2014 suscite à nouveau l’enthousiasme sous la direction magnifique de Raphaël Pichon à la tête de son Ensemble Pygmalion.
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Aix : La « Flûte » inoubliable de Simon McBurney

La reprise de la production présentée en 2014 suscite à nouveau l’enthousiasme sous la direction magnifique de Raphaël Pichon à la tête de son Ensemble Pygmalion.



Le Monde
 |    15.07.2018 à 14h10
 • Mis à jour le
15.07.2018 à 15h17
    |

                            Marie-Aude Roux








                        



                                


                            

Quatre ans plus tard, qu’allait-il rester de cette Flûte enchantée mozartienne qui avait émerveillé en 2014 le Festival d’Aix-en-Provence ? Tout. Et plus encore. Car le spectacle mis en scène par Simon McBurney s’est à la fois enrichi et épuré. Enrichi des mille et une familiarités acquises par le jeu des chanteurs, épuré par leur souplesse et leur naturel.
Le propos n’a rien perdu de son impact dramaturgique. Toujours s’invitent dans cette Flûte sauvée des ténèbres, l’ombre de La Tempête shakespearienne avec ses spectres, ses monstres et ses fols. Il y a du Prospero dans Sarastro, du Caliban dans Monostatos, du Miranda dans Pamina, du Ferdinand dans Tamino, et même, pourquoi pas, l’esprit d’Ariel dans les trois jeunes garçons grimés en trolls…
Les beaux ciels d’orage de Jean Kalman, la vidéo inventive de Finn Ross, et plus encore les deux « magiciens » circonscrits de part et d’autre du plateau – un scribe virtuose et une bruiteuse poète – habillent des songes en forme de cauchemars ou de rêves, sans que nul répit ne soit laissé à la musique. On a beau s’y attendre, l’arrivée de la Reine de la Nuit en vieillarde claudicante à longs cheveux gris reste un choc, d’autant qu’elle dégage l’incoercible violence d’une douleur abyssale, bien loin des colères telluriques des méchantes reines et autres féés stellaires.
Frustré sexuel au bord de la crise de nerfs
Comme il y a quatre ans, la soprano américaine Kathryn Levek, Reine de la Nuit paroxystique mais profondément humaine, recueillera par deux fois un succès mérité. Tout comme le Papageno du baryton néerlandais Thomas Oliemans (dont le costume constellé de fientes pourrait justifier le surnom de « Papaguano »), frustré sexuel au bord de la crise de nerfs, que poursuit une meute d’oiseaux de papier blanc bruissant les ailes du désir.
Plus encore que dans le souvenir nous a séduit la franche et très expressive Pamina de la soprano norvégienne...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Esquisses du futur 1|6. Les artistes contemporains explorent l’avenir à la lumière des sciences sociales. Cette semaine, les villes « idéales » d’un studio d’architecture italien.
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Les utopies négatives de Superstudio

Esquisses du futur 1|6. Les artistes contemporains explorent l’avenir à la lumière des sciences sociales. Cette semaine, les villes « idéales » d’un studio d’architecture italien.



Le Monde
 |    15.07.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
15.07.2018 à 14h40
    |

                            Eric Loret








                        



   


Parmi les arts, c’est à l’architecture (et à l’urbanisme) que la modernité a d’abord confié la mission d’améliorer le sort des hommes. Projets visionnaires de Boullée au XVIIIe siècle, phalanstère de Fourier, machine à habiter de Le Corbusier, puis, plus près de nous, autoplanification de Yona Friedman, ­architecture de récupération…
Mais à la fin des années 1960, les lendemains commencent à déchanter. Pour certains architectes et théoriciens, les utopies industrielles des années 1920 et 1930, qui voulaient « réconcilier la technologie et la nature, les régimes collectifs et l’auto­détermination, l’accomplissement matériel et spirituel », comme le résume Benjamin Buchloh dans l’article « Fuck the Bauhaus » (revue Initiales n°11, ENSBA-Lyon, mai 2018), se sont cassé les dents sur les « transformations sociales réelles qui étaient arrivées durant la désublimation agressive de l’expérience, au temps de la consommation de masse d’après-guerre ». La contestation gronde.
Propositions irréalistes
Gordon Matta-Clark, par exemple, que l’on peut voir actuellement au Jeu de paume, à Paris, critique littéralement à coups de massue la modernisation forcée et la relégation sociale qu’exerce l’architecture. Quelques années auparavant, en 1966, Superstudio et ­Archizoom, deux agences d’architecture de Florence, bousculent les codes par leurs propositions irréalistes. Superstudio, en particulier, inonde le monde de l’art d’images aussi attrayantes que glaçantes. Des photomontages montrant des paysages ou des villes recouverts d’une grille blanche uniforme, « design unique » qui peut être répété et appliqué n’importe où. On ne sait rien de ce qui est dedans ou dessous, c’est une pure « surface neutre ».
Ces horizons immaculés sont habités par des ­hippies que l’on voit pique-niquer ou glandouiller. En 1973, dans la revue Design Quarterly (n° 89, « Sottsass, ­Superstudio : Mindscapes », Walker Art Center), ­Superstudio décrit ainsi la première de ses « douze villes idéales » : un unique bâtiment constitué de cellules. Dans chaque cellule, un individu occupe un siège qui se moule autour de lui, capable de « satisfaire tous ses besoins physiologiques ». Le mur d’en face émet des odeurs, des sons et des images en 3D tandis que le sol est un « simulateur capable d’évoquer toutes les sensations du vivant ». Sur le toit, un « analyseur sélectionne, compare et interprète les désirs de chaque individu » à partir des ondes cérébrales de ceux-ci et, en conséquence, « programme toute la ville à chaque instant. Tous les citoyens sont parfaitement égaux. La mort n’existe plus ».
Discours ironique
Superstudio entretient volontiers le doute sur ses intentions. Au début, ses six membres présentent leur travail comme une « utopie modérée pour l’avenir immédiat » mais, plus tard, ils écriront aussi avoir inventé des « utopies négatives » et proposé une « lobotomie délicate » par le design. Discours ironique, semblable à celui du pop art auquel Superstudio emprunte ses formes, qui retourne la consommation de masse contre elle-même. Mais l’ironie n’empêche pas l’ambiguïté, au contraire : les propositions de Superstudio témoignent à la fois d’une fascination et d’une répulsion pour le fonctionnalisme et les grilles totalitaires de Mies van der Rohe.
Superstudio n’a jamais rien construit, sauf des meubles « encombrants ». Un refus de produire que le chercheur en histoire de l’art Ross K. Elfline, dans l’article « Superstudio and the “Refusal to Work” » (revue Design and Culture, 8:1, 2016), a proposé de relier à l’« opéraïsme » et au « refus du travail » de Toni Negri.
En 1971, l’un de ses fondateurs résumait ainsi la philosophie du groupe : « Si le design est une pure incitation à consommer, alors nous devons rejeter le design ; si l’architecture est une pure codification des modèles bourgeois de propriété et de société, alors nous devons rejeter l’architecture ; si l’urbanisme est une pure formalisation des injustices sociales du ­présent, alors nous devons rejeter l’urbanisme (…) jusqu’à ce que ces activités aient enfin toutes pour but de satisfaire nos besoins primordiaux. »
D’ici là, le monde que Superstudio présente, privé d’objets, de villes et de lieux où habiter, serait en quelque sorte le moins mauvais des purgatoires, mais sans doute pas un idéal à réaliser.
La semaine prochaine : Le design spéculatif d’Ai Hasegawa.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Crinière blonde et défilé de cuissardes pour elle, costumes sobres et collier de rappeur pour lui, le duo a égrené une trentaine de titres samedi soir au Stade de France.
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Beyoncé et Jay-Z, un couple au sommet

Crinière blonde et défilé de cuissardes pour elle, costumes sobres et collier de rappeur pour lui, le duo a égrené une trentaine de titres samedi soir au Stade de France.



Le Monde
 |    15.07.2018 à 05h53
 • Mis à jour le
15.07.2018 à 12h41
    |

                            Stéphane Davet








                        



   


Programmé le même jour que la finale de la Coupe du monde de football, le 15 juillet, le deuxième concert au Stade de France de Beyoncé et de Shawn Carter, alias Jay-Z, avait du mal à se remplir. Si l’annonce par les organisateurs que le match France-Croatie serait diffusé sur grand écran, avant le show, a relancé les ventes, 10 000 places restaient encore disponibles la veille.
A en juger par la prestation des « Carters » le 14 juillet, dans une arène, cette fois, à guichets fermés, les supporteurs français pourraient soit se consoler soit prolonger l’euphorie de la victoire en assistant dimanche au spectacle XXL des stars américaines.
Plus qu’un simple couple de vedettes des musiques urbaines, la chanteuse et son rappeur entrepreneur de mari sont devenus une entité artistique et commerciale mettant en scène vie sentimentale et familiale dans leurs disques respectifs ou communs, tel le dernier album en date, Everything is Love, paru le 16 juin, sous le nom de The Carters.
Films familiaux
Dans la foulée, leur deuxième tournée en duo, OTR II, après le On The Run tour de 2014, se nourrit aussi de cette vie privée affichée en public. Au Stade de France, l’écran géant de fond de scène rythme ainsi le concert d’une suite d’épisodes vidéo — constituée d’un montage de clips et de films familiaux — contant plus ou moins métaphoriquement la passion originelle, les disputes et les tensions, la repentance et la réconciliation, le bonheur retrouvé avec leurs trois enfants. Sur fond de références religieuses, ces moments pourraient se réduire à l’esthétique neu-neu de la télé-réalité. La connexion artistique de Jay-Z et Beyoncé est heureusement plus riche que celle de Kanye West et Kim Kardashian.
Depuis leur première collaboration, en 2002, pour le single ‘03 Bonnie & Clyde, on sait à quel point leur différence et leur complémentarité peuvent faire des étincelles. Elle, vocaliste surdouée de la bourgeoisie texane, dont les talents de danseuse ont amplifié la popularité. Lui, le gamin de Bedford-Stuyvesant, quartier dur de Brooklyn, à New York, dont la culture de rue a façonné la verve de rappeur et l’efficacité de self-made-man.
Trouvailles musicales
Pendant deux heures et demie et une quarantaine de titres (souvent joués en version raccourcie) piochés dans le répertoire de chacun, leurs profils respectifs permettent d’alterner sans temps morts des tableaux où s’affirment l’énergie revencharde de Jay-Z (Dirt Off your Shoulder), son assurance bravache de milliardaire autodidacte (Fuckwithmeyouknowigotit, Clique), sa capacité à transformer les épreuves en potion euphorisante (99 Problems, Public Service Announcement), mais aussi sa vulnérabilité (Song Cry) et une conscience politique afro-américaine (The Story of O.J.).
Les performances de Beyoncé s’enchaînent à celles de son époux et s’y fondent brillamment grâce à des trouvailles musicales et vidéo, à la richesse d’une scénographie multipliant passerelles surélevées, trappes escamotables, promenades dans le public et des chorégraphies où continue d’exceller Queen Be, accompagnée d’une douzaine de danseuses aussi spectaculaires que la douzaine de danseurs de Jay-Z.
« Girl power »
Si son mari change encore plus souvent de tenue qu’elle, guêpières en strass ou en pied-de-poule, cuissardes en vinyle, short en jean ou corset d’argent amplifient un sex-appeal assumé avec une autorité de maîtresse femme. La désormais blonde peut piquer une colère soul (Ring the Alarm), incarner l’épouse blessée par les infidélités (Resentment), en jouant en virtuose du velouté de ses quatre octaves et demie. Aussi à l’aise dans les rythmes sudatoires que dans la volupté, elle peut aussi twerker sur ses hymnes féministes (Flawless, Run the World [Girls]) en icône du « girl power ».
Convaincant chacun de son côté, Beyoncé et Jay-Z font d’autant plus fructifier leurs différences quand ils se retrouvent en duo. Plusieurs des morceaux de bravoure du concert consistent ainsi en un jeu de contrastes entre cet aristo du ghetto et sa reine pop. Si le couple n’a pas joué Apeshit, le titre illustré par le désormais célèbre clip tourné au musée du Louvre, il a célébré royalement son « real love » et sa domination sur le R’n’B contemporain dans les éclatants Upgrade U, Déjà vu, Crazy in Love, avant de conclure avec Young Forever, rêvant d’une jeunesse – et d’un règne – éternels.
Concerts : le 15 juillet, au Stade de France, à Saint-Denis, de 56,50 euros à 139 euros ; le 17, au stade Allianz Riviera, à Nice (complet).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Notre choix du soir. Dans un documentaire en six parties, Loïc Prigent revient sur tendances de la mode masculine, entre coupes classiques et silhouettes excentriques (sur Arte à 1 heure).
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤                     
                                                

TV – « Des hommes stylés » : le vestiaire masculin sens dessus dessous

Notre choix du soir. Dans un documentaire en six parties, Loïc Prigent revient sur tendances de la mode masculine, entre coupes classiques et silhouettes excentriques (sur Arte à 1 heure).



Le Monde
 |    14.07.2018 à 18h00
    |

            Renaud Machart








                        


Documentaire sur Arte à 1 heure



Des hommes stylés, le nouveau documentaire de Loïc Prigent, est proposé en six tranches fines, servies chaque samedi, à des heures tardives, à partir du 7 juillet sur Arte. Nous n’avons pu en voir que les quatre premiers épisodes.
C’est du Prigent dans le texte : vif, narquois, sexy, foutraque, drôle, avec les inévitables – mais qui s’en lasserait ? – saillies de Karl Lagerfeld et les micros-trottoirs de « Fashion Victims » de retour du carnaval de Rio.
Le récit est habilement troussé avec des perles d’archives qui montrent que les excès dont la mode masculine peut faire état ne datent pas du siècle – comme le prouve, entre autres, un imprimé zèbre des temps postzazous.
En gros, les deux lignes de force restent les mêmes : l’éternel masculin classique et chic dans un costume bien coupé, ou le renouvellement total du vestiaire pour des personnes binaires, ni masculines ni féminines. (Jean Paul Gaultier ayant été précurseur à cet égard comme à tant d’autres.)
« Détails cachés et égoïstes »
La marque Palomo Spain fait défiler des garçons très féminins en slip et cuissardes sous une redingote frangée, ou en talons hauts, bicorne à plumes et cape bordée de frou-frou. Violet Chachki, artiste transformiste gagnante de la septième saison de l’émission de télé-réalité « RuPaul’s Drag Race », interrogée à l’issue du défilé, adore. Louis XIV ? On ne sait.
Amanda Lear trouve « excitant et très sexy des garçons très féminins ». Mais, comme le reconnaît un jeune homme questionné quant à la « portabilité » de la chose : « C’est un peu limite pour prendre le métro… »
Pour ceux qui prennent le métro, rien de mieux qu’un costume structuré, mais souple, avec des « détails cachés et égoïstes », ainsi que le dit Véronique Nichanian, directrice artistique de l’homme chez Hermès. Encore faut-il avoir les moyens de son égoïsme en forme de poche doublée de peau d’agneau… Paul Smith, qui a, comme Agnès b., débarrassé la veste de son « cartonnage », rappelle qu’il fut avec Giorgio Armani le réinventeur du costume. Avec ce chic fané si élégant dont les Britanniques ont gardé le secret.
Sinon, dans ce documentaire, tout le monde ou presque en est d’accord : rien de mieux qu’un garçon en tee-shirt blanc et blue-jeans. Tout ça pour ça…
Des hommes stylés, de Loïc Prigent (Fr., 2018, 6 × 8-10 min.)



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ A l’heure où tant de festivals de musique cèdent à une logique industrielle, on apprécie l’artisanat préservé de Pete The Monkey, faisant grandir son aventure quasi utopique, au bord de la côte d’albâtre, à Saint-Aubin-sur-Mer.
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Festival : l’utopie franco-britannique de Pete The Monkey

A l’heure où tant de festivals de musique cèdent à une logique industrielle, on apprécie l’artisanat préservé de Pete The Monkey, faisant grandir son aventure quasi utopique, au bord de la côte d’albâtre, à Saint-Aubin-sur-Mer.



Le Monde
 |    14.07.2018 à 17h01
 • Mis à jour le
15.07.2018 à 11h23
    |

                            Stéphane Davet (Saint-Aubin-sur-Mer (envoyé spécial)








                        



                                


                            

Quand l’immense majorité des grands rassemblements estivaux annoncent désormais dès l’automne l’essentiel de leur programmation, on ne savait toujours rien de celle de la septième édition de ce festival normand, moins de deux mois avant son déroulement, du 12 au 14 juillet. Qu’importe. Trop modeste budgétairement pour s’offrir des têtes d’affiche, Pete The Monkey se singularise par un parti pris de prospection, misant sur des découvertes pop, groovy et electro. Dans le passé, le flair de cette petite équipe a fait ses preuves, puisqu’on a croisé ici de futures révélations comme Agar Agar, Juliette Armanet, Fishbach, L’Impératrice, Flavien Berger, Alex Cameron, Bagarre ou Tshegue.
Bien avant qu’on connaisse le détail du casting 2018, les quelque 3 700 places/jour avaient d’ailleurs trouvé preneur, très majoritairement vendues sous la forme d’un passe trois jours (au prix de 90 euros), souvent complété d’un forfait camping. « Les gens ne viennent pas ici pour un artiste en particulier, mais pour vivre une expérience globale, dit le Franco-Britannique Louis Dumas, cofondateur de Pete The Monkey, avec son frère Robert Dumas, Pauline Couten et Victor Hall. Un peu comme s’ils passaient trois jours dans une colonie de vacances pour adultes. »
Etendards, sculptures, installations…
De fait, le chemin qui, au milieu des prés, permet d’accéder au site, fait tout pour donner l’impression de pénétrer dans une bulle enchantée. Etendards bigarrés flottant au vent, sculptures intégrées à l’environnement naturel, installations conçues par des collectifs artistiques tels les Rouennais des Plastiqueurs décorent chaque recoin d’un site agencé en un charmant patchwork arboré, tissé à quelques centaines de mètres des falaises et de la mer.
En 2012, 300 spectateurs assistaient à la première édition sur un pré jouxtant des courts de tennis. Avec quatre scènes désormais, ce terrain de jeu n’a depuis cessé de s’agrandir, tout en veillant à garder...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Un manuel pour deux 1|6. A la découverte des duos qui ont créé nos livres de classe. Cette semaine, les auteurs de la bible de l’enseignement de l’histoire française (années 1920-1960) qui, en fin de compte, n’est l’œuvre que d’un seul homme.
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Pourquoi le Malet &  Isaac ne fut rédigé que par Isaac

Un manuel pour deux 1|6. A la découverte des duos qui ont créé nos livres de classe. Cette semaine, les auteurs de la bible de l’enseignement de l’histoire française (années 1920-1960) qui, en fin de compte, n’est l’œuvre que d’un seul homme.



Le Monde
 |    14.07.2018 à 13h00
    |

                            Philippe-Jean Catinchi








                        



   


Bréviaire de la nation » est sans doute excessif, mais pour des générations d’élèves du secondaire le « Malet-Isaac » a été la bible de ­l’enseignement de l’histoire. Présentée comme un monument pédagogique élaboré par un duo inspiré, la série de manuels scolaires signée Albert Malet et Jules Isaac n’a pourtant rien d’une création commune.
Jeune talent impécunieux
D’abord parce que les deux auteurs crédités de cet exceptionnel succès ne sont pas vraiment de la même génération – l’un est né en mai 1864, l’autre en novembre 1877 – mais surtout parce qu’ils ont fort peu travaillé ensemble. Recruté par Ernest Lavisse pour collaborer à sa monumentale Histoire générale, Albert Malet se voit confier par le maître la rédaction des manuels d’histoire chargés d’accompagner les nouveaux programmes scolaires de 1902. Pour Hachette, il s’y consacre en privilégiant la pédagogie par l’image et, choix plus personnel, l’histoire militaire. Seul, donc, il rédige les sept volumes du cours d’histoire en quelque 3 000 pages.
Cette même année 1902, Jules Isaac réussit l’agrégation et prend son premier poste à Nice. Ce n’est qu’en 1906 qu’il est recommandé par Lavisse, toujours, qui soutient ce jeune talent impécunieux, pour rédiger les aide-mémoire destinés à la préparation du baccalauréat. En poste au lycée Louis-le-Grand, à Paris, Isaac étend sa collaboration au projet de Malet en direction du primaire supérieur, assure les ajustements aux modifications de programme dès 1909, mais les deux hommes se connaissent peu, se croisent à peine, le cadet n’étant pour l’aîné qu’un collaborateur certes précieux et fiable, mais secondaire.
Quand la Grande Guerre éclate, tous deux partent au front, Malet s’engageant malgré son âge avancé. Il tombe au combat en Artois en septembre 1915. Isaac, blessé à Verdun, ­réchappe du carnage. Et se pense légitime pour reprendre la charge de Malet chez Hachette.
Souci de continuité
Même s’il est nécessaire de trancher entre les nombreux postulants, puisqu’il faut rédiger au plus tôt un chapitre sur la guerre qui vient de s’achever, l’éditeur hésite. L’historien proteste, arguant de son investissement et de sa parfaite connaissance du chantier. C’est finalement la modification des programmes de l’instruction publique arrêtée en août 1920 qui lui donne le poste.
Désormais l’histoire s’enseigne en continu de la sixième à la terminale. Le découpage de ­Malet ne convient plus. Tout est à reprendre, et c’est une totale refonte qu’engage Isaac. Toutefois, il n’en est crédité qu’en partie, le nom de Malet restant en vue, sur les contrats comme sur les couvertures alors que la formule du ­manuel qui va triompher pendant plus de ­quarante ans est l’œuvre du seul Jules Isaac. ­Hachette avance un souci de continuité qui masque mal celui de ne pas afficher un nom si « biblique », pour ne pas dire juif, quand le succès de la série se joue aussi dans les écoles catholiques.
Aiguiser l’esprit critique
Jules Isaac s’en accommode. Ayant renoncé à sa thèse au profit de sa « grande œuvre pédagogique », pour laquelle il s’entoure d’historiens confirmés et de pédagogues attentifs, le maître d’œuvre marque son empreinte : appel aux sources et aux textes documentaires pour ­familiariser l’élève à la méthodologie historique, confrontation de visions alternatives avec la méthode du double point de vue (même s’agissant de la guerre de 14, le souci d’équilibre tranche sur l’opinion en vogue) afin d’aiguiser l’esprit critique, élargissement à des champs « neufs » : science, économie, courants philosophiques (plus timidement certes).
Et toujours une large place à l’illustration, dont les légendes gagnent en efficacité. Le Malet-Isaac (si peu Malet et si fortement Isaac) défend clairement un idéal « républicain, laïque, de centre gauche », comme le définit André Kaspi, à qui l’on doit une formidable biographie d’un « travailleur d’histoire » jusque-là méconnu (Jules Isaac ou la passion de la vérité, Plon, 2002). A lire le manuel, on voit qu’il évite le patriotisme exacerbé qui conduit au nationalisme agressif puisque Isaac y ­dénonce « les effets déformants de l’optique nationale ». Peut-on rêver catéchisme plus ­pacifiste quand on écrit l’Histoire sans la moindre référence à Dieu et qu’on proclame : « La vérité historique n’a pas de patrie, ne porte pas d’écharpe tricolore » ?
« Les juifs perfides »
Si on se gardera d’oublier que seule une minorité d’enfants accède à l’enseignement secondaire (100 000 en 1920, 310 000 en 1945) et que chacun n’a pas eu entre les mains un Malet-Isaac, c’est statistiquement le choix le plus fréquent, les manuels concurrents ne s’octroyant vers 1946 qu’à peine 20 % du marché.
Jules Isaac y a eu quelque mérite. Nommé inspecteur général de l’instruction publique en 1936, celui qui n’hésitait pas à maintenir dans ses manuels des pans de savoir évacués par des réformes soucieuses d’allégement – « nous n’avons pas cru devoir sacrifier tout ce que les programmes ont éliminé » – est naturellement révoqué en 1940 en vertu du statut discriminatoire des juifs adopté par Vichy.
Abel Bonnard, ministre de l’éducation nationale sous Pétain, n’écrivait-il pas, dans l’hebdomadaire Gringoire, en novembre 1942, qu’« il n’était pas admissible que l’histoire de France soit enseignée aux jeunes Français par un Isaac » ? Hachette fait le gros dos, s’accommoderait de manuels où le nom d’Isaac ­disparaîtrait. Jules se bat et l’emporte. Car il ne cède jamais. Etant parvenu, réfugié en zone ­libre, à échapper aux nazis, il prie Pie XII au lendemain de la Shoah, en 1949, en audience papale, de réviser la prière universelle où sont stigmatisés « les juifs perfides ». C’est Jean XXIII qui l’exaucera en 1959.
C’est ce message de tolérance et d’ouverture, d’esprit critique aussi qu’a porté le Malet-Isaac, dès qu’il fut l’œuvre d’Isaac.

Quand Georges Perec se souvient
Ayant forgé, des années 1920 à 1970, une vision du monde et une conscience historique pour des générations d’élèves et de professeurs, les manuels inventés par Jules Isaac et présentés sous le double nom Malet-Isaac ne pouvaient pas ne pas figurer parmi les réminiscences héroïsées par Georges Perec (1936-1982). Un an après la publication de Je me souviens (Hachette, 1978), l’écrivain est sollicité par l’historien Laurent Theis, alors directeur de la rédaction de la toute nouvelle revue H Histoire, pour contribuer au premier numéro, « Enseigner l’Histoire » (Hachette, mars 1979).
Il y livre un texte, « Je me souviens de Malet & Isaac », qui sera repris dans le recueil posthume Penser/Classer (Hachette, 1985). En voici l’incipit (pp.73-74) : « Je croyais garder le souvenir intact de mes vieux manuels d’histoire ; je me suis aperçu qu’il n’en était rien et quand j’ai tenté de retrouver quelques titres de chapitre (La France de Louis XIV, Les Grandes Découvertes, etc.), quelques formules (la défenestration de Prague, la Pragmatique Sanction, la Sainte-Alliance, le Blocus continental, la Diète d’Augsbourg, les bourgs pourris, la paix de Presbourg, le traité de Tilsit, le concile de Trente, l’Affaire des poisons, le Camp du Drap d’or, etc.), quelques images (le paysan portant sur son dos un noble et un curé, la carte de la campagne de France en 1814, la coiffure de femme représentant une caravelle, etc.), il ne m’en est venu pratiquement aucune. Il a fallu que je ­recherche et retrouve, par hasard, quelques-uns de ces anciens livres de classe pour qu’en les feuilletant aussitôt ressurgissent, à travers ces ­mises en pages élaborées où alinéas, caractères gras et italiques esquissent le cadre immuable d’une pédagogie sûre de ses principes, quelques siècles de notre histoire, telle que l’ont rabâchée des générations de lycéens. »


La semaine prochaine : Lagarde et Michard.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ La chanteuse et actrice française a fêté ses 90 ans le 2 juillet. L’occasion de revenir sur sa carrière, son engagement dans la lutte contre le sida, l’affection que lui portent les politiques… et le temps qui passe.
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Elle est comme ça… Line Renaud


                      La chanteuse et actrice française a fêté ses 90 ans le 2 juillet. L’occasion de revenir sur sa carrière, son engagement dans la lutte contre le sida, l’affection que lui portent les politiques… et le temps qui passe.



Le Monde
 |    14.07.2018 à 12h15
    |

            Philippe Ridet








   


Désolé, on est en retard. Cela dit, nous avons une excuse. On ne savait pas que Line Renaud fêtait ses 90 ans le 2 juillet. Sinon, à l’instar de nos confrères et de nos consœurs de L’Express, de Paris Match, de Télérama, du Parisien, du Figaro – et on en oublie sûrement – qui ont consacré plusieurs pages à l’événement, nous y serions allés nous aussi de notre compliment de circonstance dès la semaine dernière.
Nous aurions regardé France 2, qui a consacré 195 minutes à la mise en scène et en images d’une émission spéciale depuis le théâtre Bobino, à Paris. Le service public est grand quand il privilégie la quête de sens à l’Audimat. Spécialiste de vieilles pierres, Stéphane Bern conduisait la cérémonie, en compagnie d’une pléiade de vedettes.
La force des femmes du Nord
Oui, si nous avions su, chère Line, nous serions, avec votre permission, bien sûr, volontiers montés à bord du bateau-mouche qui a embarqué tous vos merveilleux amis, de Brigitte Macron à Dany Boon en passant par Anne Hidalgo et Jean Reno, faire une virée sur la Seine. Nous aurions fait le déplacement jusqu’à votre maison de Rueil-Malmaison, joué avec les chiens, évoqué le souvenir de feu votre pygmalion et mari Loulou Gasté, fredonné quelques notes de Ma cabane au Canada.

On aurait parlé du temps qui passe, vous qui lui résistez si bien. De la force des femmes du Nord, de votre mère qui tenait la baraque quand votre père, camionneur en semaine et trompettiste de fanfare le dimanche, tenait, lui, le zinc des bars-tabacs d’Armentières. Du combat contre le sida. Des amis qui disparaissent et dont vous assurez, vaillante, la nécrologie, d’église en chaîne d’info. C’est à nous peut-être que vous auriez glissé : « La mort ne me fiche pas le blues. » Mais bon, voilà, on ne savait pas.
Line Renaud, c’est le Formica de la table de cuisine, la Simca de nos parents, le transistor sur l’étagère du salon.
Les hommes politiques ne s’y sont pas trompés. Sans nier le fait qu’ils puissent être sincères dans leur affection, ils ont tous cherché dans la popularité de Line Renaud ce qui, peut-être, manque à la leur. Des yeux myosotis ? La générosité ? La sincérité ? Des choses comme ça. Même le général de Gaulle, paraît-il, fredonnait Le Chien dans la vitrine, aboiements compris. De son côté, courtisane courtisée, il y en a peu qu’elle ait snobé. Après Jacques Chirac, son chouchou des eighties, elle s’est entichée du couple Macron : « Un coup de foudre d’amitié. » La Ve République est son jardin, l’Élysée, sa résidence secondaire.

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Sa carrière est si longue que la chanteuse figure à l’arrière-plan des souvenirs de trois générations de Français, au moins. Il nous suffit de voir ses cheveux blancs comme neige et d’entendre sa voix grave pour retomber en enfance. Line Renaud, c’est le Formica de la table de cuisine, la Simca de nos parents, le transistor sur l’étagère du salon. Et puis, disait-on : « Elle a du succès à Las Vegas. » Vu des années 1960, ça en bouchait un coin.
Las Vegas, parlons-en. L’ancienne meneuse de revue du Dunes et du Casino de Paris confie à Paris Match que Loulou Gasté ne fut pas son seul amour. Diable ! Dans le Nevada, elle s’enticha de Nate Jacobson, le patron du Caesars Palace. Elle essaya de s’en détacher. « Mais il débarquait à chaque fois n’importe où et me disait : “One more time”. » A 90 ans, Mademoiselle from Armentières, le titre d’une de ses chansons, révèle son tempérament rock’n’roll. Ça change tout. Promis, juré : l’année prochaine, on sera là !

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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Moins d’un an après l’affaire Weinstein et le mouvement #metoo, les festivals de musique français tentent de prévenir les situations de harcèlement et les agressions sexuelles. Encore trop fréquentes.
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Dans les festivals, « tous les ans, il y a un mec pour me peloter pendant un concert »

Moins d’un an après l’affaire Weinstein et le mouvement #metoo, les festivals de musique français tentent de prévenir les situations de harcèlement et les agressions sexuelles. Encore trop fréquentes.



Le Monde
 |    14.07.2018 à 10h10
 • Mis à jour le
15.07.2018 à 06h34
    |

            Romain Geoffroy et 
                                Brice Laemle








                        



                                


                            

A l’heure de la sieste, des pieds dépassent des tentes chauffées par un soleil de plomb. Au camping des Eurockéennes de Belfort, samedi 7 juillet, on prend des forces et l’apéro, on s’arrose avec des pistolets à eau ou on se prépare pour les premiers concerts de l’après-midi. Vautrés sur des sièges de pêcheur, casquettes sur la tête et boissons anisées à la main, six jeunes hommes reluquent les filles qui reviennent de la douche, et leur assènent des réflexions sur leurs physiques en ricanant. « Libérez vos nichons ! », « montre un tété ! », « sympa le petit short »… Toutes ont droit à une petite phrase. Quelques-unes répondent, mais la plupart font mine d’ignorer les remarques, elles laissent filer.
Séparée par quelques tentes de l’allée centrale du camping, Caroline avoue s’être habituée à la misogynie qui règne l’été dans les festivals. « C’est devenu classique, tous les ans il y a un mec pour me peloter pendant un concert », dit, presque blasée, cette urbaniste franc-comtoise de 26 ans. Pour autant, pas question pour elle de louper « les Eurocks », qui réunissent chaque année 135 000 spectateurs et ouvrent le bal des festivals d’été.
« Les lieux festifs sont associés à des lieux de rencontres, et certains dépassent les bornes, confirme Mathilde Neuville, cofondatrice de la jeune association de prévention Consentis. Pour le harcèlement de rue ou au travail, il y a une prise de conscience qui s’établit. Mais on s’est rendu compte qu’il restait une zone grise. »
Des plaintes chaque année
Un constat qui dépasse les frontières. En avril, aux Etats-Unis, une journaliste de Teen Vogue interrogeait 54 jeunes femmes venues danser dans le désert californien au festival Coachella. Toutes disaient avoir « été victimes d’agressions sexuelles ou de harcèlement cette année ». Au Royaume-Uni, l’institut de sondage YouGov a mené une enquête auprès de 1 188 festivaliers. Publiée...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Notre chroniqueur a encore frappé : après les vestiaires d’Alessandra Sublet et d’Antoine Griezmann, Marc Beaugé scrute celui du rappeur star américain qui se produit en concert avec Beyoncé, les 14 et 15 juillet au Stade de France à Saint-Denis, et le 17 juillet à Nice. La classe ? Ou pas.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Bon courage ! 1|6. Il n’est pas ici question d’héroïsme, mais de cette vertu qui fait tenir au quotidien. Cette semaine, la philosophe Gaëlle Jeanmart oppose la conception chrétienne à la conception antique du courage.
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édition abonné


Gaëlle Jeanmart : « Le courage, une bataille intérieure ou un geste d’éclat »

Bon courage ! 1|6. Il n’est pas ici question d’héroïsme, mais de cette vertu qui fait tenir au quotidien. Cette semaine, la philosophe Gaëlle Jeanmart oppose la conception chrétienne à la conception antique du courage.



Le Monde
 |    14.07.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
14.07.2018 à 18h29
    |

                            Julie Clarini








                        



                                


                            

Spécialisée en histoire de la philosophie antique et médiévale, maîtresse de conférences à l’université de Liège, Gaëlle Jeanmart est l’auteure d’une Généalogie de la docilité dans l’Antiquité et le Haut Moyen Age (Vrin, 2007) et, avec Thomas Berns et Laurence Blésin, de Du courage. Une histoire philosophique (Belles Lettres, 2010).
Pas un jour ne passe sans que l’on nous souhaite du courage pour accomplir les tâches les plus quotidiennes, celles qui nous incombent en tant que parent, travailleur, citoyen… De quel courage parle-t-on ?
Il y a plusieurs sens au mot « courage ». Le mot grec andreia, dérivé de aner, « homme » (ou ­virtus, en latin, dérivé de vir), se rapporte à la virilité, au monde de la guerre : c’est le courage du guerrier capable d’un geste d’éclat. Dans un premier temps, c’est un courage dont on n’est pas responsable, celui que les dieux d’Homère insufflent à Achille comme une sorte de bise. Avec Platon arrive un mouvement d’intériorisation : le courage est alors la force intérieure qu’il faut au soldat pour garder son poste, malgré les flèches qui pleuvent et le camarade qui tombe sous ses yeux.
Un changement majeur survient ensuite avec les chrétiens, qui correspond à notre usage du mot « courage ». Dorénavant on assume l’espèce de fatigue de l’existence : plus besoin de la guerre pour être courageux, l’existence est une épreuve suffisamment difficile ! Le courage est ce dont on a besoin tous les jours en se levant, comme si nous étions des soldats de l’existence. Son opposé n’est plus la couardise mais la paresse. On est passé du geste d’éclat, apanage des hommes, à l’acte minuscule, à la petite résistance au découragement – accessible aux femmes.
Dans les deux cas, il s’agit de trouver de la force ?
Oui. Mais chez Homère, les ressorts du courage et de la force sont externes, alors que la question qui se pose aux chrétiens...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Chaque samedi, « La Matinale » propose une sélection d’émissions à regarder en différé.
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Quatre replays pour patienter avant le match

Chaque samedi, « La Matinale » propose une sélection d’émissions à regarder en différé.



Le Monde
 |    14.07.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
14.07.2018 à 06h48
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Que vous soyiez indifférent au foot ou que vous trépigniez en attendant la finale, voici trois documentaires et une fiction pour enrichir un week-end qui s’annonce festif.
« L’éloquence des sourds » : une jeune femme sourde au handicap

   


« Imaginez un monde où un avion qui décolle fait le bruit d’un oiseau (…). Ce monde, c’est le mien. » Virginie est sourde de naissance. Pourtant, cela ne se perçoit presque pas. Dès son plus jeune âge, ses parents l’ont initiée à la lecture labiale et à l’oralité. Et grâce à des heures innombrables d’orthophonie, elle a appris à parler, sans jamais entendre le son de sa voix. C’est ainsi qu’elle nous conte sa vie. Une vie entre « deux mondes », celui de la surdité et celui des entendants.
Première sourde profonde de naissance à avoir passé le diplôme d’avocate en France, épouse et mère de deux enfants, Virginie fait figure de modèle. Pourtant si tout semble lui avoir réussi, on perçoit ses doutes, ses inquiétudes. Et c’est là que réside la beauté de ce film : mettre au jour les émotions qui la traversent. Se faisant ce portrait sensible et émouvant met à mal bien des clichés sur la surdité et souligne la richesse de l’« éloquence des sourds », composée de signes, de lèvres et de paroles. Un univers peuplé d’« images, de vibrations, de sensations », comme le décrit Virginie. Camille Langlade
L’Eloquence des sourds, de Laëtitia Moreau (France, 2017, 50 min). Sur Arte + 7 jusqu’au 16 juillet.
De toutes les matières, c’est la wax qu’elles préfèrent

S’il y a toujours une touche d’Afrique sur les podiums des fashion weeks aujourd’hui, c’est grâce au wax. Dénigré il y a une dizaine d’années, ce tissu aux innombrables motifs vitaminés – avec des profils de Giscard, Mobutu ou Obama, selon les époques, ou des nuances tribales – est devenu l’emblème pop d’une génération.
Dans Wax in the City, Elie Séonnet retrace l’ascension de ce célèbre tissu et explique les enjeux, culturels, économiques et politiques, dont il fait l’objet. Dans les échoppes de la capitale économique du Bénin, les rues poussiéreuses du Mali ou sur une plage de Dakar, le documentaire restitue l’ambiance des villes africaines. Des images soignées ponctuent les séquences, rythmées par les entretiens et les ­déplacements de Flora Coquerel, Miss France 2014 et présentatrice inspirée de ce documentaire aussi vivifiant qu’un pagne en wax. Pierre Lepidi
Wax in the City, d’Elie Séonnet (Fr., 2018, 60 min). A revoir dimanche 15 juillet à 9 h 45 ou sur 6Play.
Steve McQeen, vitesse et séduction

La vitesse – vite, très vite – et la séduction – mâle, très mâle – sont les deux axes que parcourt le documentaire I Am Steve McQueen, de Jeff Renfroe, du premier film de McQueen, Danger planétaire (1958), d’Irvin S. Yeaworth Jr. et Russell S. Doughten Jr., à La Tour infernale (1974), de John Guillermin et Irwin Allen, son dernier grand succès, qui l’oppose à Paul Newman, l’autre paire d’yeux bleus du cinéma américain.
De nombreux témoignages, d’amis, d’admirateurs – cinéastes, acteurs, cascadeurs –, de ses ex-épouses, de son fils et de ses petits-enfants, apportent un commentaire intéressant à ce film agrémenté de films familiaux privés.
On y apprend que McQueen aimait la fumette, mais aurait également touché à des substances plus fortes, et que cet homme à l’apparence de bon père de famille, qui emmenait parfois ses enfants sur les tournages lointains, était un tombeur. Pour ces deux raisons, sa première femme se séparera de lui. Renaud Machart
I Am Steve McQueen, de Jeff Renfroe (EU, 2014, 90 min). A revoir sur Arte + 7.
« Mon prince à la mer » : amour, humour, coquillages et crustacés

   


Quand elle ne fait pas « grr » sur YouTube contre les sujets qui l’irritent, Klaire monte sur scène pour parler sans tabou et avec large dose d’autodérision de sexe et d’intimité féminine. Pour autant, celle qui « transpire la lose, le cynisme et le shampoing antipelliculaire » ne désespère pas – enfin pas encore – de trouver l’homme de sa vie. Après Mon prince viendra, série audio, drolatique et grinçante, dans laquelle elle relatait ses tribulations sur les sites de rencontres, voici notre héroïne repartie en chasse, persuadée que l’été est propice aux rencontres.
Direction donc la Normandie où elle rejoint ses amis et leurs enfants dans un Center Park. C’est là que ses mésaventures commencent. « Ca va pas être hyperpratique de pécho si j’ai une pelle en plastique et un pot de bébé de Dora l’exploratrice sous le bras », déplore-t-elle dès l’entame. Coiffée du réglementaire bonnet de bain en latex, autant dire que l’opération séduction est loin d’être gagnée. Mais Klaire a d’autres atouts à faire valoir. A commencer par un humour débridé et passablement foutraque qui se joue des codes et de clichés de notre époque. Léa Demirdjian
Mon prince à la mer, de Klaire fait Grr (France, 2018, 5 x 5’à 8’) sur Arte Radio.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Dans une tribune au « Monde », un collectif de réalisateurs, parmi lesquels Michel Hazanavicius, Bertrand Tavernier et Cédric Klapisch appelle le président de la République à faire son possible pour obtenir la libération de leur confrère, Oleg Sentsov, qui, le jour de la finale de la Coupe du monde à Moscou, en sera à son 63e jour de grève de la faim.
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édition abonné


Russie : « Monsieur Macron, montrez que la France fait tout son possible pour sauver Oleg Sentsov »

Dans une tribune au « Monde », un collectif de réalisateurs, parmi lesquels Michel Hazanavicius, Bertrand Tavernier et Cédric Klapisch appelle le président de la République à faire son possible pour obtenir la libération de leur confrère, Oleg Sentsov, qui, le jour de la finale de la Coupe du monde à Moscou, en sera à son 63e jour de grève de la faim.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 20h30
 • Mis à jour le
15.07.2018 à 13h22
    |

                            Collectif








                        



                                


                            

Tribune. Monsieur le président, nous aimons ce sport collectif qu’est le football et dans cette Coupe du monde, nous avons été heureux de l’engouement grandissant provoqué par le parcours de notre équipe nationale, qui s’achèvera dimanche, nous l’espérons, par sa victoire.
Nous sommes fiers de la jeunesse de cette belle équipe, de sa diversité et de son talent. Nous nous sentons d’autant plus proches d’elle que nous essayons nous-même de dire parfois par nos films ce qui fait ces valeurs et cette réussite plurielle, car elles sont parmi les plus belles images que peut donner de lui notre pays dans le monde.

Au nom de cette longue histoire collective que vous connaissez bien, à laquelle participe aujourd’hui à sa manière l’équipe de France, nous nous adressons à vous. Monsieur le président, nous vous le disons avec toute la solennité qu’impose l’état de santé de notre confrère, le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov, dont vous savez qu’il mène actuellement une grève de la faim illimitée depuis plus de soixante jours, pour demander la libération des soixante-dix prisonniers politiques ukrainiens condamnés, comme lui, à de lourdes peines après des parodies de procès.

Le jour de la finale à Moscou, il en sera à son 63e jour de grève de la faim. Si rien n’est fait là, tout de suite, il va mourir dans une des colonies pénitentiaires de celui avec qui vous avez prévu d’assister à ce match.
Une faute
Monsieur le président, vous ne pouvez pas mettre dans la balance un match de foot, aussi important soit-il, et les fondements mêmes sur lesquels repose notre République. Ses fondements, comme ses valeurs.
Aller à Moscou, dimanche assister à la finale de la Coupe du Monde au côté du président Poutine, sans que soit fermement abordée la question des prisonniers politiques ukrainiens, serait une faute qui abîmerait longuement l’image de la France dans le monde.

Aussi, Monsieur le président, nous...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Notre choix du soir. Un documentaire retrace la vie et la carrière de l’acteur et coureur automobile américain au regard magnétique(sur Arte à 22 h 25).
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TV – « I Am Steve McQueen »

Notre choix du soir. Un documentaire retrace la vie et la carrière de l’acteur et coureur automobile américain au regard magnétique(sur Arte à 22 h 25).



Le Monde
 |    13.07.2018 à 17h45
    |

            Renaud Machart








                        


Documentaire sur Arte à 22 h 25

« La vitesse et les machines, c’est ce qu’il avait dans le caleçon – désolée… Je ne peux le dire autrement… », lâche à propos de Steve McQueen la première de ses trois épouses, la danseuse et chanteuse Neile Adams. Et « ses yeux couleur piscine : un électrochoc », ajoute la deuxième, la comédienne Ali MacGraw.
« Je ne sais pas si je suis un coureur qui joue dans des films ou un acteur qui fait des courses », dira pour sa part McQueen, qui vivait à 100 – ou plutôt 160 – à l’heure et tournera, quasiment sans doublure, l’une des plus stupéfiantes courses-poursuites automobiles de l’histoire du cinéma dans Bullitt (1968), de Peter Yates.
La vitesse – vite, très vite – et la séduction – mâle, très mâle – sont les deux axes que parcourt le documentaire I Am Steve McQueen, de Jeff Renfroe, du premier film de McQueen, Danger planétaire (1958), d’Irvin S. Yeaworth Jr. et Russell S. Doughten Jr., à La Tour infernale (1974), de John Guillermin et Irwin Allen, son dernier grand succès, qui l’oppose à Paul Newman, l’autre paire d’yeux bleus du cinéma américain.
Car ils s’opposent, en effet : Steve McQueen, qui est jaloux de son collègue – ainsi que le rappelle Ali MacGraw –, impose d’avoir exactement le même nombre de répliques que Newman. Et l’agressivité l’un pour l’autre dont leurs rôles témoignent semble taillée sur mesure pour coller au réel.
Mirobolant cachet
McQueen, dont le contrat prévoit qu’il reçoive un pourcentage des recettes, touche alors l’équivalent de quelque 70 millions de dollars (60 millions d’euros) actuels – en plus de son mirobolant cachet, le plus haut de l’époque.
Mais Steve McQueen, qui est un homme tourmenté et inquiet, s’éloigne des écrans : « Etre un acteur c’est le pied ; être une star de cinéma c’est casse-pieds », dira-t-il. On lui propose le premier rôle de films au devenir fameux (Vol au-dessus d’un nid de coucous, Rencontres du troisième type, Rambo, Apocalypse Now) : il les refuse tous.
Celui qui a pour égale passion la course en automobile ou à moto rencontre Barbara Minty, une jeune mannequin. Il est barbu, hirsute, à peine reconnaissable ; elle lui trouve « une allure de clochard », mais les yeux couleur piscine feront leurs ravages habituels.
La jeune femme partage son goût pour la course et adore les pick-up, les caravanes… Ce seront deux années de bourlingue interrompues tragiquement en 1980 : on diagnostique chez l’acteur un cancer des poumons contracté probablement dans ses jeunes années dans la marine, alors qu’il nettoyait les coques de bateaux bourrées d’amiante.

   


Il aura le temps de tourner et de produire un étrange western, Tom Horn (1980), et de faire un dernier film avant de succomber aux métastases qui ont envahi son abdomen. Steve McQueen n’avait que 50 ans.
De nombreux témoignages, d’amis, d’admirateurs – cinéastes, acteurs, cascadeurs –, de ses ex-épouses, de son fils et de ses petits-enfants, apportent un commentaire intéressant à ce film agrémenté de films familiaux privés.
On y apprend que McQueen aimait la fumette, mais aurait également touché à des substances plus fortes, et que cet homme à l’apparence de bon père de famille, qui emmenait parfois ses enfants sur les tournages lointains, était un tombeur. Pour ces deux raisons, sa première femme se séparera de lui.
Le format de 90 minutes n’évite pas les redites et les longueurs, ce qui impose parfois un tempo qui n’était pas celui de cet amateur pathologique de vitesse.
I Am Steve McQueen, de Jeff Renfroe (EU, 2014, 90 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ L’instrumentiste et chanteuse d’origine anglo-gambienne est la seule à interpréter sur scène le répertoire traditionnel des griots d’Afrique de l’Ouest.
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Portrait

Sona Jobarteh, la kora en héritage

L’instrumentiste et chanteuse d’origine anglo-gambienne est la seule à interpréter sur scène le répertoire traditionnel des griots d’Afrique de l’Ouest.

Pierre Lepidi (Ariège, envoyé spécial)
    



LE MONDE
              datetime="2018-07-13T17:30:29+02:00"

        Le 13.07.2018 à 17h30






    
La chanteuse gambienne Sona Jobarteh et sa kora.
Crédits : DR


Quand Sona Jobarteh pose ses mains sur les poignées de sa kora, son visage se ferme et son regard se fige. Au moment où ses pouces effleurent les cordes, il se produit autour d’elle comme une libération. Les premières notes vous emmènent, les suivantes vous bercent. Le temps, lui, reste suspendu.
Que l’on vienne du Mali, de Guinée, du Sénégal ou de Gambie, les patronymes sont toujours les mêmes lorsqu’on est gardien de la tradition orale. Quand on s’appelle Susso, Diabaté, Kouyaté, Konté ou Jobarteh, on sait depuis toujours que ses ancêtres étaient des virtuoses du chant, des poètes, des artistes de la parole et des instruments. Sona Jobarteh, que Le Monde Afrique a rencontrée au Festival Kokopelli qui s’est tenu au Mas d’Azil (Ariège) début juin, vient d’une des cinq plus grandes familles de griots d’Afrique de l’Ouest.
Culture mandingue
Née en 1983 à Londres d’une mère anglaise et d’un père gambien, elle est la petite-fille d’Amadu Bansang Jobarteh, maître griot incontesté de la kora. Elle est aussi la cousine de Toumani Diabaté qui a fait vibrer les cordes de sa harpe à calebasse sur les scènes du monde entier. « La kora fait partie de ma tradition familiale, explique la musicienne. Avec cet instrument, le défi est de maîtriser un répertoire où la tradition est omniprésente et comprend des centaines de chansons qui racontent la gloire d’un empire séculaire. »

    
La chanteuse gambienne Sona Jobarteh pendant le tournage de son clip « Gambia ».
Crédits : DR


La kora fait partie de l’identité et de la culture mandingue, qui s’étend sur une grande partie de l’Afrique de l’Ouest. Unifié par Soundiata Keïta, fils de Naré Maghann Konaté, le territoire dont les frontières actuelles se situent à cheval sur le Mali, la Mauritanie, la Guinée, la Gambie, la Guinée-Bissau, le Niger et le Sénégal fut l’un des plus prospères de la région au XIIIe siècle.

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L’origine de l’instrument est entourée de nombreuses légendes. L’une d’elles raconte que la première kora fut offerte par les esprits de la montagne de Kabou, dans l’actuelle Guinée-Bissau, il y a près de sept cents ans. Tiramakhan Traoré, un général de Soundiata Keïta, serait parti vers Kabou avec son griot appelé Djélimady Oulé afin de ramener une femme cachée au fond d’une grotte. En lançant un filet pour attraper la belle, les hommes auraient remonté une demi-calebasse recouverte d’une peau de bœuf et surmontée d’un manche tendu avec 22 cordes. Le griot s’en serait servi comme d’un instrument et la jeune femme, émerveillée par la beauté des notes, serait sortie de la caverne. C’est en hommage à Djélimady Oulé que, après sa mort, on aurait retiré une corde à l’instrument initial qui en compte aujourd’hui 21, bien qu’il existe quelques variantes – certaines koras sont montées avec un nombre de cordes variable de 22 à 28 – en Casamance notamment.
Très exigeant
Sona Jobarteh a été initiée à la kora par son frère Tunde Jegede, reconnu comme un maître de la kora et un virtuose du violoncelle. « J’ai commencé à l’âge de 4 ans avec lui, explique la musicienne. Il m’a enseigné les bases de cet instrument très exigeant. » Aujourd’hui elle n’est pas la seule femme à jouer de la kora, mais elle est la seule à interpréter sur scène le répertoire traditionnel des griots. Il y a toutefois une limite qu’elle ne s’autorise pas à franchir. « Je peux jouer et chanter ce registre mais ne souhaite pas le faire pendant une cérémonie comme un mariage ou un baptême, explique t-elle. Cela serait difficile pour moi et mal accepté. Lors d’un concert, il n’y a en revanche aucun problème. »

    
La chanteuse gambienne Sona Jobarteh et sa kora.
Crédits : DR


Ecolière studieuse et réservée, Sona Jobarteh grandi entre Banjul, capitale de la Gambie, Londres et Oslo, où son père fut muté. Joueuse de piano, de violoncelle et de clavecin (elle maîtrise aussi la guitare sans avoir suivi de formation), elle étudie au célèbre Royal Collège of Music de Kensington, dans le plus cossu des arrondissements londoniens, puis suit des cours à la Purcell School of Music où elle apprend à composer. Sona Jobarteh a une quinzaine d’années lorsqu’un professeur tente de la dissuader de poursuivre son apprentissage de la kora. « Il disait que l’instrument n’était pas dans les tonalités du moment sans comprendre que la musique puisse venir d’ailleurs », se souvient-elle.

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La jeune virtuose persiste, continue de « vivre avec sa kora » et multiplie les projets avec notamment l’ensemble River of sound, de l’Orchestre de chambre irlandais, en collaboration avec Evelyn Glennie, une célèbre percussionniste écossaise. Elle joue également avec l’Orchestre philharmonique royal puis en compagnie du jazzman britannique Cleveland Watkiss en 2002. Quand elle n’évolue pas avec l’African Classical Music Ensemble, où elle rejoint parfois son frère Tunde Jegede, sa kora lui ouvre les portes des festivals du monde entier.
En 2009, Sona Jobarteh compose la bande originale du film Motherland où elle explore différents thèmes musicaux propres à l’Afrique.
« Mon inspiration vient de mes racines et de ma volonté de faire bouger les lignes. Je ressens toujours quelque chose d’unique et de très profond quand je joue de la kora. En interprétant des musiques qui ont été composées il y a plusieurs siècles, je ressens la force de mes ancêtres et les mêmes émotions qu’eux. »
Invitation à l’introspection
Mais le pouvoir de la kora ne se cantonne pas à celle qui en joue. « Partout dans le monde, on s’aperçoit que l’instrument a la faculté de capter immédiatement l’attention, assure t-elle. Il installe le silence et crée dans l’air une forme d’apaisement. » En se mêlant à la voix suave de la chanteuse, les notes de la demi-calebasse sont une invitation au voyage et à l’introspection.

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Après un premier album intitulé Afro Acoustic Soul en 2008, Sona Jobarteh prévoit de sortir un deuxième opus à la fin de l’année. Il devrait compter une vingtaine de titres dont Gambia, une chanson dédiée à l’indépendance et à l’histoire pacifique de son pays d’origine, et dont le clip a déjà été visionné plus de 4 millions de fois sur YouTube.



A Banjul, la musicienne a ouvert en 2014 une école de musique où une vingtaine d’enfants, âgés de 10 à 18 ans, apprennent à jouer des instruments traditionnels (kora, balafon, ngoni, djembé) de la culture mandingue. « Tous les grands musiciens africains travaillent en Europe ou en Amérique et l’influence des musiques comme le hip-hop ou le R & B fait que les jeunes oublient leur histoire et leurs traditions, dit-elle. Avec cette académie, je veux transmettre une culture musicale et ainsi la faire durer. » Si la kora donne parfois le sentiment de figer l’instant, les griots n’ont pas le pouvoir d’arrêter le temps.


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Alors que le Mondial de foot s’achève, le Kremlin est resté sourd aux appels pour la libération du cinéaste ukrainien, en grève de la faim depuis 61 jours.
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La vie d’Oleg Sentsov suspendue à la grâce de Vladimir Poutine

Alors que le Mondial de foot s’achève, le Kremlin est resté sourd aux appels pour la libération du cinéaste ukrainien, en grève de la faim depuis 61 jours.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 15h45
 • Mis à jour le
14.07.2018 à 06h33
    |

            Isabelle Mandraud (Moscou, correspondante)








                        



   


La Coupe du Monde de football s’achève en Russie, et Oleg Sentsov risque de mourir. Le cinéaste ukrainien, incarcéré dans une colonie à régime sévère dans le nord du pays, a eu 42 ans ce vendredi 13 juillet, tandis qu’il franchissait un autre pallier : 61 jours de grève de la faim. Dans une lettre datée du 22 juin mais rendue publique le même jour, vendredi, sur le site de la radio Echo de Moscou, sa mère, Lioudmila Sentsova, a demandé sa grâce à Vladimir Poutine.
« Je ne vais pas essayer de vous convaincre de l’innocence d’Oleg, même si j’en suis persuadée, écrit-elle. Je dirai juste qu’il n’a tué personne. Il a déjà passé quatre ans en prison. Ses enfants l’attendent. Le cadet souffre d’autisme. Ils ne seront jamais heureux sans leur père. »
Vladimir Poutine est resté jusqu’ici inflexible. Ni les commentaires alarmés des défenseurs des droits de l’homme, ni les requêtes de ses interlocuteurs – Thorbjorn Jagland, secrétaire général du Conseil de l’Europe, a lui aussi demandé sa grâce – ni les nombreux appels d’intellectuels à l’étranger n’ont ébranlé le chef du Kremlin.

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« J’ose croire qu’il va le libérer pour ne pas laisser une ombre sur le Mondial. La mort [du nationaliste irlandais] Bobby Sands après soixante-six jours de grève de la faim [en Irlande du Nord], a pesé sur Thatcher comme quelque chose d’indélébile », souligne depuis Paris Michel Eltchaninoff. Cofondateur de l’association Les Nouveaux dissidents à travers laquelle écrivains et intellectuels comme Leila Slimani, Jonathan Littell ou Philippe Claudel se sont mobilisés, il est lui-même l’auteur d’une lettre ouverte adressée à Emmanuel Macron lui demandant de ne pas se rendre en Russie sans un geste du Kremlin.
Pétitions et manifestations
Le président français a assisté à Saint-Pétersbourg à la demi-finale du Mondial disputée par la France le 10 juillet. Il sera de nouveau à Moscou ce dimanche, au côté de Vladimir Poutine, pour la finale qui opposera cette fois la France à la Croatie.
Publiée sur le site de la Société des réalisateurs de film, une pétition a réuni des dizaines de signatures françaises et étrangères parmi lesquels Jacques Audiard, Bertrand Tavernier, l’acteur américain George Clooney ou le cinéaste russe Andreï Zviaguintsev. Depuis les Etats-Unis, d’autres appels ont été lancés, dont celui de l’écrivain Stephen King. Dans une lettre ouverte rédigée à l’attention de Vladimir Poutine et de Gianni Infantino, président de la Fédération internationale de football, le Pen Club aux Etats-Unis a réuni les signatures d’une cinquantaine de personnalités, dont Patti Smith, Salman Rushdie, Paul Auster ou Michael Connelly. Toutes ces démarches sont restées sans résultat.

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En Russie, ceux qui osent manifester publiquement pour la libération d’Oleg Sentsov sont réprimés. Vendredi, le tribunal Tverskoï de Moscou a condamné deux acteurs de Teatr.doc, Maria Tchouprinskaïa et Gregori Gandlevski, à 20 000 roubles d’amende (environ 275 euros) pour avoir « distribué des tracts » en faveur du cinéaste. Huit autres personnes ont été interpellées à Saint-Pétersbourg, comme tous ceux qui ont tenté de sensibiliser les supporteurs de foot venus du monde entier. Rue Nikolskaïa, à Moscou, lieu de rassemblement privilégié des fans, la police les a promptement chassés.
Un chemin plein d’obstacles

   


« Nous avons appris aujourd’hui par les médias qu’une telle demande [de grâce] a été faite », a commenté, vendredi, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, interrogé sur la lettre de la mère d’Oleg Sentsov. « Bien sûr, elle sera examinée, nous y prêterons attention », a-t-il ajouté. Jusqu’ici, pourtant, tous les obstacles ont été dressés sur le chemin de la libération du cinéaste, à commencer par sa nationalité. Né en Crimée, la péninsule ukrainienne annexée en 2014 par la Russie, il s’est vu imposer la nationalité russe, compromettant ainsi la perspective d’un échange entre prisonniers un temps envisagé entre Kiev et Moscou. La Russie a ensuite argué qu’elle ne pouvait échanger un « citoyen russe ».

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Oleg Sentsov a lui-même lié son sort à celui de quelque 70 autres prisonniers ukrainiens, dont Alexandre Koltchenko. A l’issue d’un procès qualifié de « parodie de justice » par Amnesty International, les deux hommes avaient été condamnés en même temps, le 25 août 2015, à respectivement vingt et dix ans de colonie pénitentiaire pour « organisation » et « participation » à une entreprise « terroriste » sur la base d’aveux de deux complices présumés. Ces derniers ont, depuis, déclaré qu’ils leur avaient été extorqués sous la torture. « Manifestement, les droits élémentaires de la défense n’ont pas été respectés », a convenu le 10 juillet Bernard Griveaux, porte-parole du gouvernement français sur France Info.
Dans une colonie pénitentiaire
Accusé de faire partie de Praviy Sektor, un groupe ultranationaliste ukrainien, puis arrêté en Crimée en mai 2014, moins de deux mois après l’annexion de la péninsule ukrainienne, Oleg Sentsov purge aujourd’hui sa peine dans une colonie pénitentiaire de Labytnangui, à près de 2 000 kilomètres de Moscou, dans la région de Iamalo-Nénétsie. C’est là qu’il a commencé, le 14 mai, sa grève de la faim, en se disant déterminé à aller « jusqu’au bout ». Depuis, « chaque jour, il boit 3,5 litres d’eau, répète son avocat Dmitri Dinzé. Il a accepté des injections de glucose, d’amino-acides et de vitamines. »
« Oleg, qui mesure 1,90 mètre (…) a perdu 15 kg depuis le début de sa grève de la faim, a témoigné sa cousine, Natalia Kaplan, qui a pu lui rendre visite le 5 juillet. « Hier, il était dans un très mauvais état, aujourd’hui, il se sent mieux. Cela va surtout mal le soir », avait-elle poursuivi, en précisant qu’il irait effectivement « jusqu’au bout » : « Il croit en sa victoire. »

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La déléguée aux droits de l’homme de Vladimir Poutine, Tatiana Moskalkova, qui s’était résignée à faire le déplacement le 28 juin, a fait entendre sa différence. « Oleg Sentsov est en bonne forme émotionnelle. Il marche, il s’intéresse à ce qu’il se passe dans le monde, il regarde la télévision, les infos et le football, et il écrit un scénario pour un film », avait-elle déclaré, sans un mot sur son état physique. En quittant les lieux en cortège, la fonctionnaire, élevée au grade de générale du ministère de l’intérieur où elle a longtemps travaillé, a refusé de s’arrêter et de parler à son homologue ukrainienne, Lioudmila Denissova, qui s’était vu refuser l’accès au camp.
Vendredi, loin des projecteurs du Mondial qui vont s’éteindre, un autre Ukrainien, Evgueni Panov, a été condamné à huit ans de colonie pénitentiaire pour les mêmes motifs qu’Oleg Sentsov. Arrêté également en Crimée en août 2016, ce chauffeur d’entreprise avait avoué, sous l’effet de la torture a-t-il affirmé à ses avocats, avant de se rétracter.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Ses textes parlent de skate, de drogue ou de balades entre Paris et Bruxelles. Cette valeur confirmée de la nouvelle vague de rappeurs belges prépare, en même temps que sa sœur, la chanteuse Angèle, un premier album à la croisée du rap et de la chanson.
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Roméo Elvis, un amour d’histoire belge


                      Ses textes parlent de skate, de drogue ou de balades entre Paris et Bruxelles. Cette valeur confirmée de la nouvelle vague de rappeurs belges prépare, en même temps que sa sœur, la chanteuse Angèle, un premier album à la croisée du rap et de la chanson.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 14h07
    |

                            Stéphanie Binet








                              

                        

Roméo Elvis profite d’un jour de pause dans sa longue tournée des festivals cet été. Assis sur un banc d’un parc parisien, le rappeur bruxellois se repose d’un voyage qui l’a mené de La Réunion à Montréal en passant par Berlin ou l’hippodrome de Longchamp pour Solidays. Mais celui qui chante, de sa voix grave, dans le titre Dessert, qu’il est « une bête de scène » repartira bientôt, notamment à Nyon (Paléo Festival) et à Carhaix (Vieilles Charrues). Un agenda chargé pour un artiste qui, à 25 ans, n’a, jusqu’ici, sorti que des EP.
Pour cette tournée, le chanteur a pris des cours : « J’ai travaillé avec Léo Walk, danseur de Christine and The Queens, raconte-t-il. Un ami de longue date qui se trouve aujourd’hui être le petit copain de ma sœur. » La petite sœur en question est Angèle, elle aussi chanteuse, dont le morceau La Loi de Murphy a marqué cette année musicale. Avec Léo Walk, Roméo Elvis dit avoir appris à se « débarrasser de [ses] complexes, à mieux gérer le souffle, puis à faire quelques petites chorégraphies ». 
Clips vidéo déjantés
Pourtant, dans ses clips vidéo déjantés, qui font sensation en ligne, Roméo Johnny Elvis van Laeken, son patronyme entier, n’a pas du tout l’air complexé. Dans le plus récent, L’Amour avec des crocos, il déambule, mi-homme, mi-reptile, dans un hôpital psychiatrique, pourchassé par Philippe Katerine. Inspirée à la fois par le film La Mouche, de David Cronenberg, le clip Who Dat Boy de Tyler, The Creator et la nouvelle La Métamorphose de Franz Kafka, la vidéo est un bon résumé de ses études artistiques entre photographie et peinture.

Expulsé de son collège à 15 ans pour « une série de bêtises dignes d’un adolescent qui veut se faire remarquer », Roméo Elvis a fini par rentrer dans le rang en intégrant une école d’arts : « On se faisait virer si on était...




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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Dans son dernier livre, « En camping-car », paru en janvier, l’historien convoque ses souvenirs d’enfance, villégiatures aoûtiennes d’une famille écolo-bobo, pour restituer la décennie 1980. Un récit intime qui raconte aussi un pan de notre histoire.
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Ivan Jablonka, par monts et par van


                      Dans son dernier livre, « En camping-car », paru en janvier, l’historien convoque ses souvenirs d’enfance, villégiatures aoûtiennes d’une famille écolo-bobo, pour restituer la décennie 1980. Un récit intime qui raconte aussi un pan de notre histoire.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 14h07
 • Mis à jour le
15.07.2018 à 06h34
    |

            Philippe Ridet








                              

                        
Le 8 avril 1983, le prestidigitateur américain David Copperfield parvenait à faire disparaître la statue de la Liberté devant des millions de téléspectateurs. Plus de trente ans plus tard, Ivan Jablonka est parvenu à tremper un camping-car, modèle Combi Volkswagen T3 Joker Westfalia de couleur beige, dans une tasse de thé. Sans trucage.
Jusqu’à présent, on n’y avait imbibé, à la manière de Marcel Proust, que des madeleines. De cette expérience, l’historien a tiré un livre, simplement intitulé En camping-car (Seuil, prix Essai France Télévisions). Publié en janvier 2018, il roule tranquillement vers les 35 000 exemplaires. Un chiffre plus que respectable.
Recueil de souvenirs personnels, petit traité de sociologie des loisirs à la fin du dernier millénaire, courte histoire de l’industrie automobile allemande après la guerre, essai politique sur les utopies de la gauche, ce camping-car est tout à la fois.

Jablonka ne se prive d’aucune des ressources des sciences humaines et de la littérature pour restituer l’itinérance estivale d’une famille juive, parisienne, soixante-huitarde, intello-écolo-bobo (père physicien, mère prof de latin-grec, deux garçons) et de leurs amis.
Et là, paf, le miracle ! Les années 1980 – « les dernières années du monde d’hier », dit-il – retrouvent leurs couleurs d’origine. Quand bien même n’aurais-je jamais campé, quand bien même mon adolescence aurait-elle eu d’autres rituels, les tribulations aoûtiennes de cette smala sont immédiatement familières.
« Je propose, écrit Jablonka, une autre façon de parler de soi-même. Débusquer ce qui en nous n’est pas à nous. Comprendre en quoi notre unicité est le produit d’un collectif, l’histoire et le social. Se penser soi-même comme les autres. » C’est donc ça ?
« Autobiographie collective »
Singulier et collectif, le livre se charge des réminiscences de ses lecteurs comme une boule de neige grossit au fur et à mesure...



