<FILE-date="2018/07/15/20">

<article-nb="2018/07/15/20-1">
<filnamedate="20180715"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180715"><AAMMJJHH="2018071520">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Esquisses du futur 1|6. Les artistes contemporains explorent l’avenir à la lumière des sciences sociales. Cette semaine, les villes « idéales » d’un studio d’architecture italien.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤                     
                                                

Les utopies négatives de Superstudio

Esquisses du futur 1|6. Les artistes contemporains explorent l’avenir à la lumière des sciences sociales. Cette semaine, les villes « idéales » d’un studio d’architecture italien.



Le Monde
 |    15.07.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
15.07.2018 à 14h40
    |

                            Eric Loret








                        



   


Parmi les arts, c’est à l’architecture (et à l’urbanisme) que la modernité a d’abord confié la mission d’améliorer le sort des hommes. Projets visionnaires de Boullée au XVIIIe siècle, phalanstère de Fourier, machine à habiter de Le Corbusier, puis, plus près de nous, autoplanification de Yona Friedman, ­architecture de récupération…
Mais à la fin des années 1960, les lendemains commencent à déchanter. Pour certains architectes et théoriciens, les utopies industrielles des années 1920 et 1930, qui voulaient « réconcilier la technologie et la nature, les régimes collectifs et l’auto­détermination, l’accomplissement matériel et spirituel », comme le résume Benjamin Buchloh dans l’article « Fuck the Bauhaus » (revue Initiales n°11, ENSBA-Lyon, mai 2018), se sont cassé les dents sur les « transformations sociales réelles qui étaient arrivées durant la désublimation agressive de l’expérience, au temps de la consommation de masse d’après-guerre ». La contestation gronde.
Propositions irréalistes
Gordon Matta-Clark, par exemple, que l’on peut voir actuellement au Jeu de paume, à Paris, critique littéralement à coups de massue la modernisation forcée et la relégation sociale qu’exerce l’architecture. Quelques années auparavant, en 1966, Superstudio et ­Archizoom, deux agences d’architecture de Florence, bousculent les codes par leurs propositions irréalistes. Superstudio, en particulier, inonde le monde de l’art d’images aussi attrayantes que glaçantes. Des photomontages montrant des paysages ou des villes recouverts d’une grille blanche uniforme, « design unique » qui peut être répété et appliqué n’importe où. On ne sait rien de ce qui est dedans ou dessous, c’est une pure « surface neutre ».
Ces horizons immaculés sont habités par des ­hippies que l’on voit pique-niquer ou glandouiller. En 1973, dans la revue Design Quarterly (n° 89, « Sottsass, ­Superstudio : Mindscapes », Walker Art Center), ­Superstudio décrit ainsi la première de ses « douze villes idéales » : un unique bâtiment constitué de cellules. Dans chaque cellule, un individu occupe un siège qui se moule autour de lui, capable de « satisfaire tous ses besoins physiologiques ». Le mur d’en face émet des odeurs, des sons et des images en 3D tandis que le sol est un « simulateur capable d’évoquer toutes les sensations du vivant ». Sur le toit, un « analyseur sélectionne, compare et interprète les désirs de chaque individu » à partir des ondes cérébrales de ceux-ci et, en conséquence, « programme toute la ville à chaque instant. Tous les citoyens sont parfaitement égaux. La mort n’existe plus ».
Discours ironique
Superstudio entretient volontiers le doute sur ses intentions. Au début, ses six membres présentent leur travail comme une « utopie modérée pour l’avenir immédiat » mais, plus tard, ils écriront aussi avoir inventé des « utopies négatives » et proposé une « lobotomie délicate » par le design. Discours ironique, semblable à celui du pop art auquel Superstudio emprunte ses formes, qui retourne la consommation de masse contre elle-même. Mais l’ironie n’empêche pas l’ambiguïté, au contraire : les propositions de Superstudio témoignent à la fois d’une fascination et d’une répulsion pour le fonctionnalisme et les grilles totalitaires de Mies van der Rohe.
Superstudio n’a jamais rien construit, sauf des meubles « encombrants ». Un refus de produire que le chercheur en histoire de l’art Ross K. Elfline, dans l’article « Superstudio and the “Refusal to Work” » (revue Design and Culture, 8:1, 2016), a proposé de relier à l’« opéraïsme » et au « refus du travail » de Toni Negri.
En 1971, l’un de ses fondateurs résumait ainsi la philosophie du groupe : « Si le design est une pure incitation à consommer, alors nous devons rejeter le design ; si l’architecture est une pure codification des modèles bourgeois de propriété et de société, alors nous devons rejeter l’architecture ; si l’urbanisme est une pure formalisation des injustices sociales du ­présent, alors nous devons rejeter l’urbanisme (…) jusqu’à ce que ces activités aient enfin toutes pour but de satisfaire nos besoins primordiaux. »
D’ici là, le monde que Superstudio présente, privé d’objets, de villes et de lieux où habiter, serait en quelque sorte le moins mauvais des purgatoires, mais sans doute pas un idéal à réaliser.
La semaine prochaine : Le design spéculatif d’Ai Hasegawa.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/15/20-2">
<filnamedate="20180715"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180715"><AAMMJJHH="2018071520">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Un manuel pour deux 1|6. A la découverte des duos qui ont créé nos livres de classe. Cette semaine, les auteurs de la bible de l’enseignement de l’histoire française (années 1920-1960) qui, en fin de compte, n’est l’œuvre que d’un seul homme.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤                     
                                                

Pourquoi le Malet &  Isaac ne fut rédigé que par Isaac

Un manuel pour deux 1|6. A la découverte des duos qui ont créé nos livres de classe. Cette semaine, les auteurs de la bible de l’enseignement de l’histoire française (années 1920-1960) qui, en fin de compte, n’est l’œuvre que d’un seul homme.



Le Monde
 |    14.07.2018 à 13h00
    |

                            Philippe-Jean Catinchi








                        



   


Bréviaire de la nation » est sans doute excessif, mais pour des générations d’élèves du secondaire le « Malet-Isaac » a été la bible de ­l’enseignement de l’histoire. Présentée comme un monument pédagogique élaboré par un duo inspiré, la série de manuels scolaires signée Albert Malet et Jules Isaac n’a pourtant rien d’une création commune.
Jeune talent impécunieux
D’abord parce que les deux auteurs crédités de cet exceptionnel succès ne sont pas vraiment de la même génération – l’un est né en mai 1864, l’autre en novembre 1877 – mais surtout parce qu’ils ont fort peu travaillé ensemble. Recruté par Ernest Lavisse pour collaborer à sa monumentale Histoire générale, Albert Malet se voit confier par le maître la rédaction des manuels d’histoire chargés d’accompagner les nouveaux programmes scolaires de 1902. Pour Hachette, il s’y consacre en privilégiant la pédagogie par l’image et, choix plus personnel, l’histoire militaire. Seul, donc, il rédige les sept volumes du cours d’histoire en quelque 3 000 pages.
Cette même année 1902, Jules Isaac réussit l’agrégation et prend son premier poste à Nice. Ce n’est qu’en 1906 qu’il est recommandé par Lavisse, toujours, qui soutient ce jeune talent impécunieux, pour rédiger les aide-mémoire destinés à la préparation du baccalauréat. En poste au lycée Louis-le-Grand, à Paris, Isaac étend sa collaboration au projet de Malet en direction du primaire supérieur, assure les ajustements aux modifications de programme dès 1909, mais les deux hommes se connaissent peu, se croisent à peine, le cadet n’étant pour l’aîné qu’un collaborateur certes précieux et fiable, mais secondaire.
Quand la Grande Guerre éclate, tous deux partent au front, Malet s’engageant malgré son âge avancé. Il tombe au combat en Artois en septembre 1915. Isaac, blessé à Verdun, ­réchappe du carnage. Et se pense légitime pour reprendre la charge de Malet chez Hachette.
Souci de continuité
Même s’il est nécessaire de trancher entre les nombreux postulants, puisqu’il faut rédiger au plus tôt un chapitre sur la guerre qui vient de s’achever, l’éditeur hésite. L’historien proteste, arguant de son investissement et de sa parfaite connaissance du chantier. C’est finalement la modification des programmes de l’instruction publique arrêtée en août 1920 qui lui donne le poste.
Désormais l’histoire s’enseigne en continu de la sixième à la terminale. Le découpage de ­Malet ne convient plus. Tout est à reprendre, et c’est une totale refonte qu’engage Isaac. Toutefois, il n’en est crédité qu’en partie, le nom de Malet restant en vue, sur les contrats comme sur les couvertures alors que la formule du ­manuel qui va triompher pendant plus de ­quarante ans est l’œuvre du seul Jules Isaac. ­Hachette avance un souci de continuité qui masque mal celui de ne pas afficher un nom si « biblique », pour ne pas dire juif, quand le succès de la série se joue aussi dans les écoles catholiques.
Aiguiser l’esprit critique
Jules Isaac s’en accommode. Ayant renoncé à sa thèse au profit de sa « grande œuvre pédagogique », pour laquelle il s’entoure d’historiens confirmés et de pédagogues attentifs, le maître d’œuvre marque son empreinte : appel aux sources et aux textes documentaires pour ­familiariser l’élève à la méthodologie historique, confrontation de visions alternatives avec la méthode du double point de vue (même s’agissant de la guerre de 14, le souci d’équilibre tranche sur l’opinion en vogue) afin d’aiguiser l’esprit critique, élargissement à des champs « neufs » : science, économie, courants philosophiques (plus timidement certes).
Et toujours une large place à l’illustration, dont les légendes gagnent en efficacité. Le Malet-Isaac (si peu Malet et si fortement Isaac) défend clairement un idéal « républicain, laïque, de centre gauche », comme le définit André Kaspi, à qui l’on doit une formidable biographie d’un « travailleur d’histoire » jusque-là méconnu (Jules Isaac ou la passion de la vérité, Plon, 2002). A lire le manuel, on voit qu’il évite le patriotisme exacerbé qui conduit au nationalisme agressif puisque Isaac y ­dénonce « les effets déformants de l’optique nationale ». Peut-on rêver catéchisme plus ­pacifiste quand on écrit l’Histoire sans la moindre référence à Dieu et qu’on proclame : « La vérité historique n’a pas de patrie, ne porte pas d’écharpe tricolore » ?
« Les juifs perfides »
Si on se gardera d’oublier que seule une minorité d’enfants accède à l’enseignement secondaire (100 000 en 1920, 310 000 en 1945) et que chacun n’a pas eu entre les mains un Malet-Isaac, c’est statistiquement le choix le plus fréquent, les manuels concurrents ne s’octroyant vers 1946 qu’à peine 20 % du marché.
Jules Isaac y a eu quelque mérite. Nommé inspecteur général de l’instruction publique en 1936, celui qui n’hésitait pas à maintenir dans ses manuels des pans de savoir évacués par des réformes soucieuses d’allégement – « nous n’avons pas cru devoir sacrifier tout ce que les programmes ont éliminé » – est naturellement révoqué en 1940 en vertu du statut discriminatoire des juifs adopté par Vichy.
Abel Bonnard, ministre de l’éducation nationale sous Pétain, n’écrivait-il pas, dans l’hebdomadaire Gringoire, en novembre 1942, qu’« il n’était pas admissible que l’histoire de France soit enseignée aux jeunes Français par un Isaac » ? Hachette fait le gros dos, s’accommoderait de manuels où le nom d’Isaac ­disparaîtrait. Jules se bat et l’emporte. Car il ne cède jamais. Etant parvenu, réfugié en zone ­libre, à échapper aux nazis, il prie Pie XII au lendemain de la Shoah, en 1949, en audience papale, de réviser la prière universelle où sont stigmatisés « les juifs perfides ». C’est Jean XXIII qui l’exaucera en 1959.
C’est ce message de tolérance et d’ouverture, d’esprit critique aussi qu’a porté le Malet-Isaac, dès qu’il fut l’œuvre d’Isaac.

Quand Georges Perec se souvient
Ayant forgé, des années 1920 à 1970, une vision du monde et une conscience historique pour des générations d’élèves et de professeurs, les manuels inventés par Jules Isaac et présentés sous le double nom Malet-Isaac ne pouvaient pas ne pas figurer parmi les réminiscences héroïsées par Georges Perec (1936-1982). Un an après la publication de Je me souviens (Hachette, 1978), l’écrivain est sollicité par l’historien Laurent Theis, alors directeur de la rédaction de la toute nouvelle revue H Histoire, pour contribuer au premier numéro, « Enseigner l’Histoire » (Hachette, mars 1979).
Il y livre un texte, « Je me souviens de Malet & Isaac », qui sera repris dans le recueil posthume Penser/Classer (Hachette, 1985). En voici l’incipit (pp.73-74) : « Je croyais garder le souvenir intact de mes vieux manuels d’histoire ; je me suis aperçu qu’il n’en était rien et quand j’ai tenté de retrouver quelques titres de chapitre (La France de Louis XIV, Les Grandes Découvertes, etc.), quelques formules (la défenestration de Prague, la Pragmatique Sanction, la Sainte-Alliance, le Blocus continental, la Diète d’Augsbourg, les bourgs pourris, la paix de Presbourg, le traité de Tilsit, le concile de Trente, l’Affaire des poisons, le Camp du Drap d’or, etc.), quelques images (le paysan portant sur son dos un noble et un curé, la carte de la campagne de France en 1814, la coiffure de femme représentant une caravelle, etc.), il ne m’en est venu pratiquement aucune. Il a fallu que je ­recherche et retrouve, par hasard, quelques-uns de ces anciens livres de classe pour qu’en les feuilletant aussitôt ressurgissent, à travers ces ­mises en pages élaborées où alinéas, caractères gras et italiques esquissent le cadre immuable d’une pédagogie sûre de ses principes, quelques siècles de notre histoire, telle que l’ont rabâchée des générations de lycéens. »


La semaine prochaine : Lagarde et Michard.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/15/20-3">
<filnamedate="20180715"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180715"><AAMMJJHH="2018071520">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Bon courage ! 1|6. Il n’est pas ici question d’héroïsme, mais de cette vertu qui fait tenir au quotidien. Cette semaine, la philosophe Gaëlle Jeanmart oppose la conception chrétienne à la conception antique du courage.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Gaëlle Jeanmart : « Le courage, une bataille intérieure ou un geste d’éclat »

Bon courage ! 1|6. Il n’est pas ici question d’héroïsme, mais de cette vertu qui fait tenir au quotidien. Cette semaine, la philosophe Gaëlle Jeanmart oppose la conception chrétienne à la conception antique du courage.



Le Monde
 |    14.07.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
14.07.2018 à 18h29
    |

                            Julie Clarini








                        



                                


                            

Spécialisée en histoire de la philosophie antique et médiévale, maîtresse de conférences à l’université de Liège, Gaëlle Jeanmart est l’auteure d’une Généalogie de la docilité dans l’Antiquité et le Haut Moyen Age (Vrin, 2007) et, avec Thomas Berns et Laurence Blésin, de Du courage. Une histoire philosophique (Belles Lettres, 2010).
Pas un jour ne passe sans que l’on nous souhaite du courage pour accomplir les tâches les plus quotidiennes, celles qui nous incombent en tant que parent, travailleur, citoyen… De quel courage parle-t-on ?
Il y a plusieurs sens au mot « courage ». Le mot grec andreia, dérivé de aner, « homme » (ou ­virtus, en latin, dérivé de vir), se rapporte à la virilité, au monde de la guerre : c’est le courage du guerrier capable d’un geste d’éclat. Dans un premier temps, c’est un courage dont on n’est pas responsable, celui que les dieux d’Homère insufflent à Achille comme une sorte de bise. Avec Platon arrive un mouvement d’intériorisation : le courage est alors la force intérieure qu’il faut au soldat pour garder son poste, malgré les flèches qui pleuvent et le camarade qui tombe sous ses yeux.
Un changement majeur survient ensuite avec les chrétiens, qui correspond à notre usage du mot « courage ». Dorénavant on assume l’espèce de fatigue de l’existence : plus besoin de la guerre pour être courageux, l’existence est une épreuve suffisamment difficile ! Le courage est ce dont on a besoin tous les jours en se levant, comme si nous étions des soldats de l’existence. Son opposé n’est plus la couardise mais la paresse. On est passé du geste d’éclat, apanage des hommes, à l’acte minuscule, à la petite résistance au découragement – accessible aux femmes.
Dans les deux cas, il s’agit de trouver de la force ?
Oui. Mais chez Homère, les ressorts du courage et de la force sont externes, alors que la question qui se pose aux chrétiens...




                        

                        


<article-nb="2018/07/15/20-4">
<filnamedate="20180715"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180715"><AAMMJJHH="2018071520">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Dans un monde de plus en plus chaotique, l’ancien ministre des affaires étrangères appelle à un sursaut mental des Européens.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
édition abonné


L’avertissement d’Hubert Védrine

Dans un monde de plus en plus chaotique, l’ancien ministre des affaires étrangères appelle à un sursaut mental des Européens.



Le Monde
 |    14.07.2018 à 08h00
    |

            Marc Semo








                        



                                


                            

Le livre. Toujours, il a récusé les illusions nées de la chute du mur de Berlin et l’hubris d’un Occident dominé par l’hyperpuissance américaine imaginant la fin de l’Histoire sur fond de triomphe du marché et de la démocratie libérale. Hubert Védrine se revendique volontiers comme un tenant de l’école réaliste en politique étrangère. « Pour comprendre notre monde, il faut se défaire de nos chimères, rejeter nos œillères et l’analyser avec un œil réaliste, non idéologique, ni occidentalo-centré, ni occidentalo-expiateur, saisir des tendances de fond et les déplacements des plaques tectoniques », écrit l’ancien ministre des affaires étrangères du gouvernement de Lionel Jospin et ex-secrétaire général de l’Elysée de François Mitterrand. S’il n’a jamais été un grand optimiste, Hubert Védrine s’est rarement montré aussi inquiet quant à l’état du monde et l’avenir de l’Europe que dans ce dernier livre dont le titre, Comptes à rebours, sonne comme un avertissement.
Trois grands chocs vont totalement bouleverser la donne. Il y a l’urgence écologique « qui commande tout le reste même si ce sujet ennuie au plus haut point ceux qui vivent de et pour la politique », note-t-il avec la ferveur du converti. Il y a l’explosion démographique, notamment celle de l’Afrique, qui en 2050 comptera plus de 2,4 milliards d’individus – un quart de l’humanité – et l’Europe à peine 500 millions. « D’où le spectre d’un suicide démographique européen et celui d’un débordement brutal des zones de haute pression démographique des pays en expansion voire en explosion démographique de l’ancien Sud sur les zones de basse pression, d’une sorte d’invasion moderne, lente mais inéluctable, impossible à endiguer comme une montée des eaux », note Védrine. Et, enfin, le choc de la révolution numérique.
Les Occidentaux toujours plus désorientés
Face à ces défis existentiels, les pays occidentaux – à commencer par les Etats-Unis –...




                        

                        


<article-nb="2018/07/15/20-5">
<filnamedate="20180715"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180715"><AAMMJJHH="2018071520">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Dans une tribune au « Monde », un collectif de réalisateurs, parmi lesquels Michel Hazanavicius, Bertrand Tavernier et Cédric Klapisch appelle le président de la République à faire son possible pour obtenir la libération de leur confrère, Oleg Sentsov, qui, le jour de la finale de la Coupe du monde à Moscou, en sera à son 63e jour de grève de la faim.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Russie : « Monsieur Macron, montrez que la France fait tout son possible pour sauver Oleg Sentsov »

Dans une tribune au « Monde », un collectif de réalisateurs, parmi lesquels Michel Hazanavicius, Bertrand Tavernier et Cédric Klapisch appelle le président de la République à faire son possible pour obtenir la libération de leur confrère, Oleg Sentsov, qui, le jour de la finale de la Coupe du monde à Moscou, en sera à son 63e jour de grève de la faim.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 20h30
 • Mis à jour le
15.07.2018 à 13h22
    |

                            Collectif








                        



                                


                            

Tribune. Monsieur le président, nous aimons ce sport collectif qu’est le football et dans cette Coupe du monde, nous avons été heureux de l’engouement grandissant provoqué par le parcours de notre équipe nationale, qui s’achèvera dimanche, nous l’espérons, par sa victoire.
Nous sommes fiers de la jeunesse de cette belle équipe, de sa diversité et de son talent. Nous nous sentons d’autant plus proches d’elle que nous essayons nous-même de dire parfois par nos films ce qui fait ces valeurs et cette réussite plurielle, car elles sont parmi les plus belles images que peut donner de lui notre pays dans le monde.

Au nom de cette longue histoire collective que vous connaissez bien, à laquelle participe aujourd’hui à sa manière l’équipe de France, nous nous adressons à vous. Monsieur le président, nous vous le disons avec toute la solennité qu’impose l’état de santé de notre confrère, le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov, dont vous savez qu’il mène actuellement une grève de la faim illimitée depuis plus de soixante jours, pour demander la libération des soixante-dix prisonniers politiques ukrainiens condamnés, comme lui, à de lourdes peines après des parodies de procès.

Le jour de la finale à Moscou, il en sera à son 63e jour de grève de la faim. Si rien n’est fait là, tout de suite, il va mourir dans une des colonies pénitentiaires de celui avec qui vous avez prévu d’assister à ce match.
Une faute
Monsieur le président, vous ne pouvez pas mettre dans la balance un match de foot, aussi important soit-il, et les fondements mêmes sur lesquels repose notre République. Ses fondements, comme ses valeurs.
Aller à Moscou, dimanche assister à la finale de la Coupe du Monde au côté du président Poutine, sans que soit fermement abordée la question des prisonniers politiques ukrainiens, serait une faute qui abîmerait longuement l’image de la France dans le monde.

Aussi, Monsieur le président, nous...




                        

                        


<article-nb="2018/07/15/20-6">
<filnamedate="20180715"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180715"><AAMMJJHH="2018071520">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Alors que la relation entre jeunes et forces de l’ordre est au plus mal, l’ex-agent du RAID Bruno Pomart explique dans une tribune au « Monde » que de nombreuses initiatives existent, notamment de la part de policiers.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Jeunes et les policiers ont un point commun essentiel : tous se sentent mal aimés et dévalorisés »

Alors que la relation entre jeunes et forces de l’ordre est au plus mal, l’ex-agent du RAID Bruno Pomart explique dans une tribune au « Monde » que de nombreuses initiatives existent, notamment de la part de policiers.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 16h09
 • Mis à jour le
13.07.2018 à 18h55
    |

Bruno Pomart (Bruno Pomart, ex-policier instructeur au RAID, président-fondateur de l’association Raid Aventure Organisation)







                        



                                


                            

Tribune. Commençons par ce constat, évident mais sans appel : le fossé qui sépare la jeunesse française des représentants des forces de l’ordre a rarement été aussi profond. Ce contexte me semble des plus appropriés pour lancer un appel à la prise de conscience et à la mobilisation, tout particulièrement auprès du personnel politique, afin d’éviter qu’un tel clivage entre autorités et citoyens ne s’installe dans la durée et ne s’aggrave.
De nos jours, les policiers français vivent un véritable paradoxe : ils peuvent être acclamés et susciter des vocations un jour – suite aux attentats terroristes, par exemple – et le lendemain être insultés, agressés voire menacés de mort, quelques fois par les mêmes personnes qui les avaient portés aux nues la veille.

Comment peut-on exercer sereinement son métier, quand on passe aussi subitement du statut de héros à celui d’ennemi, et que l’opinion publique « change de camp » au gré de ses émotions ? La peur se transforme en amour et la contestation en haine.
L’image de la police, surtout auprès des jeunes, est une problématique des plus importantes pour la cohésion de notre société. Quand une partie de la population n’entretient plus que de la méfiance à l’égard de ceux qui sont censés la protéger, c’est que le malaise est grand et qu’il est plus que temps d’y remédier.
L’insécurité, grande gagnante
Cette partie de la population, c’est principalement celle des quartiers, qui se sent de plus en plus dégradée et stigmatisée, car dans les banlieues – il faut en avoir conscience – la minorité est majoritaire démographiquement parlant. Elle vit plus difficilement que par le passé dans des zones appauvries, gangrenées par le chômage et la délinquance.
La France manque d’une action coordonnée pour rapprocher sa jeunesse et ses forces de l’ordre
Pourtant, les jeunes et les policiers ont un point commun essentiel : tous se sentent mal aimés et dévalorisés. Les policiers...




                        

                        


<article-nb="2018/07/15/20-7">
<filnamedate="20180715"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180715"><AAMMJJHH="2018071520">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Deux entrepreneurs, Raphaël de Taisne et Louis de Bentzmann, dans une tribune au « Monde », regrettent que la réglementation actuelle du recyclage des déchets plastique entrave l’usage de nouveaux matériaux moins polluants.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Alternatives au plastique : « Un surcoût injuste »

Deux entrepreneurs, Raphaël de Taisne et Louis de Bentzmann, dans une tribune au « Monde », regrettent que la réglementation actuelle du recyclage des déchets plastique entrave l’usage de nouveaux matériaux moins polluants.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 16h00
    |

Raphaël de Taisne et Louis de Bentzmann (Cofondateurs de Yumi, producteur de jus de légumes bio)







                        



                                


                            

Tribune. Ces dernières années, des alternatives concrètes aux emballages plastique ont été développées, à l’image des bouteilles 100 % végétales et compostables. Si cet engagement écoresponsable représente un coût supplémentaire pour les acteurs qui les choisissent (le matériau utilisé, résidus de canne à sucre, est 70 % plus cher que le plastique traditionnel), l’impact sur l’environnement est sans commune mesure : zéro hydrocarbure, 40 % d’émissions de carbone en moins comparé à des bouteilles plastique standards, et des bouteilles compostables en quatre-vingts jours dans un compost industriel.
Malheureusement, ce type d’initiatives est aujourd’hui freiné en France. Ces bouteilles, meilleures pour la planète, sont frappées d’un malus : la contribution financière liée au recyclage est deux fois plus importante que celle qui concerne le plastique classique. Un surcoût injuste pour ceux qui le subissent, et en contradiction totale avec les engagements du gouvernement actuel.

Une mesure d’autant plus regrettable qu’en France, en 2018, 45 % des bouteilles plastique à base de pétrole ne sont pas recyclées (soit environ 200 000 tonnes par an qui finissent dans la nature) et que, sur les 55 % des bouteilles effectivement recyclées, elles ne le seront en moyenne que deux ou trois fois, avant de terminer incinérées, enfouies, ou tout simplement dans l’océan.
Quatre cents ans à se dégrader
Nous sommes donc en droit d’interroger notre fonctionnement et de réfléchir à de nouveaux modèles. Comme le dit l’adage, ce n’est pas en améliorant la bougie que nous avons inventé l’électricité… Alors pourquoi rester figés sur un modèle qui fait la part belle au plastique, quand des alternatives responsables existent ?
Une bouteille plastique met environ quatre cents ans à se dégrader. Entre 1950 et 2015, nous avons produit plus de 8 milliards de tonnes de plastique. A cette cadence, plus de 12 milliards de tonnes de déchets plastique...




                        

                        


<article-nb="2018/07/15/20-8">
<filnamedate="20180715"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180715"><AAMMJJHH="2018071520">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Fabien Tastet, président de l’Association des administrateurs territoriaux de France (AATF) alerte dans une tribune au « Monde » sur le danger que constitue l’assouplissement des règles de recrutement des contractuels dans la fonction publique.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Les cadres du privé ont leur place dans les administrations publiques, mais sans encadrement, l’ouverture devient impasse »

Fabien Tastet, président de l’Association des administrateurs territoriaux de France (AATF) alerte dans une tribune au « Monde » sur le danger que constitue l’assouplissement des règles de recrutement des contractuels dans la fonction publique.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 15h35
 • Mis à jour le
13.07.2018 à 15h43
    |

Fabien Tastet (Président de l’Association des administrateurs territoriaux de France)







                        



                                


                            

Tribune. Le gouvernement a décidé de remettre en cause un des piliers du service public, en introduisant nuitamment et cavalièrement, mercredi 27 juin, à l’Assemblée nationale, trois articles dans le projet de loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel ».
Les dispositions en question visent à ouvrir l’accès des emplois de direction dans les administrations de l’Etat, les hôpitaux et les collectivités locales sans aucune règle ni encadrement.
En dépit du rejet par le Sénat de ces articles, Olivier Dussopt, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’action et des comptes publics, a d’ores et déjà annoncé que le gouvernement irait jusqu’au bout. Et, à entendre certains députés de la majorité, on peut craindre que, l’obéissance tenant lieu de réflexion, ce dispositif soit voté les yeux fermés, avec de doux accents caporalistes de discipline parlementaire.
La méthode choque
Disons d’abord que la méthode choque. Alors qu’une loi sur la fonction publique est en préparation pour le premier semestre 2019, que des consultations sont programmées avec les associations d’élus et les organisations syndicales, quel prurit démange à ce point l’exécutif pour tenter de faire adopter, à la sauvette et au mépris de toute concertation, des mesures sur un sujet aussi sensible que les allers-retours de cadres dirigeants entre le secteur public et la sphère privée ? Les sénateurs, qui siègent actuellement dans une commission d’enquête dédiée aux mutations de la haute fonction publique, apprécieront sûrement la marque de considération que leur adresse le gouvernement par cette initiative qui court-circuite leurs conclusions.
Sur le fond, il faut beaucoup d’imagination pour trouver quelques arguments qui permettent de voler au secours du dispositif gouvernemental. A l’évidence, les cadres du privé ont leur place dans les administrations publiques et ils occupent déjà une part non négligeable de postes à responsabilité...




                        

                        


<article-nb="2018/07/15/20-9">
<filnamedate="20180715"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180715"><AAMMJJHH="2018071520">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Un collectif de quatorze économistes, géographes et urbanistes, parmi lesquels Erik Orsenna, Hervé Le Bras et Dominique Perrault appelle dans une tribune au « Monde » à une refonte complète du découpage politique du territoire francilien.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Il faut « rendre au Grand Paris le souffle qu’il mérite »

Un collectif de quatorze économistes, géographes et urbanistes, parmi lesquels Erik Orsenna, Hervé Le Bras et Dominique Perrault appelle dans une tribune au « Monde » à une refonte complète du découpage politique du territoire francilien.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 15h00
    |

                            Collectif








                        



                                


                            

Tribune. La question du Grand Paris, souvent présentée comme un problème d’urbanisme et d’architecture, est d’abord politique. Les institutions comptent. Il est urgent de retrouver du souffle, d’oser enfin la réforme en profondeur.
Il est temps de créer un véritable polycentrisme, exprimant les énergies et les compétences des quatre cinquièmes des habitants qui habitent hors du périphérique, leur vitalité, leur soif d’entreprendre. Temps de faire émerger une vision stratégique sur les sujets qui concernent l’agglomération dans son ensemble : qui peut croire, par exemple, qu’on pourra agir sur la pollution de l’air autrement qu’à cette échelle ?
Une vision simple
Il est temps, pour l’urbanisme, le droit du sol et la construction, de réduire les coûts de transaction, les blocages fonciers, la dispersion des investissements qui résultent de l’émiettement extravagant des pouvoirs communaux. Il est temps, enfin, grand temps, d’organiser une véritable solidarité entre les riches et les pauvres (habitants et collectivités), avec des péréquations non symboliques.
Comment atteindre ces objectifs ? Aujourd’hui, chaque portion de territoire espère capter à son profit les retombées de la puissance de la ville-monde, sans le plus souvent se soucier d’y contribuer. Plus qu’une rationalisation, c’est la création d’un édifice de responsabilité collective qui constitue l’enjeu de la réforme. Certains considèrent que les découpages institutionnels importent peu, qu’il faut penser projets, réseaux, partenariats. Mais les découpages sont là, qui engendrent inefficacités et injustices. Et l’expression démocratique n’existe pas en dehors de la référence territoriale.
S’agissant d’abord des départements, leur découpage fragmente les politiques sociales et perpétue des inégalités de ressources choquantes. Mais leur suppression n’agirait qu’à la marge sur les problèmes majeurs de l’agglomération. Elle n’est donc pas, à notre avis,...




                        

                        


<article-nb="2018/07/15/20-10">
<filnamedate="20180715"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180715"><AAMMJJHH="2018071520">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Claude Prioul, professeur de génie mécanique, explique dans une tribune au « Monde » que le dénigrement culturel et éducatif de la technologie est autant responsable de la perte d’emplois et de compétitivité industrielle que les facteurs économiques.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Désindustrialisation : « Une spécificité bien française relègue les disciplines technologiques au rang de connaissances secondaires »

Claude Prioul, professeur de génie mécanique, explique dans une tribune au « Monde » que le dénigrement culturel et éducatif de la technologie est autant responsable de la perte d’emplois et de compétitivité industrielle que les facteurs économiques.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 14h30
 • Mis à jour le
13.07.2018 à 14h52
    |

Claude Prioul (Professeur des universités retraité en génie mécanique à l’université Paris-XIII, IUT de Saint-Denis)







                        



                                


                            

Tribune. La part de la production industrielle dans la production de richesses ne cesse de décroître en France depuis une trentaine d’années, décroissance que l’on attribue principalement au phénomène de mondialisation. Cette explication simple permet de s’affranchir d’une réflexion plus approfondie sur la place attribuée à la technologie et plus généralement à l’industrie dans « l’inconscient collectif » français.
C’est justement au début des années 1990 que le concept « d’entreprise sans usine » a vu le jour en France, associé à l’idée bien ancrée que la Chine serait l’usine du monde et que, en conséquence, la France devrait désormais se consacrer uniquement à la conception, laissant ainsi libre cours au « génie français » bien connu (seulement de nous-mêmes !).
Arrogance
En dehors d’une arrogance évidente, ce concept reposait sur deux erreurs d’analyse dont la France paye encore les conséquences. La première était la sous-estimation d’une Chine ambitieuse, ayant les capacités d’être effectivement l’usine du monde avec une main-d’œuvre bon marché, mais aussi possédant des universités scientifiques et techniques de niveau international offrant des capacités de recherche et d’innovation à la hauteur, voire de niveau supérieur à celles des nations industrielles traditionnelles.
La deuxième erreur d’analyse consistait à ignorer les relations de plus en plus étroites qui se tissaient entre recherche fondamentale, recherche appliquée, innovation, développement industriel et fabrication de produits nouveaux. Le temps écoulé entre une découverte fondamentale et son application industrielle se raccourcissait considérablement. L’idée de conception industrielle sans confrontation avec la réalisation a conduit inexorablement à l’impasse actuelle.
Ces erreurs d’analyse, qui n’ont pas été commises par l’Allemagne, résultent d’une spécificité bien française établissant une hiérarchie stricte entre les disciplines dites « nobles »,...




                        

                        


<article-nb="2018/07/15/20-11">
<filnamedate="20180715"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180715"><AAMMJJHH="2018071520">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ En termes de travail, de capital et de chiffre d’affaires, les très grandes sociétés cotées à Paris créent de la valeur dans un espace qui est de moins en moins national. Ce qui n’est pas le cas de leur gouvernance qui reste majoritairement « française », explique dans sa chronique l’économiste Pierre-Yves Gomez.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Protéger les entreprises « nationales » ? « Mais qu’est-ce qu’une entreprise “nationale” » ?

En termes de travail, de capital et de chiffre d’affaires, les très grandes sociétés cotées à Paris créent de la valeur dans un espace qui est de moins en moins national. Ce qui n’est pas le cas de leur gouvernance qui reste majoritairement « française », explique dans sa chronique l’économiste Pierre-Yves Gomez.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 11h56
    |

                            Pierre-Yves Gomez (professeur à l'EM Lyon)








                        



                                


                            

Entreprises. A l’heure où des publics joyeux agitent leurs drapeaux et s’enflamment pour des footballeurs qu’ils voient rarement évoluer dans leurs propres championnats, la Coupe du monde éclaire, à sa façon, les enjeux complexes de la mondialisation : une équipe « nationale » peut être composée de joueurs qui n’évoluent qu’à l’étranger, où ils créent de la valeur.
Même constat dans la compétition géopolitique qui fait rage depuis quelques mois : les politiques prétendent défendre bruyamment leurs entreprises « nationales », à coups de tarifs douaniers ou de lois protectrices. Mais qu’est-ce qu’une entreprise « nationale » ?
Le rapport annuel 2018 du cabinet d’audit PwC dresse la liste des 100 premières entreprises mondiales selon leur capitalisation boursière et leur nationalité (« Global Top 100 Companies », mars 2018) : 54 d’entre elles sont américaines, 17 asiatiques dont 12 chinoises, 1 africaine, 1 sud-américaine et 27 européennes dont 4 françaises (LVMH, Total, L’Oréal, Sanofi).
Ce classement met en évidence la concentration et le contrôle du financement par des marchés dominants, ainsi que la modification des forces géopolitiques, puisqu’on voit émerger cette année deux entreprises chinoises parmi les dix premières. Mais les entreprises qui entrent dans le classement sont rarement strictement « nationales », c’est-à-dire entièrement américaines, chinoises ou françaises.
Euronext
Une étude de l’Institut français de gouvernement des entreprises le montre dans le cas français (« Les grandes entreprises sont-elles (encore) françaises ? », Preuves à l’appui n° 6, mars 2018). Elle porte sur les 85 plus grandes sociétés inscrites au registre du commerce en France, cotées sur Euronext Paris et qui réalisent environ le tiers de notre produit intérieur brut. Trois dimensions sont prises en compte : leurs effectifs, leur chiffre d’affaires et leur capital. Pour chacune de ces dimensions est calculée la part...




                        

                        


<article-nb="2018/07/15/20-12">
<filnamedate="20180715"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180715"><AAMMJJHH="2018071520">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Pas de trêve estivale pour le cycle de fusions et acquisitions, qui est « le signe de la confiance des entreprises dans l’avenir, au moment même où l’horizon se brouille », explique dans sa chronique Philippe Escande, éditorialiste économique au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Les entreprises pensent toutes au mariage pour réduire la concurrence et accroître leur pouvoir sur le marché »

Pas de trêve estivale pour le cycle de fusions et acquisitions, qui est « le signe de la confiance des entreprises dans l’avenir, au moment même où l’horizon se brouille », explique dans sa chronique Philippe Escande, éditorialiste économique au « Monde ».



Le Monde
 |    13.07.2018 à 11h43
 • Mis à jour le
13.07.2018 à 12h41
    |

            Philippe Escande








                        



                                


                            

Pertes & Profits. Et toi, tu fais quoi pour tes vacances ? L’urbain pressé enfile son short, les affaires sérieuses attendront la rentrée. Pourtant, avec la montée du protectionnisme, des populismes, le désordre du Brexit, ou la menace que fait planer le terrorisme, le monde donne l’impression de danser sur un volcan. Mais l’économie, comme le vacancier, regarde ailleurs.
Gagnées par la douce torpeur de l’été, ou par l’euphorie qui accompagne des carnets de commande bien remplis, les entreprises gardent un moral d’acier et pensent toutes au mariage, signe de leur confiance dans l’avenir au moment même où l’horizon se brouille. Le cabinet d’avocat Allen & Overy nous le confirme dans sa dernière publication : jamais dans l’histoire nous n’avions connu un aussi long cycle de fusions et acquisitions dans le monde.

Selon les chiffres de l’agence de presse Thomson Reuters, sur le premier semestre de cette année, la valeur des mariages supérieurs à 5 milliards de dollars a doublé par rapport à l’an dernier. Avec des opérations spectaculaires et toujours en cours comme le rapprochement entre ATT et Time Warner ou la bataille dans les médias pour le contrôle de la 21st Century Fox, les Etats-Unis sont en pointe dans cette tendance. Mais l’Europe n’est pas en reste avec des volumes de transactions qui ont eux aussi doublé. Et pour une fois, la Chine est loin derrière, en dépit de son appétit pour les entreprises occidentales. Il faut donc s’attendre à ce que l’été qui commence nous apporte de nouvelles surprises de taille en la matière.
Réduction de la concurrence
La concentration est à la mode, comme les rengaines latino-américaines sur les plages des vacances. Ce qui se comprend aisément. Outre la recherche de la croissance par la diversification et la satisfaction des ego de toutes sortes, les acquisitions ont pour principal intérêt de réduire la concurrence et d’accroître le pouvoir de marché des entreprises et, donc,...




                        

                        


<article-nb="2018/07/15/20-13">
<filnamedate="20180715"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180715"><AAMMJJHH="2018071520">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Editorial. Si le sommet de l’Organisation de l’Atlantique nord s’est achevé sur un renforcement de l’Alliance, le rapport de force permanent entretenu par Trump est en train de laisser des traces.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤                     
                                                

L’OTAN à l’épreuve du doute

Editorial. Si le sommet de l’Organisation de l’Atlantique nord s’est achevé sur un renforcement de l’Alliance, le rapport de force permanent entretenu par Trump est en train de laisser des traces.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 11h31
 • Mis à jour le
13.07.2018 à 11h54
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Une nouvelle fois, Donald Trump a assuré le spectacle, mais les dégâts sont limités. Du moins à court terme. Le sommet de l’Organisation de l’Atlantique nord (OTAN), qui menaçait de tourner au psychodrame à cause des foucades du président américain, s’est achevé, jeudi 12 juillet, sur un renforcement de l’Alliance.
Les Européens sont prêts à payer plus pour leur défense et les Etats-Unis ont réaffirmé leur engagement militaire auprès de leurs alliés historiques. Mais ce résultat a été obtenu dans un climat de doute de plus en plus palpable sur la fiabilité de la protection américaine, qui n’a cessé de faire l’objet de marchandages, au détriment de relations historiques qu’on croyait intangibles.

        Lire aussi :
         

                Donald Trump « croit en l’OTAN » à la veille de rencontrer Poutine



Après avoir multiplié les menaces et les insultes, notamment à l’encontre des Allemands, accusés d’être « prisonniers des Russes » à cause de leur dépendance énergétique vis-à-vis de Moscou, le président américain a finalement su revenir à l’essentiel lors des réunions officielles, à savoir la pérennité de la relation transatlantique.
Dix-huit mois après l’arrivée de M. Trump à la tête de la première puissance militaire mondiale, ses manières n’en finissent pas de choquer. Durant ce sommet, il s’est attribué de façon exagérée les avancées obtenues auprès des Européens pour persuader ses électeurs qu’il tient ses promesses et qu’il défend les intérêts de l’Amérique contre vents et marées.
Il n’a cessé de caricaturer la situation, exhibant des chiffres inexacts et tenant des raisonnements biaisés pour mieux se pousser du col et tenter de se hisser dans la catégorie des hommes forts qu’il admire tant, de Kim Jong-un à Vladimir Poutine en passant par Xi Jinping. Mais au-delà des coups de menton auxquels les Européens auraient fini par obtempérer, la réalité se révèle un peu plus compliquée.
Menaces à l’Est
L’engagement pris par les alliés à partager le fardeau de leur défense ne date pas de l’élection de Donald Trump, mais de 2014, lorsque les pays européens, sous la présidence de Barack Obama, avaient promis d’y consacrer 2 % de leur PIB avant 2024. Certains, il est vrai, se font tirer l’oreille, d’autres jouent la montre. De ce point de vue, il faut reconnaître au président américain un rôle d’aiguillon, qui contribue certainement à accélérer le processus. Mais le mérite principal en revient surtout à Vladimir Poutine, qui, en intervenant en Ukraine, a fait prendre conscience aux Européens du fait que la disparition du Pacte de Varsovie n’avait pas mis fin à toutes les menaces à l’Est.
La méthode utilisée par Donald Trump sera peut-être efficace sur le plan intérieur. Les élections de mi-mandat, au mois de novembre, constitueront de ce point de vue un test sérieux. En revanche, sur le plan diplomatique, elle peut se révéler extrêmement contre-productive. Le rapport de force permanent qu’il entretient avec ses alliés, qu’il accuse de vivre aux crochets des Etats-Unis, est en train de laisser des traces.

        Lire aussi :
         

                Pourquoi Trump attaque Merkel sur le gaz russe



Faire le lien entre commerce et défense en feignant de se demander pourquoi il continuerait de participer à la protection de pays qui accumulent les excédents commerciaux sur son dos n’est pas à la hauteur des enjeux. Une alliance militaire ne se monnaye pas de cette façon. Elle repose sur des principes, une histoire, le partage de valeurs et d’intérêts communs. La question est de savoir si ce socle est aujourd’hui aussi solide qu’il l’a été au cours du siècle qui vient de s’écouler.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/15/20-14">
<filnamedate="20180715"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180715"><AAMMJJHH="2018071520">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Florian Pellissier signe le quatrième album de son quintet : « Bijou Caillou Voyou ». Nous retrouvons le pianiste parisien dans un nouvel entretien dont voici le dernier volet.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤                     
                                                

Entretien avec Florian Pellissier, 6e partie : rêve de Brésil

Florian Pellissier signe le quatrième album de son quintet : « Bijou Caillou Voyou ». Nous retrouvons le pianiste parisien dans un nouvel entretien dont voici le dernier volet.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 10h09
 • Mis à jour le
15.07.2018 à 01h44
    |

                            Yannick Le Maintec








                        



   


« Ils se parlent ! Ils continuent de se parler. » Nous avions laissé Florian Pellissier en pleine fête du vaudou à Ouidah au Bénin. Sur une plage proche de la Porte du non retour, il imagine les percussionnistes brésiliens jouer pour leurs cousins africains. L’esprit du pianiste était resté de l’autre côté de l’Atlantique. Il faut dire que Florian vit une histoire d’amour avec le Brésil.

        Lire l’entretien avec Florian Pellissier, 5e partie :
         

          Bijou Caillou Vaudou



Une belle histoire
« Et si tu me parlais de ton quintet brésilien… » Dès notre première entrevue il y a deux ans Florian avait évoqué un mystérieux quintet brésilien. « Ça n’est pas le Florian Pellissier Quintet ? » « Non, il s’appelle Os Foda. Je l’ai monté à Goiânia, la ville de ma copine Lola. » Florian avait rencontré une jeune Brésilienne, créatrice de bijoux en vogue, en mai 2013 au Caveau des Oubliettes à un concert de Setenta. « La nana était à la première table, une métisse brésilienne, sublime, je ne voyais qu’elle. J’étais timide, complètement inhibé. Au troisième set, je sors fumer une clope. Elle m’aborde : Est-ce que vous pourriez m’expliquer pourquoi Bill Evans est considéré comme un des plus grands pianistes de jazz ? » Du pain béni pour Florian qui, en plus d’être fan absolu, avait étudié à la Bill Evans Academy de Bernard Maury. « Bill Evans est le pianiste qui joue dans Kind of Blue de Miles Davis, le best-seller de l’histoire du jazz. » Elle repartait le lendemain. Début de l’histoire.



Le mystérieux quintet brésilien
Les deux jeunes gens restent connectés par à la magie d’internet. « Au bout d’un mois et demi, je lui dis que j’ai pris mon billet pour Goiânia. Si tu m’attends à l’aéroport c’est super, sinon je visiterai le Brésil ! Je débarque, elle m’attendait. Le Brésil j’adorais, la musique brésilienne est infinie, mais je n’y étais jamais allé. Goiânia, c’est la ville qui sert à rien. Malgré ses deux millions d’habitants, il n’y a pas beaucoup d’endroit pour la musique, pas de club de jazz. Ils écoutent surtout du rock 90’s et du Sertanejo, la country locale. » Il précisera par la suite : « Goiânia est pleine de gens créatifs... si tu sais oú chercher. »
Pour preuve, la suite. « Je rencontre Fred Valle, un batteur hyperpolyvalent qui joue dans tous les groupes. On fait un bœuf, on joue pendant quatre heures, clavier-batterie. La connexion s’est faite tout de suite. On trouve un bassiste, on développe un répertoire, on monte un trio. Un lundi soir, on joue dans un bar, le Gloria. On fait un set en trio. Bouche-à-oreille : Tous les zicos de Goiânia se pointent, dont une super section de cuivres. On fait la jam, géniale ! On a pris les deux cuivres les plus sympas, sax et trompette [dont Evaldo Robson, le sax de Tim Maia]. On avait notre quintet. On jouait à chaque fois que j’y retournais. On a fini par enregistrer. Ils ont mixé les morceaux, m’ont envoyé le master, mais au final l’album n’est jamais sorti. » Depuis la belle s’est envolée mais le Brésil est toujours là.



A la recherche de Di Melo
« Parlons de Di Melo : Qu’est-ce qu’il représente pour toi ? » « Di Melo, c’est une star ! » « Il a sorti l’album Di Melo en 1975 qui est devenu mythique, ensuite il a complètement disparu, un peu comme Don Blackman, dont le disque est une référence pour les musiciens de funk. L’album de Di Melo était réalisé par Hermeto Pascoal. C’est du jazz funk brésilien chanté très facile à écouter à la Jorge Ben, et puis il y a des morceaux qui partent en vrille, complètement sombres. C’est un chef-d’œuvre. Tous les Djs le connaissent mais pas le grand public. »
« Comment tu l’as retrouvé ? » « L’histoire a commencé bien avant de rencontrer le Brésil. Grâce à Julien Lebrun, Setenta avait joué à Jazz à Vienne avec Orlando Julius. C’était le principe du Jazz Mix. Reza [Ackbaraly, programmateur du Jazz Mix] aimait bien Cotonete [le groupe jazz-funk brésilien de Florian] et souhaitait une rencontre. On a pensé à Di Melo. J’ai chiné sur internet. Il n’avait rien fait depuis 75. Je tombe sur un blog de musiciens qui étaient partis à sa recherche. Ils préparaient un documentaire, faisait des répets. A l’époque je ne parlais pas portugais. Je n’ai pas réussi à les contacter. C’est tombé à l’eau. »

    #cotonete #Simonemazzer #souvenir de #saopaulo #brazil Une publication partagée par  Florian Pellissier (@captaincavern75) le 10 Mai 2017 à 2 :17 PDT 

Brasil
« Au printemps 2017, on part au Brésil avec Cotonete pour accompagner Simone Mazzer. A l’origine de Cotonete, il y avait Frank Chatona, un sax que je connaissais avant d’aller à New York [pour ses études, voir l’épisode 2]. En 2004, il vient me voir : On y va ! On monte le groupe de nos rêves. » Dans l’idée : un Earth, Wind & Fire brésilien, avec une volonté affichée d’aller jouer au Brésil. « Treize ans après, on y est malgré tous les méandres, toutes les fois où le projet a failli capoter. Je ne l’aurais jamais cru. Le premier soir à Rio, Frank et moi avons embrassé la scène. On était dans le journal, on est passé à la télé dans Globo, deux jours de folie. On n’avait jamais réussi à avoir deux lignes dans Pariscope… On était sur un nuage. »
Cinq jours à São Paulo
« On avait deux dates à Rio, deux dates à São Paulo, puis une dernière à Rio. On se retrouve cinq jours off à Sao Paulo. J’avais ma petite idée. On était tous ensemble, le show était rodé. J’étais prêt à payer une session de studio si on arrivait à faire une rencontre, si on trouvait quelque chose à raconter. J’en parle à mon ingé-son brésilienne, adorable. On échange nos idées. Elle me dit qu’elle a fait le come-back de Di Melo quatre ans plus tôt au Circo Voador. Elle me donne son 06. Je n’imaginais pas ce qui allait arriver. »
« J’imaginais prendre un café, faire un selfie. J’appelle Di Melo, tombe sur sa femme. Vous êtes qui ? Je lui raconte. Je lui envoie deux-trois sons. Une demi-heure après je reçois un texto : Votre groupe sonne comme s’il pouvait réveiller les morts. Cotonete, c’est un tribute à la musique funk brésilienne. On jouait un son qui n’existe plus. Simone avait fait venir Cotonete pour cette raison-là. Rendez-vous demain à quinze heures. »

    #cotonete #dimelo #brazil #gaby #numerouno #jckebaili 💖#tour #brazil #simonemazzer #boagente tonight Cotonete plus special guest au pico do macaco São Paulo Une publication partagée par  Florian Pellissier (@captaincavern75) le 3 Mai 2017 à 9 :14 PDT 

La rencontre
« Dimanche après midi. La coccinelle débarque à 16 heures. Di Melo, sa femme et sa fille, un bonbon de dix ans, débarquent à la maison. Il dit à peine bonjour, me tend un CD : Mets la deux, mets la deux. Il se met à danser : Sabonete Cotonete Sabonete Cotonete, une pub qu’il avait fait. Il était en train de se ficher de nous, c’était parfait ! On va dans la cuisine. Il sort sa guitare : deux heures de concert non-stop avec sa fille. Au bout d’un moment, je fonds en larmes. A la fin du concert, il nous dit : Écoutez les gars, j’ai quatre cents chansons. J’adore votre son, Si vous voulez, on bosse ensemble. »
« On trouve un lieu à São Paulo, le Pico do Macaco, une résidence d’artistes, avec un studio de répet’ où les musiciens jouent le soir. Il était libre le mardi suivant. On avait filmé les deux heures de concert, on choisit les morceaux, se les répartit, on fait les arrangements en vingt-quatre heures. Le surlendemain on est au Pico. Le groupe qui avait fait le documentaire et qui entre-temps avait enregistré avec Di Melo vient nous encourager, des crèmes ! Dans la vraie vie, on se serait fait assassiner. Deux jours, deux concerts. Le lendemain, on trouve un super-studio et on finit par enregistrer vingt-deux titres »



L’histoire de Cotonote avec Di Melo est loin d’être terminée. Di Melo et Cotonete sont actuellement en tournée en France. Un single est sorti. L’album est prévu pour 2019.
Entretien avec Florian Pellissier (2è série) - 4è partie : L’accélération des particules - 5è partie : Bijou Caillou Vaudou - 6è partie : Rêve de Brésil
Florian Pellissier en concert
Florian Pellissier Quintet - 19/07 Nice Jazz Festival, Nice
Cotonete accompagne Di Melo - 13/07 Mona Bismark, Paris - 19/07 Nice Jazz Festival, Nice - 20/07 Samba Percussions, Monléon Magnoac - 22/07 La Petite Halle, Paris
Joe Bataan meets Setenta - 29/07 Tempo Latino, Vic Fezensac
Nouvel album : Florian Pellissier Quintet – « Bijou Caillou Voyou » (2018, Heavenly Sweetness)



                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/15/20-15">
<filnamedate="20180715"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180715"><AAMMJJHH="2018071520">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Les affinités végétales 1|6. Penseurs ou écrivains, ils racontent leur relation à une plante. Cette semaine, l’historienne Arlette Farge nous fait partager son amour pour ce « petit pavot sauvage à fleur rouge vif ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
édition abonné


L’historienne Arlette Farge et la fragile audace du coquelicot

Les affinités végétales 1|6. Penseurs ou écrivains, ils racontent leur relation à une plante. Cette semaine, l’historienne Arlette Farge nous fait partager son amour pour ce « petit pavot sauvage à fleur rouge vif ».



Le Monde
 |    13.07.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
14.07.2018 à 11h57
    |

                            Arlette Farge (Historienne)








                        



                                


                            
Je ne le crois pas timide, même si l’on se sert de sa couleur et de son nom pour évoquer une personne modeste et embarrassée. Bien que très visible, il est secret et furtif, ne dure pas longtemps. Eclat éphémère de l’été, le coquelicot se dresse dans les champs, préférant le bord des talus, les pentes herbues et les terrains vagues où les pesticides ne peuvent l’accabler. Tête haute, il apparaît soudain pour mon plus grand bonheur et m’étonne par sa vive couleur qui donne envie de lui parler. Sa manière bien particulière de n’être point groupé avec ses confrères, d’être un peu isolé des autres sans l’être tout à fait, agit sur moi comme un appel à le regarder, comme l’éblouissement de la lumière d’un phare, le soir venu, sur une mer calme.
Un phare ne se cueille pas ; de la même façon, on ne cueille pas un coquelicot à moins de désirer qu’il s’éteigne. Rouge d’une rare intensité – que mes mots peinent à décrire –, il s’érige le long de son pédicule velu, dépassant avec grâce les herbes folles. Il lui arrive de dodeliner sous la brise et le vent, sans rencontrer où s’appuyer. Les livres et les dictionnaires le décrivent comme un « petit pavot sauvage à fleur rouge vif », et son cœur est empli d’une légère substance hallucinogène. Ce n’est pas ce qui m’importe. En fait, j’aime sa liberté de surgir là où ce sera le plus confortable pour lui, quand viendra le printemps, quand s’éloignera l’été.
Jamais, on le sait, on ne pourra en faire des bouquets à mettre dans des vases, comme on le fait des roses ou des pivoines. Quelque chose me dit que c’est un peu de sa fierté d’être ainsi, et me plaît son refus d’être apprivoisé
Grâce aux graines qui s’échappent du fruit, il se ressème seul où bon lui semble, tel un fugitif. Cela ne fait que renforcer mon désir de l’approcher, sans le cueillir bien sûr tant j’aurais crainte qu’il ne s’étiole ou se chiffonne. Jamais, on le sait, on ne pourra en faire des bouquets à mettre dans des vases, comme on le fait des roses...




                        

                        


<article-nb="2018/07/15/20-16">
<filnamedate="20180715"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180715"><AAMMJJHH="2018071520">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ La victoire doit continuer de nous inspirer et reporter sur le terrain politique nos désirs de transformation sociale, estime l’historien dans une tribune au « Monde ». Mais, si elle a lieu, elle sera plus réaliste qu’en 1998.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Pap Ndiaye : « N’attendons pas de la victoire qu’elle change la société »

La victoire doit continuer de nous inspirer et reporter sur le terrain politique nos désirs de transformation sociale, estime l’historien dans une tribune au « Monde ». Mais, si elle a lieu, elle sera plus réaliste qu’en 1998.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
13.07.2018 à 09h49
    |

Pap Ndiaye (professeur d’histoire à Sciences Po)







                        



                                


                            
Tribune. En ces jours suaves précédant la finale de la Coupe du monde de football, des dizaines de millions de Françaises et de Français espèrent revivre les moments de joie intense et collective de l’été 1998, lorsque le triomphe de l’équipe de France sembla ouvrir une nouvelle ère de fraternité « black-blanc-beur ». Depuis la victoire des Bleus sur l’Argentine, une douce euphorie s’est emparée du pays : « Liberté, égalité, Mbappé ». Pour les optimistes, la deuxième étoile est à portée de main.
Mais vingt ans après la conquête de la première, la joie de la victoire, si elle a lieu, sera sans doute plus circonspecte, plus modeste, plus réaliste. Nous savons que les espoirs politiques et sociaux générés par les exploits de Zinédine Zidane et de ses coéquipiers ne furent qu’une illusion, vite douchée : en 2002, Jean-Marie Le Pen parvenait au second tour de l’élection présidentielle et les émeutes de 2005 vinrent rappeler que 1998 n’avait rien changé au quotidien lugubre des banlieues populaires.

Les victoires sportives ne procurent que des moments brefs de fraternité, certes précieux et mémorables, mais qui n’ont aucun effet durable sur les sociétés. Il est même possible qu’elles accroissent le ressentiment et l’amertume : les espoirs suscités par une grande victoire suscitent, s’ils ne se matérialisent pas, une amertume plus grande qu’en cas de défaite. Les effusions de joie ne forment pas des communautés politiques.
Deux croyances très présentes
Au-delà de la finale tant attendue, deux croyances demeurent très présentes à propos du football : la première est qu’il serait intrinsèquement porteur de « valeurs » particulières de fraternité, de tolérance, de respect. Or le sport a pu servir des régimes politiques bien éloignés de ces valeurs démocratiques. La victoire du Brésil en 1970 ou celle de l’Argentine en 1978 furent utilisées à leur profit par les dictatures militaires féroces de ces pays, à l’instar de l’Italie de...




                        

                        


<article-nb="2018/07/15/20-17">
<filnamedate="20180715"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180715"><AAMMJJHH="2018071520">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Les Bleus vivent aujourd’hui une communion avec la France qui permet de ressouder le pays après les épreuves subies ces dernières années, analysent deux sociologues dans une tribune au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 13/07/2018
Découvrir l’application


                           
édition abonné


Coupe du monde 2018 : « Une part de thérapie collective se joue dans ces moments de liesse »

Les Bleus vivent aujourd’hui une communion avec la France qui permet de ressouder le pays après les épreuves subies ces dernières années, analysent deux sociologues dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    13.07.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
15.07.2018 à 15h07
    |

Stéphane Beaud (Sociologue, université de Poitiers) et Frédéric Rasera (Sociologue, université de Lyon 2)







                        



                                


                            
Tribune. Vingt ans après le sacre des Bleus au Stade de France, le 12 juillet 1998, l’histoire est-elle en train de se répéter à Moscou ? Ni comme une farce ni comme une tragédie, mais comme un moment de liesse collective où le « peuple de France », de tous les âges et dans toute sa bigarrure, est de sortie, dans les bars, sur les places et autres fan-zones. Où, comme il est coutume de dire, il « communie » avec son équipe de football emmenée par une nouvelle et flamboyante génération de joueurs, issus pour la plupart des banlieues populaires de la région parisienne.
Qu’est-ce que cet événement dit de la société française ? Il est certes trop tôt pour établir un véritable diagnostic sociologique, mais pas impossible de proposer une mise en perspective sociologique de cette « campagne de Russie » des Bleus.

L’équipe de France de football revient de loin. Son image dans l’opinion s’était dégradée d’une manière qui a paru irréversible après la fameuse « grève du bus » en Afrique du Sud (2010). Une blessure nationale qui a mis du temps à cicatriser. Les Bleus ont longtemps subi un traitement à charge : on mettait en question leur légitimité à porter le maillot national, à représenter le pays. Le soupçon sans cesse instillé était celui de leur non-appartenance au « nous » national et, par extension, celui de l’illégitimité des jeunes issus de l’immigration à prendre place dans la société française.
« Réconciliation »
Un basculement semble s’être produit lors de la victoire contre l’Ukraine, qualificative pour la Coupe du monde au Brésil (2014). Ce jour-là, il y avait un véritable engouement populaire au Stade de France et, comme l’a dit Guy Stéphan, l’entraîneur adjoint, la communion observée entre le public du Stade de France et les Bleus avait le sens d’une « réconciliation ».
Les joueurs français issus de l’immigration africaine ont tenu un rôle de premier plan dans ce processus, par leurs performances (2...




                        

                        


<article-nb="2018/07/15/20-18">
<filnamedate="20180715"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180715"><AAMMJJHH="2018071520">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Il y a quelques mois, l’attaquant des Bleus avait accordé un entretien à l’un de nos journalistes pour les besoins d’un documentaire.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 12/07/2018
Découvrir l’application


                           
édition abonné


Kylian Mbappé : « Je la trouve belle cette coupe. Elle est en or, et l’or représente la suprématie »

Il y a quelques mois, l’attaquant des Bleus avait accordé un entretien à l’un de nos journalistes pour les besoins d’un documentaire.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 06h43
 • Mis à jour le
15.07.2018 à 19h01
    |

            Mustapha Kessous








                        



                                


                            

Dans le cadre d’un documentaire (France 98 : nous nous sommes tant aimés, produit par Premières Lignes et diffusé en juin sur France 2), notre journaliste Mustapha Kessous s’était longuement entretenu, en novembre 2017, avec Kylian Mbappé, à la veille de ses 19 ans. Pendant quarante-cinq minutes, l’attaquant de l’équipe de France et du Paris-Saint-Germain avait parlé de lui, de France 1998, des supporteurs, du Mondial 2018 et de l’impact du football sur la société.
Que signifie pour vous le football ?
C’est quelque chose dont je ne peux pas me passer. C’est plus qu’une addiction, le football est ancré en moi. J’ai toujours su que c’était ça que je devais faire.
Pensez-vous, comme Michel Platini, que le football est « un jeu irrationnel » ?
Le football est, pour moi, plus qu’un sport, il suffit de voir l’impact qu’il a sur la société. Les gens viennent au stade pour oublier leur vie pendant quatre-vingt-dix minutes, et c’est à nous de se charger de leur donner satisfaction ; de les faire se lever de leur chaise pour qu’ils s’endorment avec des étoiles plein les yeux. Plus jeune, il y a des joueurs qui m’ont donné du plaisir, et maintenant, je suis dans ce rôle-là.
Est-ce grisant de se dire qu’il y a des millions de personnes qui vous regardent ?
Personnellement, j’ai la même sensation et la même joie de jouer que quand j’étais enfant. Sauf qu’il y a des millions de gens qui partagent ce sentiment avec moi. C’est comme une force supplémentaire.
Pourquoi cette obsession de faire du spectacle sur le terrain ?
« J’espère marquer le foot de mon empreinte »
C’est le plaisir du jeu, de marquer, de faire briller le copain. Lorsque vous faites ce que vous aimez, vous ne voulez pas être de passage : vous n’avez pas sacrifié toute votre vie pour être un figurant ; moi, j’espère marquer le foot de mon empreinte.
Enfant,...




                        

                        


<article-nb="2018/07/15/20-19">
<filnamedate="20180715"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180715"><AAMMJJHH="2018071520">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’ancien ministre délégué à la promotion de l’égalité des chances estime que l’histoire et le politique ont disparu de la Coupe du monde. La France black-blanc-beur de 1998 n’est plus. La mondialisation a fait son œuvre
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Azouz Begag : « Il n’y a plus de revendication identitaire sur les terrains de foot »

Dans une tribune au « Monde », l’ancien ministre délégué à la promotion de l’égalité des chances estime que l’histoire et le politique ont disparu de la Coupe du monde. La France black-blanc-beur de 1998 n’est plus. La mondialisation a fait son œuvre



Le Monde
 |    13.07.2018 à 06h00
 • Mis à jour le
13.07.2018 à 09h24
    |

Azouz Begag (ancien ministre, écrivain, diplomate et chercheur français en économie et sociologie. Il est chargé de recherche du CNRS)







                        



                                


                            
Tribune. Le football fait rêver. Il est un marqueur d’identité qui exalte les fiertés et qui, après une victoire, réunit dans une incroyable communion toutes les différences qui composent une nation. Il rassemble, alors que la politique divise.
Chez les uns et les autres, la catharsis qu’il génère croise toutes sortes d’histoires individuelles et collectives. Soif d’existence, de reconnaissance, d’intégration, de valorisation nationale, revanche sur l’histoire, sur l’esclavage, sur les colonisations et besoin d’aimer, tout simplement.
L’histoire et les revendications identitaires étaient omniprésentes dans les matchs. Elles donnaient de la résonance aux compétitions
Après la qualification de la France pour la finale, mardi 10 juillet, on pouvait mesurer dans les rues cet immense besoin de consolation nationale des Français. Le foot est une fabrique d’identité universelle comme il n’en existe aucune autre, l’ultime, « l’autre religion ». Il exalte les identités, dans la démesure, entre minorités et majorité d’un pays, comme on l’a vécu en 1998. Ce fut le printemps de la République.
Les Blacks-Blancs-Beurs exhalaient le bon parfum multiculturel. La France métissée championne du monde offrait à chacun la possibilité de s’identifier à une histoire à travers un joueur, Zidane pour les Algéro-Kabyles et les Arabes des banlieues, Djorkaeff et Boghossian pour les Arméniens, Lizarazu pour les Basques, Karembeu pour le peuple kanak, Thierry Henry et Thuram pour les Antilles, etc.
L’histoire et les revendications identitaires étaient omniprésentes dans les matchs. Elles donnaient de la résonance aux compétitions. On se souvient du match France-Algérie en 2001 à Paris où les Franco-Algériens avaient sifflé La Marseillaise, choquant la nation entière. L’Algérie avait perdu. On voyait bien alors à quel point se jouait dans ce match la joute des identités et des fiertés, celles de la colonisation française et de la guerre...




                        

                        


<article-nb="2018/07/15/20-20">
<filnamedate="20180715"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180715"><AAMMJJHH="2018071520">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le géographe Jean Radvanyi estime que les dérives autoritaires du Kremlin n’ont pas empêché Moscou d’organiser une Coupe du monde festive et accueillante, à rebours de son image dans l’opinion publique française.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Coupe du monde 2018 : « C’est le genre d’événement qui peut permettre d’intensifier nos relations avec la Russie »

Dans une tribune au « Monde », le géographe Jean Radvanyi estime que les dérives autoritaires du Kremlin n’ont pas empêché Moscou d’organiser une Coupe du monde festive et accueillante, à rebours de son image dans l’opinion publique française.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 05h00
 • Mis à jour le
14.07.2018 à 14h53
    |

Jean Radvanyi (Professeur de géographie de la Russie à l'Institut national des langues et civilisations orientales)







                        



                                


                            

Tribune. Le sport n’est jamais très loin de la politique, et la Coupe du monde de football en Russie ne fait pas exception. L’élimination de l’Allemagne suscita chez mes amis russes des commentaires quasi unanimes : les Allemands ne peuvent pas gagner chez nous ! Et comme je leur rétorquais qu’alors, la France n’avait guère de chance, ils me répondaient en riant : « Mais non, 1812, c’est autre chose, on a oublié. »
Comme le révélait un double sondage récent commandé par le Dialogue du Trianon [le « forum franco-russe des sociétés civiles », lancé en décembre 2017], à Harris Interactive, et au VTSIOM, l’un des grands instituts de sondage russes, sur la perception réciproque des Français et des Russes, chacun se plaint d’être mal informé sur l’autre par ses médias respectifs, mais l’image de la France en Russie reste largement positive, alors que l’image de la Russie pour les Français est « plutôt mauvaise » quoique en amélioration (57 % d’opinions négatives en 2018, contre 78 % en 2014…). Une image ambiguë où se mêlent curiosité et défiance.

C’est peut-être ce qui explique que si peu de supporteurs français aient fait le voyage… C’est d’ailleurs là une des caractéristiques de ce Mondial russe. Dans les fan-zones, sur la place Rouge ou dans la rue Nikolskaïa, vieille artère moscovite des XVIIIe et XIXe siècles, entièrement réservée aux supporteurs du monde entier, c’est la fête, mais celle-ci est à l’image de la nouvelle géopolitique mondiale, où l’Union européenne semble marginalisée.
J’y ai croisé des milliers de Latino-Américains, d’Asiatiques et d’Africains, qui créaient l’ambiance avec la masse de supporters russes. Brésiliens, Colombiens, Argentins, Péruviens, Mexicains font tous partie du top 10 des pays qui ont acheté le plus de billets, avec les ressortissants des Etats-Unis (en dépit du fait que leur équipe n’était pas présente), de la Chine et de l’Australie !
Esprit...



                        

                        

