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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-1"> ¤ Embarquez avec le géographe Jean-Luc Piermay pour un long voyage au cœur d’Abidjan avant de filer en bus voir la démesure de Yamoussoukro et de monter se perdre au Nord, dans le dédale du grand marché de la « ville Cédéao ».
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Récit

De Grand-Bassam à Bouaké, sur les traces des « capitales » ivoiriennes

Embarquez avec le géographe Jean-Luc Piermay pour un long voyage au cœur d’Abidjan avant de filer en bus voir la démesure de Yamoussoukro et de monter se perdre au Nord, dans le dédale du grand marché de la « ville Cédéao ».

Par                Jean-Luc Piermay



LE MONDE
              datetime="2018-07-15T18:30:58+02:00"

        Le 15.07.2018 à 18h30






    
Le boulevard De Gaulle d’Abidjan rejoint le quartier de Cocody depuis le centre d’affaires du Plateau.
Crédits : Wikimedia Commons


Que reste-t-il de la Perle des Lagunes de l’après-guerre ? Abidjan abritait alors 48 000 personnes, une petite ville au regard de Dakar, la capitale fédérale de l’Afrique occidentale française. Le génie entrepreneurial du président Félix Houphouët-Boigny, le pari fait sur l’agriculture et le boom du cacao, mais aussi les années de crise qui ont suivi la mort du « Vieux », ont bouleversé les hiérarchies. Pour autant qu’une estimation ait un sens alors que neuf années de conflit et plus encore de tensions régionales et sociales ont compromis la tenue de tout recensement, les officiels lui donnent aujourd’hui cent fois plus d’habitants. Ils sont peut-être loin du compte. Il n’empêche ! D’une part réceptacle de toutes les eaux usées, la lagune n’a plus rien de l’écrin d’une perle. De l’autre, la petite ville est devenue métropole, un objet mutant qui s’invente par la force des choses en se transformant radicalement. La Perle des Lagunes n’est plus qu’un souvenir.
Le Plateau, tout en béton et verre
Entouré d’eau sur trois côtés, le quartier du Plateau donne toujours l’illusion d’un centre. Depuis Treichville, de l’autre côté de la lagune, son profil a fière allure, un petit Manhattan sous les tropiques. Les tours hébergent les grandes entreprises, les banques, les hôtels, les bureaux des ministères et, parmi les stars, la Banque africaine de développement et l’inévitable Caistab du Conseil Café-Cacao.
Comme dans tant d’autres centres d’affaires, les résidents sont rares. Tandis que le soir ferme les boutiques, libère les trottoirs et vide les rues, les chauves-souris affolent les quelques grands arbres résiduels en de bruyantes sarabandes, animatrices esseulées d’un quartier déserté. Mais les journées sont-elles pour autant prospères ? La réplétion chronique des lieux de stationnement décourage les automobilistes, dans une ville où la voiture est reine ; celle des bas-côtés rebute les piétons. Beaucoup de commerces durent peu, laissent vite la place à d’autres. Un halo démodé plane sur le quartier, même si les années fastes, pas si anciennes que cela, ont imposé le modernisme de béton et de verre au détriment du patrimoine colonial.

    
Le quartier d’affaires du Plateau vu depuis Treichville, à Abidjan, en 2016.
Crédits : ISSOUF SANOGO / AFP


Plusieurs gratte-ciel attendent leur réhabilitation ; la Pyramide, véritable repère urbain, végète depuis son incendie ; l’orgueilleuse tour Postel aux vingt-quatre étages a failli s’écrouler, privant Abidjan de ses reflets violacés. Seuls quelques symboles de l’État et l’immense voilure à haubans de la cathédrale, magnifique sanctuaire arrimé à un quartier inhabité, apportent un peu d’âme et de beauté à un Plateau à la fois trop et trop peu fonctionnel.
La ville a laissé la place à la métropole, le Plateau aux galeries commerciales de la périphérie, le cœur urbain au réseau d’autoroutes et de grands boulevards percés après coup dans les lanières sous-occupées du tissu urbain. Les délaissés qui séparaient les quartiers entre eux, les bas-fonds inconstructibles et le rivage est du Plateau canalisent désormais les flots automobiles en direction des trois ponts, toujours insuffisants, qui permettent d’assembler un puzzle lagunaire malaisé aux rivages tourmentés. L’immense trèfle bétonné qui débouche du pont à péage survole le quartier de Marcory, plongeant ensuite dans les affres de la circulation urbaine. Tout se passe comme si le réseau autoroutier était devenu le véritable centre de la métropole, système d’artères reliant les points forts de celle-ci à l’ensemble des quartiers résidentiels, branchés en grappes sur les échangeurs de ce même réseau.
Thromboses récurrentes
Aéroport, zones industrielles, campus universitaires, centres commerciaux et de services, pôle tertiaire du Plateau, ambassades et grands hôtels, forêt du Banco pour les loisirs ; la liste est longue de ces enjeux majeurs dont la connexion fait la métropole. Mention spéciale à la Zone 4. La crise a propulsé sur le devant de la scène urbaine ce quartier au nom poétique. Zone industrielle mitée par les résidences et les malls de luxe, et les services de haut niveau, elle a séduit le petit monde aisé des résidents étrangers, libanais et européens en tête, désireux de l’accès le plus rapide possible à l’aéroport en cas de troubles. Une belle illustration du « vivre ensemble » dans la métropole-réseau…

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Un tel dispositif, mis en place par la magie des exportations agricoles des années Houphouët, n’exonère pas Abidjan de thromboses récurrentes. A Cocody, la rue est rouge et jaune, rouge des taxis habilités à desservir la métropole, jaune de leurs modestes frères cantonnés à la commune, le chromatisme municipal changeant d’une commune à l’autre. Les bus urbains sont une espèce en voie de disparition, à la fois improbables et bondés quand un de leurs congénères se présente. Et si les grosses berlines tiennent comme il se doit le haut du pavé métropolitain, les camions font la loi dans les moments de crise. Se jouant comme les autres des stops et des feux rouges, ils bloquent irrémédiablement les flux et engendrent d’homériques embouteillages durant les « fins de mois », c’est-à-dire du premier au dix de chaque mois, après la paye des salaires.
Toutefois, petites malignes, les voitures officielles bénéficient d’une voie qui leur est strictement réservée sur le côté discret du Plateau, à l’arrière de l’ensemble présidentiel et à l’abri des lignes cacochymes du chemin de fer. Inadmissible de découvrir dans cette ville motorisée des îlots de résistance à l’automobile ! Le « couloir de la honte » oblige même les enseignants dépourvus de voiture à parcourir à pied la distance interdite aux taxis, séparant l’entrée de l’université de Cocody de leurs salles de cours, tandis que leurs étudiants bénéficient de bus électriques (merci Monsieur Bolloré) qu’ils ne voudraient en aucun cas partager avec eux !

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Quel avenir pour le Plateau ? Le centre de la ville d’autrefois n’est plus celui de la métropole, de même que la métropole n’est plus seulement une ville. La nouvelle marina « made in Morocco », gagnée sur les rivages incertains d’une lagune polluée, lui redonnera-t-elle une raison d’être ? Elle risque de ne devenir qu’une pièce supplémentaire du Lego métropolitain. Avec Houphouët-Boigny, l’urbanisme était une affaire présidentielle. Une ville banale du monde moderne est née, tournant le dos tant à la mer qu’à la lagune. L’innovation serait de réfléchir enfin à un fonctionnement global, en partant du point de vue de ceux qui se déplacent.
Quartier-pagaille
Accrochés comme des grains de raisin à la grappe autoroutière, les quartiers d’Abidjan sont innombrables. Certains font tellement corps avec le réseau métropolitain qu’ils ont poussé directement sur les branches, comme les cabosses du cacaoyer, comme le quartier commerçant d’Adjamé sur la gare routière. Immortalisée par un film célèbre d’Henri Duparc, l’avenue Princesse rassemblait boîtes de nuit et bars à prostituées, avec des terrasses et des étals qui envahissaient la chaussée. Un lieu de loisirs nocturnes à l’échelle de la métropole. Sa destruction, dans une ville où l’on a le déguerpissement facile, causa beaucoup de tort à la commune de Yopougon, qui n’en perdit pas pour autant sa réputation de quartier-pagaille.

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Blokosso (héritier d’un hypothétique blockhaus), Cocody-Village et Anono sont quelques-uns des cinquante villages ébrié, donc autochtones, qui occupaient avant l’urbanisation le site actuel d’Abidjan. Ceux-là longent la lagune qui les nourrissait autrefois, même si Cocody-Village dut quitter le Plateau et traverser la baie quand le centre de la ville n’en supporta plus la présence.
A l’époque où l’Etat était fort, le savoir-faire du président Houphouët embobina les villageois, qui acceptèrent d’abandonner leurs terres agricoles, en échange de la préservation inaliénable de six fois la surface de leur village bâti. Les immenses espaces récupérés par l’Etat permirent l’installation du quartier d’habitat social de Cocody-Pointe, de l’université de Cocody, des ambassades et de l’Hôtel Ivoire. Mais la ville n’a pas de mémoire, et les expropriations ratiboisèrent peu à peu ce que les autochtones n’avaient pas loti eux-mêmes. Heureusement, ces derniers n’étaient pas restés passifs, car on peut être à la fois un villageois et un citadin averti, conscient de la valeur du sol et habile négociateur, une longue période de formation sur le tas y ayant pourvu.

    
Un guerrier ébrié danse lors d’un festival dans le quartier d’Anono, à Abidjan, en 2012.
Crédits : SIA KAMBOU / AFP


Pour autant, plus que des Abidjanais, on trouve ici des Ebrié d’Abidjan, attachés à leurs villages et à leurs traditions, non seulement parce que ce sont leurs traditions, mais aussi parce que ces dernières affirment leur distinction et les posent comme différents auprès des autorités et des autres citadins ; histoire de renforcer le pouvoir local de négociation. Les villages vivent intensément, jusqu’à organiser des répétitions de Jean-Sébastien Bach dans l’église protestante de Blokosso. Comme autrefois, une unique rue structure l’ensemble, à un bout une église, à l’autre le cimetière, sur les bords la chefferie et le foyer des jeunes, et de chaque côté d’étroits passages donnant accès aux cours des différents lignages matrilinéaires.

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Mais le décor cache une autre réalité. Les villageois ont troqué le poisson pour la rente foncière, un damier s’est greffé sur la voie centrale, les baux à construction préservent la détention coutumière du sol, tout en assurant la constitution du capital, les vieilles maisons basses ont parfois muté en immeubles de rapport, les nouveaux notables marquent leur réussite de parvenus dans de belles villas, les locations accueillent une population allogène, les églises sont devenues multiples. Les villages ébrié comptent désormais parmi les quartiers les plus denses d’Abidjan.
Attoban, quelconque mais tranquille
Entre deux bas-fonds inhospitaliers que les ruelles devenues sentiers ne franchissent pas, la voie principale suit la crête ; il n’y a pas meilleur moyen pour éviter les frais qu’entraîne la construction de ponts. Vers le sud, le réseau métropolitain, sur lequel tous se raccordent au carrefour Riviera 2 ; dans l’autre sens, les banlieues que seuls connaissent ceux qui ont quelque chose à y faire, Angré et Abobo. Akwaba (« bienvenue ») à Attoban, quartier quelconque entre tous ! Sur la rue de crête, les flux ne tarissent jamais, garantissant l’animation, promettant la clientèle aux maquis (restaurants de rue), aux boutiques et aux multiples marchands et vendeuses, assurant le taxi à ceux qui en ont besoin, mais n’accordant à aucun passant la quiétude d’une marche paisible.
Pour ceux qui s’en lamenteraient, les ruelles offrent plus de tranquillité, sans prémunir contre l’absence de trottoirs, la boue, le déversement sur la chaussée des eaux usées, les ordures résiduelles auxquelles personne ne fait attention, les nids-de-poule gorgés par la dernière pluie et les automobilistes égarés sûrs de leur bon droit. Plusieurs lotissements privés, de maisons pourtant modestes, se protègent des nuisances de la ville par des grilles ; la seule présence de ces clôtures, même jamais fermées, semble conjurer la plupart de ces désagréments. Au centre du quartier, trônent l’église catholique et sa vaste parcelle, sans doute héritage de leur antériorité. Animation permanente assurée, à travers les cérémonies, les répétitions de la chorale et les dévotions à la grotte de Lourdes ! Les autres églises, arrivées plus tard, doivent se contenter de positions marginales, en bordure des bas-fonds.
Mais Attoban, comme tout quartier qui se respecte à Abidjan, vit d’abord par ses maquis. Ils longent la rue principale, mais tiennent également quelques points stratégiques, à l’intersection de ruelles passantes. Un maquis, c’est l’alliance d’un bar en plein air, parfois couvert d’un simple toit, et de femmes cuisinières spécialisées dans tel ou tel plat, qui installent grill et matériels sur le trottoir. Ici, les poulets, là les poissons ; à côté, les alloco (tranches de bananes plantain frites), juste après l’attiéké (farine de manioc), peut-être ensuite l’igname. « Voulez-vous un demi-poulet ? Je m’en occupe ; mais si vous souhaitez de l’alloco ou un poisson, je m’arrange avec les voisines. » 

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La commande est passée, vous vous installez au bar, la bière vous fera patienter, puis on vous apportera votre plat sur une assiette avec une fourchette. Les puristes mangent avec les mains. Dans le maquis, il y a plusieurs entreprises, les caisses sont séparées, mais le réseau fonctionne à merveille. Une curieuse envie d’omelette nous prit un jour. On nous désigna vaguement un ensemble d’étals et de petites boutiques, desquels aucune rangée d’œufs n’émergeait. Pas convaincus, nous posâmes la même question un peu plus loin, à une spécialiste des œufs durs ; les réponses convergeaient avec les premières. « Allez chez Diallo ! » Nous prospectâmes alors le petit groupe de boutiques. Aucune affiche n’identifiait Diallo. Mais, derrière un comptoir, il y avait un fourneau, une poêle et la possibilité d’acheter un sandwich à l’omelette. Il ne nous restait plus qu’à nous installer au bar d’à côté.
Le cauchemar d’Adjamé
Comme le train propose des fréquences raréfiées, des horaires incertains et des prix prohibitifs, son succès est limité. Pour la masse des voyageurs, le passage par la gare routière d’Adjamé s’impose. A la jonction du réseau métropolitain et du réseau national, y a-t-il lieu plus important à Abidjan, après l’aéroport ? Mais dans la tête de celui qui y parvient pour la première fois germe la crainte d’un traquenard. Dès la sortie de l’autoroute, le taxi s’enferre dans des bouchons dantesques, s’engage finalement sur des chaussées défoncées, parfois des ruelles, tachées d’huiles de vidange, en partie squattées par des étals de toutes sortes entassés les uns sur les autres, entre lesquels slalome une foule dense de chalands chargés de ballots, de brouettes convoyant des bagages, de vendeurs ambulants de tout et n’importe quoi, de jeunes en guenilles à la recherche de quelque opportunité, de rabatteurs plus néfastes qu’utiles.

    
Le rond-point Liberté d’Adjamé, à Abidjan.
Crédits : Wikimedia Commons


En arrière de ces tabliers, parfois sans espace libre entre les kiosques qui les flanquent et les stocks entreposés sur le trottoir, une succession ininterrompue de commerces défile devant la lente progression du taxi, un commerce toutes les deux minutes quand tout se passe bien, une quincaillerie, un grossiste en grains, un vendeur de tuyaux, un bazar, une boutique de téléphones, un grossiste en matériel électrique, une pharmacie… Ici, l’Hôtel de la gare promet « cadre agréable, propreté, sécurité ». Pour mener son client à bon port, le chauffeur entre dans le terrain vague appelé « gare routière », en fait l’une des multiples gares routières de sociétés dont la coalescence est censée former la gare routière d’Adjamé. Le taxi avance jusqu’aux cars, dispute la place à ceux-ci, aux bagages qui attendent l’embarquement, aux passagers qui en sortent, aux employés qui tentent de faire leur métier. 
Dans la gare routière de la compagnie de cars, il faut d’abord accéder aux guichets. Derrière les monceaux de colis qui rappellent que le trafic des passagers n’est pas dissocié de celui des marchandises, le voyageur trouve un bâtiment dont la salle d’attente ouverte sur les gaz d’échappement comporte deux petites ouvertures devant lesquelles s’allongent les files des clients. La fente du bas sert à passer l’argent, le judas du haut à apercevoir l’ombre du guichetier et à essayer de lui faire savoir la destination désirée. Il ne reste qu’à attendre un départ dont l’heure est à peu près connue et à profiter de l’environnement.

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La gare routière d’Adjamé a été installée sur un ancien cimetière, transformant un lieu répulsif en « hub » national. Installée à l’air libre, à l’exception des infrastructures modestes aménagées par chaque compagnie, elle est mitée de constructions diverses qui lui donnent un plan extrêmement irrégulier, composé de plusieurs cours de tailles diverses, entre lesquelles de quasi-rues forment autant d’entonnoirs. Tout est en terre battue argileuse, transformant la gare en fondrière à la première pluie, pour le plus grand bonheur des passeurs, qui monnaient le franchissement des lacs sur les parpaings et planches qu’ils ont opportunément disposés.
Espace indigne
Là où la cour est assez spacieuse, un dépotoir central fait figure d’aménité, il est tellement facile d’y jeter les rebuts qu’aucun service ne vient ramasser ! Il y a longtemps sans doute, un container avait été déposé ici ; désormais rempli à ras bord de déchets et débordant à souhait, il fait corps avec l’étang fétide dans lequel il s’est enfoncé. Comment peut-on penser qu’une ville qui a été prospère a pu laisser se développer un espace aussi indigne ? Il paraît que les syndicats des transporteurs, autrement dit la mafia des transporteurs, se sont opposés à tous les projets qui ont été élaborés. Gageons aussi que les intérêts du maintien en place sont énormes, du côté de tous ceux qui vivent du quartier. Cela n’exonère pas les hommes politiques et urbanistes des responsabilités qu’ils ne peuvent manquer d’avoir dans cet incroyable fiasco.

    
Entrée d’une gare routière dans le quartier d’Adjamé, à Abidjan.
Crédits : Flickr


Il reste au voyageur à quitter ces lieux infâmes. Le moteur du car ronronne depuis longtemps, climatisation oblige. Le haut-parleur annonce le prochain départ, la queue se forme devant la porte, puis chacun entre à la présentation de son ticket, après avoir apporté son bagage à la soute. Parfois, les places indiquées sur les tickets sont respectées. Les cars sont chinois, avec la particularité facétieuse que, la climatisation venant des coffres à bagages, il est impossible d’utiliser ceux-ci pour y entreposer les sacs.
Tout le monde est installé, le haut-parleur demande alors au chauffeur de prendre possession de son véhicule. Comme on le comprend, cet homme, de s’être mis à l’abri dans un lieu forcément plus sympathique que cette cour immonde ! Le car s’ébranle, fait une série de manœuvres délicates, tangue dans le relief heurté de la cour puis, plus difficilement encore que le taxi rouge, se fraie un passage au pas, plus souvent encore à l’arrêt, dans l’indescriptible cohue. L’autoroute n’est pas très éloignée, le Plateau non plus, mais chacun se demande quand finira le cauchemar d’Adjamé.
En route
« Voyez la photo, c’est une femme de Dieu, elle est Indienne. Ça, c’est sa sœur, elle habite à Treichville. Avec ses prières, elle a fait un savon qui lave de tous les mauvais esprits. Là, j’ai la clé USB. Si vous aviez la télé, je vous montrerai. Dedans, c’est le témoignage que tout cela est vrai. Vous vous lavez, vous passez le savon, vous faites une prière, c’est bon. Je ne suis pas un arnaqueur, je suis électricien-plombier. J’ai dit à mon patron que j’étais malade, mais c’était pour témoigner sur le savon. C’est très efficace et c’est 500 francs. Souvent, vous gaspillez l’argent, vous achetez 1 500 francs un poulet braisé ; là, ça sert à quelque chose et ça ne coûte que 500 francs. Eh vous !, le Blanc, c’est aussi pour vous, vous êtes un être humain, après tout. »
L’homme, jeune, a pris le contrôle du minibus. Les vendeuses, femmes et fillettes, se contentent timidement d’interpeller les voyageurs à la fenêtre pour proposer arachides et sachets d’eau potable ; Yadélo, Yadélo, crient-elles. Lui est monté dans le véhicule et harangue les passagers depuis l’avant. Courageusement, une femme achète le petit savon rosâtre, puis une autre et encore une autre, sans trop de commentaires ; enfin, un voyageur fait de même, suivi par d’autres hommes. En définitive, qui n’a pas acheté son savon ? Décidément, les Blancs ne sont pas comme tout le monde ! 
C’était à Issia, entre Gagnoa et Daloa (au centre-ouest du pays), à un carrefour populeux. Heureux intermède rompant un parcours douloureux, jambe gauche recroquevillée sur le passage de roue de ce minibus fatigué ! Le bonimenteur suppléait avantageusement aux vidéos assourdissantes de feuilletons ivoiriens dans lesquels l’homme se laisse honteusement dominer par son épouse ou sa maîtresse, avant de renverser la situation à la faveur de quelque événement imprévu. Là, le téléviseur avait sans doute rendu l’âme et la clientèle s’ennuyait. Secrètement requinquée par la confiance contagieuse du camelot, elle était prête pour la suite de l’épreuve. Un véritable service public, cet homme !
Traversée du Banco
Plus confortables que ce gbaka (minibus) de ligne secondaire, nonobstant leurs novelas (séries populaires) à l’ivoirienne, les cars tracent la route et s’arrêtent peu. Deux exceptions toutefois, pour charger les bananes plantains à destination d’Abidjan et pour répondre aux besoins urgents de gendarmes en mal de fins de mois. Heureusement, les mauvais souvenirs des bandouliers, en général d’anciens soldats de la rébellion, relèvent désormais du passé. La forêt défile donc sous les yeux du voyageur. Mais après la magnifique relique urbaine de la forêt du Banco d’Abidjan, c’est plutôt la déception. L’impression de grande forêt s’estompe vite, parfois au bénéfice des parasoliers de la forêt secondaire, le plus souvent au plus grand profit de plantations, tecks, hévéas, plus discrètement caféiers et cacaoyers.

    
Accident sur la route du nord d’Abidjan, qui rejoint Yamoussoukro en traversant la forêt du Banco, en 2018.
Crédits : ISSOUF SANOGO / AFP


A l’occasion, la route dévoile à l’ombre de celles-ci de médiocres agglomérations de maisons à toits végétaux, contrastant avec les revêtements en tôles des villages ; sans doute les demeures des ouvriers agricoles. Le statut de forêt classée, généreusement distribué aux alentours des indépendances, n’y change rien. L’accroissement naturel important combiné aux migrations depuis les pays soudanais, bref l’augmentation considérable des densités de population à laquelle il faut encore ajouter l’invasion par des bandes armées durant le temps des désordres, a eu raison de ces îlots officiellement protégés. On peut être sceptique sur les résultats à long terme des politiques actuelles de récupération de ces espaces, car seule l’industrialisation pourrait réellement sauver la forêt. Nuançons toutefois le désastre écologique : avec les plantations, l’arbre remplace l’arbre, même si la biomasse et la biodiversité ne sont pas les mêmes.
Plus au nord, en pays baoulé, cimetières et métiers à tisser font leur apparition, tandis que le rônier s’impose parmi les arbres, dans des peuplements végétaux qui font hésiter entre forêt et savane. Honneur à l’essentiel : les cimetières s’étirent le long de la route, comme s’il fallait montrer à tous le prestige de la famille et son aisance. Toujours en béton carrelé, les tombes prennent parfois des formes spectaculaires, avec grillage, photographie porcelaine du défunt, voire petite maison à la façade ouverte sur la route. Les tisserands apportent une touche industrieuse aux villages traversés. Assis à l’intérieur de leurs petits échafaudages de bois qui constituent leur métier, ils ont devant eux les interminables fils de chaîne, qui donneront de longues bandes de coton d’une dizaine de centimètres de large et qui, cousues ensemble, formeront de magnifiques bogolans.
A Grand-Bassam, l’océan enfin
Par bonheur, on accède à Grand-Bassam (au sud-est d’Abidjan) depuis une gare routière située dans le quartier de Treichville, presque calme et organisée en comparaison de celle d’Adjamé. Premier établissement européen sur les rivages ivoiriens, Grand-Bassam fut durant sept années la première capitale de la colonie française, à la toute fin du XIXe siècle. Ce bref épisode se termina tragiquement par une épidémie de fièvre jaune, et si la capitale fut transférée pour cela à Bingerville en attente d’Abidjan, Grand-Bassam conserva encore durant quelques dizaines d’années l’essentiel des administrations territoriales.

    
Sur la plage de Grand-Bassam, en Côte d’Ivoire, en mars 2017.
Crédits : ISSOUF SANOGO / AFP


Le court voyage à Grand-Bassam, quarante-trois kilomètres depuis Abidjan, permet enfin de voir l’Océan, caché dans la grande ville par une barrière industrielle. Même le canal de Vridi, dont l’ouverture transforma en enjeu majeur le site sans intérêt d’Abidjan, reste aux yeux de la plupart des visiteurs un mythe ou une inconnue. Mais le littoral, avec ses embruns et l’inévitable corrosion, est-il réellement attractif pour une ville ? Grand-Bassam, installé entre mer et lagune, en bordure de plage, a fait historiquement le choix opposé de celui d’Abidjan, mais les extensions actuelles se tiennent prudemment au nord de la lagune, s’étirant à n’en plus finir en direction de la capitale économique. Les terrains sont vendus, les murs commencent à monter, les lotissements se multiplient, tandis que le marché artisanal, interminable et tout en longueur, tente d’arrêter le flot des touristes, s’ils existent, avec ses figurines en bois tirées des héros de Walt Disney.
« Regardez, les indigènes et les colons jouent ensemble à un drôle de jeu qui ressemble au polo. Mais, sur la photo suivante, vous voyez la violente répression qui s’est abattue sur les Abbey révoltés lors de la construction du chemin de fer. »
Le conservateur du musée nous fait les honneurs du magnifique Palais du Gouverneur, grande bâtisse coloniale dont la pièce principale semble être la coursive qui en fait le tour. Un siècle en arrière : telle est la magie de Grand-Bassam. Les collections sont pauvres, en partie héritage de décennies d’abandon, puis des pillages ; mais le bâtiment, campé au centre d’un jardin magnifié par un palmier Ravenala, donne un aperçu du rudimentaire confort matériel et de l’excellent confort thermique de l’époque. Le squelette métallique, importé en kit de métropole, ménage des cachettes dans les encoignures des portes ; le gouverneur pouvait s’y réfugier en cas de problème, puis de là, grâce une échelle, soit se retirer sur la terrasse, soit fuir par les pièces de service du rez-de-chaussée. L’objectif était sans doute moins d’échapper à l’émeute que d’attendre sagement la fin de la flambée de colère ; derrière la toute-puissance apparente du pouvoir, sa modestie réelle. 
Il nous reste à flâner entre la plage océane bordée de cocotiers et les jacinthes d’eau qui glissent en va-et-vient sur la lagune au gré de la marée. L’activité touristique ne s’est pas remise de l’attentat perpétré à l’Étoile du Sud le 13 mars 2016. Plus assoupi que jamais, le quartier France abandonne aux moisissures de nombreux bâtiments vénérables. Les grands arbres ont pris la place laissée vacante par le toit du vaste Hôtel de France, les parasoliers sortent par les fenêtres éventrées de la belle Maison Ganamet. Il y avait un wharf, il n’en reste qu’un pieu. Il y a toujours un phare, qui n’éclaire plus.



Quelques édifices tiennent le coup, que leur entretien ait été minimal ou exceptionnel. Les claustras omniprésents, en bois ou en maçonnerie, les longs balcons, les arcades à piliers ou colonnes des commerces, une terrasse recouverte d’un large toit monté sur piliers, les manguiers centenaires, tout témoigne du savoir-vivre des premiers colons. Et fait contrepoint aux nombreux signes de la rudesse de l’époque : un monument et des plaques aux victimes de la fièvre jaune, un autre pour célébrer le souvenir d’un explorateur-administrateur célèbre mort à 30 ans.
Au fond du quartier France, là où la rue troque le bitume pour un sol nu, commence le quartier N’Zima, des autochtones restés près de leurs nouveaux maîtres. Les bateaux de pêche et les enclos de cochons évoquent d’autres activités, à côté de maisons basses, sommaires et anciennes. Mais les raisons de subsister du quartier France sont minces, surtout en étiage touristique. Quelques ateliers d’artistes et pied-à-terre associatifs ne nourrissent pas leur ville. La mémoire non plus, et pourtant que cette ville en est riche ! Marquée par la première phase de la colonisation, elle l’est aussi par les prémices de l’indépendance. Tout ici rappelle une manifestation de femmes venues d’Abidjan pour réclamer la libération de leurs maris prisonniers. C’était en 1949. Le pont de la Victoire, où elles se heurtèrent à l’armée, le Palais de Justice où le procès eut lieu, le monument des Dames glorieuses de la place de la Paix, la fresque du bâtiment en ruines de la Société commerciale de l’Ouest africain. C’était hier, c’est le passé. Plus prosaïquement, Grand-Bassam survit aujourd’hui comme grande banlieue d’Abidjan.
Yamoussoukro, la folie des grandeurs
« Le président Houphouët-Boigny a toujours voulu montrer ce qu’un homme noir était capable de faire. L’agriculture et l’éducation ont été ses deux grandes réussites. Mais à Yamoussoukro, qui était son village, il a voulu une ville à la mesure d’un pays moderne. Le projet aurait requis une génération. Malheureusement, ce dessein a été trahi par la baisse des prix du cacao. Gbagbo a essayé de continuer, Ouattara a arrêté par manque d’argent. »
Le secrétaire général de la Fondation Félix-Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix n’en finit pas de son panégyrique. Mais il est payé pour cela.
« Houphouët-Boigny était panafricain ; à l’époque, tous les étrangers avaient le droit de vote. Il a sacrifié les Baoulé, son propre peuple, il ne voulait pas de népotisme, il a fait de la discrimination positive en faveur du nord. »
Notre interlocuteur déplore le temps de la discorde, il regrette que sa fondation n’ait pu jouer un rôle effectif dans les efforts de paix. Aujourd’hui, l’ensemble de la dotation passe dans l’entretien du bâtiment. Il est vrai que 40 hectares de terrain, en partie traités en jardin à la française, 60 000 mètres carrés bâtis, 7 000 mètres carrés de verrières, en font un véritable mastodonte, même à Yamoussoukro, ville de démesure. Mais pour quoi faire ? Il y a un prix annuel, qui anticiperait souvent le prix Nobel de la paix. Il y a deux départements de recherche, avec une revue, mais seulement des chercheurs associés. Il y a cinquante salariés, mais une bibliothèque indigente, dont seuls quelques rayonnages sont remplis, d’ailleurs sans grande compétence documentaire.

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Le dernier étage sert de pied-à-terre aux institutions étatiques quand elles se hasardent dans la capitale officielle du pays. On peut y voir la salle du Conseil des ministres et le bureau du président. Au rez-de-chaussée, l’immensissime hall d’entrée abrite une belle exposition de photographies sur le président-fondateur, ainsi que sa statue en compagnie du boigny, le bélier. Il voisine avec une salle de conférences de 2 500 places, tout en bois du Gabon, du Brésil et de France, trois continents réunis. Le compte n’y est pas, l’ascenseur ne nous a pas arrêtés aux premier et deuxième étages. Nous apprendrons plus tard que faute d’un usage adéquat envisageable, le district de Yamoussoukro a été appelé à la rescousse pour occuper les lieux ; une administration locale pour renflouer un bâtiment à vocation nationale et internationale, la crise est palpable.
Yamoussoukro apparaît dans son immensité depuis le balcon de la fondation : au centre la préfecture, à gauche la basilique, à droite l’Hôtel Président, le tout disposé en croix – nous fait remarquer notre guide. Les initiales de ces quatre colosses, P-F-H-B, sont également celles du président Félix Houphouët-Boigny. Certes ! Mais fonde-t-on une cité en dispersant ses bâtiments symboliques sur plusieurs kilomètres, au risque que la ville ne les rejoigne jamais ? Le projet du président-fondateur a manifestement souffert de la folie des grandeurs typique de son époque, sans considération pour les aléas que réserve toujours l’avenir.
Que dire de la basilique Notre-Dame-de-la-Paix ? On comprend le trouble, peut-être l’effarement, du pape Jean-Paul II quand Houphouët-Boigny lui offrit en cadeau ce géant de 100 mètres de diamètre, 106 mètres de hauteur sous coupole, 7 400 mètres carrés de verrières, planté au milieu d’un domaine de 130 hectares, le tout susceptible de contenir 2 000 personnes assises et 130 000 pèlerins. Des foules difficiles à rassembler, sauf en cas d’événements majeurs, dans une ville déjà bien pourvue en édifices religieux. Houphouët eut beau arguer que le sol avait été soustrait à sa cocoteraie familiale, que les travaux avaient été financés par sa fortune personnelle, que l’investissement versaillais de Louis XIV avait servi aux générations futures, le symbole était trop énorme pour un pays en développement confronté à de tout autres besoins. Le pape demanda qu’un hôpital soit construit au bénéfice de la population locale. Il existe à côté de la basilique, il serait en service, mais ni présence, ni activité n’y étaient perceptibles à notre passage.

    
Des bergers font paître leurs troupeaux au bord du lac qui sépare la basilique Notre-Dame-de-la-Paix et le quartier populaire de Dioulabougou de Yamoussoukro.
Crédits : ISSOUF SANOGO / AFP


La basilique bat sans doute quelques records du monde, mais certainement pas celui de l’église la plus grande ; son plan circulaire ne le permet pas. L’inspiration est très romaine : la colonnade simule celle du Bernin, la coupole, le baldaquin et quelques statues comme la Piéta rappellent furieusement la basilique Saint-Pierre. Comme les lustres sont de Murano et les vitraux de France, on dirait qu’à l’exception de quelques statues réalisées localement, quoique parfois copiées de modèles extérieurs, rien n’est ivoirien. Si les colonnes les plus minces soutiennent l’édifice, les plus grosses camouflent les réseaux techniques, dont les ascenseurs qui donnent accès aux terrasses et à la balustrade. De là-haut, avec la ville en décor de fond, l’endroit est idéal pour présider les manifestations de masse ; à condition qu’il y en ait. On sort de là perplexe sur un éventuel coup de cœur que l’on aurait pu ressentir. J’avoue que l’ensemble verrier est beau, avec divers épisodes des Evangiles associés selon l’orientation aux quatre éléments – eau, terre, feu et air – et à quatre couleurs dominantes. Le vitrail de la coupole impressionne peut-être le plus, avec ses carreaux filiformes dont les couleurs de plus en plus chaudes convergent vers la colombe sommitale.
La démesure découla de la trop grande habileté du « Vieux », qui convainquit les grandes familles de Yamoussoukro, dont la sienne, d’abandonner leurs terres et de quitter les lieux. A-t-on déjà vu purge plus enthousiaste de ses propres droits coutumiers ? Le foncier disponible, presque infini, permettait tous les excès. La fondation et la basilique ne sont que des cas emblématiques. Au fil de quelques rues de trente mètres, parfois doublées de larges contre-allées en partie conquises par la végétation, voici la grande mosquée, réalisation précoce et personnelle du premier chef de l’Etat ; puis l’Hôtel Président, le principal signal urbain avec son restaurant panoramique largement surplombant ; puis la maison du PDCI, le parti de Houphouët-Boigny, qui aurait pu abriter un parking de supermarché et qui a été détruite pendant le conflit ; ou encore le colossal Hôtel des Parlementaires, conçu pour les députés et transformé en lieu d’hébergement de luxe après réhabilitation par les Chinois.

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Très loin de là, l’Institut national polytechnique déploie ses trois campus voulus par Houphouët. Si Yamoussoukro a réussi à devenir quelque chose, c’est bien une ville universitaire, mais une ville universitaire conçue à l’échelle de l’Afrique de l’Ouest, quasiment réduite désormais à la Côte d’Ivoire et qui flotte dans ses vêtements trop larges. On est presque rasséréné de retrouver un peu de vie au pied des quelque 3 000 hectares du palais présidentiel, sous la forme des crocodiles sacrés apparemment bien nourris qui ont recueilli, paraît-il, l’âme du grand Ancêtre.
Il faut chercher dans les interstices pour découvrir la vie urbaine. Loin des boulevards bitumés accaparés par les troupeaux de moutons, quelques rues enchantent par la faible circulation automobile et la largeur des trottoirs, qui permet aux maquis de s’étaler à leur aise. Cela ne suffit pas à faire une capitale. En ce sens, Yamoussoukro est une fiction. A moins d’une improbable reprise du rêve de Houphouët, la nouvelle capitale finira dans l’oubli. Un destin bassamois, sans la proximité d’Abidjan ?
Bouaké, capitale des rebelles
Surtout, ne le dites pas aux Bouakéens, ils n’aiment pas qu’on leur rappelle cet épisode de leur histoire ! Les Nordistes tenaient la ville et les factions avaient coupé le pays en deux. Les pillages ont alors fait plus de mal que les bombardements, il était tellement tentant de profiter de la confusion pour récupérer des tôles sur les toits ! Les Français, si nombreux avant la crise, sont presque tous partis, vendant précipitamment leurs biens aux Libanais ; eux sont restés et détiennent aujourd’hui de nombreuses affaires. Plusieurs institutions officielles s’étaient repliées sur Abidjan, et aussi beaucoup de cadres. Les ateliers baoulés, célèbres pour leurs poteries et leurs tissus, avaient aussi déserté Bouaké.

    
Dans le centre-ville de Bouaké, en juin 2018.
Crédits : ISSOUF SANOGO / AFP


Depuis, la reprise est timide. Certes, quelques bâtiments d’Etat ont été réhabilités, mais les besoins restent énormes. L’université a rouvert ses portes, mais l’administration serait encore à Abidjan, de même qu’une partie du corps enseignant. On ne voit aucun chantier de construction et la relative abondance des motos neuves montre que l’argent n’est plus suffisant pour acheter des voitures. Dans la deuxième ville du pays, dont on ignore si elle a dépassé le million d’habitants ou perdu des habitants, l’ambiance surannée du centre repose l’Abidjanais de passage. Les immeubles d’un étage dominent toujours le damier carré, et parfois les fers à béton attendent patiemment des jours meilleurs sur la terrasse du rez-de-chaussée. Une initiative intéressante a fait peindre de couleurs les boutiques du quartier ; mais il en faudra plus pour relancer l’activité. 
Pourquoi donc le régime du président Ouattara, qui prône ouvertement la réconciliation nationale et qui, de plus, est issu de la rébellion, oublie-t-il aujourd’hui la ville qui tint tête à Abidjan ? De toutes les régions du pays, les récriminations pleuvent. Pour les gens du Sud, on n’investit que dans le Nord ; pour ceux du Nord, seul le Sud compte dans les préoccupations étatiques actuelles. Au nord, il paraît que l’on a beaucoup financé à Korhogo et dans les infrastructures, très en retard depuis les origines. En ce qui concerne Bouaké, la rumeur évoque Guillaume Soro et une disgrâce insidieuse. L’ancien chef de la rébellion, plus tard premier ministre d’Alassane Ouattara, aujourd’hui président de l’Assemblée nationale, resterait l’homme fort de Bouaké, alors que montent les accusations à son encontre, tant pour les exactions commises pendant les affrontements, que de la part des justices burkinabé et française. Comme investir à Bouaké serait vu aujourd’hui comme un soutien à Soro, rien ne se passe et l’écart ne cesse de s’agrandir entre Abidjan et la grande ville du Nord.

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Du moins Bouaké est-elle riche en surnoms. On l’appelle la « ville Cédéao », en regard des nombreuses nationalités d’Afrique de l’Ouest que l’on y croise, ou de manière plus provocante la « deuxième capitale du Mali ». L’ivoirité fait mauvais ménage avec Bouaké. Quand les Français s’installèrent, les autochtones baoulé reculèrent. Privé des Baoulé, le poste administratif se laissa entourer de Dioula, des commerçants musulmans de diverses ethnies issues du Nord, Mali et Haute-Volta compris, qui trouvaient auprès des colons la paix nécessaire au commerce.
Les Français récompensèrent leur fidélité, dit-on, en construisant la grande mosquée. Parmi eux, Djibo Sounkalo, dioula de Mauritanie, fut longtemps l’homme en vue de Bouaké et pendant plus de vingt ans son maire, le maire de l’indépendance, après avoir bourlingué dans toute l’Afrique de l’Ouest. Sa forte personnalité a laissé un grand souvenir ; de lui, on chuchote que tout lui appartenait et devait lui appartenir. Mais c’est pour rassembler ses concitoyens de diverses origines qu’il institua un carnaval, qui renaît aujourd’hui après les affres de la division. Sa famille reste puissante et l’actuel maire est son fils.

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A Bouaké, la voie ferrée marque les paysages plus que les activités. Au nord, la majeure partie des quartiers d’habitation, au sud, le cœur de la ville ; à l’ouest, les grandes parcelles des entrepôts, des services et des écoles, plus loin l’université Alassane-Ouattara, le long de l’imposante route de Béoumi. Avantage au nord ; c’est dans cette direction que la ville a poussé, attirée par les usines textiles Gonfreville, par l’aéroport, mais surtout par les régions d’origine des habitants. Curieusement, au sud, le centre-ville, prolongé par les vastes parcelles des administrations régionales, touche presque au front urbain. La grande affaire de Bouaké est au nord.
Si les investissements immobiliers sont en panne, l’étonnant et immense marché colonise les franges des îlots disponibles, s’allonge le long de toutes les voies, comble les interstices, franchit la limite des trottoirs, empiète sur les chaussées et cerne même le mur de la préfecture. Aux taxis rouges de se débrouiller pour passer d’une moitié de la ville à l’autre, entre vendeurs, charrettes et chalands. Le marché déborde même quelque peu du côté sud, profitant de toutes les opportunités, cernant par exemple un immeuble abandonné depuis les pillages.

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Partout, les étals se sont installés sur des tables en bois, sous des parasols de toiles ou de plastique. La nuit, tandis que le quartier Commerce a sombré dans la torpeur dès la fin du jour, les bruits de fond et les klaxons n’ont de cesse au loin, en provenance du marché. Il y eut jadis un marché couvert ; comme souvent en Côte d’Ivoire, il a brûlé, sans doute un court-circuit tellement les fils sont enchevêtrés ; il n’a jamais été reconstruit. Seul subsiste le marché de gros, non loin de là, essentiel pour le ravitaillement d’Abidjan. Mais pour le reste, la densité des vendeurs fait obstacle à toute restructuration des lieux ; la densité de l’informel a force de loi. Et Bouaké reste le grand entonnoir du Nord, en route vers Abidjan. De Bouaké aussi, Abidjan reste la grande ville et la capitale.
Jean-Luc Piermay est géographe et professeur émérite de l’Université de Strasbourg. Cet article a été publié dans le numéro 263-264 de la revue Afrique Contemporaine, partenaire du Monde Afrique, intégralement consacré à la Côte d’Ivoire.


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-2"> ¤ Plus de quarante ans après les accords d’Helsinki, le 1er août 1975, le président russe a opté pour la capitale finlandaise pour rencontrer son homologue américain.
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Rencontre Trump-Poutine : le choix symbolique d’Helsinki

Plus de quarante ans après les accords d’Helsinki, le 1er août 1975, le président russe a opté pour la capitale finlandaise pour rencontrer son homologue américain.



Le Monde
 |    15.07.2018 à 15h30
 • Mis à jour le
15.07.2018 à 17h04
    |

            Marc Semo








                        



   


A vol d’oiseau par-dessus les eaux du golfe de Finlande, moins de 300 kilomètres séparent Helsinki de Saint-Pétersbourg. Vladimir Poutine, qui est né et a mené une bonne partie de sa carrière dans l’ex-Leningrad, vient donc à Helsinki en voisin. Le choix de cette ville pour sa rencontre avec Donald Trump, lundi 16 juillet, est plein de réminiscences « fleurant bon » la guerre froide.
A l’époque, le mot « finlandisation » signifiait, dans le jargon des relations internationales, une neutralité contrainte, voire une quasi-liberté surveillée pour un pays partageant 1 300 kilomètres de frontières avec la défunte Union soviétique. La Finlande est désormais membre de l’Union européenne et elle se rapproche de l’OTAN, inquiète des visées agressives de son puissant voisin, sans pour autant avoir osé jusqu’ici franchir le pas.

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Etrange choix de la part de l’homme fort du Kremlin que celui de la capitale finlandaise. En 1990, elle hébergea le dernier sommet américano-soviétique entre George Bush et Mikhaïl Gorbatchev. Un an plus tard, l’URSS s’effondrait. Ce fut un traumatisme fondateur pour l’ex-officier du KGB qui n’eut de cesse, une fois devenu président, de vouloir rendre son rang à la Russie. « Celui qui ne regrette pas l’URSS n’a pas de cœur », aime-t-il à répéter, tout en précisant que celui qui veut la refaire comme elle était « n’a pas de cerveau ».
Moment-clé de la guerre froide
La capitale finlandaise est surtout le symbole d’un moment-clé de la guerre froide, avec la signature des accords d’Helsinki, le 1er août 1975, paraphés aussi par Gerald Ford et Leonid Brejnev, à l’issue de deux ans de Conférence sur la coopération et la sécurité en Europe, réunissant 35 pays. Tous les Européens de l’Ouest et de l’Est, à l’exception de l’Albanie – alignée à l’époque sur Pékin –, ainsi que les Etats-Unis et le Canada étaient autour de la table, et tous signèrent « l’Acte final ».

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« La Conférence avait été voulue par les Soviétiques pour entériner le statu quo de la division de l’Europe et les frontières de 1945, mais ils acceptèrent sous la pression des Occidentaux un troisième panier sur les droits de l’homme estimant qu’il n’aurait pas de conséquence. Or, ce fut le début du processus qui entraîna la dislocation du bloc soviétique », relève Thorniké Gordadzé, enseignant à Sciences Po Paris. L’Acte final d’Helsinki devint en effet une base de référence pour les dissidents des pays du glacis qui, malgré les emprisonnements et la dépression, s’engagèrent dans ce combat en rappelant à Moscou ses engagements et sa signature.
Un échec pour Moscou
« Alors comme aujourd’hui, le Kremlin voulait à la fois conforter sa zone d’influence et diviser les Occidentaux », souligne M. Gordadzé. Mais ce fut un échec pour Moscou. Une bonne partie des travaux se polarisèrent sur les questions des frontières, de leur « intangibilité » comme le voulaient les Soviétiques, ou de leur « inviolabilité » comme le souhaitaient les Occidentaux. La différence sémantique est essentielle. Dans le premier cas cela signifiait qu’elles ne pourraient jamais bouger, dans le second que c’était possible à condition que cela se fasse avec l’accord de toutes les parties. Ce fut mot retenu. Cela permit en 1990 la réunification de l’Allemagne. Jusqu’ici, le seul pays signataire qui a remis en cause ce principe est la Russie de Vladimir Poutine qui, au printemps 2014, annexa par la force la Crimée après l’arrivée au pouvoir en Ukraine d’un gouvernement réformiste pro-européen.

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A l’époque, en 1975, les Occidentaux avaient su faire bloc. Aujourd’hui, Vladimir Poutine mise sur les divisions entre l’Europe et les Etats-unis attisées par le président américain. L’homme fort du Kremlin n’est pas superstitieux et compte bien faire de la rencontre d’Helsinki un moment de revanche.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-3"> ¤ Les six premiers mois de l’année 2018 ont été les plus meurtriers pour les civils afghans, depuis le début des bilans établis par l’agence de l’ONU dans le pays.
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Afghanistan : 1 700 civils tués au cours du semestre le plus meurtrier depuis 2009

Les six premiers mois de l’année 2018 ont été les plus meurtriers pour les civils afghans, depuis le début des bilans établis par l’agence de l’ONU dans le pays.



Le Monde
 |    15.07.2018 à 12h11
 • Mis à jour le
15.07.2018 à 13h17
   





                        



   


Mille sept cents civils ont été tués en Afghanistan au cours des six premiers mois de l’année, pour la plupart dans des attentats du groupe djihadiste Etat islamique (EI), le pire bilan en dix ans, selon l’ONU. Au total 5 122 victimes, morts et blessés, ont été enregistrées sur ces six mois, dont la moitié (52 %) dans des attentats attribués à l’EI.
En dépit de trois jours de cessez-le-feu en juin entre talibans et forces gouvernementales, la période du 1er janvier au 30 juin s’avère la plus meurtrière depuis que la Mission d’assistance des Nations unies à l’Afghanistan (Manua) a commencé à compter les victimes civiles, en 2009, selon son bilan semestriel, publié dimanche 15 juillet.
La capitale, Kaboul, et la province du Nangarhar, dans l’Est, ont été les plus touchées. Dans le Nangarhar, le nombre de victimes civiles a pratiquement doublé en un an (304 morts, 607 blessés) du fait des attentats, y compris durant le cessez-le-feu, dont l’EI était exclu.
Le 30 avril avait été particulièrement meurtrier. Un double attentat-suicide au siège du renseignement afghan dans la capitale avait fait vingt-cinq morts, dont neuf journalistes accourus pour couvrir une première explosion. Parmi eux, le chef photographe de l’AFP Shah Marai.

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La préparation des élections législatives d’octobre, les premières depuis 2010, s’accompagne de violences supplémentaires, relève l’ONU : 117 personnes ont été tuées et 224 blessées dans des attentats contre les centres d’inscription sur les registres électoraux, ouverts le 14 avril.
Opérations aériennes
Les talibans, qui ont observé la trêve de l’Aïd-El-Fitr avec le gouvernement du 15 au 17 juin, sont responsables de 40 % des morts sur les six derniers mois. Dans ce conflit qui s’éternise — près de quarante ans au total, dont dix-sept depuis l’arrivée des Américains, en octobre 2001 —, les attentats constituent désormais le principal danger pour les civils. Les combats terrestres n’arrivent qu’au deuxième rang des causes de mortalité et de blessures dans la population, en baisse de 18 % sur la période.

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« Le bref cessez-le-feu a prouvé qu’il est possible d’arrêter les combats et que les civils afghans n’ont pas à subir plus longtemps les brûlures de la guerre », a déclaré Tadamichi Yamamoto, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU, commentant le rapport.
Pour la Manua, l’expansion des opérations aériennes a également entraîné une très forte augmentation du nombre de victimes civiles dues aux bombardements aériens — en hausse de 52 % — comparé à la même période l’an dernier, avec 149 morts et 204 blessés civils. Plus de la moitié de ces victimes (52 %) sont attribuables aux forces aériennes afghanes et 45 % aux avions américains, les seuls de la coalition occidentale conduite par l’OTAN à mener des opérations.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-4"> ¤ Angela Hernandez est restée une semaine sur une crique rocailleuse au pied des falaises de la côte pacifique après un accident de voiture.
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Survivre sept jours après une chute de 70 mètres grâce au radiateur de sa voiture

Angela Hernandez est restée une semaine sur une crique rocailleuse au pied des falaises de la côte pacifique après un accident de voiture.



Le Monde
 |    15.07.2018 à 11h43
 • Mis à jour le
15.07.2018 à 12h36
   





                        



   


Au volant de sa Jeep Patriot, Angela Hernandez longe le Pacifique sur la Highway 1. C’est un long périple qui attend la jeune femme de 23 ans, partie de Portland pour rejoindre, quelque 1 500 kilomètres plus loin, sa famille dans le Sud californien, à Lancaster.
A 10 heures du soir, le jeudi 5 juillet, cette native de l’Oregon envoie un message à ses proches disant qu’elle est fatiguée et qu’elle va faire une pause juste après San Francisco, à hauteur de la petite station balnéaire de Half Moon Bay, un bijou de côte sauvage bien connu des surfeurs. A 8 heures le lendemain matin, la jeune femme signale reprendre la route. Puis, plus rien. Invariablement, les coups de fil échouent sur sa messagerie.
Ses proches donnent l’alerte. Mobilisée, la police commence à enquêter sur cette disparition. La vidéo de surveillance d’une station-service montre le véhicule d’Angela Hernandez sur les routes du comté de Monterey à 9 heures 30. Mais un épais brouillard qui s’accroche à la côte empêche de mener des recherches approfondies. Les hélicoptères sont cloués au sol, les médias locaux s’alertent, le hashtag #findAngelaHernandez est en tendance sur Twitter, et une prime de 10 000 dollars est promise à qui aidera à retrouver la jeune femme.
Ce n’est qu’en début de soirée vendredi 13 juillet que la police reçoit un appel. Au pied des falaises de grès sombre, un couple de randonneurs entend des appels à l’aide. Quelques minutes plus tard, ils aperçoivent un véhicule blanc à moitié immergé, puis, trente minutes plus tard, tombent nez à nez avec la jeune fille disparue. Les secours se précipitent sur la crique rocailleuse où la miraculée patiente depuis sept longues journées.
Angela Hernandez est consciente, miraculeusement blessée seulement à l’épaule. Elle souffre aussi d’un léger traumatisme crânien. La jeune femme raconte avoir perdu le contrôle de sa voiture en voulant éviter un animal. Un geste qui l’a fait chuter de plus de 70 mètres, dans les flots furieux du Pacifique.
Durant sept jours, elle a survécu sans nourriture, accédant à de l’eau en « démontant une partie du radiateur de sa voiture pour l’utiliser comme siphon », a expliqué la police lors d’une conférence de presse, samedi 14 juillet. « C’est d’habitude la chute du véhicule qui est mortelle, ou bien une mort par noyade une fois le véhicule tombé dans l’océan. C’est un miracle qu’elle ait survécu aux deux. » 
La jeune femme a finalement été évacuée par les airs jusqu’au Twin Cities Community Hospital de Templeton.

Angela is on her way to the hospital. https://t.co/xwH9tBG3ji— MCoSheriff (@Monterey Co Sheriff)


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-5"> ¤ Andrew Griffiths, parlementaire depuis 2010, a présenté ses excuses à sa femme et à sa famille, ainsi qu’au gouvernement et à la première ministre, Theresa May, dont il fut directeur de cabinet.
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Un ministre britannique démissionne pour avoir harcelé sexuellement deux femmes

Andrew Griffiths, parlementaire depuis 2010, a présenté ses excuses à sa femme et à sa famille, ainsi qu’au gouvernement et à la première ministre, Theresa May, dont il fut directeur de cabinet.



Le Monde
 |    15.07.2018 à 09h45
 • Mis à jour le
15.07.2018 à 10h09
   





                        


Il s’est dit « profondément embarrassé ». Andrew Griffiths, le ministre des petites et moyennes entreprises britannique, a démissionné, vendredi 13 juillet, après que le Sunday Mirror eut révélé quelques-uns des deux mille messages à caractère sexuel envoyés par le politicien à deux jeunes femmes, âgées de vingt ans de moins que lui.
Selon le tabloïd britannique, l’ancien chef de cabinet de la première ministre Theresa May suivait ces deux jeunes femmes sur Snapchat depuis six mois lorsqu’il a établi un premier contact, en juin. C’est ensuite sur les réseaux sociaux — Facebook, Instagram, WhatsApp et Snapchat — qu’Andrew Griffiths, 47 ans, a envoyé plus de deux mille messages en seulement trois semaines à ces deux femmes, toutes deux employées dans des bars.
Messages « ignobles » et « dégoûtants »
Les deux amies avaient au départ accepté de recevoir de l’argent — environ 700 livres (792 euros) au total — de M. Griffiths en échange de photos et de vidéos d’elles. Mais l’une des femmes a témoigné auprès du Sunday Mirror que son interlocuteur « ne parlait que de sexe », décrivant certains messages comme « ignobles » et « dégoûtants ». « J’ai coupé les ponts car c’était trop vulgaire, a-t-elle expliqué. La manière dégradante dont il me parlait a affecté ma vie, ma confiance en moi. » 
Andrew Griffiths, parlementaire depuis 2010, a présenté ses excuses à sa femme et à sa famille, à qui il a dit « tout devoir », ainsi qu’au gouvernement pour « la honte profonde » qu’il cause à cet Etat « qu’il a eu l’honneur de servir ». 
« Avec le temps, j’espère obtenir le pardon de tous ceux qui avaient placé leur confiance en moi et que j’ai terriblement déçus. La première ministre et le gouvernement qu’elle dirige continueront d’avoir mon entier soutien. »
L’homme politique a également fait savoir qu’il chercherait de « l’aide professionnelle pour faire en sorte que cela n’arrive plus jamais ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-6"> ¤ Nouveau symbole du réchauffement entre Corée du Sud et Corée du Nord, les deux voisins uniront leurs forces dans les doubles masculins et féminins ainsi que les doubles mixtes au cours de ce tournoi annuel.
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Tennis de table : les deux Corées feront équipe commune à l’Open de Daejeon

Nouveau symbole du réchauffement entre Corée du Sud et Corée du Nord, les deux voisins uniront leurs forces dans les doubles masculins et féminins ainsi que les doubles mixtes au cours de ce tournoi annuel.



Le Monde
 |    15.07.2018 à 08h05
   





                        



   


C’est un coup qui pourrait s’avérer gagnant. Les deux Corées ont annoncé, dimanche 15 juillet, qu’elles formeront des équipes communes de tennis de table pour l’Open international de Daejeon en Corée du Sud, la semaine prochaine.
Nouveau symbole du réchauffement entre Corée du Sud et Corée du Nord, les deux voisins uniront leurs forces dans les doubles masculins et féminins ainsi que les doubles mixtes au cours de ce tournoi annuel, organisé à 160 kilomètres au sud de Séoul, précise l’agence de presse sud-coréenne Yonhap.
Troisième fois de leur histoire
Des images de la télévision sud-coréenne ont montré ensuite des athlètes de Corée du Nord, et une délégation les accompagnant, arrivant à l’aéroport international Incheon de Séoul par un vol en provenance de Pékin. Huit athlètes femmes et huit hommes de Corée du Nord, dont Kim Song I, médaillée de bronze des simples femmes aux jeux Olympiques de Rio, formeront des équipes communes avec les joueurs de Corée du Sud, a précisé Yonhap.
Si cette union se réalise, ce sera la troisième fois que les pongistes des deux voisins jouent au sein d’une même équipe, après le championnat du monde de 1991 au Japon, et les championnats du monde de mai dernier en Suède.
En février, la Corée du Nord et la Corée du Sud, toujours officiellement en guerre depuis plusieurs décennies, avaient ouvert la voie à un réchauffement diplomatique en permettant l’envoi au Sud d’une forte délégation du Nord pour les jeux Olympiques d’hiver 2018 de Pyeongchang. Les deux Corées ont également annoncé récemment qu’elles enverraient des équipes conjointes aux Jeux asiatiques organisés le mois prochain en Indonésie, dans trois sports : le canoë, l’aviron et le basketball féminin.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-7"> ¤ Cette semaine, à l’occasion d’une tournée à Bruxelles et à Londres, le locataire de la Maison Blanche s’est montré aigri, capricieux et déterminé à semer le désordre.
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Article sélectionné dans La Matinale du 14/07/2018
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Président Trump, an II : l’oncle d’Amérique

Cette semaine, à l’occasion d’une tournée à Bruxelles et à Londres, le locataire de la Maison Blanche s’est montré aigri, capricieux et déterminé à semer le désordre.



Le Monde
 |    15.07.2018 à 06h38
 • Mis à jour le
15.07.2018 à 07h03
    |

            Gilles Paris (Washington, correspondant)








                        



                                


                            

La formule avait été divulguée par WikiLeaks. Hillary Clinton, alors secrétaire d’Etat d’une Amérique plongée dans la crise des subprimes, s’était interrogée en 2010 au cours d’une conversation privée avec le premier ministre australien Kevin Rudd, sur la difficulté qu’elle éprouvait à hausser le ton face aux ardeurs nouvelles de Pékin, détenteur d’une part non négligeable de la dette américaine. « Comment peut-on parler durement à son banquier ? », s’était-elle interrogée, selon des câbles diplomatiques rendus publics.
Les interlocuteurs européens de Donald Trump se sont sans doute posé le même genre de questions à l’occasion d’une tournée éprouvante du président des Etats-Unis à Bruxelles et à Londres. Eprouvante notamment pour la chancelière allemande Angela Merkel et pour la première ministre britannique Theresa May.
Ces deux femmes, sans doute pas par hasard, ont eu droit au traitement spécial que le locataire de la Maison Blanche réserve à ceux qu’il n’aime guère : une attaque préventive à l’improviste, parfois doublée par des louanges à leurs propres adversaires politiques, suivie, en leur présence, par des formules présentées comme apaisantes, voire des démentis ponctués si nécessaire par une mise en cause de médias responsables de la quasi-totalité des malheurs du monde. La vénérable Alliance atlantique (OTAN) a été soumise cette semaine à un traitement identique, comme l’avait été avant elle le G7, en juin. Série en cours.
La force érigée en droit
Peut-on parler durement à Donald Trump ? Un autre Donald le pense, le président polonais du Conseil européen. Donald Tusk avait estimé publiquement, le 16 mai – à la suite de menaces de Washington sur les exportations européennes vers les Etats-Unis d’acier et d’aluminium qui se sont depuis concrétisées – qu’« avec des amis comme ça, on peut se passer d’ennemis ». Il est probable que le président américain, qui confond parfois les fonctions de l’intéressé avec celles...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-8"> ¤ Le président des Etats-Unis réitère ses déclarations sur son intention de se représenter, et estime être le seul capable de l’emporter.
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Donald Trump se voit réélu en 2020

Le président des Etats-Unis réitère ses déclarations sur son intention de se représenter, et estime être le seul capable de l’emporter.



Le Monde
 |    15.07.2018 à 03h17
 • Mis à jour le
15.07.2018 à 05h05
   





                        



   


Donald Trump a annoncé dans un entretien à l’hebdomadaire britannique Mail on Sunday du 15 juillet son intention de briguer un second mandat lors de l’élection présidentielle américaine de 2020 et estime que le camp démocrate n’est pas en mesure de le battre.
Dans cet entretien, réalisé vendredi à bord de l’avion présidentiel Air Force One, le président américain livre aussi des détails de sa rencontre avec la reine Elizabeth II et évoque le sommet prévu lundi avec son homologue russe Vladimir Poutine.
« Il semble que tout le monde veut que je me représente » en 2020, déclare Donald Trump, ajoutant avoir « vraiment l’intention » de briguer un second mandat à la Maison blanche. Il estime que les démocrates ne sont pas en mesure de lui opposer un candidat crédible. « Je ne vois pas qui pourrait me battre en 2020, je les connais tous et je ne vois personne », dit-il.
Tensions
Dans une démarche allant à l’encontre du protocole de la royauté britannique, Donald Trump évoque par ailleurs sa conversation avec la reine Elizabeth II, « une femme incroyable », dit-il, avec laquelle il a discuté du Brexit. « Elle a dit, et elle a raison, que c’est un problème très complexe. Je pense que personne n’avait idée de la complexité » de la question, déclare Trump, qui a pris le thé avec la reine Elizabeth II au château de Windsor vendredi.
Dans un entretien accordé au Sun paru vendredi, le président américain avait expliqué que les Etats-Unis ne pourraient pas conclure d’accord commercial avec le Royaume-Uni si celui-ci s’en tenait au « livre blanc » sur le Brexit présenté jeudi par Theresa May, qui prévoit le maintien de liens commerciaux étroits avec l’Union européenne (UE).
Vendredi, lors d’une conférence de presse conjointe à Chequers, résidence de campagne de Theresa May à 60 kilomètres de Londres, Donald Trump a tenté d’apaiser les tensions, saluant « l’excellent » travail de la première ministre et se disant impatient de conclure un accord commercial post-Brexit avec Londres.
Poutine, ni ami ni ennemi
Interrogé sur la rencontre prévue lundi à Helsinki avec le président russe Vladimir Poutine, Donald Trump s’est montré prudent, après avoir déclaré vendredi qu’il aborderait avec son homologue la question du désarmement nucléaire.
« Nous pourrions très bien nous entendre. Quelqu’un m’a demandé si nous étions amis ou ennemis. J’ai dit qu’il était trop tôt pour répondre », dit Donald Trump au Mail on Sunday. « Franchement, pour les Etats-Unis mais aussi pour d’autres pays, s’entendre avec la Russie et la Chine (…) est une bonne chose », ajoute-t-il.
Le président américain déclare aussi « très bien s’entendre » avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, près d’un mois après le sommet historique entre les deux dirigeants à Singapour. Kim est « intelligent » et « drôle », dit-il notamment.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-9"> ¤ La progression du mouvement de contestation sociale a poussé les autorités à décréter un couvre-feu à Bassora.
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Irak : deux morts dans des mouvements de contestation sociale

La progression du mouvement de contestation sociale a poussé les autorités à décréter un couvre-feu à Bassora.



Le Monde
 |    14.07.2018 à 23h01
   





                        


Deux personnes ont été tuées dans le sud de l’Irak dans la nuit de vendredi à samedi 14 juillet, au cours d’un mouvement de contestation sociale qui gagne du terrain, poussant les autorités à décréter un couvre-feu à Bassora.
Les circonstances n’ont pas été clairement établies. « Il y a eu des tirs à l’aveugle », a indiqué le porte-parole des services de secours provinciaux, Ahmad al-Kanani. Ces décès portent à trois le nombre de morts depuis le début du mouvement de contestation sociale, au cours duquel des dizaines de personnes, notamment des membres des forces de sécurité, ont été blessées.
Face aux manifestations qui menacent de s’étendre à d’autres régions du pays, le pemier ministre Haider al-Abadi a annoncé samedi soir l’allocation de fonds et promis des investissements pour la province de Bassora, où il s’était rendu la veille et avait déjà fait des promesses et des annonces.
Les manifestants dénoncent la déliquescence des services publics ainsi qu’un chômage endémique, et crient leur colère contre l’incurie des autorités dans cette région pourtant riche en pétrole.
La grogne s’étend
Les protestations ont débuté le 8 juillet dans la province de Bassora. La mort d’un manifestant dans la ville de Bassora ce même 8 juillet a exacerbé la grogne. Les manifestations se sont poursuivies dans cette ville et sa province, s’étendant même à plusieurs régions d’Irak dont Bagdad.
Samedi, des dizaines de protestataires se sont rassemblés dans plusieurs quartiers de Bassora, y compris près de champs pétroliers à l’ouest de la ville, du siège des autorités provinciales et du port. La veille à Bassora, les protestataires avaient scandé « les voleurs nous pillent » en brandissant des drapeaux irakiens, en référence au gouvernement.
Des manifestants ont aussi tenté de mettre le feu au siège de la puissante organisation Badr (soutenue et armée par l’Iran), provoquant des heurts avec les forces de sécurité qui ont fait au moins trois blessés parmi les manifestants, a indiqué à l’AFP une source de sécurité.
Dans la nuit de vendredi à samedi, la contestation s’était étendue à la province du sud du pays, Missane, où de nombreux rassemblements ont eu lieu devant le siège de partis politiques, dont celui de M. Abadi. Certains ont été incendiés, d’après des médias irakiens.
Une petite manifestation pacifique a également eu lieu aux premières heures de samedi dans le quartier d’Al-Choula dans le nord de Bagdad, sous une forte présence des forces de l’ordre, a indiqué une source de sécurité à l’AFP. Des appels à une grande manifestation à Bagdad ont par ailleurs circulé samedi sur les réseaux sociaux. La plus haute autorité chiite d’Irak a annoncé vendredi son soutien aux manifestants, tout en les appelant à éviter les désordres et les destructions.

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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-10"> ¤ Jack Guy Lafontant a remis sa démission au président d’Haïti, une semaine après qu’une vague de violence populaire a plongé le pays dans l’incertitude.
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Haïti : le premier ministre a démissionné

Jack Guy Lafontant a remis sa démission au président d’Haïti, une semaine après qu’une vague de violence populaire a plongé le pays dans l’incertitude.



Le Monde
 |    14.07.2018 à 22h00
 • Mis à jour le
15.07.2018 à 00h49
   





                        


Le premier ministre haïtien Jack Guy Lafontant a abruptement annoncé sa démission samedi 14 juillet, une semaine après des violences meurtrières déclenchées par une tentative du gouvernement d’augmenter les prix des carburants.
« Avant de venir ici, j’ai remis ma démission au président de la République. (…) Le président de la République a accepté ma démission et, comme je vous dis, je suis au service de la République », a déclaré Jack Guy Lafontant devant les députés.
Accompagné de l’ensemble de ses ministres, le chef du gouvernement était à la Chambre des députés car les parlementaires exigeant son départ du pouvoir l’avaient convoqué.
Vendredi il assurait sur Twitter qu’il ne démissionnerait pas mais Jack Guy Lafontant a finalement annoncé son départ du pouvoir au cours de la séance, échappant ainsi à un vote sanction des députés.

Les derniers mots du #citoyen @LafontantGuy  par devant les @deputeshaitiens  de la 50ème législature.
— deputeshaitiens (@La Chambre des Députés)


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Plusieurs centaines de manifestants ont par ailleurs défilé samedi dans les rues de la capitale Port-au-Prince pour exiger le départ du premier ministre mais aussi du président Jovenel Moïse.
« Ça n’est pas seulement une question de changer le premier ministre car, de jour en jour, le peuple souffre toujours plus de la misère, du chômage, de l’insécurité, de la faim » a témoigné Fleurette Pierre. « Jovenel doit aussi partir mais pas en exil non : il va aller directement en prison pour l’argent gaspillé », a ajouté la manifestante vivant dans un des quartiers les plus pauvres de la capitale.

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La démission du premier ministre met un terme à une semaine de tension politique et sociale, après la vague de violences qu’a connue le pays les 6, 7 et 8 juillet.
Vendredi dernier, le gouvernement avait annoncé la hausse des prix de l’essence de 38 %, du gazole de 47 % et du kérosène de 51 %, à compter du samedi 7 juillet à minuit.
Les principales villes et routes d’Haïti ont alors été hérissées de barricades, qui ont paralysé toute activité. La violence a été la plus vive dans Port-au-Prince, proie d’incendies volontaires et de pillages durant le week-end. Au moins quatre personnes ont été tuées.
Le gouvernement est revenu sur sa décision moins de 24 heures après son annonce mais, choqués par l’absence de réponse politique aux violences, plusieurs secteurs de la société haïtienne ont, dès lundi, exigé la démission de Jack Guy Lafontant.
Colère populaire
Médecin de profession, Jack Guy Lafontant, inconnu de la classe politique haïtienne jusqu’à sa nomination en février, est un ami de Jovenel Moïse, au pouvoir depuis le 7 février 2017. Le chef de l’Etat doit désormais choisir un nouveau premier ministre, un exercice politique toujours complexe en Haïti : avant qu’un gouvernement ne commence à travailler, sa politique générale doit être validée par les deux chambres du parlement.
« Je demande au président Jovenel Moïse de choisir un Premier ministre de consensus en tenant compte des aspirations de l’ensemble des secteurs de la vie nationale » a indiqué sur Twitter le président de la Chambre des députés Gary Bodeau, quelques minutes seulement après l’annonce de M. Lafontant.
Que cette démission ne soit donnée qu’une semaine après l’explosion de colère populaire inquiète certains contestataires qui craignent de voir la classe politique oublier les revendications sociales, lors de leurs tractations pour la mise sur pied du futur gouvernement. « Il nous faut une équipe qui rassemble avec des ministres compétents, capable d’adresser les problèmes que l’on subit : il ne faut pas qu’ils prennent un poste seulement parce qu’ils sont l’ami de tel député ou tel sénateur » s’inquiétait Panel Toussaint en marge de la manifestation de ce samedi.
« Si ça n’est pas ce qui se passe, alors la violence va reprendre : comment pourrait-on avoir une stabilité politique alors que le peuple a faim et subit l’insécurité ? On doit changer tout le système pour avoir une équipe fiable qui puisse mener le pays à bon port », estimait le jeune homme de 26 ans, fatigué de ne vivre que de petits boulots journaliers.

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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-11"> ¤ Pendant près de vingt heures, les étudiants ont vécu la terreur dans l’église de la Divine Miséricorde. Deux étudiants ont été tués d’une balle dans la tête.
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Article sélectionné dans La Matinale du 14/07/2018
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Au Nicaragua, des étudiants assiégés par les paramilitaires dans une église

Pendant près de vingt heures, les étudiants ont vécu la terreur dans l’église de la Divine Miséricorde. Deux étudiants ont été tués d’une balle dans la tête.



Le Monde
 |    14.07.2018 à 20h48
 • Mis à jour le
15.07.2018 à 17h01
   





                        



« Les balles sifflaient au-dessus de nos têtes », raconte, visage couvert, un des 200 étudiants rescapés d’une attaque des forces pro gouvernementales contre une église de Managua, capitale du Nicaragua. L’opération, menée avec des armes de guerre, a fait deux morts et quatorze blessés, selon le cardinal de Managua, Mgr Leopoldo Brenes, qui a mené la mission d’évacuation des étudiants assiégés.
Pendant près de vingt heures, les étudiants, d’abord retranchés au sein de l’Université nationale autonome du Nicaragua (UNAN), ont vécu la terreur dans l’église de la Divine Miséricorde, où ils avaient trouvé refuge vendredi 13 juillet. Les paramilitaires, visages masqués, « nous ont attaqués sans pitié, et ont essayé par deux fois de brûler l’église alors que nous étions à l’intérieur », a détaillé à l’Agence France-Presse un étudiant.
« Arrêter le massacre »
Grâce à l’intervention du clergé, très influent au Nicaragua, les étudiants ont finalement réussi à sortir de l’église assiégée samedi matin. Devant l’édifice, se trouvaient le cardinal Brenes et des membres de la Commission interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH) et du Haut Commissariat de l’ONU aux Droits de l’Homme.
Les deux victimes ont été tuées d’une balle dans la tête, l’une à l’intérieur même de l’édifice et l’autre sur une barricade, ont raconté des témoins. Le cardinal Leopoldo Brenes, président de la Conférence épiscopale du Nicaragua (CEN), a qualifié le gouvernement d’« unique responsable » de ces événements et l’a appelé à « arrêter le massacre ».
Ce bilan vient alourdir le décompte des morts et des blessés de la crise qui sévit actuellement dans le pays sud-américain : au total, plus de 270 personnes ont trouvé la mort et quelque 2 000 ont été blessées dans les violences qui secouent le Nicaragua depuis trois mois, selon la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH).

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Pays le plus pauvre d’Amérique centrale
Les étudiants sont le fer de lance d’un mouvement massif de protestation déclenché le 18 avril contre le président Ortega, 72 ans, arrivé à la tête du Nicaragua, le pays le plus pauvre d’Amérique centrale, en 2007, après l’avoir déjà dirigé de 1979 à 1990. Il est accusé d’avoir durement réprimé les manifestations et mis en place avec son épouse Rosario Murillo une « dictature » marquée par la corruption et le népotisme.
Vendredi, l’Alliance civique pour la démocratie et la justice, coalition de l’opposition, a lancé une grève générale pour exiger le départ du président. A Masaya, la ville la plus rebelle du pays située à une trentaine de kilomètres au sud de la capitale, des partisans de M. Ortega ont « tiré avec des armes de gros calibre » dans le quartier de Monimbo, tuant « un policier et un manifestant », a affirmé Alvaro Leiva, un responsable de l’Association nicaraguayenne des droits de l’homme (ANPDH).
M. Ortega avait mobilisé ses soutiens : ses fidèles étaient partis de Managua à bord de centaines de véhicules et à moto, agitant des drapeaux rouge et noir du Front sandiniste de libération nationale (FSLN, gauche), le parti au pouvoir.

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                Nicaragua : nouvelle grève générale pour faire tomber le président et son clan



Le chef de l’Etat et son épouse, qui occupe les fonctions de vice-présidente, se trouvaient dans ce convoi qui commémorait un épisode clé de la révolution sandiniste de 1979. « Nous invitons tout le monde (…) à choisir le chemin de la paix », avait lancé M. Ortega devant un commissariat de police à Masaya, protégé par de nombreux policiers antiémeute lourdement armés. Pour le gouvernement, les protestataires sont des « délinquants » issus de la « droite putschiste » soutenue par les Etats-Unis.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-12"> ¤ La rencontre permettra, selon l’Elysée, d’évoquer les grands dossiers internationaux, en particulier la Syrie et l’Iran, malgré les divergences entre les deux capitales.
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Emmanuel Macron et Vladimir Poutine se verront dimanche à Moscou

La rencontre permettra, selon l’Elysée, d’évoquer les grands dossiers internationaux, en particulier la Syrie et l’Iran, malgré les divergences entre les deux capitales.



Le Monde
 |    14.07.2018 à 20h03
 • Mis à jour le
15.07.2018 à 06h36
   





                        


Bonus diplomatique des victoires des Bleus lors de la Coupe du monde, la rencontre entre le président de la République Emmanuel Macron et son homologue russe Vladimir Poutine au Kremlin, dimanche 15 juillet, à la veille du sommet Trump-Poutine, arrive « au bon moment », a estimé, samedi 14 juillet, l’Elysée.
« [Elle] survient dans un contexte important, après le sommet de l’OTAN et avant la rencontre entre Vladimir Poutine et Donald Trump. Elle permettra de faire le suivi de la très longue et positive rencontre des présidents français et russe à Saint-Pétersbourg, sur les coopérations bilatérales et les grands dossiers internationaux, en particulier sur la Syrie et l’Iran, malgré nos divergences », selon l’Elysée.

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Les deux dirigeants avaient convenu de se voir lorsqu’ils s’étaient croisés pour la demi-finale des Bleus, mardi. L’un des sujets principaux sera le règlement politique du conflit en Syrie, où la France a mis en place un mécanisme de concertation avec Moscou, pour tenter de rapprocher les initiatives russo-turques et celles des Occidentaux.
Les Européens très inquiets de l’attitude russe
« Ce mécanisme, nous le faisons fonctionner et il permet de bâtir des convergences, notamment sur l’aspect humanitaire », soulignent les conseillers de la présidence. La France tente de rapprocher les positions entre le groupe d’Astana (Russie, Iran, Turquie) et le « small group » sur la Syrie (Royaume-Uni, Allemagne, Etats-Unis, France, Arabie saoudite, Jordanie, Egypte).
Quant à la rencontre Trump-Poutine prévue lundi à Helsinki, elle pourrait permettre de faire avancer les efforts de désarmement, estime la France.
Elle reflète le souhait de Donald Trump « d’établir un contact avec le président russe », en dépit de l’enquête aux Etats-Unis sur une possible ingérence du Kremlin dans la présidentielle américaine de 2016.

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Vendredi, le procureur spécial Robert Mueller, chargé de ces investigations, a inculpé douze agents russes du renseignement accusés d’avoir piraté les ordinateurs du Parti démocrate. Son enquête s’intéresse aussi aux soupçons de collaboration entre Moscou et l’équipe de campagne de Donald Trump.
Le président américain devra toutefois compter avec des alliés européens « évidemment très inquiets de l’attitude [de Moscou] », notamment après l’affaire de l’ancien agent double russe Sergueï Skripal – victime, ainsi que sa fille, d’une tentative d’empoisonnement au Royaume-Uni en mars – et l’annexion de la Crimée, avertit Paris.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-13"> ¤ Selon le journal « Bild », le système de gestion des gaz d’échappement de certains modèles diesel d’Opel se mettrait complètement à l’arrêt pendant la conduite.
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Dieselgate : Opel visé par une enquête en Allemagne

Selon le journal « Bild », le système de gestion des gaz d’échappement de certains modèles diesel d’Opel se mettrait complètement à l’arrêt pendant la conduite.



Le Monde
 |    14.07.2018 à 17h30
 • Mis à jour le
15.07.2018 à 06h37
   





                        



   


Le constructeur automobile Opel, filiale de PSA, est visé par une enquête des autorités allemandes dans le cadre du scandale des moteurs diesel truqués, a annoncé, samedi 14 juillet, le ministère allemand des transports.
« Il y a une audition officielle contre Opel en ce qui concerne trois modèles [de la norme diesel] Euro 6 », a indiqué un porte-parole du ministère, ajoutant que « rien de définitif » ne pouvait être dit avant les résultats finaux de la procédure.
Dans son édition à paraître dimanche, le tabloïd Bild, qui ne cite pas ses sources, affirme que l’Agence fédérale de l’automobile (KBA), tutelle du secteur automobile allemand, détient « des éléments solides » selon lesquels le système de gestion des gaz d’échappement de certains modèles diesel d’Opel se met complètement à l’arrêt pendant la conduite « pour des raisons qui ne sont pas explicables techniquement ».

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Le scandale des moteurs diesel truqués a éclaté en septembre 2015, après que l’agence américaine de l’environnement (EPA) eut accusé Volkswagen (VW) d’avoir équipé 11 millions de ses voitures diesel, dont environ 600 000 aux Etats-Unis, d’un logiciel capable de fausser le résultat des tests antipollution et dissimulant des émissions dépassant parfois jusqu’à quarante fois les normes autorisées.
Plus de dix fois les normes d’émission d’oxyde d’azote
Selon Bild, il s’agit pour Opel des modèles Cascada, Insignia et Zafira. Au total, 60 000 véhicules seraient concernés dans le monde, dont 10 000 en Allemagne. Ils excéderaient « plus de dix fois » les normes d’émission d’oxyde d’azote, écrit Bild.
« La production actuelle n’est toutefois pas touchée », poursuit le journal, citant des sources internes à Opel. Selon Bild, KBA a informé Opel « cette semaine » de ses soupçons et lui a donné « deux semaines » pour donner sa réponse. Mais « Opel n’a reçu aucune information de la part du KBA », a indiqué le constructeur sur Twitter.
KBA avait déjà demandé en 2016 à plusieurs constructeurs, dont Opel, de réduire leurs émissions, rappelle l’agence de presse allemande DPA. Concernant Opel, 90 000 véhicules des modèles pointés par Bild (Zafira, Cascada et Insignia) étaient alors concernés. La procédure de mise aux normes volontaire de ces modèles se poursuit, a encore fait valoir un porte-parole d’Opel, cité par DPA.

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Plusieurs parquets allemands ont ouvert des enquêtes pour fraude, manipulation de cours de Bourse ou publicité mensongère contre des salariés de VW et de ses marques Audi et Porsche, mais aussi de Daimler et de l’équipementier Bosch. Plusieurs hauts dirigeants de VW, dont l’ex-patron Martin Winterkorn, font l’objet de différentes enquêtes pour fraude, manipulation de cours de Bourse ou publicité mensongère.
En juin, la justice allemande a placé en détention provisoire le patron du constructeur Audi, première incarcération d’un très haut responsable dans cette enquête tentaculaire.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-14"> ¤ Trois Israéliens ont été blessés par une roquette tombée à Sderot, a confirmé la police. A l’ouest de Gaza-ville, une frappe de l’armée israélienne a causé la mort de deux adolescents de 15 et 16 ans, blessant une douzaine de personnes.
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Cessez-le-feu fragile annoncé après un nouvel accès de tension entre Israël et le Hamas à Gaza

Trois Israéliens ont été blessés par une roquette tombée à Sderot, a confirmé la police. A l’ouest de Gaza-ville, une frappe de l’armée israélienne a causé la mort de deux adolescents de 15 et 16 ans, blessant une douzaine de personnes.



Le Monde
 |    14.07.2018 à 16h42
 • Mis à jour le
15.07.2018 à 06h36
    |

            Piotr Smolar (Jérusalem, correspondant)








                        



   


L’armée israélienne et le Hamas ne veulent pas de guerre dans la bande de Gaza, mais chacun contribue, à sa manière, au glissement vers cette sombre perspective.
Le ciel au-dessus du territoire palestinien a été marqué par un chassé-croisé de frappes aériennes et de tirs déclenchés par les factions palestiniennes, dans la nuit du 13 au 14 juillet, puis à nouveau au cours de la journée de samedi. Les sirènes d’alerte ont intimé l’ordre aux habitants des communautés israéliennes, le long de la frontière, de se mettre à l’abri.
Il a fallu une intervention urgente de l’Egypte, médiateur habituel entre les parties, et d’autres diplomates étrangers pour obtenir du Hamas un engagement en faveur d’un nouveau cessez-le-feu, effectif dans la soirée de samedi. Mais sa viabilité semble fragile. Le cabinet de sécurité israélien doit se réunir dimanche après-midi pour envisager la suite.
Cette fois, les échanges de feu ont fait des victimes. Dans l’après-midi, trois Israéliens ont été blessés par une roquette tombée à Sderot, a confirmé la police. Du côté gazaoui, près d’une centaine de tirs de roquettes et de mortiers ont été initiés samedi, dont vingt interceptés par le système de défense israélien Dôme de fer, soixante-treize tombant dans des zones inhabitées selon l’armée. Vendredi, un soldat déployé le long de la clôture frontalière avait été blessé au torse par un engin explosif.
Quarante cibles du Hamas visées
La réplique israélienne a visé des installations militaires attribuées au Hamas. Une frappe de l’armée sur un bâtiment dans le camp de Chaati, au nord du territoire, a causé la mort de deux adolescents de 15 ans et 16 ans, blessant aussi une douzaine de personnes.
Interrogé par Le Monde, le porte-parole de l’armée israélienne, le lieutenant-colonel Jonathan Conricus, explique que le lieu « était utilisé par le Hamas pour l’entraînement militaire en milieu urbain. Il disposait aussi sous terre d’un système de tunnels pour préparer les terroristes au combat dans ces conditions. »

   


Selon le porte-parole, l’armée a utilisé la procédure du « coup sur le toit » : c’est ainsi qu’on nomme les tirs de semonce. « Nous avons envoyé cinq petits missiles sur le toit du bâtiment pour avertir les gens et les inciter à quitter les lieux. Entre le premier tir de semonce et la destruction effective du bâtiment, une heure s’est écoulée. Si les deux jeunes ont vraiment été tués, que faisaient-ils là ? Etaient-ils retenus contre leur volonté par le Hamas ? » La cible de cinq étages se trouvait en pleine zone urbaine et le bombardement a eu lieu l’après-midi et non la nuit : la présence de victimes aux alentours était plus que probable.
Dans la seule après-midi de samedi, quarante cibles du Hamas ont été visées. Un même emplacement peut comporter plusieurs bâtiments à bombarder. Le quartier général du bataillon du Hamas à Beit Lahia a été entièrement détruit. Il comportait des entrepôts d’armement, des centres de commandement, des installations pour l’entraînement. En outre, deux tunnels – au nord de la bande et au sud, près de Rafah – ont été visés.
Répétition
« Notre message aux habitants de Gaza est que le Hamas les pousse au bord de l’abysse », explique Jonathan Conricus. Selon l’armée, le Hamas organise depuis des mois une escalade de violence sur plusieurs fronts, à laquelle Israël se doit de répliquer : il s’agit à la fois de tirs de roquettes, d’engins explosifs le long de la clôture et d’engins volants incendiaires, lancés en direction des communautés frontalières.
Des montées de fièvre similaires avaient eu lieu le 29 mai puis le 20 juin. Le Hamas a décidé de ne plus demeurer en position passive, lorsque des frappes israéliennes sont déclenchées sur le territoire gazaoui.
Depuis plusieurs mois, le Hamas et le Djihad islamique, les deux principales factions armées palestiniennes, disent accepter l’idée d’une trêve dans l’utilisation massive des roquettes. Les dirigeants du Hamas envisagent ouvertement la possibilité d’un cessez-le-feu à long terme avec Israël, sur dix ou quinze ans, à une condition : un allégement substantiel, voire une levée, du blocus égypto-israélien enserrant Gaza. Pour renforcer sa position dans les négociations, le Hamas a intérêt à montrer sa capacité de nuisance, alors que la situation économique et sociale est catastrophique dans le territoire.

   


Les factions se sont concentrées depuis la fin mars sur la « marche du grand retour », le long de la clôture frontalière, lors de laquelle près de 135 personnes ont été tuées et plus de 4 000 blessées par les soldats israéliens. Vendredi, un adolescent de 15 ans tentant d’escalader la clôture a été abattu. Malgré ce bilan, le Hamas n’a pas répliqué militairement de façon massive. Mais l’utilisation de ballons incendiaires, gonflés à l’hélium, et de cerfs-volants aux extrémités enflammées – encouragée voire organisée par le mouvement islamiste – a modifié les lignes rouges de chacun.
Efforts diplomatiques
Depuis deux mois, ces armes rudimentaires ont provoqué la destruction de vingt-cinq hectares de terres dans les communautés israéliennes proches de Gaza. Elles ont surtout créé, pour la première fois depuis la guerre de 2014, un sentiment d’insécurité et de colère parmi la population.
En outre, dans l’imaginaire israélien, l’idée de terre brûlée, d’atteinte à « Eretz Israel », selon l’appellation traditionnelle, est insupportable. La pression politique exercée par les faucons du Likoud et la droite messianique, en vue d’une réponse massive de l’armée, a placé l’état-major et le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, dans l’obligation d’agir.
Ce dernier a déclaré samedi soir que l’armée israélienne avait infligé au Hamas son « coup le plus dur » depuis l’opération Bordure protectrice à l’été 2014. Pourtant, les hauts gradés et le chef du gouvernement considèrent actuellement Gaza comme un sujet secondaire par rapport à la situation dans le sud de la Syrie, à savoir la reprise en main du pays par Damas et la question de la présence iranienne, qu’ils veulent empêcher.
En outre, M. Nétanyahou est impliqué dans les négociations multilatérales visant à améliorer la situation humanitaire à Gaza. Elles sont initiées par le coordinateur spécial des Nations unies pour le processus de paix, Nikolaï Mladenov.
Parallèlement, l’administration Trump, par l’intermédiaire de l’avocat Jason Greenblatt et du gendre-conseiller du président, Jared Kushner, essaie aussi d’impliquer les pays arabes sunnites dans des initiatives économiques pour faire bouger les lignes dans le conflit israélo-palestinien. Une nouvelle guerre entre Israël et le Hamas serait un désastre humain et compromettrait ces efforts diplomatiques.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-15"> ¤ Sur fond de violences, le sacrifice de M. Sharif est censé galvaniser ses partisans, à deux semaines d’élections générales organisées sous la mainmise de l’armée.
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L’ex-premier ministre Nawaz Sharif incarcéré à son retour au Pakistan

Sur fond de violences, le sacrifice de M. Sharif est censé galvaniser ses partisans, à deux semaines d’élections générales organisées sous la mainmise de l’armée.



Le Monde
 |    14.07.2018 à 15h57
 • Mis à jour le
15.07.2018 à 06h37
    |

            Louis Imbert (Islamabad, envoyé spécial)








                        



                                


                            

Risquer dix ans de prison pour relancer une campagne électorale. L’ex-premier ministre pakistanais Nawaz Sharif a fait le pari de quitter Londres pour revenir dans son pays avec sa fille, Maryam, et y être incarcéré, vendredi 13 juillet. Ils avaient tous deux été condamnés, une semaine plus tôt par défaut, dans une affaire de corruption.
Par ce sacrifice inédit dans sa longue carrière politicienne, M. Sharif entend galvaniser les électeurs de son parti, la Ligue musulmane du Pakistan-Nawaz (PML-N), talonnée dans les sondages à deux semaines des élections générales, prévues pour le 25 juillet.
M. Sharif a fait ses adieux vendredi à son épouse, malade du cancer et hospitalisée dans la capitale britannique. L’ex-premier ministre a quitté leur appartement de la très chic Park Lane, qu’il est accusé d’avoir acquis grâce à des fonds illégaux. Il a été arrêté quelques minutes après son atterrissage dans le fief de sa famille, à Lahore, la grande ville de la province du Pendjab, où se joue en large partie ce scrutin.
Le père, qui encourt une peine de dix ans, et la fille, condamnée à sept ans de prison, ont été renvoyés immédiatement par avion à Islamabad, selon leur parti. Ils auraient été emmenés par la suite dans la ville de garnison de Rawalpindi, proche de la capitale, pour y être incarcérés dans la prison d’Adiala, selon le quotidien Dawn. Tous deux devaient faire appel de leur condamnation avant lundi.
Résurgence des attentats
M. Sharif avait dû quitter le pouvoir en juillet 2017, pour la troisième fois depuis 1990. La justice lui interdit de se présenter aux élections, comme à sa fille, mais il garde la main sur son parti, dirigé par son frère Shahbaz.
Ce retour dramatique a lieu alors que le Pakistan renouait avec une violence islamiste en partie réduite depuis trois ans. Quelques heures avant l’atterrissage des Sharif, un attentat-suicide avait fait près de 130 morts et 300 blessés dans un meeting politique à Mastung,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-16"> ¤ Héritage d’une introduction tardive du sport et d’une histoire linguistique complexe, l’équipe à damier jouera dimanche pour le titre de championne du monde de « nogomet ».
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Finale de la Coupe du monde : pourquoi les Croates ne parlent pas de « football »

Héritage d’une introduction tardive du sport et d’une histoire linguistique complexe, l’équipe à damier jouera dimanche pour le titre de championne du monde de « nogomet ».



Le Monde
 |    14.07.2018 à 15h43
 • Mis à jour le
15.07.2018 à 11h12
    |

            William Audureau








                        



   


Rendez-vous est pris : dimanche, 17 heures, France et Croatie s’affronteront en finale de la Svjetsko prvenstvo u nogometu – ou Coupe du monde de football, dans la langue de Didier Deschamps. Les coéquipiers de Luka Modric, un des favoris pour le Ballon d’or 2018, ont la particularité d’être l’un des rares pays d’Europe à ne pas utiliser le mot football (France, Angleterre), ou ses variantes et dérivés futbal (Espagne), fotbal (République tchèque), futebol (Portugal), fußball (Allemagne), fodbold (Danemark), voetbal (Pays-Bas), ou encore futbol (Russie, Bulgarie, Biélorussie…).
A la place, le croate parle de nogomet, un mot formé à partir de noga (« jambe ») et metati (« mettre, placer »). Le terme, qui s’emploie également en bosnien et en slovène, est attribué à Slavko Rutzner Radmilović, qui aurait créé le terme de toutes pièces au début du XXe siècle. A l’origine de ce choix, l’histoire un peu particulière du football en Croatie : celui-ci a été importé en 1883 par Franjo Bučar, un étudiant croate revenu d’études en éducation physique en Suède, où le sport s’était déjà répandu. Quand il l’introduit à Zagreb, le concept fait fureur, mais les habitants ne connaissent ni son nom ni son vocabulaire. La Croatie appartient alors à l’empire d’Autriche-Hongrie, et les seuls documents et termes de référence sont en allemand.
Le pays où l’anglais n’avait pas eu d’influence
Dès 1903, relate Zagreb. info, le Hrvatski akademski sportski klub (club sportif académique croate, ou HASK) se lance de zéro dans la première traduction locale des règles du football, avec des documents germaniques et non anglais comme sources, et une volonté manifeste d’employer le serbo-croate, langue reconnue depuis les accords de Vienne de 1950. Là où les Français parlent déjà de penalty, de shoot, de goal ou encore de corner, autant de stigmates de l’influence britannique sur le sport, les futurs adversaires des Bleus créent leur propre vocabulaire, fait de vratar pour le gardien, d’udarac iz kuta pour le coup de pied de coin, ou encore de kazna pour le coup de pied de la mort, le petit nom du penalty à l’époque.

   


En 1918, quand l’Etat des Slovènes, Croates et Serbes, rapidement rebaptisé Royaume des Serbes, Croates et Slovènes, récupère son indépendance à la suite du démantèlement de l’Empire austro-hongrois, pas question pour Zagreb de faire marche arrière : l’affirmation de la langue locale fait partie de la construction identitaire de la nation, qui devient en 1928, et jusqu’en 1991, la Yougoslavie.
Seulement, souci : même si l’intercompréhension est totale entre les différentes communautés qui constituent ce pays des Balkans, il n’existe pas une langue, mais un agrégat de parlers proches mais aux usages différents, à l’image du recours au cyrillique côté Belgrade et à l’alphabet latin côté Zagreb. Ou à des différences de vocabulaire, comme le terme nogomet, utilisé par les Croates, les Bosniens et les Slovènes, mais pas par les Serbes, indépendants de l’Autriche-Hongrie au début du siècle, et guère intéressé à traduire football par autre chose que… le calque fudbal. Résultat : le championnat yougoslave de football porte deux noms différents, le prvenstvo Jugoslavije u fudbalu côté serbe et le prvenstvo Jugoslavije u nogometu côté croate.
Un championnat yougoslave, deux noms
En 1950, intellectuels serbes et croates tentent bien, à l’occasion de l’accord de Novi Sad, d’instaurer une politique d’unification linguistique autour du srpskohrvatski jezi, le serbo-croate, ce mot-valise englobant plusieurs parlers et cultures.Mais la greffe ne prend pas, bien au contraire. A tel point que, dans un contexte identitaire explosif qui a mené en 1991 à l’éclatement de la Yougoslavie, le serbo-croate a également été appelé par les instances internationales « BCMS » (bosnien, croate, monténégrin, serbe), tandis que l’usage, relate le Courrier des Balkans, est parfois de parler de naš jezik, « notre langue », pour couper court à des débats plus politiques que linguistiques.

   


A l’image du monténégrin, qui a été officiellement reconnu en décembre dernier comme langue indépendante, la tendance est depuis deux décennies à l’accentuation des différences et des originalités de chacun des parlers, sur fond de nationalisme. En 2017, pourtant, des intellectuels ont présenté une « déclaration sur la langue commune » pour rappeler l’existence d’un tronc commun, et surtout de l’intercompréhension quasi totale entre les différents dialectes. Selon Josip Baotic, un linguiste croate, moins de 10 % seulement du lexique distinguent les variantes de « serbo-croate ». A travers cette démarche, ils souhaitent également lutter contre le nationalisme balkan.
« Ceux qui soutiendront la Croatie sont des psychopathes »
La rivalité entre Serbes et Croates est particulièrement vive chez la génération qui a connu la guerre civile au début des années 1990. En marge de Wimbledon, le tennisman serbe Novak Djokovic a ainsi été insulté par un député de son pays pour avoir déclaré qu’il soutiendrait la Croatie en finale de la Coupe du monde.

   


« Je répète que tous ceux qui soutiendront la Croatie contre la Russie sont des psychopathes et des fous, mûrs pour être internés en asile », avait-il déjà déclaré en quarts de finale, rapporte So Foot. Peut-être a-t-il en tête les émeutes du match de football entre le Dinamo Zagreb et l’Etoile rouge Belgrade en 1990, qui firent 138 blessés, et sont considérés comme l’un des éléments déclencheurs de la guerre civile.
Cette rivalité linguistique et politique occulte pourtant un passé sportif commun glorieux : sous les couleurs de la Yougoslavie, les « Brésiliens de l’Europe », comme on les appelait, ont remporté les Jeux olympiques de football 1960, atteint la finale de l’Euro en 1960 et 1968, et les demi-finales des Coupes du monde en 1930 et 1962. Depuis, chacun a fait bande à part.
Après la disqualification de la Yougoslavie de l’Euro en 1992, remplacée par des Danois bien heureux, la Croatie a atteint les demi-finales du Mondial en 1998, tandis que la Serbie-et-Monténégro se contentait d’un quart de finale d’Euro en 2000. Dimanche, l’équipe au damier aura l’occasion de faire entrer encore un peu plus le nogomet croate dans l’Histoire.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-17"> ¤ Le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, a annoncé que la France et Malte étaient disposées à prendre chacune 50 des 450 migrants secourus et se trouvant à bord de deux navires dans les eaux italiennes.
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Migrants : l’Italie annonce que la France et Malte vont prendre leur part

Le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, a annoncé que la France et Malte étaient disposées à prendre chacune 50 des 450 migrants secourus et se trouvant à bord de deux navires dans les eaux italiennes.



Le Monde
 |    14.07.2018 à 15h16
 • Mis à jour le
15.07.2018 à 06h43
   





                        


Le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte, a annoncé, samedi 14 juillet, que la France et Malte étaient disposées à prendre chacune 50 des 450 migrants secourus et se trouvant à bord de deux navires dans les eaux italiennes.
« La France et Malte prendront respectivement 50 des 450 migrants transbordés sur deux navires militaires. Très rapidement les acceptations d’autres pays européens arriveront », a écrit M. Conte sur sa page Facebook.
Le chef du gouvernement revendique ce succès « après une journée de contacts téléphoniques et écrits avec les vingt-sept leaders européens », affirmant qu’il leur avait rappelé « la logique et l’esprit de partage contenus dans les conclusions du Conseil européen de fin juin ».
M. Conte ajoute à ce commentaire une copie de la lettre adressé à Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, et à Donald Tusk, président du Conseil européen. « Dans ce contexte qui voit l’Italie toujours en première ligne face à l’urgence de sauver des vies humaines en mer, je te demande un signe clair de partage de la responsabilité de la gestion du phénomène migratoire et d’envisager la possibilité d’accueillir dans un port ou de prendre en charge une partie des quelque 450 personnes secourues », écrit M. Conte dans cette lettre également adressée aux autres leaders de l’Union européenne (UE).

   



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Nouveau bras de fer avec Malte
Une embarcation de bois partie depuis la Libye avait été repérée, vendredi à l’aube, dans les eaux internationales mais dans la zone d’intervention maltaise. Dans un échange de messages, e-mails et appels téléphoniques entre les autorités des deux pays, Rome avait tenté de faire prendre la responsabilité de ces migrants à Malte.
La Valette avait répliqué en affirmant que l’embarcation était bien plus proche de l’île italienne de Lampedusa que de son propre territoire, soulignant que les migrants ne voulaient pas d’aide maltaise mais souhaitaient poursuivre leur route vers l’Italie.
Malte a réitéré samedi avoir respecté « toutes les obligations prévues par les conventions internationales » en ce qui concerne les secours en mer. Dans la matinée, les migrants avaient été transbordés à bord de deux navires ; huit personnes, des femmes et des enfants, avaient été transportées pour des raisons médicales sur l’île de Lampedusa. Certains migrants se seraient jetés à l’eau en voyant les deux navires militaires, un italien et un anglais dans le cadre de la mission européenne Frontex, obligeant ainsi les secours à intervenir.

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Le ministre italien de l’intérieur Matteo Salvini a insisté auprès du chef du gouvernement Giuseppe Conte pour que les deux navires aient pour instruction de « faire route vers le Sud, la Libye ou Malte ». Cette situation rappelle celle du navire humanitaire allemand Lifeline avec ses 233 migrants à bord, obligé d’attendre une semaine en mer l’issue d’un bras de fer entre La Valette et Rome, avant d’être autorisé à accoster à Malte.
L’Espagne en première ligne
En poste depuis le 1er juin, M. Salvini, qui veut réduire à zéro le nombre de migrants arrivant sur les côtes italiennes, a décidé il y a un mois d’interdire l’accès aux ports italiens aux ONG qui portent secours aux migrants en Méditerranée, position qui marque la nouvelle ligne dure de son pays en matière migratoire.
Il souhaite désormais élargir cette interdiction aux navires des missions internationales en Méditerranée, la position de l’Italie étant de partager avec l’UE la gestion des flux migratoires.

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De leur côté, les services de secours espagnols ont annoncé avoir sauvé plus de 340 migrants en Méditerranée samedi, dont un qui tentait la traversée sur une chambre à air de camion. En juin, l’Espagne a accepté d’accueillir 630 migrants arrivés à bord de trois navires, dont le bateau Aquarius d’une ONG française, refusé par l’Italie et par Malte. Le 4 juillet, un bateau de l’ONG espagnole Proactiva Open Arms a accosté à Barcelone avec soixante migrants arrivés de Libye à son bord, après que l’Italie avait refusé de les accueillir.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-18"> ¤ A Zagreb, les supporteurs croates attendent la finale de la Coupe du monde face à la France avec un espoir teinté d’un sentiment identitaire.
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Article sélectionné dans La Matinale du 14/07/2018
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France-Croatie : « Nous sommes un petit pays, c’est notre fierté nationale »

A Zagreb, les supporteurs croates attendent la finale de la Coupe du monde face à la France avec un espoir teinté d’un sentiment identitaire.



Le Monde
 |    14.07.2018 à 11h50
 • Mis à jour le
15.07.2018 à 17h15
    |

                            Allan Kaval (Zagreb, envoyé spécial)








                        



   


Il ne fait pas tous les jours bon vivre dans le quartier de Zaprude, en périphérie de Zagreb. Les barres d’immeubles de huit étages bâties dans les années 1960 racontent une époque lointaine, un pays qui n’existe plus et un quotidien pas toujours facile. La Yougoslavie de Tito, son rêve socialiste et égalitaire ont laissé dans leur sillage des façades un peu décaties mais de jolis espaces verts. Mateo, 45 ans n’éprouve pas pour autant la moindre nostalgie pour l’utopie dont il habite des vestiges encore sur pied.
Depuis quelques mois, il est de retour chez lui. Après diverses affaires plus ou moins réussies au Moyen-Orient et au mitan d’une vie aventureuse, il a retrouvé le quartier populaire qui l’a vu grandir et où ses parents vivent encore. Sans nostalgie. Son pays, c’est la Croatie de 2018 et la Croatie est en finale. Pour Mateo, ce n’est pas qu’une question de football, c’est une question de revanche.
« Nous, les Croates, on n’est jamais assez bien »
« Tu as vu l’arrogance des Anglais avant la demi-finale ? L’arrogance de leurs journaux quand ils parlaient de la Croatie ? L’arrogance de leurs joueurs ? » enrage-t-il, attablé à la terrasse d’un petit café, « ils l’ont bien mérité leur défaite, pas vrai ? » Le match de dimanche n’a pas encore eu lieu mais, pour lui, il s’agit déjà d’un événement historique : « Nous, les Croates, on n’est jamais assez ceci, jamais assez cela pour l’Europe… Jamais assez bien. Eh bien là on est en finale, nous sommes un petit pays, c’est notre fierté nationale. » Une cliente d’une cinquantaine d’années sort avec un café à emporter. Comme beaucoup à Zagreb, elle porte aujourd’hui le maillot national au damier blanc et rouge.
D’après Mateo, dans la capitale et dans tout le pays, le football a tout recouvert. Mais en Croatie le football – c’est un lieu commun – n’est pas qu’un sport. En témoigne la peinture murale qui recouvre le flanc de son ancienne école primaire. Quatre visages juvéniles peints au pochoir. Des gars du quartier. « Trois sont tombés au combat pendant la guerre d’indépendance, raconte Mateo. Le quatrième était un peu bohème. C’est le foie qui l’a tué. Mais il avait une belle âme, ça lui a valu sa place sur le mur. »

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Tous étaient des ultras du Dinamo, le club de football de Zagreb dont les supporteurs les plus acharnés ont fourni les premières recrues aux forces croates au début des guerres de Yougoslavie. Avant la guerre, il y avait le football. Après la guerre, il reste le football.
« Cela me rappelle 1998 »
Au début du conflit, Mateo, adolescent, était courrier dans une unité locale croate qui avait creusé des tranchées autour du quartier. Une base de l’armée yougoslave, à dominante serbe, était située à proximité. « Quand ils sont partis, ils ont pris toutes leurs armes, les salauds. » se remémore Mateo, désormais au volant de sa modeste Volkswagen. Un petit ballon au damier blanc et rouge pend au rétroviseur. Zagreb n’est plus une ville en guerre, mais les souvenirs sont vifs. A Zaprude, bien sûr, mais aussi dans les quartiers plus huppés du centre-ville, où l’architecture n’a plus rien de collectiviste. L’urbanisme et l’architecture déploient tout le raffinement ravalé et le charme repeint de la Belle Epoque austro-hongroise.
A deux pas de la place centrale, Slavitsa – qui ne donnera pas son nom de famille – vient de garer son 4 × 4 noir. Damier rouge et blanc sur les housses qui recouvrent les rétroviseurs. Damier rouge et blanc sur deux petits fanions en plastique accrochés à la fenêtre arrière du véhicule. Damier rouge et blanc sur le tee-shirt qu’elle porte au-dessus de son chemisier. Notaire et mère de famille, Slavitsa s’enthousiasme :
« La ferveur qu’on ressent, la fierté d’être croate, notre cohésion, cela me rappelle 1998. »
Reconnue internationalement depuis six ans, dont trois de conflit avec les ex-Républiques yougoslaves voisines, la Croatie accédait il y a deux décennies aux demi-finales du Mondial avant d’être sortie par un doublé de Lilian Thuram. L’échec si près du but avait laissé un souvenir cuisant à ceux qui avaient l’âge, alimentant au passage diverses théories du complot farfelues. Alors dimanche, voilà une nouvelle revanche à prendre.
Football, nationalisme et guerre
Slavitsa a quelque chose à ajouter : « La ferveur de 1998, c’était déjà le prolongement de notre victoire, de notre indépendance. » Le football, le nationalisme, la guerre. Les fils invisibles qui relient ces univers pris à chaque fois comme un bloc tissent une mémoire, une identité et on ne fait pas le tri dans les gloires et les horreurs qui l’habitent. Entre les chapeaux à damier, les maillots de l’équipe nationale, les casquettes et les drapeaux en tout genre qu’on trouve en vente dans les rues et dans les boutiques à touristes, et qui arrivent à rupture de stock d’après Gabriella Taliareti, vendeuse de souvenirs établie près de la cathédrale, on trouve les traces d’une histoire un peu plus ancienne.

   


Certains des articles font référence au régime des Oustachis. Cet Etat d’inspiration fasciste allié à l’Allemagne nazie pendant la seconde guerre mondiale qui s’est rendu coupable des pires exactions contre les populations serbes et juives présentes sur son territoire ressurgit sous la forme d’un jeu de mot. « Soyez prêts ! » le slogan des Oustachis résonne dans le slogan « soyez fiers ! » dont sont frappés des tee-shirts aux coloris variés mis en vente pour la finale. Au-delà leurs rivalités parfois meurtrières, les ultras des grands clubs croates ne rechignent pas à s’approprier de la même manière croix gammées et autres symboles d’extrême droite à l’occasion des matchs du championnat national comme à l’étranger.
Fran, 18 ans, n’a que faire de ces breloques et des bagarres de supporteurs qui rythment la vie du football croate. Il ne supporte que l’équipe nationale. « C’est très beau ce qui se passe. Je n’ai jamais vu les gens faire preuve d’autant de bienveillance même en dehors des soirs de match. Ça me donne la chair de poule ! », livre-t-il en ouvrant d’un coup de décapsuleur expert une bouteille de Karlovacko, une des bières nationales, derrière le bar du café où il officie.
Le football croate gangrené par la corruption
Cet été de Coupe du monde, il est serveur dans un établissement fréquenté du centre avant d’intégrer l’école d’aviation civile dont il a remporté le concours haut la main. « Mais bon, dans quelques semaines, tout sera redevenu comme avant, les problèmes économiques seront toujours là… » Une fois diplômé, il compte bien quitter le pays comme tant d’autres jeunes croates. Revenir peut-être à la retraite.
La ferveur que suscitent les succès de l’équipe nationale ne peut pas non plus effacer le fait que Zdravko Mamic, directeur exécutif du Dinamo Zagreb, l’homme fort du football croate mouillé dans un scandale de corruption tentaculaire, ait fui la justice de son pays dans la Bosnie-Herzégovine voisine. Les détournements de fonds concernent d’ailleurs le transfert, en 2004, du milieu de terrain héroïque de la sélection croate, Luka Modric, du Dinamo Zagreb au club londonien de Tottenham. Et ce dernier encourt cinq ans de prison pour faux témoignage devant le tribunal chargé de cette affaire.

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D’après la journaliste sportive Dea Redzic, du média en ligne Index.hr, le football croate est en partie liée à l’identité nationale du pays mais aussi à des travers qui deviennent de plus en plus insupportables à la population : « Le football croate est gangrené par un système mafieux qui est directement lié à l’élite politique. » La présidente de la République, Kolinda Grabar-Kitarovic, n’a pas manqué de s’afficher abondamment à Moscou comme la première supportrice de l’équipe nationale. Ses liens avec le parrain du football croate fugitif sont cependant connus. « Maintenant, le gouvernement veut tirer parti de ces succès et faire oublier aux gens tous ces problèmes. Mais les gens ne sont pas dupes, la victoire de notre équipe est la nôtre, celle du peuple, pas la leur. »




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-19"> ¤ Suspecté d’avoir « incité » au djihad en animant le site Internet Ansar Al-Haqq, le Belgo-Tunisien a fait appel, comme deux de ses coprévenus et le parquet de Paris.
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« Djihad médiatique » : procès en appel pour Farouk Ben Abbes, condamné à quatre ans de prison

Suspecté d’avoir « incité » au djihad en animant le site Internet Ansar Al-Haqq, le Belgo-Tunisien a fait appel, comme deux de ses coprévenus et le parquet de Paris.



Le Monde
 |    14.07.2018 à 11h00
 • Mis à jour le
14.07.2018 à 13h50
   





                        



   


En première instance, Farouk Ben Abbes, avait été condamné à quatre ans de prison ferme pour son activité, à la fin des années 2000, sur Ansar Al-Haqq, site djihadiste francophone de référence. Cette figure de l’islam radical sera finalement rejugé, selon des sources proches du dossier à l’AFP, et l’exécution de sa peine suspendue d’ici là.
Le Belgo-Tunisien de 32 ans avait fait appel de sa condamnation, prononcée le 6 juillet, tout comme deux de ses coprévenus. Le parquet, qui avait requis des peines plus lourdes et demandé leur incarcération immédiate, avait également fait appel, selon une source judiciaire.

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Outre les quatre ans d’emprisonnement, le tribunal correctionnel de Paris avait condamné Farouk Ben Abbes à une interdiction définitive du territoire français. Mais en l’absence de mandat de dépôt prononcé à l’audience, Farouk Ben Abbes, qui était jusqu’au printemps l’un des plus anciens assignés à résidence de France, avait quitté libre le tribunal.
C’était la première fois que cet homme, cité dans plusieurs dossiers antiterroristes sans y être poursuivi, était condamné dans une telle affaire. Il avait bénéficié en 2012 d’un non-lieu dans une enquête sur des projets d’attentat signalés en 2009 par les autorités égyptiennes, où la salle de spectacles du Bataclan apparaissait parmi les cibles – six ans avant l’attaque du 13 novembre 2015 qui y fit 90 morts.
Trois autres prévenus condamnés
Comme lui, trois autres anciens administrateurs du site Ansar Al-Haqq avaient été condamnés pour association de malfaiteurs terroriste. Les deux autres prévenus présents au tribunal, Nordine Z. et David R., avaient été condamnés à respectivement quatre et trois ans de prison.

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Le quatrième prévenu, Léonard Lopez, parti en 2015 pour le djihad et qui serait aux mains des Kurdes de Syrie, avait été condamné en son absence à cinq ans assortis d’un mandat d’arrêt.
Désormais fermé, Ansar Al-Haqq, dont le nom signifie « les partisans de la vérité », était une référence du Web djihadiste en langue française à une époque où le djihad armé se menait notamment en Afghanistan ou au Pakistan.
Alors que les prévenus avaient affirmé que leurs activités sur le site se résumaient à « informer », le tribunal avait jugé que le site avait bien « incité » au djihad, avec « une vocation de recrutement » pour le combat armé « dans la lignée de ce qu’Al-Qaida recherchait, mener le “djihad médiatique” ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-20"> ¤ Isaias Afwerki doit concrétiser en personne la spectaculaire normalisation entre les deux voisins de la Corne de l’Afrique, après vingt ans de guerre.
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Compte rendu

Visite historique du président érythréen en Ethiopie

Isaias Afwerki doit concrétiser en personne la spectaculaire normalisation entre les deux voisins de la Corne de l’Afrique, après vingt ans de guerre.


Le Monde.fr avec AFP et Reuters
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        Le 14.07.2018 à 10h56

     •
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        Mis à jour le 15.07.2018 à 11h57






    
Des drapeaux érythréens et éthiopiens dans les rues d’Addis-Abeba, samedi 14 juillet.
Crédits : TIKSA NEGERI / REUTERS


C’est une visite historique, après vingt ans de guerre. Le président érythréen, Isaias Afwerki, est arrivé, samedi 14 juillet, en Ethiopie, pour concrétiser en personne la spectaculaire normalisation entre les deux voisins de la Corne de l’Afrique, qui ont adopté, il y a quelques jours à peine, une inattendue « déclaration conjointe de paix et de coopération ».
A son arrivée à Addis-Abeba, le chef de l’Etat érythréen a été accueilli par le premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed. La visite officielle du leader de ce petit pays de plus de 5 millions d’habitants doit durer trois jours.

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La semaine passée, le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed était lui-même venu à Asmara, capitale de l’Erythrée. Dans la foulée de cette rencontre, l’Ethiopie et l’Erythrée ont annoncé qu’ils allaient rouvrir leurs ambassades et les routes les reliant, reprendre les vols entre les deux pays et coopérer au développement des ports érythréens.
La déclaration conjointe des deux Etats précise, en outre, que « l’état de guerre qui existait entre les deux pays est arrivé à sa fin. Une nouvelle ère de paix et d’amitié s’ouvre ». « Les deux pays œuvreront à promouvoir une étroite coopération, dans les secteurs de la politique, de l’économie, du social, de la culture et de la sécurité », ajoute ce document.

    
Les revendications frontalières historiques entre l'Ethiopie et l'Erythrée
Crédits : Infographie Le Monde


Entre 70 000 et 100 000 victimes
Autrefois façade maritime de l’Ethiopie avec les ports de Massawa et d’Assab, l’Erythrée a déclaré son indépendance en 1993 après avoir chassé les troupes éthiopiennes de son territoire en 1991.

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De 1998 à 2000, l’Ethiopie et l’Erythrée se sont livré une guerre conventionnelle avec chars d’assaut et tranchées qui avait fait entre 70 000 et 100 000 victimes, notamment en raison d’un désaccord sur leur frontière commune. L’accord d’Alger conclut avait mis fin au conflit, mais le refus éthiopien d’appliquer la décision d’une commission d’experts indépendants choisie par les belligérants et soutenue par l’ONU en 2002 sur le tracé de la frontière a ensuite entretenu l’animosité entre les deux pays. Cette tension de presque deux décennies a été régulièrement traversée d’accès de violence.

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Ces troubles sont aussi à l’origine des déplacements de populations et des flux migratoires vers l’Europe. L’Erythrée, l’un des régimes les plus fermés et les plus répressifs au monde, a pris prétexte de questions sécuritaires pour museler toute opposition et interdire la presse indépendante. Il impose aussi un service militaire obligatoire qui peut durer indéfiniment, une autre des raisons qui incite les jeunes à fuir le pays. La détente avec l’Ethiopie voisine est ainsi assurément une manière pour le pays paria d’ouvrir la voie à une certaine normalisation, en s’inscrivant dans les changements en cours dans la Corne de l’Afrique.




