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<filname="SURF-env_sciences-1"> ¤ Au menu : le dernier repas d’Ötzi l’homme des glaces, un premier semestre 2018 très chaud en France, découverte d’une guêpe dotée d’un dard géant, etc.
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<filname="SURF-env_sciences-2"> ¤ Un patient avec une langue verte a suscité la perplexité du médecin qu’il consultait, jusqu’à ce que le moteur de recherche lève le mystère.
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<filname="SURF-env_sciences-3"> ¤ La détection d’un neutrino sous la calotte du pôle Sud a permis de remonter la piste de rayons cosmiques de haute énergie, dont l’origine défie les physiciens depuis un siècle.
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L’énigme des rayons cosmiques s’éclaircit

La détection d’un neutrino sous la calotte du pôle Sud a permis de remonter la piste de rayons cosmiques de haute énergie, dont l’origine défie les physiciens depuis un siècle.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 17h00
 • Mis à jour le
13.07.2018 à 06h43
    |

            Pierre Barthélémy








                        



   


Les mystères de l’Univers s’éclaircissent parfois en des lieux inattendus. Ainsi que le révèlent, jeudi 12 juillet dans Science, deux études réunissant les efforts d’une quinzaine d’équipes d’astrophysiciens à travers le monde, l’énigme des phénomènes cosmiques les plus puissants du cosmos a trouvé un début de solution… au pôle Sud. Non pas en scrutant le ciel mais dans les profondeurs de la calotte glaciaire.
Mais avant de raconter la découverte, décrivons ses enjeux. Parmi les défis qu’ont à relever les astrophysiciens se trouve celui des rayons cosmiques, découverts en 1912 et qui n’ont de rayons que le nom. Il s’agit en réalité de particules électriquement chargées – protons, électrons, noyaux atomiques… Beaucoup prennent naissance dans le Soleil mais les plus énergétiques de ces rayons cosmiques, accélérés à une vitesse approchant celle de la lumière, proviennent d’autres galaxies que la nôtre.
Leur source est inconnue car ces astroparticules ne sont pas « traçables » : en raison de leur charge électrique, leur course est déviée par les champs magnétiques qu’elles rencontrent et vouloir reconstituer leur trajectoire est aussi vain que d’essayer de savoir par où est passée une bille de flipper.
Afin d’identifier l’origine de ces rayons cosmiques de très haute énergie, les astrophysiciens misent donc sur un autre type de particules qui leur sont associées, les neutrinos. « Dans les régions où les rayons cosmiques sont accélérés, explique Kumiko Kotera, chercheuse à l’Institut d’astrophysique de Paris (IAP), il y a beaucoup de photons et de matière. Ils ne sortent pas indemnes de cette zone et vont interagir avec la matière et le rayonnement ambiants. Cela crée des neutrinos de haute énergie, qui sont des sous-produits de ces rayons cosmiques. »
Ligne droite
Pour les astrophysiciens, les neutrinos présentent un avantage incomparable : dénués de charge électrique, ils sont indifférents aux champs magnétiques et traversent le cosmos en ligne droite. « Photographier » la trajectoire de l’un d’eux permet donc de pointer vers sa source.
Retour au pôle Sud. C’est là que, entre 1 450 et 2 450 mètres sous la surface, est installé l’instrument IceCube, un kilomètre cube de glace au sein duquel ont été placés quelque 5 000 capteurs. Le plus grand chasseur de neutrinos du monde. Pourquoi un tel mastodonte ? Parce que les neutrinos sont des particules fantômes. Comme ils interagissent très peu avec la matière – des centaines de milliards d’entre eux traversent votre corps à chaque seconde sans que cela vous empêche de dormir –, il faut un énorme détecteur pour en prendre un au piège de temps en temps.

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Nous sommes le 22 septembre 2017, quelque part dans les tréfonds gelés d’IceCube. A 22 heures 54 minutes et 30 secondes (heure de Paris), un neutrino de haute énergie interagit avec la glace et y dépose sa trace. Tout comme un expert en balistique peut déterminer l’endroit d’où une balle a été tirée en analysant le trou qu’elle a creusé dans un mur, le système de détection d’IceCube détermine avec une assez bonne précision la région du ciel d’où est issue la particule : un petit coin de la constellation d’Orion.
Quarante-trois secondes après la détection, une alerte est envoyée qui signale l’événement. La suite, Azadeh Keivani, chercheuse à l’université d’Etat de Pennsylvanie et cosignataire d’une des études parues dans Science, la raconte : l’alerte « a déclenché une séquence automatique d’observations, dans les domaines des ultraviolets et des rayons X, par les télescopes spatiaux Swift et NuSTAR de la NASA, ainsi que par treize observatoires tout autour du monde ».
Un trou noir gargantuesque
Grâce à cette collaboration internationale de grande envergure, un « suspect » est vite identifié dans la zone. Dans le jargon astronomique, il s’agit d’un « blazar », portant le matricule TXS 0506 + 056. Contraction de « blazing quasar » (« quasar flamboyant » en français), un blazar désigne une galaxie dont le cœur est occupé par un trou noir gargantuesque. La masse de la bête peut équivaloir à plusieurs milliards de fois celle du Soleil, et autour d’elle gravite un disque de matière surchauffée qui, petit à petit, est avalée par le trou noir.
L’énergie mobilisée dans ces phénomènes est au-delà de l’imaginable. Deux jets de particules chargées s’échappent perpendiculairement au noyau de la galaxie à une vitesse proche de celle de la lumière, comme les deux cônes d’un gigantesque phare céleste. Si ce quasar nous semble flamboyant vu de la Terre, c’est parce que nous nous trouvons précisément dans l’axe d’un de ces cônes.
D’après les observations effectuées dans les heures et les jours qui ont suivi l’alerte, il apparaît que TXS 0506 + 056 est bien en phase active. Toute la difficulté, pour les chercheurs, a consisté à déterminer si le blazar était le parent du neutrino observé ou si la concomitance des deux phénomènes n’était due qu’au hasard. Une analyse statistique complexe a donc été menée par Anna Franckowiak : « Nous avons calculé que la probabilité qu’il s’agisse d’une simple coïncidence était environ d’une chance sur mille », explique cette chercheuse au synchrotron allemand DESY.
Une chance sur mille, cela peut sembler insignifiant, mais ce chiffre laisse un degré d’incertitude peu tolérable pour des physiciens. L’équipe d’IceCube s’est donc replongée dans ses archives et a déniché une douzaine d’autres neutrinos provenant de la direction de TXS 0506 + 056. La probabilité d’une pure coïncidence est tombée à une chance sur cinq mille. « Cela commence à devenir sérieux », commente Kumiko Kotera, qui souligne cependant que ce chiffre ne répond pas encore aux standards très rigoureux de l’astrophysique.
L’astronomie « multimessagers »
La chercheuse ne boude toutefois pas son plaisir, consciente d’être vraisemblablement en face d’une découverte historique. Elle souligne que, au-delà de la première identification d’une source de rayons cosmiques, ces travaux constituent un pas de plus vers un nouvel âge de sa science, celui de l’astronomie « multimessagers ». Pendant longtemps, les astronomes n’ont eu que la lumière visible des étoiles et des planètes pour travailler, puis leur palette s’est élargie à d’autres « couleurs », d’autres parties du spectre électromagnétique – ondes radio, infrarouge, UV, rayons X et gamma.
Et en une poignée d’années, de nouveaux messagers des astres sont entrés en scène : les ondes gravitationnelles, détectées pour la première fois en 2015 (et dont les découvreurs ont reçu le prix Nobel de physique 2017), et désormais les neutrinos de haute énergie. En combinant les messagers, les astrophysiciens auront à la fois « la couleur et la texture » du tableau qu’ils contemplent, pour reprendre l’image de Kumiko Kotera.
Directrice de la National Science Foundation américaine, qui finance en grande partie IceCube, France Cordova ne s’y est pas trompée, qui a réagi à l’annonce sur TXS 0506 + 056 en déclarant : « L’ère de l’astrophysique multimessagers a commencé. Chaque messager (…) nous donne une compréhension plus complète de l’Univers ainsi que d’importants nouveaux enseignements sur les objets et les phénomènes les plus puissants du ciel. » 



                            


                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-4"> ¤ Quelles réactions aurons-nous vis-à-vis des robots sociaux, conçus pour nous sembler doués d’émotions et d’empathie ? Ils vont bouleverser notre manière d’interagir avec autrui.
<filname="PROF-env_sciences-4"> ¤                     
                                                   
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Robot mon amour

Quelles réactions aurons-nous vis-à-vis des robots sociaux, conçus pour nous sembler doués d’émotions et d’empathie ? Ils vont bouleverser notre manière d’interagir avec autrui.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
13.07.2018 à 13h50
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            

Il va falloir vous y faire : de plus en plus, et de manière plus fluide et peut-être plus captivante qu’avec nombre d’interlocuteurs humains, vous allez converser avec des machines. Elles ne se contenteront plus de vous rendre toutes sortes de services : elles vous conseilleront, vous rassureront, vous feront rire, seront attentives à vous. Bien sûr, vous allez vous y attacher. Vous allez vous inquiéter pour elles, être triste quand elles seront cassées. Certains ne pourront plus s’en passer. Et il ne s’agit pas là d’un futur lointain ! Les assistants virtuels sont déjà dans nos ­téléphones, les robots domestiques dans nos foyers. Et tous, demain, seront infiniment plus performants qu’aujourd’hui. Entre les robots et nous, les affinités particulières ne font que commencer.

Faut-il s’en inquiéter ? S’en réjouir ? Question de génération, sans doute. Et de culture. Dans l’imaginaire occidental, le mot « robot » apparaît pour la première fois en 1920 dans une pièce de théâtre du Tchèque Karel Capek, R.U.R. (Rossum’s Universal Robots), et, tout de suite, la tragédie est au rendez-vous. D’ap­parence similaire à celle des humains, les androïdes créés par le démiurge Rossum remplissent les tâches qui étaient les nôtres – jusqu’au jour où ils se révoltent et détruisent la race humaine. D’alliés, ils sont devenus ennemis, selon un schéma catastrophiste qui a nourri par la suite quantité de romans et de films d’anticipation.
« Absorbeur d’angoisse »
Mais d’autres ressorts narratifs sont possibles. Au Japon, par exemple, où une philosophie animiste toujours prégnante fait imaginer une « âme » à tout ce qui semble doté d’un mouvement autonome, les robots sont perçus comme capables de faciliter notre croissance morale et notre maturation psychologique. La culture populaire les a adoptés depuis longtemps, et Astro, le petit robot, série de shonen mangas d’Osamu Tezuka publiée entre 1952 et 1968, y est devenu un symbole national.
Au...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-5"> ¤ Satisfaction des désirs, solitude, mémoire, relation à l’espace… Pour le psychiatre Serge Tisseron, les machines dotées d’une intelligence artificielle vont bouleverser non seulement notre quotidien mais aussi notre manière d’être au monde.
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Article sélectionné dans La Matinale du 12/07/2018
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Serge Tisseron : « Les  robots vont modifier la psychologie humaine »

Satisfaction des désirs, solitude, mémoire, relation à l’espace… Pour le psychiatre Serge Tisseron, les machines dotées d’une intelligence artificielle vont bouleverser non seulement notre quotidien mais aussi notre manière d’être au monde.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
13.07.2018 à 08h13
    |

            Catherine Vincent








                        



   


Serge Tisseron est psychiatre, docteur en psychologie et, depuis 2015, membre de l’Académie des technologies. Il a cofondé, en 2013, l’Institut pour l’étude des relations homme/robots (IERHR), dont il est toujours un membre actif. Serge Tisseron participera à deux rencontres dans le cadre du festival international de journalisme de Couthures-sur-Garonne : vendredi 13 juillet, à 16 heures, sur « Peut-on tout faire avec un sexbot? » et samedi 14 juillet, à 12 heures, sur « Fausses émotions, vrais sentiments ».
Comment l’omniprésence de machines dotées d’une intelligence artificielle (IA) dans notre quotidien va-t-elle modifier le psychisme humain ?
Les robots vont modifier la psychologie ­humaine autant que les progrès de l’alimentation et de la médecine ont modifié nos corps. Notre taille et notre corpulence ont changé, notre résistance aux maladies et à la douleur aussi, mais nous ne nous en rendons pas compte car ces changements nous sont devenus naturels. Il en sera de même avec les ­machines intelligentes, qui vont bouleverser non seulement notre quotidien mais aussi notre manière d’être au monde.
Quatre domaines, au moins, seront profondément modifiés. D’abord, notre capacité à différer la satisfaction de nos désirs. Le téléphone, puis le mail, ont déjà commencé à altérer notre capacité de résistance à l’attente relationnelle : avec la livraison quasi instantanée par drone, nous allons aussi devenir intolérants à l’attente des objets. Le degré suivant sera probablement l’intolérance à nos attentes de reconnaissance, car nos robots de proximité pourront nous gratifier de quantité de félicitations et gentillesses. Dès lors, serons-nous capables de supporter que la société humaine qui nous entoure soit moins aimable avec nous ? Aurons-nous seulement envie de continuer à la fréquenter ?
Le deuxième changement concerne le rapport à la solitude et au discours intérieur. Avec nos « chatbots »[« agents conversationnels »], nous allons développer une tendance à nous raconter en permanence. Contrairement à la plupart des humains, ces machines nous ­feront constamment rebondir par des questions, des plaisanteries et des gentillesses. Pour une raison simple : la capture de nos données personnelles…
Mais, du coup, la ­notion de solitude changera : la compagnie ne se définira plus seulement par la présence d’un humain, mais aussi d’une machine. Que deviendra la possibilité de se tenir à soi-même un discours intérieur, sans interlocuteur, lorsque nous serons habitués à en avoir un à demeure, prêt à nous écouter aussi longtemps que nous le voudrons ?
Les deux autres domaines dans lesquels l’IA va modifier notre psychisme sont notre ­mémoire et notre relation à l’espace. Demain, notre smartphone ne sera pas seulement en mesure de stocker quantité de nos données personnelles, il pourra les classer à notre place, participant ainsi en permanence à la construction de notre biographie.
Quant aux outils de géolocalisation, ils nous permettront bientôt de nous déplacer dans l’espace sans en avoir la moindre compréhension. Si la téléportation, aujourd’hui banale dans les jeux vidéo, existe un jour dans le monde réel, elle sera perçue comme totalement naturelle, car nous avons déjà perdu la représentation des espaces intermédiaires entre le point dont nous partons et le point où nous arrivons !
Les robots vont-ils obliger l’homme à redéfinir l’idée qu’il se fait de lui-même ?
Dans toutes les technologies inventées jusqu’alors, les objets étaient à mon service : je les mettais en route quand j’en avais besoin, comme un chef d’orchestre. Ce qui sera nouveau avec les objets dotés d’IA, c’est qu’ils pourront m’interpeller et me proposer leurs services comme des partenaires à part ­entière. Lorsque je rentrerai dans ma voiture autonome – Ford prévoit sa commercialisation pour 2021 –, je serai accueilli par une voix couplée à une petite caméra, qui me dira par exemple : « A voir ton visage ce matin, j’ai ­l’impression que tu as mal dormi ! »
Si j’ai oublié mon parapluie avant de sortir, ce ne sera pas ma femme ou mes enfants qui me le feront remarquer, mais mon assistant personnel qui me morigénera : « Rappelle-toi, je t’ai dit ce matin qu’il allait pleuvoir ! » Nous ­serons de plus en plus confrontés au fait que les machines ont des compétences que nous n’avons pas, c’est-à-dire à notre incomplétude humaine. Avec le risque d’une certaine honte face à nos insuffisances… Et celui d’une ­confiance de plus en plus aveugle dans leurs capacités. Nous serons ainsi graduellement enfermés dans une dépendance affective croissante vis-à-vis d’elles.
Comment la psychologie peut-elle étudier ces nouveaux phénomènes ?
Il va lui falloir intégrer notre relation aux ­objets comme un élément d’appréciation de la qualité de notre relation au monde – autrement dit de notre santé mentale. On estime aujourd’hui que celle-ci est bonne lorsqu’on a un bon réseau social, une sexualité satisfaisante, un travail à peu près stable…
Il faudra y ajouter la reconnaissance d’une dépendance affective saine aux objets. Elle pourrait en ­effet devenir pathologique, comme c’est le cas pour ceux qui souffrent de manque quand ils sont privés de jeux vidéo, de réseaux sociaux ou d’alcool. Un autre risque étant de glisser du bonheur de l’anthropomorphisme (je projette mes émotions et mes pensées sur un objet ou un animal, mais je sais qu’il s’agit d’une projection) aux illusions de l’animisme (je prête à l’objet en question des capacités cognitives et émotionnelles identiques aux miennes).
Pourquoi les machines intelligentes vont-elles augmenter ce risque d’animisme ?
Parce qu’elles pourront prendre l’initiative de la relation, et aussi parce que leurs fabricants alimenteront l’illusion qu’elles ont des émotions. Cela aggravera le phénomène constaté, il y a plus d’un demi-siècle, par l’informaticien Joseph Weizenbaum. Il avait écrit un programme baptisé Eliza, un précurseur des chatbots destiné à simuler un psychothérapeute dont la méthode consiste à reformuler les propos du patient en se concentrant sur ses réactions émotionnelles. Weizenbaum s’aperçut que certains des étudiants qui l’aidaient dans cette tâche avaient tendance à penser que la machine les comprenait vraiment ! Il eut alors cette phrase, qui devrait être inscrite au fronton de tous les laboratoires de recherche en IA : « Je n’aurais jamais cru qu’un programme aussi simple puisse provoquer chez des gens normaux de tels délires. »
C’est ce qu’on appelle un phénomène de dissonance cognitive : on a beau savoir que ce sont des machines, on ne peut pas s’empêcher de développer avec elles la même relation qu’avec des humains, et croire qu’elles ont des émotions. Plus récemment, l’état-major américain a découvert que certains soldats envoyés en Irak et en Afghanistan s’attachaient de manière déraisonnable à leur robot démineur : les dommages que ­subissait celui-ci les affectaient gravement, et ils voulaient absolument qu’on le leur répare plutôt que de recevoir un robot tout neuf sorti de l’usine. Pendant le combat, certains pouvaient même mettre leur vie en danger pour lui éviter des dommages.
Vous écrivez dans votre dernier ouvrage : « Si j’étais plus jeune, je créerais un ­laboratoire d’étude de la psychologie des IA. » Inventer une psychologie des machines, est-ce vraiment nécessaire ?
J’ai été conforté dans cette évidence par ce qui s’est passé avec Tay, une IA censée jouer le rôle d’une adolescente capable d’interagir sur les réseaux sociaux. Mise au point par Microsoft et « lâchée » sur Twitter en mars 2016, elle avait été programmée pour apprendre par imitation et renforcement. Résultat : après une journée et plus de 96 000 Tweet, des internautes mal intentionnés lui avaient fait tenir des propos misogynes, racistes et antisémites, contraignant Microsoft à suspendre en urgence son compte Twitter. Ce qu’il faut retenir de cette expérience désastreuse, c’est que les machines douées d’apprentissage évolueront différemment au contact de leurs utilisateurs.
S’agit-il à proprement parler de psychologie ? D’une certaine façon, oui. Si l’on s’en tient à ce qui est observable, des machines élevées dans des environnements différents se distingueront les unes des autres par leurs comportements, par leurs propos, voire par les émotions qu’elles simuleront. Il nous faudra donc étudier la manière dont ces IA se transformeront au fil des inter­actions avec les humains. Et aussi au fil de leurs propres interactions !
Car on l’oublie trop souvent, les communautés de robots vont prendre une importance croissante : ils pourront par exemple se connecter la nuit à un serveur central, une sorte d’école du soir qui corrigera leurs ­apprentissages les plus antisociaux. Cette ­interconnexion est le grand défi que nous poseront les objets dotés d’une IA. Les ­informaticiens nous présentent leurs créatures comme des objets « autonomes », mais leur puissance d’apprentissage et de stockage des données sera basée sur leur interconnexion permanente.
Les robots, dites-vous, vont changer notre rapport à la culpabilité. De quelle manière ?
D’une part en nous culpabilisant, de l’autre en nous déculpabilisant. Les machines vont pouvoir nous culpabiliser car nous allons leur donner le droit de nous punir. Reprenons l’exemple de la voiture autonome, dans laquelle le conducteur est censé rester ­disponible en cas de nécessité. Pour s’en assurer, le véhicule vous envoie régulièrement un ­signal, auquel vous devez répondre en mettant la main sur le volant. Si vous ne répondez pas au signal – parce que vous dormez, ou êtes plongé dans un film sur la banquette ­arrière –, que se passe-t-il ? L’algorithme vous sanctionne en vous obligeant, la prochaine fois que vous prendrez votre véhicule, à ­conduire vous-même, à l’ancienne.
Accepterons-nous de telles punitions comme relevant d’un pacte social ? Certains se sentiront-ils persécutés par leur machine ? C’est à ce genre de questions que les psychologues de demain seront confrontés. Mais les machines auront aussi le pouvoir de déculpabiliser, avec le risque de rendre certains ­d’entre nous de plus en plus inhumains. Les « robots tueurs », ces machines militaires programmées pour ouvrir le feu sur telle ou telle cible, présentent déjà ce danger. A partir du moment où l’homme sort de la boucle des décisions, il lui devient plus facile de se déresponsabiliser et d’accepter pour son propre ­intérêt des « dommages collatéraux » plus importants, autrement dit un plus grand nombre de morts civils.
Même si leurs fabricants font tout pour nous en donner l’illusion, les robots n’éprouvent ni émotion ni souffrance. Cela pourrait-il changer un jour ?
Il n’y a aucune raison de donner des émotions aux robots, bien au contraire. Rappelez-vous HAL, dans 2001 l’Odyssée de l’espace, et son ­fameux « J’ai peur » : c’est à partir de là que tout tourne mal. Mais une grande rupture surviendra probablement quand les robots combineront des matériaux inertes et biologiques. A ce moment-là, les humains eux-mêmes seront probablement transformés. Il n’y aura plus alors que des créatures métissées, des cyborgs. Certains plutôt humains, d’autres plutôt machines, sans que la limite entre les deux soit peut-être très claire.

A lire
Ouvrages de Serge Tisseron :
« Petit traité de cyberpsychologie » (Le Pommier, 304 p., 19 €) ; « Robots, de nouveaux partenaires de soins psychiques », en codirection avec Frédéric Tordo (Erès, 208 p., 12 €) ; « Le jour où mon robot m’aimera » (Albin Michel, 2015).



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<filname="SURF-env_sciences-6"> ¤ Soucieux de favoriser la confiance des utilisateurs vis-à-vis de leurs machines intelligentes, les roboticiens sont très attentifs à déterminer ce qui peut transformer une sensation de familiarité en sensation de frayeur.
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Le robot, un double étrangement inquiétant

Soucieux de favoriser la confiance des utilisateurs vis-à-vis de leurs machines intelligentes, les roboticiens sont très attentifs à déterminer ce qui peut transformer une sensation de familiarité en sensation de frayeur.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 13h00
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            

Imaginez un robot de compagnie ayant la forme d’une boîte, un autre de forme basse avançant sur six pattes, un autre encore marchant sur ses deux jambes : selon toute probabilité, c’est avec le dernier que vous aurez spontanément envie d’interagir. Si les roboticiens se donnent tant de mal pour concevoir des machines intelligentes à notre image, c’est que la ressemblance de l’autre nous met en confiance, nous fait nous sentir plus proches. Mais est-ce si vrai ?
« Réaction archaïque »
En 1964, le chercheur japonais Masahiro Mori avançait une conjecture qui a longtemps fait florès, celle dite de la « vallée de l’étrange » (uncanny valley). Selon lui, plus les robots ressembleraient aux humains, plus nous trouverions facile d’interagir avec eux – mais seulement jusqu’à un certain degré de ressemblance. Au-delà, la ressemblance serait à la fois trop grande et insuffisante. Un robot parfaitement humain dans son apparence nous paraîtrait ainsi monstrueux si nous découvrions, en lui serrant la main, que celle-ci est totalement glacée. On entrerait alors dans la « vallée », dont nous ne sortirions que lorsque les robots et les êtres humains deviendraient en tout point indiscernables.
Une version moderne, en quelque sorte, de « l’inquiétante étrangeté » décrite par Sigmund Freud, après une expérience personnelle qui l’a profondément perturbé : alors qu’il voyage seul dans un compartiment de wagons-lits, il voit un homme qui lui ressemble s’avancer vers lui… avant de comprendre qu’il s’agit de son reflet dans la glace.
« Qui sait, conclut-il, si le déplaisir éprouvé n’était tout de même pas un reste de cette réaction archaïque qui ressent le double comme étant étrangement inquiétant ? » Dans notre cohabitation avec les machines, nous n’en sommes pas là. Si les robots sociaux adoptent souvent une forme humanoïde (deux bras, deux jambes, un tronc et un casque en forme de tête, doté d’une bouche et de deux yeux stylisés),...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-7"> ¤ La thérapie miroir consiste à ­donner l’illusion à un patient, dont un membre supérieur est lésé, qu’il effectue bien une série de mouvements. L’illusion engendre une réorganisation du cerveau facilitant la rééducation.
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<filname="SURF-env_sciences-8"> ¤ C’est un agriculteur de Haute-Garonne qui a fait cette découverte en 2014. Jusqu’alors, l’espèce n’était connue que par quatre dents isolées.
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Un crâne du « mastodonte des Pyrénées » au Muséum d’histoire naturelle de Toulouse

C’est un agriculteur de Haute-Garonne qui a fait cette découverte en 2014. Jusqu’alors, l’espèce n’était connue que par quatre dents isolées.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 10h31
 • Mis à jour le
12.07.2018 à 11h35
   





                        



   


Les paléontologues du Muséum d’histoire naturelle de Toulouse ont présenté lundi 9 juillet un crâne « quasi intact » du mastodonte des Pyrénées, « un cousin de l’éléphant », le seul connu de cette espèce découverte en 1857, selon Francis Duranthon, le directeur du Muséum.
Cet exemplaire a été découvert « par hasard » par un agriculteur de Haute-Garonne sur un de ses terrains près de l’Isle-en-Dodon. En 2014, en faisant des travaux sur l’un de ses terrains (Haute-Garonne), cet agriculteur a trouvé des os. Craignant d’être « embêté » par une horde de curieux, l’agriculteur, qui refuse que soit communiqué l’emplacement exact de cette découverte, mettra deux ans avant de contacter le Muséum de Toulouse.
Ainsi, « c’est en 2017, en allant sur place, que nous nous sommes rendu compte de l’importance de la découverte, l’agriculteur était en fait tombé par hasard sur un mastodonte, qui n’était connu jusqu’à présent que par quatre dents isolées – deux conservées au Muséum de Toulouse et deux autres au Muséum de Paris » et qui avaient été découvertes à proximité de ce crâne en 1857.
Une espèce « mythique »
« Nous avons donc un crâne complet et cela va nous permettre de préciser l’anatomie de cette espèce », s’est réjoui M. Duranthon. « On met aujourd’hui un visage sur une espèce qui était devenue quasi mythique », a ajouté Pierre Dalous, le conservateur du Muséum.
« Le crâne complet a été retiré du terrain et ramené au laboratoire. Il est pris dans la roche, il faut donc maintenant gratter centimètre par centimètre pour dégager l’ensemble du crâne, nous en sommes à la moitié, il reste encore six à neuf mois de travail », a expliqué ce dernier.
Ce spécimen, « très rare » selon le Muséum, fait partie du groupe des proboscidiens et de la famille des gomphotherium, des animaux apparus en Afrique et qui ont migré en Europe il y a 18 millions d’années avant de disparaître il y a environ 1,5 million d’année. « Il s’agissait d’une sorte d’éléphant avec quatre défenses d’environ 80 centimètres, dont deux dans la mâchoire du haut et deux dans la mâchoire du bas », a détaillé le directeur du Muséum.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-9"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le physicien Julien Bobroff souligne les limites d’exercices trop formatés. Il appelle chercheurs et vulgarisateurs à imaginer ensemble d’autres façons de rendre la science accessible.
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« Scientifiques et médiateurs doivent collaborer pour réinventer la vulgarisation »

Dans une tribune au « Monde », le physicien Julien Bobroff souligne les limites d’exercices trop formatés. Il appelle chercheurs et vulgarisateurs à imaginer ensemble d’autres façons de rendre la science accessible.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 07h00
    |

Julien Bobroff (Physicien, professeur à l’université Paris-Sud)







                        



                                


                            

Tribune. Le concours MT180, « Ma thèse en 180 secondes » (MT180), vient de s’achever. Le doctorant victorieux a présenté son sujet de thèse avec brio en seulement trois minutes ! Une introduction enivrante, une ­métaphore drôle et décalée pour ­expliquer son sujet – les ondes sismiques – et une conclusion ouvrant sur l’avenir de notre planète.
Pourtant, plusieurs se sont plaints sur les réseaux sociaux d’un air de ­déjà-vu. Concours après concours, les présentations des candidats semblent souvent issues d’un même moule. Certains scientifiques critiquent l’exercice : construit à la façon d’un pitch pour entreprise, pas assez scientifique, un simple outil de ­communication pour nos institutions. Les partisans de MT180 répondent que l’exercice rend plus accessibles les scientifiques, qu’il montre la variété de leurs disciplines et, surtout, qu’il aide à former des doctorants à la vulgarisation.

Je suis moi-même partagé. J’ai ­toujours encouragé ce concours, dont je loue les vertus, participant même à des jurys dans le passé. Mais je reconnais avoir de plus en plus de mal à visionner ces prestations toutes formatées à l’identique.
Des musées scientifiques ont développé d’autres formes de médiation : science participative, fab lab et même « escape games »…
Au-delà, j’ai surtout l’impression d’assister une fois encore à un débat récurrent entre scientifiques et vulgarisateurs. Chez mes collègues chercheurs, on se méfie des effets de mode, de la « com » et des médias, d’Internet et de YouTube, et surtout du manque de fond et de substance.
Du côté du monde de la culture scientifique, j’entends parfois certains en avoir un peu assez des scientifiques qui n’acceptent de délivrer leur savoir que dans des formats longs, professoraux et magistraux, sans place pour le dialogue et adaptés seulement à certains publics d’initiés. De nombreux musées scientifiques ont d’ailleurs développé ces dernières années d’autres formes...




                        

                        


<article-nb="2018/07/13/19-10">
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<filname="SURF-env_sciences-10"> ¤ Anne Lehoërff analyse la période charnière où des armes ont été forgées non pour se nourrir mais pour tuer ses semblables.
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Et l’homme créa la guerre

Anne Lehoërff analyse la période charnière où des armes ont été forgées non pour se nourrir mais pour tuer ses semblables.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
12.07.2018 à 10h00
    |

            Pierre Barthélémy








                        



                                


                            

Le livre. Les histoires commencent souvent par la formule « Un jour… » Le dernier livre d’Anne Lehoërff, qui enseigne la protohistoire européenne à l’université de Lille, s’inscrit volontairement dans cette tradition narrative avec cette première phrase : « Un jour, les hommes inventèrent la guerre. »
Spécialiste de l’âge du bronze et de sa métallurgie, Anne Lehoërff a vu passer entre ses mains quantité d’objets anciens, des bijoux, de la vaisselle, etc. Mais pas uniquement. Il y a plus de trois millénaires, les artisans bronziers « fabriquaient aussi des objets pour tuer, des armes. Bien sûr, j’avais enregistré ces pièces dans mes listes d’inventaire ou mes références mentales. Et pourtant, bêtement, naïvement, je ne les avais jamais regardés en face en me disant : “Cette épée a tué des individus, un, plusieurs.” Et les bronziers étaient, littéralement, les artisans de cette mort violente. »
Dans Par les armes, Anne Lehoërff remonte à ce jour, situé quelque part entre 1700 et 1600 avant notre ère, où l’on inventa un objet spécifiquement fait pour tuer d’autres humains, l’épée. Certes des conflits meurtriers avaient eu lieu bien avant l’âge du bronze mais ils étaient rares et détournaient des objets de leur fonction première – l’arc du chasseur, l’outil qu’est la hache.
A l’âge du bronze, le progrès technologique, sans doute associé à une volonté politique, permet véritablement la naissance du concept de guerre tel que nous le connaissons : un affrontement armé entre deux groupes humains, accepté socialement, régulé, où les guerriers sont des tueurs légitimes mandatés par le pouvoir.
Le métal a parlé
L’archéométallurgiste qu’est Anne Lehoërff nous entraîne dans l’atelier d’un bronzier car, l’Europe de l’époque ne pratiquant pas l’écriture, c’est le métal qui va parler de ces ­sociétés du passé. Il dit le savoir-faire de ces artisans, capables de déterminer les bons alliages...




                        

                        


<article-nb="2018/07/13/19-11">
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<filname="SURF-env_sciences-11"> ¤ Dans les territoires contaminés par la catastrophe nucléaire, la fréquence des maladies cardiaques des enfants n’a pas augmenté, affirme une étude du « British Medical Journal ».
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<filname="SURF-env_sciences-12"> ¤ Les canidés auraient emprunté le détroit de Béring il y a environ 10 000 ans, mais l’arrivée des colons à la fin du XVe siècle aurait entraîné leur extinction. Le seul héritage qu’ils ont laissé : un cancer transmissible.
<filname="PROF-env_sciences-12"> ¤                     
                                                   
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Les premiers chiens d’Amérique, victimes de la colonisation européenne

Les canidés auraient emprunté le détroit de Béring il y a environ 10 000 ans, mais l’arrivée des colons à la fin du XVe siècle aurait entraîné leur extinction. Le seul héritage qu’ils ont laissé : un cancer transmissible.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 15h35
    |

                            Sarah Terrien








                        



                                


                            
Il est maintenant admis que la découverte des Amériques en 1492 entraîna le massacre des populations amérindiennes par les Européens, doublé d’une hécatombe engendrée par les germes transportés par les colons. Une étude publiée le 5 juillet dans la revue Science suggère que cette colonisation eut également des conséquences sur la survie des chiens domestiqués, compagnons des autochtones. Des équipes internationales, comprenant des chercheurs français, sont arrivées à cette conclusion grâce à l’étude de 71 ossements de chiens américains issus des fouilles archéologiques et de différentes bases de données de chiens modernes. Cette étude a permis de dater de manière précise l’arrivée des premiers chiens en Amérique (dits « précontacts »).
D’après cette étude, les chiens « précontacts » seraient arrivés en Amérique il y a environ 10 000 ans et descendraient de leurs ancêtres de Sibérie orientale. « Cette lignée unique est proche des chiens arctiques comme les malamutes ou les huskys, explique Laurent Frantz, professeur associé en génétique évolutive à la Queen Mary University of London et à l’université d’Oxford et coordinateur de l’étude. La comparaison de l’ADN (mitochondrial et nucléaire) des chiens archéologiques et modernes a également permis de démontrer que ces premiers chiens avaient un patrimoine génétique très différent de ceux qui vivent actuellement sur le continent américain. « Moins de 4 % du génome des chiens américains modernes est dérivé des premiers chiens d’Amérique », explique Laurent Frantz. Des résultats d’une précision jamais atteinte par le passé. « Les données sur le sujet étaient limitées avant cette étude, insiste le chercheur. L’analyse de l’ADN uniquement mitochondrial [hérité de la mère] n’était pas assez précise », poursuit-il.
Maladies fatales ?
Mais quand cette lignée a-t-elle pu disparaître ? « D’après les analyses, il semble...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-13"> ¤ Les vacances estivales sont l’occasion de renouer avec l’activité physique – et de s’exposer aux risques qu’elle implique. Des précautions s’imposent…
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L’été, saison sportive de tous les dangers

Les vacances estivales sont l’occasion de renouer avec l’activité physique – et de s’exposer aux risques qu’elle implique. Des précautions s’imposent…



Le Monde
 |    11.07.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
12.07.2018 à 06h38
    |

            Pascale Santi








                        



                                


                            

Pourquoi ne pas profiter de la pause estivale pour faire du sport ? Les vacances sont des moments privilégiés pour les bonnes résolutions, avec la volonté parfois de rattraper le « temps perdu ». Le soleil, la nature et… le Mondial de football sont autant de facteurs qui incitent à bouger plus.
Les bienfaits de l’activité physique pour la santé ne sont un secret pour personne. Que ce soit pour améliorer l’endurance cardio-respiratoire, réduire le risque de maladies non transmissibles, d’anxiété… Or, un adulte sur quatre ne suit pas les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) : au moins 150 minutes d’activité d’endurance d’intensité modérée par semaine, ou au moins 75 minutes d’activité soutenue. Sans parler des méfaits de la sédentarité.
Alors n’hésitez pas, les vacances sont l’occasion de davantage bouger et de faire du sport. Mais attention, tempère Eric Dugas, professeur des universités à Bordeaux en sciences de l’éducation et directeur du département recherche en sciences humaines et sociales, « il ne faut pas confondre activité sportive, a fortiori en compétition, où un certificat médical et une licence sportive sont exigés et un entraînement régulier est nécessaire, avec une activité physique de loisir, pratiquée pour être en forme ».
S’il n’y a aucun souci pour la natation, la marche… il faut en revanche être vigilant avant de se lancer dans une pratique intense, répétée, comme le tennis par exemple, avec des accélérations, des à-coups, ou faire un jogging ou du vélo avec intensité sous une forte chaleur. Attention aux chutes ; encore trop de cyclistes partent bille en tête faire du VTT ou monter et descendre des cols sans mettre de casque ! Pour limiter les risques, « il faut savoir s’auto­évaluer et connaître l’environnement dans lequel on évolue », avertit Eric Dugas.
Prévention à l’attention des vacanciers
Le ministère des sports a répertorié en 2017 pas moins de 3 000 interventions...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-14"> ¤ Comme dans toutes les langues, la conversation mathématique laisse place au flou et aux interprétations personnelles. Des ambiguïtés mises en lumière par un ouvrage révélateur.
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Eloge de l’imprécision mathématique

Comme dans toutes les langues, la conversation mathématique laisse place au flou et aux interprétations personnelles. Des ambiguïtés mises en lumière par un ouvrage révélateur.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
11.07.2018 à 15h30
    |

                            Etienne Ghys (Mathématicien, directeur de recherche au CNRS à l'Ecole normale supérieure de Lyon)








                        



                                


                            
Carte blanche. Selon l’opinion générale, le langage ­mathématique est d’une précision extrême, sans la moindre ambiguïté. N’entend-on pas souvent « c’est mathématique » lorsqu’une affirmation est indiscutable ? Léo et Jean-Pierre Larroche ont eu l’idée de passer quelques semaines dans le laboratoire de mathématiques de Nantes et ­d’écouter les mathématiciens parler entre eux, dans leur langue inaccessible au ­néophyte, mais faite pourtant de mots du langage courant.
Le résultat est un livre étonnant intitulé Imprécis de vocabulaire mathématique (éditions d’Athénor, 130 pages, 22 euros), qui vient de paraître. Imprécis ? En effet, comme dans toutes les langues, la conversation mathématique laisse une large place au flou et aux interprétations personnelles.
L’ouvrage est organisé autour de chapitres très courts qui reprennent des discussions réelles dans lesquelles des mathématiciens comparent leurs compréhensions de mots qu’ils emploient souvent dans un sens technique, mais qui ont pourtant un autre sens dans la langue de tous les jours. On croirait lire une succession de poèmes ésotériques.
Voici quelques exemples.
Avez-vous déjà entendu dire d’un objet mathématique qu’il est brave, ou honnête ? Cela signifie, à peu près, qu’il ne pose pas trop de problèmes, qu’il est générique, et en tout cas qu’il n’est ni exotique ni pathologique, et encore moins sauvage.
Quelle différence fera un mathématicien entre une fonction exotique et une autre qui est pathologique ? En gros, comme on le lit dans ce livre, on emploiera plutôt ­pathologique lorsqu’on a envie de s’en ­détourner et exotique si on souhaite l’observer de plus près. Tout le monde n’est pas ­d’accord et on lit aussi que « beaucoup de ­pathologies sont belles, intrinsèquement ».
L’un des intervenants affirme que le mot « naturel » peut « semer le trouble » car il peut être « synonyme de fonctoriel qui a un sens tout...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-15"> ¤ Face aux changements que connaît le secteur de l’espace, l’Europe est forcée de revoir sa stratégie.
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Le « New Space » bouscule l’espace européen

Face aux changements que connaît le secteur de l’espace, l’Europe est forcée de revoir sa stratégie.



Le Monde
 |    10.07.2018 à 20h46
    |

                            Julia Zimmerlich








                        



   


Dans le monde du spatial, il y a un avant et un après SpaceX. La dernière démonstration de force d’Elon Musk, le patron de l’entreprise, date de février dernier avec la mise en orbite d’une voiture Tesla. Elle a été propulsée par le Falcon Heavy, la fusée en activité la plus puissante au monde. « En dix ans, SpaceX a fait basculer le secteur de l’espace de la science vers l’innovation, analyse Nicolas Bouzou, économiste et directeur du cabinet de conseil Asterès. Le spatial est en train de devenir un secteur comme un autre, avec du capital investissement et des business models qui se dessinent. » Un changement de culture radical, qui pousse les grandes agences et les acteurs privés historiques à sortir de l’entre-soi et à repenser leur fonctionnement.
Aux origines du New Space
« La NASA a été traumatisée par l’échec des navettes spatiales (Challenger en 1986 et Columbia en 2003 qui ont provoqué la mort de 14 astronautes), poursuit l’économiste. Un gouffre financier qui s’est soldé par un échec cuisant. Au début des années 2000, l’agence spatiale américaine a changé de modèle : au lieu de piloter toutes les missions et de faire appel à des sous-traitants pour chaque pièce, elle fonctionne par appels d’offres, met en concurrence les start-up et entreprises privées historiques et passe commande à des prix élevés pour soutenir leur développement. » Un modèle qui a boosté l’innovation et fait chuter les coûts dans le secteur, mais qui fait grincer des dents en Europe. « Elon Musk se fait passer pour un entrepreneur mais il est massivement financé par des fonds publics », souligne l’ancienne ministre Geneviève Fioraso, auteure du rapport « Open Space », rendu en juillet 2016 au gouvernement Manuel Valls. C’est ainsi que SpaceX, créé en 2002, a été sauvé de la faillite en 2008 par une commande de douze lancements vers la Station spatiale internationale pour un montant de 1,6 milliard de dollars… Aujourd’hui encore, la NASA reste le client principal de SpaceX, qui facture 100 millions de dollars chaque lancement à l’agence américaine, contre 50 à 60 millions pour les tirs commerciaux exposés à la concurrence.
Une accélération ces trois dernières années
Dans le sillon de SpaceX, des centaines de start-up se lancent dans l’aventure, principalement américaines. « L’accès à l’espace devient de moins en moins cher, la demande de connectivité ne cesse d’augmenter et on découvre chaque jour de nouvelles applications de la donnée spatiale, poursuit Nicolas Bouzou. Tout est réuni pour que le marché du spatial explose. Nous ne sommes qu’au début de ce cycle d’innovation. »
Dans les faits, la baisse des coûts est vertigineuse. Le secteur estime que le coût d’accès au spatial a été divisé par dix en dix ans. Comment ? En innovant sur les modes de propulsion, en développant un lanceur réutilisable (le Falcon 9 de SpaceX) et en miniaturisant les satellites.
Les nanosatellites, ce sont ces petits satellites qui pèsent quelques kilos et font la taille d’une boîte à chaussures, là où un satellite de télécommunication classique pèse plusieurs tonnes. « Les nouveaux acteurs comme la start-up Planet constituent des constellations de centaines de nanosatellites en orbite basse, détaille Ane Aanesland, CEO de la start-up française ThrustMe. C’est l’avenir du big data, de l’Internet et de l’intelligence globale. Cela leur permet de distribuer le risque. Si un satellite tombe en panne, il y a peu d’impact sur la fourniture de service. »
Des constellations de nanosatellites
Les constellations permettent ainsi d’obtenir une image complète de la Terre plusieurs fois par jour, parfois plusieurs fois par heure, alors qu’il faut en moyenne cinq jours pour un satellite conventionnel. L’imagerie instantanée permet d’envisager de très nombreuses applications dans l’agriculture de précision, l’optimisation des précisions météorologiques, la gestion du trafic routier ou aérien, la surveillance des infrastructures, etc. Dans le domaine des nanosatellites, la recherche est très active notamment pour allonger la durée de vie de ces satellites « low cost ». « Au début du New Space ils restaient sept mois en orbite, aujourd’hui les derniers modèles tiennent cinq à sept ans », affirme la chercheuse.
Issue d’un spin-off de l’Ecole polytechnique et du CNRS, la start-up ThrustMe travaille sur un système de propulsion miniaturisé pour les nanosatellites. Une première version est déjà commercialisée. « Nous travaillons sur notre prochaine innovation : utiliser du carburant solide, de l’iode, qui a la particularité de passer directement de l’état solide à l’état gazeux, détaille Ane Aanesland. Or pour propulser nous avons besoin de gaz. Notre carburant sera plus dense, ce qui permet de réduire la charge et donc le coût de propulsion. »
Les nanosatellites vont aussi permettre de connecter le monde à l’Internet à bas coût et les 3 milliards d’individus qui n’y ont pas encore accès. L’entreprise britannique OneWeb prévoit ainsi de mettre en orbite 900 nanosatellites, dont les 10 premiers modèles doivent être envoyés dans l’espace d’ici la fin de l’année 2018. La conception et la fabrication ont été confiées à Airbus à Toulouse et aux Etats-Unis, et tous seront lancés par Arianespace. Une révolution pour Airbus, qui expérimente pour la première fois la production en série de satellites. OneWeb n’est pas la seule entreprise à s’engager sur ce marché très prometteur. SpaceX ambitionne de doter la Terre de 4 000 microsatellites reliés par laser.
La fronde des industriels
Mais l’Europe est-elle armée pour prendre ce virage ? Tom Enders, le patron d’Airbus, a récemment adressé un courrier à Emmanuel Macron et Angela Merkel, les appelant « vivement » à lancer une initiative franco-allemande pour « définir en coopération avec l’industrie une nouvelle vision spatiale, de nouveaux projets ambitieux et de nouvelles politiques pour l’Europe ». En ligne de mire : le fonctionnement de l’Agence spatiale européenne (ESA), qui ne pratique pas la préférence européenne pour les lanceurs. Aux Etats-Unis, le Buy American Act prévoit que tout satellite public doit être lancé par une fusée fabriquée à plus de 51 % aux Etats-Unis, excluant de fait Ariane 5 et les russes Soyouz et Proton. La Chine et la Russie ont adopté la même logique et mettent sur orbite les satellites institutionnels avec les fusées nationales. En Europe, les agences nationales passent par Space X ou Soyouz. L’industrie spatiale européenne réclame donc une véritable préférence européenne avec un nombre de lancements garantis pour Ariane 6, le nouveau lanceur européen prévu pour juillet 2020.
Les grands acteurs du secteur semblent pourtant avoir pris la mesure du tsunami SpaceX. L’ESA a mis en place des incubateurs spéciaux et donne des contrats de façon régulière à des acteurs du New Space. En France, le CNES est en train de créer son propre fonds d’investissement pour soutenir les start-up émergentes. Chez les acteurs privés, Airbus a créé en 2016 un fonds de capital-risque, Airbus Ventures. Sur les vingt-deux investissements réalisés depuis, quatre concernent le New Space, dont la start-up américaine Spin Launch, qui s’appuie sur un système de catapulte électrique pour propulser de petites charges. Mais les élus restent peu nombreux. « Nous avons réussi à lever 4,6 millions d’euros (capital-risque et subventions), depuis notre création en février 2017, reprend Ane Aanesland. Nous n’avons pas encore eu de financement du CNES ou de l’ESA, mais nous avons besoin d’eux notamment pour l’étape de démonstration en orbite. Aux Etats-Unis, la NASA soutient les start-up dans cette étape en étant leur premier client. Je crois que c’est aujourd’hui l’un des plus gros freins en Europe. »
L’industrie spatiale sera l’une des grandes thématiques abordées lors du Festival de l’innovation Novaq.
Les 13 et 14 septembre, la région Nouvelle-Aquitaine, en partenariat avec Le Monde, organise deux jours de débats, conférences, pitchs et ateliers au H14, à Bordeaux.
Scientifiques, experts, entrepreneurs échangeront autour de trois grands thèmes : le cerveau, l’espace et l’océan. Fil rouge de cette édition : l’innovation au service de l’humain. 
Programme et inscriptions ici



                            


                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-16"> ¤ Une équipe de recherche de l’université de New York vient de publier les images en time-lapse d’un iceberg qui s’est détaché du glacier d’Helheim, au Groenland. Un phénomène dont ils essaient de comprendre les conséquences à long terme.
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<filname="SURF-env_sciences-17"> ¤ Un collectif de chercheurs et de militants estime dans une tribune au « Monde » que les critiques de l’antispécisme sont construites sur une faible connaissance du sujet, conduisant à l’enrayement des débats sur la question.
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« Il est navrant de constater que des universitaires dénigrent l’antispécisme de manière expéditive »

Un collectif de chercheurs et de militants estime dans une tribune au « Monde » que les critiques de l’antispécisme sont construites sur une faible connaissance du sujet, conduisant à l’enrayement des débats sur la question.



Le Monde
 |    10.07.2018 à 17h00
    |

                            Collectif








                        



                                


                            

Tribune. Le spécisme fait de plus en plus débat dans la société. Un spéciste peut estimer, par exemple, que le fait qu’un animal appartient à une espèce particulière peut justifier à lui seul qu’on puisse le tuer pour en consommer les chairs. En France, société spéciste, on mange ainsi du cochon, mais pas du chat et encore moins de l’humain.
Le mot « spécisme » a été inventé dans les années 1970 en analogie avec les termes racisme et sexisme. Un raciste ou un sexiste va en effet ne pas avoir la même considération morale envers des personnes en fonction de leur race (ou supposée race) ou de leur sexe. Ces trois idéologies participent donc de la même logique et fondent des rapports de domination, d’exclusion et de violence à l’encontre d’individus appartenant à des catégories dépréciées.
L’intérêt des individus pris en compte
En revanche, pour l’antispécisme, l’espèce (à l’instar de la « race » et du sexe) ne peut constituer un critère pertinent de considération morale. Seul l’intérêt des individus est à prendre en compte, quelle que soit leur espèce.
Conséquemment, étant donné que l’on peut être en bonne santé sans consommer de produits d’origine animale et que les poissons, vaches, cochons ou poules ont un intérêt à la fois à ne pas souffrir et à ne pas se faire tuer, le mouvement antispéciste conteste la légitimité de l’élevage, de la pêche et des abattoirs.

Cette position bouscule bien sûr des traditions et des façons de penser millénaires. Elle remet aussi en cause le privilège que les humains s’arrogent de maltraiter les autres espèces selon leur bon plaisir. Qu’elle suscite des réactions de rejet n’est donc pas surprenant. Mais il est plus navrant de constater que des chercheurs la dénigrent de manière expéditive, comme en témoignent nombre d’interventions récentes en France.
Par exemple, dans un récent entretien, le philosophe Étienne Bimbenet récuse l’antispécisme parce que cette « idéologie »...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-18"> ¤ Embarqués à bord du navire scientifique « André-Malraux », les archéologues ont détecté une importante « anomalie » lors du diagnostic de deux épaves du XVIe siècle.
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Sur la piste énigmatique du vaisseau amiral la « Cordelière »

Embarqués à bord du navire scientifique « André-Malraux », les archéologues ont détecté une importante « anomalie » lors du diagnostic de deux épaves du XVIe siècle.



Le Monde
 |    10.07.2018 à 15h00
 • Mis à jour le
11.07.2018 à 15h49
    |

                            Vahé Ter Minassian








                        



                                


                            
Dans la salle de briefing de l’André-Malraux, la tension est montée d’un cran. Spontanément, l’équipage s’est rassemblé devant l’écran où défilent les images du sonar à balayage latéral tracté par le navire. Depuis sept jours que les archéologues sondent méthodiquement les fonds sous-marins devant la pointe du Petit-Minou, consacrant leurs journées à effectuer, tous les cinq mètres, des allers-retours sur la zone de « haute probabilité » large de 10 km2 ciblée, c’est la première fois, en ce mardi 3 juillet, qu’une « anomalie » d’une telle importance est signalée.
Certes, des ancres et d’autres objets moins identifiables ont tracé, plusieurs fois, des ombres sur l’ocre jaune du sol sédimentaire. Mais jamais encore le contour caractéristique d’une épave n’était apparu sur un cliché aussi nettement. Ce dernier montre, formant entre elles un angle de 45 degrés, deux bordées de navire avec leurs membrures entre lesquelles gisent des débris dont certains sont rectangulaires et très allongés. « Celui-là pourrait très bien correspondre à un canon », estime Michel L’Hour, le directeur du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm). Avant de remarquer que l’orientation particulière des carènes s’expliquerait facilement par la présence de, non pas un, mais deux bateaux qui auraient coulé en même temps… Cela serait une excellente nouvelle. Il s’agirait alors, très probablement, des nefs convoitées !

Commencée le 25 juin pour une période de trois semaines, cette campagne d’exploration du Drassm mobilisant le navire scientifique André-Malraux a pour objectif le repérage et le diagnostic de deux épaves du XVIe siècle : la Cordelière et le Regent.
Le 10 août 1512, la flotte franco-bretonne de Louis XII et d’Anne de Bretagne, en guerre contre la Sainte Ligue du pape Jules II, n’attend plus que l’arrivée de renforts venus de Méditerranée pour lancer une...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-19"> ¤ Aider les victimes d’un AVC à mieux récupérer, compenser les séquelles motrices ou cognitives après un accident ou un trauma : panorama des innovations dont bénéficie la médecine de réadaptation, qui tient son congrès international à Paris, jusqu’au 12 juillet.
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La rééducation, toujours plus performante

Aider les victimes d’un AVC à mieux récupérer, compenser les séquelles motrices ou cognitives après un accident ou un trauma : panorama des innovations dont bénéficie la médecine de réadaptation, qui tient son congrès international à Paris, jusqu’au 12 juillet.



Le Monde
 |    10.07.2018 à 11h00
    |

                            Florence Rosier








                        



                                


                            
Comment permettre à une personne de récupérer au mieux après un AVC, un accident de la route ou de sport ? Comment compenser l’impact, sur la vie quotidienne, des séquelles motrices ou cognitives liées à un traumatisme ou à une maladie – et rendre ainsi une certaine autonomie au patient ? Telles sont les deux grandes missions de la « médecine physique et de réadaptation » (MPR).
Créée en 1965, cette spécialité médicale méconnue est au centre de l’aide aux personnes handicapées. C’est elle qu’on sollicite dans les suites de soins des quelque 150 000 nouveaux patients qui font un AVC chaque année en France, dont 50 000 garderont des séquelles. Elle qui intervient dans la prise en charge des incapacités des 1 000 nouveaux blessés médullaires qui resteront para ou tétraplégiques. Elle encore qui vient au secours des déficits des patients atteints de sclérose en plaques, de poliomyélite (50 000 adultes souffrent encore des séquelles de cette maladie en France !), de hernie discale, de polyarthrite rhumatoïde…
Une approche globale et personnalisée
Du 8 au 12 juillet, près de 4 000 experts de 40 pays – spécialistes de MPR, neurologues, rhumatologues, gériatres, chirurgiens orthopédiques et pédiatres, mais aussi orthophonistes, kinésithérapeutes et ergothérapeutes – se réunissent à Paris, avec une quinzaine d’associations de patients. C’est la première fois que ce grand congrès annuel de la MPR, le 12e, se tient en France. L’occasion de mettre en lumière le dynamisme de cette médecine, à la fois hypertechnique et très humaine. « L’originalité de notre spécialité, depuis son origine, c’est son approche globale et personnalisée du patient, relève le professeur Alain Yelnik, coorganisateur du congrès, chef du service de MPR à l’hôpital Fernand-Widal (AP-HP, Paris). Quand il s’agit de rééduquer une personne, et plus encore d’optimiser sa réadaptation dans son environnement familial, social, professionnel, on comprend l’importance d’une telle...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-20"> ¤ L’étude de l’ADN ancien réserve quelques surprises et malmène parfois les idées reçues sur l’apparence de nos ancêtres. Un fossile anglais vient d’en offrir un exemple controversé.
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« Cheddar Man », un Européen noir il y a 10 000 ans ?

L’étude de l’ADN ancien réserve quelques surprises et malmène parfois les idées reçues sur l’apparence de nos ancêtres. Un fossile anglais vient d’en offrir un exemple controversé.



Le Monde
 |    10.07.2018 à 10h49
 • Mis à jour le
10.07.2018 à 14h15
    |

            Hervé Morin








                        



                                


                            
L’image a fait le tour du monde et stupéfié les Britanniques : en février, le Natural History Museum (NHL) de Londres a exposé un nouveau buste représentant « Cheddar Man », un fossile trouvé dans une grotte du Somerset il y a plus d’un siècle et vieux de 10 000 ans. La surprise venait de la peau sombre combinée à des yeux bleu-vert et des cheveux bouclés noirs attribués à l’occupant de ce qui n’était alors pas une île. De précédentes analyses génétiques avaient trouvé de soi-disant descendants directs de l’homme de Cheddar dans la ville du même nom, à la peau d’une blancheur toute britannique.

Mais voilà que de nouvelles analyses du génome ancien démentaient cette parenté et présentaient un « ancêtre » à la complexion inattendue. Pour les spécialistes, dont Thomas Booth (NHL), qui a participé à l’analyse du génome du chasseur-cueilleur, cela n’avait pourtant rien de surprenant. « D’autres fossiles européens encore plus récents portent des marqueurs de peau foncée à olivâtre », indique-t-il. En Europe, et plus spécifiquement en Grande-Bretagne, l’apparition de populations à peau blanche, des agriculteurs, serait bien postérieure à l’homme de Cheddar, dont l’héritage génétique légué aux Britanniques modernes est marginal.
Nombreuses critiques
Sa représentation en homme noir a suscité de nombreuses critiques, notamment scientifiques, et des discussions sans fin sur les réseaux sociaux, sur les implications « politiques » d’une telle découverte. « Nous nous sommes appuyés sur trente-six marqueurs génétiques liés à la teinte de la peau », se défend Thomas Booth, évoquant un article scientifique encore non publié. Certes, le modèle employé (HIrisPlex-S), aussi utilisé pour les recherches d’identification policière, est fondé sur des variants génétiques commandant la couleur de la peau aujourd’hui. « Mais il me paraît improbable que l’on soit passé à côté de marqueurs de peau claire qui auraient été présents il y a 10 000 ans,...




                        

                        

