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<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-1"> ¤ Le maillot jaune est resté le bien du Belge Greg Van Avermaet (BMC), en tête du classement général depuis lundi.
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Tour de France : le Néerlandais Dylan Groenewegen remporte la 7e étape

Le maillot jaune est resté le bien du Belge Greg Van Avermaet (BMC), en tête du classement général depuis lundi.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 18h12
 • Mis à jour le
13.07.2018 à 19h09
   





                        



   


Les coureurs du Tour de France avaient décidé de prendre leur temps vendredi 13 juillet. Avec 231 km au programme, cette étape entre Fougères et Chartres était la plus longue du Tour 2018. Et sans doute la plus propice à une sieste. Dylan Groenewegen ne fera pas la fine bouche après six heures de selle.
Vainqueur de l’étape des Champs-Elysées en 2017, le Néerlandais de 25 ans confirme qu’il est l’étoile montante du sprint mondial. Le coureur de la Lotto Jumbo devance le Colombien Fernando Gaviria, le maillot vert Peter Sagan et les Français Arnaud Démare et Christophe Laporte sur la ligne installée en faux plat montant, à la sortie de Chartres.
Bien placé à 200 mètres de la ligne, Mark Cavendish a encore calé et terminé à la 10e place. A 33 ans, le Britannique aux 30 victoires d’étape sur le Tour amorce ce qui ressemble à un déclin.

🔎 Enjoy how Dylan Groenewegen dominated the sprint today!
— LeTour (@Le Tour de France)


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Dan Martin un temps piégé
La journée s’est révélée tranquille pour les favoris du Tour. Sur les longues lignes droites de l’Eure-et-Loire, le vent ne soufflait pas assez pour la formation de ces bordures redoutées par certains et espérées par d’autres (dont les téléspectateurs devant leur écran). Le peloton a cheminé sans trop se presser vers un sprint massif à une allure de cyclotouristes. Hormis une première accélération en début de course et un coup de chaud, à moins de 100 kilomètres de l’arrivée, quand plusieurs équipes (AG2R La Mondiale, Trek, Movistar) ont brutalement accéléré.
Des candidats au podium, seul l’Irlandais Dan Martin a été piégé. Mais il a pu revenir quelques kilomètres plus loin. Le mouvement a condamné le Français Yoann Offredo, qui s’était lancé dans une échappée solitaire après 34 kilomètres de course. Laurent Pichon est parti à son tour à l’aventure à 84 kilomètres de l’arrivée. Le Français a fini par payer sa solitude et a vu le peloton revenir à 38 kilomètres de Chartres. Le coureur de Fortuneo pourra toujours se consoler avec le prix du combatif du jour.
Samedi, le programme annonce une nouvelle arrivée probable au sprint à Amiens avant l’étape tant attendue des « pavés », dimanche entre Arras et Roubaix.

📊 Here is today stage Top 10!
📊 Découvrez le Top 10 de l'étape du jour !
— LeTour (@Le Tour de France)


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<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-2"> ¤ Le pilote Techeetah aborde le Grand Prix de New York en tête du classement. Et si le pilote français estime que la FE est l’avenir du sport automobile, il ne ferme pas la porte à un retour en formule 1.
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Formule électrique : Jean-Eric Vergne, l’autre champion du monde

Le pilote Techeetah aborde le Grand Prix de New York en tête du classement. Et si le pilote français estime que la FE est l’avenir du sport automobile, il ne ferme pas la porte à un retour en formule 1.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 16h57
    |

            Catherine Pacary (Propos recueillis par)








                        



   


Il est à « une finale » du titre de champion du monde mais ne joue pas au football : Jean-Eric Vergne, ex-pilote de F1 (chez Toro Rosso) passé en 2014 à la formule E, court, samedi 14 et dimanche 15 juillet, le double ePrix de New York, qui clôt la 4e saison du championnat de monoplaces à propulsion électrique. Du bord de la piscine de l’hôtel Rooftop de Brooklyn, où il a pris ses quartiers, le Francilien âgé de 28 ans décrypte en amont les enjeux d’une discipline qui « a toutes les qualités pour être le futur du sport automobile ».
Vous courez ce week-end pour décrocher votre premier titre de champion du monde des pilotes de FE. L’affaire paraît plutôt bien engagée pour vous.
Si tout se passe bien, oui ! Il suffit que je marque 5 points samedi pour que Sam Bird [pilote DS Virgin, classé deuxième à 23 points] ne puisse plus me rattraper. Mais rien n’est jamais gagné. Il faut prendre les choses calmement, physiquement et mentalement.
Savez-vous que vous n’êtes pas le seul à jouer une finale dimanche ?
C’est pour cela que j’espère gagner aux points dès samedi, pour suivre le match [France-Croatie]. La finale tombe pendant les qualifications : il y aura un écran dans la chambre de contrôle des ingénieurs.

   


Vous êtes arrivé en FE il y a trois saisons, faute de volant en F1. Après Andretti puis DS Virgin vous avez rejoint l’écurie chinoise Techeetah. Estimez-vous que durant cette période la FE a gagné en notoriété ? 
Plusieurs championnats automobiles ont été créés par le passé et ont disparu après une ou deux saisons. Beaucoup anticipaient ce scénario pour la formule E. C’était un pari un peu fou d’Alejandro Aga [industriel espagnol, fondateur et propriétaire de la FE]. Un pari réussi : on roule dans les plus belles et les plus grandes villes du monde et c’est le championnat de sport auto qui attire le plus de constructeurs.

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Il vous a fallu vous adapter au pilotage des monoplaces électriques. Pouvez-vous préciser ?
Impossible ! F1 et FE sont tellement différentes, même si de l’extérieur, elles se ressemblent. Elles sont en particulier plus instables, car il y a moins de grip [« adhérence »] aérodynamique. Sur les tracés urbains étroits, il est plus difficile de rouler à 100 % des capacités d’une FE qu’à 100 % d’une F1 sur circuit. Surtout, la FE, ce n’est pas juste être le plus rapide, il faut aussi gérer l’énergie. J’ai appris, mais cela m’a pris du temps. Je fournis un travail beaucoup plus important en FE qu’en F1.

   


Le retraité de la F1 Felipe Massa est annoncé en décembre chez Venturi…
Cela montre qu’il y a un intérêt réel pour les pilotes. Les premières années, pas grand monde voulait venir en formule E. Aujourd’hui, je ne connais pas un pilote, à part ceux qui ont un bon contrat en F1, qui ne veut pas venir. Les places sont extrêmement chères dans ce championnat et c’est une bonne chose.

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L’événement de la saison prochaine est l’arrivée de la Gen2, monoplace capable de courir un ePrix entier, sans en changer à mi-course. Il s’agit d’une évolution importante.
C’était le point faible de ce championnat : en saison 5, la Gen2 aura 25 % de puissance en plus [250 kW au lieu de 200 kW] et le double d’autonomie. C’est un immense bon technologique, qui aurait pu être fait avant, mais il fallait attendre que le championnat soit stabilisé avant d’introduire une nouvelle monoplace.
La puissance ne vous manque pas (260 CV actuellement en FE ; près de 1 000 CV en F1) ?
Non non, pas trop… [il se reprend] Un petit peu bien sûr, parce que les F1 sont les voitures les plus puissantes au monde. Mais quel intérêt si on y réfléchit ? Les F1 de 2018 sont les plus rapides jamais créées… or devant leur écran de télévision, les téléspectateurs n’ont pas vu le changement.
En revanche, sur place, c’est sidérant…
100 % d’accord : c’est sidérant ! Il est certain que si vous mettez une formule E sur un circuit de F1, les gens vont s’endormir. Elle va beaucoup moins vite [220 km/h pour une FE, 360 km/h pour une F1]. En revanche sur les circuits urbains de New York ou Paris, la FE va bien assez vite. En qualifications [la puissance autorisée y est supérieure, à 260 km/h], franchement, ça fait peur !

   


Vous pensez donc que la FE est l’avenir du sport auto ?
Oui, totalement. A quoi se jauge l’attrait sportif d’une compétition ? A la bagarre en piste – il y en a en FE –, à la présence de « top drivers » – il y en a en FE –, à l’attrait pour les villes hôtes – promouvoir une mobilité non émettrice de CO2 – et à son business plan viable – sinon le championnat mourra. Il y a vingt ans, la F1 créait des technologies, qui ensuite s’appliquaient à la voiture de M. Tout-le-Monde. Les constructeurs avaient donc intérêt à être en F1 pour valoriser leur savoir-faire auprès du public. Aujourd’hui, pour profiter des avancées technologiques de la F1, il faut s’acheter une voiture à 2 millions ! Alors qu’en FE, les technologies utilisées en courses sont celles des voitures de série.
Mercedes doit d’ailleurs rejoindre le championnat de FE à la fin de 2019…
Donc oui, la formule E a toutes les qualités pour être le futur du sport auto.
Autre atout, l’image verte de la FE, qui a reçu, le 11 juillet, la certification environnementale ISO 20121 (comme les Jeux de Londres en 2012). 
On ne peut plus ignorer le changement climatique. J’ai passé quatre jours de vacances au Mexique, au bord de la mer des Caraïbes. J’y étais allé l’an dernier : la plage était de sable blanc et l’eau turquoise. Cette année elle est remplie d’algues, qui viennent du fleuve Amazone, à cause du réchauffement climatique. En FE, on est un peu plus sensibilisés. En revanche, quand les journalistes disent que le cyclisme ne pollue pas parce qu’il n’y a pas de moteur sur les vélos, c’est faux. L’emprunte carbone d’une étape du Tour de France doit être aussi importante que celle d’un Grand Prix. Il faut arrêter de stigmatiser tel ou tel sport et se poser les vraies questions.
Vous étiez au Castellet (Var) pour assister au Grand Prix de France du 24 juin. Qu’en avez-vous pensé ?
C’était génial de retrouver la formule 1 en France, sur ce circuit magnifique. En revanche, on s’ennuie à mourir sur un Grand Prix de F1 ! A part Vettel [Sebastian, quadruple champion et pilote allemand de Ferrari] qui repart dernier et remonte tout le monde, il ne se passe rien !
Selon la rumeur, toutefois, vous seriez prêt à rejoindre Toro Rosso, écurie de F1 pour laquelle vous couriez jusqu’en 2014 ?
Je le suis plus que jamais ! Je pense que je suis un bien meilleur pilote que lorsque j’ai quitté la F1. Et si Toro Rosso venait à m’appeler pour finir la fin de saison, j’irai directement. Mais de là à prolonger une saison entière en F1, en milieu de grille, et quitter le haut du tableau de la FE qui n’arrête pas de monter, la question se pose réellement.

   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-3"> ¤ Le match entre la France et la Belgique avait réuni 19,1 millions de téléspectateurs sur TF1. C’est 3 millions de moins que lors de la finale de l’Euro 2016 diffusée sur la même chaîne.
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Coupe du monde 2018 : le record d’audience de 2016 sera-t-il effacé ?

Le match entre la France et la Belgique avait réuni 19,1 millions de téléspectateurs sur TF1. C’est 3 millions de moins que lors de la finale de l’Euro 2016 diffusée sur la même chaîne.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 16h32
    |

                            Yassine El Azzaz








                        



   


Le record de la plus forte audience, détenu par la finale de l’Euro 2016 entre la France et le Portugal, sera-t-il battu, dimanche 15 juillet ? TF1 l’espère sûrement. Mardi 10 juillet, la qualification de l’équipe de France pour la finale, au terme du face-à-face avec la Belgique, a été suivie par 19,1 millions de personnes. Alors que les audiences augmentent à mesure que les Bleus enchaînent les victoires, il faudra quelque 3 millions de téléspectateurs en plus pour venir titiller le record de 22 millions, atteint lors de la défaite des Bleus face aux Portugais, en 2016.
Sur TF1 toujours, l’élimination des Britanniques en demi-finale a été suivie par 12,31 millions de personnes, soit 53,7 % des 4 ans et plus. Dans la foulée, les débats animés par Denis Brogniart et son équipe de consultants autour de la finale France-Croatie, qui sera diffusée ce dimanche à 17 heures, ont rassemblé 4,57 millions de téléspectateurs, soit 33,6 % des 4 ans et plus, entre 22 h 40 et 23 h 35.
De son côté, BeIN Sports a enregistré son record de la compétition lors du match Espagne-Russie, huitième de finale diffusé en exclusivité, avec 1 468 000 téléspectateurs en moyenne et un pic de 1 956 000 téléspectateurs. C’est le record de BeIN sur un match de compétition internationale. Le dernier en date étant également la finale de l’Euro 2016.
En légère baisse par rapport à 2014
En moyenne, la chaîne enregistre 1 million de téléspectateurs lors des matchs des Bleus, également diffusés sur TF1. Avant le début des rencontres, 632 000 spectateurs suivent en moyenne le magazine « Club Russia », tandis qu’ils sont 392 000 à s’attarder devant « Russia Night Show », en seconde partie de soirée. Ces audiences Médiamétrie ne comprennent pas celles mesurées sur les écrans mobiles, d’ordinateurs ou de tablettes. Ils ne comprennent pas non plus les audiences hors domicile, bars, hôtels et restaurants, nombreux à être branchés sur BeIN Sports.
Une étude menée par l’agence Publicis Media a ainsi montré que plusieurs millions de téléspectateurs hors domicile n’étaient pas comptabilisés. Dans le cadre de cette Coupe du monde, la chaîne qatarie a franchi le cap de 4 millions de foyers abonnés. Ils étaient 3,5 millions avant le début du mondial.

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Bien que très élevées, les audiences pour cette édition 2018 de la Coupe du monde sont en légère baisse par rapport à 2014, quand les matchs étaient diffusés en prime time, à 21 heures. En moyenne, 8,5 millions de téléspectateurs (depuis la mi-juin) ont suivi les rencontres, avec une part d’audience de 41,7 %, contre 8,8 millions il y a quatre ans (45,3 %).
58 millions d’euros de recettes publicitaires
Malgré ces millions de téléspectateurs, diffuser la compétition sportive la plus suivie au monde n’est pas rentable. Le groupe TF1, qui a acquis vingt-huit des meilleures affiches de la compétition pour près de 70 millions d’euros, devrait encaisser, selon un spécialiste du secteur, près de 58 millions d’euros de recettes publicitaires. Ces chiffres comprennent également le parrainage des émissions et les recettes issues des plates-formes numériques.
La somme de 58 millions d’euros ne suffit donc pas à rentabiliser les droits acquittés par TF1, ce qui n’est pas exceptionnel, puisqu’il est toujours très difficile, voire impossible, de rentabiliser les frais engagés lors des grandes compétitions.

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L’événement permet néanmoins au groupe de renforcer son image de numéro un et de consolider le rôle du média télévisuel dans un moment de liesse populaire. Pour les demi-finales, les tarifs pratiqués par TF1 pour les coupures publicitaires, diffusées lors de la mi-temps, ont varié entre 265 000 euros – pour un spot de quatre minutes diffusé lors de la première coupure publicitaire – et 250 000 euros pour les suivants. A titre de comparaison, le groupe M6 proposait des spots publicitaires à 270 000 euros lors de l’Euro 2016.
Pour la finale, les tarifs augmenteront très légèrement, puisque TF1 proposera un premier tarif à hauteur de 280 000 euros pour les écrans diffusés lors de la première coupure publicitaire et de 275 000 euros pour les suivants. Le bilan est donc positif pour le groupe, malgré un marché publicitaire en manque de dynamisme. C’est d’autant plus positif que, selon un connaisseur du marché, TF1 avait établi ses prévisions en pariant sur une équipe de France allant jusqu’en quarts de finale. La chaîne qatarie BeIN Sports ne communique pas ses recettes publicitaires.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-4"> ¤ Kolinda Grabar-Kitarovic ne cesse de s’afficher en première fan de son équipe nationale. Peu surprenant dans un pays où football et politique ont toujours entretenu des liens étroits.
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Coupe du monde 2018 : la présidente croate, ambassadrice d’une équipe nationale très politisée

Kolinda Grabar-Kitarovic ne cesse de s’afficher en première fan de son équipe nationale. Peu surprenant dans un pays où football et politique ont toujours entretenu des liens étroits.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 13h03
 • Mis à jour le
13.07.2018 à 13h54
   





                        



   


C’est « sa » Coupe du monde. Même en déplacement à Bruxelles pour le sommet de l’OTAN, Kolinda Grabar-Kitarovic, la présidente de la République de Croatie, n’a pu s’empêcher d’enrouler autour de son cou un foulard à damier rouge et blanc, le caractéristique šahovnica, blason de la Croatie.
Une coquetterie patriotique qui illustre combien la présidente croate, à la tête du pays depuis trois ans, est devenue la première ambassadrice de son équipe nationale, qui a réussi l’exploit de se hisser en finale du Mondial et affrontera, dimanche 15 juillet, la France.
Congé sans solde
Dès les huitièmes de finale, celle que le magazine Forbes place à la 39e place de son classement des femmes les plus puissantes du monde avait mis le paquet. Après la qualification des Croates dans une poule D pourtant très disputée, Mme Grabar-Kitarovic annonce prendre un « congé sans solde » pour se rendre en Russie, et achète un siège sur une ligne commerciale classique. Un voyage évidemment immortalisé sur les réseaux sociaux, alors que la présidente ne se départit plus de son maillot des Vatreni (les Flamboyants).
Le soir du 1er juillet, la présidente croate choisit de suivre la rencontre contre le Danemark dans les travées du stade de Nijni-Novgorod, plutôt que d’opter pour la tribune présidentielle, où se massent les autres responsables politiques. Là encore, la machine de communication fonctionne à plein pour montrer l’enthousiasme de celle que les médias rebaptisent la « première supportrice du pays ». 
En quarts de finale, Kolinda Grabar-Kitarovic remet ça pour gagner Sotchi : congé sans solde et nouveau vol commercial. Cette fois, elle reste dans la tribune présidentielle, au côté du président de la FIFA, Gianni Infantino, et du vice-président russe, Dmitri Medvedev. Au terme d’une épique séance de tirs au but, elle opte pour un geste triomphal, poings serrés en l’air pour marquer le « V » de la victoire.
Quelques minutes après la fin du match, la présidente croate poste sur ses réseaux sociaux des images d’elle dans le vestiaire, donnant une chaleureuse accolade à l’entraîneur Zlatko Dalic, puis dansant gaiement au milieu des joueurs.

Des victoires qui « forgent l’identité nationale »
Cet enthousiasme présidentiel est loin d’être anecdotique, dans un pays issu de l’éclatement de la Yougoslavie. Depuis l’indépendance de la Croatie, le 25 juin 1991, le football y a toujours été instrumentalisé pour porter le récit national, et pour faire rayonner à l’étranger ce petit Etat de 4,1 millions d’habitants.
Le premier président du pays, Franjo Tudjman ne s’y trompait pas, créant des liens plus qu’étroits entre son pouvoir et le monde du ballon rond. « Les victoires en football forgent l’identité nationale autant que les guerres le font », affirmait-il, lui qui s’affichait toujours en tribune les jours de match important du Dinamo Zagreb, qu’il fit un temps rebaptiser Croatia Zagreb pour en effacer la connotation communiste.
En 1998, alors que le pays participe à sa première Coupe du monde et crée la surprise en atteignant les demi-finales, Franjo Tudjman et son hégémonique parti, l’Union démocratique croate (HDZ), multiplient les mises en scènes patriotiques. La rumeur dit alors que le président croate a même un droit de regard sur la composition de l’équipe nationale…
Réseau mafieux
Cette étroite association a toutefois vite donné lieu à des dérives. La fédération nationale de football croate est devenue, au fil des ans, un réseau à caractère mafieux, contrôlé par des proches de la HDZ : elle est ainsi la fédération européenne ayant le plus subi de condamnations et de sanctions de la part de l’Union des associations européennes de football (UEFA).
Un héritage dont ne s’est jamais vraiment départi Kolinda Grabar-Kitarovic. Loin d’avoir fait le ménage, la présidente entretient des relations avec des personnalités souvent sulfureuses du football croate. Ainsi, durant le quart de finale contre la Russie, elle était accompagnée dans les gradins par Danir Vrbanovic, directeur général de la fédération, condamné début juin à trois ans de prison dans une affaire d’escroquerie. L’homme a fait appel de cette décision.

   


Proximités douteuses
Ce scandale, dans lequel plus de 15 millions d’euros ont été détournés lors de transferts de joueurs, a éclaboussé l’équipe nationale. Plusieurs stars sont mises en cause, et le meneur, Luka Modric, soupçonné de faux témoignage, risque même la prison. Surtout, cette affaire a fait tomber Zdravko Mamic, vice-président de la fédération croate, condamné à six ans et demi de prison. Ce dernier a choisi de se réfugier en Bosnie et d’en prendre la nationalité, pour éviter une extradition. De son côté, Kolinda Grabar-Kitarovic a été contrainte de reconnaître que cette personnalité « controversée » du football croate avait organisé plusieurs dîners en sa faveur, notamment pour sa campagne présidentielle.
Mais ces proximités douteuses entre monde du football et politiciens ne choquent plus tant que ça dans un pays si coutumier du fait. Sur Twitter, le chercheur Dario Brentin, spécialiste du football dans les Balkans, a écrit que « beaucoup de fans craignent que le succès de la Croatie à la Coupe du monde compromette leur lutte pour un football plus démocratique, en fournissant aux détenteurs du pouvoir actuel un important capital social, culturel et économique ».
Pour la plupart des supporteurs, en revanche, la question de la récupération politique n’est qu’un enjeu « secondaire » par rapport à l’enjeu sportif, selon le spécialiste.
Dimanche, pour la finale, la présidente croate sera bien évidemment au stade. A l’image de la nation croate, la présidente ne s’économisera pas pour soutenir son équipe nationale. Tout comme son homologue français, Emmanuel Macron, soutiendra la sienne, dimanche à Moscou.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-5"> ¤ « Roulette russe », épisode 30. Aujourd’hui Maxime Mianat rappelle toute l’importance de mépriser son adversaire, surtout quand il s’agit d’une finale de Coupe du monde.
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Coupe du monde 2018 : pourquoi il faut détester la Croatie

« Roulette russe », épisode 30. Aujourd’hui Maxime Mianat rappelle toute l’importance de mépriser son adversaire, surtout quand il s’agit d’une finale de Coupe du monde.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 12h30
 • Mis à jour le
13.07.2018 à 13h20
   





                        


Chaque jour durant la Coupe du monde, Eddy Fleck et Maxime Mianat analysent la compétition à leur façon. Attention : cette chronique peut contenir du second degré.

   


« Ils ont fait expulser Laurent Blanc. On leur a envoyé Bernard-Henri Lévy. Ils ont Dubrovnik. On a Saint-Tropez. Ils ont Modric, Mandzukic, Perisic. On leur a piqué Volvic. Leur pays a la forme d’un croissant, c’est de l’appropriation culturelle. »
Didier Deschamps marquera alors une pause. Il laissera entrer Laurent Blanc, suivi comme son ombre par Slaven Bilic. Bilic lui donnera une claque puis giflera les joueurs français, un par un, en disant du bien des pièces de théâtre de Frank Lebœuf. Sur le mur du vestiaire sera punaisé un article du quotidien croate L’Equipic à propos du jeu trop défensif des Bleus, avec citations du premier ministre belge à l’appui. La colère leur brûlera les tripes. Une finale ne se joue pas, elle se gagne sur le terrain psychologique. L’Angleterre était l’adversaire parfait : après des siècles de haine tenace et de pucelles brûlées, il n’était pas possible de les haïr davantage. D’ici à dimanche, il faudra détester la Croatie. Détester son adversaire, c’est le prendre au sérieux. Nous avons toujours beaucoup trop aimé les Portugais, voilà notre problème.
Ce ne sera pas facile. Il faudra probablement écouter Lilian Thuram. Oublier qu’en cas de victoire Emmanuel Macron prendra vingt points dans les sondages. Et surtout user de mauvaise foi. Saviez-vous que l’armistice du 22 juin 1940 a été signé par Hitler sur un drapeau à damier croate et non une nappe à carreaux Vichy ? Dimanche, la France peut gagner la Coupe du monde la plus faible de l’Histoire, un tournoi sans l’Italie et les Pays-Bas, avec l’Espagne et l’Allemagne en fin de cycle, une Argentine en déroute collective, l’Angleterre en demies et la Croatie en finale. La Croatie, autant d’habitants que le Nord-Pas-de-Calais, zéro Prix Nobel de littérature, aucune bombe nucléaire et pas un seul chanteur de la trempe de Michel Sardou. Ça y est, ils sont bien énervés ? Parfait.
Maxime Mianat

Les épisodes précédents de « Roulette russe »
Episode 1 : comment concilier Coupe du monde et vie de famille
Episode 2 : pourquoi il ne faut pas critiquer l’équipe de France
Episode 3 : pourquoi on ne sait pas encore si Griezmann pourra jouer contre l’Australie
Episode 4 : pourquoi le drapeau du Brésil n’est pas ce que vous croyez
Episode 5 : pourquoi les Anglais n’ont en réalité pas inventé le football
Episode 6 : pourquoi Pologne-Sénégal est un authentique derby
Episode 7 : pourquoi la Coupe du monde est un cauchemar pour les autres sportifs
Episode 8: pourquoi France-Pérou n’aura pas lieu
Episode 9 : pourquoi il y a toujours un drapeau algérien dans un stade
Episode 10 : pourquoi l’Antarctique est le grand absent du tournoi
Episode 11 : pourquoi il n’est pas raisonnable d’aimer à la fois Lionel Messi et Cristiano Ronaldo
Episode 12 : pourquoi on peut suivre la Coupe du monde sans aimer le foot 
Episode 13 : pourquoi le dopage n’existe pas dans le football
Episode 14 : pourquoi 0-0 est le score parfait
Episode 15 : pourquoi le match Panama-Tunisie sera l’événement du soir
Episode 16 : pourquoi j’ai renoncé à la nationalité française durant la Coupe du monde
Episode 17 : comment échapper à un mariage le jour de France-Argentine ?
Episode 18: pourquoi les statistiques sont indispensables au football
Episode 19 : pourquoi les joueurs brésiliens choisissent-ils leur nom de famille ?
Episode 20 : comment expliquer la Coupe du monde à son enfant
Episode 21 : comment briller en société en parlant football ?
Episode 22 : pourquoi il faut croire en Dieu avant France - Uruguay
Episode 23 : pourquoi cette équipe de France ne me fait pas rêver
Episode 24 : pourquoi les footballeurs sont des gens bien, finalement
Episode 25 : comment noter les joueurs ?
Episode 26 : pourquoi le football ne me manque absolument pas
Episode 27 : Pourquoi j’irai suivre France-Belgique à Armentières
Episode 28 : La Coupe du monde est-elle surcotée ?
Episode 29 : Qu’aurions-nous fait sans Benjamin Pavard ? 





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-6"> ¤ Durant le Tour, l’écrivain Olivier Haralambon analyse pour « Le Monde » le style des vedettes du peloton. Aujourd’hui, les sprinteurs Mark Cavendish et Andre Greipel, à l’occasion de l’arrivée à Chartres.
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Tour de France : les sprinteurs, des prédateurs inobservables

Durant le Tour, l’écrivain Olivier Haralambon analyse pour « Le Monde » le style des vedettes du peloton. Aujourd’hui, les sprinteurs Mark Cavendish et Andre Greipel, à l’occasion de l’arrivée à Chartres.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
13.07.2018 à 16h17
    |

                            Olivier Haralambon








                        


Durant le Tour de France, l’écrivain Olivier Haralambon, ancien coureur amateur, analyse et décrit le style des vedettes du peloton.

   


Chronique. Le rideau s’est donc levé sur une scène plate, mollement balayée par le vent. Par convention, le premier acte du Tour appartient toujours aux sprinteurs.
Mais avant que ne s’abatte sur la dernière ligne droite la houle écumeuse du peloton, avant que n’émerge du chaos terminal et ne se dresse, sur fond de visages crucifiés par la douleur et la déception, la face unique et radieuse du vainqueur, on ne sait pas grand-chose de ce à quoi s’emploient ces hommes-là. Leur comportement diurne est mal connu ; ils ne chassent qu’au crépuscule de l’étape. En vérité les sprinteurs sont inobservables.
En effet, non seulement, blottis dans la durée, ils se cachent, mais ils ne laissent rien paraître de leurs pouvoirs. Tout le jour, le sprinteur économise ses moyens. Il pédale mou. Sa vertu cardinale, c’est l’avarice. Son capital tient en quelques gouttes concentrées et, pour s’embraser comme une torche à moins de cinq cents mètres, il doit avoir préservé ce maigre per diem.

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La phrase des corps
Il faut donc s’y résoudre, on ne dispose que de quelques secondes pour déchiffrer leur(s) geste(s). A cette difficulté s’en ajoute une autre : les corps des sprinteurs sont des emblèmes incertains. Déjà l’expression d’un visage peut tromper, eh bien ! c’est encore pire avec les corps. Immobiles, réduits à leur dimension plastique, ils sont comme les lettres de l’alphabet qui en elles-mêmes n’enferment aucun sens ; il n’apparaît qu’entre elles, n’émerge que de leurs positions relatives. Seul le mouvement, la succession des postures, déroule la phrase des corps.
Cette opacité est particulièrement flagrante avec les sprinteurs, dont il n’existe ni archétype ni gabarit. Par exemple, peut-on imaginer figures et allures plus éloignées que celles de ces deux personnifications du sprint que sont Mark Cavendish et André Greipel ?
Tout chez Cavendish est plus rond et continu. Greipel n’est pas tant plus grand et lourd, il est plus anguleux, il est tout en brisures. Le premier, profilé, inspire la métaphore balistique, quand le second, carré, se ruant sur la ligne, évoque plutôt le fracas imminent de l’armoire défenestrée.

   


Un tourment d’affamé
L’homme de Man sprinte les yeux ronds et les coudes écartés, ouverts comme les fentes brachiales d’un poisson qui étouffe sur la grève. Le basculement du corps vers l’avant est maximal, on jurerait que le menton va venir frotter le pneu, mais le visage est relevé. Cette hyperextension cervicale place la bouche ouverte dans le prolongement de la colonne aplatie, et Cavendish semble aspirer à la ligne d’arrivée, tel l’apnéiste qui, trop longtemps resté là-dessous, aspire à la surface.
Le natif de Rostock avance par saccades. Sa roue oscille moins amplement et le pied écrase plus à plat. Surtout, au maximum de l’effort, sa tête est baissée, qu’il ne relève qu’une seconde de-ci de-là, pour vérifier sa trajectoire et la distance qui le sépare de la ligne. Entre des membres inférieurs et une ceinture scapulaire d’une force herculéenne, le torse à peine enroulé est la seule zone de résilience. Le visage se plisse, triste et douloureux, pendant que, ayant agrippé le cintre, il semble l’attirer à lui à chaque coup de boutoir.
Au fond, c’est peut-être une capacité à la soudaineté du désespoir qui réunit Greipel et Cavendish. Ils n’ont en commun que ce tourment d’affamé. Cet effort si singulier, qui consiste à saisir le bon moment pour tout lâcher — on ne sprinte pas les yeux sur son capteur de puissance : on dépense aveuglément —, puis à prolonger tant bien que mal cet abandon. Cet effort qui, plus que tout autre, ressemble à la jouissance et place sous la banderole une petite mort, pourquoi après tout n’assimilerait-il pas toutes sortes de corps, pourvu que quelque impérieuse panique les meuve ?
Olivier Haralambon est l’auteur de « Le coureur est son ombre » (Premiers Parallèles, 2017)



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-7"> ¤ Cent dix mille policiers et gendarmes seront mobilisés pour les festivités du 14 Juillet et de la finale, a annoncé le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, vendredi.
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Quelles villes mettent en place des fan-zones pour suivre la finale de la Coupe du monde 2018 ?

Cent dix mille policiers et gendarmes seront mobilisés pour les festivités du 14 Juillet et de la finale, a annoncé le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, vendredi.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 11h43
 • Mis à jour le
13.07.2018 à 14h35
   





                        



   


Il y a ceux qui y croyaient depuis le début, et les autres. Ceux qui se sont mis à y croire après la victoire face l’Argentine, en huitièmes de finale, puis face à l’Uruguay, en quarts de finale, et enfin face à la Belgique, en demi-finale. Ils sont allés acheter un maillot des Bleus et sont désormais prêts à sortir de chez eux pour aller soutenir, en famille ou entre amis, Mbappé, Griezmann, Pavard ou Kanté pour la finale de la Coupe du monde 2018 face à la Croatie, dimanche 15 juillet.
Comme pour l’Euro 2016, la majorité des grandes villes françaises seront au rendez-vous. Bon nombre d’entre elles ont choisi de mettre en place, pour l’occasion, des fan-zones — à quelques notables exceptions — Lille, Lorient et Verdun.
Pour dimanche, quelque 230 fan-zones, avec écran géant où le match sera projeté, sont d’ores et déjà recensées sur l’ensemble du territoire, a détaillé Gérard Collomb, le ministre de l’intérieur. En cas de victoire de l’équipe de France, « nous nous attendons à des scènes de liesse et de communion populaire partout en France », dit-il. Cent dix mille policiers et gendarmes seront mobilisés dans toute la France pour les festivités du 14 Juillet et de la finale, a encore précisé le ministre.
« Menace terroriste avérée », mais pas d’interdiction
« Le contexte n’a pas changé. » C’est ce qu’a tenu à rappeler, en évoquant la « menace terroriste avérée », Michel Delpuech, le préfet de police de Paris, jeudi 12 juillet, lors de la présentation du dispositif de sécurité qui sera mis en place dans la capitale à l’occasion de la finale.
Pour autant, cela n’a pas conduit les autorités à interdire les rassemblements de supporteurs. Et, notamment, l’installation de fan-zones. Dans un tweet, Gérard Collomb, le ministre de l’intérieur, avait rappelé, dès le 29 mai, qu’elles n’étaient pas interdites :
« Aucune interdiction stricte des retransmissions des rencontres du Mondial 2018 n’a été actée : elles seront simplement encadrées et sécurisées sous l’autorité des préfets et en lien étroit avec les collectivités locales, comme ce fut le cas lors de l’Euro 2016. »
Créer une fan-zone impose, en l’occurrence, de délimiter un espace avec des plots en béton ou des barrières, de mobiliser des forces de sécurité à l’entrée et aux alentours, d’instaurer un système de fouille et de palpations des personnes entrant dans cette zone et souvent d’y interdire la consommation d’alcool.

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La plupart des villes dont sont originaires les joueurs mobilisées
A Paris, ville d’Alphonse Areola et de N’Golo Kanté, un écran géant sera installé sur le Champ-de-Mars, près de la tour Eiffel. Des écrans géants seront aussi installés à Bordeaux, où 30 000 supporteurs sont attendus dans l’enceinte du stade Chaban-Delmas.A Rennes, l’écran géant installé sur l’esplanade Charles-de-Gaulle reste opérationnel pour la finale. « Il n’y a, au fond, jamais eu d’ambiguïté sur la diffusion de la finale sur grand écran si la France était en finale », a déclaré, à Ouest France, Cyril Morel, conseiller municipal délégué à la propreté.A Nantes, un écran géant sera installé dans le hall XXL du Parc des expositions, à la Beaujoire, a tweeté le premier adjoint à la maire de Nantes, Pascal Bolo.A Montpellier, la mairie va mettre en place un écran géant place Georges-Frêche, sur le parvis de l’hôtel de ville. Un filtrage de sécurité sera assuré à l’entrée.
La majorité des villes dont sont originaires les vingt-trois Bleus de Didier Deschamps ont organisé une retransmission de la finale dans une fan-zone créée à cet effet.
A Bondy (Seine-Saint-Denis), la ville de Kylian Mbappé, à Colombes (Hauts-de-Seine), dont est originaire Steven Nzonzi.A Beaumont-sur-Oise (Val-d’Oise), ville de Presnel Kimpembe, la retransmission aura lieu dans la fan-zone de la salle Léo-Lagrange.A Mâcon, la ville d’Antoine Griezmann, comme ce fut le cas pour la finale de la coupe d’Europe de 2016, retransmettra la finale dans la salle de spectacle du Spot.A Nice, ville d’Hugo Lloris, où un mouvement de foule a fait vingt-sept blessés légers, mardi soir, lors de la demi-finale, une fan-zone accueillant jusqu’à 12 000 personnes sera installée sur le miroir d’eau et la promenade du Paillon.A Troyes (Djibril Sidibé), la municipalité reconduit son opération « écran géant », rapporte L’Est Eclair. Lors de la demi-finale, 2 800 personnes avaient assisté au match face à la Belgique.A Orléans, chez Florian Thauvin, 6 000 supporteurs ont assisté à la rencontre France-Belgique. Ils ont rendez-vous dimanche pour la retransmission sur écran géant, au Campo Santo.A Evreux, qui a accroché les portraits de Steve Mandanda et d’Ousmane Dembélé — ils ont fait leurs premiers pas à l’ALM Evreux et à l’EFC ensuite pour Dembélé — la finale sera retransmise sur écran géant au stade Jean-Bouin.A Marseille (Lucas Hernandez), on a vu les choses en grand et on s’attend à recevoir jusqu’à 50 000 supporteurs au parc Chanot, a tweeté Jean-Claude Gaudin, le maire de la ville.A Lyon (Nabil Fekir), après avoir hésité, la ville a finalement décidé d’installer une fan-zone, dimanche après-midi, place Bellecour, poussant l’Olympique lyonnais à annuler sa retransmission prévue sur le parvis du Groupama Stadium.
Si, dans le Nord et dans le Pas-de-Calais, de nombreuses villes comptent aussi installer une fan-zone et un grand écran, la ville de Lille (Raphaël Varane) a toutefois annoncé qu’il n’y aurait pas de retransmission sur la Grand-Place. Pour des raisons de sécurité. Mais aussi à cause du passage du Tour de France dans la Métropole, rapporte France 3.
A Chambéry, chez Olivier Giroud, une page Facebook a été créée pour réclamer un écran géant, mais la mairie n’a pas encore pris de décision.

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                14 Juillet et finale de la Coupe du monde : les services de sécurité en alerte






                            


                        

                        


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édition abonné


L’application Strava se rêve « en réseau social des athlètes »

Ses utilisateurs peuvent mesurer, comparer, partager leurs performances.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 11h39
    |

            Alexandre Piquard








                        



                                


                            

Si vous voulez imiter Romain Bardet sur un vélo, le moyen le moins difficile est peut-être d’installer sur votre téléphone Strava l’application qu’utilise ce coureur du Tour de France pour mesurer ses performances. En consultant sa page publique sur ce réseau social, vous saurez qu’il a couru depuis lundi 9 juillet 433,8 km en 9 h 53, pour 4 241 mètres de dénivelé… et 14 147 km depuis le 1er janvier. « Environ 40 % du peloton enregistre ses déplacements sur Strava », se félicite James Quarles, le PDG de l’entreprise américaine.
Sur la page de « Romain B. », vous verrez aussi que le cycliste français est devenu le 11 juillet détenteur du record – « King of the mountain ou KOM » – sur la petite portion de route nommée « Beg Menez ». Un des « segments » de l’étape du Tour de France Lorient-Quimper que Thierry Gouvenou, le « traceur » de la célèbre course, a dessiné grâce à l’application : « Sans Strava, je n’aurais pas pu tracer des étapes comme celle-là », a-t-il expliqué à Ouest-France. En regardant où les bons coureurs s’entraînaient dans la région, M. Gouvenou a notamment déniché « une côte pas classée, une sorte de chemin de ferme, à peine goudronné, deux kilomètres après le Menez-Quélerc’h ».
Trente-deux activités sportives concernées
Strava est aussi destinée aux cyclistes amateurs, à ceux qui pédalent jusqu’à leur lieu de travail, ou aux adeptes du jogging, son autre sport-roi. Du ski à la nage, en passant par le canoë, l’application, encore peu connue du grand public, s’ouvre aussi à 32 autres activités. « Nous voulons être le réseau social des athlètes », explique M. Quarles. Fondée en 2009 à San Francisco, en Californie, Strava revendique 31,5 millions de membres, dont 1,4 million en France. Et « 1 million de plus tous les 30 jours ». 82 % des utilisateurs sont hors des Etats-Unis, selon l’application.
Alors que les réseaux sociaux comme Facebook sont accusés de trop...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-9"> ¤ Après avoir raté le titre européen face au Portugal, l’équipe de France a traversé deux ans de turbulences. Elle affronte la Croatie, dimanche, pour un 2e titre mondial.
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Coupe du monde 2018 : 2016-2018, d’une finale à l’autre

Après avoir raté le titre européen face au Portugal, l’équipe de France a traversé deux ans de turbulences. Elle affronte la Croatie, dimanche, pour un 2e titre mondial.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 11h07
 • Mis à jour le
13.07.2018 à 15h57
    |

            Rémi Dupré (Istra, Russie, envoyé spécial) et 
Adrien Pécout (Istra, Russie, envoyé spécial)








                        



   


Les Bleus tentent vainement de cacher leurs larmes, têtes enfouies dans leur maillot, encore sous le choc de la défaite. Ce dimanche 10 juillet 2016, au Stade de France, ils viennent de s’incliner face au Portugal : 1-0 après prolongation. Les illusions s’envolent : l’équipe de France a laissé échapper son Euro, organisé dans son pays, devant son public. Ce goût amer de la défaite, que neuf joueurs du groupe actuel ont connu, semble désormais lointain. Un profond rajeunissement de l’effectif, symbolisé par Kylian Mbappé, et l’investissement à toute épreuve de son sélectionneur ont porté les Bleus jusqu’à un autre rêve. L’équipe de France de Didier Deschamps doit désormais forcer son destin en finale de la Coupe du monde 2018, contre la Croatie. Dimanche 15 juillet, en fin d’après-midi, son voyage l’emmène jusqu’à Moscou et à ce stade Loujniki au charme si soviétique.
10 juillet 2016 : la défaite que Deschamps n’a pas « digérée »
De mémoire de suiveurs des Bleus, jamais Didier Deschamps n’avait été aussi marqué que ce dimanche d’été. Vers minuit, au bord des larmes, le capitaine des champions du monde 1998 s’avance dans l’auditorium du Stade de France, où l’attendent les journalistes. « C’est cruel de perdre cette finale comme ça, c’est très dur, soupire le sélectionneur, voix chevrotante. Cela n’a pas tourné dans le bon sens ce soir. »
Il s’en est fallu de peu : un tir d’André-Pierre Gignac qui rebondit sur le poteau, une frappe croisée du Portugais Eder qui, elle, s’achève dans les filets d’Hugo Lloris… « J’aurai besoin de temps pour digérer », grimace Deschamps. Ce soir-là, l’entraîneur refuse de mettre sa médaille du perdant au cou. Vainqueur de l’Euro 2000, l’ancien milieu de terrain manque là l’occasion d’égaler l’Allemand Berti Vogts, toujours le seul à avoir remporté la compétition continentale comme joueur puis comme sélectionneur.

   


Alors, pour assurer sa place au panthéon du football, le patron des Bleus se lance un nouveau défi : soulever la Coupe du monde 2018 en Russie et, ainsi, marcher dans les pas d’un autre Allemand, Franz Beckenbauer, et du Brésilien Mario Zagallo. Eux seuls, à ce jour, ont gagné le Mondial des deux côtés du banc de touche : comme joueur puis comme entraîneur.
Après pareille désillusion, Deschamps promet « des jours meilleurs » et renfile son bleu de chauffe. Ce retour à la routine le ramène à un dossier brûlant. Celui de Karim Benzema, déjà privé d’Euro en raison de sa mise en examen dans le scandale dit du chantage à la « sextape » : une affaire pour laquelle son ex-coéquipier tricolore, Mathieu Valbuena, a porté plainte.
25 août 2016 : le sélectionneur fait une croix sur Benzema
La question taraude tous les supporteurs de l’équipe de France : l’attaquant du Real Madrid figurera-t-il sur la liste de rentrée, pour le match amical contre l’Italie, le 1er septembre, et le déplacement en Biélorussie, cinq jours plus tard, en ouverture des éliminatoires pour le Mondial russe ? La réponse de Deschamps claque comme un couperet : « Je considère que ce n’est pas le moment. »
En réalité, la situation reste au point mort depuis cette date. Avant l’Euro, « DD » a très mal vécu une sortie médiatique du joueur. Dans un entretien au quotidien espagnol Marca, ce dernier accusait le sélectionneur des Bleus d’avoir « cédé à la pression d’une partie raciste de la France » par son refus de le réintégrer en équipe de France. L’interview a laissé des traces dans l’opinion publique. Sur le mur des Deschamps aussi : le technicien a découvert, furieux, un tag le traitant de « raciste » sur la façade de sa maison familiale, à Concarneau (Finistère).
« Benzema, c’est de l’histoire ancienne. Notre équipe de France a maintenant son style de jeu, et on ne peut pas revenir en arrière »
Sans l’assumer pleinement, Deschamps ferme désormais la porte au joueur. Au fil des mois, l’entraîneur campe toujours sur cette position, peu enclin à sortir de l’ambiguïté. Frappé d’anathème, l’avant-centre finit par se faire une raison, malgré plusieurs apparitions médiatiques. « Benzema, Didier n’en veut plus », souffle-t-on, courant 2017, à la Fédération française de football (FFF). A l’orée du Mondial russe, Noël Le Graët, le président de FFF, clarifie encore un peu plus les choses : « Benzema, c’est de l’histoire ancienne. Notre équipe de France a maintenant son style de jeu, et on ne peut pas revenir en arrière. »
Le constat n’a pas toujours été aussi évident lors des qualifications pour le Mondial. A chaque contre-performance, un nouveau débat sur l’avant-centre du Real Madrid. En septembre 2016, les Bleus s’enlisent (0-0) en Biélorussie. Un an plus tard, ils s’enfonceront encore davantage à Solna, dans la banlieue de Stockholm (Suède).
9 juin 2017 : l’erreur terrible de Lloris à Solna
Hugo Lloris s’en mordrait presque les gants. Ce 9 juin 2017, le capitaine des Bleus erre comme un gardien en peine, le jour de son 89e match sous le maillot tricolore. Malgré un sprint vers sa cage désertée, rien à faire : dans les arrêts de jeu, sa mauvaise relance dans l’axe permet à l’attaquant Ola Toivonen de marquer depuis la ligne médiane.
La France perd le match (2-1) et beaucoup de ses espoirs de qualification directe pour le Mondial 2018. Voilà d’un coup la Suède à la première place du groupe, devant les Bleus. « Je ne vais pas accabler Hugo, parce que quand ça arrive à un gardien, c’est forcément une bévue. Il est souvent décisif mais là, ça nous coûte une défaite », lâche, consterné, Deschamps.
La situation se complique pour lui, qui n’a guère besoin d’une calculette pour redouter la suite : un nouvel échec face aux Pays-Bas, le 31 août, entraînerait son équipe vers des matchs de barrages à quitte ou double. Comme en 2009 face à l’Irlande, comme en 2013 contre l’Ukraine.
Fausse frayeur : à Saint-Denis, la France domine (4-0) les Néerlandais. Dans ses rangs, plusieurs jeunes appelés à revenir : Thomas Lemar, Djibril Sidibé ou Samuel Umtiti. Sans compter un nommé Kylian Mbappé, 18 ans. Ce soir-là, le prodige a l’heureuse idée d’inscrire son premier but avec la France, quelques heures à peine après l’officialisation de son prêt record : le Paris-Saint-Germain le recrute en provenance de Monaco, moyennant la somme délirante de 180 millions d’euros. Le jeune Mbappé progressera de mois en mois. Tout comme s’intensifieront les critiques contre l’équipe nationale.
10 octobre 2017 : le temps des critiques
« On va en Russie ! » Le public du Stade de France peut bien s’égosiller et verser dans le triomphalisme, en ce doux soir d’octobre 2017 : victorieux de la Biélorussie (2-1), les Bleus viennent finalement de valider leur qualification pour le Mondial, sans même avoir à passer par les barrages.
Pourtant, Deschamps fait profil bas : « On n’a pas de maîtrise sur la durée. Je ne suis pas borgne ou aveugle, je m’en rends compte : il y a du travail dans toutes les lignes. » Lacunes défensives, physique déclinant, passes hasardeuses, manque de créativité, scories techniques : cette « petite » victoire inquiète, au même titre que celle à Sofia (1-0), contre la Bulgarie, perçue comme une purge.
Que dire, aussi, de la bouffonnerie face au Luxembourg ? En septembre 2017, à Toulouse, la France arrache le match nul… contre la 136e nation du football mondial. La presse éreinte alors Deschamps, en quête permanente de la bonne formule. Elle l’accuse de faire stagner ses troupes. « DD » pâtit de sa réputation : celle d’un entraîneur obsédé par la gagne, au point d’envoyer le beau jeu aux orties pour mieux cultiver son pragmatisme.
« Même si les gens voudraient qu’on gagne toujours 4-0, on s’est sorti des poules qualificatives très logiquement »
Paradoxalement, c’est en cet automne tempétueux que Noël Le Graët sécurise Deschamps, en prolongeant son contrat jusqu’à l’Euro 2020. « Les progrès étaient marquants, explique à présent le dirigeant. Même si les gens voudraient qu’on gagne toujours 4-0, on s’est sorti des poules qualificatives très logiquement. Didier a bâti une équipe très équilibrée, avec des jeunes qui se sont bien intégrés. »
2 novembre 2017 : Pavard, cet inconnu
Ce 2 novembre 2017, Benjamin Pavard a cours d’allemand. Ce n’est qu’après un coup de fil à ses parents qu’il apprend la nouvelle : voilà le défenseur de 21 ans convoqué en équipe de France ! Deschamps compte sur lui pour le prochain match amical contre l’Allemagne, à Cologne, le pays qui lui a justement donné une seconde chance de footballeur.
A dire vrai, journalistes et spectateurs partagent la surprise de l’intéressé, qui évoluait encore en deuxième division allemande la saison précédente. Des recherches à la hâte permettent d’en savoir plus sur ce joueur poussé vers la sortie à Lille, son club formateur, puis recueilli outre-Rhin, à Stuttgart. Jusque-là, « Pavard jouait souvent avec une provocante désinvolture, comme s’il cherchait à obtenir un rôle dans un remake du film Mister Cool », estiment les journalistes du Stuttgarter Nachrichten, le quotidien local.
Au sujet de sa trouvaille, Didier Deschamps loue sa faculté à contorsionner son 1,86 m avec souplesse. Quoique « défenseur central à la base, il peut jouer à d’autres positions », indique le sélectionneur. Au poste de latéral droit, par exemple, qu’il occupe désormais durant le Mondial russe.
Depuis son but fantastique en huitièmes face à l’Argentine, « Benji » a même droit à une chanson de supporteurs pour célébrer cette demi-volée sans contrôle à l’extérieur de la surface. Rimée, mais guère poétique, hélas : « Il sort de nulle part, une frappe de bâtard, on a Benjamin Pavard ! » Le latéral droit incarne ces nouvelles têtes que découvre la France, au même titre que Lucas Hernandez, son pendant à gauche, intégré en mars.
« Qui aurait cru voir Pavard et Hernandez titulaires en équipe de France ? »
« Qui aurait cru voir Pavard et Hernandez titulaires en équipe de France ? questionne Noël Le Graët. Tout le monde en parle aujourd’hui comme s’ils y jouaient depuis deux, quatre ans. » Le novice Pavard, à peine onze sélections au compteur, se disait même « prêt à jouer gardien » pour être du voyage en Russie. Son apport ainsi que celui de ses jeunes coéquipiers fraîchement intégrés dans le groupe tricolore seront primordiaux pour la suite.
23 mai-9 juin : une préparation agitée
Benjamin Pavard et Lucas Hernandez font bien partie des 23 joueurs retenus pour le Mondial. Le 23 mai, ils entament leur préparation à Clairefontaine (Yvelines), quartier général des Bleus. Pas Adrien Rabiot. Ce jour-là, le milieu du Paris-Saint-Germain décline son statut de réserviste. Dans un mail envoyé à Deschamps, le jeune homme lui fait part de ses états d’âme : le statut de suppléant prêt à intégrer le groupe en cas de blessure, très peu pour lui. Un « véritable suicide sportif », murmure-t-on à la FFF.
Pour le sélectionneur, le jeune joueur vient de commettre « une énorme erreur » : « Adrien s’est auto-exclu du groupe. » Rabiot assumera sa position dans un communiqué transmis au Monde : « Le choix du sélectionneur à mon égard ne répond à aucune logique sportive. »
Deschamps évacue vite le problème, mais il s’en serait bien passé : le lendemain, sur France 2, l’émission « Complément d’enquête » lui consacre son numéro. Un documentaire à charge, selon le principal concerné, qui a modérément apprécié l’évocation de sa carrière de joueur. Ou plutôt ses zones d’ombre : les insinuations sur sa connaissance de l’affaire « OM-VA », ce scandale de corruption qui a éclaté en 1993, ou encore les soupçons de dopage à son encontre, du temps où il évoluait à la Juventus Turin. Très remonté, l’entraîneur refuse de se rendre sur le plateau de Thomas Sotto, présentateur du magazine.
Comme d’habitude, Le Graët prend la défense de son sélectionneur. « S’il n’avait pas senti l’appui de la FFF et de son président, cela aurait été intenable, confie aujourd’hui le dirigeant. C’est normal que la presse le titille. Mais quand les critiques sont trop vives… » Sur le terrain, les Bleus réussissent leurs deux premiers matchs de préparation : victoires sur l’Irlande (2-0) et l’Italie (3-1). Mais le dernier test contre les Etats-Unis, le 9 juin, soulève plus d’inquiétudes : à Lyon, les joueurs quittent la pelouse – et la France – sur un match nul (1-1) préoccupant. « On va aller en Russie avec les clignotants », dit, souriant jaune, Didier Dechamps, qui met alors en garde contre toute sortie de route face à l’Australie, son premier adversaire dans ce Mondial.
16 juin : une entrée en matière laborieuse
Le sélectionneur a vu juste : ce 16 juin, à Kazan, le moteur tricolore a du retard à l’allumage. Face aux Australiens, les Bleus attendent la seconde période pour ouvrir le score. Et encore, après décision de l’arbitre : celui-ci a recours à l’assistance vidéo avant d’accorder un penalty aux Français. Une première dans l’histoire du tournoi. Antoine Griezmann transforme la sanction, qu’il avait lui-même provoquée. En toute fin de match, un but contre son camp garantit la victoire (2-1). Mais rien de bien rassurant pour Didier Deschamps, qui avait décidé d’aligner une équipe encore plus jeune que prévu : dans ses rangs, à peine trois joueurs de plus de 25 ans.
« Vous voulez que je vous dise quoi ? Ce type d’erreur arrive »
Samuel Umtiti rate aussi ses débuts : en pleine surface de réparation, sa main offre le penalty de l’égalisation aux Australiens. « Vous voulez que je vous dise quoi ? Ce type d’erreur arrive », réplique le joueur, qui aura le temps de se rattraper ensuite et de monter en puissance. Les jeunes Corentin Tolisso et Ousmane Dembélé, eux, perdent leur place dès le match suivant, contre le Pérou. « Il nous a manqué pas mal de liant, de vitesse dans la transmission, dans les prises de balle. On doit et on peut faire mieux », juge Deschamps. Le sélectionneur ne se fige pas dans ses certitudes et décide de rapidement revoir sa copie. Redevenus titulaires, les trentenaires Blaise Matuidi et Olivier Giroud accompagnent la montée en régime de l’équipe.
12 juillet : veillée d’armes à Istra
Les Bleus ont bien grandi en quatre semaines. Ils ont progressé en même temps que le tournoi. Ce 12 juillet, ils attendent la finale contre la Croatie. Dans leur camp de base d’Istra, à une heure de Moscou, les questions de journalistes les renvoient souvent à deux précédents. L’un, heureux mais très lointain : le 12 juillet 1998. Il y a vingt ans jour pour jour, leurs aînés remportaient le titre contre le Brésil et accrochaient une étoile au maillot tricolore. La seule à ce jour. L’autre, malheureux et beaucoup plus proche : il y a deux ans, neuf des vingt-trois joueurs présents en Russie s’inclinaient en finale de l’Euro 2016. Une défaite qui les hante encore.
« La phase à élimination directe a été un déclic pour nous tous, on s’est dit qu’une deuxième compétition commençait »
« Chacun, après ce match, a fait le bilan de cette finale », estime Samuel Umtiti. Au Mondial, le défenseur du FC Barcelone voit son équipe « sur le bon chemin » : « En huitièmes, en quarts, en demies, on est monté en puissance. » L’arrière s’est aussi découvert un profil de buteur providentiel. De la tête, sur un corner d’Antoine Griezmann, il éliminait la Belgique en demi-finale. Son complice de la charnière centrale, Raphaël Varane, avait, lui, ouvert le score contre l’Uruguay (2-0) en quarts. Deux substituts sortis de nulle part pour épauler Kylian Mbappé : en huitièmes de finale, contre l’Argentine (4-3), l’ailier avait laissé éclater son talent aux yeux du monde entier. « La phase à élimination directe a été un déclic pour nous tous, on s’est dit qu’une deuxième compétition commençait », abonde-t-il aujourd’hui. Son doublé a fait de lui le plus jeune joueur à inscrire au moins deux buts en Coupe du monde depuis le Brésilien Pelé au Mondial 1958. Mbappé a 19 ans et demi, il est né cinq mois après le sacre de 1998. Avec lui, la France se met à rêver d’un deuxième titre mondial.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-10"> ¤ Gérard Houllier, ancien sélectionneur et entraîneur de Lyon, analyse pour « Le Monde » la finale France-Croatie et estime que la défaite face au Portugal à l’Euro 2016 va aider les Bleus à aborder ce match.
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Coupe du monde 2018 : « Les Bleus ont retenu la leçon de la finale de l’Euro »

Gérard Houllier, ancien sélectionneur et entraîneur de Lyon, analyse pour « Le Monde » la finale France-Croatie et estime que la défaite face au Portugal à l’Euro 2016 va aider les Bleus à aborder ce match.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 10h57
 • Mis à jour le
13.07.2018 à 11h08
   





                        



   


En 2016, quand la France avait éliminé l’Allemagne en demi-finales de l’Euro, beaucoup pensaient qu’elle était déjà presque championne d’Europe avant même d’affronter le Portugal. Les six Bleus présents ce soir-là et qui disputeront la finale dimanche 15 juillet face à la Croatie ne veulent pas revivre cette situation. Quand on perd, on souffre, et les Français ne veulent pas souffrir une nouvelle fois. Ils seront prêts dimanche, forts de cette expérience malheureuse. Ils ont retenu la leçon. La France a gagné tous ses matchs avant les tirs au but ou la prolongation, à la différence des Croates, elle va forcément avoir cette étiquette de favorite. L’expérience de Didier Deschamps va aussi aider l’équipe à appréhender cette finale.
De leur côté, les Croates sont forcément fatigués. Mais on peut aussi se dire qu’ils ne peuvent que croire à leur étoile après un tel parcours. Vont-ils être dans l’état d’esprit de se satisfaire d’être déjà en finale ? C’est toute la question. D’une manière plus générale, cette équipe m’a donné l’impression d’avoir deux visages pendant ce tournoi. Parfois, elle a été assez ordinaire, mais elle a été aussi brillante par ses individualités et même collectivement.
En demi-finales, j’ai trouvé les Croates presque résignés face à l’Angleterre en première mi-temps, qui a sans doute eu le tort de trop gérer à 1-0 pour elle. Après la pause, ils sont revenus sur le terrain avec une attitude complètement différente, ce n’était plus la même équipe. Sur son côté gauche, Ivan Perisic a été celui qui a déclenché la révolte. Par ses appels, ses dribbles et son but bien sûr, il a allumé la flamme et entraîné ses coéquipiers dans son sillage.
Des joueurs prêts à se sacrifier les uns pour les autres
Quand on prend les onze titulaires, presque tous évoluent dans de grands clubs européens. La qualité est présente, la maîtrise technique aussi. En milieu de terrain, on a un peu moins vu Ivan Rakitic. Il m’a donné l’impression d’être fatigué, de ne pas avoir le rayonnement qu’il a avec Barcelone tout au long de la saison. Luka Modric, lui, a évolué plus haut sur ces deux derniers matchs. Il est plus influent et dangereux dans ce positionnement.
Il n’y aura pas de marquage particulier sur lui, puisque la France évolue dans un système de zone, mais on avait pu voir contre la Belgique que Paul Pogba avait exercé une surveillance plus particulière sur Marouane Fellaini, par exemple. Je fais confiance à Didier Deschamps pour définir quelle stratégie adopter avec Modric. A chaque match, il est parvenu à anticiper les problèmes posés par l’adversaire ou à y répondre très vite en cours de jeu.
Un élément me donne beaucoup de confiance pour dimanche. Sur tous ses matchs depuis les huitièmes de finale, l’équipe de France a été meilleure en seconde mi-temps au niveau athlétique, mais aussi sur le plan mental et collectif. Elle m’a donné l’impression de monter en puissance, ce qui est intéressant face à des Croates qui ont trois prolongations de trente minutes dans les jambes et sont allés au bout d’eux-mêmes. La fraîcheur mentale sera un atout important et je sens depuis le début une équipe avec des joueurs prêts à se sacrifier les uns pour les autres. C’est aussi ce que j’aime avec ces Bleus.
Gérard Houllier, ancien sélectionneur des Bleus, analysera pour « Le Monde » tous les matchs de l’équipe de France pendant la Coupe du monde.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-11"> ¤ Les fans des Bleus sont bien moins nombreux, depuis le début du Mondial, que ceux des autres sélections. Question de tradition, et d’organisation.
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Coupe du monde 2018 : supporteurs français en sous-effectifs

Les fans des Bleus sont bien moins nombreux, depuis le début du Mondial, que ceux des autres sélections. Question de tradition, et d’organisation.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 10h54
 • Mis à jour le
13.07.2018 à 11h07
    |

                            Franck Berteau








                        


Dans les gradins du stade Krestovski de Saint-Pétersbourg, mardi 10 juillet, les supporteurs français n’étaient que 2 000 à assister à la victoire des Bleus contre la Belgique. Autant dire qu’ils ont eu bien du mal à se faire entendre dans cette enceinte de 64 000 places. A Kazan, une dizaine de jours plus tôt, ils étaient à peine plus nombreux (2 500) pour France-Argentine, soit dix fois moins que leurs homologues sud-américains. Les comptes, côté tribunes, sont vite faits : au total, pour ce mondial, seuls 17 000 billets ont été vendus aux Français contre près de 80 000 aux Brésiliens ou encore 67 000 aux Colombiens. Une marée latino-américaine en provenance d’un continent où le football imprègne la société. Et où les populations éprouvent pour leur sélection un attachement viscéral.
En matière de ferveur, l’écart avec ces pays semble difficile à combler. Selon le sociologue Nicolas Hourcade, spécialiste des mouvements de supporteurs, la situation n’a pourtant rien d’irréversible. « Les cultures ne sont pas quelque chose de figé, assure-t-il. Elles évoluent et nous partons de très loin. En 1996, lors de l’Euro en Angleterre, il n’y avait quasiment personne pour encourager les Bleus ! En ce qui concerne la sélection nationale, on est sur un supporteurisme en plein développement. » Présent en Russie depuis le début de la compétition, Hervé Mougin, président des Irrésistibles Français, la principale association de fans des Bleus, note même une amélioration ces dernières années, grâce au dialogue enfin ouvert avec la Fédération française de football (FFF) : « Pendant longtemps, avec la FFF, nous avons été confrontés à un mur, à une fin de non-recevoir sur la question des supporteurs. L’arrivée de Noël Le Graët à la présidence en 2011 a tout changé. »
Image d’opportunistes, incarnée par le « Footix »
Depuis 2012, cette reconnaissance a permis aux fans les plus actifs de se rassembler, lors des matchs disputés à domicile, dans la tribune Nord du Stade de France et d’encourager debout leur équipe, ce qui n’était pas officiellement autorisé jusqu’alors. Autre nouveauté, la FFF facilite désormais l’entrée de leur matériel (drapeaux, tambours…) ou encore l’organisation de tifos (spectacles) à l’entrée des joueurs sur le terrain, comme lors du France-Pays-Bas du 31 août 2017. Ce soir-là, près de 60 000 feuilles de papier avaient été réparties sur trois des quatre tribunes pour composer le mot « France » en lettres noires sur un fond tricolore.
« Aujourd’hui, notre objectif, c’est déjà de continuer de faire du Stade de France un stade vivant, espère Fabien Bonnel, 34 ans, l’un des cadres des Irrésistibles Français, celui qui lance les chants. Il faut que les gens qui nous rejoignent soient, le plus possible, acteurs du match, supporteurs plus que spectateurs. Tout part de là. » Ainsi se félicite-t-il qu’au très simpliste « Allez, les Bleus ! » viennent aujourd’hui s’ajouter d’autres refrains fédérateurs, plus riches en paroles, qui se diffusent dans et en dehors des stades, à l’image de ce qui se fait ailleurs en Angleterre ou en Allemagne. « Tout cela prend du temps, poursuit-il. C’est très compliqué de casser l’image qu’avait le public de l’équipe de France. » Une image d’opportunistes, incarnée par le « Footix ». Emprunté à la mascotte de la Coupe du monde 1998, ce surnom désigne, aujourd’hui encore, ceux dont la passion pour le football et les Bleus ne s’éveille qu’épisodiquement, avec les succès.
« Il faut bien comprendre que cette équipe ne mobilise pas que des amateurs de foot, analyse Nicolas Hourcade. Il y a aussi plein de gens qui s’agrègent parce que c’est la sélection nationale et qu’elle est un symbole. Du coup, les célébrations se font davantage lors des grandes victoires. » Il n’y a qu’à voir comment les Champs-Elysées se sont remplis après le succès contre la Belgique, alors que les matchs précédents n’avaient pas suscité le même engouement.
Versatilité
« Ce qui m’agace, c’est de recevoir d’un coup des centaines de messages de personnes qui souhaiteraient avoir une place pour la finale, constate Hervé Mougin. Les mêmes qui crachaient sur l’équipe de France ou sur Didier Deschamps il y a quelques semaines. Je préfère que l’on soit 2000, entre fidèles, plutôt que de voir débarquer une flopée d’opportunistes. » La versatilité du soutien aux Bleus est d’ailleurs souvent raillée par les supporteurs les plus engagés des différents clubs de l’Hexagone – en particulier les groupes ultras – qui, pour la plupart, ne se retrouvent pas dans cette mentalité. Et participent ainsi moins activement à la fête lors des succès de l’équipe nationale.
De son côté, la FFF se dit « plutôt satisfaite » de la mobilisation populaire pour ce Mondial, même si, selon Florent Soulez, responsable marketing également chargé des relations avec les fans, « le bilan dans les tribunes n’est peut-être pas à la hauteur de l’énorme travail fait à ce niveau par la fédération depuis quelques années. Malheureusement, on a joué contre des nations latino-américaines surreprésentées, avec une culture très forte du chant et du supporteurisme ». Et puis, il y a aussi eu quelques couacs… Lors des matchs de la phase de poules, les spectateurs français ont été disséminés, à la différence de la majorité des délégations, dans diverses tribunes, au lieu d’être regroupés. Autre problème : les fiches récapitulant les drapeaux et tambours dont les Irrésistibles Français souhaitaient disposer n’ont pas toujours été envoyées dans les délais à la FIFA, empêchant, de fait, l’entrée de ce matériel dans les tribunes. Autant d’accrocs qui ont pénalisé le soutien visuel et vocal aux Bleus.
Si, à la FFF, on semble rejeter la faute sur la FIFA, pour Ronan Evain, directeur général du réseau Football supporters Europe, c’est plutôt l’instance nationale qui a manqué de sérieux : « La FFF n’a pas fait tout ce qu’il fallait pour mettre ses supporteurs dans les meilleures conditions pour soutenir l’équipe. Ces petites erreurs indiquent qu’elle ne fait pas toujours de ses supporteurs une priorité. » A titre de comparaison, en Allemagne, la fédération de football emploie quatre personnes pour s’occuper des fans et de leurs déplacements, tout comme la fédération anglaise, contre deux salariés pour la FFF, dont un seul se consacre à temps plein aux supporteurs.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-12"> ¤ La Croatie et la France, qui partira favorite de ce match, ont des approches tactiques opposées, liées aux caractéristiques de leur défense.
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Coupe du monde 2018 : France-Croatie, bataille d’idées pour un trophée

La Croatie et la France, qui partira favorite de ce match, ont des approches tactiques opposées, liées aux caractéristiques de leur défense.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 10h54
   





                        



   


Analyse tactique. « La défense dicte ses lois à la guerre. » La maxime est de Carl von Clausewitz, théoricien militaire prussien et auteur du traité fondateur De la guerre, dans lequel les partisans du catenaccio (« verrou ») se retrouvent sans doute beaucoup plus que ceux du football total. Près de deux siècles plus tard, cette phrase apparemment sans rapport avec la finale de la Coupe du monde, qui opposera la France à la Croatie dimanche 15 juillet à Moscou, résume pourtant l’un des enjeux tactiques de cette rencontre. C’est en effet la protection de son propre but, plus que l’attaque de celui de l’adversaire, qui dictera le comportement des deux équipes.
Est-ce à dire que Croates et Français passeront le match repliés dans leur camp et que personne ne prendra l’initiative ? Pas vraiment. Car les deux formations ont des approches opposées, liées aux caractéristiques de leur arrière-garde. Largement favoris, les Bleus s’appuient sur une ossature défensive ultrasolide, autour d’une charnière centrale dominatrice dans les airs et protégée par un N’Golo Kanté qui ratisse tous les ballons. Si l’on ajoute un Hugo Lloris en grande forme dans les buts, cela donne le cocktail idéal pour jouer très bas : domination physique, grande discipline (seulement six fautes commises face à la Belgique) et pensée collective. De quoi suivre José Mourinho, quand il assure : « On peut avoir le contrôle sans avoir le ballon. »
Philosophie ambivalente
A l’inverse, la Croatie, positionnée en moyenne beaucoup plus haut sur le terrain, se protège en éloignant au maximum le ballon de sa cage. En multipliant les passes, elle élabore certes des offensives qui doivent déstabiliser l’adversaire, mais elle impose surtout son propre tempo à la partie. A la façon de l’Espagne 2010, elle endort parfois plus qu’elle ne crée. Et rappelle la fameuse phrase de Johan Cruyff, dont le romantisme n’était pas toujours téméraire : « Si nous avons le ballon, les autres ne peuvent pas marquer. » Le symbole de cette philosophie ambivalente se nomme Luka Modric, génial milieu du Real Madrid, dont la candidature au prochain Ballon d’or prend chaque jour un peu plus d’épaisseur. Au cœur du jeu, il est le baromètre, tantôt devant la défense comme pendant une heure face à la Russie, tantôt relayeur voire numéro 10.
A travers Modric, ce sont bien sûr les forces mais aussi, et peut-être surtout, toutes les faiblesses croates qui apparaissent au grand jour. Car si son importance dans l’orientation et la gestion du jeu est cruciale, il doit être mis dans les bonnes conditions pour briller et déchargé d’une partie du travail défensif. D’où le recours au pressing, stratégie peu utilisée dans cette Coupe du monde qui, bien appliquée, oblige l’adversaire à se précipiter et à rendre le ballon.
Face à la Russie, en quarts de finale, Modric n’avait pas suivi le déplacement de Denis Cheryshev, bien content alors de profiter d’un peu d’espace pour frapper en lucarne. Contre l’Angleterre, mercredi soir, un retour en catastrophe mais mal maîtrisé lui avait fait commettre une faute à l’entrée de la surface, convertie directement par Kieran Trippier. Les autres buts concédés par la Croatie ? Un penalty à la suite d’une main du défenseur Dejan Lovren contre l’Islande, une touche mal défendue face au Danemark et une tête russe sur coup franc. Et qui sait quelle serait l’affiche de la finale si, en début de prolongation, Sime Vrsaljko n’avait pas sauvé sur la ligne une tête de l’Anglais John Stones sur… corner, la seule phase arrêtée où la Croatie n’a pas encore été battue.
Le football est imprévisible, mais le rapport de force semble jusqu’ici nettement à l’avantage des Bleus : pourquoi Samuel Umtiti et Raphaël Varane, impeccables face aux grands gabarits belges et uruguayens lors des deux derniers matchs et même buteurs de la tête, ne pourraient-ils pas réitérer la performance contre un adversaire qui peine à défendre dans sa surface ? C’est cette question, et l’évidence de la réponse malgré la taille de l’attaquant Mario Mandzukic, qui laisse imaginer un match à la physionomie similaire à ceux contre la Belgique et l’Argentine. Un adversaire qui veut le ballon, une équipe de France très contente de le laisser, et une grosse bataille au milieu pour rendre les attaques croates les plus inoffensives possibles.
Si l’Angleterre, qui défendait à huit en laissant deux attaquants prêts à contre-attaquer, a été trahie par son infériorité numérique au milieu (un 5-3-2 où la ligne de trois doit couvrir toute la largeur), la France a prouvé qu’elle n’avait pas peur de mettre dix joueurs dans son camp, la vitesse de Kylian Mbappé suffisant à se montrer dangereux une fois le ballon récupéré. Tout le monde, à l’exception parfois du Parisien, est donc concerné par cette récupération, avec une stratégie simple : Antoine Griezmann et Olivier Giroud empêchent les milieux d’être trouvés dans de bonnes conditions, Paul Pogba se charge de marquer le passeur et N’Golo Kanté se concentre sur la cible. Contre l’Argentine, ce n’est pas tant en défendant bien sur Lionel Messi qu’en le coupant d’Ever Banega, son principal pourvoyeur de ballons, que la France avait tué la menace dans l’œuf. Si Marouane Fellaini fut également géré facilement, Pogba, qui est le plus apte à remplir le rôle à condition de permuter avec Blaise Matuidi au milieu, pourrait trouver en Modric son adversaire le plus coriace…
Car la Croatie, dont le jeu peut vite devenir stéréotypé, entre actions individuelles des ailiers Ivan Perisic et Ante Rebic et multiples centres des latéraux Vrsaljko et Strinic, est jusqu’ici animée d’une force qui dépasse la tactique – là où la France, qui adapte la sienne à l’adversaire, n’a jamais eu besoin d’exploits. Ni un penalty raté en fin de prolongation en huitième de finale, ni une égalisation concédée sur le fil en quart, ni la fatigue accumulée, n’ont empêché les hommes de Zlatko Dalic, menés lors de leurs trois dernières rencontres, de poursuivre l’aventure. Et si Lovren a échoué cette année en finale de Ligue des champions, les titres européens accumulés par Rakitic, Modric, Mandzukic, Kovacic (huit C1 et une C3 à eux quatre) et Vrsaljko (une C3), font plus qu’équilibrer la balance de l’expérience des grands rendez-vous.
D’autant qu’il reste une variable de taille : comment la France, qui devrait être capable de provoquer des déséquilibres partout sur le terrain, réagirait-elle en cas de scénario défavorable ? Menée presque par hasard par l’Argentine, elle était partie à l’attaque, les boulevards défensifs de l’Albiceleste et une volée de Benjamin Pavard inversant immédiatement la dynamique. Neuf minutes de course-poursuite suffisent-elles à juger de la percussion d’une équipe qui semblait presque inoffensive sur attaque placée il y a de cela un mois ? Si la défense française dicte ses lois dans ce Mondial, la puissance de son attaque n’a pas encore été inscrite dans les textes.
Christophe Kuchly



                            


                        

                        


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Coupe du monde 2018 : à Trappes, le Mondial ne fait pas chanter les squares

La ville des Yvelines, connue pour avoir vu grandir Omar Sy, Djamel Debbouze et Nicolas Anelka ne vibre pas comme en 1998.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 10h52
 • Mis à jour le
13.07.2018 à 10h58
    |

            Ariane Chemin








                        


L’habitude, à Trappes, lors des Coupes du monde de football, c’est de « mettre le match dehors ». On installe la télé et des fauteuils au pied des squares, ces carrés d’immeubles imaginés de toutes pièces par la mairie communiste de cette ville des Yvelines grandie dans les années 1960, à trente kilomètres de Paris. En général, on improvise le barbecue et les grillades qui vont avec. « Trappes est une grosse ville de foot », assure Arnaud MBizi, « manageur général » de l’Etoile sportive, le premier club du département en termes d’effectifs (1 126 licenciés).
Rien de tout cela mardi, pour la demi-finale contre la Belgique. Ni le club ni la mairie n’avaient prévu de retransmission publique. « Nous n’avons pas eu de demandes », répond-on à l’hôtel de ville. Seules quelques rares fenêtres s’étaient pavoisées de tricolore, malgré l’atelier « confection d’un drapeau » proposé aux enfants par l’équipe municipale. Très vite, les comparaisons avec l’euphorie de 1998 sont devenues inévitables. « A l’époque, le drapeau bleu, blanc, rouge, ça avait moins de connotation politique, analyse Kamel Zerhdy, animateur au club de foot et agent à la SNCF. L’autre jour, j’ai décoré de drapeaux le stand commercial de la SNCF des Yvelines, à la gare de Plaisir. J’ai rajouté des ballons pour qu’on ne croie pas à un stand Front national. A force, ils nous font culpabiliser. »

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Quand, à vingt heures, le match a commencé, les allées des squares étaient désertes. C’est à peine si quelques gamins avaient sorti une télé à « Stendhal ». Le grand café des Merisiers, sur la place du marché, avait tiré son rideau de fer. Seule l’Equipe de choc, le café portugais de la vieille ville, avait prévu un deuxième écran, à l’extérieur. Une trentaine d’habitués y ont suivi la rencontre devant leur verre, comme on regarderait un feuilleton ou les infos. Ailleurs, quelques bars à chichas et des « grecs » avaient allumé la télé, comme à l’Interfood, le kebab installé entre la mosquée et le lycée, mais sans grand succès.
Une bonne partie des utopies de 1998 se sont envolées
D’ordinaire, « pendant les coupes du monde, la vitesse du son est plus grande que la vitesse de la lumière », note aussi Mustapha Larbaoui, pharmacien et président d’honneur de l’Etoile sportive. En 1998, les squares hurlaient à l’unisson du pays. L’un raconte la Safrane bordeaux qui avait fait le tour de la ville avec un fumigène volé au dépôt ferroviaire, un autre ce « gamin parti en moto sur les Champs ». « Au square de la Commune, on avait traîné la télé très loin, jusqu’au bord de l’hôpital », se souvient Farid Laoudi, responsable de la buvette du club.
En ce tournant des années 2000, Trappes était dingue de Nicolas Anelka – néanmoins pas sélectionné par Aimé Jacquet en 1998 –, une graine de champion formée à l’Etoile sportive et élevée à deux pâtés d’immeubles de celui du futur acteur Omar Sy – une autre gloire internationale, présent au match contre la Belgique aux côtés d’Emmanuel Macron. Les années ont passé, et avec elles une bonne partie des utopies de l’époque. « Je le disais déjà en 1998 : on a fabriqué le concept de la mixité sociale, culturelle, on a plaqué les trois B, black, blanc, beur, sur nos désirs, soupire Mustapha Larbaoui, le très populaire pharmacien. Moi, je disais que les valeurs du ballon n’ont pas besoin d’être transcendées par des formules marketing. D’ailleurs, après, ça a fait pschitt. Aujourd’hui, le foot, c’est encore les trois B, mais c’est business, business, business. »

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L’autre soir, quand le coup de sifflet final a retenti, seul Marwin, au kebab, a sauté de joie. « France-Belgique, je suis pour personne, je regarde, a soupiré Hakim, un autre client, devant ses frites. Moi, je dors dans ma voiture, eux, ils gagnent des millions par mois. » Des petits groupes sont tout de même descendus des immeubles pour converger vers le centre de la ville ou foncer vers les Champs-Elysées. Parmi eux, quelques personnes aux maquillages timides, mais rien à voir avec la forêt de drapeaux d’Elancourt, la riche ville mitoyenne, où la mairie avait réuni 1 300 spectateurs dans un gymnase, autour d’un écran.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-14"> ¤ Décevante depuis vingt ans lors des grands rendez-vous, la sélection au damier s’appuie sur un groupe expérimenté à l’esprit revanchard.
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Coupe du monde 2018 : les « Flamboyants » croates, une équipe forgée dans l’épreuve

Décevante depuis vingt ans lors des grands rendez-vous, la sélection au damier s’appuie sur un groupe expérimenté à l’esprit revanchard.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 10h48
 • Mis à jour le
13.07.2018 à 16h56
    |

            Anthony Hernandez (envoyé spécial à Moscou)








                        



   


Les footballeurs croates ont tué le père. Vingt ans après la génération dorée des Zvonimir Boban ou Davor Suker, leurs successeurs, emmenés par le capitaine Luka Modric, ont réussi l’impensable : qualifier leur petit pays de 4,1 millions d’habitants pour la finale de Coupe du monde, une première depuis l’Uruguay en 1950 (2,2 millions à l’époque).
Pourtant, la Croatie était comme fâchée avec la Coupe du monde depuis sa troisième place en 1998 pour la toute première participation de cette jeune nation. En 2002, 2006 et 2014, l’aventure s’est terminée à chaque fois au premier tour. Comme si le charme était déjà rompu. Lors de ce Mondial 2018, l’aventure des Vatreni (les « flamboyants ») a tenu du parcours du combattant. Après une phase de poules maîtrisée (trois victoires en trois matchs), les Croates enchaînent avec trois prolongations en dix jours et deux séances de tirs au but (contre le Danemark puis la Russie) lors desquelles le gardien, Danijel Subasic, endosse le costume de sauveur.
Et dire que le Monégasque et ses partenaires ont bien failli ne jamais voir la Russie à force d’enchaîner les résultats médiocres lors des qualifications. Entre juin et octobre 2017, la sélection au damier perd contre la Turquie et l’Islande, s’impose avec le minimum syndical (1-0) face au modeste Kosovo avant de concéder le nul contre la Finlande. Ce dernier résultat coûte sa place de sélectionneur à Ante Cacic, remplacé au pied levé par Zlatko Dalic, deux jours avant un match décisif face à l’Ukraine. Sous son impulsion, les Croates gagnent à Kiev et décrochent leur place au Mondial en passant par un barrage victorieux face à la Grèce.
La désillusion de l’Euro 2016
Le nouveau sélectionneur n’a pourtant pas un CV d’ancien international, et son expérience de technicien se résume à un poste d’adjoint de la sélection des moins de 21 ans et à des expériences d’entraîneur en Albanie, en Arabie saoudite ou encore à Abou Dhabi. Dalic décide de ne pas bouleverser le groupe en place et s’appuie toujours sur un solide noyau, déjà présent lors de l’Euro 2012 : le gardien, Danijel Subasic (33 ans), les défenseurs Ivan Strinic (30 ans) et Domagoj Vida (29 ans), mais surtout les milieux de terrain Luka Modric (32 ans) et Ivan Rakitic (30 ans), ainsi que les attaquants Ivan Perisic (29 ans) et Mario Mandzukic (32 ans). Malgré le renfort de jeunes loups, comme Marcelo Brozovic (25 ans) ou Ante Rebic (24 ans), la Croatie est une équipe de grognards qui s’est forgé un état d’esprit revanchard à travers les récentes déceptions.

   


La dernière remonte à l’Euro 2016, où, après un premier tour éblouissant (dont une victoire au passage contre l’Espagne), la Croatie n’avait pas trouvé la solution en huitièmes de finale face au casse-tête portugais. De cette désillusion, huit joueurs titulaires le 25 juin 2016 à Lens l’étaient aussi mercredi 11 juillet à Moscou contre les Anglais… Et ce chiffre impressionnant aurait pu monter à neuf si le défenseur de Liverpool, Lovren, ne s’était pas brouillé avec le précédent sélectionneur avant le tournoi organisé en France.
Luka Modric est toujours le chef de file et le baromètre de son équipe. A 32 ans, le vainqueur des trois dernières Ligues des champions avec le Real Madrid peut même rêver au Ballon d’or en cas de victoire, dimanche, face aux Bleus. Trois fois vainqueur de ce trophée, le Néerlandais Marco van Basten décrit le rôle capital du milieu au physique d’éternel adolescent : « Modric guide son équipe, dirige le jeu. Avoir un joueur comme lui vous mène très loin. La force des Croates est leur mental. Ce sont des battants qui jouent collectif et qui adorent ce genre de match. »
« Quatre millions de joueurs »
La cohésion de l’équipe est en effet leur principal atout. Et gare à celui qui manque de respect au maillot. Avec l’approbation de Modric, Zlatko Dalic n’a pas hésité à renvoyer chez lui Nikola Kalinic, coupable d’avoir renâclé à entrer en jeu en fin de match contre le Nigeria, prétextant un mal de dos.
Les scènes de joie après le deuxième but en demi-finale ont également fait le tour du monde : titulaires et remplaçants qui ne forment plus qu’une montagne humaine sous laquelle un photographe de l’AFP est enseveli. Damien Goulagovich, journaliste pour le site Footballski, spécialisé sur le football de l’Europe de l’Est, décrypte cet état d’esprit : « Les joueurs sont très attachés au pays, ils jouent pour la patrie, plus peut-être que d’autres. C’est lié au fait que la Croatie est une petite nation et aussi parce que la guerre est encore dans les esprits. Modric et certains de ses coéquipiers, qui ont la trentaine, ont entendu, gamins, les bombes tomber. »
Malgré les limites liées à sa population et à un manque criant d’infrastructures, le football est une vraie passion dans ce pays, indépendant depuis le 25 juin 1991. Preuve en est, là où la majorité des langues emploient un anglicisme, les Croates ont inventé leur propre mot pour désigner ce sport, nogomet, créé à partir du mot noga, qui signifie « jambe ».
« Je n’imagine même pas ce que ce serait si la Croatie était championne du monde. Sans doute que personne n’irait au travail pendant quelques jours, s’enthousiasme Zlatko Dalic. Tout est possible en Croatie, notre pays compte quatre millions de personnes, quatre millions d’entraîneurs, quatre millions de joueurs. Tout le pays est dans la rue pour fêter ça. » Plus que jamais prête au combat, en quatre-vingt-dix, cent vingt minutes ou au terme des tirs au but, la Croatie n’a jamais été aussi proche d’un rêve qui tenait de l’utopie il y a un mois à peine.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-15"> ¤ Si la France est en finale de la Coupe du monde, elle le doit beaucoup à sa solidité défensive. Une histoire d’hommes mais aussi d’état d’esprit.
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Coupe du monde 2018 : les Bleus, un château fort en Russie

Si la France est en finale de la Coupe du monde, elle le doit beaucoup à sa solidité défensive. Une histoire d’hommes mais aussi d’état d’esprit.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 10h42
 • Mis à jour le
13.07.2018 à 12h57
    |

            Adrien Pécout (Istra, envoyé spécial)








                        



   


La Russie, qui n’en manque pas, découvre un nouveau château fort. Didier Deschamps a construit son équipe de France comme telle. Le sélectionneur la veut résistante en défense, du genre à « ne rien donner à l’adversaire », aucune chance de tirer au but, pas même à travers le créneau d’une muraille. A plus forte raison en finale du Mondial, dimanche 15 juillet, contre la Croatie et ses flèches offensives.
A Moscou, les Bleus joueront comme les six matchs précédents, avec ce même désir obsidional. Ce même « objectif », pour reprendre le mot de Raphaël Varane, « d’être d’abord solides » dans leur propre surface de réparation. Avant même le tournoi, le défenseur central insistait : « Ça doit être ce que représente l’équipe de France : un adversaire nous voit jouer et doit se dire “attention, cette équipe est solide”. »
Les fondations demeurent : Hugo Lloris dans les cages ; Benjamin Pavard à droite, Lucas Hernandez à gauche ; Samuel Umtiti et Raphaël Varane dans l’axe. Ces cinq-là ont passé tout le Mondial côté à côte. A l’exception du dernier match de poule (0-0) contre le Danemark, où Steve Mandanda, Presnel Kimpembe et Djibril Sidibé ont aussi pointé le bout de leurs crampons, la qualification pour les huitièmes de finale étant déjà acquise.
Contrariétés initiales
Quand elle débarque en Russie, cette équipe de France promène pourtant l’étiquette d’une formation fragile sur ses pattes arrières. Les esprits chagrins évoquent encore le souvenir de la défaite contre la Colombie en match amical le 23 mars à Saint-Denis (2-3) ou les flottements observés lors des matchs de préparation.
Pour ses débuts en Coupe du monde, une main délictueuse de Samuel Umtiti offre un penalty aux Australiens (2-1). En huitièmes, les petits Bleus encaissent ensuite trois buts contre l’Argentine (4-3) : « On défendait trop bas par moments, selon Hugo Lloris. On aurait dû mieux garder le ballon en fin de match. » Le trentenaire parle d’expérience, et tant mieux, dans cette équipe parmi les plus jeunes du tournoi. Varane et Umiti ont beau être des cadres du Real Madrid et du FC Barcelone, ils ont tout juste 25 et 24 ans. Pas prévus dans le casting initial, les latéraux Pavard (Stuttgart) et Hernandez (Atlético Madrid) déboulent avec l’ardeur de leurs 22 ans.
En quarts, puis en demi-finales, tous prennent la mesure de l’enjeu. Au point de se transformer en buteurs décisifs : une tête pour Varane contre l’Uruguay (2-0) sur corner, puis une pour Samuel Umtiti contre la Belgique (1-0) sur coup franc, toujours après un centre d’Antoine Griezmann. « lls ont été énormes sur le plan défensif », rappelle aussi et surtout Lloris. Sauf en de très rares occasions, qui permirent alors au gardien de se distinguer, sa timidité dût-elle en souffrir.
En bon capitaine, Hugo Lloris préfère élargir le champ des éloges pour vanter cette solidité nouvelle : « Depuis le début, tout le monde est impliqué sur le secteur défensif, même les trois joueurs offensifs font les efforts. » Le compliment s’adresse en particulier à Olivier Giroud, Antoine Griezmann et même Kylian Mbappé, pourtant plus enthousiaste à l’idée de courir avec le ballon qu’après lui.
« On préfère se qualifier même en ayant mal joué »
Repousser les attaques de l’adversaire pour mieux le prendre de vitesse en contre : la tactique a opéré contre les Uruguayens, puis les Belges. Tout cela, Benjamin Mendy l’a observé du banc de touche : « Dans les matchs comme ça, peu importe la manière, estime le défenseur. On a laissé le contrôle du ballon. Défensivement, on est une équipe très solide, on a bien fait le boulot. » Quitte à rendre le match plus âpre : « Contre la Belgique, il y avait moins de beau jeu, mais on préfère se qualifier même en ayant mal joué plutôt que de jouer super bien et de devoir partir. »
Une victoire sans panache, selon le gardien vaincu, Thibaut Courtois : « La France n’a pas joué, critiquait-il après le match. Ils ont défendu à onze à quarante mètres de leurs buts, et joué les contre-attaques avec Mbappé ». Réponse de ce dernier : « Il faut s’adapter aux situations. Surtout face à des équipes comme ça, qui imposent leur rythme, qui ont voulu miser sur leur impact physique. »
Même sur le ton de la blague, l’avant-centre des Bleus récuse « toute jalousie particulière » envers les défenseurs et leurs buts warholiens. « On veut tous la coupe. Après, si c’est Rapha qui doit avoir la lumière, on la lui donnera », déclare-t-il, bon prince, au moment d’évoquer le brio de Raphaël Varane. Lequel se tient déjà prêt dimanche à éclairer le stade Loujniki, même en plein après-midi d’été.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-16"> ¤ En attendant la fin de la Coupe du monde, le Tour 2018 quitte la Bretagne et poursuit sagement sa route dans sa réalité parallèle et à travers l’ennui.
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Tour de France : le jour le plus long

En attendant la fin de la Coupe du monde, le Tour 2018 quitte la Bretagne et poursuit sagement sa route dans sa réalité parallèle et à travers l’ennui.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 09h32
 • Mis à jour le
13.07.2018 à 10h48
    |

            Clément Guillou et 
Henri Seckel (envoyés spéciaux à Fougères, Ille-et-Vilaine)








                        



   


7E ÉTAPE : FOUGÈRES - CHARTRES, 231 KM
Le 4 × 4, ce poison du vélo moderne : « C’est quatre échappés qui prennent la fuite après 4 kilomètres, voient leur avance atteindre les quatre minutes et se font reprendre à 4 kilomètres de la ligne. Et ça, pour moi, c’est l’horreur. (…) Ces dernières années, les équipes de sprinteurs ont changé leur façon de courir et les étapes de plat sont devenues, il faut le dire, très chiantes. » Dans un entretien d’avant-Tour avec les confrères du Gruppetto, Thierry Gouvenou, le « dessinateur » du parcours, évoquait son goût pour les longues étapes de plat sans difficulté majeure vouées à un sprint massif. Parfait : aujourd’hui et demain nous attendent deux longues étapes de plat sans difficulté majeure vouées à un sprint massif.
Cela dit, vu la logique qui régit la première semaine de course, peut-être faut-il réellement s’en réjouir. Pour l’instant, rien ne se passe comme prévu, l’animation a eu lieu là où on ne l’attendait pas, et les journées alléchantes se sont révélées sans saveur. Les montagnettes russes vers Quimper (avant-hier) puis la double ascension de Mûr-de-Bretagne (hier) devaient faire voler en éclats le peloton, qui a plutôt volé en escadrille, groupé jusqu’à la ligne d’arrivée. Les seuls écarts créés par ces deux étapes pourtant soigneusement conçues l’ont été sur incidents mécaniques, pour Bardet et Dumoulin. La nervosité et les ronds-points de la 1re étape toute plate avaient fait plus de dégâts.

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C’est ainsi : vous pourrez vendre des côtes piégeuses à la douzaine, les coureurs font ce qu’ils veulent, et s’ils ont décidé qu’ils ne voulaient rien faire, ils ne feront rien. Il faut bien constater que le Tour est devenu une course entre épiciers accrochés à leur boulier, tétanisés à l’idée de se faire arnaquer. Cela dit, on n’est pas cycliste sur le Tour de France (ni épicier), alors gardons-nous de jugements péremptoires quant au manque apparent d’audace. Il faut ménager sa monture. Ce n’est pas nous qui, dans les deux semaines qui viennent, allons devoir gober les pavés de Roubaix, puis les Alpes, puis les Pyrénées.
Le Tour sans l’ennui, ça ne serait plus le Tour
Il est vrai que, face au spectacle frustrant de la meute paradant à un train de sénateur dans les bosses, la critique est tentante. Bernard Hinault a d’ailleurs mis son traditionnel taquet au peloton, qu’il aurait évidemment dynamité s’il en avait fait partie : « Aujourd’hui, beaucoup de coureurs ont peur de perdre, donc ils ont peur de gagner, a-t-il dit à l’AFP. Il faut prendre des risques. Personne n’ose et tout le monde attend le dernier moment. (…) Est-ce que si j’avais été coureur [aujourd’hui], le cyclisme serait fermé ? Pas sûr. »
Avec le Tour de France revient chaque été le débat sur l’ennui (la preuve : cette phrase a été copiée-collée depuis un article écrit ici même l’an passé). Il y a pourtant bien longtemps que le Tour n’est plus une course cycliste, du moins plus seulement, et n’a pas besoin d’un volet sportif palpitant pour bien se porter. L’ennui n’est pas une menace, il ne vide pas les bas-côtés de leurs spectateurs, ni les canapés de leurs téléspectateurs. Le Tour résiste à tout, il s’accommode des scandales de dopage qui le secouent, de sa confiscation par un coureur impopulaire plusieurs années de suite, ce n’est pas l’ennui dans lequel il plonge parfois ses suiveurs qui l’effraie.

   


Au contraire, même, peut-être. Les après-midi de torpeur passés à suivre, l’œil mi-clos et le filet de bave menaçant, le peloton sillonnant la France profonde, c’est aussi ça, la beauté du Tour. Pardon, mais ce n’est pas une finale de Coupe du monde qui vous fera traverser, en une seule et même étape, comme aujourd’hui, Saint-Denis-de-Gastine, Châtillon-sur-Colmont, Saint-Georges-Buttavent, La Chapelle-au-Riboul, Villaines-la-Juhel, Moulins-le-Carbonnel, Neufchâtel-en-Saosnois, Le Gué-de-la-Chaîne, Saint-Martin-du-Vieux-Bellème et Champrond-en-Perchet.
L’an dernier, un cycliste néerlandais qui tenait une chronique dans Het Nieuwsblad avait rédigé ce texte au lendemain d’une étape vaguement soporifique.

(Hier de papieren versie met nog meer toelichting en diepgang.) https://t.co/pYcPDQskeO— thijszonneveld (@Thijs Zonneveld)


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Mais que serait le Tour sans les siestes et le repos mental qu’il offre ? A quoi ressemblerait un Tour électrique de bout en bout ? Comment apprécierait-on un moment fort s’il n’y avait que des moments forts ? Voudrait-on vraiment la fureur des classiques d’un jour pendant vingt et un jours de suite ? Notre cerveau de spectateur ne le supporterait pas, sans même parler des jambes des coureurs. Non, le Tour sans l’ennui, ça ne serait plus le Tour. Même ceux qui râlent, dans le fond, apprécient ces journées d’apathie. Contre quoi râleraient-ils sinon ? Alors un seul conseil pour les 231 kilomètres et cinq heures à tuer cet après-midi : ennuyez-vous bien !

   



   


Départ à 12 h 20. Arrivée prévue vers 17 h 35.
Le Tour du comptoir : Brest
Chaque matin du Tour, En danseuse vous envoie une carte postale du comptoir d’un établissement de la ville départ de la veille.
Où l’on découvre de nouveaux concepts de restauration.

   


Ici c’est Brest, comme on gueule au stade Francis-Le Blé, et il ne pleut pas. Ce n’est pas nous qui le précisons, c’est Jean-Michel Texier, le patron du Fender, comme la guitare. Il lui revient, et à nous aussi, que la dernière fois que le Tour est parti de Brest – au sens propre : c’était le départ du Tour –, en 2008, il tombait des seaux d’eau sur la ville de Miossec. Là, c’est grand bleu, un mois que ça dure, voire plus : « On n’a pas vu ça depuis 1976. » Il se souvient de cet été lors duquel Eric Tabarly avait remporté la Transat anglaise sur Pen-Duick VI. Depuis, le marin est mort et la ville lui a donné une partie du port, un quai entier où s’alignent des bars lounge face aux voiliers. Le Fender est juste à côté.
Si Brest est un port, où sont les bars à filles et les dockers tatoués ? Disparus depuis vingt ans, ou « noyés dans la masse », dit Jean-Michel. Les quais sont devenus le centre névralgique d’une ville qui a résisté à la crise, parce que le secteur public emploie plus d’un tiers des actifs et que la municipalité PS est dynamique, même s’il précise bien qu’elle n’est « pas de [son] bord ». Sur les quais, il y a trois boîtes de nuit et 30 à 40 restaurants, contre cinq ou six quand il s’est installé, il y a vingt-trois ans.

   


Les Brestois, ils sortent, dit Jean-Michel, c’est pas comme les Quimpérois « qui sont bien chez eux, parce que c’est confortable ». Son frère avait « une belle affaire à Quimper » mais avec ces pantouflards de Quimpérois, ce n’était pas la fortune non plus.
Et sinon, pourquoi un Tex-Mex ?, a-t-on naïvement demandé avant de s’apercevoir que le Fender faisait aussi pizzeria et gastronomie française. « Parce qu’il n’y avait pas de Tex-Mex à Brest. » Ça se tient.
Et sinon, pourquoi le Fender ? « Quand on a acheté les locaux, on est montés à Paris pour voir ce qui marchait, c’était la mode des Planet Hollywood, du Hard Rock Café, ça nous a bien plu. On en a parlé à notre décorateur, il nous a proposé une thématique autour de la Fender », répond Jean-Michel en caressant son gigantesque bar en forme de Fender, « à l’échelle ».
« Mais… Vous êtes passionné de guitare ? – Ah non, pas du tout. » 

   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-17"> ¤ La victoire doit continuer de nous inspirer et reporter sur le terrain politique nos désirs de transformation sociale, estime l’historien dans une tribune au « Monde ». Mais, si elle a lieu, elle sera plus réaliste qu’en 1998.
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Pap Ndiaye : « N’attendons pas de la victoire qu’elle change la société »

La victoire doit continuer de nous inspirer et reporter sur le terrain politique nos désirs de transformation sociale, estime l’historien dans une tribune au « Monde ». Mais, si elle a lieu, elle sera plus réaliste qu’en 1998.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
13.07.2018 à 09h49
    |

Pap Ndiaye (professeur d’histoire à Sciences Po)







                        



                                


                            
Tribune. En ces jours suaves précédant la finale de la Coupe du monde de football, des dizaines de millions de Françaises et de Français espèrent revivre les moments de joie intense et collective de l’été 1998, lorsque le triomphe de l’équipe de France sembla ouvrir une nouvelle ère de fraternité « black-blanc-beur ». Depuis la victoire des Bleus sur l’Argentine, une douce euphorie s’est emparée du pays : « Liberté, égalité, Mbappé ». Pour les optimistes, la deuxième étoile est à portée de main.
Mais vingt ans après la conquête de la première, la joie de la victoire, si elle a lieu, sera sans doute plus circonspecte, plus modeste, plus réaliste. Nous savons que les espoirs politiques et sociaux générés par les exploits de Zinédine Zidane et de ses coéquipiers ne furent qu’une illusion, vite douchée : en 2002, Jean-Marie Le Pen parvenait au second tour de l’élection présidentielle et les émeutes de 2005 vinrent rappeler que 1998 n’avait rien changé au quotidien lugubre des banlieues populaires.

Les victoires sportives ne procurent que des moments brefs de fraternité, certes précieux et mémorables, mais qui n’ont aucun effet durable sur les sociétés. Il est même possible qu’elles accroissent le ressentiment et l’amertume : les espoirs suscités par une grande victoire suscitent, s’ils ne se matérialisent pas, une amertume plus grande qu’en cas de défaite. Les effusions de joie ne forment pas des communautés politiques.
Deux croyances très présentes
Au-delà de la finale tant attendue, deux croyances demeurent très présentes à propos du football : la première est qu’il serait intrinsèquement porteur de « valeurs » particulières de fraternité, de tolérance, de respect. Or le sport a pu servir des régimes politiques bien éloignés de ces valeurs démocratiques. La victoire du Brésil en 1970 ou celle de l’Argentine en 1978 furent utilisées à leur profit par les dictatures militaires féroces de ces pays, à l’instar de l’Italie de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-18"> ¤ Les Bleus vivent aujourd’hui une communion avec la France qui permet de ressouder le pays après les épreuves subies ces dernières années, analysent deux sociologues dans une tribune au « Monde ».
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Coupe du monde 2018 : « Une part de thérapie collective se joue dans ces moments de liesse »

Les Bleus vivent aujourd’hui une communion avec la France qui permet de ressouder le pays après les épreuves subies ces dernières années, analysent deux sociologues dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    13.07.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
13.07.2018 à 09h46
    |

Stéphane Beaud (Sociologue, université de Poitiers) et Frédéric Rasera (Sociologue, université de Lyon 2)







                        



                                


                            
Tribune. Vingt ans après le sacre des Bleus au Stade de France, le 12 juillet 1998, l’histoire est-elle en train de se répéter à Moscou ? Ni comme une farce ni comme une tragédie, mais comme un moment de liesse collective où le « peuple de France », de tous les âges et dans toute sa bigarrure, est de sortie, dans les bars, sur les places et autres fan-zones. Où, comme il est coutume de dire, il « communie » avec son équipe de football emmenée par une nouvelle et flamboyante génération de joueurs, issus pour la plupart des banlieues populaires de la région parisienne.
Qu’est-ce que cet événement dit de la société française ? Il est certes trop tôt pour établir un véritable diagnostic sociologique, mais pas impossible de proposer une mise en perspective sociologique de cette « campagne de Russie » des Bleus.

L’équipe de France de football revient de loin. Son image dans l’opinion s’était dégradée d’une manière qui a paru irréversible après la fameuse « grève du bus » en Afrique du Sud (2010). Une blessure nationale qui a mis du temps à cicatriser. Les Bleus ont longtemps subi un traitement à charge : on mettait en question leur légitimité à porter le maillot national, à représenter le pays. Le soupçon sans cesse instillé était celui de leur non-appartenance au « nous » national et, par extension, celui de l’illégitimité des jeunes issus de l’immigration à prendre place dans la société française.
« Réconciliation »
Un basculement semble s’être produit lors de la victoire contre l’Ukraine, qualificative pour la Coupe du monde au Brésil (2014). Ce jour-là, il y avait un véritable engouement populaire au Stade de France et, comme l’a dit Guy Stéphan, l’entraîneur adjoint, la communion observée entre le public du Stade de France et les Bleus avait le sens d’une « réconciliation ».
Les joueurs français issus de l’immigration africaine ont tenu un rôle de premier plan dans ce processus, par leurs performances (2...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-19"> ¤ Même s’il porte le brassard de capitaine des Bleus depuis six ans, le gardien reste énigmatique. Lisse en surface mais capable d’élever la voix dans le vestiaire.
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Article sélectionné dans La Matinale du 12/07/2018
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Coupe du monde 2018 : Hugo Lloris, ce général inconnu

Même s’il porte le brassard de capitaine des Bleus depuis six ans, le gardien reste énigmatique. Lisse en surface mais capable d’élever la voix dans le vestiaire.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 06h43
 • Mis à jour le
13.07.2018 à 10h06
    |

                            Alexandre Pedro








                        



   


Si une caméra indiscrète de Canal+ n’avait pas saisi la scène, les habitués des conférences de presse du capitaine de l’équipe de France (et son tube « le groupe vit bien » susurré du bout des lèvres) hurleraient à la « fake news ». Le 3 avril 2011, Hugo Lloris monte dans les tours, pète un plomb même, oubliant au passage sa politesse de bon élève (titulaire d’un bac S). « On se chie dessus ! Y en a ras le cul ! Ras le cul ! », s’emporte le gardien de l’Olympique lyonnais au retour du vestiaire après un match nul concédé dans les dernières minutes à Nice. Cinq ans plus tard, les mots sont toujours aussi peu choisis (« on se chie dessus, on se cache, putain ! ») mais réveillent des Bleus amorphes et menés 1-0 par l’Irlande à la mi-temps d’un huitième de finale d’un Euro mal embarqué. Le moment – filmé par une caméra de TF1 – tord alors le cou à une idée assez répandue.
En équipe de France, Lloris ne serait qu’un capitaine de papier et de protocole ; le charismatique Patrice Evra (« Tonton Pat’ » pour ses jeunes coéquipiers) ne pouvant plus prétendre à la fonction à cause de son passé de leader des mutins de Knysna. Ce 20 juin 2010 en Afrique du Sud, Lloris vit alors la première de ses trois Coupes du monde et pressent que ses coéquipiers risquent « de passer pour des cons » – comme le rapportera plus tard le sélectionneur Raymond Domenech. Mais comme les autres, il ne descend pas du bus et garde sa vérité pour lui.
Quand Laurent Blanc le choisit comme capitaine de l’équipe de France en février 2012 après deux ans d’alternance entre plusieurs candidats, sa désignation a tout du choix par défaut. Blanc ne dit pas le contraire d’ailleurs, mais Didier Deschamps le confirmera dans ses fonctions à son arrivée. Le Niçois est, depuis, la voix officielle des Bleus. Celui qui se tient aux côtés du sélectionneur avant les veilles de match face aux journalistes, avec toujours le même petit sourire gêné.
Milieu social favorisé
S’il ne dit rien et déforeste les environs de Clairefontaine à force de débiter de la langue de bois, c’est parce que la fonction l’imposerait. Hugo Lloris a souvent justifié son goût pour les formules creuses et les éléments de langage au nom de la protection du groupe. Au risque de se caricaturer un peu plus en personnage falot. A 31 ans, 103 sélections et avant de disputer une finale mondiale contre la Croatie (dimanche à 17 heures, à Moscou), l’homme reste un point d’interrogation, un livre fermé. Et il intéresse peu, dans le fond. Aucun documentaire, aucune biographie n’aident à lever le voile sur ce père de deux enfants, marié à Marine, rencontrée au lycée.
Pourquoi se livrer davantage ? Le capitaine des Bleus regrette une époque – qu’il n’a pas connue – où un footballeur n’était encore qu’un footballeur. « Dans mon enfance, quand je regardais des matchs de foot, je n’avais pas envie de savoir ce que faisait le joueur dans sa vie, où il sortait, avec qui il était marié, pour l’admirer », expliquait-il au Figaro en mars. Le joueur ne copine pas avec les journalistes, prend l’exercice de l’interview avec politesse mais toujours retenue. Pour comprendre le personnage, il faut composer avec les quelques miettes d’intimité lâchées ici ou là. 

   


« Je n’étais obligé à rien dans le foot », dit-il, par exemple 2010, à Libération. Comprenez, avec un père banquier à Monaco et une mère avocate (décédée en 2008 des suites d’un cancer), le football n’a jamais été considéré comme un ascenseur social chez les Lloris. Le fils hésite d’ailleurs un temps avec le tennis et rêve d’imiter Peter Sampras, son « idole », grand champion au charisme relatif.
Mais à l’OGC Nice, les entraîneurs détectent chez l’adolescent des qualités exceptionnelles de gardien. Le club propose qu’il intègre un établissement scolaire avec des horaires aménagés. Refus des parents, qui préfèrent que leur enfant continue à suivre une scolarité normale et publique au lycée Thierry-Maulnier. Au moment de la perte de sa mère, le joueur alors âgé de 21 ans avoue que le football l’a aidé à surmonter l’épreuve. D’ailleurs, il gardait les cages niçoises trois jours après la terrible nouvelle. Il n’en a jamais trop dit plus sur le sujet depuis.
Remise en question avant le Mondial
A l’époque, il mène encore sa carrière avec Stéphane Courbis comme agent. Mais, très vite, le gardien décide de prendre ses affaires en main avec son père, Luc, pour le conseiller. Lloris sait où il va et se faire respecter. Dans l’intimité d’un vestiaire, le gardien de Tottenham n’est peut-être pas du genre à monter sur les tables, mais est souvent décrit comme loin d’être timide et mutique par ses coéquipiers ou entraîneurs. « Il ne cherche pas à être mis en avant. C’est un capitaine respecté de tout le monde. On cherche souvent des patrons, mais c’est lui le patron », assurait Raphaël Varane avant que son capitaine ne fête contre le Pérou sa 100e sélection.
Et cette légitimité, Lloris la tire d’abord de ses performances. Comme lors de l’Euro 2016, il a hissé son niveau avec les matchs à élimination directe. Qu’elle paraît loin, cette époque – qui remonte pourtant à fin mai – quand un but évitable face à l’Italie en préparation a ravivé le fantôme de Solna (le 9 juin 2017) et ce lob du milieu de terrain du Suédois Ola Toivonen à la suite d’une relance ratée. « C’est quoi une boulette ? », demande le portier dans un entretien à L’Equipe avant de s’envoler pour la Russie. Lloris ne prétendra jamais comme un Paul Pogba que le rôle d’un joueur de l’équipe de France est désormais « de faire fermer des bouches », mais pour une fois, il avait envie de mettre les choses à plat, de se défendre lui et pas seulement le groupe. « Une boulette, ça englobe volontairement des choses différentes. C’est le foot actuel. En fait, je n’ai même pas envie… [Il soupire.] Je m’en fous, voilà. »
L’homme affleurait un peu sous la fonction. Mais au bout d’un tournoi où il réalise au minimum une parade décisive par rencontre, Hugo Lloris reste ce capitaine légitimiste pour qui le groupe vit décidément bien et qui prend toujours les matchs les uns après les autres. Et quand la question se pose sur sa prestation personnelle – encore majuscule – face à la Belgique en demi-finales, il dégage en touche poliment. « C’est toujours difficile de parler de soi », sourit-il, gêné forcément. Même pas sûr qu’un statut de capitaine champion du monde l’incite à rompre avec son devoir de réserve.




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3242,1-0,0-20"> ¤ Il y a quelques mois, l’attaquant des Bleus avait accordé un entretien à l’un de nos journalistes pour les besoins d’un documentaire.
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Article sélectionné dans La Matinale du 12/07/2018
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Kylian Mbappé : « Je veux tout donner pour la France »

Il y a quelques mois, l’attaquant des Bleus avait accordé un entretien à l’un de nos journalistes pour les besoins d’un documentaire.



Le Monde
 |    13.07.2018 à 06h43
 • Mis à jour le
13.07.2018 à 11h23
    |

            Mustapha Kessous








                        



                                


                            

Dans le cadre d’un documentaire (France 98 : nous nous sommes tant aimés, produit par Premières Lignes et diffusé en juin sur France 2), notre journaliste Mustapha Kessous s’était longuement entretenu, en novembre 2017, avec Kylian Mbappé, à la veille de ses 19 ans. Pendant quarante-cinq minutes, l’attaquant de l’équipe de France et du Paris-Saint-Germain avait parlé de lui, de France 1998, des supporteurs, du Mondial 2018 et de l’impact du football sur la société.
Que signifie pour vous le football ?
C’est quelque chose dont je ne peux pas me passer. C’est plus qu’une addiction, le football est ancré en moi. J’ai toujours su que c’était ça que je devais faire.
Pensez-vous, comme Michel Platini, que le football est « un jeu irrationnel » ?
Le football est, pour moi, plus qu’un sport, il suffit de voir l’impact qu’il a sur la société. Les gens viennent au stade pour oublier leur vie pendant quatre-vingt-dix minutes, et c’est à nous de se charger de leur donner satisfaction ; de les faire se lever de leur chaise pour qu’ils s’endorment avec des étoiles plein les yeux. Plus jeune, il y a des joueurs qui m’ont donné du plaisir, et maintenant, je suis dans ce rôle-là.
Est-ce grisant de se dire qu’il y a des millions de personnes qui vous regardent ?
Personnellement, j’ai la même sensation et la même joie de jouer que quand j’étais enfant. Sauf qu’il y a des millions de gens qui partagent ce sentiment avec moi. C’est comme une force supplémentaire.
Pourquoi cette obsession de faire du spectacle sur le terrain ?
« J’espère marquer le foot de mon empreinte »
C’est le plaisir du jeu, de marquer, de faire briller le copain. Lorsque vous faites ce que vous aimez, vous ne voulez pas être de passage : vous n’avez pas sacrifié toute votre vie pour être un figurant ; moi, j’espère marquer le foot de mon empreinte.
Enfant,...




                        

                        

