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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Les géants américains des médias 21st Century Fox et Comcast ont tour à tour relevé leur offre de rachat sur le bouquet satellite britannique.
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Télévision : surenchères dans la bataille pour racheter Sky

Les géants américains des médias 21st Century Fox et Comcast ont tour à tour relevé leur offre de rachat sur le bouquet satellite britannique.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 10h59
    |

                            Jérôme Marin (San Francisco, correspondance)








                        



                                


                            

C’est depuis Sun Valley, petite commune de l’Idaho (nord-ouest des Etats-Unis) où se réunit cette semaine l’essentiel des grands chefs d’entreprise américains, que la bataille pour Sky est encore montée d’un cran. Mercredi 11 juillet, 21st Century Fox et Comcast ont tour à tour relevé leur offre de rachat sur le bouquet satellite britannique.
L’avantage reste, pour le moment, au second : il demeure le plus offrant, proposant 26 milliards de livres (29,4 milliards d’euros) pour acquérir 61 % du capital de Sky. C’est 4 milliards de plus que précédemment et 1,5 milliard de mieux que l’offre rivale. Pour remporter la mise, Fox, le groupe fondé et dirigé par Rupert Murdoch, qui possède déjà 39 % du bouquet, devra de nouveau surenchérir. A condition toutefois d’obtenir le feu vert de Disney, auquel il souhaite vendre la majorité de ses actifs.
C’est en effet une partie de billard à trois bandes qui se joue entre les trois géants américains des médias. Fin 2017, Disney avait trouvé un accord avec Fox pour mettre la main sur ses studios de cinéma, ses chaînes de télévision (mais pas Fox News), le groupe de télévision indien Star, et sur Sky, une fois ce dernier racheté par Fox. Le créateur de Mickey va ainsi financer la surenchère : il reprendra la dette additionnelle que Fox devra contracter pour finaliser cette opération.

Jouer les trouble-fêtes
Face à cette alliance, Comcast est bien décidé à jouer les trouble-fêtes. En avril, le premier cablo-opérateur aux Etats-Unis, également propriétaire du groupe de télévision NBC et des studios de cinéma Universal, s’est d’abord lancé à l’assaut de Sky, soumettant une offre supérieure à celle de Fox. Deux mois plus tard, il a proposé 20 % de plus pour racheter les actifs de Fox convoités par Disney, obligeant la société californienne à surenchérir.
Malgré cette offensive, Fox privilégie toujours la proposition de Disney, qui a déjà reçu le feu vert des autorités de la concurrence quand...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Le peintre Pierre Alechinsky, l’architecte Christian de Portzamparc et l’actrice Catherine Deneuve ont été distingués.
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Trois Français récompensés par le prix Praemium Imperiale

Le peintre Pierre Alechinsky, l’architecte Christian de Portzamparc et l’actrice Catherine Deneuve ont été distingués.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 12h03
 • Mis à jour le
11.07.2018 à 16h04
   





                        



   


Mercredi 11 juillet, le prix Praemium Imperiale, créé par la Japan Art Association et considéré parfois comme « le prix Nobel de l’art », a récompensé pour la première fois trois Français en même temps : le peintre franco-belge Pierre Alechinsky, l’architecte Christian de Portzamparc et l’actrice Catherine Deneuve. Le prix, doté de 15 millions de yens (environ 117 000 euros) récompense chaque année cinq lauréats dans les catégories suivantes : la peinture, la sculpture, l’architecture, la musique et le théâtre-cinéma. Ont également été récompensés cette année Riccardo Muti (musique) et Fujiko Nakaya (sculpture). Un prix d’encouragement aux jeunes artistes a aussi été remis à la Shakespeare Schools Foundation.
Troisième architecte français
Le Praemium Imperiale a beaucoup honoré les artistes français, d’Annette Messager (en 2016) à Martial Raysse en passant par Daniel Buren, Christian Boltanski, César ou Soulages. Côté architecture, Dominique Perrault a été distingué en 2015, Jean Nouvel en 2001. Christian de Portzamparc est donc le troisième architecte français à être honoré par le prix. Ce natif de Casablanca au Maroc en 1944, lauréat en 1994 du fameux Pritzker Prize, est connu pour son sens du trait, de l’ombre et de la lumière, présents dès l’ensemble immobilier des Hautes Formes, son premier grand projet, réalisé en 1979 dans le 13e arrondissement de Paris. En 2016, l’architecte a publié un imposant ouvrage, richement illustré, qui dévoile les arcanes de son art de bâtisseur, sous-titré « L’architecture commence avec un dessin ».

Chez Portzamparc, et cela explique peut-être l’intérêt porté par les Japonais pour son travail, le dessin est omniprésent. Dans les bâtiments qui, dit-il, rassemblent, comme à Paris, la Cité de la Musique (1995) ou à Rio de Janeiro, la rayonnante Cité des arts (2013) ; dans les bâtiments repères, tels, à New York, les tours LVMH (1999), Prism (2004) ou One57 (2014). Dans les morceaux de ville ou de quartier, enfin, où il met à profit sa science de l’« îlot ouvert » et « son corollaire de rue ouverte, diversifiée et lumineuse ».

        Lire l’entretien avec Christian de Portzamparc :
         

          « On ne peut pas vouloir que Paris devienne une seconde Venise »




Sur le Web : www.praemiumimperiale.org/en et www.youtube.com/user/PraemiumImperiale



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ L’établissement, créé en 2012, a repoussé le recrutement de la promotion 2018-2019 pour des raisons budgétaires.
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Article sélectionné dans La Matinale du 11/07/2018
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A Saint-Denis, l’école de cinéma de Luc Besson en difficulté

L’établissement, créé en 2012, a repoussé le recrutement de la promotion 2018-2019 pour des raisons budgétaires.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 09h26
 • Mis à jour le
12.07.2018 à 08h12
    |

            Sandrine Blanchard








                        



                                


                            

L’avenir de l’Ecole de la cité de Luc Besson est-il compromis ? Depuis quelques jours, de jeunes postulants à cette école de cinéma, créée en 2012 par le patron d’EuropaCorp, font part de leur désarroi dans des tweets jetés comme des bouteilles à la mer.
« Ça fait quatre ans que je rêve d’aller à l’Ecole de la cité et là je reçois un mail me disant que le concours de cette année est annulé… J’ai grave la rage », témoigne Margaux, le 9 juillet, sur le réseau social. « Est-ce que quelqu’un sait si les accusations de violences sexuelles qui pèsent sur Luc Besson sont la raison pour laquelle le concours de l’Ecole de la cité a été annulé cette année (lâchage de sponsors) ? », s’interroge Sonia.
« Suite à mon inscription à l’Ecole de la cité, après plusieurs semaines d’attente, j’ai reçu un mail me disant que les épreuves du concours 2018 n’auront pas lieu. J’ai demandé des explications par Facebook et mail, et je reste sans réponse quelqu’un peut-il m’aider ? », lance Francescko à l’adresse de @lucbesson.
Problèmes budgétaires
Entre les nouveaux soupçons d’agressions sexuelles portés contre Luc Besson et les difficultés financières de la société de production et de distribution du cinéaste liées, notamment, à la performance décevante du block­buster Valérian, sorti en 2017, les rumeurs les plus sombres circulent.

La direction de l’établissement ne souhaite pas s’exprimer et se contente d’adresser par mail, des « éléments d’information » fournis par « le service communication ». Ce courrier confirme que les responsables de l’école ont « pris la décision de repousser le recrutement de nouveaux élèves à une date qui sera rendue publique ultérieurement. Afin de prendre les bonnes décisions, nous mettons à profit l’été pour nous réorganiser ».
Cet arrêt de la sélection d’une nouvelle promotion – qui aurait dû commencer début juillet – est justifié par...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Le cinéaste américain explique comment il a tourné son nouveau film, « Paranoïa », en innovant technologiquement.
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Steven Soderbergh « libéré » par les smartphones

Le cinéaste américain explique comment il a tourné son nouveau film, « Paranoïa », en innovant technologiquement.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 07h30
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

Lorsque Steven Soderbergh adopta la caméra numérique (d’abord pour le film expérimental Bubble, en 2005, puis pour toutes ses productions à partir de Che), il se fit le prosélyte des nouvelles images avec d’autant plus de conviction que le réalisateur est son propre chef opérateur (sous le pseudonyme de Peter Andrews). Au terme de sa « retraite » du cinéma entre 2013 et 2017, il fournit de nouveau les salles en produits originaux : après Logan Lucky, film de casse sudiste destiné aux Etats républicains, il a présenté à la Berlinale Paranoïa, un thriller sur le plateau duquel la vedette – Claire Foy, interprète du rôle d’Elizabeth II dans la série The Crown – était filmée par des téléphones portables. C’est à cette occasion que cet entretien a été réalisé.

Avez-vous décidé soudainement de tourner un film avec des téléphones ?
Voilà des années que j’expérimente avec les caméras des téléphones, que j’amasse des matériaux. J’avais très envie de réaliser un projet avec cette technologie. James Greer, un scénariste avec qui j’ai travaillé sur deux projets qui n’ont pas vu le jour, m’a appelé il y a un an, en janvier [2017] et m’a demandé du travail. Je lui ai répondu que je n’avais rien pour lui. Mais que s’il écrivait un film d’horreur à petit budget, je le tournerais en juin. Il a pris ça comme un défi, a contacté son coscénariste, Jonathan Bernstein, et, trois mois plus tard, j’avais le scénario. C’est tellement agréable de trouver un projet qu’on peut mener à bien en toute autonomie, sans avoir à discuter avec qui que ce soit.
Quel type d’appareil avez-vous utilisé ?
iPhone 7 Plus.
En tant que chef opérateur, comment avez-vous ressenti ce changement ?
Comme une libération. Un grand débat philosophique s’est engagé dans le monde de la prise de vue cinématographique. Au fur et à mesure...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Avec ce thriller filmé dans une institution psychiatrique, Steven Soderbergh ne convainc qu’à moitié.
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« Paranoïa » : un huis clos horrifique, expérimental et téléphoné

Avec ce thriller filmé dans une institution psychiatrique, Steven Soderbergh ne convainc qu’à moitié.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 07h29
 • Mis à jour le
11.07.2018 à 07h31
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Les amateurs de cinéma connaissent la rage discrète mais laborieuse de Steven Soderbergh. Y a-t-il un genre qui ait échappé à la visite de ce cinéaste gourmand et pressé, alternant films indépendants et cinéma de studio, expérimentation et amour du classicisme ? Depuis sa décision, un peu à l’emporte-pièce, de se retirer des voitures cinématographiques en raison du durcissement du système de financement, il a signé avec The Knick (diffusée sur Cinemax en 2014) une série télévisée admirable et jouissive sur les débuts épiques de la chirurgie moderne à New York, et s’est rapidement persuadé de l’inanité de son retrait en revenant au cinéma. Décision qui a ravi ses admirateurs, mais qui se solde pour l’heure par un résultat mitigé.

        Lire l’entretien :
         

          Steven Soderbergh « libéré » par les smartphones



Logan Lucky (2017) fut ainsi une comédie d’action relativement pataude, tandis que Paranoïa se révèle, aujourd’hui, un film qui ne convainc qu’à moitié. Ce thriller horrifique nous conduit entre les quatre murs d’une institution psychiatrique privée, où la jeune Sawyer (Claire Foy) se trouve enfermée contre sa volonté, après avoir consulté une psychologue pour s’ouvrir de son sentiment d’être la proie d’un harceleur.
Suspense manipulateur
Plusieurs lignes se mêlent. Le dossier social prisé par l’auteur, avec le scandale des institutions privées psychiatriques qui enferment des patients pour tirer profit de l’argent de leur assurance. Le suspense manipulateur, qui fait osciller le spectateur entre l’hypothèse de la folie du personnage et la réalité de sa persécution. Le film d’horreur avec possible psychopathe maléfique à l’intelligence supérieure. Enfin le film expérimental, avec une œuvre tournée en huis clos au téléphone portable, source d’une sorte d’expressionnisme documentaire destiné à exacerber l’impression de confinement et de perte des repères.
L’ensemble, dirigé, photographié et monté par l’auteur en un temps record, laisse sur sa faim. Faisant de l’esprit série B (vite fait, bien fait, pour presque rien et trouvant dans cette économie l’impureté nécessaire à sa réussite), Paranoïa semble vouloir conjoindre L’Antre de la folie (1948), de Budd Boetticher, au Projet Blair Witch (1999), de Daniel Myrick et Eduardo Sanchez. Il n’en demeure pas moins très en deçà de la tension que peuvent procurer non seulement ces deux films, mais a fortiori ces chefs-d’œuvre de la terreur psychiatrique que sont Shock Corridor (1963), de Samuel Fuller, ou Shutter Island (2010), de Martin Scorsese.
L’utilité de l’expérimentation demande à être interrogée
Il n’est pas certain, par ailleurs, que la distorsion formelle du film, supposée traduire la confusion mentale des personnages, ni même que l’exploit d’un tournage dans un espace aussi exigu qu’une pièce de confinement, vaillent le prix de la laideur qui en résulte. L’utilité de l’expérimentation demande à être interrogée. Il est en revanche un point sur lequel le film alerte la conscience du spectateur et s’accorde à notre époque, c’est évidemment celui de la reconnaissance du statut des femmes victimes de harcèlement, voire de prédation sexuelle, et des conséquences insoupçonnées qui s’ensuivent sur la psyché féminine.

Film américain de Steven Soderbergh. Avec Claire Foy, Joshua Leonard, Amy Irving (1 h 38). Sur le Web : www.foxfrance.com/paranoia-lefilm



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Matteo Garrone met en scène une fable macabre dont le héros est un toiletteur pour chiens romain, joué par Marcello Fonte.
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« Dogman » : un violent et singulier carnaval

Matteo Garrone met en scène une fable macabre dont le héros est un toiletteur pour chiens romain, joué par Marcello Fonte.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 07h28
 • Mis à jour le
11.07.2018 à 07h45
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Un danger menace le cinéma de Matteo Garrone, celui d’une certaine complaisance dans la peinture de figures plus grotesques que nature, d’une humanité dont la monstruosité folklorique désamorcerait la crédibilité et la sincérité d’un propos déterminé par l’alliage de situations familières, ou du moins réalistes, avec un certain baroque carnavalesque.

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes :
         

          « Dogman », farce macabre à l’italienne



Le précédent film du cinéaste, Tale of Tales (2015), avait marqué les limites d’une recette qui s’était laissé absorber par un goût faisandé pour l’abstraction fantaisiste de l’enluminure. Alors que les voyous napolitains de Gomorra (2008) ou la famille prolétarienne et naïve de Reality (2012) étaientparvenus à une forme d’authenticité que ne menaçaient pas certaines outrances. Pour cela, le cinéaste a mis au point un style particulier. Une manière de rendre « naturel » ce qui semble parfois excéder toute nature. En immergeant sa caméra, souvent portée à l’épaule, au cœur des scènes, en optant pour l’illusion d’une captation des aléas d’une vie marginale, Matteo Garrone a su concilier banalité et théâtralité farcesque. Dogman retrouve donc, avec un certain bonheur, cette veine.
Le film est tiré d’un fait divers réel de la fin des années 1980
La réussite du nouveau film de Matteo Garrone tient, en effet, dans cet équilibre délicat, cette manière de faire croire à une nature grotesque, mais non irréaliste, de la vie elle-même. Le film est tiré d’un fait divers réel de la fin des années 1980 dont le déroulement fut, paraît-il, encore plus horrible que sa transposition cinématographique.

        Lire le portrait :
         

          Marcello Fonte, une vie d’homme et de chien errant



Dans une banlieue oubliée du sud de Rome, Marcello, timide et chétif toiletteur pour chiens, revendeur de drogue pour arrondir ses fins de mois, doit subir les humeurs, les violences, le chantage affectif tout autant que la brutalité physique, de Simoncino, récemment sorti de prison, entraînant régulièrement le malheureux dans des ennuis qui lui vaudront plusieurs mois de prison. Comment échapper à l’emprise et à la violence d’un barbare qui empoisonne l’existence de la petite communauté de banlieusards paupérisés caractérisant l’environnement des deux hommes, communauté dont l’existence semble parfois tenir de la survie ?

   


Une parabole politique
Une des qualités du film de Matteo Garrone réside, tout d’abord, dans la façon dont il évite les conventions du film de genre. Certes, Dogman pourrait être assimilé, si on le réduisait à la seule structure de son récit, à un film de vengeance au terme duquel le héros obtiendrait, par la violence, un soulagement et une rétribution que le spectateur, mis en condition durant une heure trente parce qu’il a assisté au calvaire de Marcello, aurait appelés de ses vœux. Mais cette issue, catharsis finale longtemps désirée, ne sera toutefois qu’une manière de continuer l’abjection du présent, l’horreur comme dernier recours d’un faible face à la force. Un échec peut-être et du moins une action qui laissera le protagoniste, à l’aube, sur son coin de plage sordide, encore plus seul, comme écarté désormais de l’humanité elle-même.
On a pu voir dans le film de Matteo Garrone une parabole politique – Simoncino incarnant le retour d’une barbarie venue du passé pour se nourrir, tout en les accroissant, de l’angoisse et du désarroi engendrés par la crise économique et morale de la société italienne en particulier, de l’Europe en général. Dogman réussit aussi le miracle de transporter le spectateur au cœur d’un univers où, à la vérité d’une approche sociologique et anthropologique, se mêle l’artificialité d’un singulier carnaval humain et animal. La farce y est donc inséparable de la tragédie. Il est raisonnable de penser que la formidable performance de Marcello Fonte (prix d’interprétation au Festival de Cannes) y a largement contribué.

        Lire l’enquête :
         

          A Cannes, une renaissance italienne




Film italien de Matteo Garrone. Avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Alida Baldari (1 h 42). Sur le Web : www.le-pacte.com/france/prochainement/detail/dogman



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Julien Faraut utilise habilement les archives de Roland-Garros pour restituer toute la grandeur du tennisman américain.
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« John McEnroe, l’empire de la perfection » : la geste et les gestes d’un gaucher rageur et génial

Julien Faraut utilise habilement les archives de Roland-Garros pour restituer toute la grandeur du tennisman américain.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 07h26
 • Mis à jour le
11.07.2018 à 07h45
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Petite séquence cinématographique avec le gaucher le plus rageur, et sans doute le plus génial, de l’histoire du tennis mondial, John McEnroe. En novembre 2017 sortait Borg/McEnroe, de Janus Metz Pedersen, reconstitution fictionnelle de la finale qui opposa les deux légendes en 1980 à Wimbledon. Psychologie plan-plan (allons donc chercher dans l’enfance des deux champions le secret de leur tennis) relevée par le grain de folie de Shia Labeouf dans la peau de McEnroe.
Rien de tel dans John McEnroe, l’empire de la perfection, de Julien Faraut. Ici, du « found footage » (« réemploi d’archives »), de l’expérimentation, du montage, de l’essai cinématographique, autour du joueur décortiqué en vedette américaine. Passionné de sport et de cinéma, Faraut trouve un travail qui lui convient au petit poil dans les services des archives audiovisuelles de l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep).
Gil de Kermadec, directeur technique national du tennis français, a filmé les champions, de 1977 à 1985, à chaque tournoi de Roland-Garros
Parmi les 2 500 boîtes qui traînent, il tombe sur un film consacré à McEnroe, ainsi que sur la série de rushes qui l’accompagnent. Auteur de ces prises de vues réalisées durant les matches de Roland-Garros, Gil de Kermadec, directeur technique national du tennis français, passionné de pédagogie, rêvant de trouver le Graal de la perfection en filmant les gestes, tel Etienne-Jules Marey cherchant à travers la chronophotographie le secret du mouvement. Débutant par des films d’initiation à mourir d’ennui (démonstrations de gestes au ralenti), il change rapidement sa caméra d’épaule et se met à filmer les champions, de 1977 à 1985, à chaque tournoi, dans l’espoir de percer le secret de leur jeu.
Combat contre lui-même
Le film sur McEnroe est le dernier de la série, qui fait l’objet de tous les soins de Julien Faraut. Le mêlant aux rushes qui en ont été écartés, le réalisateur en pétrit la matière par le montage. Répétition, ralentis, réverbération, voix off, rock lourd. On y reconnaît le sale gosse perfectionniste du tennis des eighties : service dos au filet, art fulgurant du service-volée, jets de raquette, récriminations lancinantes, insultes diverses. L’essentiel n’est pas là. Il tient dans le mystère du combat que mène le sportif contre lui-même. Dans l’incertitude terrible qui en découle – telle cette défaite surprenante contre Lendl en finale de Roland-Garros en 1984 – gît toute la magie, toute la passion, toute la grandeur de ce spectacle.
D’où que Jean-Luc Godard et le critique Serge Daney, deux figures du cinéma qui ont parlé dans leurs écrits du tennis, soient ici convoquées. Sous une plume alerte et déphasée, Daney avait chroniqué régulièrement le tennis dans Libération ; un livre en a même été tiré (L’Amateur de tennis, P.O.L, 1994). McEnroe y est défini comme le joueur dont l’hostilité du monde à son égard, qu’il n’aime rien tant que provoquer, « est sa drogue ». Et de cette sanglante arène, quand le demi-dieu payant tribut à la perfection tennistique ne sort pas vainqueur, voyez aussitôt l’enfant boudeur qui réapparaît.

Documentaire français de Julien Faraut (1 h 30). Sur le Web : www.ufo-distribution.com/movie/lempire-de-la-perfection



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Palme d’or à Cannes en 1983, le film de Shohei Imamura revient en salle en version restaurée.
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Reprise : « La Ballade de Narayama », l’humanité primitive

Palme d’or à Cannes en 1983, le film de Shohei Imamura revient en salle en version restaurée.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 07h24
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


Pour fêter ses 35 ans, La Ballade de Narayama (1983) refait surface en copies flambant neuves. S’il reste le film le plus célèbre de Shohei Imamura (1926-2006), c’est sans doute pour avoir remporté la Palme d’or, qui a valu à son auteur, alors âgé de 57 ans, d’acquérir une stature internationale (il la confirmera avec une deuxième Palme en 1997 pour L’Anguille, ex aequo avec Le Goût de la cerise, d’Abbas Kiarostami). Reconnaissance méritée pour ce cinéaste original et frondeur, issu de la Nouvelle Vague japonaise.
La Ballade de Narayama est la seconde adaptation japonaise d’une nouvelle de Shichirō Fukazawa (1914-1987), après la version, fortement imprégnée de théâtre kabuki, qu’en avait tirée le prolifique Keisuke Kinoshita, en 1958. Imamura en reprend donc la trame, située dans une petite communauté villageoise à l’extrême nord du Japon, à la fin de l’ère Edo (deuxième moitié du XIXe siècle). Celle-ci tourne autour d’un personnage de grand-mère, Orin (Sumiko Sakamoto), atteignant l’âge avancé pendant lequel elle doit accomplir le rite funéraire traditionnel : gravir le mont Narayama sur les épaules de son fils aîné, pour y finir ses jours livrée aux éléments et à la divinité des lieux.
Le film qu’en tire Imamura, cinéaste résolument moderne, s’oppose en tout point au classicisme de Kinoshita, qui exaltait la piété filiale et le respect des traditions. Au contraire, Imamura perpétue sa vision décapante et désacralisée d’une humanité primitive (comme dans Profonds désirs des dieux, 1968) qu’il se plaisait à saisir « par le bas du corps », à ras d’instincts et de pulsions.
Histoire naturelle
La première partie du film se penche surtout sur la vie quotidienne du village, au fil des saisons et des travaux qui les rythment. Dès les premières images, qui survolent les chaînes de montagne enneigées, Immamura souligne l’isolement de cette petite communauté agricole, éloignée des évolutions du monde, puis décrit par le détail la rudesse et la ténuité de ses conditions d’existence. En se focalisant sur la famille d’Orin (ses fils, petits-fils et brus) et ses relations avec le voisinage, Imamura en résume les nécessités : la survie, qui se mesure en bouches à nourrir, et la perpétuation du clan, qui régule les rapports entre les sexes.
Nécessités qui semblent justifier un enchaînement de situations scabreuses, potentiellement choquantes : nourrissons jetés aux rizières, exécution d’une famille de voleurs enterrés vivants, zoophilie et gérontophilie… Mais la beauté du film est d’exempter ces actes, apparemment révoltants, de toute considération morale, pour les restituer au sein d’un ordre naturel primitif, où les cycles de vie et de mort s’abordent frontalement, sans hypocrisie. C’est pourquoi des vues animales – serpents, rongeurs, rapaces, poules, lapins – s’insèrent entre les scènes de la vie humaine, résonnent ou riment avec elles : pour Imamura, l’homme partage la même histoire naturelle que celle des animaux.
Le film chemine, avec trivialité et détachement, vers son apothéose : l’ascension du mont Narayama
Le film chemine ainsi, avec trivialité et détachement, vers son apothéose : l’ascension du mont Narayama, à l’occasion d’une séquence magnifique et quasiment muette – le rituel interdit de prononcer un mot. Orin, portée par son fils Tatsuhei (le formidable Ken Ogata), s’élève vers sa propre mort, dans des hauteurs escarpées envahies d’une brume automnale et spectrale.
Imamura aurait pu dénoncer facilement la barbarie du rite, mais choisit de faire naître, en son point culminant, une émotion spécifiquement humaine : Tatsuhei éprouvant le besoin d’étreindre une dernière fois sa vieille mère, au moment de l’abandonner au milieu d’un cimetière d’ossements, cerné par les corbeaux. Le rite au summum de sa cruauté (laisser mourir un aïeul dans la nature) coïncide curieusement avec l’effusion inattendue d’un sentiment. Le seul à pousser comme une fleur sauvage sur le granit insécable de la vie primitive.

Film japonais de Shohei Imamura (1983). Avec Ken Ogata, Sumiko Sakamoto, Takejo Aki, Tonpei Hidari, Seiji Kurasaki (2 h 10). Sur le Web : www.larabbia.com/films/la-ballade-de-narayama et www.les-bookmakers.com/films/la-ballade-de-narayama



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ A mi-chemin entre film d’action et film-catastrophe, le long-métrage du réalisateur Rawson Marshall Thurber n’évite aucun des clichés du genre.
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« Skyscraper » : Dwayne Johnson en héros rédempteur

A mi-chemin entre film d’action et film-catastrophe, le long-métrage du réalisateur Rawson Marshall Thurber n’évite aucun des clichés du genre.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 07h22
 • Mis à jour le
11.07.2018 à 07h23
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Un ancien agent du FBI, gravement blessé autrefois au cours d’une opération (il a une jambe artificielle), est chargé d’un audit sur la sécurité d’un gigantesque gratte-ciel de Hongkong construit par un milliardaire chinois mégalomane. Ce qu’il ignore, c’est qu’on lui a confié cette mission pour s’emparer du système informatique régissant la vie de l’immeuble et permettre à un commando de malfrats d’incendier le dit immeuble afin de récupérer une sorte de gigantesque clef USB contenant des données secrètes dont il faut bien dire que l’on se moque un peu. Le héros du film va tenter de sauver sa famille prisonnière du bâtiment en flammes tout en neutralisant les truands surarmés.
Esthétique du dessin animé
Skyscraper n’évite aucun des clichés du film d’action rédempteur et familialiste croisé ici avec les conventions du film-catastrophe. Le développement des effets spéciaux numériques permet la monstration d’exploits humains totalement extravagants et rapproche encore davantage ce type de films de l’esthétique du dessin animé.

Film américain de Rawson Marshall Thurber. Avec Dwayne Johnson, Neve Campbell, Chin Han (1 h 42). Sur le Web : www.skyscraper-lefilm.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Le film de Christopher Radcliff et Lauren Wolkstein adopte la structure d’un « road movie » associée au mystère du suspens.
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« The Strange Ones » : une odyssée existentielle

Le film de Christopher Radcliff et Lauren Wolkstein adopte la structure d’un « road movie » associée au mystère du suspens.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 07h21
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Un homme et un jeune garçon sillonnent les routes dans leur voiture, filant vers une destination inconnue, à moins qu’ils ne cherchent à se protéger d’une éventuelle et indicible menace. The Strange Ones adopte la structure d’un « road movie » auquel serait associé le mystère d’un suspens entretenu par le mutisme des deux principaux protagonistes. Quels liens unissent les personnages ? D’où vient la possessivité jalouse exprimée par le gamin qui empêche une éventuelle rencontre amoureuse entre son compagnon de voyage et la jeune et attrayante tenancière d’un motel ? Quelle est la nature du danger qui les guette ?
Opacité dérangeante
Les cinéastes s’amusent ainsi à déstabiliser le spectateur et à cultiver une opacité, parfois dérangeante, qui vise à transformer ce périple en odyssée existentielle. Jusqu’à ce que le mystère se résolve en partie, à la faveur d’un retour en arrière, et que le dévoilement progressif de la vérité appauvrisse un peu, in fine, cette attachante tentative.

Film américain de Christopher Radcliff et Lauren Wolkstein. Avec Alex Pettyfer, James Freedson-Jackson, Emily Althaus (1 h 21). Sur le Web : www.epicentrefilms.com/The-Strange-Ones-Christopher-Radcliff-et-Lauren-Wolkstein



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Le premier film de Carmen Alessandrin finit par ressembler à un long clip de voyage pour jeunes (très connectés).
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« Interrail » : un « rail movie » stéréotypé

Le premier film de Carmen Alessandrin finit par ressembler à un long clip de voyage pour jeunes (très connectés).



Le Monde
 |    11.07.2018 à 07h20
    |

            Véronique Cauhapé








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
Le bac tout juste en poche, un groupe d’amis décide de partir faire un tour d’Europe en Interrail. Souriants, beaux, jeunes et enfin libres, Lou, Malik, Fiona, Solal, Paul et Théo s’apprêtent à vivre une aventure qui, on s’en doute, n’a pas pour unique but la découverte des pays traversés. Il y aura des amours, des emmerdes, des déboires de voyage, des rencontres… qui feront douter, craquer, mûrir.
Dimension initiatique
Tel l’a voulu la réalisatrice Carmen Alessandrin, dans ce premier film largement autobiographique. Un « rail movie », comme elle le qualifie elle-même, un film de potes auquel elle a souhaité donner une dimension initiatique. Hélas, les soubresauts du voyage ne surprennent que les personnages du film tant les épisodes qui se succèdent sont attendus, stéréotypés. A l’image de ces jeunes dont les questionnements n’ont rien de bien original. Résultat, Interrail finit par ressembler à un long clip de voyage pour jeunes (très connectés), où tout le monde est gentil. Quand on est adulte, on s’ennuie ferme dans le wagon.

Film français de Carmen Alessandrin. Avec Marie Zabukovec, Carl Malapa, Manon Valentin (1 h 31). Sur le Web : www.facebook.com/Interrail.lefilm et fr-fr.facebook.com/ApolloDistrib



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Chaque mercredi, « La Matinale du Monde » propose un choix de films et documentaires à voir sur grand écran.
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Article sélectionné dans La Matinale du 10/07/2018
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Deux films, un docu et une reprise : quatre raisons d’aller au cinéma

Chaque mercredi, « La Matinale du Monde » propose un choix de films et documentaires à voir sur grand écran.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 06h40
 • Mis à jour le
11.07.2018 à 07h36
   





                        


John McEnroe, une vie de chien, la curieuse histoire de don Diego de Zama et La Ballade de Narayama sont au menu de notre liste cinéma ce mercredi.
L’HOMME BLANC, CE MIRAGE : « Zama », de Lucrecia Martel

Qu’est-ce que le colonialisme ? Une maladie mentale, une psychose torpide de l’homme blanc perdant pied au sein de son propre ordre de représentations, sentant sa réalité se dérober sous ses pieds. C’est tout du moins la piste que poursuit le nouveau long-métrage de la réalisatrice Lucrecia Martel (La Cienaga, La Niña santa), figure marquante du « nouveau cinéma argentin » (génération qui a émergé au tournant des années 2000), réputée pour ses films résolument cérébraux, hardis et parfois ardus.
Adapté du roman éponyme de l’écrivain argentin Antonio Di Benedetto (1922-1986), le film raconte la curieuse histoire de don Diego de Zama, corregidor isolé dans une lointaine colonie espagnole d’Amérique latine au XVIIIe siècle. Le fonctionnaire macère dans l’attente indéfiniment prolongée d’un sauf-conduit du vice-roi, qui l’autoriserait enfin à rentrer à Buenos Aires auprès de sa femme et de ses enfants.
Zama vaut avant tout pour son protagoniste et le caractère dépravé qu’il dépeint à travers lui : un jouet des circonstances, monstre d’indétermination et d’expectative, magistralement interprété par un Daniel Giménez Cacho au visage crispé et au regard fuyant.
Les silhouettes indigènes s’affirment comme objet privilégié de la mise en scène : leur présence silencieuse, ici ou là, conteste la centralité des personnages principaux, les colons, jusqu’à désaxer l’architecture des plans. Ces corps brimés ou ignorés se tiennent à la lisière du « drame blanc », comme son refoulé immédiat. Martel souligne ainsi la logique inconsciente à l’œuvre dans le colonialisme : l’indigène est rendu invisible par l’évidence de son exploitation. Mathieu Macheret
« Zama », film américain, argentin, brésilien, espagnol, français, mexicain, néerlandais et portugais de Lucrecia Martel. Avec Daniel Giménez Cacho, Lola Dueñas, Matheus Nachtergaele (1 h 55). Sur le Web : shellac-altern.org/films/493.
JOHN MCENROE EN GRAND : « L’Empire de la perfection », de Julien Faraut

Petite séquence cinématographique avec le gaucher le plus rageur, et sans doute le plus génial, de l’histoire du tennis mondial, John McEnroe. En novembre 2017 sortait Borg/McEnroe, de Janus Metz Pedersen, reconstitution fictionnelle de la finale qui opposa les deux légendes en 1980 à Wimbledon. Psychologie plan-plan relevée par le grain de folie de Shia Labeouf dans la peau de McEnroe.
Rien de tel dans John McEnroe, l’empire de la perfection, de Julien Faraut. Ici, du « found footage » (« réemploi d’archives »), de l’expérimentation, du montage, de l’essai cinématographique, autour du joueur décortiqué en vedette américaine.
Passionné de sport et de cinéma, Faraut trouve un travail qui lui convient au petit poil dans les services des archives audiovisuelles de l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep). Parmi les 2 500 boîtes qui traînent, il tombe sur un film consacré à McEnroe, ainsi que sur la série de rushs qui l’accompagnent.
Le réalisateur en pétrit la matière par le montage. Répétitions, ralentis, réverbération, voix off, rock lourd. On y reconnaît le sale gosse perfectionniste du tennis des eighties : service dos au filet, art fulgurant du service-volée, jets de raquette, récriminations lancinantes, insultes diverses. L’essentiel n’est pas là. Il tient dans le mystère du combat que mène le sportif contre lui-même. Jacques Mandelbaum
« John McEnroe, l’empire de la perfection », documentaire français de Julien Faraut. (1 h 30). Sur le Web : ufo-distribution.com/movie/lempire-de-la-perfection.
UNE VIE DE CHIEN : « Dogman », de Matteo Garrone

Dans une banlieue oubliée du sud de Rome, Marcello, timide et chétif toiletteur pour chiens, revendeur de drogue pour arrondir ses fins de mois, doit subir les humeurs, les violences, le chantage affectif tout autant que la brutalité physique, de Simoncino, récemment sorti de prison, entraînant régulièrement le malheureux dans des ennuis qui lui vaudront plusieurs mois de prison.
Comment échapper à l’emprise et à la violence d’un barbare qui empoisonne l’existence de la petite communauté de banlieusards paupérisés caractérisant l’environnement des deux hommes, communauté dont l’existence semble parfois tenir de la survie ?
Une des qualités du film de Matteo Garrone réside, tout d’abord, dans la façon dont il évite les conventions du film de genre. Dogman réussit aussi le miracle de transporter le spectateur au cœur d’un univers où, à la vérité d’une approche sociologique et anthropologique, se mêle l’artificialité d’un singulier carnaval humain et animal.
La farce y est donc inséparable de la tragédie. Il est raisonnable de penser que la formidable performance de Marcello Fonte (prix d’interprétation au Festival de Cannes) y a largement contribué. Jean-François Rauger
« Dogman », film italien de Matteo Garrone. Avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Alida Baldari (1 h 42). Sur le Web : le-pacte.com/france/prochainement/detail/dogman.
LA MORT COMME UNE FLEUR SAUVAGE : « La Ballade de Narayama », d’Imamura

Pour fêter ses 35 ans, La Ballade de Narayama (1983) refait surface en copies flambant neuves. S’il reste le film le plus célèbre de Shohei Imamura (1926-2006), c’est sans doute pour avoir remporté la Palme d’or à Cannes, qui a valu à son auteur, alors âgé de 57 ans, d’acquérir une stature internationale. Reconnaissance méritée pour ce cinéaste original et frondeur, issu de la Nouvelle Vague japonaise.
La Ballade de Narayama est la seconde adaptation nipponne d’une nouvelle de Shichiro Fukazawa (1914-1987), après la version, fortement imprégnée de théâtre kabuki, qu’en avait tirée le prolifique Keisuke Kinoshita, en 1958. Imamura en reprend donc la trame, située dans une petite communauté villageoise à l’extrême nord du Japon, à la fin de l’ère Edo (deuxième moitié du XIXe siècle). Celle-ci tourne autour d’un personnage de grand-mère, Orin (Sumiko Sakamoto), atteignant l’âge avancé pendant lequel elle doit accomplir le rite funéraire traditionnel : gravir le mont Narayama sur les épaules de son fils aîné, pour y finir ses jours livrée aux éléments et à la divinité des lieux.
Le film qu’en tire Imamura, cinéaste résolument moderne, s’oppose en tout point au classicisme de Kinoshita, qui exaltait la piété filiale et le respect des traditions. Au contraire, Imamura perpétue sa vision décapante et désacralisée d’une humanité primitive (comme dans Profonds désirs des dieux, 1968) qu’il se plaisait à saisir « par le bas du corps », à ras d’instincts et de pulsions. Mathieu Macheret
« La Ballade de Narayama », film japonais de Shohei Imamura (1983). Avec Ken Ogata, Sumiko Sakamoto, Takejo Aki, Tonpei Hidari, Seiji Kurasaki (2 h 10). Sur le Web : larabbia.com/films/la-ballade-de-narayama et les-bookmakers.com/films/la-ballade-de-narayama

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 11 juillet)
Zama, film américain, argentin, brésilien, espagnol, français, mexicain, néerlandais et portugais de Lucrecia Martel (à ne pas manquer)Dogman, film italien de Matteo Garrone (à voir)John McEnroe, l’empire de la perfection, documentaire français de Julien Faraut (à voir)Paranoïa, film américain de Steven Soderbergh (pourquoi pas)Skyscraper, film américain de Rawson Marshall Turber (pourquoi pas)The Strange Ones, film américain de Christopher Radcliff et Lauren Wolkstein (pourquoi pas)Interrail, film français de Carmen Alessandrin (on peut éviter)
A l’affiche également :
Brodre: Markus et Lukas, documentaire français et norvégien d’Aslaug HolmChrist(off), film français de Pierre DudanDark River, film britannique de Clio BarnardL’école est finie, film français d’Anne DepetriniL’Envol de Ploé, film d’animation belge et islandais d’Arni Asgeirsson, Gunnar Karlsson et Ives AgemansMoi et le Che, film français de Patrice Gautier





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ La réalisatrice argentine déplore que le cinéma d’époque latino-américain ait généralement « servi à affirmer l’origine des Etats nationaux ».
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édition abonné


Lucrecia Martel transporte la science-fiction au XVIIIe siècle

La réalisatrice argentine déplore que le cinéma d’époque latino-américain ait généralement « servi à affirmer l’origine des Etats nationaux ».



Le Monde
 |    10.07.2018 à 08h02
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

La dernière fois qu’on avait rencontré Lucrecia Martel, c’était en 2008 à Buenos Aires, quelques semaines avant le Festival de Cannes. Alors âgée de 42 ans, la réalisatrice, figure de proue de la nouvelle vague argentine depuis la révélation de La Cienaga au Festival de Berlin en 2001, devait présenter en compétition sur la Croisette La Femme sans tête, une histoire criminelle faite de détails à peine perceptibles, déroutante et fascinante. Tout en annonçant son passage à un autre format, avec une adaptation de L’Eternaute, récit de science-fiction et ­classique de la bande dessinée argentine.

Et puis plus rien, ou si peu. On a suivi les tribulations de la production de L’Eternaute, arrêtée pour des histoires de budget, de droits. On a appris, il y a trois ans, qu’elle adapterait Zama, roman qui conte les tribulations d’un fonctionnaire royal abandonné par le roi d’Espagne dans une contrée sans nom, entre les ­Andes et la pampa.
Lucrecia Martel ne fait pas mystère de sa volonté de se démarquer de ses prédécesseurs
Coproduit, comme ses deux précédents films, par El Deseo, la société des frères Almodovar, Zama n’a pu prétendre concourir à Cannes en 2017, puisque Pedro Almodovar présidait le jury. ­Présenté hors compétition à Venise, le film a surpris, tant il s’éloigne des territoires historiques (le XIXe siècle) et géographiques (la pampa et la Patagonie) que le cinéma argentin a jusqu’ici explorés.
La réalisatrice ne fait pas mystère de sa volonté de se démarquer de ses prédécesseurs. « Si l’on met à part le cinema novo brésilien, le cinéma d’époque latino-américain, et c’est dommage, a servi à affirmer l’origine des Etats nationaux, fait-elle remarquer. C’est un cinéma machote, plein de héros qui disent des choses qui resteront dans l’histoire, c’est insupportable. » L’histoire de Diego Zama (incarné par l’Hispano-Mexicain Daniel Giménez...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Rajinikanth incarne dans « Kaala », sorti le 7 juin, un défenseur de la cause des intouchables. Un rôle soupçonné de servir les ambitions politiques de la star tamoule, qui a fondé son parti.
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« Kaala » : quand le cinéma sert la politique en Inde


                      Rajinikanth incarne dans « Kaala », sorti le 7 juin, un défenseur de la cause des intouchables. Un rôle soupçonné de servir les ambitions politiques de la star tamoule, qui a fondé son parti.



Le Monde
 |    10.07.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
10.07.2018 à 08h35
    |

                            Guillaume Delacroix








   


Le scénario se voulait binaire. Les gentils en noir, les méchants en blanc. Mais le public indien s’est retrouvé plongé dans un abîme de perplexité en découvrant Kaala (« Noir »), le dernier film où Rajinikanth, héros des héros du cinéma tamoul, tient le haut de l’affiche. Un trouble dû à la stature politique que « Thalaivar » (« The Boss ») a pris depuis décembre. En effet, la presse tamoule le soupçonne de rouler pour le Bharatiya Janata Party (BJP) – la formation nationaliste hindou du premier ministre Narendra Modi, au pouvoir à New Delhi –, lequel n’a jamais réussi à percer dans le Tamil Nadu, à la pointe sud de l’Inde. A 67 ans, Rajinikanth a fondé son propre parti pour participer aux élections, comme bien d’autres acteurs de la région avant lui, tels M.G. Ramachandran et Jayalalithaa, ou encore le scénariste Karunanidhi, pour ne citer que ceux qui gouvernèrent pendant de nombreuses années.
« C’est l’histoire d’un leader qui se bat pour le droit d’un peuple à posséder sa terre. Certes, certaines répliques sont très politiques, mais cela n’a rien à voir avec Rajinikanth. » Pa Ranjith, réalisateur
Et voilà que dans Kaala, sorti le 7 juin, il incarne un personnage qui se fait fort de défendre la cause des intouchables, dans le gigantesque bidonville de Dharavi, à Mumbay, face à l’appétit de promoteurs immobiliers soutenus par un politicien à la tenue immaculée, dont les affiches et banderoles électorales ressemblent étrangement… à celles du BJP. N’y a-t-il pas de quoi s’y perdre ?

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                En Inde du Sud, la politique est un jeu d’acteurs



Le réalisateur, Pa Ranjith, a vite rassuré tout le monde, jurant que Kaala n’était aucunement au service des nouvelles ambitions du comédien : « C’est l’histoire d’un leader qui se bat pour le droit d’un peuple à posséder sa terre. Certes, certaines répliques sont très politiques, mais cela n’a rien à voir avec Rajinikanth », a-t-il déclaré au magazine Outlook. Il précise d’ailleurs que le film « était avancé à plus de 80 % » lorsque l’intéressé s’est jeté dans l’arène politique, dans les derniers jours de 2017. Agé de seulement 35 ans, Pa Ranjith revendique son appartenance à la caste des intouchables. S’il se consacre au 7e art, c’est parce qu’il en avait assez que les films ayant pour sujet la vie de ceux que le système met au rebut de la société soient réalisés par des représentants des castes supérieures. « Oui, nous sommes économiquement pauvres. Mais pas culturellement », souligne-t-il.
Candidat aux élections générales de 2019
Pour l’acteur néo-politicien Rajinikanth, qui devrait briguer un siège de député aux élections générales du printemps 2019, le ralliement des plus défavorisés est loin d’être secondaire. Et il ne faudrait pas que Kaala se retourne contre lui, ce qui n’est pas gagné. Dans le film, son personnage appelle en effet à la violence. « Nos corps sont nos seules armes. Rassemblons tout le monde », lance-t-il à ses congénères du bidonville, pour éviter que leurs maisons ne soient rasées par les bulldozers. Dans la réalité, au contraire, l’homme politique préfère les défilés pacifiques.

Fin mai, alors que la population du village de Tuticorin était descendue dans la rue pour exiger la fermeture d’une usine de cuivre extrêmement polluante, la police a tiré sur la foule et tué treize personnes. Rajinikanth s’est aussitôt rendu sur place pour dénoncer « ces manifestations organisées à tout bout de champ, qui vont finir par réduire le Tamil Nadu à un cimetière et décourager les entreprises d’investir, empêchant nos jeunes de trouver du travail ». Au box-office, Kaala démarre « médiocrement » pour un film de Rajinikanth, note The Hindustan Times. Que « le Boss » se rassure : le jour de la sortie en salle, ses fans ont brisé des noix de coco et jeté du lait et des boules de camphre sur l’affiche. Une manière de vénérer une idole selon la tradition hindoue.



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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Lucrecia Martel signe un grand film perturbé autour de la dépravation d’un fonctionnaire royal en Amérique latine.
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Article sélectionné dans La Matinale du 09/07/2018
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« Zama » : le mirage colonial de l’homme blanc

Lucrecia Martel signe un grand film perturbé autour de la dépravation d’un fonctionnaire royal en Amérique latine.



Le Monde
 |    10.07.2018 à 06h44
 • Mis à jour le
11.07.2018 à 07h37
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Qu’est-ce que le colonialisme ? Une maladie mentale, une psychose torpide de l’homme blanc perdant pied au sein de son propre ordre de représentations, sentant sa réalité se dérober sous ses pieds. C’est tout du moins la piste que poursuit le nouveau long-métrage de Lucrecia Martel (La Cienaga, La Niña santa), figure marquante du « nouveau cinéma argentin » (génération émergée au tournant des années 2000), réputée pour ses films résolument cérébraux, hardis et parfois ardus. Dix ans après La Femme sans tête, qui brocardait les dénégations de la bourgeoisie argentine, Zama, présenté à la Mostra de Venise en 2017, marque un retour éblouissant, de par sa perspective historique et son inventivité plastique, creusant dans les angles morts de la psyché coloniale un sinueux labyrinthe d’étrangeté et de déliquescence.

        Lire la rencontre :
         

          Lucrecia Martel transporte la science-fiction au XVIIIe siècle



Adapté du roman éponyme de l’écrivain argentin Antonio Di Benedetto (1922-1986), le film raconte la curieuse histoire de don Diego de Zama, corregidor isolé dans une lointaine colonie espagnole d’Amérique latine au XVIIIe siècle. Le fonctionnaire macère dans l’attente indéfiniment prolongée d’un sauf-conduit du vice-roi, qui l’autoriserait enfin à rentrer à Buenos Aires auprès de sa femme et ses enfants. Or, plus rien autour de lui ne semble aller de soi, sa condition de gentilhomme se trouvant malmenée par les circonstances. Entre un gouverneur qui le mène en bateau, un négociant cacochyme qui agonise sous sa juridiction, un adjoint inféodé, une dame piquante (Lola Dueñas) ignorant ses galanteries et la terreur que fait régner dans la région un bandit insaisissable, le juge s’enfonce dans un embarras de plus en plus profond. Ecarté de son magistère, il finira par intégrer une troupe de mercenaires lancés, en pleine pampa, aux trousses du fameux bandit.
Zama vaut avant tout pour son protagoniste et le caractère dépravé qu’il dépeint à travers lui : un jouet des circonstances, monstre d’indétermination et d’expectative, magistralement interprété par un Daniel Giménez Cacho au visage crispé et au regard fuyant. Avec lui, Lucrecia Martel sculpte une figure de cinéma, celle d’un malade de l’espérance. Imprégné de sa subjectivité troublée, le film le met aux prises avec une réalité récalcitrante, bruissant de mille signes étranges et mouvements secrets, qui semblent conspirer contre lui : un voleur chauve surgi dans son auberge, un gouverneur ordonnant le déménagement de ses biens, des figures d’enfants pythiques qui parsèment son chemin, comme s’ils l’avaient percé à jour… Tout désigne le décrochage mental de Zama. Lucrecia Martel traduit cela magnifiquement, par des plans à la construction intrigante, décentrant la position du personnage dans des espaces incommodes, comme pour relativiser sa place dans un monde de moins en moins déchiffrable.
Une sidérante beauté plastique
Don Diego de Zama ne comprend plus quelle est cette place. Il est surtout aveugle à une réalité omniprésente : celle, innommable, du colonialisme. Martel ne cesse d’inscrire à l’image la présence des indigènes asservis, des esclaves noirs, des porteurs de chaises, des prisonniers entravés, des valets affublés de frusques occidentales, tout autour du héros et de ses congénères. Dans un passage ahurissant, un couple de ­fermiers exige une concession de quarante indigènes auprès du juge, qui n’y verrait aucun inconvénient si son adjoint ne s’en offusquait pas.
Les silhouettes indigènes s’affirment comme objet privilégié de la mise en scène : leur présence silencieuse, ici ou là, conteste la centralité des personnages principaux, les colons, jusqu’à désaxer l’architecture des plans. Ces corps brimés ou ignorés se tiennent à la lisière du « drame blanc », comme son refoulé immédiat. Martel souligne ainsi la logique inconsciente à l’œuvre dans le colonialisme : l’indigène est rendu invisible par l’évidence de son exploitation. La mise en scène lui restitue évidemment sa visibilité par un effet de torsion. Dans la deuxième moitié du film, le rapport de force s’inverse : Zama, hébergé dans un village indigène, finit par se perdre en territoire sauvage. Une scène décrit son rapt par une tribu d’Indiens recouverts de pigment rouge, surgissant au cœur du paysage comme de pures taches de couleur, dans un moment d’une sidérante beauté plastique.
La présence silencieuse des silhouettes indigènes, ici ou là, conteste la centralité des personnages principaux, les colons
Le film se distingue par un impressionnant travail de « cadre dans le cadre », qui plonge son protagoniste dans un dédale d’embrasures et d’amorces floues, créant une étrange sensation d’enfermement par l’extérieur, proche de la paranoïa. De même, les rapports incertains entre Zama et les autres personnages creusent une temporalité comateuse où semblent flotter quelques traces d’une puissance chamanique. Au son, toute une symphonie sérielle de piaillements tropicaux, de murmures insolites, de stridences, entrecoupés de temps à autre par un calypso désinvolte, suscitent un hypnotisme troublant. La terre colonisée apparaît progressivement comme le mirage de l’homme blanc, confronté à la vanité de ses propres espoirs, qu’ils soient de réussite ou d’enrichissement.
Tous ces éléments contribuent à faire de Zama un grand film perturbé sur la perturbation, dont l’épicentre serait ce germe délétère enfoui au cœur de la conscience coloniale, qui la ronge à petit feu. En ne racontant rien moins que l’évaporation d’un homme (le sujet colonial), le film s’avère l’un des rares à perpétuer sérieusement, de nos jours, l’hypothèse du cinéma moderne. Don Diego de Zama rejoint ainsi d’autres grands héros – comme le journaliste de Profession reporter (1975), de Michelangelo Antonioni, ou le Monsieur Klein (1976), de Joseph Losey – dans une expérience si profonde de l’altérité qu’elle conduit jusqu’aux confins de soi-même.



Film argentin, brésilien, français, espagnol, mexicain, portugais, néerlandais et américain de Lucrecia Martel. Avec Daniel Giménez Cacho, Lola Dueñas, Matheus Nachtergaele (1 h 55). Sur le Web : www.shellac-altern.org/films/493

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 11 juillet)
Zama, film américain, argentin, brésilien, espagnol, français, mexicain, néerlandais et portugais de Lucrecia Martel (à ne pas manquer)Dogman, film italien de Matteo Garrone (à voir)John McEnroe, l’empire de la perfection, documentaire français de Julien Faraut (à voir)Paranoïa, film américain de Steven Soderbergh (pourquoi pas)Skyscraper, film américain de Rawson Marshall Turber (pourquoi pas)The Strange Ones, film américain de Christopher Radcliff et Lauren Wolkstein (pourquoi pas)Interrail, film français de Carmen Alessandrin (on peut éviter)
A l’affiche également :
Brodre: Markus et Lukas, documentaire français et norvégien d’Aslaug HolmChrist(off), film français de Pierre DudanDark River, film britannique de Clio BarnardL’école est finie, film français d’Anne DepetriniL’Envol de Ploé, film d’animation belge et islandais d’Arni Asgeirsson, Gunnar Karlsson et Ives AgemansMoi et le Che, film français de Patrice Gautier





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Lors d’une audience de quinze minutes au tribunal de Manhattan, l’avocat du producteur de 66 ans a réitéré que chacune de ses relations était « consentie ».
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Inculpé pour l’agression sexuelle d’une troisième femme, Weinstein plaide non coupable

Lors d’une audience de quinze minutes au tribunal de Manhattan, l’avocat du producteur de 66 ans a réitéré que chacune de ses relations était « consentie ».



Le Monde
 |    09.07.2018 à 21h45
   





                        



   


Inculpé pour l’agression d’une troisième femme, le producteur déchu Harvey Weinstein a plaidé lundi 9 juillet non coupable aux accusations d’agressions sexuelles lors d’une audience de quinze minutes au tribunal de Manhattan. Fin mai, il avait déjà plaidé non coupable aux premières inculpations annoncées par le procureur de Manhattan, concernant deux autres femmes.
Le procureur a demandé au juge d’assigner le producteur à résidence à Manhattan à la suite des nouvelles accusations, mais la défense a obtenu que les conditions de sa liberté surveillée actuelle, avec port d’un bracelet électronique, restent inchangées.
L’« acte sexuel forcé » dont il a été accusé le 2 juillet remonterait à juillet 2006, sur une femme dont l’identité n’a pas été précisée. Les deux précédentes inculpations, sur deux femmes différentes, portent sur un viol présumé remontant à 2013 et une fellation forcée datant de 2004.
« Pas un prédateur »
Depuis le début du scandale Weinstein, en octobre, près d’une centaine de femmes ont accusé le producteur d’abus sexuels, mais son avocat, Ben Brafman, maintient depuis le début que chacune de ces relations sexuelles était « consentie ». « M. Weinstein n’est pas un prédateur. Il n’est pas un violeur, et je pense qu’au bout du compte il sera exonéré », a répété lundi ce ténor du barreau new-yorkais, en assurant avoir des témoins et des courriers électroniques appuyant Weinstein.
L’avocate de la troisième femme, Gloria Allred, spécialisée dans la défense des femmes victimes d’agressions sexuelles, a, quant à elle, dénoncé la volonté apparente de Ben Brafman d’aller jusqu’au procès. 
« Pour essayer de prouver le consentement, vous devrez appeler Weinstein à la barre pour qu’il dépose sous serment, ce qui voudrait dire qu’il serait soumis à un vigoureux contre-interrogatoire », lui a-t-elle lancé par communiqué interposé. « Etes-vous vraiment prêt à jeter les dés et espérer que votre client pourra répondre à des questions sous serment ? Je doute que vous preniez ce risque. »

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                Loin de #metoo, le discret débat sur le sexisme dans le manga






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’écrivaine et metteuse en scène Alexandra Badea, s’interroge sur le rôle du théâtre, qui, selon elle, ne doit pas chercher à choquer le confort bourgeois, mais à donner la parole aux héros du quotidien et aux oubliés de l’Histoire.
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édition abonné


« Le théâtre est un espace de pensée pour donner du sens au chaos du monde »

Dans une tribune au « Monde », l’écrivaine et metteuse en scène Alexandra Badea, s’interroge sur le rôle du théâtre, qui, selon elle, ne doit pas chercher à choquer le confort bourgeois, mais à donner la parole aux héros du quotidien et aux oubliés de l’Histoire.



Le Monde
 |    09.07.2018 à 15h13
 • Mis à jour le
09.07.2018 à 16h34
    |

Alexandra Badea (Ecrivaine et metteuse en scène)







                        



                                


                            
Tribune. On nous parle. On nous parle sans cesse. On ne peut plus arrêter le flux de l’information et l’information se dilate à l’infini. On vit dans une spirale de dépêches et d’images qui se déclinent obsessionnellement. On est les êtres les plus informés de l’Histoire et pourtant on ne comprend plus grand-chose de ce qui nous entoure. C’est cette incompréhension qui nous paralyse, qui nous rend tristes, passifs ou agressifs. Quels sont les territoires où on peut encore se poser, prendre le temps, réfléchir ensemble et nommer ce qui nous traverse ? Le théâtre a toujours été un espace de débat et de pensée. Est-il encore investi par ces attributs aujourd’hui ?
Comment garder une distance vis-à-vis de ce système qui a tendance à évaluer la puissance d’un acte artistique par rapport aux recettes engendrées ?
Dans un moment où on essaie de mesurer son « efficacité » par les mêmes paramètres qu’on applique aux multinationales, comment peut-on garder encore la singularité de ce territoire où une autre pensée peut se déployer ?
Qui est le garant du sens d’un acte artistique dans un contexte où on demande au metteur en scène d’assumer aussi la fonction de producteur du spectacle, de directeur d’une compagnie qui est évaluée avec les outils du néolibéralisme ? Ça pourrait être l’auteur-écrivain, mais sa place a été de plus en plus réduite, et avec le temps on l’a transformé en collaborateur secondaire au service du metteur en scène.
Comment garder une distance vis-à-vis de ce système qui a tendance à évaluer la puissance d’un acte artistique par rapport aux recettes engendrées ? Comment échapper à la tentation de créer des spectacles vidés de sens qui séduisent uniquement par leurs formes, car elles correspondent à l’esthétique dominante qui conforte sans rien déranger ?
Ebranler ses propres convictions
La première chose qu’un artiste devrait oublier, c’est le besoin d’être aimé par son public....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Chaque semaine « L’Epoque » paie son coup. Voire plusieurs. Trois heures durant, l’humoriste a alterné rosé et clopes en évoquant le « Club Dorothée » et ses VHS.
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édition abonné


Un apéro avec Manu Payet : « Je suis un gars qui vient de loin et se dit pourquoi moi ? »


                      Chaque semaine « L’Epoque » paie son coup. Voire plusieurs. Trois heures durant, l’humoriste a alterné rosé et clopes en évoquant le « Club Dorothée » et ses VHS.



Le Monde
 |    09.07.2018 à 12h05
    |

            Mustapha Kessous








                              

                        

Il a enfilé un manteau couleur « saumon bio ». Et tant pis s’il fait près de 30 degrés : il faut savoir transpirer pour être beau sur la photo. Manu Payet a donné rendez-vous dans un endroit d’une élégance insolente : Blanche, un club privé ultraluxueux, situé non loin de Pigalle, dans le 9e arrondissement de Paris. Stan Smith aux pieds, le regard chaud, tee-shirt aussi grisonnant que sa barbe, Manu Payet, 42 ans, n’a pas grand-chose en commun avec l’esprit Art nouveau de ce lieu clinquant qui appartient à l’un des producteurs de son dernier film. « Ici, on sera plus au calme pour parler », promet-il.
Les années collège
Vingt heures trente. C’est sur la terrasse marbrée du restaurant de Jean Imbert, vainqueur de l’émission « Top Chef » en 2012, que se pose le comédien. Verre de rosé à la main, cigarette dans l’autre, il est épuisé : la veille, il a joué son one-man-show ­Emmanuel à Marseille et, l’avant-veille, il n’a pas fermé l’œil de la nuit. Et pour cause : Budapest (Xavier Gens), dont il a coécrit le scénario, est sorti dans plus de trois cents salles en France. Dans ce film inspiré d’une histoire vraie, Manu Payet interprète le premier rôle, celui de Vincent, qui lance une entreprise « de ouf » spécialisée dans les enterrements de vie de garçon en Hongrie. « Il n’y a rien de pornographique », précise-t-il.
« Je n’ai aucune honte à le dire, j’étais Alf à mort, il était la preuve qu’on pouvait être con et aimé. »
En cette soirée de grande chaleur, on sent le stress le ronger, celui qui fait dire que le soleil n’est pas toujours le meilleur ami d’un cinéaste : il n’incite guère les spectateurs à s’enfermer dans une salle obscure, même pour une comédie un peu barrée. « Mais il y a la Fête du cinéma qui arrive », rappelle-t-il comme pour se rassurer. Autre malchance, plus prévisible celle-là : le film sort en plein Mondial de foot. « Ce n’est pas grave. Allez, on trinque...




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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Créée en 1998, la série d’animation japonaise « Cowboy Bebop » fête ses vingt ans. C’est l’occasion d’analyser son générique culte avec son réalisateur iconoclaste Shinichiro Watanabe.
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<article-nb="2018/07/12/18-20">
<filnamedate="20180712"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180712"><AAMMJJHH="2018071218">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ De passage à la Japan Expo pour célébrer les vingt ans de sa série animée culte, le réalisateur japonais est revenu sur l’importance du mélange des genres et de la musique dans son œuvre.
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Shinichiro Watanabe : « Si on avait mis de la musique de John Williams sur “Cowboy Bebop”, l’œuvre aurait été banale »

De passage à la Japan Expo pour célébrer les vingt ans de sa série animée culte, le réalisateur japonais est revenu sur l’importance du mélange des genres et de la musique dans son œuvre.



Le Monde
 |    08.07.2018 à 15h52
 • Mis à jour le
09.07.2018 à 10h39
    |

            Pierre Trouvé (Propos recueillis par) et 
Pauline Croquet








                        



   


A l’image de ses héros Spike ou Mugen, Shinichiro Watanabe a la gâchette verbale facile et un air parfois blasé. Mais il suffit de lui parler de musique ou de cinéma pour voir le regard du réalisateur japonais pétiller. Habitué des conventions de pop culture en France, sa venue à la Japan Expo qui se tient jusqu’au dimanche 8 juillet au parc des expositions de Villepinte (Seine-Saint-Denis) revêtait, cette fois, un caractère particulier.
En compagnie de toute son équipe, le cinéaste est venu célébrer les 20 ans de Cowboy Bebop, sa première grande série, un western-space opera, mâtiné de jazz et de blues, devenu l’une des œuvres de référence de l’animation des années 1990. Un « anime » qui va consacrer aussi le style Watanabe : prendre des univers classiques de l’animation pour les retordre à la lumière d’un autre genre. Il revisite ainsi les aventures de chasseurs de primes avec des vaisseaux spatiaux dans Cowboy Bebop, le crépuscule de l’époque des samouraïs avec la culture hip-hop dans Samurai Champloo, ou encore se fait épauler par la compositrice Yoko Kanno pour donner de l’envergure et une bande-son jazz à l’adaptation du manga romantique Kids on Slope. Rencontre.
« Cowboy Bebop » a 20 ans cette année. Quel a été le chemin que vous avez parcouru depuis cette série ? Que vous a permis son succès ?
Ce n’est pas quelque chose qui se limite à moi, mais quand on réalise une œuvre qui marche, on nous demande souvent par la suite de reproduire la même chose. J’ai eu beaucoup de propositions de Cowboy Bebop 2, et j’ai fait beaucoup d’efforts pour les refuser. A force de faire toujours le même genre d’œuvres, le travail créatif peut s’avérer par la suite de moins en moins intéressant. D’où l’idée de toujours tenter quelque chose de différent. En gardant ce principe, je pense pouvoir faire en sorte que mes œuvres restent fraîches. Mais j’admets que le succès de Cowboy Bebop m’a facilité les choses. Par exemple, pour ma série suivante, Samurai Champloo, j’ai eu carte blanche. C’était très agréable.
Plusieurs de vos œuvres sont des combinaisons, des mélanges de styles, de registres. Est-ce une façon pour vous de bousculer l’ordre établi, les codes de l’animation ?
Il y a un peu de ça. C’est-à-dire que faire un dessin animé où il y a seulement de l’action, de la science fiction [SF] ou du chanbara [genre tournant autour de combats à l’épée], ce n’est pas forcément très intéressant. Dans Cowboy Bebop, nous avons eu recours à de la musique blues sur de la SF ; cela n’avait jamais été utilisé, et cela lui a donné une ambiance particulièrement originale. Si on avait mis de la musique de John Williams sur Cowboy Bebop, je pense que l’œuvre aurait été très banale.

On retient le western ou l’espace dans « Cowboy Bebop », le chanbara pour « Samurai Champloo », mais il semblerait que le polar traverse votre travail…
Ce genre d’effet stylistique n’est pas vraiment conscient. Hayao Miyazaki ne se dit pas « je vais faire un film Miyazaki », le style sort tout seul. Pour mon travail, l’influence du cinéma ne peut pas être niée. Il y a aussi celle de beaucoup de romans comme ceux de Raymond Chandler, ou les polars japonais.
Polar, espace, thriller, samouraïs, rien n’a l’air de vous résister. Y a-t-il un univers ou un style auquel vous ne voulez pas vous frotter, et pourquoi ?
Il existe encore beaucoup de genres auxquels je ne me suis pas attaqué et, franchement, j’espère pouvoir tous les faire avant de mourir.
Vous avez réalisé l’année dernière un court-métrage d’animation pour faire la jonction entre les deux films « Blade Runner ». Est-ce que ça n’a pas été trop compliqué ou frustrant de travailler sur un univers calibré à l’avance ?
Je suis un très grand fan du film original Blade Runner, c’est une œuvre qui m’a énormément influencé et j’ai pu rentrer facilement dans cet univers. Au contraire, j’ai fait très attention à maintenir l’univers Blade Runner, tout en réussissant à insérer mon style. Denis Villeneuve [réalisateur de Blade Runner 2049] ne m’a pas vraiment passé de consigne. De toute façon, à la base Ridley Scott lui avait dit : « Fais ce que tu veux ! »

La musique occupe une place prépondérante dans vos œuvres et vous êtes un grand fan de jazz. Est-ce qu’un bon anime doit absolument avoir une bande-son ?
Tout à fait. L’image peut être excellente, mais si la musique n’est pas bonne, ce sera très dur à regarder. Je ne suis pas fixé sur un style mais, par contre, quand c’est cheap, ça rabaisse énormément le rendu final. Donc peut importe le style pourvu que ce soit de très bonne qualité. Je suis d’ailleurs régulièrement producteur de bandes-son d’animes, pas seulement sur mes œuvres, parce que j’aimerais vraiment que la production de musiques d’anime s’améliore.
Quelle partition ou artiste aimeriez-vous mettre en images ?
Quand j’étais enfant, j’ai été très marqué par le groupe japonais Yellow Magic Orchestra [groupe célèbre des années 1980 fondé par Ryuichi Sakamoto], et je rêverais de pouvoir collaborer avec eux, d’avoir leur musique dans un de mes projets. Si vous les rencontrez, faites leur passer le message.

Dans « Terror in Resonance », diffusée en 2014, vous semblez très critique envers le pouvoir et l’Etat. C’est aussi le cas dans « Samurai Champloo », dans lequel les gouvernants sont corrompus. Vous méfiez-vous de la politique et de l’ordre établi ?
Je n’aime pas vraiment tout ce qui est autorité ou état policier, ni tout ce qui entrave la liberté individuelle, cela ressort donc naturellement. Je pense que sur ce point, avec leur histoire, les Français peuvent comprendre mon point de vue.
« Terror in Resonance » aborde la question du terrorisme, avec une empathie pour les deux adolescents poseurs de bombes. N’est-il pas trop délicat d’aborder ce sujet, à notre époque ?
C’était un sujet très délicat et il a été difficile de trouver un diffuseur. Cela a pris cinq ans entre la naissance du projet et le début de la production. On me dit souvent que le thème central est le terrorisme, mais je vous invite à regarder la série une nouvelle fois. La série se déroule dans ce cadre, mais il s’agit d’autre chose. Ce n’est pas vraiment une œuvre pour soutenir le terrorisme, mais sur l’idée que les gens dont l’existence est effacée par l’Etat peuvent s’exprimer. L’idée n’est pas de dire aux spectateurs « soyons tous terroristes ».
Sur les problèmes sociaux qui sont évoqués dans Terror in Resonance, les jeunes sont de nos jours complètement indifférents à ce genre de sujet, et c’est une très mauvaise chose. Avec cette série, je souhaitais qu’ils prennent conscience des différents problèmes évoqués, mais je n’avais aucunement l’intention d’imposer une idée.

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Une grande partie de vos personnages sont des hors-la-loi au grand cœur. Le bien ne vient pas forcément du pouvoir établi, mais des gens qui s’en affranchissent. C’est un message qui vous tient à cœur ?
Pas vraiment, je dirais que c’est plutôt moi qui me projette. il y a un côté très hors-la-loi chez les animateurs au Japon…
Vous êtes un cow-boy de l’animation, quelque part ?
C’est à peu près ça (rires).



                            


                        

                        

