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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ En tombant à bras raccourci sur le plan Hollande de formation en faveur des chômeurs, la Cour des comptes commet une erreur magistrale, estime Michel Weill, ancien responsable de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail, dans une tribune au « Monde ».
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Formation des chômeurs : « La Cour des comptes devrait s’abstenir de porter des jugements sur des problématiques qui la dépassent »

En tombant à bras raccourci sur le plan Hollande de formation en faveur des chômeurs, la Cour des comptes commet une erreur magistrale, estime Michel Weill, ancien responsable de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail, dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    12.07.2018 à 15h36
    |

Michel Weill (Ancien directeur général adjoint de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail)







                        



                                


                            

Tribune. La Cour des comptes a rendu public, mercredi 4 juillet, un rapport d’une extrême sévérité sur le plan de formation pour les chômeurs lancé en 2016 par François Hollande. Ce plan visait à doubler le nombre de formations qui leur étaient précédemment destinées, en passant de 500 000 à 1 million de formations annuelles. Il visait particulièrement les personnes peu ou pas qualifiées, ainsi que les chômeurs de longue durée.
Une des principales critiques adressées par la cour est que le taux d’insertion des personnes formées ne s’est pas amélioré par rapport aux actions antérieures. Ce taux a certes très légèrement baissé, de 0,2 %, mais il s’applique à une population double ! Le rapport reste d’ailleurs prudent en n’excluant pas qu’à moyen terme, le plan ait eu un effet sur l’employabilité des bénéficiaires…

Face à ce jugement, on a envie de citer le proverbe chinois qui dit que « quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt ». Le doigt, c’est la baisse de 0,2 % du taux d’insertion. Et la lune ? Eh bien, c’est le fait qu’on a quasiment doublé, à 0,2 % près, le nombre absolu de chômeurs réinsérés ! Une performance tout à fait exceptionnelle, compte tenu à la fois de la rapidité de mise en place du plan et du fait qu’il a fallu puiser dans les profondeurs du panier pour trouver les candidats.
Un saut quantitatif
L’objectif n’était pas, dans un tel délai, d’améliorer l’efficience de la formation, mais d’effectuer un saut quantitatif, sans dégradation qualitative. Belle performance ! Mais nos conseillers comptables, qui n’ont sans doute jamais entendu parler de la loi des rendements décroissants, ont manifestement fait preuve de myopie en gardant l’œil rivé sur les ratios et les pentes des courbes, tout en ignorant l’effet quantitatif.
Ce rapport montre tout au contraire que la formation reste efficace, même quand on change d’échelle et de public. Il est donc fondamental d’y...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ L’économiste Bernard Baudry, dans une tribune au « Monde », dénonce, derrière le vœu présidentiel d’un meilleur « partage » entre capital et travail, un déplacement des risques économiques et financiers sur les salariés.
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Les ombres du « capitalisme populaire prôné par le président Macron »

L’économiste Bernard Baudry, dans une tribune au « Monde », dénonce, derrière le vœu présidentiel d’un meilleur « partage » entre capital et travail, un déplacement des risques économiques et financiers sur les salariés.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 14h57
    |

                            Bernard Baudry (Professeur d’économie à l’université Lyon-II)








                        



                                


                            

Tribune. Dans son discours devant le Congrès, lundi 9 juillet, Emmanuel Macron a défendu sa conception d’un capitalisme qu’il qualifie de « populaire », et qui « passe par un investissement des salariés dans les entreprises, avec un nouvel élan de la participation et de l’intéressement ».
Le président de la République semble reprendre les arguments du général de Gaulle qui, dans les années 1960, souhaitait assurer une forme de compromis entre le capital et le travail à travers les mécanismes de participation financière. En complément de ces mécanismes, la loi Pacte (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises) envisage d’accroître le nombre de salariés dans les conseils d’administration. Ce capitalisme populaire « macronien » serait donc un compromis vertueux entre le capital et le travail, en associant les salariés au partage des profits et à la gestion de l’entreprise.
Nous proposons une autre lecture de ce projet présidentiel, projet qui conforte une certaine vision, à la fois managériale et financière, du fonctionnement de l’entreprise. Il s’agit en réalité de reporter sur les salariés un double risque économique et financier, le premier lié à la variabilité de leur rémunération totale, le second lié à l’instabilité des placements issus de la participation et de l’intéressement. Sans accroître pour autant leur rôle dans la gestion de l’entreprise.
Une nouvelle norme de rémunération
Tout d’abord, les dispositifs de participation et d’intéressement s’intègrent dans une nouvelle norme de rémunération, qui consiste à accroître la part variable de la rémunération totale. Si l’on additionne l’ensemble des éléments variables individuels et collectifs, cette part variable s’élève, en moyenne, à 20 % de la rémunération totale des salariés en France. Une étude de la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) indique que le montant moyen de la participation...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Le juriste Mark Roe et l’économiste Michael Troege estiment dans une tribune au « Monde » que les arguments selon lesquels le trop grand poids des actionnaires entraverait l’innovation et les investissements ne résistent pas à l’épreuve des faits.
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Le mauvais procès du « court-termisme des actionnaires »

Le juriste Mark Roe et l’économiste Michael Troege estiment dans une tribune au « Monde » que les arguments selon lesquels le trop grand poids des actionnaires entraverait l’innovation et les investissements ne résistent pas à l’épreuve des faits.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 14h34
 • Mis à jour le
12.07.2018 à 15h44
    |

Mark J. Roe (Professeur à l’université de Harvard) et Michael Troege (Professeur à ESCP Europe)







                        



                                


                            

Tribune. Il est communément admis que la Bourse force les entreprises à mener des stratégies excessivement court-termistes. Ce prétendu court-termisme est souvent présenté comme la source d’une bonne partie de nos problèmes économiques actuels. Le législateur cherche explicitement à lutter contre ce phénomène avec des lois comme la loi Florange en France ou le projet du Brokaw Act aux Etats-Unis, qui ont pour objectif de réduire l’influence des actionnaires qui achètent et vendent rapidement.
On invoque usuellement deux mécanismes par lesquels le court-termisme mettrait en danger l’avenir économique d’une entreprise cotée en Bourse.
D’une part, le marché boursier ne permettrait pas à la plupart des grandes entreprises de faire suffisamment de recherche et développement (R&D). Selon cette théorie, des actionnaires voulant générer des plus-values rapides ne souhaitent pas attendre les bénéfices futurs générés par les dépenses de R&D.
Management rapidement remplacé
Les grandes entreprises qui font beaucoup de R&D seraient alors sanctionnées par la Bourse : la valeur de leur action chuterait, l’entreprise pourrait être rachetée et le management qui serait suffisamment fou pour se lancer dans de grandes dépenses de ce genre serait rapidement remplacé.
D’autre part, les actionnaires court-termistes forceraient les entreprises à leur verser des sommes d’argent excessives, soit à travers des dividendes élevés (par exemple, Oxfam a récemment accusé les grandes entreprises françaises de verser trop de dividendes), soit en rachetant leurs propres actions – un moyen de distribution de trésorerie qui est particulièrement critiqué aux Etats-Unis. Ainsi privées de leurs réserves de trésorerie, les entreprises n’auraient plus assez d’argent pour faire les dépenses d’investissements nécessaires.
Même s’il existe des observations partielles qui semblent confirmer ces deux mécanismes, ces affirmations sont fausses au niveau...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Des machines de plus en plus intelligentes s’apprêtent à envahir notre vie. Quelles réactions aurons-nous demain vis-à-vis des robots sociaux, conçus pour nous sembler doués d’émotions et d’empathie ? Qu’on s’en réjouisse ou qu’on s’en inquiète, ces créatures autonomes vont bouleverser notre manière d’interagir avec autrui.
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Robot mon amour

Des machines de plus en plus intelligentes s’apprêtent à envahir notre vie. Quelles réactions aurons-nous demain vis-à-vis des robots sociaux, conçus pour nous sembler doués d’émotions et d’empathie ? Qu’on s’en réjouisse ou qu’on s’en inquiète, ces créatures autonomes vont bouleverser notre manière d’interagir avec autrui.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
12.07.2018 à 17h57
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            

Il va falloir vous y faire : de plus en plus, et de manière plus fluide et peut-être plus captivante qu’avec nombre d’interlocuteurs humains, vous allez converser avec des machines. Elles ne se contenteront plus de vous rendre toutes sortes de services : elles vous conseilleront, vous rassureront, vous feront rire, seront attentives à vous. Bien sûr, vous allez vous y attacher. Vous allez vous inquiéter pour elles, être triste quand elles seront cassées. Certains ne pourront plus s’en passer. Et il ne s’agit pas là d’un futur lointain ! Les assistants virtuels sont déjà dans nos ­téléphones, les robots domestiques dans nos foyers. Et tous, demain, seront infiniment plus performants qu’aujourd’hui. Entre les robots et nous, les affinités particulières ne font que commencer.

Faut-il s’en inquiéter ? S’en réjouir ? Question de génération, sans doute. Et de culture. Dans l’imaginaire occidental, le mot « robot » apparaît pour la première fois en 1920 dans une pièce de théâtre du Tchèque Karel Capek, R.U.R. (Rossum’s Universal Robots), et, tout de suite, la tragédie est au rendez-vous. D’ap­parence similaire à celle des humains, les androïdes créés par le démiurge Rossum remplissent les tâches qui étaient les nôtres – jusqu’au jour où ils se révoltent et détruisent la race humaine. D’alliés, ils sont devenus ennemis, selon un schéma catastrophiste qui a nourri par la suite quantité de romans et de films d’anticipation.
« Absorbeur d’angoisse »
Mais d’autres ressorts narratifs sont possibles. Au Japon, par exemple, où une philosophie animiste toujours prégnante fait imaginer une « âme » à tout ce qui semble doté d’un mouvement autonome, les robots sont perçus comme capables de faciliter notre croissance morale et notre maturation psychologique. La culture populaire les a adoptés depuis longtemps, et Astro, le petit robot, série de shonen mangas d’Osamu Tezuka publiée entre 1952 et 1968, y est devenu un symbole national.
Au...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Les machines intelligentes peuvent jouer les médiateurs entre les jeunes autistes et les adultes qui les prennent en charge.
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Le robot humanoïde, partenaire privilégié des autistes

Les machines intelligentes peuvent jouer les médiateurs entre les jeunes autistes et les adultes qui les prennent en charge.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 13h00
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            

Cela semble presque trop simple pour être vrai, mais les résultats s’accumulent : employés à bon escient, les robots sociaux parviennent souvent mieux que les humains à améliorer le quotidien des ­jeunes autistes. En Europe, aux Etats-Unis, au Canada, les expériences se multiplient qui montrent que ces machines intelligentes peuvent les aider à sortir de leur isolement, à communiquer et exprimer leurs émotions. Et pas seulement avec ce petit compagnon artificiel, mais aussi avec leur entourage.
Quelles que soient les stimulations apportées par leur entourage, les personnes atteintes de troubles du spectre autistique (TSA) présentent des difficultés d’interaction sociale et perçoivent le monde comme confus et imprévisible. Ont-elles des difficultés à identifier les expressions de leurs interlo­cuteurs, et donc leurs émotions ? Celles-ci leur sont-elles au contraire accessibles, mais menaçant toujours de les déborder ?
Objectifs éducatifs précis
Quoi qu’il en soit, le robot humanoïde est à cet égard un partenaire privilégié. Il ne s’énerve jamais, ses interactions sont limitées et prévisibles, sa voix est métallique et peu nuancée, ses mimiques peu nombreuses et stéréotypées. Bien moins étrange qu’un humain, il a donc les qualités requises pour jouer les médiateurs entre les jeunes autistes et les adultes qui les prennent en charge.
Parmi ces auxiliaires thérapeutiques, trois se disputent actuellement la vedette : Kaspar, Nao et Leka. Kaspar est le plus ancien, et le moins performant sur le plan technologique. Conçu dans les années 2000 par des chercheurs de l’université du Hertfordshire (Royaume-Uni) pour développer des « jeux thérapeutiques ­robotiques », ce robot aux allures de poupée a la taille d’un petit enfant. Avec son visage de ­silicone aux traits simplifiés qui évoque les masques du théâtre japonais, il manifeste, sous le contrôle d’un opérateur, des émotions primaires : la joie quand on le chatouille, la tristesse quand on le...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Satisfaction des désirs, solitude, mémoire, relation à l’espace… Pour le psychiatre Serge Tisseron, les machines dotées d’une intelligence artificielle vont bouleverser non seulement notre quotidien mais aussi notre manière d’être au monde.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤                     
                                                

Serge Tisseron : « Les  robots vont modifier la psychologie humaine »

Satisfaction des désirs, solitude, mémoire, relation à l’espace… Pour le psychiatre Serge Tisseron, les machines dotées d’une intelligence artificielle vont bouleverser non seulement notre quotidien mais aussi notre manière d’être au monde.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
12.07.2018 à 16h41
    |

            Catherine Vincent








                        



   


Serge Tisseron est psychiatre, docteur en psychologie et, depuis 2015, membre de l’Académie des technologies. Il a cofondé, en 2013, l’Institut pour l’étude des relations homme/robots (IERHR), dont il est toujours un membre actif. Serge Tisseron participera à deux rencontres dans le cadre du festival international de journalisme de Couthures-sur-Garonne : vendredi 13 juillet, à 16 heures, sur « Peut-on tout faire avec un sexbot? » et samedi 14 juillet, à 12 heures, sur « Fausses émotions, vrais sentiments ».
Comment l’omniprésence de machines dotées d’une intelligence artificielle (IA) dans notre quotidien va-t-elle modifier le psychisme humain ?
Les robots vont modifier la psychologie ­humaine autant que les progrès de l’alimentation et de la médecine ont modifié nos corps. Notre taille et notre corpulence ont changé, notre résistance aux maladies et à la douleur aussi, mais nous ne nous en rendons pas compte car ces changements nous sont devenus naturels. Il en sera de même avec les ­machines intelligentes, qui vont bouleverser non seulement notre quotidien mais aussi notre manière d’être au monde.
Quatre domaines, au moins, seront profondément modifiés. D’abord, notre capacité à différer la satisfaction de nos désirs. Le téléphone, puis le mail, ont déjà commencé à altérer notre capacité de résistance à l’attente relationnelle : avec la livraison quasi instantanée par drone, nous allons aussi devenir intolérants à l’attente des objets. Le degré suivant sera probablement l’intolérance à nos attentes de reconnaissance, car nos robots de proximité pourront nous gratifier de quantité de félicitations et gentillesses. Dès lors, serons-nous capables de supporter que la société humaine qui nous entoure soit moins aimable avec nous ? Aurons-nous seulement envie de continuer à la fréquenter ?
Le deuxième changement concerne le rapport à la solitude et au discours intérieur. Avec nos « chatbots »[« agents conversationnels »], nous allons développer une tendance à nous raconter en permanence. Contrairement à la plupart des humains, ces machines nous ­feront constamment rebondir par des questions, des plaisanteries et des gentillesses. Pour une raison simple : la capture de nos données personnelles…
Mais, du coup, la ­notion de solitude changera : la compagnie ne se définira plus seulement par la présence d’un humain, mais aussi d’une machine. Que deviendra la possibilité de se tenir à soi-même un discours intérieur, sans interlocuteur, lorsque nous serons habitués à en avoir un à demeure, prêt à nous écouter aussi longtemps que nous le voudrons ?
Les deux autres domaines dans lesquels l’IA va modifier notre psychisme sont notre ­mémoire et notre relation à l’espace. Demain, notre smartphone ne sera pas seulement en mesure de stocker quantité de nos données personnelles, il pourra les classer à notre place, participant ainsi en permanence à la construction de notre biographie.
Quant aux outils de géolocalisation, ils nous permettront bientôt de nous déplacer dans l’espace sans en avoir la moindre compréhension. Si la téléportation, aujourd’hui banale dans les jeux vidéo, existe un jour dans le monde réel, elle sera perçue comme totalement naturelle, car nous avons déjà perdu la représentation des espaces intermédiaires entre le point dont nous partons et le point où nous arrivons !
Les robots vont-ils obliger l’homme à redéfinir l’idée qu’il se fait de lui-même ?
Dans toutes les technologies inventées jusqu’alors, les objets étaient à mon service : je les mettais en route quand j’en avais besoin, comme un chef d’orchestre. Ce qui sera nouveau avec les objets dotés d’IA, c’est qu’ils pourront m’interpeller et me proposer leurs services comme des partenaires à part ­entière. Lorsque je rentrerai dans ma voiture autonome – Ford prévoit sa commercialisation pour 2021 –, je serai accueilli par une voix couplée à une petite caméra, qui me dira par exemple : « A voir ton visage ce matin, j’ai ­l’impression que tu as mal dormi ! »
Si j’ai oublié mon parapluie avant de sortir, ce ne sera pas ma femme ou mes enfants qui me le feront remarquer, mais mon assistant personnel qui me morigénera : « Rappelle-toi, je t’ai dit ce matin qu’il allait pleuvoir ! » Nous ­serons de plus en plus confrontés au fait que les machines ont des compétences que nous n’avons pas,c’est-à-dire à notre incomplétude humaine. Avec le risque d’une certaine honte face à nos insuffisances… Et celui d’une ­confiance de plus en plus aveugle dans leurs capacités. Nous serons ainsi graduellement enfermés dans une dépendance affective croissante vis-à-vis d’elles.
Comment la psychologie peut-elle étudier ces nouveaux phénomènes ?
Il va lui falloir intégrer notre relation aux ­objets comme un élément d’appréciation de la qualité de notre relation au monde – autrement dit de notre santé mentale. On estime aujourd’hui que celle-ci est bonne lorsqu’on a un bon réseau social, une sexualité satisfaisante, un travail à peu près stable…
Il faudra y ajouter la reconnaissance d’une dépendance affective saine aux objets. Elle pourrait en ­effet devenir pathologique, comme c’est le cas pour ceux qui souffrent de manque quand ils sont privés de jeux vidéo, de réseaux sociaux ou d’alcool. Un autre risque étant de glisser du bonheur de l’anthropomorphisme (je projette mes émotions et mes pensées sur un objet ou un animal, mais je sais qu’il s’agit d’une projection) aux illusions de l’animisme (je prête à l’objet en question des capacités cognitives et émotionnelles identiques aux miennes).
Pourquoi les machines intelligentes vont-elles augmenter ce risque d’animisme ?
Parce qu’elles pourront prendre l’initiative de la relation, et aussi parce que leurs fabricants alimenteront l’illusion qu’elles ont des émotions. Cela aggravera le phénomène constaté, il y a plus d’un demi-siècle, par l’informaticien Joseph Weizenbaum. Il avait écrit un programme baptisé Eliza, un précurseur des chatbots destiné à simuler un psychothérapeute dont la méthode consiste à reformuler les propos du patient en se concentrant sur ses réactions émotionnelles. Weizenbaum s’aperçut que certains des étudiants qui l’aidaient dans cette tâche avaient tendance à penser que la machine les comprenait vraiment ! Il eut alors cette phrase, qui devrait être inscrite au fronton de tous les laboratoires de recherche en IA : « Je n’aurais jamais cru qu’un programme aussi simple puisse provoquer chez des gens normaux de tels délires. »
C’est ce qu’on appelle un phénomène de dissonance cognitive : on a beau savoir que ce sont des machines, on ne peut pas s’empêcher de développer avec elles la même relation qu’avec des humains, et croire qu’elles ont des émotions. Plus récemment, l’état-major américain a découvert que certains soldats envoyés en Irak et en Afghanistan s’attachaient de manière déraisonnable à leur robot démineur : les dommages que ­subissait celui-ci les affectaient gravement, et ils voulaient absolument qu’on le leur répare plutôt que de recevoir un robot tout neuf sorti de l’usine. Pendant le combat, certains pouvaient même mettre leur vie en danger pour lui éviter des dommages.
Vous écrivez dans votre dernier ouvrage : « Si j’étais plus jeune, je créerais un ­laboratoire d’étude de la psychologie des IA. » Inventer une psychologie des machines, est-ce vraiment nécessaire ?
J’ai été conforté dans cette évidence par ce qui s’est passé avec Tay, une IA censée jouer le rôle d’une adolescente capable d’interagir sur les réseaux sociaux. Mise au point par Microsoft et « lâchée » sur Twitter en mars 2016, elle avait été programmée pour apprendre par imitation et renforcement. Résultat : après une journée et plus de 96 000 Tweet, des internautes mal intentionnés lui avaient fait tenir des propos misogynes, racistes et antisémites, contraignant Microsoft à suspendre en urgence son compte Twitter. Ce qu’il faut retenir de cette expérience désastreuse, c’est que les machines douées d’apprentissage évolueront différemment au contact de leurs utilisateurs.
S’agit-il à proprement parler de psychologie ? D’une certaine façon, oui. Si l’on s’en tient à ce qui est observable, des machines élevées dans des environnements différents se distingueront les unes des autres par leurs comportements, par leurs propos, voire par les émotions qu’elles simuleront. Il nous faudra donc étudier la manière dont ces IA se transformeront au fil des inter­actions avec les humains. Et aussi au fil de leurs propres interactions !
Car on l’oublie trop souvent, les communautés de robots vont prendre une importance croissante : ils pourront par exemple se connecter la nuit à un serveur central, une sorte d’école du soir qui corrigera leurs ­apprentissages les plus antisociaux. Cette ­interconnexion est le grand défi que nous poseront les objets dotés d’une IA. Les ­informaticiens nous présentent leurs créatures comme des objets « autonomes », mais leur puissance d’apprentissage et de stockage des données sera basée sur leur interconnexion permanente.
Les robots, dites-vous, vont changer notre rapport à la culpabilité. De quelle manière ?
D’une part en nous culpabilisant, de l’autre en nous déculpabilisant. Les machines vont pouvoir nous culpabiliser car nous allons leur donner le droit de nous punir. Reprenons l’exemple de la voiture autonome, dans laquelle le conducteur est censé rester ­disponible en cas de nécessité. Pour s’en assurer, le véhicule vous envoie régulièrement un ­signal, auquel vous devez répondre en mettant la main sur le volant. Si vous ne répondez pas au signal – parce que vous dormez, ou êtes plongé dans un film sur la banquette ­arrière –, que se passe-t-il ? L’algorithme vous sanctionne en vous obligeant, la prochaine fois que vous prendrez votre véhicule, à ­conduire vous-même, à l’ancienne.
Accepterons-nous de telles punitions comme relevant d’un pacte social ? Certains se sentiront-ils persécutés par leur machine ? C’est à ce genre de questions que les psychologues de demain seront confrontés. Mais les machines auront aussi le pouvoir de déculpabiliser, avec le risque de rendre certains ­d’entre nous de plus en plus inhumains. Les « robots tueurs », ces machines militaires programmées pour ouvrir le feu sur telle ou telle cible, présentent déjà ce danger. A partir du moment où l’homme sort de la boucle des décisions, il lui devient plus facile de se déresponsabiliser et d’accepter pour son propre ­intérêt des « dommages collatéraux » plus importants, autrement dit un plus grand nombre de morts civils.
Même si leurs fabricants font tout pour nous en donner l’illusion, les robots n’éprouvent ni émotion ni souffrance. Cela pourrait-il changer un jour ?
Il n’y a aucune raison de donner des émotions aux robots, bien au contraire. Rappelez-vous HAL, dans 2001 l’Odyssée de l’espace, et son ­fameux « J’ai peur » : c’est à partir de là que tout tourne mal. Mais une grande rupture surviendra probablement quand les robots combineront des matériaux inertes et biologiques. A ce moment-là, les humains eux-mêmes seront probablement transformés. Il n’y aura plus alors que des créatures métissées, des cyborgs. Certains plutôt humains, d’autres plutôt machines, sans que la limite entre les deux soit peut-être très claire.

A lire
Ouvrages de Serge Tisseron :
« Petit traité de cyberpsychologie » (Le Pommier, 304 p., 19 €) ; « Robots, de nouveaux partenaires de soins psychiques », en codirection avec Frédéric Tordo (Erès, 208 p., 12 €) ; « Le jour où mon robot m’aimera » (Albin Michel, 2015).



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                Le Festival de Couthures, pour les mordus d’actualité






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Soucieux de favoriser la confiance des utilisateurs vis-à-vis de leurs machines intelligentes, les roboticiens sont très attentifs à déterminer ce qui peut transformer une sensation de familiarité en sensation de frayeur.
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Le robot, un double étrangement inquiétant

Soucieux de favoriser la confiance des utilisateurs vis-à-vis de leurs machines intelligentes, les roboticiens sont très attentifs à déterminer ce qui peut transformer une sensation de familiarité en sensation de frayeur.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 13h00
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            

Imaginez un robot de compagnie ayant la forme d’une boîte, un autre de forme basse avançant sur six pattes, un autre encore marchant sur ses deux jambes : selon toute probabilité, c’est avec le dernier que vous aurez spontanément envie d’interagir. Si les roboticiens se donnent tant de mal pour concevoir des machines intelligentes à notre image, c’est que la ressemblance de l’autre nous met en confiance, nous fait nous sentir plus proches. Mais est-ce si vrai ?
« Réaction archaïque »
En 1964, le chercheur japonais Masahiro Mori avançait une conjecture qui a longtemps fait florès, celle dite de la « vallée de l’étrange » (uncanny valley). Selon lui, plus les robots ressembleraient aux humains, plus nous trouverions facile d’interagir avec eux – mais seulement jusqu’à un certain degré de ressemblance. Au-delà, la ressemblance serait à la fois trop grande et insuffisante. Un robot parfaitement humain dans son apparence nous paraîtrait ainsi monstrueux si nous découvrions, en lui serrant la main, que celle-ci est totalement glacée. On entrerait alors dans la « vallée », dont nous ne sortirions que lorsque les robots et les êtres humains deviendraient en tout point indiscernables.
Une version moderne, en quelque sorte, de « l’inquiétante étrangeté » décrite par Sigmund Freud, après une expérience personnelle qui l’a profondément perturbé : alors qu’il voyage seul dans un compartiment de wagons-lits, il voit un homme qui lui ressemble s’avancer vers lui… avant de comprendre qu’il s’agit de son reflet dans la glace.
« Qui sait, conclut-il, si le déplaisir éprouvé n’était tout de même pas un reste de cette réaction archaïque qui ressent le double comme étant étrangement inquiétant ? » Dans notre cohabitation avec les machines, nous n’en sommes pas là. Si les robots sociaux adoptent souvent une forme humanoïde (deux bras, deux jambes, un tronc et un casque en forme de tête, doté d’une bouche et de deux yeux stylisés),...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Des années de grèves perlées ou de simples menaces de tels mouvements ont permis outre-Manche de faire aboutir progressivement les revendications salariales des personnels du rail constate, dans sa chronique, l’économiste Philippe Askenazy.
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« Il est à craindre qu’il faille, en France, à l’instar des Britanniques, s’habituer à un régime de grèves perlées »

Des années de grèves perlées ou de simples menaces de tels mouvements ont permis outre-Manche de faire aboutir progressivement les revendications salariales des personnels du rail constate, dans sa chronique, l’économiste Philippe Askenazy.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 12h08
    |

                            Philippe Askenazy (Chercheur au CNRS/ENS/Centre Maurice Halbwachs)








                        



                                


                            

Tendances France. Comment comprendre que la CGT et SUD aient appelé à débrayer les 6 et 7 juillet, et à nouveau, nationalement ou localement, le 19 juillet, et promettent de poursuivre le mouvement ? La loi ferroviaire a été votée et ratifiée. Certes, il demeure encore des étapes essentielles et tout particulièrement la négociation de la nouvelle convention collective, mais globalement la longue séquence de 36 jours de grève du printemps et du début d’été n’a que marginalement fait bouger les lignes, et les négociations doivent s’étaler sur de nombreux mois. D’où la dénonciation de grèves qui seraient désormais « politiques ».
On peut cependant proposer une tout autre lecture de la forme prise par ce conflit social. Avec la loi ferroviaire, nous basculons dans un nouveau monde du rail où domineront des acteurs privés et la SNCF, mais où celle-ci agira plus encore qu’aujourd’hui comme une entreprise privée plutôt que comme un service public. Quelle peut être la stratégie syndicale dans un tel contexte ? Devenir (plus) corporatiste et… « innover ».
Au lieu de traverser le Rhin, où subsiste une certaine forme de contractualisation des relations sociales, prenons le tunnel sous la Manche pour trouver là aussi un système ferroviaire théâtre de l’affrontement entre compagnies privées, dont certaines comptent d’ailleurs déferler demain sur le réseau français : Arriva, filiale de la Deutsche Bahn ; Keolis, filiale de la SNCF…
Deux ans de formation
Qu’y voit-on ? A l’initiative du premier syndicat du rail britannique – National Union of Rail, Maritime and Transport Workers (RMT) –, des grèves ont eu lieu le 9 mai, les 16 et 24 juin chez Greater Anglia Rail ; les 9, 24 et 26 mai, 19, 21, 23 juin chez Northern Rail ; les 9, 11, 14, 16 et 18 mai chez South Western Railway – la médiation de l’Advisory, Conciliation and Arbitration Service a évité in extremis trois jours supplémentaires en juin… La liste des débrayages...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Editorial. Il n’y a aucune fatalité à ce que l’Afrique soit condamnée à utiliser des carburants nocifs fabriqués par des groupes peu scrupuleux, encouragés par des normes laxistes.
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Le scandale des carburants pour l’Afrique

Editorial. Il n’y a aucune fatalité à ce que l’Afrique soit condamnée à utiliser des carburants nocifs fabriqués par des groupes peu scrupuleux, encouragés par des normes laxistes.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 12h04
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Le scandale dure depuis des dizaines d’années. Des multinationales du négoce de produits pétroliers livrent en toute légalité un poison invisible en Afrique. Il s’agit de carburants de basse qualité volontairement mélangés à des produits chimiques à la toxicité bien connue. Il en ressort un sinistre cocktail de diesel et d’essence extrêmement polluant, émettant de grandes qualités de particules fines et à la teneur en soufre parfois 1 000 fois supérieure aux normes européennes.
La police environnementale des Pays-Bas vient de publier un rapport d’enquête sur le « dirty diesel », confirmant les résultats d’une étude rigoureuse publiée par l’Organisation non gouvernementale (ONG) suisse Public Eye, deux ans plus tôt. Le business des carburants toxiques tourne à plein régime et est pratiqué sans retenue par des grands groupes pétroliers et des mastodontes du négoce, aussi discrets qu’impitoyables dans leurs pratiques commerciales dépourvues d’éthique. C’est l’Afrique, se disent-ils sans doute. Le fait que les courtiers utilisent les termes de « qualité africaine » n’a rien d’anodin.
Un poison qui se répand partout en Afrique de l’Ouest
Leurs firmes ne se contentent pas de produire ce « dirty diesel » à quai ou en pleine mer, pour être plus discrètes. Elles l’exportent à bord de leurs tankers les plus vétustes, le distribuent à travers leurs réseaux de stations essence, parfois mis en place à l’issue de négociations opaques avec les dirigeants, de qui elles ont obtenu des parts dans des champs pétroliers et des pipelines.
Ce poison se répand ensuite partout en Afrique de l’Ouest, car il est recraché sous forme d’émissions polluantes par des voitures hors d’âge dont l’Europe se débarrasse, parce qu’elles ne sont plus aux normes occidentales. Ce scandale s’ajoute à d’autres fléaux : guerres, coups d’Etat, affaires de corruption, tragédies environnementales, dont l’or noir est systématiquement à l’origine. C’est, par exemple, ce qui se déroule au sud du Nigeria, dans la région du delta du Niger, ravagée par le pétrole, source de richesse potentielle devenue venin. Des milliers de fuites des exploitations du géant anglo-néerlandais Shell ont souillé peut-être à jamais l’un des écosystèmes les plus fragiles et précieux du continent.
Derrière le business du « dirty diesel », des grandes sociétés qui n’ont cure de l’environnement et de la santé des populations et tirent un maximum de profit de la faiblesse des normes en vigueur en Afrique. Ici s’applique la loi cynique de l’offre, qui s’adapte à une demande peu exigeante, parce que moins solvable. Rien d’illégal dans tout cela, car, jusqu’à présent, il n’est pas interdit d’exporter des carburants hautement soufrés.

        Lire aussi :
         

                Des géants du pétrole livrent de l’essence toxique à l’Afrique de l’Ouest



Toutefois, les choses commencent enfin à bouger. La plupart des Etats d’Afrique de l’Ouest, incités par le Programme des Nations unies pour l’environnement, se sont engagés à réduire drastiquement la teneur en soufre autorisée dans le diesel et appliquent peu à peu des standards internationaux. Mais ce mouvement est encore trop timide, car il se heurte à la pression des lobbys pétroliers et au renchérissement du prix à la pompe qu’il implique.
Du côté européen, il faut miser sur la crainte d’une mauvaise publicité pour que les acteurs pétroliers arrêtent de se livrer à ces pratiques peu reluisantes et pour que les gouvernements cessent de fermer les yeux. Il n’y a aucune fatalité à ce que l’Afrique soit condamnée à utiliser des carburants nocifs fabriqués par des groupes peu scrupuleux, encouragés par des normes laxistes.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ De rebondissements en coups tordus, le scénario infernal du Brexit dépasse la série de Netflix, estime Alain Salles, chef du service international du « Monde ».
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« Les producteurs de “House of cards” jugeraient exagérée la réalité politique britannique du moment »

De rebondissements en coups tordus, le scénario infernal du Brexit dépasse la série de Netflix, estime Alain Salles, chef du service international du « Monde ».



Le Monde
 |    12.07.2018 à 11h30
    |

            Alain Salles








                        



                                


                            

Chronique. On ne sait pas assez que la série House of Cards a été d’abord britannique. Au début des années 1990, juste au moment de la chute de Margaret Thatcher, la BBC a diffusé cette série montrant les coups tordus pour la succession, fictive et prémonitoire, de la Dame de fer : le premier épisode a été diffusé le 18 novembre 1990, Thatcher a démissionné le 22. L’image est moins léchée et moins glamour que celle de son remake américain avec Kevin Spacey et Robin Wright en First Lady Macbeth, mais elle n’a pas vieilli. Ses couleurs un peu ternes ressemblent à celles de la politique anglaise et se fondent dans le vert des sièges du Parlement de Westminster.
La version américaine vit ses dernières heures pour cause d’« impeachment » de Kevin Spacey sous le coup d’enquêtes pour agressions sexuelles. Elle est de toute façon dépassée par Trump, qui a fait exploser les codes de la politique américaine pour l’inscrire dans une ère post-Machiavel. Depuis le Brexit, le House of Cards britannique est au contraire en train de revivre, mais pas sous forme de fiction. C’est la réalité politique du moment, avec une quantité de rebondissements que les producteurs jugeraient sans doute exagérée.
La différence principale entre la réalité et la série, c’est que, sur la BBC, comme dans la version américaine, le personnage principal tire les ficelles et manipule Westminster, en prenant les téléspectateurs à témoin. Ici, personne ne semble contrôler la situation et tout le monde est dépassé par le scénario infernal du Brexit.
Tous des seconds rôles
« House of Brexit » comporte quantité de très bons acteurs, quoiqu’ils soient parfois cabotins. Mais ce sont tous des seconds rôles. A commencer par Theresa May, la première ministre qui perd sa majorité, en convoquant des élections imperdables, en juin 2017. Elle reprend parfois la main, mais elle garde cette image de fragilité permanente, comme lors de son discours au Congrès...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ L’écrivain et envoyé spécial pour « Le Monde » en Russie appréhende l’instrumentalisation d’un éventuel succès français dimanche.
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Coupe du monde : épargnez-nous une deuxième saison de « black-blanc-beur », par Olivier Guez

L’écrivain et envoyé spécial pour « Le Monde » en Russie appréhende l’instrumentalisation d’un éventuel succès français dimanche.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 10h14
 • Mis à jour le
12.07.2018 à 12h29
    |

                            Olivier Guez (écrivain)








                        



                                


                            

Je redoute une victoire de l’équipe de France, dimanche 15 juillet, en finale de la Coupe du monde. Non sur le terrain (elle m’enchanterait, même si j’aime beaucoup cette équipe croate, technique et séduisante, depuis des années) mais sur les plateaux, les forums et dans les tribunes (des journaux). Ils s’échauffent déjà, les sociologues récupérateurs, tous ceux qui voudront instrumentaliser un éventuel triomphe au stade Loujniki de Moscou et l’ériger en un lieu de mémoire de notre histoire et de notre identité.
De grâce, épargnez-nous une deuxième saison de « black-blanc-beur », vingt ans après la première, et la projection de vos fantasmes ou de vos craintes sur cette belle équipe de France, sous prétexte qu’elle est multiethnique. Elle est à l’image de nos classes populaires (et moyennes), plus bigarrées que les immeubles jouxtant le jardin du Luxembourg à Paris, en effet : c’est l’équipe de France du début du XXIe siècle, de la mondialisation et des grandes migrations. Mais ne lui faites rien dire (ou pas trop) sur notre communauté nationale ; surtout, ne la surchargez pas de symboles, le football est trop versatile et le ballon capricieux. En 2010, les mutins de Knysna n’étaient pas les ambassadeurs des banlieues mais des idiots immatures.
Mythe tricolore éphémère
Je ne crois pas qu’une sélection nationale, bonne ou mauvaise, dise grand-chose d’un pays. Certes, il est arrivé que le football aide des nations à se construire (les jeunes Etats d’Amérique du Sud et d’Europe centrale et orientale, après l’éclatement de l’empire austro-hongrois, pendant l’entre-deux-guerres), à se relever (l’Allemagne de l’Ouest et l’Italie après 1945), ou atteste d’un moment très particulier de l’histoire d’un pays.
Lorsque le Brésil remporte sa première coupe du monde, en 1958, son style de jeu (passes, mouvements, fluidité) incarne la parenthèse enchantée qu’il traverse alors, une certaine modernité, la construction d’une nouvelle capitale...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de l’ouvrage « Les Deux Arbres de la voie ».
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Figures libres. Confucius et Lao-tseu, tête-bêche

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de l’ouvrage « Les Deux Arbres de la voie ».



Le Monde
 |    12.07.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
12.07.2018 à 08h36
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Les Deux Arbres de la voie. Le Livre de Lao-tseu. Les Entretiens de Confucius, traduit du chinois et édité par Jean Levi, Les Belles Lettres, « Bibliothèque chinoise », édition bilingue, deux volumes sous coffret, 974 p., 55 €.

Au premier regard, tout les ­oppose. Le sage ­Confucius privilégie l’ordre et la civilisation. Il considère la séparation d’avec les animaux comme l’acte fondateur de l’humanité, et sa pensée se fonde sur une plénitude de l’être.
Au contraire, Lao-tseu s’inscrit dans une perspective libertaire, insiste sur le néant de toute chose, juge que notre malheur a commencé quand nous avons cessé d’être des bêtes. Le premier sépare, le second fusionne. L’un défend rites, règles, conventions et démarcations. L’autre efface les frontières, défait les hiérarchies, renverse les classements. Bref, on juge difficile de trouver plus inconciliables.
Comme souvent, ce n’est qu’une illusion d’optique, que plus de science vient rectifier. Le sinologue Jean Levi, directeur de recherche honoraire au CNRS, souligne ce qui les rapproche aussi, en présentant sa nouvelle traduction des textes fondateurs de ces deux maîtres aussi réels que mythiques. Si l’un et l’autre ont réellement existé, à peu près à la même époque, on ne sait rien qui vaille de leurs biographies. Ce qui les rapproche est d’abord d’avoir perduré, traversant toute l’histoire de la culture chinoise, suscitant des milliers de commentaires et d’adaptations.
Les unir, ou du moins les réconcilier, fut sans doute le rêve le plus durable de quantité de lettrés. ­Finalement, c’est leur opposition irréductible qui les a le plus ­sûrement reliés. Cela n’est paradoxal qu’en apparence. « C’est leur antagonisme fondamental, en ­dépit de toutes les tentatives syncrétiques ou éclectiques de les amalgamer, qui a donné à la pensée chinoise sa profondeur et sa ­richesse », souligne Jean Levi. Pareille sagesse à double face demeure...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le physicien Julien Bobroff souligne les limites d’exercices trop formatés. Il appelle chercheurs et vulgarisateurs à imaginer ensemble d’autres façons de rendre la science accessible.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
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« Scientifiques et médiateurs doivent collaborer pour réinventer la vulgarisation »

Dans une tribune au « Monde », le physicien Julien Bobroff souligne les limites d’exercices trop formatés. Il appelle chercheurs et vulgarisateurs à imaginer ensemble d’autres façons de rendre la science accessible.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 07h00
    |

Julien Bobroff (Physicien, professeur à l’université Paris-Sud)







                        



                                


                            

Tribune. Le concours MT180, « Ma thèse en 180 secondes » (MT180), vient de s’achever. Le doctorant victorieux a présenté son sujet de thèse avec brio en seulement trois minutes ! Une introduction enivrante, une ­métaphore drôle et décalée pour ­expliquer son sujet – les ondes sismiques – et une conclusion ouvrant sur l’avenir de notre planète.
Pourtant, plusieurs se sont plaints sur les réseaux sociaux d’un air de ­déjà-vu. Concours après concours, les présentations des candidats semblent souvent issues d’un même moule. Certains scientifiques critiquent l’exercice : construit à la façon d’un pitch pour entreprise, pas assez scientifique, un simple outil de ­communication pour nos institutions. Les partisans de MT180 répondent que l’exercice rend plus accessibles les scientifiques, qu’il montre la variété de leurs disciplines et, surtout, qu’il aide à former des doctorants à la vulgarisation.

Je suis moi-même partagé. J’ai ­toujours encouragé ce concours, dont je loue les vertus, participant même à des jurys dans le passé. Mais je reconnais avoir de plus en plus de mal à visionner ces prestations toutes formatées à l’identique.
Des musées scientifiques ont développé d’autres formes de médiation : science participative, fab lab et même « escape games »…
Au-delà, j’ai surtout l’impression d’assister une fois encore à un débat récurrent entre scientifiques et vulgarisateurs. Chez mes collègues chercheurs, on se méfie des effets de mode, de la « com » et des médias, d’Internet et de YouTube, et surtout du manque de fond et de substance.
Du côté du monde de la culture scientifique, j’entends parfois certains en avoir un peu assez des scientifiques qui n’acceptent de délivrer leur savoir que dans des formats longs, professoraux et magistraux, sans place pour le dialogue et adaptés seulement à certains publics d’initiés. De nombreux musées scientifiques ont d’ailleurs développé ces dernières années d’autres formes...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Emmanuel Macron souhaite que l’Etat fixe « un cadre et des règles » pour l’islam. Dans une tribune au « Monde », l’islamologue Rachid Benzine estime que ce projet pourrait faire le jeu des promoteurs d’une conception étriquée de la religion musulmane.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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Rachid Benzine : « L’erreur est de croire que l’islam de France n’est pas organisé »

Emmanuel Macron souhaite que l’Etat fixe « un cadre et des règles » pour l’islam. Dans une tribune au « Monde », l’islamologue Rachid Benzine estime que ce projet pourrait faire le jeu des promoteurs d’une conception étriquée de la religion musulmane.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
12.07.2018 à 08h45
    |

                            Rachid Benzine (Islamologue)








                        



                                


                            
Tribune. Devant le Congrès réuni le 9 juillet à Versailles, le président Emmanuel Macron a annoncé, sans rien dévoiler du contenu et de la forme envisagés, que, à l’automne, seront donnés à l’islam de France « un cadre et des règles » dans « une démarche rénovée ». Le suspense entretenu depuis plusieurs mois à ce sujet continue donc.
En attendant, les préfets ont reçu mission d’organiser, dans une certaine précipitation, et alors que beaucoup de personnes intéressées sont dispersées par le temps des congés, une consultation des acteurs locaux censée nourrir le projet présidentiel.
Que peut-on espérer de tout cela ? Ceux qui croient que, du palais de l’Elysée ou de l’hôtel de Matignon, peut surgir la solution pour une organisation nationale de l’islam de France, qui fera émerger de vraies structures de représentativité, de formation des cadres religieux et de financement des lieux de culte, seront certainement déçus.

Le « cadre et les règles » de l’exercice de tout culte existent déjà en France, et on ne voit pas comment un régime particulier pourrait être imposé aux musulmans. Surtout, la première règle de notre Etat laïque est que les pouvoirs publics ont pour devoir de ne pas se mêler de l’organisation interne des religions, dès lors que celles-ci ne portent pas atteinte aux lois de la République.
Imagine-t-on ces pouvoirs publics prétendre donner « un cadre et des règles », autres que les règles et le cadre communs, aux Eglises évangéliques qui se développent en France au détriment des anciennes Eglises catholiques et protestantes ou aux communautés des juifs loubavitch et hassidiques qui ne se reconnaissent guère dans les instances actuelles du judaïsme français ? Certainement pas ! Alors « pourquoi ? » et « comment ? » un traitement spécifique pour la religion des musulmans ? Par quels artifices juridiques ? Avec quels acteurs ?
« Les querelles de fédérations...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’universitaire russe Vladislav Inozemtsev estime que le sommet d’Helsinki, qui s’ouvre le 16 juillet , pourrait être l’occasion d’un rapprochement entre Donald Trump et Vladimir Poutine.
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Sommet d’Helsinki : « La révolution de la realpolitik par le duo Trump-Poutine »

Dans une tribune au « Monde », l’universitaire russe Vladislav Inozemtsev estime que le sommet d’Helsinki, qui s’ouvre le 16 juillet , pourrait être l’occasion d’un rapprochement entre Donald Trump et Vladimir Poutine.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
12.07.2018 à 08h50
    |

Vladislav Inozemtsev (Directeur du Centre des études post-industrielles, Moscou et membre de l'Institut polonais des études avancées, Varsovie)







                        



                                


                            
Tribune. La rencontre prévue le 16 juillet à Helsinki entre les présidents américain, Donald Trump, et russe, Vladimir Poutine, constitue probablement l’un des sommets les plus mystérieux, réunissant les superpuissances mondiales passées et présentes.
Si l’on s’en tient à leur programme annoncé, ces discussions ne paraissent avoir aucun sens. Je ne peux imaginer un accord sur le « front ukrainien » qui ne s’aligne pas sur les conditions posées par M. Poutine – et si un tel accord était conclu, il serait immédiatement dénoncé par le Congrès américain – et d’éventuelles concessions secondaires accordées soit par les Américains, soit par les Russes, en Syrie, ne paraissent pas de nature à nécessiter un sommet en tête à tête.
Enfin, toute décision sur les sanctions en vigueur contre la Russie semble impossible tant que la procédure en cours sur une éventuelle ingérence de Moscou dans les élections américaines de 2016 ne sera pas parvenue à son terme.

Il me semble donc que ce sommet n’a été organisé que pour satisfaire les ambitions et l’ego des deux présidents. Pour M. Trump, deux points sont essentiels. Il tient, d’une part, à comprendre ce que M. Poutine a dans la tête, et à établir une relation avec un dirigeant que, de toute évidence, il respecte.
Alors qu’il s’engage, étape par étape, dans une confrontation avec le monde entier (Chine, Union européenne, Alena), le président américain entend se ranger du côté d’un « homme fort » dont l’imprévisibilité est comparable à la sienne. Aussi étrange qu’elle puisse paraître, l’alliance Trump-Poutine pourrait s’édifier sur une vision commune du monde, et se consolider à la faveur de la montée générale des politiques populistes et nationalistes.
« Réduire le risque d’affrontements dangereux »
Donald Trump, d’autre part, entend remporter une nouvelle victoire sur ses adversaires en rencontrant, après Kim Jong-un, un autre « pestiféré » mondial, en affirmant...




                        

                        


<article-nb="2018/07/12/18-16">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Les sommes colossales qu’investit Téhéran pour étendre son influence au Moyen-Orient affaiblissent le régime sur le plan intérieur, estime, dans une tribune au « Monde », l’universitaire  Farhad Khosrokhavar. Seule une nouvelle génération pourra reprendre la contestation initiée par le mouvement de 2009.
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« La politique expansionniste de l’Iran est extrêmement coûteuse pour une société exsangue »

Les sommes colossales qu’investit Téhéran pour étendre son influence au Moyen-Orient affaiblissent le régime sur le plan intérieur, estime, dans une tribune au « Monde », l’universitaire  Farhad Khosrokhavar. Seule une nouvelle génération pourra reprendre la contestation initiée par le mouvement de 2009.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
12.07.2018 à 08h57
    |

                            Farhad Khosrokhavar (Directeur d’études à l’EHESS)








                        



                                


                            
Tribune. L’Iran est face à un dilemme : il n’a pas les moyens économiques de sa politique régionale et internationale. Les pressions des Etats-Unis après leur sortie de l’accord de Vienne sur le nucléaire de 2015 y sont pour quelque chose, mais structurellement, les causes de la crise sont internes et relèvent d’une politique expansionniste qui est extrêmement coûteuse pour une société exsangue.
Selon diverses estimations, le conflit en Syrie coûte à l’Iran entre 9 et 14 milliards dollars par an, le financement du Hezbollah entre 3 et 7 milliards, celui du Hamas un milliard, sans mentionner les Houthis au Yémen, l’Irak et l’Afghanistan, où Téhéran tente d’acheter son influence en finançant les divers acteurs politiques.
Cette politique étrangère, qui consiste à étendre l’influence iranienne hors de ses frontières extérieures afin d’assurer son hégémonie face à l’Arabie saoudite, mais aussi sa protection face aux Etats-Unis, coûte bon an mal an quelques dizaines de milliards de dollars par an, si on y ajoute la corruption endémique des différents acteurs concernés.

Cette somme doit être réévaluée d’au moins 20 % à 30 % parce que l’exportation du pétrole souffre de la nouvelle politique d’isolement américaine et est limitée à cause de la vétusté des installations pétrolières, parce que l’Europe hésite à s’approvisionner en Iran de peur de la réaction américaine et parce que la corruption généralisée gangrène l’économie nationale. Cela représente au bas mot entre le quart et le tiers des revenus pétroliers.
Or, l’Iran souffre par ailleurs de maux multiples. Comme la plupart des pays de la région, il connaît une sécheresse qui dure depuis plus d’une décennie et cause des dégâts extrêmement importants à l’agriculture, mais aussi à l’écologie et à l’ensemble de son économie. Le pays est obligé d’importer une grande partie de ses produits agricoles de base et connaît une pénurie en eau au sud, qui provoque...




                        

                        


<article-nb="2018/07/12/18-17">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Anne Lehoërff analyse la période charnière où des armes ont été forgées non pour se nourrir mais pour tuer ses semblables.
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Et l’homme créa la guerre

Anne Lehoërff analyse la période charnière où des armes ont été forgées non pour se nourrir mais pour tuer ses semblables.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
12.07.2018 à 10h00
    |

            Pierre Barthélémy








                        



                                


                            

Le livre. Les histoires commencent souvent par la formule « Un jour… » Le dernier livre d’Anne Lehoërff, qui enseigne la protohistoire européenne à l’université de Lille, s’inscrit volontairement dans cette tradition narrative avec cette première phrase : « Un jour, les hommes inventèrent la guerre. »
Spécialiste de l’âge du bronze et de sa métallurgie, Anne Lehoërff a vu passer entre ses mains quantité d’objets anciens, des bijoux, de la vaisselle, etc. Mais pas uniquement. Il y a plus de trois millénaires, les artisans bronziers « fabriquaient aussi des objets pour tuer, des armes. Bien sûr, j’avais enregistré ces pièces dans mes listes d’inventaire ou mes références mentales. Et pourtant, bêtement, naïvement, je ne les avais jamais regardés en face en me disant : “Cette épée a tué des individus, un, plusieurs.” Et les bronziers étaient, littéralement, les artisans de cette mort violente. »
Dans Par les armes, Anne Lehoërff remonte à ce jour, situé quelque part entre 1700 et 1600 avant notre ère, où l’on inventa un objet spécifiquement fait pour tuer d’autres humains, l’épée. Certes des conflits meurtriers avaient eu lieu bien avant l’âge du bronze mais ils étaient rares et détournaient des objets de leur fonction première – l’arc du chasseur, l’outil qu’est la hache.
A l’âge du bronze, le progrès technologique, sans doute associé à une volonté politique, permet véritablement la naissance du concept de guerre tel que nous le connaissons : un affrontement armé entre deux groupes humains, accepté socialement, régulé, où les guerriers sont des tueurs légitimes mandatés par le pouvoir.
Le métal a parlé
L’archéométallurgiste qu’est Anne Lehoërff nous entraîne dans l’atelier d’un bronzier car, l’Europe de l’époque ne pratiquant pas l’écriture, c’est le métal qui va parler de ces ­sociétés du passé. Il dit le savoir-faire de ces artisans, capables de déterminer les bons alliages...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ La journaliste Helene Cooper retrace la vie d’Ellen Johnson Sirleaf, première femme élue à la tête d’un pays africain, le Liberia, en 2005.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
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La dame de Monrovia

La journaliste Helene Cooper retrace la vie d’Ellen Johnson Sirleaf, première femme élue à la tête d’un pays africain, le Liberia, en 2005.



Le Monde
 |    12.07.2018 à 05h00
 • Mis à jour le
12.07.2018 à 10h06
    |

            Christophe Châtelot








                        



                                


                            

Livre. C’est le roman vrai d’une vie hors du commun, celle d’une « petite chose » à laquelle on a prédit, dès sa naissance, en 1938, qu’elle « l’aura facile ». A l’heure du bilan, la prophétie s’est réalisée. Ellen Johnson Sirleaf est entrée dans l’histoire en devenant la première femme élue à la présidence d’un pays africain – le Liberia – et en étant honorée par la plus prestigieuse des distinctions, le prix Nobel de la paix, en 2011.
Helene Cooper, journaliste américano-libérienne au New York Times, tente d’identifier les forces conjuguées de cette dynamique qui conduira la « petite chose » au sommet de l’Etat pour deux mandats, de 2005 à 2017. Il y a les ressorts intimes qui animent Ellen, née Johnson, épouse Sirleaf, dévoilés par petites touches pour raconter les déchirements d’une mère qui choisit de s’éloigner de ses enfants pour construire, aux Etats-Unis, sa carrière professionnelle dans la finance internationale ; d’une femme qui brise le tabou du divorce, pour s’éloigner d’un mari violent, dans une société patriarcale où « la place d’une femme était au marché, à la cuisine, à l’église ou au lit ».
Trajectoire singulière
Et puis, il y a la femme d’Etat, Madame la présidente. Celle qui, très tôt, s’est imaginé un destin national, selon le récit qui en est fait. C’est un chemin sanglant sur lequel slalome cette femme élégante. Il faut de l’intelligence, une grande capacité d’adaptation et de l’opportunisme, pour survivre dans ce pays à la trajectoire singulière. Une trajectoire marquée, dès sa création, au fer rouge de la colonisation, non par des Européens, mais par des esclaves affranchis venus des Etats-Unis au XIXe siècle. Ce pays que « les Libériens ne se contentèrent pas de (…) torpiller, mais allèrent jusqu’à (…) pulvériser », écrit Helene Cooper.
La « pulvérisation » commence dans les années 1980 avec Samuel...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ L’historienne Maya Kandel considère, dans une tribune au « Monde », que les présidents américain et russe, qui doivent se retrouver au sommet d’Helsinki, lundi 16 juillet, s’épanouissent dans un univers diplomatique de rapports de force, sans règles ni normes
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« MM. Trump et Poutine convergent vers une vision alternative des relations internationales »

L’historienne Maya Kandel considère, dans une tribune au « Monde », que les présidents américain et russe, qui doivent se retrouver au sommet d’Helsinki, lundi 16 juillet, s’épanouissent dans un univers diplomatique de rapports de force, sans règles ni normes



Le Monde
 |    12.07.2018 à 05h00
 • Mis à jour le
12.07.2018 à 09h08
    |

                            Maya Kandel (Historienne, chercheuse associée à l'université Sorbonne-Nouvelle-Paris-III/CREW)








                        



                                


                            

Tribune. Le président américain, Donald Trump, rencontrera donc le président russe, Vladimir Poutine, lundi 16 juillet à Helsinki. On peut d’ores et déjà imaginer que c’est ce sommet qui donnera son sens à l’ensemble de la séquence européenne du président américain – mais quel sens précisément ?
Il n’est pas question de critiquer par réflexe un sommet entre les deux chefs d’Etat : on ne peut pas, d’un côté, condamner les propos de Trump contre le multilatéralisme et la diplomatie comme instrument de la politique étrangère américaine, et, de l’autre, rejeter un sommet, symbole de dialogue par excellence. Il faut de toute façon s’y résigner : le sommet s’impose comme l’exercice favori de M. Trump en politique étrangère, parfait prolongement international du show de télé-réalité permanent qu’est devenue la présidence américaine.

Quant à M. Poutine, dont l’étoile polaire en politique étrangère demeure de retrouver le rang d’égal des Etats-Unis, ce sommet ne peut que le ravir : il a peu à perdre, et beaucoup à gagner : un accord sur la Syrie, et plus largement sur le Moyen-Orient, que Trump aimerait lui sous-traiter ; un nouveau signe de détachement américain vis-à-vis de la défense des Européens ; une validation de l’annexion de la Crimée par Washington, qui officialiserait une nouvelle séquence de remise en question des frontières européennes, particulièrement dangereuse en ce moment.
Univers hobbesien
Les motifs d’inquiétude sont donc bien réels pour les Européens. Le premier est lié à l’incertitude résultant de la schizophrénie actuelle de Washington sur le dossier russe : alors que l’ensemble de l’exécutif et du Congrès a adopté, depuis janvier 2017, des mesures qui concrétisent une posture générale plus agressive vis-à-vis de Moscou, à l’image des documents stratégiques officiels, le président Trump a multiplié déclarations et Tweet élogieux à l’égard du président Poutine et de la Russie, tout en répétant sa volonté...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Dans une tribune au « Monde », les députés du groupe Agir expliquent que si la réforme constitutionnelle voulue par Emmanuel Macron permet de renforcer le pouvoir exécutif, elle oublie en revanche de renforcer le pouvoir législatif.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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« On ne saurait tolérer le renforcement du pouvoir présidentiel sans renforcer celui du Parlement »

Dans une tribune au « Monde », les députés du groupe Agir expliquent que si la réforme constitutionnelle voulue par Emmanuel Macron permet de renforcer le pouvoir exécutif, elle oublie en revanche de renforcer le pouvoir législatif.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 16h46
 • Mis à jour le
11.07.2018 à 17h33
    |

Franck Riester (Député du groupe Agir à l'Assemblée nationale) et Olivier Becht (Député du groupe Agir à l'Assemblée nationale)







                        



                                


                            

Tribune. S’il adoptait la révision constitutionnelle qui est actuellement débattue, le Congrès procéderait ainsi à la vingt-cinquième modification de la Constitution de la Ve République depuis 1958. Finalement, c’est sa relative plasticité qui a permis à la Constitution voulue par le général de Gaulle de traverser le temps puisqu’elle sera dans cinq ans la plus vieille Constitution de toute l’histoire de la République.
Pour autant, les révisions successives ont progressivement gommé l’esprit des origines. Que reste-t-il du président gardien des institutions et arbitre voulu par le général ? Mais n’est-ce pas de Gaulle lui-même qui, dès 1962, avec l’élection du président de la République au suffrage universel direct, modifiait l’équilibre des pouvoirs en faisant du président le vrai patron de l’exécutif ?
Cet équilibre allait d’ailleurs encore se modifier après le vote en 2000 du quinquennat qui permet l’alignement et la concomitance des élections législatives et de l’élection présidentielle au bénéfice de cette dernière, qui devient l’élection phare déterminant désormais systématiquement la majorité à l’Assemblée.
Malheur aux frondeurs
Fort d’une majorité qui lui doit son élection, le président est depuis 2002 totalement libre de gouverner. A l’origine de 80 % des lois, le pouvoir exécutif est, de fait sinon de droit, devenu le véritable législateur en France. Les parlementaires sont priés de voter. Malheur aux frondeurs.
Et voilà qu’incidemment, au détour d’une phrase, le président demande désormais à pouvoir entrer dans l’arène parlementaire en participant aux débats du Congrès après avoir adressé chaque année son « discours sur l’état de l’Union ». Faut-il s’y opposer ? Nous ne le pensons pas. Pourquoi ? Simplement parce que cela va dans le sens de l’Histoire débutée dès 1962 avec la présidentialisation du régime.

Toutefois, il convient de prendre la dimension de l’ensemble de ces changements...




                        

                        

