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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Les chanteuses capverdiennes étaient les invitées de la 23e édition du festival, qui s’est ouverte le 9 juillet.
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Lucibela et Mayra Andrade illuminent Les Suds à Arles

Les chanteuses capverdiennes étaient les invitées de la 23e édition du festival, qui s’est ouverte le 9 juillet.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 17h46
    |

                            Patrick Labesse (Arles)








                        



   


« Je chante la musique traditionnelle capverdienne ». Deux trois mots, osés en français, pour se présenter, un sourire timide, et Lucibela, née en 1986 à São Nicolau, l’une des îles de l’archipel sahélien, se met à chanter. Comme elle l’a toujours fait, dans les bars, les clubs ou la rue des îles du Cap-Vert. Avec une joie simple et sans chichis.
Invitée par le festival Les Suds à Arles, dont la 23e édition s’est ouverte le 9 juillet, elle se produit le 10 en début de soirée, dans le cadre intimiste de la cour de l’Archevêché. Les musiciens assis l’accompagnent, avec une belle délicatesse (notamment le guitariste Aldair Lima Da Costa Neves). D’une voix douce et nuancée, la chanteuse enchaîne mélancoliques mornas et pétillantes coladeiras, les deux genres musicaux que Cesaria Evora (décédée le 17 décembre 2011) a su faire aimer au monde. Le répertoire de Lucibela provient essentiellement du premier album de la chanteuse, Laço Umbilical, paru en février sur le label Lusafrica, créé par José Da Silva, découvreur et producteur de Cesaria Evora.

« Je suis capverdienne et je vais vous interpréter un “funana” des années 1980 ». Invitée de Gilberto Gil, qui ouvrait, peu après 22 heures, la première des soirées au théâtre antique du festival, Mayra Andrade lance l’énergique Compasso Pilom. C’est une composition de Bulimundo, un groupe formé en 1978 (trois ans après l’indépendance du Cap-Vert), pionnier de la rénovation de ce genre rural. La chanteuse tient en main le « ferrinho », l’indispensable bout de fer, vigoureusement gratté au couteau, qui assure le tempo de ce style nerveux, joué à l’accordéon (« gaita », au Cap-Vert), emblématique de l’île de Santiago, la plus « africaine » de l’archipel, celle de sa capitale, Praia.

   


Une énergie solaire
Frétillant comme un jeune homme, Gilberto Gil (76 ans) est sous le charme. La fièvre monte dans le théâtre antique quasi plein (pas loin de 2 500 spectateurs). Dehors, les klaxons fêtent la victoire de l’équipe de France en demi-finale du Mondial de football ; ici on célèbre les 40 ans de Refavela, l’un de ses albums les plus irrigués de sa revendication de négritude, paru l’année où il participait au Festac77, festival des arts et de la culture noirs, organisé à Lagos, au Nigéria.

Quelques heure avant ce concert où elle reprenait également deux ou trois titres de Refavela et participait aux chœurs, Mayra Andrade clamait son bonheur. « J’ai conscience de faire une tournée avec quelqu’un qui a pour moi la dimension de Fela Kuti ou Bob Marley. » Après cette aventure, la chanteuse reprendra le cours de ses affaires personnelles, avec la sortie d’un nouvel album, Manga, enregistré entre Abidjan et Paris (parution prévue en octobre, chez Sony). lnstallée à Lisbonne depuis bientôt trois ans, comme Lucibela, qui est venue y vivre en quittant le Cap-Vert, après quatorze années à Paris, Mayra Andrade dit trouver une énergie solaire à cette ville, « où l’on n’a pas besoin que tout soit sur la table pour faire un bon repas. On se débrouille avec ce qu’il y a ».

Les Suds à Arles, jusqu’au 15 juillet. Avec Alba Molina, Aman Doktor/Djam Live (Tony Gatlif), Xylouris White, Altin Gün… le 12 ; Trio Joubran, Puerto Candelaria, 47Soul… le 13 ; Love I Obey (Rosemary Standley), Yom & The Wonder Rabbis, Cannibale… le 14. www.suds-arles.com
Lucibela en concert au festival Rhizomes à Paris (Square Rachmaninov) le 14 juillet, au festival Là c’est de la musique à Avignon (Vaucluse) le 15, aux Mardis de l’été à Nérac (Lot-et-Garonne) le 17, à Eclats – Festival de la Voix à Dieulefit (Drôme), au New Morning à Paris le 29 novembre.
Mayra Andrade en tournée en octobre dont le 23 au festival Worldstock, aux Bouffes du Nord, à Paris.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Notre choix du soir. Christian Vincent orchestre un jeu de dupes qui fait référence aux deux princes de l’arnaque sentimentalo-financière, Ernst Lubitsch et Billy Wilder (sur Ciné+ émotion à 20 h 45).
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TV – « Quatre étoiles » : sérénade à trois sur la Côte d’Azur

Notre choix du soir. Christian Vincent orchestre un jeu de dupes qui fait référence aux deux princes de l’arnaque sentimentalo-financière, Ernst Lubitsch et Billy Wilder (sur Ciné+ émotion à 20 h 45).



Le Monde
 |    11.07.2018 à 17h30
    |

                            Jean-Luc Douin








                        


Film sur Ciné+ émotion à 20 h 45

Sur son lit de mort, une vieille femme fait son testament. Brève mais tonique introduction, teintée d’un mauvais esprit à la Etienne Chatiliez, où l’agonisante commente la philosophie de l’héritage avec un cynisme qui donne le ton de cette comédie mal pensante. Quatre étoiles est un divertissement irrespectueux sur le profit à tirer des gens fortunés quand on est fauché.
Franssou (Isabelle Carré), nièce de la défunte et orpheline, est légataire universelle. Elle empoche l’argent en liquide et décide de prendre une année sabbatique pour claquer ses 50 000 euros sur la Côte d’Azur. C’est au Carlton de Cannes qu’elle rencontre Stéphane (José Garcia), beau parleur, tour à tour prétendu bras droit d’Elton John et agent immobilier, en fait mythomane, escroc piteux, joueur de poker à dettes.
Franssou est-elle la proie et Stéphane le prédateur ? Pas si simple. Car, avec son coscénariste Olivier Dazat, Christian Vincent orchestre un jeu de dupes qui fait référence aux deux princes de l’arnaque sentimentalo-financière Ernst ­Lubitsch et Billy Wilder. Si, dans un premier temps, Stéphane tente de s’octroyer le magot de Franssou, l’intrigue va se révéler à double fond, et l’oie blanche se dévoiler en petite canaille.
Eblouie par la haute société
Quatre étoiles est l’histoire d’un usurpateur d’identités terrorisé à l’idée d’être démasqué, mais aussi celle d’une épicurienne éblouie par la haute société et impatiente de mettre le grappin sur l’homme qui, côté cœur comme côté portefeuille, s’avérerait un complice idéal.
On retrouve là l’esprit de La Baronne de minuit, Haute pègre, ­Certains l’aiment chaud, en même temps qu’un certain nombre de situations dont Lubitsch et ­Wilder firent leurs délices. Le rôle du téléphone, grâce auquel Stéphane fait surveiller Franssou par un ami quand elle dîne aux chandelles avec un concurrent. Le rôle des portes : celle où Stéphane laisse un écriteau (« Finalement je reste là ») destiné au garçon d’étage venu récupérer ses bagages et qui ne sait pas qu’une femme – présente dans la chambre – a motivé ce revirement.
Car comme dans The Shop Around the Corner, d’Ernst Lubitsch, la jolie blonde a besoin d’un tiers pour forcer Stéphane à assumer son désir : ce sera René (François Cluzet), le pigeon auquel le couple sans scrupule cherche à vendre une villa qui ne lui appartient pas, et qui en pince pour elle. Franssou inverse les rôles. Dans sa chambre, elle a subi l’intrusion de l’escroc venu prouver que les murs ne garantissent aucune intimité. Lorsqu’elle consent un prêt, c’est un contrat qu’elle exige : s’imposer chez lui, le suivre comme son ombre – un pacte mi-main au collet, mi-bague au doigt.
La comédie qu’elle lui joue en faisant mine d’être prête à tomber dans les bras de René est une « sérénade à trois ». Elle se sert du gogo pour obliger Stéphane à passer à l’acte, à savoir trouver les mots pour enfin avouer qu’il est amoureux d’elle. Car Stéphane est aussi à l’aise dans le baratin qu’empoté dans le langage sentimental.

   


A chaque comédie coquine, ses sous-entendus. Dans La Huitième Femme de Barbe-Bleue, de Lubitsch, l’achat d’un pyjama était détonateur de l’idylle, Gary Cooper achetant le haut et Claudette Colbert le bas. Plus terre à terre, Isabelle Carré déclare ici à José Garcia que c’est sur son corps qu’elle a caché sa fortune, et qu’il n’a qu’à chercher. Autre message du film, hitchcockien celui-là : les hommes sont timides, et les blondes prêtes à mêler le crime et l’étreinte.
Quatre étoiles, de Christian Vincent. Avec José Garcia, Isabelle Carré, François Cluzet (Fr., 2006, 106 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Le documentaire est un consternant amoncellement de lieux communs et de formules attendues sur « Frisco » (sur France 5 à 23 h 35).
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TV – « Métropoles du monde, San Francisco » : encombrements de poncifs

Le documentaire est un consternant amoncellement de lieux communs et de formules attendues sur « Frisco » (sur France 5 à 23 h 35).



Le Monde
 |    11.07.2018 à 17h30
    |

            Renaud Machart








                        


Documentaire sur France 5 à 23 h 35
La saison morte n’a pas encore vraiment commencé que, déjà, France 5 ressert aux spectateurs restés au frais devant leur télévision des produits de seconde main sortis du garde-manger à rediffusions. C’est le cas de ce numéro de la série britannique Métropoles du monde dévolu à San Francisco, sorti en 2015 et diffusé sur France Télévisions en 2017. Son propos ressemble à un banal film documentaire pour collégiens qui éluderait tout sujet un peu dérangeant (la drogue, les beatniks, les gays, etc.).
Comment peut-on éviter un sujet socioculturel aussi central que le San Francisco des années 1970, où se jouèrent tant de combats pour les libertés individuelles, où un conseiller municipal fameux, l’activiste Harvey Milk, fut assassiné en 1978 ? « A San Francisco, on peut être soi-même », dit un commentateur. Mais à quel prix !
L’histoire de la ville, depuis sa fondation, au moment de la ruée vers l’or, en 1848, est narrée par un commentaire bourré de formules faciles et téléphonées, illustrée par des images de synthèse et, terrible engeance du documentaire du XXIe siècle, par des scènes reconstituées sur le mode docufiction.
Ruée vers l’or et burritos
Ainsi, au cas où on ne l’aurait pas compris, quand la boulangerie du Français Isidore Boudin flambe lors du terrible incendie que provoqua le tremblement de terre du 18 avril 1906, on nous montre une vieille boulangerie, des flammes et, oh ! audace cinématographique, un sac de farine qui tombe à terre. On nous parle des colons venus faire fortune à partir de la ruée vers l’or de 1848, du cimetière de bateaux qui servit à l’agrandissement de la ville. Et des burritos du quartier mexicain, des chop suey de Chinatown. Car, rappelle l’inénarrable narrateur : « La cuisine d’une ville en dit long sur l’histoire de ses habitants. »
Autres incontournables : les rues fortement pentues de la ville, paradis des skateboarders. A la fin de cette séquence, le commentaire annonce : « C’est bien joli de descendre, mais maintenant il faut remonter ! » Et, devinez quoi ? Place au célèbre tramway de la ville. Et ainsi de suite. Il y a des jours où l’on a honte pour son service public.
Métropoles du monde : San Francisco, de Neil Ferguson et Mark Bates (GB, 2015, 44 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Un journaliste du « Monde » dresse la liste des livres qui l’inspirent dans son travail. Aujourd’hui, Plantu.
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« Mes incontournables » : 7 livres pour comprendre le dessin de presse, par Plantu

Un journaliste du « Monde » dresse la liste des livres qui l’inspirent dans son travail. Aujourd’hui, Plantu.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
11.07.2018 à 16h29
    |

            Jean Birnbaum et 
Plantu








                        



                                


                            
Il y a quelques semaines, l’équipe du « Monde des livres » a adressé cette question à ses consœurs et confrères : parmi les livres que vous avez lus pour nourrir votre travail, si vous deviez n’en conserver que sept, quels seraient-ils ? Vous vous occupez des questions internationales, de la chronique judiciaire, du théâtre, de la politique, de la sexualité ou de la photo ? Alors, dites-nous quels sont les essais, romans, documents, biographies, albums… que vous gardez toujours en tête, ou à portée de main, ceux auxquels vous revenez spontanément quand se présente telle actualité à couvrir, telle situation à éclairer.
Baptisée « Mes incontournables », cette sélection subjective constitue la matière d’un nouveau format que vous retrouverez régulièrement, à l’avenir. Neuf journalistes ont ouvert la liste en dévoilant leurs livres de chevet pour « Le Monde des livres » du 13 juillet. Elles et ils font entendre une belle diversité de voix, d’enthousiasmes, de sensibilités. Vous en retrouverez une chaque semaine de l’été, et ce dès demain, dans La Matinale du Monde et sur Le Monde.fr.
A lire ces « incontournables », et à les partager avec vous, on songe à la façon dont Georges Perec, dans Penser/Classer (Hachette, 1985), évoquait l’art de ranger sa bibliothèque : « C’est une opération éprouvante, déprimante, mais qui est susceptible de procurer des surprises agréables, comme de retrouver un livre que l’on avait oublié à force de ne plus le voir, et que, remettant au lendemain ce qu’on ne fera pas le jour même, on redévore enfin à plat ventre sur son lit. » Jean Birbaum
« MES INCONTOURNABLES », PAR PLANTU

La clarté de Jochen Gerner
C’est toujours un plaisir de découvrir la planche hebdomadaire de Jochen Gerner dans Le 1… Alors, trouver toutes ses planches réunies dans un seul livre, Repères (2017), c’est encore mieux ! Chaque fois, il réussit à nous raconter l’essentiel d’une thématique...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ « Arbitrage vidéo épisode 6. » Ils sont en finale, le peuple se masse sur les Champs-Elysées, et, selon notre chroniqueur Etienne Labrunie, il n’en fallait pas plus aux TV pour se croire vingt ans en arrière.
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Coupe du monde 2018 : la télé rediffuse France 1998

« Arbitrage vidéo épisode 6. » Ils sont en finale, le peuple se masse sur les Champs-Elysées, et, selon notre chroniqueur Etienne Labrunie, il n’en fallait pas plus aux TV pour se croire vingt ans en arrière.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 14h46
 • Mis à jour le
11.07.2018 à 15h16
    |

                            Etienne Labrunie








                        



   


Chronique. On y est. « On » est en finale. A Saint-Pétersbourg, les héros explosent de joie et célèbrent plutôt sobrement leur victoire. Reste une marche à gravir avant de se lâcher complètement répètent en boucle les acteurs tricolores, dont une bonne partie a vécu la défaite malheureuse face au Portugal lors de l’Euro en France, il y a deux ans. « Elle n’est toujours pas digérée, elle est restée là », confesse d’ailleurs Didier Deschamps au micro de TF1. De la retenue, donc. Le mot d’ordre.

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La fête est ailleurs. Partout dans le pays. « La France en liesse » (C News) ; « La France en ébullition » (BFM TV) ; « La France en fête » (LCI). Très vite, les télévisions vont braquer leurs objectifs sur un lieu, comme un symbole, estampillé « avenue de la Gloire » et réquisitionné pour l’occasion : les Champs-Elysées à Paris. Les supporteurs y affluent, et les images impressionnent au fil des minutes. Les envoyés spéciaux sont vite noyés dans le flot incessant d’une foule qui grossit. On se rue sur les caméras pour témoigner et pour immortaliser sa présence. « Une émotion qui n’est pas sans rappeler celle de 1998 », lâche la jeune envoyée spéciale de TF1, dont le duplex tourne court.
1998. Retour vers le futur. Les souvenirs remontent à la surface à la vue des Champs qui se garnissent. On y retourne. « Comme un vent de 1998 », souffle C News, dont le lyrisme est classé force 7. « La France est déjà dehors alors qu’on n’a pas gagné, clame le truculent Gilles Verdez, c’est la jeunesse française qui se soulève. » Et Julien Pasquet le présentateur, de conclure : « C’est pire qu’en 1998 ! » Pas mieux.

En 1998, Israël aussi avait gagné l’Eurovision
Impossible d’échapper au parallèle. Vingt ans après. Un mois après les célébrations multidiffusées des 20 ans. Retour dans les couloirs du stade de Saint-Pétersbourg. « Regardez les Champs-Elysées, vous étiez un jeune enfant en 1998. » Frédéric Calenge interpelle Olivier Giroud devenu grand. « Oui, ce sont des souvenirs impérissables. Je me souviens de la tête de Zizou sur l’arc de triomphe », répond-il embarrassé, avant de tenter de se placer lui et ses potes : « J’espère que nous aurons la chance à notre tour de communier notre joie avec les Français. »
Plus tard, c’est à Antoine Griezmann de se pointer en exclusivité sur TF1. « Est-ce que vous rêvez de voir marqué “Grizou président !” sur l’arc de triomphe ? », lui demande Denis Brogniart. « Ça voudra dire que j’aurai marqué deux buts en finale, ça me va », répond l’attaquant des Bleus, pas ménagé jusqu’ici par la critique. Denis Brogniart, en pleine remontée nostalgique, ose même un truc : « Cette année, le Real Madrid a gagné la Ligue des champions, comme en 1998, Israël a remporté l’Eurovision, comme en 1998, la France est dans la poule C, comme en…, et la Croatie était en demi-finale comme en… » Et en 2006, « on » n’était pas en finale ? Oui, mais c’était la Finlande qui avait gagné l’Eurovision, et le Barça la Ligue des champions.

Sur les toits des bus, dans le métro… À Paris, on n’arrêtait plus les supporters ce mardi soir 🇫🇷 https://t.co/OWbsnVzIkF— BFMTV (@BFMTV)


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Les Bleus de Deschamps sont donc ramenés une nouvelle fois au siècle dernier et aux exploits de Zidane et de ses potes. Pas très cool pour eux. « Ce n’est pas l’équipe la plus flamboyante, la plus technique ou collective, on disait la même chose d’une autre équipe… il y a vingt ans. », s’enflamme Grégoire Margotton, dont le documentaire 98 secrets d’une victoire, diffusé le 10 juin sur TF1, a réalisé un carton d’audience. « Il y en a un qui m’a dit qu’on allait être champions du monde, c’est Aimé Jacquet, et ce soir je pense à lui », ajoute le commentateur.
A ses côtés, Bixente Lizarazu veut avoir une pensée émue pour son capitaine de 1998, Didier Deschamps, qui « s’en est pris plein la tronche ». Emmanuel Petit, lui, œuvre sur BFM TV et manie à merveille l’art du contre-pied. Le buteur de la finale face au Brésil en 1998 s’agace quand on lui parle de « relais », de « successeurs ». « Oui, et puis moi, ça me rappelle l’équipe de Platini… J’espère qu’on ne va pas retomber dans des débats anxiogènes et y voir des tas de symboles. » Comme le football facteur de cohésion sociale, exemple de mixité… ?
« Je crois qu’on peut parler de patriotisme »
Oups, trop tard : « C’est un bonheur social qui se traduit à travers cette équipe de France solidaire, courageuse, c’est pour ça que les gens l’aiment. » (LCI). « Cette fête traduit ce besoin de vivre ensemble, à l’image de ces joueurs qui vivent si bien ensemble. » (C News). « Même si le mot fâche, je crois qu’on peut parler de patriotisme. Un patriotisme qui ressort après des moments difficiles », avance pour sa part Patrick Chêne (LCI). Sur le plateau de TF1, le comique Ahmed Sylla s’amuse de tout ça. « Quand je pense à tous ces nouveau-nés qui vont s’appeler Didier Deschamps. » 
Pendant ce temps-là, on danse sur les Champs, on gueule, on chante. On goûte juste une joie simple qu’on veut collective : « Nos enfants en ont ras le bol d’entendre parler de 1998. Là, c’est la leur, celle d’une autre génération », précise à toutes fins utiles Nathalie Iannetta sur TF1. Le héros et buteur du soir, Samuel Umtiti, ne dit pas autre chose : « Ils ont écrit leur histoire, on a envie d’écrire la nôtre. » 
Sous-entendu « merci de me lâcher un peu avec 1998 ». « Si on gagne, je dors dehors avec tous les Français », s’amuse Kylian Mbappé, à qui on fait remarquer une nouvelle fois qu’il n’était pas né en 1998. « On a du mal à rester calmes, on cache nos émotions. Il faut rester humble, tous les Français doivent rester humbles », dit pour sa part Adil Rami, remplaçant mais ambianceur de vestiaire. Bref, pas question de shooter plus haut que son culte. Ou que celui des dieux ancestraux.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Le peintre Pierre Alechinsky, l’architecte Christian de Portzamparc et l’actrice Catherine Deneuve ont été distingués.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤                     
                                                

Trois Français récompensés par le prix Praemium Imperiale

Le peintre Pierre Alechinsky, l’architecte Christian de Portzamparc et l’actrice Catherine Deneuve ont été distingués.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 12h03
 • Mis à jour le
11.07.2018 à 16h04
   





                        



   


Mercredi 11 juillet, le prix Praemium Imperiale, créé par la Japan Art Association et considéré parfois comme « le prix Nobel de l’art », a récompensé pour la première fois trois Français en même temps : le peintre franco-belge Pierre Alechinsky, l’architecte Christian de Portzamparc et l’actrice Catherine Deneuve. Le prix, doté de 15 millions de yens (environ 117 000 euros) récompense chaque année cinq lauréats dans les catégories suivantes : la peinture, la sculpture, l’architecture, la musique et le théâtre-cinéma. Ont également été récompensés cette année Riccardo Muti (musique) et Fujiko Nakaya (sculpture). Un prix d’encouragement aux jeunes artistes a aussi été remis à la Shakespeare Schools Foundation.
Troisième architecte français
Le Praemium Imperiale a beaucoup honoré les artistes français, d’Annette Messager (en 2016) à Martial Raysse en passant par Daniel Buren, Christian Boltanski, César ou Soulages. Côté architecture, Dominique Perrault a été distingué en 2015, Jean Nouvel en 2001. Christian de Portzamparc est donc le troisième architecte français à être honoré par le prix. Ce natif de Casablanca au Maroc en 1944, lauréat en 1994 du fameux Pritzker Prize, est connu pour son sens du trait, de l’ombre et de la lumière, présents dès l’ensemble immobilier des Hautes Formes, son premier grand projet, réalisé en 1979 dans le 13e arrondissement de Paris. En 2016, l’architecte a publié un imposant ouvrage, richement illustré, qui dévoile les arcanes de son art de bâtisseur, sous-titré « L’architecture commence avec un dessin ».

Chez Portzamparc, et cela explique peut-être l’intérêt porté par les Japonais pour son travail, le dessin est omniprésent. Dans les bâtiments qui, dit-il, rassemblent, comme à Paris, la Cité de la Musique (1995) ou à Rio de Janeiro, la rayonnante Cité des arts (2013) ; dans les bâtiments repères, tels, à New York, les tours LVMH (1999), Prism (2004) ou One57 (2014). Dans les morceaux de ville ou de quartier, enfin, où il met à profit sa science de l’« îlot ouvert » et « son corollaire de rue ouverte, diversifiée et lumineuse ».

        Lire l’entretien avec Christian de Portzamparc :
         

          « On ne peut pas vouloir que Paris devienne une seconde Venise »




Sur le Web : www.praemiumimperiale.org/en et www.youtube.com/user/PraemiumImperiale



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ La ministre de la culture s’est vu retirer la régulation économique du secteur de l’édition, afin d’éviter tout conflit d’intérêt avec ses anciennes fonctions à la tête d’Actes Sud.
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Françoise Nyssen privée d’édition par le gouvernement

La ministre de la culture s’est vu retirer la régulation économique du secteur de l’édition, afin d’éviter tout conflit d’intérêt avec ses anciennes fonctions à la tête d’Actes Sud.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 10h31
 • Mis à jour le
11.07.2018 à 13h45
    |

            Nicole Vulser et 
Cédric Pietralunga








                        



                                


                            

C’est une nouvelle pierre dans le jardin de Françoise Nyssen. Selon un décret, publié mardi 10 juillet au Journal officiel, la ministre de la culture ne peut plus s’occuper de « la régulation économique du secteur de l’édition littéraire », un domaine pourtant stratégique de son ministère. De même, elle ne pourra plus exercer de tutelle sur le Centre national du livre (CNL) et devra se tenir éloignée de toute décision concernant la maison d’édition Actes Sud. Les deux premières fonctions seront désormais exercées par le premier ministre, Edouard Philippe.
Cette décision a été prise à la demande de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), chargée d’étudier les éventuels conflits d’intérêt des membres du gouvernement. Avant de devenir ministre, Françoise Nyssen dirigeait, avec son mari, Jean-Paul Capitani, la maison arlésienne Actes Sud, numéro dix de l’édition en France, avec 80 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2017 (+ 5,2 % par rapport à 2016) et 2,9 millions de bénéfice net, selon le dernier classement de Livres Hebdo. Des fonctions jugées incompatibles avec certaines tutelles exercées par le ministère de la culture.

Caractère tardif
Lors de son entrée au gouvernement, le 17 mai 2017, Mme Nyssen avait pourtant mis fin aux mandats qu’elle exerçait au sein d’Actes Sud, que ce soit au conseil d’administration de la maison mère ou dans ses différentes filiales. Mais elle a gardé un lien capitalistique puisque, selon son entourage, la ministre de la culture jouit de l’usufruit des parts détenues par ses enfants dans la maison d’édition. De plus, la HATVP prend en compte les cinq années précédant l’entrée au gouvernement pour déterminer les risques de conflit d’intérêt avec les fonctions ministérielles exercées.
« Le CNL distribuant des subventions aux éditeurs, la HATVP a considéré que Françoise Nyssen ne pouvait exercer d’autorité sur cet organisme »,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Caetano Veloso, Seu Jorge, Hermeto Pascoal et Gilberto Gil et leurs tribus ont enchanté le public rhodanien.
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Le long du Rhône, les mille familles du Brésil

Caetano Veloso, Seu Jorge, Hermeto Pascoal et Gilberto Gil et leurs tribus ont enchanté le public rhodanien.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 09h57
 • Mis à jour le
11.07.2018 à 11h53
    |

            Aureliano Tonet (Lyon et Vienne (Isère), envoyé spécial)








                        



                                


                            

Seu Jorge se ronge les sangs. Son concert doit débuter dans la minute, mais ce ne sont pas les milliers de Lyonnais venus l’acclamer qui font baliser le Brésilien. En ce satané 6 juillet, la télé installée dans la coulisse diffuse la Coupe du monde de football en Russie ; ça sent le roussi pour la Seleçao, menée deux buts à un par la Belgique. Supporteur enflammé du Flamengo – club le plus fameux de Rio de Janeiro –, l’acteur et chanteur carioca campa le père de Pelé dans un ­biopic du footballeur-roi, en 2014. Alors, devant l’écran, il s’adresse à un attaquant comme s’il s’agissait de son enfant : « Meu filho, faça um golaço ! » (« fiston, mets-moi un but ! »).
Las, point de salut filial : coup de sifflet final, le Brésil rentre à la maison, Seu Jorge s’apprête à entrer sur scène. Les Nuits de Fourvière l’ont invité à réinterpréter la bande originale de La Vie ­aquatique (2003), la fantaisie ­familialo-nautique de Wes ­Anderson. Il y incarnait un marin arrimé à sa guitare, s’échinant, contre vents et marées, à adapter le répertoire de David Bowie en portugais, façon bossa. « Vous­ ­allez voir, il ne va jouer que du ­Jacques Brel ! », pronostique le programmateur du festival, ­Richard Robert, en se marrant. Manqué : Seu Jorge s’en tiendra aux classiques du glam-rockeur anglais, zigzaguant de Ziggy ­Stardust en Life on Mars avec bien plus d’adresse que Neymar face aux défenseurs belges. Ceux qui craignaient que Rock’n’roll Suicide ne se mute en Seleçao Suicidio sont rassérénés : le sambiste défie la défaite avec panache.

Ecoutez cet intermède interminable, conté dans un français ­invraisemblable : « C’est 2003. Le téléphone sonne, je ne réponds pas. Je joue à Fifa sur ma “playstaçao”. Normal : c’est dimanche, mon jour off. » Forêt de pouces levés dans les travées du Théâtre antique. « Mon ex-femme prend l’appel : “C’est Hollywood ! Ils veulent...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ L’établissement, créé en 2012, a repoussé le recrutement de la promotion 2018-2019 pour des raisons budgétaires.
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A Saint-Denis, l’école de cinéma de Luc Besson en difficulté

L’établissement, créé en 2012, a repoussé le recrutement de la promotion 2018-2019 pour des raisons budgétaires.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 09h26
 • Mis à jour le
11.07.2018 à 16h03
    |

            Sandrine Blanchard








                        



                                


                            

L’avenir de l’Ecole de la cité de Luc Besson est-il compromis ? Depuis quelques jours, plusieurs jeunes postulants à cette école de cinéma, créée en 2012 par le patron d’EuropaCorp, font part de leur désarroi dans des Tweet jetés comme des bouteilles à la mer. « Ça fait quatre ans que je rêve d’aller à l’Ecole de la cité et là je reçois un mail me disant que le concours de cette année est annulé… J’ai grave la rage », témoigne Margaux, le 9 juillet sur Twitter. « Est-ce que quelqu’un sait si les accusations de violences sexuelles qui pèsent sur Luc Besson sont la raison pour laquelle le concours de l’Ecole de la cité a été annulé cette année (lâchage de sponsors) ? », s’interroge Sonia. « Suite à mon inscription à l’Ecole de la cité, après plusieurs semaines d’attente, j’ai reçu un mail me disant que les épreuves du concours 2018 n’auront pas lieu. J’ai demandé des explications par Facebook et mail, et je reste sans réponse quelqu’un peut-il m’aider ? », lance Francescko à l’adresse de @lucbesson. Entre les nouveaux soupçons d’agressions sexuelles portés contre Luc Besson et les difficultés financières de la société de production et de distribution du cinéaste liées, notamment, à la performance décevante du block­buster Valérian, sorti en 2017, les rumeurs les plus sombres circulent.

La direction de l’établissement ne souhaite pas s’exprimer et se contente d’adresser par mail, des « éléments d’information » fournis par « le service communication ». Ce courrier confirme que les responsables de l’école ont « pris la décision de repousser le recrutement de nouveaux élèves à une date qui sera rendue publique ultérieurement. Afin de prendre les bonnes décisions nous mettons à profit l’été pour nous réorganiser ».
Cet arrêt de la sélection d’une nouvelle promotion – qui aurait dû commencer début juillet – est justifié par des problèmes budgétaires : « faute de financements...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Le spectacle du collectif marseillais Ildi ! Eldi est une ode à la sensation qui fait souffler un petit air frais en ce début de Festival.
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Avignon : « Ovni(s) », une comète

Le spectacle du collectif marseillais Ildi ! Eldi est une ode à la sensation qui fait souffler un petit air frais en ce début de Festival.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 08h52
    |

                            Fabienne Darge (Avignon, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

En ce début de Festival d’Avignon, passionnant mais chargé – très tragediante –, voilà le spectacle qui fait souffler un petit air frais et vous emmène ailleurs. Loin, en l’occurrence : du côté des extraterrestres, ou plutôt de ceux qui prétendent être entrés en contact avec eux. L’objet théâtral en question s’appelle Ovni(s) ; il est signé par un collectif que l’on découvre, nommé Ildi ! Eldi, basé à Marseille, et dirigé par deux ­acteurs que l’on a déjà croisés sur d’autres aventures, Sophie ­Cattani et Antoine Oppenheim.
Au départ, il y a une série de ­témoignages réunis par le dramaturge russe Ivan Viripaev – un des bons auteurs d’aujourd’hui, qui travaille toujours sur une base documentaire. A travers le monde, par le biais d’Internet, il a contacté des personnes qui affirment avoir été approchées par une forme de vie venue d’une autre planète. Il en a fait une pièce, qui s’intitule OVNI, et qui a ensuite été complétée par le travail d’Ildi ! Eldi avec l’auteur-cinéaste Jérôme Game.
Viripaev et Game ont une ­manière d’observer la vie qui ressemble à celle des cinéastes asiatiques d’aujourd’hui : tout passe par la sensation, éprouvée par des individus perdus dans un monde trop grand, énigmatique, indéchiffrable. Et c’est la première qualité du spectacle que d’être particulièrement bien écrit, de manière délicate et sensible.
Rêves de rencontres extraterrestres
Sur les quatorze témoignages recueillis par le dramaturge russe, la petite bande en a retenu cinq, que Sophie Cattani et ­Antoine ­Oppenheim incarnent sur le plateau, en compagnie de trois ­camarades, Alexandra ­Castellon, Grégoire Monsaingeon et ­Michaël Pas. Ils ou elles vivent en Australie, à Hongkong ou au fin fond des Etats-Unis, ils sont créateur de jeux vidéo, coursier et bassiste dans un groupe de rock ou cadre dirigeant, et ils tentent de raconter cette expérience qui les a fait se sentir en présence d’une autre forme de vie. Seul le dernier...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Au Festival d’art lyrique, le premier opéra du compositeur Ondrej Adamek est une très belle réussite.
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Aix : « Seven Stones », à marquer d’une pierre blanche

Au Festival d’art lyrique, le premier opéra du compositeur Ondrej Adamek est une très belle réussite.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 08h41
    |

                            Marie-Aude Roux (Aix-en-Provence, envoyée spéciale)








                        



                                


                            
D’ores et déjà plébiscité par le prix Fedora-Generali 2018, le premier opéra d’Ondrej Adamek, Seven Stones, commande du Festival d’Aix-en-Provence, s’avère effectivement une enthousiasmante réussite. Le projet a été profilé en 2012 au cours d’un atelier d’improvisation à l’Académie du festival, qui réunissait le compositeur tchèque (né en 1979), le metteur en scène et chorégraphe français Eric Oberdorff et le poète islandais Sjon, entre autre parolier de Björk. Quelque deux ans plus tard, Adamek mettait le point final à sa pièce, dont la présentation était annoncée à Aix pour 2016, avant que les aléas budgétaires n’obligent à en différer la réalisation.
Ecrit en anglais, le texte de Sjon retrace en flash-back le périple d’un minéralogiste collectionneur parti à la quête de la pierre originelle qui devait lapider la Femme adultère, sauvée par Jésus. De Buenos Aires à Paris, du Japon à l’Islande, l’homme rentre chez lui au terme de sept années. Il surprendra son épouse avec un étranger et la tuera d’une pierre avant de réaliser que l’homme qu’il n’a pas reconnu est son propre fils.
Partition puissante et jouissive
Un chœur de douze chanteurs, armé de quatre solistes, se partage personnages et récits dans une écriture singulière qui floutent les frontières entre texte et corps, voix et instruments. L’instrumentarium lui-même intègre de nombreux objets sonores – cordes hybridées et percussions ouvertes à tous les jeux –, enveloppant chaque scène de « climats » inouïs. Une partition puissante et jouissive, dont la liberté joyeuse et iconoclaste s’empare des musiques de tous styles, origines et époques confondus. Evoque sur le mode incantatoire les jeux vocaux et le travail sur les phonèmes d’un Sciarrino, d’un Aperghis ou d’un Cage, importe tango argentin, mambo, gospel, gagaku et pansori coréen, créant même un délicieux pastiche de musique sacrée baroque (la parabole de la Femme adultère). Adamek sait toutes les cuisines mais ne passe pas les plats.
Opéra...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ La Fondation Beyeler réunit les deux artistes dans une exposition qui met en évidence leurs points communs.
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Giacometti et Bacon, tout en tension et en intensité

La Fondation Beyeler réunit les deux artistes dans une exposition qui met en évidence leurs points communs.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 08h25
    |

            Harry Bellet (Bâle (Suisse)








                        



                                


                            

Il existe à Bâle une des plus belles collections particulières d’art moderne en ­Europe. Elle a été constituée par une femme, Esther Grether, qui l’abritait dans une ancienne usine installée au centre de la cité, d’environ 3 000 m2, où elle vivait entourée de ses œuvres. Parmi lesquelles des sculptures ­d’Alberto Giacometti et au moins cinq tableaux de Francis Bacon, dont trois triptyques. Elle les avait disposés de telle manière que les grands hommes debout du ­premier regardent les corps ­torturés peints par le second. L’un de ses triptyques est prêté à la Fondation ­Beyeler, à Riehen, où, comme chez Esther Grether, il poursuit un dialogue avec les bronzes de Giacometti.
A Riehen, ceux-ci proviennent essentiellement de la Fondation Giacometti, qui vient d’ouvrir un institut à Paris au 5, rue Victor-Schœlcher, dans le 14e arrondissement. Les Bacon, eux, viennent d’un peu partout. Ernst Beyeler, le galeriste à l’origine de la fondation qui porte son nom, en possédait quelques-uns lui-même (Lying Figure, de 1969, qui appartient aujourd’hui à la fondation, était considéré par Bacon comme une de ses meilleures œuvres), en vendit plus encore, une bonne quarantaine.
Il exposa aussi ­Giacometti (la fondation ­conserve un ensemble complet des œuvres exécutées pourla tour Chase Manhattan Plaza à New York), mais, là, il en négocia au moins trois cent cinquante ! Toutefois, les deux artistes se connaissaient bien avant leur passage chez Beyeler, et s’appréciaient : « C’est l’homme qui m’a influencé plus que quiconque », ­disait Bacon de Giacometti. Celui-ci n’étant que de huit ans son aîné, l’aveu prend toute sa saveur.
Bacon et Giacometti avaient plusieurs points communs, outre une capacité d’absorption alcoolique plutôt rare, notamment être hors des courants de leur époque
Ils avaient plusieurs points communs, outre une capacité d’absorption alcoolique plutôt rare. Le premier, c’était d’être hors des courants...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ La réalisation tout en transparence d’Ellen van Loon s’inscrit dans la politique de réhabilitation des docks.
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Architecture : à Copenhague, un « Blox » de loisirs sur le port

La réalisation tout en transparence d’Ellen van Loon s’inscrit dans la politique de réhabilitation des docks.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 08h12
    |

            Isabelle Regnier








                        



                                


                            

Quand on jette un pavé dans la mare, il faut s’attendre à recevoir des éclaboussures. Le bâtiment aux allures de Space Invader qui joint désormais les rives des anciens docks de Copenhague à la place piétonne formée par la rue Bryghus, enjambant sans façon la route qui les sépare et creusant au-dessous un passage souterrain, n’est pas du goût de tout le monde. La froideur anguleuse de son enveloppe de verre, la couleur, vert d’eau, qui tranche avec les ocres et les jaunes de la ville, l’agencement de ses espaces intérieurs en blocs déstructurés, tout en transparence, sont autant de partis pris provocateurs. Fin mai, au moment de l’inauguration, ils ont valu à son architecte, Ellen van Loon, associée de Rem Koolhaas au sein de l’Office for Metropolitan Architecture (OMA), un accueil critique des plus frais.

Le « Blox », comme il a été baptisé, complète la collection printemps-été 2018 de l’OMA : la Lafayette Anticipations – Fondation d’entreprise Galeries Lafayette, à Paris, l’extension de la Fondation Prada de Milan et la Bibliothèque nationale du Qatar. Ce bâtiment, dont les 25 000 m2 se ventilent entre le Centre d’architecture du Danemark (DAC), des espaces de bureaux, une salle de gym, un restaurant, un café, des logements, un atelier de réparation de vélos, des terrasses à vue panoramique, un terrain de jeu pour enfants greffé sur une façade et un parking futuriste en sous-sol, s’inscrit dans une politique de réhabilitation (et de piétonnisation) du port.
De friche plus ou moins insalubre, cette ancienne zone industrielle s’est muée, en une quinzaine d’années, en pôle de loisirs et de culture plébiscité par les habitants, qui se baignent allègrement dans ses eaux dépolluées. Sont sortis de terre, de part et d’autre du canal, l’extension de la splendide Bibliothèque nationale (1999, conçue par Schmidt Hammer Lassen), l’Opéra (2005, Henning Larsen), le Théâtre national (2008, Lundgaard et Tranberg).
Laboratoire d’expérimentations
Dans...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Le cinéaste américain explique comment il a tourné son nouveau film, « Paranoïa », en innovant technologiquement.
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Steven Soderbergh « libéré » par les smartphones

Le cinéaste américain explique comment il a tourné son nouveau film, « Paranoïa », en innovant technologiquement.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 07h30
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                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

Lorsque Steven Soderbergh adopta la caméra numérique (d’abord pour le film expérimental Bubble, en 2005, puis pour toutes ses productions à partir de Che), il se fit le prosélyte des nouvelles images avec d’autant plus de conviction que le réalisateur est son propre chef opérateur (sous le pseudonyme de Peter Andrews). Au terme de sa « retraite » du cinéma entre 2013 et 2017, il fournit de nouveau les salles en produits originaux : après Logan Lucky, film de casse sudiste destiné aux Etats républicains, il a présenté à la Berlinale Paranoïa, un thriller sur le plateau duquel la vedette – Claire Foy, interprète du rôle d’Elizabeth II dans la série The Crown – était filmée par des téléphones portables. C’est à cette occasion que cet entretien a été réalisé.

Avez-vous décidé soudainement de tourner un film avec des téléphones ?
Voilà des années que j’expérimente avec les caméras des téléphones, que j’amasse des matériaux. J’avais très envie de réaliser un projet avec cette technologie. James Greer, un scénariste avec qui j’ai travaillé sur deux projets qui n’ont pas vu le jour, m’a appelé il y a un an, en janvier [2017] et m’a demandé du travail. Je lui ai répondu que je n’avais rien pour lui. Mais que s’il écrivait un film d’horreur à petit budget, je le tournerais en juin. Il a pris ça comme un défi, a contacté son coscénariste, Jonathan Bernstein, et, trois mois plus tard, j’avais le scénario. C’est tellement agréable de trouver un projet qu’on peut mener à bien en toute autonomie, sans avoir à discuter avec qui que ce soit.
Quel type d’appareil avez-vous utilisé ?
iPhone 7 Plus.
En tant que chef opérateur, comment avez-vous ressenti ce changement ?
Comme une libération. Un grand débat philosophique s’est engagé dans le monde de la prise de vue cinématographique. Au fur et à mesure...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Avec ce thriller filmé dans une institution psychiatrique, Steven Soderbergh ne convainc qu’à moitié.
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« Paranoïa » : un huis clos horrifique, expérimental et téléphoné

Avec ce thriller filmé dans une institution psychiatrique, Steven Soderbergh ne convainc qu’à moitié.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 07h29
 • Mis à jour le
11.07.2018 à 07h31
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Les amateurs de cinéma connaissent la rage discrète mais laborieuse de Steven Soderbergh. Y a-t-il un genre qui ait échappé à la visite de ce cinéaste gourmand et pressé, alternant films indépendants et cinéma de studio, expérimentation et amour du classicisme ? Depuis sa décision, un peu à l’emporte-pièce, de se retirer des voitures cinématographiques en raison du durcissement du système de financement, il a signé avec The Knick (diffusée sur Cinemax en 2014) une série télévisée admirable et jouissive sur les débuts épiques de la chirurgie moderne à New York, et s’est rapidement persuadé de l’inanité de son retrait en revenant au cinéma. Décision qui a ravi ses admirateurs, mais qui se solde pour l’heure par un résultat mitigé.

        Lire l’entretien :
         

          Steven Soderbergh « libéré » par les smartphones



Logan Lucky (2017) fut ainsi une comédie d’action relativement pataude, tandis que Paranoïa se révèle, aujourd’hui, un film qui ne convainc qu’à moitié. Ce thriller horrifique nous conduit entre les quatre murs d’une institution psychiatrique privée, où la jeune Sawyer (Claire Foy) se trouve enfermée contre sa volonté, après avoir consulté une psychologue pour s’ouvrir de son sentiment d’être la proie d’un harceleur.
Suspense manipulateur
Plusieurs lignes se mêlent. Le dossier social prisé par l’auteur, avec le scandale des institutions privées psychiatriques qui enferment des patients pour tirer profit de l’argent de leur assurance. Le suspense manipulateur, qui fait osciller le spectateur entre l’hypothèse de la folie du personnage et la réalité de sa persécution. Le film d’horreur avec possible psychopathe maléfique à l’intelligence supérieure. Enfin le film expérimental, avec une œuvre tournée en huis clos au téléphone portable, source d’une sorte d’expressionnisme documentaire destiné à exacerber l’impression de confinement et de perte des repères.
L’ensemble, dirigé, photographié et monté par l’auteur en un temps record, laisse sur sa faim. Faisant de l’esprit série B (vite fait, bien fait, pour presque rien et trouvant dans cette économie l’impureté nécessaire à sa réussite), Paranoïa semble vouloir conjoindre L’Antre de la folie (1948), de Budd Boetticher, au Projet Blair Witch (1999), de Daniel Myrick et Eduardo Sanchez. Il n’en demeure pas moins très en deçà de la tension que peuvent procurer non seulement ces deux films, mais a fortiori ces chefs-d’œuvre de la terreur psychiatrique que sont Shock Corridor (1963), de Samuel Fuller, ou Shutter Island (2010), de Martin Scorsese.
L’utilité de l’expérimentation demande à être interrogée
Il n’est pas certain, par ailleurs, que la distorsion formelle du film, supposée traduire la confusion mentale des personnages, ni même que l’exploit d’un tournage dans un espace aussi exigu qu’une pièce de confinement, vaillent le prix de la laideur qui en résulte. L’utilité de l’expérimentation demande à être interrogée. Il est en revanche un point sur lequel le film alerte la conscience du spectateur et s’accorde à notre époque, c’est évidemment celui de la reconnaissance du statut des femmes victimes de harcèlement, voire de prédation sexuelle, et des conséquences insoupçonnées qui s’ensuivent sur la psyché féminine.

Film américain de Steven Soderbergh. Avec Claire Foy, Joshua Leonard, Amy Irving (1 h 38). Sur le Web : www.foxfrance.com/paranoia-lefilm



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Matteo Garrone met en scène une fable macabre dont le héros est un toiletteur pour chiens romain, joué par Marcello Fonte.
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« Dogman » : un violent et singulier carnaval

Matteo Garrone met en scène une fable macabre dont le héros est un toiletteur pour chiens romain, joué par Marcello Fonte.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 07h28
 • Mis à jour le
11.07.2018 à 07h45
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Un danger menace le cinéma de Matteo Garrone, celui d’une certaine complaisance dans la peinture de figures plus grotesques que nature, d’une humanité dont la monstruosité folklorique désamorcerait la crédibilité et la sincérité d’un propos déterminé par l’alliage de situations familières, ou du moins réalistes, avec un certain baroque carnavalesque.

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes :
         

          « Dogman », farce macabre à l’italienne



Le précédent film du cinéaste, Tale of Tales (2015), avait marqué les limites d’une recette qui s’était laissé absorber par un goût faisandé pour l’abstraction fantaisiste de l’enluminure. Alors que les voyous napolitains de Gomorra (2008) ou la famille prolétarienne et naïve de Reality (2012) étaientparvenus à une forme d’authenticité que ne menaçaient pas certaines outrances. Pour cela, le cinéaste a mis au point un style particulier. Une manière de rendre « naturel » ce qui semble parfois excéder toute nature. En immergeant sa caméra, souvent portée à l’épaule, au cœur des scènes, en optant pour l’illusion d’une captation des aléas d’une vie marginale, Matteo Garrone a su concilier banalité et théâtralité farcesque. Dogman retrouve donc, avec un certain bonheur, cette veine.
Le film est tiré d’un fait divers réel de la fin des années 1980
La réussite du nouveau film de Matteo Garrone tient, en effet, dans cet équilibre délicat, cette manière de faire croire à une nature grotesque, mais non irréaliste, de la vie elle-même. Le film est tiré d’un fait divers réel de la fin des années 1980 dont le déroulement fut, paraît-il, encore plus horrible que sa transposition cinématographique.

        Lire le portrait :
         

          Marcello Fonte, une vie d’homme et de chien errant



Dans une banlieue oubliée du sud de Rome, Marcello, timide et chétif toiletteur pour chiens, revendeur de drogue pour arrondir ses fins de mois, doit subir les humeurs, les violences, le chantage affectif tout autant que la brutalité physique, de Simoncino, récemment sorti de prison, entraînant régulièrement le malheureux dans des ennuis qui lui vaudront plusieurs mois de prison. Comment échapper à l’emprise et à la violence d’un barbare qui empoisonne l’existence de la petite communauté de banlieusards paupérisés caractérisant l’environnement des deux hommes, communauté dont l’existence semble parfois tenir de la survie ?

   


Une parabole politique
Une des qualités du film de Matteo Garrone réside, tout d’abord, dans la façon dont il évite les conventions du film de genre. Certes, Dogman pourrait être assimilé, si on le réduisait à la seule structure de son récit, à un film de vengeance au terme duquel le héros obtiendrait, par la violence, un soulagement et une rétribution que le spectateur, mis en condition durant une heure trente parce qu’il a assisté au calvaire de Marcello, aurait appelés de ses vœux. Mais cette issue, catharsis finale longtemps désirée, ne sera toutefois qu’une manière de continuer l’abjection du présent, l’horreur comme dernier recours d’un faible face à la force. Un échec peut-être et du moins une action qui laissera le protagoniste, à l’aube, sur son coin de plage sordide, encore plus seul, comme écarté désormais de l’humanité elle-même.
On a pu voir dans le film de Matteo Garrone une parabole politique – Simoncino incarnant le retour d’une barbarie venue du passé pour se nourrir, tout en les accroissant, de l’angoisse et du désarroi engendrés par la crise économique et morale de la société italienne en particulier, de l’Europe en général. Dogman réussit aussi le miracle de transporter le spectateur au cœur d’un univers où, à la vérité d’une approche sociologique et anthropologique, se mêle l’artificialité d’un singulier carnaval humain et animal. La farce y est donc inséparable de la tragédie. Il est raisonnable de penser que la formidable performance de Marcello Fonte (prix d’interprétation au Festival de Cannes) y a largement contribué.

        Lire l’enquête :
         

          A Cannes, une renaissance italienne




Film italien de Matteo Garrone. Avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Alida Baldari (1 h 42). Sur le Web : www.le-pacte.com/france/prochainement/detail/dogman



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Julien Faraut utilise habilement les archives de Roland-Garros pour restituer toute la grandeur du tennisman américain.
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« John McEnroe, l’empire de la perfection » : la geste et les gestes d’un gaucher rageur et génial

Julien Faraut utilise habilement les archives de Roland-Garros pour restituer toute la grandeur du tennisman américain.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 07h26
 • Mis à jour le
11.07.2018 à 07h45
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Petite séquence cinématographique avec le gaucher le plus rageur, et sans doute le plus génial, de l’histoire du tennis mondial, John McEnroe. En novembre 2017 sortait Borg/McEnroe, de Janus Metz Pedersen, reconstitution fictionnelle de la finale qui opposa les deux légendes en 1980 à Wimbledon. Psychologie plan-plan (allons donc chercher dans l’enfance des deux champions le secret de leur tennis) relevée par le grain de folie de Shia Labeouf dans la peau de McEnroe.
Rien de tel dans John McEnroe, l’empire de la perfection, de Julien Faraut. Ici, du « found footage » (« réemploi d’archives »), de l’expérimentation, du montage, de l’essai cinématographique, autour du joueur décortiqué en vedette américaine. Passionné de sport et de cinéma, Faraut trouve un travail qui lui convient au petit poil dans les services des archives audiovisuelles de l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep).
Gil de Kermadec, directeur technique national du tennis français, a filmé les champions, de 1977 à 1985, à chaque tournoi de Roland-Garros
Parmi les 2 500 boîtes qui traînent, il tombe sur un film consacré à McEnroe, ainsi que sur la série de rushes qui l’accompagnent. Auteur de ces prises de vues réalisées durant les matches de Roland-Garros, Gil de Kermadec, directeur technique national du tennis français, passionné de pédagogie, rêvant de trouver le Graal de la perfection en filmant les gestes, tel Etienne-Jules Marey cherchant à travers la chronophotographie le secret du mouvement. Débutant par des films d’initiation à mourir d’ennui (démonstrations de gestes au ralenti), il change rapidement sa caméra d’épaule et se met à filmer les champions, de 1977 à 1985, à chaque tournoi, dans l’espoir de percer le secret de leur jeu.
Combat contre lui-même
Le film sur McEnroe est le dernier de la série, qui fait l’objet de tous les soins de Julien Faraut. Le mêlant aux rushes qui en ont été écartés, le réalisateur en pétrit la matière par le montage. Répétition, ralentis, réverbération, voix off, rock lourd. On y reconnaît le sale gosse perfectionniste du tennis des eighties : service dos au filet, art fulgurant du service-volée, jets de raquette, récriminations lancinantes, insultes diverses. L’essentiel n’est pas là. Il tient dans le mystère du combat que mène le sportif contre lui-même. Dans l’incertitude terrible qui en découle – telle cette défaite surprenante contre Lendl en finale de Roland-Garros en 1984 – gît toute la magie, toute la passion, toute la grandeur de ce spectacle.
D’où que Jean-Luc Godard et le critique Serge Daney, deux figures du cinéma qui ont parlé dans leurs écrits du tennis, soient ici convoquées. Sous une plume alerte et déphasée, Daney avait chroniqué régulièrement le tennis dans Libération ; un livre en a même été tiré (L’Amateur de tennis, P.O.L, 1994). McEnroe y est défini comme le joueur dont l’hostilité du monde à son égard, qu’il n’aime rien tant que provoquer, « est sa drogue ». Et de cette sanglante arène, quand le demi-dieu payant tribut à la perfection tennistique ne sort pas vainqueur, voyez aussitôt l’enfant boudeur qui réapparaît.

Documentaire français de Julien Faraut (1 h 30). Sur le Web : www.ufo-distribution.com/movie/lempire-de-la-perfection



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Palme d’or à Cannes en 1983, le film de Shohei Imamura revient en salle en version restaurée.
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Reprise : « La Ballade de Narayama », l’humanité primitive

Palme d’or à Cannes en 1983, le film de Shohei Imamura revient en salle en version restaurée.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 07h24
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


Pour fêter ses 35 ans, La Ballade de Narayama (1983) refait surface en copies flambant neuves. S’il reste le film le plus célèbre de Shohei Imamura (1926-2006), c’est sans doute pour avoir remporté la Palme d’or, qui a valu à son auteur, alors âgé de 57 ans, d’acquérir une stature internationale (il la confirmera avec une deuxième Palme en 1997 pour L’Anguille, ex aequo avec Le Goût de la cerise, d’Abbas Kiarostami). Reconnaissance méritée pour ce cinéaste original et frondeur, issu de la Nouvelle Vague japonaise.
La Ballade de Narayama est la seconde adaptation japonaise d’une nouvelle de Shichirō Fukazawa (1914-1987), après la version, fortement imprégnée de théâtre kabuki, qu’en avait tirée le prolifique Keisuke Kinoshita, en 1958. Imamura en reprend donc la trame, située dans une petite communauté villageoise à l’extrême nord du Japon, à la fin de l’ère Edo (deuxième moitié du XIXe siècle). Celle-ci tourne autour d’un personnage de grand-mère, Orin (Sumiko Sakamoto), atteignant l’âge avancé pendant lequel elle doit accomplir le rite funéraire traditionnel : gravir le mont Narayama sur les épaules de son fils aîné, pour y finir ses jours livrée aux éléments et à la divinité des lieux.
Le film qu’en tire Imamura, cinéaste résolument moderne, s’oppose en tout point au classicisme de Kinoshita, qui exaltait la piété filiale et le respect des traditions. Au contraire, Imamura perpétue sa vision décapante et désacralisée d’une humanité primitive (comme dans Profonds désirs des dieux, 1968) qu’il se plaisait à saisir « par le bas du corps », à ras d’instincts et de pulsions.
Histoire naturelle
La première partie du film se penche surtout sur la vie quotidienne du village, au fil des saisons et des travaux qui les rythment. Dès les premières images, qui survolent les chaînes de montagne enneigées, Immamura souligne l’isolement de cette petite communauté agricole, éloignée des évolutions du monde, puis décrit par le détail la rudesse et la ténuité de ses conditions d’existence. En se focalisant sur la famille d’Orin (ses fils, petits-fils et brus) et ses relations avec le voisinage, Imamura en résume les nécessités : la survie, qui se mesure en bouches à nourrir, et la perpétuation du clan, qui régule les rapports entre les sexes.
Nécessités qui semblent justifier un enchaînement de situations scabreuses, potentiellement choquantes : nourrissons jetés aux rizières, exécution d’une famille de voleurs enterrés vivants, zoophilie et gérontophilie… Mais la beauté du film est d’exempter ces actes, apparemment révoltants, de toute considération morale, pour les restituer au sein d’un ordre naturel primitif, où les cycles de vie et de mort s’abordent frontalement, sans hypocrisie. C’est pourquoi des vues animales – serpents, rongeurs, rapaces, poules, lapins – s’insèrent entre les scènes de la vie humaine, résonnent ou riment avec elles : pour Imamura, l’homme partage la même histoire naturelle que celle des animaux.
Le film chemine, avec trivialité et détachement, vers son apothéose : l’ascension du mont Narayama
Le film chemine ainsi, avec trivialité et détachement, vers son apothéose : l’ascension du mont Narayama, à l’occasion d’une séquence magnifique et quasiment muette – le rituel interdit de prononcer un mot. Orin, portée par son fils Tatsuhei (le formidable Ken Ogata), s’élève vers sa propre mort, dans des hauteurs escarpées envahies d’une brume automnale et spectrale.
Imamura aurait pu dénoncer facilement la barbarie du rite, mais choisit de faire naître, en son point culminant, une émotion spécifiquement humaine : Tatsuhei éprouvant le besoin d’étreindre une dernière fois sa vieille mère, au moment de l’abandonner au milieu d’un cimetière d’ossements, cerné par les corbeaux. Le rite au summum de sa cruauté (laisser mourir un aïeul dans la nature) coïncide curieusement avec l’effusion inattendue d’un sentiment. Le seul à pousser comme une fleur sauvage sur le granit insécable de la vie primitive.

Film japonais de Shohei Imamura (1983). Avec Ken Ogata, Sumiko Sakamoto, Takejo Aki, Tonpei Hidari, Seiji Kurasaki (2 h 10). Sur le Web : www.larabbia.com/films/la-ballade-de-narayama et www.les-bookmakers.com/films/la-ballade-de-narayama



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ A mi-chemin entre film d’action et film-catastrophe, le long-métrage du réalisateur Rawson Marshall Thurber n’évite aucun des clichés du genre.
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« Skyscraper » : Dwayne Johnson en héros rédempteur

A mi-chemin entre film d’action et film-catastrophe, le long-métrage du réalisateur Rawson Marshall Thurber n’évite aucun des clichés du genre.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 07h22
 • Mis à jour le
11.07.2018 à 07h23
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Un ancien agent du FBI, gravement blessé autrefois au cours d’une opération (il a une jambe artificielle), est chargé d’un audit sur la sécurité d’un gigantesque gratte-ciel de Hongkong construit par un milliardaire chinois mégalomane. Ce qu’il ignore, c’est qu’on lui a confié cette mission pour s’emparer du système informatique régissant la vie de l’immeuble et permettre à un commando de malfrats d’incendier le dit immeuble afin de récupérer une sorte de gigantesque clef USB contenant des données secrètes dont il faut bien dire que l’on se moque un peu. Le héros du film va tenter de sauver sa famille prisonnière du bâtiment en flammes tout en neutralisant les truands surarmés.
Esthétique du dessin animé
Skyscraper n’évite aucun des clichés du film d’action rédempteur et familialiste croisé ici avec les conventions du film-catastrophe. Le développement des effets spéciaux numériques permet la monstration d’exploits humains totalement extravagants et rapproche encore davantage ce type de films de l’esthétique du dessin animé.

Film américain de Rawson Marshall Thurber. Avec Dwayne Johnson, Neve Campbell, Chin Han (1 h 42). Sur le Web : www.skyscraper-lefilm.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Le film de Christopher Radcliff et Lauren Wolkstein adopte la structure d’un « road movie » associée au mystère du suspens.
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« The Strange Ones » : une odyssée existentielle

Le film de Christopher Radcliff et Lauren Wolkstein adopte la structure d’un « road movie » associée au mystère du suspens.



Le Monde
 |    11.07.2018 à 07h21
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Un homme et un jeune garçon sillonnent les routes dans leur voiture, filant vers une destination inconnue, à moins qu’ils ne cherchent à se protéger d’une éventuelle et indicible menace. The Strange Ones adopte la structure d’un « road movie » auquel serait associé le mystère d’un suspens entretenu par le mutisme des deux principaux protagonistes. Quels liens unissent les personnages ? D’où vient la possessivité jalouse exprimée par le gamin qui empêche une éventuelle rencontre amoureuse entre son compagnon de voyage et la jeune et attrayante tenancière d’un motel ? Quelle est la nature du danger qui les guette ?
Opacité dérangeante
Les cinéastes s’amusent ainsi à déstabiliser le spectateur et à cultiver une opacité, parfois dérangeante, qui vise à transformer ce périple en odyssée existentielle. Jusqu’à ce que le mystère se résolve en partie, à la faveur d’un retour en arrière, et que le dévoilement progressif de la vérité appauvrisse un peu, in fine, cette attachante tentative.

Film américain de Christopher Radcliff et Lauren Wolkstein. Avec Alex Pettyfer, James Freedson-Jackson, Emily Althaus (1 h 21). Sur le Web : www.epicentrefilms.com/The-Strange-Ones-Christopher-Radcliff-et-Lauren-Wolkstein



                            


                        

                        

