<FILE-date="2018/07/08/21">

<article-nb="2018/07/08/21-1">
<filnamedate="20180708"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180708"><AAMMJJHH="2018070821">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Créée en 1998, la série d’animation japonaise « Cowboy Bebop » fête ses vingt ans. C’est l’occasion d’analyser son générique culte avec son réalisateur iconoclaste Shinichiro Watanabe.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ 
<article-nb="2018/07/08/21-2">
<filnamedate="20180708"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180708"><AAMMJJHH="2018070821">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ De passage à la Japan Expo pour célébrer les vingt ans de sa série animée culte, le réalisateur japonais est revenu sur l’importance du mélange des genres et de la musique dans son œuvre.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤                     
                                                

Shinichiro Watanabe : « Si on avait mis de la musique de John Williams sur “Cowboy Bebop”, l’œuvre aurait été banale »

De passage à la Japan Expo pour célébrer les vingt ans de sa série animée culte, le réalisateur japonais est revenu sur l’importance du mélange des genres et de la musique dans son œuvre.



Le Monde
 |    08.07.2018 à 15h52
    |

            Pierre Trouvé (Propos recueillis par) et 
Pauline Croquet








                        



   


A l’image de ses héros Spike ou Mugen, Shinichiro Watanabe a la gâchette verbale facile et un air parfois blasé. Mais il suffit de lui parler de musique ou de cinéma pour voir le regard du réalisateur japonais pétiller. Habitué des conventions de pop culture en France, sa venue à la Japan Expo qui se tient jusqu’au dimanche 8 juillet au parc des expositions de Villepinte revêtait, cette fois, un caractère particulier.
En compagnie de toute son équipe, le cinéaste est venu célébrer les vingt ans de Cowboy Bebop, sa première grande série, un western-space opera, mâtiné de jazz et de blues, devenu l’une des œuvres de référence de l’animation des années 1990. Un anime qui va consacrer aussi le style Watanabe : prendre des univers classiques de l’animation pour les retordre à la lumière d’un autre genre. Il revisite ainsi les aventures de chasseurs de primes avec des vaisseaux spatiaux dans Cowboy Bebop, le crépuscule de l’époque des samouraïs avec la culture hip-hop dans Samurai Champloo, ou encore se fait épauler par la compositrice Yoko Kanno pour donner de l’envergure et une bande-son jazz à l’adaptation du manga romantique Kids on Slope. Rencontre.
 « Cowboy Bebop » a vingt ans cette année. Quel a été le chemin que vous avez parcouru depuis cette série ? Que vous a permis son succès ?
Ce n’est pas quelque chose qui se limite à moi, mais quand on réalise une œuvre qui marche, on nous demande souvent par la suite de reproduire la même chose. J’ai eu beaucoup de propositions de Cowboy Bebop 2, et j’ai fait beaucoup d’efforts pour les refuser. A force de faire toujours le même genre d’œuvres, le travail créatif peut s’avérer par la suite de moins en moins intéressant. D’où l’idée de toujours tenter quelque chose de différent. En gardant ce principe, je pense pouvoir faire en sorte que mes œuvres restent fraîches. Mais j’admets que le succès de Cowboy Bebop m’a facilité les choses. Par exemple, pour ma série suivante, Samurai Champloo, j’ai eu carte blanche. C’était très agréable.
Plusieurs de vos œuvres sont des combinaisons, des mélanges de styles, de registres. Est-ce une façon pour vous de bousculer l’ordre établi, les codes de l’animation ?
Il y a un peu de ça. C’est-à-dire que faire un dessin animé où il y a seulement de l’action, de la SF ou du chanbara [genre tournant autour de combats à l’épée], ce n’est pas forcément très intéressant. Dans Cowboy Bebop, nous avons eu recours à de la musique blues sur de la SF ; cela n’avait jamais été utilisé, et cela lui a donné une ambiance particulièrement originale. Si on avait mis de la musique de John Williams sur Cowboy Bebop, je pense que l’œuvre aurait été très banale.
On retient le western ou l’espace dans « Cowboy Bebop », le chanbara pour « Samurai Champloo », mais il semblerait que le polar traverse votre travail…
Ce genre d’effet stylistique n’est pas vraiment conscient. Hayao Miyazaki ne se dit pas « je vais faire un film Miyazaki », le style sort tout seul. Pour mon travail, l’influence du cinéma ne peut pas être niée. Il y a aussi celle de beaucoup de romans comme ceux de Raymond Chandler, ou les polars japonais.
Polar, espace, thriller, samouraïs, rien n’a l’air de vous résister. Y a-t-il un univers ou un style auquel vous ne voulez pas vous frotter et pourquoi ?
Il existe encore beaucoup de genres auxquels je ne me suis pas attaqué et, franchement, j’espère pouvoir tous les faire avant de mourir.
Vous avez réalisé l’année dernière un court-métrage d’animation pour faire la jonction entre les deux films « Blade Runner ». Est-ce que ça n’a pas été trop compliqué ou frustrant de travailler sur un univers calibré à l’avance ?
Je suis un très grand fan du film original Blade Runner, c’est une œuvre qui m’a énormément influencé et j’ai pu rentrer facilement dans cet univers. Au contraire, j’ai fait très attention à maintenir l’univers Blade Runner, tout en réussissant à insérer mon style. Denis Villeneuve [réalisateur de Blade Runner 2049] ne m’a pas vraiment passé de consigne. De toute façon, à la base Ridley Scott lui avait dit : « fais ce que tu veux. »

La musique occupe une place prépondérante dans vos œuvres et vous êtes un grand fan de jazz. Est-ce qu’un bon anime doit absolument avoir une bande-son ?
Tout à fait. L’image peut être excellente, mais si la musique n’est pas bonne, ce sera très dur à regarder. Je ne suis pas fixé sur un style mais, par contre, quand c’est cheap, ça rabaisse énormément le rendu final. Donc peut importe le style pourvu que ce soit de très bonne qualité. Je suis d’ailleurs régulièrement producteur de bandes-son d’animes, pas seulement sur mes œuvres, parce que j’aimerais vraiment que la production de musiques d’anime s’améliore.
Quelle partition ou artiste aimeriez-vous mettre en images ?
Quand j’étais enfant, j’ai été très marqué par le groupe japonais Yellow Magic Orchestra [groupe célèbre des années 1980 fondé par Ryuichi Sakamoto], et je rêverais de pouvoir collaborer avec eux, d’avoir leur musique dans un de mes projets. Si vous les rencontrez, faites leur passer le message.

Dans « Terror in Resonance », diffusée en 2014, vous semblez très critique envers le pouvoir et l’Etat. C’est aussi le cas dans « Samurai Champloo », dans lequel les gouvernants sont corrompus. Vous méfiez-vous de la politique et de l’ordre établi ?
Je n’aime pas vraiment tout ce qui est autorité ou état policier, ni tout ce qui entrave la liberté individuelle, cela ressort donc naturellement. Je pense que sur ce point, avec leur histoire, les Français peuvent comprendre mon point de vue.
« Terror in Resonance » aborde la question du terrorisme, avec une empathie pour les deux adolescents poseurs de bombes. N’est-il pas trop délicat d’aborder ce sujet à notre époque ?
C’était un sujet très délicat et il a été difficile de trouver un diffuseur. Cela a pris cinq ans entre la naissance du projet et le début de la production. On me dit souvent que le thème central est le terrorisme, mais je vous invite à regarder la série une nouvelle fois. La série se déroule dans ce cadre, mais il s’agit d’autre chose. Ce n’est pas vraiment une œuvre pour soutenir le terrorisme, mais sur l’idée que les gens dont l’existence est effacée par l’Etat peuvent s’exprimer. L’idée n’est pas de dire aux spectateurs « soyons tous terroristes ».
Sur les problèmes sociaux qui sont évoqués dans Terror in Resonance, les jeunes sont de nos jours complètement indifférents à ce genre de sujet, et c’est une très mauvaise chose. Avec cette série, je souhaitais qu’ils prennent conscience des différents problèmes évoqués, mais je n’avais aucunement l’intention d’imposer une idée.

        Lire aussi :
         

                « Terror in Resonance » : le terrorisme pour les nuls



Une grande partie de vos personnages sont des hors-la-loi au grand cœur. Le bien ne vient pas forcément du pouvoir établi, mais des gens qui s’en affranchissent. C’est un message qui vous tient à cœur ?
Pas vraiment, je dirais que c’est plutôt moi qui me projette. il y a un côté très hors la loi chez les animateurs au Japon…
Vous êtes un cow-boy de l’animation, quelque part ?
C’est à peu près ça (rires).



                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/08/21-3">
<filnamedate="20180708"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180708"><AAMMJJHH="2018070821">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Dans une lettre ouverte, l’actrice française proteste contre l’exclusion de son mari, Roman Polanski, de l’Académie, « pour satisfaire l’air du temps ».
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 07/07/2018
Découvrir l’application


                        

En signe de protestation, Emmanuelle Seigner refuse de rejoindre l’Académie des Oscars

Dans une lettre ouverte, l’actrice française proteste contre l’exclusion de son mari, Roman Polanski, de l’Académie, « pour satisfaire l’air du temps ».



Le Monde
 |    08.07.2018 à 04h47
 • Mis à jour le
08.07.2018 à 10h13
   





                        



   


Dénonçant une « amnésie » et une « insupportable hypocrisie », l’actrice française Emmanuelle Seigner annonce, dans une lettre ouverte publiée par Le Journal du dimanche du 8 juillet, son refus de rejoindre l’Académie des Oscars. Une décision prise en protestation à l’exclusion par cette organisation de son mari, le réalisateur Roman Polanski.
« L’Académie américaine des arts et des sciences du cinéma me propose de la rejoindre, en compagnie d’autres actrices, au nom d’une féminisation par ailleurs nécessaire. Qui peut croire que je ne me sente pas concernée par l’égalité des femmes et des hommes ? »
« Féministe, je le suis depuis toujours, mais comment puis-je faire semblant d’ignorer que l’Académie, il y a quelques semaines, a mis à la porte mon mari, Roman Polanski, pour satisfaire l’air du temps. La même Académie l’avait récompensé de l’Oscar du meilleur réalisateur pour Le Pianiste en 2003. Curieuse amnésie ! », poursuit-elle.

        Lire aussi :
         

                Après les critiques, l’Académie des Oscars continue à s’ouvrir à la diversité



« Cette Académie pense probablement que je suis une actrice suffisamment arriviste, sans caractère, pour oublier qu’elle est mariée depuis vingt-neuf ans avec l’un des plus grands metteurs en scène. Je l’aime, c’est mon époux, le père de mes enfants. On le rejette comme un paria et d’invisibles académiciens pensent que je pourrais “monter les marches de la gloire” dans son dos ? Insupportable hypocrisie ! », dénonce-t-elle.
Une « caricature machiste » de son époux
Qualifiant cette proposition d’« injurieuse », elle affirme être « la seule à pouvoir témoigner à quel point il [Polanski] regrette ce qui s’est passé il y a quarante ans ». Le réalisateur a plaidé coupable en 1977 de détournement de mineure pour avoir eu une relation illégale avec une adolescente de 13 ans. Au terme d’un accord amiable, des chefs d’accusation plus graves, dont viol d’une mineure de 13 ans sous l’emprise de stupéfiants, avaient été abandonnés.
Le conseil des gouverneurs de l’Académie a annoncé le 3 mai l’expulsion de M. Polanski et du comédien déchu Bill Cosby, condamné pour agression sexuelle. La décision se conformait au nouveau code de conduite adopté par la prestigieuse institution, dans la foulée de l’affaire Harvey Weinstein.

        Lire aussi :
         

                Bill Cosby et Roman Polanski exclus de l’Académie des Oscars



« Roman n’est en rien cette caricature machiste, symptôme du mal qui ravagerait le cinéma », conclut l’actrice de 52 ans.
Après cette expulsion, l’avocat américain du cinéaste, Harland Braun, a menacé de poursuivre l’Académie, jugeant qu’elle n’avait pas respecté la procédure en l’absence d’audience préalable de son client.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/08/21-4">
<filnamedate="20180708"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180708"><AAMMJJHH="2018070821">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Auteur du plus grand documentaire sur l’extermination des juifs pendant la seconde guerre mondiale, Claude Lanzmann est mort à Paris, jeudi 5 juillet.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ 
<article-nb="2018/07/08/21-5">
<filnamedate="20180708"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180708"><AAMMJJHH="2018070821">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Le cinéma, la politique, les femmes... Claude Lanzmann, mort à Paris jeudi 5 juillet à l’âge de 92 ans, n’aimait pas la demi-mesure mais appréciait de slalomer entre différents univers.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Claude Lanzmann, un séducteur insatiable, passionnément vivant

Le cinéma, la politique, les femmes... Claude Lanzmann, mort à Paris jeudi 5 juillet à l’âge de 92 ans, n’aimait pas la demi-mesure mais appréciait de slalomer entre différents univers.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 11h31
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 11h59
    |

                            Franck Nouchi








                        



                                


                            
Peut-être faut-il commencer par sa voix. Grave. Posée. S’exprimant dans un français impeccablement, implacablement classique. Lanzmann recourait tantôt aux grognements, tantôt aux rugissements. Ours et lion à la fois, l’homme n’aimait guère la demi-mesure. Quand il aimait, c’était passionnément, quand il détestait, mieux valait ne pas se trouver sur son chemin.
Tout, chez lui, était affaire d’amour et de passion. Il aimait séduire. Il aimait aimer. Il aimait les femmes. Il aimait qu’on l’aime.

Tactile. « Ce que j’aime chez Sarkozy, nous avait-il un jour confié, c’est qu’on se touche. On ne se dit rien, ou pas grand-chose. Mais on se touche. Les bras, les mains. Et ça, c’est bien. » Lanzmann aimait « étreindre ». Il aimait enlacer, il aimait embrasser. A 80 ans passés, cinquante ­kilomètres à vélo, une baignade dans la mer du Nord en décembre, une piste noire dévalée à skis, un plongeon de 10 mètres, rien ne l’excitait davantage que l’exploit physique.
Fidèle en amitié, infidèle en amour
Serviette nouée autour du cou, il aimait manger. De la viande rouge, surtout. Il aimait les bouchers, Charcellay, Desnoyer, qui le lui rendaient bien. Il aimait boire. Chivas et bon bordeaux. Il aimait les honneurs, les discours, les décorations. Docteur honoris causa aux quatre coins du monde. A Nicolas Sarkozy, encore lui, qui lui avait remis les insignes de grand officier de l’ordre du Mérite, il avait dit en riant : « Il ne faudra pas oublier de me remettre la grand-croix. Il ne reste plus beaucoup de temps. »
Fidèle en amitié, infidèle en amour, insatiable, il aimait slalomer entre ses vies. Au point parfois de se rendre insupportable.
Passionnément de gauche, hostile aux appareils, il aimait la politique autant qu’il s’en méfiait. Fidèle à l’esprit de Sartre, il avait condamné l’intervention alliée en Libye, au risque de se fâcher avec son ami Bernard-Henri Lévy. Tonnant contre les injustices...




                        

                        


<article-nb="2018/07/08/21-6">
<filnamedate="20180708"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180708"><AAMMJJHH="2018070821">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Comment nommer l’innommable ? Le cinéaste expliquait, en 2005 au « Monde », comment il avait finalement choisi d’utiliser ce mot de Shoah pour son film qui retrace les horreurs nazies.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤                     
                                                

Claude Lanzmann, à propos de « Shoah », en 2005 : « Si j’avais pu ne pas nommer mon film, je l’aurais fait »

Comment nommer l’innommable ? Le cinéaste expliquait, en 2005 au « Monde », comment il avait finalement choisi d’utiliser ce mot de Shoah pour son film qui retrace les horreurs nazies.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 11h27
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 13h05
   





                        


VERBATIM. A l’occasion de la mort de Claude Lanzmann, nous republions un extrait de Ce mot de « Shoah », écrit par le cinéaste, paru dans Le Monde du 26 février 2005.
« (...) Au cours des onze années durant lesquelles j’ai travaillé à sa réalisation, je n’ai donc pas eu de nom pour le film. “Holocauste”, par sa connotation sacrificielle et religieuse, était irrecevable ; il avait en outre déjà été utilisé. Mais un film, pour des raisons administratives, doit avoir un titre. J’en ai tenté plusieurs, tous insatisfaisants.
La vérité est qu’il n’y avait pas de nom pour ce que je n’osais même pas alors appeler “l’événement”. Par-devers moi et comme en secret, je disais “la Chose”. C’était une façon de nommer l’innommable. Comment aurait-il pu y avoir un nom pour ce qui était absolument sans précédent dans l’histoire des hommes ? Si j’avais pu ne pas nommer mon film, je l’aurais fait.
Le mot “Shoah” s’est imposé à moi tout à la fin parce que, n’entendant pas l’hébreu, je n’en comprenais pas le sens
Le mot “Shoah” s’est imposé à moi tout à la fin parce que, n’entendant pas l’hébreu, je n’en comprenais pas le sens, ce qui était encore une façon de ne pas nommer. Mais, pour ceux qui parlent l’hébreu, “Shoah” est tout aussi inadéquat. Le terme apparaît dans la Bible à plusieurs reprises. Il signifie “catastrophe”, “destruction”, “anéantissement”, il peut s’agir d’un tremblement de terre ou d’un déluge.
Des rabbins ont arbitrairement décidé après la guerre qu’il désignerait “la Chose”. Pour moi, “Shoah” était un signifiant sans signifié, une profération brève, opaque, un mot impénétrable, infracassable, comme un noyau atomique.

        Lire aussi :
         

                « Shoah », « Sobibor », les « Quatre sœurs » : une œuvre au service de la mémoire



Quand Georges Cravenne, qui avait pris sur lui l’organisation de la première du film au Théâtre de l’Empire, m’a demandé quel était son titre, j’ai répondu : “Shoah. – Qu’est-ce que cela veut dire ? – Je ne sais pas, cela veut dire ‘Shoah’. – Mais il faut traduire, personne ne comprendra. – C’est précisément ce que je veux, que personne ne comprenne.”
Je me suis battu pour imposer “Shoah” sans savoir que je procédais ainsi à un acte radical de nomination, puisque presque aussitôt le titre du film est devenu, en de nombreuses langues, le nom même de l’événement dans son absolue singularité. Le film a été d’emblée éponyme, on s’est mis partout à dire “la Shoah”. L’identification entre le film et ce qu’il représente va si loin que des téméraires parlent de moi comme de “l’auteur de la Shoah”, ce à quoi je ne puis que répondre : “Non, moi, c’est ‘Shoah’, la Shoah, c’est Hitler.” »

        Lire aussi :
         

                Claude Lanzmann, le réalisateur de « Shoah », est mort




Retrouvez nos contenus sur la mort de Claude Lanzmann
Claude Lanzmann, le réalisateur de « Shoah », est mort : l’artiste et le savant.
« Shoah », « Sobibor », les « Quatre sœurs » : une œuvre au service de la mémoire.
Claude Lanzmann, à propos de « Shoah », en 2005 : « Si j’avais pu ne pas nommer mon film, je l’aurais fait » (8162).
« “Shoah” est contemporain d’un virage culturel opéré par les historiens » : entretien avec Johann Chapoutot, professeur d’histoire contemporaine.
Claude Lanzmann, un portraitiste hors pair.
Un cinéaste qui a fait de sa vie un roman.
Claude Lanzmann, l’héritage sartrien.
Un séducteur insatiable, passionnément vivant





                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/08/21-7">
<filnamedate="20180708"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180708"><AAMMJJHH="2018070821">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Pas d’images d’archives, aucune reconstitution, axé sur la parole des témoins directs, rescapés des camps ou nazis, et sur les paysages du crime : avec « Shoah », film titanesque, Claude Lanzmann a bouleversé son époque.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 05/07/2018
Découvrir l’application


                           
édition abonné


« Shoah », « Sobibor », les « Quatre sœurs » : une œuvre au service de la mémoire

Pas d’images d’archives, aucune reconstitution, axé sur la parole des témoins directs, rescapés des camps ou nazis, et sur les paysages du crime : avec « Shoah », film titanesque, Claude Lanzmann a bouleversé son époque.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 11h25
 • Mis à jour le
06.07.2018 à 06h43
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

Avec Shoah, documentaire sorti en 1985 et consacré à l’extermination des juifs durant la seconde guerre mondiale, Claude Lanzmann fut et restera l’auteur d’un film d’une envergure exceptionnelle dans l’histoire du cinéma comme dans celle des idées et des mentalités. Ce monument, d’emblée reconnu comme tel, a bouleversé son époque et il faut aujourd’hui rassembler ses souvenirs pour comprendre l’onde de choc qu’il a suscitée.

Premier choc : la portée historique du film, qui révèle par le détail au grand public l’existence et le processus d’un génocide partiellement occulté de la mémoire collective depuis l’après-guerre. Un lent travail de réappropriation de cette mémoire avait de fait commencé dès le début des années 1960, qu’il s’agisse de la tenue du procès Eichmann en Israël ou de la publication, aux Etats-Unis, de la somme de l’historien Raul Hilberg, La Destruction des Juifs d’Europe.
Insoutenable réalité
Deuxième choc : la manière dont le film fait soudain advenir cet événement dans sa plus insoutenable réalité, contre la dissimulation des nazis qui en ont effacé les traces, contre le pieux oubli des nations qui l’ont laissé commettre et contre la banalisation des fictions qui le remettent au goût du jour, à l’instar du célèbre feuilleton américain Holocauste (1978). Shoah, de la même manière qu’il le configure, nomme d’ailleurs l’événement, comme pour la première fois.
Troisième choc, sans lequel tout cela serait sans doute resté nul et non avenu : la radicalité esthétique du film. C’est d’abord sa dimension titanesque. Onze années de préparation, trois cents heures de pellicule tournées, neuf heures trente de projection. Un projet littéralement fou, tenu par la volonté d’un homme seul qui consacre dix années de sa vie à parcourir le monde et les archives, à rencontrer des survivants, pour tenter de donner forme à une chose qui en est, a priori, totalement dépourvue : l’annihilation industrielle...




                        

                        


<article-nb="2018/07/08/21-8">
<filnamedate="20180708"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180708"><AAMMJJHH="2018070821">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Agnès Varda croise les parcours de Pomme et Suzanne, de l’adolescence à la maturité, entre 1962 et 1976.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Reprise : « L’une chante, l’autre pas », deux femmes en lutte

Agnès Varda croise les parcours de Pomme et Suzanne, de l’adolescence à la maturité, entre 1962 et 1976.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 11h25
 • Mis à jour le
04.07.2018 à 15h59
    |

                            Mathieu Macheret








                        



                                


                            

Il en fallait, de l’intelligence et de la sensibilité, pour rendre aussi prégnants les enjeux féministes d’une époque bouillonnante – la deuxième moitié des années 1970 – sans se laisser déborder par le didactisme ou la volonté d’asséner des vérités. C’est le prodige qu’accomplissait la grande Agnès Varda avec L’une chante, l’autre pas (1977), chronique de quinze ans d’évolution du droit des femmes, qui ressort dans une copie restaurée aux couleurs resplendissantes. Prodige, car ici le discours politique n’est pas plaqué sur le récit, mais chevillé à l’existence des personnages, soudé à leurs émotions et à leur intimité les plus profondes.
Afin de témoigner de ces évolutions, le récit s’inscrit dans une perspective de temps étendue. Il retrace, entre 1962 et 1976, les parcours croisés de deux jeunes femmes, de l’adolescence à la maturité. « L’une », c’est Pomme (Valérie Mairesse), une lycéenne qui rêve de quitter le domicile familial pour devenir chanteuse. Elle prête main-forte à « l’autre », Suzanne (Thérèse Liotard), concubine d’un photographe et mère de deux enfants, pour avorter clandestinement d’un troisième non désiré. Ce geste fonde leur amitié, mais le suicide du photographe les éloignera durablement l’une de l’autre. Suzanne retournera se morfondre chez ses parents paysans, avant de trouver un emploi au planning familial. Pomme sillonnera les villages au sein d’un groupe folk militant, Orchidées, dont les chansons rythment le film à la façon d’une comédie musicale « beatnik ».

En amont et en aval de Mai 68
Bien que les cheminements de Pomme et Suzanne divergent, ils ne s’en recoupent pas moins à l’endroit d’expériences communes, en ce qui concerne la famille, la conjugalité, la maternité, l’amour – toutes choses qu’elles sont chacune amenées à redéfinir. Mais l’une et l’autre figurent aussi deux façons de traverser un même récit – l’entrée des femmes dans la société française, en amont et en aval de Mai 68 – sur des...




                        

                        


<article-nb="2018/07/08/21-9">
<filnamedate="20180708"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180708"><AAMMJJHH="2018070821">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Star du studio Pixar depuis « Ratatouille » et « Les Indestructibles », le cinéaste américain sort le deuxième volet des aventures de sa famille de superhéros. A 60 ans, il rêve de créer un dessin animé entièrement fait main.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤                


Article sélectionné dans La Matinale du 04/07/2018
Découvrir l’application


                     
édition abonné


« Les Indestructibles », famille fantastique et fantasmée de Brad Bird


                      Star du studio Pixar depuis « Ratatouille » et « Les Indestructibles », le cinéaste américain sort le deuxième volet des aventures de sa famille de superhéros. A 60 ans, il rêve de créer un dessin animé entièrement fait main.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 08h15
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 07h24
    |

            Samuel Blumenfeld








                              

                        

Au début de sa carrière, quand Brad Bird était animateur dans les studios Disney, travaillant sur des films comme Rox et Rouky ou Taram et le Chaudron magique, il entendait toujours le même mot dans la bouche des producteurs : « ténacité ». Il fallait croire en son projet, s’accrocher à ses idées, se tenir à sa ligne de conduite. Et peu importe les embûches. Le futur réalisateur du Géant de fer (1999), la star du studio Pixar avec Ratatouille (2007), Les Indestructibles (2004) et sa suite, Les Indestructibles 2 (en salle le 4 juillet), n’était alors qu’un animateur parmi d’autres.

Il rêvait de mettre en scène son premier film. « J’ai travaillé plusieurs années sur une adaptation de la célèbre bande dessinée de Will Eisner, The Spirit. J’avais derrière moi le producteur de La Guerre des étoiles, Gary Kurtz. » Tout semblait tracé. « Au bout de plusieurs années de travail, on m’a expliqué que les films d’animation ne rapportaient pas assez d’argent au box-office. C’était, paraît-il, un médium négligé par le public, au potentiel limité. Je trouvais cela étrange comme réflexion, j’étais persuadé du contraire. » Le projet ne s’est jamais concrétisé. Entre-temps, l’animation n’a cessé de se réinventer, et Brad Bird a accompagné ces changements, entremêlant sa vie personnelle et son travail, lui qui avait dessiné son premier film d’animation à l’âge de 13 ans, après un séjour à Disneyland.
« Mieux valait raconter ce que je connaissais : ma vie de famille et ma propre difficulté à élever mes enfants »
Alors qu’il bataillait pour réaliser The Spirit, Brad Bird s’était promis de n’avoir des enfants qu’après être passé pour de bon derrière la caméra. La vie en a décidé autrement, et il est devenu père avant de signer un film. Mais cela a nourri l’idée des Indestructibles, moins un film de superhéros qu’un récit sur l’art difficile d’être père....




<article-nb="2018/07/08/21-10">
<filnamedate="20180708"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180708"><AAMMJJHH="2018070821">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Le réalisateur Brad Bird livre un véritable travail d’orfèvre pour le second volet de la saga animée.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤                     
                                                

« Les Indestructibles 2 » : la famille Parr surmonte ses aléas

Le réalisateur Brad Bird livre un véritable travail d’orfèvre pour le second volet de la saga animée.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 07h26
 • Mis à jour le
04.07.2018 à 13h26
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Quatorze ans séparent le premier opus des Indestructibles du second, plus d’une décennie pendant laquelle Brad Bird, scénariste et réalisateur des deux films, s’est, entre autres, affairé à réaliser Ratatouille (2007) et signa l’étourdissant Mission : Impossible. Protocole Fantôme (2011). Cette excursion en dehors du cinéma d’animation prouva la cohérence de la vision du cinéaste (qui a reçu, en juin, un prix d’honneur au Festival du cinéma d’animation d’Annecy) et sa dextérité dans les deux genres, aussi à l’aise lorsqu’il s’agit de mettre en scène Tom Cruise ou un petit rat féru de gastronomie française en images de synthèse.

        Lire le portrait dans « M » :
         

          « Les Indestructibles », famille fantastique et fantasmée de Brad Bird



Si le premier Indestructibles était quasi contemporain des premières productions Marvel, le public qui découvrira Les Indestructibles 2 a depuis longtemps été gavé de pyrotechnies numériques produites à la chaîne. A priori, deux menaces pesaient sur Les Indestructibles 2 : le risque de ne pas pouvoir rattraper son retard par rapport aux prouesses du numérique et la malédiction du second volet. Pixar a d’ailleurs annoncé ne plus entreprendre de suites pour se concentrer sur des projets originaux. Le studio est sans doute bien au fait de cette règle qui veut que les suites soient incapables (à l’exception flamboyante de Toy Story 3) de relancer la magie des premières fois.
Bird permet au film d’action de redevenir un art de l’espace et un vertigineux prolongement du cinéma burlesque
Ces deux écueils, Les Indestructibles 2 les contourne sans difficulté. Plus qu’aucun autre réalisateur de l’écurie Pixar, Brad Bird perfectionne sa mise en scène à mesure que progresse la maîtrise de l’image de synthèse. La comparaison entre les deux opus parle d’elle-même : textures, gestes, visages et décors sont plus précis, l’aspect figé du premier volet a disparu. Mais, surtout, la vision de Bird devient subitement plus éloquente. Son style, qui s’affirme surtout dans les scènes d’action, gagne en sophistication et s’intensifie dans ce mélange de virtuosité et de ludicité qui est devenu sa marque de fabrique. C’était déjà le constat que l’on tirait de son Mission : Impossible : Bird permet au film d’action de redevenir un art de l’espace et un vertigineux prolongement du cinéma burlesque.
Souvenirs d’enfance
A la débauche illisible d’effets, Marvel répond par le travail d’orfèvre de l’action de Bird, qui n’oublie pas que Les Indestructibles pousse sur le terreau du film familial et y revient toujours. De même que le contexte des années 1960 dans lequel prend place l’intrigue est, pour le cinéaste, moins le signe d’une rétromanie gratuite qu’un désir de travailler avec la matière de ses souvenirs d’enfance qui mêlent comics et films d’espionnage.

   


Enfance et famille, Brad Bird tient fermement ce cap, car il contient l’âme même de sa petite saga ainsi que de la plupart des films Pixar. On retrouve la famille Parr là où on l’avait laissée. Dans un temps figé, une éternité heureuse que seul peut se permettre le cinéma d’animation. Mis au ban de la société, les super-héros doivent regagner leur place dans le cœur de l’opinion publique. Pour ce faire, Hélène alias Elastigirl est missionnée pour accomplir des sauvetages spectaculaires qui seront désormais filmés et diffusés à grande échelle. La figure maternelle en route pour l’action, son mari, Bob, se retrouve acculé à un rôle d’homme au foyer qu’il trouve frustrant.
Le film familial s’engouffre dans les plis du film d’action, et celui-ci vient illustrer les aléas de la vie de famille
Le film de super-héros se redéfinit à la faveur d’un montage parallèle qui entremêle les exploits de la mère et ceux, plus prosaïques, du père pour finir par les égaliser. Car Bob devient à son tour un super-héros du quotidien qui doit contenir une série de catastrophes : les premiers émois amoureux de sa fille Violette, les devoirs de mathématiques de Flèche (scène très belle où le père se réveille en pleine nuit pour venir à bout des devoirs du fils) et la croissance du petit Jack-Jack, métaphorisée par le surgissement de ses pouvoirs – le corps du nourrisson devenant le véritable ressort comique et expérimental des Indestructibles 2.
Le film familial s’engouffre dans les plis du film d’action, et celui-ci vient illustrer les aléas de la vie de famille. Car Les Indestructibles 2 ne fait finalement que prendre un long et beau détour pour traiter de la famille et des contradictions qu’elle renferme : étouffante et émancipatrice, dysfonctionnelle et harmonieuse, extraordinaire et très banale. En ne perdant jamais de vue cet horizon de quotidienneté, Les Indestructibles 2 permet au film d’action de garder les pieds sur terre. C’est peut-être cette dose de gravité qui, jusqu’ici, manquait au genre.

Film d’animation américain de Brad Bird (1 h 58). Sur le Web : disney.fr/films/les-indestructibles-2 et newsroom.disney.fr/les-indestructibles-2.html

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 4 juillet)
Les Indestructibles 2, film d’animation américain de Brad Bird (à ne pas manquer)Woman at War, film français, islandais et ukrainien de Benedikt Erlingsson (à ne pas manquer)Au poste !, film français de Quentin Dupieux (à voir)Femmes du chaos vénézuélien, documentaire français de Margarita Cadenas (à voir)L’Ile au trésor, documentaire français de Guillaume Brac (à voir)American Nightmare 4 : les origines, film américain de Gerard McMurray (pourquoi pas)Trois contes de Borges, film français de Maxime Martinot (pourquoi pas)Le Dossier Mona Lina, film allemand, français et israélien d’Eran Riklis (on peut éviter)
A l’affiche également :
A la dérive, film américain de Baltasar KormakurJoueurs, film français de Marie MongeMes Frères, film français de Bertrand GuerryLes Quatre Sœurs, documentaire français (en deux parties) de Claude LanzmannTamara, vol. 2, film français d’Alexandre CastagnettiUn village dans le vent, documentaire français de Jean-Louis Gonterre





                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/08/21-11">
<filnamedate="20180708"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180708"><AAMMJJHH="2018070821">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ De l’île de loisirs de Cergy, le réalisateur de « L’Ile au trésor » a tiré un documentaire en forme de récit d’aventures.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Guillaume Brac : « C’est un film de banlieue sans la banlieue »

De l’île de loisirs de Cergy, le réalisateur de « L’Ile au trésor » a tiré un documentaire en forme de récit d’aventures.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 07h23
    |

                            Mathieu Macheret








                        



                                


                            

Après des études en production à la Fémis, Guillaume Brac, né en 1977, est révélé en 2012 par Un monde sans femmes, moyen-métrage de comédie douce-amère, apparu comme le digne continuateur des fictions vacancières de Jacques Rozier et d’Eric Rohmer. Essai confirmé deux ans plus tard par un passage au long avec Tonnerre (2014), une fiction plus sombre voguant en eaux troubles. Alors qu’on l’attendait sur cette même lancée, Brac revient avec deux nouveaux films hors-piste, L’Ile au trésor (en salle le 4 juillet) et Contes de juillet (sortie le 25 juillet), l’un documentaire, l’autre composé de deux moyens-métrages, qui tournent tous deux autour d’un même lieu : l’île de loisirs de Cergy-Pontoise.


Que s’est-il passé depuis ­ « Tonnerre », votre dernier film sorti en salle ?
Après Tonnerre, je me suis lancé dans l’écriture d’un long-métrage, une comédie sombre pour Vincent Lacoste, qui devait se dérouler à Genève. Le projet a suscité la défiance des « décideurs », comme s’ils ne comprenaient pas comment le rattacher à mes films précédents. Tout a capoté. Or, je voulais absolument continuer à tourner. Cela s’est d’abord fait par un retour au moyen-métrage, avec Le Repos des braves (2016), un documentaire presque expérimental sur ma grande marotte qu’est le cyclisme. En même temps, le Conservatoire m’a proposé d’animer un atelier pour ses étudiants, à quoi j’ai répondu en leur proposant plutôt de faire des films – deux d’entre eux sont devenus les Contes de juillet. L’idée impliquait de tourner en équipe réduite et de dénicher des décors sur le moment. Je me suis donc rabattu sur un endroit que je connaissais bien, un îlot de nature à Cergy-Pontoise aménagé en base de loisirs. Le projet d’en tirer un documentaire me trottait dans la tête depuis cinq, six ans, et j’y suis retourné après les Contes.
Qu’est-ce qui vous a retenu...




                        

                        


<article-nb="2018/07/08/21-12">
<filnamedate="20180708"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180708"><AAMMJJHH="2018070821">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Le documentaire de Guillaume Brac dresse un portrait mixte et bigarré de la France d’aujourd’hui.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤                     
                                                

« L’Ile au trésor » : une petite Babel à ciel ouvert

Le documentaire de Guillaume Brac dresse un portrait mixte et bigarré de la France d’aujourd’hui.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 07h22
 • Mis à jour le
04.07.2018 à 07h25
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
C’est une île-monde aux confins de la banlieue parisienne, un petit coin de paradis niché dans une courbe de l’Oise, avec ses étangs scintillants, ses rives boisées, ses plages aménagées, ses coins d’ombre et ses passages secrets. Aux beaux jours, les Franciliens viennent de plus ou moins loin pour s’y octroyer un moment de détente.

        Lire l’entretien avec Guillaume Brac :
         

          « C’est un film de banlieue sans la banlieue »



Cet endroit – l’île de loisirs de Cergy-Pontoise –, c’est le territoire que Guillaume Brac s’est donné à explorer pour son deuxième long-métrage, qui opère un détour par le documentaire. Brac n’en poursuit pas moins le même sentiment que dans ses fictions précédentes : celui de la « vacance », cette poche de temps qui libère l’existence, la rend plus douce, plus sensible, plus cruelle parfois. Or, c’est ce même sentiment qu’on retrouve à la base de Cergy (en elle-même insignifiante) : un concentré de disponibilité, une réserve inépuisable de rencontres, de visages, de silhouettes, de conversations et de façons d’être.

        Lire le portrait :
         

          Guillaume Brac, athlète et poète du jeune cinéma français



Un imaginaire aventurier
Fidèle à l’appel stevensonien de son titre, L’Ile au trésor convoque dès les premières images un imaginaire aventurier : une bande de gamins s’infiltre en douce dans le parc, dont l’entrée est payante, mais se font vite repérer par des vigiles qui les reconduisent à la sortie. Le film ne cesse ensuite de voguer au gré des rencontres, passant d’adolescents dragueurs en retraités nostalgiques, de plongeurs turbulents aux agents de prévention décontractés, de resquilleurs aux as du barbecue…
Guillaume Brac prend soin de varier ses modalités d’approche (saynètes, entretiens, récits en voix off) et privilégie les plans larges pour replacer chacun dans l’étendue indolente de son bout de nature. Ainsi rassemblés, les plaisanciers composent un portrait mixte et bigarré de la France d’aujourd’hui, une petite Babel à ciel ouvert où se croisent diverses cultures, langues et provenances.
Jeu du chat et de la souris
Affable et optimiste, Brac ne se livre pas pour autant à une célébration simpliste du vivre-ensemble. Au contraire, il n’oublie pas qu’un territoire n’existe qu’en fonction de sa clôture : ces hautes grilles d’acier filmées à plusieurs reprises, qui séparent ceux qui peuvent entrer de ceux qui n’en ont pas les moyens. Clôture transgressée à plusieurs reprises, dans un jeu permanent du chat et de la souris. Lors d’un beau passage, un ancien professeur évoque ces mêmes lieux au temps de son enfance, lorsqu’ils étaient sauvages, et rappelle la prise en charge du site, dès 1965, par les pouvoirs publics, pour son « aménagement » en base de loisirs. Se dessine alors, en filigrane, une certaine évolution du paysage français, toujours moins agreste et plus quadrillé.
L’Ile au trésor s’affirme ainsi comme un beau film sur la règle (les briefings de la direction) et ses contournements (chacun cherche à se baigner où il veut). Le montage invente une temporalité à la fois ouverte et déclinante, qui s’enfonce doucement dans la nuit. Des étudiants saisonniers restent clandestinement sur le site après la fermeture pour y poursuivre leurs idylles : le règlement s’estompe avec le jour et tout redevient possible, comme accéder à des endroits secrets ou interdits. Intervient alors un passage magnifique où les adolescents naviguent en paddle jusqu’au pied d’une étrange pyramide perdue au milieu des eaux. Tout, de la surface mercurielle du fleuve aux reflets irisés du crépuscule, revêt alors un aspect irréel. A ce moment-là, l’idée d’exploration se pare d’un sens nouveau : surprendre la beauté là où elle se trouve, en n’hésitant pas à s’aventurer hors des clous.

Documentaire français de Guillaume Brac (1 h 37). Sur le Web : www.filmsdulosange.fr/fr/film/249/l-ile-au-tresor



                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/08/21-13">
<filnamedate="20180708"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180708"><AAMMJJHH="2018070821">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Le réalisateur, qui a dirigé Benoît Poelvoorde dans « Au poste ! », se plaît à mêler les personnes aux univers variés.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
édition abonné


L’art du Rubik’s Cube chez Quentin Dupieux

Le réalisateur, qui a dirigé Benoît Poelvoorde dans « Au poste ! », se plaît à mêler les personnes aux univers variés.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 07h14
 • Mis à jour le
04.07.2018 à 07h43
    |

            Laurent Carpentier








                        



                                


                            

Il a posé son mètre quatre-vingt-cinq, ses 45 ans et sa barbe de bûcheron sur le frêle tabouret et, se balançant sur une fesse, a glissé : « Je me vois comme une sorte d’adulte très proche de l’enfance. »

Quentin Dupieux, réalisateur d’Au poste !, s’amuse des exégèses que ses films absurdes, à tiroirs, construits et déconstruits, provoquent : « Il n’y a rien derrière rien, dit-il heureux des mines déconcertées qu’il induit. Je déteste quand les films t’imposent une lecture et du sens, te guident et te demandent de comprendre quelque chose. Chez moi, il y a toujours des portes ouvertes. J’adore quand un film ressemble à des cauchemars – doux, les cauchemars, hein, je ne cherche pas à faire fuir les gens –, mais je me contente rarement d’une seule couche, ce qui donne ce côté Rubik’s Cube. Au poste ! n’est au fond qu’un magma de tous les films que j’ai pu voir, gamin, surtout à la télé… » Il cite : Le Magnifique, de Philippe de Broca, Le Père Noël est une ordure, par la troupe du Splendid, La Chèvre, de Francis Veber… « Car ma seule motivation est là : retrouver ces sensations de ma jeunesse. »
Quentin Dupieux, cinéaste : « J’ai compris que je n’arriverais jamais à rien dans les études, j’étais bien trop occupé à faire des courts-métrages »
L’enfance, donc. A Igny, dans l’Essonne. Paisible. « Standard », propose-t-il. On entend : limite ennui. Avec un bémol : son père tient un garage aux portes de Paris, à Malakoff, où Coluche stocke ses cylindrées américaines. Ils sont amis. « Forcément, ça a compté – cela m’a donné à penser que cet univers du spectacle n’était pas si éloigné que ça de moi, n’était pas hors d’atteinte » lorsque, en première, il décide d’abandonner le lycée (« Un éclair de génie : j’ai compris que je n’arriverais jamais à rien dans les études, j’étais bien trop occupé depuis mes 14 ans à faire...




                        

                        


<article-nb="2018/07/08/21-14">
<filnamedate="20180708"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180708"><AAMMJJHH="2018070821">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Le quatrième épisode de la saga d’épouvante imagine un monde où, le temps d’une nuit, crimes et délits sont autorisés.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤                     
                                                

« American Nightmare 4 : les origines » : plongée dans un délire idéologique

Le quatrième épisode de la saga d’épouvante imagine un monde où, le temps d’une nuit, crimes et délits sont autorisés.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 07h13
 • Mis à jour le
04.07.2018 à 07h43
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Voici le quatrième volet d’une franchise, produit par Blumhouse, compagnie spécialisée dans la fabrication de films d’épouvante d’inégale valeur. Dans un futur proche, aux Etats-Unis, il est autorisé, durant une nuit, de commettre impunément tout crime et délit. Les pulsions violentes des individus se libèrent, et la nuit devient un carnaval de violence et d’atrocités en tout genre. Mis en place par un gouvernement dirigé par une secte millénariste, les Nouveaux Pères fondateurs, cette politique du chaos se veut une manière paradoxale de contenir la criminalité et de purifier la société par la violence.
La série est une métaphore politique d’un schématisme lisible où se dénonce la brutalité des rapports de classes (la purge ne profite qu’aux classes aisées qui l’utilisent pour se débarrasser des « parasites » de la société), aux marchands d’armes, etc. Les films sont ponctués d’indices subliminaux qui renvoient parfois à une réalité immédiate (la méchante du troisième volet est un sosie d’Hillary Clinton, par exemple).
Ce quatrième épisode est un « préquel », non pas la suite des trois premiers volets, mais un film dont l’action se situe avant ceux-ci
Ce quatrième épisode qui n’est plus signé par le créateur d’origine, James DeMonaco – il en demeure le scénariste –, est ce qu’on appelle un « préquel », non pas la suite des trois premiers volets, mais un film dont l’action se situe avant ceux-ci. L’administration des Nouveaux Pères fondateurs tente une expérience limitée dans le temps et l’espace, Staten Island à New York sera le terrain d’expérimentation de la première nuit de purge. Voyant, au bout de quelques heures, que cette tolérance organisée ne favorise pas le déchaînement de violence attendu, le gouvernement envoie une troupe de mercenaires pour provoquer, à la faveur de quelques massacres, le bain de sang sacrificiel programmé.
Survivre jusqu’à l’aube
Alors que la saga semblait reposer sur le principe hobbésien d’une croyance en la nature mauvaise et brutale des êtres humains, American Nightmare 4 : les origines paraît démentir cette vision au profit d’une conception plus « complotiste » : c’est l’Etat qui corromprait, par la violence, les individus. Et le film rejoint le principe des précédents : suivre une poignée de personnages traqués qui tentent de survivre jusqu’à l’aube.
Davantage qu’un message politique un peu pesant (les riches tuent les pauvres), ce qui fait l’intérêt de la série, au-delà d’un divertissement ingénieux et effrayant, reposant sur un principe virtuel et ludique, c’est la représentation symbolique d’une dimension infernale des mythes sur lesquels reposent les Etats Unis, sur l’idée d’une violence comme essence de l’Amérique et de sa culture.
Tout en dénonçant la violence, la franchise fait complaisamment usage de sa monstration pour le délice du spectateur
En témoigne cette franchise qui, tout en dénonçant la violence, fait complaisamment usage de sa monstration pour le délice du spectateur. American Nightmare 4 : les origines va sans doute encore plus loin que les précédents épisodes dans la paranoïa et dans le paradoxe, dans un soudain vertige idéologique. Pour affronter les troupes d’un pouvoir machiavélique, qui déchaîne la violence pour mieux gouverner, s’affirme un gang de trafiquants de drogue, seule entité capable, en raison de son organisation militarisée et de son savoir-faire en matière d’armement, de s’opposer aux visées d’un Etat cynique et sans scrupule. C’est sur les classes dangereuses, donc, que reposerait le salut.

Film américain de Gerald McMurray. Avec Y’lan Noel, Lex Scott Davis, Joivan Wade (1 h 42). Sur le Web : www.americannightmare-lefilm.com et www.universalpictures.com/movies/the-first-purge



                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/08/21-15">
<filnamedate="20180708"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180708"><AAMMJJHH="2018070821">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Golshifteh Farahani et Neta Riskin incarnent respectivement une ex-espionne au service d’Israël et une agente du Mossad chargée de sa protection.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤                     
                                                

« Le Dossier Mona Lina » : un film d’espionnage qui en fait des tonnes

Golshifteh Farahani et Neta Riskin incarnent respectivement une ex-espionne au service d’Israël et une agente du Mossad chargée de sa protection.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 07h12
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
Une agente du Mossad est chargée de surveiller et de protéger, dans un appartement-planque à Hambourg, une jeune Libanaise, ex-espionne au service d’Israël. Celle-ci se repose après une opération de chirurgie esthétique destinée à faciliter un changement d’identité. Elle est traquée par des tueurs envoyés par le Hezbollah.
Grossier suspens
Passée une période de méfiance réciproque, va naître une amitié profonde entre les deux femmes alors que la menace représentée par les assassins et l’éventualité d’une trahison se rapprochent de plus en plus.
Ce grossier suspens d’espionnage est tout entier construit sur la formation et la naissance d’un lien psychologique décrit avec tous les clichés possibles de ce qui voudrait dessiner une identité féminine. Le récit progresse ainsi, relancé régulièrement par des péripéties et des retournements de situation qui défient le sens commun. Un film qui pèse des tonnes.

Film allemand, français et israélien d’Eran Riklis. Avec Golshifteh Farahani, Neta Riskin, Yehuda Almagor (1 h 33). Sur le Web : distrib.pyramidefilms.com/pyramide-distribution-catalogue/le-dossier-mona-lina.html



                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/08/21-16">
<filnamedate="20180708"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180708"><AAMMJJHH="2018070821">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Chaque mercredi, « La Matinale du Monde » propose un choix de longs-métrages à voir sur grand écran.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 03/07/2018
Découvrir l’application


                        

Guerrière écolo, super-héros, baigneurs de Cergy : notre sélection cinéma

Chaque mercredi, « La Matinale du Monde » propose un choix de longs-métrages à voir sur grand écran.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 06h49
 • Mis à jour le
04.07.2018 à 07h31
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Un conte écologique, un dessin animé, un documentaire et un polar déjanté au menu de notre liste cinéma ce mercredi.
« Woman at War » : conte écologique en terre d’Islande

Halla arpente en guerrière déterminée les paysages islandais, munie de son arc et de ses flèches. Militante écologique qui agit seule, elle vise les lignes à haute tension qui alimentent une industrie locale et polluante de l’aluminium. Le reste du temps, elle mène la vie banale d’une quinquagénaire, professeure de chant. Fait nouveau néanmoins : elle s’apprête à devenir maman. Ce nouveau rôle va la contraindre à abandonner ses entreprises de sabotage. Mais pas avant d’avoir mené une ultime attaque, la plus dangereuse, contre les pollueurs.
Dans ce cadre qui ne perdra pas de vue son propos, ni l’engagement qu’il défend, et en respectant une forme narrative classique, Woman at War se hasarde ensuite à des dérèglements où l’inattendu surgit par des voies (et des voix) diverses. Le film multiplie les pistes et les genres, construit un récit foisonnant. Dans Woman at War, Benedikt Erlingsson trace sa route à sa manière, joyeuse et sérieusement attentive à tout ce qu’il peut relever de cocasse et de grand, d’absurde et de poétique dans la nature humaine. C’est, chez ce cinéaste, cette matière glanée dans l’action qui suscite les sentiments ou les émotions, encourage l’identification. Et finalement fait réfléchir. Véronique Cauhapé
Film islandais, français et ukrainien de Benedikt Erlingsson. Avec Halldora Geirharosdottir, Johann Sigurdarson (1 h 40).
« Les Indestructibles 2 » : la famille Parr surmonte tous les écueils

A priori, deux menaces pesaient sur Les Indestructibles 2, que quatorze ans séparent du premier opus : le risque de ne pas pouvoir rattraper son retard par rapport aux prouesses du numérique, et la malédiction du second volet. Or, ces deux écueils, Les Indestructibles 2 les contourne sans difficulté. Plus qu’aucun autre réalisateur de l’écurie Pixar, Brad Bird perfectionne sa mise en scène à mesure que progresse la maîtrise de l’image de synthèse. Mais, surtout, la vision de Bird devient subitement plus éloquente. Son style gagne en sophistication et s’intensifie dans ce mélange de virtuosité et de lucidité qui est devenu sa marque de fabrique.
A la débauche illisible d’effets des productions Marvel, Pixar répond par le travail d’orfèvre de l’action de Bird, qui n’oublie pas que Les Indestructibles pousse sur le terreau du film familial et y revient toujours. De même que le contexte des années 1960 dans lequel prend place l’intrigue est, pour le cinéaste, moins le signe d’une rétromanie gratuite qu’un désir de travailler avec la matière de ses souvenirs d’enfance, qui mêlent comics et films d’espionnage. Enfance et famille, Brad Bird tient fermement ce cap, car il contient l’âme même de sa petite saga ainsi que de la plupart des films Pixar. Jacques Mandelbaum
Film d’animation américain de Brad Bird (1 h 58).
« L’Île au trésor » : la beauté cachée de Cergy-Pontoise

C’est une île-monde aux confins de la banlieue parisienne, un petit coin de paradis, avec ses étangs scintillants, ses rives boisées, ses plages aménagées. Aux beaux jours, les Franciliens viennent de plus ou moins loin pour s’y octroyer un moment de détente. Cet endroit – l’île de loisirs de Cergy-Pontoise –, c’est le territoire que Guillaume Brac explore pour son second long-métrage, qui opère un détour par le documentaire. Il n’en poursuit pas moins le même sentiment que dans ses fictions précédentes : celui de la « vacance », cette poche de temps qui libère l’existence, la rend plus douce, plus cruelle parfois. Or, c’est ce même sentiment qu’on retrouve à la base de Cergy : un concentré de disponibilité, une réserve inépuisable de rencontres, de visages, de conversations et de façons d’être.
Le film vogue au gré de ces découvertes, passant d’adolescents dragueurs en retraités nostalgiques, de plongeurs turbulents aux agents de prévention décontractés, de resquilleurs aux as du barbecue… Ainsi rassemblés, les plaisanciers composent un portrait mixte et bigarré de la France d’aujourd’hui, une petite Babel à ciel ouvert où se croisent diverses cultures, langues et provenances. Mathieu Macheret
Documentaire français de Guillaume Brac (1 h 37).
« Au poste ! » : une enquête policière qui donne le vertige

Ce doit être une toute petite déchirure dans l’espace-temps, que l’on traverse sans s’en rendre compte. D’autant moins que de l’autre côté, rien ne sort a priori de l’ordinaire. On est dans un hôtel de police, la nuit. Un officier interroge un témoin, qui est peut-être un suspect. Un nez non averti croira reconnaître le parfum de renfermé, confortable et légèrement toxique de vieux films français, Garde à vue de Claude Miller, pour n’en citer qu’un. Sauf qu’ici, rien ne marche. A chaque fois qu’on croira reconnaître un de ces repères qui vous guident au cinéma, le sol se dérobe. Le représentant de la loi conduit son interrogatoire en dépit du bon sens, le suspect fait preuve d’une équanimité surprenante. En avançant, la nuit dévore le sentiment de familiarité pour laisser le spectateur aux prises avec les mots, les clichés, les acteurs disposés en un ordre qui n’en est plus un.
Quentin Dupieux travaille sur le langage avec une application de dramaturge. Dans l’espace confiné de l’hôtel de police, les mots tombent comme des cascades dont le cours n’est jamais prévisible. Et aussi réceptif que l’on soit à l’humour de Dupieux et de sa troupe, on n’est pas pour autant immunisé contre l’inquiétude qui parcourt Au poste ! La pirouette finale n’y changera rien, on est forcé de se demander si ce non-sens n’est pas finalement beaucoup plus proche de la réalité que bien des documentaires. Thomas Sotinel
Film français de Quentin Dupieux. Avec Benoît Poelvoorde, Grégoire Ludig, Marc Fraize, Anaïs Demoustier (1 h 13).

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 4 juillet)
Les Indestructibles 2, film d’animation américain de Brad Bird (à ne pas manquer)Woman at War, film français, islandais et ukrainien de Benedikt Erlingsson (à ne pas manquer)Au poste !, film français de Quentin Dupieux (à voir)Femmes du chaos vénézuélien, documentaire français de Margarita Cadenas (à voir)L’Ile au trésor, documentaire français de Guillaume Brac (à voir)American Nightmare 4 : les origines, film américain de Gerard McMurray (pourquoi pas)Trois contes de Borges, film français de Maxime Martinot (pourquoi pas)Le Dossier Mona Lina, film allemand, français et israélien d’Eran Riklis (on peut éviter)
A l’affiche également :
A la dérive, film américain de Baltasar KormakurJoueurs, film français de Marie MongeMes Frères, film français de Bertrand GuerryLes Quatre Sœurs, documentaire français (en deux parties) de Claude LanzmannTamara, vol. 2, film français d’Alexandre CastagnettiUn village dans le vent, documentaire français de Jean-Louis Gonterre





                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/08/21-17">
<filnamedate="20180708"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180708"><AAMMJJHH="2018070821">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ L’absurde à l’œuvre dans le film de Quentin Dupieux suscite des réactions violentes – allergie ou enthousiasme.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 03/07/2018
Découvrir l’application


                        

« Au poste ! » : une enquête policière qui donne le vertige

L’absurde à l’œuvre dans le film de Quentin Dupieux suscite des réactions violentes – allergie ou enthousiasme.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 06h47
 • Mis à jour le
04.07.2018 à 07h17
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Ce doit être une toute petite déchirure dans l’espace-temps, de celles qui ne se voient pas, que l’on traverse sans s’en rendre compte. D’autant moins que, de l’autre côté, rien ne sort a priori de l’ordinaire. On est dans un hôtel de police, la nuit. Un officier interroge un témoin, qui est peut-être un suspect. Un nez non averti croira reconnaître le parfum de renfermé, confortable et légèrement toxique de vieux films français, Garde à vue, de Claude Miller, pour n’en citer qu’un. Sauf qu’ici rien ne marche.

        Lire la rencontre :
         

          L’art du Rubik’s Cube chez Quentin Dupieux



A chaque fois qu’on croira retrouver un de ces repères qui vous guident au cinéma – une réplique (le célèbre « bon, on recommence » du policier qui veut user la résistance de son interlocuteur, par exemple) –, le sol se dérobe. Le représentant de la loi conduit son interrogatoire en dépit du bon sens, le suspect fait preuve d’une équanimité surprenante.
Absurde pur
En avançant, la nuit (et elle avance à grands pas, le film est court) dévore le sentiment de familiarité pour laisser le spectateur aux prises avec les mots, les clichés, les acteurs disposés en un ordre qui n’en est plus un. Le dérèglement de mécanismes usuels tourne à la désintégration de toute logique. Ce phénomène agit comme la tache d’encre d’un test de Rorschach : il irrite, inquiète ou fait rire, suivant les dispositions de chacun(e). Ou, pour être plus somatique : comme les noix, l’absurde (le gros mot est lâché), surtout lorsqu’il est pur, comme celui de Quentin Dupieux, suscite des réactions violentes – allergie ou enthousiasme.

   


Puisque mon système immunitaire m’y autorise, laissez-moi énumérer quelques-uns des plaisirs que peut procurer cette nuit au poste. Marc Fraize, défiguré par un trucage numérique, par exemple, qui fait un policier d’une médiocrité intellectuelle sans fond. Le comique met tant de bonne volonté et d’incompétence (c’est son fonds de commerce) dans l’accomplissement de tâches absurdes qu’il devient en quelques séquences l’incarnation du rouage humain, avant qu’un sort terrible ne s’abatte sur lui.
Délire verbal
Benoît Poelvoorde joue, presque comme dans un film normal, le type qui ne pense qu’à rentrer chez lui. Tout est dans le presque, dans les décalages de rythme ou d’élocution qui ouvrent des abîmes vertigineux dans une surface – l’enquête policière – dont on croyait connaître le moindre accident.

        Lire le portrait dans « M » :
         

          Benoît Poelvoorde, à souffrir de rire



Alors que Fraize et Poelvoorde ne s’écartent pas beaucoup de registres qu’on leur connaît, l’apparition d’Anaïs Demoustier emperruquée de boucles blondes suscite un instant de stupéfaction qui s’épanouit en un moment de ravissement : plutôt portée jusque-là sur les rôles de jeunes filles sérieuses, l’actrice est ici le miroir du personnage que joue Marc Fraize, une jeune femme trop enthousiaste unie à son partenaire par l’emploi répété des mots « c’est pour ça ».
Quentin Dupieux travaille sur le langage avec une application de dramaturge
Car Quentin Dupieux travaille sur le langage avec une application de dramaturge. Dans l’hôtel de police, les mots tombent comme des cascades dont le cours n’est jamais prévisible. Le témoin-suspect que joue Grégoire Ludig détaille son emploi du temps avec une telle précision que finissent par sauter aux oreilles et aux yeux les absurdités complémentaires de la vie quotidienne et de la fiction policière. Ce délire verbal trouve sa traduction visuelle pendant les flash-back qui ramènent à la soirée qu’a passée le suspect avant son interpellation. Cette fois, c’est le décor de la banalité civile, un immeuble, son parvis, ses petits commerces, qui souligne le manque de sens de l’existence.
Car aussi réceptif que l’on soit à l’humour de Dupieux et de sa troupe, on n’est pas pour autant immunisé contre l’inquiétude qui parcourt Au poste ! La pirouette finale n’y changera rien, on est forcé de se demander si ce non-sens n’est pas finalement beaucoup plus proche de la réalité que bien des documentaires.

Film français de Quentin Dupieux. Avec Benoît Poelvoorde, Grégoire Ludig, Anaïs Demoustier, Marc Fraize (1 h 13). Sur le Web : diaphana.fr/film/au-poste



                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/08/21-18">
<filnamedate="20180708"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180708"><AAMMJJHH="2018070821">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Très populaire sur la scène théâtrale islandaise, l’actrice tient son premier grand rôle au cinéma, à presque 50 ans, dans « Woman at War ».
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Halldora Geirharosdottir, garantie sans collagène ni phosphate

Très populaire sur la scène théâtrale islandaise, l’actrice tient son premier grand rôle au cinéma, à presque 50 ans, dans « Woman at War ».



Le Monde
 |    03.07.2018 à 07h42
 • Mis à jour le
03.07.2018 à 07h48
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

C’est elle la révélation du Festival de Cannes dans sa version 2018 : politique, féministe, post #metoo. L’Islandaise Halldora Geirharosdottir tient de bout en bout le film de Benedikt Erlingsson, Woman at War, sélectionné et récompensé à la Semaine de la critique (prix SACD). Halla est son premier grand rôle au cinéma ce qui, pour une femme bientôt quinquagénaire et déjà grand-mère, relève de l’exploit – la « date de péremption » des actrices se situant souvent autour de la quarantaine. Mais point d’artifices chez Halldora : elle débarque sur la planète cinéma, garantie sans collagène ni phosphate. Ecolo dans l’âme – ce que reflète son regard vert émeraude, elle est aussi une comédienne réputée et durable en Islande. « Je suis très populaire au théâtre. Les metteurs en scène m’apprécient pour mon côté collectif. Normal, enfant j’ai fait tous les “sports co” de la terre, hand, foot, volley », sourit-elle avec de faux airs de Reine des neiges, ses cheveux blancs tirés dans un chignon.

La comédienne n’a eu que deux mois pour se plonger dans ce rôle de super-héroïne… « J’ai été choisie dans la dernière ligne droite du casting. Le réalisateur, qui est un ami d’enfance, n’avait pas pensé à moi. Je suis comme sa sœur, or on ne pense pas à sa sœur pour un premier rôle… », dit-elle. Benedikt Erlingsson passe une tête durant l’entretien pour confesser : « Je cherchais plutôt une femme avec de longs cheveux blancs. Mais à l’époque, Halldora avait des cheveux courts et châtains… » Ironie de l’histoire, entre-temps les cheveux de l’actrice ont poussé et blanchi. Prête pour Woman at War 2 ? En tout cas, le film cartonne en Terre de glace : « Environ 4 % de la population ont vu le film en Islande, vous imaginez ce que cela ferait en France ? », glisse Erlingsson, avant de s’éclipser…

Un conte activiste
« Ce rôle était pour moi. Je l’ai dit et répété à Benedikt. » Dans ce...




                        

                        


<article-nb="2018/07/08/21-19">
<filnamedate="20180708"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180708"><AAMMJJHH="2018070821">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Merveilleux conteur, Benedikt Erlingsson met en scène une saga foisonnante dans les Hautes terres d’Islande.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 02/07/2018
Découvrir l’application


                        

« Woman at War » : le combat ordinaire d’une guerrière écolo

Merveilleux conteur, Benedikt Erlingsson met en scène une saga foisonnante dans les Hautes terres d’Islande.



Le Monde
 |    03.07.2018 à 06h34
 • Mis à jour le
04.07.2018 à 07h36
    |

            Véronique Cauhapé








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Au commencement était la terre. Un paysage gorgé d’eau, où se découpe la silhouette d’une amazone pointant la flèche de son arc vers les câbles d’une ligne à haute tension. Halla, le personnage, est une guerrière, une militante écologique qui agit seule. Obstinée, déterminée à mettre en difficulté l’industrie locale de l’aluminium. L’un des moyens pour y parvenir est de couper l’alimentation en électricité.

        Lire la rencontre avec :
         

          Halldora Geirharosdottir, garantie sans collagène ni phosphate



Au deuxième jour, Halla, quinquagénaire tranquille, est de retour dans la vie ordinaire où elle enseigne le chant, pratique le yoga et, fait nouveau, s’apprête à devenir maman. Sa demande d’adoption ayant enfin abouti, il va lui falloir aller chercher la petite fille qui l’attend en Ukraine et abandonner définitivement ses entreprises de sabotage. Mais pas avant d’avoir mené une ultime attaque, la plus dangereuse, contre les pollueurs.

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes :
         

          « Woman at War », un « Peau d’âne » de l’écologie



Dans ce cadre qui ne perdra pas de vue son propos, ni l’engagement qu’il défend, et en respectant une forme narrative classique, Woman at War se hasarde ensuite à des dérèglements où l’inattendu surgit par des voies (et des voix) diverses. Le film multiplie les pistes narratives et les genres, construit un récit foisonnant, conduit à un voyage dont il se plaît à nous distraire pour mieux en cacher la destination.
La nature comme protagoniste
Auteur, acteur, metteur en scène, homme de théâtre et d’Islande, Benedikt Erlingsson est, à tous ces titres, un merveilleux conteur d’histoires. Issu d’une culture qui s’est distinguée aux XIIe et XIIIe siècles par la saga, fleuron de la littérature médiévale où se racontait la vie d’un personnage, de sa naissance à sa mort, le cinéaste montre dans chacun de ses films qu’il en est bel et bien l’héritier. Dans Woman at War, comme dans son précédent et premier long-métrage, Des chevaux et des hommes (2013), qui suivait les tribulations, à la fois héroïques et ridicules d’une petite communauté d’éleveurs et de leurs animaux, Benedikt Erlingsson met en scène l’ordinaire d’hommes et de femmes que les actes de bravoure élèvent au rang momentané et parfois fugace de héros.
Sans trop s’embarrasser de psychologie – considérant que les faits et gestes de ses personnages suffisent à en éclairer les motivations –, le cinéaste trace sa route à sa manière, joyeuse et sérieusement attentive à tout ce qu’il peut relever de cocasse et de grand, d’absurde et de poétique dans la nature humaine. C’est, chez lui, cette matière glanée dans l’action qui suscite les sentiments ou les émotions, encourage l’identification. Et finalement fait réfléchir.
Benedikt Erlingsson se joue des ressorts du film d’action, d’aventures, de suspense, les mêlant sans en adopter un seul en particulier
Dans Woman at War, l’engagement d’Halla (et du cinéaste) pour l’écologie s’exprime dans chacun de ses agissements, plus que par les discours qu’elle pourrait tenir. Il en est de même pour tous les personnages qu’elle rencontre. Il en va ainsi pour la nature aussi, protagoniste à part entière du film. Hostile quand elle abat ses averses glacées sur Halla qui fuit à travers les Hautes Terres d’Islande. Protectrice quand elle met sur le chemin de la militante la peau d’un mouton mort qui, posée sur son dos, trompera les drones de surveillance. Guérisseuse quand elle la réchauffe dans ses sources chaudes.
La dialectique propre aux sagas islandaises – le destin, l’honneur et la vengeance – se retrouve dans Woman at War, transformée et enluminée par la baguette magique d’une fée. En d’autres termes par la mise en scène de Benedikt Erlingsson, qui se joue des ressorts du film d’action, d’aventures, de suspense, les mêlant sans en adopter un seul en particulier. Et qui s’amuse à placer dans son décor un groupe de musiciens et un chœur ukrainien, susceptibles, quand ils apparaissent au beau milieu d’une scène, d’insuffler courage et inspiration à l’héroïne.
Distanciation
Cet outil de distanciation qui remonte à l’Antiquité, le cinéaste en use pour rappeler qu’il s’agit bien là d’un conte dans lequel il s’autorise à interpeller le spectateur. Ses clins d’œil sont facétieux, ironiques, en conviant à la table du cinéma l’art théâtral et la littérature. Ils convoquent l’histoire comme dans ce prénom que porte Halla, celui d’un bandit célèbre en Islande, qui survécut plus de vingt ans en se cachant dans les Hautes Terres au XVIIe siècle.
Et puis, il y a dans Woman at War Halldora Geirharosdottir, apparition sublime de la femme commune, qui pourrait être la voisine de tout le monde et qui, quand elle part en mission, prend des allures de soldat frondeur. Elle est l’interprète d’Halla en même temps que de sa sœur jumelle, Asa, dont le profil tient tout entier dans le projet qui l’anime : une retraite imminente dans un ashram en Inde. Et qui, sans en dire trop, devient figure sacrificielle lors d’un spectaculaire retournement. Halla et Asa, ou les faces de Janus.



Film islandais, français et ukrainien de Benedikt Erlingsson. Avec Halldora Geirharosdottir, Johann Sigurdarson (1 h 40). Sur le Web : www.jour2fete.com/distribution/woman-at-war-2

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 4 juillet)
Les Indestructibles 2, film d’animation américain de Brad Bird (à ne pas manquer)Woman at War, film français, islandais et ukrainien de Benedikt Erlingsson (à ne pas manquer)Au poste !, film français de Quentin Dupieux (à voir)Femmes du chaos vénézuélien, documentaire français de Margarita Cadenas (à voir)L’Ile au trésor, documentaire français de Guillaume Brac (à voir)American Nightmare 4 : les origines, film américain de Gerard McMurray (pourquoi pas)Trois contes de Borges, film français de Maxime Martinot (pourquoi pas)Le Dossier Mona Lina, film allemand, français et israélien d’Eran Riklis (on peut éviter)
A l’affiche également :
A la dérive, film américain de Baltasar KormakurJoueurs, film français de Marie MongeMes Frères, film français de Bertrand GuerryLes Quatre Sœurs, documentaire français (en deux parties) de Claude LanzmannTamara, vol. 2, film français d’Alexandre CastagnettiUn village dans le vent, documentaire français de Jean-Louis Gonterre





                            


                        

                        


<article-nb="2018/07/08/21-20">
<filnamedate="20180708"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180708"><AAMMJJHH="2018070821">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ L’ancien producteur de cinéma est déjà poursuivi pour viol et agression sexuelle sur deux femmes différentes. Début juin, il avait plaidé non coupable.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤                     
                                                

Harvey Weinstein mis en examen pour agression sexuelle sur une troisième femme

L’ancien producteur de cinéma est déjà poursuivi pour viol et agression sexuelle sur deux femmes différentes. Début juin, il avait plaidé non coupable.



Le Monde
 |    02.07.2018 à 18h17
   





                        



   


L’ancien producteur de cinéma Harvey Weinstein, déjà poursuivi pour viol et agression sexuelle sur deux femmes différentes, a été mis en examen pour une autre agression sexuelle sur une troisième femme, a annoncé, lundi 2 juillet, le procureur de Manhattan, Cyrus Vance.
Cette nouvelle agression présumée pour « un acte sexuel forcé » remonterait à 2006 et est punissable d’une peine minimum de 10 ans de prison en cas de condamnation, a précisé le procureur dans un communiqué. Les poursuites précédentes portaient sur des agressions présumées datant de 2004 et 2013 et M. Weinstein avait plaidé non coupable devant le tribunal de New York, début juin.

        Lire aussi :
         

                « Je ne pensais pas le voir un jour menotté » : les réactions des victimes d’Harvey Weinstein



L’ancien producteur avait été remis en liberté contre une caution d’un million de dollars. Il doit aussi porter un bracelet électronique et rester dans les Etats de New York et du Connecticut.
Mouvement #MeToo
Au-delà de ces mis en examen, près d’une centaine de femmes – dont des stars comme Angelina Jolie ou Ashley Judd – ont affirmé depuis octobre avoir été harcelées ou abusées sexuellement par le producteur. Des faits présumés étalés sur plusieurs décennies. Plusieurs femmes ont reconnu avoir touché de l’argent en échange de leur silence sur ces agressions.
Les révélations sur M. Weinstein avaient déclenché le mouvement antiharcèlement #MeToo, où plusieurs hommes, connus ou non, avaient été accusés d’abus sexuels par de nombreuses femmes.

Notre sélection d’articles sur l’affaire Weinstein
Retrouvez les contenus de référence du Monde sur l’affaire Harvey Weinstein :
Aux origines de l’onde de choc mondiale : comment des révélations du New York Times puis du New Yorker ont entraîné la fin d’un des derniers moguls du cinéma. Lire notre récit sur la chute d’Harvey Weinstein Au fil des semaines, la liste des victimes du producteur s’est allongée pour devenir vertigineuseLe scandale a produit une déflagration inédite dans le septième art : l’industrie du cinéma s’est retrouvée confrontée à ses pratiquesL’affaire a aussi entraîné une vaste libération de la parole des femmes : « Nous sommes si nombreuses que c’en est impressionnant », écrit la sociologue Irène Théry dans une tribune.Cette vague a touché tous les secteurs aux Etats-Unis, eu des répercussions en France et en Europe, mais n’a pas été universelle, à l’image de l’Inde.Des voix dissonnantes, s’inquiétant d’une dérive puritaine, se sont aussi fait entendre : « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle », écrivent 100 femmes, dont Catherine Deneuve, dans une tribune.Plusieurs mois après ses débuts, « le mouvement #MeToo est toujours là, tout à la fois libérateur, dérangeant, encombrant. Critiqué, aussi », analyse Le Monde





                            


                        

                        

