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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Pour son début de tournée, le chanteur propose une belle relecture de ses mélodies à travers le prisme de ses racines rock.
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Etienne Daho enthousiasme le festival Days-off

Pour son début de tournée, le chanteur propose une belle relecture de ses mélodies à travers le prisme de ses racines rock.



Le Monde
 |    08.07.2018 à 18h54
    |

                            Stéphane Davet








                        



   


Sirènes d’alerte et rougeoiements de braise posent l’ambiance, avant qu’Etienne Daho et ses cinq musiciens fassent résonner, dans cette pénombre guerrière, le maelström de (trois) guitares, le martèlement de basse et la batterie tribale portant l’envoûtante cavalcade de Les Filles du canyon, titre d’introduction de Blitz, son onzième album (sorti le 17 novembre 2017), et du sixième concert du Blitz Summer Tour, donné le 7 juillet, à la Philharmonie de Paris, dans le cadre du festival Days-Off.
Sans doute parce que ces premières dates cherchent d’abord à capter le large public des rassemblements estivaux, seuls quatre titres de ce fascinant dernier opus figurent, pour l’instant, au répertoire de ce début de tournée. Cela n’empêche pas ce disque de donner le ton de tout le concert, en relisant les chansons passées à travers le prisme des racines rock du dandy rennais.

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Car une des spécificités de Blitz est de nous rappeler que l’icône pop française a aussi été un enfant du rock. On avait eu tendance à l’oublier tant le chanteur avait cherché à fuir, au début des années 1980, les œillères du purisme électrique pour modeler un style se moquant des frontières.
Modèle de la légèreté pop synthétique des « eighties », Le Grand sommeil se pare aujourd’hui d’arpèges « sixties » et d’une batterie dont la résonance évoque les hits de Phil Spector, producteur dont les « girls group » et le « mur du son » figurent parmi les références majeures de Blitz. Tirées elles-aussi de son second album, La Notte La Notte (1984), des chansons comme Sortir ce soir ou Poppy Gene Tierney (plus jouée en concert depuis trois décennies) se zèbrent d’une intensité post-punk.
De fins néons et des éclairages à dominante crépusculaire
Si, lors de précédentes tournées, Daho avait parfois durci son vieux répertoire d’une énergie rock, jamais il n’avait autant plongé ses mélodies dans l’élégance millésimée de ses passions pour la pop des années 1960, le psychédélisme de Syd Barrett ou les tourneries hypnotiques et guitares venimeuses du Velvet Underground et de ses héritiers (Jesus and Mary Chain, My Bloody Valentine…).
Encadrés d’un périmètre de fins néons, baignant dans des éclairages à dominante crépusculaire, de vieux complices comme le batteur Philippe Entressangle, le bassiste Marcelo Giuliani, les guitaristes François Poggio et Mako, et le claviériste-guitariste Jean-Louis Pierot s’adaptent avec une impressionnante cohésion (à l’exception d’un approximatif Epaule Tatoo) à cette esthétique imprégnée des vapeurs enivrantes de Blitz.

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Le groupe peut s’emballer avec entrain -Tombé pour la France, Bleu comme toi (au piano étrangement springsteenien) -, ou creuser des vertiges plus sombres - Réévolution, L’invitation, Des attractions désastres - fusionnant avec la voix d’un Daho souvent mixé façon rock anglais (au même niveau que les instruments) plus que mise en avant façon « chanson française ».
Le parti pris pourrait être frustrant s’il était systématique, mais le chanteur, habillé d’un polo noir laissant deviner une carrure athlétique, sait affirmer à propos sa sensualité vocale et une présence fraternelle entretenant, depuis plus de 30 ans, un rapport affectif immuable avec son public.
« Week-end à Rome », ralenti à la façon d’un vieux slow de la Motown
On se reconnaît dans ses danses, mains en avant semblant caresser ses fans, dans son petit déhanché d’éternel ado. On est touché quand il ouvre son cœur dans le dépouillement vibrant d’un Week-end à Rome, ralenti à la façon d’un vieux slow de la Motown (fondu-enchaîné avec le récent Les Flocons de l’été), dans les miroitements d’une reprise de Gainsbourg, Comme un boomerang, dédié à son interprète originelle, Dani (présente dans la salle, comme Lou Doillon, Emmanuelle Seigner ou la cinéaste Tonie Marshall) ou le romantisme préservé de classiques comme Ouverture ou Le premier jour (du reste de ta vie).
Avant de terminer, en anglais, avec un inédit, Summertime, signé Pierre Emery (leader du groupe Ultra-Orange, fasciné lui aussi par la mythologie du Velvet et des Stooges), Daho a joué en rappel un quatrième titre, Après le Blitz, de son dernier opus. La réussite live de ce morceau de bravoure disco-rock dansant, « léger face au danger », au rythme des tourments du monde, l’incitera, espérons-le, à inclure plus de titres de cet album audacieux dans la seconde partie d’une tournée qui passera, entre autres, à l’Olympia du 27 novembre au 2 décembre.
Concerts : Le 19 juillet, à Arles, festival Les Escales du cargo ; le 20, au Midi festival, à Hyères ; le 22, à Biarritz en été ; le 27, aux Escales de Saint-Nazaire ; le 1er août, au Monte Carlo Sporting Summer Festival, à Monaco ; le 11, au festival d’Erbalunga, à Brando ; le 17, à La Route du Rock, à Saint-Malo.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Notre choix du soir. Sonia Dauger décrypte dans ses dimensions sportive, politique et sociale, l’épreuve reine de l’athlétisme (sur Canal+ à 21 heures).
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TV – « Sprint », une radiographie des rois du 100 mètres

Notre choix du soir. Sonia Dauger décrypte dans ses dimensions sportive, politique et sociale, l’épreuve reine de l’athlétisme (sur Canal+ à 21 heures).



Le Monde
 |    08.07.2018 à 18h00
    |

                            Philippe-Jean Catinchi








                        


Documentaire sur Canal+ à 21 heures

   


Imagine-t-on plus spectaculaire qu’une course qui se joue en dix secondes seulement ? Une épreuve en outre que le calendrier sportif programme précisément afin que des centaines de millions de téléspectateurs la suivent en direct et dont les rediffusions n’altèrent pas l’impeccable dramaturgie ? C’est, depuis le passage au professionnalisme du monde de l’athlétisme, le privilège du 100 m. Avec le risque inhérent à toute surmédiatisation de suspicion et de tricherie.
Alors que les Jeux olympiques de Los Angeles (1984) ont vu s’imposer, grâce à l’épreuve reine, la première icône mondiale de la discipline, le quadruple médaillé d’or Carl Lewis, dès l’édition suivante, à Séoul, ce sont les Jeux les plus sales de l’ère moderne qui ont frappé les esprits. Le dopage régnant alors en maître sur la compétition, « la course du siècle », entre Carl Lewis et Ben Johnson, se mua en parodie de duel chevaleresque. Et si, trente ans plus tard, les records du sprint féminin établis à l’été 1988 tiennent encore, c’est que la preuve de la faute n’a pas été établie. Bien que Florence Griffith-Joyner, indétrônée, soit morte prématurément de ces pratiques frauduleuses.
La force du documentaire tient à l’intelligente sélection par Sonia Dauger des figures qui ont fait du sprint l’épreuve phare de l’athlétisme. Par sa dramaturgie, d’abord. Quand on revoit la course de trop dont, pour faire plaisir à ses millions de fans, le Jamaïquain Usain Bolt prend le départ à Londres pour ses derniers Mondiaux en 2017.

   


Par l’arène politique qu’elle peut être aussi. Le 3 août 1936, lorsque Jesse Owens triomphe dans l’arène berlinoise vouée au sacre du sport aryen, offrant un cinglant démenti du credo nazi. Ou quand on mesure le vrai moteur de la course des Noirs américains Tommie Smith et John Carlos, à Mexico, aux JO de 1968, qui visent le podium pour en faire une tribune mondiale de la dénonciation de la ségrégation raciale qu’ils subissent dans leur pays, brandissant un poing ganté.
Stars planétaires
Enfin, par la geste sociale qu’elle met en lumière. L’évocation, ici, impose, en leur faisant la part belle, les vrais héros de cette course mythique, Jesse Owens et Usain Bolt, que rien ne prédisposait à leur statut de stars planétaires. Le premier, Owens, sans avenir dans l’Alabama de ses racines, ne doit qu’à l’installation des siens à Cleveland de pouvoir courir, à part certes, car exclu du campus réservé aux Blancs, mais d’une liberté d’oiseau sur la cendrée. Pour autant, son triomphe à Berlin gêne tant l’establishment qu’il n’est pas reçu à son retour à la Maison Blanche et se voit retirer sa licence sur des imputations mensongères, ce qui mettra fin à sa carrière internationale. La tardive réparation par Gerald Ford lui octroyant, en 1976, la plus haute distinction accordée à un civil, la Médaille présidentielle de la liberté, ne pèsera pas lourd en regard de la vie brisée.
Le second, Bolt, enfant handicapé par une scoliose et une jambe trop courte, puis par un gabarit adulte hors norme, a réussi par son aisance et son flegme souriant à être non seulement le mieux payé, mais le plus aimé de tous les rois du sprint. C’est sans doute pour ces deux légendes rayonnantes que les ombres qui ont pu gâcher la fête, sectarisme et racisme naguère, dopage plus récemment, n’ont pas durablement entaché la magie de l’épreuve.
Sprint, de Sonia Dauger (Fr., 2018, 90 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Créée en 1998, la série d’animation japonaise « Cowboy Bebop » fête ses vingt ans. C’est l’occasion d’analyser son générique culte avec son réalisateur iconoclaste Shinichiro Watanabe.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ De passage à la Japan Expo pour célébrer les vingt ans de sa série animée culte, le réalisateur japonais est revenu sur l’importance du mélange des genres et de la musique dans son œuvre.
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Shinichiro Watanabe : « Si on avait mis de la musique de John Williams sur “Cowboy Bebop”, l’œuvre aurait été banale »

De passage à la Japan Expo pour célébrer les vingt ans de sa série animée culte, le réalisateur japonais est revenu sur l’importance du mélange des genres et de la musique dans son œuvre.



Le Monde
 |    08.07.2018 à 15h52
    |

            Pierre Trouvé (Propos recueillis par) et 
Pauline Croquet








                        



   


A l’image de ses héros Spike ou Mugen, Shinichiro Watanabe a la gâchette verbale facile et un air parfois blasé. Mais il suffit de lui parler de musique ou de cinéma pour voir le regard du réalisateur japonais pétiller. Habitué des conventions de pop culture en France, sa venue à la Japan Expo qui se tient jusqu’au dimanche 8 juillet au parc des expositions de Villepinte revêtait, cette fois, un caractère particulier.
En compagnie de toute son équipe, le cinéaste est venu célébrer les vingt ans de Cowboy Bebop, sa première grande série, un western-space opera, mâtiné de jazz et de blues, devenu l’une des œuvres de référence de l’animation des années 1990. Un anime qui va consacrer aussi le style Watanabe : prendre des univers classiques de l’animation pour les retordre à la lumière d’un autre genre. Il revisite ainsi les aventures de chasseurs de primes avec des vaisseaux spatiaux dans Cowboy Bebop, le crépuscule de l’époque des samouraïs avec la culture hip-hop dans Samurai Champloo, ou encore se fait épauler par la compositrice Yoko Kanno pour donner de l’envergure et une bande-son jazz à l’adaptation du manga romantique Kids on Slope. Rencontre.
 « Cowboy Bebop » a vingt ans cette année. Quel a été le chemin que vous avez parcouru depuis cette série ? Que vous a permis son succès ?
Ce n’est pas quelque chose qui se limite à moi, mais quand on réalise une œuvre qui marche, on nous demande souvent par la suite de reproduire la même chose. J’ai eu beaucoup de propositions de Cowboy Bebop 2, et j’ai fait beaucoup d’efforts pour les refuser. A force de faire toujours le même genre d’œuvres, le travail créatif peut s’avérer par la suite de moins en moins intéressant. D’où l’idée de toujours tenter quelque chose de différent. En gardant ce principe, je pense pouvoir faire en sorte que mes œuvres restent fraîches. Mais j’admets que le succès de Cowboy Bebop m’a facilité les choses. Par exemple, pour ma série suivante, Samurai Champloo, j’ai eu carte blanche. C’était très agréable.
Plusieurs de vos œuvres sont des combinaisons, des mélanges de styles, de registres. Est-ce une façon pour vous de bousculer l’ordre établi, les codes de l’animation ?
Il y a un peu de ça. C’est-à-dire que faire un dessin animé où il y a seulement de l’action, de la SF ou du chanbara [genre tournant autour de combats à l’épée], ce n’est pas forcément très intéressant. Dans Cowboy Bebop, nous avons eu recours à de la musique blues sur de la SF ; cela n’avait jamais été utilisé, et cela lui a donné une ambiance particulièrement originale. Si on avait mis de la musique de John Williams sur Cowboy Bebop, je pense que l’œuvre aurait été très banale.
On retient le western ou l’espace dans « Cowboy Bebop », le chanbara pour « Samurai Champloo », mais il semblerait que le polar traverse votre travail…
Ce genre d’effet stylistique n’est pas vraiment conscient. Hayao Miyazaki ne se dit pas « je vais faire un film Miyazaki », le style sort tout seul. Pour mon travail, l’influence du cinéma ne peut pas être niée. Il y a aussi celle de beaucoup de romans comme ceux de Raymond Chandler, ou les polars japonais.
Polar, espace, thriller, samouraïs, rien n’a l’air de vous résister. Y a-t-il un univers ou un style auquel vous ne voulez pas vous frotter et pourquoi ?
Il existe encore beaucoup de genres auxquels je ne me suis pas attaqué et, franchement, j’espère pouvoir tous les faire avant de mourir.
Vous avez réalisé l’année dernière un court-métrage d’animation pour faire la jonction entre les deux films « Blade Runner ». Est-ce que ça n’a pas été trop compliqué ou frustrant de travailler sur un univers calibré à l’avance ?
Je suis un très grand fan du film original Blade Runner, c’est une œuvre qui m’a énormément influencé et j’ai pu rentrer facilement dans cet univers. Au contraire, j’ai fait très attention à maintenir l’univers Blade Runner, tout en réussissant à insérer mon style. Denis Villeneuve [réalisateur de Blade Runner 2049] ne m’a pas vraiment passé de consigne. De toute façon, à la base Ridley Scott lui avait dit : « fais ce que tu veux. »

La musique occupe une place prépondérante dans vos œuvres et vous êtes un grand fan de jazz. Est-ce qu’un bon anime doit absolument avoir une bande-son ?
Tout à fait. L’image peut être excellente, mais si la musique n’est pas bonne, ce sera très dur à regarder. Je ne suis pas fixé sur un style mais, par contre, quand c’est cheap, ça rabaisse énormément le rendu final. Donc peut importe le style pourvu que ce soit de très bonne qualité. Je suis d’ailleurs régulièrement producteur de bandes-son d’animes, pas seulement sur mes œuvres, parce que j’aimerais vraiment que la production de musiques d’anime s’améliore.
Quelle partition ou artiste aimeriez-vous mettre en images ?
Quand j’étais enfant, j’ai été très marqué par le groupe japonais Yellow Magic Orchestra [groupe célèbre des années 1980 fondé par Ryuichi Sakamoto], et je rêverais de pouvoir collaborer avec eux, d’avoir leur musique dans un de mes projets. Si vous les rencontrez, faites leur passer le message.

Dans « Terror in Resonance », diffusée en 2014, vous semblez très critique envers le pouvoir et l’Etat. C’est aussi le cas dans « Samurai Champloo », dans lequel les gouvernants sont corrompus. Vous méfiez-vous de la politique et de l’ordre établi ?
Je n’aime pas vraiment tout ce qui est autorité ou état policier, ni tout ce qui entrave la liberté individuelle, cela ressort donc naturellement. Je pense que sur ce point, avec leur histoire, les Français peuvent comprendre mon point de vue.
« Terror in Resonance » aborde la question du terrorisme, avec une empathie pour les deux adolescents poseurs de bombes. N’est-il pas trop délicat d’aborder ce sujet à notre époque ?
C’était un sujet très délicat et il a été difficile de trouver un diffuseur. Cela a pris cinq ans entre la naissance du projet et le début de la production. On me dit souvent que le thème central est le terrorisme, mais je vous invite à regarder la série une nouvelle fois. La série se déroule dans ce cadre, mais il s’agit d’autre chose. Ce n’est pas vraiment une œuvre pour soutenir le terrorisme, mais sur l’idée que les gens dont l’existence est effacée par l’Etat peuvent s’exprimer. L’idée n’est pas de dire aux spectateurs « soyons tous terroristes ».
Sur les problèmes sociaux qui sont évoqués dans Terror in Resonance, les jeunes sont de nos jours complètement indifférents à ce genre de sujet, et c’est une très mauvaise chose. Avec cette série, je souhaitais qu’ils prennent conscience des différents problèmes évoqués, mais je n’avais aucunement l’intention d’imposer une idée.

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                « Terror in Resonance » : le terrorisme pour les nuls



Une grande partie de vos personnages sont des hors-la-loi au grand cœur. Le bien ne vient pas forcément du pouvoir établi, mais des gens qui s’en affranchissent. C’est un message qui vous tient à cœur ?
Pas vraiment, je dirais que c’est plutôt moi qui me projette. il y a un côté très hors la loi chez les animateurs au Japon…
Vous êtes un cow-boy de l’animation, quelque part ?
C’est à peu près ça (rires).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ L’Institut Giacometti a ouvert ses portes le 26  juin. Des travaux de rénovation sont en cours à la Fondation Dubuffet, tandis que celle d’Henri Cartier-Bresson s’installe dansde nouveaux locaux le 17 octobre à Paris.
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La renaissance des fondations d’artistes

L’Institut Giacometti a ouvert ses portes le 26  juin. Des travaux de rénovation sont en cours à la Fondation Dubuffet, tandis que celle d’Henri Cartier-Bresson s’installe dansde nouveaux locaux le 17 octobre à Paris.



Le Monde
 |    08.07.2018 à 10h00
    |

            Nicole Vulser








                        



                                


                            

Soixante-dix sculptures longilignes, en plâtre et en bronze, les toutes dernières œuvres sur lesquelles travaillait Alberto Giacometti avant sa mort, sont présentées dans un hôtel particulier Art déco et Art nouveau du quartier Montparnasse à Paris. L’Institut Giacometti, financé par la fondation du même nom, a ouvert au public le 26 juin. Au fond d’une cour arborée du 6e arrondissement, un chantier bat son plein pour agrandir et rénover entièrement la Fondation Jean-Dubuffet. Enfin, au cœur du Marais, les pelleteuses s’activent avant l’inauguration, prévue le 17 octobre, des nouveaux locaux de la Fondation Henri-Cartier-Bresson. Qu’ont donc en commun Alberto Giacometti, Henri Cartier-Bresson, Jean Dubuffet, mais aussi Jean Arp et Sophie Taeuber, Hans Hartung et Anna-Eva Bergman, Georges Rouault, Victor Vasarely, Albert Gleizes ou encore Le Corbusier ? Tous sont dotés d’une fondation reconnue d’utilité publique, certaines voulues et créées du vivant de ces artistes, d’autres mises en place, par leurs proches, après leur décès.

Pas toujours connues du grand public, ces fondations permettent de « sanctuariser les ateliers, les lieux où vivaient les artistes, mettre en valeur leurs œuvres et leurs collections personnelles, monter des expositions et préserver leurs archives », explique Jérôme Kohler, directeur de Philanthropic Lab, une structure consacrée au conseil en philanthropie.
Spécificité franco-française, leur statut est réglementé de façon très précise : « une dotation initiale (un fonds d’œuvres, un immeuble, de la trésorerie…) doit permettre d’assurer son financement sans faire appel aux subsides de l’Etat », explique Sophie Webel, directrice de la Fondation Jean-Dubuffet. Par ailleurs, ajoute-t-elle, les fondations d’utilité publique sont contrôlées par un conseil d’administration composé de représentants de l’Etat (des collectivités locales, du ministère de la culture et/ou de l’intérieur), de personnalités...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ De nombreux mangas mettent en scène des héroïnes ultra-sexualisées, des plaisanteries sexistes et normalisent l’absence de consentement. Quelques mois après l’émergence du mouvement #MeToo, reportage à Japan Expo.
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Loin de #MeToo, le discret débat sur le sexisme dans le manga

De nombreux mangas mettent en scène des héroïnes ultra-sexualisées, des plaisanteries sexistes et normalisent l’absence de consentement. Quelques mois après l’émergence du mouvement #MeToo, reportage à Japan Expo.





Le Monde
 |    08.07.2018 à 10h00
    |

            Pauline Croquet et 
Morgane Tual





« La représentation des femmes dans le manga, c’est pas vraiment ça. » Gladys Boucherit, costume de licorne et lunettes dans les cheveux, est une grande lectrice de bande dessinée japonaise. Comme des dizaines de milliers d’autres, elle s’est rendue ce jeudi 6 juillet à Villepinte, en région parisienne, pour participer à Japan Expo, le plus grand événement français consacré à la culture pop japonaise. Assise à l’ombre du grand bâtiment du parc des expositions, elle détaille ce qui, dans les mangas, la met mal à l’aise depuis des années. « Il y a de gros problèmes sur la notion de consentement. Souvent, dans les mangas pour jeunes filles, l’héroïne n’est pas d’accord pour qu’un garçon l’embrasse, mais à la fin elle finira par l’aimer. Ce n’est pas une bonne représentation pour les jeunes », estime cette femme de 28 ans.
Elle n’est pas la seule, sur ce salon, à critiquer le sexisme de certaines œuvres. Pour Karine, 31 ans, qui patiente devant un stand de bouchées vapeur, ce sont plutôt les shonen, ces mangas pour jeunes hommes, qui posent problème. « Pourquoi les femmes y sont aussi déshabillées ? Les personnages masculins, eux, ne sont pas en petite tenue. Ça m’énerve. » Fiona Renouf, lycéenne de 17 ans venue de Belgique avec sa mère, se montre moins agacée. « Il y a beaucoup de stéréotypes. Ça ne me dérange pas, mais je le remarque. Et je ne me laisse pas influencer. »

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                Dix mangas coups de cœur à retrouver sur les stands de la Japan Expo



Dans les allées de Japan Expo, pas besoin de chercher bien loin pour confirmer les propos de ces jeunes femmes. Sur les couvertures des livres, les affiches géantes ou les figurines, les personnages féminins sont souvent ultra-sexualisés – et ont parfois l’apparence de très jeunes adolescentes, voire d’enfants. En feuilletant au hasard des mangas, on découvre aussi des héroïnes soumises aux hommes, des propos et plaisanteries sexistes, et il n’est pas rare d’apercevoir des scènes où le consentement du personnage est clairement bafoué. S’il ne s’agit que d’une partie de la production – de nombreux titres ne contiennent pas de scènes problématiques, et valorisent des personnages féminins très forts –, la récurrence de ce type de contenu interroge, dans la foulée du mouvement de société #MeToo, qui a remis le féminisme sur le devant de la scène et imposé dans le débat public la notion de « culture du viol ».
Le harcèlement, ressort comique
Il faut dire qu’au Japon, « #MeToo n’a pas fait beaucoup de bruit », souligne Christine Lévy, maîtresse de conférences à l’université Bordeaux-Montaigne, spécialiste du féminisme et des questions de genre au Japon. « Ça n’a pas du tout eu le même écho qu’en Europe ou en Amérique du Nord, il n’y a pas eu de débat de société. » Dans cette société où « le modèle féminin est gentil, poli et soumis », les suites de l’affaire Weinstein n’ont généré aucun séisme dans l’industrie culturelle, contrairement aux Etats-Unis. Et logiquement, aucune remise en question des éditeurs de mangas.

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Et du côté des éditeurs français ? Le discours varie. « On se sent assez loin de ces problématiques », assume Sébastien Dallain, qui dirige la branche édition de Panini France. « Cette question me laisse un peu perplexe, je ne me la suis pas posée. » Pour lui, qui reconnaît avoir « une responsabilité morale », l’objectif est « d’apporter du plaisir au lecteur. On se demande jusqu’où on peut aller, et il y a des choses qu’on ne va pas publier car trop violentes ou sexistes ».
Son entreprise édite notamment un des mangas les plus emblématiques des années 1980 et 1990 : City Hunter, plus connu en France dans sa version animée, baptisée Nicky Larson. Le héros, Ryo Saeba, y passe une bonne partie de son temps à harceler sexuellement quasiment tout personnage féminin à sa portée – le principal ressort comique de ce shonen. « C’est de l’humour typiquement japonais, et le harceleur est tourné en ridicule, estime Sébastien Dallain, ça éveille des consciences. »
Les éditeurs posent leurs « limites »
Certains poncifs se retrouvent d’un manga à l’autre, comme les innombrables gros plans sur petites culottes, ou les personnages féminins surpris dans la salle de bain. « Parfois, ce sont les éditeurs japonais qui demandent que l’auteur ajoute ce type de scène », explique Arnaud Plumeri, directeur éditorial chez Doki-Doki, quelques stands plus loin. « Après une enquête auprès des lecteurs, le responsable éditorial va dire : les lecteurs trouvent cette héroïne sexy, il faut la montrer plus. » Et souvent la sexualiser davantage – une pratique parfois appelée plus ou moins ironiquement « fan service ». On a par exemple vu la taille des seins de Nami, un personnage féminin de One Piece, gonfler considérablement avec le temps - quand bien même ce manga très populaire compte, selon les études de lectorat, autant de lectrices que de lecteurs en France.
Des évolutions que ne sont pas en mesure d’anticiper les éditeurs français, explique Arnaud Plumeri, comme l’apparition de certaines scènes qui pourraient leur déplaire. « Pour acheter un titre, il faut faire des offres dès la publication au Japon du premier volume. On ne sait pas où va l’histoire, ce que ça va donner. » Résultat, il lui est arrivé de trouver des « subterfuges » pour « éviter que la ligne jaune soit franchie ». Quitte à « édulcorer un dialogue » ou agrandir le cartouche de texte pour masquer une image lui posant problème.
Il n’est pas le seul. Une page du tome 7 de Dead Tube, paru en janvier et mettant en scène un viol, a ainsi été considérablement noircie par les éditions Delcourt/Tonkam. « Parce qu’elle ne nous paraissait pas utile dans le déroulé de l’histoire et surtout qu’il y a des limites que nous ne voulons pas dépasser », explique Pascal Lafine, éditeur chez Delcourt/Tonkam.
Des choix éditoriaux plus responsables
Chez Akata, dont le stand est à deux pas, on assure ne « jamais » recourir à ce type de censure. Mais préférer choisir des titres plus intelligents. « Dans le shojo [les mangas pour jeunes filles], beaucoup de mangas sont dessinés par des femmes, et les personnages masculins se comportent comme des rustres. Et ce n’est jamais remis en question dans l’histoire ! » déplore Bruno Pham, directeur éditorial.
« Le problème, c’est le systématisme, le manque de recul de certains mangas où c’est normalisé. Le beau gosse est un rustre, mais comme il est beau, alors ce n’est pas grave ! Chez Akata, si le personnage est un connard sans rien derrière, on ne va pas publier. »
Et de citer Game, un manga sorti cette année, présenté comme féministe, et qui provoqua quelques remous dans le landerneau français du manga. Il raconte comment Sayo, une cadre brillante, finit par céder aux sollicitations insistantes d’un collègue, et établit une relation purement physique entre eux. « L’héroïne est consciente que c’est un connard, et il n’est pas présenté avec de petites étoiles, le manga ne dit pas que c’est bien ou mal. C’est neutre, et ça change tout. »
Guillaume Kapp, quant à lui, tente de rendre plus responsable le choix des mangas édités par Ototo/Taifu Comics. Et pour cause : l’entreprise est notamment spécialisée dans le yaoi, un genre mettant en scène des histoires d’amour entre hommes, à destination d’un lectorat principalement féminin, et où les scènes de viol sont monnaie courante. « On y fait de plus en plus attention. Dans certains cas, le violé finit par dire “j’ai aimé ça et maintenant je t’aime”. Ça me pose problème. » Lui essaye désormais de choisir des mangas davantage axés sur des questions de société, comme l’homoparentalité. « On fait de moins en moins de titres avec du viol gratuit, la fiction a ses limites », explique-t-il.
« La prise de conscience doit venir du Japon »
La France étant l’un des premiers marchés au monde pour le manga, les exigences des éditeurs français ont-elles une influence sur la façon de faire de leurs homologues japonais ? « Il ne faut pas se leurrer, estime Guillaume Kapp. Le Japon reste très auto-centré, même s’il vend à l’international. Les éditeurs japonais ne changeront jamais le travail des auteurs pour ça. La prise de conscience doit venir du Japon. »
Et du côté des mangakas français, de plus en plus nombreux ? Elsa Brants, auteure de Save Me Pythie, dit se « battre contre ça depuis longtemps ».
« Les codes du manga, c’est un langage avec lequel on peut raconter ce qui nous est propre, c’est adaptable à chaque culture et individu. On peut faire du bon manga humoristique sans vulgarité, sans sexisme, sans violence envers les femmes. »
A Japan Expo, qui compte autant de femmes que d’hommes dans ses visiteurs, aucun événement – conférence, débat ou autre – n’a été consacré à la question lors de cette édition, contrairement à de nombreux autres grands événements culturels de l’année. « Si on fait ce débat sur le manga, cela reviendrait quelque part à juger la société japonaise et je ne pense pas que ce soit aux Français de le faire, explique Thomas Sirdey, cofondateur de la Japan Expo. Il faut se demander à quoi servirait ce débat. Si c’est pour que les plus jeunes s’informent, prennent conscience et construisent quelque chose de plus sain, pourquoi pas. Donc un débat pour ouvrir l’esprit des gens pourquoi pas, pour juger la société japonaise, je ne veux pas. »




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Vera Ligeti, la dernière freudienne

A 88 ans, la psychanalyste d’origine hongroise consulte toujours. Epouse du compositeur György Ligeti, elle a participé au renouveau de la psychanalyse en Autriche et perpétue l’héritage du « maître » à Vienne.



Le Monde
 |    08.07.2018 à 08h00
    |

                            Christine Lecerf








                        



                                


                            

A Vienne, en Autriche, on l’appelle « die Freudianerin », « la freudienne ». Dans son cabinet perché sur les hauteurs de la ville, Vera Ligeti pratique la psychanalyse depuis plus d’un demi-siècle. Très discrète, n’accordant que de rares entretiens, l’épouse du compositeur György Ligeti, mort en 2006, est pourtant l’une des dernières héritières de Sigmund Freud (1856-1939).
Née en 1930, dans une famille juive assimilée de Budapest, Vera Ligeti, née Veronika Spitz, n’a jamais rencontré le maître viennois. Petite fille, elle aurait cependant pu le croiser dans la capitale hongroise, qui était le second berceau de la psychanalyse. Pour cette analyste de la génération des petits-enfants du père fondateur, Freud est d’ailleurs considéré comme un « membre de la famille » : « Quand je lis ses lettres, quand je regarde sa façon de vivre, j’ai le sentiment de le connaître. Le Freud privé est très similaire à mon grand-père. C’est mon grand-père, et je l’aime, d’un amour véritable. »
Vera Ligeti a entendu prononcer le nom de Freud pour la première fois en 1938, l’année de l’annexion de l’Autriche par le IIIe Reich et de l’exil du maître en Angleterre. Une jeune psychologue viennoise réfugiée à Budapest lui avait alors parlé de cet homme qui avait fait de très grandes découvertes dans sa ville natale : « J’étais fascinée. Je lui posais des milliers de questions. Lili m’avait plutôt dépeint Freud sous les traits d’un Moïse, quelqu’un de grandiose et d’impressionnant, juché sur le mont ­Sinaï », s’exclame Vera Ligeti en laissant échapper un franc éclat de rire.
« L’Interprétation des rêves » à 8 ans
A peine âgée de 8 ans, déjà lectrice compulsive et dotée d’une insatiable curiosité, la future psychanalyste s’était ­ensuite procuré un exemplaire de L’Interprétation des rêves (1900), traduit en hongrois par Sandor Ferenczi, l’un des plus proches disciples de Freud. Pressentant qu’elle tenait là quelque chose...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Elie Séonnet retrace l’ascension du célèbre tissu et explique les différents enjeux, culturels, économiques et politiques, qu’il suscite (sur Paris Première à 10 h 10).
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TV – « Wax in the City »

Elie Séonnet retrace l’ascension du célèbre tissu et explique les différents enjeux, culturels, économiques et politiques, qu’il suscite (sur Paris Première à 10 h 10).



Le Monde
 |    08.07.2018 à 08h00
    |

            Pierre Lepidi








                        


Documentaire sur Paris Première à 10 h 10

S’il y a toujours une touche d’Afrique sur les podiums des fashion weeks aujourd’hui, c’est grâce au wax. Dénigré il y a une dizaine d’années, ce tissu aux innombrables motifs vitaminés – avec des profils de Giscard, Mobutu ou Obama, selon les époques, ou des nuances tribales – est devenu l’emblème pop d’une génération. Dans un documentaire intitulé Wax in the City, le réalisateur Elie Séonnet retrace l’ascension de ce célèbre tissu et explique les enjeux, culturels, économiques et politiques, dont il fait l’objet.
De Beyoncé à Nicki Minaj en passant par les clientes de Monoprix, tout le monde s’arrache le wax. Mais l’Afrique en profite-t-elle vraiment ? Le documentaire, tourné au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Mali, au Bénin, mais aussi à Paris et aux Pays-Bas, donne la parole aux différents ­acteurs de la mode, des créateurs aux tisseuses traditionnelles en passant par les stylistes et les tailleurs de quartier. L’engouement est tel aujourd’hui que des marques africaines ou afropolitaines se sont développées comme Maison Château Rouge, Nash Prints It et Elie Kuame Couture.
Un tissu hollandais
A la tête de chacune d’elles, on trouve une jeunesse qui assume ses origines et n’entend pas faire de compromis. « Il y a quinze ans, les créateurs africains étaient très instinctifs, toujours dans l’inspiration et dans l’art, analyse Adama Ndiaye, styliste et fondatrice de la Dakar Fashion Week en 2002. Aujourd’hui, on est dans le business, le marketing… Mais par ­rapport au wax, je reste mitigée. » Car le tissu bariolé est tellement associé à l’Afrique qu’on en oublie qu’il est hollandais, apporté par des ­colonisateurs en Indonésie. Aujourd’hui, le coton enduit d’une fine couche de cire avant d’être froissé est conçu à Helmond, siège de la célèbre marque Vlisco aux Pays-Bas, avant de ­rejoindre notamment Dantokpa, l’immense marché de Cotonou.
Dans les échoppes de la capitale économique du Bénin, les rues poussiéreuses du Mali ou sur une plage de Dakar, le documentaire restitue l’ambiance des villes africaines. Des images soignées ponctuent les séquences, rythmées par les entretiens et les ­déplacements de Flora Coquerel, Miss France 2014 et présentatrice inspirée de ce documentaire aussi vivifiant qu’un pagne en wax.
Wax in the City, d’Elie Séonnet (Fr., 2018, 60 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Les critiques littéraires de l’homme de lettres paraissent dans deux nouveaux tomes de ses « Œuvres complètes ». Essentiel.
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Jean Paulhan là où on ne l’attend pas

Les critiques littéraires de l’homme de lettres paraissent dans deux nouveaux tomes de ses « Œuvres complètes ». Essentiel.



Le Monde
 |    08.07.2018 à 07h15
    |

                            Jean-Louis Jeannelle (Spécialiste des études littéraires et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Œuvres complètes IV et V. Critique littéraire, de Jean Paulhan, édité par Bernard Baillaud, Gallimard, 784 p. et 778 p., 39,50 € chacun.

Du critique le plus prestigieux de La Nouvelle Revue française durant l’entre-deux-guerres, Albert Thibaudet, Jean Paulhan (1884-1968) écrivait qu’il fut « le premier critique français qui ne tienne pas Baudelaire pour un extravagant, Mallarmé pour un fumiste et Lautréamont pour un simple fou ». Curieux titre de gloire, qui témoigne des risques encourus par qui prétend juger dans l’immédiat la valeur d’œuvres sur lesquelles la postérité portera quoi qu’il en soit un autre regard et qu’elle appréciera pour de tout autres raisons que lui, quand bien même l’évaluation du critique (chargé de conseiller une lecture) et celle du savant (chargé de commenter une relecture) coïncideraient. Toujours menacée de verser dans la promotion ou de paraître, rétrospectivement, aveugle à la nouveauté, la critique est une activité délicate qui se justifie avant tout par sa hauteur de vue et par l’alacrité d’un style : Jean Paulhan en fut l’un des grands praticiens et le plus ardent défenseur.
Homme de revues (La NRF, Commerce, Les Cahiers de la Pléiade…), tête chercheuse des éditions Gallimard, éminence grise de la république des lettres durant l’entre-deux-guerres et jusque dans les années 1960, Paulhan fut tout cela, et bien plus : l’auteur de petites fables sophistiquées et d’une œuvre critique hétéroclite, de la simple note au traité composé en longues volutes. Est-ce en raison du rôle (trop) stratégique qu’il exerçait auprès de Gallimard ? Ses œuvres complètes parurent chez un petit éditeur, Tchou, ce qui a nui à sa postérité. Depuis 2006, Bernard Baillaud en assure, sous la couverture blanche, une nouvelle édition en sept volumes, dont paraissent aujourd’hui les deux tomes réservés à cet exercice à chaud du goût littéraire.
Se confronter à...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Dans une lettre ouverte, l’actrice française proteste contre l’exclusion de son mari, Roman Polanski, de l’Académie, « pour satisfaire l’air du temps ».
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Article sélectionné dans La Matinale du 07/07/2018
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En signe de protestation, Emmanuelle Seigner refuse de rejoindre l’Académie des Oscars

Dans une lettre ouverte, l’actrice française proteste contre l’exclusion de son mari, Roman Polanski, de l’Académie, « pour satisfaire l’air du temps ».



Le Monde
 |    08.07.2018 à 04h47
 • Mis à jour le
08.07.2018 à 10h13
   





                        



   


Dénonçant une « amnésie » et une « insupportable hypocrisie », l’actrice française Emmanuelle Seigner annonce, dans une lettre ouverte publiée par Le Journal du dimanche du 8 juillet, son refus de rejoindre l’Académie des Oscars. Une décision prise en protestation à l’exclusion par cette organisation de son mari, le réalisateur Roman Polanski.
« L’Académie américaine des arts et des sciences du cinéma me propose de la rejoindre, en compagnie d’autres actrices, au nom d’une féminisation par ailleurs nécessaire. Qui peut croire que je ne me sente pas concernée par l’égalité des femmes et des hommes ? »
« Féministe, je le suis depuis toujours, mais comment puis-je faire semblant d’ignorer que l’Académie, il y a quelques semaines, a mis à la porte mon mari, Roman Polanski, pour satisfaire l’air du temps. La même Académie l’avait récompensé de l’Oscar du meilleur réalisateur pour Le Pianiste en 2003. Curieuse amnésie ! », poursuit-elle.

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                Après les critiques, l’Académie des Oscars continue à s’ouvrir à la diversité



« Cette Académie pense probablement que je suis une actrice suffisamment arriviste, sans caractère, pour oublier qu’elle est mariée depuis vingt-neuf ans avec l’un des plus grands metteurs en scène. Je l’aime, c’est mon époux, le père de mes enfants. On le rejette comme un paria et d’invisibles académiciens pensent que je pourrais “monter les marches de la gloire” dans son dos ? Insupportable hypocrisie ! », dénonce-t-elle.
Une « caricature machiste » de son époux
Qualifiant cette proposition d’« injurieuse », elle affirme être « la seule à pouvoir témoigner à quel point il [Polanski] regrette ce qui s’est passé il y a quarante ans ». Le réalisateur a plaidé coupable en 1977 de détournement de mineure pour avoir eu une relation illégale avec une adolescente de 13 ans. Au terme d’un accord amiable, des chefs d’accusation plus graves, dont viol d’une mineure de 13 ans sous l’emprise de stupéfiants, avaient été abandonnés.
Le conseil des gouverneurs de l’Académie a annoncé le 3 mai l’expulsion de M. Polanski et du comédien déchu Bill Cosby, condamné pour agression sexuelle. La décision se conformait au nouveau code de conduite adopté par la prestigieuse institution, dans la foulée de l’affaire Harvey Weinstein.

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                Bill Cosby et Roman Polanski exclus de l’Académie des Oscars



« Roman n’est en rien cette caricature machiste, symptôme du mal qui ravagerait le cinéma », conclut l’actrice de 52 ans.
Après cette expulsion, l’avocat américain du cinéaste, Harland Braun, a menacé de poursuivre l’Académie, jugeant qu’elle n’avait pas respecté la procédure en l’absence d’audience préalable de son client.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Il avait travaillé au début des années 1960 aux côtés de Stan Lee, autre cocréateur du personnage de l’homme-araignée et futur président de Marvel Comics.
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Article sélectionné dans La Matinale du 07/07/2018
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Mort de Stephen Ditko, créateur de Spiderman

Il avait travaillé au début des années 1960 aux côtés de Stan Lee, autre cocréateur du personnage de l’homme-araignée et futur président de Marvel Comics.



Le Monde
 |    07.07.2018 à 21h17
 • Mis à jour le
08.07.2018 à 10h58
   





                        



   


L’artiste de bande dessinée américain Stephen Ditko, cocréateur de Spiderman et d’autres héros, est décédé à l’âge de 90 ans. Il a été découvert mort dans son appartement de Manhattan, à New York, le 29 juin, sans que les causes de sa mort soient apparentes, a précisé la police, citée samedi 6 juillet par le magazine Hollywood Reporter.
Né en 1927 à Johnstown, en Pennsylvanie, Stephen Ditko avait travaillé au début des années 1960 aux côtés de Stan Lee, autre cocréateur du personnage de l’homme-araignée et futur président de Marvel Comics.
C’est M. Dikto qui avait notamment imaginé le fameux personnage de Peter Parker et son costume bleu et rouge de Spiderman, avec ses lanceurs de toile. Il était également cocréateur d’un autre personnage des éditions Marvel, Doctor Strange.
De Marvel à DC Comics, puis retour chez Marvel
En 1966, à la suite d’une querelle avec Stan Lee, il avait quitté Marvel pour d’autres maisons d’édition, notamment DC Comics, pour lesquelles il a créé des personnages moins connus, comme The Creeper, The Question, Blue Beetle ou encore Hawk and Dove. Il a recommencé à travailler pour Marvel en 1979.
« Aujourd’hui, toute la famille Marvel est attristée par la perte de Steve Ditko. Steve avait transformé la bande dessinée et l’univers de Marvel, et son héritage ne sera jamais oublié », a déclaré samedi dans un communiqué le président de Marvel Entertainment, Dan Buckley.
« Réservé et modeste, il n’a jamais cherché la célébrité », a déclaré de son côté le président de DC Entertainment, Jim Lee. « D’une certaine façon, il représentait le héros caché qu’il voyait en chacun de nous. »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Piko Taro s’est fait connaître en 2016 lors de la publication d’une vidéo absurde sur YouTube. Le succès international de ce tube appelé « Pen-Pineapple-Apple-Pen » lui a permis d’accompagner Donald Trump et Shinzo Abe. Rencontre.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ 
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Formé par des membres de Rage Against the Machine, de Public Enemy et de Cypress Hill, la formation a sublimé cette trentième édition de sa rage entre metal et rap.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤                     
                                                

Prophets of Rage, super-groupe aux Eurockéennes de Belfort

Formé par des membres de Rage Against the Machine, de Public Enemy et de Cypress Hill, la formation a sublimé cette trentième édition de sa rage entre metal et rap.



Le Monde
 |    07.07.2018 à 17h14
 • Mis à jour le
07.07.2018 à 21h10
    |

                            Stéphanie Binet (Belfort, envoyée spéciale)








                        



   


S’il y a bien un groupe pour résumer l’histoire des Eurockéennes, qui fêtent ce week-end à Belfort leur trentième année d’existence, c’est Prophets of Rage. Vendredi 6 juillet, ce super-groupe, formé par une partie des membres de la formation rap metal Rage Against the Machine, une autre des très politiques et historiques du hip-hop Public Enemy et le rappeur nasillard de Cypress Hill, B-Real, ont réalisé une démonstration de force devant plus de 30 000 personnes. Tout juste opéré une vingtaine de jours plus tôt de l’avant-bras gauche, le guitariste Tom Morello n’a pas une seule fois défailli tandis que le leader de Public Enemy, Chuck D, envoyait ses textes uppercuts. A B-Real, portant un keffieh tel un Palestinien en lutte, de haranguer la foule à coups de slogans « Débarrassons-nous de Trump ».

Chacun de ces artistes était déjà venu jouer avec sa formation originelle aux précédentes éditions des Eurockéennes, preuve que le festival rock est engagé depuis très longtemps dans la programmation du hip-hop - le début des années 1990 -, à une époque où cette culture contestataire n’était pas si populaire. Public Enemy a été le premier groupe de rap à jouer sur la grande scène en 1994. Cypress Hill avait remplacé au pied levé les NTM, empêchés par un énième souci judiciaire de JoeyStarr. En 1995, les métalleux de Rage Against the Machine faisaient déjà résonner leurs trois accords de basse, leur riff de guitare et leur fameux regain de Killing in The Name : « Fuck you, I won’t do what you tell me ! »

En 2016, c’est le guitariste du groupe Tom Morello qui eut l’idée de réunir ses anciens collaborateurs, le batteur Brad Wilk, le bassiste Tim Commerford et de faire appel aux rappeurs Chuck D et B-Real. Deux heures avant le concert d’une heure et demie que la formation allait donner aux Eurocks, le leader de Public Enemy précisait l’objectif du collectif en coulisses : « Pendant la campagne présidentielle de 2016, Tom a créé ce groupe car il en avait marre de se contenter de répondre sur Twitter ou autres réseaux sociaux à des commentaires sur ce moment très particulier où Donald Trump prenait toute la place dans les médias. Il a voulu faire plus que commenter l’actualité, et c’est pour ça qu’il m’a contacté. »
Le super-groupe se cherchant un nom, Tom Morello a choisi de lui donner le titre d’un des morceaux de Public Enemy, Prophets of Rage, publié sur leur deuxième album en 1988, It Takes a Nation of Millions to Hold Us Back : « A la fin des années 1980, se rappelle Chuck D tout en dessinant les sous-bois des Eurockéennes sur un cahier de croquis, la situation politique à New York était très intense, c’était une ville qui se moquait complètement de la communauté noire. Mon boulot en tant que musicien était de rappeler que nous existions, et de montrer qu’il y avait dans cette ville deux mondes différents qui cohabitaient mais ne se croisaient jamais. Notre morceau Prophets of Rage rendait hommage aux héros dont personne ne parlait dans les autres médias : Malcom, Marcus Garvey. »

Selon lui, le groupe qu’il forme avec Tom Morello aurait pour but de réveiller les prophètes de demain, « de reprendre le pouvoir » comme ils le chantent à Belfort, en détaillant les dégâts provoqués par la politique de Donald Trump, ou en soutenant dans leur chanson, Living on the 110, les SDF qui vivent sous l’autoroute 110 à Los Angeles.

Sur sa guitare, Morello a d’ailleurs écrit : « Armons les sans-abri » et au dos « Fuck Trump ». Et Chuck D, le sage, de nuancer : « Evidemment que cet homme est affreux, sauf qu’il ne s’agit pas que de lui mais de son électorat. Cinquante pour cent des Etats-Unis d’Amérique pensent, à l’instar du président, que le reste du monde est inférieur, comme si nous étions tous le public d’un match de foot et que nous devions brailler que nous sommes les numéros 1. Cette vision du monde m’a toujours fatigué, encore plus aujourd’hui, après trente et un ans à voyager dans plus de 108 pays. » Avec Prophets of Rage, il n’a pas fini de tourner et d’enregistrer des disques. Leur troisième album, annoncé par un single le matin même, Heart Afire, devrait être publié sous peu. Vendredi soir, Tom Morello n’a pas oublié de féliciter le public des Eurockéennes pour « sa rage » et les Français de la victoire contre l’Uruguay. Un résultat que le rappeur belge Damso, programmé sur la grande scène à 20 h 45, devrait commenter en cette troisième journée des Eurockéennes.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Fondée il y a juste vingt ans, l’Académie européenne de musique du Festival d’Aix-en-Provence dirigée depuis 2008 par Emilie Delorme fait aujourd’hui figure de prototype.
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Aix : « Il est vital d’inventer de nouvelles histoires à l’opéra »

Fondée il y a juste vingt ans, l’Académie européenne de musique du Festival d’Aix-en-Provence dirigée depuis 2008 par Emilie Delorme fait aujourd’hui figure de prototype.



Le Monde
 |    07.07.2018 à 11h17
 • Mis à jour le
07.07.2018 à 20h49
    |

                            Marie-Aude Roux (Aix-en-Provence, envoyée spéciale)








                        



   


Une exposition intitulée L’Académie du Festival d’Aix – 20 ans de création et d’ouverture, célèbre jusqu’au 24 juillet à l’Hôtel Maynier d’Oppède d’Aix-en-Provence, l’histoire des deux décennies de l’institution créée en 1998 sous le mandat de Stéphane Lissner en direction des jeunes artistes. Nous avons rencontré Emilie Delorme, qui la dirige depuis 2008.
Qu’est-ce qui différencie l’Académie d’Aix de ses homologues ?
On a fondé une grande famille, avec des dispositifs d’accompagnement qui permettent aux artistes, chanteurs, instrumentistes, compositeurs, metteurs en scène, de se former sur plusieurs années. Cela nous a permis par exemple d’offrir à Sabine Devieilhe plusieurs prises de rôle, de passer au compositeur Ondrej Adamek, présent chaque été depuis 2011, la commande de son opéra, Seven Stones. Au-delà de l’apprentissage, l’enjeu est aussi de les aider à devenir des artistes du XXIe siècle.
Qu’entendez-vous exactement par là ?
Des artistes ouverts sur le monde. Pour cela nous travaillons autour de quatre axes. Il y a d’abord l’interdisciplinarité nécessaire au travail des chanteurs à l’opéra, mais aussi des instrumentistes, qui se retrouvent de plus en plus souvent sur le plateau. Le deuxième axe est celui de la création lyrique : il est vital d’inventer et de raconter de nouvelles histoires capables de toucher le plus grand public. Le troisième aspect concerne enfin la médiation, pour laquelle les artistes sont de plus en plus sollicités. Quant au dernier volet, il concerne l’interculturel.
Une impulsion avivée par l’accueil de l’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée ?
Ces jeunes musiciens ont été intégrés à l’Académie en 2014 mais ils sont invités à Aix depuis 2010. Ils y ont accompli un travail en profondeur qui irrigue toute l’Académie. Maintenant, nous accueillons des personnes venues de tout le monde méditerranéen, dans toutes les disciplines et ça change les pratiques. Il y a des résidences qui mêlent musiciens classiques et improvisateurs issus de traditions orales. C’est devenu organique.
Avoir aujourd’hui une vision globale de la culture n’est, selon vous, pas négociable…
Cela va dans le sens de l’histoire. Les structures culturelles se posent actuellement la question de l’équité et la diversité, même si la France est loin d’être un pays figure de proue. Dans l’équipe, il y a une personne entièrement dédiée à l’obtention des visas et cela devient très compliqué notamment pour les Syriens, Turcs et Egyptiens. Mais il faut lutter : certains artistes auraient cessé d’être musiciens dans leurs pays s’ils n’étaient venus à Aix. Cela contribue aussi à préserver des cultures menacées.
Pourquoi dans ce cas une telle focalisation sur l’opéra ?
L’opéra a une portée symbolique que ne possède pas la musique purement instrumentale. Son aspect narratif ainsi que la multiplicité de ses composantes scéniques en font un art populaire par essence, capable de toucher tout le monde. Cela reste aussi un lieu de pouvoir fréquenté par nos classes dirigeantes, lesquelles doivent également s’ouvrir à d’autres cultures. L’opéra permet de joindre les deux bouts de la chaîne.
Il fut un temps où la médiation rebutait la plupart des artistes. Qu’est-ce qui a changé ?
Les jeunes ont fait le pas. Des programmes sont en train d’être mis en place dans certains conservatoires. Nous avons constaté que pour la majorité d’entre eux, la rencontre avec d’autres publics est fondamentale. Surtout s’ils ont l’impression qu’ils peuvent changer la vie de quelqu’un. Cette pratique de la médiation va même jusqu’à nourrir leur interprétation des œuvres.
De quelle façon ?
On a fait une expérience avec le Quatuor Arod et la chanteuse Marlène Assayag, qui joueront le Deuxième quatuor de Schoenberg dans le concert du 8 juillet pour les vingt ans de l’Académie. Durant quatre jours, ils ont travaillé à élaborer un programme participatif avec des enfants à qui ils ont demandé de s’allonger par terre pour écouter le dernier mouvement avec voix. Le résultat a été si probant qu’ils ont intégré cette « dramaturgie » dans leurs propres concerts.
Vingt ans après sa fondation, l’Académie d’Aix-en-Provence fait donc figure d’exemplarité ?
3 000 artistes sont passés chez nous en vingt ans. De 2007 à 2018, sous le mandat de Bernard Foccroulle, de nouveaux réseaux européens ainsi qu’en direction de la Méditerranée ont été fondés tandis que les équipes de création au service d’une politique de commandes étaient renforcées. A l’heure où de nouvelles maisons d’art lyrique sont en train de surgir un peu partout, et notamment dans les pays d’Afrique du Nord, la réflexion sur l’avenir de l’opéra est cruciale. Un satisfecit pour l’Académie qui a toujours porté en germe la recherche de nouvelles formes scéniques et l’ouverture aux cultures extra-européennes. Pierre Boulez dans les années 1990 n’avait-il pas fait venir gamelan balinais et percussions africaines ? Une profession de foi que le Franco-Libanais, Pierre Audi, successeur de Bernard Foccroulle à partir de 2019, ne pourra que conforter.
Les 20 ans de l’Académie. Concerts au Conservatoire Darius Milhaud d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). Avec Marlène Assayag et le Quatuor Arod le 8 juillet à 15 heures. Avec Stéphane Degout et Alain Planès le 9 juillet à 20 heures. De 8 € à 25 €.
Journée anniversaire le 13 juillet. Ateliers musicaux participatifs, de 16 à 19 heures à l’Hôtel Maynier d’Oppède (gratuit, sur réservation). Concert « L’Alto à l’honneur » avec Tabea Zimmermann, Andrea Hill et Edwige Herchenroder au Conservatoire Darius Milhaud à 20 heures. De 8 € à 25 €.
Jam session avec des artistes issus de l’Académie et du Festival à l’Hôtel Maynier d’Oppède à partir de 21 h 30 (gratuit, accès libre). academie.festival-aix.com
Sur France Musique, Carrefour de Lodéon le 7 juillet de 14 h 30 à 16 h 30 au Conservatoire Darius Milhaud, diffusion en différé à 18 heures). Gratuit, accès libre.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Dans les stades de Russie ou sur les routes du Tour de France, qui débute samedi 7 juillet, les commentateurs sportifs radio s’attachent, entre émotion et information, à faire vivre l’événement.
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Quand le sport donne de la voix

Dans les stades de Russie ou sur les routes du Tour de France, qui débute samedi 7 juillet, les commentateurs sportifs radio s’attachent, entre émotion et information, à faire vivre l’événement.



Le Monde
 |    07.07.2018 à 11h00
 • Mis à jour le
07.07.2018 à 20h55
    |

                            Mathieu Ait Lachkar








                        



   


À trois jours du début du Tour de France, c’est déjà la course pour Fanny Lechevestrier. La journaliste du service des sports de Radio France confie : « J’étais justement en train de réviser mes fiches avant de prendre la route pour Noirmoutier », ville-départ de l’édition 2018 de la Grande Boucle, qui aura lieu du 7 au 29 juillet. Comme l’an passé, elle « transmettra ses émotions » depuis l’arrière d’une moto située au cœur du peloton. « En radio, peu importe le sport, il faut faire vivre l’action comme un spectacle. Notre rôle est de donner à voir ».
Une mission d’autant plus importante que l’offre de sport à la télévision est devenue onéreuse et clairsemée, obligeant le téléspectateur à jongler entre plusieurs abonnements, voire à se tourner vers la radio. Un média qui a la capacité de proposer un service gratuit, mais sans les images. À charge pour le commentateur de suppléer à ce manque, en jouant subtilement entre information et émotion.
Jean Rességuié, 54 ans, dont trente passés à RMC, fait partie de ces personnages connus pour leurs folles envolées. L’intéressé s’en explique : « On se doit d’être beaucoup plus dans le descriptif qu’en télévision. Il faut savoir s’exprimer rapidement pour faire comprendre à l’auditeur ce qu’il se passe sur le terrain, tout en lui permettant de se situer par rapport à l’action. »

   


Une hypotypose qui n’est pas sans rappeler des souvenirs à Christian Ollivier, chef du service des sports de RTL, élu meilleur commentateur sportif de l’année 2013. « Dans les années 1950, on allait jusqu’à dire “à votre gauche l’équipe de France, et de l’autre côté du transistor…” Rien que ça, c’était fabuleux », dit-il. Pour tout commentateur, l’objectif est de prendre l’auditeur par la main, et de l’emmener au stade en lui donnant un maximum d’images possible. « Certains décriront platement les actions, d’autres vivront au contraire le match avec passion », ajoute Bruno Salomon, qui officie lors des matchs du PSG sur les ondes de France Bleu Paris. Il est connu des supporters pour son fameux « goooaaal » inspiré des journalistes sud-américains.
Chez tous d’ailleurs, le mot « passion » revient comme un leitmotiv pour justifier le côté expansif et chargé d’émotion de leurs propos. Selon Stéphane Besnier, correspondant d’Europe 1 dans le Grand Ouest, vivre pleinement un moment ne veut pas dire en rajouter. « Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, tout le monde peut regarder le résumé d’une action. Il est donc impossible de travestir la qualité d’un match pour attirer l’auditeur », note-t-il. Un point de vue partagé par Christian Ollivier : « Surjouer en continue une rencontre qui est une purge, est un véritable dilemme. Transmettre des émotions est une chose, mentir en est une autre. On reste journalistes avant tout. »

   


Jean Rességuié lui assume ses envolées, en particulier lorsqu’il s’agit de l’équipe de France ou d’un club Français en coupe d’Europe. « Je me laisse facilement emporter. Cela fait partie de ma marque de fabrique de parler vite et fort. Parfois, on me dit que j’exagère car lorsque le ballon n’est pas tout à fait aux abords de la surface, mon débit s’intensifie. Mais mon travail, c’est de tout faire pour capter l’auditeur, et qu’il reste. »
Évolution du métier
Depuis quelques années, l’exercice du commentaire sportif sur les ondes a évolué. Ce qui consistait à parler de la première à la dernière seconde avec le même débit, et sans valeur ajoutée, n’existe plus. Aujourd’hui, à l’instar de la télévision, la tendance en radio est au dispositif. « À RTL par exemple, la proportion de commentaire est de 60 %. Le reste n’est que de la plus-value apportée par les consultants en studio à Paris », détaille Christian Ollivier. Sur RMC, Jean Rességuié concède également ne jamais commenter l’intégralité d’un match : « On ne dépasse pas généralement les deux minutes de commentaire, après quoi le présentateur reprend la main. J’interviens uniquement en cas d’action chaude ».
Résultat, quand un match est mauvais, les consultants peuvent prendre le relais évitant ainsi aux commentateurs de le survendre pour combler les silences. Ce changement touche aussi les radios locales. « À France Bleu, on commente toujours de bout en bout, mais depuis maintenant cinq ans, un consultant m’accompagne dans mon travail, explique Bruno Salomon. C’est plus facile à deux. On peut se raccrocher à plein de paramètres pour décrypter un rendez-vous, sans avoir besoin d’amplifier quoi que ce soit. »



Football, athlétisme, handball, tennis… D’une discipline à l’autre, l’exercice diffère sensiblement, ainsi que l’explique Fanny Lechevestrier, qui a suivi le Stade Français pendant six ans pour France Bleu Paris : « Même entre le foot et le rugby, qui sont a priori des sports assez proches, il existe des distinctions. On va par exemple avoir beaucoup plus d’arrêts de jeu au rugby avec l’utilisation de la vidéo ou lors des mêlées. Au foot, c’est en train de changer avec la VAR [assistance vidéo à l’arbitrage] mais globalement les moments de silences potentiels sont moins nombreux. »
Si au football et au rugby, la circulation du ballon rythme les propos du commentateur, la tâche s’avère plus ardue avec le tennis ou la Formule 1, comme le souligne Jean-Luc Roy, spécialiste des sports mécaniques à RMC : « Ce sont des sports chronophages. En Formule 1, quand c’est possible, on essaye de s’appuyer sur les liaisons radio entre pilotes et écuries. Mais le plus souvent notre propos est didactique afin d’expliquer les nombreuses règles qui régissent ce sport. » Autrement dit, plus il y a d’intensité, plus il est facile de commenter un sport.

   


« En théorie seulement », nuance Christophe Jousset, journaliste au service des sports de RFI : « En athlétisme, une finale de 100 mètres se fait en équilibre constant. La course dure au maximum 10 secondes. Si on bute sur le moindre mot, c’est foutu. Généralement, on se concentre sur le favori et ses deux plus gros concurrents. » Une particularité que l’on retrouve également en natation. « Sur un 50 mètres nage libre, il faut faire preuve d’une fulgurance incroyable », analyse Stéphane Besnier. « En cyclisme, seul les fins d’étapes sont intéressantes à commenter », remarque de son côté Christian Ollivier. « Le reste du temps, poursuit Fanny Lechevestrier, on donne des éléments techniques sur la course, les paysages, ou des anecdotes de peloton. » 
La télé se fait radio
On connaissait la radio filmée, mais moins la télévision qui se transforme en radio. « La Grande soirée » sur la chaîne L’Equipe apparaît comme l’application télévisée du dispositif radio. À savoir : deux commentateurs en cabine et des consultants en plateau prêts à réagir. Comme s’ils étaient en studio, les journalistes ne regardent jamais la caméra. Leurs yeux sont rivés sur des écrans que le téléspectateur ne voit pas.
Raphaël Sebaoun et Candice Rolland ont été associés au projet de radio numérique RTL-L‘Equipe, de 2007 à son abandon en 2012. Quand il leur a été proposé de commenter pour la chaîne L’Equipe des matchs sans images, ils ont tout de suite accepté. « On fait en quelque sorte ce qu’on faisait en radio. Simplement, il ne faut pas oublier que des gens nous regardent », précise Candice Rolland. « Notre objectif, c’est vraiment d’aller chercher un public qui ne va pas allumer la radio parce qu’il a besoin d’images », ajoute Raphaël Sebaoun, en place depuis la première rencontre, Chelsea-PSG, le 9 mars 2016. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le concept fonctionne. Inspiré d’un format italien, « La Grande Soirée » séduit en moyenne 200 000 téléspectateurs, avec un record établi à 380 000 en mars 2017, lors de l’emblématique Barcelone-PSG.
Le duo s’est rapidement adapté au format, avant de se constituer en trio avec le trublion et détonant Yoann Riou dès leur première saison. « Dans la préparation, explique Raphaël Sebaoun, l’approche est différente. Sur un commentaire TV, comme je viens en complément de l’image, je travaille davantage le fond qu’en radio où je sais que ma mission première est de décrire ce qu’il se passe. »

   


Mais le direct peut réserver quelques surprises. « Une fois, sur un Paris-Nice, il s’est mis à pleuvoir et les coureurs ont commencé à se couvrir. Du coup je n’arrivais plus à les distinguer, et il était très difficile pour moi de donner l’arrivée aux auditeurs », s’amuse Fanny Lechevestrier. Comme pour dire que si l’épreuve du commentaire est risquée, elle l’est davantage en radio, où tout repose parfois sur le seul commentateur.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Le Festival d’art lyrique accueille la création aixoise du chef-d’œuvre de Prokofiev et la première mise en scène du Polonais Mariusz Trelinski en France.
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Aix : un « Ange de feu » entre David Lynch et Thérèse d’Avila

Le Festival d’art lyrique accueille la création aixoise du chef-d’œuvre de Prokofiev et la première mise en scène du Polonais Mariusz Trelinski en France.



Le Monde
 |    07.07.2018 à 10h13
 • Mis à jour le
07.07.2018 à 20h39
    |

                            Marie-Aude Roux (Aix-en-Provence, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

L’opéra a ses modes et certains ouvrages longtemps silencieux donnent soudain de la voix. C’est le cas de L’Ange de feu, de Prokofiev, donné pour la première fois jeudi 5 juillet au Festival d’Aix-en-Provence, dont on a vu fleurir quelques récentes belles productions, à commencer par celle qui défrisa le début de saison en 2016 à l’Opéra de Lyon avec la soprano lituanienne Ausriné Stundyté et le chef d’orchestre Kazushi Ono, également présents au Grand Théâtre de Provence.
Composé entre 1919 et 1927 d’après le sulfureux roman symboliste de Valeri Brioussov, L’Ange de feu, dont la création a été accueillie en 1954 par le Théâtre des Champs-Elysées (une version de concert en français), parle d’amour et de possession diabolique, dont témoigne une écriture musicale à l’expressionnisme foisonnant. Visitée dès l’enfance par un « ange de feu », Madiel, la jeune Renata n’aura de cesse de s’unir à lui. Sa rencontre avec le comte Heinrich, incarnation possible de l’Ange, l’apaise, avant qu’un nouvel abandon ne plonge la malheureuse dans une quête désespérée qu’accompagne le chevalier servant de Renata, Ruprecht, apprenti sorcier et auxiliaire en magie noire.

Le metteur en scène polonais, Mariusz Trelinski, ne croit visiblement pas au diable. Plus d’apparitions divines ou diaboliques pour Renata, paumée hystérique et junkie qui se suicidera à l’instar d’une héroïne de David Lynch (Trelinski, diplômé de l’Ecole de cinéma de Lodz, est également réalisateur). Dès lors la course à l’abîme de Ruprecht, pathétique représentant de commerce broyé dans les rouages d’une fascination équivoque, gagne en poignante humanité. L’aîné n’est pas loin : impossible de ne pas penser à Krzysztof Warlikowski devant ce monde interlope de prostituées, dealeurs, escrocs, faux mages, et ces étranges guitaristes rockabilly, succédanés de l’Ange, que rassemble un méchant motel de passe.

Seul hic : en faisant du dernier acte une sorte...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ En ouverture du 72e Festival, Thomas Jolly met en scène avec brio toute la démesure de la tragédie de Sénèque.
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Avignon : la violence de « Thyeste » déchire les murs de la Cour d’honneur

En ouverture du 72e Festival, Thomas Jolly met en scène avec brio toute la démesure de la tragédie de Sénèque.



Le Monde
 |    07.07.2018 à 09h34
 • Mis à jour le
07.07.2018 à 20h41
    |

            Brigitte Salino (Avignon, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Il faisait encore jour quand une nuée d’enfants est entrée dans la Cour d’honneur, vendredi 6 juillet. Portant des masques blancs et des cheveux noirs, ils couraient en tous sens, et cela aurait pu être une joyeuse sarabande si des mots n’étaient venus la trouer, tels une épée s’enfonçant dans un corps. Des mots terribles, comme jamais il n’en fut entendu entre les murs du Palais des papes : ceux de Thyeste, de Sénèque, dans une mise en scène de Thomas Jolly, qui se joue jusqu’au 15 juillet et qui fera date, et sûrement débat. François Hollande et Françoise Nyssen, la ministre de la culture, étaient dans les gradins, à côté d’Olivier Py, le directeur du festival, et il soufflait juste assez de mistral pour que les éléments soient de la partie, dans une pièce où le soleil inverse sa course en plein jour, tant le monde est perturbé.

Par quoi ? La barbarie. Totale, définitive, brute. De celles qui font que les mots manquent, comme Sénèque lui-même le dit dans sa tragédie à nulle autre pareille, où l’innommable n’est pas montré, mais relaté : Thyeste mange ses trois fils, que son frère Atrée a tués, dépecés et fait cuisiner, parce qu’ils sont nés de la femme qu’il aimait et que Thyeste lui a pris. Cela pourrait suffire à l’horreur si Thyeste ne se retrouvait pas « enceint » de ses enfants, qu’il sent bouger dans ses entrailles. Ainsi le veut la malédiction de Tantale, qui n’a pas de limites et à qui Sénèque donne les habits noirs d’une langue, extraordinairement traduite par Florence Dupont, qui ne se refuse aucune fureur et n’hésite devant rien, ni l’imprécation, ni le lieu commun, ni le sentimentalisme.
Une pièce aussi particulière arrive rarement sans raison
Il y a une outrance insensée dans Thyeste, et il très probable que seul un metteur en scène comme Thomas Jolly pouvait aujourd’hui nous plonger dans cet univers où il vaut mieux écarter la question de pourquoi la barbarie advient, pour ne retenir que celle de comment...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Le Fonds régional d’art contemporain installera ses réserves au sein de la Fondation Fiminco.
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Le FRAC Ile-de-France s’implantera à Romainville fin 2019

Le Fonds régional d’art contemporain installera ses réserves au sein de la Fondation Fiminco.



Le Monde
 |    07.07.2018 à 09h08
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                            Emmanuelle Lequeux








                        



   


Encore un converti aux joies du Grand Paris : l’an prochain, le Fonds régional d’art contemporain (FRAC) Ile-de-France franchira le périphérique pour installer la totalité de ses réserves au sein de la Fondation Fiminco, structure créée en 2016 par le groupe immobilier du même nom. Dernière arrivée dans le paysage culturel, elle ouvrira ses portes en mai 2019 à l’orée de Romainville et de Pantin, et vient d’annoncer ce partenariat. Fort de 1 600 œuvres, le FRAC avait du mal à les conserver dignement sur son modeste site parisien des hauts de Belleville, et cherchait depuis quelques années à trouver un nouvel espace en banlieue.

        Lire le reportage :
         

          Pendant les travaux, la Fondation Fiminco ouvre ses portes



La plupart des ses équivalents en région avaient en effet déjà franchi, au début des années 2010, le stade de la « nouvelle génération », en s’offrant des bâtiments flambant neuf qui leur avaient permis de passer à la vitesse supérieure. Certes, son directeur Xavier Franceschi avait bien étendu l’empire en ouvrant un second lieu, à Rentilly : il investit désormais, en plus de ses expositions parisiennes, un manoir retapé avec éclat par le plasticien Xavier Veilhan, qui lui permet de dédoubler sa programmation culturelle.
« Une réserve active »
Mais l’urgence se faisait sentir. Le FRAC rejoint donc l’aventure de la Fondation d’entreprise Fiminco, qui sera dotée sur 11 000 m2 d’une vingtaine de résidences et d’ateliers d’artistes, de deux studios de danse, d’un auditorium, et accueillera également cinq galeries de joli calibre, elles aussi décidées à sortir de Paris : Fabienne Leclerc, Jocelyn Wolff, Air de Paris, Imane Farès et Vincent Sator.
Gérald Azancot, président du groupe Fiminco : « Le FRAC couvrira 2 000 m2, dont un tiers ouvert au public »
« Nous avons sollicité différentes institutions, mais le FRAC nous a semblé le plus opportun, détaille Gérald Azancot, président du groupe Fiminco. Il couvrira 2 000 m2, dont un tiers ouvert au public, ce qui lui permettra de créer une réserve véritablement active, voire interactive. Les visiteurs pourront demander à consulter les œuvres, qui pourront être déballées sur place ».
Installée dans une ancienne usine pharmaceutique, entièrement réhabilitée par la jeune agence d’architecture Freaks (également chargée avec l’agence Big de construire la future Meca, Maison de l’économie créative de Bordeaux), la Fondation sera également équipée d’une salle d’exposition installée dans une impressionnante chaufferie, cathédrale industrielle dotée d’un mur de briques de verre de 18 mètres de haut. « Nous la mettrons à disposition des galeries, mais aussi bien sûr du FRAC, tout comme nous leur mettrons à disposition des ateliers qui pourront accueillir les artistes à qui ils commandent des œuvres. »
« Un véritable écosystème »
Déjà mécène dans le domaine de la musique (le groupe soutient notamment l’orchestre de Paris), Fiminco cherche à créer dans cette zone plutôt déshéritée, proche de la N3, un « véritable écosystème » qui viendrait en pendant d’un autre gros projet qu’il mène en parallèle, de l’autre côté de la rue : un vaste village de marques, des logements réalisés par Jean-Michel Vilmotte, et des ateliers d’artisans d’art. « Ce site ne nous intéressait pas au début, il devait être démoli, mais dès la première visite, j’ai compris son potentiel, poursuit Gérald Azancot. Le FRAC l’avait déjà visité avant nous, mais avait renoncé pour des raisons budgétaires. Notre force de frappe a permis de réaliser de grosses économies d’échelle qui ont rendu le projet de réhabilitation réalisable. »
En bonne intelligence public/privé, c’est le conseil régional, co-tutelle du FRAC avec l’Etat, qui se porte acquéreur du futur bâtiment, livré au dernier trimestre 2019. Mais ce n’est qu’un début : Fiminco promet des projets d’aussi grande envergure, à une encablure de là, autour du spectacle vivant.
Sur le Web : www.fraciledefrance.com et www.fondationfiminco.com



                            


                        

                        


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A Avignon, la Coupe du monde vue des loges

Pour Gaël Leiblang qui interprète « Tu seras un homme, papa », le Mondial de football est un rendez-vous lourd d’émotions retenues. On a regardé avec lui France-Uruguay.



Le Monde
 |    07.07.2018 à 08h59
 • Mis à jour le
07.07.2018 à 20h24
    |

            Laurent Carpentier (Avignon, envoyé spécial)








                        



   


« Et un et deux et trois zéro »… En 2014, année de la dernière Coupe du monde de football, cette scansion victorieuse, il la criait pour son fils, Roman, son troisième enfant, qui venait de naître. Et puis ils avaient perdu. Leur fils. Roman souffrant d’une maladie congénitale n’avait survécu que treize jours à sa naissance prématurée. « Treize jours c’est court », souffle-t-il sur scène, racontant cette promesse de l’aube devenue cauchemar et dont il a fait une pièce entre requiem et catharsis : Tu seras un homme, papa.

        Lire la critique :
         

          La violence de « Thyeste » déchire les murs de la Cour d’honneur



Théâtre de La Luna. Avignon, vendredi 6 juillet. 16 h 40. Dans sa loge, Gaël Leiblang, 41 ans, lève les deux bras. Sur un coup franc de Griezmann, Varane vient de tromper le gardien uruguayen. Goaaaal… Le comédien a posé son smartphone sur la table de maquillage. Pendant qu’il se prépare physiquement (sur scène il boxe, court, déclame en faisant de la corde à sauter) il ne quitte pas des yeux la retransmission. Entre lui et la Coupe du monde c’est une longue histoire.
A commencer par celle de 1986, lorsque ses parents se sont séparés, que son père est parti, Alain Leiblang, journaliste sportif, longtemps rédacteur en chef du magazine Onze, bras droit de Platini à la fédération française, chef du service de presse pour la Coupe du monde de 1998. Peut-être est-ce pour lui faire plaisir que le jeune Gaël a voulu lui aussi devenir journaliste sportif avant de se tourner vers le documentaire et d’être aujourd’hui sur les tréteaux du Off en Avignon.
Pas question de reporter quoi que ce soit
Zut. La retransmission bloque. Vite, un reset sur le téléphone. De toute façon son spectacle démarre comme tous les jours à 17 h 25, il ne pourra pas voir la fin du match. Pas question de reporter quoi que ce soit. Dans ces petites salles (ici, 67 places) les horaires sont aussi verrouillés que les prix de location. Car, même si une trentaine de dates sont déjà prévues à Paris au Lucernaire cet automne, c’est ici que se fait le marché…
Tu seras un homme, papa : quand, de cette chronique qu’il avait tenue pendant la trop courte vie de son fils, Gaël Leiblang a imaginé faire une pièce de théâtre, il a tout de suite pensé à Thibault Amorfini. Les deux hommes se sont connus, enfants, à traîner dans les vestiaires lorsqu’ils accompagnaient leurs pères au Variétés football club où ceux-ci jouaient (Jean-Jacques Amorfini est un ancien milieu défensif du Red star). Thibault a une compagnie de théâtre depuis une dizaine d’années. Dernièrement, il assistait Vincent Macaigne sur sa pièce Je suis un pays au Théâtre de la Colline à Paris.
60e minute du match. Frappe de Griezmann. Deuxième but de la France. Delphine Menjaud, qui travaille avec Olivier Saksik sur la promotion de la pièce, a du mal à ne pas hurler. Son père à elle est arbitre. Mais ici, pas le droit de faire du bruit : derrière la fine cloison, le spectacle précédent se termine. Gaël et Thibault se tapent les mains sans les claquer.
Et sans un regard pour la fin du match, du haut de son 1 m 87, le comédien monte sur scène. Pour tenter de rendre supportable cette plongée dans les limbes de la vie, les deux hommes filent la métaphore sportive. Où l’on voit le comédien, maniant l’autodérision, expliquer au médecin qui remarque à l’échographie que la taille du fémur de Roman est trop courte : « Bah, on peut être un grand sportif et petit de taille, c’est bien d’avoir un centre de gravité bas. Lionel Messi fait 1 m 69 ». 50 minutes plus tard, comme tous les jours, les lois de la gravité le rattrapent. Tristesse. Applaudissements. Rappels. Dans la loge, son smartphone affirme que la France est en demi-finale.

        Lire l’enquête :
         

          La jeune garde qui bouscule le théâtre public






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Connu dans le monde entier, l’architecte évoque sa vision de la discipline et les difficiles rapports qu’il entretient avec sa ville Osaka. Le Centre Pompidou lui consacre une rétrospective à Paris cet automne, dans le cadre de cette manifestation.
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« Japonismes 2018 » : Tadao Ando, combattant de l’architecture japonaise

Connu dans le monde entier, l’architecte évoque sa vision de la discipline et les difficiles rapports qu’il entretient avec sa ville Osaka. Le Centre Pompidou lui consacre une rétrospective à Paris cet automne, dans le cadre de cette manifestation.



Le Monde
 |    07.07.2018 à 08h00
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            Laurent Carpentier








                        



                                


                            

A Osaka, la ville natale de Tadao Ando, le plus célèbre des architectes japonais, son bureau est construit le long de la voie ferrée. Ce n’est pas un ouvrage impressionnant, on passerait à côté sans le remarquer, et pourtant. Il est son laboratoire d’essais, son terrain d’expérimentation, son « exercice de style » comme il dit. Construit, déconstruit, reconstruit, six fois au fil des années.
Dans la salle de réunion, le mur de béton est fendu d’une trouée horizontale qui permet, lorsqu’on est assis à la longue table, de regarder passer les trains. « Pourquoi une si longue table ? Parce que les délégations chinoises débarquent toujours en nombre. Et j’ai beaucoup de clients chinois ces derniers temps. Depuis que j’ai réchappé de la maladie, les Chinois voient en moi un porte-bonheur. Certains débarquent alors qu’ils n’ont jamais vu mon travail », s’amuse l’architecte, lauréat du Pritzker Prize 1995, râblé et au nez du boxeur qu’il fut autrefois.
Ses yeux vous jaugent, ses paroles tranchent, et le petit aréopage d’assistants qui l’entourent tremble dès que le maître âgé de 76 ans fait mine de vouloir un feutre pour dessiner. « Les Français, quand ils luttent, ils le font à fond, dit-il en souriant. En mai 1968, j’étais à Paris, j’ai vu Sartre et Beauvoir de loin, tout le monde jetait des pierres et moi aussi… La semaine dernière, j’étais à Paris, c’était la grève générale… »
Sur tous les fronts
On suggère que son ami ­François Pinault, pour qui il réagence aujourd’hui la Bourse de commerce de Paris, n’était pas sur les barricades. Le maître ne rebondit pas. Proche du couturier Issey Miyake depuis plus de cinquante ans, de Karl Lagerfeld qui lui a présenté François Pinault, du rockeur Bono (« Il est venu me voir dans l’Eglise de la lumière que j’ai construite à Ibaraki, il a chanté “Amazing Grace”, j’ai compris… »), intime de l’artiste sud-coréen Lee Ufan dont il conçoit en ce...




                        

                        

