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<filname="SURF-0,2-3234,1-0,0-1"> ¤ Le numéro 3 mondial du transport maritime par conteneurs a pris cette décision en raison des sanctions américaines.
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L’armateur CMA CGM va cesser de desservir l’Iran

Le numéro 3 mondial du transport maritime par conteneurs a pris cette décision en raison des sanctions américaines.



Le Monde
 |    07.07.2018 à 14h50
 • Mis à jour le
07.07.2018 à 14h54
   





                        



   


Le groupe français CMA CGM, numéro 3 mondial du transport maritime par conteneurs, a décidé de se retirer d’Iran « à cause de l’administration Trump » et des sanctions contre Téhéran, a annoncé samedi 7 juillet son PDG Rodolphe Saadé, lors des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône).
L’armateur français avait signé en 2016 un protocole d’accord avec l’Islamic Republic of Iran Shipping Lines pour échanger ou louer des espaces de navires, exploiter des lignes maritimes communes et coopérer sur l’utilisation de terminaux portuaires.
Interrogé sur RTL en marge des Rencontres, le PDG de Total Patrick Pouyanné, qui avait déjà annoncé qu’il se retirerait d’un vaste projet gazier en Iran faute d’obtenir une exemption de Washington, a assuré n’avoir pas d’autre « choix » :
« Vous ne pouvez pas diriger un groupe international dans 130 pays sans accès au monde financier américain. Donc, de fait, la loi américaine s’applique et donc nous devons quitter l’Iran. »
Rétablissement des sanctions américaines
Mais « j’espère qu’on pourra revenir un jour en Iran », a poursuivi M. Pouyanné. Selon lui, Total a perdu « 40 millions de dollars » à cause de l’abandon de son projet en Iran. « A l’échelle de Total, qui investit 15 milliards de dollars par an, ce n’est pas beaucoup », a-t-il souligné.
Donald Trump a annoncé au début de mai le retrait des Etats-Unis de l’accord et le rétablissement des sanctions contre l’Iran ainsi que contre toutes les entreprises ayant des liens avec la République islamique.
Washington avait précisé que les sanctions seraient effectives immédiatement pour les nouveaux contrats et avait donné jusqu’à cent quatre-vingts jours aux entreprises étrangères pour cesser leurs activités avec l’Iran.

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<filname="SURF-0,2-3234,1-0,0-2"> ¤ Rome remet en cause cette mesure emblématique, censée doper l’emploi, qui n’a guère contribué à réduire la dualité du marché du travail et à freiner la précarité.
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Le gouvernement populiste italien s’attaque au « Jobs Act » de Matteo Renzi

Rome remet en cause cette mesure emblématique, censée doper l’emploi, qui n’a guère contribué à réduire la dualité du marché du travail et à freiner la précarité.



Le Monde
 |    07.07.2018 à 14h00
    |

            Marie Charrel








                        



                                


                            

Déclarer la guerre à la précarité, telle est l’ambition affichée ces derniers jours par Luigi Di Maio, vice-président du conseil italien et ministre du travail. Lundi 2 juillet, son gouvernement a adopté un « décret dignité », avec un objectif : mieux protéger les salariés en revenant en arrière sur le Jobs Act, la réforme qui avait flexibilisé le marché du travail en 2015. Pour le leader du Mouvement 5 étoiles (antisystème), il s’agit autant de tenir une promesse de campagne que de marquer des points face à Matteo Salvini, son allié d’extrême droite, au ministère de l’intérieur. Omniprésent, ce dernier ne rate pas une occasion de mettre en scène sur les réseaux sociaux ses diatribes anti-migrants.
Moins ambitieux que le projet initial – le ministre de l’économie Giovanni Tria a écarté les mesures les plus coûteuses –, le décret doit encore être approuvé d’ici deux mois par le Parlement, susceptible d’apporter des modifications. Notamment sous l’impulsion de la Ligue de Matteo Salvini, dont la base électorale, où les entrepreneurs sont nombreux, voient d’un mauvais œil ces nouvelles règles. Celles-ci visent à limiter les recours excessifs aux CDD. A l’avenir, ceux-ci ne pourront être renouvelés que quatre fois (contre cinq actuellement) et ne pourront pas dépasser deux ans (contre trois). Les employeurs qui les proposent seront davantage taxés. « Les CDD utilisés à tort et à travers, c’est terminé », a promis Luigi Di Maio.
En outre, la durée pendant laquelle un salarié pourra être licencié sans justification sera limitée à un an (contre trois aujourd’hui) et il bénéficiera d’indemnités majorées de 50 %. Enfin, les entreprises ayant reçu des subventions publiques devront les rembourser si elles délocalisent hors de l’Union européenne.

Un contrat à droit progressif
Sans surprise, ces mesures ont soulevé une vive opposition de la part du milieu des affaires et du patronat. « C’est une erreur, les emplois ne...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3234,1-0,0-3"> ¤ Les cheminots témoignent de leur « colère » face à l’inflexibilité du gouvernement, qui a fait adopter sa réforme au Parlement. Les syndicats sont divisés sur la suite à donner au mouvement.
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Trois mois après le début de la grève à la SNCF, les cheminots entre résignation et persévérance

Les cheminots témoignent de leur « colère » face à l’inflexibilité du gouvernement, qui a fait adopter sa réforme au Parlement. Les syndicats sont divisés sur la suite à donner au mouvement.



Le Monde
 |    07.07.2018 à 13h54
    |

            Cécile Bouanchaud








                        



   


Le 3 avril, lorsque les cheminots ont lancé le premier jour de leur grève perlée qui allait durer trois mois, Paul ne s’était, jusqu’alors, « jamais mobilisé ». Plus de vingt ans après son arrivée comme contrôleur à la SNCF, « parce que le combat était juste et bien mené », il s’est lancé, avec l’énergie des premières fois. Depuis vingt ans justement, la SNCF n’avait pas connu de telles mobilisations, eu égard à la durée du conflit et au nombre de cheminots en grève.
Mais cette durée inédite de la mobilisation – trente-six jours de grève en pointillé sur trois mois, soit deux jours tous les cinq jours – et l’inflexibilité du gouvernement ont fini par avoir raison du taux de grévistes. De 30 % en début de conflit, le nombre de cheminots mobilisés a chuté pour atteindre 15 %, puis 10 % lors des dernières journées d’action, à la fin de juin.

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Paul a suivi cette tendance, espaçant ses jours de grèves au gré de la navette parlementaire de la réforme ferroviaire, et à mesure que sa paye se réduisait. Lui qui « alternait les jours de grèves » avec sa compagne, elle aussi contrôleuse, s’est résigné à « reprendre le travail », constatant que les cheminots étaient « face à un mur », et que « la discussion était inexistante ».
« Mépris » du gouvernement
D’une même voix, les grévistes évoquent « l’intransigeance », « la fermeté », « le dogmatisme », ou encore « le mépris » du gouvernement face aux revendications des cheminots, qui s’opposaient notamment à la fin du statut pour les nouvelles recrues et à l’ouverture à la concurrence ferroviaire.
Aujourd’hui, Paul fait part d’une « colère » à la mesure des espoirs des premiers jours, définitivement douchés après l’adoption par le Parlement du projet de loi « pour un nouveau pacte ferroviaire », le 14 juin.
« Au début, je pensais que la durée de la grève contraindrait le gouvernement à mener de vraies négociations. Et puis, j’ai constaté que quand le roi Macron décidait d’un fait, c’était irrévocable. »

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Stéphanie Couturier, qui a grandi dans « une famille où l’on est cheminot de père en filles », souligne également « l’attitude provocatrice », selon elle, de la direction de la SNCF, qui a décidé, dans le cadre des retenues sur salaires liées aux jours de grève, d’inclure les jours de repos attachés aux jours non travaillés — avant d’être finalement condamnée par la justice sur le sujet. Durant la grève, les dirigeants ont également annoncé la suppression de plus de 700 postes dans sa branche fret d’ici à 2021.
Après avoir participé à « presque toutes » les grèves du mois d’avril, Paul et Valérie ont « ralenti le rythme en mai », pour finalement ne participer à aucune action en juin, « voyant que l’on n’avait rien obtenu, ni de la part du gouvernement ni de celle de la direction ».
Sacrifices financiers
Si les grévistes n’ont effectivement pas eu gain de cause concernant la majorité de leurs revendications, Séverine Rizzi, secrétaire de la CGT-Cheminots de Bordeaux, considère que ce « mouvement n’a pas été vain », qualifiant même de « positif » le bilan de ces trois mois de mobilisation.
La représentante syndicale tient d’abord à rappeler le « niveau élevé » de grévistes durant presque toute la durée du mouvement. « Avec un calendrier aussi étendu dans le temps, cela constitue une gageure », estime la cheminote travaillant au sein des ressources humaines, rappelant que « le gouvernement avait prédit que l’on ne tiendrait pas dix jours ; le 28 juin on était toujours là ».

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Cette ténacité a été synonyme de sacrifices. Paul et Valérie ont rogné environ 1 000 euros de salaire chacun durant leur mois et demi de mobilisation. Marc Ribeiro, cheminot à la manœuvre depuis neuf ans, a, lui, perdu 700 euros le premier mois, « soit la moitié de ma paye ». Stéphanie Couturier, qui gagne 1 600 euros par mois en moyenne, a dû « faire tourner la maison » avec 400 euros en moins en juin. Certains salariés, syndiqués, ont pu bénéficier de compléments de salaire financé par leur organisation, à l’instar de Marc Ribeiro, qui a perçu 230 euros en avril.
« Des victoires »
« La décision de justice de condamner la SNCF à rembourser les jours de repos des grévistes, qui a constitué un camouflet pour la direction, va également permettre aux cheminots d’atténuer l’impact financier du mouvement », rappelle Séverine Rizzi, qui évoque « une étape importante dans le mouvement ».
L’autre « victoire », selon Stéphanie Couturier, a été le résultat de la consultation interne organisée par l’intersyndicale, à laquelle 61,15 % des cheminots ont participé, se déclarant à 94,97 % opposés à la réforme. « Beaucoup de cheminots ne pouvaient pas se porter grévistes, pour des raisons financières, ou des plans de carrière qui auraient été remis en cause, mais la grande majorité soutenait le mouvement », assure Marc Ribeiro, qui révèle que « plusieurs membres de la direction nous ont dit de continuer le combat ».
Quand on les interroge sur les « moments forts » de la mobilisation, les grévistes listent pêle-mêle les nombreuses actions menées localement, comme l’opération « péage gratuit » à Pau, « le blocage des camions de Geolis », une filiale de la SNCF venue compenser la fermeture de lignes de fret, ou encore « les gens qui descendaient de chez eux pour défiler à nos côtés ».
Mais pour les cheminots, s’il fallait citer un « succès » de ces trois mois de grève, ce serait l’annonce du premier ministre, Edouard Philippe, de reprendre une partie de la dette de la compagnie, soit 35 milliards d’euros d’ici à 2022. « Cette mesure était inenvisageable au départ, mais grâce à notre mouvement, le gouvernement a dû faire un geste », résume Séverine Rizzi, qui reconnaît, résumant l’avis de tous, que « cela n’est pas suffisant ».

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A l’instar de la CGT et de SUD-Rail, qui ont appelé à la grève les 6 et 7 juillet, la représentante syndicale assure qu’elle « ne lâche pas l’affaire ». Aux vacanciers inquiets de savoir s’ils seront bloqués pour leur départ en vacances, elle assure que les grèves ne se décideront pas contre les usagers, mais « selon le calendrier de négociations avec le gouvernement ».
« Si le mouvement de ce week-end n’est pas suivi, on ne veut pas non plus s’entêter et se décrédibiliser, face au gouvernement qui n’attend que ça pour dire que notre mouvement est mort », précise Marc Ribeiro, qui n’a pas encore posé ses vacances, « au cas où ». Séverine Rizzi rappelle également que des décrets de la réforme doivent encore être publiés, selon un agenda allant de six à douze mois. Et de prévenir : « Nous n’avons pas dit notre dernier mot. » 



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3234,1-0,0-4"> ¤ Le géographe Richard Florida étudie l’évolution des villes. Après leur déclin puis leur gentrification, il constate qu’aujourd’hui les grandes métropoles internationales sont inaccessibles à ceux qui y travaillent.
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Richard Florida : « La crise urbaine, c’est la crise centrale du capitalisme »

Le géographe Richard Florida étudie l’évolution des villes. Après leur déclin puis leur gentrification, il constate qu’aujourd’hui les grandes métropoles internationales sont inaccessibles à ceux qui y travaillent.



Le Monde
 |    07.07.2018 à 13h00
    |

            Jessica Gourdon








                        



   


Dans le petit monde de la pensée urbaine, il est un peu une « rock star », aimé ou critiqué, mais connu de tous. L’Américain Richard Florida, professeur à l’université de Toronto, s’est fait connaître grâce à son best-seller prémonitoire, The Rise of the Creative Class (Basic Books, non traduit). Paru en 2002, cet ouvrage raconte le grand mouvement de reconquête des villes américaines par les professions intellectuelles, les artistes, les jeunes actifs, les chercheurs, et l’essor de toute l’économie qui y est associée. Cette ­gentrification a été, selon lui, le moteur de la ­renaissance de nombreuses villes américaines. En 2017, Richard Florida, qui est aussi cofondateur du magazine CityLab, a publié The New ­Urban Crisis (« La Nouvelle Crise urbaine », non traduit). Il y raconte une tout autre histoire.
Les villes américaines ont été au centre de vos travaux de recherche. Quel récit ­faites-vous de leur histoire récente ?
Quand j’étais petit, dans les années 1960 et 1970, les villes américaines étaient en déclin. A Newark (New Jersey), où je vivais, les boutiques, les restaurants, les usines traditionnelles, comme celle de lunettes où travaillait mon père, fermaient. Tous ceux qui le pouvaient – c’est-à-dire toute la classe moyenne, dont je faisais partie – quittaient les villes. On a alors assisté à l’essor des banlieues résidentielles. ­Ensuite, à partir de la fin des années 1990, et surtout pendant les années 2000, de nombreux centres-villes délaissés ont commencé à être ­investis par la « classe créative ». Par les professions intellectuelles, les gays, les artistes… Bref, par tout un mouvement bohème qui a alimenté une nouvelle économie de boutiques, restaurants, de nouveaux services, de festivals, etc. Et qui a permis aux villes de redevenir attractives pour une grande partie de la population. Et je ne parle pas seulement de New York ou de San Francisco. Des villes comme Denver, Philadelphie, Detroit, Pittsburgh sont revenues sur le devant de la scène grâce à cette revitalisation postindustrielle.
Aujourd’hui, vous racontez que les villes sont à nouveau en crise. Quelle forme prend-elle ?
Le problème, c’est que quelques grandes ­métropoles internationales concentrent la ­majorité des richesses, et deviennent de plus en plus inaccessibles. Dans ces villes superstars, l’explosion des prix de l’immobilier chasse peu à peu les artistes, les professions intellectuelles, les créatifs des quartiers qu’ils avaient investis. Mais ce ne sont pas les moins bien lotis, car ceux-ci trouvent souvent d’autres quartiers ­populaires où ils peuvent s’installer. Ce qui est terrifiant, c’est que les policiers, les pompiers, les gens qui travaillent dans des boutiques ou des restaurants, les infirmiers, les artisans, les jardiniers doivent quitter ces grandes villes, devenues trop chères. Et vivre beaucoup plus loin, dans des zones mal desservies par les transports en commun. La nouvelle crise urbaine n’est pas une crise du déclin des villes, comme dans les années 1970. C’est une crise causée par leur succès. Et la conséquence, c’est qu’aux Etats-Unis nous avons d’un côté une petite vingtaine de métropoles superstars, entrées de plain-pied dans l’économie de la connaissance, et de plus en plus riches. Et tout le reste du pays qui plonge et s’appauvrit. La crise urbaine, c’est la crise centrale du capitalisme contemporain.
Les grandes villes européennes font-elles face, selon vous, aux mêmes défis ?
Oui, je crois. A mesure que la gentrification s’accélère, nous assistons à ce que l’essayiste ­Simon Kuper a appelé la « ploutocratisation » des grandes villes. Les métropoles ne sont plus des endroits pour héberger des gens, mais les supports de placements immobiliers peu risqués, réalisés par des personnes ou des entreprises très riches. Et cela va continuer. Pour des supervilles comme Paris, New York ou Londres, nous n’en sommes qu’au début. C’est un problème, car une ville sans diversité, sans ­mélange, cela devient une ville vide, neutre, blanche… Une ville meurt quand elle n’arrive pas à retenir son énergie créative et sa diversité. Le défi de Paris, comme celui de New York, c’est de trouver un modèle de développement ­urbain qui soit plus inclusif, et non pas à l’avantage des plus riches. La grande différence, c’est qu’en Europe, vous avez des gouvernements ­nationaux et locaux qui marchent, et qui ont un sens de l’action publique. Vous avez la possibilité de lancer des politiques dans les domaines des transports, de la construction de logements, des routes, de l’éducation, afin de remédier aux inégalités territoriales. Ce n’est pas le cas aux Etats-Unis. Vous, les Européens, devriez voir ­notre situation comme une alerte, un contre-exemple : ne suivez pas notre voie !
La crise urbaine, c’est donc d’abord celle des villes petites et moyennes, qui meurent petit à petit ?
Oui, c’est certain. Aujourd’hui, aux Etats-Unis, il y a moins de pauvres dans les grandes métropoles que dans les villes périphériques et dans les zones rurales. C’est là que la crise des opioïdes fait des ravages. C’est là que les emplois disparaissent, à mesure que ferment les zones industrielles et les centres commerciaux. C’est là, où se concentrent toutes les difficultés économiques du pays, que les gens ont voté pour Donald Trump à la dernière élection présidentielle.
Mais le vote Trump, ce ne sont pas seulement les riches et les intellectuels des métropoles contre les classes moins favorisées des zones rurales et périphériques. C’est aussi un clash sur les valeurs. Les citadins, riches ou pauvres, ont tendance à valoriser davantage l’ouverture aux autres, l’accueil des immigrés, la liberté d’être homosexuel, l’égalité entre femmes et hommes… Habiter dans les grandes villes, c’est avoir un mode de vie plus cosmopolite et moins patriarcal qu’ailleurs – plus « européen », quelque part. Le reste du pays, qui subit de plein fouet la crise, se sent aussi menacé par ces nouvelles valeurs.
Vous avez écrit dans « CityLab » que ­certaines zones rurales attirent désormais des jeunes, des créatifs, des intellectuels. Est-ce une nouvelle tendance ?
Oui, c’est un mouvement qu’on observe aux Etats-Unis, mais qui n’est pas complètement nouveau – pensez au petit village de Woodstock qui continue d’attirer beaucoup de jeunes. En raison des prix des loyers dans les grandes villes, de plus en plus de créatifs s’installent dans de petites villes rurales, attirés par leur cadre de vie – il s’y développe une nouvelle économie autour du tourisme vert, de l’art, de la gastronomie… Mais cette évolution ne concernera qu’une ­petite minorité de villes rurales : celles qui ne sont pas trop loin des zones urbaines denses, qui sont bien connectées par les transports, qui se situent dans de belles régions proches d’un lac, de la mer, ou d’une université…
Amazon a lancé une compétition entre les villes nord-américaines pour accueillir son deuxième siège, avec des milliers d’emplois à la clé. Que pensez-vous de cette méthode ?
C’est n’importe quoi. Et c’est un jeu très dangereux. Même les maires les plus progressistes du pays sont en train de se mettre à genoux devant Amazon, et c’est à qui offrira les conditions ­fiscales les plus avantageuses à cette entreprise. Ces maires sacrifient de l’argent qui aurait pu être utilisé pour investir dans les transports ­publics ou dans le logement abordable. En ­Europe, tout le monde crierait au scandale ! Tout cela est grave, car cela mine les fondations de l’action politique, ce que je trouve terrifiant.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3234,1-0,0-5"> ¤ Taux bas, conditions d’octroi plus souples, « promos » des banques... tout est fait pour favoriser le crédit. L’endettement des ménages représente 58,4 % du PIB, contre 31 % en 2000.
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édition abonné


La France s’endette sous le poids de l’immobilier

Taux bas, conditions d’octroi plus souples, « promos » des banques... tout est fait pour favoriser le crédit. L’endettement des ménages représente 58,4 % du PIB, contre 31 % en 2000.



Le Monde
 |    07.07.2018 à 12h00
    |

                            Véronique Chocron et 
Isabelle Rey-Lefebvre








                        



                                


                            

La dynamique des transactions immobilières en ce début d’été ne se dément pas, alimentée par des conditions de crédit exceptionnelles. Lancées dans une concurrence acharnée, les banques multiplient les offres de crédit à taux très bas : inférieurs à 1 %, voire à 0 %, prêts sur trente ans, crédits consentis à des emprunteurs à des âges avancés…
Contrairement aux prévisions, les taux des crédits ont encore baissé au premier semestre, avec un niveau moyen de 1,42 % en mai, selon l’observatoire Crédit logement. Ils passent sous l’inflation (2,1 % sur douze mois à fin juin). Une aubaine pour ceux dont les ressources sont indexées sur la hausse des prix, ce qui n’est pas le cas de tous les salariés. Ainsi le smic n’a été en 2017 revalorisé que de 1,24 %.

« Obtenir un taux sur quinze ans à moins de 1 % n’est pas rare, souligne Sandrine Allonier porte-parole du site Vousfinancer. Les banques privilégient les primoaccédants avec de l’épargne ou les beaux profils, traduire par hauts revenus, soit plus de 45 000 euros annuels pour un foyer. » Le Crédit agricole Ile-de-France propose même à tous les primoaccédants, sans condition d’âge ou de revenus, une enveloppe de 30 000 euros à taux nul et nombre de banques consentent un rabais de 0,10 point aux jeunes de moins de 35 ans.
Des banques moins exigentes
« Au premier trimestre 2018, la demande de crédit a fléchi. Pour rattraper leur retard sur leurs objectifs commerciaux, les banques consentent facilement des réductions de 10 points sur leurs tarifs affichés, témoigne Maël Bernier, de Meilleurtaux. De modestes emprunteurs décrochent l’accord de leur banquier. » C’est le cas de cette jeune femme de 43 ans seule avec deux enfants dont le revenu plafonne à 1 200 euros et qui a obtenu 95 000 euros pour acheter une petite maison entre Toulouse et Foix, dans la région Occitanie.
Si les banques en ligne comme ING ou Boursorama se montrent très actives...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3234,1-0,0-6"> ¤ La 105e édition du Tour se déroule du 7 au 29 juillet. Cent soixante-seize coureurs s’affrontent sur plus de 3 300 kilomètres.
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Le Tour de France 2018 en chiffres

La 105e édition du Tour se déroule du 7 au 29 juillet. Cent soixante-seize coureurs s’affrontent sur plus de 3 300 kilomètres.



Le Monde
 |    07.07.2018 à 11h59
    |

            Edouard Pflimlin








                        



   


La 105e édition du Tour de France se déroule du 7 au 29 juillet, avec un court passage d’une quinzaine de kilomètres en Espagne. Depuis sa création, en 1903, le Tour, qui ne comportait que six étapes et soixante partants, a beaucoup changé et s’est agrandi. Le point en chiffres sur l’édition 2018 de cette course mythique.
176
C’est le nombre de coureurs, répartis en vingt-deux équipes de huit, qui s’élanceront cette année, selon les données d’Amaury Sport Organisation (ASO), qui organise le Tour et mobilise pour cela cent permanents et quelque 370 équipiers.
3 351
C’est le nombre de kilomètres qui seront parcourus au cours des vingt et une étapes du Tour, dont six étapes en montagne. Le Tour débute avec l’étape de 201 kilomètres qui a lieu en Vendée, entre Noirmoutier-en-l’Ile et Fontenay-le-Comte. L’étape la plus longue, la 7e, fait 231 kilomètres entre Fougères et Chartres, alors que la plus courte étape en ligne, la 17e, fait 65 kilomètres, entre Bagnères-de-Luchon et Saint-Lary-Soulan, finissant au col du Portet à… 2 215 mètres d’altitude, le point le plus élevé du Tour. Au total, le Tour 2018 conduira les coureurs vers vingt-six cols ou montées et arrivées en altitude.
36
C’est le nombre de départements français traversés par les coureurs, soit 579 communes, dont la plus petite, Montvalezan en Savoie, compte 705 habitants.
40,99
C’est la vitesse moyenne, en kilomètres par heure, du vainqueur de la Grande Boucle en 2017, le Britannique Christopher Froome. En 1903, la vitesse moyenne du vainqueur, le Français Maurice Garin, n’était que de 25,68 km/h. En 2017, Christopher Froome, de l’équipe Team Sky, a mis quatre-vingt-six heures vingt minutes et cinquante-cinq secondes pour achever le Tour. Le premier Français, Romain Bardet, de l’équipe AG2R La Mondiale, qui a fini troisième, a mis quatre-vingt-six heures vingt-trois minutes et quinze secondes.
500 000 euros
C’est ce qu’a gagné Chris Froome en remportant le Tour 2017. Cette année aussi, le vainqueur remportera un demi-million d’euros. Le deuxième et le troisième gagnent respectivement 200 000 euros et 100 000 euros. Le vainqueur d’une étape, lui, empoche 11 000 euros.
4
C’est le nombre de victoires de Chris Froome, qui a remporté les éditions 2013, 2015, 2016 et 2017. Cette année, il s’est déjà adjugé le Tour d’Italie (le Giro). Au terme d’une longue procédure commencée en septembre 2017, à la suite d’un contrôle lors du Tour d’Espagne révélant un taux excessif de salbutamol, l’Union cycliste internationale (UCI) a décidé de ne pas sanctionner le coureur, sur recommandation de l’Agence mondiale antidopage (AMA) : Froome prendra bien le départ du Tour, cette année encore.
18
C’est le nombre de Tours consécutifs que le Français Sylvain Chavanel, 38 ans, aura bouclé à l’issue de l’édition 2018, un record.
de dix millions à douze millions
C’est le nombre de spectateurs attendus sur le bord des routes du Tour, dont 60 % d’hommes et 80 % de Français, selon l’institut d’études Kantar TNS. Cet afflux de spectateurs nécessite quatre mille mètres de barrières linéaires, en moyenne, au départ et à l’arrivée de chaque étape. Les spectateurs restent présents six heures trente environ sur le bord de la route.
29 000
C’est le nombre de policiers, gendarmes et pompiers mobilisés par le ministère de l’intérieur sur l’ensemble du parcours pour en assurer la sécurité. Quatre-vingts gendarmes et quinze policiers permanents suivent les coureurs. Pour renforcer la sécurité, 3 600 panneaux de signalisation sont déployés sur les points les plus dangereux du Tour.
2 000
C’est le nombre de journalistes, consultants et photographes, accrédités en 2017, issus de quarante-six nationalités. Ils représentent six cents médias différents, dont quatre-vingt-onze agences photos et 301 titres, sites Internet et agences de presse. Grâce à cette couverture médiatique, le Tour est diffusé dans 190 pays. Toutes les étapes seront diffusées en intégralité en 2018 avec cent cinq heures de direct.
41 millions
C’est le nombre de visites sur le site LeTour.fr avec 126 millions de pages vues (chiffres en dates du 20 juin). C’est une communauté de 6,5 millions de fans et followers, dont trois millions sur Twitter.
16 millions
C’est le nombre d’objets distribués par la caravane publicitaire du Tour. Celle-ci se compose de cent soixante véhicules et de six cents personnes. En moyenne, il y a aussi 2,7 kilomètres de banderoles par étape et 450 panneaux publicitaires sont mis en place chaque jour à l’arrivée.
100 000
C’est le nombre de sacs-poubelle distribués et recyclés pendant le Tour. Un véhicule est chargé d’expliquer aux spectateurs les bons comportements à adopter pour protéger la planète. Par ailleurs, quarante-deux points de collecte des déchets des coureurs sont mis en place.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3234,1-0,0-7"> ¤ La reprise de la production en Chine, conjuguée à une hausse des volumes et une baisse de consommation en Europe, pèse sur les cours.
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Matières premières : le porc à la sauce aigre-douce

La reprise de la production en Chine, conjuguée à une hausse des volumes et une baisse de consommation en Europe, pèse sur les cours.



Le Monde
 |    07.07.2018 à 11h31
    |

            Laurence Girard








                        



                                


                            

Chronique matières premières. Les « deudeuches » Cochonou s’élancent, samedi 7 juillet, dans la caravane du Tour de France. Pour la vingtième fois, la marque de saucisson part à la rencontre de ses clients. Mais les exégètes des tendances de consommation noteront une évolution majeure. Pour son défilé estival, elle a ajouté un ruban rouge à son imprimé vichy traditionnel. Pas par coquetterie. Si elle arbore un label rouge, bien que cette distinction ne concerne qu’une tranche de sa production, c’est pour se hausser du col sur le parcours de la Grande Boucle, au moment où les Français sont de plus en plus soucieux du contenu de leur assiette. Fût-elle de pique-nique.
Les éleveurs sur le gril
Un signe qui ne trompe pas. Les attentes des consommateurs bousculent la filière porcine. Et les éleveurs de cochons sont sur le gril. Les questions de bien-être animal se sont trouvées au cœur des débats sur le projet de loi agriculture et alimentation voté en première lecture. Lancées par le dépôt d’amendements, les discussions sont remontées au plus haut niveau de l’Etat. « Ce sont devenus des sujets de société. Nous devons avancer ensemble », a déclaré Stéphane Travert, ministre de l’agriculture devant l’assemblée générale d’Inaporc, interprofession du porc, mercredi 4 juillet. « Pour la castration à vif et le coupage des queues, des sujets complexes, il faut trouver des alternatives avec un calendrier de sortie progressive à la fin de l’année. »

« Je pensais que le gouvernement et l’Elysée avaient autre chose à faire que de se demander à quelle longueur on devait couper la queue des cochons », réagit Guillaume Roué, président de l’Inaporc, qui avait apostrophé M. Travert, prenant l’exemple des poules bientôt libérées de leur cage : « Est-ce que l’étape suivante sera de fixer un nombre de coqs pour l’épanouissement sexuel des poules, avant d’exiger que les coqs ne chantent pas avant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3234,1-0,0-8"> ¤ Les acteurs de cette période ont participé à une même histoire, celle d’une période où la colonisation a forgé des réseaux et des échanges qui ont influencé et construit la vie et l’avenir de la plupart des habitants de la planète explique, dans sa chronique, le journaliste du « Monde » Antoine Reverchon.
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Au temps des colonies : il faut « sortir des “récits nationaux” »

Les acteurs de cette période ont participé à une même histoire, celle d’une période où la colonisation a forgé des réseaux et des échanges qui ont influencé et construit la vie et l’avenir de la plupart des habitants de la planète explique, dans sa chronique, le journaliste du « Monde » Antoine Reverchon.



Le Monde
 |    07.07.2018 à 11h30
    |

            Antoine Reverchon








                        



                                


                            

Recherches. L’histoire économique des quatre siècles de colonisation européenne du monde a longtemps oscillé entre le récit idyllique de l’apport des bienfaits de la civilisation aux peuples « arriérés », et le récit dramatique de l’exploitation impitoyable des peuples opprimés.
Depuis quelques années, les tenants de ce que l’on appelle « l’histoire globale » – comme le Global History and Culture Centre de l’université de Warwick (Royaume-Uni) – s’efforcent de puiser aux sources des colonisateurs comme des colonisés pour construire un savoir plus équilibré. Avec d’autant plus de liberté que les jeunes historiens venus d’Inde, de Chine, d’Afrique, participent à ce mouvement, comme l’illustre la liste des intervenants à un colloque sur l’histoire de l’Empire britannique qui s’est tenu à Warwick les 21 et 22 juin.
Un formidable vecteur d’expansion de l’islam
James Wilson (Cambridge) montre comment les colons chinois, déjà présents en Asie du Sud-Est lorsque les Européens arrivent, deviennent tour à tour, selon les moments et les lieux, un modèle d’agriculteurs libres, plus efficaces que les esclaves pour mettre en valeur les plantations de thé ou de sucre – à tel point que l’administration coloniale leur offre des propriétés et des crédits pour qu’ils s’installent à Ceylan une fois l’esclavage aboli –, ou au contraire un dangereux lumpen prolétariat de « coolies » qu’il s’agit de forcer à travailler dans des conditions abominables dans les îles sucrières des Antilles ou sur les docks de Singapour.
Cao Yin (université de Tsinghua) décrit comment les soldats et policiers sikhs amenés à Hongkong pour assurer l’ordre voient leur identité transformée par cette expérience jusqu’à devenir des militants de l’indépendance.
John Slight (The Open University) observe que le recrutement de travailleurs indiens pour construire les chemins de fer, creuser les galeries des mines, servir comme domestiques au Kenya, en Australie,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3234,1-0,0-9"> ¤ Les avocats Antoine Chatain et Maud Picquet expliquent, dans une tribune au « Monde », que les juges font une interprétation jurisprudentielle extensive des conditions de responsabilité des personnes morales.
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« On constate une volonté accrue du législateur et des magistrats de responsabiliser pénalement les personnes morales »

Les avocats Antoine Chatain et Maud Picquet expliquent, dans une tribune au « Monde », que les juges font une interprétation jurisprudentielle extensive des conditions de responsabilité des personnes morales.



Le Monde
 |    07.07.2018 à 11h29
 • Mis à jour le
07.07.2018 à 11h35
    |

Antoine Chatain (Avocat associé) et Maud Picquet (Avocate collaboratrice au cabinet Chatain & associés)







                        



                                


                            

Tribune. Lorsque des poursuites pénales sont diligentées, les dirigeants d’entreprise s’interrogent souvent sur l’imputation des faits à la personne morale, en parallèle ou indépendamment de la mise en cause des personnes physiques responsables. Il est vrai que les conditions de mise en cause de la responsabilité pénale des personnes morales sont paradoxalement moins exigeantes que celles nécessaires à l’engagement de la responsabilité pénale des personnes physiques.
S’il est difficile de concevoir qu’une personne morale puisse commettre une infraction, la possibilité d’engager des poursuites pénales à son encontre existe en France depuis le 1er mars 1994. On constate depuis une volonté accrue du législateur et des magistrats de responsabiliser pénalement les personnes morales.
La loi Perben II du 9 mars 2004
Initialement limitée aux infractions prévues « par la loi ou par le règlement », la responsabilité pénale des personnes morales a été généralisée à l’ensemble des infractions par la loi Perben II du 9 mars 2004. Ces personnes sont ainsi pénalement responsables de toutes les infractions « commises, pour leur compte, par leurs organes ou représentants » (article 121-2 du code pénal).
Seule la faute de l’organe ou du représentant de la personne morale engage la responsabilité de cette dernière. La responsabilité est dite « par représentation ».

L’article 121-2 du code pénal précise que « la responsabilité pénale des personnes morales n’exclut pas celle des personnes physiques auteurs ou complices des mêmes faits, sous réserve des dispositions du quatrième alinéa de l’article 121-3 ».
Ces dernières dispositions, introduites par la loi du 10 juillet 2000, conduisent à ce qu’en cas de dommage causé indirectement et involontairement par une personne physique, cette dernière ne s’expose pénalement que s’il est établi qu’elle a commis une faute qualifiée (violation manifestement...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3234,1-0,0-10"> ¤ Les avocats Bernard Cazeneuve et Pierre Sellal plaident pour la mise en place d’un paquet européen anticorruption pour mieux traquer la grande délinquance financière.
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« Il faut corriger l’asymétrie » entre Europe et Etats-Unis dans la lutte contre la corruption

Les avocats Bernard Cazeneuve et Pierre Sellal plaident pour la mise en place d’un paquet européen anticorruption pour mieux traquer la grande délinquance financière.



Le Monde
 |    07.07.2018 à 11h23
 • Mis à jour le
07.07.2018 à 11h37
    |

Bernard Cazeneuve (Ancien premier ministre, avocat au barreau de Paris, associé au sein du cabinet August Debouzy) et Pierre Sellal (Ancien ambassa...







                        



                                


                            

Tribune. Les progrès législatifs récemment accomplis en France et en Europe pour lutter contre la corruption méritent d’être confortés. Alors que le Foreign Corruption Practices Act (FCPA) s’applique dans toute sa rigueur aux Etats-Unis depuis 1977, il aura fallu attendre 1997 pour que, dans le cadre de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), soit adoptée la Convention sur la lutte contre la corruption d’agents publics étrangers dans les transactions commerciales internationales, et 2005, pour que l’ONU publie la Convention des Nations unies contre la corruption.
Ce n’est que vingt ans plus tard que la loi Sapin 2 a été adoptée par le parlement français, avec la volonté d’appliquer dans notre pays les meilleurs standards internationaux de la lutte contre la corruption.
Trois grands piliers
Il n’est guère surprenant, dans un tel contexte, que le juge américain ait pris prétexte de l’extrême faiblesse des dispositifs de prévention et de pénalisation de la corruption en France et en Europe, pour légitimer l’extraterritorialité de ses procédures.
Or les mesures de prévention de la corruption prévues par les dispositions législatives et réglementaires les plus récentes ont aussi pour objectif de créer les conditions d’une concurrence économique équitable, seule à même de garantir une croissance durable dans une économie de plus en plus concurrentielle. Ce qui vaut pour le marché global vaut a fortiori pour le marché unique européen. On ne peut à la fois regretter la dimension asymétrique de la relation euroatlantique sur les sujets de conformité et de lutte anticorruption et ne rien faire pour la rééquilibrer.

Sur la question de la prévention de la corruption et de la pénalisation de ceux qui l’organisent, la mise en œuvre d’un paquet compliance (conformité) européen devrait constituer l’un des objectifs prioritaires de la mandature européenne qui s’ouvrira en 2020. Pour...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3234,1-0,0-11"> ¤ Il est essentiel de progresser dans la judiciarisation des patrons puisque les entreprises affirment être coresponsables du sort de la planète, estime l’avocat William Bourdon, dans une tribune au « Monde ».
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Responsabilité pénale des entreprises : « La mise en examen de Lafarge peut et doit être un tournant »

Il est essentiel de progresser dans la judiciarisation des patrons puisque les entreprises affirment être coresponsables du sort de la planète, estime l’avocat William Bourdon, dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    07.07.2018 à 11h20
 • Mis à jour le
07.07.2018 à 11h51
    |

                            William Bourdon (Avocat et président-fondateur de l'association Sherpa)








                        



                                


                            

Tribune. La comparaison entre le sort des patrons français, poursuivis pour des infractions parfois très graves, et celui fait à leurs homologues étrangers, peut sembler criante. La justice d’autres pays n’hésite pas depuis plusieurs années à prononcer de lourdes peines de prison à l’égard des PDG, à l’inverse de la France, où, si ce n’est dans quelques dossiers spectaculaires d’enrichissement personnel, des placements en détention provisoire ou le prononcé d’une peine ferme restent des plus rares.
En Corée du Sud, l’héritier de Samsung a été condamné en août 2017 à cinq ans de prison pour des faits de corruption [condamné à du sursis en appel, Lee Jae-yong a été libéré en février]. Au Brésil, Marcelo Odebrecht, géant du BTP, a été condamné en mars 2016 à plus de dix-neuf années de réclusion [une peine sensiblement allégée depuis].
Aux Etats-Unis, Oliver Schmidt, responsable du service de conformité réglementaire de Volkswagen aux Etats-Unis jusqu’en mars 2015, après avoir accepté de plaider coupable, a écopé d’une peine de sept ans de prison en décembre 2017. En Allemagne, le patron d’Audi, Rupert Stadler, a été incarcéré le 18 juin pour fraude et complicité de faux certificats dans le cadre du « dieselgate ».
Une forme de révérence, de frilosité parfois
Il ne s’agit pas d’exiger des juges français qu’ils fassent goûter aux dirigeants impliqués dans les affaires les plus graves le sort que connaissent aujourd’hui 70 000 détenus en France, c’est-à-dire une surpopulation carcérale insupportable et des conditions de détention unanimement considérées comme indignes depuis plusieurs années.
Mais cela n’empêche pas de s’interroger sur une forme de révérence, de frilosité parfois, de certains juges français face à de grands capitaines d’industrie, alors même qu’ils sont suspectés d’avoir commis les infractions les plus graves.
Il y a certes eu un premier mouvement avec l’appel...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3234,1-0,0-12"> ¤ Les avocats Denis Chemla et Paul Fortin soulignent, dans une tribune au « Monde », les fragilités juridiques d’une mise en examen d’une personne morale pour crime contre l’humanité
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Affaire Lafarge : « L’opprobre est jeté dès la mise en examen »

Les avocats Denis Chemla et Paul Fortin soulignent, dans une tribune au « Monde », les fragilités juridiques d’une mise en examen d’une personne morale pour crime contre l’humanité



Le Monde
 |    07.07.2018 à 11h20
 • Mis à jour le
07.07.2018 à 11h39
    |

Denis Chemla (Avocat au barreau de Paris, associé du cabinet Allen & Overy LLP) et Paul Fortin (Avocat au barreau de Paris, collaborateur du cabine...







                        



                                


                            

Tribune. Depuis jeudi 28 juin, la société Lafarge SA est mise en examen des chefs de violation d’un embargo, mise en danger de la vie d’autrui, financement d’une entreprise terroriste et complicité de crimes contre l’humanité.
Derrière ces terminologies juridiques fracassantes, une histoire présentée comme simple : pour préserver son activité en Syrie, le groupe Lafarge aurait indirectement financé des djihadistes syriens en leur remettant plusieurs millions de dollars entre 2012 et 2014.
Un double tournant
Cette dernière mise en examen ne préjuge aucunement d’une culpabilité éventuelle de Lafarge, laquelle demeure présumée innocente. Toutefois, elle marque un double tournant, qu’il convient d’analyser : premièrement, aux dirigeants mis en cause vient désormais s’ajouter une personne morale, Lafarge SA ; deuxièmement, la qualification de crimes contre l’humanité, à la redoutable charge symbolique, s’invite dans le dossier.
Comment une telle mise en cause est-elle possible ? Quelles difficultés et sanctions sont à prévoir ?

Une personne morale est une construction juridique : elle n’a ni bras, ni jambes, et n’agira jamais que par l’intermédiaire de personnes physiques. Pour prolonger le mot du juriste Léon Duguit (1859-1928), si personne n’a jamais déjeuné avec une personne morale, a fortiori on n’a jamais vu une personne morale tuer elle-même des innocents dans le cadre d’un « plan concerté à l’encontre d’un groupe de population civile dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique », c’est-à-dire commettre un crime contre l’humanité.
La loi française tire les conséquences de ce constat, et ne cherche pas à imputer des comportements concrets ou une intention à une société : une personne morale est pénalement responsable dès lors que ses organes ou représentants ont commis pour son compte des infractions.
Faute de représentant coupable…
En résumé, l’enquête ne tend...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3234,1-0,0-13"> ¤ Le conglomérat qui a bouleversé le marché de l’Internet se lance dans la fibre optique et veut investir dans l’e-commerce.
<filname="PROF-0,2-3234,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
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L’industriel indien Reliance accélère sa mutation dans le high-tech

Le conglomérat qui a bouleversé le marché de l’Internet se lance dans la fibre optique et veut investir dans l’e-commerce.



Le Monde
 |    07.07.2018 à 11h11
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                            Guillaume Delacroix (Bombay, Inde, correspondance)








                        



                                


                            

Le moment est à ce point historique pour Reliance Industries que son PDG, le milliardaire Mukesh Ambani, a convoqué son père, fondateur du conglomérat indien en 1977, dans toute la presse du sous-continent. Vendredi 6 juillet, le visage de Dhirubhai Ambani, décédé en 2002, est réapparu sur des pages entières dans tous les journaux, nimbé de nuages figurant le paradis. L’homme d’affaires du Gujarat reste dans les mémoires comme l’incarnation d’une des plus belles success stories du pays. « Vous êtes notre source d’inspiration pour rendre la vie de chacun plus facile », affirment ses héritiers dans cette opération publicitaire on ne peut plus tapageuse.
La veille, son fils Mukesh, première fortune de l’Inde, avait annoncé « un tournant » dans l’histoire du groupe, à l’occasion de l’assemblée générale de ses actionnaires, à Bombay. Lui qui avait jeté un pavé dans la mare des télécommunications en lançant en septembre 2016 un nouvel opérateur, Jio, qui allait complètement rebattre les cartes de l’Internet mobile, a décidé cette fois d’investir le marché de la fibre optique. A partir du 15 août, a-t-il déclaré, Reliance Industries va proposer aux familles indiennes résidant dans plus d’un millier de villes de s’inscrire à un nouveau service à domicile d’accès à Internet à très haut débit.

« Alors que l’Inde a pris la pole position dans le domaine de l’Internet mobile à haut débit, elle accuse toujours un retard important dans le fixe, du fait d’infrastructures insuffisantes », a expliqué le milliardaire. Une pierre jetée dans le jardin des deux grands opérateurs actuels, l’entreprise publique BSNL et son concurrent privé Bharti Airtel, qui détiennent respectivement 51 % et 12 % de parts de marché, ainsi que de leurs challengers régionaux.
L’Internet fixe à haut débit est encore en devenir
Dans l’Internet mobile, la fulgurance avec laquelle Jio s’est imposé a bouleversé le paysage, en proposant la gratuité...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3234,1-0,0-14"> ¤ Dans sa chronique, Annie Kahn, journaliste au « Monde », explique que loisirs et déconnexion améliorent performances et comportement au travail.
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« Prendre des vacances accroît les chances d’être augmenté ou promu »

Dans sa chronique, Annie Kahn, journaliste au « Monde », explique que loisirs et déconnexion améliorent performances et comportement au travail.



Le Monde
 |    07.07.2018 à 11h00
 • Mis à jour le
07.07.2018 à 12h01
    |

            Annie Kahn








                        



                                


                            

Ma vie en boîte. Dans quelques jours – à moins que ce ne soit déjà fait –, chacun se souhaitera bonnes vacances ! Le risque de n’y point parvenir serait-il donc si important ? De fait, outre la nécessité de se retrouver en bonne compagnie, dans un cadre agréable, s’ajoute désormais un impératif : mettre toutes les chances de son côté pour déconnecter. Seule une minorité (22 %) de cadres français y parvient complètement, selon l’IFOP. Faire partie de cette élite est donc une gageure !
Certes les cadres français prennent 33 jours de vacances en moyenne, selon la Dares, le service statistique du ministère du travail. C’est énorme en comparaison de ce qui se passe dans un certain nombre de pays étrangers, aux Etats-Unis en particulier. Mais globalement, tous statuts confondus, seulement 60 % des Français quittent réellement leur résidence principale. Et 78 % des cadres continuent de consulter leurs mails professionnels durant leurs congés, selon l’IFOP, qui a réalisé ce sondage en juillet 2017, soit un semestre après l’entrée en vigueur de la loi sur le droit à la déconnexion.
Conçue pour mieux équilibrer vie professionnelle et vie privée, cette loi impose à toute entreprise de plus de 50 salariés de négocier un accord avec les syndicats sur l’utilisation des outils numériques pendant les périodes de repos. Ou, à défaut d’accord, de publier une charte sur le sujet. Elle pourra stipuler qu’aucun mail ne doit être envoyé aux collaborateurs pendant leurs vacances, par exemple. Et, qu’en cas d’extrême urgence, un SMS ou appel téléphonique préviendra l’intéressé. Ce qui devrait le dissuader de consulter son courrier. A défaut d’accord ou de charte, l’entreprise peut être condamnée pénalement et écoper d’une amende de 3 750 euros.
Des mesures radicales
Des firmes comme Daimler proposent depuis longtemps des mesures radicales à leurs salariés qui le souhaitent. Comme détruire automatiquement les mails qui leur sont envoyés durant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3234,1-0,0-15"> ¤ Heinrich Hiesinger, qui avait réussi à redresser le groupe, est parti sous la pression de fonds activistes actionnaires opposés à sa stratégie.
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En Allemagne, des inquiétudes sur l’avenir de ThyssenKrupp après la démission de son patron

Heinrich Hiesinger, qui avait réussi à redresser le groupe, est parti sous la pression de fonds activistes actionnaires opposés à sa stratégie.



Le Monde
 |    07.07.2018 à 10h55
    |

                            Cécile Boutelet (Berlin, correspondance)








                        



                                


                            

Avis de gros temps sur les grands conglomérats industriels : ThyssenKrupp (TK), l’un des plus importants et anciens d’Allemagne, est entré dans une période d’instabilité. Le président du directoire, Heinrich Hiesinger, a annoncé sa démission, jeudi 5 juillet dans la soirée, à la surprise générale. Après avoir réussi à redresser le groupe, au bord de la faillite à son arrivée en 2011, le patron est finalement tombé, sous la pression de fonds activistes qui s’opposaient depuis plusieurs mois à sa stratégie.
« Sans Heinrich Hiesinger, ThyssenKrupp n’existerait plus », a aussitôt réagi le président du conseil de surveillance, Ulrich Lehner, dans un hommage inhabituellement appuyé. Il n’est pas si loin le temps où le mythique groupe d’Essen, associé aux débuts de l’industrialisation allemande et à la reconstruction, faisait l’objet de toutes les inquiétudes. En 2011, sa situation financière était devenue extrêmement précaire après qu’un investissement ambitieux dans une aciérie en Amérique latine eut tourné au fiasco. Heinrich Hiesinger, ancien de Siemens, avait été alors appelé à la tête du groupe, à qui il a imposé une restructuration historique. Sept ans plus tard, son bilan est considérable : il a réduit l’énorme dette et recentré l’activité sur des secteurs à plus forte valeur ajoutée, comme la sous-traitance automobile, les ascenseurs et les sous-marins.
Un pas symbolique délicat
Mais surtout, Heinrich Hiesinger a osé faire un pas symbolique extrêmement délicat : fusionner les activités de sidérurgie, cœur historique de ThyssenKrupp, avec l’indien Tata, au sein d’une nouvelle coentreprise. ThyssenKrupp Steel Europe, dont le siège se trouve à Duisburg, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, est le fruit de mariages successifs entre différents sidérurgistes allemands de la région de la Ruhr. Il a aussi vu naître les premières grandes luttes sociales pour les droits des travailleurs.

La fondation d’entreprise Krupp, premier actionnaire...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3234,1-0,0-16"> ¤ « En pratique, les poursuites limitées à la seule personne morale ne concernent pour l’essentiel que les infractions involontaires », constate le bâtonnier Paul-Albert Iweins dans une tribune au « Monde ».
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« On assiste à une quasi-généralisation des doubles mises en cause, celle de l’entreprise et celle de ses dirigeants »

« En pratique, les poursuites limitées à la seule personne morale ne concernent pour l’essentiel que les infractions involontaires », constate le bâtonnier Paul-Albert Iweins dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    07.07.2018 à 10h45
 • Mis à jour le
07.07.2018 à 11h50
    |

                            Paul-Albert Iweins (Bâtonnier, avocat associé du cabinet Taylor Wessing)








                        



                                


                            

Tribune. Lorsqu’en 1994 fut discutée en France la possibilité d’inclure dans notre droit la responsabilité pénale des entreprises, personnes morales, un professeur de droit s’exclama : « Pour ma part, je n’ai jamais dîné avec une personne morale ! » La réforme fut cependant adoptée au motif que les infractions commises au sein des sociétés commerciales étaient réalisées au profit de celles-ci et que l’on cesserait ainsi de faire payer des « lampistes », personnes physiques jusqu’alors seules poursuivies.
Les peines encourues par les personnes morales (quintuplement des amendes, fermeture d’établissements, voire éventuelle dissolution judiciaire) répondaient au même souci de faire payer les véritables responsables.
Las, la volonté de voir comparaître devant le juge une « vraie » personne et de sanctionner les personnes physiques auteurs ou complices des infractions l’emporta. On a assisté de ce fait à une quasi-généralisation des doubles mises en cause : celle de l’entreprise et celle de ses agents ou dirigeants. En pratique, aujourd’hui, les poursuites limitées à la seule personne morale ne concernent pour l’essentiel que les infractions involontaires (accidents industriels ou environnementaux) dans lesquelles les responsabilités individuelles sont trop diffuses.
Certains des commentaires ayant accompagné la loi Sapin 2 du 9 décembre 2016, destinée à lutter contre la corruption, ont pu entretenir l’illusion que seule l’entreprise paierait : la lourde convention judiciaire d’intérêt public négociée avec le parquet, forme d’amende civile mise à la charge des entreprises, limiterait voire empêcherait toute poursuite individuelle. La loi prévoit pourtant expressément le contraire, et le parquet national financier a précisé à plusieurs reprises qu’il ne renonçait à rien, même si la discussion peut permettre quelques aménagements.
Condamnations personnelles
Dès lors, les dirigeants, encouragés à multiplier les...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3234,1-0,0-17"> ¤ Les entreprises sont de plus en plus considérées comme responsables des infractions pénales voire criminelles commises dans le cadre de leurs activités, constatent dans une tribune au « Monde » les avocats Thomas Baudesson et Charles Merveilleux du Vignaux.
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Responsabilité pénale des entreprises : « L’évolution des sanctions à leur encontre est devenue vertigineuse en quelques années »

Les entreprises sont de plus en plus considérées comme responsables des infractions pénales voire criminelles commises dans le cadre de leurs activités, constatent dans une tribune au « Monde » les avocats Thomas Baudesson et Charles Merveilleux du Vignaux.



Le Monde
 |    07.07.2018 à 10h45
 • Mis à jour le
07.07.2018 à 12h08
    |

Thomas Baudesson et Charles Merveilleux du Vignaux (Avocats au cabinet Clifford Chance)







                        



                                


                            

Tribune. « Ce sont des hommes et non des entités abstraites qui commettent les crimes dont la répression s’impose comme sanction du droit international » : c’est en ces termes que le tribunal militaire international de Nuremberg posait l’un des principes qui régissent encore aujourd’hui le droit pénal international. Pourtant, dans les vingt-cinq dernières années, on a assisté à un développement fulgurant de la responsabilité des entreprises.
Il est ainsi de plus en plus communément admis que les personnes morales sont pénalement responsables de leurs actes. Mais cette évolution est récente (1994 en France) et inégale selon les pays (l’Allemagne, par exemple, se contente d’un système d’amendes administratives).
En l’absence d’instance internationale, la répression des infractions des entreprises est soumise aux droits nationaux. Son efficacité dépend donc de la lourdeur des peines prévues et de la rigueur des politiques de poursuite, soit en pratique de l’intérêt des pouvoirs publics, qui varie selon les pays et l’actualité. C’est l’une des explications au développement de poursuites extraterritoriales, dont les Etats-Unis se sont fait une spécialité en matière économique, notamment sur le fondement du Foreign Corrupt Practices Act (FCPA) : afin de protéger la compétitivité des sociétés américaines, qui y sont soumises, les autorités américaines se sont mises à l’appliquer à des sociétés étrangères pour des actes commis à l’étranger afin de compenser l’inertie dont faisaient preuve certains Etats envers leurs propres entreprises, ou la faiblesse des peines prononcées par les tribunaux en matière de corruption.
Une répression accrue
Quel que soit le bien-fondé de ces pratiques, elles ont eu pour effet de réveiller l’attention des pouvoirs publics dans les Etats dont les entreprises étaient visées. Ainsi le Royaume-Uni, avec le Bribery Act de 2010 et l’introduction, en 2014, des « deferred prosecution agreements »...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3234,1-0,0-18"> ¤ L’historien et sociologue Guillaume Mouralis, chargé de recherche au CNRS et membre du Centre Marc-Bloch à Berlin, explique comment les grandes firmes allemandes et leurs dirigeants ont dû rendre compte en 1947-1948 de leurs comportements sous le régime nazi.
<filname="PROF-0,2-3234,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
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« Après la seconde guerre, les dirigeants des plus grandes entreprises allemandes ont été poursuivis en tant que personnes physique »

L’historien et sociologue Guillaume Mouralis, chargé de recherche au CNRS et membre du Centre Marc-Bloch à Berlin, explique comment les grandes firmes allemandes et leurs dirigeants ont dû rendre compte en 1947-1948 de leurs comportements sous le régime nazi.



Le Monde
 |    07.07.2018 à 10h45
 • Mis à jour le
07.07.2018 à 11h55
    |

            Antoine Reverchon








                        



                                


                            
Engager des poursuites judiciaires contre une entreprise pour « crimes contre l’humanité », comme c’est le cas dans l’affaire Lafarge, est-il une première historique ?
Guillaume Mouralis.- C’est semble-t-il une première en matière de poursuite d’une entreprise comme personne morale. En revanche, les dirigeants et cadres des plus grandes entreprises allemandes ont été poursuivis, jugés et condamnés en tant que personnes physiques pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, en 1947 et 1948. Non pas par la justice allemande, ni par le tribunal militaire international (TMI) de Nuremberg, mais par les tribunaux militaires des occupants alliés, essentiellement américains.
Le droit pénal international, depuis Nuremberg jusqu’à aujourd’hui, ne connaît en effet que des délits et des crimes commis par des individus à l’encontre d’autres individus. Certes, le tribunal de Nuremberg a mis en accusation sept « organisations criminelles », dont trois ont été jugées coupables. Il s’agissait d’organisations politiques et administratives de l’Allemagne nazie – dont le parti hitlérien, le NSDAP, et la SS – mais pas d’entreprises.
Celles-ci ont donc échappé à leurs responsabilités en matière de participation aux crimes nazis ?
Pas leurs dirigeants, du moins quelques dizaines d’entre eux – et encore, provisoirement. Après le verdict de Nuremberg contre les dirigeants nazis, le 1er octobre 1946, les Américains organisent, en 1947 et 1948, ce qu’on appelle les « procès successeurs » pour juger les responsables « de second rang » selon les mêmes règles de droit que le TMI.
Sur douze procès, trois concernent les dirigeants des trois plus grands groupes industriels allemands, Krupp, Flick et IG Farben. Le procès Krupp condamne le fils du patron, Alfried Krupp, à douze ans de prison, et onze cadres à des peines diverses – y compris la confiscation de leurs biens – pour crime contre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3234,1-0,0-19"> ¤ L’idée de Berlin d’abaisser les taxes sur les voitures importées pour éviter une guerre commerciale avec Washington trouve un écho favorable chez constructeurs européens.
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Faut-il redouter une fin des droits de douane en Europe sur l’automobile ?

L’idée de Berlin d’abaisser les taxes sur les voitures importées pour éviter une guerre commerciale avec Washington trouve un écho favorable chez constructeurs européens.



Le Monde
 |    07.07.2018 à 10h35
    |

                            Éric Béziat








                        



                                


                            

D’une inquiétude à l’autre… La proposition surprise de l’Allemagne de négocier une baisse généralisée des droits de douane sur les automobiles importées en Europe, afin d’éviter une guerre commerciale avec les Etats-Unis, soulève nombre de questions. Cette idée, évoquée publiquement jeudi 5 juillet par la chancelière Angela Merkel, si elle était mise en œuvre, risquerait-elle de déstabiliser le marché automobile européen ? Faciliterait-elle l’arrivée de nouveaux concurrents plus compétitifs, venus d’outre-Atlantique mais aussi d’Asie ? Les constructeurs européens traditionnels non germaniques – les Fiat, PSA, Renault – ancrés sur le Vieux Continent et dans leurs marchés historiques respectifs pourraient-ils souffrir d’une nouvelle concurrence ?
L’initiative a en tout cas fait grincer des dents à Bruxelles. « Il n’y a pas que les Allemands qui ont une industrie automobile », a expliqué à l’Agence France Presse une source européenne qui a requis l’anonymat, citant la France, l’Espagne ou encore la Slovaquie. « Ces industries pourraient être concurrencées par l’arrivée de voitures importées si la baisse des taxes était généralisée. »

L’angoisse est-elle fondée ? Aujourd’hui, environ 20 % des 15 millions de voitures vendues annuellement dans l’Union européenne (UE) sont fabriquées ailleurs, dont 260 000 aux Etats-Unis. L’UE taxe à 10 % ces véhicules importés, contre 2,5 % aux Etats-Unis. « Ce taux n’est pas extrêmement élevé, souligne Laurent Petizon, directeur général France de la société de conseil AlixPartners. Mais sa disparition peut avoir un impact sur le marché des véhicules d’entrée et de milieu de gamme. Pour la clientèle de ce segment, une différence de 10 % sur le prix d’un modèle, cela compte. » Or ce marché des petites ou moyennes voitures à prix raisonnables est justement la spécialité des constructeurs européens.
Les géants allemands applaudissent
Pourtant, à y regarder de près, nombreux...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3234,1-0,0-20"> ¤ Les Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, qui se tiennent jusqu’au 8 juillet, ont cette année pour thème « les métamorphoses du monde ».
<filname="PROF-0,2-3234,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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Le protectionnisme au menu du « Davos provençal »

Les Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, qui se tiennent jusqu’au 8 juillet, ont cette année pour thème « les métamorphoses du monde ».



Le Monde
 |    07.07.2018 à 10h33
 • Mis à jour le
07.07.2018 à 11h33
    |

            Marie Charrel (Aix-en-Provence, Bouches-du-Rhône)








                        



                                


                            

La tentation était trop forte. Ceux qui n’ont pas su y résister se sont éclipsés quelques instants, peu après 16 heures, pour suivre discrètement les quarts de finale France-Uruguay. Les autres se sont concentrés sur les débats inaugurant, vendredi 6 juillet, la dix-huitième édition des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, qui se tiennent jusqu’à dimanche 8 juillet.
Comme chaque année, grands patrons, économistes, responsables politiques et personnalités culturelles se croiseront pendant trois jours, dans une ambiance décontractée – ici, les cravates se font rares et les vestes tombent. Si le généreux soleil et le chant des cigales offrent un avant-goût de vacances, l’entre-soi aixois se veut néanmoins studieux. Et ambitieux : il s’agit de nourrir les débats et de fournir, rien de moins, des pistes d’action aux décideurs politiques.

« Les métamorphoses du monde » : si le thème de l’édition 2018 peut sembler abstrait, les discussions portent en réalité sur les sujets brûlants du moment, tels que les risques de guerre commerciale, le Brexit et la tentation protectionniste. « Nous vivons une période exceptionnelle de changements, a déclaré en préambule Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, le groupe de réflexion qui organise ce “mini Davos”. Le monde que nous avons construit après la chute du mur de Berlin, fondé sur l’économie de marché et sur une gouvernance mondiale reposant sur le multilatéralisme, est fini. »
Défi migratoire
Quels sont les bouleversements à l’œuvre ? Comment les expliquer, comment y répondre ? Avant de plonger dans le vif du sujet, les discussions se sont ouvertes, vendredi, sur un appel à l’humilité, que d’aucuns verront comme un acte de contrition. « Nous devons faire preuve de modestie : nous sommes incapables de prévoir ce qui se passera d’ici cinq ou dix ans en matière de climat, finance, évolution des technologies », a égrené Patrick Artus, de Natixis,...




                        

                        

