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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Notre choix du soir. La série créée par Ben Sinclair et Katja Blichfeld constitue un portrait enchanteur de la New York « bobo » d’aujourd’hui (sur OCS à la demande).
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤                     
                                                

TV – « High Maintenance », d’une grâce stupéfiante

Notre choix du soir. La série créée par Ben Sinclair et Katja Blichfeld constitue un portrait enchanteur de la New York « bobo » d’aujourd’hui (sur OCS à la demande).



Le Monde
 |    06.07.2018 à 17h45
    |

            Renaud Machart








                        


Série sur OCS à la demande

High Maintenance (2012-2015), de Ben Sinclair et Katja ­Blichfeld, a commencé sa carrière sur Internet. La plate-forme de vidéo à la ­demande Vimeo en a d’abord diffusé, entre novembre 2012 et ­février 2015, les cinq premiers « cycles » – car il est difficile de parler de « saisons » pour cet ­ensemble de 5 × 3 épisodes (ou 4, dans le cas du cycle 2) de huit à vingt minutes.
L’originalité du ton, du scénario et la fantaisie douce-amère des auteurs ont convaincu la chaîne câblée nord-américaine HBO, qui n’a pas froid aux yeux en matière de sujets « sensibles », d’en commander un nouveau cycle de six épisodes de quelque trente minutes chacun. Une deuxième saison de dix épisodes a suivi et l’on sait, depuis février, que HBO a confirmé la commande d’une troisième.
Chaque épisode conte une histoire différente, jouée par des acteurs en général non récurrents, à l’exception de « The Guy » (« le Mec »), un dealer new-yorkais de marijuana à bicyclette, « aux allures de John Malkovich jeune » (ainsi que le décrit un personnage), formidablement interprété par Ben Sinclair lui-même.
Chaque visite du dealer chez ses clients est l’occasion pour lui d’être l’oreille plus ou moins consentante de leurs névroses, souvent carabinées, voire le complice forcé d’événements tragicomiques de leurs vies.

   


L’un des épisodes les plus intéressants de la saison 1 se concentre sur l’existence morose d’un chien – son maître, dépressif et boulimique, n’étant que rarement filmé au-dessus des épaules. La caméra suit l’animal, qui retrouve la joie de vivre au contact d’une « dog walker » (une « promeneuse de chiens ») avant de s’enfuir, recueilli par de nouveaux maîtres.
Cet épisode n’entretient qu’un rapport ténu avec la drogue, qui semble ne constituer qu’un simple et allusif prétexte à inclure ce petit bijou passablement excentrique au propos.
Le premier épisode de la saison 2 montre comment tout un groupe de jeunes bobos se voit chamboulé de manière tragicomique en apprenant, au réveil, une nouvelle qui allait, au-delà de leurs ­pires cauchemars, changer la face des Etats-Unis. Evidemment, « le Mec » fait ce jour-là l’une des meilleures recettes de sa carrière, tant étaient nombreux ceux à vouloir s’abstraire de cette réalité.

   


Cette nouvelle sidérante, traitée différemment, était aussi l’« accroche » du premier épisode de « Cult », la septième saison ­d’American Horror Story, créée par le prolifique Ryan Murphy. Elle était développée ensuite comme un ressort dramatique, alors que, dans High Maintenance, la « bulle » bobo, une fois le choc initial encaissé, n’en semble pas ­affectée.
On aura décelé une sorte d’amollissement du récit au mitan de la saison 2. Dans l’épisode 5, « le Mec » fait une chute et se retrouve aux urgences. Ce qui est l’occasion d’une pause assez étrange et passablement longuette qui ferait presque décrocher le spectateur. L’épisode 6 est lui aussi un peu creux, malgré sa fonction de « séquence onirique ». Mais la suite de la saison ramène l’enchantement qu’on avait cru, à tort, compromis.
A vrai dire, High Maintenance n’a rien, dramatiquement, d’une série. Mieux vaut la considérer comme un enchaînement de nouvelles (au sens littéraire du terme) filmées qui finissent, en s’agrégeant, par créer un tout en forme de portrait de la New York bourgeoise bohème d’aujourd’hui, ­bigarrée, excentrique, aussi agaçante qu’attachante.
High Maintenance, saisons 1 et 2, série créée par Katja Blichfeld et Ben Sinclair. Avec Ben Sinclair (EU, 2016-2018, 6 × 20 min et 10 × 20 min). OCS Go à la demande.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ A voir aussi ce soir. Gabriele Mainetti transpose avec fantaisie l’univers des super-héros en bord de Tibre (sur Canal+ Cinéma à 23 h 25).
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤                     
                                                

TV – « On l’appelle Jeeg Robot » : trop fort ce Romain

A voir aussi ce soir. Gabriele Mainetti transpose avec fantaisie l’univers des super-héros en bord de Tibre (sur Canal+ Cinéma à 23 h 25).



Le Monde
 |    06.07.2018 à 17h30
    |

                            Thomas Sotinel








                        


Film sur Canal+ Cinéma à 23 h 25

A quoi sert un super- héros ? Si l’on en croit les multinationales Marvel ou DC, à pallier les insuffisances de l’humanité, que les scénaristes de comics et de films confondent avec la nation états-unienne. L’insécurité, le réchauffement climatique, les tensions internationales, la réforme de l’éducation… Rien qui soit hors de portée d’un Superman, de trois ou quatre Fantastiques, d’un géant vert et caractériel.
Mais que reste-t-il du reste, de l’humanité, cette immense majorité qui n’est pas titulaire d’un passeport américain ? Avec le film de Gabriele Mainetti, les Italiens disposent de Jeeg Robot, un pauvre type d’une cité sordide de la périphérie romaine à qui sa déliquescence morale confère des super­pouvoirs issus d’une des activités favorites de la Mafia, le traitement frauduleux des déchets.
Un super-héros à la fois fort et corrompu, hors-la-loi et dernier rempart de la cohésion sociale, un rêve italien, donc, mis en scène avec un mélange de sauvagerie satirique et de premier degré. Quand on découvre Enzo Ceccotti (Claudio Santamaria), il court dans les rues du centre de Rome pour échapper aux policiers. En plongeant dans le Tibre, il perce un baril dont s’échappe un liquide noir. Remonté à la surface, Enzo regagne son appartement où il se livre à son occupation favorite : se masturber devant des films pornographiques tout en avalant des quantités de crème dessert. Cette quiétude est troublée lorsque notre lamentable héros s’aperçoit qu’il est doué d’une force surhumaine.
Un finale pendant Lazio-Roma
Celle-ci lui permet d’arracher un distributeur de billets. Mais aussi de sauver sa jolie voisine des griffes d’un gang de narcotrafiquants. Alessia (Ilenia Pastorelli) souffre de troubles psychiques post-traumatiques, qui la conduisent à confondre le monde réel et celui des anime japonais. Elle rebaptise Enzo « Jeeg Robot » et le lance sur la voie de la justice.
Le scénario et la mise en scène jouent avec habileté du va-et-vient entre le film de gangsters à la ­Romanzo criminale, et la fantaisie. La seule constante est l’attachement à l’environnement romain, et le film culmine en un finale presque apocalyptique pendant un derby Lazio-Roma. Il y a une certaine justice poétique à voir les jeux du cirque revenir au bercail.
On l’appelle Jeeg Robot, de Gabriele Mainetti. Avec Ilenia Pastorelli, Luca Marinelli (It., 2015, 118 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Né au Cameroun, Sifoør est l’une des figures de l’afro-rap. Il s’inspire du makossa et du hip-hop américain.
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Sifoør, la nouvelle scène du rap camerounais



LE MONDE
              datetime="2018-07-06T16:50:59+02:00"

        Le 06.07.2018 à 16h50






Durée : 03:13 | 

Dans ses chansons aux rythmes entraînants, Sifoør célèbre l’amusement et le travail, ce qu’il appelle le « ndjoka ». Après une enfance à Douala, le rappeur a passé son adolescence au Kenya, puis a poursuivi ses études de marketing en France, où il a commencé des collaborations avec des artistes de la scène rap française comme Black Kent. Son nouvel EP, O’Bosso vol 2, sort en septembre.


                

                     Au Gabon, le calvaire des enfants vendus

                

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                     Au Maroc, indignation après la condamnation des meneurs du Hirak


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Avec son projet « El Sueño Americano » (« Le rêve américain »), l’Américain Tom Kiefer photographie les objets que transportent les migrants sans papiers.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ 
<article-nb="2018/07/06/19-5">
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Dix ans après le lancement du projet, un espace éphémère, préfigurant le futur lieu culturel, ouvre ses portes.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
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Les Ateliers Médicis pour réenchanter Clichy-sous-Bois

Dix ans après le lancement du projet, un espace éphémère, préfigurant le futur lieu culturel, ouvre ses portes.



Le Monde
 |    06.07.2018 à 15h52
    |

            Isabelle Regnier








                        



                                


                            

Au bout de l’allée des Cinq-Continents de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), le long de la promenade de la Dhuys, des enfants ont pris d’assaut les hamacs rouges qui joignent les poutres d’un gros portique en bois. D’autres jouent au ping-pong, à côté ; sur la tranche des tables, on peut lire « C’EST OUVERT ! ». Avec leur classe, ils sont venus découvrir les Ateliers Médicis – du nom du lieu de résidence pour artistes à Rome –, nouvelle institution consacrée à la création artistique et à la transmission dans cette banlieue ­emblématique des échecs répétés de la politique de la ville.
A peine sortis de la présentation d’un ­projet photographique réalisé dans le cadre d’une résidence hors les murs, les gamins ont pris possession des lieux. Devant le bâtiment, les médiateurs, jeunes adultes originaires de Clichy et de Montfermeil, semblent eux aussi dans leur élément. Calés dans des fauteuils sculptés dans le même bois de récupération que les tables de ping-pong, ils se querellent mollement. « La France n’a que de la haine pour nous », assène l’un d’eux, tandis qu’un autre s’échine à démontrer que la naissance de ce lieu prouve le contraire : « Elle t’aime, la France, et tu ne t’en rends même pas compte ! »
Edifiée en à peine un an, cette grosse cabane de bois et de taule de 800 m2 coiffée d’un chapiteau carmin vient colmater une brèche honteuse, vieille de plus de dix ans. L’idée des Ateliers Médicis est née en 2005, au lendemain des émeutes de ­Clichy-sous-Bois qu’avait déclenchées la mort de deux adolescents, Zyed Benna et Bouna ­Traoré, alors qu’ils étaient poursuivis par la police.
Pour héberger l’établissement, on a d’abord voulu réhabiliter la tour Utrillo
En réaction, les maires de ­Clichy et de Montfermeil ont ­exploré diverses pistes pour désenclaver leurs communes, et la construction d’un grand équipement culturel doté d’une résidence d’artistes travaillant main dans la main avec la ­jeunesse...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Malgré une belle distribution, la mise en scène de la Britannique parasite le chef-d’œuvre de Richard Strauss.
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Aix : une « Ariane » tourmentée par Katie Mitchell

Malgré une belle distribution, la mise en scène de la Britannique parasite le chef-d’œuvre de Richard Strauss.



Le Monde
 |    06.07.2018 à 15h27
 • Mis à jour le
06.07.2018 à 16h24
    |

                            Marie-Aude Roux (Aix-en-Provence, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Pilier du Festival d’Aix-en-Provence depuis 2012, la Britannique Katie Mitchell y présentait ce 4 juillet sa sixième mise en scène, pour la première fois dans le mythique Théâtre de l’Archevêché qui scella les débuts de la manifestation lyrique en 1948, il y a juste 70 ans. Après les réussites de la création de Written on Skin, de George Benjamin, du baroque Alcina, de Haendel, et de l’inclassable du XXe siècle qu’est le Debussy de Pelléas et Mélisande, c’est au tour d’Ariane à Naxos, de Richard Strauss, autre inclassable.
Entre révérence mozartienne et tentation wagnérienne (difficile de croire qu’elle n’est que parodique), Ariane est un opéra à thèse, qui pose en virtuose la question du genre au théâtre (confrontation entre tragédie et comédie) et à l’opéra – à qui accorder la primauté, texte ou musique ? Les tragiques, donc (Bacchus, Ariane et ses « nymphes »), versus les comiques (Zerbinette et ses acolytes).
Le genre est l’affaire de Katie Mitchell, comme le prouvent un Maître à danser en « folle » à talons aiguilles aussi déhanché qu’un balancier d’horloge comtoise ou le couple « le plus riche de Vienne » qui voit l’homme et la femme échanger robe rouge de diva et smoking. Des mécènes capricieux et béotiens, dont, affirme la metteuse en scène, il convient d’« interroger la relation » avec l’opéra.
Numéro de haute voltige
Une relation brouillonne qui rassemble les artistes sur le plateau à l’instar d’une nouvelle domesticité, et fait passer les interprètes au second plan. A commencer par le malheureux Compositeur, dont la profession de foi, harcelée par une direction d’acteur mouche du coche, finit par laisser triompher le primat d’une mise en scène à la boulimie narcissique.
Que Katie Mitchell n’ait rien à dire et se doive de le dissimuler sous un amoncellement de détails scéniques de fourmilière ne serait pas si grave s’il s’agissait...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Libre-penseuse, féministe avant l’heure et socialiste par conviction, George Sand (1804-1876) ne peut être réduite à ses amours tumultueuses avec Musset et Chopin, ou à la « bonne dame de Nohant ». Les extraits proposés dans ce hors-série permettent de prendre la mesure d’une œuvre considérable, accompagnés d’un entretien avec Michelle Perrot, de critiques et d’hommages, signés Baudelaire, Flaubert ou Sagan…
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George Sand, la libre-penseuse

Libre-penseuse, féministe avant l’heure et socialiste par conviction, George Sand (1804-1876) ne peut être réduite à ses amours tumultueuses avec Musset et Chopin, ou à la « bonne dame de Nohant ». Les extraits proposés dans ce hors-série permettent de prendre la mesure d’une œuvre considérable, accompagnés d’un entretien avec Michelle Perrot, de critiques et d’hommages, signés Baudelaire, Flaubert ou Sagan…



Le Monde
 |    06.07.2018 à 15h15
 • Mis à jour le
06.07.2018 à 16h38
    |

Martine Reid (Professeure à l’université de Lille)







                        



   


Née à Paris en 1804, Aurore Dupin, devenue « George Sand » à l’occasion de la publication de son premier roman, Indiana, en 1832, n’est plus aujourd’hui réduite à ses amours tumultueuses ou à quelque image de « bonne dame » que le temps aurait assagie. Son œuvre ne se trouve plus limitée aux romans champêtres et leur lecture réservée aux enfants. Le temps a débarrassé l’œuvre et la vie des attaques et caricatures innombrables dont elles ont longtemps fait l’objet.
Comme Victor Hugo, George Sand occupe la scène littéraire pendant près d’un demi-siècle.
Comme lui, au nom de l’égalité, elle prend la défense du peuple, des paysans surtout, et affiche toute sa vie de fortes convictions socialistes et républicaines. L’œuvre qu’elle laisse est considérable : plus de soixante-dix romans, des contes et des nouvelles en nombre, une autobiographie monumentale, une vingtaine de pièces de théâtre, des essais, des récits de voyages, des centaines d’articles publiés dans les grands journaux et revues auxquels s’ajoute une correspondance comptant près de vingt-cinq mille lettres.
« Génie narratif »
Au-delà de sa grande inventivité formelle, l’ensemble témoigne d’une remarquable attention aux questions esthétiques, politiques, philosophiques et religieuses, à l’apport des Lumières et de la Révolution, au monde rural et à ses spécificités berrichonnes au moment où se développe l’intérêt pour le folklore, à la condition des femmes, enfin, que le code civil de 1804 a privées des droits civils et politiques.
Balzac, Musset, Delphine de Girardin, Marie d’Agoult, Hugo et Sainte-Beuve reconnaissent à George Sand ce « génie narratif » que Flaubert et Taine salueront plus tard. Tocqueville voit en elle « une manière d’homme politique » quand elle soutient activement la révolution de 1848 puis s’oppose à l’empire.
Quand elle meurt à Nohant, en 1876, Flaubert confie : « Il fallait la connaître comme je l’ai connue pour savoir tout ce qu’il y avait de féminin dans ce grand homme, l’immensité de tendresse qui se trouvait dans ce génie », tandis que Victor Hugo déclare : « Dans ce siècle qui a pour loi d’achever la Révolution française et de commencer la révolution humaine, l’égalité des sexes faisant partie de l’égalité des hommes, une grande femme était nécessaire. »
Le hors-série du Monde qui lui est consacré propose un portrait, signé Martine Reid, des extraits de l’œuvre de l’écrivain, un entretien avec l’historienne Michelle Perrot, des critiques de son œuvre et des hommages d’auteurs contemporains (Baudelaire, Barbey d’Aurevilly, Proudhon, Musset, Flaubert, etc.), ou modernes (Simone de Beauvoir, Julien Gracq, Françoise Sagan, etc.)…
Martine Reid est spécialiste de littérature du XIXe siècle et des auteures. Elle a consacré deux ouvrages à George Sand, dont une biographie (Signer Sand. L’œuvre et le nom, Belin, 2003 ; George Sand, Gallimard, Folio biographie, 2013). Elle a réédité plusieurs de ses romans et nouvelles, ainsi qu’Histoire de ma vie (Gallimard/Quarto, 2004).
« George Sand. L’insoumise », un hors-série du Monde, 124 p., 8,50 euros. En vente en kiosque ou sur la boutique du monde.fr.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ A écouter cette semaine : des sonates pour violon et piano, le premier enregistrement mondial d’« A Quiet Place » (1983), des concerts à Earls Court (Londres) en 1978…
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤                     
                                                

Sélection albums : Serge Prokofiev, Leonard Bernstein, David Bowie…

A écouter cette semaine : des sonates pour violon et piano, le premier enregistrement mondial d’« A Quiet Place » (1983), des concerts à Earls Court (Londres) en 1978…



Le Monde
 |    06.07.2018 à 15h05
   





                        


Serge Prokofiev Musique pour violon et piano Cinq mélodies. Sonates Nos 1 et 2. Aylen Pritchin (violon), Yury Favorin (piano)

   


Habituellement écrasant (rythmique martiale, énergie titanesque) et écrasé (perspectives esthétiques réduites par l’URSS de Staline), le langage de Serge Prokofiev est tout autre dans ce programme intimiste qui s’articule autour d’une Première Sonate pour violon et piano à la longue gestation (1938-1946). Grimaçante, dans la veine popularisée par Dimitri Chostakovitch, et insaisissable – entre expression immatérielle et martèlement soutenu –, elle est magnifiquement restituée par un duo intense, mais jamais excessif, qui sert avec la même habileté le propos ambigu (insouciance et classicisme de façade) de la Deuxième Sonate. C’est toutefois les Cinq mélodies composées par un Prokofiev à peine trentenaire (l’âge de ses interprètes d’aujourd’hui) qui impressionnent le plus. Le violon d’Aylen Pritchin est d’une exquise « vocalité » et il prend place dans l’écrin pianistique que lui offre Yury Favorin comme dans une salle à l’acoustique modulable. Pierre Gervasoni
1 CD Melodyia.
Leonard Bernstein A Quiet Place Avec Claudia Boyle, Joseph Kaiser, Gordon Bintner, Lucas Meachen, Daniel Belcher, Rupert Charlesworth, John Tessier, Annie Rosen, Maija Skille, Steven Humes, John Tessier, Chœur de l’Orchestre symphonique de Montréal, Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano (direction)

   


L’année du centenaire de la naissance de Bernstein a du bon : le premier enregistrement mondial d’A Quiet Place, dernier opéra composé en 1983 (révisé en 1986), dans la version de chambre opérée post mortem par Garth Edwin Sunderland, fait une entrée remarquée dans la discographie. L’équipe qui entoure un Kent Nagano particulièrement inspiré – l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM), réduit à 18 instrumentistes contre les 92 initiaux, chœur et solistes –, sont de haut lignage. Le directeur musical de l’OSM séduit par une battue fine et sensible et rend justice à cet opus injustement méconnu, dont la musique inventive, d’une grande liberté de ton tant musical que dramatique, traite des profondes mutations de l’Amérique, une peinture sociale qui aborde le thème de l’homosexualité à travers un huis clos familial névrotique, mais qui, en cheminant par la vérité et le pardon, parviendra à prouver que l’amour est plus fort que la haine. Marie-Aude Roux
2 CD Decca Classics/Universal.
David Bowie Welcome to the Blackout (Live London’78)

   


D’abord publié le 21 avril lors du Record Store Day, sous la forme d’un triple album 33 tours vinyle, en tirage limité, Welcome to the Blackout, enregistré lors de concerts de David Bowie à Earls Court (Londres), les 30 juin et 1er juillet 1978, sort maintenant en CD. A peu de chose près, le répertoire est identique à celui de l’album Stage, témoignage d’autres concerts de la tournée Isolar 2, cette fois aux Etats-Unis fin avril et début mai. Publié en 1978, Stage avait connu une réédition en 2005 avec deux titres supplémentaires. Ici Sound and Vision et Rebel Rebel viennent en plus. Bowie et ses musiciens (dont les guitaristes Carlos Alomar et Adrian Belew, le claviériste Roger Powell) évoluent, des recherches atmosphériques de Low à des extraits de Heroes, albums récents de 1977, au rappel de quelques succès de la période rock Ziggy Stardust, jusqu’à l’approche funk-soul qui a animé le chanteur depuis quelque temps. Sound and Vison, Fame, Soul Love, Station to Station ou Stay portant sur ce plan l’album, globalement plus nerveux que Stage, à son meilleur. Sylvain Siclier
2 CD Parlophone/Warner Music. www.davidbowie.com
Jim James Uniform Distortion

   


Leader et guitariste déluré de My Morning Jacket depuis la fin des années 1990, le prolifique Jim James s’est aventuré en solo dans l’hommage acoustique (Tribute to) ou la soul éthérée (Eternally Even). Il célèbre aujourd’hui, dans Uniform Distortion, l’excitation électrique avec une force de conviction enthousiasmante. Alors que le rock semble en plein doute et marginalisé, le barbu du Kentucky fait bouillonner riffs et solos avec une ferveur puisée dans le lyrisme des années 1970 (Throwback), l’adrénaline punk (le très Ramones Better Late Than Never), le panache des branleurs du grunge (Out of Time) et les souvenirs vibrants de Springsteen, Neil Young ou Alex Chilton. Pour un mélange réjouissant de savoir-faire mélodique et de lâcher-prise, de finesse émotionnelle et de déflagrations. Stéphane Davet
1 CD ATO Records/Pias.
Protoje A Matter of Time

   


La scène jamaïcaine retrouve parfois le goût de la mélodie et de la nonchalance, se démarque des scansions énervées (énervantes ?) du dancehall, qui se paye la part du lion dans la production venant de Kingston. Protoje est l’un des noms qui comptent dans cette tendance renvoyant aux grandes heures du reggae roots, faisant chalouper des textes réfléchis et militants (« conscients », dit-on dans le vocabulaire des amateurs de musique jamaïcaine). Des arrangements soignés, des surprises (après quelques mesures de violons mièvres, le titre Flames, ouvrant l’album, prend son envol et se déploie avec un lyrisme renversant), une saveur soul indiscutable, des invités de la jeune génération prometteuse (Chronixx, Mortimer), du goût, de la nuance. Une belle réussite faisant suite à Ancient Future, qui, en 2015 déjà, nous avait interpellé l’oreille. Patrick Labesse
1 CD Mr. Bongo/Baco Records.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Pendant son long protectorat (1863-1953), la France, avec son Ecole française d’Extrême-Orient présente à Angkor dès 1907, a contribué à dégager et à restaurer les temples de l’ancienne capitale de l’empire khmer, sujet du dernier hors-série du « Monde ».
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Angkor, passion française

Pendant son long protectorat (1863-1953), la France, avec son Ecole française d’Extrême-Orient présente à Angkor dès 1907, a contribué à dégager et à restaurer les temples de l’ancienne capitale de l’empire khmer, sujet du dernier hors-série du « Monde ».



Le Monde
 |    06.07.2018 à 14h50
 • Mis à jour le
06.07.2018 à 16h37
    |

            Michel Lefebvre et 
Florence Evin








                        



                                


                            

Hors-série. D’Henri Mouhot à Louis Delaporte, de Pierre Loti à André Malraux, Angkor est une passion française. Le premier, le « découvreur », s’exclamait : « Quel est ce Michel-Ange de l’Orient qui a conçu ces merveilles ? » Le deuxième en a rapporté des moulages et des œuvres qui peuplent le merveilleux Musée Guimet à Paris. Le troisième a trouvé les mots les plus émouvants pour décrire le temple du Bayon : « La forêt l’enlace étroitement de toute part, l’étouffe et le broie (…). Voici les portes ; des racines, comme de vieilles chevelures les drapent de mille franges. »
Le dernier, futur grand écrivain, a été tellement enthousiasmé qu’il a voulu rapporter des souvenirs, quelques statues. Tour à tour, explorateurs, archéologues, écrivains sont revenus d’Angkor fascinés. Et même le général de Gaulle clamait son amour pour le Cambodge, sur place, en 1966, en déclarant avec son emphase inimitable : « L’amitié, la confiance ! Oui ! Entre le Cambodge et la France, quelle que soit la diversité des origines et des latitudes, que d’affinités, en effet ! »
Le Cambodge a subi un étrange colonialisme aussi bien prédateur que protecteur. Pendant ce long protectorat (1863-1953), la France, avec son Ecole française d’Extrême-Orient présente à Angkor dès 1907, a contribué à dégager et à restaurer les temples de l’emprise de la forêt qui avait repris ses droits durant quatre siècles sur l’ancienne capitale de l’empire khmer. Après la parenthèse tragique de la barbarie des Khmers rouges dans la région (1972-1992), le site de nouveau abandonné, et miné, ne commencera à renaître qu’avec son classement sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco, pour sa valeur universelle exceptionnelle.
400 kilomètres carrés
Désormais, aux côtés des Cambodgiens, la France n’est plus seule pour la sauvegarde des 400 kilomètres carrés du site monumental d’Angkor. Dans le cadre du Comité international...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Mihran Amtablian, président de l’Association de sauvegarde de l’Eglise de Varenne-l’Arconce, expose les limites du loto du patrimoine : ce ne sont que quelques monuments qui pourront être tirés d’affaires par les 15 à 20 millions d’euros attendus de l’opération.
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« Le loto du patrimoine ? Une grande opération de communication »

Mihran Amtablian, président de l’Association de sauvegarde de l’Eglise de Varenne-l’Arconce, expose les limites du loto du patrimoine : ce ne sont que quelques monuments qui pourront être tirés d’affaires par les 15 à 20 millions d’euros attendus de l’opération.



Le Monde
 |    06.07.2018 à 14h44
 • Mis à jour le
06.07.2018 à 16h32
    |

Mihran Amtablian (Président de l’Association de sauvegarde de l’église de Varenne-l’Arconce)







                        



                                


                            

Tribune. Le loto du patrimoine, voulu par le président de la République, apparaît pour ce qu’il est par nature : une grande opération de communication. C’est sa force et son talon d’Achille. Le sujet est bien choisi. « Sauver » le patrimoine fait consensus.
Comment cela pourrait-il en être autrement dans un pays qui a accumulé au cours des siècles une quantité exubérante d’œuvres de toutes natures et d’une si invraisemblable qualité sur toute l’étendue du territoire. Au-delà du consensus et de son effet euphorisant, il y a la réalité. Celle des monuments, celle de la conception de l’opération.
Le loto a un objectif restreint : les monuments en péril, c’est-à-dire les plus coupablement négligés et donc les plus onéreux à réhabiliter. Autant dire que ce ne sont que quelques monuments qui pourront être tirés d’affaires par les 15 à 20 millions d’euros attendus de l’opération. La prévention est toujours de meilleure politique et ne valait-il pas mieux axer la dotation sur des monuments vétustes avant qu’ils ne deviennent « en péril » ? Cela eut concerné plus de monuments et moins d’exclus.

L’église romane du XIIe siècle du village de Varenne-l’Arconce (Saône-et-Loire) en Bourgogne du sud, classée à l’inventaire des monuments historiques, dotée de peintures murales du XIIIe siècle est un bon exemple. Son état de vétusté intérieure a motivé le refus, à juste titre, de la DRAC de Bourgogne-Franche-Comté de réinstaller son christ roman, en bois polychrome, qui vient d’être restauré, pièce rare du XIe siècle, lui-même classé. Il est exposé maintenant au musée du Hiéron à Paray-le-Monial dans l’attente des travaux de l’église.
Comment fait-on ?
La restauration intérieure de l’église devrait avoisiner le million d’euros pour une commune de 130 habitants, au budget annuel de 70 000 euros ! Le bâtiment n’est cependant pas en péril. Le projet de restauration n’entre donc pas dans le cadre du loto du patrimoine. Alors ?...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Les 29 et 30 juin, l’abbaye de Royaumont, dans le Val-d’Oise, a accueilli des rencontres autour du paysagiste, jardinier et écrivain Gilles Clément.
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Rencontres, à Royaumont, autour de Gilles Clément

Les 29 et 30 juin, l’abbaye de Royaumont, dans le Val-d’Oise, a accueilli des rencontres autour du paysagiste, jardinier et écrivain Gilles Clément.



Le Monde
 |    06.07.2018 à 12h01
 • Mis à jour le
06.07.2018 à 12h26
    |

            Lucien Jedwab








                        



                                


                            

La Fondation Royaumont, qui administre la magnifique abbaye cistercienne fondée par Louis IX au XIIIe siècle, organise un festival musical (cette année, du 25 août au 7 octobre), des entretiens institutionnels et des rencontres. Un nouveau cycle de ces rencontres, « L’Homme & la Nature », a été inauguré les 29 et 30 juin. La figure centrale en était le paysagiste, enseignant et écrivain Gilles Clément. Celui-ci se définit lui-même comme « jardinier » – et peut-être aussi comme artiste. Mais son savoir scientifique ne fait pas défaut – notamment en botanique et en entomologie. On lui doit, entre autres réalisations, à Paris, le jardin du Musée du Quai-Branly ou le Jardin en mouvement du parc André-Citroën, ou, dans le Var, le jardin du Domaine du Rayol. Une exposition fondatrice à La Villette en 1999-2000, « Le Jardin planétaire », l’a fait connaître du grand public. Il a rédigé plus d’une vingtaine d’ouvrages, dont certains sont des références pour toute une génération de jeunes paysagistes. Il a été enseignant à l’Ecole nationale supérieure de paysage, à Versailles, et a été professeur invité au Collège de France.

Les nouvelles rencontres de Royaumont avaient pour thème : « Génie naturel ! Génie humain ? » La ponctuation – en particulier le point d’interrogation – ne devait rien au hasard, et les différents intervenants ne manquèrent pas d’en souligner la pertinence. A commencer par Gilles Clément lui-même, qui affirma avec une douce indignation que l’anthropocène, la période caractérisée par les effets – souvent dévastateurs – de l’activité humaine, était en fait le... « stupidocène ». Le décor était planté, le public conquis, que l’auteur du Jardin planétaire ne manqua pas de captiver par ses propos, comme l’ensemble des intervenants réunis autour de lui.

Cet infatigable voyageur (ironique sur son propre... bilan carbone) commença par évoquer le petit enclos dans une clairière – « le premier...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ L’abbaye de Royaumont accueillait, les 29 et 30 juin, le « jardinier » Gilles Clément, qui a inspiré les créateurs de ses jardins contemporains.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ A 36 ans, le metteur en scène fou de théâtre, qu’il veut populaire et intelligent, revient à Avignon avec sa compagnie La Piccola Familia. Il monte « Thyeste » de Sénèque, revu et corrigé. Première le 6 juillet, dans la Cour d’honneur du Palais des papes.
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Thomas Jolly, le théâtre comme principe vital


                      A 36 ans, le metteur en scène fou de théâtre, qu’il veut populaire et intelligent, revient à Avignon avec sa compagnie La Piccola Familia. Il monte « Thyeste » de Sénèque, revu et corrigé. Première le 6 juillet, dans la Cour d’honneur du Palais des papes.



Le Monde
 |    06.07.2018 à 11h43
    |

                            Emilie Grangeray








                              

                        

Il faut bien l’avouer : on sort soufflé d’une rencontre avec Thomas Jolly, metteur en scène de 36 ans dont les créations font du bruit. Si les uns crient au génie, les autres le qualifient de démagogue perclus de certitudes sur ce que doit être le théâtre. Celui qui déclenche ces passions a laissé entendre qu’il acceptait de nous recevoir, mais uniquement à Avignon – où il répète Thyeste, la tragédie ultraviolente de Sénèque, qu’il monte dans la Cour d’honneur du Palais des papes, à partir du 6 juillet. Il voulait bien parler de lui, mais à la seule condition d’insister sur sa compagnie, la Piccola Familia. C’est donc un peu inquiète qu’on part à sa rencontre.
Mais, très vite, il faut remiser ses craintes. Car ce Peter Pan fantasque, qui a connu le succès avec ses Henri VI et Richard III, emmène son interlocuteur dans son monde. Il travaille en collectif, avec sa compagnie donc, mais c’est lui l’instigateur des projets, la tête d’affiche, celui qui prêche la parole auprès des médias et des institutions, parce qu’il « aime ça » et qu’il y est « bon », comme le résume son amie la comédienne Charline Porrone.
L’aventure collective
C’est à 11 ans que, par un heureux « mystère », pour reprendre ses propres termes, ce garçon élevé à la campagne, arrive au théâtre. Il rejoint la compagnie Théâtre d’Enfants, dirigée par Nathalie Barrabé et contracte le virus. A la fac de Caen, ses profs sont, comme il les appelle, « de vieux briscards de la décentralisation » culturelle : « Ce sont eux qui m’ont foutu en intraveineuse » ce goût de monter des pièces partout en France. Après avoir été émerveillé par les premiers spectacles de Joël Pommerat, il découvre ceux de Stanislas Nordey qui, avant de diriger le Théâtre national de Strasbourg dont Jolly est artiste associé, officie au Théâtre national de Bretagne. Enfant du théâtre public, donc, celui qui s’émeut des récits de...




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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Pour ses 60 ans, le quartier d’affaires expose à ciel ouvert les œuvres de neuf artistes contemporains.
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Arts : promenade extatique à La Défense

Pour ses 60 ans, le quartier d’affaires expose à ciel ouvert les œuvres de neuf artistes contemporains.



Le Monde
 |    06.07.2018 à 10h55
    |

            Olivier Zilbertin








                        



   


On n’a pas l’habitude de la voir ainsi. De La Défense, on connaît surtout le côté cour, laborieux, son activité trépidante, ses hommes pressés, ses foules qui s’engouffrent dans les bouches du RER ou du métro. Ses grands immeubles minéraux, ses néons, son business. On le sait moins, le quartier d’affaires a aussi son côté jardin, ses fleurs, ses grands arbres et ses promenades. Sous son air affairé, La Défense cache en réalité bien son jeu et sa dégaine d’artiste un rien rebelle.
Voyez plutôt : outre les créations architecturales, elle expose en permanence dans l’espace public 69 œuvres artistiques. Et pour ses 60 ans, c’est son penchant pour l’art moderne et l’art numérique qu’elle a choisi de mettre en exergue. Jusqu’au 21 octobre, elle se transforme ainsi en une gigantesque galerie à ciel ouvert, pour 108 jours d’un parcours extatique et initiatique.
Un labyrinthe géant de fleurs
Neuf artistes invitent les visiteurs à porter un autre regard, inattendu, sur le quartier et ses clichés. Vus de loin, les deux bancs publics signés Lilian Bourgeat semblent ainsi à l’échelle du décor. Il faut s’en approcher pour percevoir peu à peu la démesure de leurs cinq mètres de large et 1,80 m de haut.
A la rectitude des gratte-ciels, à leur immobilité, Fanny Bouyagui/Art Point M, oppose au contraire le mouvement magnétique des tournesols et l’incertitude du chemin dans un labyrinthe géant de fleurs. En arrivant par la place de l’Esplanade, les 4 000 tournesols ne recouvrent pas encore la perspective, ni la femme géante de Bombay, peinte sur des panneaux découpés comme on en trouve à l’extérieur des cinémas en Inde. Signé Hanif Kureshi, et son équipe de New Delhi, qui tente de réhabiliter la peinture traditionnelle de rue dans son pays.
On peut flâner sous les arbres blanchis à la chaux de Vincent Lamouroux, se déplacer d’une installation à l’autre, d’une œuvre à l’autre, marcher sur les façades d’immeubles renversés de « l’illusionniste » argentin Leandro Erlich, ou bien se photographier à la mode selfie et Instagram dans les miroirs disposés là par « encoreunestp ». Mais « Les Extatiques » proposent également un parcours balisé, au rythme d’une balade sonore de Soundwalk Collective, sur un texte de notre collaborateur Harry Bellet lu par l’actrice Anna Mouglalis.
« Les Extatiques », à La Défense, jusqu’au 21 octobre. www.ladefense.fr/fr/les-extatiques



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ La nouvelle génération de metteurs en scène choyés par le Festival, qui commence vendredi, cultive un rapport différent aux grandes institutions théâtrales.
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Avignon : la jeune garde qui bouscule le théâtre public

La nouvelle génération de metteurs en scène choyés par le Festival, qui commence vendredi, cultive un rapport différent aux grandes institutions théâtrales.



Le Monde
 |    06.07.2018 à 10h01
    |

            Clarisse Fabre et 
Brigitte Salino








                        



                                


                            

Ils sont en première ligne à Avignon : Thomas Jolly met en scène Thyeste, de ­Sénèque, dans la Cour d’honneur du Palais des papes, en ouverture du Festival, le vendredi 6 juillet. Le lendemain, ­Julien Gosselin lance à la FabricA son marathon de huit heures, d’après les romans de Don ­DeLillo Joueurs, Mao II, Les Noms. L’an dernier, c’était Caroline Guiela Nguyen qui créait l’événement avec Saïgon.

Tous les trois, et bien d’autres encore, font partie des trentenaires choyés par le service public, où leur avenir semble ouvert, voire tracé : Julie Bertin et Jade Herbulot, du Birgit Ensemble, Louise Vignaud, Vincent Macaigne… Pourtant, tous partagent un même constat : les grandes maisons de la décentralisation théâtrale ne font plus rêver comme avant. Dans leur génération, ce n’est plus un tabou de dire qu’il faut « revoir le service public ».

Tous s’y essaient à leur façon. Ces « affranchis » prennent leurs distances avec leurs aînés à plusieurs titres : ils ont grandi dans un contexte plus incertain, plus fragile, ils n’ont pas connu les grandes heures de Patrice ­Chéreau ni l’ère Jack Lang, ils se sont construits avec des références multiples, les réseaux sociaux et les images omniprésentes. Ce qu’ils veulent avant tout, c’est faire, démonter pour mieux remonter, reconsidérer les enjeux de la création, imaginer des outils de production. Certains vont jusqu’à revendiquer le droit d’amender les cahiers des charges des lieux dans lesquels ils postulent. D’autres veulent carrément construire « leur maison ». Bref, comme le dit Thomas Jolly : « Le service public, je l’ai en intraveineuse… Mais il faut le réinventer complètement. »

Le metteur en scène de Thyeste incarne ce paradoxe : il a postulé en 2016 au Théâtre national de Bretagne (TNB), à Rennes, où il voulait faire sa révolution – c’est Arthur Nauzyciel qui a été nommé. « Ce n’est pas aux...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Dans un ouvrage collectif, des chercheurs auscultent le mal-être de certains salariés dans les scènes labellisées par le ministère de la culture.
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Des lieux culturels guettés par la déprime

Dans un ouvrage collectif, des chercheurs auscultent le mal-être de certains salariés dans les scènes labellisées par le ministère de la culture.



Le Monde
 |    06.07.2018 à 10h00
 • Mis à jour le
06.07.2018 à 10h03
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            
« Tu travailles dans la culture ? Quelle chance ! » Cette phrase, combien de fois l’ont-ils entendue, ces hommes et ces femmes qui consacrent leur énergie au bon déroulement de la création, de la diffusion des spectacles, ou de la technique sur le plateau ? Par essence, la culture est un travail-passion, et il serait malvenu de se plaindre. Ou pire, de compter ses heures. Mais le mythe est en train de se fissurer. Il y a de la déprime dans l’air, dans un certain nombre de lieux labellisés par le ministère de la culture, centres dramatiques nationaux, centres chorégraphiques, scènes nationales, centres d’art contemporain, etc. Des chercheurs sonnent l’alerte dans un ouvrage collectif, dirigé par ­Micha Ferrier-Barbut, conseil en management des organisations culturelles, et Rébecca Shankland, maître de conférences en psychologie. Derrière son titre austère, La Gestion des ressources humaines dans le secteur culturel (Territorial Editions, 2017), ce livre rempli de témoignages est une mine.

Etes-vous heureux au travail ?, ont demandé en substance les chercheurs. Une centaine de personnes ont accepté de répondre, souvent de manière anonyme : responsable de billetterie, administratrice de scène nationale, régisseur, directeur technique dans la danse, responsable d’une galerie, etc. Certains propos sont dévastateurs, et pourraient nourrir le discours populiste sur la « culture subventionnée ». Micha Ferrier-Barbut s’empresse de préciser : « Notre démarche est constructive, on n’est pas là pour démolir la maison. » Mais il faut ouvrir les yeux, dit-elle : « Quand on commence à creuser, on voit de la souffrance, certes pas partout, mais tout de même dans beaucoup de lieux répartis dans tout le pays. On a aussi reçu quelques SOS de la part de “numéros deux” ou de présidents de conseil d’administration de grandes scènes… On a compris qu’il se passait quelque chose. »
Les lieux culturels se trouvent à un moment de bascule,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Un espace prêté par le mari de la ministre de la culture au festival de photographie a fait, selon la mairie, l’objet de travaux non autorisés.
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A Arles, les ennuis immobiliers de Jean-Paul Capitani

Un espace prêté par le mari de la ministre de la culture au festival de photographie a fait, selon la mairie, l’objet de travaux non autorisés.



Le Monde
 |    06.07.2018 à 09h57
 • Mis à jour le
06.07.2018 à 14h20
    |

            Sandrine Blanchard et 
Claire Guillot (Arles, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Depuis trois semaines, Le Canard enchaîné pointe les libertés que prend avec les règles d’urbanisme Jean-Paul Capitani, directeur de la maison d’édition Actes Sud et mari de la ministre de la culture Françoise Nyssen. La dernière affaire, reprise dans La Provence, touche les Rencontres d’Arles, car elle concerne l’espace Croisière, lieu que Jean-Paul Capitani a prêté au festival. Cet ancien garage métamorphosé en friche artistique est devenu un haut lieu de l’événement, avec un bar pop-up, une librairie éphémère et des salles d’exposition rustiques installés sur deux étages de bureaux.

A lire la lettre de la mairie dévoilée par la presse, l’affaire semble vénielle : sans autorisation, Jean-Paul Capitani a posé deux poutres en bois pour renforcer un bâtiment. Le lieu est vétuste et sans intérêt architectural. Il doit même, selon un projet de son propriétaire, être démoli pour faire une auberge de jeunesse et un espace de vente de produits bio. Sauf qu’il est en secteur sauvegardé et, selon la mairie d’Arles, « soumis à autorisation d’urbanisme ». Le directeur des Rencontres d’Arles, Sam Stourdzé, s’étrangle : « On a eu l’autorisation d’ouvrir par la mairie. Croisière a été fermée pendant vingt ans, et aujourd’hui elle est dans une dynamique de rénovation. On est étonné devant cette volonté de se surprotéger, qui l’emporte sur l’esprit constructif. » Jean-Paul Capitani y voit lui « une volonté d’atteindre la ministre ». Et note : « Pour Croisière, la commission de sécurité a donné son feu vert ! Ce sont des fake news que quelqu’un s’amuse à balancer à la presse. »
David Grzyb, élu chargé de l’urbanisme : « La loi s’applique de la même façon à Capitani et à Tartempion »
A la mairie d’Arles, David Kirchthaler, directeur du service du patrimoine, admet que Croisière « n’a pas d’intérêt patrimonial. Il n’y a pas eu d’atteinte au bâtiment ». Mais ajoute : « Quand on touche à...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Le choix de l’équipe et des collaborateurs du « Monde des livres » parmi les ouvrages qu’ils ont aimés depuis janvier.
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Sélection. Les coups de cœur du « Monde des livres » pour l’été

Le choix de l’équipe et des collaborateurs du « Monde des livres » parmi les ouvrages qu’ils ont aimés depuis janvier.



Le Monde
 |    06.07.2018 à 08h01
    |

                            Vincent Azoulay (Historien et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Etienne Anheim (Historien et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Serge Audier (Philosophe et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Gilles Bastin (Sociologue et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Anne Both (Anthropologue et collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Roger-Pol Droit, 
                            Jean-Louis Jeannelle (Spécialiste des études littéraires et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            André Loez (Historien et collaborateur « Monde des livres »), 
                            Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Monique Petillon (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Eric Loret (Collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Xavier Houssin (Collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Pierre Deshusses (Collaborateur « Monde des livres »), 
                            Bertrand Leclair (Collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Claro (Ecrivain et traducteur), 
                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            François Angelier (Collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Elena Balzamo (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Elisabeth Roudinesco (Historienne et collaboratrice du « Monde des livres »), 
Nicolas Weill, 
                                Florent Georgesco, 
                            Macha Séry, 
                            Florence Noiville, 
Raphaëlle Leyris et 
Jean Birnbaum








                        


Une sélection d’ouvrages à emporter dans vos valises, cet été : quinze romans, douze essais. Bonne lecture.
LITTÉRATURE
François Angelier
« Un jardin de sable », d’Earl Thompson, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-Charles Khalifa, Monsieur Toussaint Louverture, 830 p., 24,50 €.
A fouler Un jardin de sable, d’Earl Thompson, road-movie apocalyptique et houleux récit d’initiation érotique narrant la saga, dans le Kansas miséreux des années 1930, du jeune Jacky Andersen et de sa branquignolesque famille, à se ruer sur cette version trash et rabelaisienne des Raisins de la colère, on découvre, ahuri, un classique « hénaurme » de la littérature américaine.

   



        Lire :
         

          La Grande Dépression enchantée d’Earl Thompson



Elena Balzamo
« Camarade Anna », d’Irina Bogatyreva, traduit du russe par Christine Zeytounian-Beloüs, Albin Michel, 274 p., 22 €.
Une histoire d’amour entre une Moscovite et un provincial sert de cadre à une autre histoire : l’amour de la jeune femme pour… le communisme ! Fustigeant l’« embourgeoisement » de la société post-soviétique, Anna sacrifie l’homme réel à l’homme idéal, et le présent imparfait à l’avenir radieux. Pathétique dans son idéalisme, effrayante dans son dogmatisme. La radioscopie captivante d’une génération.

   


Jean Birnbaum
« Le Lambeau », de Philippe Lançon, Gallimard, 512 p., 21 €.
Défiguré lors de l’attentat contre Charlie Hebdo, l’auteur tente de maintenir un lien avec le monde des vivants. Mais les ponts sont coupés. Décrivant cette béance, Lançon hisse chaque évocation intime au niveau d’une méditation universelle sur notre temps, nos aveuglements : sa plume nous en met plein la gueule ; son visage défait exhibe tout ce que nous ne voulons pas regarder en face ; sa lucidité est une fidélité à l’enfant qu’il fut ; ses souvenirs d’enfance ressemblent déjà à nos souvenirs de guerre. Un brûlant journal de deuil.

        Lire :
         

          Après « Charlie », le journal du deuil



Florence Bouchy
« La Horde », de Sibylle Grimbert, Anne Carrière, 200 p., 17 €.
Satiriques, épiques ou mélancoliques, les romans de Sibylle Grimbert explorent volontiers les genres et les tonalités. La Horde surprend une fois encore en jouant avec les codes du fantastique. Raconté du point de vue de Ganaël, le démon – assez inexpérimenté – qui cherche à prendre possession d’une jeune enfant, le récit joue avec humour d’un bel éventail de situations à hauts risques littéraires et tend au lecteur un miroir angoissant.

   



        Lire :
         

          Sibylle Grimbert suscite l’épouvante



Claro
« Le Dossier M. Livres 1 et 2 », de Grégoire Bouillier, Flammarion, 870 p. et 880 p., 24,50 € chacun.
Deux pavés magistraux sous lesquels se convulse une plage pléthorique. Avec Le Dossier M, la notion d’épisode, chère aux dévoreurs de séries, n’a qu’à bien se tenir : on en tourne les pages en état de haute excitation littéraire, incessamment stimulé, orgasme mental garanti. Un récit aussi tentaculaire qu’une pelote de neurones, obéissant sans doute aux mêmes lois, qui fait de la digression une pensée jazzée, et de l’amour déçu un champ de rhizomes.

   



        Lire :
         

          Le feuilleton. Orgasme au-dessus de la ceinture



Pierre Deshusses
« Comment un adolescent maniaco-dépressif inventa la Fraction armée rouge au cours de l’été 1969 », de Frank Witzel, traduit de l’allemand par Olivier Mannoni, Grasset, 990 p., 29,90 €.
Cette odyssée d’un gamin de 13 ans raconte la fracture d’une génération qui ne se reconnaissait plus dans l’austérité morale et la prospérité économique de l’après-guerre, le « côté vacillant » d’une époque. Mais ici pas de célébration. Plutôt un « mélange hybride de pop, de politique et de paranoïa », selon le jury qui lui a décerné le Deutscher Buchpreis.

   



        Lire :
         

          Frank Witzel tient l’Allemagne à portée de tir



Xavier Houssin
« Le Bon Cœur », de Michel Bernard, La Table ronde, 238 p., 20 €.
Michel Bernard consacre à Jeanne d’Arc un roman ardent, lyrique, emporté. Grâce à lui on approche le mystère de cette petite paysanne qui sauva le royaume de France et mourut sur le bûcher à Rouen. Un mystère aussi troublant que celui des saisons qui changent ; que celui des paysages, du Barrois au Val de Loire. Un mystère aussi simple, aussi pur que peut l’être l’âme d’une jeune fille. Et aussi grand que les cœurs peuvent le porter.

   



        Lire :
         

          Michel Bernard aborde Jeanne d’Arc en voisin



Bertrand Leclair
« Dans nos langues », de Dominique Sigaud, Verdier, 144 p., 14,80 €.
Dans la rue, une petite fille à peine initiée au langage tient la main de sa mère alors que s’ébauche une conversation entre dames de bonne compagnie. L’enfant éprouve physiquement l’irrésistible métamorphose du corps et des mots de la mère soumise à la pression sociale. De ce sentiment de déchirure initial, Dans nos langues tire un récit d’émancipation d’une belle justesse, célébrant la littérature comme seul viatique sur le chemin d’une parole sensible.

   



        Lire :
         

          Dominique Sigaud, langue déliée



Raphaëlle Leyris
« La Fille qui brûle », de Claire Messud, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par France Camus-Pichon, Gallimard, « Du monde entier », 256 p., 20 €.
Nos illusions, les fictions que l’on se raconte et où se façonnent nos identités sont la matière de Claire Messud, écrivaine d’une profondeur et d’une finesse admirables. En témoigne aujourd’hui La Fille qui brûle, superbe roman de la sortie de l’enfance, sur la dislocation d’une amitié, qui raconte aussi comment la société réduit le champ des possibles pour les jeunes filles.

   



        Lire :
         

          Claire Messud ou les illusions perçues



Eric Loret
« Là où tout se passe », de Lara Pawson, traduit de l’anglais par Yoko Lacour, L’Observatoire, 160 p., 18 €.
Correspondante du BBC World Service en Afrique de 1996 à 2007, Lara Pawson a notamment couvert les guerres civiles d’Angola et de Côte d’Ivoire. Dans ces Mémoires en fragments, où les souvenirs d’enfance se mêlent aux récits de carnages, celle que son frère appelle « la lesbienne à Baader » raconte son goût du danger avec une belle autodérision.

   



        Lire :
         

          L’anecdotique, l’atroce et le désir de vie de Lara Pawson



Gladys Marivat
« Douces déroutes », de Yanick Lahens, Sabine Wespieser, 232 p., 19 €.
Douces déroutes capture la musique entêtante du corps-à-corps d’une dizaine de personnages avec Port-au-Prince, sublime et violente capitale haïtienne. Il y a le juge Berthier, assassiné alors qu’il enquêtait sur une affaire qui dérange le pouvoir ; sa fille Brune et ses jeunes amis. Tous sont mis en échec par leur pays et sa corruption rampante, mais tous luttent à leur manière – avec la colère, le travail des mots et de la terre – pour étreindre la vie. Un roman incandescent.

   



        Lire :
         

          Yanick Lahens dans Port-au-Prince brûlante



Florence Noiville
« Quelle n’est pas ma joie », de Jens Christian Grondahl, traduit du danois par Alain Gnaedig, Gallimard, « Du monde entier », 160 p., 15 €.
L’intime est la grande affaire du Danois Jens Christian Grondahl. L’amour, le couple, l’éloignement. Dans Quelle n’est pas ma joie, l’héroïne vient de perdre son mari et s’adresse à sa meilleure amie, qui fut sa première femme. Le roman s’ouvre quand la tombe du défunt se referme, et le tour de force de Grondhal consiste à faire un livre total avec presque rien. Comme dans une toile d’Hammershoi, tout est simple et profond.

   



        Lire :
         

          Jens Christian Grondahl rompt la glace



Monique Petillon
« Divagabondages », de Frédéric Jacques Temple, Actes Sud, « Un endroit où aller », 386 p., 23 €.
Poète et bourlingueur, traducteur et homme de radio, Frédéric Jacques Temple (né en 1921) a rassemblé des chroniques savoureuses, publiées dans des revues depuis 1945. Rien de plus vivant que ce kaléidoscope de souvenirs, qui révèle sa curiosité passionnée pour les écrivains (Blaise Cendrars, Lawrence Durrell, Henry Miller, Gaston Miron). Mais aussi son amour pour la faune sauvage, celle de son « Larzac ancestral ».

   


Macha Séry
« Bleu de Prusse », de Philip Kerr, traduit de l’anglais (Ecosse) par Jean Esch, Seuil, 672 p., 22,50 €.
Sur ordre du SS Reinhard Heydrich, chef de toutes les polices et futur architecte de la « solution finale », Bernie Gunther, l’antihéros récurrent de Philip Kerr, a dû partir en Bavière en avril 1939. Mission : enquêter sur le meurtre d’un ingénieur abattu par un sniper sur la terrasse du « nid d’aigle » d’Hitler. Mort en mars, Philip Kerr n’a cessé de porter au sommet l’alliance du récit de guerre et d’espionnage, du polar et du roman historique.

        Lire :
         

          Philip Kerr vole au-dessus du nid d’aigle d’Hitler



Ariane Singer
« L’Uruguayenne », de Pedro Mairal, traduit de l’espagnol (Argentine) par Delphine Valentin, Buchet-Chastel, 144 p., 14 €.
Un écrivain argentin sans le sou, dont le couple vacille, part en Uruguay toucher une avance sur droits d’auteur. Il espère y retrouver la séduisante Guerra, rencontrée peu auparavant. Les aventures rocambolesques de ce quadra maladroit se succèdent dans ce roman réjouissant qui décrit avec impertinence l’enfermement de la vie familiale et la soif périlleuse d’une nouvelle jeunesse.

   



        Lire :
         

          Pedro Mairal fait le point à Montevideo



ESSAIS
Etienne Anheim
« Le Voyage d’hiver de Schubert. Anatomie d’une obsession », de Ian Bostridge, traduit de l’anglais et de l’allemand par Denis-Armand Canal, Actes Sud, 504 p., 29 €.
Le ténor britannique Ian Bostridge déchiffre le chef-d’œuvre de Schubert. La biographie du musicien, le portrait de la Vienne contre-révolutionnaire et la lecture croisée de Goethe ou Byron rencontrent l’histoire de la musique mais aussi celle des sciences pour éclairer les lieder et composer le portrait chinois d’une Europe romantique qui est notre parente.

   



        Lire :
         

          Ian Bostridge chante juste Franz Schubert



Serge Audier
« Communauté », de Martin Buber, traduit de l’allemand par Gaël Cheptou, L’Eclat, « Eclats », 156 p., 10 €.
Philosophe majeur du judaïsme et de la relation « Je et Tu », Martin Buber (1878-1965) fut aussi un socialiste libertaire. Cette anthologie de textes inédits restitue sa vision émancipatrice de la communauté. Il oppose aux mutilations du capitalisme et aux dangers du socialisme étatique l’espoir de nouvelles relations humaines qui feraient vivre quotidiennement la liberté et la solidarité.

   



        Lire :
         

          Quand Martin Buber prônait l’épanouissement communautaire



Vincent Azoulay
« Rome, cité universelle. De César à Caracalla, 70 av. J.-C. - 212 apr. J.-C. », sous la direction de Catherine Virlouvet, Patrice Faure et Nicolas Tran, Belin, « Mondes anciens », 880 p., 49 €.
Cette somme neuve et stimulante raconte comment Rome se voulut une cité universelle et sut concilier autonomie et intégration, créant une communauté de destin. A l’heure où la construction européenne est en lambeaux, l’Antiquité est à nouveau une ressource d’intelligibilité pour penser les défaillances du présent.

   



        Lire :
         

          La collection « Mondes anciens » offre un monument à Rome



Antoine de Baecque
« Anatomie de la Terreur », de Timothy Tackett, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Serge Chassagne, Seuil, « L’univers historique », 480 p., 26 €.
Pour comprendre la Terreur, l’historien américain emprunte une nouvelle approche. Il s’agit de considérer la manière dont les élites politiques se sont accommodées de la violence en en faisant une source de pouvoir. La Terreur de l’an II ressemble ainsi davantage à une forme de négociation, permanente et urgente, entre les forces du moment.

        Lire :
         

          La Terreur en effets



Gilles Bastin
« La Presse, le Pouvoir et l’Argent », de Jean Schwœbel, préface de Paul Ricœur, avant-propos d’Edwy Plenel, Seuil, « La librairie du XXIe siècle », 368 p., 23 €.
Peu de choses importent comme notre capacité à juger sur des faits, non sur des illusions. Jean Schwœbel eut en 1968, dans cet essai enfin réédité, une intuition simple et révolutionnaire : confier l’information aux journalistes au lieu de la laisser en pâture aux puissances politiques et économiques. On ne pourrait imaginer idée plus actuelle !

   



        Lire :
         

          Jean Schwœbel, toujours révolutionnaire (comme le sont les faits)



Anne Both
« Un monstre humain ? Un anthropologue face à un crime “sans mobile” », de David Puaud, La Découverte, « Cahiers libres », 250 p., 19 €.
Ce livre relate une histoire saisissante : celle de David Puaud, alors jeune éducateur, qui découvre dans un journal que l’auteur d’un crime monstrueux est un de ces gaillards en perdition qu’il suit depuis quelques années. Le travailleur social se lance alors dans une remarquable enquête (objet de sa thèse en anthropologie) pour essayer de comprendre.

   



        Lire :
         

          Anthropologie d’un criminel inéluctable



Roger-Pol Droit
« La Langue géniale. 9 bonnes raisons d’aimer le grec », d’Andrea Marcolongo, traduit de l’italien par Béatrice Robert-Boissier, Les Belles Lettres, 198 p., 16,90 €.
Toute langue est un univers. Erudite et passionnée, Andrea Marcolongo explique à tous, dans cette longue lettre d’amour à la grammaire, comment les règles et les possibilités du grec ancien dessinent un monde mental à nul autre pareil. Le gai savoir et l’enthousiasme de cette jeune helléniste ont déjà conquis des dizaines de milliers de lecteurs.

        Lire :
         

          Figures libres. « Philô » veut dire « j’aime »



Florent Georgesco
« Qu’est-ce qui fait sourire les animaux ? Enquête sur leurs émotions et leurs sentiments », de Carl Safina, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Odile Demange, Vuibert, 560 p., 24,50 €.
La connaissance de la vie animale se renouvelle à une vitesse sidérante. Cette vaste synthèse permet, en tirant le fil de la conscience des bêtes – hypothèse désormais recevable pour les scientifiques –, d’explorer ce continent fraîchement découvert, et de repenser de fond en comble la question du propre de l’homme.

   



        Lire :
         

          Frères animaux qui avec nous vivez



Jean-Louis Jeannelle
« Beat Generation. L’inservitude volontaire », sous la direction d’Olivier Penot-Lacassagne, CNRS Editions, 392 p., 25 €.
La Beat Generation se réduit souvent à quelques noms (Ginsberg, Kerouac, Burroughs). Ce passionnant volume dresse, au-delà des lieux communs, le tableau d’un mouvement foisonnant, insaisissable. Y domine la quête de ce que la poète Diane di Prima nomme, dans Keep the Beat, « a state of mind » : une sortie hors de soi, par le voyage, les drogues, la musique, et plus que tout le rythme des mots.

   


André Loez
« 1968. De grands soirs en petits matins », de Ludivine Bantigny, Seuil, « L’univers historique », 450 p., 25 €.
Parmi tant de livres d’histoire sur Mai 68, voici peut-être le plus vibrant : au ras des archives, des prises de parole populaires, des corps émancipés ou meurtris, parmi les étudiants, les grévistes, les paysans ou les policiers, l’enquête fine de Ludivine Bantigny restitue d’une plume enlevée tous les possibles de l’événement, loin des clichés tenaces qui le caricaturent.
Elisabeth Roudinesco
« Les Aveux de la chair. Histoire de la sexualité 4 », de Michel Foucault, édité par Frédéric Gros, Gallimard, « Bibliothèque des histoires », 426 p., 24 €.
Dans ce volume posthume, Foucault explore les textes des Pères des premiers siècles chrétiens, en soulignant à quel point ceux-ci s’inspirent de l’éthique sexuelle des philosophes païens. Il soutient que, depuis Augustin d’Hippone, la sexualité est devenue le paradigme principal de notre subjectivité. Une réflexion magistrale pour un livre inachevé.

   



        Lire :
         

          Un livre inédit de Michel Foucault fait la généalogie de la libido



Nicolas Weill
« Le Livre contre la mort », d’Elias Canetti, traduit de l’allemand par Bernard Kreiss, Albin Michel, 494 p., 25 €.
Le grand œuvre inachevé d’Elias Canetti paraît à titre posthume sous forme de fragments, en grande partie inédits. Il s’agit d’une hallucinante traversée de l’existence du romancier et penseur par lui-même. En mêlant les « choses vues » à des réflexions philosophiques, Canetti nous embarque avec flamme et drôlerie dans une insurrection contre l’évidence scandaleuse de notre disparition.

   



        Lire :
         

          L’écrivain Elias Canetti veut en finir avec la mort






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ La soprano star a quitté l’opéra pour le théâtre. Cet été, pour la première fois, elle jouera dans la Cité des papes.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
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Aix-Avignon, Natalie Dessay saute le pont

La soprano star a quitté l’opéra pour le théâtre. Cet été, pour la première fois, elle jouera dans la Cité des papes.



Le Monde
 |    06.07.2018 à 08h00
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            Laurent Carpentier








                        



                                


                            

Qu’ont donc à voir trois festivals comme ceux d’Arles, Aix et Avignon pour que Le Monde décide d’en faire chaque année le sujet d’un supplément spécial ? Le premier est consacré à la photo, le deuxième à l’art lyrique, le troisième au théâtre… Réponse en trois points : unité de temps, unité géographique, unité de notoriété au niveau mondial. Or, paradoxalement, dans ce petit périmètre sous les feux de la rampe, si les arènes communiquent parfois en matière de publics, leurs protagonistes se mélangent rarement. En cela le cas de Natalie Dessay est unique : elle est une transfuge.
Bonnes critiques, petit public
La diva, qui a contribué aux belles heures d’Aix-en-Provence (premier récital Mozart en 1992 sous la baguette d’Armin Jordan – et le regard du fondateur du festival –, deux Reine de la nuit dans La Flûte enchantée, en 1994 et 2001, une Traviata en 2011…), sera, du 19 au 24 juillet, simple comédienne au Cloître des Carmes, à Avignon, pour Certaines n’avaient jamais vu la mer, mis en scène par Richard Brunel.
C’est que, en 2013, la cantatrice a envoyé au diable ces rôles de jeune première, auxquels son timbre de soprano colorature la cantonnait, et les us et coutumes d’un monde où, ­explique-t-elle en levant les yeux au ciel, « c’est le producteur qui choisit les interprètes, et pas le metteur en scène. Où l’artiste n’a pas son mot à dire… », pour redevenir à son bon plaisir chanteuse – alignant à sa convenance récitals avec pianistes « de son choix », spectacles avec Michel Legrand – ou actrice. Elle sera, à la rentrée, dans La Légende d’une vie, de Stefan Zweig, mis en scène par Christophe Lidon au Théâtre Montparnasse.
Il y a deux ans, pour ses premiers pas sur les planches, elle joue Und, d’Howard Barker, mis en scène par Jacques Vincey. Tournée à travers la France, bonnes critiques, petit public. Alors qu’elle est sur scène à la Comédie de Valence, Richard...




                        

                        


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Avignon : Rocio Molina, la création en gestation

La flamenca a fusionné son projet de spectacle avec le désir d’être mère. Elle se produira enceinte au Festival.



Le Monde
 |    06.07.2018 à 08h00
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                            Rosita Boisseau








                        



                                


                            

Rocio Molina sera enceinte de quatre mois, le 6 juillet, jour d’ouverture du Festival d’Avignon. La flamenca ébouriffante, capable de traîner la jambe avec une bouteille de vin rouge attachée à la cheville ou de jouer les vamps avec des chips à hauteur du sexe, a décidé de mettre en scène sa grossesse dans son nouveau spectacle, Grito Pelao, pour trois interprètes féminines, dont Lola, sa mère. « Une femme seule et lesbienne veut avoir un enfant. Cette femme veut se faire implanter son propre ovule inséminé in vitro », lit-on en introduction de son dossier de presse.
Calculé, le phénomène ? Oui et non. « Quand le Festival m’a proposé d’accueillir un spectacle, la première chose que j’ai faite est de m’asseoir et de dire que mon souhait à ce moment précis était d’être mère, et que j’allais essayer de l’être, et que pourtant je n’allais pas arrêter de danser à moins qu’il y ait un risque pour la santé de mon enfant et la mienne, dit-elle. S’ils acceptaient de prendre le risque que cela supposait, je ne voyais pas de raison de ne pas suivre mon désir et mon projet de spectacle. Avec ou sans Avignon, je l’aurais fait. »
Emotions à ras bord
Avec, donc ! Rocio Molina, tempérament bouillant et bulldozer, fonce en… décélérant. Un mouvement de retrait, de recueillement presque, que cette artiste iconoclaste, Prix national de la danse en Espagne en 2010, accepte comme une nouvelle exploration d’elle-même et de son art. « J’ai dû freiner mon corps pour pouvoir réaliser ce désir, plus fort que tout, de créer un être vivant, poursuit-elle. Cela a été jusqu’à maintenant mon principal défi. J’avais besoin de trouver de la force ailleurs, et c’est ce que m’enseigne en ce moment l’enfant que je porte. Il a fallu que je règle mon système nerveux pour qu’il influe positivement sur mon système hormonal : apprendre à dormir, arrêter de s’entraîner et de partir en tournée, manger plus et, le plus difficile, baisser...




                        

                        

