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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos des « Révolutions du XXIe siècle ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤                     
                                                   
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Figures libres. Scruter tout ce qui change

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos des « Révolutions du XXIe siècle ».



Le Monde
 |    05.07.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 08h53
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Les Révolutions du XXIe siècle, sous la direction d’Yves Charles Zarka, Christian Godin et Sylvie Taussig, PUF, 576 p., 35 €.

« Révolution » a connu bien des aventures. Au fil des siècles, le mot et l’idée ont changé de sens radicalement. Dans le vocabulaire classique, ils évoquent une répétition cyclique, la révolution des planètes sur leur orbite. Rien ne change, tout recommence indéfiniment : chaque fois qu’un tour est « révolu », le processus reprend à l’identique. Avec les ­Lumières, 1789 puis les grands chambardements du XIXe siècle, une signification absolument opposée se met en place : « la » révolution devient renversement de l’ordre ancien, fracture unique et décisive, cassure de l’histoire. Cette fois, son triomphe suppose que tout change, que rien ne soit plus comme avant.
Notre XXIe siècle invente un autre sens encore : les révolutions – au pluriel, désormais – deviennent mutations mentales (concernant nos manières de concevoir le monde, les relations homme-nature, hommes-animaux…), bouleversements à la fois technologiques, intellectuels et sociaux (ère numérique, nanotechnologies, posthumanité…). Révolutions aussi les modifications affectives et psychiques (bouleversant les genres, l’intime, les désirs, la finitude…), sans oublier les changements sociaux (âge, travail, relations interpersonnelles et internationales…) ni les évolutions politiques (durabilité, mondialisation…).
Ces transformations multiples composent l’archipel de la complexité caractéristique de notre époque. Car nul ne sait au juste où elles vont. Plus encore, elles se révèlent indépendantes mais corrélées, autonomes et malgré tout en partie contrôlables. Ces nouvelles révolutions sont distinctes, mais toutes se déroulent à la fois hors de nous et en nous, sans nous et avec nous. Elles se tiennent hors de notre portée, tout en dépendant en partie de notre consentement ou de notre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Dominique Barthélemy réévalue, après Georges Duby, la fameuse bataille gagnée par Philippe Auguste en 1214.
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Histoire. Pour en finir avec Bouvines

Dominique Barthélemy réévalue, après Georges Duby, la fameuse bataille gagnée par Philippe Auguste en 1214.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 09h02
    |

                            Etienne Anheim (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Bataille de Bouvines. Histoire et légendes, de Dominique Barthélemy, Perrin, 400 p., 27 €.

En 1954, le peintre Georges Mathieu, figure de l’« abstraction lyrique », réalise La Bataille de Bouvines, une toile de 6 mètres de largeur sur 2,50 mètres de hauteur, au cours d’une performance artistique filmée. Saluée par Malraux et Breton, l’œuvre est, pour l’historien Dominique Barthélemy, l’un des signes d’une prise de distance, après deux conflits mondiaux, avec une bataille inscrite dans l’imaginaire de la France guerrière. Son nouvel ouvrage accomplit un pas supplémentaire dans cette direction, à la suite du ­Dimanche de Bouvines (Gallimard, 1973), de Georges Duby (1919-1996), dont il prolonge l’inspiration.
Au cours des siècles, la bataille gagnée par Philippe Auguste le 27 juillet 1214 s’est chargée de significations nouvelles, faisant d’elle la victoire du roi contre la féodalité, celle des communes contre la chevalerie ou encore, à l’époque moderne, celle de la nation française contre une coalition de ses ennemis héréditaires, l’Allemagne et l’Angleterre.
Autant de constructions a posteriori que le livre balaie pour préférer une lecture de l’événement au ras des sources contemporaines. Ce choix diffère de celui fait par Duby, qui s’intéressait peu au déroulement de la bataille elle-même, cherchant plutôt dans ses échos l’empreinte du fonctionnement de la société du XIIIe siècle, à l’aide d’une anthropologie structurale.
Dominique Barthélemy plonge au contraire au cœur de la mêlée, cherchant à saisir, par la microhistoire de chaque fait d’armes, les interactions sociales propres au monde des chevaliers. Il dissout ainsi l’unité de l’affrontement pour mieux dévoiler l’ordre féodal qui le sous-tend, ordre auquel il a consacré sa vie de chercheur.
Violence régulée
Bouvines prend alors un nouveau visage : c’est une affaire de nobles,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Rencontre avec une nation amérindienne du Québec ignorée. C’est « Le Peuple rieur », hommage anthropologique de Serge Bouchard et Marie-Christine Lévesque.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤                     
                                                   
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Les Innus, enfin reconnus

Rencontre avec une nation amérindienne du Québec ignorée. C’est « Le Peuple rieur », hommage anthropologique de Serge Bouchard et Marie-Christine Lévesque.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 09h01
    |

            Marc-Olivier Bherer








                        



                                


                            
Le Peuple rieur. Hommage à mes amis innus, de Serge Bouchard et Marie-Christine Lévesque, Lux, « Mémoire des Amériques », 320 p., 18 €.

Demain, ils seront toujours là. Cette phrase ne traduit pas un espoir, mais une réalité trop souvent occultée : la présence et la (re)construction continues des peuples premiers d’Amérique. Ils ne s’apprêtent pas à disparaître comme, par une forme de compassion dévoyée, le monde blanc aime parfois à le croire.
La nation innue, vivant au Québec et dans le Labrador voisin, compte aujourd’hui un peu plus de 20 000 personnes, un nombre faible, mais qui n’autorise pas à négliger leur existence. Le Canada commence timidement à intégrer ce peuple au sein de ses institutions. Le G7, qui, en juin, s’est réuni en sommet dans la ville de Charlevoix, se trouvait sur le territoire ancestral innu. Le gouvernement canadien avait pris soin d’indiquer qu’il considérait l’événement comme « une occasion unique de faire connaître » les Innus.
L’anthropologie arrachée à la condescendance
Grande figure de l’anthropologie québécoise, Serge Bouchard (né en 1947) va bien plus loin. Il rend un vibrant hommage à ce peuple qu’il étudie depuis les années 1970, nous conviant à explorer quarante ans de recherche, avec sa compagne et éditrice Marie-Christine Lévesque, dans Le Peuple rieur (ainsi que les ­Innus eux-mêmes se considèrent), qu’ils cosignent bien qu’ils écrivent à la première personne du singulier.
Serge Bouchard ne cache pas l’admiration, l’empathie que lui inspirent les Innus. Cette proximité l’a d’ailleurs aidé à renouveler l’anthropologie en l’arrachant au regard condescendant qu’elle a longtemps jeté sur les Amérindiens, rupture épistémologique qui s’est produite dans les années 1960-1970 et dont il a été l’un des pionniers au Canada. Il revient sur les amitiés qu’il a pu nouer, qui lui ont donné accès à des réalités que la recherche ne percevait...




                        

                        


<article-nb="2018/07/05/21-4">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ Pramoedya Ananta Toer a conçu le « Buru Quartet » dans le camp où il a été détenu près de quinze ans sous la dictature de Suharto. Le troisième tome paraît.
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Le grand roman indonésien libéré

Pramoedya Ananta Toer a conçu le « Buru Quartet » dans le camp où il a été détenu près de quinze ans sous la dictature de Suharto. Le troisième tome paraît.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 07h30
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            
Une empreinte sur la terre (Jejak Langkah), de Pramoedya Ananta Toer, traduit de l’indonésien par Dominique Vitalyos, Zulma, 672 p., 24,50 €.

« J’avais été emprisonné un certain nombre de fois. J’avais visité Ravensbrück, Buchenwald, et vu de mes propres yeux des Japonais détenus dans d’autres camps. J’avais lu Anna Seghers sur Ausch­witz et Souvenirs de la maison des morts, de Dostoïevski. J’étais même allé jusqu’en Sibérie. Mais cette fois, c’était moi qui, à mon tour, m’en allais vers l’enfer. »
C’est dans « Soliloque d’un muet », autobiographie non traduite en français, que l’on peut lire ces mots. Celui qui les écrit s’appelle Pramoedya Ananta Toer, plus connu sous le nom de Pram, et internationalement salué comme l’auteur indonésien ayant le plus marqué le XXe siècle. Grand humaniste, Pram – né à Java en 1925 et mort en 2006 – est l’auteur d’une œuvre considé­rable. Une cinquantaine de livres traduits en plus de quarante ­langues. Il a été comparé à un ­Soljenitsyne asiatique – mais un ­Soljenitsyne très engagé à gauche et qui aurait, en l’occurrence, combattu une dictature foncièrement anticommuniste.
Goulag tropical
C’est précisément cet engagement qui lui a valu d’être envoyé dans ce goulag tropical qu’était à son époque l’île de Buru, dans l’est de l’Indonésie. Nous sommes au milieu des années 1960. A Djakarta, l’armée a renversé le président Soekarno. L’arrivée au pouvoir du général Suharto s’accompagne, en 1965-1966, d’une purge de grande ampleur et de massacres de masse. Plusieurs centaines de milliers – certains historiens parlent même de un à trois millions – de militants communistes et d’intellectuels sont assassinés, un à deux millions de personnes sont emprisonnées. Pram, lui, est envoyé au bagne. Enfermé pendant quatorze ans (1965-1979) sans jamais être jugé, il tâche de lutter contre la folie. Il fait moins froid à Buru qu’à la ­Kolyma, mais les...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ Trois livres de poésie, on vit avec et on choisit des vers. On se laisse porter ; on tresse alors les œuvres pour composer un tout nouveau poème.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
      

Trans|Poésie. We two

Trois livres de poésie, on vit avec et on choisit des vers. On se laisse porter ; on tresse alors les œuvres pour composer un tout nouveau poème.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 07h30
    |

                            Didier Cahen








                        



   


… mon amour
Ancien mon amour
Chaleur mon amour
§
… les morceaux d’une mémoire
Plus ancienne plus fraîche
Que celle de nos gestes
§
… quelques pas de danses
Aucune chasse à courre
Et toutes les perles de sable d’huîtres
Même les poètes succombent à l’appétit des listes ! Mais si Pierre Mabille (né en 1958) cède au goût du jour, c’est pour organiser l’inventaire du désordre, offrir à chacun de nous une forme lisse où nous pourrons accrocher notre monde.
On a connu François Rannou (né en 1963) plus indiscipliné… Sa parole amoureuse ne perd rien de sa verve et s’il « file, fonce et double », on devine, avant tout, l’envie de séduire le lecteur avec son écriture rythmée, habitée par le jazz.
Magnifique édition, qui associe poèmes et peintures. Albane Gellé (née en 1971) attrape les traits de l’enfance, Patricia ­Cartereau (née en 1970) répond avec ses images et ses encres ; un dialogue elliptique pour renouer avec l’imaginaire.
C’est cadeau, de Pierre Mabille (textes et dessins), Unes, 88 p., 20 €.
La Pierre à 3 visages (d’Irlande), de François Rannou, Lanskine, 48 p., 12 €.
Pelotes, averses, miroirs, de Patricia Cartereau et Albane Gellé, L’Atelier contemporain, 168 p., 25 €.



                            


                        

                        


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<filnamedate="20180705"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180705"><AAMMJJHH="2018070521">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ Romans, récit, nouvelles, philosophie, anthologie, essais, poésie, BD, jeunesse, fantasy… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 6 juillet 2018.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
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Livres en bref

Romans, récit, nouvelles, philosophie, anthologie, essais, poésie, BD, jeunesse, fantasy… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 6 juillet 2018.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 07h15
    |

                            Florence Noiville, 
Frédéric Potet, 
                                Jean-Louis Jeannelle (Spécialiste des études littéraires et collaborateur du « Monde des livres »), 
Nicolas Weill, 
                                André Loez (Historien et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Céline Henne (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Monique Petillon (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Agathe Moissenet, 
                            Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Xavier Houssin (Collaborateur du « Monde des livres ») et 
                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            Essai. La race impensée
Mythologies postcoloniales. Pour une décolonisation du quotidien, sous la direction d’Etienne Achille et Lydie Moudileno, Champion, 148 p., 29 €.
Dans ses Mythologies (1957), Roland Barthes accordait une place centrale au colonialisme comme vecteur de l’idéologie bourgeoise. Soixante ans plus tard, deux spécialistes d’études francophones observent à sa suite l’« impensé de la race » qui, selon eux, structure encore la République. L’effacement de l’altérité dans la comédie aux plus de 12 millions d’entrées Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? (2014) ou la tentative de récupération d’Aimé Césaire, promu « grantécrivain » noir à l’occasion de funérailles nationales en 2008 dans un contexte de déclin culturel de la France… Etienne Achille et Lydie ­Moudileno offrent quelques exemples particulièrement éclairants de la place ambiguë réservée, au XXIe siècle, à la « France noire ». J. -L. J.
BD. Brazza au Congo
Congo 1905. Le rapport Brazza. Le premier secret d’Etat de la « Françafrique », de Vincent Bailly et Tristan Thil, Futuropolis, 144 p., 20 €.

L’explorateur Pierre Savorgnan de Brazza (1852-1905) est envoyé par le gouvernement français au Congo, en 1905, afin d’enquêter sur des exactions dont sont victimes les populations locales. Paris gronde alors d’échos de faits intolérables, comme l’exécution d’un indigène à la dynamite par deux coloniaux. Brazza et ses collaborateurs restent quatre mois sur place. Son rapport, aux airs de brûlot, est alors édulcoré par l’administration, puis enterré en grande pompe. Il faudra attendre soixante ans avant qu’une historienne, Catherine ­Coquery-Vidrovitch, ne mette la main dessus, puis quatre décennies supplémentaires pour le voir publier (au Passager clandestin, en 2014). Le documentariste Tristan Thil s’est appuyé sur ce texte et sur les notes de la mission Brazza....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Un homme vit dans une maison à l’insu de ces occupants, et s’occupe bientôt d’influer sur leurs vies… « Où l’on apprend le rôle joué par une épingle à cravate », caustique.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
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Juan José Millas réinvente l’esprit du foyer

Un homme vit dans une maison à l’insu de ces occupants, et s’occupe bientôt d’influer sur leurs vies… « Où l’on apprend le rôle joué par une épingle à cravate », caustique.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 07h15
    |

                            Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Où l’on apprend le rôle joué par une épingle à cravate (Desde la sombra), de Juan José Millas, traduit de l’espagnol par Hélène Melo, Plon, « Feux croisés », 170 p., 19,90 €.

Il y a mille façons de disparaître aux yeux du monde. Entre toutes, Damian Lobo, le héros du septième roman traduit en français de Juan José Millas, a choisi la plus enfantine, la plus régressive qui soit : se cacher dans une armoire. Fraîchement licencié d’une entreprise qui l’employait depuis vingt-cinq ans, ce quadragénaire célibataire, on ne peut plus ordinaire, se retrouve enfermé par hasard dans ce meuble imposant, après avoir volé une épingle à cravate dans une brocante, à Madrid. Dissimulé au fond de la penderie pour échapper à un agent de sécurité, Damian a fini sa cavale dans la maison de la famille qui venait de l’acheter.
D’un quidam un monstre
Mais au lieu de retrouver sa liberté, une fois le danger passé, il a décidé de rester dans ce nouveau foyer sans manifester sa présence, et de s’occuper en faisant le ménage et la cuisine à l’insu des propriétaires. Il y devient un fantôme et, paradoxalement, tire de ce nouveau rôle le sentiment d’être plus utile qu’il ne l’a jamais été. « Lui qui jusque tout récemment était resté soumis aux servitudes du commun des mortels, s’étendait désormais bien au-delà de son corps en agissant comme une espèce de daïmôn sur l’univers des vivants », écrit Juan José Millas.
S’immisçant dans la vie intime du couple que Lucia forme avec Federico, et de leur fille adolescente, Damian va découvrir leurs failles inavouées, leurs souffrances tues – le deuil d’un jeune frère pour la mère, des troubles alimentaires pour la jeune fille – mais aussi leurs écarts de conduite. Il fera en sorte d’améliorer ce qui peut l’être, au point deprovoquer l’irréparable.
Dans ce livre à l’intensité croissante, variant imperceptiblement du cocasse au dramatique, du banal à l’extraordinaire,...




                        

                        


<article-nb="2018/07/05/21-8">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Avec « Power Play », l’écrivain réécrit « Titus Andronicus » version guerre des gangs dans l’Afrique du Sud du XXIe siècle. Saignant.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
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Roman noir. Le Cap tragique de Mike Nicol

Avec « Power Play », l’écrivain réécrit « Titus Andronicus » version guerre des gangs dans l’Afrique du Sud du XXIe siècle. Saignant.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 07h15
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            
Power Play, de Mike Nicol, traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Jean Esch, Seuil, « Cadre noir », 384 p., 22 €.

Shakespeare, not dead. Alors que paraîtra, à la rentrée, une réinterprétation de Macbeth en chef de gang signée par le Norvégien Jo Nesbo, le Sud-Africain Mike Nicol livre, avec Power Play, une version contemporaine de Titus Andronicus, la plus sanglante pièce du répertoire élisabéthain. Des luttes de pouvoir, des trahisons, un viol indescriptible suivi de mutilations, un acte de cannibalisme, un total de quinze meurtres… Transposée dans les Flats, la zone de tous les trafics dans la métropole du Cap, la tragédie prend un relief à la fois plus sombre – elle est vouée à se répéter – et plus ensoleillé.
Les deux ennemis de Power Play portent donc pour prénom Titus et Tamora. Au XXIe siècle, celle-ci n’est plus la reine des Goths, mais la chef des Mongols, un réseau mafieux désireux de rafler le territoire de la vallée de l’Abondance, au nord du Cap, à la bande des Pretty Boyz. Pour la drogue et la contrebande d’ormeaux, ces mollusques appréciés en Asie pour leurs prétendues vertus aphrodisiaques. Au point que 95 % de cette pêche illégale est exportée en Chine. Le marché est lucratif : 1 kg de chair séchée vaut aujourd’hui environ 1 200 dollars.
Les enfants vont pâtir
Lorsque débute le cycle de vengeance au cours duquel se croiseront gangs de rue et services secrets, psychopathes et diplomates, deux investisseurs chinois débarquent en ville. Leur mission : négocier un nouveau contrat, désavantageux pour la main-d’œuvre locale (plongeurs, douaniers, écaillers, ouvriers) puisque la transformation du produit se ferait à destination. « Vous autres, vous débarquez ici en pensant que vous pouvez nous prendre nos boulots et acheter mon héritage au rabais », déplore un chef de la pègre.
Signe du passage de relais entre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Avec « Le Siège de Vienne », le romancier roumain livre un beau roman sur les ultimes désillusions de ses compatriotes après la chute de Ceausescu.
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Le long hiver transylvanien d’Horia Ursu

Avec « Le Siège de Vienne », le romancier roumain livre un beau roman sur les ultimes désillusions de ses compatriotes après la chute de Ceausescu.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 07h15
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Le Siège de Vienne (Asediul Vienei), d’Horia Ursu, traduit du roumain par Florica Courriol, Xénia, 368 p., 20 €.

Telle qu’elle nous parvient en français, la littérature de l’Est européen chemine apparemment à contre-courant de la vague de populisme actuelle, et Le Siège de Vienne, le beau roman de l’écrivain roumain Horia Ursu, en fournit une preuve supplémentaire. Né en 1948, professeur à l’université de Cluj, ce dernier a beaucoup fréquenté les universités françaises et a consacré sa thèse à Milan Kundera. Le titre de son livre, couronné des prix les plus prestigieux en Roumanie, concentre toute la nostalgie d’un univers perdu, celui d’une avant-guerre dont Vienne aurait représenté la capitale rêvée, mythique symbole d’une diversité culturelle abattue sous les coups successifs du nationalisme et du socialisme réel, tous deux adeptes, à leur manière, de l’homogénéisation forcée.
La mémoire d’une pluralité évanouie
N’y a-t-il plus que les écrivains pour entretenir la mémoire d’une pluralité évanouie, pour constater les « places vides » qui se multiplient, là où jadis cohabitaient, d’ailleurs difficilement, ­Allemands, Slaves, juifs, Hongrois, etc. ? En tout cas, ce souci habite le roman, qui tente de la saisir au moment de son ultime dissolution, alors que la Roumanie des années 1990, après la révolution qui a mis fin au règne de Ceausescu, s’apprête à basculer dans la mondialisation, sans y être encore. L’un des personnages, le jeune Fabius-Tiberius (la prolifération des noms à consonance latine contribue à donner à ce récit sa saveur particulière), ne troque-t-il pas significativement sa profession de traducteur pour celle de vendeur d’antennes paraboliques ?
L’action a pour cadre une ville moyenne de Transylvanie, aux confins de la Hongrie et de la Roumanie, Apud (qui en latin désigne la proximité, le local), et occupe les trois journées précédant le Nouvel An 1995. Elle...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Claro a lu ce « livre de lecteur » qu’est « Soupirs de bêtes en rut », de Fred Léal.
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Le feuilleton. Souvenirs de têtes en brut

Claro a lu ce « livre de lecteur » qu’est « Soupirs de bêtes en rut », de Fred Léal.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 14h56
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Soupirs de bêtes en rut, de Fred Léal, P.O.L, 160 p., 17 €.

Il est facile de se croire l’auteur d’un livre sous prétexte qu’on l’a écrit. De se persuader que, parce qu’on a ordonné tous ses mots et agencé toutes ses phrases, il est né de nous, et reflète, ne mégotons pas, notre moi profond. Tout ce qu’il contient viendrait de nous, ne serait que le résultat d’un transvasement plus ou moins laborieux, inspiré, dicté. Il est facile d’accréditer cette chimère, et certes séduisant de penser que le fait d’en revendiquer la paternité rend le rejeton plus authentique, plus sincère. Mais ce n’est pas l’arbre, ­a-t-on envie de dire, qui produit le reflet, mais l’eau. Et l’eau, vous l’avez compris, c’est le langage, qui s’engouffre dans nos cervelles avec la vigueur d’un vent de propagande, guidant nos mains sur le clavier plus sûrement qu’un adjudant à la parade. « Une-deux », crie le langage, et nous faisons deux pas comme si nous venions d’inventer la marche. Heureusement que certains écrivains, à la suite de certains peintres, ont inventé le collage, histoire de nous rappeler que c’est moins le matériau que le choix et l’organisation du matériau qui fonde, en écriture, la liberté. Faisons donc confiance à Fred Léal pour que « son » nouveau livre, Soupirs de bêtes en rut, vive sa vie de livre sans se préoccuper du fantasme de l’auteur-souverain-lampion.
Dans un post-scriptum intitulé à juste propos « La fièvre du Klondike » – filon oblige, pépite possible –, Léal nous prévient (un peu tard, puisque c’est un post-scriptum, mais sinon ça serait moins drôle) : « Ceci est un livre. Un livre de lecteur. » La limpidité de la formule laisse néanmoins songeur. Mais on comprend vite (et mieux) : il l’a composé en chinant, en piochant, tel un gai chiffonnier, grattant ici et là le compost des « documents non grata », ou plutôt tel un « orpailleur » puisque le Klondike, la ruée. « Travail...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ La chronique de Céline Minard, à propos des « Petites Vertus », de Natalia Ginzburg.
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Poésie réactive. Le métier d’écrire

La chronique de Céline Minard, à propos des « Petites Vertus », de Natalia Ginzburg.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 07h15
    |

                            Céline Minard (Ecrivain)








                        



                                


                            
Les Petites Vertus (Le piccole virtu), de Natalia Ginzburg, traduit de l’italien par Adriana R. Salem, Ypsilon, 136 p., 20 €.

Son métier est d’écrire, et comme pour Cesare Pavese, auquel elle consacre quatre pages aussi factuelles que touchantes, ce métier d’écrire est profondément intriqué au métier de vivre. Chacun des onze courts essais qui constituent Les Petites Vertus sont des morceaux de la vie de Natalia Ginzburg (1916-1991), de sa vie concrète, aux chaussures trouées, de sa vie d’enfant, d’adolescente, de femme mariée, d’exilée, de mère, et de sa vie spirituelle et littéraire en acte. Tout y est intime et distancé, pensé dans la langue avec une mesure de poète, sobre, une mesure d’avance.
La grande simplicité de sa prose est comme une eau vive, astringente, elle resserre les chairs. Son métier d’écrire est moral, éthique, il guide et tient sa vie, son rapport aux autres, au monde et avant tout à elle-même. Elle a pensé l’oublier, le mettre de côté, n’en plus vouloir mais il est revenu, elle a pensé s’en faire une consolation ou une distraction mais il s’est éloigné. Car ce métier n’est pas une compagnie, c’est un maître, « un maître capable de nous fustiger jusqu’au sang (…). Il nous oblige à ravaler notre salive et nos larmes, à serrer les dents et essuyer le sang de nos blessures, et à le servir. Le servir lorsqu’il le demande ». Et ce ne sont pas là des paroles de poète romantique, mais des faits.
Natalia Ginzburg a bien connu la douleur, comment aurait-elle pu y échapper dans l’Italie des années 1930-1940, en étant juive, communiste, antifasciste, mariée à l’éditeur Leone Ginzburg, juif, antifasciste, torturé et assassiné par la Gestapo dans les prisons de Regina Coeli. Elle l’a bien connue et se contente de la qualifier, « une vraie douleur, irrémédiable, incurable, qui a brisé toute ma vie », et d’admettre que son métier n’en est pas resté inchangé,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Avec « Je ne sais pas », l’écrivain continue de débusquer ses souvenirs, jusqu’au cœur des plus épais ronciers.
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André Rollin arpente sa mémoire, hors sentier

Avec « Je ne sais pas », l’écrivain continue de débusquer ses souvenirs, jusqu’au cœur des plus épais ronciers.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 07h15
    |

                            Xavier Houssin (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        


                                                        
Je ne sais pas, d’André Rollin, Phébus, 112 p., 11 €.
C’est un peu comme une longue marche à travers les herbes folles. Une prairie d’avant la fenaison. On avance à mi-cuisses dans une marée verte, souple, ondoyante. Un pas suit l’autre, et cela depuis longtemps. On ne sait plus très bien quand on est parti. Impossible aussi de retrouver ses traces. Au fur et à mesure, derrière soi, les tiges des graminées se redressent et effacent le passage. Devant, il reste un lointain, une ligne d’horizon, mais dont on ne sait pas mesurer la distance. Pour un rien, on se perdrait. D’ailleurs, on est probablement perdu. « Regardez mon chemin./ Il n’y a pas de chemin », écrivait, dans son recueil Multiphages (Corti, 1988), le poète Paul Valet (1905-1987).
Moments sens dessus dessous
Cette injonction lucide, désemparée et grinçante pourrait accompagner, tout au long, les pages de Je ne sais pas, le nouveau roman d’André Rollin. Les pistes, en effet, sont plus que brouillées. A bientôt 80 ans, voilà qu’il tente, à nouveau, de partir à rebrousse-mémoire, de dégager des lignes, retrouver des visages, des noms, des lieux. Et de faire de ces bribes, de ces impressions fugitives, de ces oublis même, une pâte à modeler sa propre existence. Souvenirs, vie rêvée, vie inventée, tous les moments sont sens dessus dessous. A quel fil s’accrocher ? « Je veux simplement raconter une histoire pour que tout revienne. Que tout surgisse, y écrit-il. (…) Il était une fois : ce serait mieux. Plus simple. »
La mémoire est la grande affaire d’André Rollin. Libraire, éditeur, journaliste (il a collaboré à la revue Etudes, a travaillé au service étranger de France-Soir et a chroniqué les livres au Canard enchaîné de 1980 à 2015), il en a fait un singulier millefeuille dont il n’a cessé de faire voltiger les miettes. Pas étonnant que, comme le Poucet du conte, les drôles d’oiseaux qu’il...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Science-fiction, action, fresque historique… Le blog mangas de la rédaction du « Monde » a choisi dix titres parmi les nombreuses sorties de BD japonaise en France.
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Dix mangas coups de cœur à retrouver sur les stands de la Japan Expo

Science-fiction, action, fresque historique… Le blog mangas de la rédaction du « Monde » a choisi dix titres parmi les nombreuses sorties de BD japonaise en France.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 07h02
   





                        


La convention Japan Expo, qui se tient du jeudi 5 au dimanche 10 juillet au parc des expositions de Villepinte, rassemble comme chaque année des milliers d’amateurs de culture populaire japonaise et notamment de mangas.
Parmi les très nombreuses nouvelles séries et histoires dénichées par les éditeurs français au Japon cette année, voici dix coups de cœur que le blog mangas de la rédaction du Monde, Les enfants d’Akira, a choisi de partager avec ses lecteurs – et pour les débutants, il reste toujours le « Mangadvisor », le générateur mis au point par Pixels pour trouver son premier manga.
« Cavale vers les étoiles »

   


« Cyberpunk is not dead », annonce fièrement la quatrième de couverture. Et on ne peut qu’approuver ce message, à la lecture de Cavale vers les étoiles, ce « one-shot » délirant de Ryoma Nomura. Il met en scène Kinu, gamine martienne, intrépide et violente, dans une course-poursuite survoltée. Objectif : Mars, à coups de poing dans la figure et autres brutalités au grotesque assumé. Les membres – cyborgs – volent, se rachètent, se réparent, dans la pure tradition cyberpunk, auquel l’ouvrage parvient tout de même à apporter un nouveau regard.
Cavale vers les étoiles, de Ryoma Nomura, éditions Casterman, 11,95 €.

        Lire la chronique :
         

          « Cavale vers les étoiles » : plus cyberpunk, tu meurs



« Origin »

   


Derrière Origin, Boichi, mangaka sud-coréen exilé au Japon après un durcissement de la censure dans son pays, et sans doute le dessinateur seinen le plus doué de sa génération. Spécialisé dans la représentation des corps masculins et féminins, à un point qui frise l’obsession, il a signé un nombre impressionnant de séries, dont Sun Ken Rock. Ici, il développe une histoire de science-fiction dans un Tokyo de 2048 tenu par la corruption et la pègre malsaine. Le héros, Origin, enquête sur des meurtres commis par des robots dotés, comme lui, d’une puissance démesurée, mais à la morale pervertie.
Origin, de Boichi, éditions Pika, 7,75 euros chaque tome.

        Lire aussi notre chronique détaillée
         

          « Origin », entre robotique et métaphysique musclée



« Made in Abyss »

   


Ici, il ne faut pas se fier au dessin naïf et rond. Cette série très saluée par la critique n’épargne rien à ses personnages attachants mais condamnés à une dure vie de labeur et d’exploitation. L’intrigue démarre à Orse, sorte de cité prospère construite autour d’une énorme faille, dont les profondeurs renferment faune et flore sauvages mais aussi des reliques qui se monnayent cher. On y suit la vie difficile de la petite Rico et de ses camarades orphelins formés pour devenir apprentis « caverniers », les aventuriers qui se risquent, au péril de leur vie, à la collecte d’antiquités dans l’abysse.
Made in Abyss, d’Akihito Tsukuchi, éditions Ototo, 8,99 euros chaque tome.
« Renjoh Desperado »

   


Alerte femme dure à cuire. Dans une ambiance à la croisée du Far West et du crépuscule de la période féodale japonaise, Monko est une combattante vagabonde qui voyage seule à la dure. Fine lame à la technique parfois désordonnée, la jeune femme suit une voie classique pour les héroïnes, mais surprenante pour les guerrières de son acabit : trouver un mari parfait.
Véritable cœur d’artichaut, Monko ne se laisse pourtant pas raconter de salades et se retrouve bien souvent à prêter main-forte à des prétendants médiocres. Le mangaka Ahndongshik aurait pu se savonner la planche en inversant les stéréotypes des histoires d’action, prêtant à une femme le rôle de chevalier servant. C’est, au contraire, une nouvelle lecture des mangas de combats et d’humour et une certaine réappropriation des codes, maintes fois empruntés par Quentin Tarentino à la pop culture asiatique, qui est ici proposée.
Renjoh Desperado, de Ahndongshik, éditions Kurokawa, 7,65 chaque tome.
« L’Histoire des 3 Adolf »

   


En fin de carrière, Osamu Tezuka, l’un des plus grands mangakas, disparu en 1989, travaille à laisser un legs. Avec les œuvres de cette époque, le père d’Astroboy cisèle une œuvre plus sombre et adulte, mais aussi pacifiste et humaniste. Rééditée en épais et prestigieux ouvrage à l’occasion du 90e anniversaire de sa naissance, et pour la première fois dans un sens de lecture japonais, L’Histoire des 3 Adolf se centre sur le traumatisme de la guerre et reste résolument d’actualité.
L’intrigue, qui commence aux Jeux olympiques de Berlin sous le IIIe Reich pour s’achever au cœur du conflit israélo-palestinien, raconte le destin croisé d’hommes que l’histoire sépare, mais qui vont finalement se déchirer autour de l’amour d’une femme. Une œuvre de fiction historique violente et nécessaire, tissée comme un polar.
L’Histoire des 3 Adolf, d’Osamu Tezuka, éditions Delcourt-Tonkam, intégrale en deux tomes à 29,99 euros chacun.
« The Promised Neverland »

   


C’est l’un des hits de l’année. Réalisé par de parfaits inconnus, The Promised Neverland joue avec les peurs enfantines. Les orphelins Grace Field House vivent depuis leur naissance dans un cadre idyllique mais ont toutefois interdiction de dépasser l’enceinte du parc. Ce cadre enchanteur va brusquement se briser quand les plus âgés vont comprendre qu’ils sont tous à terme en danger de mort. Ils décident de s’enfuir avec leurs frères et sœurs, mais ils ignorent totalement ce qui les attend à l’extérieur. Empruntant au thriller et à la bataille psychologique, cette nouvelle série est souvent comparée pour son originalité au best-seller Death Note.
The Promised Neverland, de Kaiu Shirai et Posuka Demizu, éditions Kazé, 6,79 euros chaque tome.

        Lire aussi :
         

                « The Promised Neverland » : deux inconnus à l’origine du manga le plus attendu de l’année



« La virginité passée 30 ans »

   


« Individualisation de la société, nucléarisation de la famille, baisse de la natalité, précarisation de l’emploi, effondrement des valeurs familiales, progression du statut social des femmes… » Ce sont, parmi d’autres, quelques-unes des raisons qu’avance l’auteur Atsuhiko Nakamura pour expliquer le phénomène des « puceaux tardifs » au Japon.
En huit portraits, dont le sien, il offre, à la manière d’un documentaire, un panorama effrayant de ce phénomène qui touche plus d’un quart des hommes japonais qui ne réussissent pas à établir de relations avec le sexe opposé. Entre enquête sociologique statistique et portraits individuels de cas représentatifs, l’auteur nous fait plonger dans un monde où le désespoir est extrême, mais dont la rédemption n’est pas exclue.
La Virginité passé 30 ans, d’Atsuhiko Nakamura et Sakuraichi Bargain, éditions Akata. Tome unique à 15 euros.

        En savoir plus :
         

          « La Virginité passé 30 ans », manga sidérant sur un phénomène japonais



« Hanada le garnement »

   


A l’image de nombreux personnages en culottes courtes, Hanada Ichiro a neuf ans et est sacrément turbulent. Dessiné dès 1993 par Makoto Isshiki, révélé plus tard pour le superbe Piano no mori, ce petit héros chauve comme un bonze devient particulièrement intéressant lorsque, à la suite d’un accident, il se met à voir des esprits. Une gageure quand on sait qu’une seule chose intimide le diablotin : les fantômes. Le gamin va être harcelé par des spectres et devoir les aider à trouver la paix chapitrant cette fable drôle et attachante.
Hanada le garnement, de Matoko Isshiki, éditions Ki-oon, 7,90 euros chaque tome.

        Lire aussi :
         

                « Hanada le garnement » : un manga sur la sagesse des bêtises



« Otaku otaku »

   


Comme « nerd », « no-life » ou « geek », l’expression japonaise « otaku » désigne des personnes fans de pop culture et qui passent le plus clair de leur temps chez elles. Dans cette série découpée en saynètes de la vie quotidienne d’un jeune couple, la dessinatrice Fujita parle avec tendresse de ces passionnés qui souffrent encore parfois d’une mauvaise réputation dans les mangas. Avec en toile de fond, une description des trentenaires oscillant entre vie de bureau banale et vie privée rythmée par les sorties dans les bars et les conventions de pop culture.
Otaku otaku, de Fujita, éditions Kana, 5,95 euros chaque tome.

        Lire la chronique :
         

          « Otaku otaku » : le manga qui parle des geeks japonais avec tendresse



« L’Atelier des sorciers »

   


Inspirée par J. R. R. Tolkien, J. K. Rowling et la fantasy européenne, la mangaka Kamome Shirihama invente un monde où la magie n’est pas innée mais détenue par une caste qui l’exerce en dessinant des figures complexes avec de l’encre magique. Ainsi, Coco, une petite fille ordinaire qui n’est pas destinée à devenir sorcière, va parvenir à intégrer ce monde qui la fascine tant. Pour servir ce parcours initiatique, un dessin minutieux et lumineux.
L’Atelier des sorciers, de Kamome Shirahama, éditions Pika, 7,50 euros chaque tome.

        Lire notre chronique :
         

          « L’Atelier des sorciers », manga enchanteur






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Irlandais du Nord et Parisien d’adoption, grand, drôle et rare écrivain, dont on attend un nouveau roman depuis vingt ans… Heureusement, les précédents, tels « La Douleur de Manfred », paraissent en poche.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 04/07/2018
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Robert McLiam Wilson, cabotin en diable

Irlandais du Nord et Parisien d’adoption, grand, drôle et rare écrivain, dont on attend un nouveau roman depuis vingt ans… Heureusement, les précédents, tels « La Douleur de Manfred », paraissent en poche.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 06h38
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 15h57
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            

Il y a sept mois, Robert McLiam Wilson a perdu un élément central de sa panoplie d’écrivain : la cigarette. Pas le choix. « Ma santé », explique-t-il, avant de détailler, cabotin en diable, « le cauchemar » qu’est devenue son existence, supportée à coups de clope électronique, pastilles à la nicotine, « trop d’alcool », des repas « toutes les demi-heures » – « j’ai pris 15 kilos » –, sans oublier des scènes « humiliantes » où le quinquagénaire se shoote à la fumée des passants dans les rues. « La vie n’a plus de sens, la beauté est morte », résume-t-il, mélodramatique et rigolard, en français – comme toute la conversation, à quelques jurons british chers à son cœur près. Le très drôle Irlandais de Belfast devenu parisien a si bien su « profiter » de la possibilité offerte par son métier de fumer toute la journée qu’il se rengorge : « J’étais connu dans le monde entier comme la cible idéale des producteurs de tabac. » Comment continuer à se présenter comme écrivain quand on est privé de son accessoire favori ?
Une poignée de livres rapidement étiquetés « cultes »
Cela dit, le moins attentif des observateurs noterait qu’il manque peut-être autre chose à la panoplie d’auteur de ­Robert McLiam Wilson : un nouveau livre publié dans sa langue depuis vingt ans. Il n’a en effet rien ajouté à sa bibliographie en VO depuis 1996 – sans cesser pour autant de se dire écrivain ni d’être tenu pour tel (et pour un grand !) par ceux qui l’ont lu. Il avait alors 32 ans et, à son actif, trois romans époustouflants : Ripley Bogle (1989 ; Christian Bourgois, 1996), La Douleur de Manfred (1992 ; Christian Bourgois, 2003) et Eureka Street (1996 ; Christian Bourgois, 1997), ainsi qu’un reportage admirable sur la pauvreté dans l’Angleterre thatchérienne, réalisé avec le photographe Donovan Wylie : Les Dépossédés (1992 ; Christian Bourgois, 2005)....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Chaque jeudi dans « La Matinale », la rédaction du « Monde des Livres » partage ses coups de cœur, à retrouver en librairie.
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Article sélectionné dans La Matinale du 04/07/2018
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Le Livre d’Esther et l’Europe d’avant-guerre : nos choix de lectures

Chaque jeudi dans « La Matinale », la rédaction du « Monde des Livres » partage ses coups de cœur, à retrouver en librairie.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 06h38
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 07h42
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Cette semaine, nos lectures puisent leurs racines dans le passé. Le passé du peuple juif, analysé par le chercheur Danny Trom, qui examine le Livre d’Esther et la tradition diplomatique qui en a découlé. Le passé d’une Mitteleuropa d’avant-guerre, cosmopolite et moderne, qui renaît sous la plume nostalgique du Roumain Horia Ursu. Ou bien encore le passé douloureux de Manfred, personnage central du roman de Robert McLiam Wilson, qui a signé un étrange contrat avec son épouse.
ESSAI. « Persévérance du fait juif », de Danny Trom

   


Le Livre d’Esther, partie intégrante de la Bible hébraïque, consiste en un récit dans lequel Dieu n’est pas présent explicitement : son intervention dans l’histoire y semble déguisée. Le royaume d’Israël a été défait, et son peuple dispersé doit désormais composer avec de nouveaux pouvoirs, outre celui du Très Haut.
Pour Danny Trom, la matrice d’une expérience politique juive peut être extraite de cette scène primordiale. Le chercheur en sciences sociales examine le Livre d’Esther pour formuler les principes d’une véritable tradition diplomatique, selon laquelle la survie du peuple en exil repose sur sa capacité à intercéder auprès du souverain. Mais sa protection est précaire. Le pouvoir change de forme et de sens, les empires défilent, l’Etat démocratique prend soudain un masque fasciste… Que nous enseigne la précarité de l’existence juive en exil pour penser la politique ? C’est l’un des grands apports de l’essai de Danny Trom que de puiser dans la tradition le moyen de repenser en profondeur des préoccupations contemporaines brûlantes qui, en Israël comme en Europe, mettent en question l’équation reliant peuple, Etat et territoire. David Zerbib
« Persévérance du fait juif. Une théorie politique de la survie », de Danny Trom, EHESS/Gallimard/Seuil, « Hautes études », 512 p., 28 €.
ROMAN. « La Douleur de Manfred », de Robert McLiam Wilson

   


Ecrit en 1992, paru en France en 2003 et aujourd’hui republié en poche, La Douleur de Manfred est un roman perturbant, d’une force rare. Une force d’autant plus sidérante que l’écrivain Robert McLiam Wilson a publié, à 28 ans, ce roman de la perte et du désastre, de la violence individuelle et collective.
Son protagoniste, Manfred, retrouve au soir de sa vie une raison d’espérer : une douleur physique qui le dévore, et semble le promettre enfin à la mort, écho à la douleur morale qu’il éprouve depuis vingt ans. Depuis que ce juif londonien n’est autorisé à rencontrer qu’une fois par mois Emma, son épouse, dans un parc, avec interdiction de la regarder. Le reste du temps, il vit seul, serviable envers ses voisins, entretenant des rapports distants avec son fils. Ce n’est qu’après s’être assuré de l’empathie du lecteur pour Manfred, que l’auteur dévoile les raisons de l’étrange contrat entre celui-ci et Emma.
Il y a une noirceur terrible, dépourvue d’illusions autant que d’ornements (même si la concision des phrases laisse affleurer le goût pour l’ironie de l’auteur), dans ce roman qui fouaille les douleurs des personnages et celles de l’histoire. Sans laisser aucune perspective de réconfort – si ce n’est celui qu’apporte la certitude d’avoir été malmené par un grand livre. Raphaëlle Leyris
« La Douleur de Manfred » (Manfred’s Pain), de Robert McLiam Wilson, traduit de l’anglais (Irlande du Nord) par Brice Matthieussent, Babel, 272 p., 7,90 €.
HISTOIRE LITTÉRAIRE. « Œuvres complètes IV et V », de Jean Paulhan

   


Toujours menacée de verser dans la promotion ou de paraître, rétrospectivement, aveugle à la nouveauté, la critique est une activité délicate qui se justifie avant tout par sa hauteur de vue et par l’alacrité d’un style : Jean Paulhan en fut l’un des grands praticiens et le plus ardent défenseur. Qu’elles fussent de petites fables sophistiquées ou une œuvre critique hétéroclite (de la simple note au traité composé en longues volutes), ses œuvres complètes parurent chez un petit éditeur, Tchou, ce qui nuisit à sa postérité. Depuis 2006, Bernard Baillaud en assure une nouvelle édition en sept volumes, chez Gallimard, dont paraissent aujourd’hui les deux tomes réservés à cet exercice à chaud du goût littéraire. Jean Paulhan, qui s’était fixé pour unique critère la singularité de l’œuvre, s’y montre moqueur à l’égard d’Alain, désinvolte avec Claudel, en admiration vis-à-vis de Joë Bousquet, et fidèle défenseur du marquis de Sade. Jean-Louis Jeannelle
« Œuvres complètes IV et V, critique littéraire », de Jean Paulhan, édité par Bernard Baillaud, Gallimard, 784 p. et 778 p., 39,50 € chacun.
ROMAN. « Le siège de Vienne », d’Horia Ursu

   


Telle qu’elle nous parvient en français, la littérature de l’Est européen chemine apparemment à contre-courant de la vague de populisme actuelle. Le Siège de Vienne, de l’écrivain roumain Horia Ursu, en fournit une preuve supplémentaire. Le titre concentre toute la nostalgie d’un univers perdu, celui d’un avant-guerre dont Vienne aurait représenté la capitale rêvée, mythique symbole d’une diversité culturelle abattue sous les coups successifs du nationalisme et du socialisme réel, tous deux adeptes, à leur manière, de l’homogénéisation forcée. Le roman tente de saisir la mémoire d’une pluralité évanouie, au moment de son ultime dissolution, alors que la Roumanie des années 1990, après la révolution qui a mis fin au règne de Ceausescu, s’apprête à basculer dans la mondialisation, sans y être encore. Le livre nous plonge au cœur d’une ville moyenne de Transylvanie, au tout début de l’année 1995, paysage moderne de dévastation, qu’Horia Ursu sait décrire avec un humour de fossoyeur, plus proche du sarcasme que de la franche gaieté. Nicolas Weill
« Le Siège de Vienne » (Asediul Vienei), d’Horia Ursu, traduit du roumain par Florica Courriol, Xénia, 368 p., 20 €.
ROMAN. « Power Play », de Mike Nicol

   


Lutte de pouvoir, trahisons, un viol indescriptible suivi de mutilation, un acte de cannibalisme, un total de quinze meurtres… Le Sud-Africain Mike Nicol livre, avec Power Play, une version contemporaine de Titus Andronicus, la pièce la plus sanglante de Shakespeare. Transposée dans le Flats, la zone de tous les trafics dans la métropole du Cap, la tragédie prend un relief à la fois plus sombre et plus ensoleillé. Les deux ennemies de Power Play portent pour prénom Titus et Tamora. Au XXIe siècle, celle-ci n’est plus la reine des Goths, mais la chef des Mongols, un réseau mafieux désireux de rafler le territoire de la vallée de l’Abondance, au nord du Cap, à la bande des Pretty Boyz. Dans ce cycle de vengeance, où se mêlent les gangs, les services secrets, des psychopathes et des diplomates, ainsi que deux investisseurs chinois, ce sont les enfants des clans qui vont en pâtir, souffrir et mourir à la place des parents, comme chez Shakespeare. Macha Séry
« Power Play », de Mike Nicol, traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Jean Esch, Seuil, « Cadre noir », 384 p., 22 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ « Le Jeu d’échecs », roman autobiographique de l’écrivaine et résistante, publié peu avant sa mort, en 1970, reparaît. Un texte implacable sur les intermittences du cœur.
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Edith Thomas : échapper aux mensonges

« Le Jeu d’échecs », roman autobiographique de l’écrivaine et résistante, publié peu avant sa mort, en 1970, reparaît. Un texte implacable sur les intermittences du cœur.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 16h00
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                            Geneviève Brisac (Ecrivaine)








                        



                                


                            
Le Jeu d’échecs, d’Edith Thomas, postface de Nicolas Chevassus-au-Louis, Viviane Hamy, 210 p., 18 €.

Le Jeu d’échecs, d’Edith Thomas, parut pour la première fois en février 1970. L’auteure était connue, elle avait été une magnifique reporter, elle avait publié des biographies de George Sand ou de Pauline Roland, elle était membre du jury Femina, et on savait qu’elle était la seule femme à avoir été membre du Conseil national des écrivains, organisation résistante, entre 1942 et 1944.
Le livre eut un énorme succès. Neuf mois plus tard, Edith Thomas mourait d’une hépatite fulgurante. Elle avait juste passé 60 ans. On l’oublia. Elle n’en aurait pas fait une histoire, détestant le tapage et la foire aux vanités (Elle adorait la phrase de Marx : « Nous abandonnâmes le manuscrit à la critique rongeuse des souris d’autant que nous avions atteint notre but : nous entendre avec nous-même. »). Le Jeu d’échecs reparaît aujourd’hui. Cinquante ans après, c’est un choc.
Dire la vérité
C’est l’histoire d’une journaliste politique devenue archéologue. Un roman autobiographique, donc, pour celle qui écrivait en 1942 dans Les Lettres françaises : « Notre métier, pour en être digne, il faut dire la vérité. La vérité est totale ou n’est pas. La vérité : les étoiles sur les poitrines, l’arrachement des enfants aux mères, les hommes fusillés. » Dire la vérité : dénoncer le pacte germano-soviétique, l’histoire falsifiée et la langue de bois courtisane d’Aragon, qu’elle avait méprisé au premier coup d’œil. A l’époque, Paul Nizan comme Jean Guéhenno avaient admiré son courage et son style.
Roman politique donc, Le Jeu d’échecs est pourtant le plus implacable, le plus lucide des récits sur les intermittences du cœur et les cruautés de l’amour partagé et non partagé. Dans une lettre que la narratrice, Aude, écrit à un homme nommé Stevan, Edith Thomas...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Audrey Célestine signe le récit intime d’« Une famille française », la sienne, sur trois générations et trois continents. Une généalogique qui se confond avec l’Histoire.
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Entretien

« Etre français depuis vingt minutes ou plusieurs siècles, c’est la même chose »

Audrey Célestine signe le récit intime d’« Une famille française », la sienne, sur trois générations et trois continents. Une généalogique qui se confond avec l’Histoire.

Propos recueillis par                                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)




LE MONDE
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        Le 04.07.2018 à 15h56

     •
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        Mis à jour le 04.07.2018 à 18h44






    
Une femme et ses enfants désireux de gagner la métropole depuis l’Algérie débarquent à Marseille le 26 mai 1962, après la signature des accords d'Evian.
Crédits : AFP


Elle s’appelle Audrey, lui Julien. Nés au début des années 1980, ils se rencontrent à Paris, où ils font Sciences Po. Plus tard, ils ont une fille qui fait l’expérience de l’altérité. « Une jolie métisse », leur dit-on. Comme toutes les assignations identitaires, cette phrase cloue le bec et ne dit rien de qui l’on est vraiment.
En écrivant Une famille française. Des Antilles à Dunkerque en passant par l’Algérie (éd. Textuel//Petite encyclopédie critique), Audrey Célestine remonte l’arbre généalogique de ses enfants et inscrit les trajectoires de leurs aïeux dans la grande histoire. L’universitaire, spécialiste des questions identitaires au sein des minorités en France et aux Etats-Unis, a écouté les membres de sa famille et de celle de son conjoint. Il y a ceux qui ont fui le franquisme en se réfugiant en Algérie française ; ceux qui ont été envoyés loin de chez eux pour échapper aux bombardements de la seconde guerre mondiale ; ceux qui ont connu les allers-retours entre deux pays au gré des aléas économiques et des guerres, et dont les enfants grandissent dans la promiscuité des cités HLM de Dunkerque et de Toulon.
Délibérément sinueux, le livre navigue entre les époques, les continents et les branches de l’arbre généalogique, et ce faisant, créé des ponts et des échos. Audrey Célestine a réussi son pari : cette famille française résonne en chacun de nous.
Dans quel état d’esprit avez-vous écrit ce livre ?
Audrey Célestine Je voulais m’intéresser à la place très concrète qu’occupe le colonial dans les vies de Français ordinaires. A partir des témoignages de ma famille et de celle de mon compagnon, j’ai raconté les déplacements, la guerre, le monde colonial qui s’effondre et qui a encore des survivances dans l’outre-mer. Je crois à l’importance de l’intime pour montrer comment les gens s’accommodent du quotidien. Ma grand-mère Ginette, qui n’était pas une intello antiraciste, a eu un enfant avec un Antillais, avant de se marier avec un Kabyle dans la France des années 1950, en dépit du racisme de l’époque. Aussi, j’ai compris que, sans la guerre, des membres de ma famille auraient eu une autre nationalité. Pour certains, l’identité française a été une question de survie. Ils sont arrivés dans l’Empire colonial et ont eu la place qu’on a bien voulu leur donner.
Enfin, je voulais me demander à quoi ressemble la famille de petites filles que certains vont désigner comme « racisées ». Elles ont une bonne partie de leur famille en Provence, mais on mange toujours de la paëlla chez Minerva et on parle de « comment c’était avant », à Sidi Bel Abbès. Minerva, la grand-mère de mon compagnon, est née dans les années 1930 sur l’île de Fernando Poo, en Guinée espagnole [aujourd’hui la Guinée équatoriale]. Sa famille était à Alicante quand la ville est tombée aux mains des franquistes, et ils se sont réfugiés en Algérie. Ils parlaient le « pataouète », un mélange d’espagnol et de français avec des mots arabes.
Pourquoi ce titre ?
Le fait même que mon titre paraisse provocateur montre bien l’étendue du problème. C’est le hasard qui nous fait naître quelque part. Il n’y a ni à s’en excuser, ni à le justifier, ni à en être particulièrement fier. Dans l’Empire colonial, il y avait une citoyenneté par degré. Aujourd’hui, être français depuis vingt minutes ou plusieurs siècles, c’est la même chose. Il faut déconstruire la notion d’ancrage. On nie à des personnes qui sont là depuis trois générations leur ancrage ici, tandis qu’on affirme, si des gens sont blancs, qu’ils sont de vrais Français. Si mon conjoint et moi remontons à la génération de nos grands-parents, tous mes ancêtres sont français, alors que de son côté, il n’a qu’un aïeul qui l’est. Mais c’est à moi qu’on demande toujours d’où je viens [rires]. Proclamer Une famille française était un acte important pour moi.
Pensez-vous que la diversité de votre famille est atypique ?
C’est très lié au fait que je suis née dans une ville portuaire. Ma mère, née à Dunkerque, et mon père qui y est arrivé à 15 ans, ont toujours eu des amis qui venaient de partout. C’est ce Dunkerque-là que je connais. Celui des bars antillais créés dans les années 1950-1960, des amourettes entre les Dunkerquoises et ces navigateurs venus de Somalie ou du Vietnam. J’ai grandi là-dedans, et cela m’a convaincue que je n’étais pas moins française qu’une autre. Ces histoires ne sont pas connues alors qu’elles donnent une autre image de ce qu’est ce pays et permettent de comprendre que la migration n’est pas un phénomène récent.
Quel est le propos politique de votre livre ?
Aujourd’hui, nous sommes pris entre deux discours. L’un parle de « grand remplacement », de racines chrétiennes, et me paraît ridicule. L’autre, que je prends très au sérieux, c’est le discours des militants antiracistes qui dénoncent le racisme politique. Je ne suis pas toujours d’accord avec eux, mais j’échange avec eux. Les condamner n’est pas une priorité dans la France d’aujourd’hui, et je m’y refuse. Le problème, ce n’est pas le discours des militants antiracistes, mais le contrôle au faciès, les discriminations. Mon point de vue est de refuser toutes les assignations. Il y a une difficulté à ce que des catégories qui sont au départ des catégories d’oppression deviennent des catégories d’émancipation. Pour autant, je me dis facilement noire. C’est un paradoxe. Mais je considère que personne n’a à me dire si j’ai le droit de le faire, et je ne donne de gages d’authenticité à personne. Je n’ai pas envie d’être enfermée dans le panafricanisme, mais ce courant nourrit des discussions politiques importantes à observer et à entendre. Au final, je prends le risque de me faire taper des deux côtés. Mais la galaxie antiraciste n’est pas monolithique. Ce livre est ma contribution.

    

Crédits : DR


Une famille française. Des Antilles à Dunkerque en passant par l’Algérie, d’Audrey Célestine, éd. Textuel/Petite encyclopédie critique, 160 pages, 15,90 euros.


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Auteur d’une œuvre pleine d’énergie et diverse – avec toujours la poésie trônant en majesté –, l’écrivain prolifique est mort mercredi à l’âge de 104 ans
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L’écrivain et poète Georges-Emmanuel Clancier est mort

Auteur d’une œuvre pleine d’énergie et diverse – avec toujours la poésie trônant en majesté –, l’écrivain prolifique est mort mercredi à l’âge de 104 ans



Le Monde
 |    04.07.2018 à 14h06
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 16h04
    |

                            Patrick Kéchichian








                        



                                


                            

C’est à l’âge de 104 ans que Georges-Emmanuel Clancier vient de mourir, mercredi 4 juillet. Son sourire plein de malice, lui, n’avait pas vieilli. Il manifestait toujours la même générosité, le même bonheur de partager des idées, des enthousiasmes. Ayant atteint depuis longtemps l’âge où il aurait pu prétendre à ce rôle, Georges-Emmanuel Clancier, écrivain prolifique, ne posait pas en vieux sage. « La vie parle si fort que je ne puis me taire », avait-il décrété une fois pour toutes.
D’une telle perception de l’existence et du monde naquit une œuvre pleine d’énergie et diverse – avec toujours la poésie trônant en majesté. Cette poésie qui demeurait à ses yeux « le seul chant sacré permis à l’homme moderne, et sans lequel celui-ci était condamné à perdre son existence et son humanité ».
Né à Limoges le 3 mai 1914, Georges-Emmanuel Clancier est le fils d’une famille d’artisans porcelainiers. La maladie l’oblige à interrompre ses études en classe de philosophie. Adolescent, il découvre la poésie moderne et, dans les années 1930, commence à publier, notamment dans Les Cahiers du Sud. En 1939, il est à Paris, où sa femme, Anne, prépare l’internat de psychiatrie (elle deviendra psychanalyste).
La période de la guerre
De retour en Limousin en 1940, il reprend des études de lettres. Pèlerinage littéraire et initiatique à Carcassonne auprès de Joë Bousquet. « GEC », comme l’appellent ses amis, s’investit, à partir de juillet 1940, dans l’aventure de la revue Fontaine dirigée depuis Alger par Max-Pol Fouchet. En septembre 1941, il participe à la rencontre de Lourmarin, moment-clé de la résistance intellectuelle en France. « La guerre la guerre faite à l’homme/Par la bête à tête d’homme… », marquera profondément l’écrivain et le résistant. « Notre jeunesse, écrit-il, s’est heurtée aux ténèbres effroyables, à la négation la plus horrible, la plus totale de l’homme que l’histoire ait...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ L’auteur de best-sellers prend soin de ses lecteurs, qui le lui rendent bien. A l’occasion de la sortie de son livre « Une fille comme elle », il a fait un détour par la préfecture d’Indre-et-Loire pour une séance de dédicaces. Et de photos au smartphone.
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A Tours, selfies et rillettes pour Marc Levy


                      L’auteur de best-sellers prend soin de ses lecteurs, qui le lui rendent bien. A l’occasion de la sortie de son livre « Une fille comme elle », il a fait un détour par la préfecture d’Indre-et-Loire pour une séance de dédicaces. Et de photos au smartphone.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 12h15
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            Frédéric Potet








   


Avec plus de 40 millions d’exemplaires vendus dans 49 langues, Marc Levy serait « l’écrivain français contemporain le plus lu dans le monde », d’après son éditeur, Robert Laffont. Quarante millions de livres, c’est beaucoup : l’équivalent d’une pile de mille kilomètres de haut. Aussi « bankable » soit-il, Marc Levy n’en sacrifie pas moins au rituel de tout romancier : la séance de dédicaces. L’auteur âgé de 56 ans en effectue entre vingt-cinq et trente à chaque fois qu’il publie un nouveau livre, comme actuellement avec Une fille comme elle (384 p., 21,50 €), une comédie sociale se déroulant à New York, la ville où il a élu résidence voilà dix ans.
Un petit mot « toujours personnalisé »
A Tours (Indre-et-Loire), ce jour-là, une centaine de personnes font la queue dans la principale librairie de la ville, La Boîte à livres. Quasiment toutes sont des femmes ; la faute au Mondial. « Il y a plus d’hommes quand il n’y a pas de foot à la télé », explique l’écrivain, arrivé par le TGV de 15 h 08 et bientôt reparti par celui de 17 h 20. Une table a été dressée mais Marc Levy la néglige, préférant signer debout, accoudé au comptoir du salon de thé : « Par respect pour la dernière personne qui aura attendu deux heures dans la file d’attente, dit-il. Et puis, je n’ai pas envie de recevoir les gens comme chez le médecin. »

   


Dix-huit années de signatures ont rodé l’ancien architecte, qui ne se déplace jamais sans un feutre jetable de marque Pilot convenant bien à sa main. Le ton est donné par l’une des premières arrivées qui, tout de go, confie avoir arrêté de fumer en dévorant ses romans. Une autre, peu après, racontera l’effet régénérant produit par la lecture d’un de ses ouvrages sur le moral d’une amie hospitalisée auprès de son bébé prématuré. Sur la page de garde, l’écriture se fait vive, nerveuse, élégante. Le petit mot, lui, est « toujours personnalisé », assure le stakhanoviste de l’exergue.
« Pour mon petit homme et merveilleux mari. Pour la vie », articule une lectrice. « Je veux bien écrire cela mais votre mari va penser que c’est moi qui dis ça… », hasarde l’écrivain.
Commence alors, en parallèle, une autre séance dans la séance : le selfie. L’écrivain a pris l’habitude d’empoigner lui-même l’appareil de ses fans, avant de déclencher la photo, bras tendu, d’un petit coup de doigt alerte. Pas un modèle de smartphone ne résiste à son expertise. « Il m’arrive quand même parfois de ne pas trouver la touche reverse [qui inverse la prise de vue] », s’excuse-t-il. Plusieurs visiteuses lui demandent l’autorisation de l’embrasser, voire de le prendre par la taille sur la photo. Une dame lui offre un pot de rillettes (une spécialité tourangelle) ; une autre, des albums pour son dernier enfant, âgé de deux ans. « Je ne suis pas venue pour la dédicace, mais pour vous dire le bonheur qu’il y a à vous lire », résume une groupie.

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Régulièrement rudoyé par la critique, l’auteur de Et si c’était vrai (2000), son premier roman, se fait tout miel avec son lectorat. On lui réclame maintenant une phrase sur une carte d’anniversaire, puis une autre sur un bristol destiné à une amie qui se marie le jour même. On lui dicte carrément des messages – parfois sibyllins comme celui-ci : « A Françoise, amie fidèle des salons de décoration et des idées créatives. » Des mots d’amour aussi : « Pour mon petit homme et merveilleux mari. Pour la vie », articule une lectrice. « Je veux bien écrire cela mais votre mari va penser que c’est moi qui dis ça… », hasarde le romancier, promu soudainement écrivain public.

   


Dans sa bibliothèque, Marc Levy possède, lui aussi, des ouvrages dédicacés par ses romanciers préférés, comme Armistead Maupin, l’auteur des Chroniques de San Francisco – un cadeau de sa femme pour son anniversaire. « Je comprends très bien le lien qu’un lecteur peut nouer avec un écrivain », confesse-t-il avant de se faire aborder par une dernière admiratrice ayant justement un conseil essentiel à lui demander : le choix d’une race de chien à adopter. Marc Levy, il est vrai, est aussi propriétaire d’un golden retriever.

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« Une fille comme elle », par Marc Levy, Robert Laffont, 384 pages.



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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ Il est l’un des fondateurs de la géopolitique moderne. A 88 ans, il publie ses Mémoires, « Aventures d’un géographe ». Points cardinaux.
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Les territoires d’Yves Lacoste, géopolitologue

Il est l’un des fondateurs de la géopolitique moderne. A 88 ans, il publie ses Mémoires, « Aventures d’un géographe ». Points cardinaux.



Le Monde
 |    01.07.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
02.07.2018 à 08h49
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                            Florent Georgesco








                        



                                


                            

Yves Lacoste montre à son interlocuteur, par une fenêtre, le paysage qui s’étend au pied de son immeuble de Bourg-la-Reine (Hauts-de-Seine), les pavillons, les pelouses, les arbres, quelques immeubles épars et, plus loin, les cités de Bagneux, la colline qui bouche la vue sur Paris, niché juste derrière. Il avait 10 ans en 1939 quand sa famille, quittant le Maroc, où il est né, s’est installée dans cet appartement, qu’il n’a plus quitté depuis. Près de quatre-vingts ans ont passé. « C’étaient des jardins ici, explique-t-il. Et, au fond, à part ce grand immeuble sur la colline, il n’y avait que des vignes. Au-dessous, c’étaient des carrières, on ne pouvait pas construire. » Huit décennies se bousculent en contrebas. Le paysage remue. Des villes poussent à toute vitesse. L’observateur reste à sa fenêtre, raconte les métamorphoses.
Mais, à force d’observer, il arrive qu’on descende, qu’on aille voir de plus près, qu’on se mêle à la vie, au « drame », comme il aime dire. Reçu premier, au début des années 1950, à l’agrégation de géographie, il a vite eu peur de s’ennuyer. « J’ai choisi la géographie par défaut, s’amuse-t-il. J’avais trop négligé les maths pour faire de la géologie, qui m’intéressait plus. C’était le métier de mon père, il m’y avait initié. »
Surtout, la géographie est alors « une science de perroquet », figée dans l’héritage de Paul ­Vidal de la Blache (1845-1918), bornée par la sentence du vieux maître : « La géographie est science des lieux, et non des hommes. » Il s’agit de la « bousculer », de l’entraîner dans le flux du contemporain. C’est cet affrontement avec les pesanteurs du passé, ce long chemin vers le monde réel, que raconte Aventures d’un géographe, ses Mémoires, qui viennent de paraître.
Guerre
1976 restera, dans l’aventure d’Yves Lacoste, comme l’année décisive. Deux événements se produisent, dont les conséquences durent encore :...




                        

                        

