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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Malgré sa suspension, le directeur du service des sports du groupe Canal+ assure au « Monde » que la chaîne continuera de diffuser les prochains combats du boxeur.
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Boxe : Canal+ reste « aux côtés » de Tony Yoka

Malgré sa suspension, le directeur du service des sports du groupe Canal+ assure au « Monde » que la chaîne continuera de diffuser les prochains combats du boxeur.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 19h42
    |

            Mustapha Kessous








                        



   


Il se dit « triste ». Thierry Cheleman, le directeur du service des sports du groupe Canal+, assure au Monde « avoir de la peine » pour le boxeur Tony Yoka, qui a été condamné, jeudi 5 juillet, à une suspension d’un an ferme par l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), pour avoir manqué trois contrôles inopinés en moins de douze mois. Depuis le 2 juin 2017, la chaîne cryptée retransmet les combats du poids lourd, titré aux Jeux de Rio, qui doivent le mener, en moins de quatre ans, selon lui, au titre mondial. Mais « La conquête », comme elle est scénarisée par Canal+, vient subitement de s’arrêter.

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                Boxe : Tony Yoka suspendu un an ferme pour ses infractions aux règles antidopage



« Pour l’avoir vu lors de ses entraînements à San Francisco, je sais les efforts considérables qu’il fait pour atteindre son objectif, celui d’être champion du monde, explique M. Cheleman. C’est un coup de frein à sa carrière pour des négligences administratives. Mais le professionnalisme passe aussi par l’administratif. » Mais pas question pour autant de tourner le dos au champion olympique. « Canal » ne croît pas que son jeune prodige de 26 ans se soit dopé et affirme clairement un soutien sans faille au boxeur. « Le groupe est à ses côtés lors des victoires, et dans des moments difficiles, aussi, informe-t-il. Je suis convaincu qu’il reviendra plus fort. » Il n’est pas prévu de diffuser des combats de Yoka si ce dernier devait boxer à l’étranger, notamment aux Etats-Unis, pour éventuellement contourner sa suspension. « Ce n’est pas dans ses attentions », précise Thierry Cheleman.
« Le prochain combat de Tony Yoka sera sur Canal+ »
Ainsi, il n’y a aucune raison, pour le patron des sports, de casser le contrat avec le professionnel même après une lourde condamnation pour dopage. « Le prochain combat de Tony Yoka sera sur Canal+, fût-il dans un an », affirme-t-il. Avec Yoka, Canal+ a souhaité faire renaître la boxe en France, qui n’intéressait plus aucun diffuseur et voulait faire de cette discipline « un des points de développement » du groupe comme le sont déjà le Top 14 et la formule 1. Pour cela, la chaîne cryptée n’a pas lésiné sur les moyens. Signer avec la star montante des rings était vital : la chaîne de Vincent Bolloré avait réussi à chiper la nouvelle star des athlètes tricolores à SFR Sport en surenchérissant, selon nos informations, de quelque 1,5 million d’euros sur l’offre initiale déjà conséquente (1 million d’euros à la signature du contrat et 250 000 euros par combat).
Canal+ va devoir se passer de quatre réunions de boxe et de sa tête de gondole qui attire, un soir de gala, plus de 400 000 téléspectateurs « Rien n’est encore fixé », dit son patron des sports en cherchant à rassurer. Quoi qu’il en soit, c’est un nouveau coup dur pour la chaîne, qui n’a pas encore digéré la perte des droits du champion de France de football. « Ne vous inquiétez pas, sourit Thierry Cheleman, nous sommes costauds. »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ A voir ce soir. Une websérie documentaire démystifie la restauration rapide et en décrypte ses codes (sur Arte.tv à la demande).
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TV – « Fast and good, la révolution street food »

A voir ce soir. Une websérie documentaire démystifie la restauration rapide et en décrypte ses codes (sur Arte.tv à la demande).



Le Monde
 |    05.07.2018 à 17h45
    |

            Mustapha Kessous








                        


Websérie sur Arte.tv à la demande

Cette année, le Big Mac, le plus célèbre casse-croûte de McDonald’s, fête ses 50 ans. Mais le fast-food ne se résume pas à des multinationales qui ont vite compris que le monde est aussi rond qu’un pain à burger. Désormais, la restauration rapide ne rime plus forcément avec malbouffe, bien au contraire. Depuis quelques années déjà, des chefs cherchent à se réapproprier une cuisine plus proche des gens, saine et bon marché, en s’installant, notamment, sur les trottoirs des grandes villes.
Contrairement aux idées reçues, la « street food » peut offrir un moment savoureux qui n’a rien à envier à la haute gastronomie. C’est même une philosophie qui a comme vertu d’élever la cuisine de rue au rang d’art accessible au plus grand nombre. La websérie Fast and good (« rapide et bon ») s’attache, avec malice, à démystifier la restauration rapide. « Il est désormais possible de déguster un taco à Copenhague aussi bon qu’à Mexico », expliquent les auteurs.
Montage ultravitaminé
La série, diffusée sur le site de la chaîne Arte, donne la parole à des chefs américains ou français et à des critiques gastronomiques qui aident à décrypter les codes culinaires et culturels de la street food. Ces sept épisodes (de six minutes chacun) au montage ultravitaminé montrent des cuisiniers qui, « dans la rue et face à leurs clients, s’affranchissent de plus en plus de la pression et du cérémonial rigide des grands restaurants pour proposer des recettes qui parlent à tous », commentent les auteurs.
Le but, pour eux, est de proposer les meilleures pizzas, nouilles ou autres hamburgers, élaborés avec des ingrédients de grande qualité. Car même les plats les plus simples en apparence sont extrêmement travaillés.
Mais tout n’est pas rose dans la street food : des critiques regrettent que les cuisiniers ne s’intéressent pas assez aux recettes traditionnelles françaises, comme la quiche lorraine ou le jambon-beurre, les délaissant au profit des burgers ou des brownies.
Fast and good, la révolution street food, de Nanda Fernandez Brédillard (Fr, 2018, 7x6 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ A écouter. Matthieu Garrigou-Lagrange consacre quatre émissions à l’étude des « Soprano » et de « Six Feet Under » (sur France Culture à la demande).
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« La Compagnie des auteurs » se penche sur les séries télévisées

A écouter. Matthieu Garrigou-Lagrange consacre quatre émissions à l’étude des « Soprano » et de « Six Feet Under » (sur France Culture à la demande).



Le Monde
 |    05.07.2018 à 17h30
    |

                            Martine Delahaye








                        


Podcast sur France Culture

   


France Culture nous invite à nous replonger cet été dans deux séries qui signèrent un nouvel âge d’or de la fiction télévisée, à la fin des années 1990 : Les Soprano (1999-2007) et Six Feet Under (2001-2005). Pour procéder à l’archéologie de ces deux grandes œuvres, Matthieu Garrigou-Lagrange, producteur de l’émission quotidienne « La Compagnie des auteurs », y a consacré quatre émissions, du 11 au 14 juin, disponibles sur le site de la station.
De ces deux séries la plus populaire fut sans conteste Les Soprano. Sans revenir sur l’analyse fouillée qu’en font deux spécialistes, Florent Loulendo (coauteur, avec Frédéric Foubert, de Les Soprano. Une Amérique désenchantée, PUF, 2017) et Emmanuel Burdeau (La Passion de Tony ­Soprano, Capricci, 2010), rappelons le projet en forme de comédie politique qui fut celui de son créateur, l’Italo-Américain David Chase. « Le cœur de l’histoire devait être le fils, la mère et le psychiatre. Une fois que j’ai eu cette base, je me suis dit, “OK, on va faire une histoire de Mafia”. L’ironie capitale de cette histoire devait être que l’Amérique est devenue si sauvage, si extrêmement égoïste, que même un mafieux ne peut le supporter. Ce qui le contrarie tellement qu’il doit aller chez un psy. »Le projet de David Chase repose en fait sur sa vision pessimiste des Etats-Unis : « Tony fait pourtant partie des gens qui ont inventé l’égoïsme et inventé le “moi d’abord”. Mais maintenant, il ne peut plus le supporter parce que le reste du pays a surpassé ça. Voilà la blague originelle, l’ironie ­absurde que l’on voulait donner à la série. »
Toutes les classes sociales
Si la dépression hante Tony ­Soprano, la famille Fisher, pour sa part, dans Six Feet Under, recherche la formule du « bien faire » et du « bien vivre », une forme de perfectionnisme moral. Le père Fisher mourant dès les premières images, la série va suivre une famille – sa femme et ses trois enfants − dont chaque individu n’aurait jamais pu évoluer de cette manière sous l’ère du « patriarcat » : chacun doit désormais apprendre à se déterminer par lui-même tout en gérant l’héritage, à savoir l’entreprise familiale de pompes funèbres.

   


Est-ce parce qu’elle s’attache à la quotidienneté de croque-morts, alors qu’elle traite en réalité de la vie, que cette série n’a jamais connu un succès populaire ? En cette fin des années 1990, commente l’écrivain et philosophe Tristan Garcia – auteur de Six Feet Under : nos vies sans destin (PUF, 2012) –, c’est en tout cas la première fois qu’une série s’attache à des personnages de la classe moyenne que l’on voit bel et bien au travail, leur pratique consistant, en l’occurrence, à « faire en sorte que les morts gardent la face ». Ce qui permet à Alan Ball, le créateur de Six Feet Under, de faire défiler chez eux toutes les classes sociales, tous les âges, toutes les origines et les genres, etc.
La société vient donc solliciter les Fisher, mais l’actualité ne traverse pas le quotidien de ces croque-morts. Six Feet Under révèle au contraire le rêve des classes moyennes de se fabriquer un havre de paix à l’écart des vicissitudes de la grande histoire : pour ses personnages un peu perdus, « il s’agit plutôt, commente Tristan Garcia, de construire un foyer où l’on échapperait à la violence du monde, et même de rechercher une possible transcendance dans le savoir, l’art ou la religion, selon la personnalité de chacun. »
« La Compagnie des auteurs », Séries télévisées, en replay sur le site de France Culture.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ La chanteuse franco-béninoise sort également un album aussi brillant que surprenant, « Remain In Light ».
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤                     
                                                

L’hyperactive Angélique Kidjo parcourt les festivals d’été

La chanteuse franco-béninoise sort également un album aussi brillant que surprenant, « Remain In Light ».



Le Monde
 |    05.07.2018 à 17h22
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 17h48
    |

                            Patrick Labesse








                        



   


Elle court, elle court, Angélique Kidjo. Difficile de la suivre, impossible de lui échapper. La chanteuse franco-béninoise, installée depuis 1997 à New York, après la France où elle est arrivée en 1983, tourne sur les plateaux télé, les chaînes de radio, les réseaux sociaux… Elle vient de sortir, le 8 juin en numérique, un album aussi brillant que surprenant, produit par Jeff Bhasker (Rihanna, Kanye West, Harry Styles, Bruno Mars, Drake et Jay-Z) : une relecture du cultissime Remain In Light des Talking Heads (1980), adoubée par David Byrne, qui l’a rejointe sur scène au Carnegie Hall à New York, quand la chanteuse l’a présentée la première fois, le 5 mai 2017.

        Lire la critique :
         

          Les figures sonores de David Byrne



Cet été, elle se produit sur les scènes des festivals avec trois projets différents, dont deux créations : Queen of Sheba, avec Ibrahim Maalouf, le 9 juillet à Jazz à Vienne, et un concert en trio acoustique dans lequel elle déroule en musique le fil de sa vie, racontée dans son autobiographie La voix est le miroir de l’âme – Mémoires d’une diva engagée (Fayard, 2017). Dispersée, Madame Kidjo ? La question l’amuse. « Il faut savoir se diversifier, car le marché est un peu compliqué. » Après le clin d’œil ironique, la vraie raison fuse : des envies à la folie. « Il faut les laisser vivre et, si elles arrivent en même temps, je vois ce qui me semble faisable et les autres, j’essaie de mettre le couvercle dessus. Mais elles reviennent tout le temps, tournent dans ma tête. »

        Lire l’entretien avec Angélique Kidjo :
         

          « Toute ma vie, j’ai associé la musique avec l’émancipation des femmes »




La discipline
Comme cette idée, par exemple, de reprendre Sinatra, accompagnée par un big band de jazz. « Je ne peux pas maintenant, mais je le ferai. Je n’aime pas m’ennuyer et j’ai un répertoire assez vaste pour faire des concerts différents chaque soir. » Chiche ? Elle exagère à peine. Outre les deux créations qu’elle présente au public français cet été, en juillet elle reprendra au festival Tempo Latino, à Vic-Fesenzac (Gers), l’hommage à Celia Cruz qu’elle avait donné (avec un casting différent) à la Philharmonie, à Paris, en 2017.
Pour mener de front différents projets, quelques règles s’imposent : la discipline, insiste la chanteuse. Et ne pas oublier d’où l’on vient, rester à l’écoute des valeurs et proverbes avec lesquels on a grandi, tel que celui-ci : « La parole est comme un œuf ; une fois qu’elle se casse, on ne peut pas la recoller. » Un avertissement en or pour quelqu’un chez qui il ne peut y avoir d’échanges et de débats sans passion.

        Lire l’entretien avec Angélique Kidjo :
         

          « Moi, je crée des passerelles »



Concerts : Angélique Kidjo & Ibrahim Maalouf : Queen of Sheba le 9 juillet (20 h 30), avec l’Orchestre des Pays de Savoie, à Jazz à Vienne (Vienne) ; et le 20 juillet (20 h 30), avec l’Orchestre Cannes Provence-Alpes-Côte d’Azur, à Jazz à Juan, à Juan-les-Pins (Alpes-Maritimes) ; Angélique Kidjo en trio acoustique (avec Magatte Sow, percussions et Dominic James (Kanza), guitare) le 11 juillet (21 h 30) aux Suds à Arles (Bouches-du-Rhône) ; Angelique Kidjo’s Tribute to Salsa le 26 juillet (23 heures) à Tempo Latino à Vic-Fezensac (Gers) ; Angélique Kidjo, Remain In Light, hommage aux Talking Heads, le 27 novembre (20 heures) au 106 à Rouen (Seine-Maritime).
Album : Remain In Light disponible sur iTunes/Spotify. Sortie physique en septembre (Caroline/Universal). www.kidjo.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Le groupe formé du chanteur américain Elias Wallace et du producteur danois Justmike est en tournée en France.
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Otis Stacks, un duo pas seulement soul

Le groupe formé du chanteur américain Elias Wallace et du producteur danois Justmike est en tournée en France.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 17h22
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 17h46
    |

                            Stéphanie Binet








                        



   


Le nom d’un groupe d’artistes n’est pas toujours révélateur de sa musique. Otis Stacks, actuellement en tournée en France dans plusieurs festivals de jazz, en est le meilleur exemple. Formé du rappeur et chanteur américain, Elias Wallace, et du producteur de musique danois, Justmike, ce duo a, en effet, voulu rendre hommage à l’icône soul des années 1960, Otis Redding, et à la maison de disques de Memphis, Stax, mais propose des chansons dont l’inspiration est bien plus récente.

Leur modèle, c’est le chanteur Frank Ocean, auteur en 2012 du sublime album Channel Orange, entre trip-hop et R&B, qui racontait dans ses textes son homosexualité ou se moquait des enfants de familles riches. Justmike et Elias Wallace sont alors tous deux membres du groupe danois Dafuniks. Leur hip-hop festif et funk ne convient plus aux deux musiciens qui rêvent de compositions originales et d’authenticité : « L’album de Frank Ocean a été un déclic, explique le chanteur américain, nous l’écoutions en boucle et Justmike, qui m’avait recruté comme rappeur au sein de Dafuniks, s’est mis à me proposer des compositions au tempo plus lent. Après avoir quitté notre groupe, nous nous sommes enfermés cinq jours en studio à Copenhague et nous avons enregistré neuf morceaux ».
Sujets sérieux
Dans Fashion Drunk, Little Pretty ou Never Stop, le chanteur laisse traîner sa voix blues sur des sujets aussi sérieux que l’éducation de sa fille aînée ou sa foi inconditionnelle en la justice sociale. Ce sont d’ailleurs la personnalité et le parcours atypique d’Elias Wallace qui apportent un grain particulier aux productions dans l’air du temps du Danois.

Le chanteur a grandi à Pasadena, en banlieue est de Los Angeles et l’avoue sans rougir : « Mon père était un dealer de drogue. J’ai grandi à cette époque, dans les années 1980 où il y avait énormément de violence à cause des trafics et de l’activité des gangs. Quand mon père est devenu chrétien, il a arrêté de dealer et s’est mis à faire trois à quatre jobs pour payer les factures. Comme on était pauvre, on habitait dans un quartier afro-américain. » Comme tous ses voisins noirs, Elias fréquente l’église, et participe à la chorale gospel.
Elias Wallace, chanteur : « Il suffit de changer le destin d’une personne dans une famille pour rompre le cycle de misère et de violence »
A l’adolescence, là encore par mimétisme, il se met à écouter du rap : NWA, Too Short « mais mes préférés, précise-t-il, ce sont les New-Yorkais, A Tribe Called Quest, très mélodique, plus jazzy ». A la maison, son père écoute du rock avec des influences blues : Led Zeppelin, The Doors… « Tout cela, avec la chorale gospel le week-end, a façonné ma voix », conclut-il.
Malgré un don certain, Wallace ne veut pas pour autant devenir rappeur ou chanteur tout de suite. Il s’accroche à ses études dans le Middle West. Il rêve de devenir directeur d’un programme social dans son quartier. Il sera finalement professeur à San Bernardino dans une autre communauté pauvre en périphérie de Los Angeles : « J’en ai eu l’exemple avec mon père : il suffit de changer le destin d’une personne dans une famille pour rompre le cycle de misère et de violence. Alors je me suis dit qu’en enseignant, je pouvais changer toute une génération. Ma musique, c’est pareil, je ne la conçois que si elle apporte du réconfort à ceux qui m’écoutent. »

Fashion Drunk, 1 CD Underdog Records. www.otisstacks.com
En concert le 5 juillet à Cognac (Charente), le 6 juillet à Segré (Maine-et-Loire) et le 10 juillet à Autrans (Isère). www.facebook.com/pg/weareotisstacks



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Des personnalités du monde de la culture, de la classe politique ou de la communauté juive ont rendu hommage au cinéaste et écrivain Claude Lanzmann, mort jeudi.
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Mort de Lanzmann : pluie d’hommages à l’« infatigable passeur de mémoire », au « cinéaste immense »

Des personnalités du monde de la culture, de la classe politique ou de la communauté juive ont rendu hommage au cinéaste et écrivain Claude Lanzmann, mort jeudi.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 16h15
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 18h15
   





                        



   


De nombreuses personnalités du monde de la culture, de la classe politique ou de la communauté juive ont rendu hommage au cinéaste et écrivain Claude Lanzmann, réalisateur de Shoah – qui sera diffusé samedi à 20 h 50 par Arte – et combattant de la mémoire du génocide des juifs, mort jeudi 5 juillet à 92 ans.

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Le réseau social Twitter bruissait de toutes parts. Françoise Nyssen, ministre de la culture, y évoque celui qui « a imposé les images contre l’oubli, l’Art contre les négationnistes. Il était ce Grand Homme qui, avec Shoah, a contribué à construire avec justesse notre mémoire collective. »
« C’est une de ces œuvres qui vous marquent à vie. C’est l’un des plus grands films relatant l’horreur de la Shoah. Avec toute son humanité, Claude Lanzmann était parvenu à représenter l’inhumanité », a estimé de son côté Christophe Castaner, secrétaire d’Etat chargé des relations avec le Parlement.
Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, a qualifié le cinéaste d’« infatigable passeur de mémoire ». 

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« Le devoir de mémoire demeure »
« Claude Lanzmann nous a quittés mais son œuvre et le devoir de mémoire demeurent. Il y a trente-trois ans, son film Shoah nous a ouvert les yeux. Le meilleur hommage qu’on puisse lui rendre est de les garder ouverts », a jugé pour sa part Laurent Wauquiez, président des Républicains.
Anne Hidalgo, maire de Paris, salue un « homme courageux, exigeant et déterminé, véritable conscience qui a levé le voile qui occultait ce qu’il a contribué à nommer Shoah ».
« Il y a vingt-cinq ans, avec Claude Lanzmann », se remémore François Bayrou, le président du Modem, « premier voyage à Auschwitz comme ministre de l’éducation. Nous ne nous sommes jamais rencontrés depuis sans évoquer cette émotion. Il vivait pour nous l’histoire de la Shoah. Que la terre lui soit légère ! »
« Claude Lanzmann restera éternellement dans nos esprits. Sa fougue, son enthousiasme permanent, sa puissance pour bousculer les conservatismes, balayer les scepticismes étaient tels que comme un roc, il tenait, haut et fort, ses convictions et savait les faire partager. Sa parole et ses combats inspireront encore longtemps », a déclaré dans un communiqué Jack Lang, ancien ministre socialiste de la culture et de l’éducation nationale.
Sur Twitter, Manuel Valls, ancien premier ministre socialiste se dit « si triste d’apprendre la mort de Claude Lanzmann, un ami cher, une personnalité unique, une vie incroyable ».

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« Un grand bonhomme, un vrai Mensch »
« C’était un valeureux. Un cinéaste immense. Et un homme bon. Je ne me pardonne pas nos brouilles. Je chéris, comme un trésor, les beaux moments vécus ensemble », écrit Bernard-Henri Lévy, écrivain et philosophe avec lequel Claude Lanzmann s’était fâché au moment de l’épisode libyen.
« Je le croyais immortel, écrit le réalisateur Serge Moati. Son œuvre l’est. (…) Il avait su regarder en premier, ce combattant à la caméra, la mort en face. Un monument. Un terrible chef d’œuvre. Adieu au héros. »
Antoine Gallimard, patron des éditions Gallimard, a rendu hommange à un « homme remarquable, au grand tempérament, engagé pleinement dans les luttes sociales et politiques de son temps ».

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Haïm Korsia, grand rabbin de France, rend « hommage à (…) cet homme incroyable qui a offert au monde le mot Shoah pour dire l’indicible. »
Ariel Goldmann, président de la Fondation du judaïsme français, salue « un grand bonhomme, un vrai Mensch (homme) qui ne transigeait pas avec la Vérité ! » « Un géant nous quitte », qui « a marqué les siècles et l’Histoire du peuple juif avec ses œuvres Shoah et Tsahal. »
Dans un communiqué, l’Union des étudiants juifs de France a estimé qu’« au cours de sa vie, Claude Lanzmann a inspiré des générations de militants par des combats d’une actualité brûlante. Son œuvre Shoah a inscrit la mémoire de la déportation et de l’extermination de six millions de juifs d’Europe dans l’histoire européenne ».




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ La 3e édition du festival international d’architecture intérieure donne à voir le travail de du français Pierre Yovanovitch, architecte et décorateur très apprécié des collectionneurs d’art.
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Design Parade Toulon : sur les traces de la mystérieuse Mlle Oops


                      La 3e édition du festival international d’architecture intérieure donne à voir le travail de du français Pierre Yovanovitch, architecte et décorateur très apprécié des collectionneurs d’art.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 16h10
    |

            Véronique Lorelle








   


C’est dans l’ancien palais épiscopal de Toulon, un bâtiment datant du XVIIIe siècle, que se tient, jusqu’à la fin de l’été, la 3e édition du festival international d’architecture intérieure organisé par la Villa Noailles. Une aile du bâtiment donne à voir le travail de dix jeunes talents, finalistes du prix Design Parade Toulon : chaque compétiteur s’est vu allouer un espace où donner sa vision d’une « pièce à vivre méditerranéenne ».
Dans une autre aile se tient l’exposition « L’érotomanie de Mlle Oops » signée par le président du jury 2018, l’architecte d’intérieur français Pierre Yovanovitch. L’occasion est unique de voir le travail de ce décorateur, adulé par les collectionneurs d’art et autres clients fortunés. C’est d’ailleurs lui qui a décoré les appartements privés d’Edouard Carmignac au sein de la Fondation du même nom, lieu d’art contemporain qui a ouvert ses portes le 2 juin à Porquerolles.

   


A Toulon, dans l’ancien évêché, Pierre Yovanovitch ne s’est donc pas contenté de poser les meubles aux formes rondes de sa collection Oops (2017), qui ont inspiré le titre de son exposition. Il a reconfiguré l’espace dont le décor intérieur avait disparu depuis des lustres, montant des cloisons, créant une bibliothèque ou une cheminée. Surtout, il a parsemé l’endroit d’œuvres prêtées par le FRAC, des galeristes parisiens (Downtown, Perrotin…) ou des privés. Le tout se visite sur les traces d’un personnage fictif, « Mlle Oops ». « Je souhaite que le public se projette dans cet appartement, s’identifie à mon héroïne et se forge un goût pour l’art contemporain qui s’apprend aussi sur le terrain », explique Pierre Yovanovitch qui, en bon Niçois de naissance, a peint les pièces aux couleurs de la Provence, de jaune, vert ou rouge brique.
Des objets d’art pour indices
Dans la salle à manger, le bahut de Charlotte Perriand et Pierre Jeanneret (1947) semble avoir toujours trôné là, près d’une longue table XXL réalisée en panneaux de MDF badigeonnés d’un enduit sang-de-bœuf. Dans la chambre, les chevets de Choï Byung Hoon (2007) entourent un lit dont la tête a été brodée par les artisans de Lesage intérieurs, tel un bel œil vert anis… « J’ai acheté des objets à la brocante, créé d’autres ex-nihilo comme la grande table ou ces assiettes en terre mêlée… et mélangé cela avec des pièces d’une grande valeur. Je veux me débarrasser d’une image de l’archi intérieure de papier glacé, un peu froide et ultra léchée », précise Pierre Yovanovitch, ancien assistant de Pierre Cardin et dans le top 100 des décorateurs internationaux, selon Architectural Digest USA.

   


Oiseaux mazoutés par Anthony Duchêne, sculpture noire The Queen de Klara Kristalova, ou toile de Claire Tabouret figurant deux femmes qui s’embrassent : des objets d’art, un peu mystérieux, sont positionnés en majesté dans chaque pièce, servant d’indices pour cerner la personnalité de Mlle Oops. Du coup, le travail de l’architecte d’intérieur s’efface derrière ces œuvres. « Mais c’est moi qui tire le fil de l’histoire, s’amuse Pierre Yovanovitch, qui souhaiterait devenir scénariste. Un projet est réussi quand on n’imagine pas que l’architecte est intervenu au préalable. C’est un compliment pour moi quand on croit que l’espace était tel quel et que l’architecture d’intérieur dialogue avec l’art. » 

   


C’est donc, tout naturellement, pour avoir très bien tiré parti d’une surface ingrate – en forme de large couloir – que Kim Haddou et Florent Dufourcq ont remporté le grand prix Design Parade Toulon Van Cleef & Arpels, doté entre autres de 5 000 euros. Tous deux diplômés de l’école Camondo, à Paris, ils ont créé une bibliothèque creusée à même le mur, décorée d’un buste en plâtre d’Alexandre le Grand et de colonnes en zelliges roses, sur un sol en terre cuite de Salerno. Ex aequo, Antoine Chauvin (diplômé de l’ECAL à Lausanne) a fait une proposition radicalement différente, avec une bibliothèque bleue inspirée de la Corniche à Marseille, « ce formidable point de vue sur la mer ». Banc, lampadaire, plate-forme et roche ont été réinventés de façon à créer un intérieur modulable et zen.

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                La Design Parade Hyères fête l’utile et l’agréable



Design Parade Toulon, ancien évêché, 69, cours Lafayette, Toulon, expositions jusqu’au 30 septembre.



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Composée de 300 bénévoles, l’antenne associative reste un tremplin, à la fois pour les groupes musicaux indépendants mais aussi pour ses membres.
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Radio Campus Paris, vingt ans sur écoute

Composée de 300 bénévoles, l’antenne associative reste un tremplin, à la fois pour les groupes musicaux indépendants mais aussi pour ses membres.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 15h03
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 15h17
    |

                            Camille Langlade








                        



   


C’est l’effervescence ce vendredi 29 juin au Point Ephémère, sur le quai de Valmy, dans le 10e arrondissement de Paris. Les équipes parisiennes de Radio Campus préparent une soirée qui vient clôturer un mois de festivités pour célébrer les vingt ans de la station estudiantine créée en 1998. Un tohu-bohu effréné, mais joyeux.
« C’est l’apothéose d’une période riche », déclare Eve Guiraud, la chargée de communication de la plate-forme. Ces dix dernières années, Radio Campus Paris a vu ses effectifs augmenter pour atteindre plus de 300 bénévoles et cinq salariés. Une équipe éclectique, composée d’étudiants, d’amateurs et de professionnels se destinant, ou non, à la radio.
La station francilienne comptabilise aujourd’hui 70 000 auditeurs réguliers, entre 17 h 30 et 5 h 30 sur 93.9 FM, fréquence qu’elle partage avec Vivre FM. Le reste du temps, c’est sur internet que ça se passe. « On a pris le virage numérique dès le début », analyse Maxime Le Roch, responsable du développement de la station qui, à l’origine, était une webradio. L’émergence de sites de podcasts comme BoxSons ou Nouvelles Ecoutes ne l’inquiète pas : « Bien sûr c’est un débat au sein de nos équipes, mais on anime une antenne, c’est différent. » Eve Guiraud d’ajouter : « Nous sommes une radio traditionnelle et on y tient. La voix d’un animateur, la date, l’heure, ça peut faire vieillot mais ça relie l’auditeur à la radio. »
Du sérieux, mais pas trop
Musique, théâtre, gastronomie, voyage, société, sport ou science : la centaine d’émissions de la station ratisse large, mais toujours avec le même esprit. Autrement dit, « faire de la radio sérieusement sans se prendre au sérieux », résume Christophe Da Cunha, le directeur d’antenne. Les sujets sont traités avec rigueur, mais le ton, lui, reste décalé et la programmation libre. « Qu’on soit dans le social, l’actu ou le comique, la façon d’aborder les sujets reste homogène, il y a un côté ubuesque d’outsider assumé, remarque de son côté Thibaut. Imprimeur de profession, le jeune homme bricolait des podcasts chez lui, avant de rejoindre la radio pour animer La Ligue des albums incompris, une émission où il tente de réhabiliter des disques oubliés.
Radio Campus Paris demeure un tremplin, à la fois pour les groupes musicaux indépendants, mais aussi pour ses membres. Elle propose à ses bénévoles notamment des ateliers et des formations afin de leur apprendre les ficelles du métier. « Ici, on a énormément de créativité, de liberté et de responsabilité », résume Elsa Landard, rédactrice en chef. Cette diplômée d’école de journalisme a préféré les micros de la radio associative aux grosses chaînes du secteur. Ce soir-là, elle anime une émission de douze heures en continu, dans un studio improvisé pour l’occasion. Salariée depuis septembre 2014, elle quittera le navire à la fin de la saison : « On n’est pas très bien payé », confie-t-elle, avant de tempérer « les gens sont là par passion et se donnent à fond. » 

   


Fatiguée, elle souhaite « passer la main » à de nouvelles pousses, comme cela est de coutume à Radio Campus. Ce qui n’était pas prévu en revanche, c’est son non-remplacement. Une « mauvaise nouvelle » qui met à mal l’organisation et la gestion de « ce média à taille humaine ». Conséquence plus ou moins directe de la baisse des contrats aidés voulue par le gouvernement. Pour autant, l’avenir de la station n’inquiète pas Eve Guiraud : « Si la radio a tenu dix ans, elle pourra faire dix ans de plus. »
Ce ne sont pas les « anciens » de la maison qui diront le contraire, dont certains sont venus fêter les vingt bougies de la station. Selon eux, rien n’a changé – ou presque : « L’esprit est resté le même : c’est la radio du campus mais aussi le campus de la radio », témoigne Alice, 40 ans, salariée en 1998. Elle se félicite que la structure ait gardé son côté défricheur de talents. « Radio campus a permis de faire émerger des talents, comme déjà à l’époque Radio Nova », corrobore Emily, 42 ans, qui collabore depuis quinze ans avec la station étudiante. Petite nouveauté cependant : la rotation entre les membres est beaucoup plus fréquente aujourd’hui selon elle.
Si Radio Campus Paris semble constituer une grande famille, la station appartient d’abord à ses auditeurs, avant d’être associée à telle ou telle personnalité. Précisément, la rotation permet de préserver cet esprit.
Depuis le 2 juillet, la chaîne est passée en mode estival, avec une grille allégée qui permet de tester de nouvelles émissions. Une période d’expérimentation pour de nouvelles voix, avec à la clé, qui sait, une diffusion à la rentrée.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Le « plus petit des grands festivals » quitte son île d’origine pour prendre ses aises dans le parc du château.
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Le Festival Django Reinhardt, de Samois-sur-Seine à Fontainebleau

Le « plus petit des grands festivals » quitte son île d’origine pour prendre ses aises dans le parc du château.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 14h54
    |

                            Francis Marmande (Samois-sur-Seine (Seine-et-Marne)








                        



   


Samois-sur-Seine, samedi 30 juin, prélude au Festival Django Reinhardt, 50e édition : en coin de terrasse où l’on se sustente d’andouillettes et de merguez, guitaristes, contrebassistes et violons se relaient à l’amiable. Il suffit d’entendre Nuages amorcé, ce n’est ni fréquent ni évident, par le contrebassiste, pour se dire que tout est possible. Devant France-Argentine, regardé au bistrot du village, on apprendra qu’il s’appelle Tristan Larrieu. Ni site Internet, ni « carrière », il ne joue que pour le plaisir.
La musique de Django est un lexique, une syntaxe, un répertoire… Elle est surtout forme ouverte, œuvre ouverte, « philosophie musicale » que son petit-fils, David, né en 1986, guitariste, fils de Babik (1944–2001), qualifie avec netteté : « Cultiver sa propre sonorité, ses propres compositions, et garder les yeux ou plutôt les oreilles sur ce qu’il se passe de plus novateur dans la musique contemporaine, sans regarder en arrière… »
Naguine, femme de Django Reinhardt : « Dans le mouvement des arbres et de l’eau, il voyait de la musique »
Texte de présentation d’un coffret, The Ultimate Django, le dernier Django (1951-53), que publie opportunément le label Ouest (L’Autre Distribution). Où l’on voit qu’après une période de retrait, Django, aussi attentif à tous les courants révolutionnaires (Parker, Dizzy, Monk) en pleine « bataille du jazz », que fasciné par toutes les virtualités de l’amplification, amorce un virage favorisé par la réouverture du Club Saint-Germain. Ses fidèles ont du retard à l’allumage.
Lui se frotte aux jeunes musiciens (Hubert Fol, Maurice Vander, Pierre Michelot). On aura garde de prendre pour un hasard le fait que sa dernière séance (8 avril 1953) soit aussi la première du pianiste Martial Solal. Django s’est installé à Samois-sur-Seine, il pêche, joue aux cartes Chez Fernand, et la nuit, jusqu’à 2 ou 3 heures, il regarde la rivière à travers les arbres. « Dans le mouvement des arbres et de l’eau, il voyait de la musique, il ressentait tout cela, il en devenait fou, dit sa femme Naguine. Il me disait : “Voilà la grande musique !” ».
Célébration de l’énergie créatrice
Emporté par une congestion cérébrale, il repose en famille au cimetière de Samois, rejoint désormais par Babik. Avec Jean-François Robinet, Maurice Cullaz, Jean-Pierre Bechtold, Babik avait inventé en 1968 le Festival Django Reinhardt : « partie de campagne » à la Renoir, dans la petite île de Samois, congrès de luthiers, autant d’amateurs que de grosses pointures, musique partout, le « plus petit des grands festivals » était aussi le plus grand. Pas seulement des petits. Célébration, certes, mais surtout, célébration de l’énergie créatrice.
Ce que l’on vérifie côté scène, samedi, pendant le prélude gratuit à Samois-sur-Seine, avec Romane, Pierre Bertrand Caja Negra 7tet (Minino Garay, stoïque aux percussions), et les Schmitt, Samson et Dorado. Ambiance retrouvée sur la place du village, l’évolution de l’événement ne s’est pourtant pas faite sous péridurale. En janvier 2017, la décision de déplacer à Fontainebleau, dans le parc, le « village des luthiers » et les gros événements, est prise sous le coup des précautions anti-attentats. Ce qui permet, dit son programmateur artistique Sébastien Vidal (également directeur de la radio TSF, du Duc des Lombards et du Nice Jazz Festival), « de s’élargir et d’accueillir les stars comme les talents émergents ».
Les fondateurs canal historique ont vu dans ce déplacement plus qu’un oubli du projet initial
Les fondateurs canal historique (Jean-Pierre Bechtold s’exprimera dans la presse) ont vu dans ce déplacement plus qu’un oubli du projet initial. Un délai sépare désormais l’ouverture gratuite à Samois-sur-Seine (30 juin) des concerts au parc du château de Fontainebleau (du 5 au 8 juillet). Il ne manquera effectivement personne. De Sanseverino à George Benson, en passant par le brillant violoniste Mathias Lévy et Bireli Lagrène, Hugh Coltman, Marcus Miller et Snarky Puppy, ils viendront tous, seront tous là. Bataillera-t-on longtemps pour savoir si l’on a remplacé ce qu’on ne voyait nulle part par ce qu’on entend partout ? Signe des temps ? Evolution logique ?
Festival Django Reinhardt, du 5 au 8 juillet, dans le parc du château de Fontainebleau. www.festivaldjangoreinhardt.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Auteur du plus grand documentaire sur l’extermination des juifs pendant la seconde guerre mondiale, Claude Lanzmann est mort à Paris, jeudi 5 juillet.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Le cinéma, la politique, les femmes... Claude Lanzmann, mort à Paris jeudi 5 juillet à l’âge de 92 ans, n’aimait pas la demi-mesure mais appréciait de slalomer entre différents univers.
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Claude Lanzmann, un séducteur insatiable, passionnément vivant

Le cinéma, la politique, les femmes... Claude Lanzmann, mort à Paris jeudi 5 juillet à l’âge de 92 ans, n’aimait pas la demi-mesure mais appréciait de slalomer entre différents univers.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 11h31
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 11h59
    |

                            Franck Nouchi








                        



                                


                            
Peut-être faut-il commencer par sa voix. Grave. Posée. S’exprimant dans un français impeccablement, implacablement classique. Lanzmann recourait tantôt aux grognements, tantôt aux rugissements. Ours et lion à la fois, l’homme n’aimait guère la demi-mesure. Quand il aimait, c’était passionnément, quand il détestait, mieux valait ne pas se trouver sur son chemin.
Tout, chez lui, était affaire d’amour et de passion. Il aimait séduire. Il aimait aimer. Il aimait les femmes. Il aimait qu’on l’aime.

Tactile. « Ce que j’aime chez Sarkozy, nous avait-il un jour confié, c’est qu’on se touche. On ne se dit rien, ou pas grand-chose. Mais on se touche. Les bras, les mains. Et ça, c’est bien. » Lanzmann aimait « étreindre ». Il aimait enlacer, il aimait embrasser. A 80 ans passés, cinquante ­kilomètres à vélo, une baignade dans la mer du Nord en décembre, une piste noire dévalée à skis, un plongeon de 10 mètres, rien ne l’excitait davantage que l’exploit physique.
Fidèle en amitié, infidèle en amour
Serviette nouée autour du cou, il aimait manger. De la viande rouge, surtout. Il aimait les bouchers, Charcellay, Desnoyer, qui le lui rendaient bien. Il aimait boire. Chivas et bon bordeaux. Il aimait les honneurs, les discours, les décorations. Docteur honoris causa aux quatre coins du monde. A Nicolas Sarkozy, encore lui, qui lui avait remis les insignes de grand officier de l’ordre du Mérite, il avait dit en riant : « Il ne faudra pas oublier de me remettre la grand-croix. Il ne reste plus beaucoup de temps. »
Fidèle en amitié, infidèle en amour, insatiable, il aimait slalomer entre ses vies. Au point parfois de se rendre insupportable.
Passionnément de gauche, hostile aux appareils, il aimait la politique autant qu’il s’en méfiait. Fidèle à l’esprit de Sartre, il avait condamné l’intervention alliée en Libye, au risque de se fâcher avec son ami Bernard-Henri Lévy. Tonnant contre les injustices...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Comment nommer l’innommable ? Le cinéaste expliquait, en 2005 au « Monde », comment il avait finalement choisi d’utiliser ce mot de Shoah pour son film qui retrace les horreurs nazies.
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Claude Lanzmann, à propos de « Shoah », en 2005 : « Si j’avais pu ne pas nommer mon film, je l’aurais fait »

Comment nommer l’innommable ? Le cinéaste expliquait, en 2005 au « Monde », comment il avait finalement choisi d’utiliser ce mot de Shoah pour son film qui retrace les horreurs nazies.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 11h27
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 13h05
   





                        


VERBATIM. A l’occasion de la mort de Claude Lanzmann, nous republions un extrait de Ce mot de « Shoah », écrit par le cinéaste, paru dans Le Monde du 26 février 2005.
« (...) Au cours des onze années durant lesquelles j’ai travaillé à sa réalisation, je n’ai donc pas eu de nom pour le film. “Holocauste”, par sa connotation sacrificielle et religieuse, était irrecevable ; il avait en outre déjà été utilisé. Mais un film, pour des raisons administratives, doit avoir un titre. J’en ai tenté plusieurs, tous insatisfaisants.
La vérité est qu’il n’y avait pas de nom pour ce que je n’osais même pas alors appeler “l’événement”. Par-devers moi et comme en secret, je disais “la Chose”. C’était une façon de nommer l’innommable. Comment aurait-il pu y avoir un nom pour ce qui était absolument sans précédent dans l’histoire des hommes ? Si j’avais pu ne pas nommer mon film, je l’aurais fait.
Le mot “Shoah” s’est imposé à moi tout à la fin parce que, n’entendant pas l’hébreu, je n’en comprenais pas le sens
Le mot “Shoah” s’est imposé à moi tout à la fin parce que, n’entendant pas l’hébreu, je n’en comprenais pas le sens, ce qui était encore une façon de ne pas nommer. Mais, pour ceux qui parlent l’hébreu, “Shoah” est tout aussi inadéquat. Le terme apparaît dans la Bible à plusieurs reprises. Il signifie “catastrophe”, “destruction”, “anéantissement”, il peut s’agir d’un tremblement de terre ou d’un déluge.
Des rabbins ont arbitrairement décidé après la guerre qu’il désignerait “la Chose”. Pour moi, “Shoah” était un signifiant sans signifié, une profération brève, opaque, un mot impénétrable, infracassable, comme un noyau atomique.

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                « Shoah », « Sobibor », les « Quatre sœurs » : une œuvre au service de la mémoire



Quand Georges Cravenne, qui avait pris sur lui l’organisation de la première du film au Théâtre de l’Empire, m’a demandé quel était son titre, j’ai répondu : “Shoah. – Qu’est-ce que cela veut dire ? – Je ne sais pas, cela veut dire ‘Shoah’. – Mais il faut traduire, personne ne comprendra. – C’est précisément ce que je veux, que personne ne comprenne.”
Je me suis battu pour imposer “Shoah” sans savoir que je procédais ainsi à un acte radical de nomination, puisque presque aussitôt le titre du film est devenu, en de nombreuses langues, le nom même de l’événement dans son absolue singularité. Le film a été d’emblée éponyme, on s’est mis partout à dire “la Shoah”. L’identification entre le film et ce qu’il représente va si loin que des téméraires parlent de moi comme de “l’auteur de la Shoah”, ce à quoi je ne puis que répondre : “Non, moi, c’est ‘Shoah’, la Shoah, c’est Hitler.” »

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                Claude Lanzmann, le réalisateur de « Shoah », est mort




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Claude Lanzmann, le réalisateur de « Shoah », est mort : l’artiste et le savant.
« Shoah », « Sobibor », les « Quatre sœurs » : une œuvre au service de la mémoire.
Claude Lanzmann, à propos de « Shoah », en 2005 : « Si j’avais pu ne pas nommer mon film, je l’aurais fait » (8162).
« “Shoah” est contemporain d’un virage culturel opéré par les historiens » : entretien avec Johann Chapoutot, professeur d’histoire contemporaine.
Claude Lanzmann, un portraitiste hors pair.
Un cinéaste qui a fait de sa vie un roman.
Claude Lanzmann, l’héritage sartrien.
Un séducteur insatiable, passionnément vivant





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Pas d’images d’archives, aucune reconstitution, axé sur la parole des témoins directs, rescapés des camps ou nazis, et sur les paysages du crime : avec « Shoah », film titanesque, Claude Lanzmann a bouleversé son époque.
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« Shoah », « Sobibor », les « Quatre sœurs » : une œuvre au service de la mémoire

Pas d’images d’archives, aucune reconstitution, axé sur la parole des témoins directs, rescapés des camps ou nazis, et sur les paysages du crime : avec « Shoah », film titanesque, Claude Lanzmann a bouleversé son époque.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 11h25
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 11h59
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

Avec Shoah, documentaire sorti en 1985 et consacré à l’extermination des juifs durant la seconde guerre mondiale, Claude Lanzmann fut et restera l’auteur d’un film d’une envergure exceptionnelle dans l’histoire du cinéma comme dans celle des idées et des mentalités. Ce monument, d’emblée reconnu comme tel, a bouleversé son époque et il faut aujourd’hui rassembler ses souvenirs pour comprendre l’onde de choc qu’il a suscitée.

Premier choc : la portée historique du film, qui révèle par le détail au grand public l’existence et le processus d’un génocide partiellement occulté de la mémoire collective depuis l’après-guerre. Un lent travail de réappropriation de cette mémoire avait de fait commencé dès le début des années 1960, qu’il s’agisse de la tenue du procès Eichmann en Israël ou de la publication aux Etats-Unis de la somme de l’historien Raul Hilberg, La Destruction des Juifs d’Europe.
Insoutenable réalité
Deuxième choc : la manière dont le film fait soudain advenir cet événement dans sa plus insoutenable réalité, contre la dissimulation des nazis qui en ont effacé les traces, contre le pieux oubli des nations qui l’ont laissé commettre et contre la banalisation des fictions qui le remettent au goût du jour, à l’instar du célèbre feuilleton américain Holocauste (1978). Shoah, de la même manière qu’il le configure, nomme d’ailleurs l’événement, comme pour la première fois.
Troisième choc, sans lequel tout cela serait sans doute resté nul et non avenu : la radicalité esthétique du film. C’est d’abord sa dimension titanesque. Onze années de préparation, trois cents heures de pellicule tournées, neuf heures trente de projection. Un projet littéralement fou, tenu par la volonté d’un homme seul qui consacre dix années de sa vie à parcourir le monde et les archives, à rencontrer des survivants, pour tenter de donner forme à une chose qui en est, a priori, totalement dépourvue : l’annihilation industrielle...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Le dramaturge et scénariste italien était l’un des invités du festival Série Series qui s’est tenu à Fontainebleau du 26 au 28 juin. Face au développement de Netflix ou d’Amazon, le directeur d’écriture pour Sky Italie dresse un état des lieux alarmant de la création européenne.
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Nicola Lusuardi : « Le modèle des groupes audiovisuels ne vaut plus »

Le dramaturge et scénariste italien était l’un des invités du festival Série Series qui s’est tenu à Fontainebleau du 26 au 28 juin. Face au développement de Netflix ou d’Amazon, le directeur d’écriture pour Sky Italie dresse un état des lieux alarmant de la création européenne.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 10h40
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 11h38
    |

                            Martine Delahaye








                        



   


La 7e édition du festival Série Series, qui réunit chaque année des créateurs, des scénaristes et des producteurs, s’est tenue, du 26 au 28 juin, à Fontainebleau. La manifestation a regroupé 650 professionnels venus de toute l’Europe pour assister à des master classes, échanger sur leurs expériences et débattre autour du processus créatif.
Sans prix ni tête d’affiche, Série Séries entend être un lieu de réflexion sur la situation de la profession, les tendances et les évolutions en cours. Le théâtre et le château de Fontainebleau accueillent aussi nombre de projections, comme cette année, le pilote de la dernière série de Stephen Frears, A Very English Scandal, écrite par Russell T. Davies, avec Hugh Grant dans le rôle principal. Ou encore Patrick Melrose, autre série britannique, réalisée par Edward Berger à partir des romans d’Edward St Aubyn, qui met en scène un aristocrate anglais très tourmenté, incarné par Benedict Cumberbatch.
A l’heure où Netflix, Amazon et autres plates-formes s’installent dans notre paysage audiovisuel, nous avons demandé à l’Italien Nicola Lusuardi, dramaturge et scénariste, directeur d’écriture pour Sky Italie, et expert à Berlin au sein de Serial Eyes (un programme de formation européen sur la conception de séries), de nous dresser un panorama de l’état de la création européenne.
Manquons-nous cruellement d’auteurs, en Europe, pour faire face à la demande des chaînes, ou même de Netflix, qui dit souhaiter créer des séries propres à chaque pays ?
Absolument ! Les auteurs européens ne le perçoivent sans doute pas, mais moi qui collabore avec tous les grands réseaux de diffusion à l’international et les institutions qui proposent de la formation, je vois bien que nous manquons d’auteurs, mais aussi de producteurs. D’une part, les auteurs n’ont pas suffisamment l’occasion de s’entraîner et d’écrire. Cela n’a rien à voir avec le talent ou l’intelligence, je parle bien de possibilités de travailler sans discontinuer sur de multiples projets. D’autre part, les producteurs de séries ont des structures tragiquement petites : ils sont très nombreux, mais tous de taille bien trop réduite. Nos plus grandes maisons de production, en Europe, n’ont pas le volume et les finances pour entrer en compétition à l’international.
Même chose pour nos diffuseurs : on en compte une foultitude en Europe, mais chacun s’avère ridiculement petit à côté des grandes plates-formes, qui, elles, sont nées en se voulant globales, en visant dès le départ l’international. De plus, nos chaînes s’appuient sur un modèle industriel très difficilement rentable. La RAI, la BBC, France Télévisions, etc., doivent financer un nombre gigantesque d’employés, ce qui les empêche d’investir suffisamment dans des contenus originaux. C’est un modèle qui date d’une autre époque.
« Au lieu de tenter de comprendre comment fonctionner de la même manière, nous en sommes encore à nous combattre entre diffuseurs. »
Pensez-vous que les meilleurs auteurs européens vont être happés par les plates-formes comme Netflix, Amazon, Apple, etc. ?
Ca commence, et ça peut très bien être le cas, à terme.
Est-ce votre plus grand souci ?
Je n’ai rien contre Netflix, qui est un brillant producteur. Ce qui me déplaît au plus haut point, c’est notre incapacité à y répondre, notre manque de volonté d’entrer dans la compétition, notre choix de rester une toute petite province de l’empire.
Le modèle de plate-forme à la Netflix vous paraît-il indépassable ?
Deux phénomènes totalement nouveaux viennent se heurter à notre vieux modèle. Netflix, cette année, livre 800 nouveaux contenus. Certains, comme Mindhunter, figurent parmi les meilleures séries produites au cours de ces trois dernières années, tandis que d’autres productions se veulent plus légères, plus classiques, plus grand public. Qui d’autre produit 800 nouveautés par an ?
Par ailleurs, Netflix pense dès le départ « global » : installée dans 190 pays, cette plate-forme enregistre chaque trimestre six à dix millions de nouveaux souscripteurs ! Ce qu’un bouquet comme BSkyB a mis dix ans à faire, Netflix l’engrange tous les trois mois. Le modèle des groupes audiovisuels ne vaut plus, s’impose désormais celui de Facebook, qui compte 2 milliards d’abonnés. C’est comme si France 2 devait proposer sans discontinuer des programmes pour le monde entier. C’est ça, le modèle et le défi de Netflix : offrir un flot continu de contenus, pour tous les pays à la fois, en comptant sur vingt à vingt-cinq millions de nouveaux souscripteurs chaque année. Aujourd’hui, Netflix est la première chaîne mondiale.
Cette plate-forme joue à un jeu que nous ne maîtrisons pas et qu’il nous faudrait apprendre, c’est bien cela ?
Oui ! Or, au lieu de tenter de comprendre comment fonctionner, petit à petit, de la même manière, nous en sommes encore à nous livrer à des petits jeux politiques entre petites entités, à nous combattre entre diffuseurs, entre maisons de production, etc.
« La production de séries devrait être envisagée comme un défi du continent européen »
Netflix investit dans la création, mais pas dans la formation, n’est-ce pas ?
Les responsables de Netflix, qui recherchent des projets de séries européennes à produire, nous ont dit qu’il faudrait cent fois plus de programmes de formation comme Serial Eyes, qui accueille douze auteurs par an. C’est incroyable, mais nous avons en Europe des centaines de programmes de formation en faveur de l’industrie du cinéma, et seulement trois ou quatre minuscules concernant les séries ! Comment voulez-vous faire avec si peu ? L’Europe n’investit pas suffisamment dans ce domaine. Il ne faudrait pas former douze mais douze mille scénaristes chaque année…
Aucun pays européen ne se distingue dans ce domaine ?
Non, et pour une raison simple : cela tient à la façon dont nous sommes organisés. Nos diffuseurs ne sont pas mauvais en soi, ils font de leur mieux, mais ils sont structurés sur la base d’un schéma ancien qui n’a plus cours, sans possibilité d’évoluer rapidement, sans flexibilité. Nous sommes englués dans un système organisationnel qui nous bloque.
La production de séries devrait être envisagée comme un défi du continent européen, c’est seulement à cette échelle que l’on devrait analyser nos limites et nos moyens de progresser. A s’en tenir à un regard national, on perd toute capacité d’y comprendre quoi que ce soit et de réagir.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ L’Amazing Keystone Big Band présentait en ouverture du festival Jazz à Vienne son dernier album, « Jazz Loves Disney ».
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L’enthousiasme communicatif du saxophoniste Jon Boutellier

L’Amazing Keystone Big Band présentait en ouverture du festival Jazz à Vienne son dernier album, « Jazz Loves Disney ».



Le Monde
 |    05.07.2018 à 10h06
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 10h18
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                            Francis Marmande (Vienne (Isère), envoyé spécial)








                        



                                


                            

Né en 1986, l’année où Miles confie la production de Tutu à Marcus Miller, le 22 Janvier (« Comme Henri Dutilleux ! »), Jon Boutellier (ténor sax) est le fils de Jean-Paul Boutellier, créateur du festival Jazz à Vienne. Il a rencontré Fred Nardin (piano, prix Django-Reinhardt 2016) au conservatoire. Leur quartette – Patrick Maradan à la contrebasse et Romain Sarron aux drums –, augmenté d’invités, est le point de départ de l’exceptionnel Amazing Keystone Big Band, qui présentait en ouverture du festival, devant six mille enfants, Jazz Loves Disney, dernier album de l’Amazing Keystone et ses invités (Hugh Coltman, China Moses…). Non seulement le big band a une couleur authentique et un esprit qui respire l’intelligence, donc la joie, mais il est convaincant dans chacune de ses entreprises (Pierre et le loup (2013), Le Carnaval des animaux (2015)…).

L’album du quartette, Watt’s (2015), avait été vivement remarqué pour son enthousiasme communicatif : « On reste attaché au mixage de la tradition avec la gaieté du savoir actuel. Sans avoir envie de loufoque. Très attentifs aussi à nos invités, Cécile McLorin Salvant [chant], David Enhco [trompette]… », explique Jon Boutellier. La mise au point d’un big band est un sport de combat et d’équilibrisme : « On apprend à écrire et jouer des arrangements, on se retrouvait à Lyon, une fois par mois, on venait d’un peu partout, comme une colonie de vacances qui ne s’arrête jamais. Maintenant, on reste à Paris… »
Ce qu’il pense de l’album perdu de Coltrane, récemment retrouvé et publié cinquante ans après sa mort (Both Directions at Once, Impulse !/Universal) ? « Il y a une joie, une innocence dans la musique et les compositions de Coltrane. Quand on écoute Syeeda’s Song Flute, on imagine Coltrane en train de moquer gentiment la fille de Naima qui galère à jouer un air de flûte à bec....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ L’organiste et chanteuse américaine a célébré ses 80 ans sur scène lors de la 38e édition du festival, en présence de Marcus Miller.
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Jazz à Vienne fête Rhoda Scott

L’organiste et chanteuse américaine a célébré ses 80 ans sur scène lors de la 38e édition du festival, en présence de Marcus Miller.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 09h55
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 10h18
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                            Francis Marmande (Vienne (Isère), envoyé spécial)








                        



                                


                            

Au sixième jour de Jazz à Vienne, le 3 juillet, Madame Rhoda Scott partage la scène avec Marcus Miller. Elle, fille de preacher itinérant ; lui, né en 1959, fils de preacher sédentaire qui vient de disparaître. Rhoda Scott, organiste et chanteuse très populaire, est née le 3 juillet 1938 à Dorothy (New Jersey). Le 6e jour de cette 38e édition fête donc son 80e anniversaire.

Un des moments les plus heureux, c’est celui où, rejointe par Bernard « Pretty » Purdie – orgue et batterie –, Rhoda Scott se lance dans un duo d’amour qui eût fait fondre un Gérard Collomb. Le ministre de l’intérieur peut venir de Lyon en voisin, le cas est prévu : un TER aller-retour est inclus dans le ticket. Jazz à Vienne a réglé ses accords avec la SNCF selon les manières de son créateur, Jean-Paul Boutellier, en finesse et dans le moindre détail.
Un moment heureux, c’est la musique même. L’organiste « aux pieds nus », Rhoda Scott, et ­l’implacable batteur au visage malicieux, Bernard Purdie, donnent à entendre un échange dont ils ne vérifient même pas les titres. Leur mémoire musicale est un trésor constamment disponible.
Le fameux « Purdie Shuffle »
Rhoda Scott surprend par les études dont elle n’a cessé de doubler sa carrière jusqu’en 2014. A Vienne, chaque pierre la connaît, et quand le soleil se couche sur le théâtre romain, il lui lance, en passant, un tout petit rayon. ­Bernard « Pretty » Purdie, jeune homme né le 11 juin 1939, trimballe, comme tout génie discret (Aretha Franklin, James Brown, Miles…), quelques aimables légendes. Dans le milieu, on a longtemps tenu ceci pour certain : quand Ringo Starr joue bien, sur tel ou tel titre des Beatles, c’est « Pretty » Purdie qui tient la batterie.
Dans le métier, on sait qu’on peut compter sur son exactitude et ce souffle échappé à sa charleston, le « Purdie Shuffle » que vénèrent aujourd’hui les gamins du hip-hop. Quand Marcus...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Sur ce micromarché peu rémunérateur, les photographes s’autopublient de plus en plus.
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Les éditeurs de livres de photos en difficulté

Sur ce micromarché peu rémunérateur, les photographes s’autopublient de plus en plus.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 09h23
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 09h49
    |

            Nicole Vulser (Arles, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Le collège Saint-Charles et l’ancien collège Frédéric-Mistral, désertés par leurs élèves, abritent, jusqu’au 7 juillet, pendant les Rencontres de la photographie d’Arles, les éditeurs de livres de photos. Plus de 80, venus du monde entier, sont regroupés au sein de Cosmos-Arles Books et cinq autres sous le label Summertime. Signe de leur belle vitalité, plus de 670 nouveaux ouvrages ont concouru cette année pour obtenir un prix.
Ce micromarché de l’édition française, qui représentait 77 millions d’euros (en ajoutant les beaux livres) soit 2,9 % du marché de l’édition en 2017, est à peu près stable (– 0,8 % par rapport à 2016). Mais la quasi-totalité des éditeurs se plaignent et n’ont à la bouche que la fragilité de leur économie. Fabienne Pavia, à la tête de la maison Le Bec en l’air, à Marseille, rappelle que « le coût de production reste très élevé : si un roman coûte 1 euro à imprimer et se vend 20 euros en broché, un livre de photos revient entre 8 et 10 euros à imprimer, et se vend 35 euros ».
« Si un roman coûte 1 euro à imprimer et se vend 20 euros en broché, un livre de photos revient entre 8 et 10 euros à imprimer, et se vend 35 euros »
Puisqu’il s’agit d’un marché de niche, « les tirages restent homéopathiques », rappelle Patrick Le Bescont, qui dirige Filigranes. Il tire en général chaque nouveauté à 500 exemplaires. Son confrère Eric Cez (éditions Loco), entre 500 et 700. « Quand on vend 700 exemplaires d’un premier livre, on est très heureux », assure Benoît Rivero, éditeur chez Actes Sud. Loin, bien loin des best-sellers signés Martin Parr, Sebastiao Salgado ou Yann Arthus-Bertrand, la vache à lait des éditions La Martinière.
« Le rapport de force est très défavorable à l’auteur »
Les aides du Centre national du livre ne concernent que peu ces éditeurs, qui, comme Marianne Théry à la tête de Textuel (Actes Sud), aimeraient que les subventions au livre d’art soient défiscalisables.
Triste...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Dans « La Fille mal gardée », rare ballet à ressort comique, présenté à l’Opéra Garnier, le danseur affole la salle.
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Danse : François Alu fait crier le public de plaisir

Dans « La Fille mal gardée », rare ballet à ressort comique, présenté à l’Opéra Garnier, le danseur affole la salle.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 08h24
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 08h28
    |

                            Rosita Boisseau








                        



                                


                            

Des applaudissements en rafales et des sourires jusqu’aux oreilles ! Les soirs de représentation au Palais Garnier, à Paris, de La Fille mal gardée, ballet le plus ancien du répertoire classique, créé en 1789 au Grand Théâtre de Bordeaux, une tempête de bonne humeur secoue le public d’une salle d’ordinaire sage et concentrée. En particulier lorsque François Alu, premier danseur de l’Opéra national de Paris, prend les manettes de l’opération. Jeudi 28 juin, chacune de ses apparitions ou presque a fait crier la salle de plaisir. Un phénomène rare et euphorisant qui fait ­basculer le spectacle du côté de la super soirée collective.

On est à la campagne, en 1789. Il y a des poules géantes et un coq en rapport et ça piaille. La veuve ­Simone veut marier sa fille Lise à Alain, fils d’un riche vigneron, un brin benêt, nettement moins sexy que le beau Colas (François Alu) qui n’a pas un sou en poche. Evidemment, c’est l’amour qui gagne… Depuis 2007, date de son entrée au répertoire de l’Opéra national de Paris, La Fille mal gardée est devenu un tube estival. Ce qui en dit long sur les munitions d’un scénario aux allures bucoliques mais plus révolutionnaire qu’il n’en a l’air au départ. Pour la première fois, un ballet met en scène et en vedette des gens du peuple. Il livre aussi une leçon d’émancipation féminine qui sait d’abord être drôle et c’est un bonheur.
Les situations s’empilent comme les bottes de paille au milieu desquelles se cacher est aisé
Le comique n’est pas le fonds de commerce du classique et de la danse en général. Ici, il circule du début à la fin et tire les grosses ficelles de l’histoire. Sur la musique cuivrée, flûtée de Ferdinand ­Hérold, impossible d’entrer par la porte, alors tentons par la fenêtre… Les situations s’empilent comme les bottes de paille au milieu desquelles se cacher est aisé. Lestées d’un jeu burlesque appuyé, elles explosent comme des pochettes-surprises. Avec en atouts, deux...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos des « Révolutions du XXIe siècle ».
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Figures libres. Scruter tout ce qui change

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos des « Révolutions du XXIe siècle ».



Le Monde
 |    05.07.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 08h53
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Les Révolutions du XXIe siècle, sous la direction d’Yves Charles Zarka, Christian Godin et Sylvie Taussig, PUF, 576 p., 35 €.

« Révolution » a connu bien des aventures. Au fil des siècles, le mot et l’idée ont changé de sens radicalement. Dans le vocabulaire classique, ils évoquent une répétition cyclique, la révolution des planètes sur leur orbite. Rien ne change, tout recommence indéfiniment : chaque fois qu’un tour est « révolu », le processus reprend à l’identique. Avec les ­Lumières, 1789 puis les grands chambardements du XIXe siècle, une signification absolument opposée se met en place : « la » révolution devient renversement de l’ordre ancien, fracture unique et décisive, cassure de l’histoire. Cette fois, son triomphe suppose que tout change, que rien ne soit plus comme avant.
Notre XXIe siècle invente un autre sens encore : les révolutions – au pluriel, désormais – deviennent mutations mentales (concernant nos manières de concevoir le monde, les relations homme-nature, hommes-animaux…), bouleversements à la fois technologiques, intellectuels et sociaux (ère numérique, nanotechnologies, posthumanité…). Révolutions aussi les modifications affectives et psychiques (bouleversant les genres, l’intime, les désirs, la finitude…), sans oublier les changements sociaux (âge, travail, relations interpersonnelles et internationales…) ni les évolutions politiques (durabilité, mondialisation…).
Ces transformations multiples composent l’archipel de la complexité caractéristique de notre époque. Car nul ne sait au juste où elles vont. Plus encore, elles se révèlent indépendantes mais corrélées, autonomes et malgré tout en partie contrôlables. Ces nouvelles révolutions sont distinctes, mais toutes se déroulent à la fois hors de nous et en nous, sans nous et avec nous. Elles se tiennent hors de notre portée, tout en dépendant en partie de notre consentement ou de notre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Dominique Barthélemy réévalue, après Georges Duby, la fameuse bataille gagnée par Philippe Auguste en 1214.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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Histoire. Pour en finir avec Bouvines

Dominique Barthélemy réévalue, après Georges Duby, la fameuse bataille gagnée par Philippe Auguste en 1214.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 09h02
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                            Etienne Anheim (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Bataille de Bouvines. Histoire et légendes, de Dominique Barthélemy, Perrin, 400 p., 27 €.

En 1954, le peintre Georges Mathieu, figure de l’« abstraction lyrique », réalise La Bataille de Bouvines, une toile de 6 mètres de largeur sur 2,50 mètres de hauteur, au cours d’une performance artistique filmée. Saluée par Malraux et Breton, l’œuvre est, pour l’historien Dominique Barthélemy, l’un des signes d’une prise de distance, après deux conflits mondiaux, avec une bataille inscrite dans l’imaginaire de la France guerrière. Son nouvel ouvrage accomplit un pas supplémentaire dans cette direction, à la suite du ­Dimanche de Bouvines (Gallimard, 1973), de Georges Duby (1919-1996), dont il prolonge l’inspiration.
Au cours des siècles, la bataille gagnée par Philippe Auguste le 27 juillet 1214 s’est chargée de significations nouvelles, faisant d’elle la victoire du roi contre la féodalité, celle des communes contre la chevalerie ou encore, à l’époque moderne, celle de la nation française contre une coalition de ses ennemis héréditaires, l’Allemagne et l’Angleterre.
Autant de constructions a posteriori que le livre balaie pour préférer une lecture de l’événement au ras des sources contemporaines. Ce choix diffère de celui fait par Duby, qui s’intéressait peu au déroulement de la bataille elle-même, cherchant plutôt dans ses échos l’empreinte du fonctionnement de la société du XIIIe siècle, à l’aide d’une anthropologie structurale.
Dominique Barthélemy plonge au contraire au cœur de la mêlée, cherchant à saisir, par la microhistoire de chaque fait d’armes, les interactions sociales propres au monde des chevaliers. Il dissout ainsi l’unité de l’affrontement pour mieux dévoiler l’ordre féodal qui le sous-tend, ordre auquel il a consacré sa vie de chercheur.
Violence régulée
Bouvines prend alors un nouveau visage : c’est une affaire de nobles,...




                        

                        

