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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Dans une tribune au « Monde », un collectif d’universitaires dénonce, avec la fin du travail obligatoire en prison, l’indignité des conditions de travail imposées aux détenus.
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« Le droit du travail doit s’appliquer aux détenus. A quand la parole en actes ? », Monsieur Macron

Dans une tribune au « Monde », un collectif d’universitaires dénonce, avec la fin du travail obligatoire en prison, l’indignité des conditions de travail imposées aux détenus.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 17h00
    |

                            Collectif








                        



                                


                            

Tribune. Voilà plus de trente ans maintenant que la loi du 22 juin 1987 relative au service public pénitentiaire a mis fin au travail obligatoire en prison, rompant définitivement le lien, de sinistre mémoire, entre travail et peine. Depuis lors, le temps de la tâche laborieuse comme élément de la peine est théoriquement révolu. Le travail en prison s’est vu conférer les mêmes finalités qu’à l’extérieur : émancipation, acquisition de compétences, autonomie, insertion.
En ce sens, le code de procédure pénale affirme que le travail en prison (organisation, méthodes, rémunérations) doit « se rapprocher autant que possible des activités professionnelles extérieures afin notamment de préparer les détenus aux conditions normales du travail libre ».

Toutefois, en dépit de la suppression du travail obligatoire, le législateur est demeuré au milieu du gué. Le travail est devenu un droit, mais ceux qui y accèdent n’ont aucun statut. Et la loi pénitentiaire de 2009 n’a pas comblé ce vide, refusant de doter les détenus d’un véritable contrat assorti des garanties normalement liées au travail subordonné.
Des abus de toute sorte
Cette absence de cadre contribue, en termes d’horaires, de rémunération, d’hygiène et de sécurité, à toute sorte d’abus, maintes fois déplorés par le contrôleur des lieux de privation de liberté, les conditions de travail s’apparentant « davantage à celles du premier âge industriel qu’à celles de la France de ce jour ».
Comment prétendre alors que le travail en détention puisse constituer « un important levier de réinsertion » ? Une commission d’enquête de l’Assemblée nationale soulignait, déjà en 2000, que « l’absence de respect du droit du travail ruine la conception même du travail pénal comme outil d’insertion ».

Depuis de nombreuses voix se sont élevées. De multiples rapports ont été déposés. Des associations, des organes de contrôles nationaux et...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Face à l’inefficacité des politiques d’asile européennes, Thierry Pech, directeur général de Terra Nova, Jean-François Rial et Jean-Paul Tran Thiet, membres de l’Institut Montaigne, dans une tribune au « Monde », en appellent à la responsabilité des pays membres de l’Union.
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Politique européenne du droit d’asile : « Au défaut de solidarité s’ajoute un défaut d’efficacité »

Face à l’inefficacité des politiques d’asile européennes, Thierry Pech, directeur général de Terra Nova, Jean-François Rial et Jean-Paul Tran Thiet, membres de l’Institut Montaigne, dans une tribune au « Monde », en appellent à la responsabilité des pays membres de l’Union.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 15h10
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 17h41
    |

Thierry Pech (Directeur général de Terra Nova), Jean-François Rial et Jean-Paul Tran Thiet (Membres de l'Institut Montaigne)







                        



                                


                            

Tribune. La politique européenne du droit d’asile a révélé, ces dernières années, un grave défaut de solidarité et d’efficacité. Le système de Dublin a montré ses insuffisances : laisser au pays de première entrée dans l’Union européenne (UE) la charge d’examiner les demandes d’asile, c’est abandonner aux seuls « Etats frontières » de l’UE la responsabilité politique, administrative et opérationnelle de flux croissants de demandeurs.
A ce défaut de solidarité s’ajoute un défaut d’efficacité : les demandeurs qui auraient dû être reconduits dans le pays de leur première entrée ne l’ont été que très rarement. Ce système a aussi créé une inadmissible loterie : une même demande a des chances très variables d’aboutir selon l’Etat dans lequel elle est formulée, l’origine du demandeur, voire la date à laquelle elle est déposée. Au sein de l’Union européenne, la convention de Genève donne lieu à 27 interprétations différentes et fluctuantes !
Face à ce chaos, l’Union européenne a mis en place en 2015 un mécanisme de relocalisation des demandeurs d’asile entre Etats membres afin de soulager temporairement les plus sollicités. Dans le même temps, elle a conclu avec la Turquie un accord pour contenir les migrants qui y transitent.

L’Italie a aussi négocié avec la Libye des mesures de réduction des flux. Mais l’imposition de « quotas » a rencontré de fortes résistances au sein de l’UE, et les accords de « stockage » des demandeurs, s’ils ont permis de réduire les flux, nous ont mis en situation de dépendance face à Ankara et en délicatesse avec les obligations de la convention de Genève, puisque nous demandons à d’autres pays de bloquer sur leur territoire des demandeurs d’asile.
Aucune exception
L’Europe s’est donc à la fois désunie et dramatiquement éloignée des valeurs qui fondent son projet. L’accord de façade passé lors du Conseil européen des 28 et 29 juin n’a rien résolu sur le fond et il reste urgent...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Alors qu’il est question de supprimer le mot « race » de la Constitution française, le haut fonctionnaire Jean-François de Montgolfier explique en quoi il est indissociable, selon lui, des termes « origine » et « religion ».
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« Interdire les distinctions de race ne présuppose pas l’existence des races mais seulement du racisme »

Alors qu’il est question de supprimer le mot « race » de la Constitution française, le haut fonctionnaire Jean-François de Montgolfier explique en quoi il est indissociable, selon lui, des termes « origine » et « religion ».



Le Monde
 |    05.07.2018 à 15h00
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 17h43
    |

Jean-François de Montgolfier (Haut fonctionnaire et expert en droit constitutionnel)







                        



                                


                            
Comme toutes les réformes ou tentatives de réforme constitutionnelle depuis au moins vingt ans, celle qui sera discutée à partir du 10 juillet donne lieu à un débat autour du mot « race ». Faut-il supprimer ce terme qui figure à l’article premier de la Constitution de 1958 ? Le 27 juin, des amendements en ce sens ont été adoptés par la Commission des lois de l’Assemblée nationale : les uns arguent que les races n’ont pas d’existence scientifique, les autres que cette mention est aujourd’hui « mal comprise, à ­rebours de l’intention initiale ».
On peut objecter, comme cela a été fait par le passé, qu’il est un peu vain de supprimer le mot « race » de la Constitution de 1958 car il ­figure également dans le Préambule de la Constitution de 1946.
On peut aussi ajouter que ce mot est employé dans toutes les conventions internationales sur les droits de l’homme, qu’il s’agisse de la Déclaration universelle de 1948, de la Convention européenne de 1950, de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne de 2000 ou de la Convention relative au statut des réfugiés (dite « Convention de Genève ») de 1951.
On peut enfin souligner que l’inexistence scientifique des races n’est, au fond, pas la question car le mot ne présuppose pas l’existence de la chose : interdire les distinctions de race (au singulier !) ne présuppose pas l’existence des races mais seulement du racisme.
Un sens historique et juridique
Par le passé, ces arguments avaient suffi à ­convaincre le Parlement de ne pas adopter les amendements visant à supprimer le mot « race », mais ce n’est plus le cas. Dans la controverse qui s’est engagée sur cette ­réforme, il est utile d’expliquer le sens historique et juridique du mot « race » tel qu’il figure dans la Constitution de 1958.
Toute révolution constitutionnelle est faite à la fois d’un rejet et d’un projet : le rejet des régimes et des temps passés, le projet de droits et de valeurs nouvelles. N’échappant pas à...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Agnès Audier, du cabinet de conseil Boston Consulting Group, et Axel Dauchez, du site Make.org, analysent dans une tribune au « Monde » les résultats d’un sondage participatif mené auprès de 12 000 jeunes de 18 à 25 ans à l’occasion des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence.
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« Une jeunesse engagée, mais pragmatique »

Agnès Audier, du cabinet de conseil Boston Consulting Group, et Axel Dauchez, du site Make.org, analysent dans une tribune au « Monde » les résultats d’un sondage participatif mené auprès de 12 000 jeunes de 18 à 25 ans à l’occasion des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 13h18
    |

Agnès Audier (Directrice associée du Boston Consulting Group) et Axel Dauchez (Fondateur de make.org)







                        



                                


                            

Tribune. Dans le cadre des 18e Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, les 6,7 et 8 juillet, Le Cercle des économistes a fait appel à la plate-forme de réseau de « civic tech » Make.org pour consulter les 18-28 ans et mieux connaître leur rapport au monde et à l’action, afin d’alimenter de manière inédite les débats consacrés aux « Métamorphoses du monde », thème des Rencontres en 2018.
Que nous apprend cette consultation ?
Sans surprise, la jeunesse n’est pas un bloc monolithique traversé par les mêmes idées. Elle est animée par de puissants débats qui la divisent : plus de 50 % des propositions émises et soumises au jugement des 12 000 répondants ont suscité un débat, 13 % ont été rejetées en bloc, 37 % ont été plébiscitées par la majorité des votants. Les échanges sont décomplexés et portent sur une très grande variété de sujets, certains d’actualité (par exemple : autoriser la GPA), d’autres qu’on pourrait penser être “derrière nous” (par exemple le rétablissement de la peine de mort).
Ce qui frappe d’abord, c’est l’hyper réalisme des jeunes. Quasi aucune proposition pour éradiquer la faim dans le monde, ou atteindre une espérance de vie en bonne santé à 120 ans… ! Bref, rien de ce à quoi rêvent les gourous de la Silicon Valley. Au contraire, la jeunesse semble réclamer qu’on résolve les sujets clés hérités des générations précédentes : développer les aides aux étudiants, améliorer la prise en charge des sans-abri, comptabiliser le vote blanc dans les élections, instaurer le travail en prison…
Confiance des jeunes Français
Cette jeunesse hyperconnectée avec le monde qui l’entoure demande des actions et résultats concrets. Deux des dix propositions les plus plébiscitées l’illustrent clairement : Comas propose que « les tampons et les serviettes hygiéniques deviennent des produits de première nécessité pour qu’ils soient moins taxés », quand Mourad suggère de « créer...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Grâce à la victoire française au Mondial 1998, le football est passé, chez les intellectuels, du statut de passion vaguement honteuse à celui d’objet d’études fréquentable.
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Coupe du monde 2018 : et les grands esprits finirent par se prendre au jeu

Grâce à la victoire française au Mondial 1998, le football est passé, chez les intellectuels, du statut de passion vaguement honteuse à celui d’objet d’études fréquentable.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 12h58
    |

            Adrien Pécout








                        



                                


                            

Il y a vingt ans, Laurent Veyssière osait avouer l’inavouable : il aimait le football ! L’étudiant présente bien, pourtant. Il sort de l’Ecole des chartes et passe « un concours très sérieux » à Paris, pour entrer à l’Institut national du patrimoine (INP). « A la fin du grand oral, on me demande : “Pouvez-vous nous parler de vos hobbies ?” Quand je me lance sur le football, les membres du jury ont l’air de me regarder avec des yeux disant “mais qu’est-ce que c’est que ce taré ?” » Fausse frayeur, il sera finalement admis.
L’anecdote date d’un peu avant la Coupe du monde 1998, avant ce mois de juillet qui a tant bousculé le rapport de la population française au football. Comme si la victoire de cette France « black-blanc-beur » à Saint-Denis avait soudain rendu la balle ronde moins encombrante dans l’espace public. Comme si les scènes de liesse partout dans le pays avaient rendu la passion moins honteuse, l’objet d’études plus fréquentable. Y compris dans le monde de la culture et des idées, qui affichait plutôt, jusque-là, indifférence, voire mépris.
Les intellectuels ont longtemps pris plutôt parti « contre le football », rappelle l’historien Yvan Gastaut, enseignant à l’université de Nice. A l’instar de Jean-Marie Brohm, qui, depuis les années 1970, développe dans ses ouvrages une critique radicale et systématique du sport, à travers une grille de lecture marxiste. Aujourd’hui encore, le sociologue continue à voir dans le football « une peste émotionnelle ». Dit autrement, un spectacle abêtissant, un lieu d’aliénation. Cette idée a souvent imprégné le monde de la culture, malgré le goût reconnu d’Albert Camus ou d’Henry de Montherlant pour le football, malgré l’interview de Michel Platini par Marguerite Duras pour le quotidien Libération, en 1987.
« La victoire en a déculpabilisé certains »
Le Mondial 1998 et, surtout, la victoire des Bleus – en « une » des journaux,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Dans le cadre du concours « La parole aux étudiants », « Le Monde » publie des extraits du texte de Marc Lozza, futur architecte, qui défend la possibilité d’influer sur le réel en additionnant toutes les bonnes volontés individuelles.
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« Sept milliards de tâches insignifiantes peuvent changer le monde »

Dans le cadre du concours « La parole aux étudiants », « Le Monde » publie des extraits du texte de Marc Lozza, futur architecte, qui défend la possibilité d’influer sur le réel en additionnant toutes les bonnes volontés individuelles.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 12h36
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 12h41
    |

Marc Lozza (Elève à l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Toulouse)







                        



                                


                            

Tribune. Remontons la pierre sur le flanc de sa colline. Faisons-le avec joie, humilité et courage ; nous en aurons besoin pour construire demain. La clé du monde est là, déjà présente ; elle n’a besoin que de notre sueur de travailleur pour exister. Et si l’on ne peut pas changer le passé, il nous reste alors à construire le futur.
A nous de le faire avec conscience et bienveillance. L’incroyable miracle qui a façonné notre civilisation nous rend redevables. La danse fragile qui voit l’humanité osciller entre le meilleur et le pire nous impose le respect du temps passé, mais surtout la responsabilité vigilante de l’héritage futur. C’est un joyeux défi que se transmettent les générations sans interruption depuis tant de siècles. Allons-nous changer le monde ? Oui ! A nous de décider comment ; imposons-nous le temps de la patience et de la réflexion, et travaillons dans la joie de la besogne commune.
L’histoire du colibri
Une légende amérindienne raconte l’histoire d’un colibri. La forêt est en feu. Les animaux sont terrifiés, résignés. Le petit oiseau ne renonce pas et participe au combat contre les flammes avec les quelques précieuses gouttes d’eau que son bec peut transporter : il fait sa part. Imitons-le et prenons part au merveilleux labeur qui fera que la joie de la vie existera pour longtemps encore. Loin du rêve infécond ou du terrible renoncement, œuvrons avec les compétences et les moyens de chacun pour que la perspective heureuse annonce notre avenir.

Alignons nos réalités de consommateurs sur nos revendications de citoyens. Travaillons pour l’intérêt collectif : associations, entreprises, actions solidaires, engagements locaux… Ces efforts silencieux forment une masse dont le bruit éclatant fera résonner le nécessaire vote quinquennal dans l’harmonie de la construction commune. Rome ne s’est pas faite en un jour, le monde ne se changera pas seul !
Bien sûr, il y aura des moments de doutes, de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Dans le cadre du concours « La parole aux étudiants », organisé à l’occasion des Rencontres économiques d’Aix­-en-­Provence, « Le Monde » publie un texte choisi par le Cercle des économistes. Elias Orphelin propose la création d’une monnaie mondiale cohabitant avec des monnaies locales aux fiscalités différenciées, afin de faciliter les circuits courts sans recourir au protectionnisme.
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Pour « la création d’un système bi-monétaire mondial »

Dans le cadre du concours « La parole aux étudiants », organisé à l’occasion des Rencontres économiques d’Aix­-en-­Provence, « Le Monde » publie un texte choisi par le Cercle des économistes. Elias Orphelin propose la création d’une monnaie mondiale cohabitant avec des monnaies locales aux fiscalités différenciées, afin de faciliter les circuits courts sans recourir au protectionnisme.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 12h25
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 13h19
    |

Elias Orphelin (Elève en classe préparatoire économique et commerciale, option économie, au lycée Nelson-Mandela, à Nantes)







                        



                                


                            

Tribune. « Il n’y a pas de gagnants dans une guerre commerciale » rappelait la commissaire européenne au commerce Cecilia Malmström le 7 mars 2018, après que Donald Trump eut annoncé la mise en place de taxes sur les importations américaines.
De fait, depuis la Révolution industrielle, l’ouverture des économies a permis une accélération du développement économique, social et politique des différents pays du globe. Le libre-échange est aujourd’hui nécessaire dans un monde dont les pays sont interdépendants. Une résurgence du protectionnisme est à combattre, car il menace la cohésion internationale.
Mais le libre-échange a aussi des tares indéniables, notamment en ce qui concerne la dégradation de l’environnement. Selon le Forum international des transports, le fret international de marchandises est à l’origine de 7 % des émissions mondiales de CO2 – une proportion qui ne devrait qu’augmenter dans les prochaines années : le volume du transport de marchandises pourrait être multiplié par quatre d’ici à 2050.
Posture protectionniste
Ces chiffres sont vertigineux au regard des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre que proposent les accords de Paris, qui pourtant ne sont pas suffisants pour limiter à 2°C la hausse des températures.
C’est l’une des raisons pour lesquelles se développent de plus en plus de mouvements visant à mettre en avant les productions locales et à favoriser les circuits courts pour réduire au maximum les trajets de marchandises. Mais cette démarche a une limite : comment convaincre le plus grand nombre de choisir des productions qui, certes, ont un bilan carbone moindre, mais dont le prix est égal, voire supérieur, à celui de marchandises exportées depuis l’autre côté du monde ?
Une idée consisterait à créer une taxe à l’importation de produits étrangers, afin de faire augmenter leur prix relatif. Cette solution permet de favoriser la production nationale, mais...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Pour un collectif de trente-sept économistes, parmi lesquels Esther Duflo (MIT), Philippe Martin (CAE) et Etienne Wasmer (Sciences Po), la clé de voûte d’une bonne acceptation démocratique des politiques publiques passe par des évaluations d’impact régulières.
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« Mesurer l’impact des politiques publiques est un exercice indispensable »

Pour un collectif de trente-sept économistes, parmi lesquels Esther Duflo (MIT), Philippe Martin (CAE) et Etienne Wasmer (Sciences Po), la clé de voûte d’une bonne acceptation démocratique des politiques publiques passe par des évaluations d’impact régulières.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 12h01
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 13h21
    |

                            Collectif








                        



                                


                            

Tribune. L’Assemblée nationale a organisé le 28 juin « Le printemps de l’évaluation », une conférence consacrée à la mesure de l’impact des politiques publiques. Y ont été présentés, à titre d’illustrations, des travaux sur des thèmes divers (éducation, emploi, fiscalité…), empruntant des méthodes variées (expérimentation aléatoire, analyse de données administratives, microsimulation).
Quel est l’impact des classes de CP à 12 élèves sur les apprentissages ? Quels sont les effets des hausses et des baisses de TVA sur les prix ? Quel est l’effet de l’assurance-chômage sur la reprise d’activité ? Ce sont quelques-unes des questions décisives pour la décision politique qui ont été discutées au cours de cette journée. Répondre à ces questions, c’est nous donner les moyens de comprendre quels sont les instruments efficaces pour une société plus juste.
Pourquoi une telle conférence ? Parce que mesurer l’impact des politiques publiques est un exercice indispensable, mais pas évident. Nous ne disposons pas de machine à remonter le temps : comment savoir ce qui se serait produit si une politique différente avait été mise en place ? Depuis deux décennies, les méthodes pour répondre à cette question ne cessent de faire des progrès.
Ni ruineux, ni compliqué
Pour ce faire, il faut mobiliser des sources de données administratives ou produire des enquêtes, organiser lorsque c’est possible des protocoles expérimentaux, et mobiliser les acquis de la recherche. Contrairement à ce qu’on entend parfois, ces approches ne sont ni ruineuses, ni effroyablement compliquées, et ne posent le plus souvent aucun problème éthique. Leur usage s’est répandu dans de nombreux pays. Mais elles demandent du soin et du temps. C’est pourquoi plusieurs institutions de recherche ont été les partenaires de cette conférence.
Aujourd’hui, l’évaluation des politiques publiques est extrêmement vivante, et la demande émanant de l’Etat et des collectivités territoriales...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Editorial. Le relèvement des taxes sur les exportations vers les Etats-Unis et les mesures de rétorsion des autres acteurs de l’économie mondiale risquent d’avoir de lourdes conséquences.
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La guerre commerciale est une folie

Editorial. Le relèvement des taxes sur les exportations vers les Etats-Unis et les mesures de rétorsion des autres acteurs de l’économie mondiale risquent d’avoir de lourdes conséquences.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 19h00
   





                        



   


Editorial du « Monde ». L’engrenage infernal de la guerre commerciale peut-il encore être stoppé ? Depuis que Donald Trump s’est lancé dans sa croisade pour réduire le déficit des échanges extérieurs américains, on assiste, impuissant, à un scénario aussi prévisible que dommageable pour l’économie mondiale.
Les menaces de relèvement des taxes sur les exportations vers les Etats-Unis proférées depuis des mois ont commencé à être mises à exécution, entraînant à leur tour des mesures de rétorsion, qui elles-mêmes sont sur le point de provoquer une nouvelle surenchère de la part de Washington, au mépris du droit international. Ainsi, de nouvelles sanctions sur des produits chinois pourraient être mises en œuvre dès le 6 juillet, tandis que les voitures européennes risquent prochainement de subir des taxes de 25 %.
« Les gouvernements étrangers ne peuvent pas réellement donner à Trump ce qu’il veut, parce qu’il leur demande d’arrêter de faire des choses qu’ils ne font pas vraiment. » Paul Krugman, Prix Nobel d’économie
Ce qui paraissait improbable il y a encore quelques mois est en train de se concrétiser, sans qu’on puisse à ce stade identifier ce qui pourrait ramener M. Trump à la raison. Pourtant, toute une série de voyants commence à clignoter. Les marchés financiers sont de plus en plus nerveux. Il y a quelques jours, le président de la banque centrale américaine, Jerome Powell, a alerté sur le fait que les entreprises envisagent de reporter investissements et embauches. Alors qu’un tiers des terres cultivées aux Etats-Unis sont destinées à produire pour l’exportation, les agriculteurs américains, qui ont pourtant voté en masse pour M. Trump, craignent de devenir les victimes collatérales de ses foucades protectionnistes.
Contrairement à ce que le président américain affirme, il n’y aura pas de vainqueur dans cet affrontement, comme l’anticipe la note publiée le 3 juillet par le Conseil d’analyse économique, qui parle d’« avis de tempête sur le commerce international ». Plusieurs scénarios sont envisagés, dont celui d’une « guerre commerciale totale », qui entraînerait pour les Etats-Unis, la Chine et l’UE un recul de 3 à 4 points de leur PIB. Les échanges entre la France et le reste du monde, hors UE, s’effondreraient de 42 %, avec un impact qui serait comparable à celui de la crise de 2008.

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                Taxes américaines sur les voitures : l’Europe menace Donald Trump de représailles



La situation est d’autant plus grave qu’elle échappe à toute rationalité. Comme le résume le Prix Nobel d’économie, l’Américain Paul Krugman, « les gouvernements étrangers ne peuvent pas réellement donner à Trump ce qu’il veut, parce qu‘il leur demande d’arrêter de faire des choses qu’ils ne font pas vraiment ». En fait, le constat du président américain, basé sur des calculs de politique intérieure, est erroné. Si les Etats-Unis accusent un déficit avec la plupart de leurs partenaires commerciaux, c’est parce que les Américains n’épargnent pas assez et vivent au-dessus de leurs moyens. De ce point de vue, la réforme fiscale récemment adoptée par le Congrès, en creusant dangereusement le déficit budgétaire, ne peut qu’amplifier le phénomène.
Dresser des herses aux frontières n’améliorera rien et risque au contraire de provoquer une réaction en chaîne inéluctable. L’augmentation des droits de douane va nourrir l’inflation, que la Réserve fédérale sera obligée de juguler en accélérant le relèvement de ses taux d’intérêt, ce qui aboutira à faire chuter l’investissement et la ­consommation. De façon irresponsable, Washington met en danger l’économie mondiale. Si le point de non-retour n’est pas encore atteint, il n’a jamais été aussi proche. La mauvaise nouvelle est que le seul qui puisse arrêter cette folie est le ­président des Etats-Unis le plus imprévi­sible de l’Histoire.

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                Guerre commerciale : la répétition des escarmouches rend les marchés nerveux






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Estimant qu’il a gagné la bataille de la démocratie illibérale et celle de l’immigration, le premier ministre hongrois propose de changer le logiciel de la droite européenne, explique, dans sa chronique, Alain Salles, chef du service international du « Monde ».
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« Le putsch démocrate-chrétien d’Orban »

Estimant qu’il a gagné la bataille de la démocratie illibérale et celle de l’immigration, le premier ministre hongrois propose de changer le logiciel de la droite européenne, explique, dans sa chronique, Alain Salles, chef du service international du « Monde ».



Le Monde
 |    05.07.2018 à 11h47
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 11h49
    |

            Alain Salles








                        



                                


                            

Chronique. Avant l’enterrement européen d’Helmut Kohl, mort le 16 juin 2017, la veuve de l’ancien chancelier allemand avait créé la polémique en laissant entendre qu’elle préférait un discours du premier ministre hongrois Viktor Orban plutôt que d’Angela Merkel. En vain. Un an plus tard, le 15 juin, Viktor Orban a célébré la mémoire de Kohl. La scène se passe à l’antenne hongroise de la Fondation Konrad Adenauer, un think-tank de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), le parti de la chancelière allemande, d’Helmut Kohl et de Konrad Adenauer. Le lieu idéal pour lancer le putsch démocrate-chrétien de Viktor Orban.
Fini l’illibéralisme et ses modèles encombrants (Poutine, Erdogan), le premier ministre hongrois se place désormais sous l’aile tutélaire des deux plus importants chanceliers allemands du XXe siècle : Adenauer, l’homme de la reconstruction, et Kohl, celui de la réunification. Et c’est sous ce double patronnage qu’il poursuit son attaque contre sa principale cible depuis 2015 : leur successeure, Angela Merkel, une chancelière affaiblie qui ploie sous les coups de son parti-frère bavarois, la CSU, en guerre contre sa politique migratoire.
La hantise des capitales européennes
Le président du parti, Horst Seehofer, n’a jamais caché ses liens avec Viktor Orban qu’il préférait inviter à ses congrès plutôt que la chancelière du « Wir schaffen das » (« Nous y arriverons »). Cette formule, employée alors qu’un million de migrants avaient pris la route des Balkans, en 2015, la poursuit. Barricadant son pays derrière des clôtures, Viktor Orban a incarné l’opposition européenne à cette politique d’accueil de la chancelière. Tous deux sont pourtant membres du Parti populaire européen (PPE), la première force politique au Parlement de Strasbourg.
Le 15 juin, sous les auspices d’Adenauer et de Kohl, il commence par une menace voilée : « En ce qui concerne les élections au Parlement européen de 2019,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Une partie des fonds européens d’aide publique au développement sert en réalité à aider les pays de transit à bloquer les réfugiés, et non à lutter contre la pauvreté explique dans sa chronique l’économiste Thibault Gajdos.
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« Le nombre de réfugiés quittant un pays n’a aucun lien avec l’ampleur de l’aide qu’il reçoit »

Une partie des fonds européens d’aide publique au développement sert en réalité à aider les pays de transit à bloquer les réfugiés, et non à lutter contre la pauvreté explique dans sa chronique l’économiste Thibault Gajdos.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 11h37
    |

                            Thibault Gajdos (Chercheur au CNRS)








                        



                                


                            

Tendances France. Depuis quelques mois, une petite musique persistante se fait entendre : il faut être implacable, mais généreux ; refouler impitoyablement les personnes qui tentent de venir en Europe, mais aider davantage les pays les plus pauvres. C’est Emmanuel Macron promettant devant l’ONU en 2017 de porter à 0,55 % du PIB l’aide publique au développement, mais condamnant il y a quelques jours les ONG portant secours aux naufragés en Méditerranée. C’est Laurent Wauquiez, déclarant le 28 juin : « Il faut que les navires ramènent les migrants sur les côtes dont ils sont originaires et il faut une aide au développement du côté africain. » Ce discours repose sur le raisonnement suivant : si les conditions de vie dans les pays les plus pauvres s’améliorent, leurs habitants auront moins de raisons de les quitter.
Raisonnement apparemment imparable… mais faux. Car on sait, depuis le début des années 1970 et les travaux du géographe américain Wilbur Zelinsky (1921-2013), qu’il existe une relation « en U inversé » entre migration et développement. Jusqu’à un certain stade, le taux d’émigration augmente avec le niveau de développement d’un pays ; puis cette relation se stabilise avant de s’inverser.
Processus d’accumulation de l’émigration
L’économiste Thu Hien Dao et ses collègues ont analysé les flux migratoires vers les pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) entre 2000 et 2010 (« Migration and Development : Dissecting the Anatomy of the Mobility Transition », Journal of Development Economics, n° 132, mai 2018).
Ils ont mis en évidence trois explications principales à cette relation à première vue paradoxale entre développement et migrations.
Tout d’abord, le niveau de qualification de la population augmente à mesure qu’un pays se développe. Or, les personnes qualifiées sont celles qui ont la plus forte propension à émigrer. Cela explique entre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Comment nommer l’innommable ? Le cinéaste expliquait, en 2005 au « Monde », comment il avait finalement choisi d’utiliser ce mot de Shoah pour son film qui retrace les horreurs nazies.
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Claude Lanzmann, à propos de « Shoah », en 2005 : « Si j’avais pu ne pas nommer mon film, je l’aurais fait »

Comment nommer l’innommable ? Le cinéaste expliquait, en 2005 au « Monde », comment il avait finalement choisi d’utiliser ce mot de Shoah pour son film qui retrace les horreurs nazies.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 11h27
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 13h05
   





                        


VERBATIM. A l’occasion de la mort de Claude Lanzmann, nous republions un extrait de Ce mot de « Shoah », écrit par le cinéaste, paru dans Le Monde du 26 février 2005.
« (...) Au cours des onze années durant lesquelles j’ai travaillé à sa réalisation, je n’ai donc pas eu de nom pour le film. “Holocauste”, par sa connotation sacrificielle et religieuse, était irrecevable ; il avait en outre déjà été utilisé. Mais un film, pour des raisons administratives, doit avoir un titre. J’en ai tenté plusieurs, tous insatisfaisants.
La vérité est qu’il n’y avait pas de nom pour ce que je n’osais même pas alors appeler “l’événement”. Par-devers moi et comme en secret, je disais “la Chose”. C’était une façon de nommer l’innommable. Comment aurait-il pu y avoir un nom pour ce qui était absolument sans précédent dans l’histoire des hommes ? Si j’avais pu ne pas nommer mon film, je l’aurais fait.
Le mot “Shoah” s’est imposé à moi tout à la fin parce que, n’entendant pas l’hébreu, je n’en comprenais pas le sens
Le mot “Shoah” s’est imposé à moi tout à la fin parce que, n’entendant pas l’hébreu, je n’en comprenais pas le sens, ce qui était encore une façon de ne pas nommer. Mais, pour ceux qui parlent l’hébreu, “Shoah” est tout aussi inadéquat. Le terme apparaît dans la Bible à plusieurs reprises. Il signifie “catastrophe”, “destruction”, “anéantissement”, il peut s’agir d’un tremblement de terre ou d’un déluge.
Des rabbins ont arbitrairement décidé après la guerre qu’il désignerait “la Chose”. Pour moi, “Shoah” était un signifiant sans signifié, une profération brève, opaque, un mot impénétrable, infracassable, comme un noyau atomique.

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                « Shoah », « Sobibor », les « Quatre sœurs » : une œuvre au service de la mémoire



Quand Georges Cravenne, qui avait pris sur lui l’organisation de la première du film au Théâtre de l’Empire, m’a demandé quel était son titre, j’ai répondu : “Shoah. – Qu’est-ce que cela veut dire ? – Je ne sais pas, cela veut dire ‘Shoah’. – Mais il faut traduire, personne ne comprendra. – C’est précisément ce que je veux, que personne ne comprenne.”
Je me suis battu pour imposer “Shoah” sans savoir que je procédais ainsi à un acte radical de nomination, puisque presque aussitôt le titre du film est devenu, en de nombreuses langues, le nom même de l’événement dans son absolue singularité. Le film a été d’emblée éponyme, on s’est mis partout à dire “la Shoah”. L’identification entre le film et ce qu’il représente va si loin que des téméraires parlent de moi comme de “l’auteur de la Shoah”, ce à quoi je ne puis que répondre : “Non, moi, c’est ‘Shoah’, la Shoah, c’est Hitler.” »

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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Pas d’images d’archives, aucune reconstitution, axé sur la parole des témoins directs, rescapés des camps ou nazis, et sur les paysages du crime : avec « Shoah », film titanesque, Claude Lanzmann a bouleversé son époque.
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« Shoah », « Sobibor », les « Quatre sœurs » : une œuvre au service de la mémoire

Pas d’images d’archives, aucune reconstitution, axé sur la parole des témoins directs, rescapés des camps ou nazis, et sur les paysages du crime : avec « Shoah », film titanesque, Claude Lanzmann a bouleversé son époque.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 11h25
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 11h59
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

Avec Shoah, documentaire sorti en 1985 et consacré à l’extermination des juifs durant la seconde guerre mondiale, Claude Lanzmann fut et restera l’auteur d’un film d’une envergure exceptionnelle dans l’histoire du cinéma comme dans celle des idées et des mentalités. Ce monument, d’emblée reconnu comme tel, a bouleversé son époque et il faut aujourd’hui rassembler ses souvenirs pour comprendre l’onde de choc qu’il a suscitée.

Premier choc : la portée historique du film, qui révèle par le détail au grand public l’existence et le processus d’un génocide partiellement occulté de la mémoire collective depuis l’après-guerre. Un lent travail de réappropriation de cette mémoire avait de fait commencé dès le début des années 1960, qu’il s’agisse de la tenue du procès Eichmann en Israël ou de la publication aux Etats-Unis de la somme de l’historien Raul Hilberg, La Destruction des Juifs d’Europe.
Insoutenable réalité
Deuxième choc : la manière dont le film fait soudain advenir cet événement dans sa plus insoutenable réalité, contre la dissimulation des nazis qui en ont effacé les traces, contre le pieux oubli des nations qui l’ont laissé commettre et contre la banalisation des fictions qui le remettent au goût du jour, à l’instar du célèbre feuilleton américain Holocauste (1978). Shoah, de la même manière qu’il le configure, nomme d’ailleurs l’événement, comme pour la première fois.
Troisième choc, sans lequel tout cela serait sans doute resté nul et non avenu : la radicalité esthétique du film. C’est d’abord sa dimension titanesque. Onze années de préparation, trois cents heures de pellicule tournées, neuf heures trente de projection. Un projet littéralement fou, tenu par la volonté d’un homme seul qui consacre dix années de sa vie à parcourir le monde et les archives, à rencontrer des survivants, pour tenter de donner forme à une chose qui en est, a priori, totalement dépourvue : l’annihilation industrielle...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Le toxicologue André Cicolella montre que des polluants jouent un rôle dans la « pandémie » de cancers de la prostate.
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La prostate chimiquement perturbée

Le toxicologue André Cicolella montre que des polluants jouent un rôle dans la « pandémie » de cancers de la prostate.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 10h00
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 12h57
    |

            Stéphane Foucart








                        



                                


                            
Le livre. Le cancer de la prostate pose une épineuse question aux épidémiologistes : la forte augmentation, ces dernières ­décennies, de l’incidence de ce cancer masculin – le plus fréquent – n’est-elle le fait que de l’allongement de l’espérance de vie et du surdiagnostic ? Ou bien y a-t-il aussi des causes qui demeurent sous le radar de la conversation publique et des politiques de prévention ?
Dans Cancer de la prostate et reproduction masculine, le chimiste et toxicologue André Cicolella, président du Réseau environnement santé (RES), rassemble les données les plus ­récentes et les dernières grandes publications scientifiques sur le cancer de la prostate et montre, de manière convaincante, que l’exposition à bas bruit de la population générale aux perturbateurs endocriniens (pesticides, plastifiants, cosmétiques, solvants, retardateurs de flammes, etc.) joue manifestement un rôle ­important dans ce que l’Organisation mondiale de la santé qualifie de pandémie.
Une progression fulgurante
Et pour cause : la progression de ce cancer a été fulgurante. D’un demi-million de cas diagnostiqués en 1990 dans le monde, on est passé à 1,6 million de cas en 2015. Soit un triplement en un quart de siècle. Les pays riches sont les plus touchés, où l’incidence a doublé durant cette période. Mais les pays les plus pauvres voient, eux aussi, s’alourdir le fardeau sanitaire du cancer de la prostate. « Le dépistage n’est donc pas la seule explication, car il est très peu développé dans les pays du Sud », écrit André ­Cicolella.
Et bien qu’il soit réputé moins dangereux que la plupart des autres cancers, « il est devenu la cinquième cause de mortalité masculine par cancer, avec 366 000 décès en 2015, et la première dans 29 pays », écrit M. Cicolella, qui étend son analyse à l’ensemble des troubles de l’appareil reproducteur masculin.
Pourquoi la question reste-t-elle aussi obstinément ignorée des pouvoirs publics ?...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos des « Révolutions du XXIe siècle ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
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Figures libres. Scruter tout ce qui change

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos des « Révolutions du XXIe siècle ».



Le Monde
 |    05.07.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 08h53
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Les Révolutions du XXIe siècle, sous la direction d’Yves Charles Zarka, Christian Godin et Sylvie Taussig, PUF, 576 p., 35 €.

« Révolution » a connu bien des aventures. Au fil des siècles, le mot et l’idée ont changé de sens radicalement. Dans le vocabulaire classique, ils évoquent une répétition cyclique, la révolution des planètes sur leur orbite. Rien ne change, tout recommence indéfiniment : chaque fois qu’un tour est « révolu », le processus reprend à l’identique. Avec les ­Lumières, 1789 puis les grands chambardements du XIXe siècle, une signification absolument opposée se met en place : « la » révolution devient renversement de l’ordre ancien, fracture unique et décisive, cassure de l’histoire. Cette fois, son triomphe suppose que tout change, que rien ne soit plus comme avant.
Notre XXIe siècle invente un autre sens encore : les révolutions – au pluriel, désormais – deviennent mutations mentales (concernant nos manières de concevoir le monde, les relations homme-nature, hommes-animaux…), bouleversements à la fois technologiques, intellectuels et sociaux (ère numérique, nanotechnologies, posthumanité…). Révolutions aussi les modifications affectives et psychiques (bouleversant les genres, l’intime, les désirs, la finitude…), sans oublier les changements sociaux (âge, travail, relations interpersonnelles et internationales…) ni les évolutions politiques (durabilité, mondialisation…).
Ces transformations multiples composent l’archipel de la complexité caractéristique de notre époque. Car nul ne sait au juste où elles vont. Plus encore, elles se révèlent indépendantes mais corrélées, autonomes et malgré tout en partie contrôlables. Ces nouvelles révolutions sont distinctes, mais toutes se déroulent à la fois hors de nous et en nous, sans nous et avec nous. Elles se tiennent hors de notre portée, tout en dépendant en partie de notre consentement ou de notre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Dominique Barthélemy réévalue, après Georges Duby, la fameuse bataille gagnée par Philippe Auguste en 1214.
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Histoire. Pour en finir avec Bouvines

Dominique Barthélemy réévalue, après Georges Duby, la fameuse bataille gagnée par Philippe Auguste en 1214.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 09h02
    |

                            Etienne Anheim (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Bataille de Bouvines. Histoire et légendes, de Dominique Barthélemy, Perrin, 400 p., 27 €.

En 1954, le peintre Georges Mathieu, figure de l’« abstraction lyrique », réalise La Bataille de Bouvines, une toile de 6 mètres de largeur sur 2,50 mètres de hauteur, au cours d’une performance artistique filmée. Saluée par Malraux et Breton, l’œuvre est, pour l’historien Dominique Barthélemy, l’un des signes d’une prise de distance, après deux conflits mondiaux, avec une bataille inscrite dans l’imaginaire de la France guerrière. Son nouvel ouvrage accomplit un pas supplémentaire dans cette direction, à la suite du ­Dimanche de Bouvines (Gallimard, 1973), de Georges Duby (1919-1996), dont il prolonge l’inspiration.
Au cours des siècles, la bataille gagnée par Philippe Auguste le 27 juillet 1214 s’est chargée de significations nouvelles, faisant d’elle la victoire du roi contre la féodalité, celle des communes contre la chevalerie ou encore, à l’époque moderne, celle de la nation française contre une coalition de ses ennemis héréditaires, l’Allemagne et l’Angleterre.
Autant de constructions a posteriori que le livre balaie pour préférer une lecture de l’événement au ras des sources contemporaines. Ce choix diffère de celui fait par Duby, qui s’intéressait peu au déroulement de la bataille elle-même, cherchant plutôt dans ses échos l’empreinte du fonctionnement de la société du XIIIe siècle, à l’aide d’une anthropologie structurale.
Dominique Barthélemy plonge au contraire au cœur de la mêlée, cherchant à saisir, par la microhistoire de chaque fait d’armes, les interactions sociales propres au monde des chevaliers. Il dissout ainsi l’unité de l’affrontement pour mieux dévoiler l’ordre féodal qui le sous-tend, ordre auquel il a consacré sa vie de chercheur.
Violence régulée
Bouvines prend alors un nouveau visage : c’est une affaire de nobles,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Rencontre avec une nation amérindienne du Québec ignorée. C’est « Le Peuple rieur », hommage anthropologique de Serge Bouchard et Marie-Christine Lévesque.
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Les Innus, enfin reconnus

Rencontre avec une nation amérindienne du Québec ignorée. C’est « Le Peuple rieur », hommage anthropologique de Serge Bouchard et Marie-Christine Lévesque.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 09h01
    |

            Marc-Olivier Bherer








                        



                                


                            
Le Peuple rieur. Hommage à mes amis innus, de Serge Bouchard et Marie-Christine Lévesque, Lux, « Mémoire des Amériques », 320 p., 18 €.

Demain, ils seront toujours là. Cette phrase ne traduit pas un espoir, mais une réalité trop souvent occultée : la présence et la (re)construction continues des peuples premiers d’Amérique. Ils ne s’apprêtent pas à disparaître comme, par une forme de compassion dévoyée, le monde blanc aime parfois à le croire.
La nation innue, vivant au Québec et dans le Labrador voisin, compte aujourd’hui un peu plus de 20 000 personnes, un nombre faible, mais qui n’autorise pas à négliger leur existence. Le Canada commence timidement à intégrer ce peuple au sein de ses institutions. Le G7, qui, en juin, s’est réuni en sommet dans la ville de Charlevoix, se trouvait sur le territoire ancestral innu. Le gouvernement canadien avait pris soin d’indiquer qu’il considérait l’événement comme « une occasion unique de faire connaître » les Innus.
L’anthropologie arrachée à la condescendance
Grande figure de l’anthropologie québécoise, Serge Bouchard (né en 1947) va bien plus loin. Il rend un vibrant hommage à ce peuple qu’il étudie depuis les années 1970, nous conviant à explorer quarante ans de recherche, avec sa compagne et éditrice Marie-Christine Lévesque, dans Le Peuple rieur (ainsi que les ­Innus eux-mêmes se considèrent), qu’ils cosignent bien qu’ils écrivent à la première personne du singulier.
Serge Bouchard ne cache pas l’admiration, l’empathie que lui inspirent les Innus. Cette proximité l’a d’ailleurs aidé à renouveler l’anthropologie en l’arrachant au regard condescendant qu’elle a longtemps jeté sur les Amérindiens, rupture épistémologique qui s’est produite dans les années 1960-1970 et dont il a été l’un des pionniers au Canada. Il revient sur les amitiés qu’il a pu nouer, qui lui ont donné accès à des réalités que la recherche ne percevait...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Alors que la gauche semble dépassée par la révolution conservatrice, le philosophe voit dans les nouvelles formes d’art et de mobilisation l’invention « d’autres manières de vivre ».
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Jacques Rancière : « Entre esthétique et politique, les frontières deviennent poreuses »

Alors que la gauche semble dépassée par la révolution conservatrice, le philosophe voit dans les nouvelles formes d’art et de mobilisation l’invention « d’autres manières de vivre ».



Le Monde
 |    05.07.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 17h03
    |

Nicolas Truong







                        



                                


                            
Philosophe, professeur émérite à l’université Paris-VIII, Jacques Rancière ne cesse d’articuler l’art et la politique, comme en témoignent ses deux derniers ouvrages, Les Temps modernes (La Fabrique, 152 pages, 13 euros) et La Méthode de la scène (avec Adnen Jdey, éd. Lignes, 144 pages, 15 euros), dans lesquels il interroge l’esthétisation de la politique et la politique de l’esthétique à partir d’une réflexion sur la scène et sur le temps. Alors que l’Europe se déchire sur la question des migrants, Jacques Rancière explique comment les ONG ont pris le relais des anciens partis de gauche et comment l’art est l’un des lieux où l’on peut dire et s’opposer à la violence du monde.
Pourquoi, face à la révolution conservatrice en cours en Occident, la gauche semble-t-elle si démunie ?
Nous assistons depuis quelques décennies à la réalisation de l’utopie capitaliste : l’idée que la loi du marché peut régler et réguler tous les aspects de l’existence. Or cette entreprise a repris ce qui avait été le cœur de la foi socialiste du XIXe siècle : l’idée d’une nécessité historique contre laquelle il est vain de lutter.

Les forces de gauche ont été désarmées par ce retournement, par lequel l’ennemi a confisqué leur horloge du temps. La réalisation de l’utopie progressiste par le capitalisme absolutisé a pétrifié la gauche, qui n’a pas pu concevoir de contre-pensée crédible ni de contre-pratiques efficaces. Tous les partis de gauche ont adhéré au credo du marché absolutisé. Les forces conservatrices, de leur côté, ne peuvent plus se distinguer qu’en enfonçant le clou là où elles peuvent faire la différence : le terrain des « valeurs » et celui de l’identité.
L’offensive du capitalisme absolu se double ainsi de celle des forces conservatrices, obligées de se radicaliser du côté nationaliste et raciste. Et les forces de gauche se trouvent limitées à une protestation éthique pour défendre la Terre contre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Claire Hédon, présidente d’ATD Quart Monde, plaide dans une tribune au « Monde » pour que les bailleurs HLM offrent aux ménages prioritaires du droit au logement un loyer proportionnel à leurs revenus, plutôt que de les estimer insuffisants et empêcher l’application de ce droit.
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« Priver les plus pauvres de logement est une injustice et une grave erreur »

Claire Hédon, présidente d’ATD Quart Monde, plaide dans une tribune au « Monde » pour que les bailleurs HLM offrent aux ménages prioritaires du droit au logement un loyer proportionnel à leurs revenus, plutôt que de les estimer insuffisants et empêcher l’application de ce droit.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 06h45
    |

Claire Hédon (Présidente d’ATD Quart Monde)







                        



                                


                            

Tribune. Face à l’échec de la politique du logement, qui exclut les plus pauvres d’un droit pourtant fondamental, osons changer de paradigme : fixons les loyers en fonction des revenus !
Aujourd’hui, plusieurs centaines de milliers de personnes n’ont pas accès à un logement social parce qu’elles sont trop pauvres. Un comble alors qu’elles ont été reconnues prioritaires au titre du Droit au logement opposable (DALO). Elles n’ont alors d’autre alternative que de s’entasser dans des logements privés, trop petits et trop chers, de demeurer des années en centre d’hébergement ou de rester à la rue. Pour mettre fin à cette injustice, le DALO doit revenir à ce pour quoi il a été créé en 2007 : être un véritable laissez-passer pour accéder au logement.

Or, que constatons-nous dans l’application du DALO ? Des commissions dressent les listes de familles jugées prioritaires. Puis les préfets leur attribuent, dans des délais variables, des logements sociaux. Mais leur décision ne s’impose pas car, simultanément, l’Etat exige des organismes HLM d’être rentables. A ce titre, le bailleur vérifie que la famille dispose de ressources suffisantes pour le logement proposé. S’il juge que ce n’est pas le cas, la décision du Préfet est annulée…
Paris détient un triste record
Chaque année, ce scénario se répète en Ile-de-France et dans les 1 151 communes situées en zone « tendue ». Une famille peut être recalée à quelques euros près parce que son « taux d’effort » financier est jugé démesuré. La situation s’est aggravée pour les plus fragiles avec la diminution de 5 euros par mois des APL depuis octobre 2017.

S’il n’existe pas de statistiques sur le nombre de personnes ainsi refusées, rappelons seulement que parmi les ménages déclarés prioritaires durant la période 2008-2017, 22,8 % n’étaient toujours pas relogées à la fin mars 2018. Avec un taux de 40,9 %, Paris détient un triste record, suivi par la Seine-Saint-Denis...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Dans une tribune au « Monde », la cofondatrice de l’association Halte à l’obsolescence programmée plaide pour une meilleure promotion de la réparation par les fabricants, les distributeurs et les pouvoirs publics.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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« Ce que l’on veut, c’est des produits fiables, qui ne tombent pas en panne précocement ! »

Dans une tribune au « Monde », la cofondatrice de l’association Halte à l’obsolescence programmée plaide pour une meilleure promotion de la réparation par les fabricants, les distributeurs et les pouvoirs publics.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 18h58
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 08h44
    |

Laetitia Vasseur (Cofondatrice et déléguée générale de l’association Halte à l’obsolescence programmée)







                        



                                


                            

Tribune. En décidant l’obligation de l’affichage de la durabilité des produits pour les fabricants en 2020, le gouvernement a ouvert la brèche. La Commission européenne s’y emploie d’ores et déjà grâce à l’élaboration d’un « indice de réparabilité », sans parler des récents travaux de l’ONU ou dans d’autres pays du monde.
Sans attendre d’y être contraintes, certaines entreprises prennent de l’avance. Après Seb et sa promesse de produits réparables pendant dix ans, c’est au tour de Fnac Darty d’annoncer, le 3 juillet, l’apposition d’une « note de réparabilité » sur les ordinateurs vendus dans ses magasins, afin de mieux conseiller ses clients. Mais quels sont les impacts réels de telles annonces ?

Dans environ 80 % des cas, le consommateur achète un nouvel équipement car l’ancien ne fonctionne plus. Un produit coûteux n’est pas toujours gage de durabilité, même si c’est globalement mieux que le bas de gamme. Echaudé par des produits décevants dont il a dû se séparer trop tôt, le consommateur ne disposant d’aucune information fait parfois un choix qui paraît rationnel : acheter moins cher pour limiter le risque financier de subir l’obsolescence d’un produit. Résultat, une frustration légitime et une course au moins-disant avec des composants de faible qualité, et une empreinte écologique désastreuse.
Comparer et mieux choisir
La note de réparabilité de Fnac Darty est donc à saluer car elle offre un double intérêt.
D’une part, cet affichage apporte au client les moyens de comparer et de mieux choisir. Par exemple, il vaut mieux sélectionner une marque qui s’engage à avoir des pièces détachées standards et la documentation nécessaire permettant d’entretenir et de réparer, plutôt que de devoir racheter un équipement entier dès la première panne, une fois que la garantie légale de deux ans est passée.
L’intérêt de cette note est de juger la réparabilité par tous, et non pas uniquement par le fabricant ou...




                        

                        

