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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-1"> ¤ Les eurodéputés vont devoir travailler à une nouvelle version de ce texte destiné à réformer le droit d’auteur pour l’adapter au numérique.
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Le Parlement européen écarte la directive controversée sur le droit d’auteur

Les eurodéputés vont devoir travailler à une nouvelle version de ce texte destiné à réformer le droit d’auteur pour l’adapter au numérique.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 12h27
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 13h09
    |

            Martin Untersinger








                        


Les divisions internes des groupes politiques du Parlement européen auront eu raison, du moins pour le moment, de la directive sur le droit d’auteur. Les eurodéputés ont refusé, jeudi 5 juillet par 318 voix contre 278, de valider la directive proposée par la commission des affaires juridiques de l’instance strasbourgeoise.
Ils vont donc devoir travailler, en septembre, à une nouvelle version de ce texte, destiné à réformer le droit d’auteur pour l’adapter au numérique avant de négocier avec les Etats membres et la Commission européenne.

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                Qu’est-ce que la directive sur le droit d’auteur ?



Ce texte a fait l’objet d’une opposition intense et d’un vaste effort de lobbying.
D’un côté, les artistes, leurs représentants et les éditeurs de presse, qui voient d’un bon œil un texte qui obligera les grandes plates-formes numériques à nouer des accords de rémunération ou de filtrer les contenus soumis au droit d’auteur postés sur leurs réseaux. Le projet de directive, proposé par la Commission européenne en 2016, était vu comme un moyen de compenser ce qu’ils perçoivent comme une asymétrie avec les grandes plates-formes numériques, qui profitent de contenus parfois soumis au droit d’auteur et postés sans autorisation par leurs utilisateurs.
De l’autre, les grands groupes de la Silicon Valley, les défenseurs des libertés numériques et le milieu des start-up. Ces derniers craignent que la directive n’instaure un système de filtrage généralisé des contenus, rendu obligatoire dans le cas où les plates-formes n’auraient pas trouvé d’accord avec les ayants droit. Ils soupçonnaient aussi la directive, qui prévoit une rémunération pour les éditeurs de presse lorsque leurs contenus sont analysés et référencés par les grandes plates-formes, ne mette à mal le mécanisme du lien, consubstantiel au fonctionnement du Web.
« Félicitations aux GAFA »
« Je vais faire mon possible pour aider les eurodéputés à trouver un compromis autour des objectifs initiaux de la réforme : une rémunération juste des artistes, le soutien au secteur culturel, la protection du débat et de la création en ligne et l’innovation dans l’économique numérique », a réagi Andrus Ansip, vice-président de la Commission européenne, chargé du marché unique du numérique.
Le rejet de cette directive constitue un revers cinglant pour les éditeurs et une victoire retentissante, en particulier pour le lobby des industries numériques. « Félicitations aux Gafa [acronyme de Google, Amazon, Facebook et Apple] », a posté sur Twitter Pascal Rogard, directeur général de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD). « L’Europe de la culture recule, mais le combat continue. Rendez-vous en septembre. »
« La campagne de désinformation orchestrée par les porte-voix des GAFA constitue un problème démocratique » soutenait, avant le vote, David El-Sayegh, le secrétaire général de la Sacem. « Google, Apple, Facebook, Microsoft et Amazon font du lobbying via des ONG bidons. Il est impossible d’avoir un débat à ciel ouvert avec l’un des responsables des GAFA, ils n’apparaissent jamais directement. »
L’Edima, un groupe de pression qui rassemble, entre autres, les « GAFA » a vu dans ce vote « une victoire pour la démocratie ». « Nous avons désormais une chance de lever les inquiétudes sur ce texte et créer des règles sur les droits d’auteur adaptées à notre société numérique » s’est, quant à elle, réjouie l’eurodéputée néerlandaise libérale Marietje Schaake, opposée à la directive et en pointe sur les questions numériques.

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                « McCartney contre Wikipédia, le clivage culturel qui traverse les siècles »






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-2"> ¤ Estimant qu’il a gagné la bataille de la démocratie illibérale et celle de l’immigration, le premier ministre hongrois propose de changer le logiciel de la droite européenne, explique, dans sa chronique, Alain Salles, chef du service international du « Monde ».
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« Le putsch démocrate-chrétien d’Orban »

Estimant qu’il a gagné la bataille de la démocratie illibérale et celle de l’immigration, le premier ministre hongrois propose de changer le logiciel de la droite européenne, explique, dans sa chronique, Alain Salles, chef du service international du « Monde ».



Le Monde
 |    05.07.2018 à 11h47
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 11h49
    |

            Alain Salles








                        



                                


                            

Chronique. Avant l’enterrement européen d’Helmut Kohl, mort le 16 juin 2017, la veuve de l’ancien chancelier allemand avait créé la polémique en laissant entendre qu’elle préférait un discours du premier ministre hongrois Viktor Orban plutôt que d’Angela Merkel. En vain. Un an plus tard, le 15 juin, Viktor Orban a célébré la mémoire de Kohl. La scène se passe à l’antenne hongroise de la Fondation Konrad Adenauer, un think-tank de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), le parti de la chancelière allemande, d’Helmut Kohl et de Konrad Adenauer. Le lieu idéal pour lancer le putsch démocrate-chrétien de Viktor Orban.
Fini l’illibéralisme et ses modèles encombrants (Poutine, Erdogan), le premier ministre hongrois se place désormais sous l’aile tutélaire des deux plus importants chanceliers allemands du XXe siècle : Adenauer, l’homme de la reconstruction, et Kohl, celui de la réunification. Et c’est sous ce double patronnage qu’il poursuit son attaque contre sa principale cible depuis 2015 : leur successeure, Angela Merkel, une chancelière affaiblie qui ploie sous les coups de son parti-frère bavarois, la CSU, en guerre contre sa politique migratoire.
La hantise des capitales européennes
Le président du parti, Horst Seehofer, n’a jamais caché ses liens avec Viktor Orban qu’il préférait inviter à ses congrès plutôt que la chancelière du « Wir schaffen das » (« Nous y arriverons »). Cette formule, employée alors qu’un million de migrants avaient pris la route des Balkans, en 2015, la poursuit. Barricadant son pays derrière des clôtures, Viktor Orban a incarné l’opposition européenne à cette politique d’accueil de la chancelière. Tous deux sont pourtant membres du Parti populaire européen (PPE), la première force politique au Parlement de Strasbourg.
Le 15 juin, sous les auspices d’Adenauer et de Kohl, il commence par une menace voilée : « En ce qui concerne les élections au Parlement européen de 2019,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-3"> ¤ Une partie des fonds européens d’aide publique au développement sert en réalité à aider les pays de transit à bloquer les réfugiés, et non à lutter contre la pauvreté explique dans sa chronique l’économiste Thibault Gajdos.
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« Le nombre de réfugiés quittant un pays n’a aucun lien avec l’ampleur de l’aide qu’il reçoit »

Une partie des fonds européens d’aide publique au développement sert en réalité à aider les pays de transit à bloquer les réfugiés, et non à lutter contre la pauvreté explique dans sa chronique l’économiste Thibault Gajdos.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 11h37
    |

                            Thibault Gajdos (Chercheur au CNRS)








                        



                                


                            

Tendances France. Depuis quelques mois, une petite musique persistante se fait entendre : il faut être implacable, mais généreux ; refouler impitoyablement les personnes qui tentent de venir en Europe, mais aider davantage les pays les plus pauvres. C’est Emmanuel Macron promettant devant l’ONU en 2017 de porter à 0,55 % du PIB l’aide publique au développement, mais condamnant il y a quelques jours les ONG portant secours aux naufragés en Méditerranée. C’est Laurent Wauquiez, déclarant le 28 juin : « Il faut que les navires ramènent les migrants sur les côtes dont ils sont originaires et il faut une aide au développement du côté africain. » Ce discours repose sur le raisonnement suivant : si les conditions de vie dans les pays les plus pauvres s’améliorent, leurs habitants auront moins de raisons de les quitter.
Raisonnement apparemment imparable… mais faux. Car on sait, depuis le début des années 1970 et les travaux du géographe américain Wilbur Zelinsky (1921-2013), qu’il existe une relation « en U inversé » entre migration et développement. Jusqu’à un certain stade, le taux d’émigration augmente avec le niveau de développement d’un pays ; puis cette relation se stabilise avant de s’inverser.
Processus d’accumulation de l’émigration
L’économiste Thu Hien Dao et ses collègues ont analysé les flux migratoires vers les pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) entre 2000 et 2010 (« Migration and Development : Dissecting the Anatomy of the Mobility Transition », Journal of Development Economics, n° 132, mai 2018).
Ils ont mis en évidence trois explications principales à cette relation à première vue paradoxale entre développement et migrations.
Tout d’abord, le niveau de qualification de la population augmente à mesure qu’un pays se développe. Or, les personnes qualifiées sont celles qui ont la plus forte propension à émigrer. Cela explique entre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-4"> ¤ Des migrants secourus par l’ONG allemande en Méditerranée sont arrivés mercredi à l’aéroport Roissy – Charles-de-Gaulle. Ils racontent leur histoire et l’espoir que constitue l’arrivée en France.
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Dans l’avion pour Paris avec les réfugiés du « Lifeline »

Des migrants secourus par l’ONG allemande en Méditerranée sont arrivés mercredi à l’aéroport Roissy – Charles-de-Gaulle. Ils racontent leur histoire et l’espoir que constitue l’arrivée en France.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 11h15
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 11h33
    |

            Julia Pascual (La Valette - envoyée spéciale)








                        



   


D’ordinaire, ce sont les groupes de touristes qui se font remarquer. Avec leurs tee-shirts aux couleurs criardes, ils dénotent dans les allées de l’aéroport international de Malte. Ce jeudi 5 juillet, peu après 5 heures du matin, entre les boutiques de duty free et les comptoirs d’embarquement, ce sont des voyageurs d’un autre genre qui ont attiré les regards. Cinquante-deux migrants africains, tous vêtus du même tee-shirt orange, en shorts et en tongs, ont pris place dans la file du vol La Valette-Paris d’Air Malta. A l’issue de ce voyage commencé pour certains il y a plusieurs années, l’asile.
Depuis que l’Italie a refusé en juin l’accès à ses ports au bateau Aquarius et à ses 629 passagers, l’Europe se déchire autour de l’accueil des migrants. A Malte, 234 personnes ont été débarquées le 27 juin après que l’Italie a de nouveau refusé l’accès à ses ports. Elles avaient été secourues par le bateau Lifeline de l’ONG éponyme tandis qu’elles dérivaient dans deux embarcations de fortune, dans les eaux internationales.
La France a décidé d’offrir sa protection à 52 de ces rescapés, participant d’une forme de solidarité européenne, aux côtés de plusieurs autres Etats-membres. Alors que l’avion entamait sa descente vers l’aéroport de Roissy – Charles-de-Gaulle, jeudi, Moubarak, un Soudanais de 28 ans, confiait tout ignorer de la France. « Mais je vais beaucoup mieux depuis que je réalise que je vais retrouver un endroit où on considère l’être humain », assure-t-il.
« C’est une belle opération »
Les migrants accueillis à Paris jeudi ont déjà passé à Malte des entretiens avec des personnels de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) ainsi que des « entretiens de sécurité » avec des fonctionnaires du ministère de l’intérieur. Ils devaient rejoindre des centres d’accueil à Toulouse et Neuilly-sur-Marne (Seine-Saint-Denis) où ils seront hébergés avant d’obtenir officiellement l’asile.
« C’est une belle opération », souligne Samia Khelifi, directrice adjointe de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, qui a accompagné le voyage depuis Malte avec la Direction générale des étrangers en France. Une majorité de ces migrants sont originaires du Soudan. Mais le groupe compte aussi trois Erythréens, une Somalienne, une Togolaise, trois Ivoiriens et un Tchadien. La plupart sont des hommes de moins de 30 ans, à l’exception de quatre femmes dont une mère et sa fille de 3 ans.
Pendant le vol, ils ont accepté de raconter leur histoire et leur traversée de la Méditerranée. Aïcha a laissé ses quatre enfants au Togo. Elle n’a pas eu de nouvelles d’eux depuis qu’elle a quitté son pays, il y a sept mois. Elle en pleure. Cette femme de 39 ans est passée par le Niger puis la Libye avant de tenter la traversée de la mer Méditerranée. Comme beaucoup, elle garde un souvenir très dur de son parcours migratoire, et notamment des geôles libyennes. Mohamed Idriss, un Soudanais de 24 ans, y a passé quarante-cinq jours.
« En ­Libye, je travaillais dans des champs et, un jour, on m’a attrapé et jeté en prison, sans que je sache pourquoi, dit-il. C’était horrible. J’ai été torturé. En ne nous laissait pas dormir et je n’avais presque rien à manger. » 
Un jour, alors qu’il faisait des travaux forcés dans un champ de pommes de terre, il a réussi à s’échapper. Il a alors tenté la traversée. « On sait que c’est très dangereux mais, s’il y a un infime espoir d’y arriver, on prend le risque », explique-t-il. Partis de Libye en pleine nuit, Mohamed Idriss et les autres réfugiés du Lifeline ont failli ne jamais voir l’Europe.
« On a découvert deux bateaux en détresse assez tôt le matin du 21 juin, se souvient Aline Watermann, chargée de communication de Lifeline. On a essayé de venir en aide aux gens en leur envoyant des gilets de sauvetage. Et puis, assez rapidement, on les a pris à bord. » 
Les garde-côtes libyens seraient arrivés après ces opérations de transbordement. « Le MRCC [Centre de coordination et de sauvetage maritime de Rome] nous a dit que les garde-côtes libyens arrivaient mais le débarquement avait déjà eu lieu, poursuit Mme Watermann. Les Libyens ont exigé de pouvoir reprendre les personnes mais notre réponse a été claire. On ne peut pas accepter ce qui est contraire au principe de non-refoulement [des demandeurs d’asile] et au droit international maritime qui veut que les personnes sauvées soient amenées vers le port sûr le plus proche. »
« Prêt à tout faire »
Après cet épisode, il aura fallu plusieurs jours pour que le Lifeline soit autorisé à accoster dans un port européen. Tous les migrants se souviennent de moments éprouvants. Aboubacar, un Ivoirien de 20 ans, évoque « une semaine de calvaire » : « L’équipage faisait des efforts mais il n’y avait pas de place sur le bateau, pas assez de nourriture et la mer était agitée. Les gens étaient tendus et il y a eu des échauffourées. » « Beaucoup étaient malades et vomissaient », ajoute Ange-Gabriel, un Camerounais de 19 ans.

   


Aujourd’hui, le jeune homme se dit « fier » d’être « sorti de la souffrance en Libye » où il est resté plus d’un an. Maintenant, il voudrait faire une formation en soudure et reprendre la boxe thaïe. Aïcha souhaiterait, elle, garder des enfants ou faire des ménages. Moubarak n’a pas de qualifications mais est « prêt à tout faire ». Qu’attendent-ils de la France ? « Je veux qu’on me donne la liberté de circuler et de participer à la vie de citoyen de tous les jours », espère Mohamed Idriss.
A l’atterrissage à Paris, jeudi vers 9 h 30, une véritable délégation attendait ces 52 réfugiés. Le directeur de l’Ofpra, Pascal Brice, distribuait des « salam » chaleureux à chacun d’eux, tandis que des journalistes avançaient avec micros et caméras. Sans même le savoir, les réfugiés du Lifeline participaient d’une mise en scène de l’accueil français, et écrivaient à leur tour une page de la crise européenne autour des migrants.
Pendant ce temps, le navire était toujours placé sous séquestre à Malte, empêché de repartir.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-5"> ¤ Des centaines de milliers de supporteurs étrangers ont découvert la Russie grâce au football. Quid de leurs hôtes ? Petit tour d’horizon non exhaustif et forcément subjectif.
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Coupe du monde 2018 : et si les Russes avaient eux aussi appris de leurs visiteurs ?

Des centaines de milliers de supporteurs étrangers ont découvert la Russie grâce au football. Quid de leurs hôtes ? Petit tour d’horizon non exhaustif et forcément subjectif.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 11h06
    |

            Benoît Vitkine








                        



   


C’est un fait incontestable : le Mondial organisé cette année en Russie laissera une empreinte profonde chez les supporteurs venus de la planète entière y soutenir leur équipe. La Russie est un pays propice aux clichés – nombre d’entre eux ont été battus en brèche par l’organisation sans anicroche et la fête joyeuse que le pays a su offrir au monde.
Il faut dire que les Russes – mis à part ceux, nombreux, à ignorer totalement l’événement – se sont joyeusement joints au carnaval bigarré qui a déferlé sur les onze villes-hôtes, ou ont simplement mis un point d’honneur à accueillir au mieux leurs hôtes d’un mois. Les télévisions locales ne se sont pas privées d’insister avec avidité sur le contraste entre la joie des fans et « les horreurs que l’on raconte sur nous dans les médias étrangers ». A l’aéroport de Volgograd, des bénévoles distribuaient aux supporteurs anglais des brochures, prévenant : « Nous sommes des gens tout comme vous ; et non, les Russes ne boivent pas de la vodka à longueur de journée ! »
Des centaines de milliers de visiteurs, venant parfois de régions aux allures de terra incognita pour la Russie – Amérique latine, Afrique… – ont bel et bien découvert la Russie grâce au football. Et les Russes ? Qu’ont-ils découvert à la faveur de ce grand brassage planétaire ? Petit tour d’horizon non exhaustif et forcément subjectif.
De vrais chants de supporteurs
Pour les commentateurs de la télévision russe, ce fut un éternel sujet d’extase : ébahis, d’abord, par le nombre de supporteurs venus soutenir leur équipe match après match – avec un sérieux avantage pour les Sud-Américains –, mais surtout par la qualité et la diversité de leurs chansons. Au niveau du volume sonore, les Russes se sont bien défendus, durant les matchs de leur équipe, mais leur sempiternel « Ro-ssi-a ! Ro-ssi-a ! » apparaît un peu terne face à la profondeur des répertoires brésilien ou anglais.
Il faut dire que la Russie n’est qu’à moitié une terre de football, celui-ci se voyant concurrencé par le hockey. Et que jusqu’à la chute de l’Union soviétique, si crier pour encourager son équipe était permis, toute organisation structurée était regardée avec méfiance.

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                Coupe du monde 2018 : Spartak, CSKA, Dynamo… Moscou et ses bouillants derbys soviétiques



Les petits gestes civiques du quotidien
La Russie n’est pas précisément le pays du tri sélectif. A vrai dire, elle n’est pas même le pays où l’on a le réflexe de débarrasser son plateau de fast-food. Alors, quand dès les premiers matchs, sont apparues des images montrant des supporteurs nettoyant les travées du stade à l’issue des rencontres, elles ont fait fureur. Pour ne pas tomber dans l’angélisme, signalons que la rue Nikolskaïa au petit matin a rarement la propreté d’une gare suisse.
Payer 5 000 roubles un taxi de l’aéroport et dire merci
Petit intermède mauvais esprit, puisqu’il en va ici des quelques escroqueries dont ont été victimes les visiteurs étrangers. On ignore leur ampleur, mais dès le début de la compétition, des différences de prix « significatives » ont été remarquées dans des restaurants entre les menus en russe et en anglais, une pratique inhabituelle en Russie. Plus courant en revanche durant ce genre d’événements, de nombreuses surfacturations ont été observées dans des taxis, la palme revenant à des Saoudiens qui ont payé 30 000 roubles (400 euros) au lieu de 3 000 le trajet entre l’aéroport et leur hôtel. A Samara, un chauffeur de taxi nous a donné le fin mot : « Tout le monde augmente ses prix, les hôtels en premier lieu, et nous on devrait continuer à gagner des misères ? A quoi il nous sert, ce Mondial ? »

   


Parler les langues étrangères…
La pratique de l’anglais progresse à grande vitesse en Russie. Et des efforts ont été faits pour ne pas laisser les supporteurs étrangers face à un mur linguistique. Des volontaires jeunes et anglophones sont venus de toute la Russie, et pas seulement des villes hôtes, pour aider les visiteurs aux abords des stades, dans les transports… On a même vu à Moscou des policiers affublés de brassards « Tourist police »… et on a été vite rassurés de constater que leur lexique allait rarement au-delà de « hello ».
Dans la catégorie choc linguistique, on signalera cette très belle rencontre entre l’envoyé spécial du Temps Lionel Pittet et Nikita, son « ami Google Translate ».
… et tout simplement, parler !
Dans les premiers jours, les policiers regardaient avec des yeux ronds les hordes de barbares peinturlurés déferlant sur leurs villes. Question d’habitude : en Russie, les rassemblements impromptus sont interdits, puisqu’ils peuvent s’assimiler à une manifestation non autorisée. Puis, leur visage s’est déridé, avant que le miracle ne se produise : des sourires, et parfois un « bonjour » glissé timidement.

Sweetest scene came when I saw two Russian police officers having a conversation in English (!!!) with two foreign… https://t.co/MomwTVm2b2— yaffaesque (@Joshua Yaffa)


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Dans un autre Tweet, le même Joshua Yaffa, correspondant du New Yorker, reconnaissait, comme nombre de Russes et d’étrangers, n’avoir jamais vu Moscou aussi ouverte, vivante, authentique, amicale… Et de s’interroger avec une pointe de scepticisme : « Espérons que ça continue après le mois de juillet. »
Les Russes de la rue, eux, ont attendu moins longtemps pour briser la glace. Les scènes de fraternisation entre supporteurs d’équipes rivales les ont rapidement séduits et ils se sont joints avec ferveur au carnaval bariolé qui a fait chavirer les onze villes-hôtes nuit et jour.
Au rayon des scènes improbables, citons celle-ci, rapportée par le journaliste britannique Oliver Caroll, correspondant de The Independent et de l’Evening Standard, à qui un fan anglais dit : « Je ne comprends pas. Les Russes sont TROP amicaux, c’est presque inquiétant. Je parlais avec un ultra qui avait “Marseille 2016” tatoué sur la jambe, et tout ce qu’il voulait faire c’est me prendre dans ses bras. » Pour mémoire, « Marseille 2016 » correspond à ce jour de l’Euro 2016 où des hooligans russes ont sévèrement corrigé des centaines de supporteurs anglais…

An English fan in Volgograd: “I don’t understand. The Russians are being TOO friendly. It’s almost worrying. I was… https://t.co/Nutf96Ppas— olliecarroll (@Oliver Carroll)


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Sans excès toutefois…
Fraternisation, chaleur, alcool… C’est un point sur lequel les Russes eux-mêmes ne se sont pas encore mis d’accord. Faut-il se réjouir ou condamner des rencontres, éphémères ou non, entre jeunes femmes russes et supporteurs étrangers ? La question a fait l’objet d’étranges débats, jusqu’au Kremlin.
Le début du tournoi a ainsi été marqué par la mise en garde de la députée Tamara Pletneva, présidente du comité de la Douma (le Parlement) à la famille, aux femmes et aux enfants, qui a averti les jeunes Russes des conséquences d’idylles avec des étrangers : larmes, séparation, grossesses, enfants enlevés… le tout aggravé si les parents sont « de race différente ». Face au tollé suscité, le porte-parole du Kremlin a dû rappeler que les femmes russes font bien ce qu’elles veulent.
On ignore si, comme après les Jeux olympiques de Moscou en 1980, le Mondial sera à l’origine d’un (modeste) boom démographique, mais on a effectivement vu des idylles se nouer dans un climat tout à fait joyeux. Cela n’a pas empêché le chroniqueur du Moskovski Komsomolets de remettre une pièce dans la machine en écrivant, le 27 juin, un long article intitulé : « Une génération de putains : les Russes au Mondial se déshonorent et déshonorent leur pays ».
La géographie et la tolérance
Entendu par une consœur de France 24 après le match Russie-Uruguay joué dans une chaleur étouffante :
- Ah ça les Uruguayens ils ont bien joué ! - C’est normal, là-bas en Afrique ils sont habitués à la chaleur.
Tout comme les amateurs de ballon rond apprennent dès leur plus tendre enfance la localisation des villes de Brno ou de Cluj, gageons que la Coupe du monde élargira l’horizon de nombreux Russes.

   


Signalons surtout que jusqu’à présent, la compétition n’a pas été marquée par de quelconques incidents racistes, à l’exception de chants nazis entendus à Volgograd, et dont la responsabilité revient, ex aequo, à des supporteurs russes et britanniques. Effet des avertissements très clairs du pouvoir qu’il ne tolérerait aucun incident ou changement en profondeur de la société russe ?
Et les droits de l’homme dans tout ça ?
Il fallait sans doute être naïf pour en attendre autre chose, mais on a du mal à imaginer que le Mondial change quoi que ce soit. Du côté des visiteurs, Mohamed Salah, et à travers lui une partie de l’Egypte, auront sans doute découvert certains aspects troubles de la Tchétchénie, où était hébergée la sélection égyptienne, mais pour le reste, les supporteurs étrangers en goguette sont rarement friands de découvrir les subtilités de la politique locale.
Un sondage – peu représentatif – mené sur quatre groupes de supporteurs étrangers nous l’a confirmé : tous ignoraient par exemple qui peut bien être Oleg Sentsov, prisonnier politique ukrainien détenu en Russie. La question des droits de l’homme en Russie ne se résume pas au cas Sentsov, mais celui-ci est d’autant plus emblématique que Sentsov tente, avec une grève de la faim débutée le 14 mai, d’utiliser l’aura de la compétition pour défendre la cause des quelque 70 prisonniers ukrainiens en Russie.
Dans l’autre sens, à moins que dans le secret des alcôves se déroulent des discussions passionnées sur la séparation des pouvoirs et le droit international, les questions politiques sensibles ne sont guère plus visibles aux yeux des Russes que d’ordinaire. Les quelques tentatives timides d’activistes LGBT d’évoquer le sujet de l’homophobie ou les appels d’ONG à la libération de défenseurs des droits de l’homme emprisonnés n’ont eu aucun écho dans le pays. Pour reprendre l’exemple d’Oleg Sentsov, son sort est très largement passé sous silence dans les médias russes. Et quand les officiels sont sommés de s’exprimer dessus, c’est pour assurer… que l’homme « a gagné des kilos ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-6"> ¤ Le Parlement européen devait donner son aval à un texte très contesté. Certains craignaient que le filtrage a priori des contenus ne se transforme en mécanisme de censure privée.
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Qu’est-ce que la directive sur le droit d’auteur ?

Le Parlement européen devait donner son aval à un texte très contesté. Certains craignaient que le filtrage a priori des contenus ne se transforme en mécanisme de censure privée.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 06h38
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 12h34
    |

            Martin Untersinger








                        



   


L’Europe s’apprête-t-elle à « casser Internet » ? Doit-on dire adieu à « tout ce qui est pur et bon » sur les réseaux ? Le Web « tel que nous le connaissons » va-t-il disparaître ? La directive sur le droit d’auteur, que s’apprête à examiner ce jeudi le Parlement européen en séance plénière, a en tout cas suscité de très vives réactions.
Ce texte, présenté initialement par la Commission européenne en 2016, vise à rénover la loi européenne en matière de droits d’auteur, qui date d’une époque où le Web n’en était qu’à ses balbutiements. Son utilisation s’est largement démocratisée depuis, et il est aujourd’hui dominé par de grandes plateformes comme Facebook, Google ou YouTube. Ces dernières recensent, hébergent et mettent en valeur des contenus créés par d’autres : les vidéos d’un créateur sur YouTube, les contenus d’un utilisateur sur Facebook ou un article de presse indexé dans Google.
Cette prédominance est très contestée, particulièrement par les ayants droit (éditeurs de presse et maisons de disque pour la musique essentiellement). Selon eux, ces plateformes se sont notamment développées grâce à leurs contenus, et ce sans les rémunérer suffisamment, voire en abritant illégalement des contenus protégés par le droit d’auteur.

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                Droit d’auteur : la directive révisée sur le copyright adoptée



La loi européenne, et française, prévoit déjà ce cas de figure : lorsqu’un contenu sous droit d’auteur est publié illégalement par un utilisateur, c’est ce dernier qui est responsable. L’hébergeur, lui, ne le devient que lorsqu’il ne le supprime pas alors qu’il a été averti de la présence d’un contenu litigieux : cela vaut pour les problématiques de droit d’auteur mais également, par exemple, pour les contenus racistes. Cette responsabilité limitée a permis aux start-up, devenus géants du Web, de se développer sans obligations trop importantes et laissait aux autorités, notamment la justice, la possibilité de déterminer le cas échéant si des droits d’auteur avaient été bafoués.
Des accords avec les ayants droit ou du filtrage
La directive veut modifier, à la marge, cet équilibre pour les contenus sous droit d’auteur, comme la musique, les images ou la vidéo. Elle obligera toutes les plateformes en ligne (réseau social, service de vidéo en ligne…) à nouer des accords avec les ayants droit. Ces accords permettront de couvrir les cas où les utilisateurs postent des contenus protégés par le droit d’auteur sans accord ou autorisation.
Faute d’entente entre les plateformes en ligne et les ayants droit, les premières devront mettre en place un système technique pour empêcher la mise en ligne d’œuvres couvertes par le droit d’auteur. L’activité de leurs utilisateurs sera examinée afin d’empêcher qu’ils ne postent une photo ou une chanson dont ils ne disposeraient pas des droits.
Ce dispositif vise explicitement les GAFA. Pour les défenseurs de la directive, cela permettra aux auteurs de forcer la main à ces grandes plateformes.
Il existe cependant déjà des mécanismes similaires. En mars, la Sacem a ainsi signé un accord avec Facebook. Google a supprimé plus de 3,5 milliards de pages Web renvoyant vers des contenus piratés depuis 2011. Enfin, le filtrage d’œuvre sous droit d’auteur est déjà à l’œuvre sur la principale plateforme de vidéo en ligne. Google a mis en place, sur YouTube, un dispositif appelé Content ID, qui permet de repérer automatiquement, au moyen d’empreintes cryptographiques, les chansons et vidéos protégées par le droit d’auteur.
Pourquoi cela suscite-t-il des inquiétudes ?
L’entrée de ces dispositifs dans le droit européen a suscité de très vives critiques. Certains craignent que ce filtrage a priori des contenus se transforme en mécanisme de censure privée. « Les Etats devraient s’abstenir de mettre en place des lois nécessitant la surveillance proactive ou le filtrage des contenus, qui est en porte-à-faux avec le droit à la vie privée et se transformera probablement en censure », a ainsi taclé David Kaye, le rapporteur spécial de l’ONU sur la liberté d’opinion et d’expression, dans un avis sur le projet de directive. Les mécanismes automatiques de filtrage, comme le montre l’expérience de ContentID, en demi-teinte, pourraient peiner à distinguer les violations claires du droit d’auteur et les multiples exceptions (détournement, montage…) qui sont parfaitement légales.
Certains ont même dit craindre la fin des « mèmes » ces images retouchées et détournées à l’infini qui font florès sur Internet. La version de la directive issue du Parlement européen tente de tenir compte de ces limites et indique que « les œuvres non-contrevenantes doivent rester disponibles » tout en prévoyant un mécanisme d’appel pour les internautes qui estiment avoir été censurés à tort.
D’autres redoutent que ce système de filtre conduise toutes les entreprises d’Internet à scruter ce que postent leurs utilisateurs. Ce risque d’une surveillance a notamment été pointé par une étude du prestigieux institut Max Planck, l’équivalent allemand du CNRS. « Obliger certaines plateformes à déployer des technologies qui filtrent les données de leurs utilisateurs avant qu’ils ne postent est contraire [au droit européen] ainsi qu’à la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne » tacle-t-il dans son rapport.
L’article 11 de la directive prévoit d’imposer aux Etats-membres d’adopter une loi pour que les plateformes numériques rémunèrent les organismes de presse lorsqu’elles utilisent leurs contenus
Les eurodéputés ont très légèrement remanié la copie de la commission européenne et précisé que tout système de filtrage devrait « parvenir à un équilibre entre les droits fondamentaux des utilisateurs et des ayants droit » ainsi que « ne pas requérir l’identification individuelle des utilisateurs ni le traitement de leurs données personnelles ». Dans un avis rendu sur la version du Parlement de la directive, l’autorité de protection des données personnelles de l’Union européenne, tout en écartant (de peu) le risque d’une « surveillance généralisée », a pointé qu’il serait difficile pour un système de filtrage de ne pas traiter de données personnelles.
La directive a aussi suscité les critiques de certains opposants qui ont noté que ces technologies de filtrage, complexes et coûteuses, ne seraient à la portée que des principales plateformes numériques, pénalisant les plus petites. « Loin d’affecter les grandes plateformes américaines, qui peuvent largement se permettre le coût de la conformité, le fardeau de l’article 13 va être supporté en majorité par leurs rivaux, y compris les jeunes pousses européennes et les PME », ont ainsi écrit dans une lettre ouverte plusieurs intellectuels de premier plan, dont les inventeurs de l’Internet, du Web et de Wikipédia.
Une « taxe » sur les liens de presse
Un autre article de la directive suscite également une vive polémique. L’article 11 de la directive prévoit d’imposer aux Etats-membres d’adopter une loi pour que les plateformes numériques rémunèrent les organismes de presse lorsqu’elles utilisent leurs contenus, par exemple sous forme de liens vers des articles.
La version de la directive issue du parlement précise qu’un simple lien, sans extrait complémentaire, n’est pas concerné par cette rémunération et qu’elle ne « saurait empêcher l’utilisation légitime privée et non commerciale des publications de presse par les utilisateurs individuels ».
Dans la mire de la directive figure Google News, que les éditeurs de presse accusent régulièrement d’utiliser leurs articles (texte, photo). De son côté, Google rappelle souvent qu’il est, par le biais de cet outil, pourvoyeur de visiteurs sur les sites des journaux qu’il référence.
Pourquoi cela suscite-t-il des inquiétudes ?
Comme pour le système de filtrage automatique, certains craignent que seules les gros acteurs déjà installés, comme les GAFA, puissent prendre part à un système complexe de rémunération basé sur les liens.
D’autres voient un danger pour les libertés, soulignant le risque de voir la circulation de l’information se ralentir si les liens vers des contenus de presse se voient taxés. C’est le cas de plus de 200 universitaires spécialisés : dans une lettre ouverte ils estiment que « cette proposition va certainement contrarier le libre flot de l’information, d’une importance vitale pour la démocratie, (…) nuire aux journalistes [et] exacerber les asymétries de pouvoirs sur le marché des médias qui souffrent déjà d’une forte concentration dans beaucoup d’Etats membres. »
Plus fondamentalement, certains ont agité le spectre d’une mise en péril du lien hypertexte en lui-même, consubstantiel au Web. D’autres ont noté que les pays où avait été expérimentée une telle taxe en avaient souligné le manque d’efficacité. Dans un rapport, le parlement européen a ainsi noté « les effets plutôt incertains » de ce droit, sur la base de l’analyse des cas de l’Espagne et de l’Allemagne, qui l’ont déjà expérimenté.
Le Parlement décidera jeudi 5 juillet s’il accepte la version de la commission des affaires juridiques. Le texte fera ensuite l’objet d’une discussion entre les Etats membres, la Commission européenne et le Parlement. Dans un troisième temps et une fois la directive adoptée, les premiers devront transcrire cette directive dans leur droit national.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-7"> ¤ Le gouvernement conservateur fait face à une fronde des magistrats, incarnée par la première présidente de la plus haute instance judiciaire du pays, Malgorzata Gersdorf.
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La Cour suprême polonaise entre en résistance

Le gouvernement conservateur fait face à une fronde des magistrats, incarnée par la première présidente de la plus haute instance judiciaire du pays, Malgorzata Gersdorf.



Le Monde
 |    05.07.2018 à 06h37
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 09h06
    |

                            Jakub Iwaniuk (Varsovie, correspondance)








                        



   


Varsovie, mercredi 4 juillet, 8 heures du matin. Une foule dense de plusieurs milliers de personnes est venue encercler l’entrée de la Cour suprême polonaise. Les représentants des syndicats de juges, d’avocats, de magistrats se trouvent aux premières loges, ainsi que des personnalités comme Andrzej Rzeplinski, ancien président du Tribunal constitutionnel et ennemi public numéro un pour le pouvoir ultraconservateur, lors de sa première tentative de prise de contrôle du pouvoir judiciaire, fin 2015.
Tout le monde attend celle qui est devenue, malgré elle, le dernier symbole de la justice indépendante en Pologne : Malgorzata Gersdorf, première présidente de la Cour suprême. En vertu d’une loi entrée en application la veille, qui abaisse l’âge de départ à la retraite des juges, Mme Gersdorf, ainsi que près de 40 % des juges de l’institution, sont démis de leurs fonctions. Mais la durée du mandat de la magistrate est inscrite noir sur blanc dans la Constitution et doit prendre fin en avril 2020. Elle a donc déclaré qu’elle se rendrait au travail comme à son habitude.
Elle arrive sous un tonnerre d’applaudissements. La foule est électrisée. Derrière des roulements de tambour, la tension est palpable. On déploie un drapeau polonais d’une dizaine de mètres de large. Les citoyens rassemblés crient « merci » aux juges, pour leur persévérance. « Nous sommes avec vous », « les juges sont inamovibles et les tribunaux sont libres », « Bruxelles, Varsovie, même combat », « liberté, égalité, Constitution », scande la foule. Solennellement et de vive voix, on chante l’hymne national.
« Chaos juridique »
Quelques heures plus tard, après une réunion du collège des juges, Mme Gersdorf fait une déclaration : « La fonction de premier président de la Cour suprême a sa durée définie par la Constitution. Cette durée n’est pas discutable et non soumise à des changements législatifs. Dans ce cas, nous appliquons directement la Constitution. » Le juge Jozef Iwulski, qui a été désigné comme remplaçant de la première présidente en son absence, confirme : « Mme Gersdorf est et restera à son poste. » Par ces deux déclarations, l’institution entre officiellement en résistance face à la majorité ultraconservatrice.
« Le fait que Mme la présidente soit rentrée aujourd’hui dans la Cour signifie que la Constitution est toujours en vigueur, se réjouit Krystian Markiewicz, président de l’Association des juges polonais Iustitia. La Constitution dit que son mandat dure six ans, et ni le président ni une loi votée sans majorité constitutionnelle ne peuvent rien y faire. »

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                Pologne et Etat de droit, dangereuse impasse



Mais la menace plane toujours sur l’institution, et le sort des autres juges démis de leur fonction reste incertain. « Le pouvoir a ouvert les concours pour les 44 postes de juges à pourvoir, et il n’est pas exclu qu’à terme, on se retrouve avec une paralysie de la Cour suprême. C’est pourquoi la Commission [de Bruxelles] doit rapidement demander à la Cour de justice de l’Union européenne [CJUE] de bloquer l’application de cette loi. »
Selon M. Markiewicz, « le chaos juridique en Pologne est de plus en plus important ». « On le voit dans les tribunaux de droit commun. Ce qui s’y passe est inquiétant. Les juges font preuve d’une grande persévérance face au pouvoir, mais les garanties institutionnelles d’indépendance, elles, ont disparu. » D’après lui, les jugements émis à travers le pays montrent qu’à « 95 %, les juges s’opposent à l’actuel pouvoir ». Après avoir repris en main le Tribunal constitutionnel, le gouvernement a lancé une réforme de la justice, qui a permis le changement de plusieurs chefs de tribunaux et la réorganisation du Conseil national de la magistrature qui suscite la vive inquiétude de Bruxelles.
Le dialogue est dans l’impasse
La mobilisation se déplace ensuite vers le palais présidentiel. Le chef de la chancellerie du président Duda, Pawel Mucha, a déclaré que Mme Gersdorf « n’est plus un juge actif ». Entre l’exécutif et la Cour suprême, le dialogue est dans l’impasse. Mais pour les manifestants, cette victoire symbolique – et provisoire – a un goût amer.
« Le Tribunal constitutionnel a été écrasé, le Conseil national de la magistrature politisé, les tribunaux de droit commun subissent les purges du ministre de la justice, liste Borys Budka, député de la Plate-forme civique (PO, centre droit) et ancien ministre de la justice. La Cour suprême fait office de dernier bastion d’indépendance. » Selon lui, « il est très important que la CJUE se prononce au plus vite sur le cas polonais. Il en va de la crédibilité du système judiciaire polonais en Europe. »
Une crédibilité de plus en plus en question. En mars, la juge irlandaise Aileen Donnelly a créé un précédent, en refusant d’extrader un délinquant polonais poursuivi par un mandat d’arrêt européen. Elle a estimé que les réformes de la justice en Pologne ont « systématiquement endommagé l’Etat de droit ». Une première dans l’histoire de l’UE. La juge a saisi la CJUE.

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                La Commission ouvre une procédure d’infraction à l’encontre de Varsovie



« Je suis venu parce que les principes de base de l’Etat de droit sont violés depuis deux ans. La Pologne cesse d’être un Etat démocratique, et j’ai beaucoup de mal à l’accepter, nous confie Robert Konon, un ingénieur de 62 ans. Pendant vingt ans, je me suis senti citoyen européen. Maintenant, ce gouvernement nous éloigne des standards européens. Il me sera difficile de croire dans la légalité des prochaines élections, si toutes les institutions clés sont politisées. » La Cour suprême a, entre autres prérogatives, la validation des résultats des élections.
Pour Anna Buk, mère au foyer de 45 ans, « il n’y a pas de liberté sans respect de la Constitution ». « Dans les manuels scolaires, on apprend aux enfants le principe de séparation des pouvoirs et l’importance de la Constitution du 3 mai [1791, considérée comme la première en Europe]. Je ne veux pas faire de lavage de cerveau à mes enfants. »

   


Dans la soirée, l’ancien président et icône du syndicat Solidarnosc, Lech Walesa, s’est joint aux manifestants. « Qui enfreint la Constitution et la séparation des pouvoirs est un délinquant, ce sont des délinquants ! a-t-il martelé. Il va falloir leur faire rendre des comptes en temps venu, car ce qu’ils font est une atteinte aux intérêts de la Pologne. »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-8"> ¤ Dans un document, que « Le Monde » a pu consulter, Vienne s’en prend à la politique migratoire de l’UE et plaide pour un système où « aucune demande d’asile ne sera déposée sur le sol européen »
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Migrants : les inquiétantes propositions de l’Autriche

Dans un document, que « Le Monde » a pu consulter, Vienne s’en prend à la politique migratoire de l’UE et plaide pour un système où « aucune demande d’asile ne sera déposée sur le sol européen »



Le Monde
 |    05.07.2018 à 04h26
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 09h34
    |

            Cécile Ducourtieux (Bruxelles, bureau européen)








                        



                                


                            

C’est le genre de document qui n’était pas censé être rendu public, et pour cause : une note de Vienne – l’Autriche est gouvernée par une coalition droite-extrême droite et a récupéré la présidence tournante de l’Union européenne (UE) le 1er juillet – livre une vision purement sécuritaire de la migration, occultant intégralement son aspect humanitaire.
A en croire ce texte, qui a été soumis aux experts nationaux des vingt-huit membres de l’UE lors d’une réunion informelle à Vienne, lundi 2 et mardi 3 juillet, et que Le Monde a pu consulter, les migrants sont principalement des hommes jeunes et « beaucoup sont tout particulièrement sensibles aux idéologies hostiles à la liberté ou qui prônent la violence ».
A l’instar des pays du groupe de Visegrad (Hongrie, République tchèque, Slovaquie, Pologne), l’Autriche défend une Europe aux frontières closes et l’externalisation totale du droit d’asile hors des frontières de l’UE. Le texte propose de réfléchir à un nouveau « système de protection » où « aucune demande d’asile ne sera déposée sur le sol européen ». Avec un objectif, en 2025, de ne garantir l’asile qu’à ceux « qui respectent les valeurs de l’UE et ses droits et libertés fondamentales ». Une condition que l’UE n’impose absolument pas aux demandeurs d’asile.
Endiguer le flux de migrants
Etant donné que ce pays prospère, de presque 9 millions d’habitants, assure pour six mois la présidence de l’UE, cette note aide à comprendre ce qui se joue actuellement dans certaines capitales de l’UE. Le texte commence en affirmant que « les élites politiques et l’UE dans son ensemble ont perdu le contrôle de la situation » en 2015, lors du pic de la crise des migrants. Puis, le document insiste – c’est le véritable fil rouge de tout le texte – sur la supposée incapacité des Vingt-Huit à endiguer les flux et à sécuriser une frontière extérieure commune à la zone Schengen, sans pour autant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-9"> ¤ Un homme et une femme ont été hospitalisés dans un état critique à Salisbury, le 30 juin, après avoir été exposés à une « substance inconnue », aux similitudes troublantes avec l’agent innervant utilisé contre l’agent Skripal.
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Novitchok : le ministre de l’intérieur britannique enjoint Moscou de « s’expliquer »

Un homme et une femme ont été hospitalisés dans un état critique à Salisbury, le 30 juin, après avoir été exposés à une « substance inconnue », aux similitudes troublantes avec l’agent innervant utilisé contre l’agent Skripal.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 23h47
 • Mis à jour le
05.07.2018 à 15h00
   





                        



   


Les similitudes se multiplient entre le cas de deux Britanniques retrouvés mardi dans un état critique à Amesbury, dans le sud de l’Angleterre, et l’empoisonnement, en mars, de l’ex-agent double russe Sergueï Skripal et de sa fille Youlia à Salisbury, une ville proche, et dont la Russie a été jugée responsable par les Occidentaux. En effet, ils ont été exposés au même agent innervant, le Novitchok, a annoncé, mercredi 4 juillet au soir, la police britannique.
Le ministre de l’intérieur britannique, Sajid Javid, a enjoint les Russes de « s’expliquer » répétant les accusations portées par Londres contre Moscou.
Le Kremlin a assuré jeudi ne pas disposer d’informations « sur la substance en réalité utilisée, la façon dont elle a été utilisée », a déclaré lors d’un point-presse le porte-parole du Kremlin, se disant « très préoccupés » de « l’utilisation répétée de telles substances en Europe ». Moscou a accusé Londres de n’avoir jamais voulu d’enquête commune, alors que Londres a demandé à Moscou de s’expliquer après un nouvel empoisonnement de deux Britanniques. « La Russie a proposé dès le début à la Grande-Bretagne une enquête en commun et cette proposition est restée sans quelque réponse que ce soit », a déclaré aux journalistes le porte-parole du Kremlin, reprochant à Londres de ne montrer « aucun intérêt » pour de telles démarches.
« Extrêmement inquiétant »
La première ministre britannique, Theresa May, a assuré que la police allait « remuer ciel et terre pour déterminer ce qjui s’est passé ». « De voir que deux nouvelles personnes ont été exposées au Novitchok au Royaume-Uni est à l’évidence extrêmement inquiétant », a-t-elle déclaré jeudi lors d’une visite à Berlin.

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                Royaume-Uni : deux personnes exposées à une « substance inconnue » ont été hospitalisées



Les services antiterroristes du Royaume-Uni ont repris les rênes de l’enquête après l’identification par un laboratoire militaire de la nature de la substance, un agent neurotoxique de conception soviétique. Le Novitchok rompt la connexion entre le système nerveux et les muscles, empêchant progressivement la victime de respirer.
« C’est le même agent innervant [que celui décelé dans le cas de l’ex-agent double Sergueï Skripal et de sa fille Youlia]. Ce sera aux scientifiques de déterminer s’il vient du même lot », a déclaré à la presse Neil Basu, chef du contre-terrorisme britannique, lors d’un point de presse. La police n’a, à ce stade, pas été en mesure d’établir le mécanisme de transmission du poison, a-t-il poursuivi.
« Aucune preuve » de tentative de meurtre
Selon M. Basu, il n’y a « aucune preuve » suggérant que l’homme et la femme « étaient visés d’une quelconque manière ». La police s’est toutefois voulue rassurante en affirmant que le risque pour le public restait « faible ».

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                Novitchok : un poison soviétique à l’histoire sulfureuse utilisé contre l’agent double russe



« La première priorité du gouvernement est la sûreté des habitants de la zone, mais comme l’a clairement dit [l’agence de santé publique] Public Health England, le risque pour le grand public est faible », a déclaré le ministre britannique de l’intérieur Sajid Javid. Ce dernier a précisé qu’il présiderait une réunion d’urgence jeudi.
Les deux victimes, un couple, avaient été retrouvées samedi dans une habitation de Muggleton Road, dans un quartier résidentiel d’Amesbury. La police avait initialement émis l’hypothèse d’un incident lié à l’absorption de drogue. Selon M. Basu, « rien n’indique » qu’ils « se soient récemment rendus sur un des sites décontaminés après les tentatives de meurtre ayant visé Sergueï et Youlia Skripal ».
Plusieurs cordons de sécurité ont été mis en place dans des endroits où auraient pu se rendre les deux quadragénaires, et la présence policière y a été renforcée, notamment leur logement d’Amesbury, l’église baptiste de la ville et le parc Queen Elizabeth Gardens, à Salisbury.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-10"> ¤ « Tout pays a le droit d’élaborer son système judiciaire selon ses propres traditions », a lancé Mateusz Morawiecki aux eurodéputés, alors que Bruxelles et Varsovie s’affrontent sur la réforme de la justice.
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A Strasbourg, le premier ministre polonais réfute toute dérive antidémocratique

« Tout pays a le droit d’élaborer son système judiciaire selon ses propres traditions », a lancé Mateusz Morawiecki aux eurodéputés, alors que Bruxelles et Varsovie s’affrontent sur la réforme de la justice.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 15h19
 • Mis à jour le
04.07.2018 à 19h21
    |

            Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, bureau européen)








                        



   


Un dialogue de sourds, très animé, qui, semble-t-il, ne fera pas dévier d’un pouce l’intéressé : à l’issue de près de trois heures de débat avec le Parlement européen, mercredi 4 juillet, à Strasbourg, le premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a lancé un « merci » un peu froid aux eurodéputés, dont la plupart ne l’avaient pas ménagé.
Impassible face à un déluge de critiques, il a indiqué, dans la foulée, qu’il comptait bien poursuivre son programme de réformes – notamment de la justice – même si son pays est dans le collimateur de la Commission de Bruxelles. Celle-ci a lancé des procédures d’infraction et suggéré d’activer « l’article 7 », qui peut en théorie – après un vote à l’unanimité – priver un pays membre de ses droits de vote, pour cause de violation de l’Etat de droit.
Service minimum
Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, que l’on dit soucieux de ménager la relation avec la Pologne, n’était pas présent dans l’hémicycle, contrairement à ce qui avait été annoncé. Pas plus que le premier vice-président, Frans Timmermans, très en pointe dans le dossier du respect de l’Etat de droit et devenu la bête noire du PiS, le parti ultraconservateur au pouvoir. C’est le vice-président letton Valdis Dombrovskis qui jouait les suppléants. Il n’a rien dit de ce qui se déroulait au même moment à Varsovie, où la présidente de la Cour suprême confirmait son refus d’accepter une réforme qui la force à partir à la retraite.
M. Dombrovskis a évoqué ses origines polonaises et a dit son « admiration » pour un pays qui a « beaucoup offert » à l’Europe. Un pays, ajoutait-il cependant, qui a triplé ses exportations en quinze ans grâce à celle-ci et bénéficie de 86 milliards de fonds structurels entre 2014 et 2020, ce qui en fait le premier bénéficiaire de ces aides destinées au développement économique.
Le commissaire n’aura pas déclaré, comme d’autres responsables des institutions, qu’il fallait peut-être conditionner ces fonds au respect de l’Etat de droit ou à l’acceptation du principe de solidarité pour l’accueil des demandeurs d’asile. Il a glissé qu’une menace contre l’indépendance des juges était « une menace contre nous tous » et estimé « non souhaitable » le replacement de 40 % des membres de la Cour suprême. A l’issue de ce qui est apparu comme un service minimum, en retrait par rapport à des interventions antérieures de la Commission, le responsable letton, a prôné la poursuite du dialogue même s’il n’a « pas suffi » jusqu’ici.
« Etat fondateur »
M. Marowiecki a, dans un premier temps, présenté les réalisations récentes de la Pologne qui, dit-il, « aurait été un Etat fondateur de l’Union si le rideau de fer n’avait pas existé ». Son pays, souligne-t-il, a réduit le chômage, la dette publique et les déficits tout en luttant efficacement contre la pauvreté. Son gouvernement aurait aussi mené une lutte efficace contre la fraude à la TVA, l’évasion fiscale et la lutte contre les mafias, dont les milliards auraient été affectés aux dépenses sociales.
C’est cette préoccupation pour « les citoyens », que le premier ministre juge utile d’inculquer à une Europe appelée à être « plus juste ». Une Europe qui doit aussi assurer la sécurité, sans concurrencer l’OTAN, en se souciant principalement de protéger ses frontières. Une Europe « 4.0 » qui devrait, par ailleurs, renforcer sa compétitivité, se soucier de la transformation énergétique et réviser sa directive sur les services.
Une Europe, surtout, qui devrait redéfinir l’équilibre entre elle et les Etats-nations et respecter les identités nationales en ne songeant pas à d’autres transferts de compétence. C’est à cette condition, estime M. Morawiecki, qu’elle sortira de « sa crise existentielle ».
« Ne détruisez pas les valeurs »
L’immigration ? La Pologne a joué son rôle, assure-t-il, en accueillant 1,5 million d’Ukrainiens. Et elle est prête à doubler les montants affectés à l’Afrique… si les autres pays font de même. Les critiques sur les réformes contestées de son gouvernement ? « On ne peut pas dicter les valeurs à un Etat membre quand cela concerne des compétences nationales. Tout pays a le droit d’élaborer son système judiciaire selon ses propres traditions. »
Ces propos n’ont été applaudis que par les europhobes, les partisans du Brexit et l’extrême droite. Manfred Weber, chef de groupe du Parti populaire européen, s’est inquiété du respect des libertés à la télévision publique, à l’égard des pacifistes ou des ONG et a appelé le pouvoir polonais à cesser ses diatribes anti-allemandes. De quoi faire taire les rumeurs sur un possible ralliement du PiS à son groupe après les européennes de 2019 ? M. Morawiecki, lui, se dit pro-européen et paraît ne pas exclure cette option.
« Revenez au cœur de l’Europe, ne détruisez pas les valeurs au sein de votre propre pays », enchaînait Udo Bullmann, chef des sociaux-démocrates. Guy Verhofstadt, chef de file du groupe libéral et démocrate, soulignait que la Commission de Venise, organe consultatif du Conseil de l’Europe, comparait les réformes en cours à « celles de l’ex-URSS et de ses pays satellites ».
Les critiques des députés sur la censure des médias, le projet de loi sur l’avortement ou l’incarcération sans motif n’ont pas davantage démonté l’argumentaire du premier ministre. Il reproche à ses interlocuteurs de ne rien connaître de son pays, assure que la transparence et l’indépendance de la justice polonaise sont renforcées et que sa démocratie n’a « jamais été aussi vivante » chez lui. Et, « très optimiste », il tourne les talons en assurant que, non, son pays n’entend pas « faire tanguer la barque européenne ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-11"> ¤ Le texte passera de nouveau à l’Assemblée le 25 juillet, pour une lecture définitive prévue en septembre.
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Loi asile-immigration : pas d’accord entre Assemblée et Sénat en commission mixte paritaire

Le texte passera de nouveau à l’Assemblée le 25 juillet, pour une lecture définitive prévue en septembre.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 13h40
   





                        



   


Députés et sénateurs ne sont pas parvenus, mercredi, à surmonter leurs désaccords en commission mixte paritaire sur le projet de loi asile-immigration, selon plusieurs parlementaires.
En conséquence, le projet de loi « pour une immigration maîtrisée, un droit d’asile effectif et une intégration réussie » repassera en nouvelle lecture à l’Assemblée à partir du 25 juillet, puis au Sénat, avant sa lecture définitive, probablement en septembre, par les députés qui auront le dernier mot.
Le texte vise notamment à réduire à six mois, contre onze aujourd’hui, l’instruction de la demande d’asile. Objectif affiché : faciliter à la fois l’expulsion des déboutés et l’accueil des acceptés.
Le Sénat, à majorité de droite, avait réécrit le projet de loi en le durcissant sur plusieurs points qui étaient jugés inacceptables par la majorité LRM-MoDem.

        Lire aussi :
         

                Loi asile-immigration : en durcissant le texte, le Sénat permet aux députés de jouer la carte de l’humanisme



Les sénateurs avaient notamment restreint l’aide médicale d’Etat (AME), permettant l’accès aux soins des étrangers sans papiers. Dans ce contre-projet, ils étaient également opposés au droit à la réunification familiale pour les mineurs ayant obtenu l’asile, au droit au travail au bout de six mois pour les demandeurs d’asile et aux aménagements du délit de solidarité.
Un « dialogue constructif »
Néanmoins, le chef de file LRM Florent Boudié a fait savoir que les rapporteurs et présidents de commissions des lois des deux chambres avaient été proches d’un accord, mardi, lors d’une réunion préparatoire à la CMP de plus de trois heures.
Mais « la logique d’affichage politique l’a emporté », a-t-il déploré auprès de l’AFP, s’interrogeant sur une « droite sénatoriale caporalisée par Laurent Wauquiez » et « sa ligne qui va sur les plates-bandes de l’extrême droite ».
De son côté, le président de la commission des lois du Sénat, Philippe Bas (LR), tout en reconnaissant « le dialogue constructif » avec l’Assemblée, a estimé que « le Sénat ne pouvait laisser dénaturer son travail, ni accepter un compromis abandonnant la politique migratoire dans un entre-deux » alors que « les Français attendent des mesures de fermeté ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-12"> ¤ L’arrivée de l’extrême droite au pouvoir en Autriche et en Italie modifie les rapports de force au sein des Vingt-Huit.
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La droite dure européenne impose sa ligne contre les migrants

L’arrivée de l’extrême droite au pouvoir en Autriche et en Italie modifie les rapports de force au sein des Vingt-Huit.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 11h41
 • Mis à jour le
04.07.2018 à 11h42
    |

            Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, bureau européen)








                        



                                


                            

A Strasbourg, où les eurodéputés débattaient, mardi 3 juillet, des résultats du récent sommet européen sur la migration, la droite europhobe et l’extrême droite nationaliste ont rivalisé d’enthousiasme. Pour ces élus, ce conseil a été celui du basculement, marquant la victoire d’une nouvelle alliance populiste, celle des gouvernements italien, autrichien et hongrois – et quelques autres plus discrets – contre « l’axe Paris-Berlin-Bruxelles et ses commissaires », comme l’a dit le Français Nicolas Bay (Rassemblement national, ex-FN). « C’est la renaissance de l’Etat-nation ! », exultait le Britannique Nigel Farage, ancien héraut du Brexit.
Pour des observateurs plus neutres, la tonalité de ce sommet, censé traiter d’une question pourtant moins prégnante qu’il y a quelques années, car le nombre des arrivées dans l’UE a reculé depuis le pic de 2015, a de fait été déterminée par les courants très conservateurs.
Le nouveau gouvernement italien voulait afficher le changement de régime à Rome, et obtenir un geste de ses partenaires à Bruxelles. Pari réussi, même si l’accord conclu laisse bien des questions sans réponse et si la création de « centres contrôlés » où seraient regroupés les migrants avant leur refoulement (pour les migrants « économiques ») ou leur éventuelle répartition dans l’Union (pour les demandeurs d’asile) indispose.
« Visage d’ange »
Une majorité d’Etats membres rechigne par ailleurs à réformer et à uniformiser les règles du droit d’asile – pour assurer une répartition plus juste des candidats au sein de l’UE – et le règlement de Dublin – afin d’éviter que la charge pèse surtout sur les pays du Sud –, ou encore à alimenter les fonds pour l’aide à l’Afrique.
« La situation est délétère », n’hésite pas à dire Jean-Claude Juncker, le président de la Commission. Sur ces différents points, les Etats ont en tout cas bloqué, depuis 2015, des textes qui auraient évité la crise politique actuelle....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-13"> ¤ L’alliance de l’omnipotent président turc avec les ultranationalistes présage une reprise des méthodes dures contre la société civile.
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En Turquie, les Kurdes craignent le retour aux années noires

L’alliance de l’omnipotent président turc avec les ultranationalistes présage une reprise des méthodes dures contre la société civile.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 11h20
    |

                            Allan Kaval (Diyarbakir, envoyé spécial)








                        



                                


                            

Alors que Recep Tayyip Erdogan et son entourage se préparent à entamer un nouveau mandat, à Diyarbakir et ailleurs en pays kurde de la Turquie, on se prépare à un avenir lourd de périls. Pour beaucoup, la réélection de M. Erdogan à la tête d’un système présidentiel qui organise sa domination personnelle sur l’appareil d’Etat, mais aussi son alliance reconduite avec les ultranationalistes du Parti de l’action nationale (MHP), va confirmer une vision exclusivement sécuritaire de l’action de l’Etat dans le Sud-Est, censée aboutir à l’écrasement du mouvement kurde.
Malgré le relatif succès de son émanation légale, le Parti démocratique des peuples (HDP), qui entre au Parlement en obtenant 11,62 % des voix et la majorité dans onze départements situés en pays kurde, on se prépare déjà à des heures sombres. « Ces résultats rendent la paix inimaginable à ce stade », confiait un responsable du HDP le soir des élections.
Deux ans après la défaite des insurrections urbaines lancées par le PKK à la suite de l’effondrement du processus de paix, l’idée d’une poursuite des méthodes dures domine dans les conversations et les commentaires politiques de la région. En plus de l’alliance avec les nationalistes, elle s’est trouvée encore renforcée par l’apparition, lors de la campagne de Recep Tayyip Erdogan, de figures incarnant le traitement brutal de la question kurde par Ankara dans les années 1990.
Les pires abus
Le 17 juin, la présence de Tansu Çiller au dernier meeting de campagne à Istanbul du président Erdogan a été particulièrement mal vécue par beaucoup de Kurdes de Turquie. Son mandat de première ministre (1993-1996) fut marqué par les pires abus de forces paramilitaires dans la région, lors de la période dite de la « sale guerre ». Mehmet Agar, son ancien ministre de l’intérieur, dont le fils a été élu député AKP dimanche 24 juin, est également revenu en grâce dans l’entourage du chef d’Etat turc.
Souleyman Soylu, ministre sortant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-14"> ¤ Dans sa chronique, Sylvie Kauffmann, éditorialiste au « Monde », estime que Donald Trump ferait bien de s’inspirer de la rencontre Reagan-Gorbatchev de 1986 pour celle qu’il doit avoir avec Vladimir Poutine à Helsinki, le 16 juillet.
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« Trump est-il capable de retenir la leçon du sommet de Reykjavik ? »

Dans sa chronique, Sylvie Kauffmann, éditorialiste au « Monde », estime que Donald Trump ferait bien de s’inspirer de la rencontre Reagan-Gorbatchev de 1986 pour celle qu’il doit avoir avec Vladimir Poutine à Helsinki, le 16 juillet.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 11h19
    |

            Sylvie Kauffmann (éditorialiste au « Monde »)








                        



                                


                            

Il y a dans le nord de Reykjavik, face à la mer, une jolie maison blanche au toit d’ardoise. Construite en 1909 pour le consul de France, elle a ensuite été achetée par un grand poète islandais, puis a abrité l’ambassade du Royaume-Uni. Une plaque en granit explique pourquoi, en 1986, cette jolie demeure a accédé à la notoriété planétaire : c’est là que se sont rencontrés, les 11 et 12 octobre, le 40e président des Etats-Unis, Ronald Reagan, et le leader de l’Union soviétique, Mikhaïl Gorbatchev. « Ce sommet, précise l’inscription gravée sur la plaque, est considéré comme annonciateur du début de la fin de la guerre froide. »
Trente-deux ans plus tard, c’est une autre capitale du nord de l’Europe, Helsinki, que Donald Trump et Vladimir Poutine, successeurs de ces deux dirigeants, ont choisie pour leur premier sommet bilatéral, le 16 juillet. Helsinki, dans la grande tradition des sommets Est-Ouest du XXe siècle : Gerald Ford et Leonid Brejnev en 1975, George Bush père et Gorbatchev, de nouveau, en 1990. La capitale finlandaise accueillit encore, en 1997, Bill Clinton et Boris Eltsine, président d’une Russie affaiblie, que l’on croyait sur le chemin de la démocratie. L’annonce de la rencontre Trump-Poutine a surpris : il y a encore deux mois, personne n’aurait parié un kopeck sur la tenue de ce sommet.
L’ivresse de Singapour
A Washington, tout ce qui touche à la Russie est empoisonné. Au Congrès, un fort courant anti-Poutine, réunissant démocrates et républicains, a permis l’adoption de sanctions contre la Russie il y a un an, en riposte à des interférences imputées à Moscou dans la campagne présidentielle de 2016. Et surtout, un procureur spécial enquête avec zèle sur les éventuels liens de l’entourage du candidat Trump avec ces intrusions. Dans une atmosphère aussi chargée, le Kremlin ne se faisait guère d’illusions sur la reprise d’un dialogue au plus haut niveau entre Washington et Moscou.
Ce...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-15"> ¤ Emmanuel Macron a dû désavouer l’ex-diplomate en chef français à Budapest, prompt à tresser des louanges au dirigeant hongrois.
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Eric Fournier, l’ambassadeur de France qui admirait trop Orban

Emmanuel Macron a dû désavouer l’ex-diplomate en chef français à Budapest, prompt à tresser des louanges au dirigeant hongrois.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 11h12
    |

            Blaise Gauquelin (Vienne, correspondant) et 
Marc Semo








                        



                                


                            

Son franc-parler et un certain goût pour la provocation font de longue date d’Eric Fournier, 59 ans, une figure pour le moins discutée de la diplomatie française. Ce passionné de saxo se retrouve de nouveau au centre d’une polémique : le représentant de la France en Hongrie peut-il paraître reprendre à son compte les positions du très autoritaire et xénophobe homme fort du pays, Viktor Orban ?
L’affaire a éclaté avec la publication par Mediapart du contenu d’une note diplomatique, rédigée le 18 juin, par cet ambassadeur en poste à Budapest depuis trois ans. Dans cette analyse, il lave le dirigeant hongrois de toute accusation d’antisémitisme, fustigeant en revanche la « presse française et anglo-saxonne », soupçonnée de vouloir détourner l’attention du « véritable antisémitisme moderne », celui des « musulmans de France et d’Allemagne ». Cet antisémitisme d’Orban ne serait à l’en croire qu’un « fantasme de journalistes étrangers » qui devraient, au contraire, saluer, selon lui, un « modèle » à suivre pour sa « gestion des mouvements migratoires illégaux ».
Interrogé sur l’argument lors d’une conférence de presse au sommet européen des 28 et 29 juin à Bruxelles, Emmanuel Macron a eu une réaction très dure, clamant que ces propos « ne correspondent en rien à la position française ». « Il s’agit d’une note dont la nature est confidentielle », a précisé le chef de l’Etat, soulignant que l’on ne peut sanctionner un diplomate parce qu’il écrit ce qu’il pense au risque « de créer un délit d’opinion au sein de la fonction publique ». Mais de préciser, dans la foulée, que « si la preuve m’est donnée que cette parole a été tenue publiquement, cet ambassadeur sera révoqué ».
« Même les choses qui fâchent »
Depuis déjà des mois, les prises de position d’Eric Fournier suscitaient un certain malaise au ministère des affaires étrangères. Son départ était...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-16"> ¤ La chancelière allemande a cédé progressivement à ses détracteurs depuis 2015.
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De l’accueil au refoulement des migrants, la mue contrainte d’Angela Merkel

La chancelière allemande a cédé progressivement à ses détracteurs depuis 2015.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 11h05
    |

            Thomas Wieder (Berlin, correspondant)








                        



                                


                            

Pour une fois, les conservateurs bavarois de l’Union chrétienne-sociale (CSU) sont satisfaits. « Nous nous sentons renforcés », s’est félicité Alexander Dobrindt, le chef de file des députés CSU au Bundestag, mardi 3 juillet, au lendemain de l’accord arraché par son parti à l’Union chrétienne-démocrate (CDU) d’Angela Merkel. Après trois semaines d’un bras de fer sans précédent entre les deux « partis frères » de la droite allemande, le ministre de l’intérieur et président de la CSU, Horst Seehofer, a obtenu de la chancelière ce qu’il voulait : le refoulement des demandeurs d’asile arrivant en Allemagne et déjà enregistrés dans un autre pays européen. En attendant d’être expulsés, ceux-ci seront transférés dans des « centres de transit » près de la frontière autrichienne. Un accord dont le Parti social-démocrate (SPD) doit dire, jeudi soir, s’il peut l’accepter, mais dont le secrétaire général de la CSU, Markus Blume, a déjà affirmé qu’il marquait « un tournant dans la politique d’asile » de l’Allemagne.
Un tournant ? La réalité est plus compliquée. La période pendant laquelle l’Allemagne a été pleinement ouverte aux demandeurs d’asile n’a en fait duré que deux mois. Elle a commencé le 5 septembre 2015, quand Mme Merkel a décidé de laisser entrer les milliers de réfugiés arrivant d’Autriche après avoir été bloqués en Hongrie. Elle s’est achevée le 13 novembre 2015, quand la chancelière a annoncé que l’Allemagne allait de nouveau appliquer les accords de Dublin, qui obligent les migrants à déposer leur demande d’asile dans le pays de l’Union européenne (UE) où ils sont arrivés en premier.
Toujours plus de fermeté
Cette décision a d’emblée été perçue comme une rupture. En promettant d’appliquer les accords de Dublin, qu’elle n’avait cessé de qualifier d’« obsolètes » au cours des semaines précédentes, la chancelière cherchait à dissuader les réfugiés passés par un autre pays européen – la majorité d’entre eux...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-17"> ¤ Plusieurs sites de la « fachosphère » ont repris une « étude » issue d’un tabloïd danois, en en faisant une interprétation trompeuse.
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Les chiffres des agressions sexuelles au Danemark manipulés par des sites d’extrême droite

Plusieurs sites de la « fachosphère » ont repris une « étude » issue d’un tabloïd danois, en en faisant une interprétation trompeuse.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 10h57
 • Mis à jour le
04.07.2018 à 11h28
    |

                            Les Décodeurs








                        


« Danemark : une étude montre que dix violeurs de rue sur douze sont des étrangers ou leurs descendants », le titre de cet article du site d’extrême droite identitaire Fdesouche a de quoi inquiéter. Il ressort pourtant très largement d’une manipulation.

   


L’information a été reprise par de nombreux autres sites de ce qu’on nomme souvent la « fachosphère », cet ensemble de plates-formes d’extrême droite, à l’instar de Contre info ou Les Observateurs. Sur ces deux sites, on peut lire : « Un examen de toutes les condamnations pour viol au Danemark depuis un an et demi montre que dix des douze personnes reconnues coupables de violence armée sont des étrangers, des immigrés ou des descendants. » 

   


Pourquoi c’est trompeur
L’étude qu’évoquent ces sites n’en est pas vraiment une. Il s’agit, en réalité, d’un comptage manuel effectué par le tabloïd danois BT pour un article publié le 30 juin.
Ce journal populaire s’est intéressé à un cas spécifique, celui des agressions sexuelles où la victime ne connaissait pas son agresseur, sur une période de plus d’un an, entre janvier 2016 et mai 2017. Soit précisément douze cas. Les journalistes de BT ont consulté les dossiers pour avoir l’origine des mis en cause et estiment que dix sur douze sont « immigrés ou descendants d’immigrés ». L’article ne va pas plus loin dans la description de ces origines, se bornant d’évoquer deux cas d’immigrés en séjour irrégulier.
Mais le journal, pas plus que les articles des sites français qui ont repris ce comptage, ne précisent pas un point essentiel : ces douze cas représentent une infime minorité des viols commis dans le pays. Selon les statistiques officielles, on comptait en 2016 un total de 744 viols et agressions sexuelles ayant donné lieu à une plainte. Et on estime, comme ailleurs, que ces plaintes représentent une minorité du total des agressions sexuelles.
Les douze cas évoqués par BT représentent donc 1,5 % environ des agressions sexuelles commises dans ce pays de 5,73 millions d’habitants. Et si le site Fdesouche a apporté un discret correctif à son article, ce n’est pas le cas de nombreux autres qui continuent de parler de « toutes les condamnations pour viol ».

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En Pologne, manifestation matinale en défense de la Constitution

La Cour suprême polonaise est entrée en résistance mercredi, en refusant d’appliquer la réforme controversée de l’institution soutenue par le président Andrzej Duda.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 09h51
 • Mis à jour le
04.07.2018 à 15h02
    |

                            Jakub Iwaniuk (Varsovie, correspondance)








                        



   


Varsovie, 8 heures du matin. Une foule dense de plusieurs milliers de personnes est venue encercler l’entrée de la Cour suprême polonaise. Les représentants des syndicats de juges, d’avocats, de magistrats sont aux premières loges, ainsi que des personnalités comme Andrzej Rzeplinski, ancien président du Tribunal constitutionnel et longtemps ennemi public numéro un du pouvoir ultraconservateur.
Tout le monde attend celle qui est devenue, malgré elle, le dernier symbole de la justice indépendante en Pologne : Malgorzata Gersdorf, première présidente de la Cour suprême. En vertu d’une loi rentrée en application la veille, qui abaisse l’âge de départ à la retraite des juges, Mme Gersdorf, ainsi qu’un tiers des juges de l’institution, sont démis de leurs fonctions. Mais la durée du mandat de la magistrate est inscrite noir sur blanc dans la Constitution polonaise et prend fin en avril 2020. Cette dernière a donc déclaré qu’elle se rendra au travail comme à son habitude, et tout le monde s’interroge si les quelques policiers présents la laisseront rentrer.

   


La foule est électrisée, derrière des roulements de tambour, la tension est palpable. On déploie drapeau polonais d’une dizaine de mètres de large. Les citoyens rassemblés crient « merci » aux juges, pour leur persévérance. « Nous sommes avec vous », « les juges sont inamovibles et les tribunaux sont libres », « Bruxelles, Varsovie, même combat », « liberté, égalité, Constitution », scande la foule.
« Je suis venu parce que les principes de base de l’Etat de droit sont violés. La Pologne cesse d’être un Etat démocratique, et c’est quelque chose que j’ai beaucoup de mal à accepter, nous confie Robert Konon. Cet ingénieur de 62 ans a pris un jour de congés pour pouvoir assister à la manifestation. Pendant vingt ans, je me suis senti citoyen européen. Maintenant, ce gouvernement nous éloigne des standards européens. Il me sera difficile de croire dans la légalité des prochaines élections, si toutes les institutions clés sont politisées. » La Cour suprême a, entre autres prérogatives, la validation des résultats des élections.

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                Union européenne : procédure d’infraction contre la Pologne pour sa réforme de la Cour suprême



« Pas de liberté sans respect de la Constitution »
Pour Anna Buk, mère au foyer, « il n’y a pas de liberté sans respect de la Constitution ». « Dans les manuels scolaires, on apprend aux enfants le principe de séparation des pouvoirs et l’importance de la Constitution du 3 mai [1791, considérée comme la première en Europe]. Je ne veux pas faire de lavage de cerveau à mes enfants. » 
Quand Mme Gersdorf apparaît enfin, elle récolte un tonnerre d’applaudissements. Cette professeure de droit de 66 ans avait, pourtant, il y a un an encore une image controversée. Elle avait notamment déclaré qu’avec un salaire de 10 000 zlotys par mois (2 500 euros) « on ne peut bien vivre qu’en province ». Le parti au pouvoir en avait fait un symbole de « l’arrogance des élites », car la somme en question représente en Pologne l’équivalent de cinq smic. Mme Gersdorf avait avoué un « manque de tact ».
Mais, ce jour-là, elle est devenue un symbole, victime objective de la dérive autoritaire du pouvoir conservateur. Mme Gersdorf parvient à rentrer sans problème dans l’institution, puis ressort quelques minutes plus tard. « Je suis venue en défense de l’ordre juridique de l’Etat et je voudrais témoigner du fait qu’il existe une frontière entre la constitution et son non-respect, déclare-t-elle. J’espère que l’ordre juridique sera rétabli. »
Puis elle cite un document signé en 2007 par Lech et Jaroslaw Kaczynski, alors respectivement président et premier ministre polonais, où ils déclarent leur « fidélité aux traditions juridiques et à l’Etat de droit démocratique » qu’ils ont juré de « préserver avec détermination ». Un message au chef du parti au pouvoir, Jaroslaw Kaczynski, et véritable homme fort du pays. « Les changements actuels témoignent d’un rejet de cette tradition, et je vous invite tous à défendre les valeurs inscrites dans la Constitution », conclut-elle. Sous les applaudissements toujours, elle passe la porte de la Cour suprême. Solennellement et de vive voix, la foule chante l’hymne national polonais.
La Cour suprême entre en résistance
« Le fait que Mme la présidente soit rentrée aujourd’hui dans la Cour signifie que la Constitution est toujours en vigueur, souligne Krystian Markiewicz, président de l’Association des juges polonais Iustitia. La Constitution dit que son mandat dure six ans, et ni le président ni le Parlement sans majorité constitutionnelle ne peuvent rien y faire. Aucune loi ne peut le changer. Mme Gersdorf restera présidente jusqu’en 2020. »
Selon M. Markiewicz, « le chaos juridique en Pologne est de plus en plus important ». « On le voit dans les tribunaux de droit commun. Ce qui s’y passe est inquiétant. Les juges font preuve d’une grande persévérance et d’opposition face au pouvoir, mais les garanties institutionnelles d’indépendance, elles, ont disparu. » D’après lui, les jugements émis à travers le pays montrent qu’à « 95 %, les juges s’opposent à l’actuel pouvoir ».
La manifestation se déplace progressivement devant le palais présidentiel. Quelques figures de l’opposition parlementaire s’affichent dans un semblant d’unité, de la gauche au centre droit. On fait des selfies transpartisans. Certains regretteront qu’une dizaine de poids lourds politiques seulement aient fait le déplacement, car chacun sait que la journée fera date.
« Le Tribunal constitutionnel a été écrasé, le Conseil national de la magistrature politisé, les tribunaux de droit commun subissent les purges du ministre de la justice, liste Borys Budka, député de la Plateforme civique (PO – centre droit) et ancien ministre de la justice. La Cour suprême fait office de dernier bastion d’indépendance. » Selon lui, « il est très important que la Cour de justice de l’Union européenne se prononce au plus vite sur le cas polonais. Il en va de la crédibilité du système judiciaire polonais en Europe. »
A 13 heures, à l’issue d’une réunion collégiale, le vice-président de la Cour suprême, Jozef Iwulski, désigné la veille par le président Andrzej Duda comme le successeur de Mme Gersdorf, déclare que cette dernière « est et restera présidente de la Cour ». L’institution entre officiellement en résistance.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-19"> ¤ Cette contamination rappelle l’affaire de l’ex-espion russe Sergueï Skripal, qui avait été victime d’une tentative d’empoisonnement en mars.
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Royaume-Uni : deux personnes exposées à une « substance inconnue » ont été hospitalisées

Cette contamination rappelle l’affaire de l’ex-espion russe Sergueï Skripal, qui avait été victime d’une tentative d’empoisonnement en mars.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 06h51
 • Mis à jour le
04.07.2018 à 07h41
   





                        


Deux personnes ont été hospitalisées dans un état critique à l’hôpital de Salisbury, après avoir été exposées à une « substance inconnue » à Amesbury, dans le sud de l’Angleterre. Les deux patients « reçoivent un traitement pour une exposition présumée à une substance inconnue à l’hôpital de Salisbury », a précisé mercredi 4  dans un communiqué la police du comté de Wiltshire, qui dit considérer l’événement comme un « incident majeur ».
Les deux personnes, un homme et une femme, toutes deux quadragénaires, ont été retrouvées inconscientes samedi 30 juin dans une habitation de la ville d’Amesbury, située à une dizaine de kilomètres de Salisbury, où Sergueï Skripal et sa fille Ioulia avaient été victimes d’une tentative d’empoisonnement avec un agent innervant le 4 mars. Les deux patients « sont dans un état critique », a affirmé la police.
Elle avait initialement émis l’hypothèse d’une contamination liée à l’absorption d’héroïne ou de crack, mais elle a précisé que des tests complémentaires avaient désormais lieu « pour établir la nature de la substance qui a conduit ces patients à tomber malades ». « Nous gardons un esprit ouvert quand aux circonstances de l’incident », a-t-elle ajouté.
Le déploiement policier renforcé
Plusieurs cordons de sécurité ont été mis en place dans des endroits où auraient pu se rendre les deux quadragénaires auparavant. Le déploiement policier a également été renforcé dans les villes d’Amesbury et de Salisbury.
L’agence de santé publique Public Health England (PHE) a estimé que cet événement ne posait « pas de risque sanitaire significatif pour le grand public ». Cet avis sera « continuellement réévalué, en fonction des informations connues », a prévenu un porte-parole de PHE cité par l’agence de presse Press Association.

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                L’ex-espion russe Sergeï Skripal est sorti de l’hôpital



Le 4 mars, Sergueï et Ioulia Skripal avaient été retrouvés inconscients et hospitalisés dans un état critique à Salisbury. Ils avaient tous deux été victimes d’une tentative d’empoisonnement avec un agent innervant. Ils avaient été soignés plusieurs semaines avant de pouvoir quitter l’hôpital. Londres a dénoncé la responsabilité de Moscou dans cette tentative d’empoisonnement, qui de son côté a nié toute implication.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-20"> ¤ Les politistes Fatih Tombuloglu et Gulcan Kolay estiment, dans une tribune au « Monde », que la réélection de Recep Tayyip Erdogan à la tête de l’Etat renforce sa mainmise sur les institutions.
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Erdogan va poursuivre « la désinstitutionalisation » de la Turquie

Les politistes Fatih Tombuloglu et Gulcan Kolay estiment, dans une tribune au « Monde », que la réélection de Recep Tayyip Erdogan à la tête de l’Etat renforce sa mainmise sur les institutions.



Le Monde
 |    03.07.2018 à 17h38
 • Mis à jour le
03.07.2018 à 20h47
    |

Fatih Tombuloglu (Docteur en études politiques à l'EHESS) et Gulcan Kolay (Docteur en sciences politiques à Aix-en-Provence)







                        



                                


                            

Tribune. Le 24 juin, la Turquie a décidé du nom du treizième président de la République de son histoire, premier de son régime présidentiel. Au Parlement, son parti ravit la première place, mais nécessite une coalition avec les Loups gris, députés d’extrême droite pour avoir la majorité.
Quelles sont les caractéristiques inhérentes à la victoire d’Erdogan ? Tout d’abord, il faut se remémorer qu’au moment des élections la Turquie se trouvait dans une situation particulière qu’était l’Etat d’exception, en place depuis deux ans. Cette conformation de l’Etat turc a été des plus indésirables pour l’opposition plongeant celle-ci dans une situation intolérable. En revanche, elle a constitué un terreau des plus favorables pour Erdogan.
De plus, au cours de ces deux années, Erdogan et son allié Devlet Bahçeli [le dirigeant du Parti d’action nationaliste, MHP], chef des Loups gris, ont fait campagne contre le parti pro-kurde, le HDP (Parti démocratique des peuples), au point d’en faire son ennemi public numéro un. D’après leur discours, la Turquie était sous la menace d’être disloquée. Ce discours sécuritaire défendait que le HDP était le prolongement du parti des travailleurs kurde (PKK).
Culte de la personnalité
En réalité, ce discours cachait une chose simple : dans cette région du sud-est de la Turquie à majorité kurde, seuls le Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) et le HDP se partageaient la rivalité. Si le HDP n’obtenait pas les 10 % de votes à l’échelle nationale, ses 60 à 70 députés estimés perdraient leur siège – faute d’alternative – au profit du parti d’Erdogan. Le plan de l’actuel président n’a échoué que de peu car le HDP a obtenu près de 12 % de vote et, ainsi, 67 sièges au Parlement.
Enfin, les élections se sont déroulées dans une Turquie qui, permettant l’installation d’un culte de la personnalité autour d’Erdogan, se trouvait en phase de désinstitutionalisation. La raison n’en...




                        

                        

