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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ « Le Jeu d’échecs », roman autobiographique de l’écrivaine et résistante, publié peu avant sa mort, en 1970, reparaît. Un texte implacable sur les intermittences du cœur.
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Edith Thomas : échapper aux mensonges

« Le Jeu d’échecs », roman autobiographique de l’écrivaine et résistante, publié peu avant sa mort, en 1970, reparaît. Un texte implacable sur les intermittences du cœur.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 16h00
    |

                            Geneviève Brisac (Ecrivaine)








                        



                                


                            
Le Jeu d’échecs, d’Edith Thomas, postface de Nicolas Chevassus-au-Louis, Viviane Hamy, 210 p., 18 €.

Le Jeu d’échecs, d’Edith Thomas, parut pour la première fois en février 1970. L’auteure était connue, elle avait été une magnifique reporter, elle avait publié des biographies de George Sand ou de Pauline Roland, elle était membre du jury Femina, et on savait qu’elle était la seule femme à avoir été membre du Conseil national des écrivains, organisation résistante, entre 1942 et 1944.
Le livre eut un énorme succès. Neuf mois plus tard, Edith Thomas mourait d’une hépatite fulgurante. Elle avait juste passé 60 ans. On l’oublia. Elle n’en aurait pas fait une histoire, détestant le tapage et la foire aux vanités (Elle adorait la phrase de Marx : « Nous abandonnâmes le manuscrit à la critique rongeuse des souris d’autant que nous avions atteint notre but : nous entendre avec nous-même. »). Le Jeu d’échecs reparaît aujourd’hui. Cinquante ans après, c’est un choc.
Dire la vérité
C’est l’histoire d’une journaliste politique devenue archéologue. Un roman autobiographique, donc, pour celle qui écrivait en 1942 dans Les Lettres françaises : « Notre métier, pour en être digne, il faut dire la vérité. La vérité est totale ou n’est pas. La vérité : les étoiles sur les poitrines, l’arrachement des enfants aux mères, les hommes fusillés. » Dire la vérité : dénoncer le pacte germano-soviétique, l’histoire falsifiée et la langue de bois courtisane d’Aragon, qu’elle avait méprisé au premier coup d’œil. A l’époque, Paul Nizan comme Jean Guéhenno avaient admiré son courage et son style.
Roman politique donc, Le Jeu d’échecs est pourtant le plus implacable, le plus lucide des récits sur les intermittences du cœur et les cruautés de l’amour partagé et non partagé. Dans une lettre que la narratrice, Aude, écrit à un homme nommé Stevan, Edith Thomas...




                        

                        


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Entretien

« Etre français depuis vingt minutes ou plusieurs siècles, c’est la même chose »

Audrey Célestine signe le récit intime d’« Une famille française », la sienne, sur trois générations et trois continents. Une généalogique qui se confond avec l’Histoire.

Propos recueillis par                                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)




LE MONDE
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        Le 04.07.2018 à 15h56

     •
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        Mis à jour le 04.07.2018 à 18h44






    
Une femme et ses enfants désireux de gagner la métropole depuis l’Algérie débarquent à Marseille le 26 mai 1962, après la signature des accords d'Evian.
Crédits : AFP


Elle s’appelle Audrey, lui Julien. Nés au début des années 1980, ils se rencontrent à Paris, où ils font Sciences Po. Plus tard, ils ont une fille qui fait l’expérience de l’altérité. « Une jolie métisse », leur dit-on. Comme toutes les assignations identitaires, cette phrase cloue le bec et ne dit rien de qui l’on est vraiment.
En écrivant Une famille française. Des Antilles à Dunkerque en passant par l’Algérie (éd. Textuel//Petite encyclopédie critique), Audrey Célestine remonte l’arbre généalogique de ses enfants et inscrit les trajectoires de leurs aïeux dans la grande histoire. L’universitaire, spécialiste des questions identitaires au sein des minorités en France et aux Etats-Unis, a écouté les membres de sa famille et de celle de son conjoint. Il y a ceux qui ont fui le franquisme en se réfugiant en Algérie française ; ceux qui ont été envoyés loin de chez eux pour échapper aux bombardements de la seconde guerre mondiale ; ceux qui ont connu les allers-retours entre deux pays au gré des aléas économiques et des guerres, et dont les enfants grandissent dans la promiscuité des cités HLM de Dunkerque et de Toulon.
Délibérément sinueux, le livre navigue entre les époques, les continents et les branches de l’arbre généalogique, et ce faisant, créé des ponts et des échos. Audrey Célestine a réussi son pari : cette famille française résonne en chacun de nous.
Dans quel état d’esprit avez-vous écrit ce livre ?
Audrey Célestine Je voulais m’intéresser à la place très concrète qu’occupe le colonial dans les vies de Français ordinaires. A partir des témoignages de ma famille et de celle de mon compagnon, j’ai raconté les déplacements, la guerre, le monde colonial qui s’effondre et qui a encore des survivances dans l’outre-mer. Je crois à l’importance de l’intime pour montrer comment les gens s’accommodent du quotidien. Ma grand-mère Ginette, qui n’était pas une intello antiraciste, a eu un enfant avec un Antillais, avant de se marier avec un Kabyle dans la France des années 1950, en dépit du racisme de l’époque. Aussi, j’ai compris que, sans la guerre, des membres de ma famille auraient eu une autre nationalité. Pour certains, l’identité française a été une question de survie. Ils sont arrivés dans l’Empire colonial et ont eu la place qu’on a bien voulu leur donner.
Enfin, je voulais me demander à quoi ressemble la famille de petites filles que certains vont désigner comme « racisées ». Elles ont une bonne partie de leur famille en Provence, mais on mange toujours de la paëlla chez Minerva et on parle de « comment c’était avant », à Sidi Bel Abbès. Minerva, la grand-mère de mon compagnon, est née dans les années 1930 sur l’île de Fernando Poo, en Guinée espagnole [aujourd’hui la Guinée équatoriale]. Sa famille était à Alicante quand la ville est tombée aux mains des franquistes, et ils se sont réfugiés en Algérie. Ils parlaient le « pataouète », un mélange d’espagnol et de français avec des mots arabes.
Pourquoi ce titre ?
Le fait même que mon titre paraisse provocateur montre bien l’étendue du problème. C’est le hasard qui nous fait naître quelque part. Il n’y a ni à s’en excuser, ni à le justifier, ni à en être particulièrement fier. Dans l’Empire colonial, il y avait une citoyenneté par degré. Aujourd’hui, être français depuis vingt minutes ou plusieurs siècles, c’est la même chose. Il faut déconstruire la notion d’ancrage. On nie à des personnes qui sont là depuis trois générations leur ancrage ici, tandis qu’on affirme, si des gens sont blancs, qu’ils sont de vrais Français. Si mon conjoint et moi remontons à la génération de nos grands-parents, tous mes ancêtres sont français, alors que de son côté, il n’a qu’un aïeul qui l’est. Mais c’est à moi qu’on demande toujours d’où je viens [rires]. Proclamer Une famille française était un acte important pour moi.
Pensez-vous que la diversité de votre famille est atypique ?
C’est très lié au fait que je suis née dans une ville portuaire. Ma mère, née à Dunkerque, et mon père qui y est arrivé à 15 ans, ont toujours eu des amis qui venaient de partout. C’est ce Dunkerque-là que je connais. Celui des bars antillais créés dans les années 1950-1960, des amourettes entre les Dunkerquoises et ces navigateurs venus de Somalie ou du Vietnam. J’ai grandi là-dedans, et cela m’a convaincue que je n’étais pas moins française qu’une autre. Ces histoires ne sont pas connues alors qu’elles donnent une autre image de ce qu’est ce pays et permettent de comprendre que la migration n’est pas un phénomène récent.
Quel est le propos politique de votre livre ?
Aujourd’hui, nous sommes pris entre deux discours. L’un parle de « grand remplacement », de racines chrétiennes, et me paraît ridicule. L’autre, que je prends très au sérieux, c’est le discours des militants antiracistes qui dénoncent le racisme politique. Je ne suis pas toujours d’accord avec eux, mais j’échange avec eux. Les condamner n’est pas une priorité dans la France d’aujourd’hui, et je m’y refuse. Le problème, ce n’est pas le discours des militants antiracistes, mais le contrôle au faciès, les discriminations. Mon point de vue est de refuser toutes les assignations. Il y a une difficulté à ce que des catégories qui sont au départ des catégories d’oppression deviennent des catégories d’émancipation. Pour autant, je me dis facilement noire. C’est un paradoxe. Mais je considère que personne n’a à me dire si j’ai le droit de le faire, et je ne donne de gages d’authenticité à personne. Je n’ai pas envie d’être enfermée dans le panafricanisme, mais ce courant nourrit des discussions politiques importantes à observer et à entendre. Au final, je prends le risque de me faire taper des deux côtés. Mais la galaxie antiraciste n’est pas monolithique. Ce livre est ma contribution.

    

Crédits : DR


Une famille française. Des Antilles à Dunkerque en passant par l’Algérie, d’Audrey Célestine, éd. Textuel/Petite encyclopédie critique, 160 pages, 15,90 euros.


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Auteur d’une œuvre pleine d’énergie et diverse – avec toujours la poésie trônant en majesté –, l’écrivain prolifique est mort mercredi à l’âge de 104 ans.
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L’écrivain et poète Georges-Emmanuel Clancier est mort

Auteur d’une œuvre pleine d’énergie et diverse – avec toujours la poésie trônant en majesté –, l’écrivain prolifique est mort mercredi à l’âge de 104 ans.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 14h06
 • Mis à jour le
04.07.2018 à 14h41
    |

                            Patrick Kéchichian








                        



                                


                            

C’est à l’âge de 104 ans que Georges-Emmanuel Clancier vient de mourir, mercredi 4 juillet. Son sourire plein de malice, lui, n’avait pas vieilli. Il manifestait toujours la même générosité, le même bonheur de partager des idées, des enthousiasmes. Ayant atteint depuis longtemps l’âge où il aurait pu prétendre à ce rôle, Georges-Emmanuel Clancier, écrivain prolifique, ne posait pas en vieux sage. « La vie parle si fort que je ne puis me taire », avait-il décrété une fois pour toutes.
D’une telle perception de l’existence et du monde, naquit une œuvre pleine d’énergie et diverse – avec toujours la poésie trônant en majesté. Cette poésie qui demeurait à ses yeux « le seul chant sacré permis à l’homme moderne, et sans lequel celui-ci était condamné à perdre son existence et son humanité ».
Né à Limoges le 3 mai 1914, Georges-Emmanuel Clancier est le fils d’une famille d’artisans porcelainiers. La maladie l’oblige à interrompre ses études en classe de philosophie. Adolescent, il découvre la poésie moderne et, à la fin des années 1930, commence à publier, notamment dans Les Cahiers du Sud. En 1939, il est à Paris où sa femme, Anne, prépare l’internat de psychiatrie (elle deviendra psychanalyste).
La période de la guerre
De retour en Limousin en 1940, il reprend des études de lettres. Pèlerinage littéraire et initiatique à Carcassonne auprès de Joë Bousquet. « GEC », comme l’appellent ses amis, s’investit, à partir de juillet 1940, dans l’aventure de la revue Fontaine dirigée depuis Alger par Max-Pol Fouchet. En septembre 1941, il participe à la rencontre de Lourmarin, moment-clé de la résistance intellectuelle en France… « La guerre la guerre faite à l’homme/Par la bête à tête d’homme… », marquera profondément l’écrivain et le résistant. « Notre jeunesse, écrit-il, s’est heurtée aux ténèbres effroyables, à la négation la plus horrible, la plus totale de l’homme que l’histoire...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ L’auteur de best-sellers prend soin de ses lecteurs, qui le lui rendent bien. A l’occasion de la sortie de son livre « Une fille comme elle », il a fait un détour par la préfecture d’Indre-et-Loire pour une séance de dédicaces. Et de photos au smartphone.
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A Tours, selfies et rillettes pour Marc Levy


                      L’auteur de best-sellers prend soin de ses lecteurs, qui le lui rendent bien. A l’occasion de la sortie de son livre « Une fille comme elle », il a fait un détour par la préfecture d’Indre-et-Loire pour une séance de dédicaces. Et de photos au smartphone.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 12h15
    |

            Frédéric Potet








   


Avec plus de 40 millions d’exemplaires vendus dans 49 langues, Marc Levy serait « l’écrivain français contemporain le plus lu dans le monde », d’après son éditeur, Robert Laffont. Quarante millions de livres, c’est beaucoup : l’équivalent d’une pile de mille kilomètres de haut. Aussi « bankable » soit-il, Marc Levy n’en sacrifie pas moins au rituel de tout romancier : la séance de dédicaces. L’auteur âgé de 56 ans en effectue entre vingt-cinq et trente à chaque fois qu’il publie un nouveau livre, comme actuellement avec Une fille comme elle (384 p., 21,50 €), une comédie sociale se déroulant à New York, la ville où il a élu résidence voilà dix ans.
Un petit mot « toujours personnalisé »
A Tours (Indre-et-Loire), ce jour-là, une centaine de personnes font la queue dans la principale librairie de la ville, La Boîte à livres. Quasiment toutes sont des femmes ; la faute au Mondial. « Il y a plus d’hommes quand il n’y a pas de foot à la télé », explique l’écrivain, arrivé par le TGV de 15 h 08 et bientôt reparti par celui de 17 h 20. Une table a été dressée mais Marc Levy la néglige, préférant signer debout, accoudé au comptoir du salon de thé : « Par respect pour la dernière personne qui aura attendu deux heures dans la file d’attente, dit-il. Et puis, je n’ai pas envie de recevoir les gens comme chez le médecin. »

   


Dix-huit années de signatures ont rodé l’ancien architecte, qui ne se déplace jamais sans un feutre jetable de marque Pilot convenant bien à sa main. Le ton est donné par l’une des premières arrivées qui, tout de go, confie avoir arrêté de fumer en dévorant ses romans. Une autre, peu après, racontera l’effet régénérant produit par la lecture d’un de ses ouvrages sur le moral d’une amie hospitalisée auprès de son bébé prématuré. Sur la page de garde, l’écriture se fait vive, nerveuse, élégante. Le petit mot, lui, est « toujours personnalisé », assure le stakhanoviste de l’exergue.
« Pour mon petit homme et merveilleux mari. Pour la vie », articule une lectrice. « Je veux bien écrire cela mais votre mari va penser que c’est moi qui dis ça… », hasarde l’écrivain.
Commence alors, en parallèle, une autre séance dans la séance : le selfie. L’écrivain a pris l’habitude d’empoigner lui-même l’appareil de ses fans, avant de déclencher la photo, bras tendu, d’un petit coup de doigt alerte. Pas un modèle de smartphone ne résiste à son expertise. « Il m’arrive quand même parfois de ne pas trouver la touche reverse [qui inverse la prise de vue] », s’excuse-t-il. Plusieurs visiteuses lui demandent l’autorisation de l’embrasser, voire de le prendre par la taille sur la photo. Une dame lui offre un pot de rillettes (une spécialité tourangelle) ; une autre, des albums pour son dernier enfant, âgé de deux ans. « Je ne suis pas venue pour la dédicace, mais pour vous dire le bonheur qu’il y a à vous lire », résume une groupie.

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                Marc Levy : « Il est joyeux d’être imprévisible »



Régulièrement rudoyé par la critique, l’auteur de Et si c’était vrai (2000), son premier roman, se fait tout miel avec son lectorat. On lui réclame maintenant une phrase sur une carte d’anniversaire, puis une autre sur un bristol destiné à une amie qui se marie le jour même. On lui dicte carrément des messages – parfois sibyllins comme celui-ci : « A Françoise, amie fidèle des salons de décoration et des idées créatives. » Des mots d’amour aussi : « Pour mon petit homme et merveilleux mari. Pour la vie », articule une lectrice. « Je veux bien écrire cela mais votre mari va penser que c’est moi qui dis ça… », hasarde le romancier, promu soudainement écrivain public.

   


Dans sa bibliothèque, Marc Levy possède, lui aussi, des ouvrages dédicacés par ses romanciers préférés, comme Armistead Maupin, l’auteur des Chroniques de San Francisco – un cadeau de sa femme pour son anniversaire. « Je comprends très bien le lien qu’un lecteur peut nouer avec un écrivain », confesse-t-il avant de se faire aborder par une dernière admiratrice ayant justement un conseil essentiel à lui demander : le choix d’une race de chien à adopter. Marc Levy, il est vrai, est aussi propriétaire d’un golden retriever.

        Lire aussi :
         

                Mickaël fait son Mondial à Janzé



« Une fille comme elle », par Marc Levy, Robert Laffont, 384 pages.



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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ Il est l’un des fondateurs de la géopolitique moderne. A 88 ans, il publie ses Mémoires, « Aventures d’un géographe ». Points cardinaux.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
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Les territoires d’Yves Lacoste, géopolitologue

Il est l’un des fondateurs de la géopolitique moderne. A 88 ans, il publie ses Mémoires, « Aventures d’un géographe ». Points cardinaux.



Le Monde
 |    01.07.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
02.07.2018 à 08h49
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            

Yves Lacoste montre à son interlocuteur, par une fenêtre, le paysage qui s’étend au pied de son immeuble de Bourg-la-Reine (Hauts-de-Seine), les pavillons, les pelouses, les arbres, quelques immeubles épars et, plus loin, les cités de Bagneux, la colline qui bouche la vue sur Paris, niché juste derrière. Il avait 10 ans en 1939 quand sa famille, quittant le Maroc, où il est né, s’est installée dans cet appartement, qu’il n’a plus quitté depuis. Près de quatre-vingts ans ont passé. « C’étaient des jardins ici, explique-t-il. Et, au fond, à part ce grand immeuble sur la colline, il n’y avait que des vignes. Au-dessous, c’étaient des carrières, on ne pouvait pas construire. » Huit décennies se bousculent en contrebas. Le paysage remue. Des villes poussent à toute vitesse. L’observateur reste à sa fenêtre, raconte les métamorphoses.
Mais, à force d’observer, il arrive qu’on descende, qu’on aille voir de plus près, qu’on se mêle à la vie, au « drame », comme il aime dire. Reçu premier, au début des années 1950, à l’agrégation de géographie, il a vite eu peur de s’ennuyer. « J’ai choisi la géographie par défaut, s’amuse-t-il. J’avais trop négligé les maths pour faire de la géologie, qui m’intéressait plus. C’était le métier de mon père, il m’y avait initié. »
Surtout, la géographie est alors « une science de perroquet », figée dans l’héritage de Paul ­Vidal de la Blache (1845-1918), bornée par la sentence du vieux maître : « La géographie est science des lieux, et non des hommes. » Il s’agit de la « bousculer », de l’entraîner dans le flux du contemporain. C’est cet affrontement avec les pesanteurs du passé, ce long chemin vers le monde réel, que raconte Aventures d’un géographe, ses Mémoires, qui viennent de paraître.
Guerre
1976 restera, dans l’aventure d’Yves Lacoste, comme l’année décisive. Deux événements se produisent, dont les conséquences durent encore :...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Auteure, éditrice, musicienne, elle abordait son histoire familiale en 2011, avec « Emportée », sur sa mère, Tina Jolas. Aujourd’hui, « Debout sur le ciel » raconte son père, le poète André du Bouchet.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
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Paule du Bouchet sur les traces des siens

Auteure, éditrice, musicienne, elle abordait son histoire familiale en 2011, avec « Emportée », sur sa mère, Tina Jolas. Aujourd’hui, « Debout sur le ciel » raconte son père, le poète André du Bouchet.



Le Monde
 |    30.06.2018 à 09h00
    |

                            Xavier Houssin (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Elle garde derrière son sourire comme une inquiétude qui ne se dissipe pas complètement. Un peu à l’image de cette journée de fin de printemps à Paris où le ciel bleu se fonce par moments de nuages lourds, mais que le vent emporte. Il fait chaud. Paule du Bouchet a ouvert en grand les fenêtres de son appartement. Dans leurs jardinières, sur le balconnet, les buis frémissent. « Sur une déchirure des airs/ qui transhument – comme, dehors, la porte rouverte/ aussitôt./ Le souffle. Tant que j’ai souffle », écrivait, dans L’Ajour (Gallimard, 1998), son père, le poète André du Bouchet (1924-2001).
Elle vient de lui consacrer un récit d’une grande intimité. Loin du propos biographique, ou de l’exercice de piété filiale, Debout sur le ciel natte doucement les impressions, les mots, les paysages, les visages. C’est un livre des liens. Ils s’enchevêtrent, se détendent, se resserrent encore. Un livre avancé dans le « chemin faisant » de longues promenades vives, de traversées en plein champ. La mémoire y fait d’étranges allers-retours. « J’ai été étonnée, en écrivant, explique Paule du Bouchet, de rencontrer mon père sans presque le chercher. Alors que tant de fois, en parlant de lui, j’avais eu le sentiment de m’en éloigner. » Elle porte ce texte en elle depuis très longtemps. « Mon père est mort le 19 avril 2001, le jour de mon anniversaire. Celui de mes 50 ans. Passé le saisissement de ce rapprochement, j’ai compris qu’il s’agissait d’un don qu’il m’avait fait et que, au fond, cela racontait très particulièrement mon histoire. Ma relation avec lui. Et qu’il allait être nécessaire, à un moment, de mettre cela en mots. »
Des souvenirs douloureux
Elle avait commencé d’en tracer les premiers en 2007 dans la revue de Pierre-Yves Soucy, L’Etrangère, dont deux volumes étaient consacrés à André du Bouchet (n° 14-15 et n° 16-17-18, La Lettre volée). « L’évocation du souvenir, y écrivait-elle,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Le chiffre d’affaires des éditeurs a baissé de 1,6 % l’an dernier en France, s’établissant à 2,79 milliards d’euros.
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2017, une mauvaise année pour l’édition

Le chiffre d’affaires des éditeurs a baissé de 1,6 % l’an dernier en France, s’établissant à 2,79 milliards d’euros.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 13h00
    |

            Nicole Vulser








                        



                                


                            

En petite forme. Le chiffre d’affaires des éditeurs a baissé de 1,6 % en 2017, à 2,79 milliards d’euros, selon l’étude annuelle publiée, jeudi 28 juin, par le Syndicat national de l’édition (SNE). Sur ce total, les ventes de livres en France ont chuté de 1,9 %, à 2,65 milliards en 2017, alors que les cessions de droits (qui permettent de donner une nouvelle vie aux ouvrages, en les publiant en poche, en traduction ou en adaptation audiovisuelle) ont augmenté de 4,3 %, à 138 millions, permettant d’adoucir quelque peu la chute. 
« 2017 restera comme une mauvaise année, comme toutes les années électorales. Les éditeurs ont retenu leurs bons livres au premier semestre pour concentrer leur tir au second, si bien que même les best-sellers se sont cannibalisés », explique Vincent Montagne, président du SNE et PDG de Média Participations, qui a acquis les éditions La Martinière, fin 2017.
Les ventes des cinq premiers mois de 2018 sont reparties à la hausse. Même le mois de mai, ponctué d’une série de jours fériés qui assèchent habituellement le portefeuille de tous ceux qui partent en week-end, a redonné le sourire aux libraires, assure M. Montagne.
L’édition numérique poursuit sans relâche sa croissance
La production éditoriale, elle, ne faiblit pas : les éditeurs ont sorti 104 671 titres en 2017 (+ 1,1 %) dont 47 538 nouveautés – soit 130 par jour ! – et 57 133 réimpressions. Cette inflation s’effectue au détriment des tirages qui continuent de baisser : – 6,5 %, à 5 341 exemplaires en moyenne. Les différents segments de l’édition ne sont pas logés à la même enseigne. Seuls trois sur treize ont réussi à croître l’an dernier : la littérature, les BD et mangas ainsi que les ouvrages de documentation. En revanche, les essais et documents, la religion, les cartes géographiques ont vu leurs ventes dégringoler, tandis que la jeunesse, historiquement dynamique, s’est trouvée en difficulté (– 6,6 %). En baisse moins marquée, arrivent...




                        

                        


<article-nb="2018/07/04/19-9">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Nouvelle traduction de l’ouvrage fondateur de la phénoménologie, texte majeur de la pensée du XXe siècle et toujours influent.
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Une révolution philosophique signée Husserl

Nouvelle traduction de l’ouvrage fondateur de la phénoménologie, texte majeur de la pensée du XXe siècle et toujours influent.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
02.07.2018 à 11h21
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Idées directrices pour une phénoménologie pure et une philosophie phénoménologique (Ideen zu einer reinen Phänomenologie und phänomenologischen Philosophie), d’Edmund Husserl, traduit de l’allemand par Jean-François Lavigne, Gallimard, « Bibliothèque de philosophie », 716 p., 35 €.

Proposer une traduction nouvelle des Idées directrices pour une phénoménologie pure, du philosophe allemand Edmund Husserl (1859-1938), l’un des textes majeurs de la philosophie du XXe siècle, est un projet audacieux, quand on sait que le traducteur précédent avait pour nom Paul Ricœur, et que son travail pionnier de 1950 guida les pas de générations entières de phénoménologues français. Tout en rendant hommage à ce dernier (non sans contester certains de ses choix), Jean-François Lavigne, spécialiste de Husserl et professeur de philosophie à l’université Paul-Valéry de Montpellier, justifie cette nouvelle version par le progrès de la recherche, qui a exhumé des archives husserliennes, riches en inédits, de nombreux textes préparatoires ou complémentaires, reproduits en annexe, ainsi que les multiples notes marginales dont l’auteur ornait ses exemplaires.
Une méthode
Car la rédaction de ce texte essentiel s’est poursuivie bien après sa première publication dans les Annales de philosophie et de recherches phénoménologiques en 1913 ; il a d’ailleurs été réédité en 1928, grandement modifié. Dans cet ouvrage, qui devait former un triptyque mais dont seule la première partie est parue de son vivant, Husserl élabore le trait distinctif de sa pensée : prodiguer à la philosophie une méthode propre à lui assurer le statut de « science rigoureuse ». A cette fin, il convient de dépasser, selon lui, non seulement le positivisme triomphant du XIXe siècle, qui limite notre connaissance aux faits d’expérience, mais également la psychologie de la connaissance, qui réduit l’étendue du savoir...




                        

                        


<article-nb="2018/07/04/19-10">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « L’animalisme est un anti-humanisme », de Jean-Pierre Digard.
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Figures libres. A la mi-temps, animaux : 1, humains : 0

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « L’animalisme est un anti-humanisme », de Jean-Pierre Digard.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
28.06.2018 à 09h11
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
L’animalisme est un anti-humanisme, de Jean-Pierre Digard, CNRS Editions, 126 p., 14 €.

Quelques nouvelles évidences sont en passe de s’imposer. Elles sont bien connues : les humains maltraitent les animaux, les exploitent, les asservissent, les font souffrir et les massacrent. Donc, il faut non seulement les protéger, mais les libérer, les reconnaître comme personnes et sujets de droit. Et ne pas hésiter à condamner, par tous les moyens disponibles, l’illusoire et criminelle arrogance de la sale espèce qui se juge supérieure, se croit tout permis et n’est que nuisible.
L’air du temps bruisse des actions militantes pour la cause animale, des discours antispécistes, des justifications philosophiques de la destitution de l’homme-roi. Si c’était un match de foot, le score ne serait pas en faveur de l’équipe humaine. Mais le match est loin d’être terminé…
« Nouvel obscurantisme »
Car rien n’est si simple qu’on le croit. Il convient en effet d’interroger cette marée montante, de scruter ses causes, ses arrière-plans, ses éventuels faux-semblants. Avant de prendre trop vite pour argent comptant bons sentiments animalistes et mauvais ressentiment anti-humaniste, il convient de chercher comment et pourquoi nos représentations sont en train d’évoluer.
C’est ce que s’efforce de faire Jean-Pierre Digard, directeur de recherche émérite au CNRS, spécialiste de l’anthropologie de la domestication animale. Son récent essai, L’animalisme est un anti-humanisme, devrait faire grincer pas mal de dents, car il ne s’embarrasse pas de précautions pour dénoncer ce qu’il considère comme abus, dérives, aberrations et bêtises produisant « les germes d’un nouvel obscurantisme ».

Sa démarche mérite attention, pour d’autres raisons que le goût de la polémique. Car ce qu’interroge l’anthropologue, ce sont d’abord les causes sociales et historiques qui engendrent cette mutation des sensibilités....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Stanis Perez et Marie-Claude Canova-Green prolongent, chacun, les travaux classiques sur le corps naturel, politique et glorieux du roi de France.
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Histoire. Toucher du doigt les trois corps du roi

Stanis Perez et Marie-Claude Canova-Green prolongent, chacun, les travaux classiques sur le corps naturel, politique et glorieux du roi de France.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
28.06.2018 à 09h19
   





                        



                                


                            
Le Corps du roi. Incarner l’Etat, de Philippe Auguste à Louis-Philippe, de Stanis Perez, Perrin, 480 p., 25 €.
Faire le roi. L’autre corps de Louis XIII, de Marie-Claude Canova-Green, Fayard, 362 p., 23 €.

Commentant l’enterrement de François Ier, l’historiographe Pierre Matthieu (1563-1621) écrit : « L’effigie était posée à côté du cercueil pour émouvoir le peuple à honorer le corps qui était dedans, et pour montrer que le Roi ne meurt point, et que l’administration de la Justice, le premier et principal office du Roi, ne cesse point, la Cour de Parlement l’a toujours environné. » Ce mannequin de cire couché ayant les traits du défunt roi de France est un accessoire dont le rôle est à la fois spectaculaire – il émeut le peuple en donnant à imaginer le corps mort du roi – et substitutif – il prend la place du corps qu’il masque et remplace, signifiant symboliquement que le roi remplit un office qui ne meurt pas, contrairement à l’être de chair et de sang qu’il demeure malgré tout.
D’où la phrase rituelle de la monarchie française : « Le roi est mort ! Vive le roi ! » – dont une variante, courante aux XVIe et XVIIe siècles, était « Le mort saisit le vif » –, expression même de la continuité royale, selon les travaux fameux d’Ernst Kantorowicz (1895-1963), auteur des Deux Corps du roi (1957 ; Gallimard, 1989), et de Ralph Giesey (1923-2011), sur le cérémonial funèbre des rois valois puis bourbons.
Les deux historiens ont montré comment la mort du corps réel du monarque entraînait l’apparition de son effigie symbolique, son second corps, qui figurait le roi disparu lors de rites où le mannequin était honoré, entouré, servi, « nourri », placé au centre de cérémonies religieuses et profanes, jusqu’à l’intronisation de son successeur par la puissance initiatrice...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ L’auteure de la « Décla­ration des droits de la femme et de la citoyenne », en (1791), le mérite, comme l’explique Michel Faucheux.
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Biographie. Olympe de Gouges au Panthéon !

L’auteure de la « Décla­ration des droits de la femme et de la citoyenne », en (1791), le mérite, comme l’explique Michel Faucheux.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
28.06.2018 à 08h39
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            
Olympe de Gouges, de Michel Faucheux, Folio, « Biographies », inédit, 278 p., 8,90 €.

Elle soutint l’abolition de l’esclavage, lutta pour l’égalité entre hommes et femmes, milita pour le droit au divorce et à l’union libre, défendit la démocratie menacée par la Terreur. Guillotinée à 45 ans pour fédéralisme et ­anti-robespierrisme, Olympe de Gouges (1748-1793) jugeait que si la femme avait le droit de monter à l’échafaud, elle devait aussi posséder celui de « monter à la tribune ». La littérature (romans, pièces de théâtre) et les journaux furent la sienne, de tribune. Elle se l’octroya à une époque où les femmes, même influentes, demeuraient dans l’ombre. Et le fait est que, hormis Louis-Sébastien Mercier (1740-1814), peu d’écrivains affichèrent leur solidarité avec cette femme de lettres intransigeante, qui n’abdiqua jamais malgré les menaces d’arrestation.
Courageuse et obstinée
Restif de la Bretonne (1734-1806) la considérait comme une prostituée, et l’historien Jules Michelet, au XIXe siècle, comme une hystérique. Pour La Feuille du salut public, « il [semblait] que la loi ait puni cette conspiratrice d’avoir oublié les vertus qui conviennent à son sexe ». Pendant deux siècles, la messe fut dite, et l’auteure de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791) quelque peu oubliée.
Cette figure féministe, à laquelle se sont notamment attachés Benoîte Groult (Ainsi soit Olympe de Gouges, Grasset, 2013) et l’historien Olivier Blanc (Marie-Olympe de Gouges, Tallandier, 2014), a passionné à son tour l’universitaire Michel Faucheux. Dans cette nouvelle biographie, il rend un juste tribut à l’écrivaine courageuse et obstinée et se montre favorable à son entrée au Panthéon, « car ce serait la marque normale et méritée de la reconnaissance d’une nation. Ce serait aussi la marque d’un approfondissement de...




                        

                        


<article-nb="2018/07/04/19-13">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Olivier Poncet signe une nouvelle biographie, sous l’angle italien, de cet homme d’Etat souvent peu apprécié des Français.
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Biographie. Mazarin, ­Italien malheureux

Olivier Poncet signe une nouvelle biographie, sous l’angle italien, de cet homme d’Etat souvent peu apprécié des Français.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h30
    |

            Marc Semo








                        


Mazarin l’Italien, d’Olivier Poncet, Tallandier, « Lectures méditerranéennes », 288 p., 21 €.

   


Raconter Mazarin (1602-1661) au miroir de son rapport à son Italie natale, c’est voir l’autre face du grand homme d’Etat, du politicien habile voire cynique, du mécène généreux et du collectionneur averti. Professeur à l’Ecole nationale des chartes, Olivier Poncet a voulu « éclairer un homme entouré d’une légende noire et d’une légende rose, deux points de vue qui semblent trop exclusifs l’un de l’autre ». Peu aimé dans le récit national, ce cardinal a en revanche fasciné nombre d’hommes politiques, à commencer par François Mitterrand.
Le petit Giulio Mazzarino fut d’abord tenté par la carrière des armes, avant de comprendre qu’il ne pourrait jamais avoir un poste à la hauteur de ses ambitions. Dès lors, il reprit ses études de droit et entra au service du pape. Il choisit le parti français, rival du parti espagnol, au point d’en devenir suspect et de devoir fuir en 1639. C’est un proscrit qui arrive à Paris. Peu après, il est le bras droit de ­Richelieu et un conseiller écouté de Louis XIII. A la mort du cardinal-duc, en 1642, il lui succédera comme ministre d’Etat, avant de devenir premier ministre de Louis XIV enfant.
Lire également : « Mazarin, le point cardinal » 
Pendant dix-huit ans, il gouverne le pays et laisse au jeune roi, qu’il a formé, une France agrandie qui deviendra la première puissance d’Europe. Mais il garde l’Italie au cœur. Pendant toutes ses années de pouvoir, la politique italienne est en quelque sorte son domaine réservé et, note Olivier Poncet, « il donne à la politique italienne de la France une intensité qu’elle n’avait plus connue depuis le XVIe siècle ». Il y intrigue. Il y lance des guerres. Mais ce grand politique, volontiers accusé de machiavélisme à Paris, accumule dans la Péninsule, champ clos du grand jeu entre les puissances de l’époque, les maladresses, voire les fiascos.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Hoffmann, musicien, écrivain, artiste total : c’est ainsi que le décrit Pierre Péju, à bonne distance du personnage de l’opéra d’Offenbach.
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Biographie. Hoffmann ou la part du rêve

Hoffmann, musicien, écrivain, artiste total : c’est ainsi que le décrit Pierre Péju, à bonne distance du personnage de l’opéra d’Offenbach.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h30
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
E. T. A. Hoffmann. L’ombre de soi-même, de Pierre Péju, Phébus, 272 p., 19 €.

A l’heure où la littérature se voue au réalisme, il est bon de se retremper aussi chez les maîtres de l’imagination. Le romantique allemand Ernst Theodor Amadeus ­Hoffmann (1776-1822), chéri et traduit en France dès le XIXe siècle, en est une figure de proue. Pour beaucoup de Français, l’auteur des Contes demeure un personnage de Jacques Offenbach qui, dans son opéra fantastique de 1881, mit en scène à la fois l’écrivain et ses créatures au cœur d’une féerie où le diable ne cesse de mettre à mal les projets amoureux du protagoniste.
Pierre Péju a voulu, sinon rompre avec cette imagerie, du moins la rendre plus complexe. Sa biographie date de 1988, mais pour cette réédition il l’a relue et agrémentée d’un avant-propos. On suppose toutefois que trente années de recherches ont profondément modifié notre regard sur le romantisme allemand et creusé quelques distances avec les interprétations psychanalytiques ou sartriennes du personnage, dont son livre est un peu trop captif. On ne boudera pourtant pas le plaisir qu’il y a, sous la plume allègre du romancier et essayiste, par ailleurs bon connaisseur de l’Allemagne littéraire, à parcourir la courte vie d’Hoffmann, qui fut loin d’être cantonnée à l’écriture.
Compositeur, peintre, caricaturiste
Car l’ambition de ce dernier fut d’abord musicale. Epris de Mozart, il alla jusqu’à adjoindre le prénom du musicien à la liste des siens pour mieux souligner, interprète Péju, l’échec à égaler son modèle. Son œuvre de compositeur (il fut aussi chef d’orchestre) n’a que peu résisté au temps ; aussi a-t-elle souffert de l’ombre de Beethoven (1770-1827), qu’Hoffmann, en tant que critique musical, a contribué à faire connaître. Seul demeure dans les mémoires et les répertoires l’un des quatre opéras dont il a rédigé la partition, ­Ondine, créé à Berlin en 1816...




                        

                        


<article-nb="2018/07/04/19-15">
<filnamedate="20180704"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180704"><AAMMJJHH="2018070419">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ « Traversée » raconte celle d’un porte-conteneurs de Rouen aux Antilles. Sans incident. Mais son auteur, Francis Tabouret, convoyeur d’animaux, en fait une ode.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
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Histoire d’un livre. Ecrire les mers et les chevaux calmes

« Traversée » raconte celle d’un porte-conteneurs de Rouen aux Antilles. Sans incident. Mais son auteur, Francis Tabouret, convoyeur d’animaux, en fait une ode.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h15
    |

                            Nils C. Ahl (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Traversée, de Francis Tabouret, P.O.L, 160 p., 15 €.

« Je suis convoyeur de chevaux : je voyage avec des chevaux dans les soutes d’avions de marchandises. Une sorte de steward équin, ou de livreur, soigneur de bêtes à 10 000 mètres d’altitude. » Le premier texte de Francis Tabouret commence comme on fait des présentations, comme une interview. La voix est posée, claire ; les phrases, courtes et précises. Il faut deux ou trois pages pour que la mécanique du récit s’enclenche au terminal à conteneurs de Rouen, sur un quai, devant un porte-conteneurs de 198 mètres de long et de trente de large. Le « soigneur de bêtes volantes » se fait marin, « préposé aux animaux » flottants.
De passage à Paris, il raconte au « Monde des livres » : « Je travaille avec des chevaux depuis une quinzaine d’années : enseignant moniteur d’équitation, puis dans le spectacle équestre. C’est là que j’ai commencé à prendre des avions avec des chevaux parce qu’on faisait des tournées dans le monde entier. » Il s’interrompt : « C’est là que j’ai commencé à écrire. C’est une vie très intense mais éphémère. J’ai commencé des carnets de bord pour faire une place à mon regard sur le monde, cesser d’être le spectateur de ma propre vie. »
Rechercher en mer la lenteur
Rapidement, le jeune écrivain, né en 1980, abandonne le spectacle équestre pour devenir convoyeur de chevaux, un métier qui lui laisse davantage de temps libre. Et quand il apprend qu’il faut prendre la mer pour convoyer des chevaux jusqu’aux Antilles, l’idée l’enthousiasme : ­ « Aller plus lentement, travailler, voir ce que ça fait de passer d’un continent à un autre, pas aussi vite et aussi artificiellement qu’en avion. C’était une occasion d’écrire sur ce métier-là, également. Le temps long de la traversée offrait une matière intéressante. Au départ, j’ai pensé publier ce texte en feuilleton dans une revue, un épisode...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Avec « Si loin de ma vie », l’écrivaine burkinabé livre le roman du « migrant », à travers le parcours de l’attachant Jeanphi.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
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Un candidat au départ pour l’Europe de Monique Ilboudo

Avec « Si loin de ma vie », l’écrivaine burkinabé livre le roman du « migrant », à travers le parcours de l’attachant Jeanphi.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h15
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Si loin de ma vie, de Monique Ilboudo, Le Serpent à plumes, 144 p., 16 €.

Il s’appelle Jean-Philippe, mais on le surnomme « Jeanphi ». Il a grandi à Ouabany, un lieu qui n’existe pas, mais que l’on reconnaît : il se situe en Afrique subsaharienne, au Niger, au Mali, au Burkina Faso, au Sénégal – là d’où les jeunes gens rêvent de partir. « Parti pour réaliser mes rêves. C’était mon seul vœu, me donner une seconde chance. Tout le monde y a droit », déclare-t-il.
Histoires pétillantes
Au début de Si loin de ma vie, Jeanphi est obsédé par l’émigration. Son oncle, le chef du village, tente de le faire changer d’avis en lui parlant de ses racines. Un argument absurde, selon le jeune homme, qui préfère s’en remettre à l’une des histoires pétillantes dont son parent a le secret. « Lorsqu’on couche un poulet, qu’on lui pose un couteau sur le cou en lui disant par exemple : “Tu ne bouges pas, je vais au marché et au retour, je t’égorge”, le poulet ne bougera pas jusqu’au retour du marché et à sa mise à mort. Essayez, vous verrez. Moi, je ne suis pas un poulet. J’ai refusé de rester couché où le hasard m’a fait naître. » Là où ce refus l’a mené, on ne le découvre que plus tard, mais on sait d’emblée que son père en est mort de honte.

Avec Jeanphi, Monique Ilboudo a créé un héros spirituel et attachant. L’écrivaine, née en 1959, est également militante des droits de l’homme au Burkina Faso. Ses luttes servent de terreau à ses fictions. En 1992, elle publiait Le Mal de peau (Imprimerie nationale du Burkina ; rééd. Le Serpent à plumes, 2001), incarné par une femme burkinabée violée par un soldat blanc, et la fille née de ce crime. Huit ans plus tard, elle plaçait le génocide rwandais au cœur de Murekatete (Le Figuier). Dans Si loin de ma vie, elle creuse une question essentielle : pourquoi « cette quête commune », qui nous pousse...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Romans, poésie, anthologie, biographie, essais littéraire et philosophique… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 29 juin 2018.
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Livres en bref

Romans, poésie, anthologie, biographie, essais littéraire et philosophique… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 29 juin 2018.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
28.06.2018 à 08h39
    |

                            David Zerbib, 
                            Jean-Louis Jeannelle (Spécialiste des études littéraires et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Elena Balzamo (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
Raphaëlle Leyris, 
                                Monique Petillon (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Cyril Peter, 
                            Florence Noiville et 
                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            Anthologie. Voix iakoutes
Des nouvelles de la taïga, collectif, traduit du russe et du iakoute par Arthur Hugonnot, Klim Kassianov, Emilie Maj, Munkhzul Renchin, Piotr Vinokourov, Borealia, 160 p., 13 €.
Située en Russie, dans le nord-est sibérien, la Iakoutie, grande comme cinq fois la France, ne compte qu’un million d’habitants. L’imagination des Iakoutes, éleveurs nomades brutalement sédentarisés lors des décennies soviétiques, a peuplé l’immensité de la taïga d’une foule d’êtres fabuleux. Loin de se sentir seul, l’homme y vit en constante interaction avec les « esprits-maîtres ». Au cours du XXe siècle, les travaux des ethnologues et l’alphabétisation ont fait émerger cette riche tradition populaire, qui a donné naissance à une littérature autochtone, d’abord en russe puis en iakoute. Des nouvelles de la taïga, dix récits parus entre 1926 et aujourd’hui, en offre un aperçu, intéressant aussi bien par ce qu’il dit que par ce qu’il passe sous silence : le sombre passé soviétique de cette région. E. B.
Biographie. Novatrice Mary Shelley
Mary Shelley. Au-delà de Frankenstein, de Cathy Bernheim, Le Félin, « Biographie », 276 p., 18 €.
« Auteure de… » et « femme de… » – en l’occurrence de Frankenstein (1818) et du poète romantique anglais Percy Shelley (1792-1822) : voilà ce à quoi on réduit trop souvent l’écrivaine britannique Mary Godwin Shelley (1797-1851). Comme si, pendant deux siècles, on avait lu et étudié son chef-d’œuvre (composé à 16 ans) sans se soucier vraiment de celle qui l’avait écrit. Comme si elle avait été doublement éclipsée, par son œuvre et par son mari.

Elégamment écrite, très complète – et parfaitement reliée, dans sa dernière partie, aux enjeux scientifiques contemporains, tel le transhumanisme –, cette biographie rend justice à une femme de lettres précoce et novatrice qui fut aussi une grande...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ La chronique de Leïla Slimani, à propos d’« Idaho », d’Emily Ruskovich.
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Premier roman. Le labyrinthe des souvenirs

La chronique de Leïla Slimani, à propos d’« Idaho », d’Emily Ruskovich.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h15
    |

                            Leïla Slimani (Ecrivaine)








                        



                                


                            
Idaho, d’Emily Ruskovich, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Simon Baril, Gallmeister, 368 p., 23,50 €.

A qui appartiennent nos souvenirs ? Peut-on se faire gardien de la mémoire pour ceux qui sont condamnés à oublier ? Ce sont ces questions vertigineuses que pose Idaho, le premier roman d’Emily Ruskovich.
Ann est la seconde épouse de Wade. Ils se sont mariés quelques mois à peine après que la première femme de Wade, Jenny, a brutalement assassiné leur fille, May, et que leur deuxième enfant, June, a disparu. Contrairement à ce que pourraient laisser croire les premières pages, ce livre n’est pas un thriller ni un polar. La romancière ne cherche pas à nous expliquer quelles étaient les motivations de Jenny. Elle ne nous entraîne pas sur les traces de June disparue et nous ne saurons pas si celle-ci a été enlevée ou même si elle a survécu. L’auteure ne cesse de déjouer nos attentes, et c’est sans doute dans ce continuel pas de côté que réside la force du livre. Idaho est un roman complexe, peut-être même difficile. L’auteur fait le choix d’éclater la structure du récit et de passer avec une diabolique dextérité du passé au présent, du monologue intérieur à la description distanciée.
Le cœur de l’intrigue ne se situe donc pas dans la narration elle-même, mais plutôt dans la façon dont la romancière explore l’insondable mystère de la mémoire. Les chapitres épousent la forme kaléidoscopique de notre psyché. Wade, atteint par une maladie génétique, perd progressivement tous ses souvenirs et c’est Ann qui en hérite. C’est elle qui est chargée de rassembler les pièces du puzzle dont les morceaux ont été dispersés. « Elle a pris le passé de Wade et l’a étalé devant elle, faisant de son propre avenir un retour en arrière, alors même que ce passé disparaît. Ce lent effacement, cette ligne blanche traversant l’obscurité de la mémoire de Wade, voilà ce qu’Ann suivra toute sa vie...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ L’écrivain américain cultive son pessimisme sur la nature humaine avec « Les Terranautes », inspiré de l’expérience Biosphere 2 simulant une colonie sur Mars.
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T. C. Boyle tenté par la vie sous cloche

L’écrivain américain cultive son pessimisme sur la nature humaine avec « Les Terranautes », inspiré de l’expérience Biosphere 2 simulant une colonie sur Mars.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h15
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            
Les Terranautes (The Terranauts), de T. C. Boyle, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Bernard Turle, Grasset, 592 p., 24 €.

Depuis Biosphere 2, expérience scientifique qui a eu lieu dans le désert d’Arizona entre 1991 et 1993, et dont s’est inspiré l’écrivain américain T. C. Boyle pour écrire Les Terranautes, vingt-cinq ans ont passé. Et ce quart de siècle a modifié le regard porté sur cette utopie en circuit fermé, censée préfigurer une implantation humaine sur Mars. « L’idée était de représenter, rappelle dans son livre le romancier, cinq des biomes autosuffisants [savane, forêt tropicale, désert, marécage, océan] de la planète Terre, afin de concocter un écosystème qui permettrait aux créatures vivantes, dont les êtres humains, de prospérer dans un environnement hostile. » A l’époque, cette bulle attira les touristes et inaugura le concept de « vie sous cloche », bientôt caractéristique de la télé-réalité. Dans les faits, l’expérience, financée par un gourou milliardaire, vira au fiasco.
Boyle lui donne ici une seconde chance, chroniquant deux années passées sous serre par une communauté de quatre hommes et de quatre femmes hautement qualifiés qui cohabitent avec 3 800 variétés de plantes et d’animaux. Quoi qu’il arrive, ont-ils juré, « rien n’entrera, rien ne sortira » d’« Ecosphère 2 ». Cette étanchéité est uniquement rompue par les informations circulant entre le dedans et le dehors, les interviews auxquels ils se plient occasionnellement derrière leur paroi de verre. En dehors de leur labeur quotidien, les « terranautes » célèbrent les solstices, interprètent des pièces de théâtre ; ils cuisinent à tour de rôle. Quelques-uns couchent ensemble et tombent amoureux.
Les tensions s’exacerbent
Au fil des mois, pourtant, la joie de ces scientifiques transformés en rats de laboratoire s’évanouit. Leur cohésion se délite sous l’effet corrosif de l’attente,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ Dernier tome de la correspondance du Prix Nobel de littérature 1969 (malgré lui). Drôle et généreux, il y narre au jour le jour son apothéose et sa déchéance.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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Samuel Beckett, pour finir encore

Dernier tome de la correspondance du Prix Nobel de littérature 1969 (malgré lui). Drôle et généreux, il y narre au jour le jour son apothéose et sa déchéance.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
28.06.2018 à 11h15
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            
Lettres IV (1966-1989), de Samuel Beckett, traduit de l’anglais (Irlande) par Gérard Kahn, édité par George Craig, Martha Dow Fehsenfeld, Dan Gunn et Lois More Overbeck, Gallimard, 960 p., 58 €.

Point d’orgue d’une gigantesque entreprise éditoriale, voici le quatrième volume de la correspondance de Samuel Beckett (1906-1989). Gigantesque parce que l’auteur d’Oh les beaux jours était un épistolier infatigable. Autant son œuvre est minimaliste et sa parole rare – « Je suis désespérant au téléphone, encore pire que face à face » –, autant ses lettres, paradoxalement, abondent. Plus de 15 000 au total. Et il ne s’agit là que des missives retrouvées : celles destinées à sa femme – Suzanne Déchevaux-Dumesnil, rencontrée sur un court de tennis – ou celles écrites pendant qu’il était dans la Résistance, semblant avoir définitivement disparu.
Le Nobel pour rien au monde
Dans ce tome qui couvre les vingt-quatre dernières années de sa vie – il s’ouvre en 1966, alors que Beckett travaille au film Comédie avec le jeune réalisateur Marin Karmitz, et se clôt en 1989, quelques mois avant sa mort à 83 ans –, les lettres de Beckett parlent d’« apothéose » et de déchéance. L’apothéose, c’est bien sûr celle du Nobel de littérature, en 1969. Ce prix, Beckett n’en veut pour rien au monde, assure-t-il à Siegfried Unseld, son éditeur allemand, lorsque son nom commence à circuler. En octobre, il écrit à Jérôme Lindon, le patron des Editions de Minuit : « Soulagé de lire dans Le Monde de samedi que je ne “parais plus pouvoir l’avoir”. » Hélas pour lui, Le Monde se trompe. Quand tombe la nouvelle, Beckett est en Tunisie, savourant solitude et baignades dans « l’eau suave ». Quelle engeance que cette « consécration ». Tout à coup, le voilà qui rase les murs de son hôtel. « Sors et rentre en cachette et repas dans la chambre, écrit-il. Me débrouille...




                        

                        

