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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ La danseuse britannique à l’élégance swing s’est éteinte à Londres, le 1er juillet à l’âge de 92 ans.
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Gillian Lynne, chorégraphe de « Cats », est morte

La danseuse britannique à l’élégance swing s’est éteinte à Londres, le 1er juillet à l’âge de 92 ans.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 18h01
    |

                            Rosita Boisseau








                        



                                


                            

Elle est la chorégraphe de la fameuse et supra féline comédie musicale Cats (1981), créée à Londres, multi-récompensée dans le monde entier, et aussi du Fantôme de l’opéra (1986), d’après le roman de Gaston Leroux. Avec un tableau d’honneur de plus de cinquante spectacles, la danseuse et chorégraphe britannique Gillian Lynne fait partie des figures étoilées de la scène music hall. Pour Cats, elle avait reçu deux Olivier Awards. Un théâtre londonien, le New London Theatre, a même été rebaptisé Gillian Lynne Theatre en 2018. Elle est morte dimanche 1er juillet, à l’âge de 92 ans, à l’hôpital Princess Grace, à Londres.
Gillian Barbara Pyrke est née le 20 février 1926, à Bromley, dans le Kent. Elle prend ses premiers cours de danse classique très jeune et en fait vite son métier. En 1944, elle intègre le Sadler’s Wells Ballet, dirigé par Ninette de Valois, et enchaîne les grands ballets du répertoire comme La Belle au bois dormant et Giselle. Au début des années 1950, elle bascule dans la comédie musicale comme interprète, puis comme chorégraphe. La liste des spectacles et productions pour lesquels elle a collaboré, dans les théâtres mais aussi à la télévision, est aussi variée qu’immense. De My Fair Lady (1978) à Cabaret (1986) jusqu’à Chitty Chitty Bang Bang (2005), elle a impulsé son élégance swing sur tous les tons.
Un tube de Barbra Streisand
En 1980, lorsque le compositeur britannique Andrew Lloyd Webber lui propose Cats, elle tombe immédiatement sous le charme de ses mélodies et commence à travailler sa « cat’s attitude ». Inspiré des poèmes de l’écrivain anglais T.S. Eliot, le spectacle, qu’Andrew Lloyd Webber a commencé à élaborer dès 1977, est mis en scène par Trevor Nunn, en complicité avec Gillian Lynne. Il restera à l’affiche jusqu’en 2002 à Londres : l’ultime représentation sera exceptionnellement retransmise sur écran géant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Notre choix du soir. Avec Christine Spengler en fil rouge, un documentaire rend hommage à plusieurs générations de reporters-photographes (sur Arte à 22 h 40).
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TV – « Femmes photographes de guerre »

Notre choix du soir. Avec Christine Spengler en fil rouge, un documentaire rend hommage à plusieurs générations de reporters-photographes (sur Arte à 22 h 40).



Le Monde
 |    04.07.2018 à 17h45
    |

            Alain Constant








                        


Documentaire sur Arte à 22 h 40



Tchad, Vietnam, Irlande du Nord, Sahara occidental, Afghanistan, Kosovo… Autant de lieux de souffrance et de chaos que la Française Christine Spengler a parcourus en tant que photographe de guerre, risquant sa peau à de nombreuses reprises. En 1974, son premier cliché du Vietnam, splendide – un enfant casqué dans l’eau avec un buffle en arrière-plan –, lui vaut les honneurs du New York Times et marque le début d’une longue carrière.
Ce beau documentaire fait de cette photographe de guerre le fil rouge d’un film rendant hommage à quelques-unes de ses consœurs. Celles qui se sont illustrées non seulement sur la ligne de front mais aussi à l’arrière, là où photographier les soldats au repos permet également de comprendre les douleurs, les doutes ou la peur.
Existe-t-il un regard spécifiquement féminin sur les conflits armés ? Pourquoi certaines femmes partent-elles si jeunes au front ? Des questions qui trouvent parfois des réponses. Tout commence avec Alice Schalek (1874-1956), devenue la première correspondante de guerre au monde.

   


Conservées dans les archives de la Bibliothèque nationale de Vienne, ses images sur les soldats autrichiens durant la première guerre mondiale sont remarquables. Passionnée d’alpinisme, Alice Schalek a notamment photographié le front sur les sommets enneigés des Dolomites. Et s’est souvent heurtée au mépris des élites masculines de l’époque.
Autre destin, plus connu, celui de Gerda Taro, née à Stuttgart en 1910 et morte à 26 ans, écrasée par un char durant la guerre civile espagnole. En 1933, pour échapper aux nazis, elle s’enfuit à Paris, où elle rencontre celui qui deviendra son grand amour, Robert Capa. Femme moderne, remarquable professionnelle, son travail en Espagne sera publié par les plus grands magazines de la planète. Ses photos de l’exode à Malaga, à la morgue ou de miliciennes à l’entraînement sont bouleversantes. La première femme à tomber au front dans l’exercice de son métier aura droit à des obsèques à Paris qui ressembleront à des funérailles nationales.
Le fils de la légendaire Lee Miller (1907-1977) a eu, lui, la surprise de découvrir un jour dans le grenier de la maison familiale, située dans le sud de l’Angleterre, 60 000 négatifs que sa mère avait pris soin de cacher. Un véritable trésor que ces clichés signés d’une femme hors du commun, que Picasso a peinte à six reprises et qui a vécu avec Man Ray. Lee Miller travaille pour Vogue mais veut absolument aller au front. « Pour moi, photographier la guerre, c’est du surréalisme devenu réalité ! » Ses photos prises en 1944 dans une Allemagne en train de s’écrouler sont passées à la postérité. Armée de son Rolleiflex, elle fixera les horreurs de Dachau et de Mauthausen comme l’intimité de l’appartement munichois du Führer.
Dans les tremblements du monde
Enfin, le documentaire rappelle le tragique destin de la jeune Française Camille Lepage, tuée en 2014 lors d’un reportage en Centrafrique. Sa mère raconte comment sa fille envisageait ce métier si dangereux. « J’avais peur mais, par amour, j’acceptais ses choix. Après son décès, j’ai découvert les conditions de son travail : elle prenait toujours soin de s’installer durablement avec les populations, elle vivait avec elles. »
Aujourd’hui, il y a paraît-il autant de femmes que d’hommes à photographier la guerre. A vivre les tremblements du monde « comme dans un tableau de Jérôme Bosch », selon Christine Spengler.
Femmes photographes de guerre, de Sigrid Faltin (Allemagne, 2016, 52 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ A voir aussi ce soir. Caméra à hauteur de toutou de tout poil, Peter Chinn filme les premières semaines d’existence de labradors, dalmatiens ou caniches (sur France 5 à 20 h 50).
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TV – « Une vie de chiot, nouvelle génération »

A voir aussi ce soir. Caméra à hauteur de toutou de tout poil, Peter Chinn filme les premières semaines d’existence de labradors, dalmatiens ou caniches (sur France 5 à 20 h 50).



Le Monde
 |    04.07.2018 à 17h30
    |

                            Camille Langlade








                        


Documentaire sur France 5 à 20 h 50



Filmé à hauteur de toutou, ce programme original suit les aventures de chiots en plein apprentissage de la vie ; de leur naissance à leurs débuts dans le monde extérieur. Le réalisateur Peter Chinn et ses équipes ont notamment accompagné des portées de chiens pendant les premières semaines de leur existence, afin d’étudier leurs comportements. Des tribus de ­dalmatiens, de labradors ou ­encore de braques de Weimar, à travers toute l’Angleterre.
Une chose est sûre, les chiots rencontrés ont souvent un caractère bien trempé. A l’image de Ruby, un caniche ressemblant à s’y méprendre à une peluche, dont les petites bouclettes expérimentent les affres du toilettage. A la ville ou à la campagne, la vie de ces petites bêtes s’avère trépidante. Le film fait de leur quotidien un véritable récit, composé d’une myriade de saynètes et de chroniques ordinaires. Le propos mêle l’anecdotique au didactique : on apprend ainsi qu’au départ le caniche était un chien de chasse (au canard notamment), prisé pour sa fourrure imperméable.
Apprendre les codes sociaux
Les premières semaines des ­chiots se résument à des besoins primaires, comme manger et dormir – les braques de Weimar engloutissent pas moins d’un litre de lait par jour, soit 20 % de leur poids. Mais ils doivent aussi ­apprendre les rudiments des ­codes sociaux, aussi bien avec leurs semblables qu’avec les ­humains. Et Peter Chinn ne s’attarde jamais ou presque sur ces ­derniers. On perçoit leurs mains, leurs jambes, parfois leurs ­visages, mais les rôles principaux restent attribués aux bêtes.
De races variées, tous les chiots ont leurs spécificités et leur personnalité, que n’oublie pas de souligner la voix off. Il y a ceux qui s’ennuient ferme dans leurs appartements, comme Luna, un lévrier italien que sa maîtresse a inscrit dans un country club qui organise des sortes de classe verte pour chiots, en périphérie de Londres.

   


Sans prétention, Une vie de chiot dresse un portrait émouvant de ces petites bêtes. Parfois simpliste, mais jamais barbant. Caméra posée la plupart du temps au sol, le film offre quelques plans cocasses, aux accents enfantins. Rempli d’humour et de légèreté, il ravira les petits et les grands.
Une vie de chiot, nouvelle génération, de Peter Chinn (GB, 2016, 85 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ « Le Jeu d’échecs », roman autobiographique de l’écrivaine et résistante, publié peu avant sa mort, en 1970, reparaît. Un texte implacable sur les intermittences du cœur.
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Edith Thomas : échapper aux mensonges

« Le Jeu d’échecs », roman autobiographique de l’écrivaine et résistante, publié peu avant sa mort, en 1970, reparaît. Un texte implacable sur les intermittences du cœur.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 16h00
    |

                            Geneviève Brisac (Ecrivaine)








                        



                                


                            
Le Jeu d’échecs, d’Edith Thomas, postface de Nicolas Chevassus-au-Louis, Viviane Hamy, 210 p., 18 €.

Le Jeu d’échecs, d’Edith Thomas, parut pour la première fois en février 1970. L’auteure était connue, elle avait été une magnifique reporter, elle avait publié des biographies de George Sand ou de Pauline Roland, elle était membre du jury Femina, et on savait qu’elle était la seule femme à avoir été membre du Conseil national des écrivains, organisation résistante, entre 1942 et 1944.
Le livre eut un énorme succès. Neuf mois plus tard, Edith Thomas mourait d’une hépatite fulgurante. Elle avait juste passé 60 ans. On l’oublia. Elle n’en aurait pas fait une histoire, détestant le tapage et la foire aux vanités (Elle adorait la phrase de Marx : « Nous abandonnâmes le manuscrit à la critique rongeuse des souris d’autant que nous avions atteint notre but : nous entendre avec nous-même. »). Le Jeu d’échecs reparaît aujourd’hui. Cinquante ans après, c’est un choc.
Dire la vérité
C’est l’histoire d’une journaliste politique devenue archéologue. Un roman autobiographique, donc, pour celle qui écrivait en 1942 dans Les Lettres françaises : « Notre métier, pour en être digne, il faut dire la vérité. La vérité est totale ou n’est pas. La vérité : les étoiles sur les poitrines, l’arrachement des enfants aux mères, les hommes fusillés. » Dire la vérité : dénoncer le pacte germano-soviétique, l’histoire falsifiée et la langue de bois courtisane d’Aragon, qu’elle avait méprisé au premier coup d’œil. A l’époque, Paul Nizan comme Jean Guéhenno avaient admiré son courage et son style.
Roman politique donc, Le Jeu d’échecs est pourtant le plus implacable, le plus lucide des récits sur les intermittences du cœur et les cruautés de l’amour partagé et non partagé. Dans une lettre que la narratrice, Aude, écrit à un homme nommé Stevan, Edith Thomas...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Audrey Célestine signe le récit intime d’« Une famille française », la sienne, sur trois générations et trois continents. Une généalogique qui se confond avec l’Histoire.
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Entretien

« Etre français depuis vingt minutes ou plusieurs siècles, c’est la même chose »

Audrey Célestine signe le récit intime d’« Une famille française », la sienne, sur trois générations et trois continents. Une généalogique qui se confond avec l’Histoire.

Propos recueillis par                                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)




LE MONDE
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        Le 04.07.2018 à 15h56

     •
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        Mis à jour le 04.07.2018 à 18h44






    
Une femme et ses enfants désireux de gagner la métropole depuis l’Algérie débarquent à Marseille le 26 mai 1962, après la signature des accords d'Evian.
Crédits : AFP


Elle s’appelle Audrey, lui Julien. Nés au début des années 1980, ils se rencontrent à Paris, où ils font Sciences Po. Plus tard, ils ont une fille qui fait l’expérience de l’altérité. « Une jolie métisse », leur dit-on. Comme toutes les assignations identitaires, cette phrase cloue le bec et ne dit rien de qui l’on est vraiment.
En écrivant Une famille française. Des Antilles à Dunkerque en passant par l’Algérie (éd. Textuel//Petite encyclopédie critique), Audrey Célestine remonte l’arbre généalogique de ses enfants et inscrit les trajectoires de leurs aïeux dans la grande histoire. L’universitaire, spécialiste des questions identitaires au sein des minorités en France et aux Etats-Unis, a écouté les membres de sa famille et de celle de son conjoint. Il y a ceux qui ont fui le franquisme en se réfugiant en Algérie française ; ceux qui ont été envoyés loin de chez eux pour échapper aux bombardements de la seconde guerre mondiale ; ceux qui ont connu les allers-retours entre deux pays au gré des aléas économiques et des guerres, et dont les enfants grandissent dans la promiscuité des cités HLM de Dunkerque et de Toulon.
Délibérément sinueux, le livre navigue entre les époques, les continents et les branches de l’arbre généalogique, et ce faisant, créé des ponts et des échos. Audrey Célestine a réussi son pari : cette famille française résonne en chacun de nous.
Dans quel état d’esprit avez-vous écrit ce livre ?
Audrey Célestine Je voulais m’intéresser à la place très concrète qu’occupe le colonial dans les vies de Français ordinaires. A partir des témoignages de ma famille et de celle de mon compagnon, j’ai raconté les déplacements, la guerre, le monde colonial qui s’effondre et qui a encore des survivances dans l’outre-mer. Je crois à l’importance de l’intime pour montrer comment les gens s’accommodent du quotidien. Ma grand-mère Ginette, qui n’était pas une intello antiraciste, a eu un enfant avec un Antillais, avant de se marier avec un Kabyle dans la France des années 1950, en dépit du racisme de l’époque. Aussi, j’ai compris que, sans la guerre, des membres de ma famille auraient eu une autre nationalité. Pour certains, l’identité française a été une question de survie. Ils sont arrivés dans l’Empire colonial et ont eu la place qu’on a bien voulu leur donner.
Enfin, je voulais me demander à quoi ressemble la famille de petites filles que certains vont désigner comme « racisées ». Elles ont une bonne partie de leur famille en Provence, mais on mange toujours de la paëlla chez Minerva et on parle de « comment c’était avant », à Sidi Bel Abbès. Minerva, la grand-mère de mon compagnon, est née dans les années 1930 sur l’île de Fernando Poo, en Guinée espagnole [aujourd’hui la Guinée équatoriale]. Sa famille était à Alicante quand la ville est tombée aux mains des franquistes, et ils se sont réfugiés en Algérie. Ils parlaient le « pataouète », un mélange d’espagnol et de français avec des mots arabes.
Pourquoi ce titre ?
Le fait même que mon titre paraisse provocateur montre bien l’étendue du problème. C’est le hasard qui nous fait naître quelque part. Il n’y a ni à s’en excuser, ni à le justifier, ni à en être particulièrement fier. Dans l’Empire colonial, il y avait une citoyenneté par degré. Aujourd’hui, être français depuis vingt minutes ou plusieurs siècles, c’est la même chose. Il faut déconstruire la notion d’ancrage. On nie à des personnes qui sont là depuis trois générations leur ancrage ici, tandis qu’on affirme, si des gens sont blancs, qu’ils sont de vrais Français. Si mon conjoint et moi remontons à la génération de nos grands-parents, tous mes ancêtres sont français, alors que de son côté, il n’a qu’un aïeul qui l’est. Mais c’est à moi qu’on demande toujours d’où je viens [rires]. Proclamer Une famille française était un acte important pour moi.
Pensez-vous que la diversité de votre famille est atypique ?
C’est très lié au fait que je suis née dans une ville portuaire. Ma mère, née à Dunkerque, et mon père qui y est arrivé à 15 ans, ont toujours eu des amis qui venaient de partout. C’est ce Dunkerque-là que je connais. Celui des bars antillais créés dans les années 1950-1960, des amourettes entre les Dunkerquoises et ces navigateurs venus de Somalie ou du Vietnam. J’ai grandi là-dedans, et cela m’a convaincue que je n’étais pas moins française qu’une autre. Ces histoires ne sont pas connues alors qu’elles donnent une autre image de ce qu’est ce pays et permettent de comprendre que la migration n’est pas un phénomène récent.
Quel est le propos politique de votre livre ?
Aujourd’hui, nous sommes pris entre deux discours. L’un parle de « grand remplacement », de racines chrétiennes, et me paraît ridicule. L’autre, que je prends très au sérieux, c’est le discours des militants antiracistes qui dénoncent le racisme politique. Je ne suis pas toujours d’accord avec eux, mais j’échange avec eux. Les condamner n’est pas une priorité dans la France d’aujourd’hui, et je m’y refuse. Le problème, ce n’est pas le discours des militants antiracistes, mais le contrôle au faciès, les discriminations. Mon point de vue est de refuser toutes les assignations. Il y a une difficulté à ce que des catégories qui sont au départ des catégories d’oppression deviennent des catégories d’émancipation. Pour autant, je me dis facilement noire. C’est un paradoxe. Mais je considère que personne n’a à me dire si j’ai le droit de le faire, et je ne donne de gages d’authenticité à personne. Je n’ai pas envie d’être enfermée dans le panafricanisme, mais ce courant nourrit des discussions politiques importantes à observer et à entendre. Au final, je prends le risque de me faire taper des deux côtés. Mais la galaxie antiraciste n’est pas monolithique. Ce livre est ma contribution.

    

Crédits : DR


Une famille française. Des Antilles à Dunkerque en passant par l’Algérie, d’Audrey Célestine, éd. Textuel/Petite encyclopédie critique, 160 pages, 15,90 euros.


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Auteur d’une œuvre pleine d’énergie et diverse – avec toujours la poésie trônant en majesté –, l’écrivain prolifique est mort mercredi à l’âge de 104 ans.
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L’écrivain et poète Georges-Emmanuel Clancier est mort

Auteur d’une œuvre pleine d’énergie et diverse – avec toujours la poésie trônant en majesté –, l’écrivain prolifique est mort mercredi à l’âge de 104 ans.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 14h06
 • Mis à jour le
04.07.2018 à 14h41
    |

                            Patrick Kéchichian








                        



                                


                            

C’est à l’âge de 104 ans que Georges-Emmanuel Clancier vient de mourir, mercredi 4 juillet. Son sourire plein de malice, lui, n’avait pas vieilli. Il manifestait toujours la même générosité, le même bonheur de partager des idées, des enthousiasmes. Ayant atteint depuis longtemps l’âge où il aurait pu prétendre à ce rôle, Georges-Emmanuel Clancier, écrivain prolifique, ne posait pas en vieux sage. « La vie parle si fort que je ne puis me taire », avait-il décrété une fois pour toutes.
D’une telle perception de l’existence et du monde, naquit une œuvre pleine d’énergie et diverse – avec toujours la poésie trônant en majesté. Cette poésie qui demeurait à ses yeux « le seul chant sacré permis à l’homme moderne, et sans lequel celui-ci était condamné à perdre son existence et son humanité ».
Né à Limoges le 3 mai 1914, Georges-Emmanuel Clancier est le fils d’une famille d’artisans porcelainiers. La maladie l’oblige à interrompre ses études en classe de philosophie. Adolescent, il découvre la poésie moderne et, à la fin des années 1930, commence à publier, notamment dans Les Cahiers du Sud. En 1939, il est à Paris où sa femme, Anne, prépare l’internat de psychiatrie (elle deviendra psychanalyste).
La période de la guerre
De retour en Limousin en 1940, il reprend des études de lettres. Pèlerinage littéraire et initiatique à Carcassonne auprès de Joë Bousquet. « GEC », comme l’appellent ses amis, s’investit, à partir de juillet 1940, dans l’aventure de la revue Fontaine dirigée depuis Alger par Max-Pol Fouchet. En septembre 1941, il participe à la rencontre de Lourmarin, moment-clé de la résistance intellectuelle en France… « La guerre la guerre faite à l’homme/Par la bête à tête d’homme… », marquera profondément l’écrivain et le résistant. « Notre jeunesse, écrit-il, s’est heurtée aux ténèbres effroyables, à la négation la plus horrible, la plus totale de l’homme que l’histoire...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Le compositeur tchèque crée « Seven Stones », le 7 juillet, opéra contemporain attendu comme un temps fort du Festival.
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Aix : la fantaisie minérale d’Ondrej Adamek

Le compositeur tchèque crée « Seven Stones », le 7 juillet, opéra contemporain attendu comme un temps fort du Festival.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 14h00
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                            Pierre Gervasoni








                        



                                


                            
Pour beaucoup d’observateurs, Ondrej Adamek est l’enfant terrible de la musique contemporaine. Ses œuvres requièrent des dispositifs insolites et son univers sonore rejoint celui des cartoons. Un exemple ? L’instrument polymorphe qu’il a conçu sur le modèle d’une machine à vent (airmachine) dont la soufflerie alimente un large éventail de sources sonores, du ballon de baudruche au sifflet. Manié par un virtuose du tuyau ­ (Roméo Monteiro), ce méga-aspirateur a donné lieu au tube – c’est le cas de le dire – du compositeur, Conséquences particulièrement blanches ou noires, qui existe en deux versions, soliste ou concertante.

En dépit de son apparence fantaisiste, la musique y est tout sauf anecdotique. accueillante, cohérente et profonde, à l’image de son auteur, Tchèque de 39 ans qui vit à ­Berlin depuis 2010. « La ville est pauvre mais les festivals sont enrichissants, confie Ondrej Adamek. Parce que les couloirs semblent avoir été pensés pour que les artistes et le public soient obligés de se croiser. » Informelles ou planifiées, humaines ou esthétiques, les rencontres se trouvent aussi au cœur du processus créatif du compositeur. Elles ont compté dès son arrivée à Paris, en 2000, dans le cadre d’un échange Erasmus qui devait permettre à un Français, Jonathan Pontier (autre « cas » alternatif qu’on tarde encore à découvrir), de partir à Prague (ce qu’il ne fit jamais). Instruit par Pontier des bonnes adresses musicales de la capitale, Adamek a ensuite intégré le Conservatoire dans la classe du compositeur Guy Reibel et en est sorti diplômé en 2007.
Expérience déterminante
Diverses résidences, à Kyoto (2007), à Madrid (2008-2010), à Berlin (2010) et à Rome (2014-2015), ont ensuite complété une formation dans laquelle la direction d’orchestre occupe une place importante. Bien qu’Ondrej Adamek ait pris d’abord des cours à Prague, c’est en voyant François-Xavier Roth diriger ses œuvres au Conservatoire...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Mi-sainte, mi-sorcière, l’héroïne hybride de « L’Ange de feu », qui oscille entre désir amoureux et extase mystique, enflammera le Festival dès le 5 juillet.
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Aix : Prokofiev ou le corps habité de Renata

Mi-sainte, mi-sorcière, l’héroïne hybride de « L’Ange de feu », qui oscille entre désir amoureux et extase mystique, enflammera le Festival dès le 5 juillet.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 12h00
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                            Marie-Aude Roux








                        



                                


                            

Tout chanteur est un possédé par essence, habitacle d’une hypertrophie qui n’a pas attendu les développements de l’hybridation moderne et les artifices du corps augmenté : au sein de celui-ci, la voix naît et s’élargit, devient objet de jouissance, laquelle est le propos même de l’opéra. Ainsi de L’Ange de feu, de Prokofiev, composé entre 1919 et 1927 à partir du sulfureux roman symboliste russe de ­Valeri Brioussov. Né d’un quatuor avorté, intitulé « Sur les touches blanches » parce que son thème n’emploie aucune touche noire, le matériau musical s’est dissous au sein de l’opéra avant de se condenser dans l’alambic d’une Troisième Symphonie en 1928.
Psychopathologie érotique
Au centre de ce diptyque instrumental, l’Ange de feu ou l’apparition violente, tragique, de la voix de Renata, qu’un être de lumière, l’ange Madiel, a visitée dès l’enfance, et qui, ayant voulu s’unir à lui et l’ayant de ce fait perdu, n’aura de cesse d’en poursuivre la traque destructrice, dût-elle en mourir. Une psychopathologie érotique plus complexe que la seule hystérie décrite par Charcot à ­Paris, Bernheim à Nancy et Freud à Vienne, laquelle caractérise tout entier le personnage de Jeanne des Anges, l’abbesse lubrique des Diables de Loudun, de Penderecki.
Car Renata n’est certes pas une sainte. En ­a-t-on d’ailleurs aperçu sur une scène d’opéra ? Ni Suor Angelica, de Puccini, dans lequel une fille-mère cloîtrée dans un couvent par ses parents, et au bord du suicide, sera rédimée par l’apparition de son enfant défunt. Ni dans les Dialogues des carmélites, de Poulenc, dont la scène la plus terrible n’est autre que la vieille prieure succombant au blasphème, reniant dans l’agonie foi et moniales que la Révolution vouera à un destin trop grand. En « odeur de sainteté », une seule, peut-être, la claudélienne Jeanne au bûcher, d’Honegger (non pas opéra mais oratorio), avec, pour gage de sa pureté, la privation...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Agnès Varda croise les parcours de Pomme et Suzanne, de l’adolescence à la maturité, entre 1962 et 1976.
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Reprise : « L’une chante, l’autre pas », deux femmes en lutte

Agnès Varda croise les parcours de Pomme et Suzanne, de l’adolescence à la maturité, entre 1962 et 1976.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 11h25
 • Mis à jour le
04.07.2018 à 15h59
    |

                            Mathieu Macheret








                        



                                


                            

Il en fallait, de l’intelligence et de la sensibilité, pour rendre aussi prégnants les enjeux féministes d’une époque bouillonnante – la deuxième moitié des années 1970 – sans se laisser déborder par le didactisme ou la volonté d’asséner des vérités. C’est le prodige qu’accomplissait la grande Agnès Varda avec L’une chante, l’autre pas (1977), chronique de quinze ans d’évolution du droit des femmes, qui ressort dans une copie restaurée aux couleurs resplendissantes. Prodige, car ici le discours politique n’est pas plaqué sur le récit, mais chevillé à l’existence des personnages, soudé à leurs émotions et à leur intimité les plus profondes.
Afin de témoigner de ces évolutions, le récit s’inscrit dans une perspective de temps étendue. Il retrace, entre 1962 et 1976, les parcours croisés de deux jeunes femmes, de l’adolescence à la maturité. « L’une », c’est Pomme (Valérie Mairesse), une lycéenne qui rêve de quitter le domicile familial pour devenir chanteuse. Elle prête main-forte à « l’autre », Suzanne (Thérèse Liotard), concubine d’un photographe et mère de deux enfants, pour avorter clandestinement d’un troisième non désiré. Ce geste fonde leur amitié, mais le suicide du photographe les éloignera durablement l’une de l’autre. Suzanne retournera se morfondre chez ses parents paysans, avant de trouver un emploi au planning familial. Pomme sillonnera les villages au sein d’un groupe folk militant, Orchidées, dont les chansons rythment le film à la façon d’une comédie musicale « beatnik ».

En amont et en aval de Mai 68
Bien que les cheminements de Pomme et Suzanne divergent, ils ne s’en recoupent pas moins à l’endroit d’expériences communes, en ce qui concerne la famille, la conjugalité, la maternité, l’amour – toutes choses qu’elles sont chacune amenées à redéfinir. Mais l’une et l’autre figurent aussi deux façons de traverser un même récit – l’entrée des femmes dans la société française, en amont et en aval de Mai 68 – sur des...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ S’estimant « lâché » par le ministère de la culture, le directeur de l’école a envoyé, mardi, un mail dans lequel il se dit très « éprouvé ».
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Jean-Marc Bustamante proche de la démission des Beaux-Arts de Paris

S’estimant « lâché » par le ministère de la culture, le directeur de l’école a envoyé, mardi, un mail dans lequel il se dit très « éprouvé ».



Le Monde
 |    04.07.2018 à 10h23
 • Mis à jour le
04.07.2018 à 10h53
    |

                            Emmanuelle Lequeux








                        



   


Jean-Marc Bustamante a-t-il jeté l’éponge ? Rien n’est officiel, mais le mail que ce plasticien a envoyé, mardi 3 juillet au soir, à certains acteurs du ministère de la culture et de l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris, qu’il dirige, est sans équivoque. Intitulé « Au revoir », il se conclut ainsi : « L’artiste reprend le dessus. Je vous souhaite de (…) vous revoir ailleurs. Et vive l’art que nous faisons et non la culture qui nous ait [sic] faite ». Reçu par le cabinet de Françoise Nyssen hier matin, celui qui avait concentré tous ses efforts pour que l’institution gagne le label de « musée de France » n’aurait apparemment pas reçu le soutien qu’il escomptait suite à son enfarinage opéré, jeudi 28 juin, par quelques étudiants.

        Lire le récit :
         

          Des étudiants enfarinent le directeur des Beaux-Arts de Paris



Ces derniers lui reprochaient son indifférence à l’égard des affaires de harcèlement sexuel et moral, mais aussi de racisme, qui avaient secoué l’école toute l’année. Le ministère n’avait pas réagi officiellement après cette soirée mouvementée, à laquelle assistaient certains de ses membres. Mais suite à cette agitation, il a manifestement lâché l’artiste en rase campagne. « J’allais chercher du réconfort au ministère, toujours un peu traumatisé par cette violence qui m’a frappé. La ministre ne m’a pas reçu, sinon une cheffe de cabinet froide et cassante. Dans les heures qui ont suivi, je me suis senti très fatigué et lâché ». Contacté mercredi matin, Jean-Marc Bustamante confirme au Monde son découragement, se disant « très éprouvé par ces derniers événements », mais aussi par « l’ingratitude de la ministre qui ne m’a jamais reçu ni hier ni jamais, sans un mot de soutien et que j’agace », ainsi que par les « fausses promesses de sa cheffe de cabinet ».
Limites dépassées
Agé de 66 ans, le tout jeune Académicien dirigeait la prestigieuse école, forte de plus de 500 apprentis artistes, depuis octobre 2015. Il avait annoncé lui-même sa reconduction en mai, alors que l’usage veut que cela soit la tutelle qui annonce ce genre de nouvelles. Elle devait être, ou pas, entérinée par le conseil d’administration de l’établissement prévu le 12 juillet. Mais suite aux récents événements, ce point aurait, selon certaines sources, été enlevé de l’ordre du jour. Comment en est-on arrivé là ? En raison des multiples témoignages recueillis par un collectif de cinq étudiants qui faisaient état de cas de harcèlement moral et d’actes inappropriés de professeurs sur des élèves, voire de dérive sectaire ? Ou des sept plaintes pour racisme déposées au printemps par le personnel de nettoyage, soutenu par les avocats du Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples) ? Ces histoires étaient connues de longue date.

        Lire l’enquête :
         

          L’Ecole des beaux-arts à l’épreuve du harcèlement



Mais certaines limites ont apparemment été dépassées récemment. Par exemple dans des publications Facebook d’une violence rare publiées en soutien au directeur enfariné par Alberto Sorbelli, artiste pour le moins scandaleux que Bustamante avait invité pour un colloque à l’école en juin 2016. Traitant les étudiants qui avaient levé ces lièvres de « médiocre petit soldat nazi-catto [sic] », celui que l’on connaît pour son sens de la provocation prône « l’enculage quotidien des disciples qui trouveront ainsi les connaissances nécessaires ». Quant aux artistes étudiantes femmes, il recommande le même traitement « uniquement pour éviter la perte de temps de la grossesse et de l’enfantement ». Et de poursuivre : « Les étudiants en art doivent être violé [sic] sexuellement toutes les semaines par n’importe qui, profs compris ». Protégez-moi de mes amis, dit l’adage…



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Florian Pellissier signe le quatrième album de son quintet intitulé « Bijou Caillou Voyou ». Après une première série d’entretiens publiés en 2016 sur le blog Mundo Latino, nous retrouvons le pianiste pour une nouvelle entrevue dont voici le premier volet.
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Entretien avec Florian Pellissier, 4e partie : l’accélération des particules

Florian Pellissier signe le quatrième album de son quintet intitulé « Bijou Caillou Voyou ». Après une première série d’entretiens publiés en 2016 sur le blog Mundo Latino, nous retrouvons le pianiste pour une nouvelle entrevue dont voici le premier volet.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 10h20
 • Mis à jour le
04.07.2018 à 14h04
    |

                            Yannick Le Maintec








                        



   


Un jeudi soir au Duc des Lombards. Florian Pellissier donne selon ses propres mots un pré-concert pour célébrer la sortie de son nouvel album « Bijou Caillou Voyou ». Une initiative pas forcément du goût de sa production, le concert de lancement étant programmé le 20 juin au New Morning. Mais voilà, Florian est un garnement, charmant, bûcheur et brillant, mais un garnement.
La dernière fois que j’avais pu voir le quintet sur scène remontait à l’automne 2014, la présentation des « Biches Bleues » au Studio de l’Ermitage. Au Duc je mesure le chemin parcouru. J’avais découvert Florian plusieurs années en arrière. C’était le pianiste du groupe de latin soul Setenta. Le gars jouait dans une demi-douzaine de groupes en même temps, tous dans des registres différents. Je m’étais promis de lui consacrer un papier, quitte à m’éloigner de la thématique de mon blog intitulé alors Mundo Latino. La rencontre avait fini par se faire un beau mois de mai 2016 au moment de la promo du « Cap de Bonne Espérance », une interview qualifiée de mythique par Florian en raison de sa durée : plus de trois heures. Nous avions prévu de nous revoir pour la parution de « Bijou Caillou Voyou ». « Tu reprendras là où on s’est arrêté », m’avait-il soufflé.
« Cette chanson, c’est pour les darons. » Il s’agissait de What a Difference a Day Makes, le standard de Dinah Washington qu’il avait repris avec Leron Thomas. Ce soir, tout au fond du Duc des Lombards, la scène en ligne de mire, une silhouette fébrile et massive n’en perd pas une miette. Un air de famille… Je me lance. « Vous êtes le papa de Florian ? » Il acquiesce. On échange quelques mots. L’homme n’est pas très loquace mais ses yeux pétillants de fierté en disent long. Je l’avais, mon daron.



Paris – Londres – New York
Quartier Montparnasse, deux ans après la fameuse rencontre. Même endroit (seul le nom a changé, le mythique Petit Journal ayant laissé sa place au Jazz Café), même heure. Nous nous étions quittés au moment du lancement de « Lost Myself », le disque sur lequel le quintet accompagnait la chanteuse américaine Shola Adisa-Farrar. Du jazz vocal certainement pas pour déplaire au papa de Florian. Une jolie transition pour la formation, dans un registre plus groovy, plus anglo-saxon. Quelques semaines plus tard, ce serait le Paris New-York Festival, qui verra la collaboration de Setenta avec Joe Bataan, figure tutétaire du latin soul. Un concert à Paris, deux autres sold-out au Ronnie Scott’s de Londres, le clou du spectacle se jouant au Summerstage de New York au Saint Mary Park dans le Bronx. Un jour à New-York, le lendemain à La Rochelle aux claviers de Guts. Jetlag et gueule de bois sévère lorsqu’il apprend que la tournée va s’interrompre. Cela faisait de nombreux mois que le DJ, ancien d’Alliance Ethnik, trimbalait son live-band autour du monde. Florian ne s’arrêtera pour autant pas. Du Brésil au Bénin, de Trinidad à la Martinique, nous tenterons en vain de retracer la timeline des mois écoulés. Une vie de musicien passée sur les routes. L’accélération des particules. Ce n’est qu’à l’automne 2017 qu’il finira par poser ses valises. Depuis il n’arrête plus d’enregistrer. Comme s’il lui fallait graver dans l’acétate les expériences accumulées.
Toute l’histoire du jazz !
Je m’interroge. « Du coup, comment faites-vous pour vous voir avec les membres du quintet ? » « On ne se voit pas souvent. On joue cinq à six concerts par an. On vit tous à des rythmes effrénés. On se fait un doodle. On se trouve une date trois mois plus tard. C’est tragicomique ! » Il marque une pause. « Les albums sortent à intervalles de deux ans. On a enregistré Bijou Caillou Voyou pendant la fête de la musique l’an dernier. Il me reste un an pour écrire ! » Je lui demande comment l’album s’est construit. « On arrive en studio, les musiciens découvrent les morceaux, beaucoup de choses se passent en studio. C’est une musique très libre, et puis les types sont tellement bons que j’ai vite compris que j’avais tout à gagner à être dans une dictature participative. » Je suis un peu circonspect. « C’est toute l’histoire du jazz ! Chez Blue Note, la répet’ se faisait au studio, la découverte du morceau pendant l’enregistrement. Tu prends One Finger Snap. Herbie Hancock avait juste écrit l’intro au piano. Freddie Hubbard joue son solo de trompette entre les deux riffs de piano. C’était une impro et c’est devenu le thème qu’on trouve maintenant dans les Real Book [la bible des jazzeux]. Il y a des dizaines d’histoires comme ça...»
Je crois qu’on peut arrêter l’histoire
Je fais remarquer qu’au fil des albums, la musique du quintet se fait plus accessible. « Exactement. Plus dansant, avec l’arrivée Roger Raspail aux percussions. » Il égrenne les titres concernés : Boca, Jazz Carnival, South Beach, Fuck With The Police… » « Fuck The Police, mais c’est quoi ce titre !?! » « Attention, c’est Fuck With The Police. C’est tout doux. Jazz Fm à Londres refuse de le jouer, alors qu’ils l’adorent ! Sur iTunes, c’est le seul instru qui a le label explicit lyrics. Si ça c’est pas un accomplissement ! » Mon gars est mort de rire. « Je crois qu’on peut arrêter l’histoire. » La participation de Roger Raspail, la voix d’Anthony Joseph, après celle de Leron Thomas sur l’album précédent, la musique de Florian est au croisement de ses cercles d’influences… caribéennes (Anthony Joseph et Roger Raspail), anglo-saxones et urbaines (Leron Thomas et Guts), brésiliennes (Cotonete), africaines (Julien Lebrun de Hot Casa), latines (Setenta) et jazz bien entendu grâce aux membres du quintet : Yoni Zelnik à la contrebasse, Yoann Loustalot à la trompette, Christophe Panzani au saxophone et David Georgelet à la batterie,

    #thelongestday #florianpellissierquintet #2ndset #ducdeslombards Une publication partagée par  Florian Pellissier (@captaincavern75) le 26 Avril 2018 à 4 :45 PDT 

Un des plus beaux studios de la planète
« L’album est plus accessible… notamment au niveau du son. » Florian tient à m’emmener sur un sujet qui lui tient à cœur. « On a enregistré dans l’un des plus beaux studios de la planète qui se trouve à Paris et qui s’appelle Question de Son. Je le connais depuis Caribean Roots [l’album d’Anthony Joseph]. Jordan Kouby, l’ingé-son, est un surgeek. La console -l’élément principal d’un studio- , c’est une Neve EMI. Il y en a eu dix sur la planète. La Rolls des consoles. Dans les années soixante-dix, EMI à son apogée avait commandé à Neve dix consoles identiques qu’ils avaient installé dans leurs studios dans le monde entier, Abey Road par exemple, avec des réglages identiques pour faciliter les enregistrements des artistes internationaux. Il en reste huit en activité. Ils ont racheté la mexicaine. C’est un studio cher pour un disque de jazz. Je me suis offert cette folie, ce qui aurait été impossible il y a cinquante ans à l’époque des grands enregistrements de jazz. »
« C’est quoi, cette histoire de studio improvisé à Trinidad ? » A l’automne 2017, Florian avait participé à l’enregistrement du dernier LP d’Anthony Joseph à Trinité et Tobago. « A Port-d’Espagne, il n’y avait pas de studio digne de ce nom. Le concept, c’était de faire venir Jordan afin de créer un studio mobile. On est allé à Sans-Souci, on s’est installé dans une maison un peu classe qui donnait sur une plage privée de 1 km de long. Jordan a monté le studio en une journée avec du matériel de location en raccordant chacun des musiciens dans sa chambre On a tracké toute la journée pendant une semaine. C’était une expérience incroyable. »

    #office #piratebay #wurlitzer #fellofthegallion #trinidad #ineedamarkidontknowwhereistheE 👻 #🌴 Une publication partagée par  Florian Pellissier (@captaincavern75) le 1 Nov. 2017 à 2 :06 PDT 

Je n’avais jamais vu le quintet comme ça
« Le quintet a joué à Church of Sound. Tu veux bien me raconter ? » C’était Alexis Blondin, un français de Londres, qui nous avait fait venir. C’est lui qui est derrière le Total Refreshment Centre. » Le Total Refreshment Centre est la plaque tournante du nouveau jazz UK. Florian est un grand fan de ceux qu’il appelle « les enfants de Shabaka », Shabaka Hutchings à trente-trois ans le vétéran d’un mouvement qui secoue la scène jazz actuelle. « Tu sais que l’église est en activité ? Il n’y a que les anglais pour faire ça ! Un vendredi par mois, ils vident l’église, installent la sono en quadri-frontal au milieu de la nef. Ils font venir les pompes à bière. Le concert se termine à minuit. A 1h tout est nickel, prêt pour l’office le lendemain à 10h. »

        Lire aussi :
         

                L’acid jazz deuxième génération sur la scène londonienne



« A Church of Sound, le jeu c’est de jouer un set de covers, un set de compos. On avait repris  La valse pour Hélène de Jeff Gilson. Gilson, c’est un truc de digger, personne ne connaît. Il a été surnommé par un journaliste « le secret le mieux gardé du jazz ». Alexis voulait qu’on joue un set de jazz français dans l’esprit de Freedom Jazz France, la compil d’Heavenly. Hasard du calendrier, le père d’Alexis, qui avait tourné un docu pour lequel Jeff Gilson avait écrit la musique, devait être là ce soir. Premier set : blindé, moyenne d’âge vingt-cinq/trente ans, des minettes dans le public, le truc hallucinant. On joue Hectorologie, les parents d’Alexis les larmes aux yeux, super-émouvant. Je passe au Rhodes pour un titre de Texier. Au beau milieu du morceau : Clac ! Plus rien, plus de jus. Le concert finissait à minuit, le temps de réparer c’était autant de temps perdu. On est un groupe acoustique, je leur propose de continuer. On joue Autumn Leaves version Cannonbal avec Miles, Les Feuilles Mortes, incontournable du jazz français, en acoustique dans l’église, trop beau ! Je n’avais jamais vu le quintet comme ça. »



« Deuxième set. L’électricité est de retour. On s’était mis d’accord avec Anthony Joseph pour qu’il vienne chanter si ça lui faisait envie. On joue un morceau, deux morceaux, on entame Boca, que je venais d’enregistrer pour lui la semaine précédente à Paris et qu’Anthony ne connaît pas. Anthony me fait un signe : C’est celle-là que je veux faire. Il monte sur scène, improvise des paroles de Caribbean Roots, tout le monde se lève… jusqu’à la fin du concert. La dernière demi-heure, on joue tous les morceaux groovy. On termine avec Jazz Carnival d’Azimuth, jazz-funk brésilien, un morceau club, hyper-dansant. Toute l’église est partie en dance-floor. »

    #london #churchofsound #florianpellissierquintet #heavenlysweetness last Thursday photo #jordanmatyka @dailylaurel tu es parti au bon moment de londres 😂😂😂 Une publication partagée par  Florian Pellissier (@captaincavern75) le 2 Juil. 2017 à 5 :08 PDT 

Arthur H a bouleversé mon canevas
« D’où t’es venue l’idée d’inviter Arthur H ? » « L’idée vient de Frank [Descollonges, le patron d’Heavenly Sweetness] du label. Il avait envie de faire un featuring avec un jazzman français. Finalement, on a demandé à Arthur H. Quand j’étais jeune, j’adorais le morceau Cool Jazz. Dans mon immense naïveté, j’avais imaginé écrire la suite. Mais c’était mon fantasme. Finalement il est venu avec sa chanson, avec des paroles à la Gainsbourg qu’il avait écrites à partir de l’histoire du vol des bijoux de la Kardashian. C’était mort pour ma collaboration. Mais au final, ça a fonctionné beaucoup mieux que ce que j’avais espéré. »
« Je veux bien te croire. Il y a même une suite : Hibou bleu. » « Ça, c’est la coda. » « C’est quoi, la coda ? » « La coda, c’est le terme générique qu’on utilise pour signifier la fin d’un morceau. Depuis le hard-bop, et peut-être encore plus depuis la génération du jazz hip-hop, les musiciens s’amusent à improviser sur la coda et à la faire durer de plus en plus longtemps. Ça remonte aux débuts de l’histoire de la jam. Se servir du thème pour improviser, et plus que ça, de l’énergie du morceau qui se termine pour voir où cet univers peut t’emmener. »
« On fait une prise. Il nous sert la main. C’était super, les gars. A bientôt ! Imagine. On avait réservé le studio pour une journée et en dix minutes c’était plié ! La première prise était parfaite, impossible d’argumenter ! Le challenge était de faire jouer Arthur H avec un quintet de jazz. Je n’imaginais à quel point il allait être si bon, si précis, si juste avec un groupe qu’il ne connaissait même pas. Il va se poser au piano. Je vais le voir, tente de négocier. Je lui dis qu’on aimerait bien refaire un essai, voir si on pouvait improviser quelque chose. Au bout de quelques minutes il revient. Deuxième prise… nickel ! Troisième prise… nickel ! A la quatrième on est parti en vrille, il s’est mis dedans, a fait des volutes avec nous. Il s’est effacé quand le quintet est parti dans son trip. Une véritable intelligence musicale, très agréable. »
Je tente la conclusion. « Ce double-morceau est central, très fort…» « Complètement. C’est le titre de l’album. Ça ne pouvait pas être autrement. Il a bouleversé mon canevas. Ce morceau est très fort émotionnellement et s’inscrit totalement dans ma folie. L’album ne pouvait pas être autre chose que Bijou Caillou Voyou. »



Et toi, tu fais quoi en ce moment ?
« Une sacrée expérience. Ca doit être ta plus belle rencontre… » Et là je vois mon gars mi gêné, mi sourire en coin : « Il y a trois semaines je t’aurais dis oui... » et lâche le morceau. « En ce moment je bosse sur l’album d’Iggy Pop avec Leron Thomas. » Je raccroche ma mâchoire. « Le Iggy Pop ? » Je tente de rassembler mes idées. « Attends, attends, attends ! Leron, c’est bien le type qui t’avait snobé quand tu étudiais à la New School à New York et qui chante sur le Cap de Bonne Espérance ? » « C’est ça. Le titre pour les darons. Leron, c’est un génie, le protégé de Gilles Peterson. Il n’a pas la carrière qu’il mérite parce qu’il n’écoute rien de ce qu’on lui dit. Un électron libre. Sauf que ça a fini par payer : Il a rencontré Iggy Pop ! Leron, c’est un punk. C’est le dernier punk qui rencontre le premier punk. »
« Mais toi, qu’est-ce que tu viens faire dans tout ça ? » « Ce que je ne t’ai pas raconté, c’est qu’en septembre dernier, j’ai enregistré l’album de Leron. Mais il a procrastiné, son autre projet a cartonné, l’album n’est jamais sorti. Quand il a rencontré Iggy, il lui a fait écouter. Iggy lui a dit : C’est ce son-là que je veux, et lui a emprunté des compos. Il y a des morceaux sur lequel je joue ! On est en train de mixer l’album. » Il s’interrompt. « Tu imagines : Quand tu croises un musicien, la première question que tu poses, c’est : Et toi, tu fais quoi en ce moment ? Qu’est-ce que je dois répondre ? Là, je bosse sur l’album de Iggy Pop ? » Amusé et éberlué, il rit dans sa barbe. « Et normalement, tu ajoutes : Et toi ? »
C’est amusé et éberlué que je me dirige vers la gare qui, à cette heure-là, n’est guère plus qu’une carcasse. De retour dans la chaleur du foyer, je me replonge dans la plaquette que m’avait envoyé la production. Je tombe des nues. J’envoie immédiatement un message à Florian : « Le vaudou ! On n’a pas parlé du vaudou. »
A suivre…
A lire dans les archives du blog : Entretien avec Florian Pellissier
1ère partie : Une jeunesse musicale2e partie : Les années américaines3e partie : Le Cap de Bonne Espérance 
Florian Pellissier Quintet – Nouvel album : « Bijou Caillou Voyou » (2018, Heavenly Sweetness)



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Le 9 juillet, le chanteur qui fut le « Pelléas » de sa génération, donnera un récital pour le Festival, avant d’animer une résidence sur le thème de la mélodie française.
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Aix : Stéphane Degout, baryton au chant libre

Le 9 juillet, le chanteur qui fut le « Pelléas » de sa génération, donnera un récital pour le Festival, avant d’animer une résidence sur le thème de la mélodie française.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 10h00
    |

                            Marie-Aude Roux








                        



                                


                            

Quelque chose de gauche et de félin à la fois, de puissant et de doux, la densité du regard bleu mi-rieur, sourcils froncés, Stéphane Degout porte en lui la fierté de l’artiste, la méfiance de l’animal. « J’ai toujours accepté que ma voix, ses caractéristiques et ses limites dictent mes choix, affirme le baryton, même si j’aurais aussi aimé être un ténor héroïque capable de gueuler du Wagner. Mais les rôles que j’ai chantés, et ceux qui arrivent, me correspondent totalement. »
Derrière l’assurance de l’homme serein, une inquiétude native, que berce et rassure l’inscription dans un parcours déjà balisé par ses prédécesseurs – José van Dam, Thomas Hampson, Simon Keenlyside, Ludovic Tézier. Un viatique pour celui qu’un directeur des études au Conservatoire de Lyon avait voué, faute de mieux, à la mélodie française. « Il a décrété que je n’avais pas une voix pour l’opéra, s’insurge encore le musicien. Je l’ai très mal pris. Mais la rencontre avec les pianistes ­Hélène ­Lucas et Ruben Lifschitz [1934-2016] m’a peu à peu fait prendre conscience de la richesse de ce répertoire, de son importance en miroir de l’opéra. Si je n’étais pas passé par ce travail de précision de la mélodie, je n’aurais jamais abordé Pelléas, ni fait la carrière que je fais aujourd’hui. »
« Chevalier de la fourchette »
Pendant huit ans, Stéphane Degout a été, comme on dit, « le Pelléas de sa génération ». Une partition qui, dit-il, l’avait d’abord laissé de marbre avant qu’il n’en découvre les subtilités. Sa voix claire et mâle s’était corsée et brunie au fil des productions, comme dans la dernière, mise en scène par Katie Mitchell au ­Festival d’Aix-en-Provence en 2016. Tandis que le chanteur se rapprochait de Debussy (« Il faut sans cesse retravailler la mémoire, reprendre des détails »), sa voix s’en éloignait. « J’ai abordé Pelléas en 2008, en sachant dès le début que ça s’arrêterait un jour. J’ai aujourd’hui 43 ans....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ L’ancien membre de Talking Heads était en concert à la Philharmonie de Paris, mardi 3 juillet.
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Rock : les figures sonores de David Byrne

L’ancien membre de Talking Heads était en concert à la Philharmonie de Paris, mardi 3 juillet.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 09h31
 • Mis à jour le
04.07.2018 à 13h05
    |

            Sylvain Siclier








                        



                                


                            

En 1974, durant le Diamond Dogs Tour, David Bowie interprétait la chanson Cracked Actor assis sur une chaise, en tenant un crâne d’une main. Idem lors du Serious Moonlight Tour en 1983. Ce à quoi l’on pense lorsque le rideau noir de la salle Pierre-Boulez de la Philharmonie de Paris s’ouvre, mardi 3 juillet, et qu’apparaît, assis devant une table, ­David Byrne, tenant cette fois une reproduction d’un cerveau. Inspiration, hasard, citation volontaire, hommage ?
En tout cas, avec l’arrivée presque un par un des musiciens qui accompagnent le chanteur et guitariste américain durant la première chanson, Here et la suivante, Lazy, l’évocation du dispositif mis en scène par Jonathan Demme dans le film Stop Making Sense, documentaire consacré au groupe en 1984 est, elle, évidente. Byrne était alors membre de Talking Heads avec Jerry Harrison (claviers, guitare), Tina Weymouth (basse) et Chris Frantz (batterie). Formé en 1975, séparé en 1991, le groupe venait de connaître un pic commercial avec l’album Speaking in Tongues (1983) et le succès du single Burning Down the House.

Ce titre intervient presque à la fin du concert de Byrne donné dans le cadre du festival parisien Days off. Immédiatement identifiés par le public, ceux de Talking Heads (I Zimbra, Once in a ­Lifetime, Born Under Punches, Blind…), auxquels s’ajoutent sept des dix chansons d’American ­Utopia, album de Byrne publié ­début mars, constituent l’essentiel et le plus intéressant musicalement de ce qui semble se vouloir d’abord un spectacle à visée artistique – Byrne a collaboré dans le passé avec la chorégraphe Twyla Tharp et le metteur en scène Bob Wilson.
Musique pop, funky, dansante
Un plateau nu, sans câbles ni retours d’amplification et pieds de micro, entouré de filins perlés sert d’espace aux déplacements de Byrne et de sa formation. Des micros sans fil, un appareillage...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Le chanteur brésilien Caetano Veloso se produit à Lyon et à Paris, entouré de Moreno, Zeca et Tom Veloso, ses trois fils.
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La famille Veloso donne de la voix

Le chanteur brésilien Caetano Veloso se produit à Lyon et à Paris, entouré de Moreno, Zeca et Tom Veloso, ses trois fils.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 09h10
 • Mis à jour le
04.07.2018 à 10h37
    |

                            Patrick Labesse








                        



                                


                            

Un mystère. Pourquoi Tom lui demandait-il de s’arrêter quand il chantait pour l’endormir ? Ses deux frères aînés, Moreno et Zeca, appréciaient, mais Tom, cela ne lui convenait guère, le chant de son père. Caeta­no Veloso sourit en racontant cette histoire, dans l’appartement prêté par un couple d’amis brésiliens où il nous reçoit, à deux pas du parc Monceau, à Paris. Il y fait une pause avant la tournée européenne avec ses trois fils, qui débute, le 5 juillet, à Lyon, au festival Les Nuits de Fourvière. Les Veloso y présentent Ofertorio, un tour de chant qu’ils donneront ensuite au Grand Rex, à Paris, le 7 juillet.

« Ofertorio était une chanson que j’avais écrite pour la messe ­célébrant à l’église les 90 ans de ma mère », explique le chanteur, évoquant la sortie prochaine de l’album témoin de ce spectacle, disponible pour l’instant en numérique. Caetano Veloso, toujours jeune, élégant et gracieux à bientôt 76 ans (le 7 août), insiste : c’est un vrai bonheur pour lui que de se retrouver sur scène entouré de ses trois fils. L’idée lui trottait dans la tête déjà depuis quelques années. « Quand j’ai vu mes enfants commencer à faire de la musique, j’ai ressenti le désir de créer des choses avec eux. »
Caetano Veloso, chanteur : « Quand j’ai vu mes enfants commencer à faire de la musique, j’ai ressenti le désir de créer des choses avec eux »
L’amorce de cette collaboration familiale a commencé il y a quelques années avec d’abord Moreno, aujourd’hui quadragénaire. « Un concert à Sao Paulo, puis deux ­dates en Argentine. Zeca, de vingt ans plus jeune, et Tom, né cinq ans après Zeca, étaient encore petits. » Les enfants ont grandi. Tom (un prénom choisi en référence à Tom Jobim (1927-1994), cogéniteur de la bossa-nova, parce que Tom est né le même jour que lui) a fini par se montrer sensible à la voix paternelle.

Et à prendre goût à la musique grâce à celui qui lui a appris la guitare,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ La colorature française offre sa première Zerbinette straussienne pour l’ouverture du Festival, mercredi.
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Aix : Sabine Devieilhe, soprano tout sauf légère

La colorature française offre sa première Zerbinette straussienne pour l’ouverture du Festival, mercredi.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 08h47
 • Mis à jour le
04.07.2018 à 09h13
    |

                            Marie-Aude Roux (Aix-en-Provence, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Dans le soleil couchant qui dore le clocher de la cathédrale Saint-Sauveur, Sabine Devieilhe a les yeux ambrés des chats. La colorature française, qui chantera sa première Zerbinette dans Ariane à Naxos, de Richard Strauss, présenté mercredi 4 juillet en ouverture du Festival international d’art lyrique, rentre d’une journée de répétition dans les ateliers de Venelles, à quelques kilomètres d’Aix-en-Provence. Demain, premier contact avec le plateau du Théâtre de l’Archevêché. « C’était la dernière journée pour régler chaque détail de la mise en scène avec Katie Mitchell. On a fait un pas à pas du prologue, puis de l’opéra. Je suis rincée », soupire-t-elle, radieuse.

Sabine Devieilhe a naturellement abordé le rôle par la musique, une partition très fouillée, sur laquelle elle a ajouté ses propres annotations, une habitude prise alors qu’elle était violoncelliste (avec doigtés et coups d’archet). « Zerbinette joue la comédie et attise certes le désir des hommes, convient-elle. Mais c’est aussi, selon Katie Mitchell, un personnage qui possède une vraie profondeur. Du coup, cela me permet d’être une coquette puisque j’ai un énorme numéro de charme pyrotechnique – mais pas seulement. » Sabine Devieilhe parle aussi d’endurance et du challenge que représente pour elle cette langue allemande qu’elle aimerait parer de toutes les nuances qu’elle apporte à sa propre langue.

De Richard Strauss, la soprano n’a jusqu’alors chanté que les Brentano Lieder, alors qu’elle était encore élève au Conservatoire de Paris, avec l’impression, se rappelle la chanteuse, à l’époque ancrée dans le répertoire baroque et dans Mozart, de se faire « plus grosse que le bœuf ». Aujourd’hui, elle ne cache pas ce Chevalier à la rose en ligne de mire, l’autre grand rôle straussien écrit pour sa tessiture légère. « Oui, il y a une Sophie qui arrive, lâche-t-elle. C’est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Présenté à Bruxelles au Théâtre de la Monnaie fin juin, l’opéra de Moneim Adwan, Dick van der Harst et Howard Moody fera sa première française au Festival, le 8 juillet.
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Aix : « Orfeo & Majnun », entre mythe grec et conte persan

Présenté à Bruxelles au Théâtre de la Monnaie fin juin, l’opéra de Moneim Adwan, Dick van der Harst et Howard Moody fera sa première française au Festival, le 8 juillet.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 08h46
    |

                            Marie-Aude Roux (Bruxelles (Belgique), envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Un mythe antique et un conte persan brodent la toile d’Orfeo & Majnun, opéra entre Europe et Moyen-Orient, que présentait ce 29 juin à Bruxelles le Théâtre de la Monnaie, avant une première française au Festival d’Aix-en-Provence, dimanche 8 juillet. La légende d’Orphée et Eurydice rejoint l’histoire d’amour la plus célèbre du monde arabe, sous la plume du poète Nizami en 1188, celle de Layla et Majnun, que les conventions sociales sépareront plus que la mort : la jeune femme sera contrainte d’en épouser un autre, provoquant la folie du poète Quays, d’où son surnom de « majnun » (fou).
Un prologue célébre le langage, capable d’« exprimer des besoins vitaux, des émotions, et, propre de l’homme, des idées et des images », semble en référer à l’opéra baroque, de même l’écriture poétique de la librettiste Martina Winkel, qui participe à la mise en scène épurée d’Airan Berg. Le Big Bang de la création du monde précédera celui de la rencontre amoureuse. Un plateau nu, des projections dans un cercle de lune, les marionnettes animalières grandeur nature de Roger Titley (cerf et loup d’un côté, lion et chameau de l’autre), et un petit théâtre d’ombres, accompagnent deux couples de solistes traités en miroir, et une foule immense, celle des Chœurs d’enfants et de jeunes de La Monnaie auxquels se sont joints des amateurs.
La remarquable qualité du travail de chacun concourt à la réussite d’un spectacle qui entrelace avec une étonnante fluidité les idiomes musicaux occidentaux et arabes. La palme en revient au triumvirat des compositeurs : le Franco-Palestinien Moneim Adwan pour les parties de musique traditionnelle (en particulier les rôles de Layla et Majnun, chantés en arabe), le Britannique Howard Moody pour les grands ensembles chorals (en anglais), et le Belge Dick van der Harst pour le volet « occidental » (notamment les rôles d’Orphée et Eurydice, en anglais).
Une stratosphérique Eurydice
Dès la dramatique ouverture, les...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Star du studio Pixar depuis « Ratatouille » et « Les Indestructibles », le cinéaste américain sort le deuxième volet des aventures de sa famille de superhéros. A 60 ans, il rêve de créer un dessin animé entièrement fait main.
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« Les Indestructibles », famille fantastique et fantasmée de Brad Bird


                      Star du studio Pixar depuis « Ratatouille » et « Les Indestructibles », le cinéaste américain sort le deuxième volet des aventures de sa famille de superhéros. A 60 ans, il rêve de créer un dessin animé entièrement fait main.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 08h15
    |

            Samuel Blumenfeld








                              

                        

Au début de sa carrière, quand Brad Bird était animateur dans les studios Disney, travaillant sur des films comme Rox et Rouky ou Taram et le Chaudron magique, il entendait toujours le même mot dans la bouche des producteurs : « ténacité ». Il fallait croire en son projet, s’accrocher à ses idées, se tenir à sa ligne de conduite. Et peu importe les embûches. Le futur réalisateur du Géant de fer (1999), la star du studio Pixar avec Ratatouille (2007), Les Indestructibles (2004) et sa suite, Les Indestructibles 2 (en salle le 4 juillet), n’était alors qu’un animateur parmi d’autres.
Il rêvait de mettre en scène son premier film. « J’ai travaillé plusieurs années sur une adaptation de la célèbre bande dessinée de Will Eisner, The Spirit. J’avais derrière moi le producteur de La Guerre des étoiles, Gary Kurtz. » Tout semblait tracé. « Au bout de plusieurs années de travail, on m’a expliqué que les films d’animation ne rapportaient pas assez d’argent au box-office. C’était, paraît-il, un médium négligé par le public, au potentiel limité. Je trouvais cela étrange comme réflexion, j’étais persuadé du contraire. » Le projet ne s’est jamais concrétisé. Entre-temps, l’animation n’a cessé de se réinventer, et Brad Bird a accompagné ces changements, entremêlant sa vie personnelle et son travail, lui qui avait dessiné son premier film d’animation à l’âge de 13 ans, après un séjour à Disneyland.
« Mieux valait raconter ce que je connaissais : ma vie de famille et ma propre difficulté à élever mes enfants. »
Alors qu’il bataillait pour réaliser The Spirit, Brad Bird s’était promis de n’avoir des enfants qu’après être passé pour de bon derrière la caméra. La vie en a décidé autrement, et il est devenu père avant de signer un film. Mais cela a nourri l’idée des Indestructibles, moins un film de superhéros qu’un récit sur l’art difficile d’être père. « J’ai...




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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Le succès de la sélection parallèle du Festival, qui compte 1 538 spectacles pour sa 52e édition, inquiète les professionnels.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
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Le « off » d’Avignon, une profusion contre-productive ?

Le succès de la sélection parallèle du Festival, qui compte 1 538 spectacles pour sa 52e édition, inquiète les professionnels.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 08h00
    |

            Sandrine Blanchard








                        



                                


                            

Année après année, le « off » d’Avignon ne cesse de grossir : avec 1 538 spectacles répartis dans 133 lieux, cette 52e édition bat de nouveaux records. En tournant les 440 pages du programme de ce festival hors norme, un sentiment de profusion cacophonique domine. Que vous aimiez Shakespeare ou le one-man-show, Molière ou la création contemporaine, Tchekhov ou la comédie, tout ce que le spectacle vivant offre de styles et de genres est réuni lors de cette grand-messe du théâtre où, de 10 heures à minuit, à travers toute la ville, plus de 4 500 artistes se produiront entre le 6 et le 29 juillet.
Manne économique
A priori le « off » se porte bien et la création théâtrale en France demeure d’une incroyable richesse. Mais ce festival peut-il infiniment se développer ? « Cette tendance n’est pas près de s’arrêter car nous assistons à un phénomène d’entonnoir, analyse Pierre Beffeyte, directeur de l’association Avignon festival & compagnies (AF & C) et producteur. L’envie et le besoin de créer restent très forts, mais les restrictions budgétaires ont diminué les possibilités de diffusion des spectacles. Le “off” est devenu le seul lieu où les comédiens peuvent jouer durant trois semaines et espérer rencontrer des diffuseurs. Résultat : tout se concentre à Avignon. » Au risque de l’étouffement ?

Les Sentinelles le redoutent. Cette nouvelle fédération d’une petite centaine de compagnies professionnelles, créée à l’automne 2017, a lancé une pétition, « Off en danger », qui, à ce jour, a recueilli plus de 4 600 signatures. « Le festival est entré dans une phase de surabondance, une extension sans limite et sans contrôle qui va nuire à tout le monde », s’inquiète le comédien et metteur en scène Jean-Christophe Dollé, membre de la fédération. Section parallèle du festival « in », qui attire plus de 100 000 spectateurs et enregistre plus d’un million d’entrées, le « off » est devenu « cette poule aux œufs...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Une douzaine d’œuvres de la manifestation, qui débute le 6 juillet, sont consacrées au questionnement des notions de féminin et de masculin. Un thème politique et actuel qui attise critiques et débats.
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Le Festival d’Avignon aux frontières du genre

Une douzaine d’œuvres de la manifestation, qui débute le 6 juillet, sont consacrées au questionnement des notions de féminin et de masculin. Un thème politique et actuel qui attise critiques et débats.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 08h00
    |

                            Rosita Boisseau (Avignon) et 
Clarisse Fabre (Avignon)








                        



                                


                            

Sur le pont d’Avignon, il n’y aura pas, comme dans la chanson enfantine, des « messieurs » et des « belles dames » qui dansent, chacun et chacune, selon son genre et les codes en vigueur. Au contraire, la 72e édition du Festival d’Avignon, du 6 au 24 juillet, a été conçue sous le signe du questionnement du masculin et féminin, et du dépassement des catégories. Son directeur, Olivier Py, propose selon ses propres mots de colorer le festival en « violet », fusion du bleu et du rose : si tous les spectacles ne sont pas centrés sur ces enjeux, on en dénombre une douzaine abordant des thèmes comme le travestissement, la transition sexuelle, la fabrique des garçons, voire le corps ­ « migratoire » des réfugiés gays ou transgenres – sans compter des projections de films ainsi que des débats.
« Tribunal » du genre
Quant au « feuilleton théâtral » d’Avignon, ces rendez-vous quotidiens (sauf le dimanche) en accès libre au jardin ­Ceccano, il sera également queer, avec la création de David Bobée, Mesdames, messieurs et le reste du monde (du 7 au 21 juillet). Connu pour son engagement contre les discriminations, le directeur du Centre dramatique national (CDN) de Rouen prône le droit à la « non-assignation » à un genre. « A partir du moment où l’on accepte que l’on est tous différents, on peut commencer à penser l’égalité réelle. Et tout le monde peut cohabiter », dit-il. Sur le plateau, outre Béatrice Dalle, son actrice fétiche, Bobée a réuni une diversité d’acteurs : sociologues, juristes, lycéens, adolescents trans, personnes intersexes (dont le sexe n’entre pas dans la « catégorie » homme ou femme à la naissance), élèves du CDN de Saint-Etienne. Au programme, un « tribunal » du genre, une carte blanche à Virginie Despentes, un atelier drag-queen, etc. « S’il y a des coups à prendre, je répondrai », prévient-il.
Lire aussi : Plus de minorités, des toilettes unisexe…...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Le réalisateur Brad Bird livre un véritable travail d’orfèvre pour le second volet de la saga animée.
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« Les Indestructibles 2 » : la famille Parr surmonte ses aléas

Le réalisateur Brad Bird livre un véritable travail d’orfèvre pour le second volet de la saga animée.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 07h26
 • Mis à jour le
04.07.2018 à 13h26
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Quatorze ans séparent le premier opus des Indestructibles du second, plus d’une décennie pendant laquelle Brad Bird, scénariste et réalisateur des deux films, s’est, entre autres, affairé à réaliser Ratatouille (2007) et signa l’étourdissant Mission : Impossible. Protocole Fantôme (2011). Cette excursion en dehors du cinéma d’animation prouva la cohérence de la vision du cinéaste (qui a reçu, en juin, un prix d’honneur au Festival du cinéma d’animation d’Annecy) et sa dextérité dans les deux genres, aussi à l’aise lorsqu’il s’agit de mettre en scène Tom Cruise ou un petit rat féru de gastronomie française en images de synthèse.

        Lire le portrait dans « M » :
         

          « Les Indestructibles », famille fantastique et fantasmée de Brad Bird



Si le premier Indestructibles était quasi contemporain des premières productions Marvel, le public qui découvrira Les Indestructibles 2 a depuis longtemps été gavé de pyrotechnies numériques produites à la chaîne. A priori, deux menaces pesaient sur Les Indestructibles 2 : le risque de ne pas pouvoir rattraper son retard par rapport aux prouesses du numérique et la malédiction du second volet. Pixar a d’ailleurs annoncé ne plus entreprendre de suites pour se concentrer sur des projets originaux. Le studio est sans doute bien au fait de cette règle qui veut que les suites soient incapables (à l’exception flamboyante de Toy Story 3) de relancer la magie des premières fois.
Bird permet au film d’action de redevenir un art de l’espace et un vertigineux prolongement du cinéma burlesque
Ces deux écueils, Les Indestructibles 2 les contourne sans difficulté. Plus qu’aucun autre réalisateur de l’écurie Pixar, Brad Bird perfectionne sa mise en scène à mesure que progresse la maîtrise de l’image de synthèse. La comparaison entre les deux opus parle d’elle-même : textures, gestes, visages et décors sont plus précis, l’aspect figé du premier volet a disparu. Mais, surtout, la vision de Bird devient subitement plus éloquente. Son style, qui s’affirme surtout dans les scènes d’action, gagne en sophistication et s’intensifie dans ce mélange de virtuosité et de ludicité qui est devenu sa marque de fabrique. C’était déjà le constat que l’on tirait de son Mission : Impossible : Bird permet au film d’action de redevenir un art de l’espace et un vertigineux prolongement du cinéma burlesque.
Souvenirs d’enfance
A la débauche illisible d’effets, Marvel répond par le travail d’orfèvre de l’action de Bird, qui n’oublie pas que Les Indestructibles pousse sur le terreau du film familial et y revient toujours. De même que le contexte des années 1960 dans lequel prend place l’intrigue est, pour le cinéaste, moins le signe d’une rétromanie gratuite qu’un désir de travailler avec la matière de ses souvenirs d’enfance qui mêlent comics et films d’espionnage.

   


Enfance et famille, Brad Bird tient fermement ce cap, car il contient l’âme même de sa petite saga ainsi que de la plupart des films Pixar. On retrouve la famille Parr là où on l’avait laissée. Dans un temps figé, une éternité heureuse que seul peut se permettre le cinéma d’animation. Mis au ban de la société, les super-héros doivent regagner leur place dans le cœur de l’opinion publique. Pour ce faire, Hélène alias Elastigirl est missionnée pour accomplir des sauvetages spectaculaires qui seront désormais filmés et diffusés à grande échelle. La figure maternelle en route pour l’action, son mari, Bob, se retrouve acculé à un rôle d’homme au foyer qu’il trouve frustrant.
Le film familial s’engouffre dans les plis du film d’action, et celui-ci vient illustrer les aléas de la vie de famille
Le film de super-héros se redéfinit à la faveur d’un montage parallèle qui entremêle les exploits de la mère et ceux, plus prosaïques, du père pour finir par les égaliser. Car Bob devient à son tour un super-héros du quotidien qui doit contenir une série de catastrophes : les premiers émois amoureux de sa fille Violette, les devoirs de mathématiques de Flèche (scène très belle où le père se réveille en pleine nuit pour venir à bout des devoirs du fils) et la croissance du petit Jack-Jack, métaphorisée par le surgissement de ses pouvoirs – le corps du nourrisson devenant le véritable ressort comique et expérimental des Indestructibles 2.
Le film familial s’engouffre dans les plis du film d’action, et celui-ci vient illustrer les aléas de la vie de famille. Car Les Indestructibles 2 ne fait finalement que prendre un long et beau détour pour traiter de la famille et des contradictions qu’elle renferme : étouffante et émancipatrice, dysfonctionnelle et harmonieuse, extraordinaire et très banale. En ne perdant jamais de vue cet horizon de quotidienneté, Les Indestructibles 2 permet au film d’action de garder les pieds sur terre. C’est peut-être cette dose de gravité qui, jusqu’ici, manquait au genre.

Film d’animation américain de Brad Bird (1 h 58). Sur le Web : disney.fr/films/les-indestructibles-2 et newsroom.disney.fr/les-indestructibles-2.html

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 4 juillet)
Les Indestructibles 2, film d’animation américain de Brad Bird (à ne pas manquer)Woman at War, film français, islandais et ukrainien de Benedikt Erlingsson (à ne pas manquer)Au poste !, film français de Quentin Dupieux (à voir)Femmes du chaos vénézuélien, documentaire français de Margarita Cadenas (à voir)L’Ile au trésor, documentaire français de Guillaume Brac (à voir)American Nightmare 4 : les origines, film américain de Gerard McMurray (pourquoi pas)Trois contes de Borges, film français de Maxime Martinot (pourquoi pas)Le Dossier Mona Lina, film allemand, français et israélien d’Eran Riklis (on peut éviter)
A l’affiche également :
A la dérive, film américain de Baltasar KormakurJoueurs, film français de Marie MongeMes Frères, film français de Bertrand GuerryLes Quatre Sœurs, documentaire français (en deux parties) de Claude LanzmannTamara, vol. 2, film français d’Alexandre CastagnettiUn village dans le vent, documentaire français de Jean-Louis Gonterre





                            


                        

                        

