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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Les critères de surveillance du risque systémique des banques mondiales favorisent les établissements américains, dénoncent deux économistes spécialistes de la finance dans une tribune au « Monde », Christophe Hurlin et Christophe Pérignon.
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« Les régulateurs bancaires font trop souvent preuve de schizophrénie »

Les critères de surveillance du risque systémique des banques mondiales favorisent les établissements américains, dénoncent deux économistes spécialistes de la finance dans une tribune au « Monde », Christophe Hurlin et Christophe Pérignon.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 18h31
    |

Christophe Hurlin (Directeur du Laboratoire d’économie d’Orléans à l’université d’Orléans) et Christophe Pérignon (Directeur de la recherche de HEC...







                        



                                


                            

Tribune. L’annonce, le 28 juin, de l’échec de la filiale américaine de la banque allemande Deutsche Bank à la deuxième phase des tests de résistance annuels de la Réserve fédérale américaine, montre que la question de la capitalisation des grands groupes bancaires reste d’une brûlante actualité. Dix ans après la crise financière et la faillite de la banque Lehman Brothers, le défaut d’une banque « systémique » reste au cœur des préoccupations des régulateurs bancaires internationaux.
En septembre 2009 à Pittsburgh (Pennsylvanie), le G20 avait annoncé avec fracas sa décision de recadrer la finance mondiale. Les politiques ne voulaient plus avoir à choisir entre recapitaliser à coups de fonds publics les méga-institutions financières fragilisées par d’abyssales pertes (comme l’assureur américain AIG) ou les laisser faire faillite (comme la banque Lehman Brothers). Une action forte et coordonnée à l’échelle mondiale était requise de toute urgence.
Méthodologie simple et intuitive
Une des décisions majeures avait été de donner mandat au Conseil de stabilité financière d’identifier les institutions financières qui contribuent le plus au risque du système financier et de les forcer à accroître leur niveau de capital réglementaire. Comme ce dernier permet d’absorber les pertes, les banques deviendraient mécaniquement plus résilientes et les risques de faillite et de recapitalisation par l’Etat s’amenuiseraient.
La méthodologie utilisée depuis 2011 afin d’identifier les banques dites systémiques est à la fois simple et intuitive. Le score d’une banque est déterminé en agrégeant cinq indicateurs capturant différentes facettes de sa contribution au risque du système : sa taille, son interconnexion avec les autres banques, sa substituabilité (c’est-à-dire la facilité à transférer l’activité d’une banque défaillante à une autre institution), l’importance de ses activités internationales ainsi que le niveau de complexité...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Le grand message de prospérité de Pékin au sujet de ses nouvelles routes de la soie et des mégaprojets en chantier sur leur tracé est parasité par des affaires de corruption, explique le correspondant du « Monde » à Pékin, Brice Pedroletti.
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Le Sri Lanka et le « piège chinois de la dette » plombe les nouvelles routes de la soie

Le grand message de prospérité de Pékin au sujet de ses nouvelles routes de la soie et des mégaprojets en chantier sur leur tracé est parasité par des affaires de corruption, explique le correspondant du « Monde » à Pékin, Brice Pedroletti.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 18h09
    |

            Brice Pedroletti (Pékin, correspondant)








                        



                                


                            

Vue d’ailleurs. La concession de 99 ans accordée fin 2017 à la société d’Etat chinoise China Merchants Port Holdings sur le port de Hambantota, au Sri Lanka, en échange de l’effacement d’un peu plus de 1 milliard de dollars d’emprunt chinois, empoisonne l’image de la Chine. Hambantota est un fiasco : le terminal portuaire est une aberration économique, qui n’a jamais attiré de navires.
La société chinoise qui l’a construit, China Harbour, imposée par Pékin, a largement financé la campagne politique du président du Sri Lanka d’alors, Mahinda Rajapakse. Les soupçons de collusion avec la Chine ont d’ailleurs contribué à sa défaite en 2015. Malgré la conversion de ses créances en actifs, le Sri Lanka reste lourdement endetté, notamment vis-à-vis de la Chine : il serait tombé dans le China’s debt trap, comme l’a détaillé le New York Times dans une enquête publiée le 25 juin, ou « piège de la dette chinois ». Et celui-ci parasite le grand message de prospérité de Pékin au sujet de ses nouvelles routes de la soie et des mégaprojets en chantier sur leur tracé.
En Malaisie, la chute du premier ministre Najib Razak, soupçonné de corruption à une échelle monumentale, et le retour au pouvoir de Mahathir Mohamad, ont entraîné le réexamen des ambitieux projets d’infrastructures consentis avec la Chine, en particulier la ligne de chemin de fer East Coast Rail Link, de la frontière thaïlandaise jusqu’à Port Klang, non loin de Kuala Lumpur, sur le détroit de Malacca.
L’exemple des « traités inégaux »
Son budget est estimé à 15 milliards de dollars (12,8 milliards d’euros). Le Dr Mahathir veut renégocier les contrats avec la Chine – il a même évoqué l’exemple des « traités inégaux » que la Chine s’était vu imposer par les puissances occidentales à la fin du XIXe siècle. Le projet chinois est soupçonné par les enquêteurs d’avoir été gonflé pour masquer les détournements au...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Les promesses des scientifiques ne se réalisent pas toujours. Le chirurgien Laurent Alexandre estime qu’à l’instar de l’intelligence artificielle, qui a connu plusieurs hivers avant de renaître, les biotechnologies pourrait être à l’aube d’une éclipse.
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Biotechnologies : « winter is coming »

Les promesses des scientifiques ne se réalisent pas toujours. Le chirurgien Laurent Alexandre estime qu’à l’instar de l’intelligence artificielle, qui a connu plusieurs hivers avant de renaître, les biotechnologies pourrait être à l’aube d’une éclipse.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
04.07.2018 à 18h34
    |

                            Laurent Alexandre (Chirurgien urologue, président de DNAVision)








                        



                                


                            
Carte blanche. Lors de la première conférence sur l’intelligence artificielle qui s’est tenue au Dartmouth College pendant l’été 1956, les scientifiques avaient promis que l’avènement de cerveaux électroniques, disposant de conscience artificielle et égalant l’homme, était imminent. La désillusion fut terrible : la course aux subventions avait conduit les chercheurs à faire des promesses totalement insensées à leurs sponsors, qui s’en aperçurent à partir de 1965.
Après avoir suscité des espoirs irréalistes, les échecs de l’intelligence artificielle ont provoqué un ­effondrement des financements. Une deuxième vague de recherche dans les ­années 1980 s’est à nouveau fracassée sur la complexité du cerveau humain.
Ces désillusions successives sont connues, dans le monde de la recherche en informatique, sous le nom d’« hivers de l’intelligence artificielle ». Dans les sciences du vivant, ­certains chercheurs ont également fait des promesses bien légères : un hiver des biotechnologies est tout à fait possible.
L’ingénierie du vivant – cellules souches, modifications génétiques, organes artificiels – est supposée pouvoir traiter les maladies dégénératives et accélérer le recul de la mort. Mais ­entre les fantasmes technologiques et la commercialisation d’un traitement bien évalué, il y a un immense fossé que certains chercheurs et les start-up ignorent.
Mutations potentiellement graves
Capables de se différencier en cellules adultes et de former des tissus, les cellules souches sont théoriquement aptes à revitaliser des organes malades, ce qui alimente l’espoir de faire passer la médecine de la réparation à la régénération. La création de rétine en éprouvette à partir de cellules souches a, par exemple, été réussie dès 2011, mais la plupart des tentatives chez les patients ont échoué à ralentir ou à prévenir les cécités.
Au regard de ces magnifiques espoirs, la ­découverte que la reprogrammation des ­cellules souches s’accompagne...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Les mots « populiste » et « populisme » sont-ils toujours utilisés à bon escient ? Franck Nouchi, médiateur du « Monde », se penche sur cette question d’autant plus complexe que les définitions sont floues.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤                     
                                                

Du bon usage du mot « populiste » dans « Le Monde »

Les mots « populiste » et « populisme » sont-ils toujours utilisés à bon escient ? Franck Nouchi, médiateur du « Monde », se penche sur cette question d’autant plus complexe que les définitions sont floues.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 11h43
 • Mis à jour le
04.07.2018 à 18h37
    |

                            Franck Nouchi (Médiateur du "Monde")








                        



   


Les demandes les plus simplement énoncées sont parfois celles qui requièrent les réponses les plus longues. Il y a trois semaines, voici ce que m’écrivait un lecteur, Solal Azoulay : « Très intéressé par le journalisme et l’actualité, j’ai remarqué l’emploi fréquent du terme “populiste” dans les colonnes des quotidiens français, en particulier Le Monde. Dans un souci de respect du droit à l’information, pourriez-vous expliciter ce concept, lui donner une définition claire et définitive ? »
Depuis quelques mois, la lecture du Monde peut en effet parfois donner le tournis. Pas un jour sans que des personnalités aussi différentes que Recep Tayyip Erdogan, Donald Trump, Sebastian Kurz, Viktor Orban, Jaroslaw Kaczynski, Giuseppe Conte, Milos Zeman, Andrej Babis, Andrés Manuel Lopez Obrador, Nicolas Maduro, Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon, la liste est loin d’être exhaustive, se voient qualifiés de « populistes » dans des articles ou dans des titres.
« La question est de savoir si la notion de populisme subsume ou non d’autres notions comme celle d’extrême gauche et d’extrême droite. » Thomas Wieder, correspondant du « Monde » à Berlin
Vous êtes évidemment nombreux à réagir à cette vague « populiste » planétaire. A vous lire, Le Monde ne serait pas exempt de reproches. Deux exemples. A peine notre éditorialiste, Gérard Courtois, eut-il défendu le principe de la limitation de vitesse à 80 km/h dans une chronique titrée « Jacquerie automobile » (Le Monde du 23 mai), Jean-Pierre Rieupeyrout dégainait : « Il est triste de voir comme la “gauche” ne comprend plus les “jacqueries”. Le vilain mot et les vilains populistes… Heureusement les hommes d’Etat et les technocrates veillent (…). Vous déplorerez ensuite le vote populiste, mais vous êtes incapables de prendre en compte la vie des gens. »
Un autre lecteur, Guillaume Simier, nous annonce qu’il mettra fin à son abonnement en mars 2019. La raison ? Notre traitement des informations économiques qui, dit-il, « fait le jeu des populistes, de La France insoumise et du FN ». « Ceci est tout simplement indigne du quotidien de référence de centre gauche. L’explication centrale de la montée du populisme ne vient pas d’un racisme primaire, d’une conviction idéologique, mais de la peur du déclassement et de son corollaire, le sentiment d’injustice qu’un autre nous vole ce que l’on nous doit. »
« Le Monde, ajoute ce lecteur, contribue à créer ce faux-semblant d’injustice avec des données tronquées, fallacieuses, voire fausses. » Faisant référence à notre titre de « une » du 15 mai 2018 « CAC 40 : les grands profits des actionnaires » et à la « puce » qui l’explicitait – « Les actionnaires ont reçu l’équivalent de 67,5 % des bénéfices (depuis 2009), contre 5 % pour les salariés » –, il nous tance vertement : « Un petit peu de connaissance économique et comptable vous éviterait peut-être de raconter cela. Il est tout à fait logique que les employés ne touchent qu’une part minime des profits : c’est de la pure mécanique comptable ! (…) Vos articles renforcent le sentiment d’injustice dans le pays, votre statut de journal de référence leur donne une visibilité certaine et pousse les gens à regarder les extrêmes. »

        Lire aussi :
         

                « Le vaste peuple des automobilistes a brandi le volant comme autrefois les fourches pour une de ces étranges jacqueries qui enflamment le pays »



Je pourrais évidemment répondre point par point à ces lecteurs. Le Monde consacre une place importante, par le biais d’enquêtes et de reportages, à raconter la « vie des gens ». Ne le faisons-nous pas suffisamment ? La question vaut d’être posée, mais à mon avis en des termes autrement plus mesurés. Quant à notre prétendu manque de « connaissance économique », permettez-moi de ne pas être d’accord. Rien n’est plus faux s’agissant des journalistes du service « Economie ». J’ajoute que je suis profondément convaincu que, en ces temps troublés, l’une des missions du Monde est de mettre en lumière les mécanismes d’accroissement des inégalités.
Revenons-en maintenant à la question posée par M. Azoulay. Quelle est la définition du populisme ? Emploie-t-on ce mot toujours à bon escient dans les colonnes du Monde ?
Pour commencer, permettez-moi de vous conseiller la lecture de deux ouvrages:  Qu’est-ce que le populisme? de Jan-Werner Müller (Folio essais, 208 pages, 6,60 €) et Les Populismes (Perrin, 2007), dirigé par Jean-Pierre Rioux et auquel ont participé des historiens aussi éminents que Pierre-André Taguieff, Michel Winock, Pierre Milza, Marc Lazar, ou encore Nicolas Werth.
Outre de nombreux éclairages passionnants, vous trouverez dans ce dernier livre une citation extraite d’un article du théoricien politique argentin Ernesto Laclau : « Populisme est un concept insaisissable autant que récurrent. Peu de termes ont été aussi largement employés dans l’analyse politique contemporaine, bien que peu aient été définis avec une précision moindre. Nous savons intuitivement à quoi nous nous référons lorsque nous appelons populiste un mouvement ou une idéologie, mais nous éprouvons la plus grande difficulté à traduire cette intuition en concepts. C’est ce qui a conduit à une sorte de pratique ad hoc : le terme continue d’être employé d’une façon purement allusive, et toute tentative de vérifier sa teneur est abandonnée. » 
Une histoire qu’il ne faut pas oublier
Et les journalistes du Monde, du moins ceux qui sont chaque jour confrontés à cette question, qu’en pensent-ils ? Ancien chef du service politique, actuellement correspondant du Monde à Berlin, Thomas Wieder rappelle tout d’abord que le mot populisme a une histoire qu’il ne faut pas oublier : « Quand on parle du populisme aujourd’hui, il faut bien garder à l’esprit qu’on utilise un mot qui a lui-même une généalogie. Je dirai qu’on est aujourd’hui dans le troisième âge du populisme après :
a/ Le premier  “populisme”, celui de la Russie du XIXe siècle, le populisme des fameux narodniks, ces intellectuels de la classe moyenne opposés au tsarisme, influencés par le socialisme et préoccupés par le sort de la paysannerie. 
b/ Le deuxième “populisme”, celui de l’Amérique latine des années 1940, incarné par le péronisme, qui est souvent considéré par les spécialistes de la question comme l’exemple abouti du populisme arrivé au pouvoir. »
« Je travaille dans un pays où toutes les forces politiques pourraient, peu ou prou, se voir attribuer le qualificatif de populiste. » Jérôme Gautheret, correspondant du « Monde » à Rome
« La difficulté, ajoute Thomas Wieder, c’est que, selon les auteurs, le populisme n’a pas exactement la même définition. Quand on parle de populisme, parle-t-on du populisme tel que l’entendaient un Alexandre Herzen (1812-1870) ou un Nikolaï Tchernychevski (1828-1889) au XIXe ? Ou se réfère-t-on plutôt à la définition qu’en a donnée plus récemment quelqu’un comme le politiste argentin Ernesto Laclau (1935-2014) dans La Raison populiste (Seuil, 2008) ? 
Si l’on s’en tient à une définition contemporaine, on peut peut-être dire que le populisme “chimiquement pur ” serait une pensée politique qui repose à la fois sur la vision d’un peuple qui fait bloc face aux élites et sur une promotion du nationalisme. Si l’on s’en tient à une telle définition, le modèle populiste décrit donc à la fois un ordre social et politique – la démocratie directe plutôt que la démocratie représentative, la valorisation des “petits” contre les “gros”, avec toutes les ambivalences d’un tel schéma qui débouche inévitablement sur la désignation de boucs émissaires, et enfin un ordre géopolitique (le protectionnisme plutôt que le libre-échange, l’unilatéralisme plutôt que le multilatéralisme). » 
Cela posé, précise encore Thomas Wieder, « la question est de savoir si la notion de populisme subsume ou non d’autres notions comme celle d’extrême gauche et d’extrême droite ». « Là-dessus, l’enjeu n’est pas seulement philosophique, il est aussi politique car on voit bien l’intérêt qu’il y a, de la part de certains, à procéder à une telle subsumption, en mettant par exemple dans le même sac (à des fins de délégitimation) un Mélenchon et une Le Pen. 
C’est là, à mon avis, qu’il faut être vigilant. A titre personnel (mais je rejoins ici des analyses comme celle de Pierre Rosanvallon, par exemple), la notion de populisme est opérante, mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a qu’un populisme. Je pense au contraire qu’il y a un populisme d’extrême gauche qui n’est pas le même que le populisme d’extrême droite dans la mesure où leur rapport à la nation n’est pas le même et où les boucs émissaires qu’ils ciblent ne sont pas les mêmes non plus. 
De la même façon, je dirai que d’autres partis du spectre politique n’échappent pas forcément au populisme. A ce titre, je fais partie de ceux qui estiment que le macronisme a une composante populiste, dans sa façon de dénigrer les corps intermédiaires, de s’en prendre à la presse, dans son rapport compliqué, aussi, au parlementarisme. A certains égards, le macronisme est un libéral populisme, ou, pour le dire autrement, un libéralisme qui se sert de certaines armes du populisme pour mieux combattre d’autres populismes comme ceux de La France insoumise ou du FN. »
« Pour tout dire, conclut Thomas Wieder, je suis assez réticent sur cette “labellisation” dans nos colonnes. A titre personnel, par exemple, je ne qualifie jamais dans mes papiers Alternative pour l’Allemagne (AfD) de “parti populiste” mais de “parti d’extrême droite”. »
« Le terme véhicule aujourd’hui une connotation “morale” et un sens à la fois trop large et trop flou » Solenn de Royer, chef du service politique du « Monde »
Correspondant du Monde à Rome, Jérôme Gautheret partage les réserves exprimées par Thomas Wieder : « Je travaille dans un pays où toutes les forces politiques pourraient, peu ou prou, se voir attribuer le qualificatif de populiste. Les 5 Etoiles sont ils “plus” populistes que l’a été Berlusconi ? Et Renzi l’a-t-il été moins qu’eux dans sa pratique ? Je ne sais pas, je n’en suis pas sûr. Et ce simple doute me dissuade d’employer ce mot. » 
« Pourtant, ajoute Jérôme Gautheret, s’il y a en Europe un mouvement qui possède des traits communs avec la définition “péroniste” du populisme, c’est bien les 5 Etoiles des origines, nées d’une protestation très italienne contre des élites locales corrompues, et d’une faillite des corps intermédiaires à laquelle les partis traditionnels n’ont jamais su apporter de réponse. Mais voilà, l’emploi un peu trop généreux de ce terme me retient de qualifier les 5 Etoiles de “populistes”, parce qu’il crée des analogies qui, au bout du compte, obscurcissent les particularités de ce mouvement. Pourquoi chercher à tout prix à qualifier les 5 Etoiles de la même manière que Podemos ou Le Pen ? Je pense que cela ne sert pas à grand-chose.
Au fond, c’est cela qui me retient le plus d’écrire “populisme” : ça complique les choses sans être pour autant précis. Par ailleurs, on peut toujours qualifier les formations politiques autrement et de façon plus neutre. Car, et c’est mon dernier point, le mot “populisme”, tel que nous l’employons, me semble plus relever du jugement moral que de la qualification politique. En l’utilisant de la même manière qu’on employait “démagogue” il y a une génération, je suis persuadé qu’on parle plus de nous que de l’objet qu’on cherche à décrire. C’est ça, me semble-t-il, qui irrite le plus les lecteurs – du moins d’après les mails que je reçois régulièrement à ce sujet. »
Les mêmes problèmes avec Trump
Chef du service politique, Solenn de Royer approuve ses deux confrères : « Même si le terme a des racines historiques précises, il véhicule aujourd’hui à la fois une connotation “morale” et un sens à la fois trop large et trop flou. Elu sur une vague dégagiste, Emmanuel Macron, qui s’oppose au “système”, et qui contourne les corps intermédiaires, est porteur lui aussi d’une forme de populisme. Il pousse le paradoxe jusqu’à jouer sur des ressorts “populistes” pour échapper à la vague “populiste”. Et pourtant, ça n’aurait aucun sens de le rapprocher d’un Mélenchon qui défend une vision populaire de la nation, à la Jaurès, ou d’une Marine Le Pen, qui s’adresse à la sensibilité identitaire du peuple. Ce mot-valise est ambigu et peu pertinent pour décrire la pluralité et la richesse des cas. »
Ces soucis d’ordre typologique ne sont pas l’apanage des Européens. Correspondant du Monde à Washington, Gilles Paris rencontre les mêmes problèmes avec Trump. L’actuel locataire de la Maison Blanche renvoie, dit-il, « à d’autres inspirations historiques, l’anti-élitisme de combat d’Andrew Jackson (président des Etats-Unis de 1829 à 1837), en réaction à la méfiance des Pères fondateurs pour le “peuple” ; Huey Pierce Long (1893-1935), ou Charles Lindbergh (1902-1974), pour la politique étrangère. La difficulté vient de sa pratique qui repose sur des instincts politiques parfois en contradiction avec ce qui reste de la doctrine du Parti républicain (notamment la tentation de sabrer dans les filets sociaux pour contenir [un peu] l’explosion du déficit, et qui serait mortifère pour la base trumpiste). Il rajoute des éléments de “culture war” pour conserver dans sa coalition les évangéliques, ce qui complique encore la situation. On retrouve bien sûr des éléments populistes à profusion dans ses discours, mais ils ne résument pas tout Trump. »
Cette difficulté à définir le populisme, ajoute Sylvie Kauffmann, directrice éditoriale du Monde, « répond à notre difficulté à définir, avec nos propres critères, ces régimes d’apparence démocratique, mais avec des tendances autocratiques, qui émergent un peu partout, y compris en Europe. Nous ne disposons pas toujours des bons instruments pour définir ces nouveaux phénomènes ».
La conclusion s’impose d’elle-même : n’utilisons les mots « populiste » et « populisme » qu’avec parcimonie !



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Editorial. Les trois grandes associations représentatives des élus locaux ont annoncé mardi qu’elles boycotteront la conférence nationale des territoires du 12 juillet.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤                     
                                                

Crise de nerfs entre l’Etat et les collectivités territoriales

Editorial. Les trois grandes associations représentatives des élus locaux ont annoncé mardi qu’elles boycotteront la conférence nationale des territoires du 12 juillet.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 11h33
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Entre l’Etat et les collectivités territoriales, le divorce est impossible. Trop d’intérêts réciproques, à commencer par l’intérêt national, trop d’actions complémentaires entre Paris et les territoires, trop de liens et de dépendances financières l’interdisent. Mais cela n’empêche pas, bien au contraire, les scènes de ménage.
Les trois grandes associations représentatives des élus locaux – l’Association des maires de France (AMF), l’Association des départements de France (ADF) et Régions de France – viennent d’en faire une nouvelle démonstration. Elles ont annoncé, mardi 3 juillet, qu’elles boycotteront la conférence nationale des territoires, prévue le 12, et la réunion préparatoire organisée ce mercredi avec le premier ministre à Matignon.
Leurs griefs se sont accumulés ces derniers mois : contrats de maîtrise de la dépense que 70 % des collectivités concernées ont fini par signer mais avec le sentiment, pour beaucoup, d’y être contraintes et forcées ; recentralisation de l’apprentissage et de la formation professionnelle au grand dam des régions ; abondement insuffisant des allocations individuelles de solidarité dont les départements ont la charge ; fermeture de services de proximité, après la réduction brutale du nombre d’emplois aidés par le budget 2018. La suppression annoncée de la taxe d’habitation et la réforme de la fiscalité locale qu’elle entraînera avivent plus encore les inquiétudes des élus.
« Simulacre de dialogue »
Au-delà de ces dossiers techniques, mais très sensibles, c’est la méthode du gouvernement que récusent les grands élus. Le président de la République avait proposé en juillet 2017 aux « territoires » de conclure avec l’Etat de « vrais pactes girondins fondés sur la confiance et la responsabilité ». Les conférences nationales des territoires, semestrielles, devaient être l’instrument de ce dialogue. Un an plus tard, les représentants des communes, des départements et des régions n’ont pas de mots assez durs pour dénoncer un « simulacre de dialogue », une « mise sous tutelle » humiliante et une « recentralisation » sans précédent depuis trente ans.
Jeux de postures d’élus locaux qui défendent leurs prés carrés, déplore le premier ministre, droit dans ses bottes. Ce n’est pas faux. Mais cela n’efface pas le revers politique que constitue, pour le gouvernement, le boycottage de la conférence du 12 juillet. Le pacte de confiance proposé par le chef de l’Etat est ébranlé, voire rompu. La défiance qui prévaut désormais entre Etat et collectivités territoriales va rendre plus épineuse encore la réforme programmée de la fiscalité locale. L’on imagine mal un tel chantier engagé sans la coopération active des principales associations d’élus.

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                La chaise vide des associations d’élus à la Conférence des territoires voulue par Macron



Enfin, à vouloir imposer ses vues de façon trop impérieuse, le gouvernement prend un sérieux risque politique. En braquant les présidents de l’AMF, de l’ADF et de Régions de France, trois barons de la droite, il donne imprudemment crédit aux critiques des Républicains et de leur président, Laurent Wauquiez, sur l’ignorance, voire le mépris du pouvoir exécutif à l’encontre des territoires. A la veille du débat sur la révision constitutionnelle, dont l’adoption nécessitera in fine l’assentiment des sénateurs, l’attitude du gouvernement est pour le moins imprudente. Pour l’instant, c’est un avertissement sans frais que viennent de lui adresser les élus locaux. Il ne serait pas malhabile d’en tenir compte.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Dans sa chronique, Sylvie Kauffmann, éditorialiste au « Monde », estime que Donald Trump ferait bien de s’inspirer de la rencontre Reagan-Gorbatchev de 1986 pour celle qu’il doit avoir avec Vladimir Poutine à Helsinki, le 16 juillet.
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« Trump est-il capable de retenir la leçon du sommet de Reykjavik ? »

Dans sa chronique, Sylvie Kauffmann, éditorialiste au « Monde », estime que Donald Trump ferait bien de s’inspirer de la rencontre Reagan-Gorbatchev de 1986 pour celle qu’il doit avoir avec Vladimir Poutine à Helsinki, le 16 juillet.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 11h19
    |

            Sylvie Kauffmann (éditorialiste au « Monde »)








                        



                                


                            

Il y a dans le nord de Reykjavik, face à la mer, une jolie maison blanche au toit d’ardoise. Construite en 1909 pour le consul de France, elle a ensuite été achetée par un grand poète islandais, puis a abrité l’ambassade du Royaume-Uni. Une plaque en granit explique pourquoi, en 1986, cette jolie demeure a accédé à la notoriété planétaire : c’est là que se sont rencontrés, les 11 et 12 octobre, le 40e président des Etats-Unis, Ronald Reagan, et le leader de l’Union soviétique, Mikhaïl Gorbatchev. « Ce sommet, précise l’inscription gravée sur la plaque, est considéré comme annonciateur du début de la fin de la guerre froide. »
Trente-deux ans plus tard, c’est une autre capitale du nord de l’Europe, Helsinki, que Donald Trump et Vladimir Poutine, successeurs de ces deux dirigeants, ont choisie pour leur premier sommet bilatéral, le 16 juillet. Helsinki, dans la grande tradition des sommets Est-Ouest du XXe siècle : Gerald Ford et Leonid Brejnev en 1975, George Bush père et Gorbatchev, de nouveau, en 1990. La capitale finlandaise accueillit encore, en 1997, Bill Clinton et Boris Eltsine, président d’une Russie affaiblie, que l’on croyait sur le chemin de la démocratie. L’annonce de la rencontre Trump-Poutine a surpris : il y a encore deux mois, personne n’aurait parié un kopeck sur la tenue de ce sommet.
L’ivresse de Singapour
A Washington, tout ce qui touche à la Russie est empoisonné. Au Congrès, un fort courant anti-Poutine, réunissant démocrates et républicains, a permis l’adoption de sanctions contre la Russie il y a un an, en riposte à des interférences imputées à Moscou dans la campagne présidentielle de 2016. Et surtout, un procureur spécial enquête avec zèle sur les éventuels liens de l’entourage du candidat Trump avec ces intrusions. Dans une atmosphère aussi chargée, le Kremlin ne se faisait guère d’illusions sur la reprise d’un dialogue au plus haut niveau entre Washington et Moscou.
Ce...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Les tribunaux considèrent que lorsque le contrat de travail stipule que les objectifs sont fixés par accord entre les parties, le non-respect d’objectifs fixés unilatéralement par l’employeur ne peut constituer un motif réel et sérieux de licenciement, rappelle dans sa chronique le juriste Francis Kessler.
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Les pièges de la prime d’objectifs

Les tribunaux considèrent que lorsque le contrat de travail stipule que les objectifs sont fixés par accord entre les parties, le non-respect d’objectifs fixés unilatéralement par l’employeur ne peut constituer un motif réel et sérieux de licenciement, rappelle dans sa chronique le juriste Francis Kessler.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 11h00
    |

                            Francis Kessler (Maître de conférences à l'université Paris-I-Panthéon-Sorbonne)








                        



                                


                            

Question de droit social. Les primes sont des compléments de rémunération. Elles peuvent avoir une périodicité variable. Si certaines primes sont de pures libéralités de l’employeur, on parle de « prime bénévole », d’autres sont obligatoires. Elles peuvent être prévues par le contrat de travail et/ou par un accord collectif ou encore dans le cadre d’un engagement unilatéral de l’employeur. Certaines primes sont aussi soumises à conditions.
Tel est le cas de la prime d’objectif (ou de résultat ou de performance), individuelle ou collective, qui comme son nom l’indique est un supplément de salaire versé en contrepartie de la réalisation d’objectifs par un salarié ou une équipe voire par tout l’effectif d’un établissement ou d’une entreprise.

Ces primes ne sont plus réservées aux seules fonctions commerciales. Considérées comme un puissant levier de motivation, elles représentent actuellement le tiers du montant total des primes versées aux salariés.
Mais au moment de la rupture du contrat de travail d’un salarié, de nombreux litiges sont apparus sur les décomptes subséquents des rémunérations dues, en fonction de ces primes d’objectifs. Les décisions de justice, qui en ont résulté, ont façonné les règles à respecter pour éviter les déconvenues, côté employeur, comme côté salarié.
Sanction sévère
Ainsi, cette rémunération variable ne peut pas faire l’objet d’un seul accord verbal, elle doit nécessairement être écrite. La Cour de cassation a précisé que l’employeur doit communiquer au salarié les objectifs à atteindre, les conditions de calcul vérifiables, ainsi que la période de référence sur laquelle ces objectifs sont calculés et cela en début d’exercice et en langue française.

Les tribunaux considèrent que lorsque le contrat de travail stipule que les objectifs sont fixés par accord entre les parties, le non-respect d’objectifs fixés unilatéralement par l’employeur ne peut constituer un motif...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Malgré le développement de nouvelles technologies et organisations, le travail devient plus stressant, intense et dénué de sens, dans une société hyperrationnelle, peuplée d’une multitude de solitudes connectées, explique l’économiste Mireille Bruyère dans « L’Insoutenable productivité du travail ».
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Malades de productivité

Malgré le développement de nouvelles technologies et organisations, le travail devient plus stressant, intense et dénué de sens, dans une société hyperrationnelle, peuplée d’une multitude de solitudes connectées, explique l’économiste Mireille Bruyère dans « L’Insoutenable productivité du travail ».



Le Monde
 |    04.07.2018 à 10h45
    |

                            Margherita Nasi








                        



                                


                            

Livre. Et si la rationalité économique ne tenait plus sa promesse ? Malgré le développement de nouvelles technologies et organisations, le travail devient plus stressant, intense et dénué de sens. « Il y a un écart croissant entre notre foi dans le progrès par le développement de nos connaissances et de la technologie et le monde dans lequel nous vivons », constate Mireille Bruyère, dans L’Insoutenable Productivité du travail. Mais pourquoi voulons-nous toujours plus de rationalité et de productivité ?
« Nous sommes malades de productivité. Non pas que la productivité au travail soit toujours mauvaise, mais parce qu’elle a atteint un niveau si élevé que tenter encore de l’accroître est devenu insoutenable. Or la productivité est un concept qui n’a de sens économique que lorsqu’elle s’accroît. C’est de cela dont nous sommes malades », tranche la maître de conférences en économie à l’université de Toulouse-II Jean-Jaurès.
Une société hyperrationnelle
L’auteure retrace l’histoire économique et politique de la productivité, et analyse son ralentissement dans les années 1980. « Les politiques économiques des Etats et la financiarisation des entreprises sont une tentative, non pas de retrouver la croissance économique, mais de trouver d’autres manières de développer encore leur puissance au-delà du ralentissement de la productivité et de la croissance. »
Le résultat, c’est une société hyperrationnelle, peuplée d’une multitude de solitudes connectées. Elle émerge déjà par une individualisation des droits sociaux : les réformes qui visent à la création de comptes personnels retraçant l’activité et conditionnant l’attribution de revenus sont les fruits de cette dynamique d’individualisation, qui « encourage une autonomie complète des institutions du capital pour organiser et orienter le travail dans des conditions de plus en plus inhumaines pour des finalités productives écologiquement dangereuses...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Florian Pellissier signe le quatrième album de son quintet intitulé « Bijou Caillou Voyou ». Après une première série d’entretiens publiés en 2016 sur le blog Mundo Latino, nous retrouvons le pianiste pour une nouvelle entrevue dont voici le premier volet.
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Entretien avec Florian Pellissier, 4e partie : l’accélération des particules

Florian Pellissier signe le quatrième album de son quintet intitulé « Bijou Caillou Voyou ». Après une première série d’entretiens publiés en 2016 sur le blog Mundo Latino, nous retrouvons le pianiste pour une nouvelle entrevue dont voici le premier volet.



Le Monde
 |    04.07.2018 à 10h20
 • Mis à jour le
04.07.2018 à 14h04
    |

                            Yannick Le Maintec








                        



   


Un jeudi soir au Duc des Lombards. Florian Pellissier donne selon ses propres mots un pré-concert pour célébrer la sortie de son nouvel album « Bijou Caillou Voyou ». Une initiative pas forcément du goût de sa production, le concert de lancement étant programmé le 20 juin au New Morning. Mais voilà, Florian est un garnement, charmant, bûcheur et brillant, mais un garnement.
La dernière fois que j’avais pu voir le quintet sur scène remontait à l’automne 2014, la présentation des « Biches Bleues » au Studio de l’Ermitage. Au Duc je mesure le chemin parcouru. J’avais découvert Florian plusieurs années en arrière. C’était le pianiste du groupe de latin soul Setenta. Le gars jouait dans une demi-douzaine de groupes en même temps, tous dans des registres différents. Je m’étais promis de lui consacrer un papier, quitte à m’éloigner de la thématique de mon blog intitulé alors Mundo Latino. La rencontre avait fini par se faire un beau mois de mai 2016 au moment de la promo du « Cap de Bonne Espérance », une interview qualifiée de mythique par Florian en raison de sa durée : plus de trois heures. Nous avions prévu de nous revoir pour la parution de « Bijou Caillou Voyou ». « Tu reprendras là où on s’est arrêté », m’avait-il soufflé.
« Cette chanson, c’est pour les darons. » Il s’agissait de What a Difference a Day Makes, le standard de Dinah Washington qu’il avait repris avec Leron Thomas. Ce soir, tout au fond du Duc des Lombards, la scène en ligne de mire, une silhouette fébrile et massive n’en perd pas une miette. Un air de famille… Je me lance. « Vous êtes le papa de Florian ? » Il acquiesce. On échange quelques mots. L’homme n’est pas très loquace mais ses yeux pétillants de fierté en disent long. Je l’avais, mon daron.



Paris – Londres – New York
Quartier Montparnasse, deux ans après la fameuse rencontre. Même endroit (seul le nom a changé, le mythique Petit Journal ayant laissé sa place au Jazz Café), même heure. Nous nous étions quittés au moment du lancement de « Lost Myself », le disque sur lequel le quintet accompagnait la chanteuse américaine Shola Adisa-Farrar. Du jazz vocal certainement pas pour déplaire au papa de Florian. Une jolie transition pour la formation, dans un registre plus groovy, plus anglo-saxon. Quelques semaines plus tard, ce serait le Paris New-York Festival, qui verra la collaboration de Setenta avec Joe Bataan, figure tutétaire du latin soul. Un concert à Paris, deux autres sold-out au Ronnie Scott’s de Londres, le clou du spectacle se jouant au Summerstage de New York au Saint Mary Park dans le Bronx. Un jour à New-York, le lendemain à La Rochelle aux claviers de Guts. Jetlag et gueule de bois sévère lorsqu’il apprend que la tournée va s’interrompre. Cela faisait de nombreux mois que le DJ, ancien d’Alliance Ethnik, trimbalait son live-band autour du monde. Florian ne s’arrêtera pour autant pas. Du Brésil au Bénin, de Trinidad à la Martinique, nous tenterons en vain de retracer la timeline des mois écoulés. Une vie de musicien passée sur les routes. L’accélération des particules. Ce n’est qu’à l’automne 2017 qu’il finira par poser ses valises. Depuis il n’arrête plus d’enregistrer. Comme s’il lui fallait graver dans l’acétate les expériences accumulées.
Toute l’histoire du jazz !
Je m’interroge. « Du coup, comment faites-vous pour vous voir avec les membres du quintet ? » « On ne se voit pas souvent. On joue cinq à six concerts par an. On vit tous à des rythmes effrénés. On se fait un doodle. On se trouve une date trois mois plus tard. C’est tragicomique ! » Il marque une pause. « Les albums sortent à intervalles de deux ans. On a enregistré Bijou Caillou Voyou pendant la fête de la musique l’an dernier. Il me reste un an pour écrire ! » Je lui demande comment l’album s’est construit. « On arrive en studio, les musiciens découvrent les morceaux, beaucoup de choses se passent en studio. C’est une musique très libre, et puis les types sont tellement bons que j’ai vite compris que j’avais tout à gagner à être dans une dictature participative. » Je suis un peu circonspect. « C’est toute l’histoire du jazz ! Chez Blue Note, la répet’ se faisait au studio, la découverte du morceau pendant l’enregistrement. Tu prends One Finger Snap. Herbie Hancock avait juste écrit l’intro au piano. Freddie Hubbard joue son solo de trompette entre les deux riffs de piano. C’était une impro et c’est devenu le thème qu’on trouve maintenant dans les Real Book [la bible des jazzeux]. Il y a des dizaines d’histoires comme ça...»
Je crois qu’on peut arrêter l’histoire
Je fais remarquer qu’au fil des albums, la musique du quintet se fait plus accessible. « Exactement. Plus dansant, avec l’arrivée Roger Raspail aux percussions. » Il égrenne les titres concernés : Boca, Jazz Carnival, South Beach, Fuck With The Police… » « Fuck The Police, mais c’est quoi ce titre !?! » « Attention, c’est Fuck With The Police. C’est tout doux. Jazz Fm à Londres refuse de le jouer, alors qu’ils l’adorent ! Sur iTunes, c’est le seul instru qui a le label explicit lyrics. Si ça c’est pas un accomplissement ! » Mon gars est mort de rire. « Je crois qu’on peut arrêter l’histoire. » La participation de Roger Raspail, la voix d’Anthony Joseph, après celle de Leron Thomas sur l’album précédent, la musique de Florian est au croisement de ses cercles d’influences… caribéennes (Anthony Joseph et Roger Raspail), anglo-saxones et urbaines (Leron Thomas et Guts), brésiliennes (Cotonete), africaines (Julien Lebrun de Hot Casa), latines (Setenta) et jazz bien entendu grâce aux membres du quintet : Yoni Zelnik à la contrebasse, Yoann Loustalot à la trompette, Christophe Panzani au saxophone et David Georgelet à la batterie,

    #thelongestday #florianpellissierquintet #2ndset #ducdeslombards Une publication partagée par  Florian Pellissier (@captaincavern75) le 26 Avril 2018 à 4 :45 PDT 

Un des plus beaux studios de la planète
« L’album est plus accessible… notamment au niveau du son. » Florian tient à m’emmener sur un sujet qui lui tient à cœur. « On a enregistré dans l’un des plus beaux studios de la planète qui se trouve à Paris et qui s’appelle Question de Son. Je le connais depuis Caribean Roots [l’album d’Anthony Joseph]. Jordan Kouby, l’ingé-son, est un surgeek. La console -l’élément principal d’un studio- , c’est une Neve EMI. Il y en a eu dix sur la planète. La Rolls des consoles. Dans les années soixante-dix, EMI à son apogée avait commandé à Neve dix consoles identiques qu’ils avaient installé dans leurs studios dans le monde entier, Abey Road par exemple, avec des réglages identiques pour faciliter les enregistrements des artistes internationaux. Il en reste huit en activité. Ils ont racheté la mexicaine. C’est un studio cher pour un disque de jazz. Je me suis offert cette folie, ce qui aurait été impossible il y a cinquante ans à l’époque des grands enregistrements de jazz. »
« C’est quoi, cette histoire de studio improvisé à Trinidad ? » A l’automne 2017, Florian avait participé à l’enregistrement du dernier LP d’Anthony Joseph à Trinité et Tobago. « A Port-d’Espagne, il n’y avait pas de studio digne de ce nom. Le concept, c’était de faire venir Jordan afin de créer un studio mobile. On est allé à Sans-Souci, on s’est installé dans une maison un peu classe qui donnait sur une plage privée de 1 km de long. Jordan a monté le studio en une journée avec du matériel de location en raccordant chacun des musiciens dans sa chambre On a tracké toute la journée pendant une semaine. C’était une expérience incroyable. »

    #office #piratebay #wurlitzer #fellofthegallion #trinidad #ineedamarkidontknowwhereistheE 👻 #🌴 Une publication partagée par  Florian Pellissier (@captaincavern75) le 1 Nov. 2017 à 2 :06 PDT 

Je n’avais jamais vu le quintet comme ça
« Le quintet a joué à Church of Sound. Tu veux bien me raconter ? » C’était Alexis Blondin, un français de Londres, qui nous avait fait venir. C’est lui qui est derrière le Total Refreshment Centre. » Le Total Refreshment Centre est la plaque tournante du nouveau jazz UK. Florian est un grand fan de ceux qu’il appelle « les enfants de Shabaka », Shabaka Hutchings à trente-trois ans le vétéran d’un mouvement qui secoue la scène jazz actuelle. « Tu sais que l’église est en activité ? Il n’y a que les anglais pour faire ça ! Un vendredi par mois, ils vident l’église, installent la sono en quadri-frontal au milieu de la nef. Ils font venir les pompes à bière. Le concert se termine à minuit. A 1h tout est nickel, prêt pour l’office le lendemain à 10h. »

        Lire aussi :
         

                L’acid jazz deuxième génération sur la scène londonienne



« A Church of Sound, le jeu c’est de jouer un set de covers, un set de compos. On avait repris  La valse pour Hélène de Jeff Gilson. Gilson, c’est un truc de digger, personne ne connaît. Il a été surnommé par un journaliste « le secret le mieux gardé du jazz ». Alexis voulait qu’on joue un set de jazz français dans l’esprit de Freedom Jazz France, la compil d’Heavenly. Hasard du calendrier, le père d’Alexis, qui avait tourné un docu pour lequel Jeff Gilson avait écrit la musique, devait être là ce soir. Premier set : blindé, moyenne d’âge vingt-cinq/trente ans, des minettes dans le public, le truc hallucinant. On joue Hectorologie, les parents d’Alexis les larmes aux yeux, super-émouvant. Je passe au Rhodes pour un titre de Texier. Au beau milieu du morceau : Clac ! Plus rien, plus de jus. Le concert finissait à minuit, le temps de réparer c’était autant de temps perdu. On est un groupe acoustique, je leur propose de continuer. On joue Autumn Leaves version Cannonbal avec Miles, Les Feuilles Mortes, incontournable du jazz français, en acoustique dans l’église, trop beau ! Je n’avais jamais vu le quintet comme ça. »



« Deuxième set. L’électricité est de retour. On s’était mis d’accord avec Anthony Joseph pour qu’il vienne chanter si ça lui faisait envie. On joue un morceau, deux morceaux, on entame Boca, que je venais d’enregistrer pour lui la semaine précédente à Paris et qu’Anthony ne connaît pas. Anthony me fait un signe : C’est celle-là que je veux faire. Il monte sur scène, improvise des paroles de Caribbean Roots, tout le monde se lève… jusqu’à la fin du concert. La dernière demi-heure, on joue tous les morceaux groovy. On termine avec Jazz Carnival d’Azimuth, jazz-funk brésilien, un morceau club, hyper-dansant. Toute l’église est partie en dance-floor. »

    #london #churchofsound #florianpellissierquintet #heavenlysweetness last Thursday photo #jordanmatyka @dailylaurel tu es parti au bon moment de londres 😂😂😂 Une publication partagée par  Florian Pellissier (@captaincavern75) le 2 Juil. 2017 à 5 :08 PDT 

Arthur H a bouleversé mon canevas
« D’où t’es venue l’idée d’inviter Arthur H ? » « L’idée vient de Frank [Descollonges, le patron d’Heavenly Sweetness] du label. Il avait envie de faire un featuring avec un jazzman français. Finalement, on a demandé à Arthur H. Quand j’étais jeune, j’adorais le morceau Cool Jazz. Dans mon immense naïveté, j’avais imaginé écrire la suite. Mais c’était mon fantasme. Finalement il est venu avec sa chanson, avec des paroles à la Gainsbourg qu’il avait écrites à partir de l’histoire du vol des bijoux de la Kardashian. C’était mort pour ma collaboration. Mais au final, ça a fonctionné beaucoup mieux que ce que j’avais espéré. »
« Je veux bien te croire. Il y a même une suite : Hibou bleu. » « Ça, c’est la coda. » « C’est quoi, la coda ? » « La coda, c’est le terme générique qu’on utilise pour signifier la fin d’un morceau. Depuis le hard-bop, et peut-être encore plus depuis la génération du jazz hip-hop, les musiciens s’amusent à improviser sur la coda et à la faire durer de plus en plus longtemps. Ça remonte aux débuts de l’histoire de la jam. Se servir du thème pour improviser, et plus que ça, de l’énergie du morceau qui se termine pour voir où cet univers peut t’emmener. »
« On fait une prise. Il nous sert la main. C’était super, les gars. A bientôt ! Imagine. On avait réservé le studio pour une journée et en dix minutes c’était plié ! La première prise était parfaite, impossible d’argumenter ! Le challenge était de faire jouer Arthur H avec un quintet de jazz. Je n’imaginais à quel point il allait être si bon, si précis, si juste avec un groupe qu’il ne connaissait même pas. Il va se poser au piano. Je vais le voir, tente de négocier. Je lui dis qu’on aimerait bien refaire un essai, voir si on pouvait improviser quelque chose. Au bout de quelques minutes il revient. Deuxième prise… nickel ! Troisième prise… nickel ! A la quatrième on est parti en vrille, il s’est mis dedans, a fait des volutes avec nous. Il s’est effacé quand le quintet est parti dans son trip. Une véritable intelligence musicale, très agréable. »
Je tente la conclusion. « Ce double-morceau est central, très fort…» « Complètement. C’est le titre de l’album. Ça ne pouvait pas être autrement. Il a bouleversé mon canevas. Ce morceau est très fort émotionnellement et s’inscrit totalement dans ma folie. L’album ne pouvait pas être autre chose que Bijou Caillou Voyou. »



Et toi, tu fais quoi en ce moment ?
« Une sacrée expérience. Ca doit être ta plus belle rencontre… » Et là je vois mon gars mi gêné, mi sourire en coin : « Il y a trois semaines je t’aurais dis oui... » et lâche le morceau. « En ce moment je bosse sur l’album d’Iggy Pop avec Leron Thomas. » Je raccroche ma mâchoire. « Le Iggy Pop ? » Je tente de rassembler mes idées. « Attends, attends, attends ! Leron, c’est bien le type qui t’avait snobé quand tu étudiais à la New School à New York et qui chante sur le Cap de Bonne Espérance ? » « C’est ça. Le titre pour les darons. Leron, c’est un génie, le protégé de Gilles Peterson. Il n’a pas la carrière qu’il mérite parce qu’il n’écoute rien de ce qu’on lui dit. Un électron libre. Sauf que ça a fini par payer : Il a rencontré Iggy Pop ! Leron, c’est un punk. C’est le dernier punk qui rencontre le premier punk. »
« Mais toi, qu’est-ce que tu viens faire dans tout ça ? » « Ce que je ne t’ai pas raconté, c’est qu’en septembre dernier, j’ai enregistré l’album de Leron. Mais il a procrastiné, son autre projet a cartonné, l’album n’est jamais sorti. Quand il a rencontré Iggy, il lui a fait écouter. Iggy lui a dit : C’est ce son-là que je veux, et lui a emprunté des compos. Il y a des morceaux sur lequel je joue ! On est en train de mixer l’album. » Il s’interrompt. « Tu imagines : Quand tu croises un musicien, la première question que tu poses, c’est : Et toi, tu fais quoi en ce moment ? Qu’est-ce que je dois répondre ? Là, je bosse sur l’album de Iggy Pop ? » Amusé et éberlué, il rit dans sa barbe. « Et normalement, tu ajoutes : Et toi ? »
C’est amusé et éberlué que je me dirige vers la gare qui, à cette heure-là, n’est guère plus qu’une carcasse. De retour dans la chaleur du foyer, je me replonge dans la plaquette que m’avait envoyé la production. Je tombe des nues. J’envoie immédiatement un message à Florian : « Le vaudou ! On n’a pas parlé du vaudou. »
A suivre…
A lire dans les archives du blog : Entretien avec Florian Pellissier
1ère partie : Une jeunesse musicale2e partie : Les années américaines3e partie : Le Cap de Bonne Espérance 
Florian Pellissier Quintet – Nouvel album : « Bijou Caillou Voyou » (2018, Heavenly Sweetness)



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ A l’occasion des Rencontres de Pétrarque, du 9 au 13 juillet à Montpellier, la militante féministe revient sur l’impact du mouvement #metoo sur le monde arabe et la place de la femme dans ces sociétés traditionnelles.
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Wassyla Tamzali : « L’homme arabe est un homme humilié »

A l’occasion des Rencontres de Pétrarque, du 9 au 13 juillet à Montpellier, la militante féministe revient sur l’impact du mouvement #metoo sur le monde arabe et la place de la femme dans ces sociétés traditionnelles.



Le Monde
 |    03.07.2018 à 23h00
 • Mis à jour le
04.07.2018 à 17h06
    |

            Jean Birnbaum








                        



                                


                            

Avocate et ancienne directrice des droits des femmes à l’Unesco, née en Algérie, Wassyla Tamzali prononcera, lundi 9 juillet, à Montpellier, la leçon inaugurale des Rencontres de Pétrarque, organisées par France Culture et Le Monde, dans le cadre du Festival de Radio France, sur le thème « #hommes-femmes : des lendemains qui changent ? ».
Cela fait plusieurs décennies que vous travaillez sur les droits des femmes. Avec cette mémoire et cette pratique qui sont les vôtres, quel regard avez-vous porté sur le surgissement du mouvement #metoo ?
Ce qui a été très frappant, c’est le raz-de-marée des révélations. C’est la question même du surgissement qui mérite d’être posée. Car les obsessions et les violences des maîtres prédateurs étaient plus ou moins connues. Inutile de rappeler ici le travail d’analyse effectué par les féministes sur le harcèlement sexuel, la place centrale qu’occupe ce problème, depuis des années, dans le débat militant et intellectuel, sans beaucoup de résultat. Alors, pourquoi maintenant, et pourquoi à partir de l’affaire Weinstein ? Cela tient sans doute à la qualité de ces actrices mondialement connues qui renvoyaient une image de femmes libres et maîtrisant leur destin.
Le choc des révélations a été à la mesure de cette image brisée. S’en est suivie une avalanche de « sorties du placard », comme on dit à propos du coming out, car c’est bien de cela qu’il s’agit : le dévoilement public d’une « orientation sexuelle » dont on avait honte. Ces femmes qui incarnaient « un destin pris en main par une liberté », comme dit Simone de Beauvoir, n’étaient finalement que des femelles au sens le plus archaïque, soumises à la souveraineté sexuelle masculine ! Nous ne sommes peut-être pas au début de la « révolution copernicienne » appelée de tous ses vœux par l’anthropologue Françoise Héritier, mais rien ne sera plus comme avant.
Pourquoi maintenant ? Vous...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Les politistes Fatih Tombuloglu et Gulcan Kolay estiment, dans une tribune au « Monde », que la réélection de Recep Tayyip Erdogan à la tête de l’Etat renforce sa mainmise sur les institutions.
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Erdogan va poursuivre « la désinstitutionalisation » de la Turquie

Les politistes Fatih Tombuloglu et Gulcan Kolay estiment, dans une tribune au « Monde », que la réélection de Recep Tayyip Erdogan à la tête de l’Etat renforce sa mainmise sur les institutions.



Le Monde
 |    03.07.2018 à 17h38
 • Mis à jour le
03.07.2018 à 20h47
    |

Fatih Tombuloglu (Docteur en études politiques à l'EHESS) et Gulcan Kolay (Docteur en sciences politiques à Aix-en-Provence)







                        



                                


                            

Tribune. Le 24 juin, la Turquie a décidé du nom du treizième président de la République de son histoire, premier de son régime présidentiel. Au Parlement, son parti ravit la première place, mais nécessite une coalition avec les Loups gris, députés d’extrême droite pour avoir la majorité.
Quelles sont les caractéristiques inhérentes à la victoire d’Erdogan ? Tout d’abord, il faut se remémorer qu’au moment des élections la Turquie se trouvait dans une situation particulière qu’était l’Etat d’exception, en place depuis deux ans. Cette conformation de l’Etat turc a été des plus indésirables pour l’opposition plongeant celle-ci dans une situation intolérable. En revanche, elle a constitué un terreau des plus favorables pour Erdogan.
De plus, au cours de ces deux années, Erdogan et son allié Devlet Bahçeli [le dirigeant du Parti d’action nationaliste, MHP], chef des Loups gris, ont fait campagne contre le parti pro-kurde, le HDP (Parti démocratique des peuples), au point d’en faire son ennemi public numéro un. D’après leur discours, la Turquie était sous la menace d’être disloquée. Ce discours sécuritaire défendait que le HDP était le prolongement du parti des travailleurs kurde (PKK).
Culte de la personnalité
En réalité, ce discours cachait une chose simple : dans cette région du sud-est de la Turquie à majorité kurde, seuls le Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) et le HDP se partageaient la rivalité. Si le HDP n’obtenait pas les 10 % de votes à l’échelle nationale, ses 60 à 70 députés estimés perdraient leur siège – faute d’alternative – au profit du parti d’Erdogan. Le plan de l’actuel président n’a échoué que de peu car le HDP a obtenu près de 12 % de vote et, ainsi, 67 sièges au Parlement.
Enfin, les élections se sont déroulées dans une Turquie qui, permettant l’installation d’un culte de la personnalité autour d’Erdogan, se trouvait en phase de désinstitutionalisation. La raison n’en...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Dans une tribune au « Monde », plus de 70 artistes demandent la juste rémunération des œuvres diffusées sur Internet, avant le vote, jeudi, d’une directive européenne.
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Article sélectionné dans La Matinale du 03/07/2018
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« Si on ne peut pas vivre de nos œuvres, nous, créateurs, sommes condamnés à disparaître »

Dans une tribune au « Monde », plus de 70 artistes demandent la juste rémunération des œuvres diffusées sur Internet, avant le vote, jeudi, d’une directive européenne.



Le Monde
 |    03.07.2018 à 17h30
 • Mis à jour le
04.07.2018 à 07h46
    |

                            Collectif








                        



                                


                            

Tribune. La création ne devrait pas être un sujet d’opposition, elle est au contraire un trait d’union, un synonyme d’aspirations et d’opportunités pour tous les citoyens.
En tant qu’artistes, nous sommes très choqués de voir aujourd’hui qu’un texte sur le droit d’auteur dans le marché unique numérique en Europe, qui prévoit notamment une plus grande protection des créateurs sur Internet, fasse l’objet d’une campagne de désinformation au service des grandes puissances du numérique. Une campagne qui répand l’idée que ce texte met en péril l’exercice des libertés fondamentales sur Internet.

Evidemment, tout cela est faux ! L’objectif de cette nouvelle directive n’est pas d’imposer un filtrage ou une quelconque censure sur Internet, mais au contraire de permettre de mieux identifier les œuvres diffusées sur les plates-formes numériques et de rémunérer leurs auteurs. Ces puissants acteurs économiques du numérique sont aujourd’hui des diffuseurs comme les autres, des partenaires essentiels comme les autres et, à ce titre, doivent être responsables comme les autres.

Définir un cadre juridique pour trouver un meilleur équilibre entre nous n’est donc pas un acte liberticide, bien au contraire. Nous sommes les petits du numérique, ils sont les géants ! La régulation ne restreint ni l’innovation ni la liberté, mais c’est une nécessité pour s’assurer que les entreprises se comportent correctement.
Un impact direct et dangereux
Stigmatiser et caricaturer le droit de propriété intellectuelle, présenté comme le privilège de quelques-uns venant museler la liberté d’expression, sert en réalité les intérêts économiques de ces grands acteurs, les GAFA [Google, Apple, Facebook, Amazon].
Nous, créateurs, demandons seulement que soit trouvé un point d’équilibre entre ces libertés qui, si elles sont reconnues comme fondamentales, sont parfaitement conciliables.

Tout recul...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Trottiner un quart d’heure par jour pour lutter contre les effets de la sédentarité. Simple, gratuite, universelle, cette initiative partie en 2012 d’une école écossaise a depuis séduit 4500 établissements dans le monde, trois seulement en France.
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Le « Daily Mile », plus qu’une promenade de santé

Trottiner un quart d’heure par jour pour lutter contre les effets de la sédentarité. Simple, gratuite, universelle, cette initiative partie en 2012 d’une école écossaise a depuis séduit 4500 établissements dans le monde, trois seulement en France.



Le Monde
 |    03.07.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
04.07.2018 à 08h35
    |

            Sandrine Cabut








                        



                                


                            
Dix mille pas et plus. Parents d’élèves, enseignants, jeunes lecteurs, médecins… Connaissez-vous le Daily Mile ? Difficile d’entretenir le suspense. Si cette initiative née en 2012 dans une école écossaise connaît un succès considérable (4 500 établissements, maternelles et primaires, dans plus de 40 pays), elle reste encore ignorée en France, avec seulement trois écoles inscrites.
Ce programme ultrasimple et gratuit est pourtant en train de se révéler un outil de choix pour lutter contre l’obésité et la sédentarité. Son principe ? ­Trouver chaque jour quinze minutes sur le temps de classe pour emmener les élèves trottiner dehors, en ­essayant de parcourir un mile, soit 1,6 km. Sur son site Internet, la Daily Mile Foundation souligne qu’aucun équipement particulier n’est nécessaire. C’est une ­activité sociale et ludique, non compétitive, qui inclut tous les élèves quelles que soient leurs aptitudes…
Amélioration des comportements et de l’attention
Au départ de cette belle idée, l’inquiétude d’Elaine Wyllie, directrice d’une école à Stirling, près d’Edimbourg, sur le niveau de condition physique des ­enfants. En février 2012, elle initie le principe du Daily Mile dans une classe. Quatre semaines après, pratiquement tous ces gamins sont devenus capables de courir le mile en quinze minutes, et y prennent ­plaisir. A la rentrée suivante, le programme s’étend à toute l’école. Les enseignants notent une amélioration des comportements et de l’attention ; l’infirmière scolaire une régression du surpoids. Les parents trouvent leurs enfants plus en forme, plus actifs.
Depuis, le Daily Mile a essaimé, et ses atouts commencent à être objectivés par la science. Ainsi, une étude auprès d’environ 400 élèves de deux écoles primaires a mis en évidence une hausse de 9 minutes/jour du temps d’« activité physique d’intensité modérée à intense » chez les enfants de l’établissement participant au programme par rapport à ceux de l’école contrôle....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ La spécialiste des politiques monétaires, Hélène Rey plaide pour une régulation tout au long des cycles financiers, plutôt que dans les seules périodes de crise.
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Régulation de la finance mondiale : « L’Union européenne reste une réussite incroyable »

La spécialiste des politiques monétaires, Hélène Rey plaide pour une régulation tout au long des cycles financiers, plutôt que dans les seules périodes de crise.



Le Monde
 |    03.07.2018 à 12h41
 • Mis à jour le
03.07.2018 à 13h44
    |

            Eric Albert (Londres, correspondance)








                        



                                


                            

Spécialiste des politiques monétaires, Hélène Rey est professeure à la London Business School. Le 8 mai 2018, Hélène Rey donnait une conférence lors d’un séminaire sur « Les défis des cycles financiers mondiaux pour la politique monétaire » à la Banque nationale de Suisse, à Zurich, assise à la gauche de Jay Powell, le gouverneur de la Réserve fédérale américaine, devant un aréopage de banquiers centraux et de responsables d’institutions financières, dont Christine Lagarde, la directrice du Fonds monétaire international (FMI), et François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la banque de France.
Selon Hélène Rey, les cycles financiers, toujours plus importants, réduisent l’autonomie des banques centrales et des gouvernements. Pour en limiter l’impact, elle plaide, en particulier dans la zone euro, pour une politique « contracyclique » resserrant les règles financières en période de croissance pour les desserrer en cas de crise. Exactement le contraire de ce que fait Donald Trump, dont elle qualifie la politique économique de « stupide ».
Votre thèse est que les cycles financiers sont devenus tellement puissants que les banques centrales ont perdu le pouvoir…
Je ne suis pas aussi excessive que cela. Mais il est vrai qu’il y a un cycle financier international, qu’on voit les flots financiers – bancaires, dettes, investissements… – qui se déplacent ensemble. Les prix des actifs risqués fluctuent violemment. Au cœur de ce phénomène, on retrouve un facteur qui les explique largement : la Fed, avec sa politique monétaire.
La Fed serait devenue presque toute-puissante ?
Oui, sa politique a un impact sur l’ensemble des marchés financiers internationaux, y compris pour les pays qui ont un taux de change flexible. C’est une idée nouvelle. Jusqu’à récemment, les économistes pensaient que l’influence de la Fed se transmettait d’un pays à un autre uniquement si le taux de change était fixe. C’était logique :...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ A une semaine du sommet de l’OTAN, les 11 et 12 juillet, à Bruxelles, le conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique, redoute, dans une tribune au « Monde », les effets sur l’Union européenne des attaques de Donald Trump contre le multilatéralisme.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
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François Heisbourg : « Le dépeçage stratégique, économique et social guette l’Europe »

A une semaine du sommet de l’OTAN, les 11 et 12 juillet, à Bruxelles, le conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique, redoute, dans une tribune au « Monde », les effets sur l’Union européenne des attaques de Donald Trump contre le multilatéralisme.



Le Monde
 |    03.07.2018 à 11h58
 • Mis à jour le
03.07.2018 à 12h48
    |

                            François Heisbourg (Conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique)








                        



                                


                            
Tribune. Les historiens du futur écriront peut-être que le XXe siècle a pris fin le 8 novembre 2016 avec l’élection de Donald Trump. L’on hésitera certes à conférer à cet homme grotesque et grossier une importance aussi singulière.
Cependant, contrairement à l’image qui en est souvent donnée, le président Trump n’est pas simplement un égotique dysfonctionnel et capricieux ou un mauvais moment à passer avant le retour à la normale. En politique extérieure, l’homme a une vision clairement exprimée au fil des décennies, qui est celle d’une Amérique traitant de façon bilatérale et purement transactionnelle avec les Etats étrangers.
Pour lui, l’Amérique doit donc s’affranchir des normes internationales et des organisations multilatérales, en jouant des seuls rapports de force au détriment de toute forme d’alliance pérenne. Cette Amérique-là tourne désormais le dos au système d’alliances bâti il y a soixante-dix ans, au lendemain de la seconde guerre mondiale.
Trump a déclaré qu’il a trois adversaires : l’Organisation mondiale du commerce, l’Union européenne et l’OTAN
Cette volonté a été exprimée de façon humiliante mais limpide lors de la récente réunion du G7 au Canada. La règle de confidentialité inhérente à ce type de conclave n’empêche pas des fuites qui décrivent des scènes ahurissantes et citent des propos extravagants. C’est Donald Trump qui jette deux bonbons « Starburst » à Angela Merkel en lui disant « comme ça, tu ne pourras pas dire que je ne t’ai jamais rien donné ».
Ou encore : « L’OTAN, c’est pire que l’Alena », l’accord de libre-échange entre le Canada, le Mexique et les Etats-Unis. C’est peut-être surtout Trump déclarant à un haut responsable qu’il a trois adversaires : l’Organisation mondiale du commerce (dont les Etats-Unis pourraient se retirer par un acte du Congrès), l’Union européenne et l’OTAN.
Le président américain liera directement sa guerre commerciale...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ L’irruption des technologies dans l’industrie des cosmétiques génère quelque 440 milliards de dollars (378 milliards d’euros) de chiffre d’affaires par an, constate la correspondante du « Monde » à San Francisco, Corine Lesnes.
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« La beauty-tech tendance, dans la Silicon Valley »

L’irruption des technologies dans l’industrie des cosmétiques génère quelque 440 milliards de dollars (378 milliards d’euros) de chiffre d’affaires par an, constate la correspondante du « Monde » à San Francisco, Corine Lesnes.



Le Monde
 |    03.07.2018 à 11h51
    |

            Corine Lesnes (San Francisco, correspondante)








                        



                                


                            

Transformations. Oubliez la clean-tech, la fin-tech ou l’agri-tech. La tendance du moment, dans la Silicon Valley, c’est la beauty-tech. Ou l’irruption des technologies dans l’industrie des cosmétiques, un mammouth mondial qui génère quelque 440 milliards de dollars (378 milliards d’euros) de chiffre d’affaires par an.
Quelles technologies ? « Toutes, répond Odile Roujol, l’ancienne PDG de Lancôme, qui organisait le 25 juin le troisième meet up de la beauty-tech à San Francisco : big data, vision par ordinateur, réalité augmentée, intelligence artificielle. »
« Personnalité authentique »
La beauty-tech intéresse les investisseurs. Le secteur (cosmétiques, maquillage, produits pour les cheveux et le corps) a un fort potentiel d’expansion : seules 6,9 % des ventes de produits de beauté s’effectuent en ligne (chiffre de 2016). Reste à éduquer les capital-risqueurs, un milieu réputé rétif à la diversité. Pas facile de convaincre des « hommes blancs d’un certain âge » que les femmes s’informent avant de « se mettre des produits chimiques sur le visage », explique Jay Hack, l’un des rares créateurs d’entreprise masculins du secteur.
Diplômé de Stanford, le jeune ingénieur vient de lancer Mira, une start-up qui utilise le machine learning pour suggérer lectures et informations personnalisées sur la beauté. Non seulement les clientes s’informent, mais elles n’acceptent plus n’importe quelle alchimie.
Elles veulent savoir comment sont faites leurs crèmes et leurs huiles sèches. Quels sont les ingrédients, où sont fabriqués les produits, et par qui ? Les millenials aiment les marques qui manifestent une « personnalité authentique », note Odile Roujol. Ils achètent en ligne, sur le conseil de leurs pairs ou de microcélébrités sur Instagram, loin des magasins traditionnels.
Une peau artificielle
Résultat : les fabricants essaient de plus en plus...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Promise par Emmanuel Macron il y a un an, la rénovation des institutions s’avère pour le moment confuse et aléatoire, explique, dans sa chronique, Gérard Courtois, éditorialiste au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤                     
                                                   
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« Le projet de réforme constitutionnelle ressemble plutôt à un fourre-tout de mesures disparates »

Promise par Emmanuel Macron il y a un an, la rénovation des institutions s’avère pour le moment confuse et aléatoire, explique, dans sa chronique, Gérard Courtois, éditorialiste au « Monde ».



Le Monde
 |    03.07.2018 à 11h39
   





                        



                                


                            

Chronique. Il y a un an, le 3 juillet 2017, le chef de l’Etat s’adressait au Parlement réuni en Congrès à Versailles. Dans l’élan de sa victoire à l’élection présidentielle et de législatives qui avaient renouvelé en profondeur et à son profit l’Assemblée nationale, Emmanuel Macron se présentait en réformateur ambitieux. Fustigeant les « mauvaises habitudes » et les oppositions « stériles », invoquant « l’esprit de conquête » et l’attente par les Français d’une « transformation profonde du pays », il avait fait de la rénovation des institutions un accomplissement majeur de sa première année de mandat, de nature à restaurer le lien de confiance entre les citoyens et leurs gouvernants.
L’esprit de cette réforme tenait en trois mots : « efficacité, représentativité, responsabilité ». Le calendrier était volontariste : le président souhaitait que l’ensemble de cette transformation soit « parachevé d’ici un an » et « que l’on se garde des demi-mesures et des aménagements cosmétiques ». Et l’engagement était pris de revenir chaque année devant le Congrès pour « rendre compte ».
C’est ce que fera le président de la République lundi 9 juillet. On doute qu’il le reconnaisse, mais l’état d’avancement de ce chantier est loin de répondre à ses recommandations initiales. Il devait être parachevé. Or, l’on en est encore au stade des fondations puisque les députés ne commenceront que le lendemain, le 10 juillet, l’examen du projet de révision constitutionnelle proprement dite, lequel ne constitue que le premier des trois volets de la réforme.
Risque d’enlisement
Il faudra attendre l’automne, au mieux, pour que le Parlement s’empare des projets de loi organique et ordinaire qui contiennent, en réalité, les changements emblématiques voulus par M. Macron : la réduction d’un tiers du nombre des parlementaires, la limitation dans le temps du cumul des mandats de parlementaire...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Eric Horvitz, le directeur du centre de recherche de l’entreprise américaine, répond aux questions éthiques imposées par les récents progrès de l’intelligence artificielle.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤                     
                                                

Intelligence artificielle : « Microsoft ne veut pas fournir d’outils qui pourraient violer les droits de l’homme »

Eric Horvitz, le directeur du centre de recherche de l’entreprise américaine, répond aux questions éthiques imposées par les récents progrès de l’intelligence artificielle.



Le Monde
 |    03.07.2018 à 10h59
 • Mis à jour le
03.07.2018 à 11h51
    |

            Morgane Tual








                        



   


Alors que l’intelligence artificielle (IA) prend une place grandissante dans la société, les questions éthiques préoccupent de plus en plus le secteur. Eric Horvitz, spécialiste en IA et directeur de Microsoft Research, le centre de recherche de l’entreprise, a cofondé le Partnership on AI, qui rassemble depuis 2016 les plus grandes entreprises du numérique autour de ces questions. Il détaille au Monde sa philosophie et répond à la récente polémique qui a touché Microsoft.
Google a annoncé en juin sept grands principes pour encadrer le développement de ses technologies d’intelligence artificielle. Que fait Microsoft ?
Microsoft réfléchit aux questions d’éthique. Le groupe a sorti en janvier un livre appelé The Future Computed. Nous avons travaillé à la rédaction d’une série de principes comme l’équité, la fiabilité, l’ouverture de ces technologies. Ça fait bientôt vingt-cinq ans que je travaille chez Microsoft, c’est comme une famille pour moi, et régulièrement on discute avec la direction des valeurs et du rôle de Microsoft dans le monde.
Il y a deux ans, j’ai dit que j’aimerais que nous mettions en place un comité sur les questions liées aux données et à l’IA, et à leur influence potentielle sur la société. La direction a soutenu l’idée et finalement nous avons créé sept comités, comme celui sur les « utilisations sensibles de l’IA », un autre sur « biais et équité », un troisième sur la « collaboration humain-IA »… C’est un début. On étudie des cas concrets, sur lesquels on travaille beaucoup, on effectue des recherches et on délibère. Nos recommandations remontent à la direction. Et jusqu’ici, elles ont toutes été acceptées.
Quel type de recommandation par exemple ?
Microsoft travaille sur un système pour les appels d’urgence, leur distribution… Il y a tout un travail sur comment utiliser ces technologies pour aider à organiser les camions de pompiers, les ambulances, véhicules de police, etc. Des villes comme New York l’utilisent. Nous avons eu une demande d’une grande ville, dans une région du monde qui n’est pas réputée pour son respect des droits de l’homme. Le comité s’est réuni, a beaucoup réfléchi, et nous avons décidé de dire non. Microsoft ne veut pas prendre le risque de fournir des outils qui pourraient servir à violer les droits de l’homme. Dans certains cas, nous réfléchissons à fournir des produits aux capacités limitées, dépourvues, par exemple, des technologies de reconnaissance faciale permettant d’identifier le genre ou la couleur de peau.
Google s’est engagé à ne pas mettre ses technologies d’IA au service de l’armement. Qu’en est-il pour Microsoft ?
J’adorerais vivre dans un monde sans armée. Et peut-être que ce sera possible un jour. Mais malheureusement, nous avons vu que les armées, dans les pays démocratiques, ont été nécessaires pour protéger les libertés. Je n’aime pas du tout imaginer ce qui se serait passé lors de la seconde guerre mondiale sans l’armée américaine.
Quand j’entends des gens se demander si l’armée américaine, française ou autre s’apprête à utiliser l’IA dans les armes, il faut rappeler que l’IA fait référence à de nombreuses technologies initialement déployées dans l’armée, depuis les années 1930 ou 1940, et je pense que ça va continuer. Cela posé, que faut-il en penser ?
Je pense que si un ingénieur ne souhaite pas travailler sur ce type d’application, il devrait pouvoir le dire. Mais personnellement, l’idée que les armées de pays démocratiques, dont l’arsenal est conçu à des fins de défense et pour la protection des droits de l’homme, utilisent les derniers progrès de l’informatique ne me pose pas particulièrement de problème. Mais ce n’est là que mon propre point de vue, je ne parle pas au nom de Microsoft. Et ça ne m’empêche pas de travailler sur les questions que soulève l’IA, en ce qui concerne de potentielles violations des droits de l’homme ou de la Convention de Genève.
En juin, des employés ont demandé à Microsoft de mettre fin à son contrat avec la police de l’immigration américaine (ICE), après le scandale des enfants séparés de leurs parents…
Je suis sûr que nous allons discuter de ce problème en comité. Nous prenons ces questions très au sérieux. L’ICE est une agence fédérale d’un pays démocratique. Elle a décidé de transférer sur notre service cloud Azure sa gestion des e-mails, des documents et messages. Elle utilise les services standards d’Office 365, comme le font plein d’autres agences publiques, dans d’autres pays. Par ailleurs, un président élu démocratiquement fait quelque chose que beaucoup de personnes jugent abject, mais qui est légal. Nous avons des centaines de milliers d’employés. Certains sont choqués. Devons-nous pour autant interdire à d’autres l’utilisation d’outils comme les messageries mails ?
Il ne s’agissait que de ce type de services, pas d’IA ? Sur le site de Microsoft, un communiqué de janvier annonçait que ses technologies d’IA permettraient à l’ICE d’« accélérer la reconnaissance faciale et l’identification ».
Non, il n’y a pas d’IA. C’était une erreur. Mais ça ne veut pas dire qu’on ne devrait pas se poser la question ! Et s’ils utilisaient vraiment ce genre de technologie ? Il faut y réfléchir sérieusement. Nous sommes très soucieux de l’application qui pourrait être faite de la reconnaissance faciale en termes de surveillance. Si jamais nous devions réfléchir à des contrats avec des villes par exemple, il faudrait le faire avec beaucoup de précaution, en lançant des expérimentations limitées, en travaillant avec des tierces parties pour mieux saisir l’équilibre entre la sécurité publique et le risque d’enfreindre les droits de l’homme. Nous devons continuer à apprendre, et nous savons que c’est délicat.
Certaines personnes, comme Tim Berners-Lee, le père du Web, appellent les Etats à réguler l’IA. Qu’en pensez-vous ?
Mon point de vue personnel, c’est que la régulation, si elle est mal faite, peut nuire à l’innovation. Mais elle peut aussi la stimuler. Par exemple, j’aime beaucoup l’idée que l’IA puisse être utilisée pour sauver des vies, notamment en évitant les erreurs humaines. Sur la route, 1,2 million de personnes sont tuées chaque année. J’aimerais que l’IA contribue à ce que ça s’arrête. Cette année, une personne a été tuée dans une Tesla [une voiture autonome]. J’avais demandé à une époque à quelqu’un chez Tesla s’ils pouvaient partager leurs données avec Microsoft Research, car j’adorerais savoir à quel moment les gens reprennent la main sur le volant, quelles sont les situations problématiques… Mais il m’a répondu « non, nous ne partageons pas les données ».
Et si un gouvernement disait : « Nous vous demandons de partager avec des chercheurs vos données sur les accidents, les problèmes, les moments où les gens pensent que la voiture n’agit pas correctement, etc. » ? Ça stimulerait la recherche et ça améliorerait la sécurité de tous. On avancerait plus vite. Regardez ce que la régulation a fait pour l’aéronautique : elle l’a rendu incroyablement sûre.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Ce spécialiste de la combustion des moteurs de fusée a imaginé Science 2024, une initiative visant à améliorer les performances des sportifs français avant les JO de Paris.
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Christophe Clanet, un physicien chez les sportifs

Ce spécialiste de la combustion des moteurs de fusée a imaginé Science 2024, une initiative visant à améliorer les performances des sportifs français avant les JO de Paris.



Le Monde
 |    03.07.2018 à 10h00
 • Mis à jour le
04.07.2018 à 08h43
    |

            David Larousserie








                        



                                


                            

Dans le bureau de Christophe Clanet s’entassent des skis, des raquettes, des ballons, des flèches et un vélo. Cet arsenal inattendu chez un directeur de laboratoire aussi réputé que le laboratoire d’hydrodynamique de l’Ecole polytechnique (LadHyx), trahit certes le goût pour le sport de cet Ariégeois, formé, enfant, au rugby à Toulouse par l’international Jean-Claude Skrela. Surtout, il matérialise une thématique incongrue de recherche, la « physique du sport », dans laquelle cet ancien spécialiste de la combustion dans les moteurs de fusée s’est lancé il y a une dizaine d’années.
Le 4 juillet, ce directeur de recherche au CNRS concrétisera ce tournant par un accord avec d’autres établissements d’enseignement supérieur. « Ce sera peut-être l’un des plus beaux projets de ma carrière », ose Christophe Clanet à propos de l’initiative Science 2024, qui vise à améliorer les performances des sportifs français dans 44 disciplines olympiques et 22 paralympiques pour les JO à Paris, en 2024.
L’X, l’Ecole normale, l’Ecole centrale de Lyon, l’Ecole navale, l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep), le CNRS… au total une quinzaine d’établissements seront les partenaires de ce projet original. Les coques des avirons ou des kayaks sont-elles les meilleures pour glisser ? Les empans des flèches peuvent-ils être améliorés ? A quelle vitesse optimale doit sortir la balle d’une arme ? « Les victoires se jouent à des détails, alors nous voulons proposer aux sportifs et à leurs entraîneurs une assistance venue de la physique », résume Christophe Clanet.
Du terrain aux équations
Pour cela, il suivra une méthode élaborée depuis sa thèse, en 1995, à Marseille, sur des expériences de propagation de front de flamme. « Pour aborder une question, il y a d’abord les mains et les yeux, c’est-à-dire le terrain et l’expérience. La tête, c’est-à-dire les équations, les modèles, vient après. Une expérience n’est pas...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le politologue Laurent Bouvet, cofondateur du Printemps républicain, réfute les accusations d’identitarisme lancées à l’encontre de cette association par Danièle Sallenave dans un récent entretien.
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Laurent Bouvet : « Non, le Printemps républicain n’est pas identitaire »

Dans une tribune au « Monde », le politologue Laurent Bouvet, cofondateur du Printemps républicain, réfute les accusations d’identitarisme lancées à l’encontre de cette association par Danièle Sallenave dans un récent entretien.



Le Monde
 |    03.07.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
03.07.2018 à 09h16
    |

Laurent Bouvet (Professeur de science politique à l’université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, cofondateur du Printemps républicain)







                        



                                


                            
Tribune. Dans un entretien paru dans Le Monde daté des 24 et 25 juin, l’écrivaine et académicienne Danièle Sallenave dénonce, fort justement, « l’identitarisme » comme la « maladie du XXIe siècle ». Elle désigne comme principales menaces identitaires dans la France contemporaine « le républicanisme identitaire » et le « catholicisme pur et dur ». Ces deux courants ayant à ses yeux fait alliance « sur le thème de  “notre identité” » et des valeurs de « notre civilisation », en vue d’un « objectif commun : faire renaître ou préserver une “identité française” que menacerait une population  “hétérochtone”  uniquement définie par sa religion [l’islam] ».

Danièle Sallenave commet une triple erreur en définissant ainsi l’identitarisme. La première est de ranger dans le même sac identitaire républicains laïques et universalistes d’un côté, et tenants d’un catholicisme traditionnel de l’autre.
« pur et dur » historiquement comme dans l’actualité récente
Pour ce faire, l’académicienne s’appuie en effet sur un raisonnement qui consiste, faute du moindre fait tangible, à tordre l’histoire, pourtant aussi riche que complexe, des relations entre républicanisme et catholicisme dans le sens d’une « alliance » dont le fait colonial au XIXe siècle serait la matrice. Alors qu’elle ne cite ni l’affaire Dreyfus ni le débat sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, par exemple.
Or de nombreuses différences séparent le républicanisme que fustige notre écrivaine du catholicisme qu’elle dit « pur et dur » historiquement comme dans l’actualité récente. De l’approche de la laïcité à propos de la croix de Ploërmel (Morbihan) ou de l’installation de crèches dans les mairies aux positions...




                        

                        

