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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Les politistes Fatih Tombuloglu et Gulcan Kolay estiment, dans une tribune au « Monde », que la réélection de Recep Tayyip Erdogan à la tête de l’Etat renforce sa mainmise sur les institutions.
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Erdogan va poursuivre « la désinstitutionalisation » de la Turquie

Les politistes Fatih Tombuloglu et Gulcan Kolay estiment, dans une tribune au « Monde », que la réélection de Recep Tayyip Erdogan à la tête de l’Etat renforce sa mainmise sur les institutions.



Le Monde
 |    03.07.2018 à 17h38
 • Mis à jour le
03.07.2018 à 17h38
    |

Fatih Tombuloglu (Docteur en études politiques à l'EHESS) et Gulcan Kolay (Docteur en sciences politiques à Aix-en-Provence)







                        



                                


                            

Tribune. Le 24 juin, la Turquie a décidé du nom du treizième président de la République de son histoire, premier de son régime présidentiel. Au Parlement, son parti ravit la première place, mais nécessite une coalition avec les Loups gris, députés d’extrême droite pour avoir la majorité.
Quelles sont les caractéristiques inhérentes à la victoire d’Erdogan ? Tout d’abord, il faut se remémorer qu’au moment des élections la Turquie se trouvait dans une situation particulière qu’était l’Etat d’exception, en place depuis deux ans. Cette conformation de l’Etat turc a été des plus indésirables pour l’opposition plongeant celle-ci dans une situation intolérable. En revanche, elle a constitué un terreau des plus favorables pour Erdogan.
De plus, au cours de ces deux années, Erdogan et son allié Devlet Bahçeli [le dirigeant du Parti d’action nationaliste, MHP], chef des Loups gris, ont fait campagne contre le parti pro-kurde, le HDP (Parti démocratique des peuples), au point d’en faire son ennemi public numéro un. D’après leur discours, la Turquie était sous la menace d’être disloquée. Ce discours sécuritaire défendait que le HDP était le prolongement du parti des travailleurs kurde (PKK).
Culte de la personnalité
En réalité, ce discours cachait une chose simple : dans cette région du sud-est de la Turquie à majorité kurde, seuls le Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) et le HDP se partageaient la rivalité. Si le HDP n’obtenait pas les 10 % de votes à l’échelle nationale, ses 60 à 70 députés estimés perdraient leur siège – faute d’alternative – au profit du parti d’Erdogan. Le plan de l’actuel président n’a échoué que de peu car le HDP a obtenu près de 12 % de vote et, ainsi, 67 sièges au Parlement.
Enfin, les élections se sont déroulées dans une Turquie qui, permettant l’installation d’un culte de la personnalité autour d’Erdogan, se trouvait en phase de désinstitutionalisation. La raison n’en...




                        

                        


<article-nb="2018/07/03/19-2">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Plus de 70 artistes, dont Abd Al Malik, Goldman ou Jain, demandent la juste rémunération des œuvres diffusées sur Internet, avant le vote, jeudi, d’une directive européenne.
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« Si on ne peut pas vivre de nos œuvres, nous, créateurs, sommes condamnés à disparaître »

Plus de 70 artistes, dont Abd Al Malik, Goldman ou Jain, demandent la juste rémunération des œuvres diffusées sur Internet, avant le vote, jeudi, d’une directive européenne.



Le Monde
 |    03.07.2018 à 17h30
 • Mis à jour le
03.07.2018 à 18h04
    |

                            Collectif








                        



                                


                            

Tribune. La création ne devrait pas être un sujet d’opposition, elle est au contraire un trait d’union, un synonyme d’aspirations et d’opportunités pour tous les citoyens.
En tant qu’artistes, nous sommes très choqués de voir aujourd’hui qu’un texte sur le droit d’auteur dans le marché unique numérique en Europe, qui prévoit notamment une plus grande protection des créateurs sur Internet, fasse l’objet d’une campagne de désinformation au service des grandes puissances du numérique. Une campagne qui répand l’idée que ce texte met en péril l’exercice des libertés fondamentales sur Internet.

Evidemment, tout cela est faux ! L’objectif de cette nouvelle directive n’est pas d’imposer un filtrage ou une quelconque censure sur Internet, mais au contraire de permettre de mieux identifier les œuvres diffusées sur les plates-formes numériques et de rémunérer leurs auteurs. Ces puissants acteurs économiques du numérique sont aujourd’hui des diffuseurs comme les autres, des partenaires essentiels comme les autres et, à ce titre, doivent être responsables comme les autres.

Définir un cadre juridique pour trouver un meilleur équilibre entre nous n’est donc pas un acte liberticide, bien au contraire. Nous sommes les petits du numérique, ils sont les géants ! La régulation ne restreint ni l’innovation, ni la liberté, mais c’est une nécessité pour s’assurer que les entreprises se comportent correctement.
Un impact direct et dangereux
Stigmatiser et caricaturer le droit de propriété intellectuelle, présenté comme le privilège de quelques-uns venant museler la liberté d’expression, sert en réalité les intérêts économiques de ces grands acteurs, les GAFA [Google, Apple, Facebook, Amazon].
Nous, créateurs, demandons seulement que soit trouvé un point d’équilibre entre ces libertés qui, si elles sont reconnues comme fondamentales, sont parfaitement conciliables.

Tout recul...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ La spécialiste des politiques monétaires, Hélène Rey plaide pour une régulation tout au long des cycles financiers, plutôt que dans les seules périodes de crise.
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Régulation de la finance mondiale : « L’Union européenne reste une réussite incroyable »

La spécialiste des politiques monétaires, Hélène Rey plaide pour une régulation tout au long des cycles financiers, plutôt que dans les seules périodes de crise.



Le Monde
 |    03.07.2018 à 12h41
 • Mis à jour le
03.07.2018 à 13h44
    |

            Eric Albert (Londres, correspondance)








                        



                                


                            

Spécialiste des politiques monétaires, Hélène Rey est professeure à la London Business School. Le 8 mai 2018, Hélène Rey donnait une conférence lors d’un séminaire sur « Les défis des cycles financiers mondiaux pour la politique monétaire » à la Banque nationale de Suisse, à Zurich, assise à la gauche de Jay Powell, le gouverneur de la Réserve fédérale américaine, devant un aréopage de banquiers centraux et de responsables d’institutions financières, dont Christine Lagarde, la directrice du Fonds monétaire international (FMI), et François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la banque de France.
Selon Hélène Rey, les cycles financiers, toujours plus importants, réduisent l’autonomie des banques centrales et des gouvernements. Pour en limiter l’impact, elle plaide, en particulier dans la zone euro, pour une politique « contracyclique » resserrant les règles financières en période de croissance pour les desserrer en cas de crise. Exactement le contraire de ce que fait Donald Trump, dont elle qualifie la politique économique de « stupide ».
Votre thèse est que les cycles financiers sont devenus tellement puissants que les banques centrales ont perdu le pouvoir…
Je ne suis pas aussi excessive que cela. Mais il est vrai qu’il y a un cycle financier international, qu’on voit les flots financiers – bancaires, dettes, investissements… – qui se déplacent ensemble. Les prix des actifs risqués fluctuent violemment. Au cœur de ce phénomène, on retrouve un facteur qui les explique largement : la Fed, avec sa politique monétaire.
La Fed serait devenue presque toute-puissante ?
Oui, sa politique a un impact sur l’ensemble des marchés financiers internationaux, y compris pour les pays qui ont un taux de change flexible. C’est une idée nouvelle. Jusqu’à récemment, les économistes pensaient que l’influence de la Fed se transmettait d’un pays à un autre uniquement si le taux de change était fixe. C’était logique :...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ A une semaine du sommet de l’OTAN, les 11 et 12 juillet, à Bruxelles, le conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique, redoute, dans une tribune au « Monde », les effets sur l’Union européenne des attaques de Donald Trump contre le multilatéralisme.
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François Heisbourg : « Le dépeçage stratégique, économique et social guette l’Europe »

A une semaine du sommet de l’OTAN, les 11 et 12 juillet, à Bruxelles, le conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique, redoute, dans une tribune au « Monde », les effets sur l’Union européenne des attaques de Donald Trump contre le multilatéralisme.



Le Monde
 |    03.07.2018 à 11h58
 • Mis à jour le
03.07.2018 à 12h48
    |

                            François Heisbourg (Conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique)








                        



                                


                            
Tribune. Les historiens du futur écriront peut-être que le XXe siècle a pris fin le 8 novembre 2016 avec l’élection de Donald Trump. L’on hésitera certes à conférer à cet homme grotesque et grossier une importance aussi singulière.
Cependant, contrairement à l’image qui en est souvent donnée, le président Trump n’est pas simplement un égotique dysfonctionnel et capricieux ou un mauvais moment à passer avant le retour à la normale. En politique extérieure, l’homme a une vision clairement exprimée au fil des décennies, qui est celle d’une Amérique traitant de façon bilatérale et purement transactionnelle avec les Etats étrangers.
Pour lui, l’Amérique doit donc s’affranchir des normes internationales et des organisations multilatérales, en jouant des seuls rapports de force au détriment de toute forme d’alliance pérenne. Cette Amérique-là tourne désormais le dos au système d’alliances bâti il y a soixante-dix ans, au lendemain de la seconde guerre mondiale.
Trump a déclaré qu’il a trois adversaires : l’Organisation mondiale du commerce, l’Union européenne et l’OTAN
Cette volonté a été exprimée de façon humiliante mais limpide lors de la récente réunion du G7 au Canada. La règle de confidentialité inhérente à ce type de conclave n’empêche pas des fuites qui décrivent des scènes ahurissantes et citent des propos extravagants. C’est Donald Trump qui jette deux bonbons « Starburst » à Angela Merkel en lui disant « comme ça, tu ne pourras pas dire que je ne t’ai jamais rien donné ».
Ou encore : « L’OTAN, c’est pire que l’Alena », l’accord de libre-échange entre le Canada, le Mexique et les Etats-Unis. C’est peut-être surtout Trump déclarant à un haut responsable qu’il a trois adversaires : l’Organisation mondiale du commerce (dont les Etats-Unis pourraient se retirer par un acte du Congrès), l’Union européenne et l’OTAN.
Le président américain liera directement sa guerre commerciale...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ L’irruption des technologies dans l’industrie des cosmétiques génère quelque 440 milliards de dollars (378 milliards d’euros) de chiffre d’affaires par an, constate la correspondante du « Monde » à San Francisco, Corine Lesnes.
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« La beauty-tech tendance, dans la Silicon Valley »

L’irruption des technologies dans l’industrie des cosmétiques génère quelque 440 milliards de dollars (378 milliards d’euros) de chiffre d’affaires par an, constate la correspondante du « Monde » à San Francisco, Corine Lesnes.



Le Monde
 |    03.07.2018 à 11h51
    |

            Corine Lesnes (San Francisco, correspondante)








                        



                                


                            

Transformations. Oubliez la clean-tech, la fin-tech ou l’agri-tech. La tendance du moment, dans la Silicon Valley, c’est la beauty-tech. Ou l’irruption des technologies dans l’industrie des cosmétiques, un mammouth mondial qui génère quelque 440 milliards de dollars (378 milliards d’euros) de chiffre d’affaires par an.
Quelles technologies ? « Toutes, répond Odile Roujol, l’ancienne PDG de Lancôme, qui organisait le 25 juin le troisième meet up de la beauty-tech à San Francisco : big data, vision par ordinateur, réalité augmentée, intelligence artificielle. »
« Personnalité authentique »
La beauty-tech intéresse les investisseurs. Le secteur (cosmétiques, maquillage, produits pour les cheveux et le corps) a un fort potentiel d’expansion : seules 6,9 % des ventes de produits de beauté s’effectuent en ligne (chiffre de 2016). Reste à éduquer les capital-risqueurs, un milieu réputé rétif à la diversité. Pas facile de convaincre des « hommes blancs d’un certain âge » que les femmes s’informent avant de « se mettre des produits chimiques sur le visage », explique Jay Hack, l’un des rares créateurs d’entreprise masculins du secteur.
Diplômé de Stanford, le jeune ingénieur vient de lancer Mira, une start-up qui utilise le machine learning pour suggérer lectures et informations personnalisées sur la beauté. Non seulement les clientes s’informent, mais elles n’acceptent plus n’importe quelle alchimie.
Elles veulent savoir comment sont faites leurs crèmes et leurs huiles sèches. Quels sont les ingrédients, où sont fabriqués les produits, et par qui ? Les millenials aiment les marques qui manifestent une « personnalité authentique », note Odile Roujol. Ils achètent en ligne, sur le conseil de leurs pairs ou de microcélébrités sur Instagram, loin des magasins traditionnels.
Une peau artificielle
Résultat : les fabricants essaient de plus en plus...




                        

                        


<article-nb="2018/07/03/19-6">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Promise par Emmanuel Macron il y a un an, la rénovation des institutions s’avère pour le moment confuse et aléatoire, explique, dans sa chronique, Gérard Courtois, éditorialiste au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
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« Le projet de réforme constitutionnelle ressemble plutôt à un fourre-tout de mesures disparates »

Promise par Emmanuel Macron il y a un an, la rénovation des institutions s’avère pour le moment confuse et aléatoire, explique, dans sa chronique, Gérard Courtois, éditorialiste au « Monde ».



Le Monde
 |    03.07.2018 à 11h39
   





                        



                                


                            

Chronique. Il y a un an, le 3 juillet 2017, le chef de l’Etat s’adressait au Parlement réuni en Congrès à Versailles. Dans l’élan de sa victoire à l’élection présidentielle et de législatives qui avaient renouvelé en profondeur et à son profit l’Assemblée nationale, Emmanuel Macron se présentait en réformateur ambitieux. Fustigeant les « mauvaises habitudes » et les oppositions « stériles », invoquant « l’esprit de conquête » et l’attente par les Français d’une « transformation profonde du pays », il avait fait de la rénovation des institutions un accomplissement majeur de sa première année de mandat, de nature à restaurer le lien de confiance entre les citoyens et leurs gouvernants.
L’esprit de cette réforme tenait en trois mots : « efficacité, représentativité, responsabilité ». Le calendrier était volontariste : le président souhaitait que l’ensemble de cette transformation soit « parachevé d’ici un an » et « que l’on se garde des demi-mesures et des aménagements cosmétiques ». Et l’engagement était pris de revenir chaque année devant le Congrès pour « rendre compte ».
C’est ce que fera le président de la République lundi 9 juillet. On doute qu’il le reconnaisse, mais l’état d’avancement de ce chantier est loin de répondre à ses recommandations initiales. Il devait être parachevé. Or, l’on en est encore au stade des fondations puisque les députés ne commenceront que le lendemain, le 10 juillet, l’examen du projet de révision constitutionnelle proprement dite, lequel ne constitue que le premier des trois volets de la réforme.
Risque d’enlisement
Il faudra attendre l’automne, au mieux, pour que le Parlement s’empare des projets de loi organique et ordinaire qui contiennent, en réalité, les changements emblématiques voulus par M. Macron : la réduction d’un tiers du nombre des parlementaires, la limitation dans le temps du cumul des mandats de parlementaire...




                        

                        


<article-nb="2018/07/03/19-7">
<filnamedate="20180703"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180703"><AAMMJJHH="2018070319">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Eric Horvitz, le directeur du centre de recherche de l’entreprise américaine, répond aux questions éthiques imposées par les récents progrès de l’intelligence artificielle.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤                     
                                                

Intelligence artificielle : « Microsoft ne veut pas fournir d’outils qui pourraient violer les droits de l’homme »

Eric Horvitz, le directeur du centre de recherche de l’entreprise américaine, répond aux questions éthiques imposées par les récents progrès de l’intelligence artificielle.



Le Monde
 |    03.07.2018 à 10h59
 • Mis à jour le
03.07.2018 à 11h51
    |

            Morgane Tual








                        



   


Alors que l’intelligence artificielle (IA) prend une place grandissante dans la société, les questions éthiques préoccupent de plus en plus le secteur. Eric Horvitz, spécialiste en IA et directeur de Microsoft Research, le centre de recherche de l’entreprise, a cofondé le Partnership on AI, qui rassemble depuis 2016 les plus grandes entreprises du numérique autour de ces questions. Il détaille au Monde sa philosophie et répond à la récente polémique qui a touché Microsoft.
Google a annoncé en juin sept grands principes pour encadrer le développement de ses technologies d’intelligence artificielle. Que fait Microsoft ?
Microsoft réfléchit aux questions d’éthique. Le groupe a sorti en janvier un livre appelé The Future Computed. Nous avons travaillé à la rédaction d’une série de principes comme l’équité, la fiabilité, l’ouverture de ces technologies. Ça fait bientôt vingt-cinq ans que je travaille chez Microsoft, c’est comme une famille pour moi, et régulièrement on discute avec la direction des valeurs et du rôle de Microsoft dans le monde.
Il y a deux ans, j’ai dit que j’aimerais que nous mettions en place un comité sur les questions liées aux données et à l’IA, et à leur influence potentielle sur la société. La direction a soutenu l’idée et finalement nous avons créé sept comités, comme celui sur les « utilisations sensibles de l’IA », un autre sur « biais et équité », un troisième sur la « collaboration humain-IA »… C’est un début. On étudie des cas concrets, sur lesquels on travaille beaucoup, on effectue des recherches et on délibère. Nos recommandations remontent à la direction. Et jusqu’ici, elles ont toutes été acceptées.
Quel type de recommandation par exemple ?
Microsoft travaille sur un système pour les appels d’urgence, leur distribution… Il y a tout un travail sur comment utiliser ces technologies pour aider à organiser les camions de pompiers, les ambulances, véhicules de police, etc. Des villes comme New York l’utilisent. Nous avons eu une demande d’une grande ville, dans une région du monde qui n’est pas réputée pour son respect des droits de l’homme. Le comité s’est réuni, a beaucoup réfléchi, et nous avons décidé de dire non. Microsoft ne veut pas prendre le risque de fournir des outils qui pourraient servir à violer les droits de l’homme. Dans certains cas, nous réfléchissons à fournir des produits aux capacités limitées, dépourvues, par exemple, des technologies de reconnaissance faciale permettant d’identifier le genre ou la couleur de peau.
Google s’est engagé à ne pas mettre ses technologies d’IA au service de l’armement. Qu’en est-il pour Microsoft ?
J’adorerais vivre dans un monde sans armée. Et peut-être que ce sera possible un jour. Mais malheureusement, nous avons vu que les armées, dans les pays démocratiques, ont été nécessaires pour protéger les libertés. Je n’aime pas du tout imaginer ce qui se serait passé lors de la seconde guerre mondiale sans l’armée américaine.
Quand j’entends des gens se demander si l’armée américaine, française ou autre s’apprête à utiliser l’IA dans les armes, il faut rappeler que l’IA fait référence à de nombreuses technologies initialement déployées dans l’armée, depuis les années 1930 ou 1940, et je pense que ça va continuer. Cela posé, que faut-il en penser ?
Je pense que si un ingénieur ne souhaite pas travailler sur ce type d’application, il devrait pouvoir le dire. Mais personnellement, l’idée que les armées de pays démocratiques, dont l’arsenal est conçu à des fins de défense et pour la protection des droits de l’homme, utilisent les derniers progrès de l’informatique ne me pose pas particulièrement de problème. Mais ce n’est là que mon propre point de vue, je ne parle pas au nom de Microsoft. Et ça ne m’empêche pas de travailler sur les questions que soulève l’IA, en ce qui concerne de potentielles violations des droits de l’homme ou de la Convention de Genève.
En juin, des employés ont demandé à Microsoft de mettre fin à son contrat avec la police de l’immigration américaine (ICE), après le scandale des enfants séparés de leurs parents…
Je suis sûr que nous allons discuter de ce problème en comité. Nous prenons ces questions très au sérieux. L’ICE est une agence fédérale d’un pays démocratique. Elle a décidé de transférer sur notre service cloud Azure sa gestion des e-mails, des documents et messages. Elle utilise les services standards d’Office 365, comme le font plein d’autres agences publiques, dans d’autres pays. Par ailleurs, un président élu démocratiquement fait quelque chose que beaucoup de personnes jugent abject, mais qui est légal. Nous avons des centaines de milliers d’employés. Certains sont choqués. Devons-nous pour autant interdire à d’autres l’utilisation d’outils comme les messageries mails ?
Il ne s’agissait que de ce type de services, pas d’IA ? Sur le site de Microsoft, un communiqué de janvier annonçait que ses technologies d’IA permettraient à l’ICE d’« accélérer la reconnaissance faciale et l’identification ».
Non, il n’y a pas d’IA. C’était une erreur. Mais ça ne veut pas dire qu’on ne devrait pas se poser la question ! Et s’ils utilisaient vraiment ce genre de technologie ? Il faut y réfléchir sérieusement. Nous sommes très soucieux de l’application qui pourrait être faite de la reconnaissance faciale en termes de surveillance. Si jamais nous devions réfléchir à des contrats avec des villes par exemple, il faudrait le faire avec beaucoup de précaution, en lançant des expérimentations limitées, en travaillant avec des tierces parties pour mieux saisir l’équilibre entre la sécurité publique et le risque d’enfreindre les droits de l’homme. Nous devons continuer à apprendre, et nous savons que c’est délicat.
Certaines personnes, comme Tim Berners-Lee, le père du Web, appellent les Etats à réguler l’IA. Qu’en pensez-vous ?
Mon point de vue personnel, c’est que la régulation, si elle est mal faite, peut nuire à l’innovation. Mais elle peut aussi la stimuler. Par exemple, j’aime beaucoup l’idée que l’IA puisse être utilisée pour sauver des vies, notamment en évitant les erreurs humaines. Sur la route, 1,2 million de personnes sont tuées chaque année. J’aimerais que l’IA contribue à ce que ça s’arrête. Cette année, une personne a été tuée dans une Tesla [une voiture autonome]. J’avais demandé à une époque à quelqu’un chez Tesla s’ils pouvaient partager leurs données avec Microsoft Research, car j’adorerais savoir à quel moment les gens reprennent la main sur le volant, quelles sont les situations problématiques… Mais il m’a répondu « non, nous ne partageons pas les données ».
Et si un gouvernement disait : « Nous vous demandons de partager avec des chercheurs vos données sur les accidents, les problèmes, les moments où les gens pensent que la voiture n’agit pas correctement, etc. » ? Ça stimulerait la recherche et ça améliorerait la sécurité de tous. On avancerait plus vite. Regardez ce que la régulation a fait pour l’aéronautique : elle l’a rendu incroyablement sûre.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le politologue Laurent Bouvet, cofondateur du Printemps républicain, réfute les accusations d’identitarisme lancées à l’encontre de cette association par Danièle Sallenave dans un récent entretien.
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Laurent Bouvet : « Non, le Printemps républicain n’est pas identitaire »

Dans une tribune au « Monde », le politologue Laurent Bouvet, cofondateur du Printemps républicain, réfute les accusations d’identitarisme lancées à l’encontre de cette association par Danièle Sallenave dans un récent entretien.



Le Monde
 |    03.07.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
03.07.2018 à 09h16
    |

Laurent Bouvet (Professeur de science politique à l’université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, cofondateur du Printemps républicain)







                        



                                


                            
Tribune. Dans un entretien paru dans Le Monde daté des 24 et 25 juin, l’écrivaine et académicienne Danièle Sallenave dénonce, fort justement, « l’identitarisme » comme la « maladie du XXIe siècle ». Elle désigne comme principales menaces identitaires dans la France contemporaine « le républicanisme identitaire » et le « catholicisme pur et dur ». Ces deux courants ayant à ses yeux fait alliance « sur le thème de  “notre identité” » et des valeurs de « notre civilisation », en vue d’un « objectif commun : faire renaître ou préserver une “identité française” que menacerait une population  “hétérochtone”  uniquement définie par sa religion [l’islam] ».

Danièle Sallenave commet une triple erreur en définissant ainsi l’identitarisme. La première est de ranger dans le même sac identitaire républicains laïques et universalistes d’un côté, et tenants d’un catholicisme traditionnel de l’autre.
« pur et dur » historiquement comme dans l’actualité récente
Pour ce faire, l’académicienne s’appuie en effet sur un raisonnement qui consiste, faute du moindre fait tangible, à tordre l’histoire, pourtant aussi riche que complexe, des relations entre républicanisme et catholicisme dans le sens d’une « alliance » dont le fait colonial au XIXe siècle serait la matrice. Alors qu’elle ne cite ni l’affaire Dreyfus ni le débat sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, par exemple.
Or de nombreuses différences séparent le républicanisme que fustige notre écrivaine du catholicisme qu’elle dit « pur et dur » historiquement comme dans l’actualité récente. De l’approche de la laïcité à propos de la croix de Ploërmel (Morbihan) ou de l’installation de crèches dans les mairies aux positions...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Loi littoral, cotisation annuelle des chasseurs, glyphosate, plusieurs textes de lois et quelques décisions présidentielles ont attiré l’attention sur des groupes d’intérêt, rappelle Guillaume Courty, professeur de science politique. Spécialiste des lobbys, il s’interroge, dans une tribune au « Monde », sur les intentions du président Macron.
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Article sélectionné dans La Matinale du 02/07/2018
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Guillaume Courty : « La Macronie, terre des lobbys ? »

Loi littoral, cotisation annuelle des chasseurs, glyphosate, plusieurs textes de lois et quelques décisions présidentielles ont attiré l’attention sur des groupes d’intérêt, rappelle Guillaume Courty, professeur de science politique. Spécialiste des lobbys, il s’interroge, dans une tribune au « Monde », sur les intentions du président Macron.



Le Monde
 |    03.07.2018 à 06h35
 • Mis à jour le
03.07.2018 à 08h40
    |

Guillaume Courty (Professeur de science politique à l'Université de Lille et chercheur au Centre d'études et de recherches administratives, politiq...







                        



                                


                            
Tribune. Contrairement à une conception théorique largement partagée, la vie politique comporte d’autres acteurs que les partis politiques, les élus et les gouvernants. L’ensemble des organisations qui tentent de faire prévaloir leurs intérêts ou de plaider leur cause auprès des institutions sont une face immergée, parfois peu visible, mais légitime de notre système politique. Ces acteurs sont également dans leur droit depuis l’entrée en vigueur de la loi Sapin 2, qui a confié à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique la mission d’organiser l’enregistrement et la publication du répertoire des représentants d’intérêt.

Le nouveau président de la République s’inscrit dans la lignée de cette conception théorique qui octroie aux institutions le monopole de l’intérêt général et évoque peu l’action de ces groupes. Comme tous ses prédécesseurs, il n’utilise pas publiquement le terme « lobby ». Dans les pages de son ouvrage Révolution, réformer les institutions est toujours une affaire de Constitution et de modes de scrutin.
Nouveau personnel politique
Entré en pleine possession de son rôle présidentiel, sa vision de l’ordre social et politique est conforme à la tradition. Elle met l’accent sur les citoyens, les partenaires sociaux et les associations. Les premières épreuves de l’exercice du pouvoir ont élargi cette liste et les associations professionnelles, les associations d’élus, les associations cultuelles et toutes celles et ceux qui ont pour métier de suivre leurs dossiers, d’accompagner leur plaidoyer ou de préparer leurs demandes ont permis au président de commencer à préciser sa pensée concernant les corps intermédiaires. Un volet de la réforme des institutions sera peut-être l’occasion d’entendre la nouvelle théorie présidentielle en matière de représentation des intérêts.
En France, depuis le milieu des années 2000, cette pratique suscite polémique et exaspération
Le volet consacré au Conseil...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Paradoxalement, note dans sa chronique l’économiste Paul Jorion, deux ans après le vote du Brexit, le Royaume-Uni n’a jamais été un moteur aussi fiable de la construction de l’Union européenne, mais cela se passe dans le cadre du front uni européen qui s’est constitué pour contrer les effets déstructurant de son effondrement.
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Le Brexit et « la débâcle du Royaume-Uni »

Paradoxalement, note dans sa chronique l’économiste Paul Jorion, deux ans après le vote du Brexit, le Royaume-Uni n’a jamais été un moteur aussi fiable de la construction de l’Union européenne, mais cela se passe dans le cadre du front uni européen qui s’est constitué pour contrer les effets déstructurant de son effondrement.



Le Monde
 |    02.07.2018 à 12h28
    |

                            Paul Jorion (Economiste et anthropologue, Université catholique de Lille)








                        



                                


                            

Marchés. Nous nous sommes faits à l’accession au pouvoir de régimes autoritaires en Hongrie et en Pologne, en nous rassurant qu’après tout, ces nations ne sont que les marches de l’Europe. Et malgré son immédiate dérive xénophobe, le gouvernement populiste en Italie est instantanément devenu une nouvelle norme. Les marchés sont pragmatiques bien davantage qu’omniscients…
Mais c’est au cœur du noyau idéologique de l’Occident, aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, que la décomposition s’opère ces jours-ci avec la plus grande vigueur et à un rythme allant en s’accélérant. Si les citoyens les plus éclairés de ces deux nations décrivent la voie où elles sont engagées comme une « tragicomédie » ou une « farce tragique », nous qui les observons de l’extérieur y lisons une authentique tragédie. Notre propre sort est hélas bien trop lié à elles sur les plans commercial et militaire pour que nous sortions indemnes de leur décadence.
Illustrons cela par quelques chiffres et faits sur la débâcle présente du Royaume-Uni.
Selon une analyse du Centre for European Reform, depuis le vote fatidique du 23 juin 2016, où le Brexit l’emporta par 51,9 %, l’économie britannique s’est réduite de 2,1 %. Le syndicat patronal du secteur automobile cite le chiffre de 860 000 emplois menacés, dont plusieurs milliers chez Airbus, en raison des casse-tête douaniers à venir. Les fonds ministériels dédiés à l’innovation numérique sont réaffectés à une reconstitution du système administratif de gestion qui a précédé l’adhésion (douanes, fiscalité, réglementation, échanges universitaires, etc.).
Selon les partisans de la sortie de l’Union, un « dividende Brexit » d’un montant équivalant à 400 millions d’euros serait récupéré chaque semaine, somme qui viendrait alimenter le financement du NHS, le service national de santé. C’est au contraire 500 millions d’euros que le Brexit coûte chaque semaine à l’Etat. Theresa May, première ministre, n’en a pas moins...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ De nouveau à vendre, le Milan AC est en déroute. « Mais il y aura toujours des amoureux transis du ballon rond pour craquer pour un club » qui ne leur rapportera rien, estime, dans sa chronique, Philippe Escande, éditorialiste économique au « Monde ».
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« Les clubs de football sont la plus belle machine à ruiner les investisseurs »

De nouveau à vendre, le Milan AC est en déroute. « Mais il y aura toujours des amoureux transis du ballon rond pour craquer pour un club » qui ne leur rapportera rien, estime, dans sa chronique, Philippe Escande, éditorialiste économique au « Monde ».



Le Monde
 |    02.07.2018 à 12h18
 • Mis à jour le
02.07.2018 à 12h41
    |

            Philippe Escande








                        



                                


                            

Qui a dit qu’en affaires, il n’y avait pas de place pour les sentiments ? Certainement des investisseurs qui ne connaissent pas le football. Ou qui le connaissent trop bien. Ce secteur est probablement, avec le transport aérien et le cinéma, la plus belle machine à ruiner ses investisseurs. Mais quand on aime…
Dernier amoureux transi, le magnat américain du câble Rocco Commisso. Emigré aux Etats-Unis à l’âge de 12 ans, il a emporté de sa Calabre natale la passion du foot. Nanti d’une fortune de plus de 3 milliards de dollars, il s’est offert l’un des grands clubs américains de soccer (le football à l’européenne), le Cosmos de New York. Aujourd’hui, il rêve de mettre la main sur le mythique Milan AC, le club aux 7 titres européens et 18 titres nationaux, ex-propriété de l’ancien président du conseil Silvio Berlusconi.

Certes le Milan AC est aujourd’hui sérieusement décati, et il ne devrait plus attirer grand monde, eu égard à ses médiocres performances. D’autant que ses finances douteuses ont conduit la fédération européenne, l’UEFA, à exclure le club de toute compétition européenne la saison prochaine. Une décision qui fait fuir les derniers bons joueurs dont disposait l’équipe au maillot rouge et noir.
Mais qu’importe, la belle se refuse pour l’instant à l’Américain. Dépité, son groupe assure que « compte tenu de la passion de Commisso pour le football et des liens avec son Italie natale, cette situation est extrêmement désagréable pour lui ». En fait, comme un avant-centre qui se tord de douleur sur le gazon pour gagner les faveurs de l’arbitre, le rusé Rocco cherche surtout à faire baisser les prix. Car il sait que le vendeur est pressé.
Le gogo idéal
L’homme d’affaires chinois Li Yonghong est une autre victime de l’aveuglement pour le ballon rond. En avril 2017, il avait craqué pour le club de Berlusconi. Pour la modique somme de 740 millions d’euros, il a mis la main sur l’enfant chéri du vieux « caïman » italien....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Editorial. La réforme du système judiciaire polonais, au cœur du différend qui oppose le pays à ses partenaires de l’UE, entre en vigueur le 3 juillet.
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Pologne et Etat de droit, dangereuse impasse

Editorial. La réforme du système judiciaire polonais, au cœur du différend qui oppose le pays à ses partenaires de l’UE, entre en vigueur le 3 juillet.



Le Monde
 |    02.07.2018 à 11h36
 • Mis à jour le
02.07.2018 à 16h49
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Le mardi 3 juillet est à marquer d’une pierre blanche pour la Pologne et pour l’Union européenne : c’est le jour de l’entrée en vigueur de la très controversée législation sur la réforme du système judiciaire polonais, au cœur d’un différend de fond avec la plupart des Etats membres, contentieux qui n’a pas évolué, malgré six mois de discussions entre Varsovie et Bruxelles.
Le vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, a réaffirmé, le 28 juin, devant le Parlement européen que cette réforme portait atteinte à l’indépendance du pouvoir judiciaire. La Commission a pris, en décembre, la décision sans précédent de déclencher l’article 7 du traité de l’UE contre la Pologne, qui peut théoriquement aboutir à priver un Etat membre de son droit de vote au Conseil. Le gouvernement polonais, dirigé par le parti conservateur nationaliste Droit et justice (PiS), a de nouveau été entendu trois heures durant, le 26 juin, par l’ensemble des ministres des affaires européennes de l’Union, réunis à Luxembourg ; le consensus qui s’en est dégagé est que les aménagements proposés par Varsovie à sa réforme judiciaire ne sont que cosmétiques. L’Etat de droit reste donc menacé.
Situation bloquée
En vertu de cette loi, le ministère de la justice est en mesure, dès le 4 juillet au matin, de démettre de leurs fonctions 27 des 63 juges de la Cour suprême, dont sa présidente, en raison de leur âge, puisque le texte impose à ces juges de prendre leur retraite à 65 ans au lieu de 70 ans précédemment. Officiellement, cette loi vise à purger le système judiciaire des magistrats ayant servi sous le régime communiste – qui s’est effondré il y a près de trente ans. Pour les défenseurs de l’Etat de droit, cette réforme, qui attribue des compétences élargies au ministre de la justice, a pour but de renforcer le contrôle de l’exécutif.
Jeudi 28 juin, les 63 juges de la Cour suprême polonaise, réunis en assemblée générale, ont décidé de tous rester à leur poste, à commencer par leur première présidente, Malgorzata Gersdorf, qui aura 66 ans cette année. Le ministère a aussitôt réagi en faisant savoir que le mandat de Mme Gersdorf prendrait fin le 4 juillet et que le président de la République nommerait son remplaçant, en attendant l’élection d’un successeur définitif.

        Lire aussi :
         

                Union européenne : procédure d’infraction contre la Pologne pour sa réforme de la Cour suprême



La situation paraît donc dangereusement bloquée. Le gouvernement polonais est inflexible. En Pologne et ailleurs, les organisations de défense de la démocratie sont très mobilisées. A Bruxelles, la Commission passe pour être divisée sur la tactique à suivre, d’autant plus que l’article 7 a peu de chance d’aboutir : il requiert l’unanimité, et la Hongrie a indiqué qu’elle soutiendrait la Pologne. De nombreux Etats membres, dont la France et l’Allemagne, sont en faveur de la fermeté sur l’Etat de droit, principe fondamental de l’UE. Une alternative à l’article 7 recueille de plus en plus de soutiens : conditionner l’attribution des importantes subventions de l’Union à la Pologne et à la Hongrie au respect de l’Etat de droit.
C’est la bonne voie. Mercredi, le premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, sera l’invité du Parlement européen, comme d’autres chefs de gouvernement avant lui ; il aura ainsi l’occasion de faire enfin preuve d’ouverture. Soucieuse de ne pas se brouiller avec les Etats-Unis et Israël, la Pologne vient d’assouplir sa loi sur l’Holocauste. M. Morawiecki pourra ainsi montrer que l’opinion de ses partenaires européens compte au moins autant à ses yeux que celle du président Trump.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Elle inspire par ses paysages, ses artistes et son modèle démocratique. Mais l’Islande rêvée correspond-elle à la réalité ? Entretien avec Michel Sallé, auteur d’une « Histoire de l’Islande, des origines à nos jours ».
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                Des sagas médiévales à Björk, pourquoi l’Islande fascine


Elle inspire par ses paysages, ses artistes et son modèle démocratique. Mais l’Islande rêvée correspond-elle à la réalité ? Entretien avec Michel Sallé, auteur d’une « Histoire de l’Islande, des origines à nos jours ».

Le Monde
                 |                 02.07.2018 à 08h00
                 |

            Marie Charrel

















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Son modèle démocratique et paritaire est une source d’inspiration. Ses paysages et ses artistes fascinent. Pourquoi l’Islande fait-elle rêver ? Quelle est son histoire ? Comment sa littérature s’est-elle développée ? Pour Michel Sallé, docteur en sciences politiques et fin connaisseur du pays, la spécificité de l’île tient à la fois à sa résilience et à son ouverture. Il publie l’ouvrage « Histoire de l’Islande, des origines à nos jours » aux éditions Tallandier (paru le 14 juin 2018), coécrit avec Æsa Sigurjonsdottir, professeure d’histoire de l’art à l’université d’Islande.

        Rendez-vous au Monde Festival 2018 :
         

          Islande, une passion française



Pourquoi l’Islande passionne-t-elle autant les Français ?
Cette fascination n’est pas spécifiquement tricolore. Elle s’inscrit dans un mouvement général d’intérêt pour l’île : depuis quelques années, tout le monde redécouvre l’Islande. Le nombre de touristes a considérablement augmenté. Cet attrait tient autant à la beauté de ses paysages qu’à sa littérature et sa musique, incarnée par Björk, mais pas seulement : de plus en plus de groupes de Reykjavík tournent désormais à l’étranger.
Au regard de la petite taille de sa population (un peu moins de 350 000 habitants), l’île compte un nombre important d’artistes. Comment l’expliquer ?
La culture a toujours tenu une place de premier plan en Islande. Cela a commencé, bien sûr, avec les fameuses sagas médiévales. Au XIXe siècle, les poètes romantiques ont contribué à forger les valeurs islandaises, autour de la nature, et l’identité de l’île, dans le cadre du mouvement d’indépendance face au Danemark.
De plus, les Islandais ont eu très tôt accès à la lecture, notamment sous l’impulsion de l’Eglise protestante : le pasteur désirait que le plus grand nombre puisse lire la bible !
Aujourd’hui encore, les arts tiennent une grande place dans l’éducation scolaire, et la création artistique est très valorisée : cela contribue probablement à expliquer pourquoi le pays compte de nombreux écrivains et musiciens.
L’Islande, dont le Parlement fut fondé en 930 (l’Althing, ou Alþingi en islandais), est souvent citée comme un modèle démocratique. A juste titre ?
Oui, mais ses institutions ont malgré tout des hauts et des bas. Après la crise financière de 2008, un mouvement pour la réécriture de la Constitution par la société civile est né, suscitant l’admiration à l’étranger, qui voyait là une révolution démocratique audacieuse. Il est vrai que cette Constitution est un texte ancien, calqué sur le modèle danois lors de l’indépendance du pays, en 1944. Sa première version date de 1874 ! Hélas, la réécriture de la Constitution, si prometteuse, a fini par échouer dans l’indifférence générale.
Ajoutons qu’en 2016, le premier ministre Sigmundur David Gunnlaugsson fut rattrapé par les Panama Papers, le scandale des sociétés dissimulées dans les paradis fiscaux. Si elle inspire, la démocratie islandaise est donc loin d’être parfaite.
En matière d’égalité hommes-femmes et de parité, l’île est en avance au regard du reste de l’Europe, à l’exemple de l’ensemble des pays nordiques.
C’est vrai, même si là aussi, tout n’est pas parfait. Une anecdote à cet égard : le nouveau conseil municipal de Reykjavík, issu des élections de mai dernier, recense quinze femmes et huit hommes ; il est plus que paritaire !
Si l’on remonte l’histoire, les sagas contenaient déjà des figures féminines puissantes. Au XIXe siècle, la suffragette Briet Bjarnhéðinsdóttir (1856-1940) s’est vaillamment battue pour le droit des femmes. Celles-ci votèrent pour la première fois en 1908, d’abord pour les municipales. En 1975, elles se mirent en grève pour obtenir l’égalité des salaires.
Aujourd’hui, les Islandaises n’ont aucun mal à décrocher des postes élevés dans les entreprises ou conseils d’administration. Cela semble naturel. Le plafond de verre y est beaucoup moins fort qu’en France.
L’ouvrage que vous avez coécrit retrace l’histoire de l’île depuis ses origines. Comment la caractériseriez-vous ?
Deux traits permettent de comprendre les Islandais. Le premier est leur grande résilience. Il ne faut pas oublier que l’île a été pauvre jusqu’au sortir de la Seconde Guerre mondiale, où elle était encore peuplée de pêcheurs et paysans. Son histoire est rythmée par les épidémies, les hivers rigoureux et les éruptions destructrices, mais son peuple s’est toujours relevé.
Le second trait des Islandais est leur grande ouverture. Ils ont toujours été curieux et ouverts au monde, ce qui se traduit notamment par leur appétit pour la culture. A l’époque des sagas, déjà, les échanges entre l’Islande, l’Irlande, les îles Hébrides et le Danemark étaient intenses. Et l’information circulait très vite : presque tout le monde était rapidement au courant des nouvelles sur l’île, notamment grâce aux troubadours.
A quels défis l’île est-elle aujourd’hui confrontée ?
Ces prochaines années, elle va devoir gérer le flux considérable de touristes, qui explose depuis cinq ans. Comment concilier cela avec la protection de la nature ? Une réflexion de long terme sur le sujet est indispensable. D’autant que beaucoup d’Islandais ont investi pour profiter de la hausse du nombre de visiteurs, en achetant des appartements pour les louer sur la plate-forme Airbnb. Pour l’instant, l’économie va bien, mais cette frénésie immobilière peut laisser craindre une surchauffe.
La bonne santé de l’économie a par ailleurs attiré beaucoup de travailleurs étrangers. A cet égard, 2017 a été une année exceptionnelle, tant par les arrivées d’étrangers que par le retour de citoyens islandais. La population frôle désormais les 350 000 personnes, si bien que le pays approche une taille critique, au sens où il ne lui est plus possible de fonctionner comme une grosse communauté, où tout le monde se connaît.
A cette croissance démographique s’ajoute la concentration des habitants dans la capitale, tandis que les campagnes se vident. Que faire ensemble, quel projet commun ? L’Islande est aujourd’hui à un croisement de son histoire.
Le Monde organise dans le cadre du Monde festival une rencontre avec les romanciers islandais Audur Ava Ólafsdottir et Arni Thorarinsson, le traducteur littéraire Eric Boury, et Mathias Malzieu, auteur-compositeur et chanteur du groupe de rock français Dionysos. L’événement se tiendra samedi 6 octobre 2018 de 14h00 à 15h30 à l’Opéra Bastille (studio).

Rendez-vous du 5 au 7 octobre au Monde Festival 2018 !
Aimer ! C’est le thème de la 5e édition du Monde Festival, qui se tiendra du vendredi 5 au dimanche 7 octobre 2018 à l’Opéra Bastille, au Palais Garnier, au théâtre des Bouffes du Nord et au cinéma Gaumont Opéra.
Un verbe qui résonne comme un appel pour ce rendez-vous de la rentrée désormais incontournable, porté par les journalistes du Monde, qui propose au public des rencontres rares, une quarantaine de débats d’actualité, des projections de films inédits, des spectacles.
Aimer, c’est prendre position, défendre, partager un projet, un coup de cœur, une passion. C’est aussi explorer le champ de l’intime, du désir, des liens personnels qui fondent nos sociétés.
Retrouvez la programmation du festival et achetez vos billets.
Retrouvez les moments forts et les vidéos des éditions précédentes.




Marie Charrel
    













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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Dans une tribune au « Monde », la géographe estime que le ministre se heurte au principe de réalité. A chaque fois qu’il s’est indigné de la situation écologique, les deux têtes de l’exécutif le lui ont rappelé en privé.
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Sylvie Brunel : « Nicolas Hulot n’a pas cessé de se renier »

Dans une tribune au « Monde », la géographe estime que le ministre se heurte au principe de réalité. A chaque fois qu’il s’est indigné de la situation écologique, les deux têtes de l’exécutif le lui ont rappelé en privé.



Le Monde
 |    02.07.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
02.07.2018 à 09h46
    |

                            Sylvie Brunel (Géographe et écrivain, professeur à Paris-La Sorbonne)








                        



                                


                            

Tribune. Affirmer que M. Hulot prend des vacances au gouvernement serait tomber dans le jeu de mots facile, d’autant que l’exercice du pouvoir, surtout quand on est ministre d’Etat, numéro trois dans l’ordre protocolaire, suppose de ne pas ménager sa peine. Mais justement, quel est l’exercice du pouvoir de notre ministre de la « transition écologique et solidaire » ?
L’intitulé officiel de sa charge reprend deux concepts essentiels pour cet Occident du XXIe siècle confronté à la finitude trop souvent annoncée de l’humanité sur la planète et à la montée des inégalités. Les enjeux de la transition énergétique, de la biodiversité, de l’adaptation au changement climatique, de l’intégration sociale, des choix d’aménagement du territoire supposent une pensée apte à saisir la complexité de cette alchimie complexe que l’on appelle le développement durable.
Une petite visite sur le site du ministère montre que la question n’a pas été tranchée par son titulaire ou, si elle l’a été, le résultat demeure confidentiel. Deux mots le résument : ego et silos. Ego, il est indéniable que M. Hulot en possède. Il aime pousser des cris d’orfraie à intervalles réguliers. Exhorter par exemple à placer la protection de l’environnement au premier rang de la Constitution, en oubliant qu’une charte à ce sujet a déjà été intégrée dans son préambule il y a plus de dix ans. Incompétence ? Prédilection pour l’agitation médiatique au détriment du travail de fond ?
On ne se renie pas. Silos, parce que l’action du ministère est tout simplement déclinée par ordre alphabétique, de A pour accessibilité à T pour transport routier. Vingt-sept entrées au total, plus que les lettres de l’alphabet, confirmant s’il en était nécessaire que le développement durable reste encore en 2018 un fourre-tout conceptuel. On en sera quitte pour la vision d’ensemble.
« Et en même temps »
Pourtant, quel titulaire, aussi brillant soit-il, pourrait maîtriser...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Emploi, travail, activité : les frontières sont parfois floues. Justin Wong porte le propos en bande dessinée et avec humour.
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Fais ce qu’il te plaît !

Emploi, travail, activité : les frontières sont parfois floues. Justin Wong porte le propos en bande dessinée et avec humour.



Le Monde
 |    02.07.2018 à 06h45
    |

            Pierre Jullien








                        



   


Livre. Dans un style original, moitié BD moitié graphisme numérique, Je Préférerais ne pas, de Justin Wong, auteur de bande dessinée de Hongkong né en 1974, raconte avec humour, à la façon d’un journal de bord, l’histoire de Butt, trentenaire célibataire, « congédié » par son entreprise à Hongkong et confronté à sa nouvelle vie. Difficile avec ce titre de ne pas penser au personnage de Bartleby créé par Herman Melville, en 1853, et qui fuit le travail.
Jusque-là, « un machin qu’on appelle emploi du temps » avait assuré la soumission de Butt au quotidien. Il va enfin pouvoir, sans « l’ombre d’un regret », « faire la grasse mat’ », « jouer à la console comme un ouf », bouquiner, aller au théâtre, faire du sport, créer un groupe d’inactifs sur Facebook, passer une bonne partie de son temps dans son lit, mais certainement pas chercher un job ! L’occasion pour l’auteur de jeter un regard ironique sur son CV (« Et vous, à ma place, dans un CV, vous mettriez quoi ? »), qui fait l’impasse sur ses défauts : double jeu avec ses collègues, cupidité, refus « de finir essoré »…

    Cet article est extrait du semestriel Le Monde Campus Avril 2018 by Anne Rodier on Scribd

Dans une ultime pirouette, Butt raconte sa visite du « fameux rocher historique sur lequel Napoléon s’était soulagé la vessie », le conservateur du lieu lui expliquant que depuis trente ans, son « boulot, c’est de pisser sur ce rocher » pour s’assurer « que cette urine soit la plus fraîche possible »… Tout un symbole pour Butt – dont le « fais ce qu’il te plaît » interpelle sur notre relation au travail – et le déclic pour lui donner envie de retourner au boulot… « tout en demeurant inactif ».
« Je Préférerais ne pas », de Justin Wong (traduit du chinois par Bertrand Speller). Editions Rue de l’échiquier, 144 pages, 19,90 euros.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Dans une tribune au « Monde », Lucile Schmid, coprésidente de la Fondation verte européenne, estime que le ministère de l’écologie sous la Ve République a toujours œuvré loin des priorités du gouvernement. Il est temps  de mettre fin à cette conception pour répondre aux nombreuses urgences environnementales.
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« Nicolas Hulot doit devenir le ministre du changement de cap »

Dans une tribune au « Monde », Lucile Schmid, coprésidente de la Fondation verte européenne, estime que le ministère de l’écologie sous la Ve République a toujours œuvré loin des priorités du gouvernement. Il est temps  de mettre fin à cette conception pour répondre aux nombreuses urgences environnementales.



Le Monde
 |    02.07.2018 à 06h33
 • Mis à jour le
02.07.2018 à 09h41
    |

Lucile Schmid (Co-présidente de la Fondation verte européenne)







                        



                                


                            

Tribune. Quitte ou double. C’est ainsi que se résume la situation de Nicolas Hulot aujourd’hui. Nul ne lui dénie sa légitimité d’acteur engagé sur l’écologie. Mais pour cette raison même, comme ministre, il déçoit. Comment celui qui a porté le pacte écologique, impulsé le Grenelle de l’environnement, préparé la COP21 et surtout rendu la cause écologique accessible au plus grand nombre, peut-il être à ce point discret au gouvernement ?

Nicolas Hulot ne découvre pas les responsabilités officielles. Il a été l’envoyé spécial de François Hollande sur le climat, et il a toujours été proche du pouvoir depuis une dizaine d’années, jouant un vrai rôle d’agent d’influence sur l’écologie, à droite comme à gauche.
Le paradoxe est qu’en devenant ministre, il a perdu en pouvoir ce qu’il a gagné en légitimité institutionnelle. Bien sûr, il y a eu l’abandon de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), mais que dire du déroulement des Etats généraux de l’alimentation et de la loi qui en découle, où son collègue de l’agriculture, Stéphane Travert, a fait avec constance prévaloir les intérêts de la FNSEA sur l’objectif d’une alimentation saine ? Que dire de l’état de la transition énergétique ? Que penser de son silence sur le dossier de la SNCF ? L’argument principal pour justifier la présence de Nicolas Hulot au gouvernement finit par être qu’il est un rempart, et que sans lui les choses seraient pires.
Car au fil des mois, il est devenu clair que ce gouvernement ne place pas l’écologie au centre de ses préoccupations. Que devrait faire Nicolas Hulot pour provoquer un changement de cap ? C’est la seule question qui vaille.
Au bout d’un an, alors que les urgences écologiques s’accumulent, il est temps de mettre fin à cette période en demi-teinte où une avancée sur un dossier anticipe souvent sur un recul ensuite. L’écologie vaut mieux qu’un marchandage quotidien.
Ministère de l’impossible
Il n’y aura pas de miracle....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Un départ serait « la reconnaissance du fait qu’il n’y aura pas d’homme ou de femme providentielle qui nous propulsera sur le bon chemin », écrivent Amélie Canonne et Nicolas Haeringer, deux chargés de mission pour l’ONG 350.org.
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« Une démission de Hulot provoquerait un sursaut »

Un départ serait « la reconnaissance du fait qu’il n’y aura pas d’homme ou de femme providentielle qui nous propulsera sur le bon chemin », écrivent Amélie Canonne et Nicolas Haeringer, deux chargés de mission pour l’ONG 350.org.



Le Monde
 |    02.07.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
02.07.2018 à 09h04
    |

                            Nicolas Haeringer (Chargé de mission pour 350.org) et 
                            Amélie Canonne (Chargée de mission pour 350.org)








                        



                                


                            

Tribune. La nomination de Nicolas Hulot au ministère de la transition écologique et solidaire s’est accompagnée, pour beaucoup d’observateurs, de la certitude de son départ prochain.
La question de sa démission n’a cessé de revenir dans les débats et les interviews, de sorte que le numéro trois du gouvernement a fini par concéder une échéance, celle de l’été 2018. Aucun des autres ministres d’Edouard Philippe, y compris parmi ceux et celles qui n’étaient pas des professionnels de la politique, n’a eu à justifier, quasi continuellement, sa présence au gouvernement. Comme si seule la question du départ de l’occupant de l’hôtel de Roquelaure (siège de son ministère) se posait au début de chaque journée et qu’il devait, à l’issue de chacune d’entre elles, avoir fait la démonstration de son utilité.
Ceci est, bien sûr, dû à l’histoire des relations entre Nicolas Hulot et le monde politique : proche conseiller de plusieurs présidents, il avait jusqu’à présent refusé toute responsabilité politique et n’avait jamais été candidat à autre chose qu’une primaire. Son parcours complexe, d’homme de télévision spécialisé dans la vente de produits dérivés à héraut d’une écologie récemment radicale, alimente la critique de ses détracteurs les plus virulents.
Bilan consternant
Pourtant, la surpersonnalisation du débat sur les politiques publiques de l’écologie occulte la question centrale qu’il conviendrait de mettre en discussion – celle de l’utilité du ministère plus que celle de l’utilité du ministre : la justice environnementale et climatique peut-elle advenir d’un quelconque ministère de l’écologie ? Ou dit autrement : l’existence d’un ministère de l’écologie peut-elle répondre à la crise écologique ?

Le bilan du gouvernement Philippe en la matière est bien entendu consternant : la loi « Hulot » introduisant un moratoire sur les nouveaux permis d’exploration et d’exploitation d’énergies fossiles n’a qu’une portée symbolique...




                        

                        


<article-nb="2018/07/03/19-18">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Alors que le Medef choisit son nouveau président, au-delà du rabâchage sur la baisse des charges, on attend toujours des prises de position courageuses sur les mutations en cours, explique, dans sa chronique, Stéphane Lauer, éditorialiste au « Monde »
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤                     


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« Le Medef peut-il faire pschitt ? »

Alors que le Medef choisit son nouveau président, au-delà du rabâchage sur la baisse des charges, on attend toujours des prises de position courageuses sur les mutations en cours, explique, dans sa chronique, Stéphane Lauer, éditorialiste au « Monde »



Le Monde
 |    02.07.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
02.07.2018 à 11h21
    |

            Stéphane Lauer








                        



                                


                            

Chronique. « Le Medefff ? Quand on prononce le mot, on dirait un pneu qui se dégonfle. » Cette amabilité avait été lâchée par François Michelin, qui s’exprimait en connaisseur, quelques mois à peine après la création, en 1998, de l’organisation patronale. Vingt ans plus tard, alors que le Medef s’apprête à élire, mardi 3 juillet, son nouveau président, le mouvement n’a jamais semblé autant à bout de souffle.
« Certains disent que le Medef est mort, et je ne suis pas loin de le penser », avoue Alexandre Saubot, l’un des deux candidats en lice. « C’est une organisation datée qui doit évoluer », renchérit avec euphémisme Denis Kessler, le patron du réassureur Scor, ex-numéro deux sous la présidence d’Ernest-Antoine Seillière. Une campagne sous anxiolytiques ? On a connu mieux pour galvaniser des troupes pas réputées pour leur enthousiasme échevelé.

Bonnet blanc contre blanc bonnet
Alexandre Saubot ou Geoffroy Roux de Bézieux, Geoffroy Roux de Bézieux ou Alexandre Saubot ? Le suspense est à son comble chez les adhérents.
En revanche, pour les Français, ce combat des chefs n’évoque pas grand-chose si ce n’est un exercice de démocratie suranné. La ringardisation n’est pas l’apanage des confédérations syndicales. Après le « dégagisme » en politique, voici l’obsolescence programmée du paritarisme social dans lequel le patronat a sa part.

Alors cette élection, c’est bonnet blanc contre blanc bonnet ? Les optimistes tenteront de se rassurer en soulignant que M. Roux de Bézieux est un peu plus médiatique que son adversaire. Et après ? Comme le reconnaît l’actuel titulaire du poste, Pierre Gattaz, « 90 % de leurs idées sont communes ». Ce qui en dit long sur la vivacité du débat.
Pourtant, les sujets de clivage ne manquent pas au moment où le monde issu de l’après-guerre connaît une mutation profonde. Remise en cause du multilatéralisme, attaque en règle contre la construction...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Un collectif d’universitaires considère, dans une tribune au « Monde », que la proposition du ministre d’inscrire la protection de l’environnement dans la Constitution marquerait « un progrès politique et juridique considérable ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Il faut défendre l’initiative de Nicolas Hulot ! »

Un collectif d’universitaires considère, dans une tribune au « Monde », que la proposition du ministre d’inscrire la protection de l’environnement dans la Constitution marquerait « un progrès politique et juridique considérable ».



Le Monde
 |    02.07.2018 à 04h45
 • Mis à jour le
02.07.2018 à 12h00
    |

                            Collectif








                        



                                


                            

Tribune. Depuis que Nicolas Hulot a obtenu le soutien du président de la République pour que figure à l’article 1er de la Constitution un nouvel alinéa, selon lequel « la République assure un niveau de protection de l’environnement élevé et en constante progression, notamment pour la protection de la biodiversité et l’action contre le changement climatique », des critiques se sont élevées contre le projet.
Elles mobilisent le plus souvent les arguments de ce que l’économiste américain Albert Hirschman (1915-2012) a appelé la « rhétorique réactionnaire », un mode de critique qui peut venir de tous les bords politiques et qui a accompagné les grandes périodes de réformes politiques et sociales, de la conquête des droits civils au XVIIIe siècle à celle des droits politiques au XIXe siècle jusqu’à la mise en place des droits sociaux de l’Etat-providence au XXe siècle.
La rhétorique réactionnaire ne défend rien, pas même le retour à un état antérieur de la société. Elle se contente de mélanger, à des doses différentes, trois types d’arguments : l’effet pervers (tout changement produit des effets contraires au but recherché), l’inanité (le changement ne changera rien) et la mise en péril (tout changement risque de mettre en danger les acquis des précédentes réformes).
Ainsi, dans cet ensemble hétéroclite de critiques, peut-on lire pêle-mêle que l’inscription du climat dans la Constitution serait en réalité un cheval de Troie du lobby de l’atome pour favoriser l’électricité nucléaire sous prétexte d’énergie décarbonée, qu’une telle réforme ne changerait rien puisque tout est déjà présent dans la Charte de l’environnement – certains ne voyant, dès lors, dans la proposition de Hulot qu’une forme de greenwashing constitutionnel à visée communicationnelle – ou, à l’inverse, qu’elle risquerait de bloquer l’ensemble de l’économie dès lors étouffée par les nouvelles...




                        

                        


<article-nb="2018/07/03/19-20">
<filnamedate="20180703"><AAMM="201807"><AAMMJJ="20180703"><AAMMJJHH="2018070319">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Le rôle des Lituaniens dans le génocide des juifs, nié sous l’ère soviétique, a depuis été étudié par des historiens locaux. Mais le sujet reste sensible dans l’opinion, et un projet de loi prévoit d’interdire la vente de contenus « déformant la vérité historique ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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La Lituanie troublée par la mémoire de la Shoah

Le rôle des Lituaniens dans le génocide des juifs, nié sous l’ère soviétique, a depuis été étudié par des historiens locaux. Mais le sujet reste sensible dans l’opinion, et un projet de loi prévoit d’interdire la vente de contenus « déformant la vérité historique ».



Le Monde
 |    01.07.2018 à 12h00
    |

                            Margherita Nasi








                        



                                


                            

Etape touristique incontournable à Vilnius, le Musée des victimes du génocide est situé dans les anciens locaux de la Gestapo, qui devinrent plus tard ceux du KGB. Il propose une terrifiante plongée dans les pratiques tortionnaires. De l’autre côté de la ­Neris, les férus d’architecture contemplent le Palais des sports et des concerts, avec ses courbes en béton armé.
Si les guides font la part belle à ces constructions, ils omettent souvent d’en raconter l’histoire dans toute sa brutalité. Malgré son nom, le Musée du génocide ne consacre qu’une salle aux victimes juives – l’essentiel étant réservé aux crimes commis par les Soviétiques contre la population lituanienne, ainsi assimilés à un « génocide ». Quant au Palais des sports, il est construit sur un ancien cimetière juif où est enterré Eliyahou ben Shlomo Zalman – le Gaon de Vilna –, grande figure du monde juif ashkénaze.
Entre 1941 et 1944, près de 195 000 juifs de Lituanie ont été tués par les nazis allemands et leurs collaborateurs locaux
Tout autour, les chantiers se multiplient, rien n’est fait pour restaurer le Palais des sports, en mauvais état. Il est tentant d’en faire le symbole d’un pays qui ne sait que faire de son passé, et notamment de cette page que l’historien Saulius Suziedelis décrit comme « la plus sanglante de l’histoire lituanienne ». Le pays natal du philosophe Emmanuel Levinas et de l’écrivain Romain Gary comptait près de 200 000 juifs en 1940, et Vilnius était surnommée la « Jérusalem du Nord ». Entre 1941 et 1944, près de 195 000 juifs ont été tués par les nazis allemands et leurs collaborateurs locaux.
Héros national et collabo
Le rôle des Lituaniens dans le massacre des juifs a été rappelé par des historiens aussi sérieux que Liuda Truska ou Arunas Bubnys. Mais ont-ils vraiment été entendus ? « Des milliers de Lituaniens ont été complices des massacres en creusant les fosses communes et en redistribuant les biens, rappelle l’écrivaine Ruta...




                        

                        

