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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-1"> ¤ Elle inspire par ses paysages, ses artistes et son modèle démocratique. Mais l’Islande rêvée correspond-elle à la réalité ? Entretien avec Michel Sallé, auteur d’une « Histoire de l’Islande, des origines à nos jours ».
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                Des sagas médiévales à Björk, pourquoi l’Islande fascine


Elle inspire par ses paysages, ses artistes et son modèle démocratique. Mais l’Islande rêvée correspond-elle à la réalité ? Entretien avec Michel Sallé, auteur d’une « Histoire de l’Islande, des origines à nos jours ».

Le Monde
                 |                 02.07.2018 à 08h00
                 |

            Marie Charrel

















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Son modèle démocratique et paritaire est une source d’inspiration. Ses paysages et ses artistes fascinent. Pourquoi l’Islande fait-elle rêver ? Quelle est son histoire ? Comment sa littérature s’est-elle développée ? Pour Michel Sallé, docteur en sciences politiques et fin connaisseur du pays, la spécificité de l’île tient à la fois à sa résilience et à son ouverture. Il publie l’ouvrage « Histoire de l’Islande, des origines à nos jours » aux éditions Tallandier (paru le 14 juin 2018), coécrit avec Æsa Sigurjonsdottir, professeure d’histoire de l’art à l’université d’Islande.

        Rendez-vous au Monde Festival 2018 :
         

          Islande, une passion française



Pourquoi l’Islande passionne-t-elle autant les Français ?
Cette fascination n’est pas spécifiquement tricolore. Elle s’inscrit dans un mouvement général d’intérêt pour l’île : depuis quelques années, tout le monde redécouvre l’Islande. Le nombre de touristes a considérablement augmenté. Cet attrait tient autant à la beauté de ses paysages qu’à sa littérature et sa musique, incarnée par Björk, mais pas seulement : de plus en plus de groupes de Reykjavík tournent désormais à l’étranger.
Au regard de la petite taille de sa population (un peu moins de 350 000 habitants), l’île compte un nombre important d’artistes. Comment l’expliquer ?
La culture a toujours tenu une place de premier plan en Islande. Cela a commencé, bien sûr, avec les fameuses sagas médiévales. Au XIXe siècle, les poètes romantiques ont contribué à forger les valeurs islandaises, autour de la nature, et l’identité de l’île, dans le cadre du mouvement d’indépendance face au Danemark.
De plus, les Islandais ont eu très tôt accès à la lecture, notamment sous l’impulsion de l’Eglise protestante : le pasteur désirait que le plus grand nombre puisse lire la bible !
Aujourd’hui encore, les arts tiennent une grande place dans l’éducation scolaire, et la création artistique est très valorisée : cela contribue probablement à expliquer pourquoi le pays compte de nombreux écrivains et musiciens.
L’Islande, dont le Parlement fut fondé en 930 (l’Althing, ou Alþingi en islandais), est souvent citée comme un modèle démocratique. A juste titre ?
Oui, mais ses institutions ont malgré tout des hauts et des bas. Après la crise financière de 2008, un mouvement pour la réécriture de la Constitution par la société civile est né, suscitant l’admiration à l’étranger, qui voyait là une révolution démocratique audacieuse. Il est vrai que cette Constitution est un texte ancien, calqué sur le modèle danois lors de l’indépendance du pays, en 1944. Sa première version date de 1874 ! Hélas, la réécriture de la Constitution, si prometteuse, a fini par échouer dans l’indifférence générale.
Ajoutons qu’en 2016, le premier ministre Sigmundur David Gunnlaugsson fut rattrapé par les Panama Papers, le scandale des sociétés dissimulées dans les paradis fiscaux. Si elle inspire, la démocratie islandaise est donc loin d’être parfaite.
En matière d’égalité hommes-femmes et de parité, l’île est en avance au regard du reste de l’Europe, à l’exemple de l’ensemble des pays nordiques.
C’est vrai, même si là aussi, tout n’est pas parfait. Une anecdote à cet égard : le nouveau conseil municipal de Reykjavík, issu des élections de mai dernier, recense quinze femmes et huit hommes ; il est plus que paritaire !
Si l’on remonte l’histoire, les sagas contenaient déjà des figures féminines puissantes. Au XIXe siècle, la suffragette Briet Bjarnhéðinsdóttir (1856-1940) s’est vaillamment battue pour le droit des femmes. Celles-ci votèrent pour la première fois en 1908, d’abord pour les municipales. En 1975, elles se mirent en grève pour obtenir l’égalité des salaires.
Aujourd’hui, les Islandaises n’ont aucun mal à décrocher des postes élevés dans les entreprises ou conseils d’administration. Cela semble naturel. Le plafond de verre y est beaucoup moins fort qu’en France.
L’ouvrage que vous avez coécrit retrace l’histoire de l’île depuis ses origines. Comment la caractériseriez-vous ?
Deux traits permettent de comprendre les Islandais. Le premier est leur grande résilience. Il ne faut pas oublier que l’île a été pauvre jusqu’au sortir de la Seconde Guerre mondiale, où elle était encore peuplée de pêcheurs et paysans. Son histoire est rythmée par les épidémies, les hivers rigoureux et les éruptions destructrices, mais son peuple s’est toujours relevé.
Le second trait des Islandais est leur grande ouverture. Ils ont toujours été curieux et ouverts au monde, ce qui se traduit notamment par leur appétit pour la culture. A l’époque des sagas, déjà, les échanges entre l’Islande, l’Irlande, les îles Hébrides et le Danemark étaient intenses. Et l’information circulait très vite : presque tout le monde était rapidement au courant des nouvelles sur l’île, notamment grâce aux troubadours.
A quels défis l’île est-elle aujourd’hui confrontée ?
Ces prochaines années, elle va devoir gérer le flux considérable de touristes, qui explose depuis cinq ans. Comment concilier cela avec la protection de la nature ? Une réflexion de long terme sur le sujet est indispensable. D’autant que beaucoup d’Islandais ont investi pour profiter de la hausse du nombre de visiteurs, en achetant des appartements pour les louer sur la plate-forme Airbnb. Pour l’instant, l’économie va bien, mais cette frénésie immobilière peut laisser craindre une surchauffe.
La bonne santé de l’économie a par ailleurs attiré beaucoup de travailleurs étrangers. A cet égard, 2017 a été une année exceptionnelle, tant par les arrivées d’étrangers que par le retour de citoyens islandais. La population frôle désormais les 350 000 personnes, si bien que le pays approche une taille critique, au sens où il ne lui est plus possible de fonctionner comme une grosse communauté, où tout le monde se connaît.
A cette croissance démographique s’ajoute la concentration des habitants dans la capitale, tandis que les campagnes se vident. Que faire ensemble, quel projet commun ? L’Islande est aujourd’hui à un croisement de son histoire.
Le Monde organise dans le cadre du Monde festival une rencontre avec les romanciers islandais Audur Ava Ólafsdottir et Arni Thorarinsson, le traducteur littéraire Eric Boury, et Mathias Malzieu, auteur-compositeur et chanteur du groupe de rock français Dionysos. L’événement se tiendra samedi 6 octobre 2018 de 14h00 à 15h30 à l’Opéra Bastille (studio).

Rendez-vous du 5 au 7 octobre au Monde Festival 2018 !
Aimer ! C’est le thème de la 5e édition du Monde Festival, qui se tiendra du vendredi 5 au dimanche 7 octobre 2018 à l’Opéra Bastille, au Palais Garnier, au théâtre des Bouffes du Nord et au cinéma Gaumont Opéra.
Un verbe qui résonne comme un appel pour ce rendez-vous de la rentrée désormais incontournable, porté par les journalistes du Monde, qui propose au public des rencontres rares, une quarantaine de débats d’actualité, des projections de films inédits, des spectacles.
Aimer, c’est prendre position, défendre, partager un projet, un coup de cœur, une passion. C’est aussi explorer le champ de l’intime, du désir, des liens personnels qui fondent nos sociétés.
Retrouvez la programmation du festival et achetez vos billets.
Retrouvez les moments forts et les vidéos des éditions précédentes.




Marie Charrel
    













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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-2"> ¤ Dans un long article, l’hebdomadaire Der Spiegel a estimé que la politique d’Angela Merkel « est comme le jeu de l’équipe nationale en Russie : essoufflée, usée, fatiguée ».
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Le football, sismographe de la politique allemande

Dans un long article, l’hebdomadaire Der Spiegel a estimé que la politique d’Angela Merkel « est comme le jeu de l’équipe nationale en Russie : essoufflée, usée, fatiguée ».



Le Monde
 |    02.07.2018 à 04h14
 • Mis à jour le
02.07.2018 à 06h32
    |

            Thomas Wieder (Berlin, correspondant)








                        



                                


                            LETTRE DE BERLIN

Un drapeau allemand dont les trois couleurs – noir, rouge et jaune – sont en train de lamentablement couler. Et puis ce titre : « Football, politique, économie : il était une fois un pays puissant ». La « une » du Spiegel, samedi 30 juin, était résolument crépusculaire.
Trois jours après l’élimination de l’Allemagne dès le premier tour du Mondial russe, l’hebdomadaire n’a pas hésité à dresser un parallèle entre la défaite de la « Mannschaft » face à la Corée du Sud, la crise qui secoue le gouvernement allemand et affaiblit la chancelière Angela Merkel, défiée par son ministre de l’intérieur Horst Seehofer, et les scandales qui affectent l’industrie automobile du pays.
« Le football et l’équipe nationale ont souvent été un sismographe de l’état du pays. C’est le cas en cet été 2018. L’Allemagne est politiquement et footballistiquement épuisée, et le scandale du diesel l’affecte honteusement. Comment en est-on arrivé là ? », demande le Spiegel.
Destinées parallèles
Dans un long article de sept pages, l’hebdomadaire développe ainsi la thèse selon laquelle « l’histoire du pays peut se raconter à travers les succès de l’équipe nationale de football ».
1954 : victoire de la République fédérale d’Allemagne (RFA) à la Coupe du monde organisée cette année-là en Suisse, au moment où le pays, neuf ans après la fin de la seconde guerre mondiale, faisait véritablement son entrée dans le concert des nations occidentales.
1990 : nouvelle victoire de la RFA au Mondial italien cette fois, huit mois après la chute du mur de Berlin et trois mois avant la réunification du pays. 2014 : l’Allemagne encore championne du monde, au Brésil cette année-là, alors qu’Angela Merkel se trouvait en pleine gloire, un an après sa plus éclatante victoire électorale, aux législatives de 2013. A l’époque, écrit le Spiegel, cette dernière était « la chancelière d’une Allemagne moderne, la chancelière...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-3"> ¤ Le ministre allemand de l’intérieur, Horst Seehofer, qui conteste la politique migratoire d’Angela Merkel, a offert de démissionner. Tous deux ont rendez-vous ce lundi.
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Article sélectionné dans La Matinale du 01/07/2018
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Migrants : journée-clé pour Angela Merkel

Le ministre de l’intérieur, Horst Seehofer, qui conteste la politique migratoire d’Angela Merkel, a offert de démissionner. Tous deux ont rendez-vous à 17 heures, lundi.



Le Monde
 |    02.07.2018 à 02h59
 • Mis à jour le
02.07.2018 à 07h30
   





                        



   


Angela Merkel reste empêtrée dans une crise politique majeure. La chancelière allemande et l’aile la plus à droite de sa coalition gouvernementale, l’Union chrétienne-sociale (CSU) bavaroise, doivent se réunir lundi 2 juillet pour une ultime tentative destinée à résoudre le conflit sur les migrants qui menace de faire tomber le gouvernement.
Au centre du bras de fer : la politique migratoire de Mme Merkel, jugée trop laxiste par la CSU, membre de la coalition gouvernementale mise en place en mars après des mois de difficiles tractations. Le président de cette formation, et ministre de l’intérieur, Horst Seehofer, qui mène la fronde, a offert dimanche de démissionner face à l’impasse, lors d’une réunion de la CSU qui a duré une dizaine d’heures à Munich, rapporte l’Agence France-presse (AFP).
Plusieurs de ses proches l’ont toutefois convaincu de ne pas mettre immédiatement son projet à exécution, selon des participants, cités de même source. M. Seehofer compte donc rencontrer dans le courant de la journée de lundi la chancelière pour une tentative « de la dernière chance » de forger un compromis. Mme Merkel et M. Seehofer devaient se retrouver à 17 heures au siège de la CDU, à Berlin.

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                Horst Seehofer, ennemi de l’intérieur pour Angela Merkel



Merkel reste ferme
Le conflit porte sur le traitement des migrants arrivant en Allemagne mais déjà enregistrés dans d’autres pays de l’Union européenne (UE). Le ministre veut les refouler à la frontière, ce que refuse Angela Merkel pour ne pas créer d’« effet domino » en Europe.
Devant les cadres de son mouvement, M. Seehofer a évoqué trois scénarios. Il a expliqué qu’il pouvait soit céder à la chancelière et rentrer dans le rang, soit passer outre les objections de cette dernière et imposer de son propre chef les refoulements aux frontières – ce qui entraînerait toutefois son limogeage et l’éclatement du gouvernement de coalition –, soit démissionner. Et il a ajouté, selon des participants, que son choix s’était porté sur cette troisième option.
S’il devait confirmer lundi son départ, les conséquences pour l’avenir du gouvernement seraient potentiellement graves. La question serait alors de savoir si le parti du ministre quitte lui aussi la coalition. Dans pareil cas, la chancelière se verrait privée de majorité au Bundestag, avec sans doute à la clé des élections anticipées.
Le parti bavarois pourrait aussi se contenter de remplacer M. Seehofer, dont les relations avec Angela Merkel étaient devenues exécrables, par une personnalité plus à même de négocier un compromis migratoire avec la chancelière.
Il ne sera pas aisé toutefois lundi de trouver un terrain d’entente entre les deux formations longtemps alliées mais aujourd’hui largement opposées. Angela Merkel reste en effet inflexible. Et elle a obtenu, dimanche soir à Berlin, le soutien quasi unanime des instances dirigeantes de son parti, la CDU. Ces dernières ont, dans une motion, refusé toute décision « unilatérale » nationale pour refouler les migrants, comme celle que souhaite M. Seehofer.
Une chancelière ouvertement contestée
Ce dernier conflit au sein du camp conservateur allemand sur les migrants a éclaté vers la mi-juin lorsque la chancelière a bloqué le projet de son ministre sur les refoulements de migrants. Mais il est en réalité quasi permanent depuis la décision controversée prise en 2015 par Angela Merkel d’ouvrir les frontières de son pays à des centaines de milliers de candidats à l’asile.
Le parti bavarois CSU n’a cessé depuis trois ans de dénoncer ce choix et de peser pour obtenir davantage de fermeté en matière d’asile. Il est, en outre, aiguillonné par la perspective d’élections régionales en octobre en Bavière, cruciales pour elle, où il risque de perdre sa majorité absolue face à la poussée de l’extrême droite antimigrants.
Le ministre de l’intérieur avait fixé un ultimatum au début de juillet à Angela Merkel, menaçant d’imposer ses refoulements aux frontières faute de mesures « équivalentes » au niveau européen. La chancelière pensait pouvoir amadouer ce parti rebelle grâce aux mesures prises lors du dernier sommet européen pour réduire les flux migratoires. Mais M. Seehofer les a qualifiées dimanche d’« insuffisantes ».

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Quelle que soit l’issue de la crise gouvernementale, Angela Merkel en ressortira forcément un peu plus affaiblie politiquement. Après presque treize années de pouvoir, elle est désormais ouvertement contestée outre-Rhin sur sa politique migratoire et souvent critiquée à l’étranger, notamment en Europe de l’Est et par Donald Trump.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-4"> ¤ Le ministre de l’intérieur et chef de file du parti d’extrême droite la Ligue veut réunir les mouvements européens « qui veulent défendre leurs frontières ».
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Article sélectionné dans La Matinale du 01/07/2018
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En Italie, Salvini lance l’idée d’une « Ligue des ligues » en Europe

Le ministre de l’intérieur et chef de file du parti d’extrême droite la Ligue veut réunir les mouvements européens « qui veulent défendre leurs frontières ».



Le Monde
 |    02.07.2018 à 00h11
 • Mis à jour le
02.07.2018 à 09h14
   





                        



   


Le ministre de l’intérieur italien et chef de file de la Ligue, Matteo Salvini, a lancé dimanche 1er juillet l’idée « d’une Ligue des ligues en Europe », réunissant les mouvements « qui veulent défendre leurs frontières », à l’occasion du rassemblement annuel de son parti souverainiste à Pontida, dans le nord de l’Italie.
« Je pense à une Ligue des ligues en Europe, qui unisse tous les mouvements libres qui veulent défendre le bien-être de leurs enfants », a lancé M. Salvini devant des milliers de sympathisants qui l’acclamaient. Plus tôt, il avait annoncé que les élections européennes de mai 2019 seraient « un référendum entre l’élite, le monde de la finance et celui du travail réel, entre une Europe sans frontières avec une immigration de masse et une Europe qui protège ses citoyens ».
« C’est une émotion indescriptible. Faites arriver le cri d’amour qui vient de Pontida », a poursuivi M. Salvini sur une grande scène où figuraient les slogans « Le bon sens au gouvernement » et « Les Italiens d’abord », leitmotiv du chef de file du parti xénophobe.
Selon les médias, quelque 50 000 personnes sont venues de toute l’Italie pour cette grand-messe du mouvement d’extrême droite organisée à Pontida, près de Bergame, où serait née, en 1167, la Ligue lombarde, une alliance de villes du nord de l’Italie contre l’empereur Frédéric Barberousse.
Macron appelé à « se laver la bouche »
Sur des stands représentant les régions de la Péninsule étaient vendus des tee-shirts à l’effigie de M. Salvini avec le slogan « La belle vie, c’est ultra fini », en référence aux récents propos du chef de la Ligue qui avait déclaré que « pour les migrants clandestins, la belle vie, c’est fini ».

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Fort du double portefeuille de vice-premier ministre et de ministre de l’intérieur, dont il est titulaire depuis un mois, M. Salvini a réussi à imposer le thème des migrants à l’agenda européen en interdisant, au début de juin, l’accès aux ports italiens aux navires des ONG portant secours aux migrants en Méditerranée. Il les accuse d’être complices des passeurs, ce qu’elles contestent avec virulence. « La décision d’ouvrir les ports ou de les fermer, c’est le ministre de l’intérieur qui la prend », a-t-il martelé dimanche.
Cette décision est à l’origine de tensions diplomatiques avec la France, cette dernière ayant accusé Rome d’« irresponsabilité » et M. Salvini rétorquant que l’Italie n’avait pas de leçons à recevoir de la part d’un pays qui, selon lui, n’a pas tenu ses engagements en matière d’accueil. Si les relations avaient semblé se réchauffer ces derniers jours entre les deux capitales, à la faveur de rencontres entre le président du conseil, Giuseppe Conte, et le président français, Emmanuel Macron, M. Salvini n’a pas changé de ton pour autant.
Avec son style sans nuances, il a conseillé vendredi à M. Macron de « se laver la bouche parce que l’Italie a fait beaucoup plus que les Français qui continuent de repousser des personnes à Vintimille », à la frontière franco-italienne.
Large adhésion des Italiens
Une ligne dure qui semble lui réussir selon les sondages, dont un récent, réalisé à la mi-juin par Ipsos, qui a montré qu’une majorité de ses compatriotes (59 %) approuvaient ses choix en matière d’immigration.
Une large adhésion dont la Ligue, alliée du Rassemblement national (RN, ex-FN) de Marine Le Pen en France, tire tout naturellement avantage : arrivée au pouvoir aux législatives, le 4 mars, avec 17 % des voix (en troisième position), elle était créditée, samedi, de 31,2 % des intentions de votes pour les élections européennes, faisant de la formation eurosceptique le premier parti d’Italie.

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La Ligue dame le pion à son allié de la coalition gouvernementale, le Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème), arrivé en tête des législatives et qui reste stable à environ 30 % des intentions de vote. Luigi Di Maio, le chef de file du M5S, devenu lui aussi vice-premier ministre (et ministre de travail), a été éclipsé par son allié, les thématiques sociales portées par le M5S (comme le revenu de citoyenneté) étant reléguées au second plan.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-5"> ¤ Alors que le gouvernement italien veut expulser 500 000 immigrés illégaux, la ville de Vénétie entend résister à l’idéologie de la peur.
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Reportage

A Padoue, les églises évangéliques voient dans l’immigration africaine « un plan céleste »

Alors que le gouvernement italien veut expulser 500 000 immigrés illégaux, la ville de Vénétie entend résister à l’idéologie de la peur.

Joëlle Stolz (Padoue, envoyée spéciale)
    



LE MONDE
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        Le 01.07.2018 à 18h15

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        Mis à jour le 01.07.2018 à 18h35






    
Des migrants à proximité du centre d’accueil de Cona, près de Padoue, le 10 juillet 2017.
Crédits : TIZIANA FABI / AFP


Difficile de ne pas remarquer les Africains de Padoue : pédalant dans les rues de cette vieille cité de Vénétie où le vélo est roi, marchant vers leur travail dans la zone industrielle, bavardant à l’ombre des parcs publics, rassemblés dans des églises de toutes obédiences lors du service dominical, lieux de retrouvailles et de solidarité.
Il y a aussi, image insolite, ce personnage noir sur les célèbres fresques de Giotto qui racontent la Passion du Christ dans la chapelle des Scrovegni. Elles datent de l’aube du XIVe siècle, lorsque s’est épanouie la « Renaissance padouane », bien avant que la peinture occidentale ne fasse d’un des rois mages un Africain.

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Aujourd’hui les Africains de Padoue, originaires de 17 pays situés au sud du Sahara, ne sont pas les plus nombreux parmi les immigrés attirés par les emplois qu’offrent les 1 300 entreprises locales : quelque 4 000 personnes dans une commune de 210 000 habitants, qui compte 16 % de non-Italiens. Mais ils sont forcément plus visibles que d’autres, et l’affaire de l’Aquarius, le bateau chargé de migrants que le xénophobe ministre de l’intérieur Matteo Salvini (la Ligue, extrême droite) a refusé de laisser accoster en Italie, a braqué les projecteurs sur cette population installée parfois de longue date.
Cantiques et musique entraînante
C’est le cas de Rose, une ancienne femme de ménage contente de toucher une modeste retraite, ou de John, un Ibo originaire du sud-est du Nigeria, employé dans l’industrie du cuir de luxe, qui s’occupe le dimanche de la sono de son église, l’ICF Padova (International Christian Fellowship). Car cantiques et musique entraînante sont de rigueur. Fondée en 1998 par un couple d’Américains, cette communauté évangélique, où se côtoient Asiatiques, Latinos et Africains, dispose au centre-ville de locaux presque cossus en comparaison des lieux délabrés dont doivent se contenter d’autres églises.
On est loin, très loin des centres d’accueil de migrants carcéraux et surpeuplés de Cona et Bagnoli di Sopra, dans le sud de la province. « Mon père, ouvrier à Padoue, m’a fait venir ici », raconte John, pilier de l’ICF avec son épouse Imo. « Elle, elle est yoruba, de l’ouest du Nigeria, nous sommes un vrai mariage mixte ! », sourit-il.

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Les fidèles de l’ICF s’inquiètent-ils des polémiques actuelles ? « Il n’y a jamais eu de gros problèmes avec les autorités de Padoue, affirme Xhuli, une jeune femme originaire d’Albanie. Elles sont trop conscientes que les migrants font des travaux que les Italiens n’acceptent plus », comme le nettoyage ou les soins aux personnes, assurés, notamment, grâce à une immigration roumaine, moldave et ukrainienne.
La majorité des Africains vivent dans les quartiers périphériques de Padoue, moins chers. Il y a parfois des tensions, comme dans les HLM de Palestro, où l’association sportive Il Quadrato Meticcio (« Le carré métissé »), qui se réclame de Nelson Mandela, s’efforce d’encourager de jeunes joueurs venus du continent, future relève du football local.
« Déclaration d’antifascisme »
Sous ses airs bourgeois, Padoue est le laboratoire d’une résistance contre l’idéologie de la peur, de l’étranger comme de l’avenir, propagée par le parti dominant dans le nord de l’Italie, la Ligue, maintenant au pouvoir à Rome.
En juin 2017, une coalition de centre gauche portait la candidature aux municipales de l’entrepreneur Sergio Giordani, président du club de football Calcio Padova : appuyée par des catholiques, les écologistes et Coalizione Civica (« coalition citoyenne »), le mouvement de « réformisme participatif » d’Arturo Lorenzoni, un universitaire, elle a réussi à battre le maire sortant, Massimo Bitonci, chef de la Ligue en Vénétie, qui était soutenu par Forza Italia, la droite berlusconienne, et les postfascistes de Fratelli d’Italia. Une récente décision du conseil municipal impose désormais à ceux qui veulent louer des espaces publics de signer une « déclaration d’antifascisme ».

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De ce conflit entre valeurs humanistes et identitaires, les églises néoprotestantes de Padoue se tiennent à distance, même si le destin des immigrés ne peut les laisser indifférentes. Car en Italie, du nord au sud, ces courants sont en plein essor. Selon le Pew Research Center, il y a 600 000 chrétiens évangéliques dans la péninsule, pour moitié immigrés : c’est la religion qui croît le plus vite au niveau mondial, après l’islam. Caritas Italiana dénombrait déjà, en 2012, quelque 850 « églises africaines néopentecôtistes » : en Campanie comme en Sicile, elles prospèrent dans les friches abandonnées par les mafias italiennes et sont un recours pour des ouvriers surexploités, victimes d’actes racistes, malgré leur style agressivement mercantile – un « business appelé Jésus », a écrit l’hebdomadaire L’Espresso.
A l’ICF Padova, le révérend Jack Richards, un Canadien, égratigne dans son sermon le « catholicisme paresseux de beaucoup d’Italiens » et vante l’éthique de la responsabilité personnelle chère aux évangéliques. Il valorise les enfants de la communauté, puisqu’ils sont « l’église de demain », et organise des rencontres avec les hommes adultes « pour qu’ils apprennent à aimer leur femme, d’ailleurs ce sont souvent les femmes qui me les envoient ! », explique-t-il.
Front commun contre la xénophobie
Ces immigrés ne sont-ils pas la chrétienté de demain ? Ils défient une religion catholique enracinée depuis dix-sept siècles, s’étonnent du culte des saints et des reliques, dont celles d’Antoine de Padoue qui attirent toujours les foules, eux qui ont répudié les croyances « idolâtres » de leurs ancêtres. Mais ces born again (« nés de nouveau ») réintroduisent aussi une vision conservatrice de la famille et une homophobie en déclin en Occident.

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Un front commun contre la xénophobie pourrait-il s’esquisser entre ces différents courants chrétiens si le gouvernement de la Ligue et du Mouvement 5 étoiles mettait à exécution son plan d’expulsion de 500 000 immigrés illégaux ? Pour l’instant, les signaux émanent du Vatican. Issu d’un monde latino-américain où les évangéliques sont incontournables, le pape François leur a tendu la main dès le début de son pontificat. D’origine argentine, il a aussi honoré, en mars, la communauté catholique Sant’Egidio, en pointe dans l’accueil des migrants. Le quotidien du Vatican, L’Osservatore Romano, a défendu le chef de l’Etat italien quand celui-ci a bloqué, en mai, la nomination d’un ministre eurosceptique, tandis que la conférence épiscopale italienne publiait, le 7 juin, un communiqué mettant en garde contre la tentation d’instrumentaliser « peurs » et « colère sociale ».
Les pasteurs de l’ICF Padova, eux, voient dans l’immigration « un plan céleste » : « L’une des façons dont Dieu touche de nouveau l’Europe, veut croire Donna, c’est à travers cette vague en provenance des autres continents. Le mouvement d’évangélisation s’est inversé. Après tout, le christianisme a commencé par une migration. »


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-6"> ¤ En plein Mondial, des milliers de Russes se sont rassemblés dimanche pour protester contre l’allongement de l’âge du départ à la retraite tandis qu’une pétition a déjà réuni plus de 2,5 millions de signatures.
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En Russie, une réforme des retraites fait chuter la popularité de Vladimir Poutine

En plein Mondial, des milliers de Russes se sont rassemblés dimanche pour protester contre l’allongement de l’âge du départ à la retraite tandis qu’une pétition a déjà réuni plus de 2,5 millions de signatures.



Le Monde
 |    01.07.2018 à 17h49
 • Mis à jour le
02.07.2018 à 06h30
    |

            Isabelle Mandraud (Moscou, correspondante)








                        



   


La liesse des supporteurs de football avait quelque peu éclipsé la colère sourde qui s’est emparée d’une bonne partie des Russes depuis l’annonce, le 14 juin, jour du coup d’envoi de la Coupe du monde 2018 en Russie, de l’allongement de l’âge de départ en retraite. Cette colère a toutefois ressurgi dimanche 1er juillet, lorsque des milliers de protestataires sont descendus dans la rue dans une vingtaine de villes.
Parfois autorisées, parfois non, ces manifestations ont épargné les villes hôtes du tournoi sportif où tout rassemblement est strictement prohibé durant la compétition. A Moscou, cependant, un archéologue de 28 ans a eu le temps de s’afficher tout nu sur la place Rouge, sans être interpellé, avec juste cette pancarte : « Dépouillé jusqu’au slip. »
Ailleurs, les manifestants se sont réunis à l’appel du principal opposant du Kremlin, Alexeï Navalny, mais aussi des communistes, hostiles à la réforme, ou de Russie juste, deux partis pourtant alliés au pouvoir au Parlement. Plus ou moins fournis, les attroupements se sont parfois mélangés. A Omsk, dans l’Oural, 4 500 participants, selon les organisateurs, ont réclamé la démission du gouvernement et du président.
Jamais, depuis 1932, date à laquelle l’âge du départ à la retraite avait été fixé sous Staline à 55 ans pour les femmes et 60 ans pour les hommes, le pouvoir n’avait osé s’attaquer à cet acquis social. « Tant que je suis président, une telle décision ne sera pas prise », avait encore promis Vladimir Poutine en 2005.

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Huit années de plus pour les femmes, cinq pour les hommes
La réforme, annoncée par le premier ministre Dmitri Medvedev, prévoit d’allonger progressivement, à partir de 2019, le seuil de départ à la retraite à 65 ans pour les hommes d’ici à 2028 et à 63 ans pour les femmes en 2034 ; huit années de plus pour les femmes, cinq pour les hommes. Cela passe mal, même si la faiblesse des pensions (183 euros en moyenne par mois) contraint des millions de retraités russes à trouver un travail d’appoint.
Les femmes sont particulièrement vulnérables. Elles doivent souvent se contenter, après 50 ans, de petits boulots pour joindre les deux bouts, alors même que leur espérance de vie a augmenté à 77,7 ans. Celle des hommes, elle, reste basse : 67,5 ans. A peine plus de deux ans après l’âge de départ à la retraite envisagée.
La mesure, couplée à une augmentation de la TVA de 18 % à 20 %, a soulevé un tollé. Une pétition, lancée par un syndicat pourtant loyal au pouvoir, a déjà réuni plus de 2,5 millions de signatures. Les arguments relayés par les chaînes de télévision publiques sur les « avantages » de la réforme, destinée selon le gouvernement à pallier le déséquilibre démographique, n’ont pas convaincu.
Et toutes les tentatives du porte-parole du Kremlin pour mettre Vladimir Poutine à l’abri de la tempête sont restées vaines. « Le thème de cette réforme concerne le gouvernement. Le président ne participe pas à ces travaux », avait pourtant affirmé Dmitri Peskov. In fine, le projet de loi, s’il est voté, devra pourtant être signé par le chef de l’Etat, réélu en mars pour un quatrième mandat.
Cote de confiance au plus bas depuis 2011
Le résultat ne s’est pas fait attendre. Plusieurs sondages attestent d’une baisse brutale de la popularité de Vladimir Poutine.
Selon une étude de l’institut VTsIOM, rendue publique le 29 juin, sa cote de confiance s’est effondrée en quelques jours pour revenir à celle de décembre 2011, avec moins de 40 % d’opinions positives. C’est le pire score enregistré par le président depuis douze ans. A la question « Soutenez-vous l’activité présidentielle ? », près de 10 % des sondés ont déjà changé d’avis entre le 14 juin et le 15 juin, au lendemain de l’annonce.
« Avant l’amortisseur, l’airbag, c’était le gouvernement. Le jeu “le tsar est bon, les boyards sont mauvais” est fini », s’est réjoui Leonid Volkov, adjoint de l’opposant Alexeï Navalny. Par crainte d’être interpellé et de devoir passer à nouveau trente jours en détention pour appel à des rassemblements illicites, ce dernier avait préféré quitter le territoire. Il n’y a eu cependant aucune interpellation parmi les foules de tous âges réunies.

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Fait rarissime, plusieurs élus ayant fait part de leur mauvaise humeur – telle la députée conservatrice Natalia Poklonskaïa, qui avait indiqué sur son compte Twitter son intention de ne pas voter la loi –, le parti Russie unie a tenu une réunion à huis clos le 22 juin pour rappeler à l’ordre les frondeurs.
« Il est inacceptable d’avoir des points de vue contradictoires dans nos rangs », a tonné le secrétaire général Andreï Tourtchak, cité par le site RBK. La réforme contestée devrait être examinée en première lecture à la Douma, la chambre basse du Parlement russe, le 19 juillet, une fois le Mondial terminé.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-7"> ¤ Le rôle des Lituaniens dans le génocide des juifs, nié sous l’ère soviétique, a depuis été étudié par des historiens locaux. Mais le sujet reste sensible dans l’opinion, et un projet de loi prévoit d’interdire la vente de contenus « déformant la vérité historique ».
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édition abonné


La Lituanie troublée par la mémoire de la Shoah

Le rôle des Lituaniens dans le génocide des juifs, nié sous l’ère soviétique, a depuis été étudié par des historiens locaux. Mais le sujet reste sensible dans l’opinion, et un projet de loi prévoit d’interdire la vente de contenus « déformant la vérité historique ».



Le Monde
 |    01.07.2018 à 12h00
    |

                            Margherita Nasi








                        



                                


                            

Etape touristique incontournable à Vilnius, le Musée des victimes du génocide est situé dans les anciens locaux de la Gestapo, qui devinrent plus tard ceux du KGB. Il propose une terrifiante plongée dans les pratiques tortionnaires. De l’autre côté de la ­Neris, les férus d’architecture contemplent le Palais des sports et des concerts, avec ses courbes en béton armé.
Si les guides font la part belle à ces constructions, ils omettent souvent d’en raconter l’histoire dans toute sa brutalité. Malgré son nom, le Musée du génocide ne consacre qu’une salle aux victimes juives – l’essentiel étant réservé aux crimes commis par les Soviétiques contre la population lituanienne, ainsi assimilés à un « génocide ». Quant au Palais des sports, il est construit sur un ancien cimetière juif où est enterré Eliyahou ben Shlomo Zalman – le Gaon de Vilna –, grande figure du monde juif ashkénaze.
Entre 1941 et 1944, près de 195 000 juifs de Lituanie ont été tués par les nazis allemands et leurs collaborateurs locaux
Tout autour, les chantiers se multiplient, rien n’est fait pour restaurer le Palais des sports, en mauvais état. Il est tentant d’en faire le symbole d’un pays qui ne sait que faire de son passé, et notamment de cette page que l’historien Saulius Suziedelis décrit comme « la plus sanglante de l’histoire lituanienne ». Le pays natal du philosophe Emmanuel Levinas et de l’écrivain Romain Gary comptait près de 200 000 juifs en 1940, et Vilnius était surnommée la « Jérusalem du Nord ». Entre 1941 et 1944, près de 195 000 juifs ont été tués par les nazis allemands et leurs collaborateurs locaux.
Héros national et collabo
Le rôle des Lituaniens dans le massacre des juifs a été rappelé par des historiens aussi sérieux que Liuda Truska ou Arunas Bubnys. Mais ont-ils vraiment été entendus ? « Des milliers de Lituaniens ont été complices des massacres en creusant les fosses communes et en redistribuant les biens, rappelle l’écrivaine Ruta...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-8"> ¤ Votée fin mai par le Parlement suédois, cette loi requiert que le consentement entre adulte soit explicite afin de lutter contre les agressions sexuelles et les viols.
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Suède : la loi renforçant le rôle du consentement dans les rapports sexuels entre en vigueur

Votée fin mai par le Parlement suédois, cette loi requiert que le consentement entre adulte soit explicite afin de lutter contre les agressions sexuelles et les viols.



Le Monde
 |    01.07.2018 à 07h47
 • Mis à jour le
01.07.2018 à 08h53
   





                        


Une loi sur le consentement sexuel, qui considère comme viol tout acte sexuel sans accord explicite, même en l’absence de menace ou de violence, entre en vigueur dimanche en Suède après que le pays a été bouleversé par la campagne #MeToo. Le texte, voté fin mai par le Parlement, prévoit désormais qu’une personne est coupable de viol dès qu’elle a accompli un acte sexuel avec une autre qui n’y a pas participé « librement ».
Auparavant, on ne parlait juridiquement de viol que si l’acte sexuel était accompagné de violence ou était accompli sous la menace. « Il n’y a absolument aucune exigence de dire oui formellement, de cliquer sur un bouton dans une appli ou quoique ce soit de cet acabit. Simplement participer physiquement est un signe de consentement », rappelle à l’agence locale TT Anna Hannell, juge qui a participé à l’élaboration de la loi.
Les tribunaux devront être particulièrement attentifs à ce que « le consentement se soit exprimé par les mots, les gestes ou d’une autre manière », autant d’éléments sur lesquels les juges devront statuer.

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Les avocats critiquent une mise en pratique difficile
Portée par la majorité sociale-démocrate et verte, la loi adoptée fin mai est très critiquée par l’ordre des avocats et le Conseil des lois qui s’interrogent sur sa mise en pratique. Pour cet organe qui émet un avis sur la régularité juridique des propositions de loi, la nouvelle législation va obliger à une évaluation arbitraire par la cour de l’existence ou non d’un consentement.
L’objectif du législateur est de changer les comportements dans un pays où l’égalité hommes-femmes est considérée comme parmi les plus abouties dans le monde. La campagne #MeToo visant à dénoncer des agressions sexuelles, déclenchée par une succession d’accusations contre le magnat de Hollywood Harvey Weinstein, a bouleversé toutes les strates de la société suédoise.
« #MeToo change les comportements et les gens comprennent à quel point la violence sexuelle est répandue », assure Ida Östensson, qui a créé la fondation Make Equal qui milite pour cette nouvelle loi depuis 2013. Selon elle, les mentalités ont déjà commencé à évoluer mais il est nécessaire d’avoir « enfin une législation qui protège l’intégrité physique et sexuelle ».
A l’automne, en Suède, plus de 10 000 femmes de tous milieux professionnels - notamment dans le bâtiment, la culture, les médias et la justice - ont pris la parole et fait campagne contre le harcèlement. « A mon avis, c’est important que la société énonce clairement ce qui est ok ou pas », estime Erik Moberg, un trentenaire suédois. « Ça donne à réfléchir sur son propre comportement et celui des autres ».
Les statistiques les plus récentes montrent qu’en 2017, plus de 7 000 plaintes pour viol ont été déposées en Suède, une hausse de 10 % par rapport à l’année précédente. Un viol est passible de six ans de prison. La peine maximale est de dix ans d’emprisonnement si la victime est mineure.

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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-9"> ¤ SOS Méditerranée a dénoncé samedi « la faillite des Etats européens », tandis que l’Italie et Malte refusaient d’accueillir le bateau d’une ONG transportant des migrants.
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Migrants : confusion après l’accord fragile conclu entre Européens

SOS Méditerranée a dénoncé samedi « la faillite des Etats européens », tandis que l’Italie et Malte refusaient d’accueillir le bateau d’une ONG transportant des migrants.



Le Monde
 |    30.06.2018 à 22h04
 • Mis à jour le
01.07.2018 à 06h30
   





                        


Au lendemain de la conclusion d’un fragile accord sur les migrants entre les vingt-huit pays de l’Union européenne (UE), la situation restait confuse en Europe samedi 30 juin.
Après des semaines de tension, les dirigeants de l’UE sont parvenus vendredi à un compromis qui propose la création de « plates-formes de débarquements » de migrants en dehors du sol européen pour dissuader les traversées de la Méditerranée.

        Lire notre édito :
         

          Immigration : le nouveau consensus européen



SOS Méditerranée dénonce « la faillite des Etats européens »

   


SOS Méditerranée, une ONG dédiée au secours des migrants en mer, a annoncé samedi que son bateau, l’Aquarius, allait prolonger son escale à Marseille, « le temps de comprendre ce qui se passe ». « Les ONG sont devenues le bouc émissaire un peu facile de la faillite des Etats européens à faire respecter les conventions maritimes », a accusé Frédéric Penard, directeur des opérations de SOS Méditerranée. Le représentant de l’ONG a notamment dénoncé « la légitimation de Tripoli comme centre officiel de coordination des sauvetages » :
« Ce soutien inconditionnel aux garde-côtes libyens nous semble incompatible avec le sauvetage en mer, car en aucun cas les ports de Libye ne peuvent être considérés sûrs »

        Lire l’interview :
         

          Migrants : « Les passeurs se désintéressent complètement de la survie des personnes »



Après le sommet européen, qui s’est conclu vendredi aux aurores à Bruxelles, « c’est la confusion la plus totale », a insisté Sophie Beau, la directrice de SOS Méditerranée : « Nous attendions des annonces sur un modèle européen de sauvetage en mer, or elles sont on ne peut plus floues », a-t-elle poursuivi.
En vingt-huit mois d’activité, l’ONG a secouru 29 319 migrants, « dont six bébés nés à bord », a précisé Mme Beau. Soit un dixième à peine des 290 000 personnes secourues par les autres navires dans la zone sur la même période, selon Frédéric Penard.
Une ONG sauve 59 migrants, son bateau attendu à Barcelone

   


L’ONG espagnole Proactiva Open Arms a pour sa part annoncé, samedi, avoir secouru en Mediterranée cinquante-neuf migrants en provenance de Libye. Son bateau se dirige désormais sur Barcelone, après avoir été prévenu par le ministre italien de l’intérieur, Matteo Salvini, qu’il était hors de question qu’il accoste dans un port de la Botte.
Proactiva Open Arms avait indiqué sur Twitter que le navire transportant les cinquante-neuf migrants se dirigeait vers « un port sûr ». En soirée, elle a annoncé qu’elle avait reçu l’autorisation d’accoster à Barcelone, ajoutant qu’elle comptait y arriver mercredi. « Malgré les obstacles, nous continuons à protéger la vie de gens invisibles. Leurs récits sur ce qu’ils ont vécu en Libye sont terrifiants », a souligné l’ONG.
M. Salvini a quant à lui affirmé sur Facebook que le bateau de Proactiva Open Arms avait atteint l’embarcation des migrants avant les gardes-côtes libyens à l’intérieur de la zone de secours libyenne. « Le port le plus proche est Malte, l’organisation et le pavillon sont espagnols : ils peuvent oublier l’idée de rejoindre un port italien », a-t-il déclaré. La veille, le ministre d’extrême droite avait prévenu que les ports de son pays seraient fermés « tout l’été » aux ONG qui secourent les migrants en Méditerranée.
De son côté, le ministre maltais de l’intérieur Michael Farrugia a contesté la version des faits exposée par M. Salvini, affirmant que les migrants avaient été secourus dans une zone située entre la Libye et le port italien de Lampedusa. « Arrêtez de répandre des informations inexactes en désignant Malte sans aucune raison », a-t-il déclaré sur Twitter.
Cette semaine, le navire de l’ONG allemande Lifeline a accosté à Malte avec à son bord 233 migrants après une odyssée d’une semaine marquée par de fortes tensions. Vendredi, trois bébés sont morts, et une centaine de personnes ont été portées disparues lors d’un naufrage au large des côtes libyennes.

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                Migrants : le navire « Lifeline » est arrivé dans le port de La Valette à Malte



Merkel annonce des accords bilatéraux avec quatorze Etats de l’UE
La chancelière allemande Angela Merkel, acculée dans son pays sur le dossier migratoire, espère résoudre dimanche in extremis une crise majeure qui menace son propre avenir politique, grâce à un durcissement de l’accueil tant au niveau national qu’européen.
Entrée en rébellion contre la politique migratoire à ses yeux trop laxiste de Berlin, l’aile la plus conservatrice de la coalition gouvernementale allemande, la CSU bavaroise, doit dire en fin d’après-midi si elle juge ou non suffisantes les mesures mises sur la table par la chancelière en matière d’asile.
La chancelière a largement répondu aux exigences de la droite bavaroise en proposant une batterie de mesures nationales et en négociant d’arrache-pied un accord européen restrictif lors du dernier sommet.

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                Allemagne : après l’accord européen sur l’asile, la CSU calme le jeu



Ce catalogue de mesures pourrait dans ces conditions marquer la fin des hostilités outre-Rhin. Les décisions du sommet de l’UE, jeudi et vendredi, ont un effet qui va « au-delà » de ce que voulait la CSU, a assuré vendredi Angela Merkel. L’Allemagne a notamment obtenu dès vendredi de la Grèce et de l’Espagne qu’elles reprennent les migrants arrivant chez elle mais enregistrés au préalable dans ces deux pays. Dans un document adressé samedi aux membres de sa coalition et dont l’Agence France-presse a obtenu copie, la chancelière a assuré avoir obtenu le feu vert de quatorze autres pays de l’UE pour des accords similaires.
Parmi eux figurent, selon Berlin, notamment la France mais aussi de farouches opposants à la généreuse politique d’accueil des réfugiés décidée par Mme Merkel en 2015, comme la Pologne, la République tchèque ou la Hongrie. L’Italie, parmi les pays en première ligne, et l’Autriche, où le conservateur Sebastian Kurz gouverne dans le cadre d’une coalition avec l’extrême droite, ne font en revanche pas partie de cette liste.
Cependant, selon Reuters, à Budapest, un porte-parole du gouvernement hongrois de Viktor Orban a démenti qu’un accord de ce genre ait été négocié avec Berlin. En Pologne, le porte-parole du ministère des affaires étrangères a aussi fait savoir que son pays n’avait pas signé l’accord évoqué. Le quotidien économique allemand Handelsblatt fait également état d’un démenti tchèque mais le premier ministre Andrej Babis, reçu dans la matinée à l’Elysée, a salué les accords trouvés lors du sommet de Bruxelles.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-10"> ¤ Analyse. Même si M. Macron a pu, ces dernières semaines, apparaître comme un protecteur des valeurs de l’Union, il reste fidèle à l’idée d’un renforcement des contrôles aux frontières extérieures, explique la journaliste du « Monde » Julia Pascual.
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-10"> ¤                     
                                                   
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Flux migratoires : la constante prudence de la France

Analyse. Même si M. Macron a pu, ces dernières semaines, apparaître comme un protecteur des valeurs de l’Union, il reste fidèle à l’idée d’un renforcement des contrôles aux frontières extérieures, explique la journaliste du « Monde » Julia Pascual.



Le Monde
 |    30.06.2018 à 10h57
 • Mis à jour le
30.06.2018 à 11h11
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            Julia Pascual








                        



                                


                            
Analyse. La crise de l’Aquarius a dessiné ces dernières semaines des lignes de fracture entre les Etats membres de l’Union européenne (UE). A côté des postures de refus de l’Italie et du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie), ou des ultimatums du ministre de l’intérieur allemand à la chancelière Angela Merkel sur la gestion des frontières, la France a pu apparaître comme portant une voix protectrice des valeurs de l’Union.
Emmanuel Macron a ainsi fustigé la « lèpre » nationaliste, dénoncé l’« irresponsabilité » du gouvernement italien ou encore rejeté la proposition d’externaliser l’examen de la demande d’asile dans des plateformes de débarquement hors UE.
« Ce n’est pas parce que l’environnement s’affaisse que la position de la France prend de la hauteur »
« Mais ce n’est pas parce que l’environnement s’affaisse que la position de la France prend de la hauteur, met en garde Jean-François Dubost, responsable du programme protection des populations d’Amnesty International. Elle est plutôt d’une certaine constance ces dernières années. » Dans les faits, M. Macron ne se départit pas de la ligne qui prévaut depuis 2014. « Face à des pays de droite et d’extrême droite, la France peut plaider le respect des règles de l’UE, mais c’est la politique du même : on est toujours sur l’idée d’un contrôle fort des frontières », observe de son côté Emmanuel Blanchard, président du réseau d’associations Migreurop.
Au sortir des discussions à Bruxelles, dans la nuit du 28 au 29 juin, le chef de l’Etat a salué sur Twitter un « accord trouvé » sur la base de « propositions françaises adoptées ». L’objectif qui, aujourd’hui, fait consensus en Europe, et auquel la France adhère, est bien celui de tarir les flux migratoires en amont de l’espace européen.
Ainsi, la ligne française se retrouve dans les conclusions du sommet, qui prévoient en...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-11"> ¤ La décision de la Cour suprême russe devrait faire jurisprudence, et les Syriens sont désormais passibles d’expulsion.
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La Russie refuse l’asile à dix Syriens car « il n’y a pas de guerre en Syrie »

La décision de la Cour suprême russe devrait faire jurisprudence, et les Syriens sont désormais passibles d’expulsion.



Le Monde
 |    30.06.2018 à 10h23
 • Mis à jour le
30.06.2018 à 18h21
    |

            Isabelle Mandraud (Moscou, correspondante)








                        



   


La Cour suprême de Russie a débouté dix ressortissants syriens de leur demande d’asile, même temporaire, au motif qu’il n’y a « pas de guerre en Syrie » mais une « opération antiterroriste ». Un onzième dossier est encore en cours d’instruction. Sa conclusion, toutefois, ne devrait pas être différente. Malgré les estimations qui font état de plus de 350 000 morts depuis le début du conflit en 2011, 5,4 millions de réfugiés à travers le monde et 6,5 millions de déplacés à l’intérieur du pays, malgré l’intervention militaire russe lancée en septembre 2015 par Vladimir Poutine pour soutenir sur le terrain son allié Bachar Al-Assad, les juges de la plus haute autorité judiciaire russe sont restés inébranlables.
La décision de la Cour suprême, révélée mercredi 27 juin par le journal Kommersant, intervient alors que l’aviation russe a repris ses bombardements, en renfort de l’offensive déclenchée par le régime contre des rebelles dans le sud de la Syrie. Mais pour les juges, « les événements qui se déroulent sur son territoire présentent les caractéristiques spécifiques d’une opération antiterroriste et non d’une confrontation classique militaire avec une ligne de front bien définie ».

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« Il n’y a pas de raison d’accorder à Zakria T. un asile temporaire », précise la notification adressée à l’un des civils syriens concernés dont Le Monde a obtenu copie, car « il n’existe pas d’éléments [prouvant] que le plaignant peut être personnellement poursuivi et faire l’objet d’un traitement inhumain en Syrie ». « Une grande partie des lieux habités en Syrie ont adhéré au régime de cessez-le-feu sur le territoire de la République arabe syrienne, des actions humanitaires s’y déroulent, et une aide médicale est fournie », peut-on encore lire.
Passibles d’expulsions
Un détail est relevé : « Il existe une liaison aérienne avec la Syrie », sans que l’on sache s’il s’agit d’accréditer l’idée qu’il n’y a « pas de guerre », ou s’il prend une connotation lourde de sens sur les retours. En tout état de cause, les onze personnes qui avaient entrepris cette ultime démarche sont désormais passibles d’être expulsées du territoire russe. « Depuis 2012, date à laquelle j’ai commencé à travailler avec des réfugiés syriens, c’est la première fois que j’entends cet argument comme quoi il n’y a pas de guerre là-bas », déplore leur avocate, Irina Sokolova, membre du réseau Migration et droit, lié à l’organisation des droits de l’homme Memorial.
Arrivés pour la plupart en 2013, les plaignants, qui souhaitent préserver leur anonymat, se sont établis à Ivanovo, une ville située à 250 kilomètres au nord-est de Moscou, attirés par des entreprises de textile en quête de main-d’œuvre. Ni pro ni anti-Bachar, ils sont ouvriers ou chauffeurs de taxi. « Certains pouvant être appelés par l’armée en Syrie, leurs familles s’étaient réunies pour rassembler de l’argent et leur payer un billet », rapporte leur avocate.
Jusqu’ici, ces migrants avaient pu obtenir l’asile temporaire, renouvelable d’année en année. Mais en janvier 2017, le ministère de l’intérieur leur a fermé la porte. Une première requête déposée au tribunal d’Ivanovo en mars 2017 s’est soldée par un échec, tout comme l’appel intenté trois mois plus tard. « Nous avons épuisé tous les recours », s’inquiète Me Sokolova.

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« Il n’y a pas de guerre en Syrie, nos militaires s’y relaxent sans doute ! Tout est calme malgré le retour de quelques cercueils », s’offusque Svetlana Gannouchkina, présidente de l’association Assistance civile spécialisée dans l’aide aux réfugiés. « Les Syriens, ajoute-t-elle, viennent là où ils peuvent fuir et notamment en Russie parce qu’ils arrivent avec des visas en bonne et due forme, de tourisme, étudiant ou pour affaire, délivrés contre de l’argent. Cette décision de la Cour suprême, la première du genre, et qui devrait faire jurisprudence, vient sans doute d’en haut, et elle est très inquiétante. »
En 2015, selon l’association, 12 000 Syriens se trouvaient sur le territoire de la Russie, mais seulement un millier d’entre eux bénéficiait d’un statut temporaire d’asile. Selon les chiffres officiels, leur nombre n’a pas progressé : en avril, ils étaient 1 047 à avoir obtenu ce fragile sésame et seulement deux ressortissants syriens ont reçu un vrai statut de réfugié.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-12"> ¤ Si Paris a réussi à inscrire cette idée à l’agenda européen, le président Emmanuel Macron n’a pas obtenu d’engagements de ses partenaires vendredi au sommet de Bruxelles.
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Budget de la zone euro : les Européens font de la résistance

Si Paris a réussi à inscrire cette idée à l’agenda européen, le président Emmanuel Macron n’a pas obtenu d’engagements de ses partenaires vendredi au sommet de Bruxelles.



Le Monde
 |    30.06.2018 à 10h21
 • Mis à jour le
30.06.2018 à 10h24
    |

            Cécile Ducourtieux (Bruxelles, bureau européen)








                        



   


Le sujet migratoire a occulté tous les autres à Bruxelles, vendredi 29 juin, mais les dirigeants européens s’y retrouvaient aussi pour un sommet spécial sur l’eurozone. Prévu de longue date, ce rendez-vous expédié en deux petites heures devait pourtant être le moment pour le président Emmanuel Macron de faire endosser par ses partenaires son projet de budget de la zone euro. Après la déclaration de Meseberg le 19 juin avec l’Allemagne, détaillant une vision franco-allemande pour une zone euro plus intégrée, la France espérait voir figurer des engagements ambitieux des 27 pays membres de l’Union européenne (UE) – sans le Royaume-Uni – dans les conclusions du sommet.
Las ! La déclaration commune à 27 s’est contentée de souligner qu’elle accueille « favorablement les contributions nationales, y compris celle présentée par la France et l’Allemagne ». Le texte note aussi que « l’Eurogroupe [qui réunit les ministres des finances de la zone euro] examinera de manière plus approfondie toutes les questions mentionnées dans la lettre » de son président Mario Centeno, qui signale le lancement d’une réflexion sur un budget commun.
« Avancer par temps calme »
« Il y a trois mois, tout le monde disait : jamais vous n’aurez un accord, ne serait-ce qu’avec les Allemands, sur un budget de la zone euro, a déclaré M. Macron vendredi. Je ne suis pas un fétichiste. Mais cette séance n’était pas une séance d’écriture, et nous allons maintenant travailler pour construire sur cette base un accord européen à 19 [les membres de la zone euro]. » 
« Je veux que nous puissions avancer par temps calme », a ajouté le chef d’Etat français, faisant allusion à tous ceux, très nombreux dans l’UE, y compris dans le parti de la chancelière allemande Angela Merkel, l’Union chrétienne-démocrate (CDU), qui estiment qu’en ces temps de croissance retrouvée, la zone euro n’a pas besoin de réformes, juste de stabilité. 

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Même s’il est parvenu à inscrire le « budget de l’eurozone » à l’agenda européen – c’est une performance pour un sujet aussi controversé –, le président français fait face à une forte hostilité sur ce sujet. De nombreux dirigeants européens continuent à refuser tout concept de pot commun. Pas question, résument-ils, de payer pour la mauvaise gestion des autres capitales.
Rappel des « nonistes »
Trois jours à peine après la déclaration de Meseberg, le ministre des finances néerlandais, Wopke Hoekstra, battait déjà le rappel des « nonistes », avec un courriel au président de l’Eurogroupe pointant « les larges divergences existant sur la nécessité d’un budget de l’eurozone ».
« Il n’y a clairement pas de consensus sur le fait de commencer à y travailler » ni sur la possibilité d’utiliser une future taxe sur les transactions financières (TTF) pour financer ce budget commun, ajoutait ce ministre conservateur du gouvernement du libéral Mark Rutte. Dans son message, M. Hoekstra cite d’autres collègues (letton, luxembourgeois, belge, autrichien, estonien, suédois, finlandais…) censés partager ses réticences.

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                Mario Centeno : « L’euro est sorti plus fort encore de la crise »



Depuis, les ministres luxembourgeois et irlandais se sont légèrement désolidarisés. Et de fait, ce sont davantage les ambitions en matière d’harmonisation de l’impôt sur les sociétés qui leur posent problème. Mais les Néerlandais restent intransigeants : « Nous disposons déjà d’un budget de la zone euro : les 200 milliards d’euros dépensés dans les fonds structurels, les fonds de cohésion ou la politique agricole » au sein du budget de l’UE, a déclaré M. Rutte vendredi.



                            


                        

                        


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Procès des taux d’intérêt Euribor : des coupables trop parfaits

Pour la première fois, un des tradeurs français accusés dans le dossier de la manipulation du taux interbancaire européen, s’exprime publiquement. Il vient d’être jugé coupable « in absentia » à Londres.



Le Monde
 |    30.06.2018 à 08h10
 • Mis à jour le
01.07.2018 à 06h29
    |

            Eric Albert (Londres, correspondance)








                        



                                


                            
Le premier est réservé, prudent, un peu avare de ses mots. C’est aussi un tradeur-né, prêt à tout miser ou à tout abandonner d’un coup, selon l’opportunité. C’est ce qu’il a fait en mars, en décidant de plaider coupable à la surprise générale. Désormais en prison, il attend de connaître sa peine, qui devrait s’élever au minimum à quatre ou cinq ans de prison ferme.
Le second est plus extraverti, plus nerveux aussi. Il a choisi au contraire de fuir la justice britannique, préférant être jugé in absentia que de comparaître à un procès qu’il estime biaisé. Vendredi 29 juin, le verdict est tombé : il a été reconnu coupable de « complicité de fraude ».
A en croire le Serious Fraud Office (SFO), l’équivalent britannique du Parquet national financier, Christian Bittar et Philippe Moryoussef, deux Français, ont été les architectes d’une des plus grandes fraudes financières de l’histoire récente.
Pendant les années folles menant à la crise, de 2005 à 2009, ils ont manipulé à grande échelle l’Euribor, un taux servant de référence à 180 000 milliards de dollars (154 500 milliards d’euros) de produits financiers. Plusieurs dizaines d’autres courtiers étaient impliqués, dont quatre autres sont jugés dans le même procès. Achim Kraemer, de Deutsche Bank, a été jugé non coupable. Carlo Palombo, Colin Bermingham et Sisse Bohart, de Barclays, attendent leur verdict. Les peines de prison seront prononcées dans les prochains jours.

Ces anciens tradeurs incarnent des coupables parfaits. De 2005 à 2009, M. Bittar, qui était à la Deutsche Bank, était l’un des mieux payés au monde : il a touché 57,8 millions de livres (65,2 millions d’euros). M. Moryoussef, qui travaillait chez Barclays sur la période jugée (2005-2007 dans son cas), était un petit joueur en comparaison : 1,2 million de livres.
« Bouc émissaire »
Depuis deux ans et demi, Le Monde est en contact régulier avec les deux hommes. Nous avons suivi leur combat...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-14"> ¤ Le texte conclu dans la nuit de jeudi à vendredi par les Vingt-Huit réunis en sommet à Bruxelles n’apporte pas de réponses opérationnelles très concrètes.
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Article sélectionné dans La Matinale du 29/06/2018
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Après les satisfecit, premiers doutes sur l’« accord » migration européen

Le texte conclu dans la nuit de jeudi à vendredi par les Vingt-Huit réunis en sommet à Bruxelles n’apporte pas de réponses opérationnelles très concrètes.



Le Monde
 |    30.06.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
30.06.2018 à 10h41
    |

            Jérôme Gautheret (Rome, correspondant), 
Cédric Pietralunga, 
Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, bureau européen) et 
Cécile Ducourtieux (Bruxelles, bureau européen)








                        



                                


                            

Les autocongratulations et les satisfecit ont vite laissé place aux premiers doutes, vendredi 29 juin, suite à l’accord sur les migrations négocié durant la nuit précédente lors du sommet à Vingt-Huit de Bruxelles. Un accord, oui, mais qui n’apporte pas de réponses opérationnelles très concrètes et suscite déjà maintes critiques.

A-t-il durablement apaisé les tensions entre les pays européens, ceux du bassin méditerranéen, qui réclament davantage de solidarité, et ceux de l’Est qui continuent obstinément à la leur refuser ? Permettra t-il d’éviter d’autres images désastreuses après les errances des bateaux Aquarius et Lifeline ? Calmera-t-il Matteo Salvini, le ministre italien de l’intérieur, qui a déclenché la crise politique actuelle en fermant les ports de son pays aux migrants récupérés par les ONG ?
A écouter le président du Conseil italien Giuseppe Conte, quelques heures après la conclusion de l’accord, la voix de Rome, qui menaçait de bloquer l’ensemble du Conseil européen, avait enfin été entendue. « Je suis satisfait. Bien sûr, si j’avais eu à écrire le texte, je l’aurais fait différemment, mais nous étions Vingt-Huit », a-t-il confié, vendredi matin, avant de lancer, en montant dans sa voiture : « Maintenant, je pars continuer le combat. »
« Ce qui m’intéresse ce sont les actes »
Mais dès le milieu de matinée, les messages plus négatifs ont afflué : « Aucun engagement contraignant et seulement des choix volontaires pour les demandes italiennes. Un résultat faible. L’Italie affaiblie. Les pays de l’Est crient victoire », analysait le secrétaire par intérim du Parti démocrate (PD, centre gauche), Maurizio Martina.
A la mi-journée, M. Salvini lui-même déclarait : « Je ne me fie pas aux paroles, ce qui m’intéresse ce sont les actes. » « Pour une fois, Matteo Salvini a raison. La mission de Conte au Conseil européen a été un véritable flop », répliquait, dans un...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-15"> ¤ Emmanuel Macron a dénoncé la position du diplomate, qui se félicite de la « gestion des mouvements migratoires » de Viktor Orban.
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Pour l’ambassadeur de France à Budapest, la Hongrie est un « modèle »

Emmanuel Macron a dénoncé la position du diplomate, qui se félicite de la « gestion des mouvements migratoires » de Viktor Orban.



Le Monde
 |    30.06.2018 à 00h24
 • Mis à jour le
30.06.2018 à 06h39
    |

            Blaise Gauquelin (Vienne, correspondant)








                        



   


Peut-on représenter la France en Hongrie et parler comme le premier ministre du pays, Viktor Orban ? C’est en substance la question qui a été posée au président de la République Emmanuel Macron, lors de la conférence de presse ayant suivi, vendredi 29 juin, la dernière réunion du Conseil européen.
Auparavant, Mediapart avait révélé le contenu d’une note diplomatique, rédigée le 18 juin par Eric Fournier, l’ambassadeur de France à Budapest, entré au Quai d’Orsay en 1987.
Ce dernier, nommé à ce poste en 2015, y fustigeait la « presse française et anglo-saxonne », soupçonnée de vouloir détourner l’attention du « véritable antisémitisme moderne », celui des « musulmans de France et d’Allemagne », en continuant d’accuser la Hongrie d’antisémitisme, ce qui ne serait qu’un « fantasme de journalistes étrangers ». Ces derniers devraient, au contraire, saluer selon lui un « modèle » à suivre pour sa « gestion des mouvements migratoires illégaux ».
« Magyarophobie »
Le président français s’est vu obligé de rappeler que la note rédigée par M. Fournier ne correspondait « en rien à la position officielle française ». « Si une preuve m’était apportée que de tels propos aient été tenus publiquement, alors cet ambassadeur serait révoqué. » Selon nos informations, Eric Fournier devait de toute façon quitter ses fonctions à la mi-juillet.
Le Monde et d’autres médias sont régulièrement accusés de « magyarophobie » par des relais d’opinions, proches du gouvernement de Viktor Orban, un dirigeant épinglé par l’Union européenne (UE), l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et les Nations unies (ONU) pour ses entorses à l’Etat de droit. Ces relais sont parfois rejoints par certains élus français, dans les rangs des Républicains (LR) ou du Rassemblement national (RN, ex-Front national).
Alors que d’autres ambassadeurs en poste à Budapest, comme ceux du Canada ou de la Suède, prennent le risque de dénoncer publiquement les atteintes aux libertés en Hongrie, le représentant officiel de l’Etat français reprend à son tour, dans cette note, les éléments de langages conspirationnistes, traditionnellement véhiculés par M. Orban. Il dénigre le travail de la presse de son propre pays et s’en prend à des compatriotes de confession musulmane.
Attaques sur les rédactions
En cela, il épouse les méthodes du pays où il réside, car Reporters sans frontières (RSF) dénonce régulièrement les attaques subies par les rédactions à Budapest. « Depuis son retour au pouvoir en 2010, le gouvernement hongrois a considérablement changé les règles du jeu médiatique et contribué à l’érosion du pluralisme en soumettant le service public à un contrôle éditorial étroit et en favorisant l’achat de médias indépendants par des hommes d’affaire alliés du pouvoir », explique Pauline Adès-Mével, la responsable du bureau UE/Balkans à RSF.
En poste en Géorgie entre 2007 et 2011, Eric Fournier s’était déjà illustré par un caractère impétueux. « Ambassadeur le plus fou à Tbilissi », comme l’avait qualifié un jour en plaisantant le président de l’époque, Mikheïl Saakachvili, il entretenait des liens d’amitié très décriés par ses collègues avec le milliardaire Bidzina Ivanichvili. Il avait aidé ce dernier à obtenir la nationalité française. L’oligarque était devenu ensuite premier ministre de Géorgie.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-16"> ¤ Les élus de l’île ont voté à l’unanimité, vendredi 29 juin, une motion demandant la création d’une commission pour « trouver des solutions pour un accueil efficace des migrants ».
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-16"> ¤                     
                                                

L’Assemblée corse vote une motion pour l’accueil des migrants

Les élus de l’île ont voté à l’unanimité, vendredi 29 juin, une motion demandant la création d’une commission pour « trouver des solutions pour un accueil efficace des migrants ».



Le Monde
 |    29.06.2018 à 21h35
   





                        



   


L’Assemblée corse a réaffirmé vendredi 29 juin sa volonté d’accueillir des migrants en votant à l’unanimité une motion en ce sens, déposée par Jean-Charles Orsucci, maire de Bonifacio et leader du groupe La République en marche à l’Assemblée corse.
Dans cette motion, les élus corses affirment être « favorable[s] à l’accueil des migrants », et demandent « la création d’une commission ad hoc composée de membres de l’Assemblée de Corse, de présidents d’intercommunalités, de maires et des services de l’Etat chargée de trouver des solutions pour un accueil efficace des migrants ».

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Recadrage de la préfète
Lundi, le président nationaliste de l’Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, s’était dit « disposé à porter secours » aux migrants recueillis sur le navire humanitaire Lifeline, que l’Italie refusait de laisser accoster. Il avait été aussitôt recadré par la préfète de Corse, Josiane Chevalier, qui affirmait qu’une telle décision « appartient à l’Etat français » et non à une collectivité territoriale.
« La position de la majorité de notre collectivité n’a pas vocation à changer », avait précisé lundi Jean-Guy Talamoni estimant que « tous les pays de la Méditerranée » devaient être prêts à porter secours aux migrants dès l’instant où il y a un navire avec des personnes à bord en situation d’urgence.

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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-17"> ¤ Après l’accord entre les Vingt-Huit sur la question migratoire, Jean-Pierre Stroobants, correspondant au bureau européen du « Monde », à Bruxelles, a répondu à vos questions.
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« L’Italie a obtenu, de fait, un enterrement du règlement de Dublin sur les migrants »

Après l’accord entre les Vingt-Huit sur la question migratoire, Jean-Pierre Stroobants, correspondant au bureau européen du « Monde », à Bruxelles, a répondu à vos questions.



Le Monde
 |    29.06.2018 à 17h34
 • Mis à jour le
29.06.2018 à 19h12
   





                        



   


Malgré l’accord conclu dans la douleur vendredi 29 juin à Bruxelles, les Européens sont loin d’avoir mis fin aux querelles sur les migrations. Le texte des Vingt-Huit, qui propose notamment la création de « plateformes de débarquements » de migrants en dehors de l’Union européenne, soulève d’ores et déjà de nombreuses questions sur sa mise en pratique ainsi que de sévères critiques de la part d’ONG.
Jean-Pierre Stroobants, correspondant au bureau européen du Monde à Bruxelles, a répondu aux questions des internautes sur les réponses politiques à la crise migratoire en Europe.

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Marc B : Est-ce vraiment une victoire pour le gouvernement populiste italien ? Si oui, est-ce que ça veut dire qu’il suffira désormais aux gouvernements de menacer et d’exiger pour obtenir ce qu’ils veulent ?
Jean-Pierre Stroobants : Le débat engagé résulte clairement de la pression de ce nouveau gouvernement, et singulièrement du ministre de l’intérieur, Matteo Salvini. Mais la présidence autrichienne de l’Union européenne — qui démarre le 1er juillet — aussi : le chancelier Kurz est, comme on le sait, associé au Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ), parti xénophobe. Avec le Danemark, l’Autriche a proposé l’installation de camps de rétention dans les Balkans, idée abandonnée. Il y a donc la pression des populistes, oui, mais aussi la sanction de la trop longue inaction des partenaires de l’Italie quand la crise migratoire était à son comble. C’est elle qui a aussi favorisé, entre autres facteurs, l’arrivée d’un gouvernement de populistes antisystème au pouvoir à Rome. On peut ajouter que le discours récurrent des pays de l’Est, Hongrie en tête, a aussi entraîné une focalisation sur ce sujet qui, en réalité, est beaucoup moins prégnant aujourd’hui compte tenu de la diminution du nombre des arrivées de migrants.
Chabi : Alors que le gouvernement dit chercher un équilibre entre fermeté et humanité, le mouvement Génération. s ne voit que « marasme et inhumanité » dans les « solutions » du Conseil européen. Est-ce qu’il y a des aspects visant l’amélioration de l’accueil des réfugiés dans le texte adopté hier ?
J.-P. S. : La thèse des dirigeants « humanistes » européens est qu’éviter les traversées de la Méditerranée est une bonne chose – 1 000 personnes sont mortes ainsi depuis le début de l’année, sans doute près de 40 000 en tout. D’où les tentatives de négocier avec les pays de transit et de départ. On ignore tout, pour le reste, des conditions qui prévaudront dans les « centres de contrôle » prévus pour l’accueil sur le pourtour méditerranéen. On ignore d’ailleurs où, quand et même s’ils verront jamais le jour. Les dirigeants affirment, en tout cas, que les demandes d’asile seront examinées plus rapidement. A ce stade, il n’y a pas d’autre garantie.
Savoyard : Les règlements de Dublin sont manifestement un facteur aggravant de la crise plutôt qu’une solution, faisant porter un poids excessif sur les pays de première ligne, tels que la Grèce et l’Italie, et expliquant les rejets des pays des Balkans. Ne pourrait-on pas envisager un « titre de circulation européen » à durée limitée, comparable au « passeport Nansen » de l’entre-deux-guerres, permettant aux migrants de demander ensuite le statut de réfugié dans le pays leur paraissant le plus adapté ?
J.-P. S. : Le règlement « Dublin III » reste en vigueur et, promettent les membres du Conseil européen, il peut et doit encore être réformé. Ils feront le point en octobre. En réalité, le processus est bloqué et l’Italie a obtenu hier une sorte d’enterrement de fait de ce texte. Le titre de circulation ? Personne ne l’évoque et ne semble prêt, dans le contexte de crispation actuelle, à l’envisager. Surtout les pays qui sont clairement les destinations favorites des demandeurs : Allemagne, Suède, France, Belgique, etc.
Sylvain : Qu’est-ce qu’un système « volontaire » de centres dits « contrôlés » ?
J.-P. S. : Les centres « contrôlés » seront, en quelque sorte, des postes d’accueil (« hot spots » antérieurement) où les arrivants seront confinés (sans que les modalités soient précisées) en attendant une réponse quant à leur demande d’asile. Ils devraient ensuite être répartis dans l’Union – si leur demande est acceptée – ou renvoyés vers leur pays d’origine. Ce qui pose d’autres questions, non résolues, sur les réadmissions. Le système est « volontaire » parce que les pays ne seront pas obligés d’établir de tels centres sur leur territoire.

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Glen Campbell : Ne serait-il pas plus simple pour tout le monde de réviser le droit maritime, afin de permettre aux navires portant secours de débarquer les migrants secourus en Afrique ? Cela porterait un coup au business des passeurs, sauverait des vies et enrayerait la vague populiste en Europe…
J.-P. S. : Je ne suis pas un spécialiste du droit maritime et de ses possibles réformes. Le droit humanitaire s’impose également aux Européens. Et je ne pense pas que débarquer les migrants en Libye ou dans certains autres pays africains en garantirait le respect. Vous avez lu, comme moi, les nombreuses dénonciations de la situation des migrants en Libye – sur laquelle l’Europe préfère d’ailleurs largement fermer les yeux. On nous redit, certes, vieux refrain, qu’il s’agit d’aider davantage ces pays et leurs communautés pour éviter les départs. M. Conte a au moins raison de demander à ses partenaires d’alimenter d’abord, comme ils l’avaient promis, le Fonds pour l’Afrique prévu à cette fin.
Alex : Les journaux italiens ont commencé par se réjouir de l’accord, à la suite des déclarations du président du conseil italien. Depuis, c’est la stupéfaction chez les mêmes journaux, une fois qu’ils ont analysé les conclusions du Conseil. Qu’en est-il au final ? N’y a-t-il eu que des concessions symboliques à l’Italie ?
J.-P. S. : M. Conte, comme indiqué plus haut, a surjoué la communication sur le thème « Nous avons gagné, l’Italie n’est plus seule ». Il y a eu une réelle prise en compte des difficultés de l’Italie, qui souligne à juste titre qu’elle a accueilli de 700 000 à 800 000 personnes en quelques années sans bénéficier du soutien nécessaire (outre financier) de ses partenaires. M. Conte a obtenu l’inscription dans les conclusions que tous les navires opérant en Méditerranée ne pouvaient pas faire obstacle aux opérations des gardes-côtes libyens. Au-delà ? Tout dépendra de la traduction en actes des promesses formulées hier : création « volontaire » de centres contrôlés le long de la Méditerranée, répartition « volontaire » des réfugiés… La presse italienne a donc raison, même si elle réagit un peu tard, de douter du bilan.
Citoyen européen : Quand je regarde cet accord avec maintien de Dublin et la création, sur une base volontaire, de centres gérés par l’UE, mais sur les pays d’arrivée – donc toujours la Grèce et l’Italie – je ne vois pas ce qui change par rapport à la veille de cette réunion…
J.-P. S. : On ne parle pas d’une gestion des éventuels centres par l’UE mais d’un « soutien » de celle-ci… On évoque aussi une gestion par le HCR, mais pour appuyer les Etats. Les questions que vous posez sont aussi celles que se posent beaucoup de ceux qui ont assisté à ce sommet… La communication a été bien menée, surtout par M. Macron et, dans son genre, par M. Conte. La réalité, une fois encore, est qu’il y a moins d’arrivées aujourd’hui, compte tenu notamment des effets de décisions antérieures (renforcement de la garde côtière libyenne, accord avec la Turquie, etc.) Donc la crise n’est pas « migratoire », mais « politique ». Ce qui renvoie aux considérations évoquées ci-dessus sur les situations nationales (Italie, Allemagne, Autriche, pays de Visegrad…) et la réelle portée des conclusions adoptées cette nuit.

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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-18"> ¤ Depuis sa création, en 1951, cette organisation défendant l’apport des migrations avait quasiment toujours été dirigée par un Américain. Le Portugais Antonio Vitorino a été désigné au quatrième tour du scrutin.
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Un Européen élu à la tête de l’agence de l’ONU pour les migrations

Depuis sa création, en 1951, cette organisation défendant l’apport des migrations avait quasiment toujours été dirigée par un Américain. Le Portugais Antonio Vitorino a été désigné au quatrième tour du scrutin.



Le Monde
 |    29.06.2018 à 17h01
 • Mis à jour le
29.06.2018 à 17h05
   





                        



   


Pour la première fois depuis les années 1960, le prochain directeur général de l’agence de l’ONU pour les migrations ne sera pas américain. Ken Isaacs, candidat de Donald Trump, a été recalé vendredi 29 juin de l’élection du dirigeant de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) au profit d’Antonio Vitorino, le candidat portugais.
L’OIM, qui compte 172 Etats membres, ne cesse de défendre l’apport que représentent les migrations pour les différents pays du monde. Depuis sa création, en 1951, elle avait toujours été dirigée par un Américain, hormis entre 1961 et 1969, quand le Néerlandais Bastiaan Haveman avait été désigné à sa tête.
Des propos antimusulmans sur les réseaux sociaux
Ken Isaacs a sans doute payé la politique de « tolérance zéro » du président Trump, mais également ses propres déclarations, notamment sur les réseaux sociaux. Cet ancien vice-président de l’ONG humanitaire chrétienne Samaritan’s Purse avait par exemple affirmé, dans des tweets désormais effacés, que le Coran « ordonne » aux musulmans de commettre des actes de violence et suggéré que les réfugiés chrétiens devraient avoir la priorité sur eux. Il avait exprimé ses « regrets » pour ces commentaires « imprudents » et le département d’Etat avait jugé « approprié » qu’il présente ses excuses.

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Antonio Vitorino a occupé les fonctions de ministre de la présidence et ministre de la défense (1995-1997), lorsque l’actuel secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres était premier ministre du Portugal. Auparavant, il avait été élu député au Portugal en 1980.
Il a également été commissaire européen à la justice et aux affaires intérieures (1999-2004). Depuis son départ de la politique en 2005, M. Vitorino a notamment travaillé comme associé au sein du cabinet Cuatrecasas, Gonçalves Pereira & Associados, selon l’OIM.
Elu au quatrième tour de scrutin d’une élection qui a duré cinq heures, il succède à l’Américain William Lacy Swing, qui a effectué deux mandats de cinq ans à la tête de l’OIM après avoir été le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en République démocratique du Congo (RDC) de mai 2003 à janvier 2008. Le nouveau directeur général est désigné au moment où les 28 dirigeants de l’Union européenne, réunis en sommet à Bruxelles, sont parvenus à un accord sur le dossier migratoire.

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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-19"> ¤ L’universitaire turc analyse les raisons de la victoire du parti islamo-conservateur AKP, champion d’une Turquie nationaliste et pieuse, en rappelant les limites politiques et économiques de l’« hyperprésident ».
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Soli Ozel : « Les Turcs aiment en Erdogan ce que les étrangers détestent en lui »

L’universitaire turc analyse les raisons de la victoire du parti islamo-conservateur AKP, champion d’une Turquie nationaliste et pieuse, en rappelant les limites politiques et économiques de l’« hyperprésident ».



Le Monde
 |    29.06.2018 à 15h31
 • Mis à jour le
29.06.2018 à 16h03
    |

            Marc Semo et 
Sylvie Kauffmann








                        



                                


                            
Après les élections en Turquie qui, le 24 juin, ont donné une nouvelle victoire au président Recep Tayyip Erdogan avec 53 % des suffrages et la majorité à son parti, l’AKP (Parti de la justice et du développement) et à ses alliés du MHP (Parti d’action nationale) au Parlement, l’universitaire turc Soli Özel, chercheur invité auprès de l’Institut Montaigne, à Paris, analyse l’impact de ce scrutin.

La démocratie est-elle morte en Turquie ?
Elle est en panne, blessée, mais elle n’est pas morte. Pas plus que dans d’autres parties du monde, où des leaders populistes sont confortés par le suffrage universel, scrutin après scrutin. Les résultats de l’élection sont ce qu’ils sont, mais il faut aussi reconnaître l’immense énergie déployée par l’opposition, même si cela n’a pas été suffisant pour ébranler les partisans de Recep Tayyip Erdogan et de l’AKP.
Ce n’était pas une élection à la russe. Le peuple s’est mobilisé avec un taux de participation de 87 % et, pour autant que l’on sache, il n’y a pas eu de fraude majeure, même si les observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ont critiqué l’iniquité de la campagne, notamment dans l’accès aux médias. Les scores élevés recueillis par le MHP dans certaines zones du Sud-Est à majorité kurde n’en suscitent pas moins la perplexité.
De facto, Recep Tayyip Erdogan avait déjà tous les pouvoirs. Qu’est-ce qui change, avec ce scrutin ?
La concentration du pouvoir sera immense, plus encore qu’elle ne l’est, car elle est désormais institutionnalisée par la nouvelle constitution, approuvée d’une très courte majorité lors du référendum d’avril 2017. On ne sait pas encore exactement comment va être réorganisée l’administration, ni quelles seront précisément les fonctions des ministres choisis par le président et qui travailleront directement sous ses ordres. Mais l’on sait déjà que le cabinet sera réduit à seize ou dix-huit...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-20"> ¤ La nature et l’ampleur des enjeux auxquels l’Europe est confrontée appellent des solutions paneuropéennes que notre système politique communautaire fragmenté est incapable d’aborder et de mettre en place, estime Alberto Alemanno, professeur de droit à HEC, dans une tribune au « Monde ».
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« Les partis transnationaux sont l’engrais d’une politique véritablement européenne »

La nature et l’ampleur des enjeux auxquels l’Europe est confrontée appellent des solutions paneuropéennes que notre système politique communautaire fragmenté est incapable d’aborder et de mettre en place, estime Alberto Alemanno, professeur de droit à HEC, dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    29.06.2018 à 15h19
    |

Alberto Alemanno (Professeur de droit à HEC et à la New York University School of Law à Paris, fondateur de The Good Lobby)







                        



                                


                            

Tribune. A moins d’un an des élections européennes, la dimension politique de l’Union européenne est en train de dévoiler ses limites. Le dernier sommet européen en apporte la confirmation [Conseil européen des 28-29 juin]. Bien que l’intégration européenne influence de plus en plus la vie des citoyens, le système politique européen, et en particulier sa capacité de représentation politique, n’a toujours pas rattrapé son retard.
Même s’ils votent directement pour leurs représentants au Parlement européen depuis 1979, les citoyens de l’Union européenne le font à des dates différentes, selon différentes lois électorales, et pour soutenir des candidats sélectionnés par des partis nationaux sur la base de programmes nationaux. Si les partis politiques paneuropéens ont bien reçu une reconnaissance institutionnelle et des ressources financières au fil du temps, ils sont toujours constitués de fédérations extra-parlementaires des partis nationaux.

En conséquence, après plus de soixante ans d’existence, l’Union européenne manque de partis politiques capables de promouvoir un véritable espace transnational de débat politique et de dialogue, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des institutions. Malgré l’interdépendance croissante des Etats en matière de politiques publiques – allant des politiques économiques et environnementales aux règlements de protection des données –, les citoyens semblent condamnés à être exposés exclusivement à des débats nationaux sur la direction que l’Union européenne doit prendre.
Tentatives pour européaniser le jeu électoral
Cette compétition nationale s’illustre d’ailleurs dans le traitement médiatique de l’Union européenne : en regardant l’Europe à travers le prisme de l’Etat-nation, les journalistes comme les hommes politiques n’envisagent les politiques européennes que sous l’angle des avantages et des inconvénients pour chaque pays membre. L’éternel absent ? L’intérêt supérieur de l’Union...




                        

                        

