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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ Auteure, éditrice, musicienne, elle abordait son histoire familiale en 2011, avec « Emportée », sur sa mère, Tina Jolas. Aujourd’hui, « Debout sur le ciel » raconte son père, le poète André du Bouchet.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤                     
                                                   
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Paule du Bouchet sur les traces des siens

Auteure, éditrice, musicienne, elle abordait son histoire familiale en 2011, avec « Emportée », sur sa mère, Tina Jolas. Aujourd’hui, « Debout sur le ciel » raconte son père, le poète André du Bouchet.



Le Monde
 |    30.06.2018 à 09h00
    |

                            Xavier Houssin (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Elle garde derrière son sourire comme une inquiétude qui ne se dissipe pas complètement. Un peu à l’image de cette journée de fin de printemps à Paris où le ciel bleu se fonce par moments de nuages lourds, mais que le vent emporte. Il fait chaud. Paule du Bouchet a ouvert en grand les fenêtres de son appartement. Dans leurs jardinières, sur le balconnet, les buis frémissent. « Sur une déchirure des airs/ qui transhument – comme, dehors, la porte rouverte/ aussitôt./ Le souffle. Tant que j’ai souffle », écrivait, dans L’Ajour (Gallimard, 1998), son père, le poète André du Bouchet (1924-2001).
Elle vient de lui consacrer un récit d’une grande intimité. Loin du propos biographique, ou de l’exercice de piété filiale, Debout sur le ciel natte doucement les impressions, les mots, les paysages, les visages. C’est un livre des liens. Ils s’enchevêtrent, se détendent, se resserrent encore. Un livre avancé dans le « chemin faisant » de longues promenades vives, de traversées en plein champ. La mémoire y fait d’étranges allers-retours. « J’ai été étonnée, en écrivant, explique Paule du Bouchet, de rencontrer mon père sans presque le chercher. Alors que tant de fois, en parlant de lui, j’avais eu le sentiment de m’en éloigner. » Elle porte ce texte en elle depuis très longtemps. « Mon père est mort le 19 avril 2001, le jour de mon anniversaire. Celui de mes 50 ans. Passé le saisissement de ce rapprochement, j’ai compris qu’il s’agissait d’un don qu’il m’avait fait et que, au fond, cela racontait très particulièrement mon histoire. Ma relation avec lui. Et qu’il allait être nécessaire, à un moment, de mettre cela en mots. »
Des souvenirs douloureux
Elle avait commencé d’en tracer les premiers en 2007 dans la revue de Pierre-Yves Soucy, L’Etrangère, dont deux volumes étaient consacrés à André du Bouchet (n° 14-15 et n° 16-17-18, La Lettre volée). « L’évocation du souvenir, y écrivait-elle,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Le chiffre d’affaires des éditeurs a baissé de 1,6 % l’an dernier en France, s’établissant à 2,79 milliards d’euros.
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2017, une mauvaise année pour l’édition

Le chiffre d’affaires des éditeurs a baissé de 1,6 % l’an dernier en France, s’établissant à 2,79 milliards d’euros.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 13h00
    |

            Nicole Vulser








                        



                                


                            

En petite forme. Le chiffre d’affaires des éditeurs a baissé de 1,6 % en 2017, à 2,79 milliards d’euros, selon l’étude annuelle publiée, jeudi 28 juin, par le Syndicat national de l’édition (SNE). Sur ce total, les ventes de livres en France ont chuté de 1,9 %, à 2,65 milliards en 2017, alors que les cessions de droits (qui permettent de donner une nouvelle vie aux ouvrages, en les publiant en poche, en traduction ou en adaptation audiovisuelle) ont augmenté de 4,3 %, à 138 millions, permettant d’adoucir quelque peu la chute. 
« 2017 restera comme une mauvaise année, comme toutes les années électorales. Les éditeurs ont retenu leurs bons livres au premier semestre pour concentrer leur tir au second, si bien que même les best-sellers se sont cannibalisés », explique Vincent Montagne, président du SNE et PDG de Média Participations, qui a acquis les éditions La Martinière, fin 2017.
Les ventes des cinq premiers mois de 2018 sont reparties à la hausse. Même le mois de mai, ponctué d’une série de jours fériés qui assèchent habituellement le portefeuille de tous ceux qui partent en week-end, a redonné le sourire aux libraires, assure M. Montagne.
L’édition numérique poursuit sans relâche sa croissance
La production éditoriale, elle, ne faiblit pas : les éditeurs ont sorti 104 671 titres en 2017 (+ 1,1 %) dont 47 538 nouveautés – soit 130 par jour ! – et 57 133 réimpressions. Cette inflation s’effectue au détriment des tirages qui continuent de baisser : – 6,5 %, à 5 341 exemplaires en moyenne. Les différents segments de l’édition ne sont pas logés à la même enseigne. Seuls trois sur treize ont réussi à croître l’an dernier : la littérature, les BD et mangas ainsi que les ouvrages de documentation. En revanche, les essais et documents, la religion, les cartes géographiques ont vu leurs ventes dégringoler, tandis que la jeunesse, historiquement dynamique, s’est trouvée en difficulté (– 6,6 %). En baisse moins marquée, arrivent...




                        

                        


<article-nb="2018/06/30/19-3">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Nouvelle traduction de l’ouvrage fondateur de la phénoménologie, texte majeur de la pensée du XXe siècle et toujours influent.
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Une révolution philosophique signée Husserl

Nouvelle traduction de l’ouvrage fondateur de la phénoménologie, texte majeur de la pensée du XXe siècle et toujours influent.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h30
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Idées directrices pour une phénoménologie pure et une philosophie phénoménologique (Ideen zu einer reinen Phänomenologie und phänomenologischen Philosophie), d’Edmund Husserl, traduit de l’allemand par Jean-François Lavigne, Gallimard, « Bibliothèque de philosophie », 716 p., 35 €.

Proposer une traduction nouvelle des Idées directrices pour une phénoménologie pure, du philosophe allemand Edmund Husserl (1859-1938), l’un des textes majeurs de la philosophie du XXe siècle, est un projet audacieux, quand on sait que le traducteur précédent avait pour nom Paul Ricœur, et que son travail pionnier de 1950 guida les pas de générations entières de phénoménologues français. Tout en rendant hommage à ce dernier (non sans contester certains de ses choix), Jean-François Lavigne, spécialiste de Husserl et professeur de philosophie à l’université de Nice, justifie cette nouvelle version par le progrès de la recherche, qui a exhumé des archives husserliennes, riches en inédits, de nombreux textes préparatoires ou complémentaires, reproduits en annexe, ainsi que les multiples notes marginales dont l’auteur ornait ses exemplaires.
Une méthode
Car la rédaction de ce texte essentiel s’est poursuivie bien après sa première publication dans les Annales de philosophie et de recherches phénoménologiques en 1913 ; il a d’ailleurs été réédité en 1928, grandement modifié. Dans cet ouvrage, qui devait former un triptyque mais dont seule la première partie est parue de son vivant, Husserl élabore le trait distinctif de sa pensée : prodiguer à la philosophie une méthode propre à lui assurer le statut de « science rigoureuse ». A cette fin, il convient de dépasser, selon lui, non seulement le positivisme triomphant du XIXe siècle, qui limite notre connaissance aux faits d’expérience, mais également la psychologie de la connaissance, qui réduit l’étendue du savoir à ce que perçoit...




                        

                        


<article-nb="2018/06/30/19-4">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « L’animalisme est un anti-humanisme », de Jean-Pierre Digard.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
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Figures libres. A la mi-temps, animaux : 1, humains : 0

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « L’animalisme est un anti-humanisme », de Jean-Pierre Digard.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
28.06.2018 à 09h11
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
L’animalisme est un anti-humanisme, de Jean-Pierre Digard, CNRS Editions, 126 p., 14 €.

Quelques nouvelles évidences sont en passe de s’imposer. Elles sont bien connues : les humains maltraitent les animaux, les exploitent, les asservissent, les font souffrir et les massacrent. Donc, il faut non seulement les protéger, mais les libérer, les reconnaître comme personnes et sujets de droit. Et ne pas hésiter à condamner, par tous les moyens disponibles, l’illusoire et criminelle arrogance de la sale espèce qui se juge supérieure, se croit tout permis et n’est que nuisible.
L’air du temps bruisse des actions militantes pour la cause animale, des discours antispécistes, des justifications philosophiques de la destitution de l’homme-roi. Si c’était un match de foot, le score ne serait pas en faveur de l’équipe humaine. Mais le match est loin d’être terminé…
« Nouvel obscurantisme »
Car rien n’est si simple qu’on le croit. Il convient en effet d’interroger cette marée montante, de scruter ses causes, ses arrière-plans, ses éventuels faux-semblants. Avant de prendre trop vite pour argent comptant bons sentiments animalistes et mauvais ressentiment anti-humaniste, il convient de chercher comment et pourquoi nos représentations sont en train d’évoluer.
C’est ce que s’efforce de faire Jean-Pierre Digard, directeur de recherche émérite au CNRS, spécialiste de l’anthropologie de la domestication animale. Son récent essai, L’animalisme est un anti-humanisme, devrait faire grincer pas mal de dents, car il ne s’embarrasse pas de précautions pour dénoncer ce qu’il considère comme abus, dérives, aberrations et bêtises produisant « les germes d’un nouvel obscurantisme ».

Sa démarche mérite attention, pour d’autres raisons que le goût de la polémique. Car ce qu’interroge l’anthropologue, ce sont d’abord les causes sociales et historiques qui engendrent cette mutation des sensibilités....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ Stanis Perez et Marie-Claude Canova-Green prolongent, chacun, les travaux classiques sur le corps naturel, politique et glorieux du roi de France.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
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Histoire. Toucher du doigt les trois corps du roi

Stanis Perez et Marie-Claude Canova-Green prolongent, chacun, les travaux classiques sur le corps naturel, politique et glorieux du roi de France.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
28.06.2018 à 09h19
   





                        



                                


                            
Le Corps du roi. Incarner l’Etat, de Philippe Auguste à Louis-Philippe, de Stanis Perez, Perrin, 480 p., 25 €.
Faire le roi. L’autre corps de Louis XIII, de Marie-Claude Canova-Green, Fayard, 362 p., 23 €.

Commentant l’enterrement de François Ier, l’historiographe Pierre Matthieu (1563-1621) écrit : « L’effigie était posée à côté du cercueil pour émouvoir le peuple à honorer le corps qui était dedans, et pour montrer que le Roi ne meurt point, et que l’administration de la Justice, le premier et principal office du Roi, ne cesse point, la Cour de Parlement l’a toujours environné. » Ce mannequin de cire couché ayant les traits du défunt roi de France est un accessoire dont le rôle est à la fois spectaculaire – il émeut le peuple en donnant à imaginer le corps mort du roi – et substitutif – il prend la place du corps qu’il masque et remplace, signifiant symboliquement que le roi remplit un office qui ne meurt pas, contrairement à l’être de chair et de sang qu’il demeure malgré tout.
D’où la phrase rituelle de la monarchie française : « Le roi est mort ! Vive le roi ! » – dont une variante, courante aux XVIe et XVIIe siècles, était « Le mort saisit le vif » –, expression même de la continuité royale, selon les travaux fameux d’Ernst Kantorowicz (1895-1963), auteur des Deux Corps du roi (1957 ; Gallimard, 1989), et de Ralph Giesey (1923-2011), sur le cérémonial funèbre des rois valois puis bourbons.
Les deux historiens ont montré comment la mort du corps réel du monarque entraînait l’apparition de son effigie symbolique, son second corps, qui figurait le roi disparu lors de rites où le mannequin était honoré, entouré, servi, « nourri », placé au centre de cérémonies religieuses et profanes, jusqu’à l’intronisation de son successeur par la puissance initiatrice...




                        

                        


<article-nb="2018/06/30/19-6">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ L’auteure de la « Décla­ration des droits de la femme et de la citoyenne », en (1791), le mérite, comme l’explique Michel Faucheux.
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Biographie. Olympe de Gouges au Panthéon !

L’auteure de la « Décla­ration des droits de la femme et de la citoyenne », en (1791), le mérite, comme l’explique Michel Faucheux.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
28.06.2018 à 08h39
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            
Olympe de Gouges, de Michel Faucheux, Folio, « Biographies », inédit, 278 p., 8,90 €.

Elle soutint l’abolition de l’esclavage, lutta pour l’égalité entre hommes et femmes, milita pour le droit au divorce et à l’union libre, défendit la démocratie menacée par la Terreur. Guillotinée à 45 ans pour fédéralisme et ­anti-robespierrisme, Olympe de Gouges (1748-1793) jugeait que si la femme avait le droit de monter à l’échafaud, elle devait aussi posséder celui de « monter à la tribune ». La littérature (romans, pièces de théâtre) et les journaux furent la sienne, de tribune. Elle se l’octroya à une époque où les femmes, même influentes, demeuraient dans l’ombre. Et le fait est que, hormis Louis-Sébastien Mercier (1740-1814), peu d’écrivains affichèrent leur solidarité avec cette femme de lettres intransigeante, qui n’abdiqua jamais malgré les menaces d’arrestation.
Courageuse et obstinée
Restif de la Bretonne (1734-1806) la considérait comme une prostituée, et l’historien Jules Michelet, au XIXe siècle, comme une hystérique. Pour La Feuille du salut public, « il [semblait] que la loi ait puni cette conspiratrice d’avoir oublié les vertus qui conviennent à son sexe ». Pendant deux siècles, la messe fut dite, et l’auteure de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791) quelque peu oubliée.
Cette figure féministe, à laquelle se sont notamment attachés Benoîte Groult (Ainsi soit Olympe de Gouges, Grasset, 2013) et l’historien Olivier Blanc (Marie-Olympe de Gouges, Tallandier, 2014), a passionné à son tour l’universitaire Michel Faucheux. Dans cette nouvelle biographie, il rend un juste tribut à l’écrivaine courageuse et obstinée et se montre favorable à son entrée au Panthéon, « car ce serait la marque normale et méritée de la reconnaissance d’une nation. Ce serait aussi la marque d’un approfondissement de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Olivier Poncet signe une nouvelle biographie, sous l’angle italien, de cet homme d’Etat souvent peu apprécié des Français.
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Biographie. Mazarin, ­Italien malheureux

Olivier Poncet signe une nouvelle biographie, sous l’angle italien, de cet homme d’Etat souvent peu apprécié des Français.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h30
    |

            Marc Semo








                        


Mazarin l’Italien, d’Olivier Poncet, Tallandier, « Lectures méditerranéennes », 288 p., 21 €.

   


Raconter Mazarin (1602-1661) au miroir de son rapport à son Italie natale, c’est voir l’autre face du grand homme d’Etat, du politicien habile voire cynique, du mécène généreux et du collectionneur averti. Professeur à l’Ecole nationale des chartes, Olivier Poncet a voulu « éclairer un homme entouré d’une légende noire et d’une légende rose, deux points de vue qui semblent trop exclusifs l’un de l’autre ». Peu aimé dans le récit national, ce cardinal a en revanche fasciné nombre d’hommes politiques, à commencer par François Mitterrand.
Le petit Giulio Mazzarino fut d’abord tenté par la carrière des armes, avant de comprendre qu’il ne pourrait jamais avoir un poste à la hauteur de ses ambitions. Dès lors, il reprit ses études de droit et entra au service du pape. Il choisit le parti français, rival du parti espagnol, au point d’en devenir suspect et de devoir fuir en 1639. C’est un proscrit qui arrive à Paris. Peu après, il est le bras droit de ­Richelieu et un conseiller écouté de Louis XIII. A la mort du cardinal-duc, en 1642, il lui succédera comme ministre d’Etat, avant de devenir premier ministre de Louis XIV enfant.
Lire également : « Mazarin, le point cardinal » 
Pendant dix-huit ans, il gouverne le pays et laisse au jeune roi, qu’il a formé, une France agrandie qui deviendra la première puissance d’Europe. Mais il garde l’Italie au cœur. Pendant toutes ses années de pouvoir, la politique italienne est en quelque sorte son domaine réservé et, note Olivier Poncet, « il donne à la politique italienne de la France une intensité qu’elle n’avait plus connue depuis le XVIe siècle ». Il y intrigue. Il y lance des guerres. Mais ce grand politique, volontiers accusé de machiavélisme à Paris, accumule dans la Péninsule, champ clos du grand jeu entre les puissances de l’époque, les maladresses, voire les fiascos.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/06/30/19-8">
<filnamedate="20180630"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180630"><AAMMJJHH="2018063019">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Hoffmann, musicien, écrivain, artiste total : c’est ainsi que le décrit Pierre Péju, à bonne distance du personnage de l’opéra d’Offenbach.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
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Biographie. Hoffmann ou la part du rêve

Hoffmann, musicien, écrivain, artiste total : c’est ainsi que le décrit Pierre Péju, à bonne distance du personnage de l’opéra d’Offenbach.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h30
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
E. T. A. Hoffmann. L’ombre de soi-même, de Pierre Péju, Phébus, 272 p., 19 €.

A l’heure où la littérature se voue au réalisme, il est bon de se retremper aussi chez les maîtres de l’imagination. Le romantique allemand Ernst Theodor Amadeus ­Hoffmann (1776-1822), chéri et traduit en France dès le XIXe siècle, en est une figure de proue. Pour beaucoup de Français, l’auteur des Contes demeure un personnage de Jacques Offenbach qui, dans son opéra fantastique de 1881, mit en scène à la fois l’écrivain et ses créatures au cœur d’une féerie où le diable ne cesse de mettre à mal les projets amoureux du protagoniste.
Pierre Péju a voulu, sinon rompre avec cette imagerie, du moins la rendre plus complexe. Sa biographie date de 1988, mais pour cette réédition il l’a relue et agrémentée d’un avant-propos. On suppose toutefois que trente années de recherches ont profondément modifié notre regard sur le romantisme allemand et creusé quelques distances avec les interprétations psychanalytiques ou sartriennes du personnage, dont son livre est un peu trop captif. On ne boudera pourtant pas le plaisir qu’il y a, sous la plume allègre du romancier et essayiste, par ailleurs bon connaisseur de l’Allemagne littéraire, à parcourir la courte vie d’Hoffmann, qui fut loin d’être cantonnée à l’écriture.
Compositeur, peintre, caricaturiste
Car l’ambition de ce dernier fut d’abord musicale. Epris de Mozart, il alla jusqu’à adjoindre le prénom du musicien à la liste des siens pour mieux souligner, interprète Péju, l’échec à égaler son modèle. Son œuvre de compositeur (il fut aussi chef d’orchestre) n’a que peu résisté au temps ; aussi a-t-elle souffert de l’ombre de Beethoven (1770-1827), qu’Hoffmann, en tant que critique musical, a contribué à faire connaître. Seul demeure dans les mémoires et les répertoires l’un des quatre opéras dont il a rédigé la partition, ­Ondine, créé à Berlin en 1816...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ « Traversée » raconte celle d’un porte-conteneurs de Rouen aux Antilles. Sans incident. Mais son auteur, Francis Tabouret, convoyeur d’animaux, en fait une ode.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
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Histoire d’un livre. Ecrire les mers et les chevaux calmes

« Traversée » raconte celle d’un porte-conteneurs de Rouen aux Antilles. Sans incident. Mais son auteur, Francis Tabouret, convoyeur d’animaux, en fait une ode.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h15
    |

                            Nils C. Ahl (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Traversée, de Francis Tabouret, P.O.L, 160 p., 15 €.

« Je suis convoyeur de chevaux : je voyage avec des chevaux dans les soutes d’avions de marchandises. Une sorte de steward équin, ou de livreur, soigneur de bêtes à 10 000 mètres d’altitude. » Le premier texte de Francis Tabouret commence comme on fait des présentations, comme une interview. La voix est posée, claire ; les phrases, courtes et précises. Il faut deux ou trois pages pour que la mécanique du récit s’enclenche au terminal à conteneurs de Rouen, sur un quai, devant un porte-conteneurs de 198 mètres de long et de trente de large. Le « soigneur de bêtes volantes » se fait marin, « préposé aux animaux » flottants.
De passage à Paris, il raconte au « Monde des livres » : « Je travaille avec des chevaux depuis une quinzaine d’années : enseignant moniteur d’équitation, puis dans le spectacle équestre. C’est là que j’ai commencé à prendre des avions avec des chevaux parce qu’on faisait des tournées dans le monde entier. » Il s’interrompt : « C’est là que j’ai commencé à écrire. C’est une vie très intense mais éphémère. J’ai commencé des carnets de bord pour faire une place à mon regard sur le monde, cesser d’être le spectateur de ma propre vie. »
Rechercher en mer la lenteur
Rapidement, le jeune écrivain, né en 1980, abandonne le spectacle équestre pour devenir convoyeur de chevaux, un métier qui lui laisse davantage de temps libre. Et quand il apprend qu’il faut prendre la mer pour convoyer des chevaux jusqu’aux Antilles, l’idée l’enthousiasme : ­ « Aller plus lentement, travailler, voir ce que ça fait de passer d’un continent à un autre, pas aussi vite et aussi artificiellement qu’en avion. C’était une occasion d’écrire sur ce métier-là, également. Le temps long de la traversée offrait une matière intéressante. Au départ, j’ai pensé publier ce texte en feuilleton dans une revue, un épisode...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Avec « Si loin de ma vie », l’écrivaine burkinabé livre le roman du « migrant », à travers le parcours de l’attachant Jeanphi.
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Un candidat au départ pour l’Europe de Monique Ilboudo

Avec « Si loin de ma vie », l’écrivaine burkinabé livre le roman du « migrant », à travers le parcours de l’attachant Jeanphi.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h15
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Si loin de ma vie, de Monique Ilboudo, Le Serpent à plumes, 144 p., 16 €.

Il s’appelle Jean-Philippe, mais on le surnomme « Jeanphi ». Il a grandi à Ouabany, un lieu qui n’existe pas, mais que l’on reconnaît : il se situe en Afrique subsaharienne, au Niger, au Mali, au Burkina Faso, au Sénégal – là d’où les jeunes gens rêvent de partir. « Parti pour réaliser mes rêves. C’était mon seul vœu, me donner une seconde chance. Tout le monde y a droit », déclare-t-il.
Histoires pétillantes
Au début de Si loin de ma vie, Jeanphi est obsédé par l’émigration. Son oncle, le chef du village, tente de le faire changer d’avis en lui parlant de ses racines. Un argument absurde, selon le jeune homme, qui préfère s’en remettre à l’une des histoires pétillantes dont son parent a le secret. « Lorsqu’on couche un poulet, qu’on lui pose un couteau sur le cou en lui disant par exemple : “Tu ne bouges pas, je vais au marché et au retour, je t’égorge”, le poulet ne bougera pas jusqu’au retour du marché et à sa mise à mort. Essayez, vous verrez. Moi, je ne suis pas un poulet. J’ai refusé de rester couché où le hasard m’a fait naître. » Là où ce refus l’a mené, on ne le découvre que plus tard, mais on sait d’emblée que son père en est mort de honte.

Avec Jeanphi, Monique Ilboudo a créé un héros spirituel et attachant. L’écrivaine, née en 1959, est également militante des droits de l’homme au Burkina Faso. Ses luttes servent de terreau à ses fictions. En 1992, elle publiait Le Mal de peau (Imprimerie nationale du Burkina ; rééd. Le Serpent à plumes, 2001), incarné par une femme burkinabée violée par un soldat blanc, et la fille née de ce crime. Huit ans plus tard, elle plaçait le génocide rwandais au cœur de Murekatete (Le Figuier). Dans Si loin de ma vie, elle creuse une question essentielle : pourquoi « cette quête commune », qui nous pousse...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Romans, poésie, anthologie, biographie, essais littéraire et philosophique… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 29 juin 2018.
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Livres en bref

Romans, poésie, anthologie, biographie, essais littéraire et philosophique… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 29 juin 2018.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
28.06.2018 à 08h39
    |

                            David Zerbib, 
                            Jean-Louis Jeannelle (Spécialiste des études littéraires et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Elena Balzamo (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
Raphaëlle Leyris, 
                                Monique Petillon (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Cyril Peter, 
                            Florence Noiville et 
                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            Anthologie. Voix iakoutes
Des nouvelles de la taïga, collectif, traduit du russe et du iakoute par Arthur Hugonnot, Klim Kassianov, Emilie Maj, Munkhzul Renchin, Piotr Vinokourov, Borealia, 160 p., 13 €.
Située en Russie, dans le nord-est sibérien, la Iakoutie, grande comme cinq fois la France, ne compte qu’un million d’habitants. L’imagination des Iakoutes, éleveurs nomades brutalement sédentarisés lors des décennies soviétiques, a peuplé l’immensité de la taïga d’une foule d’êtres fabuleux. Loin de se sentir seul, l’homme y vit en constante interaction avec les « esprits-maîtres ». Au cours du XXe siècle, les travaux des ethnologues et l’alphabétisation ont fait émerger cette riche tradition populaire, qui a donné naissance à une littérature autochtone, d’abord en russe puis en iakoute. Des nouvelles de la taïga, dix récits parus entre 1926 et aujourd’hui, en offre un aperçu, intéressant aussi bien par ce qu’il dit que par ce qu’il passe sous silence : le sombre passé soviétique de cette région. E. B.
Biographie. Novatrice Mary Shelley
Mary Shelley. Au-delà de Frankenstein, de Cathy Bernheim, Le Félin, « Biographie », 276 p., 18 €.
« Auteure de… » et « femme de… » – en l’occurrence de Frankenstein (1818) et du poète romantique anglais Percy Shelley (1792-1822) : voilà ce à quoi on réduit trop souvent l’écrivaine britannique Mary Godwin Shelley (1797-1851). Comme si, pendant deux siècles, on avait lu et étudié son chef-d’œuvre (composé à 16 ans) sans se soucier vraiment de celle qui l’avait écrit. Comme si elle avait été doublement éclipsée, par son œuvre et par son mari.

Elégamment écrite, très complète – et parfaitement reliée, dans sa dernière partie, aux enjeux scientifiques contemporains, tel le transhumanisme –, cette biographie rend justice à une femme de lettres précoce et novatrice qui fut aussi une grande...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ La chronique de Leïla Slimani, à propos d’« Idaho », d’Emily Ruskovich.
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Premier roman. Le labyrinthe des souvenirs

La chronique de Leïla Slimani, à propos d’« Idaho », d’Emily Ruskovich.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h15
    |

                            Leïla Slimani (Ecrivaine)








                        



                                


                            
Idaho, d’Emily Ruskovich, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Simon Baril, Gallmeister, 368 p., 23,50 €.

A qui appartiennent nos souvenirs ? Peut-on se faire gardien de la mémoire pour ceux qui sont condamnés à oublier ? Ce sont ces questions vertigineuses que pose Idaho, le premier roman d’Emily Ruskovich.
Ann est la seconde épouse de Wade. Ils se sont mariés quelques mois à peine après que la première femme de Wade, Jenny, a brutalement assassiné leur fille, May, et que leur deuxième enfant, June, a disparu. Contrairement à ce que pourraient laisser croire les premières pages, ce livre n’est pas un thriller ni un polar. La romancière ne cherche pas à nous expliquer quelles étaient les motivations de Jenny. Elle ne nous entraîne pas sur les traces de June disparue et nous ne saurons pas si celle-ci a été enlevée ou même si elle a survécu. L’auteure ne cesse de déjouer nos attentes, et c’est sans doute dans ce continuel pas de côté que réside la force du livre. Idaho est un roman complexe, peut-être même difficile. L’auteur fait le choix d’éclater la structure du récit et de passer avec une diabolique dextérité du passé au présent, du monologue intérieur à la description distanciée.
Le cœur de l’intrigue ne se situe donc pas dans la narration elle-même, mais plutôt dans la façon dont la romancière explore l’insondable mystère de la mémoire. Les chapitres épousent la forme kaléidoscopique de notre psyché. Wade, atteint par une maladie génétique, perd progressivement tous ses souvenirs et c’est Ann qui en hérite. C’est elle qui est chargée de rassembler les pièces du puzzle dont les morceaux ont été dispersés. « Elle a pris le passé de Wade et l’a étalé devant elle, faisant de son propre avenir un retour en arrière, alors même que ce passé disparaît. Ce lent effacement, cette ligne blanche traversant l’obscurité de la mémoire de Wade, voilà ce qu’Ann suivra toute sa vie...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ L’écrivain américain cultive son pessimisme sur la nature humaine avec « Les Terranautes », inspiré de l’expérience Biosphere 2 simulant une colonie sur Mars.
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T. C. Boyle tenté par la vie sous cloche

L’écrivain américain cultive son pessimisme sur la nature humaine avec « Les Terranautes », inspiré de l’expérience Biosphere 2 simulant une colonie sur Mars.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h15
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            
Les Terranautes (The Terranauts), de T. C. Boyle, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Bernard Turle, Grasset, 592 p., 24 €.

Depuis Biosphere 2, expérience scientifique qui a eu lieu dans le désert d’Arizona entre 1991 et 1993, et dont s’est inspiré l’écrivain américain T. C. Boyle pour écrire Les Terranautes, vingt-cinq ans ont passé. Et ce quart de siècle a modifié le regard porté sur cette utopie en circuit fermé, censée préfigurer une implantation humaine sur Mars. « L’idée était de représenter, rappelle dans son livre le romancier, cinq des biomes autosuffisants [savane, forêt tropicale, désert, marécage, océan] de la planète Terre, afin de concocter un écosystème qui permettrait aux créatures vivantes, dont les êtres humains, de prospérer dans un environnement hostile. » A l’époque, cette bulle attira les touristes et inaugura le concept de « vie sous cloche », bientôt caractéristique de la télé-réalité. Dans les faits, l’expérience, financée par un gourou milliardaire, vira au fiasco.
Boyle lui donne ici une seconde chance, chroniquant deux années passées sous serre par une communauté de quatre hommes et de quatre femmes hautement qualifiés qui cohabitent avec 3 800 variétés de plantes et d’animaux. Quoi qu’il arrive, ont-ils juré, « rien n’entrera, rien ne sortira » d’« Ecosphère 2 ». Cette étanchéité est uniquement rompue par les informations circulant entre le dedans et le dehors, les interviews auxquels ils se plient occasionnellement derrière leur paroi de verre. En dehors de leur labeur quotidien, les « terranautes » célèbrent les solstices, interprètent des pièces de théâtre ; ils cuisinent à tour de rôle. Quelques-uns couchent ensemble et tombent amoureux.
Les tensions s’exacerbent
Au fil des mois, pourtant, la joie de ces scientifiques transformés en rats de laboratoire s’évanouit. Leur cohésion se délite sous l’effet corrosif de l’attente,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Dernier tome de la correspondance du Prix Nobel de littérature 1969 (malgré lui). Drôle et généreux, il y narre au jour le jour son apothéose et sa déchéance.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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Samuel Beckett, pour finir encore

Dernier tome de la correspondance du Prix Nobel de littérature 1969 (malgré lui). Drôle et généreux, il y narre au jour le jour son apothéose et sa déchéance.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
28.06.2018 à 11h15
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            
Lettres IV (1966-1989), de Samuel Beckett, traduit de l’anglais (Irlande) par Gérard Kahn, édité par George Craig, Martha Dow Fehsenfeld, Dan Gunn et Lois More Overbeck, Gallimard, 960 p., 58 €.

Point d’orgue d’une gigantesque entreprise éditoriale, voici le quatrième volume de la correspondance de Samuel Beckett (1906-1989). Gigantesque parce que l’auteur d’Oh les beaux jours était un épistolier infatigable. Autant son œuvre est minimaliste et sa parole rare – « Je suis désespérant au téléphone, encore pire que face à face » –, autant ses lettres, paradoxalement, abondent. Plus de 15 000 au total. Et il ne s’agit là que des missives retrouvées : celles destinées à sa femme – Suzanne Déchevaux-Dumesnil, rencontrée sur un court de tennis – ou celles écrites pendant qu’il était dans la Résistance, semblant avoir définitivement disparu.
Le Nobel pour rien au monde
Dans ce tome qui couvre les vingt-quatre dernières années de sa vie – il s’ouvre en 1966, alors que Beckett travaille au film Comédie avec le jeune réalisateur Marin Karmitz, et se clôt en 1989, quelques mois avant sa mort à 83 ans –, les lettres de Beckett parlent d’« apothéose » et de déchéance. L’apothéose, c’est bien sûr celle du Nobel de littérature, en 1969. Ce prix, Beckett n’en veut pour rien au monde, assure-t-il à Siegfried Unseld, son éditeur allemand, lorsque son nom commence à circuler. En octobre, il écrit à Jérôme Lindon, le patron des Editions de Minuit : « Soulagé de lire dans Le Monde de samedi que je ne “parais plus pouvoir l’avoir”. » Hélas pour lui, Le Monde se trompe. Quand tombe la nouvelle, Beckett est en Tunisie, savourant solitude et baignades dans « l’eau suave ». Quelle engeance que cette « consécration ». Tout à coup, le voilà qui rase les murs de son hôtel. « Sors et rentre en cachette et repas dans la chambre, écrit-il. Me débrouille...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ L’écrivain a donné aux Beaux-Arts de Bordeaux, de 1993 à 2005, un étonnant cours intitulé « Procédure, image, son, écriture ». Les notes en sont aujourd’hui publiées.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
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Le poète Emmanuel Hocquard joue collectif

L’écrivain a donné aux Beaux-Arts de Bordeaux, de 1993 à 2005, un étonnant cours intitulé « Procédure, image, son, écriture ». Les notes en sont aujourd’hui publiées.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
28.06.2018 à 11h09
    |

            Amaury da Cunha








                        



                                


                            
Le Cours de Pise, d’Emmanuel Hocquard, édité par David Lespiau, P.O.L, 616 p., 23,90 €.

On aurait aimé rencontrer le poète Emmanuel Hocquard, mais cela semblait bien compliqué. « Il vit près de Tarbes mais ne se déplace plus du tout – c’est un ours des Pyrénées », a prévenu sa maison d’édition, P.O.L. On aurait volontiers fait le voyage jusqu’à lui, on se serait même contenté d’une conversation par écrans interposés, mais cela n’a pas été possible.
Emmanuel Hocquard se fait rare, discret. Difficile, par exemple, de trouver une photographie récente de ce poète, traducteur, éditeur, auteur d’une trentaine de livres, né en 1940 : le seul portrait disponible en agence remonte aux années 1980. Quant à sa dernière apparition en vidéo (visible sur Internet), elle date de 2009. C’était à l’occasion de la parution d’un très beau recueil de poèmes, Méditations photographique sur l’idée simple de nudité (P.O.L). Après avoir parlé d’images, de la Bigorre et de son « musée philosophique personnel », Emmanuel Hocquard avait conclu l’entretien par cette remarque ouverte et étonnante : « Je n’ai jamais pensé qu’un livre était fini, heureusement. Tu te rends compte, quelle horreur ! »
Les aventures d’une pédagogie concrète
Son goût du dépassement et de la performance, on le retrouve dans son nouvel ouvrage, Le Cours de Pise. Un livre de plus de 600 pages, qui restitue les leçons qu’Emmanuel Hocquard donna à l’Ecole des beaux-arts de Bordeaux entre 1993 et 2005. Dans ce cours de « Procédure, image, son, écriture » (Pise), Hocquard n’entendait pas jouer le rôle d’un mentor. Plutôt que de parler de « transmission », il préfère les notions d’« échange », de « réflexion », comme il l’explique à David Lespiau, éditeur de ce livre passionnant qui retrace les aventures d’une pédagogie concrète – jamais dénuée d’humour. Aux Beaux-Arts,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Claro vole haut avec Marc Graciano et son « Sacret ».
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Le feuilleton. Jusqu’au zénith

Claro vole haut avec Marc Graciano et son « Sacret ».



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h15
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Le Sacret, de Marc Graciano, Corti, 96 p., 14 €.

Quand un livre s’empare d’un sujet, il risque d’échouer s’il ne laisse pas à un moment donné le sujet s’emparer de lui. S’il se contente de lui tourner autour, de l’épingler ou de l’encadrer, de le hisser comme une simple couleur, alors le pauvre ouvrage sentira sa prose s’enfoncer lentement dans le sol et se désagréger. Entre la phrase et le sujet se livre un combat incertain. Si le second n’imprègne pas la première au point de les rendre indissociables, on assistera non à un événement poétique mais à un numéro de cirque. Quand Claude Simon décrit un cheval mort, sa page entière devient tombeau de rosse. Quand Annie Ernaux dépèce la honte, on sent dans sa syntaxe l’exacte piqûre de cette douleur.
Dès lors, il va de soi que ce qu’un livre s’efforce de raconter dans ses plis, c’est sa lutte intérieure avec un objet extérieur. Non pas se déguiser en piédestal mais œuvrer à une dissolution, une fusion ; des noces plutôt qu’une promotion. Le sujet n’est pas un produit d’appel, c’est une forme qu’il faut rendre à tout prix contagieuse. Considéré sous cet angle, Le Sacret, de Marc Graciano, est un exploit de haut vol – j’utilise à dessein cette expression car le livre décrit une chasse au vol, où un faucon sacre, au préalable recueilli et soigné par un jeune roturier, va devoir faire ses preuves.
e siècle, qu’il s’agisse des poèmes de Jean de la Croix ou du « Départ pour la chasse » qu’on peut voir au Musée de Cluny
« L’oiseau de proie était tellement figé que, de loin, il avait semblé au garçon une motte de terre, et l’oiseau était tellement faible qu’il laissa s’approcher le garçon sans réagir, et, quand le garçon fut proche (…) ».« Quand le garçon fut proche » : autrement dit quand le lecteur...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Les 2es Etats généraux de l’Antiquité, qui témoignent de l’actualité permanente de la période, se sont tenus les 8 et 9 juin à la Sorbonne. Compte rendu.
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Ces Anciens qui ne cessent de nous parler

Les 2es Etats généraux de l’Antiquité, qui témoignent de l’actualité permanente de la période, se sont tenus les 8 et 9 juin à la Sorbonne. Compte rendu.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
28.06.2018 à 09h17
    |

                            Agathe Moissenet








                        



                                


                            
L’Antiquité gréco-romaine aurait un message à porter, peut-être même des modèles à fournir à notre modernité. Tel était en tout cas le sujet des deuxièmes Etats généraux de l’Antiquité, organisés, trois ans après leur première édition, les 8 et 9 juin à la Sorbonne, qui s’interrogeaient : « Pourquoi transmettre l’Antiquité à l’heure de la mondialisation ? »

Empruntant aux thèmes de l’ouvrage dirigé par Antiquité-Avenir, le réseau d’associations organisateur de l’événement, L’avenir se prépare de loin (Les ­Belles Lettres, 2018), le colloque s’est proposé, en ouverture, de « (Re) penser le politique » à partir de « l’Antiquité citoyenne ».
Le modérateur de cette première table ronde, Emmanuel Laurentin, producteur de « La Fabrique de l’histoire », sur France Culture, a défini d’emblée l’un des enjeux principaux de ces états généraux : « Cette Antiquité, toute citoyenne qu’elle soit, est d’abord le miroir de nos désirs, de nos fantasmes, c’est une grande toile tendue sur laquelle chacun peut projeter ses références. »
Cette invitation à faire ce que bon nous semble de l’héritage antique a été bien reçue par les intervenants, qui ont articulé leur réflexion autour de l’idée de responsabilité : celle qui innerve la citoyenneté gréco-romaine, et celle que nous devrions assumer à son égard.
Ainsi la philosophe Myriam Revault d’Allonnes est-elle revenue sur le modèle antique de la citoyenneté. Alors que la nôtre serait « civile » et ne ferait qu’accorder des droits et des devoirs, celle des Romains et des Grecs aurait été « politique », les conduisant à construire eux-mêmes la politique collectivement mise en place, ce qui les en aurait rendus directement responsables.
« Cette notion de responsabilité, c’est ce qu’on étudie désormais [pour tenter de l’imiter] dans le passé grec ou romain », a renchéri Patrice Brun, historien de la Grèce antique, en...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ L’écrivain et voyageur français signe « Un été avec Homère » et revient sur la fascination universelle qu’exerce l’auteur antique.
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Article sélectionné dans La Matinale du 27/06/2018
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Sylvain Tesson : « L’“Iliade” et l’“Odyssée” me plongent dans l’émerveillement et la mélancolie »

L’écrivain et voyageur français signe « Un été avec Homère » et revient sur la fascination universelle qu’exerce l’auteur antique.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 06h36
 • Mis à jour le
28.06.2018 à 08h29
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            
« Un été avec Homère », de Sylvain Tesson, Equateurs, « Parallèles »/France Inter, 252 p., 14,50 €.

En juillet et août 2017, Sylvain ­Tesson proposait une fois par semaine aux auditeurs de France Inter de plonger avec lui dans ­l’Iliade et l’Odyssée. Alors que l’année éditoriale a été marquée par de nombreux ouvrages inspirés de l’œuvre homérique (d’Une odyssée, de Daniel Mendelsohn, Flammarion, 2017, à Circé, de Madeline Miller, en passant par ­Calypso, d’Anne Luthaud, Buchet-Chastel, 2018), la transcription de ces émissions, Un été avec Homère, est déjà un succès de librairie.

Quoi de neuf sous le soleil ? Homère, dites-vous… – et le nombre de romans récents qui s’en réclament semble en témoigner.
Avec Gilgamesh, qui lui est antérieur, l’Iliade et l’Odyssée font partie des premiers poèmes de l’humanité qui nous ont été transmis. Ces chants décrivent à la fois une série d’événements à un moment donné sur une partie de la terre et les grands paysages intérieurs de l’homme. Pour ces deux raisons, c’est un acte qui fonde la littérature, comme peinture et dévoilement du mystère de l’homme.
L’un des plus fascinants usages du langage est l’analogie, qui consiste à relier des situations n’ayant rien à voir les unes avec les autres mais que la langue peut présenter comme similaires. Homère y a souvent recours, puisant des comparaisons dans les règnes animal et végétal. Nommer les absents et ce qui n’est pas visible est une autre fonction qu’assume la littérature d’Homère.
Homère est moderne parce qu’il décrit tous les invariants de l’âme humaine…
Ulysse est un homme contradictoire et complexe, mais il y a des personnages plus monolithiques, humains ou dieux, qui incarnent chacun une vertu ou un vice. Homère a brossé toute la palette : la cruauté, la folie, la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Chaque jeudi, dans « La Matinale », la rédaction du « Monde des livres » vous fait partager ses coups de cœur, à retrouver en librairie.
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Magicienne féministe, ferme flottante, mémoires d’un géographe : nos choix de lectures

Chaque jeudi, dans « La Matinale », la rédaction du « Monde des livres » vous fait partager ses coups de cœur, à retrouver en librairie.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 06h36
 • Mis à jour le
28.06.2018 à 07h47
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Cette semaine, nos lectures vous feront prendre le large. Direction l’île grecque d’Æaea, avec la magicienne féministe Circé, qui reçut sur ses terres bien d’autres voyageurs qu’Ulysse. Ceux qui préfèrent les océans liront Traversée, journal de bord tenu par le capitaine d’une ferme flottante, entre Rouen et les Antilles. Yves Lacoste publie quant à lui ses Mémoires de géographe, un récit de voyages, de rencontres et de polémiques, décrites par ce fondateur de la géopolitique moderne.
ROMAN. « Circé », de Madeline Miller
Voilà une femme entrée dans la mémoire collective pour avoir balancé ses porcs. De Circé, on retient généralement qu’elle est cette déesse et sorcière transformant en cochons les compagnons d’Ulysse. Pourquoi ? Pur caprice, suggère Homère, qui fait intervenir au chant X de l’Odyssée cette créature auprès de laquelle le héros rester pendant une année, et qui va se montrer de bon conseil pour son amant.
La dichotomie entre ces facettes de Circé a donné envie à Madeline Miller de lui consacrer un roman. L’écrivaine américaine remonte jusqu’à la naissance de cet être mythologique pour nous la rendre proche. Se rapprocher des mortels, du reste, est ce à quoi aspire depuis toujours ou presque Circé, fille du soleil, Hélios, et d’une naïade. Après avoir transformé la nymphe Scylla en monstre marin, elle est exilée sur l’île déserte d’Æaea.
Immortelle, elle voit défiler les siècles et les personnages fameux, Hermès, Athéna, Prométhée, Dédale, le Minotaure, Jason et Médée, et puis, bien sûr, Ulysse, dont elle aura, après son départ, un fils…
De ces histoires célèbres, Madeline Miller expose toute la puissance d’évocation. Elle les donne à voir sous un jour neuf, en pulvérisant les couches de marbre qui les recouvrent. Surtout, la manière dont elle fait raconter les événements par Circé participe du portrait dessiné de cette héroïne attachante et persévérante, de plus en plus lucide. Féministe, aussi. Elle n’est pas parfaite, et ce roman ne l’est pas non plus, mais l’un et l’autre dégagent un charme envoûtant. Après avoir lu Circé, on associera la sorcière d’Æaea à des centaines d’autres images que celle des cochons de l’Odyssée. Raphaëlle Leyris

   


« Circé » (Circe), de Madeline Miller, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christine Auché, Rue Fromentin, 436 p., 23 €.
RÉCIT. « Traversée », de Francis Tabouret
Récit surprenant du quotidien d’un soigneur d’animaux dans une ferme flottante entre Rouen et les Antilles, Traversée est un journal de bord du temps long, dans la compagnie de bêtes qui ne verront jamais la mer (barrée par des murs de conteneurs). Il devient au fil des pages une méditation poétique sur le temps, l’horizon, le mouvement : « Tous les jours, on vous rajoute une heure. Tous les jours une nouvelle heure vient s’enfiler à votre collier d’heures. Et on porte ses heures sur soi. Quand on se lève, quand on se couche. »
Mais le plus impressionnant dans ce court et beau premier texte où il ne se passe quasi rien, tient à la maîtrise époustouflante du rythme de la narration. A la précision redoutable de chaque mot, infusé d’expérience, de langueur, de vision. Et, comme le narrateur, on voudrait « ne pas s’approcher encore, s’arrêter juste là, dans cette eau, à distance, mouiller quelques jours au large ». Et repartir avec les moutons, les chevaux et les taureaux, dans l’odeur de l’écurie, des marins et de la mer. Nils C. Ahl

   


« Traversée », de Francis Tabouret, P.O.L, 260 p., 15 €.
RÉCIT. « Debout sur le ciel », de Paule du Bouchet
Dans les champs du Vexin, à chaque fois, les labours d’automne font remonter à la surface de la terre des rognons de craie et de silex que les agriculteurs entassent en pyramides sur le bord des champs.
Enfants, Paule du Bouchet et son frère Gilles, dans les promenades avec leur père, le poète André du Bouchet, les escaladaient tant bien que mal. Enfin, juchés sur l’instable sommet, il leur semblait embrasser, de là-haut, un paysage différent. Et à quelques enjambées de là, le père écrivait dans un de ses carnets, une phrase, une esquisse, une sensation. Une bribe de poème cueillie chemin faisant.
Debout sur le ciel est le livre de la mémoire de tous ces brefs instants qui ne passent pas avec l’âge et la disparition de ceux qu’on aime. Un livre vif d’émotions. De reconnaissance sensible. Paule du Bouchet se souvient de tout. C’est cette maison du Vexin, justement, à Dampsmesnil (Eure), si difficile à chauffer à la froide saison. Le charbon à la cave. Les repas de rien que la faim rend festins. La cueillette des herbes pour d’étranges salades, les rondes des mousserons et le pain fait maison.
Des jours où il semblait (et l’on peut bien y croire) que l’on peut tout faire en même temps et ensemble. Lire, écrire, marcher, raconter des histoires et réciter des fables, randonner à vélo sur les routes de campagne. Ecouter de la musique. Prendre la vie andante. Et penser finalement que l’absence d’une mère n’est qu’une fugue. A travers chants. Xavier Houssin

   


« Debout sur le ciel », de Paule du Bouchet, Gallimard, 128 p., 12,50 €.
MÉMOIRES. « Aventures d’un géographe », d’Yves Lacoste
L’unité d’une vie est peut-être une chimère. Mais la rechercher permet de réussir quelques bons livres, comme ces Mémoires qu’on écrit lorsque la vieillesse vient, et que, à la manière d’Yves Lacoste (né en 1929), l’un des fondateurs de la géopolique moderne et de la revue Hérodote, on a touché à tout dans le plus grand désordre apparent.
« Il me faut donner sens à cette diversité, que d’aucuns considèrent sans doute comme une incohérence », écrit-il. Classiquement, il passe, pour y parvenir, par deux voies : les fidélités et les buts, ce qui l’a constitué et ce qu’il espère avoir conquis. « A quoi ai-je donc servi ?, se demande-t-il à la fin du livre. Je crois avoir un peu secoué les géographes. »
Mais tout prend source dans la fidélité à son enfance, à son père géologue, au Maroc, où il est né, à ses maîtres et, plus que tout, à sa femme, l’ethnologue Camille Lacoste-Dujardin (1929-2016), rencontrée très jeune, jamais quittée, dont, nouée aux siennes, il raconte aussi la vie et la carrière. Ces constances fondatrices forment l’ossature du livre. Elles sont le cadre et le moteur, ce qui permet tout le reste, que le livre raconte avec verdeur : les voyages, les combats, les livres, les polémiques ; toute l’agitation de la vie, dont le goût lui a été donné très tôt, et qui était justement le rêve à poursuivre. La vie, chez Yves Lacoste, est comme les géographes : quelque chose qui se secoue. Florent Georgesco

   


« Aventures d’un géographe », d’Yves Lacoste, Les Equateurs, 336 p., 21 €.
CORRESPONDANCE. « Lettres IV » de Samuel Beckett
Point d’orgue d’une gigantesque entreprise éditoriale, voici le quatrième volume de la correspondance de Samuel Beckett (1906-1989). Gigantesque parce que l’auteur d’Oh les beaux jours était un épistolier infatigable. Plus de 15 000 lettres au total ! Et il ne s’agit là que des missives retrouvées… Dans ce tome qui couvre les vingt-quatre dernières années de sa vie, les lettres de Beckett parlent d’« apothéose » et de déchéance.
L’apothéose, c’est celle du Nobel, en 1969. Ce prix, Beckett n’en veut pas. Quand tombe la nouvelle, il est en Tunisie, savourant solitude et baignades. Tout à coup, le voilà qui rase les murs de son hôtel. Vingt ans plus tard, c’est le grand âge et ses vicissitudes. Mais Beckett a une façon unique de raconter la vieillesse, comment il a perdu ses « chicots » et le « Rialto » (le bridge) qui les tenait. Comment sa cataracte nécessite qu’on lui « rafistole les yeux ».
Dans son introduction, Dan Gunn, professeur de littérature comparée à l’Université américaine de Paris et l’un des maîtres d’œuvre de ce volume, relève que « la lacune la plus flagrante de cette période est certainement celle de Mai 68, quand on sait de surcroît que de nombreux affrontements ont eu lieu autour de la place Denfert-Rochereau, à deux pas de chez Beckett ». De ce mois de mai, en effet, l’unique lettre s’adresse à une certaine Judith, qu’il appelle Juliet, et à qui il explique qu’il préfère le silence à la musique pour son mime Actes sans paroles 1. Une explication ? Peut-être celle qu’il donnera à Nicholas Shakespeare juste avant de s’éteindre. « Cher monsieur, pardon pour le retard à répondre (…). J’étais à l’écart. D’ailleurs, je le suis toujours. » Florence Noiville

   


« Lettres IV (1966-1989) », de Samuel Beckett, traduit de l’anglais (Irlande) par Gérard Kahn, édité par George Craig, Martha Dow Fehsenfeld, Dan Gunn et Lois More Overbeck, Gallimard, 960 p., 58 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ Comme au Japon, chaque chapitre d’« Edens Zero » dessiné par Hiro Mashima sera disponible simultanément en France à un rythme hebdomadaire.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤                     
                                                

Le créateur de « Fairy Tail » publie son nouveau manga, « Edens Zero »

Comme au Japon, chaque chapitre d’« Edens Zero » dessiné par Hiro Mashima sera disponible simultanément en France à un rythme hebdomadaire.



Le Monde
 |    27.06.2018 à 18h29
 • Mis à jour le
28.06.2018 à 07h33
   





                        



   


Lors de sa venue au Festival international de BD d’Angoulême en janvier, Hiro Mashima conservait le plus grand mystère autour de sa nouvelle série, après la conclusion de son manga phare Fairy Tail, l’une des BD japonaises les plus vendues en France.
Son éditeur français Pika a donc décidé de dévoiler en ligne, en simultané avec la publication japonaise mercredi 27 juin, le premier chapitre de cette nouvelle œuvre : Edens Zero. Il suivra ensuite les publications hebdomadaires du Weekly Shonen Jump, le magazine qui héberge la série au Japon. Chaque chapitre coûtera 49 centimes et sera disponible sur les plates-formes de différentes e-libraires avant de sortir en volumes papier.

        Lire aussi :
         

                « Fairy Tail », ou la preuve que la magie opère dans le manga



Pour l’intrigue, les premières pages d’Edens Zero s’ouvrent sur l’arrivée d’une jeune femme, Rebecca, accompagnée de Happy, son chat bleu, sur l’île de Granbell qui abrite un gigantesque parc d’attractions aux allures médiévales. Déserté depuis un siècle, le parc est habité par des robots domestiques et Shiki, un jeune humain un peu sauvage qui a soif d’aventures.
Dans les codes du manga shonen destiné aux adolescents, humour et aventure sont omniprésents dans Edens Zero. Les amateurs de Fairy Tail ne seront pas dépaysés. Ce premier chapitre laisse entrevoir que Hiro Mashima a réutilisé la recette de sa précédente série à succès : des personnages ressemblant aux mages de Fairy Tail, des bagarres tonitruantes, des décors inspirés de la fantasy et aussi des gros plans sur la généreuse poitrine de l’héroïne. Toutefois, l’auteur semble vouloir aussi s’aventurer cette fois-ci dans la science-fiction.



                            


                        

                        

