<FILE-date="2018/06/28/19">

<article-nb="2018/06/28/19-1">
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<filname="SURF-env_sciences-1"> ¤ Le 6 février 2018, le lancement dans l’espace par SpaceX de la fusée « Falcon Heavy » depuis le sol américain a entraîné des retards pour 563 avions.
<filname="PROF-env_sciences-1"> ¤ 
<article-nb="2018/06/28/19-2">
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<filname="SURF-env_sciences-2"> ¤ Avec son atmosphère relaxante, la cérémonie du thé japonaise n’est pas sans rapport avec la pleine conscience. Exploration en BD des us et vertus du shado.
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<article-nb="2018/06/28/19-3">
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<filname="SURF-env_sciences-3"> ¤ Pour aider les enseignants confrontés aux objections en classe de science, Guillaume Lecointre rappelle la spécificité de la démarche scientifique.
<filname="PROF-env_sciences-3"> ¤                     
                                                   
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La science, laïque par essence

Pour aider les enseignants confrontés aux objections en classe de science, Guillaume Lecointre rappelle la spécificité de la démarche scientifique.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
28.06.2018 à 10h19
    |

            Hervé Morin








                        



                                


                            

Livre. Le phénomène est mal mesuré, mais il semble que certains enseignements – théorie de l’évolution, origine de l’homme, épisodes historiques – fassent parfois en classe l’objet de contestations.
Le vade-mecum « La Laïcité à l’école », diffusé fin mai par le ministère de l’éducation nationale ­évoque le sujet : « En sciences de la vie et de la Terre, il est opportun d’expliciter la nature ­propre du savoir scientifique. L’enseignement transmet un savoir scientifique incontestable, des connaissances argumentées, démontrées, vérifiées. Les croyances, elles, font l’objet d’un sentiment de vérité, mais ne sont pas démontrables », peut-on y lire. Les savoirs historiques sont aussi défendus : « Il s’agira également de distinguer histoire et mémoire auprès des élèves », suggère le livret.
Guillaume Lecointre, professeur au ­Muséum national d’histoire naturelle, veut lui aussi proposer « une réponse laïque et ­didactique aux contestations de la science en classe », comme l’indique le sous-titre de son ouvrage Savoirs, opinions, croyances. Cette ­démarche s’inscrit dans un effort de longue date de sa part pour réfuter les arguments des créationnistes. Qu’il s’agisse de raisonnements contournés des tenants américains du « dessein intelligent » ou de leurs épigones français, voyant dans la complexité du vivant la main d’un « grand horloger », ou des montages plus grossiers de l’« Atlas de la création » du Turc Harun Yahya.
Distinguer les registres des savoirs, des opinions et des croyances
Dans ce nouvel ouvrage, Guillaume Lecointre n’entre pas dans les détails de ces rhétoriques trompeuses. Il s’attache plutôt à éclairer la spécificité de la démarche scientifique. Sa motivation est politique : la connaissance scientifique a l’immense mérite de proposer « une représentation partagée du monde réel », un bien public à partir duquel fonder « des droits et devoirs pour toutes et tous »...




                        

                        


<article-nb="2018/06/28/19-4">
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<filname="SURF-env_sciences-4"> ¤ L’activité physique soutenue et régulière est le meilleur moyen de lutter contre l’épuisement liée à la chimiothérapie ou à l’immunothérapie.
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Le sport, le meilleur antifatigue lors des traitements contre le cancer

L’activité physique soutenue et régulière est le meilleur moyen de lutter contre l’épuisement liée à la chimiothérapie ou à l’immunothérapie.



Le Monde
 |    27.06.2018 à 17h00
 • Mis à jour le
28.06.2018 à 10h12
    |

            Pascale Santi








                        



                                


                            
Dix mille pas et plus. La fatigue est l’un des premiers symptômes du cancer et l’un des premiers effets secondaires des traitements anticancer, comme la chimiothérapie ou l’immunothérapie, et ce de manière durable.
Cinq ans après le diagnostic, 48,7 % des participants le décrivent comme cliniquement significatif, indique l’étude « La vie cinq ans après un diagnostic de cancer » (Vican5) réalisée par l’Institut national du cancer (INCa) et rendue publique mercredi 20 juin. Les répercussions dans la vie quotidienne sont multiples, et la qualité de vie peut être gravement altérée. Les femmes sont les plus touchées, et encore plus lorsque leur situation est précaire.
Cette fatigue fluctuante, différente selon les localisations, ne se récupère pas par le sommeil. Elle est d’ailleurs souvent évoquée comme frein à la pratique d’un sport… Et pourtant l’activité physique soutenue et régulière est le meilleur moyen de lutter contre cette forme d’épuisement, plus efficace que tout autre traitement. « C’est d’ailleurs le seul traitement », insiste le docteur Thierry Bouillet, oncologue à l’hôpital Avicenne (Bobigny), l’un des premiers en France à avoir évoqué le sport dans la prise en charge du cancer et qui a créé avec Jean-Marc Descotes l’association CAMI (Cancer, arts martiaux et informations), qui prend en charge 3 500 nouveaux patients chaque année.
Efficace pour lutter contre les risques de rechute et les effets secondaires des traitements anticancéreux, le sport est donc aussi « défatigant ». « En cas de fatigue persistante, plutôt que de prendre du café ou des médicaments, un patient devrait aller marcher quinze minutes », indique aussi Karen Mustian, de l’université de Rochester. « C’est en tout cas la conclusion que nous ­tirons après avoir passé en revue 113 études scientifiques » qui portaient sur 11 500 patients.
Publiée en mars 2017, sa revue de la littérature scientifique montrait que l’activité...




                        

                        


<article-nb="2018/06/28/19-5">
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<filname="SURF-env_sciences-5"> ¤ On pensait que toutes les cellules d’un organisme avaient la même séquence d’ADN. De multiples mutations font que nous n’avons pas un génome unique, mais plusieurs, répartis dans différentes cellules du corps, expliquent les généticiens Nicolas Gompel et Benjamin Prud’homme.
<filname="PROF-env_sciences-5"> ¤                     
                                                   
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Nous et tous nos génomes

On pensait que toutes les cellules d’un organisme avaient la même séquence d’ADN. De multiples mutations font que nous n’avons pas un génome unique, mais plusieurs, répartis dans différentes cellules du corps, expliquent les généticiens Nicolas Gompel et Benjamin Prud’homme.



Le Monde
 |    27.06.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
27.06.2018 à 14h51
    |

                            Nicolas Gompel (Généticien, LMU de Munich) et 
                            Benjamin Prud'homme (Généticien,  Institut de biologie du développement de Marseille-Luminy CNRS)








                        



                                


                            
Carte blanche. En 1962, à l’aube de l’analyse des premières séquences d’ADN, le biologiste John Gurdon réalisa une expérience décisive pour comprendre la relation entre notre génome et l’utilisation qu’en fait chacune de nos cellules. Gurdon transplanta le noyau, et donc le génome, d’une cellule de peau de crapaud adulte dans une cellule œuf dépourvue de noyau, une sorte de coquille vide. L’œuf au noyau greffé se développa en un beau crapaud.
Cette première expérience de clonage, qui valut à John Gurdon un prix Nobel de médecine et physiologie en 2012, prouva que le génome d’une cellule de peau contenait toute l’information nécessaire à la formation d’un organisme entier. Gurdon en conclut que toutes les cellules du corps devaient avoir le même génome.
Depuis cette expérience, on a appris à ­établir la séquence complète des lettres ­chimiques qui composent les génomes, ­petits ou grands. Lorsque dans les années 2000 fut publiée la première séquence du ­génome humain, il s’agissait d’une ­séquence moyenne obtenue à partir d’un grand nombre de cellules, provenant de plusieurs individus ; une nécessité technique alors pour avoir assez d’ADN à séquencer.
Aujourd’hui, les techniques de séquençage ont fait de tels progrès que le matériel de départ n’est plus limitant, et c’est le génome de cellules individuelles qu’on peut déterminer. Après l’expérience de John Gurdon sur les crapauds, on s’attendait à trouver la même séquence d’ADN dans chaque cellule du corps. Eh bien ce n’est pas le cas ! Les génomes des différentes cellules séquencées, pourtant toutes descendantes d’une même cellule œuf contenant une séquence génomique particulière, se distinguent par des centaines, voire des milliers de différences.
Mosaïques génétiques
La présence de mutations génétiques dans les cellules du corps – les cellules somatiques – n’est pas une surprise en soi. Les cancers, en effet, reposent sur l’apparition et l’accumulation de mutations dans...




                        

                        


<article-nb="2018/06/28/19-6">
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<filname="SURF-env_sciences-6"> ¤ Au cours des dernières années, une partie des salins ont été rendus à la nature, qui s’empresse de les reconquérir.
<filname="PROF-env_sciences-6"> ¤ 
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<filname="SURF-env_sciences-7"> ¤ Le recours au don d’organe a été multiplié par 4,5 depuis 1985, mais une situation de pénurie persiste.
<filname="PROF-env_sciences-7"> ¤ 
<article-nb="2018/06/28/19-8">
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<filname="SURF-env_sciences-8"> ¤ Sur les premiers mois de 2018, le nombre de donneurs recensés en France a diminué de 8 %, et le nombre de foies prélevés de 15 %. Pour pallier la pénurie de dons d’organes, il faut que chacun exprime  sa volonté auprès de ses proches, rappelle l’équipe de transplantation hépatique de Strasbourg dans une tribune au « Monde ».
<filname="PROF-env_sciences-8"> ¤                     
                                                   
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Greffe de foie: « Une situation de pénurie aiguë nous alerte aujourd’hui »

Sur les premiers mois de 2018, le nombre de donneurs recensés en France a diminué de 8 %, et le nombre de foies prélevés de 15 %. Pour pallier la pénurie de dons d’organes, il faut que chacun exprime  sa volonté auprès de ses proches, rappelle l’équipe de transplantation hépatique de Strasbourg dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    27.06.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
27.06.2018 à 09h37
    |

                            Collectif








                        



                                


                            
Tribune. Quelques jours après la Journée nationale de réflexion sur le don d’organes, le 22 juin, nous, équipe de transplantation hépatique de Strasbourg, souhaitons attirer l’attention sur l’aggravation récente de la pénurie de greffons qui met en péril la vie de nos patients.
Depuis trente ans, notre service de transplantation a déjà réalisé plus de 2 000 greffes de foie, 900 patients sont en cours de suivi. A ce jour, plus de 100 patients sont en attente de greffe. Les bénéfices apportés par la transplantation ne sont plus à démontrer, la chaîne de vie représentée par le don d’organes reste tributaire du nombre de donneurs et de leur famille.
Le don d’organes représente la source unique d’une nouvelle vie pour ces patients. A l’instar de la greffe cardiaque et pulmonaire, la greffe de foie est souvent le seul moyen de sauver la vie des quelque 1 300 patients transplantés du foie chaque année en France. On estime à 700 000 le nombre de patients atteints de maladies chroniques du foie (données Inserm, décembre 2017), potentiellement mortelles, susceptibles de se compliquer de cancer, de saignements digestifs ­cataclysmiques, de jaunisse, de troubles de la mémoire et du comportement. Lorsque la maladie est parvenue à un stade avancé, seule la greffe permet de guérir les patients.
Le prélèvement n’est en pratique jamais réalisé en cas d’opposition ou même de doute quant à la volonté du défunt exprimés par la famille
Alcool, infection par les virus des ­hépatites B et C, maladie du « foie gras » (stéatohépatite non alcoolique dite « NASH », associée à l’obésité et au diabète) et maladies auto-immunes sont les principales causes de maladies ­chroniques du foie et d’indications à la greffe. L’avènement des nouveaux ­traitements antiviraux contre l’hépatite C a fait reculer les inscriptions sur liste d’attente pour cette indication.
A l’inverse, les indications de transplantation pour maladie alcoolique du foie et pour...




                        

                        


<article-nb="2018/06/28/19-9">
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<filname="SURF-env_sciences-9"> ¤ Une nouvelle étude du traité d’ornithologie et de fauconnerie, rédigé au XIIIe siècle par Frédéric II, démontre l’étendue des liens commerciaux au Moyen Age.
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D’Australie en Sicile, le voyage du cacatoès de l’empereur Frédéric II

Une nouvelle étude du traité d’ornithologie et de fauconnerie, rédigé au XIIIe siècle par Frédéric II, démontre l’étendue des liens commerciaux au Moyen Age.



Le Monde
 |    26.06.2018 à 16h58
    |

            Pierre Bouvier








                        



   


Le protectionnisme c’est tellement… XXIe siècle. Il y a 780 ans, le concept de mondialisation ne faisait peur à personne. Sûrement pas à Frédéric II – Frédéric de Hohenstaufen (1194-1250) –, roi de Sicile et empereur du Saint Empire romain, ni à la dynastie des Ayyoubides (Egypte, Syrie, Yémen, Libye) et leurs fournisseurs.
Le De Arte Venandi cum Avibus (L’art de chasser avec des oiseaux), traité d’ornithologie et de fauconnerie rédigé au XIIIe siècle par Frédéric II pour son fils Manfred (1232-1266), en apporte l’illustration, de manière éclatante. Au détour des 111 folios de ce manuscrit, entre une grive, un héron, un léopard et un milan on y croise quatre représentations de cacatoès. Encore, fallait-il le savoir.
Cet oiseau, qui appartient à la famille des perroquets, vit en Australie, en Papouasie-Nouvelle-Guinée et sur certaines des îles d’Indonésie. Sa présence dans le bestiaire moyenâgeux rebat donc les cartes des routes commerciales entre l’Europe et le reste du monde au XIIIe siècle. Jusqu’à présent, la première description des cacatoès remontait à la fin du XVe siècle.
« Le fait qu’un cacatoès arrive en Sicile prouve qu’il existait un réseau d’échanges commerciaux qui s’étendait de l’Australie à l’ouest du Moyen-Orient et au-delà », explique à la BBC la Dr Heather Dalton, de l’université de Melbourne, en Australie, qui a fait cette découverte, avec Jukka Salo, Pekka Niemelä et Simo Örmä, des chercheurs finlandais.
Le cadeau du vice-roi d’Egypte
En 2014, Heather Dalton s’était intéressée à La Vierge de la Victoire, un tableau de 1496 d’Andrea Mantegna (vers 1431-1506), au Louvre, qui montre la première représentation d’un cacatoès.
Après la publication d’une étude intitulée « A Sulphur-crested Cockatoo in Fifteenth-Century Mantua : Rethinking Symbols of Sanctity and Patterns of Trade » (un cacatoès à huppe jaune dans la Mantoue du XVe siècle : repenser les symboles de sainteté et les modèles du commerce) dans Renaissance Studies, et d’une série d’articles, Mme Dalton a été contactée par le professeur Pekka Niemelä, de l’université de Turku (Finlande). Ce dernier, aidé de ses collègues Jukka Salo – un zoologiste – et Simo Örmä – intendant de l’institut finlandais à Rome –, travaillait à l’identification des images dans le manuscrit de Frédéric II.
Un texte en latin à côté du dessin du cacatoès le décrit comme un cadeau fait par Al-Malik al-Kâmil Nâsîr ad-Dîn « le Parfait » (1177-1238), vice-roi d’Egypte de la dynastie des Ayyoubides (1171-1341). « Les chercheurs, y compris moi, savaient que le sultan avait fait don d’un perroquet blanc à Frédéric II, peu savaient qu’il existait des représentations de cet oiseau », précise à la BBC Heather Dalton.
La chercheuse estime que le voyage du cacatoès depuis son habitat d’origine jusqu’à la Sicile, via Le Caire a duré plusieurs années, sachant que cet oiseau peut vivre jusqu’à 50 ans. En examinant les dessins du manuscrit, les chercheurs concluent que l’oiseau est une femelle, en raison de la peinture rouge utilisée pour représenter les yeux : les cacatoès femelles ont les yeux brun-rouge ou rouges, les mâles les yeux noirs. Ils relèvent que la crête de l’oiseau n’est pas dressée, en signe d’agressivité, crainte, surprise ou lorsqu’ils font la cour, ce qui semble indiquer que l’oiseau de Frédéric II se sentait en sécurité lorsqu’il a été représenté.

   


Routes maritimes et routes de la soie
« Cette découverte nous force à réviser notre perception de la région [l’Australasie] et pas seulement l’Australie et les îles alentours, comme étant la dernière à avoir été explorée. Les Européens considèrent que c’est un continent mort et qu’il ne s’y passait rien avant leur découverte », précise encore la chercheuse au Guardian, dénonçant la lecture « européocentriste » de l’histoire.
La chercheuse souligne qu’en plus des routes de la soie, les échanges commerciaux de la Chine avec la région avaient conduit à l’émergence de nouveaux ports commerciaux dans le royaume de Champā (le sud du Vietnam), Sumatra et Java, permettant une circulation des marchandises entre l’Asie du Sud-Est et la Chine, et au-delà vers la région de l’océan Indien, le Moyen-Orient puis la Méditerranée orientale et l’Europe.
Ce n’est pas la première fois que des animaux présumés issus du continent australien sont représentés dans des dessins de la fin du XVIe siècle et du début du XVIIe siècle : un livre liturgique appartenant à Caterina de Carvalho, acheté par la galerie new-yorkaise Les Enluminures, montrait une créature ressemblant vaguement à un kangourou, quelques années avant l’arrivée du premier navire hollandais sur les rivages de l’Australie.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-10"> ¤ Une étude française montre qu’après cinq ans de traitement par agonistes dopaminergiques, presque un patient sur deux est touché.
<filname="PROF-env_sciences-10"> ¤                     
                                                   
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Des troubles addictifs chez les parkinsoniens traités

Une étude française montre qu’après cinq ans de traitement par agonistes dopaminergiques, presque un patient sur deux est touché.



Le Monde
 |    26.06.2018 à 14h00
    |

            Sandrine Cabut








                        


                                                        
Troubles alimentaires compulsifs, hypersexualité, achats compulsifs, addiction aux jeux ou à des loisirs particuliers comme le bricolage… Longtemps méconnus chez les patients parkinsoniens traités, désormais bien décrits, les troubles du contrôle des ­impulsions (TCI) se révèlent beaucoup plus fréquents que ce que l’on pensait.
Après cinq ans de suivi, presque un malade sur deux (46 %) est concerné, conclut une étude française conduite par le professeur Jean-Christophe Corvol ­(hôpital de la Pitié-Salpêtrière, APHP, Institut du cerveau et de la moelle épinière, Paris), publiée le 20 juin dans la revue Neurology.
Les auteurs soulignent que la survenue de ces symptômes est fortement associée à la dose et à la durée du traitement par agonistes dopaminergiques. Ces ­médicaments synthétiques, qui miment l’action de la dopamine, sont l’une des deux grandes ­classes de molécules prescrites aux patients parkinsoniens, avec la ­L-dopa, précurseur naturel de la dopamine.
Conséquences dévastatrices
Pas toujours perçus comme négatifs par les principaux concernés, les troubles du contrôle des ­impulsions peuvent, s’ils ne sont pas détectés à temps, avoir des conséquences dévastatrices pour le malade et sa famille : surendettement, rupture conjugale…
L’étude des chercheurs français a été réalisée à partir d’une ­cohorte de 411 patients, dont la maladie avait débuté il y a moins de cinq ans. Ils ont été évalués tous les ans pendant cinq ans. Au début de l’étude, près de 20 % d’entre eux avaient déjà des ­troubles du contrôle des impulsions, ils étaient 33 % à la fin des cinq ans de suivi. Et parmi les 306 patients qui étaient indemnes de TCI au départ, presque un sur deux (46 %) en a développé sur cette période. Après arrêt du traitement, les troubles ont disparu en un an chez la moitié d’entre eux.
La population étudiée était ­relativement jeune et majoritairement traitée par agonistes ­dopaminergiques, d’où une sur­estimation probable...




                        

                        


<article-nb="2018/06/28/19-11">
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<filname="SURF-env_sciences-11"> ¤ Douze laboratoires du CNRS et de l’université de Montpellier inaugurent mardi 26 juin un appartement connecté pour y étudier à la rentrée les comportements d’étudiants volontaires. La vie privée est au cœur de l’expérience.
<filname="PROF-env_sciences-11"> ¤                     
                                                

A Montpellier, des étudiants cobayes pour tester les limites de l’habitat connecté

Douze laboratoires du CNRS et de l’université de Montpellier inaugurent mardi 26 juin un appartement connecté pour y étudier à la rentrée les comportements d’étudiants volontaires. La vie privée est au cœur de l’expérience.



Le Monde
 |    26.06.2018 à 13h53
    |

            Claire Legros








                        



   


Une entrée, une grande pièce à vivre équipée d’une cuisine, quatre chambres, des toilettes, une salle de bains… A première vue, rien ne distingue ce F5 situé au premier étage d’une résidence flambant neuf d’un quartier populaire de Montpellier.
Pourtant, sous le plancher flottant, des capteurs – seize au mètre carré – sont déjà en place pour déceler la présence et enregistrer les déplacements des personnes d’une pièce à l’autre. Bientôt un dispositif mémorisera l’ouverture et la fermeture des placards, ainsi que les mouvements des résidents. Dans quelques mois, un système de capteurs et de caméras devrait alerter les occupants quand un produit viendra à manquer dans les placards de la cuisine.
Bienvenue dans le logement du XXIe siècle. A la prochaine rentrée universitaire, deux étudiants volontaires seront sélectionnés pour habiter gratuitement cette colocation tout confort. En échange, ils devront accepter que leurs faits et gestes deviennent un objet d’étude. Chaque jour, ils auront à répondre à un questionnaire inspiré de celui que la NASA utilise lors des missions au long cours, afin d’évaluer leurs ressentis. Au bout du couloir, dans une pièce attenante à l’appartement, seront installés des serveurs pour y stocker leurs données personnelles, transmises ensuite, de l’autre côté de la ville, aux ordinateurs des laboratoires de la Maison des sciences de l’homme.
« Replacer l’humain au centre »
Il ne s’agit pas d’un nouvel épisode, version 2.0, de « Loft Story », l’émission de télé-réalité des années 2000, mais bien d’une expérience scientifique, pilotée par des chercheurs du CNRS de Montpellier. Ils inaugurent mardi 26 juin le dispositif HUman home projecT (HUT), un observatoire du logement connecté pour évaluer au jour le jour les comportements d’étudiants cobayes et leurs usages de la connexion, en partenariat avec des entreprises et la métropole de Montpellier.

   


En quelques années, l’habitat connecté a connu une transformation radicale. Oubliée la domotique à la Jacques Tati, l’heure est aux assistants personnels vocaux qui centralisent le pilotage d’équipements de plus en plus sophistiqués : ouverture et fermeture de volets roulants selon l’ensoleillement, gestion des températures et de l’aération en fonction de la présence des occupants, de la pollution, de la météo… Pour Malo Depincé, juriste et directeur adjoint du laboratoire Dynamiques du droit à Montpellier, l’un des pilotes du projet, « dès que l’on centralise, des choix sont posés. Faut-il aérer pour diminuer la pollution intérieure ou ne pas aérer pour limiter la pollution extérieure ? Qui fixe les règles ? Il y a là un champ de réflexion immense dont il faut se saisir, sinon ce sont des tiers qui le feront ». 
Parmi les douze laboratoires impliqués dans l’expérience, on trouve à la fois des ingénieurs en électronique et des architectes, des spécialistes du mouvement, mais aussi des juristes, des linguistes ou des psychologues… Un dialogue interdisciplinaire « essentiel sur les questions numériques si l’on veut replacer l’humain au centre de la réflexion », estime Alain Foucaran, directeur de l’IES (Institut d’électronique et des systèmes) à Montpellier.
Intrusion dans la vie privée
« Avec cette expérience, on quitte enfin le terrain des conjectures et des convictions pour celui de la recherche dépassionnée et objective, constate de son côté Déborah Nourrit, chercheuse en psychologie expérimentale au CNRS qui s’intéresse particulièrement au rapport au temps. On a tous des impressions, des ressentis sur les effets de l’accélération qui accompagne l’usage des objets connectés. Ce temps gagné, à quoi est-il utilisé ? Est-ce pour décélérer ? Les uns y voient un progrès, d’autres s’interrogent sur ses conséquences. On va enfin pouvoir étudier ses effets sur des individus en situation de vie normale. »
Le principal enjeu du projet reste l’étude des usages et du seuil de tolérance à l’intrusion dans la vie privée. « On a fabriqué une chimère pour s’interroger sur ce qui est techniquement possible et éthiquement envisageable, explique Malo Depincé. L’idée est d’aller le plus loin possible vers l’hyperconnexion pour évaluer ce qui est toléré, à quel moment cela devient trop intrusif. Pour certains, le smartphone est jugé plus acceptable que des capteurs dans un appartement, pour d’autres c’est l’inverse. »

   


L’expérience va faire l’objet d’une demande d’autorisation auprès de la CNIL (Commission nationale informatique et libertés) et est encadrée par un comité d’éthique. Pour Jean-Gabriel Ganascia, l’un de ses membres, qui préside aussi le Comets (comité d’éthique du CNRS), « une telle expérience est précieuse car c’est la première fois qu’elle est conduite au long cours dans des conditions de vie normale. Or l’étude des usages permet de mettre en évidence des risques éthiques que l’on n’avait pas envisagés. Notre réflexion porte à la fois sur les risques et les limites de ces dispositifs en général, et aussi sur la protection des êtres humains qui vont participer à l’étude ». 
Un « bouton d’arrêt d’urgence »
Une première réunion a conduit à la mise en place d’un « bouton d’arrêt d’urgence » selon l’équipe, si l’un des résidents souhaite faire une pause et déconnecter. Son usage représente aussi « une information précieuse », souligne Deborah Nourrit. « Ce qui nous intéresse, c’est le seuil de rupture, le moment où la personne dira “stop” », ajoute Malo Depincé.
Outre un bail de location classique, les étudiants devront signer un « diagnostic de données » leur détaillant l’usage qui sera fait de leurs informations personnelles. Une façon d’« afficher noir sur blanc et en gros caractères ce que les promoteurs des maisons connectées oublient de préciser aujourd’hui », assure Malo Depincé. Ces données personnelles ne seront pas transmises à des tiers ni utilisées hors du protocole.
L’expérience est prévue pour durer au moins trois ans, mais les étudiants resteront libres de résilier le bail à tout moment. Pour l’heure, l’appartement est encore vide. La sélection des colocataires ne démarrera qu’à la rentrée. Seuls impératifs : les candidats devront être technophiles et peu sensibles à l’anxiété. Un premier questionnaire distribué en début d’année universitaire dans les facultés de Montpellier, toutes disciplines confondues, a reçu un accueil favorable : 64 % des étudiants consultés se sont déclarés intéressés par l’expérience.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-12"> ¤ Une nonagénaire est morte au début de juin dans le Cantal après avoir été attaquée par un essaim. On estime que 250 à 300 piqûres suffisent à tuer un adulte.
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<filname="SURF-env_sciences-13"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’ancien secrétaire général de l’ONU et Nobel de la paix Kofi Annan s’alarme de la quasi-indifférence générale autour des ravages du venin, qui tue cinq fois plus que la dengue.
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Kofi Annan : « La morsure de serpent est une grande crise de santé publique ignorée »

Dans une tribune au « Monde », l’ancien secrétaire général de l’ONU et Nobel de la paix Kofi Annan s’alarme de la quasi-indifférence générale autour des ravages du venin, qui tue cinq fois plus que la dengue.



Le Monde
 |    26.06.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
26.06.2018 à 10h04
    |

Kofi Annan (Président de la Fondation Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations unies,  lauréat du prix Nobel de la paix)







                        



                                


                            

Tribune. Il y a quelques années, un médecin au Ghana a attiré l’attention de mon épouse, Nane, et de moi-même sur l’impact dévastateur que les morsures de serpent avaient sur sa communauté. Nous avons été choqués d’apprendre que ces morsures de serpent tuent entre 81 000 et 138 000 personnes dans le monde chaque année, et que beaucoup d’autres souffrent de déficiences mentales et physiques permanentes.
En comparaison, la fièvre de la dengue, transmise par les moustiques, fait environ 20 000 morts par an. Malgré son énorme impact, la morsure de serpent est la plus grande crise de santé publique dont vous n’avez probablement jamais entendu parler. A ce jour, elle reste largement ignorée.

La morsure de serpent est essentiellement une maladie de pauvres, affectant principalement les populations vivant dans certaines des communautés les plus rurales d’Afrique subsaharienne, d’Asie, d’Océanie et d’Amérique latine. Les petits agriculteurs, leurs familles, les bergers et les personnes déplacées sont particulièrement vulnérables.
Ces groupes manquent souvent des protections les plus élémentaires, comme des chaussures à l’épreuve des serpents ou des moustiquaires. Même si la victime survit, elle peut être incapable de subvenir aux besoins de sa famille. Par conséquent, les enfants sont souvent envoyés travailler au lieu d’aller à l’école, et les proches sont forcés de partager leurs quelques biens avec les familles touchées.
Dans de nombreuses régions éloignées, le manque de moyens de transport et le mauvais état des routes entravent le traitement rapide des victimes de morsures de serpent. Même lorsque celles-ci parviennent à l’hôpital, elles ne peuvent que constater le manque de personnel qualifié ou de médicaments pour les soigner.
Ces défis chroniques sont aggravés par la pénurie de sérum antivenimeux sûr, efficace et abordable dans les régions du monde où le risque de morsures de serpent est endémique....




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-14"> ¤ Dans un entretien au « Monde », le pédopsychiatre Richard Delorme et le neuropédiatre David Germanaud expliquent pourquoi la « stratégie pour l’autisme » doit profiter à tous les enfants atteints de troubles du neurodéveloppement.
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« Les troubles du neurodéveloppement concernent 5 % à 7 % des enfants »

Dans un entretien au « Monde », le pédopsychiatre Richard Delorme et le neuropédiatre David Germanaud expliquent pourquoi la « stratégie pour l’autisme » doit profiter à tous les enfants atteints de troubles du neurodéveloppement.



Le Monde
 |    26.06.2018 à 07h00
    |

            Sandrine Cabut








                        



                                


                            
Après trois plans nationaux ­consacrés à l’autisme depuis 2005, le premier ministre Edouard Philippe a annoncé le 6 avril une « stratégie nationale pour l’autisme au sein des troubles du neurodéveloppement (TND) ». Une formulation qui marque une volonté de décloisonnement. Aujourd’hui, qu’en est-il ? Entretien avec deux cliniciens et chercheurs impliqués dans la ­concertation à l’origine de cette stratégie, le professeur Richard Delorme, chef du service de pédopsychiatrie, et le docteur David ­Germanaud, neuropédiatre, à l’hôpital Robert-Debré (AP-HP, Paris).
Pourquoi introduire la notion « d’autisme au sein des troubles du neurodéveloppement » ?
Richard Delorme C’est devenu une évidence clinique et scientifique. Plus on avance dans la compréhension des TND, plus il ­s’impose que l’autisme n’est pas une entité isolée. Dans 30 % à 40 % des cas, les difficultés de communication sociale s’accompagnent d’une déficience intellectuelle ; dans 40 % à 60 % des cas, d’un déficit de l’attention, des coordinations ou du langage ; dans 10 % à 15 % des cas d’une épilepsie…
David Germanaud Ces troubles de sévérité variable correspondent à un défaut de mise en place d’une ou plusieurs compétences attendues lors du développement cognitif et affectif de l’enfant. Ils sont fréquemment associés ­entre eux, constituant parfois un trouble complexe, et partagent leurs facteurs de risque ­génétiques ou environnementaux : prématurité, infection anténatale… Ils concernent 5 % à 7 % des personnes à travers le monde.
Une étude récente confirme que le risque de TND est multiplié par 4 chez les enfants exposés in utero à la Dépakine (valproate). Comment autant de femmes enceintes ­ont-elles pu prendre cet antiépileptique dont les risques étaient en partie connus ?
D. G. Le fait qu’on n’ait pas pris la mesure de la dangerosité de cette molécule chez la femme enceinte, en dehors...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-15"> ¤ Les industriels du médicament n’étudient pas les éventuels effets indésirables apparaissant après l’arrêt des thérapies, comme ceux observés dans le cas du Prolia contre l’ostéoporose.
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Ostéoporose : l’arrêt des traitements ignoré par les études

Les industriels du médicament n’étudient pas les éventuels effets indésirables apparaissant après l’arrêt des thérapies, comme ceux observés dans le cas du Prolia contre l’ostéoporose.



Le Monde
 |    25.06.2018 à 15h48
    |

                            Lise Barnéoud








                        


Pour mettre un médicament sur le marché, on étudie son efficacité et son innocuité. Mais personne ne se soucie de ce qu’il se passe après l’arrêt du traitement. Pour Prolia, la question se pose plus que tout autre médicament du fait de sa spécificité : il s’agit d’une protéine humaine (un anticorps) capable d’inhiber l’action d’une autre ­protéine impliquée dans le grignotage des os. Administré par voie sous-cutanée, le Prolia agit durant six mois en moyenne. Passé ce ­délai, l’ensemble des protéines impliquées dans le remodelage osseux connaissent une profonde réorganisation, avec ­notamment une hausse d’activité marquée pour les acteurs de la ­résorption osseuse.

        Lire aussi :
         

                Ostéoporose : le piège du Prolia, médicament « miracle »



L’arrêt du Prolia s’accompagne ainsi systématiquement d’une chute transitoire de la densité ­minérale osseuse. Or, les conséquences cliniques de cet effet ­rebond n’ont jamais fait l’objet d’une recherche particulière.
Intêret des laboratoires
« C’est l’immense défaut des études cliniques, elles sont commanditées par l’industriel en vue d’une commercialisation. Les laboratoires n’ont aucun intérêt à étudier l’impact de l’arrêt de leur traitement ni à allonger la durée d’observation car cela augmente le taux rapporté d’événements indésirables, non ­nécessairement reliés aux produits. Et cela nuit ensuite à la commercialisation du produit », reconnaît ­Jacques Brown, du Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval, qui a participé aux études d’Amgen sur le Prolia.
Pour Michel Laroche, rhumatologue au CHU de Toulouse et membre du Groupe de recherche et d’information sur les ostéoporoses (GRIO), cette affaire révèle « l’incapacité des sociétés savantes à faire des études hors industrie pharmaceutique. Les laboratoires n’étudieront jamais l’impact des arrêts des traitements. C’est à nous de le faire sans eux ! ». Il y a du pain sur la planche.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-16"> ¤ Prescrit à 90 000 Françaises contre la fragilisation des os à la ménopause, ce traitement peut engendrer des fractures vertébrales multiples quand on l’interrompt.
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Article sélectionné dans La Matinale du 25/06/2018
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Ostéoporose : le piège du Prolia, médicament « miracle »

Prescrit à 90 000 Françaises contre la fragilisation des os à la ménopause, ce traitement peut engendrer des fractures vertébrales multiples quand on l’interrompt.



Le Monde
 |    25.06.2018 à 15h47
 • Mis à jour le
28.06.2018 à 18h17
    |

                            Lise Barnéoud








                        



                                


                            
Au début, l’histoire était belle. Aucun traitement n’était aussi efficace que le Prolia pour combattre l’ostéoporose, ce lent mais inéluctable grignotage des os qui touche un quart des femmes de plus de 65 ans. Christine faisait partie des quelque 90 000 patientes françaises à bénéficier de ce nouveau traitement du laboratoire Amgen en 2017, un anticorps humain produit par génie génétique, capable d’inhiber la formation et la fonction des ostéoclastes, des cellules responsables de la résorption osseuse. En juin de cette année-là, après trois années de traitement, cette jeune retraitée de 64 ans sort heureuse de sa consultation avec son rhumatologue : les examens radiologiques de ses os sont excellents. « J’étais comme une gamine, je me sentais guérie. »
Fini les injections tous les six mois, le traitement peut être stoppé. Mais quatre mois plus tard, soit dix mois après sa dernière ­ injection, elle souffre de violentes douleurs au dos : un examen révèle deux fractures sur la ­ colonne. C’est le début d’un cauchemar. Trois mois plus tard, en janvier 2018, sa colonne s’est fracturée à six endroits différents.
« Personne ne comprenait ce qu’il m’arrivait, raconte Christine. Aujourd’hui, les douleurs plombent ma vie et je plonge dans une grande dépendance… »
Même histoire pour Michèle, 80 ans. Son ostéoporose, elle l’a d’abord traitée avec le Protelos, un médicament du laboratoire Servier retiré du marché en 2017 en raison notamment d’effets secondaires graves. Du Protelos, elle est ensuite passée au sport, « 800 mètres de natation chaque jour », précise-t-elle. Puis, à l’automne 2015, sa généraliste l’a convaincue d’essayer le Prolia. « Elle disait que c’était miraculeux. J’ai fait deux injections, puis j’ai arrêté, car je les supportais mal. »
Fractures vertébrales multiples
Quinze mois après sa dernière injection, une première fracture vertébrale...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-17"> ¤ D’où viendra la prochaine pandémie meurtrière ? Un récent colloque à l’Institut Pasteur de Paris a tenté de cerner la menace, multiforme et très élusive.
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Peut-on prédire les futurs fléaux épidémiques ?

D’où viendra la prochaine pandémie meurtrière ? Un récent colloque à l’Institut Pasteur de Paris a tenté de cerner la menace, multiforme et très élusive.



Le Monde
 |    25.06.2018 à 15h07
    |

                            Florence Rosier








                        



                                


                            
Qui sera le prochain virus tueur en série ? Où, quand, comment frappera-t-il l’humanité ? Quels seront ses complices – mammifères, moustiques ? Quelle sera l’ampleur de son crime ? Un panel choisi de vingt experts s’est réuni à l’Institut Pasteur de Paris, les 21 et 22 juin, pour débattre de ces questions devant un public de chercheurs et d’acteurs de la santé publique, avec le soutien de la Fondation SCOR pour la science. Le défi : mieux se préparer à cette menace diffuse, à la lumière des leçons du passé, mais aussi des promesses qu’apportent les outils les plus pointus.
« La grippe reste notre pire cauchemar », confie Arnaud Fontanet, responsable de l’unité épidémiologie des maladies émergentes à l’Institut Pasteur, coorganisateur de ce colloque. Quand un nouveau mutant du virus grippal arrive, il infecte un tiers de l’humanité. Sa transmissibilité, par éternuement, est phénoménale. Les malades sont contagieux avant même l’apparition des premiers symptômes : les isoler ne sert à rien. Le virus, avec un temps de génération de trois jours, se propage comme une traînée de poudre. « Rien ne peut l’arrêter. Tout dépendra du taux de mortalité du virus mutant. » Seule piste : la perspective d’un vaccin « pan-grippal », adapté à toutes les souches de virus grippal. « Une équation jamais résolue », pourtant, malgré des décennies de recherche.
Le mystère de la grippe espagnole
Concernant le virus de la grippe espagnole, Lone Simonsen, de l’université de Roskilde (Danemark), a estimé qu’il a tué, en 1918-1919, 1 % à 2 % des personnes infectées, soit 50 millions de personnes à travers le monde. Mais pourquoi a-t-il décimé des sujets jeunes (de 20 à 40 ans) ? Pourquoi a-t-il épargné les personnes âgées ? Le mystère reste entier. Quant à la pandémie grippale de 2009, sa « sévérité » a été « 100 fois surestimée ».
Les chercheurs ont ensuite passé au crible de l’analyse biologique, écologique, anthropologique… une flopée...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-18"> ¤ En 2015, 142 000 cas étaient attribuables à des facteurs de risque liés au mode de vie ou à l’environnement, au premier rang desquels le tabagisme et l’alcool.
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Article sélectionné dans La Matinale du 24/06/2018
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En France, quatre cancers sur dix pourraient être évités

En 2015, 142 000 cas étaient attribuables à des facteurs de risque liés au mode de vie ou à l’environnement, au premier rang desquels le tabagisme et l’alcool.



Le Monde
 |    25.06.2018 à 03h30
 • Mis à jour le
25.06.2018 à 09h10
    |

            Hervé Morin








                        



   


La part des cancers dits « évitables », c’est-à-dire attribuables à des facteurs de risque liés au mode de vie ou à l’environnement, vient d’être réévaluée pour la France métropolitaine : elle représenterait 41 % des tumeurs survenues en 2015 chez les adultes de plus de 30 ans, soit 142 000 cas (84 000 chez les hommes et 58 000 chez les femmes). Cette estimation est le fruit d’une vaste étude coordonnée par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), publiée lundi 25 juin dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH).
En 2000, la part des cancers évitables était évaluée en France à 35 %, tandis que les études portant sur d’autres pays donnent une fourchette variant entre 30 % et 50 %.
L’originalité de l’étude, par rapport aux évaluations antérieures, est d’avoir élargi le spectre des causes évitables à treize facteurs majeurs de risque pour lesquels un lien avec la survenue de cancer est bien établi, et pour lesquels l’exposition des Français était connue. La consommation de viande rouge et de charcuterie ou les expositions professionnelles (trichloréthylène, gaz d’échappement du diesel) n’étaient par exemple pas prises en compte auparavant.
Isabelle Soerjomataram, qui, au CIRC – agence intergouvernementale de recherche sur le cancer créée en 1965 par l’Organisation mondiale de la santé –, a coordonné l’étude, souligne que le message principal est positif : « C’est une bonne nouvelle de savoir que l’on peut agir sur 40 % des cancers, en se concentrant sur treize facteurs de risque seulement. »
Le déclenchement d’un cancer peut évidemment avoir des origines multiples et combinées. La part du hasard, c’est-à-dire liée à la survenue de mutations aléatoires dans l’ADN des cellules, fait l’objet d’âpres débats scientifiques. Elle est évaluée par certains à deux tiers des mutations susceptibles de déclencher un cancer. Le poids de l’hérédité, c’est-à-dire les prédispositions à développer certains cancers en raison de son patrimoine génétique, représenterait environ 5 % des cas.

        Lire aussi :
         

                Le débat sur le rôle du hasard dans le cancer relancé



Restent les cancers dits « évitables ». Tout l’intérêt de l’étude du BEH est donc de chiffrer le poids des déterminants sur lesquels on peut agir en modifiant des comportements (tabac, alcool, alimentation, activité physique) par la réglementation (polluants, pesticides, composants alimentaires) ou la prophylaxie (vaccins).

   


Sans surprise, le tabac et l’alcool restent les deux principaux « fauteurs évitables » de cancers, représentant 20 % et 8 % des cas, les deux sexes confondus. Chez les hommes, c’est ensuite l’alimentation qui prédomine (5,7 % des cas), tandis que chez les femmes, c’est le surpoids et l’obésité (6,8 %). « Je ne m’attendais pas à ce que ces facteurs de risque soient si élevés, commente Isabelle Soerjomataram. Il semble que la France suive dans ce domaine la trajectoire de pays comme les Etats-Unis ou le Royaume-Uni. »
Simulation
Viennent ensuite les infections, notamment celles liées au papillomavirus, responsable de plus de 6 300 cas de cancer, essentiellement du col de l’utérus, en 2015. Puis les expositions professionnelles, avant les ultraviolets (mélanomes), le radon et les radiations d’origine médicale. La pollution de l’air extérieur, puis la présence d’arsenic et de benzène ferment la liste.
Les cancers évitables les plus nombreux sont ceux du poumon (plus de 35 000 cas évitables sur quelque 40 000 cas estimés) et du sein (presque 20 000 cas évitables sur plus de 53 000 diagnostics pour cette localisation), avant le côlon-rectum (19 000 environ). Viennent ensuite lèvres-cavité orale-pharynx (12 000 cas), mélanome (plus de 10 000), foie (7 000), estomac (6 000) et rein (environ 5 000). Les autres localisations représentent moins de 5 000 cas annuels.
Certains facteurs de risque sont définis en négatif : le fait de ne pas manger suffisamment de fruits, de légumes ou de fibres pèse autant que de manger trop de viande rouge ou transformée. Le manque d’activité physique ou un allaitement inférieur à six mois, moins protecteur pour la mère vis-à-vis du risque de cancer du sein, ont aussi été pris en compte.

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En revanche, des facteurs comme le nombre d’enfants ou l’âge de la première grossesse, connus pour peser aussi sur le risque de cancer, « mais sur lesquels on ne peut agir de la même façon que pour l’allaitement, n’ont pas été retenus comme évitables », souligne Isabelle Soerjomataram.
Cette analyse représente la somme des connaissances toxicologiques et épidémiologiques concernant la population française. Elle est une simulation, car il est très rare de pouvoir attribuer à un cas individuel une origine précise, comme pour le mésothéliome lié à l’exposition à l’amiante. Les auteurs sont conscients des limites de l’étude. Elle ne prend pas en compte certains facteurs de risque dont les effets sont encore insuffisamment documentés.
« Cibler des priorités d’action »
« Cet état des lieux a permis de mettre en exergue des lacunes scientifiques (comme les expositions chimiques), mais aussi le besoin de recherche pour identifier le rôle de facteurs de risques émergents (comme les perturbateurs endocriniens) », notent ainsi Christopher Wild, directeur du CIRC, Norbert Ifrah, président de l’Institut national du cancer, et François Bourdillon, directeur général de l’agence sanitaire Santé publique France dans l’éditorial du BEH. Cela signifie que, à mesure que des données plus solides apparaîtront, la part des cancers évitables pourrait encore augmenter.
Il est aussi à noter que les outre-mer n’ont pas été inclus. Le poids du chlordécone, un pesticide longtemps utilisé dans les bananeraies, serait sans doute à prendre en compte pour les cancers de la prostate. « On aimerait poursuivre l’analyse dans ces territoires », note Isabelle Soerjomataram, pour qui les facteurs de risque seraient alors probablement différents.
Pour les signataires de l’éditorial du BEH, mesurer la part évitable a un intérêt majeur : « Cibler des priorités d’action pour la prévention du cancer. » Si l’on doit se réjouir de la baisse d’un million de fumeurs quotidiens entre 2016 et 2017, la stratégie de réduction du tabagisme à travers l’augmentation du prix doit être « maintenue et renforcée », notent-ils. L’alcool, l’alimentation, le surpoids devraient faire l’objet des mêmes efforts de prévention, avancent-ils, notant aussi l’efficacité potentielle des réglementations concernant les valeurs limites de produits cancérigènes dans l’environnement et en milieu professionnel pour diminuer les expositions. Ou des pistes cyclables pour encourager l’activité physique.
Isabelle Soerjomataram souligne que, pour le tabac et l’alcool, des messages de prévention spécifiques pour les femmes seraient bienvenus. En 2000, le tabac représentait 6 % des cas de cancer chez les femmes, contre 8 % en 2015, et pour l’alcool, ces proportions sont respectivement passées de 4 % à 7 %, tandis que chez les hommes, elles sont restées stables.
François Bourdillon, de l’agence sanitaire Santé publique France, note quant à lui que, outre les grands domaines classiques de prévention (tabac, alcool, alimentation-obésité), l’étude « interpelle toute la médecine du travail, l’exposition professionnelle n’étant pas négligeable ». Il se dit aussi surpris par la hauteur de l’impact des infections. « Il faudrait remettre l’accent sur la vaccination », souligne-t-il. En France, celle contre le papillomavirus (HPV), recommandée depuis 2007, était inférieure à 15 % chez les filles de 16 ans en 2015.
L’agence sanitaire britannique Public Health England estimait très récemment que la vaccination a fait baisser de 86 % chez les jeunes femmes les infections par les deux types d’HPV causant la majorité des cancers du col de l’utérus. Outre-Manche, 80 % des garçons et filles de 14 à 25 ans sont vaccinés.
Les nouvelles données permettent aussi de mesurer certaines distorsions dans la perception de la hiérarchie des risques par le grand public. Un baromètre de Santé publique France, à paraître, montre que, en 2015, 67 % des personnes interrogées pensaient que la pollution atmosphérique causait davantage de cancers que l’alcool. Or la pollution atmosphérique, qui a d’autres impacts sanitaires, notamment cardio-vasculaires et respiratoires, « représente 0,4 % des cas de cancer dans notre évaluation », rappelle Isabelle Soerjomataram. Soit vingt fois moins que l’alcool et cinquante fois moins que le tabac.



                            


                        

                        


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Hayabusa-2 à portée de l’astéroïde Ryugu

La sonde japonaise se prépare à prélever des poussières sur ce petit objet carboné, tandis qu’un engin américain, Osiris-Rex, s’approche d’un objectif du même type.



Le Monde
 |    24.06.2018 à 18h00
    |

            Pierre Barthélémy








                        



                                


                            
Après la saga de la sonde européenne Rosetta et de son atterrisseur Philae, dont l’aventure autour de la comète « Tchouri » avait tenu en haleine les amoureux de l’exploration spatiale, un nouveau feuilleton robotisé commence dans l’espace, à 285 millions de kilomètres de la Terre.
Lancée en décembre 2014, la mission japonaise Hayabusa-2, qui emporte le mini-atterrisseur franco-allemand Mascot, doit arriver le 27 juin dans les parages immédiats de sa « cible », l’astéroïde 162173, d’un diamètre d’environ 900 mètres. Voilà pour le casting. Quant au scénario, il reprend la trame d’un mythe nippon. Dans cette légende, un pêcheur voyageant sur le dos d’une tortue se rend dans le Ryugu-jo, le palais sous-marin d’un dragon, et s’en retourne en emportant avec lui une boîte mystérieuse. De la même manière, Hayabusa-2 a pour objectif ultime de prélever de minuscules échantillons de cet astéroïde – rebaptisé Ryugu – et de les rapporter sur Terre en 2020, dans une capsule de rentrée atmosphérique…
Astéroïde de type C
Alors que la première mission Hayabusa (2003-2010) avait subi une ribambelle de problèmes – la sonde ayant en partie été « grillée » par une énorme éruption solaire –, sa réplique se déroule pour le moment sans encombre. Depuis quelques semaines, elle a Ryugu en ligne de mire, un astéroïde de type C (comme carboné), alors que la cible de la première mission était de type S (comme silicaté). Pour les astronomes qui s’intéressent aux petits corps du Système solaire, la différence est importante. Directeur de recherches au CNRS à l’Observatoire de la Côte d’Azur et membre de l’équipe scientifique d’Hayabusa-2, Patrick Michel est de ceux-là : « Les astéroïdes de type C sont plus intéressants parce qu’ils sont plus primitifs. On pense que leur composition a peu évolué depuis leur formation et qu’ils contiennent les briques, les ingrédients, qui ont constitué les planètes. C’est un peu comme une recette de cuisine : ces astéroïdes sont les jaunes d’œufs...




                        

                        


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Entretien

« Des formations en intelligence artificielle émergent en Afrique, mais ce n’est pas suffisant »

La créativité africaine dopée par l’intelligence artificielle (7/7). Le bio-informaticien Abdoulaye Baniré Diallo appelle les Etats du continent à investir dans la recherche.

Laure Belot
    



LE MONDE
              datetime="2018-06-24T17:00:28+02:00"

        Le 24.06.2018 à 17h00






    
Abdoulaye Baniré Diallo est directeur du laboratoire de bio-informatique de l’Université du Québec à Montréal
Crédits : DR


Lauréat en mars du Next Einstein Forum à Kigali, au Rwanda, le Guinéen Abdoulaye Baniré Diallo est directeur du laboratoire de bio-informatique de l’Université du Québec à Montréal. Ses travaux portent sur la classification des virus et microbes et la prédiction de leurs mutations génétiques. Il est le cofondateur de My Intelligent Machines, une start-up intégrant génomique, bio-informatique et intelligence artificielle (IA).

        Présentation de la série
         

          La créativité africaine dopée par l’intelligence artificielle



Dans la santé, l’environnement ou l’éducation, des applications d’intelligence artificielle se développent en Afrique. Qu’est-ce que cela raconte ?
Abdoulaye Baniré Diallo C’est la suite naturelle des choses. Le développement technologique en Afrique permet de faire de l’innovation à faible coût sans avoir besoin de moyens très sophistiqués. L’accès simplifié au cloud [stockage de données en ligne] est un outil merveilleux dans les mains des jeunes développeurs de génie qui peuvent, partout sur le continent, innover sur des applications simples et apporter des solutions nouvelles.
L’intelligence artificielle est un terme à la mode. Comment caractériseriez-vous les applications qui émergent ?
La majorité des applications d’intelligence artificielle qui se développent ne sont pas fondées sur une technologie forte et une recherche profonde. Ces applications utilisent souvent des outils clé en main, des interfaces de programmation applicatives (API) qui existent et sur lesquelles sont ajoutés des services. Pour développer réellement de nouveaux concepts, il faut que l’Afrique se dote de formations universitaires sérieuses, d’infrastructures plus robustes que celles qui sont accessibles actuellement, mais aussi de capacités de financement, car souvent ces technologies nécessitent des recherches sur plusieurs années.

        Episode 1
         

          « Le risque de captation de valeur existe », décrypte Cédric Villani



Pour l’instant, les étudiants africains en IA se forment et travaillent à l’étranger, comme vous au Canada.
Effectivement, il faut partir du continent pour se former. Des programmes commencent à émerger : une maîtrise en « apprentissage machine » à Kigali, en collaboration avec l’université américaine Carnegie-Mellon, des programmes à l’université du Cap, en Afrique du Sud, ou dans quelques universités au Maghreb. L’Institut africain des sciences mathématiques [AIMS] va aussi se lancer dans cette direction. Mais ce n’est pas suffisant. Ce ne sont en aucun cas des lieux au cœur de la recherche, qui permettent à des étudiants et des chercheurs de trouver de nouvelles pistes qui amèneraient à des services plus poussés.
Que manque-t-il pour pérenniser cette créativité africaine en intelligence artificielle ?
Il faut une volonté étatique, une implication majeure des Etats, une compréhension que la recherche fait partie de l’investissement des pays et qu’une partie doit être consacrée à faire décoller les universités et permettre à plusieurs chercheurs en sciences des données et en IA, qui sont basés un peu partout dans le monde, de revenir sur le continent pour faire de la recherche sérieuse.
Regardez l’exemple du Québec. La réussite de l’IA découle de l’excellence des recherches qui ont été faites à Montréal par des instituts qui ont eu un soutien majeur du gouvernement. Des programmes pour valoriser les recherches universitaires et les transférer en milieu industriel ont été créés. J’ai pu en bénéficier : l’entreprise que j’ai cofondée [My Intelligent Machines] est ainsi passée d’une déclaration d’invention en milieu universitaire à une start-up. Ces leviers-là ne peuvent être actionnés par de la débrouillardise mais par l’Etat et une excellente organisation des acteurs privés. Le récent plan français sur l’IA est d’ailleurs un exemple intéressant.

        Episode 6
         

          En Tunisie, un algorithme met de l’huile dans les systèmes d’irrigation



Des services publics en Afrique utilisent votre start-up dans le domaine de la santé. Que proposez-vous ?
Notre plate-forme veut faciliter le travail de ceux qui souhaitent mener des recherches en intelligence artificielle sur les sciences de la vie. Surveiller l’évolution des virus ou maladies nécessite par exemple de gros moyens financiers et beaucoup de ressources de calculs. Notre plate-forme gère ces ressources, le stockage des données, et une intelligence artificielle intègre toutes les connaissances et les résultats d’analyse effectués sur le terrain.
Depuis le virus Ebola, j’ai commencé à collaborer en tant que chercheur avec l’Institut de recherche en santé, de surveillance épidémiologique et de formation [Iressef] du Sénégal, pour la surveillance de plusieurs virus. Notre start-up a récemment signé un contrat avec ce même institut en vue d’un projet plus ambitieux. Nous finalisons en Guinée un accord concernant l’analyse des génomes des virus associés à plusieurs maladies infectieuses et sommes actuellement en discussion avec le ministère rwandais de la santé.
Les données massives issues du continent africain, carburant des algorithmes d’IA, sont au centre des convoitises, notamment de grands groupes privés d’Internet ou de téléphonie. Que préconisez-vous ?
Le sujet n’est pas encore central en Afrique. Il faut favoriser une prise de conscience générale en informant, par exemple, les différents législateurs que l’Union européenne vient d’adopter le RGPD [règlement général sur la protection des données].
Je travaille, avec Hamidou Tembine, autre lauréat du Next Einstein Forum [un chercheur malien, spécialiste de la théorie des jeux, professeur à l’Université de New York], à la création d’un centre de recherche à but non lucratif pour accompagner les Etats et les entreprises africaines qui ont besoin de prendre des décisions fondées sur l’analyse massive de leurs données. Nous pensons qu’il sera opérationnel d’ici un an. L’idée est de mettre en place un outil d’« empowerment » afin que ces acteurs africains puissent profiter de leurs données sans que ce soient les autres qui décident à leur place.

Sommaire de la série La créativité africaine dopée par l’intelligence artificielle
Le Monde Afrique propose une série de sept épisodes pour mieux comprendre les enjeux et usages autour de l’intelligence artificielle, à travers cinq histoires entrepreneuriales en Ethiopie, au Kenya, en Tunisie, au Nigeria et au Cameroun, ainsi que les interviews du mathématicien et député français Cédric Villani, auteur du récent rapport gouvernemental sur l’intelligence artificielle, et du chercheur guinéen Abdoulaye Baniré Diallo, lauréat du dernier Next Einstein Forum à Kigali, au Rwanda.  Episode 7 Abdoulaye Baniré Diallo : « Des formations en intelligence artificielle émergent en Afrique, mais ce n’est pas suffisant »  Episode 6 En Tunisie, un algorithme met de l’huile dans les systèmes d’irrigation  Episode 5 La respiration des bébés scrutée au smartphone dans les maternités nigérianes  Episode 4 Des SMS « intelligents » au secours des écoliers kényans  Episode 3 Apprendre le français avec son téléphone en buvant un café à Addis-Abeba, au Caire ou à Alger  Episode 2 Un robot pour répondre aux questions des futures mamans camerounaises  Episode 1 « Le risque de captation de valeur existe », décrypte Cédric Villani  Présentation La créativité africaine dopée par l’intelligence artificielle



