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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Notre choix du soir. Propulsée à la tête d’un établissement suisse, une héritière s’attaque aux pratiques financières douteuses (sur Arte à 20 h 55).
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TV – « Private Banking » : la banque, son univers impitoyable

Notre choix du soir. Propulsée à la tête d’un établissement suisse, une héritière s’attaque aux pratiques financières douteuses (sur Arte à 20 h 55).



Le Monde
 |    28.06.2018 à 17h45
    |

                            Camille Langlade








                        


Téléfilm sur Arte à 20 h 55

   


Psychologue auprès de toxicomanes, Caroline Pfister (Stephanie Japp) vit à la campagne avec son mari, Arnaud (Bruno Todeschini), artiste peintre. La vie de la jeune femme bascule le jour où elle apprend que, après un infarctus, son père, Leopold Weyer (Christian Kohlund), est placé en coma artificiel. Un homme qu’elle ne côtoie plus guère, elle, l’enfant illégitime de la famille. Pourtant, suivant les derniers souhaits de son paternel, Caroline va prendre la tête de la banque privée zurichoise qu’il dirigeait. Envers et contre tous.
Ce téléfilm en deux parties, aux allures de thriller, présente la particularité dommageable d’être uniquement disponible en version française (VF). De fait, la VF nuit considérablement à la qualité de l’ensemble, notamment au jeu des acteurs, accentuant leurs traits, déjà suffisamment caricaturaux pour certains. Cela étant dit, venons-en aux faits.
L’action se déroule dans une Suisse qui a perdu de son aura sur la place financière internationale. Levée du secret bancaire, instauration des échanges automatiques de données entre pays… les banques privées helvétiques ne peuvent plus se permettre les licences du passé. Et celle des Weyer n’échappe pas à la règle.
Montages financiers décryptés
Entre des doyens conservateurs et de jeunes carriéristes aux dents longues, Caroline entend faire le ménage et dépoussiérer les vieilles habitudes pour instaurer une nouvelle politique bancaire, plus éthique et transparente. Persona non grata, elle peut toutefois compter sur son parrain, Edi (Dietrich Siegl), le bras droit de Leopold, et Stefanie (Anna Schinz), une jeune juriste chargée du respect des règles au sein de la société, malmenée par ses collègues. Car, à l’aune de l’optimisation fiscale, l’argent géré par la banque Weyer n’est pas immaculé.
Dans ce monde de banquiers « à l’ancienne », où le relationnel et le copinage sont de mise – clients fortunés obligent –, Caroline détonne, autant par son style vestimentaire que par son idéalisme, un tantinet surfait. Mais bien vite, elle se fondra dans ce milieu où l’hypocrisie règne en maître, au grand dam de son mari.
Longueurs et ficelles
En essayant de décrypter les montages financiers à l’œuvre dans l’univers bancaire, Private Banking s’attaque à un sujet d’actualité complexe. A son arrivée, Caroline – comme le téléspectateur – se trouve être une néophyte à qui il faut expliquer les rouages de la machine. Le sujet est ambitieux, mais l’ensemble manque de crédibilité. Certaines séquences restent prévisibles, et les scènes conjugales entre Caroline et Arnaud n’apportent rien au récit. Surtout, le film traîne en longueur – certainement à cause de son format – et avance à coups de ficelles scénaristiques parfois grossières. Les symboles faciles se multiplient, comme lorsque Caroline tire les rideaux du bureau de son père pour faire entrer la lumière dans cette pièce, alors qu’elle ambitionne de dépoussiérer l’entreprise Weyer en mettant au jour ses parts d’ombre.
Néanmoins, l’intrigue maintient l’attention du spectateur. Le film dénonce la duplicité d’un milieu qui, sous couvert d’investissements sociaux et écologiques, fait de l’optimisation fiscale son cheval de bataille. Inégal, Private Banking fascine, sans réellement passionner. Malgré une fin pour le moins inattendue.
Private Banking, de Bettina Oberli (VF). Avec Stephanie Japp, Dietrich Siegl, Bruno Todeschini, Anna Schinz, Bettina Stucky, Marc Benjamin, Christian Kohlund (Suisse, 2017, 2 × 90 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ A voir aussi ce soir. Une évocation de la dynastie qui ne corrige pas les lieux communs erronés autour de la fille du pape Alexandre VI (sur France 2 à 20 h 55).
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TV – « Secrets d’histoire » : Lucrèce Borgia, une femme au Vatican

A voir aussi ce soir. Une évocation de la dynastie qui ne corrige pas les lieux communs erronés autour de la fille du pape Alexandre VI (sur France 2 à 20 h 55).



Le Monde
 |    28.06.2018 à 17h30
    |

                            Philippe-Jean Catinchi








                        


Magazine sur France 2 à 20 h 55



Fille de pape n’est déjà pas un destin banal. Se voir confier, à moins de 20 ans, la conduite des affaires courantes d’un Etat (Spolète), dans la péninsule italienne de la Renaissance, même à titre provisoire, bien peu fréquent. Se révéler une mécène très sûre et inspirer l’un des plus fins poètes humanistes de son temps, tout aussi rare. Pourtant, ce n’est pas à ces qualités que ­Lucrezia Borgia (1480-1519) doit sa renommée historique, mais à l’usage que firent de son image, fort peu fidèle à ce qu’en savent aujourd’hui les historiens, les artistes romantiques plus de trois siècles après sa disparition.
Tout commence à Paris, ce 2 février 1833, au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, où Victor Hugo donne un mélodrame qui va sceller sa sulfureuse réputation de femme fatale, criminelle et incestueuse. Le succès est si considérable que Gaetano Donizetti en­­­­ ­livre, dix mois plus tard, une version lyrique à la Scala de Milan, qui impose la légende noire d’une princesse dont les mises au point érudites ne parviennent pas à dissiper la part de fantasme du ­parcours réel.
Jouet entre les mains de son père
De fait, Lucrezia est une victime. Jouet entre les mains de son père, le cardinal Rodrigo Borgia, devenu pape sous le nom d’Alexandre VI quand elle a 12 ans, comme de son frère César, elle est, au hasard des intérêts stratégiques des siens, fiancée, mariée, séparée, veuve aussi quand on tue son deuxième époux, salie par son premier mari – celui-ci ayant été contraint par le pontife de reconnaître une impuissance imaginaire… Calomnies dont Hugo saura se servir et amplifier les noirceurs.
Stéphane Bern sait cela, et les spécialistes qu’il convoque décapent la légende ; mais à force de rappeler les calomnies, l’aura sulfureuse court à l’évocation de la dynastie bien plus qu’à corriger les lieux communs erronés. Ainsi, la figure du cardinal Pietro Bembo n’apparaît qu’incidemment alors que le poète Ludovico Ariosto dit « l’Arioste » est omis, et c’est Schubert et son Ave Maria qu’on entend quand la duchesse de Ferrare meurt à 39 ans ! Un comble quand on sait la qualité de sa chapelle… Reste, comme toujours avec « Secrets d’histoire », la visite des lieux évoqués qui rachète en partie la curieuse vision binaire de la dame.
« Secrets d’histoire » : Lucrèce Borgia, une femme au Vatican (Fr, 2018, 115 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ « Le Monde » organise dans le cadre du Monde Festival une nuit de rencontres avec des philosophes, des artistes, sur le thème de l’amour, du samedi 6 octobre à 22 heures au dimanche 7 octobre à 6 heures, au théâtre des Bouffes du Nord.
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                Le Monde Festival vous invite à la Nuit de l’amour et des idées


« Le Monde » organise dans le cadre du Monde Festival une nuit de rencontres avec des philosophes, des artistes, sur le thème de l’amour, du samedi 6 octobre à 22 heures au dimanche 7 octobre à 6 heures, au théâtre des Bouffes du Nord.

Le Monde
                 |                 28.06.2018 à 16h18
                














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Le Monde vous invite à passer une nuit entière à rêver, à penser, à aimer, et à éprouver ensemble le passage du jour au lendemain, au théâtre des Bouffes du Nord, en compagnie de philosophes, de musiciens, de scientifiques, d’écrivains, d’historiens et de comédiens.
Pourquoi l’amour est-il à défendre ? Pourquoi la rencontre comme la rupture sont-elles un ébranlement ? Y a-t-il une politique du désir ? Y a-t-il une philosophie des chansons d’amour ?
Autant de questions auxquelles répondront André Comte-Sponville, Barbara Cassin ou Carolin Emcke, parmi de nombreux invités, dans une nuit où se croiseront débats, musique et lectures. L’occasion de faire surgir un nouveau discours amoureux.
La nuit sera animée par Nicolas Truong, responsable de la rubrique Débats au Monde. 
Théâtre des Bouffes du Nord, samedi 6 octobre, à partir de 22 heures, jusqu’à 6 heures le lendemain.
Ouverture de la billetterie prochainement. 

Rendez-vous du 5 au 7 octobre au Monde Festival 2018 !
Aimer ! C’est le thème de la 5e édition du Monde Festival, qui se tiendra du vendredi 5 au dimanche 7 octobre 2018 à l’Opéra Bastille, au Palais Garnier, au théâtre des Bouffes du Nord et au cinéma Gaumont Opéra.
Un verbe qui résonne comme un appel pour ce rendez-vous de la rentrée désormais incontournable, porté par les journalistes du Monde, qui propose au public des rencontres rares, une quarantaine de débats d’actualité, des projections de films inédits, des spectacles.
Aimer, c’est prendre position, défendre, partager un projet, un coup de cœur, une passion. C’est aussi explorer le champ de l’intime, du désir, des liens personnels qui fondent nos sociétés.
Retrouvez la programmation du festival et achetez vos billets.
Retrouvez les moments forts et les vidéos des éditions précédentes.















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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Axelle Davezac, directrice générale de la Fondation de France, plaide dans une tribune au « Monde » pour la mise en place d’un modèle qui ne fasse pas de distinction entre les causes « rentables » et les autres.
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« Mécénat et responsabilité sociétale sont distincts mais complémentaires »

Axelle Davezac, directrice générale de la Fondation de France, plaide dans une tribune au « Monde » pour la mise en place d’un modèle qui ne fasse pas de distinction entre les causes « rentables » et les autres.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 16h13
    |

Axelle Davezac (Directrice générale de la Fondation de France)







                        



                                


                            

Tribune. Autrefois considérées comme des contraintes, les actions menées au titre de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) se multiplient et concourent aux intérêts économiques des entreprises. Parallèlement, le mécénat, volontaire, poursuit sa croissance avec 14 % d’entreprises mécènes, comme le rappelle le récent Panorama national des générosités.
A l’heure où le projet de loi Pacte [Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises] prévoit de renforcer le « rôle social » de l’entreprise, il est essentiel de souligner qu’au-delà de leurs ressemblances, RSE et mécénat ne doivent pas être confondus. Car leurs contributions restent complémentaires, au service de l’intérêt général.
Les dirigeants d’entreprise sont unanimes : pour eux, la RSE n’est plus une contrainte légale ou seulement un moyen d’entretenir leur image. Elle est devenue, en quelques années, l’objet d’une attention et d’un engagement bien plus profonds. C’est l’un des enseignements de la récente étude de la Fondation de France sur l’engagement de l’entreprise : pour la majorité des répondants, la RSE est devenue un élément fondamental de leur stratégie et représente une opportunité économique.
Lorsqu’elle est menée de manière efficace et cohérente avec l’identité et les enjeux de l’entreprise, elle permet d’adresser un message fort à la fois aux clients, aux collaborateurs et à l’ensemble des parties prenantes. Voire de constituer un argument marketing auquel les consommateurs sont de plus en plus sensibles, notamment lorsqu’elle permet d’obtenir des labels environnementaux. Selon une étude de France Stratégie, les entreprises menant des politiques RSE génèrent même un gain de performance de 13 % en moyenne par rapport aux autres.
Vigilance
De son côté, le mécénat continue de progresser tout en évoluant : il devient de plus en plus professionnel, maîtrisé, et piloté en cohérence avec la stratégie de l’entreprise. Il...




                        

                        


<article-nb="2018/06/28/19-5">
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Le chiffre d’affaires des éditeurs a baissé de 1,6 % l’an dernier en France, s’établissant à 2,79 milliards d’euros.
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2017, une mauvaise année pour l’édition

Le chiffre d’affaires des éditeurs a baissé de 1,6 % l’an dernier en France, s’établissant à 2,79 milliards d’euros.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 13h00
    |

            Nicole Vulser








                        



                                


                            

En petite forme. Le chiffre d’affaires des éditeurs a baissé de 1,6 % en 2017, à 2,79 milliards d’euros, selon l’étude annuelle publiée, jeudi 28 juin, par le Syndicat national de l’édition (SNE). Sur ce total, les ventes de livres en France ont chuté de 1,9 %, à 2,65 milliards en 2017, alors que les cessions de droits (qui permettent de donner une nouvelle vie aux ouvrages, en les publiant en poche, en traduction ou en adaptation audiovisuelle) ont augmenté de 4,3 %, à 138 millions, permettant d’adoucir quelque peu la chute. 
« 2017 restera comme une mauvaise année, comme toutes les années électorales. Les éditeurs ont retenu leurs bons livres au premier semestre pour concentrer leur tir au second, si bien que même les best-sellers se sont cannibalisés », explique Vincent Montagne, président du SNE et PDG de Média Participations, qui a acquis les éditions La Martinière, fin 2017.
Les ventes des cinq premiers mois de 2018 sont reparties à la hausse. Même le mois de mai, ponctué d’une série de jours fériés qui assèchent habituellement le portefeuille de tous ceux qui partent en week-end, a redonné le sourire aux libraires, assure M. Montagne.
L’édition numérique poursuit sans relâche sa croissance
La production éditoriale, elle, ne faiblit pas : les éditeurs ont sorti 104 671 titres en 2017 (+ 1,1 %) dont 47 538 nouveautés – soit 130 par jour ! – et 57 133 réimpressions. Cette inflation s’effectue au détriment des tirages qui continuent de baisser : – 6,5 %, à 5 341 exemplaires en moyenne. Les différents segments de l’édition ne sont pas logés à la même enseigne. Seuls trois sur treize ont réussi à croître l’an dernier : la littérature, les BD et mangas ainsi que les ouvrages de documentation. En revanche, les essais et documents, la religion, les cartes géographiques ont vu leurs ventes dégringoler, tandis que la jeunesse, historiquement dynamique, s’est trouvée en difficulté (– 6,6 %). En baisse moins marquée, arrivent...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Lors du festival Sunny Side of the Doc, qui s’est tenu à La Rochelle du 25 au 28 juin, une étude de la Scam fait apparaître une progression de la précarisation des auteurs réalisateurs.
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Vivre du documentaire, un scénario complexe

Lors du festival Sunny Side of the Doc, qui s’est tenu à La Rochelle du 25 au 28 juin, une étude de la Scam fait apparaître une progression de la précarisation des auteurs réalisateurs.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 11h59
 • Mis à jour le
28.06.2018 à 12h02
    |

            Alain Constant








                        


Le documentaire est bien vivant. Mais comment en vivre ? Comme chaque année, le festival « Sunny Side of the Doc » a réuni, du 25 au 28 juin, à La Rochelle (Charente-Maritime) diffuseurs, distributeurs, producteurs, directeurs de programmes et auteurs réalisateurs. La « planète doc » n’a jamais été aussi riche de projets, d’alliances internationales ; la montée en puissance du numérique offrant de nouvelles possibilités. « L’avènement de la réalité augmentée, de la réalité virtuelle et de la vidéo à 360° a donné un appel d’air au documentaire dans la mesure où cela permet de raconter des histoires autrement. On a une immersion de facto plus importante et, peut-être, une assimilation du message supérieure », estime Stéphane Malagnac, consultant de la programmation de PIXIii.
Mais au-delà des multiples projets en cours et des affaires réalisées par les maisons de production du monde entier, dans les stands rochelais, un document d’une trentaine de pages, édité par la Scam (Société civile des auteurs MultiMedia), a beaucoup fait parler. Intitulé « De quoi les documentaristes vivent ? », ce texte s’appuie sur un questionnaire réalisé en avril 2018 auprès de 1 500 auteur(e) s (60 % d’hommes, 40 % de femmes). Truffé d’informations chiffrées, il fait apparaître une précarisation économique qui ne cesse de progresser. On y apprend par exemple qu’un documentaire de 52 minutes se paye en moyenne 12 461 euros. Une moyenne très faible, tirée vers le bas en raison des budgets modestes des chaînes de la TNT, locales ou thématiques.
Une économie à deux vitesses
Les réalisateurs confirmés, qui ont les faveurs des grandes chaînes nationales, travaillent dans des conditions matérielles plus confortables. Un film de 52 minutes est payé entre 20 000 à 40 000 euros. Ce qui témoigne d’une économie « à deux vitesses, avec d’un côté des films pour France 2, France 3 et Arte, et les autres », comme le souligne le documentariste Patrick Jeudy.
De moins en moins bien payés, la majorité des auteurs obtiennent des rémunérations qui n’ont rien à voir avec le temps effectif passé sur un documentaire, qu’il s’agisse d’un 26, 52 ou d’un 70 minutes et plus. Ce qui fait dire à l’un d’eux : « Après avoir exercé ce métier depuis près de 38 ans, et réalisé plus de 650 heures de programmes, j’affirme que les heures de ménage et de repassage sont mieux rémunérées que celles d’un auteur réalisateur ».
Les réformes à France Télévisions inquiètent
Si la situation économique de nombreux documentaristes en France est peu reluisante, l’inquiétude de la profession concerne aussi la suppression de chaînes linéaires (telle France 4 qui devrait passer bientôt passer au tout numérique) et les réformes structurelles en cours à France Télévisions. La peur d’un « guichet unique » pour présenter des projets de documentaires à France TV est-elle fondée ? Les moyens accordés à ce secteur vont-ils baisser ? Non si l’on se fie aux paroles de Delphine Ernotte, la présidente de France Télévisions, qui a fait le déplacement à a Rochelle pour annoncer, avec les responsables des unités de documentaires, d’ambitieux films historiques et scientifiques ainsi que des nouvelles collections. « Nous allons maintenir l’investissement du service public dans le documentaire. La réforme en cours est dense, intense, mais elle préserve la création ! Le numérique offre une opportunité de s’affranchir de nos contraintes sur le linéaire, d’innover dans des formats nouveaux et de toucher un nouveau public ».
Pour rappel, le groupe France Télévisions a investi, en 2017, 101 millions d’euros dans le documentaire, dont 11,5 millions consacrés aux films régionaux et ultramarins. En attendant les nouveautés structurelles de France TV, d’autres chaînes ont manifesté leur amour du doc : les poids lourds du genre que sont Arte et Canal+, avec une programmation alléchante pour les mois à venir, mais aussi RMC Découverte qui, en six ans d’existence, a multiplié les collections (souvent des 6x45 minutes) et investi 51 millions d’euros dans la production. C’est un fait : le grand public ne se lasse pas des documentaires. Reste à payer décemment celles et ceux qui les créent.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ La 21e édition du Festival gnaoua et musiques du monde s’est tenue dans la cité balnéaire marocaine du 21 au 23 juin.
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La culture gnaoua en fête à Essaouira


Par                                            Emile Costard




LE MONDE
              datetime="2018-06-28T10:01:56+02:00"

        Le 28.06.2018 à 10h01






Durée : 00:00 | 

La ville portuaire d’Essaouira, dans la région de Marrakech, a accueilli une kyrielle d’artistes internationaux et marocains, du 21 au 23 juin, afin de célébrer la musique traditionnelle gnaoua. Mais le gnaoua, c’est quoi ? Le maalem Abdeslam Alikane, directeur de la programmation du Festival gnaoua et musiques du monde, et Neila Tazi, sa directrice, reviennent sur les racines de cette musique et sur l’importance de ce festival pour la culture gnaoua.


                

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                     Zimbabwe : une bombe explose lors d’un meeting du président


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Il Cinema ritrovato met en lumière le cheminement des Africains devant et derrière la caméra.
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Patrimoine cinématographique : fantômes coloniaux à Bologne

Il Cinema ritrovato met en lumière le cheminement des Africains devant et derrière la caméra.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 09h17
 • Mis à jour le
28.06.2018 à 09h33
    |

                            Thomas Sotinel (Bologne (Italie)








                        



                                


                            

Aussi rigoureusement que soit composé le programme d’un festival – et celui d’Il Cinema ritrovato, la manifestation bolognaise consacrée au patrimoine cinématographique, qui se termine dimanche 1er juillet, est limpide et géométrique –, il est toujours possible de prendre des chemins de traverse. En sautant entre les différentes propositions du festival, de « l’avènement du ­cinéma d’aventure », en 1918, au « cinemalibero », le « cinélibre » d’après 1968, ce moment où d’autres voix que celles du Nord se firent entendre, avec un détour par les studios français et américains des années 1930, on pouvait aussi, cette année à Bologne, contempler le cheminement des Africains et de leurs descendants à l’écran, de leur statut de foules esclaves dans les documentaires coloniaux au moment où ils purent enfin s’emparer de la caméra.
Chronologiquement, ce chemin commençait donc il y a juste un siècle. Kitega, capitale de l’Urundi, bobine de propagande colonialiste belge – les soldats congolais venaient de conquérir ce territoire allemand pour le compte du royaume –, a été tourné il y a cent ans, la même année que Tarzan chez les singes, première adaptation du roman d’Edgar Rice Burroughs. Pendant que l’opérateur royal capture à son corps défendant un geste de rébellion – le roi de l’Urundi a 7 ans, le gouverneur qui représente Albert Ier lui tapote la tête, l’enfant se rebiffe –, l’industrie américaine naissante décide de filmer les aventures de l’homme-singe en Louisiane. Les bayous sont presque équatoriaux, et puis, pour figurer les tribus de la forêt, les descendants des esclaves déportés d’Afrique, soumis au régime de la ségrégation, sont nombreux et bon marché.
« Daïnah la métisse », second long-métrage sonore de Jean Grémillon, brille d’une lumière mystérieuse
Ce Tarzan-là, réalisé par Scott Sidney, interprété par un hercule peu gracieux nommé Elmo Lincoln, est d’une naïveté parfois charmante, qui n’efface...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ L’auteur et metteur en scène portugais présente un spectacle sur Lisbonne à Montpellier puis à Lyon.
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Théâtre : avec Tiago Rodrigues, ça ne se passe jamais comme prévu

L’auteur et metteur en scène portugais présente un spectacle sur Lisbonne à Montpellier puis à Lyon.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 08h48
 • Mis à jour le
28.06.2018 à 09h34
    |

            Brigitte Salino (Lisbonne (Portugal), envoyée spéciale)








                        



                                


                            

C’est une belle histoire qui relie Lisbonne et Lausanne, une histoire de théâtre et de vie. Tiago ­Rodri­gues, l’auteur et metteur en scène portugais, a été contacté par Frédéric Plazy, le directeur français de la Manufacture, l’école des arts de la scène de Lausanne, en Suisse, pour qu’il signe le spectacle de la promotion sortante en 2018.

Comme il n’aime rien tant qu’écouter, regarder, ­s’im­prégner de ce qui l’entoure et écrire sur le vif, Tiago Rodrigues, 41 ans, a proposé aux seize ­acteurs de la Manufacture de venir vivre deux mois à Lisbonne, où il dirige le Teatro nacional, l’équivalent portugais de la ­Comédie-Française. Il n’avait pas de projet précis, mais il avait un titre, Ça ne se passe jamais comme prévu, et il voulait écrire un spectacle choral, pour que ­chacun des comédiens ait sa partition à jouer.

La Ville blanche a fait le reste. Tiago Rodrigues a mené les seize comédiens à travers « son » ­Lisbonne. Ils ont vu le bâtiment qui abritait la police sous la dictature de Salazar, et qui est devenu un hôtel de luxe. Adelino Gomes, un journaliste qui a couvert la « révolution des œillets », le 25 avril 1974, leur a parlé de ce temps-là, qu’ils connaissaient souvent mal et dont les traces sont rares. Ils sont allés à Belem, pas celui des touristes mais, juste un peu plus haut sur la rive du Tage, à l’endroit où végète entre les ronces une piscine olympique à l’abandon où la jeune écrivaine Joana Bertholo s’entraînait, ­nuitamment parfois, sous la main de fer d’un Russe.
L’odeur d’une feuille de cèdre
Il y a eu aussi, dans le périple ­lisboète de Tiago Rodrigues, le passage chez le gantier Ulysse, dont le magasin est si petit que seuls un ou deux clients peuvent y tenir, et le salut au cèdre du parc Real, au feuillage si grand qu’il est soutenu par des arceaux en fer forgé et peut abriter une centaine de personnes sous son ombre. Et puis, il y a eu les histoires urbaines chères à Tiago Rodrigues, comme...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Diffusée pendant le ramadan, la série « Al-Hayba » (« Le prestige »), qui met en scène des trafiquants d’armes et de drogue dans la plaine de la Bekaa, est accusée de faire l’apologie de la violence.
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Au Liban, la Bekaa craint pour son « prestige »


                      Diffusée pendant le ramadan, la série « Al-Hayba » (« Le prestige »), qui met en scène des trafiquants d’armes et de drogue dans la plaine de la Bekaa, est accusée de faire l’apologie de la violence.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 08h46
 • Mis à jour le
28.06.2018 à 09h37
    |

            Laure Stephan (Beyrouth, correspondance)








   


Au Liban, comme dans tout le monde arabe, la télévision voit ses grilles envahies de feuilletons au moment du ramadan, qui s’est terminé le 15 juin. Des fictions spécialement calibrées pour l’occasion, qui rythment les soirées du mois de jeûne musulman. Depuis la mi-mai, une production libanaise, diffusée sur la chaîne MTV (et sur d’autres chaînes au Maghreb et dans les pays du Golfe), fait à nouveau parler d’elle : Al-Hayba (« le prestige »), plongée dans l’univers des clans à la frontière libano-syrienne, une zone poreuse, connue de longue date pour être un terrain de contrebande.
Amour, trafic et code de l’honneur
En 2017, la première saison d’Al-Hayba s’était classée parmi les séries les plus regardées. On y suivait les pas de Jabal, brun ténébreux, trafiquant d’armes et jeune patriarche du clan cheikh Al-Jabal. Au programme : vendettas, amour, trafic et code de l’honneur. La saison 2 n’est pas une suite, mais un retour dans le passé, avec encore plus d’hommes en armes, plus de clans, de trafics (drogue, prostitution…) et de règlements de comptes. A son générique, plusieurs comédiens syriens et libanais connus. Al-Hayba fait aujourd’hui débat dans la société libanaise.

Tout au long du ramadan, pas un matin sans que fans et détracteurs d’« Al-Hayba » ne commentent l’épisode de la veille sur les réseaux sociaux. Formidables acteurs et récit puissant, avancent les uns ; glamourisation de la violence et accumulation de stéréotypes sur le nord-est de la Bekaa, rétorquent les autres.
Même si aucune scène n’y a été tournée, et malgré la mention d’usage – tout est purement fictif, etc. – qui précède chaque épisode, cette région du Liban, ses zones de non-droit et la violence sporadique qui la secoue sont au cœur de l’imaginaire développé. La criminalité a beau n’y être le fait que d’une minorité, plusieurs clans puissants rivalisent, dans cette partie de la plaine de la Bekaa, dans le trafic d’armes, de drogue, ou de voitures volées. Captagon et haschich y sont aussi produits. Une réalité qui n’avait pourtant que rarement nourri la fiction libanaise jusque-là.
« Stigmatisée »
Les échanges sur le feuilleton se sont faits plus âpres, y compris dans la presse, lorsqu’un groupe d’avocats libanais a porté plainte en justice, demandant l’arrêt de la diffusion locale de la série. Les pourfendeurs de la série à succès ont fustigé le niveau de violence de la deuxième saison et, surtout, la mise en scène de la traite des femmes. Selon eux, ces éléments du scénario, tout comme l’utilisation de l’accent de la ville de Baalbek et ses environs par plusieurs acteurs, stigmatisent toute une région. A leurs yeux, Al-Hayba ferait l’apologie de la violence et piétinerait l’image de l’Etat. Dans les colonnes des journaux Al-Joumhouria ou Al-Hayat, des journalistes ont rétorqué en dénonçant un appel grotesque à la censure et une façon de se voiler la face.
Jouant profil bas depuis le début de la polémique, la maison de production, Cedars Art Production-Sabbah Brothers, a insisté sur la dimension fictionnelle d’Al-Hayba. L’un des acteurs, Abdo Chahine, lui-même originaire de la plaine de la Bekaa, est même monté au créneau pour la défendre, pointant au passage les problèmes de développement de sa région. Selon Ayman Mhanna, directeur exécutif de la Fondation Samir Kassir, qui défend la liberté d’expression, la « tentative d’interdire par tribunal interposé », comme dans le cas de cette plainte, va crescendo au Liban. Ironie du sort, au lendemain de la première audition de l’affaire Al-Hayba, tenue le mercredi 30 mai, la réalité a semblé rattraper la fiction : des incidents armés ont éclaté à Baalbek.

        Lire aussi :
         

                Le Liban, plaque tournante du Captagon






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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ La chorégraphie pour dix-huit interprètes signée par Marlene Monteiro Freitas est programmée jusqu’au 30 juin à Montpellier Danse.
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Danse : la charge spasmodique et grimaçante de « Canine jaunâtre 3 »

La chorégraphie pour dix-huit interprètes signée par Marlene Monteiro Freitas est programmée jusqu’au 30 juin à Montpellier Danse.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 08h21
    |

                            Rosita Boisseau








                        



                                


                            

C’est après avoir vu, en 2016, le spectacle De marfim e carne – As estatuas tambem sofrem (D’ivoire et de chair – les statues souffrent aussi, 2014), bal de zombies robotiques sur fond de cymbales, chorégraphié par Marlene Monteiro Freitas, qu’Ohad Naharin a eu envie d’inviter la jeune artiste cap-verdienne à créer une pièce pour la Batsheva. « Je suis tombé amoureux de son travail, explique-t-il. Je pense que les danseurs pourront apprendre beaucoup sur leurs compétences physiques, créatives, et leurs capacités performatives avec elle. »

Présenté le 9 juin au centre Suzanne Dellal à Tel-Aviv et programmé jusqu’au 30 juin à Montpellier Danse, Canine jaunâtre 3, pour dix-huit interprètes, se situe à des années-lumière de l’amplitude corporelle et spatiale de Naharin. La pièce resserre la focale sur des corps contraints, vissés dans un ballet mécanique heurté dont la tension sur place est inversement proportionnelle à la charge spasmodique et grimaçante ­dégoupillée par les interprètes. Une signature esthétique terriblement « Freitas » dont le travail sur le masque et le pantin, la transformation et le dérèglement, fonctionne à plein régime dans cette parade macabre.

Répertoire de gestes sportifs
Un filet de sport, deux équipes, un chrono, des coups de sifflet, le son à fond. Le match est celui d’un petit peuple de Lego à la bouche énormément rouge et aux gants violets sur fond de costume noir. Ils s’ébrouent et claquent des mains, crient et râlent, roulent des billes, en endossant un répertoire de gestes sportifs. En lignes, en trios, ils occupent le plateau et font coulisser un catalogue de personnages happés par l’hystérie grinçante d’une comédie musicale qui fonce dans le mur. L’embrigadement de masse a ­encore frappé et Canine jaunâtre 3 en montre le sourire sale et hébété.
L’exploit est au rendez-vous de ce match incertain. Tenir avec rigueur cette partition physique...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Nouvelle traduction de l’ouvrage fondateur de la phénoménologie, texte majeur de la pensée du XXe siècle et toujours influent.
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Une révolution philosophique signée Husserl

Nouvelle traduction de l’ouvrage fondateur de la phénoménologie, texte majeur de la pensée du XXe siècle et toujours influent.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h30
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Idées directrices pour une phénoménologie pure et une philosophie phénoménologique (Ideen zu einer reinen Phänomenologie und phänomenologischen Philosophie), d’Edmund Husserl, traduit de l’allemand par Jean-François Lavigne, Gallimard, « Bibliothèque de philosophie », 716 p., 35 €.

Proposer une traduction nouvelle des Idées directrices pour une phénoménologie pure, du philosophe allemand Edmund Husserl (1859-1938), l’un des textes majeurs de la philosophie du XXe siècle, est un projet audacieux, quand on sait que le traducteur précédent avait pour nom Paul Ricœur, et que son travail pionnier de 1950 guida les pas de générations entières de phénoménologues français. Tout en rendant hommage à ce dernier (non sans contester certains de ses choix), Jean-François Lavigne, spécialiste de Husserl et professeur de philosophie à l’université de Nice, justifie cette nouvelle version par le progrès de la recherche, qui a exhumé des archives husserliennes, riches en inédits, de nombreux textes préparatoires ou complémentaires, reproduits en annexe, ainsi que les multiples notes marginales dont l’auteur ornait ses exemplaires.
Une méthode
Car la rédaction de ce texte essentiel s’est poursuivie bien après sa première publication dans les Annales de philosophie et de recherches phénoménologiques en 1913 ; il a d’ailleurs été réédité en 1928, grandement modifié. Dans cet ouvrage, qui devait former un triptyque mais dont seule la première partie est parue de son vivant, Husserl élabore le trait distinctif de sa pensée : prodiguer à la philosophie une méthode propre à lui assurer le statut de « science rigoureuse ». A cette fin, il convient de dépasser, selon lui, non seulement le positivisme triomphant du XIXe siècle, qui limite notre connaissance aux faits d’expérience, mais également la psychologie de la connaissance, qui réduit l’étendue du savoir à ce que perçoit...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « L’animalisme est un anti-humanisme », de Jean-Pierre Digard.
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Figures libres. A la mi-temps, animaux : 1, humains : 0

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « L’animalisme est un anti-humanisme », de Jean-Pierre Digard.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
28.06.2018 à 09h11
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
L’animalisme est un anti-humanisme, de Jean-Pierre Digard, CNRS Editions, 126 p., 14 €.

Quelques nouvelles évidences sont en passe de s’imposer. Elles sont bien connues : les humains maltraitent les animaux, les exploitent, les asservissent, les font souffrir et les massacrent. Donc, il faut non seulement les protéger, mais les libérer, les reconnaître comme personnes et sujets de droit. Et ne pas hésiter à condamner, par tous les moyens disponibles, l’illusoire et criminelle arrogance de la sale espèce qui se juge supérieure, se croit tout permis et n’est que nuisible.
L’air du temps bruisse des actions militantes pour la cause animale, des discours antispécistes, des justifications philosophiques de la destitution de l’homme-roi. Si c’était un match de foot, le score ne serait pas en faveur de l’équipe humaine. Mais le match est loin d’être terminé…
« Nouvel obscurantisme »
Car rien n’est si simple qu’on le croit. Il convient en effet d’interroger cette marée montante, de scruter ses causes, ses arrière-plans, ses éventuels faux-semblants. Avant de prendre trop vite pour argent comptant bons sentiments animalistes et mauvais ressentiment anti-humaniste, il convient de chercher comment et pourquoi nos représentations sont en train d’évoluer.
C’est ce que s’efforce de faire Jean-Pierre Digard, directeur de recherche émérite au CNRS, spécialiste de l’anthropologie de la domestication animale. Son récent essai, L’animalisme est un anti-humanisme, devrait faire grincer pas mal de dents, car il ne s’embarrasse pas de précautions pour dénoncer ce qu’il considère comme abus, dérives, aberrations et bêtises produisant « les germes d’un nouvel obscurantisme ».

Sa démarche mérite attention, pour d’autres raisons que le goût de la polémique. Car ce qu’interroge l’anthropologue, ce sont d’abord les causes sociales et historiques qui engendrent cette mutation des sensibilités....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Stanis Perez et Marie-Claude Canova-Green prolongent, chacun, les travaux classiques sur le corps naturel, politique et glorieux du roi de France.
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Histoire. Toucher du doigt les trois corps du roi

Stanis Perez et Marie-Claude Canova-Green prolongent, chacun, les travaux classiques sur le corps naturel, politique et glorieux du roi de France.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
28.06.2018 à 09h19
   





                        



                                


                            
Le Corps du roi. Incarner l’Etat, de Philippe Auguste à Louis-Philippe, de Stanis Perez, Perrin, 480 p., 25 €.
Faire le roi. L’autre corps de Louis XIII, de Marie-Claude Canova-Green, Fayard, 362 p., 23 €.

Commentant l’enterrement de François Ier, l’historiographe Pierre Matthieu (1563-1621) écrit : « L’effigie était posée à côté du cercueil pour émouvoir le peuple à honorer le corps qui était dedans, et pour montrer que le Roi ne meurt point, et que l’administration de la Justice, le premier et principal office du Roi, ne cesse point, la Cour de Parlement l’a toujours environné. » Ce mannequin de cire couché ayant les traits du défunt roi de France est un accessoire dont le rôle est à la fois spectaculaire – il émeut le peuple en donnant à imaginer le corps mort du roi – et substitutif – il prend la place du corps qu’il masque et remplace, signifiant symboliquement que le roi remplit un office qui ne meurt pas, contrairement à l’être de chair et de sang qu’il demeure malgré tout.
D’où la phrase rituelle de la monarchie française : « Le roi est mort ! Vive le roi ! » – dont une variante, courante aux XVIe et XVIIe siècles, était « Le mort saisit le vif » –, expression même de la continuité royale, selon les travaux fameux d’Ernst Kantorowicz (1895-1963), auteur des Deux Corps du roi (1957 ; Gallimard, 1989), et de Ralph Giesey (1923-2011), sur le cérémonial funèbre des rois valois puis bourbons.
Les deux historiens ont montré comment la mort du corps réel du monarque entraînait l’apparition de son effigie symbolique, son second corps, qui figurait le roi disparu lors de rites où le mannequin était honoré, entouré, servi, « nourri », placé au centre de cérémonies religieuses et profanes, jusqu’à l’intronisation de son successeur par la puissance initiatrice...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ L’auteure de la « Décla­ration des droits de la femme et de la citoyenne », en (1791), le mérite, comme l’explique Michel Faucheux.
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Biographie. Olympe de Gouges au Panthéon !

L’auteure de la « Décla­ration des droits de la femme et de la citoyenne », en (1791), le mérite, comme l’explique Michel Faucheux.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
28.06.2018 à 08h39
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            
Olympe de Gouges, de Michel Faucheux, Folio, « Biographies », inédit, 278 p., 8,90 €.

Elle soutint l’abolition de l’esclavage, lutta pour l’égalité entre hommes et femmes, milita pour le droit au divorce et à l’union libre, défendit la démocratie menacée par la Terreur. Guillotinée à 45 ans pour fédéralisme et ­anti-robespierrisme, Olympe de Gouges (1748-1793) jugeait que si la femme avait le droit de monter à l’échafaud, elle devait aussi posséder celui de « monter à la tribune ». La littérature (romans, pièces de théâtre) et les journaux furent la sienne, de tribune. Elle se l’octroya à une époque où les femmes, même influentes, demeuraient dans l’ombre. Et le fait est que, hormis Louis-Sébastien Mercier (1740-1814), peu d’écrivains affichèrent leur solidarité avec cette femme de lettres intransigeante, qui n’abdiqua jamais malgré les menaces d’arrestation.
Courageuse et obstinée
Restif de la Bretonne (1734-1806) la considérait comme une prostituée, et l’historien Jules Michelet, au XIXe siècle, comme une hystérique. Pour La Feuille du salut public, « il [semblait] que la loi ait puni cette conspiratrice d’avoir oublié les vertus qui conviennent à son sexe ». Pendant deux siècles, la messe fut dite, et l’auteure de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791) quelque peu oubliée.
Cette figure féministe, à laquelle se sont notamment attachés Benoîte Groult (Ainsi soit Olympe de Gouges, Grasset, 2013) et l’historien Olivier Blanc (Marie-Olympe de Gouges, Tallandier, 2014), a passionné à son tour l’universitaire Michel Faucheux. Dans cette nouvelle biographie, il rend un juste tribut à l’écrivaine courageuse et obstinée et se montre favorable à son entrée au Panthéon, « car ce serait la marque normale et méritée de la reconnaissance d’une nation. Ce serait aussi la marque d’un approfondissement de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Olivier Poncet signe une nouvelle biographie, sous l’angle italien, de cet homme d’Etat souvent peu apprécié des Français.
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Biographie. Mazarin, ­Italien malheureux

Olivier Poncet signe une nouvelle biographie, sous l’angle italien, de cet homme d’Etat souvent peu apprécié des Français.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h30
    |

            Marc Semo








                        


Mazarin l’Italien, d’Olivier Poncet, Tallandier, « Lectures méditerranéennes », 288 p., 21 €.

   


Raconter Mazarin (1602-1661) au miroir de son rapport à son Italie natale, c’est voir l’autre face du grand homme d’Etat, du politicien habile voire cynique, du mécène généreux et du collectionneur averti. Professeur à l’Ecole nationale des chartes, Olivier Poncet a voulu « éclairer un homme entouré d’une légende noire et d’une légende rose, deux points de vue qui semblent trop exclusifs l’un de l’autre ». Peu aimé dans le récit national, ce cardinal a en revanche fasciné nombre d’hommes politiques, à commencer par François Mitterrand.
Le petit Giulio Mazzarino fut d’abord tenté par la carrière des armes, avant de comprendre qu’il ne pourrait jamais avoir un poste à la hauteur de ses ambitions. Dès lors, il reprit ses études de droit et entra au service du pape. Il choisit le parti français, rival du parti espagnol, au point d’en devenir suspect et de devoir fuir en 1639. C’est un proscrit qui arrive à Paris. Peu après, il est le bras droit de ­Richelieu et un conseiller écouté de Louis XIII. A la mort du cardinal-duc, en 1642, il lui succédera comme ministre d’Etat, avant de devenir premier ministre de Louis XIV enfant.
Lire également : « Mazarin, le point cardinal » 
Pendant dix-huit ans, il gouverne le pays et laisse au jeune roi, qu’il a formé, une France agrandie qui deviendra la première puissance d’Europe. Mais il garde l’Italie au cœur. Pendant toutes ses années de pouvoir, la politique italienne est en quelque sorte son domaine réservé et, note Olivier Poncet, « il donne à la politique italienne de la France une intensité qu’elle n’avait plus connue depuis le XVIe siècle ». Il y intrigue. Il y lance des guerres. Mais ce grand politique, volontiers accusé de machiavélisme à Paris, accumule dans la Péninsule, champ clos du grand jeu entre les puissances de l’époque, les maladresses, voire les fiascos.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Hoffmann, musicien, écrivain, artiste total : c’est ainsi que le décrit Pierre Péju, à bonne distance du personnage de l’opéra d’Offenbach.
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Biographie. Hoffmann ou la part du rêve

Hoffmann, musicien, écrivain, artiste total : c’est ainsi que le décrit Pierre Péju, à bonne distance du personnage de l’opéra d’Offenbach.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h30
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
E. T. A. Hoffmann. L’ombre de soi-même, de Pierre Péju, Phébus, 272 p., 19 €.

A l’heure où la littérature se voue au réalisme, il est bon de se retremper aussi chez les maîtres de l’imagination. Le romantique allemand Ernst Theodor Amadeus ­Hoffmann (1776-1822), chéri et traduit en France dès le XIXe siècle, en est une figure de proue. Pour beaucoup de Français, l’auteur des Contes demeure un personnage de Jacques Offenbach qui, dans son opéra fantastique de 1881, mit en scène à la fois l’écrivain et ses créatures au cœur d’une féerie où le diable ne cesse de mettre à mal les projets amoureux du protagoniste.
Pierre Péju a voulu, sinon rompre avec cette imagerie, du moins la rendre plus complexe. Sa biographie date de 1988, mais pour cette réédition il l’a relue et agrémentée d’un avant-propos. On suppose toutefois que trente années de recherches ont profondément modifié notre regard sur le romantisme allemand et creusé quelques distances avec les interprétations psychanalytiques ou sartriennes du personnage, dont son livre est un peu trop captif. On ne boudera pourtant pas le plaisir qu’il y a, sous la plume allègre du romancier et essayiste, par ailleurs bon connaisseur de l’Allemagne littéraire, à parcourir la courte vie d’Hoffmann, qui fut loin d’être cantonnée à l’écriture.
Compositeur, peintre, caricaturiste
Car l’ambition de ce dernier fut d’abord musicale. Epris de Mozart, il alla jusqu’à adjoindre le prénom du musicien à la liste des siens pour mieux souligner, interprète Péju, l’échec à égaler son modèle. Son œuvre de compositeur (il fut aussi chef d’orchestre) n’a que peu résisté au temps ; aussi a-t-elle souffert de l’ombre de Beethoven (1770-1827), qu’Hoffmann, en tant que critique musical, a contribué à faire connaître. Seul demeure dans les mémoires et les répertoires l’un des quatre opéras dont il a rédigé la partition, ­Ondine, créé à Berlin en 1816...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Dans « Un couteau dans le cœur », de Yann Gonzalez, Vanessa Paradis prête ses traits à cette pionnière du porno gay à la française.
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Anne-Marie Tensi, le fantôme du cinéma pornographique gay

Dans « Un couteau dans le cœur », de Yann Gonzalez, Vanessa Paradis prête ses traits à cette pionnière du porno gay à la française.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h23
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


Dans son dernier long-métrage, Un couteau dans le cœur, Yann Gonzalez invoque les fantômes de sa cinéphilie au milieu desquels une figure règne, celle d’Anne-Marie Tensi. Vanessa Paradis prête ses traits à cette pionnière du cinéma pornographique gay français qui, dans le film, traverse une douloureuse rupture amoureuse avec sa monteuse et voit les acteurs de sa nouvelle production se faire assassiner un par un. Nous sommes à Paris, en 1979, en plein cœur de ce que certains appellent l’âge d’or du porno français.

        Lire la critique d’« Un couteau dans le cœur » :
         

          L’assassin au godemiché qui tue



Tenter de faire le portrait d’Anne-Marie Tensi, c’est suivre la trace d’un fantôme mais aussi s’engouffrer dans une histoire orale, celle que nous racontent les érudits et passionnés du cinéma porno, qui dessinent en creux les mœurs d’une époque.
« Un ghetto dans un ghetto »
L’émergence du cinéma pornographique gay s’explique par un besoin d’alimenter les quelques salles spécialisées, principalement à Paris et à Marseille. « Dans les années 1970, il n’y avait du porno gay qu’en France et aux Etats-Unis, c’est venu plus tard dans le reste des pays européens. Il fallait donc alimenter les programmations, acheter des films et en produire », explique Hervé Joseph Lebrun, ancien délégué général du Festival du film gay et lesbien de Paris, réalisateur d’un documentaire sur le sujet (Mondo Porno : A Study of French Gay Porn in the 70’s, 2014) et conseiller historique sur le film de Gonzalez.
Comme le précise Christophe Bier, critique et historien qui a dirigé le Dictionnaire des films français pornographiques et érotiques (Editions Serious Publishing, 2011), le cinéma porno gay « était un ghetto dans un ghetto : les cinéastes allaient beaucoup plus loin dans la captation d’un désir que les pornos hétéros avec ces grandes bourgeoises en porte-jarretelles qui veulent vivre une escapade avant de retourner avec leur mari. [...] A l’époque, les homosexuels revendiquaient des droits mais pas le mariage pour tous. »
Sur une centaine de films qu’elle aurait réalisés, dont plusieurs sous pseudo, il n’en resterait qu’une dizaine
Anne-Marie Tensi possédait quelques salles à Paris dont La Marotte et le TCB42 ainsi que sa propre société de production, AMT Productions. Sur une centaine de films qu’elle aurait réalisés, dont plusieurs sous pseudo (Antony Smalto, Job Blough), il n’en resterait qu’une dizaine. « C’est toute une mémoire de l’homosexualité clandestine qui disparaît avec ces films », regrette Yann Gonzalez. Imprécises sont ses dates de naissance et de décès : « 1942-1994, mais elles sont à prendre avec précaution », explique Joseph Lebrun, qui cherche encore des copies égarées et serait en possession de l’unique photo connue de Tensi. Christophe Bier évoque une projection à la Cinémathèque française d’un film produit par Tensi. Une femme entre dans le champ, jette un regard caméra avant de disparaître, « on était plusieurs à se dire que c’était elle ».
« Une renégate dans un milieu de renégats »
Ce film, c’est Maléfice Pornos (1978) d’Eric de Winter, l’histoire d’un mari impuissant qui, stimulé par une lecture, rêve le temps d’une nuit qu’il inflige dans une caverne des supplices à un homme et trois femmes. Il passera trois fois en commission avant de recevoir un visa. Les comptes-rendus évoquent un film qui « pose un problème d’une gravité hors du commun », des scènes marquées par la cruauté, le sadisme et même le racisme, « une longue scène où un homme noir est complaisamment réduit à l’état d’objet sexuel ». Yann Gonzalez le découvre ce soir-là à la Cinémathèque, il en fantasme les conditions de tournage dans Un couteau dans le cœur: « On est parti de son rapport à l’alcool, de la relation avec sa monteuse [Loïs Koenigswerther], le lien entre les affects et le cinéma ; tout le reste est de la fiction pure. »
Un fantasmagorie pleinement assumée, car tous évoquent une femme vénale sans aucune velléité artistique, alcoolique, infecte sur les castings et qui tardait à payer, « une renégate dans un milieu de renégats ». Lebrun recontextualise : « C’était une époque de producteurs peu scrupuleux par rapport aux œuvres. Tensi était capable d’utiliser un numéro de visa qu’elle avait demandé pour un précédent film ! »
Un antidote
L’arrivée de la VHS et l’épidémie de sida apportent le coup de grâce au cinéma porno produit dans un système de fabrication traditionnel. En 1983, Mon ami, mon amour, de Benoît Archenoul, produit par Tensi, est le dernier porno gay à obtenir un visa. Diabétique, Tensi est amputée d’une jambe à la fin de sa vie
Le cinéaste Serge Bozon évoque cette période comme un antidote face à un cinéma devenu de plus en plus culturel. « Il est décapant de se rendre compte d’une loi méconnue : plus le cinéma était populaire, c’est-à-dire fait pour un peuple non cultivé, plus il était déviant. Plus on se rapproche du cinéma pour les salles de quartier et des productions AMT, plus c’est hors norme. »
Bier avance une belle hypothèse pour expliquer l’engouement suscité par le cinéma pornographique chez des cinéastes tels que Bertrand Mandico ou Yann Gonzalez : « Le porno est l’inverse de notre époque où les cinéastes passent leur temps à dire ce qu’ils font. Les cinéastes fascinés par la pornographie le sont par quelque chose qui n’est pas de l’ordre du discours. Elle a cette qualité incroyable qu’à un moment, le discours doit s’arrêter, sinon on ne baise pas. Le scénario se délite complètement pour quelque chose de plus important et d’impalpable, voire de terrifiant. »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ « Traversée » raconte celle d’un porte-conteneurs de Rouen aux Antilles. Sans incident. Mais son auteur, Francis Tabouret, convoyeur d’animaux, en fait une ode.
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Histoire d’un livre. Ecrire les mers et les chevaux calmes

« Traversée » raconte celle d’un porte-conteneurs de Rouen aux Antilles. Sans incident. Mais son auteur, Francis Tabouret, convoyeur d’animaux, en fait une ode.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h15
    |

                            Nils C. Ahl (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Traversée, de Francis Tabouret, P.O.L, 160 p., 15 €.

« Je suis convoyeur de chevaux : je voyage avec des chevaux dans les soutes d’avions de marchandises. Une sorte de steward équin, ou de livreur, soigneur de bêtes à 10 000 mètres d’altitude. » Le premier texte de Francis Tabouret commence comme on fait des présentations, comme une interview. La voix est posée, claire ; les phrases, courtes et précises. Il faut deux ou trois pages pour que la mécanique du récit s’enclenche au terminal à conteneurs de Rouen, sur un quai, devant un porte-conteneurs de 198 mètres de long et de trente de large. Le « soigneur de bêtes volantes » se fait marin, « préposé aux animaux » flottants.
De passage à Paris, il raconte au « Monde des livres » : « Je travaille avec des chevaux depuis une quinzaine d’années : enseignant moniteur d’équitation, puis dans le spectacle équestre. C’est là que j’ai commencé à prendre des avions avec des chevaux parce qu’on faisait des tournées dans le monde entier. » Il s’interrompt : « C’est là que j’ai commencé à écrire. C’est une vie très intense mais éphémère. J’ai commencé des carnets de bord pour faire une place à mon regard sur le monde, cesser d’être le spectateur de ma propre vie. »
Rechercher en mer la lenteur
Rapidement, le jeune écrivain, né en 1980, abandonne le spectacle équestre pour devenir convoyeur de chevaux, un métier qui lui laisse davantage de temps libre. Et quand il apprend qu’il faut prendre la mer pour convoyer des chevaux jusqu’aux Antilles, l’idée l’enthousiasme : ­ « Aller plus lentement, travailler, voir ce que ça fait de passer d’un continent à un autre, pas aussi vite et aussi artificiellement qu’en avion. C’était une occasion d’écrire sur ce métier-là, également. Le temps long de la traversée offrait une matière intéressante. Au départ, j’ai pensé publier ce texte en feuilleton dans une revue, un épisode...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Avec « Si loin de ma vie », l’écrivaine burkinabé livre le roman du « migrant », à travers le parcours de l’attachant Jeanphi.
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Un candidat au départ pour l’Europe de Monique Ilboudo

Avec « Si loin de ma vie », l’écrivaine burkinabé livre le roman du « migrant », à travers le parcours de l’attachant Jeanphi.



Le Monde
 |    28.06.2018 à 07h15
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Si loin de ma vie, de Monique Ilboudo, Le Serpent à plumes, 144 p., 16 €.

Il s’appelle Jean-Philippe, mais on le surnomme « Jeanphi ». Il a grandi à Ouabany, un lieu qui n’existe pas, mais que l’on reconnaît : il se situe en Afrique subsaharienne, au Niger, au Mali, au Burkina Faso, au Sénégal – là d’où les jeunes gens rêvent de partir. « Parti pour réaliser mes rêves. C’était mon seul vœu, me donner une seconde chance. Tout le monde y a droit », déclare-t-il.
Histoires pétillantes
Au début de Si loin de ma vie, Jeanphi est obsédé par l’émigration. Son oncle, le chef du village, tente de le faire changer d’avis en lui parlant de ses racines. Un argument absurde, selon le jeune homme, qui préfère s’en remettre à l’une des histoires pétillantes dont son parent a le secret. « Lorsqu’on couche un poulet, qu’on lui pose un couteau sur le cou en lui disant par exemple : “Tu ne bouges pas, je vais au marché et au retour, je t’égorge”, le poulet ne bougera pas jusqu’au retour du marché et à sa mise à mort. Essayez, vous verrez. Moi, je ne suis pas un poulet. J’ai refusé de rester couché où le hasard m’a fait naître. » Là où ce refus l’a mené, on ne le découvre que plus tard, mais on sait d’emblée que son père en est mort de honte.

Avec Jeanphi, Monique Ilboudo a créé un héros spirituel et attachant. L’écrivaine, née en 1959, est également militante des droits de l’homme au Burkina Faso. Ses luttes servent de terreau à ses fictions. En 1992, elle publiait Le Mal de peau (Imprimerie nationale du Burkina ; rééd. Le Serpent à plumes, 2001), incarné par une femme burkinabée violée par un soldat blanc, et la fille née de ce crime. Huit ans plus tard, elle plaçait le génocide rwandais au cœur de Murekatete (Le Figuier). Dans Si loin de ma vie, elle creuse une question essentielle : pourquoi « cette quête commune », qui nous pousse...




                        

                        

