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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Si le biopic d’Edir Macedo, fondateur de l’Eglise universelle du royaume de Dieu, a fait plus de 10 millions d’entrées, il a été mal reçu par la critique qui y voit une publicité pour la tentaculaire Eglise néopentecôtiste.
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Au Brésil, « Nada a perder », film de propagande évangélique à succès


                      Si le biopic d’Edir Macedo, fondateur de l’Eglise universelle du royaume de Dieu, a fait plus de 10 millions d’entrées, il a été mal reçu par la critique qui y voit une publicité pour la tentaculaire Eglise néopentecôtiste.



Le Monde
 |    27.06.2018 à 08h15
    |

            Claire Gatinois (Sao Paulo, correspondante)








   


On avait hâte de découvrir « Nada a Perder », cet ovni cinématographique, ce biopic évangélique qui, avec plus de 10,5 millions de spectateurs en salle, bat tous les records du box-office brésilien depuis sa sortie, fin mars. Le film, signé Alexandre Avancini, décrit la vie du pasteur Edir Macedo, 73 ans, fondateur et évêque autoproclamé de l’Eglise universelle du royaume de Dieu, mouvement fédérant plusieurs millions de membres au Brésil et dans le monde.
« Une image parfaite »
Reçu froidement par la critique, le long-métrage est jugé « techniquement correct » sur le plan des acteurs, du scénario ou des décors. Mais, comme le souligne André Miranda dans le quotidien O Globo : « Edir Macedo est rasoir. Son image est si parfaite que Nada a Perder se rapproche davantage d’une vidéo de campagne politique que d’un film. […] Plutôt que de faire de l’art, le film cherche à sanctifier son protagoniste et à glorifier sa religion. » Un « péché mortel » au cinéma, selon le critique. Plus sévère, le quotidien Folha de S.Paulo ne voit qu’un outil permettant à l’Eglise universelle d’étendre son emprise culturelle.
Déjà propriétaire de la chaîne de télévision TV Record, l’Eglise s’attaque au cinéma, un champ culturel jusqu’ici plutôt catholique. Encore plus tranchant, le site El País Brasil décrit un film « condescendant et fatigant […] comme on pouvait s’y attendre avec un biopic ultra-autorisé ».
Une armée de pasteurs aurait déboursé des milliers de reais pour mettre la main sur des tickets et les offrir gracieusement lors de l’office. De quoi expliquer le miracle de « Nada a Perder » au box-office.
Alors ? Alors rien. En arrivant ce mercredi 23 mai au cinéma du centre commercial Central Plaza de São Paulo, la réponse fuse : « La séance de 13 heures est complète. » Celle de 16 heures ? Idem. « Depuis quinze jours, les billets sont intégralement achetés par le pasteur », explique l’employée, levant les yeux au ciel. Le pasteur ? « Edir Macedo. » Interrogée, l’Eglise nie. « L’Eglise universelle du royaume de Dieu ne produit pas Nada a Perder, ne possède pas de salle et n’a jamais acheté de billets pour ce film et aucun autre. » « Mais, ajoute le porte-parole de la puissante institution, les fidèles […] se sont mobilisés pour que le plus grand nombre de personnes puissent le voir. »

Péché véniel sans doute, une armée de pasteurs soucieux d’éclairer leurs ouailles indigentes aurait déboursé des milliers de reais pour mettre la main sur des tickets et les offrir gracieusement lors de l’office. De quoi expliquer le miracle de Nada a Perder au box-office. « Une partie de la presse brésilienne est mal à l’aise avec le succès de ce film et avec l’opportunité qu’il représente : montrer au peuple la véritable histoire du pasteur Edir Macedo », répond l’Eglise universelle, accusant les médias d’être bourrés de préjugés et de vouloir « dénigrer la foi évangélique ».
Le boom des cultes évangéliques
Il est clair qu’entre l’Eglise néopentecôtiste et la presse les versions divergent. Pour la première, Edir Macedo, né en 1945, est un messie incompris. Un demi-dieu n’ayant qu’une obsession : sauver les âmes. Pour la presse, Edir Macedo est un milliardaire (en dollars), dénoncé en 2009, 2011 et 2013 pour blanchiment d’argent, organisation criminelle, évasion de devises et fraudes.
Lire aussi : Le règne universel des escrocs de dieu
Navet pour les cinéphiles, chef-d’œuvre pour les croyants, lessiveuse d’argent sale pour les plus suspicieux… En tout cas, Nada a Perder est une illustration du pouvoir grandissant des cultes évangéliques au Brésil – 5 % des habitants s’en réclamaient en 1970, 22 % aujourd’hui. Surtout, le film témoigne des efforts déployés par l’Eglise universelle du royaume de Dieu, déjà dotée d’une télé, de novelas, d’un maire (à Rio de Janeiro), pour faire sa promotion, elle qui promet à ses ouailles qu’ils pourront s’enrichir par la seule grâce du Saint-Esprit.

        Lire aussi :
         

                Un évangélique prend la mairie de Rio






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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Le cinéaste américain explique le regard qu’il a porté sur la cellule familiale et la maternité.
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Jason Reitman : « “Tully” est un tour de magie »

Le cinéaste américain explique le regard qu’il a porté sur la cellule familiale et la maternité.



Le Monde
 |    27.06.2018 à 07h28
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

Ses « douze ans de mariage » avec la scénariste Diablo Cody, une union intel­lectuelle, liée à l’écriture de films, rendent visiblement heureux ­Jason Reitman. Dans la suite de l’hôtel parisien où il donne ses ­interviews, le cinéaste américain a l’air détendu, presque comblé. A l’image de l’affiche de son dernier film, Tully, posée à deux mètres des fauteuils en cuir, où Charlize Theron nous couve du regard telle une maman gâteau.

Le fils d’Ivan Reitman, réalisateur de SOS fantômes (1984), se réjouit à l’idée de faire des films « toute sa vie avec Diablo ». L’ancienne ­blogueuse, repérée par le producteur Mason Novick, a déjà écrit deux de ses précédents longs-métrages : Juno (2007), sur une adolescente enceinte (Ellen Page), puis Young Adult (2011), avec Charlize Theron dans le rôle d’une jeune femme sans ver­gogne qui tente de reconquérir son amour de jeunesse. On ­retrouve l’actrice sud-africaine dans Tully, enrobée dans ses douze nouveaux kilos : la quarantaine passée, Marlo vit mal la naissance de son troisième enfant et l’arrivée d’une baby-sitter de nuit, Tully (Mackenzie ­Davis), va ­bousculer sa vie.
Vous aimez mettre en scène des parcours de femmes. Pour quelles raisons ?
C’est normal, les femmes sont la moitié de l’humanité ! Pourquoi toujours chroniquer la crise de la quarantaine chez les hommes ? Tully est une histoire très per­sonnelle de Cody, qui reflète son ­ressenti. Elle dit les choses comme je les vois, nos cerveaux sont ­connectés… Aux Etats-Unis, le film a fait débat. On m’a opposé le fait qu’un tel récit aurait dû être réalisé par une femme. On a posé la question du réalisateur masculin parlant au nom des femmes. Cela se discute, je ne sais pas…
Ce rôle de mère en souffrance après son accouchement ­allait-il de soi pour Charlize Theron ?
Charlize aime justement montrer ce qui est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Stefano Sollima donne une suite pleine de brutalité au film de Denis Villeneuve , avec Josh Brolin et Benicio Del Toro.
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« Sicario… » : Etats-Unis – Mexique, frontière mortelle

Stefano Sollima donne une suite pleine de brutalité au film de Denis Villeneuve , avec Josh Brolin et Benicio Del Toro.



Le Monde
 |    27.06.2018 à 07h27
 • Mis à jour le
27.06.2018 à 07h35
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Le succès de Sicario, réalisé par le Canadien Denis Villeneuve, a engendré ce projet de suite qui reprend une partie des personnages du premier volet tout en proposant de radicaux changements formels. La réalisation en a été confiée à l’Italien Stefano Sollima, dont c’est le troisième long-métrage pour le cinéma et qui s’est fait un nom (ou plutôt un prénom, son père fut un grand metteur en scène du cinéma populaire transalpin) en signant les épisodes de séries télévisées comme Romanzo criminale ou Gomorra. Sicario, la guerre des cartels, retrouve l’univers du film de Villeneuve, désormais sans la présence d’une femme qui s’y serait égarée. Un univers hanté par des figures masculines, icônes d’une virilité conquérante et brutale, un monde de prédateurs évoluant au-delà des lois.

        Lire la critique de « Sicario » :
         

          Le grand spectacle de la guerre contre la drogue



Nul doute que celui qui fut l’auteur d’ACAB, sorti en 2012, portrait d’une brigade de celeri (l’équivalent des CRS en Italie) en mâles moralement ambigus et pathétiques, aidé ici du scénariste Taylor Sheridan, déjà auteur du script de Sicario, devait retrouver, dans la peinture de ces agents spéciaux en guerre contre les trafiquants de drogue mexicains, une manière de ranimer des figures familières.

        Lire le récit :
         

          La colère d’une ville mexicaine contre le thriller « Sicario »



Le tueur et l’enfant
Josh Brolin incarne un policier de la brigade anti-drogue qui refait appel à Alejandro, un mystérieux mercenaire (Benicio Del Toro), venu lui-même de la criminalité et guidé par la vengeance depuis l’assassinat des membres de sa famille. Il s’agit d’abattre un dangereux cartel en déclenchant une guerre des gangs. Alejandro, qui ne s’embarrasse pas de la légalité, enlève la fille d’un puissant baron de la drogue avant d’être l’objet d’une traque orchestrée par une police mexicaine corrompue et par différents groupes criminels désireux de mettre la main sur l’enfant.
Ce récit semble donc promettre, un moment, la description d’un rapport particulier entre l’homme et une gamine farouche et rebelle, entre le tueur et l’enfant, le temps d’un bien attendu trajet initiatique. Le film ne tiendra pas cette promesse (ce qui se passe entre les deux personnages est peu exprimé), mais en proposera une autre. Et c’est sans doute dans la façon même dont il contourne ce qui aurait pu être une prescription particulière, celle de la psychologie, que Sicario, la guerre des cartels signale sa singularité.
Sans états d’âme
Tout, ici, repose sur le mouvement, un mouvement qui décrit une ligne droite, géométrique, quasi abstraite, faite d’embuscades sur les routes désertiques du Mexique, de fusillades, d’exécutions sommaires. La violence, souvent extrême, y est réduite à une péripétie banale et dédramatisée, fatale et ordinaire à la fois. Les personnages ont ici oublié tout affect pour accomplir aveuglément et sans états d’âme une tâche particulière. On peut noter que ce sont des hommes dont le sort repose entre les mains d’une femme, le personnage incarné par Catherine Keener, mère symbolique et abjecte chargée de la supervision des opérations et dotée d’un pouvoir de vie et de mort au nom d’une politique aveugle.
La mise en scène de Sollima est tout entière au service de cette brutalité taiseuse et infernale. Ce qui s’apparenterait à un portrait de l’homme d’action contient, dans l’épure du trait, dans le silence des sentiments, une manière de regard moral. La solitude et l’expertise létale d’Alejandro constituent sans doute la marque d’un homme qui a perdu son âme il y a longtemps. L’action n’est plus rédemptrice. Elle semble n’être, désormais, que l’expression d’une malédiction. L’émotion affleure d’autant plus que tout a été fait pour la maintenir à distance.

« Sicario, la guerre des cartels ». Film américain de Stefano Sollima. Avec Josh Brolin, Benicio Del Toro, Isabela Moner (2 h 05). Sur le Web : www.metrofilms.com/films/sicario-day-of-the-soldado



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Le film d’animation de Nora Twoney mêle les péripéties d’une fillette pour nourrir sa famille et l’histoire récente de l’Afghanistan.
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« Parvana… » : faire entendre aux enfants les voix de la guerre

Le film d’animation de Nora Twoney mêle les péripéties d’une fillette pour nourrir sa famille et l’histoire récente de l’Afghanistan.



Le Monde
 |    27.06.2018 à 07h26
 • Mis à jour le
27.06.2018 à 07h46
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Coréalisatrice avec Tomm Moore de Brendan et le secret de Kells (2009), dessin animé inspiré d’une légende celtique, Nora Twomey se tourne aujourd’hui vers une réalité contemporaine douloureuse et complexe. Récit de quelques mois d’enfance vécus à Kaboul, en 2001, dans la période qui a précédé la chute du régime taliban en Afghanistan, Parvana… tente de rendre compte à des enfants d’une situation violente et cruelle.
Le talent de la cinéaste – qui sait puiser dans le patrimoine graphique et plastique de l’univers de ses personnages – et la rigueur du scénario, inspiré d’un roman de la Canadienne Deborah Ellis, œuvrent à la réussite du projet. Ce qui ne suffit pas à la garantir tout à fait : les nécessités du cinéma pour enfants – fussent-ils grands – conduisent à des simplifications, historiques et dramatiques, au recours à des procédés qui font parfois ressortir l’artifice qui est au cœur de Parvana…
L’héroïne éponyme est une petite fille de 11 ans, qui survit dans la capitale afghane en accompagnant son père sur les marchés pendant que sa sœur aînée et sa mère restent cloîtrées à la maison, frappées par l’interdiction de paraître en public édictée à l’encontre des femmes par les talibans. Quand son père est arrêté et emprisonné, Parvana se travestit en garçon pour nourrir sa famille.
Le récit d’une légende ancestrale
Le scénario entrelace les épisodes de cette quête de travail et d’argent, ainsi que d’informations au sujet du père détenu, et le récit que fait Parvana à son petit frère d’une légende ancestrale. Le premier fil narratif est traité sobrement, dans un style qui avoisine (sans y succomber) le réalisme dans une animation fluide, de grande qualité (l’usage des images numériques reste accessoire), le second s’inspire des miniatures persanes et indiennes, mêlant ombres et papiers découpés.
Le scénario et la matière dramatique du film ne sont pas tout à fait à la hauteur de ce contraste formel évocateur. Nora Twomey se débat entre sa volonté de tenir en haleine son jeune public et la nécessité de rendre compte de faits historiques, comme la débâcle sanglante des talibans après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Les péripéties de la recherche de travail, d’argent, d’informations sur le père emprisonné prennent parfois le tour d’une quête picaresque qui fait surgir des personnages ambigus (entrepreneur avide, marchand compatissant…), incarnations de la réaction du genre masculin aux privilèges supplémentaires conférés par les nouveaux maîtres. Ces rebondissements prennent aussi le tour du récit enfantin avec leurs simplifications extrêmes qui jurent avec la complexité de l’histoire de l’Afghanistan. Par nature, les séquences consacrées au conte échappent à cette difficulté.
Enfin, les voix ont été enregistrées en anglais par des comédiens qui indiquent l’origine des personnages par leur accent (une remarque qui ne s’applique pas à la version française). Ce procédé n’est pas réservé aux films pour enfants (il était récemment risible dans Red Sparrow, de l’Américain Francis Lawrence, sorti en avril). Là comme ailleurs, il apparaît de plus en plus désuet, masquant les voix, précisément, que voudrait faire entendre Parvana…

« Parvana, une enfance en Afghanistan ». Film d’animation canadien, irlandais et luxembourgeois de Nora Twomey (1 h 34). Sur le Web : www.le-pacte.com/france/prochainement/detail/parvana



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Le deuxième long-métrage de Laura Bispuri, avec Alba Rohrwacher et Valeria Golino, est un western sur la maternité.
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« Ma fille » : un fougueux trio féminin

Le deuxième long-métrage de Laura Bispuri, avec Alba Rohrwacher et Valeria Golino, est un western sur la maternité.



Le Monde
 |    27.06.2018 à 07h25
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Jamais la blondeur et la flamme de l’Italienne Alba Rohrwacher ne se sont si bien accordées avec un paysage, au cinéma. Celui de la Sardaigne, rocailleux et brûlant comme ­Angelica, l’un des trois personnages du film de Laura Bispuri. Femme vivant dans la marge, sur le point de perdre sa maison, son unique bien, Angelica devrait quitter sa terre. Mais c’est à ce moment précis qu’elle prend conscience de son attachement à Vittoria, sage fillette d’une dizaine d’années (Sara Casu). Cette dernière a été élevée par Tina (Valeria Golino), remplie d’amour et d’attention. Mais la préadolescente éprouve le besoin de s’éloigner.
Au-delà du court suspense qu’elle installe sur l’identité de la mère biologique, la réalisatrice s’emploie à dissoudre la famille et ses normes dans un nuage de poussière. Le trio de femmes sans jules (et Jim) se déplace, géographiquement et mentalement, sur ce coin isolé de Sardaigne qui­devient « terrain de jeu » au sens cinématographique du terme.
Rite initiatique
Le deuxième long-métrage de Laura Bispuri, sélectionné en compé­tition officielle à Berlin, tout comme son premier, Vierge sous serment (2015) – avec la même Alba Rohrwacher, méconnaissable en homme –, n’a que l’esthétique du western : sous l’écrasante chaleur et le poids des traditions masculines (les femmes, c’est comme le rodéo ou presque), il n’y a pas de mise à mort, ni ­vainqueure ni perdante. Les personnages prennent leurs distances, se mesurent, se déchirent et réajustent leurs points de vue pour tenter de se retrouver.
Dans cette rencontre avec Angelica, la fillette traverse comme un rite initiatique qui la fait grandir sous nos yeux. Et l’on est au bord du trou avec Valeria Golino, lorsque celle-ci cherche l’enfant, quittant sa maison où sa vie semblait si bien réglée. Génie de la métamorphose, Alba Rohrwacher apparaît sous un jour qu’on ne lui connaissait pas : celui d’une icône underground. D’une beauté sauvage, un rien l’habille et la fait tomber, toute déglinguée qu’elle est. Mais il suffit qu’elle déploie ses bras infinis, en haut d’une falaise, pour que l’on comprenne le sel de sa vie, entre mise en danger et liberté. C’est elle, la prétendue paumée, qui va redonner de l’air au sein de ce fougueux trio.

Film italien, suisse et allemand de Laura Bispuri. Avec Alba Rohrwacher, Valeria Golino et Sara Casu (1 h 27). Sur le Web : www.ufo-distribution.com/movie/ma-fille-figlia-mia et www.realfictionfilme.de/filme/figlia-mia/index.php?id=124



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ La manifestation, organisée à Paris du 28 juin au 1er juillet, met en lumière l’œuvre de Tatsumi Kumashiro.
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édition abonné


Festival du film de fesses : l’aube du cinéma érotique japonais

La manifestation, organisée à Paris du 28 juin au 1er juillet, met en lumière l’œuvre de Tatsumi Kumashiro.



Le Monde
 |    27.06.2018 à 07h23
    |

                            Mathieu Macheret








                        



                                


                            

Cela fait maintenant cinq ans qu’une manifestation, lestement intitulée « Festival du film de fesses », inaugure à Paris la saison estivale d’une ardeur toute licencieuse. Lancé en 2014 par deux amatrices d’art érotique (Anastasia Rachman et Maud Bambou), l’événement se déroule sur quatre jours, du 28 juin au 1er juillet, dans trois cinémas du Quartier latin (le Reflet Médicis, la Filmothèque et les 3 Luxembourg).
Sous son appellation grivoise, on déniche surtout une plantureuse programmation de films rares ou inédits, célébrant les dévoilements anatomiques et la sexualité sous toutes ses formes. Et si les fesses, au même titre que le visage, étaient un autre miroir de l’âme, un accès privilégié au feu dont elle brûle ? C’est en tout cas l’hypothèse dont s’empare joyeusement le festival.
Le festival consacre une mini-rétrospective à un cinéaste à redécouvrir d’urgence : Tatsumi Kumashiro (1927-1995)
L’édition de cette année se penche judicieusement sur le Japon, où l’érotisme compte au rang des beaux-arts et dont le cinéma, des années 1960 à nos jours, fut incroyablement prodigue en la matière. Entre une nuit autour d’Eiichi Yamamoto, animateur érotomane et auteur de l’extraordinaire Belladonna (1973), d’après La Sorcière, de Jules Michelet, et la projection d’une poignée d’œuvres-cultes et exubérantes (dont Inflatable Sex Doll of the Wastelands, d’Atsushi Yamatoya) surnage le nom d’un cinéaste à redécouvrir d’urgence : Tatsumi Kumashiro (1927-1995), auquel le festival consacre une mini-rétrospective. Montrée en France par bribes et à de rares occasions, l’œuvre de Kumashiro, riche de 35 titres, reste encore méconnue. Les six films présentés au cours du festival séduisent par leur fièvre libertaire et iconoclaste, leur spontanéité et leur questionnement réflexif sur le sexe.
C’est l’un des paradoxes de l’histoire du cinéma japonais, que la modernité la plus bouillonnante se soit exprimée au cœur même...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Réalisé en 2000 mais resté inédit en France, le troisième long-métrage de Park Chan-wook porte en lui nombre de motifs de son œuvre ultérieure.
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« JSA » : une poignante tragédie humaine entre les deux Corées

Réalisé en 2000 mais resté inédit en France, le troisième long-métrage de Park Chan-wook porte en lui nombre de motifs de son œuvre ultérieure.



Le Monde
 |    27.06.2018 à 07h21
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Pour qui est familier de la filmographie de Park Chan-wook, JSA (Joint Security Area), le troisième long-métrage du cinéaste coréen (réalisé en 2000 et resté inédit en salle en France jusqu’à ce jour), apparaîtra comme l’embryon d’une œuvre à venir toute personnelle, la genèse d’un certain nombre de motifs qui bénéficieraient déjà ici d’une solide incarnation cinématographique.
Le film prend, après une ouverture mystérieuse et violente (un homme enlevé en pleine forêt par deux militaires, un échange confus de coups de feu dont les causes et les effets restent obscurs), la forme d’une enquête policière, celle de la quête d’une vérité qui aurait dû être cachée, jusqu’à l’épilogue, par une forêt de mensonges.
Retours en arrière
Le point de départ du récit est un incident de frontière survenu entre les deux Corées. Deux militaires nord-coréens ont été tués. Agression provoquée par un soldat sud-coréen ? Tentative d’enlèvement de celui-ci suivie d’une évasion soldée par la mort de deux des kidnappeurs ? Une jeune officier suisse d’origine coréenne, mandatée par une commission d’enquête internationale vouée à désamorcer les risques d’un conflit armé que cet incident a réveillés – menace omniprésente dans cette partie du monde –, procède à l’audition des différents protagonistes survivants. Alors que chacun semble se murer dans le silence ou bien dans une version officielle, un retour en arrière prend à rebours celle-ci, tout en démentant les images du début, désormais comprises comme fallacieuses.
« Ce qui compte, c’est le processus », est-il déclaré à un moment du film pour décrire l’objectif de l’enquêtrice, profession de foi du cinéaste lui-même peut-être. Les autorités nord-coréennes et sud-coréennes ont mis en place un certain nombre de rituels dans ce que l’on appelle, sans doute par antiphrase, la zone démilitarisée (DMZ). Marquer à la fois la singularité de « l’autre » Corée, figurer l’interdiction d’un passage de l’une à l’autre, sont les raisons d’être d’un formalisme militaire que Park Chan-wook détaille de façon subtilement didactique.
Mais la mise en scène de cette injonction radicale est en fait concrètement, et régulièrement, niée par des tentatives d’infiltration parfois délibérées, très souvent maladroites et inconscientes, de militaires de part et d’autre. Les retours en arrière dévoilent la naissance et l’existence, à la suite d’une rencontre de hasard, d’une amitié entre deux soldats du Nord et deux autres du Sud. Ainsi JSA (Joint Security Area) apparaît comme le dérèglement d’un mécanisme pourtant programmé, un dérèglement actualisé par un événement qui n’aurait jamais dû avoir lieu.
Une amitié insolite
On voit bien ce qui, chez l’auteur d’Old Boy, récit d’une vengeance programmée, a pu fasciner dans cette description d’un double détraquement, cette rupture dans un univers entièrement déterminé. Tout comme l’on peut voir, dans la façon dont les récits virtuels et trompeurs s’enchevêtrent, un goût qui s’incarnera encore plus tard dans un film comme Mademoiselle, tourné en 2016.
Le sergent Lee et le soldat Nam passent les longues heures de leur garde de nuit dans la casemate de leurs homologues, le sergent Oh et le soldat Jeong, de l’autre côté de la frontière, au Nord. Park Chan-wook, derrière le principe conceptuel, souligné par la virtuosité de sa mise en scène, qui régit la narration de cet étrange incident, raconte la naissance et l’expansion d’une amitié insolite. C’est sans doute l’aspect le plus émouvant d’une œuvre qui détaille le tissage d’un lien unissant des personnages que l’idéologie sépare mais que rapproche aussi une expérience similaire, celle de la promiscuité virile que construit la vie militaire, mais aussi celle de la résurgence des jeux de l’enfance.
L’histoire s’interrompt ainsi, le temps de l’expérience partagée, de la solidarité masculine, d’un retour des jeux de l’enfance. Le sergent Oh est magistralement et subtilement incarné par Song Kang-ho, future vedette du cinéma sud-coréen et acteur phare des films de Bong Joon-ho (Memories of Murder, The Host, Snowpiercer). On imagine le défi qu’il a dû relever et qui a consisté à incarner celui censé être l’autre absolu, le négatif construit par une idéologie féroce et une propagande tenace. C’est au prix de cette qualité d’interprétation que ce qui n’aurait pu être qu’une expérience formelle et abstraite devient aussi une poignante tragédie humaine.

Film coréen de Park Chan-wook. Avec Song Kang-ho, Lee Young-ae, Kim Tae-woo (1 h 50). Sur le Web : www.larabbia.com/films/jsa-joint-security-area et www.les-bookmakers.com/films/jsa-joint-security-area



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ La comédie pour adolescents de Greg Berlanti a pour protagoniste un garçon gay et pour tonalité le plus grand conformisme.
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« Love, Simon » : un lycéen comme les autres, à si peu de choses près

La comédie pour adolescents de Greg Berlanti a pour protagoniste un garçon gay et pour tonalité le plus grand conformisme.



Le Monde
 |    27.06.2018 à 07h19
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Le film de Greg Berlanti, réalisateur et producteur de séries télévisées hyperactif, restera dans la chronique du cinéma. Pour la première fois, le personnage principal d’une production destinée aux adolescents par une major américaine – la Fox de Rupert Murdoch, qui plus est –, est gay. Ce trait distinctif a bien sûr des conséquences sur le film, mais, une fois arrivée la fin (qui est aussi heureuse que dans la plupart des comédies pour teenagers), force est de convenir que la caractéristique principale de cette douceur aux parfums synthétiques reste son conformisme.
Simon (Nick Robinson) vit dans une famille prospère et aimante. Ses parents sont bien jolis (Josh Duhamel et Jennifer Garner) et assez prospères pour lui offrir une voiture (une Subaru, certes) pour son dix-huitième anniversaire. Comme il l’explique en une de ces séquences en voix off qui règlent si commodément les problèmes d’exposition, Simon mène une vie sans défaut à ceci près que personne ne sait qu’il est gay, même pas ses amis d’enfance dont Leah (Katherine Langford) qui l’aime en un secret su de tout le monde sauf de l’intéressé.
Flirt numérique poussé
Simon vit les dernières semaines de sa vie de lycéen dans un établissement cossu de la banlieue d’Atlanta lorsque l’un de ses condisciples fait un semi « coming out » (il dit son homosexualité et son appartenance au corps étudiant mais tait son nom) sur les réseaux sociaux. Notre héros entame alors un flirt numérique poussé qui attire l’attention d’un autre lycéen. Menacé de se voir démasqué, Simon enchaîne alors les supercheries avec une absence d’éthique amicale et amoureuse qui restera le seul élément un tant soit peu dérangeant du film.
On comprend bien que Greg Berlanti a voulu tenir cette histoire à l’écart de la tragédie ou même des petites misères quotidiennes. Il lui a manqué le courage, l’inclination ou la capacité de les remplacer par autre chose que des édulcorants qui déguisent le goût parfois amer des amours et des rivalités adolescentes.

Film américain de Greg Berlanti. Avec Nick Robinson, Jennifer Garner, Josh Duhamel, Katherine Langford, Alexandra Shipp (1 h 49). Sur le Web : www.foxfrance.com/love-simon, www.foxmovies.com/movies/love-simon et www.facebook.com/LoveSimonMovie



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Le réalisateur Jason Reitman met en scène une jeune fille qui transforme une maternité compliquée en conte de fées.
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Article sélectionné dans La Matinale du 26/06/2018
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« Tully » : la nounou au chevet de Charlize Theron

Le réalisateur Jason Reitman met en scène une jeune fille qui transforme une maternité compliquée en conte de fées.



Le Monde
 |    27.06.2018 à 06h35
 • Mis à jour le
27.06.2018 à 07h55
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Quand les acteurs se transforment, il est d’usage que ce soit pour une cause sortant de l’ordinaire. Gary Oldman s’est vieilli, rapetissé, pour célébrer Winston Churchill dans Les Heures sombres (2018). Charlize Theron s’est enlaidie pour toucher à la réalité d’Aileen Wuornos, la meurtrière de Monster (2003).
Quinze ans plus tard, la même Charlize Theron mue à nouveau ; cette fois pour être une femme comme on en croise chaque jour, une mère de famille qui perd pied. Ce n’est pas une petite affaire pour un mannequin qui n’a pas tout à fait abandonné sa profession d’origine, et l’actrice s’y consacre avec l’énergie et l’abnégation farouche qu’on lui a connues aussi bien dans les bas-fonds de Floride (Monster) que dans le désert apocalyptique (Mad Max : Fury Road, 2015).
Si bien que Marlo, la jeune femme épaissie par la grossesse dans Tully, prendra place aux côtés de ces rôles spectaculaires, hissée à ce rang par son interprète, mais aussi par le travail délicat et énergique du duo Jason Reitman (réalisation) – Diablo Cody (scénario).

        Lire l’entretien avec Jason Reitman :
         

          « “Tully” est un tour de magie »



Soutien paternel limité
On découvre Marlo comme à travers une eau trouble dans laquelle elle se débat sans jamais arriver à remonter à la surface. Mère de Sarah, petite fille sérieuse, et de Jonah, un enfant aux « besoins spéciaux », selon l’expression en usage aux Etats-Unis, dont le trouble reste hors d’atteinte des médecins, Marlo est enceinte d’un troisième enfant.
Le secours que lui apporte son compagnon Drew (Ron Livingston) est limité à un pourcentage soigneusement calculé des tâches ménagères et parentales, qui, une fois atteint, autorise le patriarche à se réfugier dans la chambre conjugale, où il se consacre à l’extermination de ses adversaires dans un jeu vidéo.

   


Aussi sympathique que soit la physionomie de Ron Livingston, cette figure paternelle tiendra le rôle du méchant dans cette histoire qui ne va pas rester banale. Plus que par la directrice d’école compréhensive, mais impitoyable, plus que par la belle-sœur aussi gourde que cruelle, c’est par le mâle du foyer qu’arrive le malheur.
Tully, c’est une Mary Poppins alternative, l’irruption des charmes et des sortilèges dans le quotidien le plus pesant
Après la naissance de Mia, Marlo finit par accepter la proposition, initialement refusée, que lui avait faite son frère, un parvenu sympathique (Mark Duplass, bénéficiaire de la générosité hors du commun de Diablo Cody à l’égard de certains de ses personnages secondaires) : il s’est engagé à payer les services d’une nounou de nuit, qui viendra chaque soir s’assurer que Marlo et Mia parviennent jusqu’au matin fraîches et reposées. C’est ainsi qu’un soir Tully (Mackenzie Davis) apparaît sur le seuil de la maison de Marlo.
A partir de ce moment, la chronique quotidienne de la maternité, teintée de sarcasmes et de colère (une autre recette de la maison Cody), devient une espèce de conte de fées. Tully prend en main non seulement l’intendance mais aussi la psyché fêlée de son aînée. Jason Reitman prend un plaisir évident à arranger le duo entre les deux actrices, la star qui s’est délibérément ternie, l’étoile ascendante qui brille de sensualité et d’amour. Tully, c’est une Mary Poppins alternative, l’irruption des charmes et des sortilèges dans le quotidien le plus pesant.

   


Retournement final
Son pouvoir curatif impressionne d’autant que Reitman a donné jusque-là libre cours à ses propres penchants les plus négatifs, ceux qui agaçaient les hygiénistes dans Thank You for Smoking (2005), les féministes dans Juno (2007) ou les syndicalistes dans In the Air (2009). Le réalisateur embrasse la magie avec tant d’enthousiasme qu’on en reste déconcerté, et ravi.
Restait à faire tenir dans le même espace imaginaire ces deux dimensions a priori incompatibles. Le retournement final imaginé par Diablo Cody, et la façon dont Jason Reitman le met en scène, propose un modèle en matière de sidération douce.
Il ne s’agit pas de mettre à l’envers l’esprit du spectateur, comme le faisait M. Night Shyamalan dans Sixième sens (1999), mais de l’accompagner dans sa rêverie, dans ses pensées, autour d’un sujet si banal qu’on n’y accorderait guère d’attention si une star n’avait pas pris une douzaine de kilos pour le porter à l’écran.

Film américain de Jason Reitman. Avec Charlize Theron, Mackenzie Davis, Ron Livingston, Mark Duplass (1 h 35). Sur le Web : www.marsfilms.com/film/tully, focusfeatures.com/tully et www.facebook.com/tullymovie

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 27 juin)
JSA (Joint Security Area), film coréen de Park Chan-wook (à ne pas manquer)Ma fille, film allemand, italien et suisse de Laura Bispuri (à ne pas manquer)Sicario, la guerre des cartels, film américain de Stefano Sollima (à ne pas manquer)Tully, film américain de Jason Reitman (à ne pas manquer)Un couteau dans le cœur, film français de Yann Gonzalez (à ne pas manquer)Parvana, une enfance en Afghanistan, film d’animation canadien, irlandais et luxembourgeois de Nora Twomey (à voir)Love, Simon, film américain de Greg Berlanti (pourquoi pas)Budapest, film français de Xavier Gens (on peut éviter)
A l’affiche également :
A 2 heures de Paris, film français de Virginie VerrierLes Affamés, film français de Léa FrédevalPur-sang, film américain de Cory Finley





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Chaque mercredi, « La Matinale du Monde » propose un choix de longs-métrages à voir sur grand écran.
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Article sélectionné dans La Matinale du 26/06/2018
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Soleil de Sardaigne, maternité et porno gay : notre sélection cinéma

Chaque mercredi, « La Matinale du Monde » propose un choix de longs-métrages à voir sur grand écran.



Le Monde
 |    27.06.2018 à 06h35
 • Mis à jour le
27.06.2018 à 07h42
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Cette semaine, La Matinale est tiraillée entre deux pôles. Celui de la famille, vue au travers d’une mère dépassée par la naissance de son troisième enfant (Tully), et des relations mères-fille entre trois femmes en Sardaigne (Ma fille). Et celui des plaisirs de la chair, grâce à Vanessa Paradis, qui revient dans un rôle de productrice de films pornos gays (Un couteau dans le cœur).
NOUVEAU RÉCIT SUR LA MATERNITÉ : « Tully », de Jason Reitman

Quand les acteurs se transforment, il est d’usage que ce soit pour une cause sortant de l’ordinaire. Gary Oldman s’est vieilli, rapetissé, pour célébrer Winston Churchill dans Les Heures sombres (2018). Charlize Theron s’est enlaidie pour toucher à la réalité d’Aileen Wuornos, la meurtrière de Monster (2003).
Quinze ans plus tard, la même Charlize Theron mue à nouveau ; cette fois pour être une femme comme on en croise chaque jour, une mère de famille qui perd pied. On découvre Marlo comme à travers une eau trouble dans laquelle elle se débat sans jamais arriver à remonter à la surface : Marlo est enceinte d’un troisième enfant.
Après la naissance de Mia, Marlo finit par accepter la proposition, initialement refusée, que lui avait faite son frère, un parvenu sympathique : il s’est engagé à payer les services d’une nounou de nuit, qui viendra chaque soir s’assurer que Marlo et Mia parviennent jusqu’au matin fraîches et reposées. C’est ainsi qu’un soir Tully (Mackenzie Davis) apparaît sur le seuil de la maison de Marlo. A partir de ce moment, la chronique quotidienne de la maternité, teintée de sarcasmes et de colère, devient une espèce de conte de fées. Le réalisateur embrasse la magie avec tant d’enthousiasme qu’on en reste déconcerté, et ravi. Thomas Sotinel
Film américain de Jason Reitman. Avec Charlize Theron, Mackenzie Davis, Ron Livingston, Mark Duplass (1 h 35).
PARADIS PRODUCTRICE DE PORNOS GAY : « Un couteau dans le cœur », de Yann Gonzalez

D’où vient Un couteau dans le cœur, le deuxième long-métrage de Yann Gonzalez ? De loin, d’un inframonde social et cinématographique, ancien et peut-être oublié, d’un monde qui ne se souciait pas d’appartenir à la culture et même à la société, mais qui aura peut-être incarné le cœur saignant de son époque. C’est un film nourri du passé mais qui ne pouvait pourtant se concevoir qu’aujourd’hui.
A travers ce récit ponctué de meurtres ritualisés (l’assassin est masqué et son arme est un ­ godemiché doté d’une lame rétractable) dans le milieu du cinéma porno gay de la fin des années 1970, Yann Gonzalez invite le spectateur à participer à un très singulier trip. Les victimes de l’assassin à la cagoule de latex sont des comédiens de films pornographiques homosexuels produits par Anne Pareze (Vanessa Paradis). Un couteau dans le cœur est une déclaration d’amour tout autant qu’une déconstruction des thrillers italiens de série des années 1970, du cinéma pornographique, mais aussi de l’abstraction plastique. Jean-François Rauger
Film français de Yann Gonzalez. Avec Vanessa Paradis, Kate Moran, Nicolas Maury (1 h 42).
TRIO FÉMININ : « Ma fille », de Laura Bispuri

Jamais la blondeur et la flamme de l’Italienne Alba Rohrwacher ne se sont si bien accordées avec un paysage, au cinéma. Celui de la Sardaigne, rocailleux et brûlant comme ­Angelica, l’un des trois personnages du film de Laura Bispuri. Femme vivant dans la marge, sur le point de perdre sa maison, Angelica devrait quitter sa terre. Mais c’est à ce moment précis qu’elle prend conscience de son attachement à Vittoria, sage fillette (Sara Casu). Cette dernière a été élevée avec amour par Tina (Valeria Golino). Mais la préadolescente éprouve le besoin de s’éloigner.
Au-delà du court suspense qu’elle installe sur l’identité de la mère biologique, la réalisatrice s’emploie à dissoudre la famille et ses normes dans un nuage de poussière. Le trio de femmes sans jules (et Jim) se déplace, géographiquement et mentalement, sur ce coin isolé de Sardaigne qui­ devient « terrain de jeu » au sens cinématographique du terme.
Le deuxième long-métrage de Laura Bispuri, sélectionné en compé­tition officielle à Berlin, tout comme son premier, Vierge sous serment (2015), n’a que l’esthétique du western : sous l’écrasante chaleur et le poids des traditions masculines (les femmes, c’est comme le rodéo ou presque), il n’y a pas de mise à mort, ni ­vainqueure ni perdante. Clarisse Fabre
Film italien, suisse et allemand de Laura Bispuri. Avec Alba Rohrwacher, Valeria Golino et Sara Casu (1 h 27).
ÉROTISME JAPONAIS : Festival du film de fesses, à Paris (du 28 juin au 1er juillet)

   


Cela fait maintenant cinq ans qu’une manifestation, lestement intitulée « Festival du film de fesses », inaugure à Paris la saison estivale d’une ardeur toute licencieuse. Lancé en 2014 par deux amatrices d’art érotique (Anastasia Rachman et Maud Bambou), l’événement se déroule sur quatre jours, du 28 juin au 1er juillet, dans trois cinémas du Quartier latin (le Reflet Médicis, la Filmothèque et les 3 Luxembourg).
Sous son appellation grivoise, on déniche surtout une plantureuse programmation de films rares ou inédits, célébrant les dévoilements anatomiques et la sexualité sous toutes ses formes. L’édition de cette année se penche judicieusement sur le Japon, où l’érotisme compte au rang des beaux-arts et dont le cinéma, des années 1960 à nos jours, fut incroyablement prodigue en la matière. Entre une nuit autour d’Eiichi Yamamoto, animateur érotomane et auteur de l’extraordinaire Belladonna (1973), d’après La Sorcière, de Jules Michelet, et la projection d’une poignée d’œuvres-cultes et exubérantes (dont Inflatable Sex Doll of the Wastelands, d’Atsushi Yamatoya) surnage le nom d’un cinéaste à redécouvrir d’urgence : Tatsumi Kumashiro (1927-1995), auquel le festival consacre une mini-rétrospective. Mathieu Macheret
www.lefff.fr

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 27 juin)
JSA (Joint Security Area), film coréen de Park Chan-wook (à ne pas manquer)Ma fille, film allemand, italien et suisse de Laura Bispuri (à ne pas manquer)Sicario, la guerre des cartels, film américain de Stefano Sollima (à ne pas manquer)Tully, film américain de Jason Reitman (à ne pas manquer)Un couteau dans le cœur, film français de Yann Gonzalez (à ne pas manquer)Parvana, une enfance en Afghanistan, film d’animation canadien, irlandais et luxembourgeois de Nora Twomey (à voir)Love, Simon, film américain de Greg Berlanti (pourquoi pas)Budapest, film français de Xavier Gens (on peut éviter)
A l’affiche également :
A 2 heures de Paris, film français de Virginie VerrierLes Affamés, film français de Léa FrédevalPur-sang, film américain de Cory Finley





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Hicham Falah, délégué général du Fidadoc, mesure le chemin parcouru depuis la création du festival d’Agadir, il y a dix ans.
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Entretien

« La création documentaire au Maroc et en Afrique a totalement explosé »

Hicham Falah, délégué général du Fidadoc, mesure le chemin parcouru depuis la création du festival d’Agadir, il y a dix ans.

Propos recueillis par                                            Dorothée Myriam Kellou (contributrice Le Monde Afrique)




LE MONDE
              datetime="2018-06-26T15:35:24+02:00"

        Le 26.06.2018 à 15h35






    
Hicham Falah, délégué général du Festival international du film documentaire d’Agadir
Crédits : Elise Ortiou Campion


La dixième édition du Festival international du film documentaire d’Agadir (Fidadoc), au Maroc, s’est achevée samedi 23 juin, décernant son Grand Prix Nouzha-Drissi à Demons in Paradise, du réalisateur sri-lankais Jude Ratnam. Un jury composé d’étudiants a remis le prix du Court-Métrage au jeune réalisateur marocain Ayoub Aït Bihi pour son film Simane, âme dans le ciel et âme sur la Terre.

        Lire aussi :
         

                « Demons in Paradise » : les fantômes de la guerre civile sri-lankaise



Au fil des années, le Fidadoc s’est imposé comme un rendez-vous incontournable pour tous ceux qui souhaitent créer, produire, diffuser ou voir des films documentaires dans le royaume et, plus largement, en Afrique du Nord et en Afrique de l’Ouest. Remettre sur les grands écrans un genre cinématographique quasiment disparu au Maroc, le documentaire de création, c’était en 2008 le pari un peu fou de feue Nouzha Drissi, productrice de documentaires et fondatrice du Fidadoc.
Le Franco-Marocain Hicham Falah, réalisateur et chef opérateur de formation, est depuis 2012 le délégué général du festival. Entretien avec un inlassable voyageur qui travaille à tisser des liens entre les mondes arabe, subsaharien et européen. Mais pas seulement, comme le démontre l’attribution du Grand Prix.
Quel est le bilan de ces dix années de travail au Fidadoc ?
Hicham Falah Il y a dix ans, le documentaire était pratiquement absent de notre paysage audiovisuel. A l’exception de quelques individualités, surtout des Marocains basés à l’étranger, la pratique et la diffusion du cinéma documentaire avaient disparu au Maroc. Le travail de fourmi du Fidadoc a eu impact considérable puisque le mot « documentaire », « wathai’qi », est à nouveau rentré dans le langage commun. Il y a eu une transformation totale de la place du documentaire dans notre pays. Aujourd’hui, tout le monde s’en réclame, tout le monde veut en faire, tout le monde veut en diffuser. L’avance sur recettes du Centre cinématographique marocain s’ouvre aux longs-métrages documentaires et la chaîne de télévision 2M consacre depuis 2012 une première partie de soirée à la diffusion de documentaires.
Avec les « printemps arabes » et la deuxième phase de libération en Afrique depuis les indépendances, la création documentaire sur le continent a totalement explosé. L’existence de petites caméras et de téléphones pour filmer, de YouTube et des réseaux sociaux pour diffuser, a encouragé une nouvelle génération à filmer sa réalité. Cette multiplication de films arabophones a permis au Fidadoc de développer sa mission de diffusion culturelle de proximité qu’il avait démarrée dès sa première édition, avec des projections ambulantes dans les quartiers d’une ville, Agadir, qui ne compte plus de vraie salle de cinéma.

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                Mandela et les autres : les voix de Rivonia resurgissent sur grand écran



Quelle est la place du cinéma documentaire africain dans la sélection 2018 ?
La sélection officielle comporte une compétition internationale de longs-métrages de dix films, avec seize nationalités représentées. Alors que la sélection de 2017 comptait quatre longs-métrages d’Afrique de l’Ouest de très haut niveau, nous n’en avons choisi cette année qu’un seul : Boxing Libreville, du Gabonais Amédée Pacôme Nkoulou, qui a reçu le Prix spécial du jury. A cela s’ajoutent deux films courts concourant dans la catégorie courts-métrages africains et arabes ».
La production reste très irrégulière dans tous les pays du continent. L’année 2017 avait été exceptionnelle, avec Les Héritiers de la colline, du Malien Ousmane Samassekou, qui raconte l’état de décomposition avancée de l’université à Bamako et avait reçu le Grand Prix Nouzha-Drissi. Le Fidadoc est résolument tourné vers tout le continent, mais on ne sélectionne pas un film parce qu’il est arabe ou subsaharien. On le choisit parce qu’il est bon. Or la production de longs-métrages n’est pas toujours au niveau de qualité exigé à international, en premier lieu à cause d’un manque de formations.
Comment le Fidadoc contribue-t-il à améliorer le niveau de la création et de la production documentaire africaine ?
Depuis 2012, nous avons mis en place un programme de formation et d’accompagnement de projets, la Ruche documentaire. Nous nous sommes inspirés de ce qui existait déjà sur le continent : les résidences d’écriture organisées dans le cadre du réseau Africadoc ou les ateliers de formation à l’écriture, au tournage et au montage de Bejaïa Doc en Algérie. La Ruche documentaire apprend aux jeunes cinéastes la base du métier : écrire un projet qui réponde aux exigences des producteurs nationaux ou étrangers. C’est un programme de formation ouvert en premier lieu aux étudiants en cinéma au Maroc, quelle que soit leur nationalité.
« L’existence de petites caméras et de téléphones a encouragé une nouvelle génération à filmer sa réalité »
Nous sommes fiers d’avoir accompagné dès leur genèse des projets et des auteurs qui ont obtenu une reconnaissance internationale, à l’instar des Héritiers de la colline, mais aussi d’Amal, de l’Egyptien Mohamed Siam, qui a ouvert la dernière édition du Festival international du film documentaire d’Amsterdam, d’Atlal, de l’Algérien Djamel Kerkar, qui a été trois fois récompensé au Festival international de cinéma de Marseille en 2016, ou encore de We Could Be Heroes, de la Marocaine Hind Bensari, qui vient de remporter le Prix du meilleur documentaire international au Festival international canadien du documentaire Hot Docs.
En 2017, nous avons également créé en partenariat avec le Festival des 3 Continents, à Nantes, un atelier de formation à la coproduction internationale, Produire au Sud Agadir-Sahara, qui, pour sa deuxième édition, accueillera douze réalisateurs et producteurs marocains, tunisiens, algériens et burkinabés, encadrés par dix professionnels internationaux expérimentés en matière de coproduction internationale.

        Lire aussi :
         

                A Agadir, un atelier pour que le Sud produise mieux ses documentaires et les fasse connaître au Nord



En 2017, vous rendiez hommage à Jean Rouch, cinéaste et ethnographe de l’Afrique. Cette année, vous mettez à l’honneur le cinéma documentaire marocain. Pourquoi un tel choix ?
Alors que notre production nationale a longtemps été exclusivement documentaire, le cinéma du réel a disparu à partir des années 1970. Les pionniers du cinéma marocain étaient des fonctionnaires du Centre cinématographique marocain, mais ils ont très vite subverti la commande de l’Etat et réalisé des films critiques sur la réalité sociale, comme en témoigne l’œuvre du grand poète et cinéaste Ahmed Bouanani, que le réalisateur Ali Essafi a contribué à exhumer. Comment faire des films sans connaître son histoire et la cinématographie de son pays ? On ne peut créer une cinématographie sur le vide. C’est pourquoi nous avons invité Ali Essafi à évoquer devant les participants de notre Ruche documentaire les autres pionniers du cinéma marocain, qui sont des inconnus pour la nouvelle génération de cinéastes.
C’est aussi la raison pour laquelle nous avons choisi pour marraine de cette dixième édition la réalisatrice Fatima Jebli Ouazzani. Nous avons ouvert le festival avec son chef-d’œuvre, Dans la maison de mon père, un documentaire très personnel, oscillant entre fiction et réalité, qui interroge le mythe de la virginité dans une société musulmane. Ce film n’a pas été vu depuis vingt ans au Maroc et la jeune génération n’a pas idée qu’un tel film ait pu y être réalisé. Que bien avant eux, des cinéastes ont pris le risque de défier la censure et l’autocensure. Leur montrer ces films, leur permettre de rencontrer tous ces réalisateurs doit les nourrir, les inspirer. Le renouveau du cinéma au Maroc et en Afrique est en marche.

Le palmarès du Fidadoc 2018
Le jury de la compétition internationale a attribué...
Le Grand Prix Nouzha-Drissi à Demons in Paradise, de Jude Ratnam (Sri Lanka). Un film dans lequel le réalisateur tamoul convoque les souvenirs de ses compatriotes sur la guerre civile sri-lankaise pour ouvrir la voie à une possible réconciliation.Le Prix des droits humains à Amal, de Mohamed Siam (Egypte), qui a suivi pendant six ans la lutte d’une adolescente en rebellion qui cherche à exister en tant que femme libre dans une Egypte en transition.Le Prix spécial du jury à Boxing Libreville, d’Amédée Pacôme Nkoulou (Gabon), portrait intimiste de Christ, un jeune boxeur qui s’entraîne sans relâche le jour et est veilleur la nuit dans des discothèques pour gagner sa vie. En toile de fond, l’élection présidentielle au Gabon de 2016.Une mention spéciale à Terra Franca, de Leonor Teles (Portugal), qui filme pendant quatre saisons la vie du pêcheur portugais Albertino, entouré de sa femme Dalia et de ses filles, dont l’aînée s’apprête à se marier.




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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Yann Gonzalez rend hommage aux « giallos » des années 1970, avec un thriller se déroulant dans le milieu du cinéma.
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« Un couteau dans le cœur » : l’assassin au godemiché qui tue

Yann Gonzalez rend hommage aux « giallos » des années 1970, avec un thriller se déroulant dans le milieu du cinéma.



Le Monde
 |    26.06.2018 à 08h04
 • Mis à jour le
27.06.2018 à 07h39
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
D’où vient Un couteau dans le cœur, le deuxième long-métrage de Yann Gonzalez ? De loin, d’un inframonde social et cinématographique, ancien et peut-être oublié, d’un monde qui ne se souciait pas d’appartenir à la culture et même à la société, mais qui aura peut-être incarné le cœur saignant de son époque. De près, tant il paraît être le produit, strictement contemporain malgré son aspect « rétro », d’un long mûrissement nourri d’expériences et d’inspirations diverses, parvenues enfin à maturité. C’est un film nourri du passé mais qui ne pouvait pourtant se concevoir qu’aujourd’hui. C’est aussi un changement de regard que propose Un couteau dans le cœur, dont la singularité repose tout autant dans l’hybridation de ses inspirations que dans le refus de tout naturalisme. Cette mutation est sans doute celle que propose un jeune cinéaste qui aura trouvé le carburant de son œuvre dans la part la plus pulsionnelle, tout autant que dans la plus abstraite, du cinéma, rejetant la vieille psychologie pour puiser à la source triviale de ce qui s’opposerait à l’idée d’art elle-même.

        Lire la rencontre :
         

          L’oiseau Paradis fait son nid



A travers ce récit ponctué de meurtres ritualisés (l’assassin est masqué et son arme est un ­godemiché doté d’une lame rétractable) dans le milieu du cinéma porno gay de la fin des années 1970, Yann Gonzalez invite le spectateur à participer à un très singulier trip. Un voyage au cœur d’un imaginaire insolite, comme une plongée dans un passé qu’il se garde bien de vouloir reconstituer pieusement, comme si de rien n’était, comme s’il ne fallait que se contenter d’une nostalgie des hédonistes années 1970. Les victimes de l’assassin à la cagoule de latex sont des comédiens de films pornographiques homosexuels produits par Anne Pareze (Vanessa Paradis), que le film découvre en plein désespoir amoureux, hurlant sa douleur ­alcoolisée au téléphone à son ­ex-amante Loïs (Kate Moran), la monteuse de ses films.
A l’origine d’un tel personnage (et peut-être à l’origine du projet de film lui-même), il y a une authentique productrice de films pornographiques de l’époque, Anne-Marie Tensi, figure folklorique et secrète de ce temps. Si le ­cinéaste ne se prive pas du plaisir de faire sourire du pittoresque d’un tournage de film X, c’est pour accentuer paradoxalement la dimension mélodramatique de l’ensemble. Celle qui invente et exalte les succulents tableaux ­vivants qu’elle encourage de la voix est aussi une femme ­souf­frante, que la mort violente entoure mystérieusement.
Une traversée du miroir
L’enquête policière qui se déploie fragilement se transforme en une traversée d’un miroir derrière lequel surgissent divers motifs poétiques et allégoriques. S’impose dès lors un romantisme fiévreux et dérisoire qui s’est abreuvé à la source d’un cinéma impur, trivial, vernaculaire, dont il extirpe une forme d’essence ­jusqu’alors ­souvent dissimulée derrière les conventions des genres dits « d’exploitation ». En cela, Yann Gonzalez est le pur produit d’une cinéphilie hybride qui serait née dans les ­années 1990, déjà nostalgique des deux décennies précédentes.
Car Un couteau dans le cœur est une déclaration d’amour tout autant qu’une déconstruction des thrillers italiens de série des années 1970 (les fameux giallos dont la critique « sérieuse » com­mence de découvrir la beauté), du cinéma pornographique (dont on sait à quel point il touche à la singularité irréductible du ­septième art dans sa frénésie de monstration), mais aussi de l’abstraction plastique.
Le film exalte un art où abstraction et figuration, narration et pulsion brute cesseraient d’être perçues contradictoirement
Eloge d’un style sans psycho­logie et peut-être sans auteur, le film exalte un art où abstraction et figuration, narration et pulsion brute cesseraient d’être perçues, pour paraphraser André Breton, contradictoirement.
Pour comprendre cet objet étrange qu’est Un couteau dans le cœur, sans doute faut-il en revenir à son argument mélodramatique lui-même. L’étau de violence qui enserre progressivement les protagonistes du film, le déroulement même des événements, jusqu’à l’ultime meurtre, ne peuvent définir le monstre du film que comme une projection mentale et instinctive de la malheureuse héroïne du film elle-même. L’assassin au sexe qui tue, c’est l’irrépressible rage qu’engendre l’impossibilité de retrouver un amour perdu.

Film français de Yann Gonzalez. Avec Vanessa Paradis, Kate Moran, Nicolas Maury (1 h 42). Sur le Web : distribution.memento-films.com/film/infos/88

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 27 juin)
JSA (Joint Security Area), film coréen de Park Chan-wook (à ne pas manquer)Ma fille, film allemand, italien et suisse de Laura Bispuri (à ne pas manquer)Sicario, la guerre des cartels, film américain de Stefano Sollima (à ne pas manquer)Tully, film américain de Jason Reitman (à ne pas manquer)Un couteau dans le cœur, film français de Yann Gonzalez (à ne pas manquer)Parvana, une enfance en Afghanistan, film d’animation canadien, irlandais et luxembourgeois de Nora Twomey (à voir)Love, Simon, film américain de Greg Berlanti (pourquoi pas)Budapest, film français de Xavier Gens (on peut éviter)
A l’affiche également :
A 2 heures de Paris, film français de Virginie VerrierLes Affamés, film français de Léa FrédevalPur-sang, film américain de Cory Finley





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ La chanteuse et actrice incarne une productrice de films pornos gay dans « Un couteau dans le cœur », de Yann Gonzalez.
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Article sélectionné dans La Matinale du 25/06/2018
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Cinéma : l’oiseau Paradis fait son nid

La chanteuse et actrice incarne une productrice de films pornos gay dans « Un couteau dans le cœur », de Yann Gonzalez.



Le Monde
 |    26.06.2018 à 06h32
 • Mis à jour le
26.06.2018 à 08h09
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

Premier rôle d’Un couteau dans le cœur, de Yann Gonzalez, Vanessa Paradis y interprète Anne, une productrice de films pornos gay, en 1979, à Paris. Dans ce film maniériste, pop et provocateur, l’actrice détonne, étonne. Sans être inédit, ce genre d’écart n’est pas si fréquent dans une carrière tripartite (chanteuse, actrice, mannequin) qui roule si bien et depuis si longtemps qu’elle semble dépourvue d’aspérités, onto­logiquement ­inté­grée au paysage de la renommée nationale.

Sans être nécessairement fan, sans s’intéresser particuliè­re­ment ni à la chanson ni au cinéma, on se remémore sans mal les étapes de cette ascension. En 1981, « L’Ecole des fans », de Jacques Martin, où elle interprète, à 7 ans, Emilie Jolie, de Philippe ­Chatel. Joe le taxi, mégatube (3 millions de disques vendus), à 14 ans. Premier rôle au cinéma à 16 ans au côté de Bruno Cremer, dans le sulfureux Noce blanche, chef-d’œuvre et succès populaire (près de 2 ­millions d’entrées) de Jean-Claude Brisseau. Ne lui reste plus, à 18 ans, qu’à devenir l’égérie du parfum Coco de Chanel, dans un clip de Jean-Paul Goude qui la ­représente moulée de noir, sifflotant dans une cage dorée, sous les yeux d’un matou blanc.

Une star près de chez vous
Dès lors, cela ne s’arrête plus. Côté chanson, Serge Gainsbourg, Lenny Kravitz, Matthieu Chedid, Alain Bashung, Alain Chamfort, Brigitte Fontaine écrivent pour elle. Côté cinéma, elle tourne sous la direction de Jean Becker (Elisa, 1995), de Patrice Leconte (La Fille sur le pont, 1999), de Pascal Chaumeil (L’Arnacœur, 2010). Un même tropisme régit apparemment sa vie privée, qui navigue entre Florent Pagny, Lenny Kravitz, Stanislas Merhar, Johnny Depp, Benjamin Biolay ou Samuel Benchetrit. D’acteur en chanteur, de chanteur en acteur, l’oiseau Paradis fait son nid. Il n’est pas jusqu’à sa fille, Lily-Rose Melody Depp, qui ne se destine à son tour à la carrière.

On...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ L’institution phare d’Hollywood a convié un nombre record de femmes et de personnes de couleur à rejoindre ses rangs.
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Après les critiques, l’Académie des Oscars continue à s’ouvrir à la diversité

L’institution phare d’Hollywood a convié un nombre record de femmes et de personnes de couleur à rejoindre ses rangs.



Le Monde
 |    26.06.2018 à 05h03
 • Mis à jour le
26.06.2018 à 08h27
   





                        



Elle s’était engagée à diversifier l’origine de ses membres. L’Académie des arts et sciences du cinéma, surtout connue pour remettre chaque année les Oscars du cinéma, a annoncé lundi 25 juin qu’elle avait convié un nombre record d’artistes à rejoindre ses rangs. Dans un communiqué, l’instance américaine précise :
49 % des 928 nouveaux membres potentiels sont des femmes, ce qui porterait leur taux à 31 %, contre 25 % il y a trois ans ;38 % sont des personnes de couleur, ce qui porterait la part à 16 % du total des membres de l’Académie, contre 8 % en 2015.
Parmi les conviés, l’actrice et humoriste Mindy Kaling (la série The Mindy Project, Ocean’s 8), la jeune Quvenzhané Wallis (14 ans, la plus jeune à avoir été nommée pour l’Oscar de la meilleure actrice en 2013 pour Les Bêtes du Sud sauvage), l’acteur Daniel Kaluuya (Get Out, Black Panther), l’humoriste Dave Chappelle et les musiciens Nitin Sawhney, Kendrick Lamar ou Carlinhos Brown.
L’actrice américaine Ann Dowd (The Handmaid’s Tale : La Servante écarlate) fait aussi partie de ce cru tout comme les Britanniques Emilia Clarke (Game of Thrones) et Daisy Ridley (l’héroïne de la dernière série de films Star Wars), l’égérie de Pedro Almodovar Rossy de Palma, ou encore l’Allemande Diane Kruger (prix d’interprétation à Cannes en 2017 pour In the Fade). La réalisatrice libanaise Nadine Labaki (prix du jury du Festival de Cannes 2018 avec Capharnaüm) a également été conviée, tout comme l’auteure de la série des Harry Potter, J. K. Rowling.
« Les portes sont grandes ouvertes »
Emmanuelle Seigner, la femme de Roman Polanski, est elle aussi conviée à rejoindre l’institution phare d’Hollywood quelques mois après l’exclusion du cinéaste, reconnu coupable de détournement de mineure il y a quarante ans.
Toujours chez les Français, les acteurs Tahar Rahim, Saïd Taghmaoui et Timothée Chalamet (Call Me by Your Name), les réalisateurs Bertrand Bonello, Emmanuel Bourdieu, Laurent Cantet, Arnaud Desplechin, Michel Gondry, Alain Guiraudie, Jean-Pierre Jeunet, et Rebecca Zlotowski, le compositeur Eric Serra, la productrice Sylvie Pialat font aussi partie de la « promo 2018 », avec les comédiennes Léa Seydoux et Sofia Boutella.
Si tous les invités acceptent de rejoindre l’Académie, le nombre de ses membres passerait à 9 226 personnes. L’année 2017 avait déjà marqué une forte augmentation du nombre de personnes conviées, avec 774 nouveaux membres, contre 684 en 2016.
Le message de l’instance, qui avait promis en 2016 de doubler le nombre de femmes et représentants des minorités ethniques d’ici à 2020, est dorénavant clair, estime le magazine Variety : « Les portes sont grandes ouvertes. » L’Académie avait été contrainte de réagir à la suite de la polémique « Oscars so white » sur le manque de diversité parmi les personnes et œuvres nommées pour la précieuse statuette.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Grande figure de la revue de cinéma « Positif », citoyen engagé à gauche, Paul-Louis Thirard est décédé le 24 juin à l’âge de 85 ans.
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Paul-Louis Thirard, critique de cinéma et militant anticolonialiste, est mort

Grande figure de la revue de cinéma « Positif », citoyen engagé à gauche, Paul-Louis Thirard est décédé le 24 juin à l’âge de 85 ans.



Le Monde
 |    25.06.2018 à 15h58
 • Mis à jour le
25.06.2018 à 17h49
    |

                            Paulo A. Paranagua








                        



                                


                            
Pilier de la revue de cinéma Positif pendant un demi-siècle, fin connaisseur du polar, Paul-Louis Thirard, mort le 24 juin à Clichy (Hauts-de-Seine), à l’âge de 85 ans, était un militant engagé dans la lutte anticolonialiste et dans les combats de l’extrême gauche. Habité par une véritable passion pour l’Italie, il a contribué à faire connaître en France les films de maîtres comme Antonioni, Visconti ou Fellini, mais aussi la comédie italienne.
Paul-Louis Thirard était né le 30 octobre 1932 à Lyon, comme Bernard Chardère, le fondateur de Positif, revue née en 1952 qui s’est rapidement fait une réputation d’irrévérence, d’anticonformisme et d’antimilitarisme, en pleine guerre d’Algérie. Dans ce cocktail détonnant de la gauche antistalinienne, de surréalistes, d’anarchistes, de communistes peu orthodoxes et de socialistes en rupture de ban, la nouvelle recrue lyonnaise, présent dès le numéro 13 (1955), apporte une touche militante non dénuée d’esprit. Ainsi, il est l’auteur de deux canulars qui révèlent un mélange de pataphysique et d’humour d’Europe de l’Est : le réalisateur Maurice Burnan et le cinéma « dubrovien », qu’il a inventés de toutes pièces.
Tropisme italien
Plus sérieusement, il défend les films polonais d’Andrzej Wajda ou de Jerzy Kawalerowicz et suit de près ce qui se passe dans les pays socialistes. Avec Michèle Firk, qu’il accompagne à La Havane en 1963, il se fait l’écho des premiers pas du cinéma castriste. Catholique dans une revue qui pratique l’anticléricalisme comme sport de combat, il est sensible aux premières œuvres de Federico Fellini, où le spiritualisme prédomine encore sur l’éclosion des désirs. L’auteur d’Amarcord finira par être en tête des préférences des « positivistes » assagis.
Le tropisme italien de Thirard le porte vers la comédie populaire, héritière du néoréalisme d’après-guerre et de la commedia dell’arte, mais aussi vers les cinéastes qui expriment une modernité en constante...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Anthropologue d’origine colombienne, il montre, par une critique radicale, à quel point le récit de la modernité est centré sur l’Occident.
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Arturo Escobar, pourfendeur du développement

Anthropologue d’origine colombienne, il montre, par une critique radicale, à quel point le récit de la modernité est centré sur l’Occident.



Le Monde
 |    23.06.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
23.06.2018 à 07h33
    |

            Nicolas Bourcier








                        



                                


                            

Un prophète aux cheveux longs. Une voix étonnamment douce, un regard fixe, une pensée complexe et contagieuse. Au milieu des années 1970, dans une chambrée quelque part du côté du campus de l’université Cornell, dans l’Etat de New York, un jeune homme originaire de Colombie s’interroge. Ses études en biochimie ne l’intéressent plus. L’époque est à la contre-culture. On parle de Nord et de Sud, de démocratie et d’impérialisme, d’activisme aussi. Et puis il y a cette famine au Sahel qui revient dans toutes les discussions.
Arturo Escobar écrit trente pages, son premier texte en anglais. Un jet nourri contre la « révolution verte », cette politique de transformation des agricultures des pays dits en développement, fondée sur l’intensification et l’utilisation de céréales à haut rendement. « Il n’y avait pas encore cette radicalité de la critique », dira-t-il plus tard. Elle viendra avec le temps et les lectures. Mais déjà l’étudiant dénonce, par une étourdissante mise en abyme du système, les politiques de lutte contre la faim et les aides au développement : « Ces politiques ne résolvent pas le problème, elles le perpétuent. »
Des indigènes du sud aux ZAD
Sa plume sera son viatique et sa boussole. Grâce à elle, il construit une grammaire de luttes, un corpus de combat. Une structure, diront les spécialistes, à la fois théorique et pratique. Lui s’engage, change de cursus et de curseur, de focale aussi, en nous rappelant d’où il vient et d’où nous venons. Il interroge la modernité, observe les relations entre les peuples, entre les anciennes colonies et les anciens colons, questionne et décompose les rapports entre dominants et dominés.
« Il est un passeur de sens », dit l’ethnologue Irène Bellier, directrice de recherches au CNRS
Aujourd’hui, à 66 ans, Arturo Escobar a solidement planté son élégante et fine silhouette dans le milieu de la pensée critique globale. Il a écrit une dizaine de livres, collaboré...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Le compositeur de la bande originale du film « 120 battements par minute » se produit samedi au festival parisien organisé par Solidarité sida.
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Article sélectionné dans La Matinale du 21/06/2018
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Solidays : Arnaud Rebotini, l’électro libre

Le compositeur de la bande originale du film « 120 battements par minute » se produit samedi au festival parisien organisé par Solidarité sida.



Le Monde
 |    22.06.2018 à 06h31
 • Mis à jour le
25.06.2018 à 09h38
    |

            Bruno Lesprit








                        



                                


                            

Les téléspectateurs ont découvert Arnaud Rebotini le 2 mars, lors de la 43e cérémonie des ­ Césars, quand il a reçu la ­compression dorée récompensant la meilleure musique de film pour 120 battements par ­minute. Une première pour un compositeur issu de l’électronique. Sur l’écran est ­apparu un ­colosse de près de 2 mètres à face de boxeur, portant banane et moustache. Un physique de ­videur plutôt que d’as des platines.
Le géant n’a pu retenir ses larmes en remerciant son épouse, avant d’évoquer « la voix de ceux qui sont morts, de ceux qui ont perdu des proches, qui se sont battus, qu’on n’a pas voulu entendre », et de ­dédier « ce prix à ces héros oubliés d’hier et d’aujourd’hui : Act Up existe toujours et le sida n’est pas qu’un film ». Un message conforme à celui du festival Solidays, organisé par Solidarité sida, qui ­célèbre ses 20 ans du 22 au 24 juin à l’hippodrome de Paris-Longchamp. Rebotini y est ­attendu avec ses claviers et ses ­machines le samedi, jour d’une « cérémonie contre l’oubli » des victimes d’une pandémie qui a fait 35 millions de morts, selon les ­estimations d’Onusida.

Pour Act Up, le succès (plus de 600 000 entrées en France) du film de Robin Campillo s’est traduit par un afflux de nouveaux militants, qui a provoqué une crise de gouvernance. A Rebotini, il a apporté « de la notoriété et de l’intérêt pour [s] a musique ». Du prestige aussi, puisque la Philharmonie de Paris l’a convié à jouer la bande originale, en avril 2019, avec une formation acoustique. De la house dans la salle Pierre-Boulez ? « Il aurait détesté, j’en suis sûr », glisse en souriant le laborantin, qui reçoit sur son lieu de labeur, où il s’astreint à des horaires réguliers.
Solide culture musicale
Niché dans un immeuble de Montmartre, l’appartement, aux murs couverts de vinyles, comporte une cave transformée en studio, encombré d’instruments analogiques et de séquenceurs....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Philippe Mechelen et Julien Hervé, scénaristes des « Tuche », signent un premier film inégal.
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Article sélectionné dans La Matinale du 21/06/2018
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« Le Doudou » : un tandem comique sur la piste d’un ourson

Philippe Mechelen et Julien Hervé, scénaristes des « Tuche », signent un premier film inégal.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 14h30
 • Mis à jour le
22.06.2018 à 07h50
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Intouchables (Eric Tolédano, Olivier Nakache, 2011) et ses dix neuf millions de spectateurs a façonné l’archétype cinématographique d’une cohabitation harmonieuse entre Français de plus ou moins longue extraction, riches et pauvres, gens des villes et gens des cités. Le cinéma étant par ailleurs une industrie, il était fatal qu’une litanie de films, eu égard à un succès aussi considérable, se mettent au diapason. Philippe Mechelen et Julien Hervé – qui ne sont pas des bleus en matière de succès puisqu’ils sont les scénaristes des Tuche – se sont donc mis sur les rangs pour leur baptême de réalisation.
La séquence d’ouverture invite ainsi à une petite sémiologie accessible à tous. Plaque de scooter 93 en gros plan, musique funky sur l’engin qui se faufile dans la circulation, Malik Bentalha dessus en Gavroche issu de l’immigration et responsable des chariots à Roissy 3, drague malicieuse de deux hôtesses, fine fleur du charme français, qui débarquent d’un aérogare voisin. Tout est dit. L’enfant de l’immigration qui rame avec une tchatche sans pareille, l’aspiration à séduire les beautés du cru, le groove américain pour mettre tout le monde d’accord.
Le principe du « marabout de ficelle »
L’action va toutefois se nouer autour d’un autre couple. Michel (Kad Merad), responsable de la voirie à Poissy, passe une annonce pour retrouver, contre récompense, le doudou de sa fille perdu à Roissy. Sofiane (Malik Bentalha), qui voit une belle occasion de mettre du beurre dans les épinards, l’appelle en prétendant avoir trouvé ce qui n’est qu’un ourson neuf grossièrement maquillé. Le coup ne marche pas mais constitue la pierre de touche d’un récit qui va mener les deux hommes, partant d’une vidéo qui montre l’objet embarqué par une grand-mère, sur la piste du doudou selon le principe du « marabout de ficelle ».
Un film inégal, bridé, entre la tentation de la folie et la peur de lui laisser le champ libre
Argument délibérément ténu et principe d’écriture réglé sur une volonté de fantaisie donnent ici un film inégal, bridé, comme souvent dans la comédie française, entre la tentation de la folie et la peur de lui laisser le champ libre. Ce film de tandem, formule comique éprouvée, est surtout l’occasion de confronter à travers ce couple de héros positifs deux générations de stand-uppers franco-maghrébins (quand bien même Kad Merad camperait ici un édile provincial) à tout ce que la France compte de forces plus ou moins rassises. Une grand-mère anciennement collabo, un châtelain dégénéré, un vigile sadique, un escroc de l’action caritative, une congrégation de bourgeois catholiques bon teint, on en passe et des meilleures.

        Lire l’entretien avec Kad Merad :
         

          « Aujourd’hui, je sais que je suis capable de jouer n’importe quoi »



Tout cela, on l’aura compris, offre un spectacle plutôt bon enfant et optimiste (voir le happy end), dans un contexte européen de montée des intolérances qui devient quant à lui franchement inquiétant. Le « doudou » n’est ainsi pas seulement le titre du film, il en qualifie la fonction.

Film français de Philippe Mechelen et Julien Hervé. Avec Kad Merad, Malik Bentalha, Guy Marchand (1 h 22). Sur le Web : www.facebook.com/pathefilms et www.pathefilms.com/film/ledoudou



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Avec son deuxième long-métrage, Liu Jian réussit un tableau féroce de son pays et un film de gangsters à la Tarantino.
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« Have a Nice Day » : un polar en ombres de Chine

Avec son deuxième long-métrage, Liu Jian réussit un tableau féroce de son pays et un film de gangsters à la Tarantino.



Le Monde
 |    20.06.2018 à 07h17
 • Mis à jour le
20.06.2018 à 07h28
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
L’expression « Have a nice day » (et sa traduction française, « bonne journée »), sorte de service minimum de la relation humaine, n’est plus qu’une formule automatique dans le va-et-vient des échanges quotidiens. Personne n’est dupe mais ça aide à tenir – et à vendre. Que le cinéaste chinois et artisan de l’animation, Liu Jian, 49 ans, ait choisi ce titre pour nous donner des nouvelles de son pays est sans doute un signe avancé de mélancolie : la Chine est un prince marchand, pas vraiment charmant.

        Lire l’entretien avec le réalisateur Denis Walgenwitz :
         

          « Liu Jian dépeint le réel sur le mode de l’enluminure »



Ce film d’animation démarre lentement, comme la boule de flipper qui remonte le corridor avant d’être secouée dans tous les sens (pour finir dans un trou noir). Have a Nice Day, ou son acronyme HAND, a le ton désinvolte et délirant d’un film de gangsters revisité par Quentin Tarantino, façon Pulp Fiction. Après le réaliste ­Piercing 1 (2010), ancré dans la crise de 2008, Liu Jian signe un deuxième long-métrage plus proche du rêve et de l’absurde. Tous les coups sont permis dans ces faubourgs du sud de la Chine, du moment que les protagonistes peuvent sortir de leur misère ou préserver leurs gains acquis de haute lutte mafieuse. Le jeune Xiao Zhang, chauffeur d’un truand local, décide un soir de voler son patron. Il part avec un sac rempli de billets. L’argent doit lui servir à payer une nouvelle chirurgie esthétique à sa fiancée, sa première opération du visage ayant raté.
La trame sociale du film est entrelardée de bagarres au fil d’un scénario ordonné en quatre parties
La trame sociale du film est entrelardée de bagarres au fil d’un scénario ordonné en quatre parties et traversé de subites accélérations. Beaucoup de rebondissements dans la machine… Des personnages douteux surgissent de l’ombre pour tenter de récupérer le magot, tels des chats de gouttière se disputant la poubelle du restaurant chic. Il faut retrouver l’argent avant l’aube.
Le petit peuple fantasmé de la Chine contemporaine défile sous le crayon du réalisateur, le temps d’une nuit bleu pétrole : le patron d’une cantine aux gadgets diaboliques se rêve en inventeur ; le responsable d’un billard et sa copine voudraient bien filer à Shanghaï ; la réceptionniste d’un morne hôtel attend que chaque nuit passe… Quant à Skinny, découpeur de viande et homme de main du bandit floué, il ne va pas lâcher l’affaire. Have a Nice Day est saignant et « à poings ».
Déprogrammé à Annecy
Evidemment, le message n’est pas des plus touristiques. Sélectionné au Festival international du film d’animation d’Annecy, en 2017, HAND avait finalement été déprogrammé à la suite de pressions des autorités chinoises. Cette année-là, la Chine était justement invitée à Annecy pour présenter un panorama du film d’animation et le polar de Liu Jian faisait tâche. Have a Nice Day a pu en revanche figurer en compétition officielle à la Berlinale 2017.

        Lire le reportage :
         

          La peinture shanshui s’anime au Festival d’Annecy



On sait peu de chose de Liu Jian. Diplômé en peinture chinoise de l’Institut d’art de Nankin, il évolue aussi bien dans le milieu de l’art contemporain que dans le cinéma. Il fabrique ses films au sein d’une toute petite équipe – entre autres sa compagne, la peintre Lynne Wang, qui est aussi la productrice du film. Il enseigne l’animation à l’Académie des arts de Chine et ses contraintes professionnelles l’empêchent d’assurer la promotion de Have a Nice Day à l’occasion de sa sortie en France, mercredi 20 juin.
Il y aurait pourtant beaucoup à dire, sur son style d’animation ou sa philosophie du pas de côté. Pour développer ses scénarios, Liu Jian accumule des photos de paysages urbains, de campagnes ou d’intérieurs d’appartements. Ce fonds documentaire lui sert à fabriquer ses décors. Est-ce un tel travail, quasi artisanal et solitaire, qui a fini par imposer cette esthétique minimaliste ? La virtuosité de l’animation n’est pas la priorité de l’auteur. Du moins pas celle que l’on entend au sens technique du mot. Parfois le réalisateur a recours au dessin « pur », presque sans mouvement, pour installer le spectateur dans la ville, toujours à une certaine distance : une ruelle mal éclairée la nuit, deux hommes autour d’une mobylette, un homme endormi sur un banc…
Comme sur une grande tapisserie
Le réalisateur nous livre quelques clés dans le dossier de presse du film. « Have a Nice Day est à envisager dans son entièreté et aucun des personnages ne peut être décrit comme le personnage principal, même si le sac rempli d’argent est souvent vu comme tel », explique-t-il. Il s’intéresse, dit-il, aux humains qui vivent dans ces villages des faubourgs du sud de la Chine, transformés par des vagues d’urbanisation et d’industrialisation. « Mon principal objectif est de rester proche de ces gens, d’observer les vies de ces différents groupes, d’écouter leurs voix et d’être capable de partager leurs histoires. »
Liu Jian part du réel et brode. Comme sur une grande tapisserie, il isole un détail, un arrière-plan au sens parfois caché – une métaphore pour échapper à la censure ? Un crocodile s’avance sur la ligne de chemin de fer, à l’approche du train. Ou bien est-ce un homme métamorphosé en animal, qui attend son heure ? Il y a aussi ces personnages secondaires, tapis dans un coin, déconnectés de l’intrigue principale, qui deviennent des conteurs de la Chine contemporaine. A l’heure de la pause, un gardien de sécurité d’un chantier se plaint d’être un peu moins libre que lorsqu’il était chauffeur. Son collègue le « rassure » et lui fait un topo sur la liberté : est libre celui ou celle qui peut acheter sans se soucier du prix, que ce soit dans le marché du village, à l’hyper­marché ou en ligne…
Le vague à l’âme peut se diluer dans les flots d’une mer sombre. Ou s’exprimer dans quelques secondes d’écran vide de toute image, lesquelles paraissent une éternité. Chez Liu Jian, le polar reste un film noir.



Film d’animation chinois de Liu Jian (1 h 17). Sur le Web : www.rouge-distribution.com/2018/03/03/have-a-nice-day.html

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 20 juin)
Have a Nice Day, film d’animation chinois de Liu Jian (à ne pas manquer)Sans un bruit, film américain de John Krasinski (à voir)Une prière avant l’aube, film britannique, cambodgien et français de Jean-Stéphane Sauvaire (à voir)Bécassine !, film français de Bruno Podalydès (pourquoi pas)How to Talk to Girls at Parties, film américain de John Cameron Mitchell (pourquoi pas)Jerico. L’envol infini des jours, documentaire colombien et français de Catalina Mesa (pourquoi pas)A genoux les gars, film français d’Antoine Desrosières (on peut éviter)
A l’affiche également :
Le Doudou, film français de Philippe Mechelen et Julien HervéKuzola. Le chant des racines, documentaire français d’Hugo BacheletRose piment, film français de Cédric Malzieu





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ Collaborateur et ami du cinéaste chinois, dont il est le « passeur » en Occident, le réalisateur décrit son esthétique singulière.
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Denis Walgenwitz : « Liu Jian dépeint le réel sur le mode de l’enluminure »

Collaborateur et ami du cinéaste chinois, dont il est le « passeur » en Occident, le réalisateur décrit son esthétique singulière.



Le Monde
 |    20.06.2018 à 07h16
 • Mis à jour le
20.06.2018 à 07h18
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

Réalisateur, Denis Walgenwitz a rencontré Liu Jian en 2010, dans le cadre du Festival international du film d’animation d’Annecy, où le premier long-métrage de Liu Jian, Piercing 1, était en compétition. Devenu un peu le « passeur » en Occident du cinéaste chinois, très investi dans son travail d’enseignant en Chine, Walgenwitz a ­présenté Have a Nice Day lors de l’édition 2018 du Festival d’Annecy, quelques jours avant sa sortie en salles. Il travaille à un projet de film sur la mafia chinoise en collaboration avec Liu Jian.

Comment présenteriez-vous le cinéma de Liu Jian ?
J’ai été très impressionné lorsque j’ai découvert son travail en 2010. Dans Piercing 1, un jeune homme se retrouve au chômage : l’usine de chaussures dans laquelle il travaille ferme ses portes. Jusque-là, j’avais cette vision de la Chine qui nous prive de nos emplois en Occident. Et là, je me rendais compte que les Chinois eux-mêmes subissaient une situation comparable. Sans travail, certains n’avaient même plus d’argent pour prendre les transports et rentrer dans leur village. On les voyait comme des adversaires. En fait, ils étaient aussi comme nous. Liu Jian nous rapproche ainsi de la Chine. Son esthétique est minimaliste. Il ne montre pas le mouvement mais l’énergie qu’il insuffle à ses personnages. Il travaille beaucoup ses décors, de même que les paysages dans lesquels évoluent ses protagonistes. Il dépeint le réel sur le mode de l’enluminure.
Comment parvient-il à mener un film d’animation de façon quasi artisanale ?
Liu Jian est hors normes. J’ai collaboré à différents postes sur des films d’animation comme Persépolis (2007), de Vincent Paronnaud et Marjane Satrapi, Le Congrès (2013), d’Ari Folman, ou encore La Tortue rouge (2016), de Michael Dudok de Wit. C’est un vrai combat d’emmener ce type de film vers un public adulte. Je sais la charge que...




                        

                        

