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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Notre choix du soir. Hugues Nancy offre un portrait intimiste de celle qui entrera au Panthéon le 1er juillet (sur France 3 à 20 h 55).
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TV – « Simone Veil, album de famille »

Notre choix du soir. Hugues Nancy offre un portrait intimiste de celle qui entrera au Panthéon le 1er juillet (sur France 3 à 20 h 55).



Le Monde
 |    27.06.2018 à 17h45
    |

            Alain Constant








                        


Documentaire sur France 3 à 20 h 55



Ce n’est évidemment pas la première fois que la télévision française diffuse un programme consacré à Simone Veil (1927-2017). Depuis les années 1970, de nombreux documentaires ont été tournés avec cette femme ayant marqué, pour de multiples raisons, l’histoire de la France contemporaine et qui reposera à partir du 1er juillet au Panthéon.
Mais si ce film signé Hughes Nancy se révèle aussi passionnant, c’est parce qu’elle y est racontée à travers ses proches, enfants et petits-enfants. Et que les portes de l’appartement familial parisien situé place Vauban se sont ouvertes, comme les albums de famille. Riches de photos datant pour certaines des années 1920 et 1930, ils permettent de reconstituer les périodes cruciales de l’enfance et l’adolescence de Simone Jacob.
A travers les souvenirs familiaux, tout s’éclaire : la manière dont cette jeune fille de bonne famille à la beauté lumineuse s’est forgé un tel caractère ; les rapports fusionnels avec sa mère qui ont marqué sa vie ; l’enfer absolu du camp de Birkenau dans lequel la détenue répondant au matricule 78.651 a réussi à survivre. Un matricule que l’on retrouve gravé sur l’épée qu’elle s’est choisie lors de son entrée à l’Académie française en 2010, tout comme le nom du camp de la mort. Mais si Birkenau s’inscrit près de la lame, le nom de Simone Veil est gravé de l’autre côté. Comme pour rappeler que la barbarie n’a pu lui retirer son identité.
Elégance
Le subtil équilibre trouvé par Hughes Nancy entre la force des documents photographiques, les films de famille tournés à Nice dans les années 1930, les témoignages de ses fils Jean et Pierre-François, des petites-filles et petits-fils ou les extraits bien choisis d’un entretien télévisé, diffusé en septembre 1976, signé Jean-Emile Jeannesson et intitulé Deux ou trois choses que je sais d’elle, font la richesse de ce documentaire.
En 1976, filmée de près, visage grave et voix parfois troublée par l’émotion, Simone Veil parle cru, sans filtre. Elle raconte l’horreur du camp, mais pas seulement. Ses relations avec son époux et ses enfants, ses méthodes de travail, la place des femmes dans la société, elle se livre tout en gardant cette attitude de grande bourgeoise un peu froide qui sait se tenir à distance avec élégance.

   


Si Hughes Nancy a choisi de retracer la vie de Simone Veil de manière classique, c’est-à-dire chronologiquement, le montage donne du rythme au récit. En distillant aux moments opportuns des extraits du remarquable entretien réalisé par Jean-Emile Jeannesson il y a plus de quarante ans, en diffusant quelques images inédites tournées dans la maison de campagne normande ou en illustrant avec des actualités d’époque certains moments décisifs de la carrière politique de Simone Veil, le récit d’une vie hors norme prend une nouvelle dimension, plus intimiste, donc plus forte.
On croyait tout savoir sur le parcours de celle qui fut successivement la première femme directrice de l’administration pénitentiaire, directrice des affaires civiles au ministère de la justice, secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature, ministre de la santé ou présidente du Parlement européen. Au-delà d’une carrière exceptionnelle et de combats pour les droits des femmes ou des prisonniers gravés dans la mémoire collective, la force de ce film tient justement au fait de ne pas être un documentaire politique. Mais un regard intimiste porté sur une femme puissante et complexe.
Simone Veil, album de famille, d’Hughes Nancy (France, 2018, 115 min). Signalons également sur LCP la rediffusion du documentaire de Caroline Huppert, Simone Veil, la loi d’une femme, le dimanche 1er juillet à 22 h 30.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ A voir aussi ce soir. Le film d’animation de Sunao Katabuchi entremêle finement petite et grande histoire (sur Altice Studio à 20 h 50).
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TV – « Dans un recoin de ce monde » : les rêveries d’une ménagère dans un Japon en guerre

A voir aussi ce soir. Le film d’animation de Sunao Katabuchi entremêle finement petite et grande histoire (sur Altice Studio à 20 h 50).



Le Monde
 |    27.06.2018 à 17h30
    |

                            Mathieu Macheret








                        


Film d’animation sur Altice Studio à 20 h 50

L’une des forces de l’animation japonaise, c’est son approche réaliste, jusque dans la figuration de l’imaginaire. A ce titre, Dans un recoin de ce monde, de Sunao Katabuchi (Prix du jury au Festival d’Annecy, 2016), frappe d’emblée par la ri­gueur de son ambition : passer en revue treize années fatidiques de l’histoire du Japon – des années 1930 à la capitulation, en 1945 – sous le prisme d’une existence modeste, celle d’une jeune épouse étourdie.
Le récit épouse le rythme d’une chronique biographique, jalonnant le passage à l’âge adulte de Suzu, une jeune fille portée à la rêverie. Celle-ci coule des jours économes et laborieux au sein d’une famille de cultivateurs d’algues, dans un village à proximité de Hiroshima, et nourrit une passion pour le dessin. Un mariage arrangé la pousse à quitter les siens pour intégrer un nouveau foyer, dans le port militaire de Kure. Suzu fait tout son possible pour s’adapter à cette nouvelle vie, à cet époux qu’elle ne connaît pas (un fonctionnaire à la cour martiale), à des beaux-parents pas toujours obligeants, aux tâches domestiques qui lui incombent, malgré sa maladresse et son étourderie.
Une tonalité douce-amère
Le film surprend par son habileté à nouer la grande et la petite histoire à partir des gestes, des tâches et des émotions les plus ordinaires. En scrutant dans le détail, et sur une tonalité douce-amère, la condition d’une jeune ménagère en temps de guerre, Katabuchi creuse une sensibilité féministe à rebours de l’histoire, soucieux de témoigner des sacrifices, des contraintes et des devoirs qui ­pe­saient alors sur les femmes. Toutefois, le dessin simple et rond des personnages, conservant tout du long un caractère enfantin, désamorce l’exemplarité et la pesanteur du drame historique.

   


Le film n’escamote pas la violence, mais la laisse advenir, avec les bombardements répétés qui frappent bientôt la ville portuaire. Au moment où l’horreur éclate, Katabuchi troque momentanément le style figuratif contre l’abstraction, dans un passage splendide qui lui permet de toucher du doigt l’irreprésentable. Dans un recoin de ce monde, il brille ainsi par son refus absolu du spectaculaire, dénichant dans la persévérance du quotidien le secret d’un inébranlable amour du monde.
Dans un recoin de ce monde, de Sunao Katabuchi (Jap., 2016, 128 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Le Centre Pompidou à Paris entreprend une campagne de rénovation pour sa fameuse « chenille » et son entrée principale.
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Coup de neuf pour l’escalier mécanique de Beaubourg

Le Centre Pompidou à Paris entreprend une campagne de rénovation pour sa fameuse « chenille » et son entrée principale.



Le Monde
 |    27.06.2018 à 17h27
    |

            Jean-Jacques Larrochelle








                        



   


En dépit de son apparente complexité, le Centre Georges-Pompidou à Paris est un objet architectural plutôt docile. Ici, la flexibilité n’est pas un vain mot. Le bâtiment quadragénaire devrait sans difficulté absorber les aléas de deux chantiers de rénovation portant sur des éléments essentiels de son fonctionnement : l’escalier mécanique et l’entrée principale. Les travaux qui viennent de débuter, destinés à améliorer l’accueil du public et les conditions de travail des agents, doivent s’achever en septembre 2019. Tous les espaces du Centre Pompidou et de la Bibliothèque publique d’information (BPI) resteront ouverts et les horaires inchangés.

        Lire le récit :
         

          Le Centre Pompidou, une machine à voyager dans l’espace-temps



« Quarante ans d’usage intensif »
L’escalier mécanique, communément appelé « la chenille », est l’un des signes distinctifs de l’institution culturelle parisienne du 4e arrondissement. Le dispositif ascensionnel distribue chaque étage du centre, de la bibliothèque aux collections permanentes, mais permet aussi « au regard de s’élever en douceur, suivant un mouvement diagonal », explique le service médiation du Centre Pompidou qui parle de « machine de vision ». L’élévation s’opère d’abord jusqu’au niveau des toits de Paris dont elle offre l’une des plus belles vues. Puis, à son terme, au 6e niveau, depuis une plate-forme : sensibles au vertige, passer votre chemin.
Depuis l’achèvement du Centre Pompidou en 1977, « la chenille » a transporté quelque 250 millions de personnes… « Après quarante ans d’usage intensif, il est nécessaire de procéder au remplacement des escalators et à la modernisation des coursives avec notamment l’amélioration de son confort thermique, précise la direction de la communication et des partenariats du Centre. Tous les panneaux vitrés de “la chenille” et des coursives vont être remplacés. »
Trois ascenseurs temporaires
La structure architecturale du Centre Pompidou, et c’est l’une de ses grandes forces, permet l’installation de trois ascenseurs temporaires permettant l’accueil des publics pendant les travaux. Ils seront installés dans l’espace dit « triangle » qui s’insère presque naturellement dans des vides de la structure. Pouvant même donner, tant ils pourraient se fondre dans la physionomie générale des lieux, l’impression aux moins avertis d’avoir toujours été là.
L’entrée principale, dite aussi « le canopy » depuis qu’elle est coiffée d’une protection aérienne au profit des files d’attentes, va connaître une sérieuse modification. L’actuel goulet d’étranglement, d’une totale disproportion avec la monumentalité du bâtiment et son niveau de fréquentation, sera généreusement élargi afin de permettre l’installation de six portes tournantes et de doter les postes « vigipirate » d’une nouvelle ergonomie.
L’ensemble de la rénovation, dont aucun montant n’a été, pour l’heure, communiqué, sera assuré par Renzo Piano Building Workshop, coauteur avec le Britannique Richard Rogers du Centre Pompidou en 1977, et par Bunker Palace, au titre d’architecte associé.

        Lire l’entretien avec Renzo Piano :
         

          « Je suis le Quasimodo de Beaubourg »






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ En gagnant les primaires démocrates à New York face à un baron du parti, l’ex-serveuse de 28 ans, née dans le Bronx, concentre les espoirs de la presse libérale.
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Etats-Unis : Alexandria Ocasio-Cortez, novice en politique et figure émergente des anti-Trump

En gagnant les primaires démocrates à New York face à un baron du parti, l’ex-serveuse de 28 ans, née dans le Bronx, concentre les espoirs de la presse libérale.



Le Monde
 |    27.06.2018 à 17h16
 • Mis à jour le
27.06.2018 à 17h55
    |

                            Simon Auffret








                        



   


C’est le type de victoire politique dont la presse américaine se délecte. Alexandria Ocasio-Cortez, 28 ans, latino-américaine du Bronx a remporté, mardi 26 juin, les primaires démocrates de la 14e circonscription de New York face au très installé Joseph Crowley, 56 ans, élu à la Chambre des représentants depuis 1999.
« Un renversement titanesque », titre CNN dès l’annonce des résultats, quand le New York Times décrit la nouvelle candidate aux élections de mi-mandat, en novembre, comme une « tueuse de géants ».
« C’est une candidate issue de la minorité dans une circonscription constituée majoritairement de minorités », souligne sur CNN le journaliste Harry Enten : les importantes communautés afro-américaines, asiatiques et latino-américaines du quartier ont été séduites par le discours militant d’Alexandria Ocasio-Cortez, membre des socialistes démocrates américains, née d’une mère portoricaine et d’un père du Bronx.
En doublant l’un des parlementaires les plus progressistes du congrès par sa gauche, l’ancienne serveuse – dont la photo apparaît encore sur le site de son dernier employeur, un bar à cocktails de Manhattan – s’inscrit pleinement dans les divisions internes au Parti démocrate, vives entre Bernie Sanders et Hillary Clinton lors de la présidentielle de 2016.
Assurance santé accessible à tous, aides à l’accès à l’université, développement de l’emploi public, abolition de l’agence d’immigration : toutes les thématiques de campagne d’Alexandria Ocasio-Cortez rappellent celles du sénateur du Vermont, dont elle a organisé une partie de la campagne à New York.
« Elle pourrait être le futur du Parti démocrate »
Dans cette circonscription de 600 000 habitants reliant City Island au Sunny Side new-yorkais, celle qui pourrait devenir la plus jeune élue à la Chambre des représentants aurait « réalisé le plus grand retournement des primaires démocrates depuis des années », note le site d’information Mother Jones. « Elle pourrait être le futur du Parti démocrate », pariait déjà, dans un portrait de la candidate en campagne, le magazine Vogue. La chaîne conservatrice Fox News note de son côté l’apparition, rare, d’une figure rattachée au socialisme dans le paysage politique américain.
Face à Joseph Cowley, alors annoncé comme le futur président de la chambre des représentants en cas d’alternance, Alexandria Ocasio-Cortez a surtout tiré tous les leviers d’une opposition sans compromis face à Donald Trump : le 24 juin, elle se présente par exemple devant un centre de détention pour enfants migrants, près de la frontière mexicaine, et interpelle devant les caméras les officiers de l’autre côté des grilles, visiblement embarrassés.

   


Dans une vidéo de promotion vue par plus de trois millions de personnes, elle développe son opposition entre les classes moyennes inférieures et le monde des affaires : « Nous avons les gens, ils ont l’argent », lâche la démocrate, très présente sur les réseaux sociaux, où elle apparaît fréquemment prise en photo dans les rues de sa circonscription.
Joseph Cowley lui a rapidement accordé son soutien, dans la soirée du 26 juin. Le président Donald Trump en a, lui, profité pour commenter la défaite de l’un de ses plus virulents opposants dans un des tweets narquois dont il a le secret : « Peut-être aurait-il dû être plus sympathique, et montrer plus de respect à son président ! »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Avec « Circé », l’écrivaine américaine brosse un portrait de l’ensorcelante déesse, croisée par Ulysse dans l’« Odyssée », en figure féministe.
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édition abonné


Madeline Miller réenvoûte Homère

Avec « Circé », l’écrivaine américaine brosse un portrait de l’ensorcelante déesse, croisée par Ulysse dans l’« Odyssée », en figure féministe.



Le Monde
 |    27.06.2018 à 16h00
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
Circé (Circe), de Madeline Miller, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christine Auché, Rue Fromentin, 436 p., 23 €.

Voilà une femme entrée dans la mémoire collective pour avoir balancé ses porcs. Ses porcs et ses sorts : de Circé, on retient généralement qu’elle est cette déesse et sorcière transformant en cochons les compagnons d’Ulysse, après les avoir attirés sur son île d’Æaea (ou Aiaié, ou Eéa). Pourquoi ? Pur caprice, semble suggérer Homère, qui fait intervenir au chant X de l’Odyssée cette créature auprès de laquelle va rester Ulysse pendant une année, et qui va se montrer généreuse et de bon conseil pour son amant ; entre-temps, elle aura permis aux amis du guerrier d’Ithaque de redevenir des hommes.
C’est la dichotomie entre ces facettes de Circé – la sorcière usant de ses talents pour faire du mal injustement, d’une part, et la déesse avisée, de l’autre – qui a donné envie à Madeline Miller de lui consacrer son deuxième roman. On a découvert en France cette talentueuse écrivaine américaine avec la traduction du Chant d’Achille (Rue Fromentin, 2014), audacieuse plongée dans un non-dit de l’Iliade : l’amour entre Achille et Patrocle, qu’elle faisait raconter par le second. Le livre, superbe, avait valu à cette professeure de lettres classiques née en 1978 des traductions dans vingt-cinq langues.

Circé creuse le même sillon, donnant la parole à un personnage tenu pour mineur dans l’épopée homérique, sans le cantonner à l’épisode qui lui vaut les honneurs de l’aède, et en remontant jusqu’à sa naissance. Pour nous rendre proche, d’une manière inouïe, cet être ­mythologique. Se rapprocher des mortels, du reste, est-ce à quoi aspire depuis toujours ou presque Circé, fille du soleil, Hélios, et d’une naïade, ce qui fait d’elle une déesse de rang très bas, selon la stricte hiérarchie qui règne aux abords de l’Olympe et sur la terre.
Homère,...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Les frères jumeaux, célèbres pour avoir présenté « Temps X » sur TF1 dans les années 1980, ont été mis en examen pour tentative d’escroquerie le 21 juin.
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Igor et Grichka Bogdanov, 40 ans d’affaires et de succès populaires

Les frères jumeaux, célèbres pour avoir présenté « Temps X » sur TF1 dans les années 1980, ont été mis en examen pour tentative d’escroquerie le 21 juin.



Le Monde
 |    27.06.2018 à 11h31
 • Mis à jour le
27.06.2018 à 16h01
    |

                            Simon Auffret








                        



   


Docteurs en physique et en mathématique, écrivains, animateurs de télévision, descendants de l’aristocratie autrichienne, figures de la vulgarisation scientifique pour le grand public et objets de controverses pour les chercheurs… en plus de quarante ans de vie publique, Igor et Grichka Bogdanov (qui ont remplacé l’orthographe de leur nom « Bogdanoff » en signature de leurs ouvrages dès les années 1990) ont accumulé autant de succès populaires que de railleries sur le mélange des genres qu’ils entretiennent, entre théories sur la relativité générale et passion pour la science-fiction.
Les légendaires présentateurs de « Temps X », première émission consacrée à la science-fiction diffusée sur TF1 entre 1979 et 1987, ont été mis en examen le 21 juin pour « escroquerie sur personne vulnérable » et « tentative d’escroquerie ». Ils sont soupçonnés d’avoir soutiré 800 000 euros à un homme de 49 ans se présentant comme un producteur de cinéma. L’incident vient se placer au bas d’une liste fournie de démêlés avec la justice et alimente l’image controversée des jumeaux, aujourd’hui âgés de 68 ans.

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                Igor et Grichka Bogdanov placés en garde à vue dans une affaire d’escroquerie



Romanesque
Les frères Bogdanov grandissent dans le château de Saint-Lary, dans le Gers, élevés par leur grand-mère et des précepteurs, au milieu des 15 000 ouvrages en français, russe, anglais ou allemand de la bibliothèque familiale. « C’était un endroit très rude et difficile, il n’y avait pas de chauffage. Le confort était minimal, mais Grichka et moi nous y sommes habitués », raconte Igor Bogdanov, décrivant leur père en artiste peintre russe d’origine tatare, leur mère en fille naturelle d’une aristocrate autrichienne.
Le romanesque des origines des Bogdanov, qu’ils sont les premiers à alimenter, participe tout autant à leurs personnages que le récit de la transformation de leurs visages : tous deux ont démenti de nombreuses fois l’existence d’une maladie comme l’acromégalie ou le recours à la chirurgie esthétique. « Nous sommes, avec Igor, des expérimentateurs, se limite à révéler Grichka en interview, à propos de la forme prise par leurs mentons et leurs pommettes dès le milieu des années 1990. Dans l’expérimentation, il y a un certain nombre de petits protocoles. Ce sont des technologies très avancées, c’est pour cela que le mystère dure depuis si longtemps. »
Effets spéciaux et combinaisons argentées
Aux manettes de l’émission « Temps X », dès 1979 sur TF1, les frères Bogdanov détonnent dans le paysage audiovisuel français avec des effets spéciaux d’époque et des combinaisons argentées inusables, portées pendant neuf saisons face à de nombreux invités, comme Jacques Attali, Jean-Michel Jarre, Jean-Claude Mézières, ou même Frédéric Beigbeder, qui vient à 13 ans y faire sa première apparition à la télévision.
Sur le plateau, Igor et Grichka font la démonstration d’objets d’anticipation, plus ou moins à la pointe de la technologie : « la machine à traduire », « la dictée magique » ou l’« astro-ordinateur », qui devine votre thème astrologique à partir de votre date de naissance.
« Il existera à partir de 1995, semble-t-il, des substances qui modifieront notre sentiment de la durée. Une seconde pourra durer presque une journée », fait le pari, avec moins de succès, Grichka Bogdanov dans une émission sur les « Changements de l’an 2000 ». En 1982, « Temps X » sur TF1 capte jusqu’à 28 % des parts d’audience, les deux frères sont les visages les plus en vue de la culture scientifique en France.
Premières controverses
En 1987, au moment de la privatisation de TF1, l’émission est arrêtée. Débute alors pour le duo une longue période d’abstinence médiatique, et avec elle les premières controverses. L’écriture, en 1991, du livre à succès Dieu et la science avec l’académicien Jean Guitton provoque la colère de l’astrophysicien vietnamien Trinh Xuan Thuan, qui prétend y retrouver des passages de l’un de ses livres, La Mélodie secrète, publié trois ans plus tôt. Le différend se réglera à l’amiable, et les Bogdanov s’attellent à la rédaction de leurs thèses : « Fluctuations quantiques de la signature de la métrique à l’échelle de Planck » soutenue en mathématique par Grichka dès 1999, et « Etat topologique de l’espace-temps à échelle 0 » soutenue en physique par Igor en 2002.
La découverte des deux textes par la communauté scientifique dépasse de loin leur renommée française. Le physicien américain John Baez relaie, en octobre 2002, une rumeur agitant les chercheurs : les deux doctorants français auraient réussi une « Sokal », du nom du physicien qui a fait publier en 1996 un article abouti dans la forme, mais complètement faux. A travers les travaux des jumeaux, qu’il qualifie de « charabia », John Baez veut ainsi dénoncer les écueils de la sélection dans certaines revues scientifiques.

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                Les chercheurs et la menace Bogdanov



Pas de valeur scientifique
Les deux frères nient tout canular, mais l’épisode remonte aux oreilles d’un journaliste du New York Times, puis du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), qui demande en 2003 une expertise des deux thèses par d’autres chercheurs. Accablant pour les Bogdanov, le rapport est rendu public par Marianne en 2010. « Ces thèses n’ont pas de valeur scientifique », y affirment les chercheurs.
Igor et Grichka Bogdanov remportent un procès pour diffamation contre le journal en 2014, avant d’attaquer le CNRS sur la légalité même du rapport – ils qualifient alors le comité de « Stasi scientifique ». Ils perdront leur procès et n’obtiendront pas le dédommagement demandé – 1,2 million d’euros.

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                Les Bogdanov perdent un procès contre le CNRS à qui ils réclamaient 1,2 million d’euros



Devenus entre-temps les icônes d’une culture des années 1980 désormais kitsch, les « Bogdas » ont réalisé deux autres émissions scientifiques, pour France 2 – « Rayons X », de 2002 à 2007, puis « A deux pas du futur », entre 2010 et 2011. En réponse aux attaques visant leur légitimité, ils dénoncent une communauté scientifique incapable d’accepter un point de vue atypique et fustigent la cabale médiatique.
Curatelle
La complexité extrême de leurs sujets de recherche – les mécanismes physiques à l’œuvre lors de la création de l’Univers – rend le public et les médias simples observateurs d’un débat d’initiés : impossible pour un spectateur de « Temps X » de juger de la valeur scientifique des travaux d’Igor et de Grichka Bogdanov. Le mélange de théories physiques et spirituelles dans l’ouvrage Le Visage de Dieu, en 2010, alimente de nouveau les critiques de chercheurs et de journalistes spécialisés.
Depuis, les apparitions des jumeaux se font plus rares : Igor Bogdanov fait de nouveau les titres lorsqu’il est placé en garde à vue en novembre 2017, à la suite d’une plainte de son ex-compagne chez qui il se serait introduit par effraction. 
Au début de 2018, ils projettent le grand retour de « Temps X », sur YouTube cette fois, avant d’être mis en examen et placés sous contrôle judiciaire, le 21 juin, pour une affaire présumée d’escroquerie visant un homme de 49 ans. Producteur d’un film auquel les frères Bogdanov participent, il se serait engagé à investir dans leur nouveau projet d’émission et à racheter pour plusieurs centaines de milliers d’euros des parts de la maison des Bogdanov à Paris.
Les jumeaux font le tour des plateaux de télévision pour nier catégoriquement toutes les accusations, déclarant ignorer que l’homme concerné était placé depuis plusieurs mois sous curatelle : « C’est une affaire aussi mystérieuse que le big bang lui-même », estime finalement, le 25 juin, Igor Bogdanov.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ La 67e édition de la manifestation dirigée par l’Espagnol Pablo Heras-Casado rend hommage à Debussy.
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Le Festival de Grenade, entre rêve de modernité et tradition

La 67e édition de la manifestation dirigée par l’Espagnol Pablo Heras-Casado rend hommage à Debussy.



Le Monde
 |    27.06.2018 à 09h41
    |

                            Marie-Aude Roux (Grenade (Espagne), envoyée spéciale)








                        



                                


                            

L’orbe parfaite du patio est ouvert sur la nuit andalouse. L’amphithéâtre circulaire à doubles colonnades du palais de Charles Quint, au cœur de ­l’Alhambra, accueille la soirée d’ouverture du 67e Festival de musique et de danse de Grenade, qui se tient du 22 juin au 8 juillet. Il marque les premiers pas de son directeur artistique, ­Pablo Heras-Casado. Le maestro espagnol de 40 ans, qui fut chef assistant à l’Opéra de Paris, durant la saison 2006-2007, a décidé de consacrer tout le concert à ­Debussy, dont on célèbre cette année le centenaire de la mort. « Ce n’est pas la musique la plus facile ni la plus festive, explique le chef d’orchestre, mais ­Debussy marque l’entrée dans la modernité, et puis il s’est beaucoup inspiré de l’Espagne, et notamment de l’Andalousie. »
Pour n’être jamais venu à ­Grenade, le compositeur français n’en est pas moins un hôte vénéré. Il composa le mouvement de habanerade « La Puerta del Vino » (troisième pièce du second cahier des Préludes pour piano) à partir d’une simple carte postale montrée par son ami compositeur ­Manuel de Falla (lequel n’y mettra pas les pieds non plus), dont témoigne, à l’Alhambra, une inscription sur carreaux bleu et blanc, peuplés d’oiseaux, de fleurs et de papillons.
Pablo Heras-Casado vient d’enregistrer Debussy avec le Philharmonia Orchestra chez Harmonia Mundi, mais ce sont les musiciens français de l’ensemble fondé par François-Xavier Roth, Les Siècles, qu’il a invités au palais impérial pour un Prélude à l’après-midi d’un faune, dont l’élégance nostalgique le dispute à l’état voluptueux d’une sieste ­andalouse – le souvenir d’un temps rêvé. Le maestro grenadin dirige sans baguette, d’un geste à la fois large et précis. Dans la salle, on entendrait dormir l’eau (comme dirait Pelléas à Mélisande dans la scène de la fontaine des aveugles) tant l’acoustique semble idéale, légère, transparente, dévoilant sans exposer, jusque...




                        

                        


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Scorpions en concert : quelques piqûres et un slow qui tue

En tournée dans les stades et arenas d’Europe, le quintette de hard-rock a fait étape à Paris-Bercy, le 26 juin.



Le Monde
 |    27.06.2018 à 09h39
 • Mis à jour le
27.06.2018 à 16h06
    |

            Bruno Lesprit








                        



                                


                            

Même si leur répertoire en épouse tous les ­contours, ils n’ont pas osé indiquer que cette tournée ­serait celle des adieux, pour l’avoir déjà fait en 2010 et ne plus être pris au sérieux. Scorpions, le ­quintette de hard-rock allemand immensément populaire dans les années 1980, écume actuellement les stades et arenas d’Europe. Après six Zénith régionaux en France, ils se sont arrêtés, mardi 26 juin, à Paris-Bercy. Ce qui fournit un indicateur de leur retour en grâce puisqu’il y a huit ans, ils étaient programmés à l’Olympia – une jauge neuf fois inférieure.
Explication ? Complexe, car le public est de tous âges et de tous sexes. Dont des trentenaires peut-être conçus en 1984 lorsque Still Loving You provoquait, si l’on en croit le trait d’humour du guitariste Matthias Jabs, un « baby-boom » en France, où il fut le ­single le plus vendu cette année-là. Nous sommes en 2018 et des adolescents peuvent porter, comme à l’époque, des mitaines de cuirs ou des poignets cloutés. Rien n’arrête la fièvre du vintage, pas même le hard-rock. Sur les écrans de l’enceinte est annoncé le passage, les 5 et 6 juillet, d’Iron Maiden et de sa mascotte horrifique, Eddie. Retour vers le futur, ou plutôt nouvel aller dans ce passé qui ne veut pas passer.
Tubes planétaires
Sur cette scène, Scorpions occupe une place à part, pourvoyeur de saturations compatibles avec le plaisir domestique des ondes FM. Riffs énergiques certes, mais toujours au service de mélodies que l’on peut siffloter, comme l’introduction de la ballade Wind of Change, leur deuxième tube planétaire, qui a accompagné la perestroïka et la chute du mur de Berlin. Le réentendre chanté par Klaus Meine, avec ses éternels béret et tambourin, plus une veste en jean frappée au dos du symbole pacifiste à trois branches, procure un sentiment étrange : le lointain souvenir d’une Europe pleine d’espoir, qui abattait les cloisons, loin de la crispation identitaire du moment.

La...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ A la Cité internationales des arts, plus de 1 200 pochettes de disques, de 1967 à 2017, sont présentées jusqu’au 13 juillet.
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La musique pop s’expose au format carré

A la Cité internationales des arts, plus de 1 200 pochettes de disques, de 1967 à 2017, sont présentées jusqu’au 13 juillet.



Le Monde
 |    27.06.2018 à 08h59
 • Mis à jour le
27.06.2018 à 16h06
    |

            Sylvain Siclier








                        



                                


                            

D’abord présentée au Centre du graphisme d’Echirolles (Isère), du 24 novembre 2017 au 30 mars 2018, l’exposition « Pop music 1967-2017, graphisme et musique » vient faire un tour à la Cité internationale des arts, à Paris, jusqu’au 13 juillet. Ou plutôt 33-tours, car parmi les plus de 1 200 pochettes sélectionnées qui constituent l’essentiel de l’exposition, ce sont celles des albums vinyles qui sont majoritaires. Un format carré de 31 cm sur 31 cm à la surface suffisamment importante pour avoir permis aux illustrateurs, photographes, directeurs artistiques, de déployer leurs talents. En comparaison, les pochettes de CD, 12 cm sur 12 cm, qui figurent aussi sur les murs des galeries de la Cité internationale des arts, font un peu riquiqui. Au point que certaines d’entre elles ont été agrandies.
Le terme « pop music » est ici pris dans son sens très large puisque ce parcours dans les visuels de la musique passe aussi par le hard-rock, le psyché, le rock progressif, la soul music, le folk, le punk, la new wave, l’électro, le rap jusqu’à la variété R’n’B des années récentes. L’exposition est divisée en trois périodes, 1967-1980, 1980-2000 et 2000-2017, dans un découpage qui rend compte grosso modo des évolutions des formats, l’album vinyle, le CD et, à partir des années 2000, l’essor de la dématérialisation des supports.

Géographiquement, les responsables de l’exposition ont fait la part belle aux Etats-Unis et au Royaume-Uni (avec un petit débord vers l’Irlande pour pouvoir intégrer U2 ou The Cranberries). Suivent la France et l’Allemagne, ici et là un peu de Suède, d’Islande (Björk), d’Australie (AC/DC, Tame Impala), de Belgique. A Shakira le soin de représenter les couleurs de la Colombie.
Gros manque, l’Italie, qui, pourtant, avec le courant prog-rock des années 1970 et notamment les groupes Premiata Forneria Marconi, Banco del Mutuo Soccorso ou Le Orme, a fourni à l’histoire de la pochette de disques de beaux exemples de créativité,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Le président du conseil d’administration de la Villa Médicis, Thierry Tuot, est chargé de proposer des réformes d’ici à la rentrée.
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Emmanuel Macron lance un « diagnostic complet » des résidences artistiques

Le président du conseil d’administration de la Villa Médicis, Thierry Tuot, est chargé de proposer des réformes d’ici à la rentrée.



Le Monde
 |    27.06.2018 à 08h33
 • Mis à jour le
27.06.2018 à 16h11
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


Le président de la République vient de confier une mission très précise à Thierry Tuot, conseiller d’Etat et président, entre autres, du conseil d’administration de l’Académie de France à Rome – la Villa Médicis, institution artistique dédiée à l’accueil de jeunes artistes. Dans une lettre datée du 7 juin, que Le Monde s’est procurée, Emmanuel Macron annonce à ce haut fonctionnaire qu’il souhaite l’« associer très étroitement » à « la construction d’une politique publique de soutien aux artistes par les résidences ».
A première vue, l’objectif est louable : le chef de l’Etat souhaite que la France « renforce sa capacité à attirer et à faire croiser les grands talents artistiques venant du monde entier ». Il rappelle que l’Etat soutient « plus de 500 résidences et allocations d’ateliers », pour plus de 7 millions d’euros – dans le secteur des arts plastiques, mais aussi dans le spectacle vivant (opéras, centres dramatiques nationaux, centres chorégraphiques…).
« Une cartographie des résidences »
L’ampleur des missions et pouvoirs dévolus au conseiller d’Etat devrait générer quelques inquiétudes. Thierry Tuot est chargé d’établir « une cartographie des résidences, publiques et privées », afin de « partager un diagnostic complet » des « forces » et « faiblesses ». Il proposera ensuite « un système national de sélection et d’orientation des artistes », mais aussi, « le cas échéant, la réorientation, la création ou la suppression de résidences en fonction des objectifs stratégiques du soutien de l’Etat ».
Cela signifie-t-il qu’à l’avenir, ce n’est plus la Rue de Valois qui aura la main sur les résidences artistiques ? Et sur quels critères une résidence pourra-t-elle être supprimée ? Thierry Tuot, par ailleurs, est chargé de faire « des propositions d’évolution » pour la Villa Médicis à Rome, ainsi qu’une « proposition de programme » pour les Ateliers Médicis à Clichy-Montfermeil (Seine-Saint-Denis) – dont il préside aussi le conseil d’administration. Il doit rendre sa copie à l’Elysée « avant le 10 septembre ».
Cette missive s’apparente comme la suite du processus de réforme engagé à l’horizon 2022, dénommé « Cap 22 ». Dans le document de travail relatif à la culture, révélé par Le Monde à l’automne 2017, il était question de « réformer les aides aux équipes artistiques », en augmentant « le taux de sélectivité », ou encore de « fusionner les comités d’experts ».

        Lire le décryptage :
         

          Musées, archives, spectacle vivant…, les pistes de réforme envisagées pour la culture






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Si le biopic d’Edir Macedo, fondateur de l’Eglise universelle du royaume de Dieu, a fait plus de 10 millions d’entrées, il a été mal reçu par la critique qui y voit une publicité pour la tentaculaire Eglise néopentecôtiste.
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Au Brésil, « Nada a perder », film de propagande évangélique à succès


                      Si le biopic d’Edir Macedo, fondateur de l’Eglise universelle du royaume de Dieu, a fait plus de 10 millions d’entrées, il a été mal reçu par la critique qui y voit une publicité pour la tentaculaire Eglise néopentecôtiste.



Le Monde
 |    27.06.2018 à 08h15
    |

            Claire Gatinois (Sao Paulo, correspondante)








   


On avait hâte de découvrir « Nada a Perder », cet ovni cinématographique, ce biopic évangélique qui, avec plus de 10,5 millions de spectateurs en salle, bat tous les records du box-office brésilien depuis sa sortie, fin mars. Le film, signé Alexandre Avancini, décrit la vie du pasteur Edir Macedo, 73 ans, fondateur et évêque autoproclamé de l’Eglise universelle du royaume de Dieu, mouvement fédérant plusieurs millions de membres au Brésil et dans le monde.
« Une image parfaite »
Reçu froidement par la critique, le long-métrage est jugé « techniquement correct » sur le plan des acteurs, du scénario ou des décors. Mais, comme le souligne André Miranda dans le quotidien O Globo : « Edir Macedo est rasoir. Son image est si parfaite que Nada a Perder se rapproche davantage d’une vidéo de campagne politique que d’un film. […] Plutôt que de faire de l’art, le film cherche à sanctifier son protagoniste et à glorifier sa religion. » Un « péché mortel » au cinéma, selon le critique. Plus sévère, le quotidien Folha de S.Paulo ne voit qu’un outil permettant à l’Eglise universelle d’étendre son emprise culturelle.
Déjà propriétaire de la chaîne de télévision TV Record, l’Eglise s’attaque au cinéma, un champ culturel jusqu’ici plutôt catholique. Encore plus tranchant, le site El País Brasil décrit un film « condescendant et fatigant […] comme on pouvait s’y attendre avec un biopic ultra-autorisé ».
Une armée de pasteurs aurait déboursé des milliers de reais pour mettre la main sur des tickets et les offrir gracieusement lors de l’office. De quoi expliquer le miracle de « Nada a Perder » au box-office.
Alors ? Alors rien. En arrivant ce mercredi 23 mai au cinéma du centre commercial Central Plaza de São Paulo, la réponse fuse : « La séance de 13 heures est complète. » Celle de 16 heures ? Idem. « Depuis quinze jours, les billets sont intégralement achetés par le pasteur », explique l’employée, levant les yeux au ciel. Le pasteur ? « Edir Macedo. » Interrogée, l’Eglise nie. « L’Eglise universelle du royaume de Dieu ne produit pas Nada a Perder, ne possède pas de salle et n’a jamais acheté de billets pour ce film et aucun autre. » « Mais, ajoute le porte-parole de la puissante institution, les fidèles […] se sont mobilisés pour que le plus grand nombre de personnes puissent le voir. »

Péché véniel sans doute, une armée de pasteurs soucieux d’éclairer leurs ouailles indigentes aurait déboursé des milliers de reais pour mettre la main sur des tickets et les offrir gracieusement lors de l’office. De quoi expliquer le miracle de Nada a Perder au box-office. « Une partie de la presse brésilienne est mal à l’aise avec le succès de ce film et avec l’opportunité qu’il représente : montrer au peuple la véritable histoire du pasteur Edir Macedo », répond l’Eglise universelle, accusant les médias d’être bourrés de préjugés et de vouloir « dénigrer la foi évangélique ».
Le boom des cultes évangéliques
Il est clair qu’entre l’Eglise néopentecôtiste et la presse les versions divergent. Pour la première, Edir Macedo, né en 1945, est un messie incompris. Un demi-dieu n’ayant qu’une obsession : sauver les âmes. Pour la presse, Edir Macedo est un milliardaire (en dollars), dénoncé en 2009, 2011 et 2013 pour blanchiment d’argent, organisation criminelle, évasion de devises et fraudes.
Lire aussi : Le règne universel des escrocs de dieu
Navet pour les cinéphiles, chef-d’œuvre pour les croyants, lessiveuse d’argent sale pour les plus suspicieux… En tout cas, Nada a Perder est une illustration du pouvoir grandissant des cultes évangéliques au Brésil – 5 % des habitants s’en réclamaient en 1970, 22 % aujourd’hui. Surtout, le film témoigne des efforts déployés par l’Eglise universelle du royaume de Dieu, déjà dotée d’une télé, de novelas, d’un maire (à Rio de Janeiro), pour faire sa promotion, elle qui promet à ses ouailles qu’ils pourront s’enrichir par la seule grâce du Saint-Esprit.

        Lire aussi :
         

                Un évangélique prend la mairie de Rio






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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Le cinéaste américain explique le regard qu’il a porté sur la cellule familiale et la maternité.
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Jason Reitman : « “Tully” est un tour de magie »

Le cinéaste américain explique le regard qu’il a porté sur la cellule familiale et la maternité.



Le Monde
 |    27.06.2018 à 07h28
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

Ses « douze ans de mariage » avec la scénariste Diablo Cody, une union intel­lectuelle, liée à l’écriture de films, rendent visiblement heureux ­Jason Reitman. Dans la suite de l’hôtel parisien où il donne ses ­interviews, le cinéaste américain a l’air détendu, presque comblé. A l’image de l’affiche de son dernier film, Tully, posée à deux mètres des fauteuils en cuir, où Charlize Theron nous couve du regard telle une maman gâteau.

Le fils d’Ivan Reitman, réalisateur de SOS fantômes (1984), se réjouit à l’idée de faire des films « toute sa vie avec Diablo ». L’ancienne ­blogueuse, repérée par le producteur Mason Novick, a déjà écrit deux de ses précédents longs-métrages : Juno (2007), sur une adolescente enceinte (Ellen Page), puis Young Adult (2011), avec Charlize Theron dans le rôle d’une jeune femme sans ver­gogne qui tente de reconquérir son amour de jeunesse. On ­retrouve l’actrice sud-africaine dans Tully, enrobée dans ses douze nouveaux kilos : la quarantaine passée, Marlo vit mal la naissance de son troisième enfant et l’arrivée d’une baby-sitter de nuit, Tully (Mackenzie ­Davis), va ­bousculer sa vie.
Vous aimez mettre en scène des parcours de femmes. Pour quelles raisons ?
C’est normal, les femmes sont la moitié de l’humanité ! Pourquoi toujours chroniquer la crise de la quarantaine chez les hommes ? Tully est une histoire très per­sonnelle de Cody, qui reflète son ­ressenti. Elle dit les choses comme je les vois, nos cerveaux sont ­connectés… Aux Etats-Unis, le film a fait débat. On m’a opposé le fait qu’un tel récit aurait dû être réalisé par une femme. On a posé la question du réalisateur masculin parlant au nom des femmes. Cela se discute, je ne sais pas…
Ce rôle de mère en souffrance après son accouchement ­allait-il de soi pour Charlize Theron ?
Charlize aime justement montrer ce qui est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Stefano Sollima donne une suite pleine de brutalité au film de Denis Villeneuve , avec Josh Brolin et Benicio Del Toro.
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« Sicario… » : Etats-Unis – Mexique, frontière mortelle

Stefano Sollima donne une suite pleine de brutalité au film de Denis Villeneuve , avec Josh Brolin et Benicio Del Toro.



Le Monde
 |    27.06.2018 à 07h27
 • Mis à jour le
27.06.2018 à 07h35
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Le succès de Sicario, réalisé par le Canadien Denis Villeneuve, a engendré ce projet de suite qui reprend une partie des personnages du premier volet tout en proposant de radicaux changements formels. La réalisation en a été confiée à l’Italien Stefano Sollima, dont c’est le troisième long-métrage pour le cinéma et qui s’est fait un nom (ou plutôt un prénom, son père fut un grand metteur en scène du cinéma populaire transalpin) en signant les épisodes de séries télévisées comme Romanzo criminale ou Gomorra. Sicario, la guerre des cartels, retrouve l’univers du film de Villeneuve, désormais sans la présence d’une femme qui s’y serait égarée. Un univers hanté par des figures masculines, icônes d’une virilité conquérante et brutale, un monde de prédateurs évoluant au-delà des lois.

        Lire la critique de « Sicario » :
         

          Le grand spectacle de la guerre contre la drogue



Nul doute que celui qui fut l’auteur d’ACAB, sorti en 2012, portrait d’une brigade de celeri (l’équivalent des CRS en Italie) en mâles moralement ambigus et pathétiques, aidé ici du scénariste Taylor Sheridan, déjà auteur du script de Sicario, devait retrouver, dans la peinture de ces agents spéciaux en guerre contre les trafiquants de drogue mexicains, une manière de ranimer des figures familières.

        Lire le récit :
         

          La colère d’une ville mexicaine contre le thriller « Sicario »



Le tueur et l’enfant
Josh Brolin incarne un policier de la brigade anti-drogue qui refait appel à Alejandro, un mystérieux mercenaire (Benicio Del Toro), venu lui-même de la criminalité et guidé par la vengeance depuis l’assassinat des membres de sa famille. Il s’agit d’abattre un dangereux cartel en déclenchant une guerre des gangs. Alejandro, qui ne s’embarrasse pas de la légalité, enlève la fille d’un puissant baron de la drogue avant d’être l’objet d’une traque orchestrée par une police mexicaine corrompue et par différents groupes criminels désireux de mettre la main sur l’enfant.
Ce récit semble donc promettre, un moment, la description d’un rapport particulier entre l’homme et une gamine farouche et rebelle, entre le tueur et l’enfant, le temps d’un bien attendu trajet initiatique. Le film ne tiendra pas cette promesse (ce qui se passe entre les deux personnages est peu exprimé), mais en proposera une autre. Et c’est sans doute dans la façon même dont il contourne ce qui aurait pu être une prescription particulière, celle de la psychologie, que Sicario, la guerre des cartels signale sa singularité.
Sans états d’âme
Tout, ici, repose sur le mouvement, un mouvement qui décrit une ligne droite, géométrique, quasi abstraite, faite d’embuscades sur les routes désertiques du Mexique, de fusillades, d’exécutions sommaires. La violence, souvent extrême, y est réduite à une péripétie banale et dédramatisée, fatale et ordinaire à la fois. Les personnages ont ici oublié tout affect pour accomplir aveuglément et sans états d’âme une tâche particulière. On peut noter que ce sont des hommes dont le sort repose entre les mains d’une femme, le personnage incarné par Catherine Keener, mère symbolique et abjecte chargée de la supervision des opérations et dotée d’un pouvoir de vie et de mort au nom d’une politique aveugle.
La mise en scène de Sollima est tout entière au service de cette brutalité taiseuse et infernale. Ce qui s’apparenterait à un portrait de l’homme d’action contient, dans l’épure du trait, dans le silence des sentiments, une manière de regard moral. La solitude et l’expertise létale d’Alejandro constituent sans doute la marque d’un homme qui a perdu son âme il y a longtemps. L’action n’est plus rédemptrice. Elle semble n’être, désormais, que l’expression d’une malédiction. L’émotion affleure d’autant plus que tout a été fait pour la maintenir à distance.

« Sicario, la guerre des cartels ». Film américain de Stefano Sollima. Avec Josh Brolin, Benicio Del Toro, Isabela Moner (2 h 05). Sur le Web : www.metrofilms.com/films/sicario-day-of-the-soldado



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Le film d’animation de Nora Twoney mêle les péripéties d’une fillette pour nourrir sa famille et l’histoire récente de l’Afghanistan.
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« Parvana… » : faire entendre aux enfants les voix de la guerre

Le film d’animation de Nora Twoney mêle les péripéties d’une fillette pour nourrir sa famille et l’histoire récente de l’Afghanistan.



Le Monde
 |    27.06.2018 à 07h26
 • Mis à jour le
27.06.2018 à 07h46
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Coréalisatrice avec Tomm Moore de Brendan et le secret de Kells (2009), dessin animé inspiré d’une légende celtique, Nora Twomey se tourne aujourd’hui vers une réalité contemporaine douloureuse et complexe. Récit de quelques mois d’enfance vécus à Kaboul, en 2001, dans la période qui a précédé la chute du régime taliban en Afghanistan, Parvana… tente de rendre compte à des enfants d’une situation violente et cruelle.
Le talent de la cinéaste – qui sait puiser dans le patrimoine graphique et plastique de l’univers de ses personnages – et la rigueur du scénario, inspiré d’un roman de la Canadienne Deborah Ellis, œuvrent à la réussite du projet. Ce qui ne suffit pas à la garantir tout à fait : les nécessités du cinéma pour enfants – fussent-ils grands – conduisent à des simplifications, historiques et dramatiques, au recours à des procédés qui font parfois ressortir l’artifice qui est au cœur de Parvana…
L’héroïne éponyme est une petite fille de 11 ans, qui survit dans la capitale afghane en accompagnant son père sur les marchés pendant que sa sœur aînée et sa mère restent cloîtrées à la maison, frappées par l’interdiction de paraître en public édictée à l’encontre des femmes par les talibans. Quand son père est arrêté et emprisonné, Parvana se travestit en garçon pour nourrir sa famille.
Le récit d’une légende ancestrale
Le scénario entrelace les épisodes de cette quête de travail et d’argent, ainsi que d’informations au sujet du père détenu, et le récit que fait Parvana à son petit frère d’une légende ancestrale. Le premier fil narratif est traité sobrement, dans un style qui avoisine (sans y succomber) le réalisme dans une animation fluide, de grande qualité (l’usage des images numériques reste accessoire), le second s’inspire des miniatures persanes et indiennes, mêlant ombres et papiers découpés.
Le scénario et la matière dramatique du film ne sont pas tout à fait à la hauteur de ce contraste formel évocateur. Nora Twomey se débat entre sa volonté de tenir en haleine son jeune public et la nécessité de rendre compte de faits historiques, comme la débâcle sanglante des talibans après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Les péripéties de la recherche de travail, d’argent, d’informations sur le père emprisonné prennent parfois le tour d’une quête picaresque qui fait surgir des personnages ambigus (entrepreneur avide, marchand compatissant…), incarnations de la réaction du genre masculin aux privilèges supplémentaires conférés par les nouveaux maîtres. Ces rebondissements prennent aussi le tour du récit enfantin avec leurs simplifications extrêmes qui jurent avec la complexité de l’histoire de l’Afghanistan. Par nature, les séquences consacrées au conte échappent à cette difficulté.
Enfin, les voix ont été enregistrées en anglais par des comédiens qui indiquent l’origine des personnages par leur accent (une remarque qui ne s’applique pas à la version française). Ce procédé n’est pas réservé aux films pour enfants (il était récemment risible dans Red Sparrow, de l’Américain Francis Lawrence, sorti en avril). Là comme ailleurs, il apparaît de plus en plus désuet, masquant les voix, précisément, que voudrait faire entendre Parvana…

« Parvana, une enfance en Afghanistan ». Film d’animation canadien, irlandais et luxembourgeois de Nora Twomey (1 h 34). Sur le Web : www.le-pacte.com/france/prochainement/detail/parvana



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Le deuxième long-métrage de Laura Bispuri, avec Alba Rohrwacher et Valeria Golino, est un western sur la maternité.
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« Ma fille » : un fougueux trio féminin

Le deuxième long-métrage de Laura Bispuri, avec Alba Rohrwacher et Valeria Golino, est un western sur la maternité.



Le Monde
 |    27.06.2018 à 07h25
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Jamais la blondeur et la flamme de l’Italienne Alba Rohrwacher ne se sont si bien accordées avec un paysage, au cinéma. Celui de la Sardaigne, rocailleux et brûlant comme ­Angelica, l’un des trois personnages du film de Laura Bispuri. Femme vivant dans la marge, sur le point de perdre sa maison, son unique bien, Angelica devrait quitter sa terre. Mais c’est à ce moment précis qu’elle prend conscience de son attachement à Vittoria, sage fillette d’une dizaine d’années (Sara Casu). Cette dernière a été élevée par Tina (Valeria Golino), remplie d’amour et d’attention. Mais la préadolescente éprouve le besoin de s’éloigner.
Au-delà du court suspense qu’elle installe sur l’identité de la mère biologique, la réalisatrice s’emploie à dissoudre la famille et ses normes dans un nuage de poussière. Le trio de femmes sans jules (et Jim) se déplace, géographiquement et mentalement, sur ce coin isolé de Sardaigne qui­devient « terrain de jeu » au sens cinématographique du terme.
Rite initiatique
Le deuxième long-métrage de Laura Bispuri, sélectionné en compé­tition officielle à Berlin, tout comme son premier, Vierge sous serment (2015) – avec la même Alba Rohrwacher, méconnaissable en homme –, n’a que l’esthétique du western : sous l’écrasante chaleur et le poids des traditions masculines (les femmes, c’est comme le rodéo ou presque), il n’y a pas de mise à mort, ni ­vainqueure ni perdante. Les personnages prennent leurs distances, se mesurent, se déchirent et réajustent leurs points de vue pour tenter de se retrouver.
Dans cette rencontre avec Angelica, la fillette traverse comme un rite initiatique qui la fait grandir sous nos yeux. Et l’on est au bord du trou avec Valeria Golino, lorsque celle-ci cherche l’enfant, quittant sa maison où sa vie semblait si bien réglée. Génie de la métamorphose, Alba Rohrwacher apparaît sous un jour qu’on ne lui connaissait pas : celui d’une icône underground. D’une beauté sauvage, un rien l’habille et la fait tomber, toute déglinguée qu’elle est. Mais il suffit qu’elle déploie ses bras infinis, en haut d’une falaise, pour que l’on comprenne le sel de sa vie, entre mise en danger et liberté. C’est elle, la prétendue paumée, qui va redonner de l’air au sein de ce fougueux trio.

Film italien, suisse et allemand de Laura Bispuri. Avec Alba Rohrwacher, Valeria Golino et Sara Casu (1 h 27). Sur le Web : www.ufo-distribution.com/movie/ma-fille-figlia-mia et www.realfictionfilme.de/filme/figlia-mia/index.php?id=124



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ La manifestation, organisée à Paris du 28 juin au 1er juillet, met en lumière l’œuvre de Tatsumi Kumashiro.
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Festival du film de fesses : l’aube du cinéma érotique japonais

La manifestation, organisée à Paris du 28 juin au 1er juillet, met en lumière l’œuvre de Tatsumi Kumashiro.



Le Monde
 |    27.06.2018 à 07h23
    |

                            Mathieu Macheret








                        



                                


                            

Cela fait maintenant cinq ans qu’une manifestation, lestement intitulée « Festival du film de fesses », inaugure à Paris la saison estivale d’une ardeur toute licencieuse. Lancé en 2014 par deux amatrices d’art érotique (Anastasia Rachman et Maud Bambou), l’événement se déroule sur quatre jours, du 28 juin au 1er juillet, dans trois cinémas du Quartier latin (le Reflet Médicis, la Filmothèque et les 3 Luxembourg).
Sous son appellation grivoise, on déniche surtout une plantureuse programmation de films rares ou inédits, célébrant les dévoilements anatomiques et la sexualité sous toutes ses formes. Et si les fesses, au même titre que le visage, étaient un autre miroir de l’âme, un accès privilégié au feu dont elle brûle ? C’est en tout cas l’hypothèse dont s’empare joyeusement le festival.
Le festival consacre une mini-rétrospective à un cinéaste à redécouvrir d’urgence : Tatsumi Kumashiro (1927-1995)
L’édition de cette année se penche judicieusement sur le Japon, où l’érotisme compte au rang des beaux-arts et dont le cinéma, des années 1960 à nos jours, fut incroyablement prodigue en la matière. Entre une nuit autour d’Eiichi Yamamoto, animateur érotomane et auteur de l’extraordinaire Belladonna (1973), d’après La Sorcière, de Jules Michelet, et la projection d’une poignée d’œuvres-cultes et exubérantes (dont Inflatable Sex Doll of the Wastelands, d’Atsushi Yamatoya) surnage le nom d’un cinéaste à redécouvrir d’urgence : Tatsumi Kumashiro (1927-1995), auquel le festival consacre une mini-rétrospective. Montrée en France par bribes et à de rares occasions, l’œuvre de Kumashiro, riche de 35 titres, reste encore méconnue. Les six films présentés au cours du festival séduisent par leur fièvre libertaire et iconoclaste, leur spontanéité et leur questionnement réflexif sur le sexe.
C’est l’un des paradoxes de l’histoire du cinéma japonais, que la modernité la plus bouillonnante se soit exprimée au cœur même...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Réalisé en 2000 mais resté inédit en France, le troisième long-métrage de Park Chan-wook porte en lui nombre de motifs de son œuvre ultérieure.
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« JSA » : une poignante tragédie humaine entre les deux Corées

Réalisé en 2000 mais resté inédit en France, le troisième long-métrage de Park Chan-wook porte en lui nombre de motifs de son œuvre ultérieure.



Le Monde
 |    27.06.2018 à 07h21
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Pour qui est familier de la filmographie de Park Chan-wook, JSA (Joint Security Area), le troisième long-métrage du cinéaste coréen (réalisé en 2000 et resté inédit en salle en France jusqu’à ce jour), apparaîtra comme l’embryon d’une œuvre à venir toute personnelle, la genèse d’un certain nombre de motifs qui bénéficieraient déjà ici d’une solide incarnation cinématographique.
Le film prend, après une ouverture mystérieuse et violente (un homme enlevé en pleine forêt par deux militaires, un échange confus de coups de feu dont les causes et les effets restent obscurs), la forme d’une enquête policière, celle de la quête d’une vérité qui aurait dû être cachée, jusqu’à l’épilogue, par une forêt de mensonges.
Retours en arrière
Le point de départ du récit est un incident de frontière survenu entre les deux Corées. Deux militaires nord-coréens ont été tués. Agression provoquée par un soldat sud-coréen ? Tentative d’enlèvement de celui-ci suivie d’une évasion soldée par la mort de deux des kidnappeurs ? Une jeune officier suisse d’origine coréenne, mandatée par une commission d’enquête internationale vouée à désamorcer les risques d’un conflit armé que cet incident a réveillés – menace omniprésente dans cette partie du monde –, procède à l’audition des différents protagonistes survivants. Alors que chacun semble se murer dans le silence ou bien dans une version officielle, un retour en arrière prend à rebours celle-ci, tout en démentant les images du début, désormais comprises comme fallacieuses.
« Ce qui compte, c’est le processus », est-il déclaré à un moment du film pour décrire l’objectif de l’enquêtrice, profession de foi du cinéaste lui-même peut-être. Les autorités nord-coréennes et sud-coréennes ont mis en place un certain nombre de rituels dans ce que l’on appelle, sans doute par antiphrase, la zone démilitarisée (DMZ). Marquer à la fois la singularité de « l’autre » Corée, figurer l’interdiction d’un passage de l’une à l’autre, sont les raisons d’être d’un formalisme militaire que Park Chan-wook détaille de façon subtilement didactique.
Mais la mise en scène de cette injonction radicale est en fait concrètement, et régulièrement, niée par des tentatives d’infiltration parfois délibérées, très souvent maladroites et inconscientes, de militaires de part et d’autre. Les retours en arrière dévoilent la naissance et l’existence, à la suite d’une rencontre de hasard, d’une amitié entre deux soldats du Nord et deux autres du Sud. Ainsi JSA (Joint Security Area) apparaît comme le dérèglement d’un mécanisme pourtant programmé, un dérèglement actualisé par un événement qui n’aurait jamais dû avoir lieu.
Une amitié insolite
On voit bien ce qui, chez l’auteur d’Old Boy, récit d’une vengeance programmée, a pu fasciner dans cette description d’un double détraquement, cette rupture dans un univers entièrement déterminé. Tout comme l’on peut voir, dans la façon dont les récits virtuels et trompeurs s’enchevêtrent, un goût qui s’incarnera encore plus tard dans un film comme Mademoiselle, tourné en 2016.
Le sergent Lee et le soldat Nam passent les longues heures de leur garde de nuit dans la casemate de leurs homologues, le sergent Oh et le soldat Jeong, de l’autre côté de la frontière, au Nord. Park Chan-wook, derrière le principe conceptuel, souligné par la virtuosité de sa mise en scène, qui régit la narration de cet étrange incident, raconte la naissance et l’expansion d’une amitié insolite. C’est sans doute l’aspect le plus émouvant d’une œuvre qui détaille le tissage d’un lien unissant des personnages que l’idéologie sépare mais que rapproche aussi une expérience similaire, celle de la promiscuité virile que construit la vie militaire, mais aussi celle de la résurgence des jeux de l’enfance.
L’histoire s’interrompt ainsi, le temps de l’expérience partagée, de la solidarité masculine, d’un retour des jeux de l’enfance. Le sergent Oh est magistralement et subtilement incarné par Song Kang-ho, future vedette du cinéma sud-coréen et acteur phare des films de Bong Joon-ho (Memories of Murder, The Host, Snowpiercer). On imagine le défi qu’il a dû relever et qui a consisté à incarner celui censé être l’autre absolu, le négatif construit par une idéologie féroce et une propagande tenace. C’est au prix de cette qualité d’interprétation que ce qui n’aurait pu être qu’une expérience formelle et abstraite devient aussi une poignante tragédie humaine.

Film coréen de Park Chan-wook. Avec Song Kang-ho, Lee Young-ae, Kim Tae-woo (1 h 50). Sur le Web : www.larabbia.com/films/jsa-joint-security-area et www.les-bookmakers.com/films/jsa-joint-security-area



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ La comédie pour adolescents de Greg Berlanti a pour protagoniste un garçon gay et pour tonalité le plus grand conformisme.
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« Love, Simon » : un lycéen comme les autres, à si peu de choses près

La comédie pour adolescents de Greg Berlanti a pour protagoniste un garçon gay et pour tonalité le plus grand conformisme.



Le Monde
 |    27.06.2018 à 07h19
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Le film de Greg Berlanti, réalisateur et producteur de séries télévisées hyperactif, restera dans la chronique du cinéma. Pour la première fois, le personnage principal d’une production destinée aux adolescents par une major américaine – la Fox de Rupert Murdoch, qui plus est –, est gay. Ce trait distinctif a bien sûr des conséquences sur le film, mais, une fois arrivée la fin (qui est aussi heureuse que dans la plupart des comédies pour teenagers), force est de convenir que la caractéristique principale de cette douceur aux parfums synthétiques reste son conformisme.
Simon (Nick Robinson) vit dans une famille prospère et aimante. Ses parents sont bien jolis (Josh Duhamel et Jennifer Garner) et assez prospères pour lui offrir une voiture (une Subaru, certes) pour son dix-huitième anniversaire. Comme il l’explique en une de ces séquences en voix off qui règlent si commodément les problèmes d’exposition, Simon mène une vie sans défaut à ceci près que personne ne sait qu’il est gay, même pas ses amis d’enfance dont Leah (Katherine Langford) qui l’aime en un secret su de tout le monde sauf de l’intéressé.
Flirt numérique poussé
Simon vit les dernières semaines de sa vie de lycéen dans un établissement cossu de la banlieue d’Atlanta lorsque l’un de ses condisciples fait un semi « coming out » (il dit son homosexualité et son appartenance au corps étudiant mais tait son nom) sur les réseaux sociaux. Notre héros entame alors un flirt numérique poussé qui attire l’attention d’un autre lycéen. Menacé de se voir démasqué, Simon enchaîne alors les supercheries avec une absence d’éthique amicale et amoureuse qui restera le seul élément un tant soit peu dérangeant du film.
On comprend bien que Greg Berlanti a voulu tenir cette histoire à l’écart de la tragédie ou même des petites misères quotidiennes. Il lui a manqué le courage, l’inclination ou la capacité de les remplacer par autre chose que des édulcorants qui déguisent le goût parfois amer des amours et des rivalités adolescentes.

Film américain de Greg Berlanti. Avec Nick Robinson, Jennifer Garner, Josh Duhamel, Katherine Langford, Alexandra Shipp (1 h 49). Sur le Web : www.foxfrance.com/love-simon, www.foxmovies.com/movies/love-simon et www.facebook.com/LoveSimonMovie



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Le réalisateur Jason Reitman met en scène une jeune fille qui transforme une maternité compliquée en conte de fées.
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Article sélectionné dans La Matinale du 26/06/2018
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« Tully » : la nounou au chevet de Charlize Theron

Le réalisateur Jason Reitman met en scène une jeune fille qui transforme une maternité compliquée en conte de fées.



Le Monde
 |    27.06.2018 à 06h35
 • Mis à jour le
27.06.2018 à 07h55
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Quand les acteurs se transforment, il est d’usage que ce soit pour une cause sortant de l’ordinaire. Gary Oldman s’est vieilli, rapetissé, pour célébrer Winston Churchill dans Les Heures sombres (2018). Charlize Theron s’est enlaidie pour toucher à la réalité d’Aileen Wuornos, la meurtrière de Monster (2003).
Quinze ans plus tard, la même Charlize Theron mue à nouveau ; cette fois pour être une femme comme on en croise chaque jour, une mère de famille qui perd pied. Ce n’est pas une petite affaire pour un mannequin qui n’a pas tout à fait abandonné sa profession d’origine, et l’actrice s’y consacre avec l’énergie et l’abnégation farouche qu’on lui a connues aussi bien dans les bas-fonds de Floride (Monster) que dans le désert apocalyptique (Mad Max : Fury Road, 2015).
Si bien que Marlo, la jeune femme épaissie par la grossesse dans Tully, prendra place aux côtés de ces rôles spectaculaires, hissée à ce rang par son interprète, mais aussi par le travail délicat et énergique du duo Jason Reitman (réalisation) – Diablo Cody (scénario).

        Lire l’entretien avec Jason Reitman :
         

          « “Tully” est un tour de magie »



Soutien paternel limité
On découvre Marlo comme à travers une eau trouble dans laquelle elle se débat sans jamais arriver à remonter à la surface. Mère de Sarah, petite fille sérieuse, et de Jonah, un enfant aux « besoins spéciaux », selon l’expression en usage aux Etats-Unis, dont le trouble reste hors d’atteinte des médecins, Marlo est enceinte d’un troisième enfant.
Le secours que lui apporte son compagnon Drew (Ron Livingston) est limité à un pourcentage soigneusement calculé des tâches ménagères et parentales, qui, une fois atteint, autorise le patriarche à se réfugier dans la chambre conjugale, où il se consacre à l’extermination de ses adversaires dans un jeu vidéo.

   


Aussi sympathique que soit la physionomie de Ron Livingston, cette figure paternelle tiendra le rôle du méchant dans cette histoire qui ne va pas rester banale. Plus que par la directrice d’école compréhensive, mais impitoyable, plus que par la belle-sœur aussi gourde que cruelle, c’est par le mâle du foyer qu’arrive le malheur.
Tully, c’est une Mary Poppins alternative, l’irruption des charmes et des sortilèges dans le quotidien le plus pesant
Après la naissance de Mia, Marlo finit par accepter la proposition, initialement refusée, que lui avait faite son frère, un parvenu sympathique (Mark Duplass, bénéficiaire de la générosité hors du commun de Diablo Cody à l’égard de certains de ses personnages secondaires) : il s’est engagé à payer les services d’une nounou de nuit, qui viendra chaque soir s’assurer que Marlo et Mia parviennent jusqu’au matin fraîches et reposées. C’est ainsi qu’un soir Tully (Mackenzie Davis) apparaît sur le seuil de la maison de Marlo.
A partir de ce moment, la chronique quotidienne de la maternité, teintée de sarcasmes et de colère (une autre recette de la maison Cody), devient une espèce de conte de fées. Tully prend en main non seulement l’intendance mais aussi la psyché fêlée de son aînée. Jason Reitman prend un plaisir évident à arranger le duo entre les deux actrices, la star qui s’est délibérément ternie, l’étoile ascendante qui brille de sensualité et d’amour. Tully, c’est une Mary Poppins alternative, l’irruption des charmes et des sortilèges dans le quotidien le plus pesant.

   


Retournement final
Son pouvoir curatif impressionne d’autant que Reitman a donné jusque-là libre cours à ses propres penchants les plus négatifs, ceux qui agaçaient les hygiénistes dans Thank You for Smoking (2005), les féministes dans Juno (2007) ou les syndicalistes dans In the Air (2009). Le réalisateur embrasse la magie avec tant d’enthousiasme qu’on en reste déconcerté, et ravi.
Restait à faire tenir dans le même espace imaginaire ces deux dimensions a priori incompatibles. Le retournement final imaginé par Diablo Cody, et la façon dont Jason Reitman le met en scène, propose un modèle en matière de sidération douce.
Il ne s’agit pas de mettre à l’envers l’esprit du spectateur, comme le faisait M. Night Shyamalan dans Sixième sens (1999), mais de l’accompagner dans sa rêverie, dans ses pensées, autour d’un sujet si banal qu’on n’y accorderait guère d’attention si une star n’avait pas pris une douzaine de kilos pour le porter à l’écran.

Film américain de Jason Reitman. Avec Charlize Theron, Mackenzie Davis, Ron Livingston, Mark Duplass (1 h 35). Sur le Web : www.marsfilms.com/film/tully, focusfeatures.com/tully et www.facebook.com/tullymovie

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 27 juin)
JSA (Joint Security Area), film coréen de Park Chan-wook (à ne pas manquer)Ma fille, film allemand, italien et suisse de Laura Bispuri (à ne pas manquer)Sicario, la guerre des cartels, film américain de Stefano Sollima (à ne pas manquer)Tully, film américain de Jason Reitman (à ne pas manquer)Un couteau dans le cœur, film français de Yann Gonzalez (à ne pas manquer)Parvana, une enfance en Afghanistan, film d’animation canadien, irlandais et luxembourgeois de Nora Twomey (à voir)Love, Simon, film américain de Greg Berlanti (pourquoi pas)Budapest, film français de Xavier Gens (on peut éviter)
A l’affiche également :
A 2 heures de Paris, film français de Virginie VerrierLes Affamés, film français de Léa FrédevalPur-sang, film américain de Cory Finley





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Chaque mercredi, « La Matinale du Monde » propose un choix de longs-métrages à voir sur grand écran.
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Article sélectionné dans La Matinale du 26/06/2018
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Soleil de Sardaigne, maternité et porno gay : notre sélection cinéma

Chaque mercredi, « La Matinale du Monde » propose un choix de longs-métrages à voir sur grand écran.



Le Monde
 |    27.06.2018 à 06h35
 • Mis à jour le
27.06.2018 à 07h42
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Cette semaine, La Matinale est tiraillée entre deux pôles. Celui de la famille, vue au travers d’une mère dépassée par la naissance de son troisième enfant (Tully), et des relations mères-fille entre trois femmes en Sardaigne (Ma fille). Et celui des plaisirs de la chair, grâce à Vanessa Paradis, qui revient dans un rôle de productrice de films pornos gays (Un couteau dans le cœur).
NOUVEAU RÉCIT SUR LA MATERNITÉ : « Tully », de Jason Reitman

Quand les acteurs se transforment, il est d’usage que ce soit pour une cause sortant de l’ordinaire. Gary Oldman s’est vieilli, rapetissé, pour célébrer Winston Churchill dans Les Heures sombres (2018). Charlize Theron s’est enlaidie pour toucher à la réalité d’Aileen Wuornos, la meurtrière de Monster (2003).
Quinze ans plus tard, la même Charlize Theron mue à nouveau ; cette fois pour être une femme comme on en croise chaque jour, une mère de famille qui perd pied. On découvre Marlo comme à travers une eau trouble dans laquelle elle se débat sans jamais arriver à remonter à la surface : Marlo est enceinte d’un troisième enfant.
Après la naissance de Mia, Marlo finit par accepter la proposition, initialement refusée, que lui avait faite son frère, un parvenu sympathique : il s’est engagé à payer les services d’une nounou de nuit, qui viendra chaque soir s’assurer que Marlo et Mia parviennent jusqu’au matin fraîches et reposées. C’est ainsi qu’un soir Tully (Mackenzie Davis) apparaît sur le seuil de la maison de Marlo. A partir de ce moment, la chronique quotidienne de la maternité, teintée de sarcasmes et de colère, devient une espèce de conte de fées. Le réalisateur embrasse la magie avec tant d’enthousiasme qu’on en reste déconcerté, et ravi. Thomas Sotinel
Film américain de Jason Reitman. Avec Charlize Theron, Mackenzie Davis, Ron Livingston, Mark Duplass (1 h 35).
PARADIS PRODUCTRICE DE PORNOS GAY : « Un couteau dans le cœur », de Yann Gonzalez

D’où vient Un couteau dans le cœur, le deuxième long-métrage de Yann Gonzalez ? De loin, d’un inframonde social et cinématographique, ancien et peut-être oublié, d’un monde qui ne se souciait pas d’appartenir à la culture et même à la société, mais qui aura peut-être incarné le cœur saignant de son époque. C’est un film nourri du passé mais qui ne pouvait pourtant se concevoir qu’aujourd’hui.
A travers ce récit ponctué de meurtres ritualisés (l’assassin est masqué et son arme est un ­ godemiché doté d’une lame rétractable) dans le milieu du cinéma porno gay de la fin des années 1970, Yann Gonzalez invite le spectateur à participer à un très singulier trip. Les victimes de l’assassin à la cagoule de latex sont des comédiens de films pornographiques homosexuels produits par Anne Pareze (Vanessa Paradis). Un couteau dans le cœur est une déclaration d’amour tout autant qu’une déconstruction des thrillers italiens de série des années 1970, du cinéma pornographique, mais aussi de l’abstraction plastique. Jean-François Rauger
Film français de Yann Gonzalez. Avec Vanessa Paradis, Kate Moran, Nicolas Maury (1 h 42).
TRIO FÉMININ : « Ma fille », de Laura Bispuri

Jamais la blondeur et la flamme de l’Italienne Alba Rohrwacher ne se sont si bien accordées avec un paysage, au cinéma. Celui de la Sardaigne, rocailleux et brûlant comme ­Angelica, l’un des trois personnages du film de Laura Bispuri. Femme vivant dans la marge, sur le point de perdre sa maison, Angelica devrait quitter sa terre. Mais c’est à ce moment précis qu’elle prend conscience de son attachement à Vittoria, sage fillette (Sara Casu). Cette dernière a été élevée avec amour par Tina (Valeria Golino). Mais la préadolescente éprouve le besoin de s’éloigner.
Au-delà du court suspense qu’elle installe sur l’identité de la mère biologique, la réalisatrice s’emploie à dissoudre la famille et ses normes dans un nuage de poussière. Le trio de femmes sans jules (et Jim) se déplace, géographiquement et mentalement, sur ce coin isolé de Sardaigne qui­ devient « terrain de jeu » au sens cinématographique du terme.
Le deuxième long-métrage de Laura Bispuri, sélectionné en compé­tition officielle à Berlin, tout comme son premier, Vierge sous serment (2015), n’a que l’esthétique du western : sous l’écrasante chaleur et le poids des traditions masculines (les femmes, c’est comme le rodéo ou presque), il n’y a pas de mise à mort, ni ­vainqueure ni perdante. Clarisse Fabre
Film italien, suisse et allemand de Laura Bispuri. Avec Alba Rohrwacher, Valeria Golino et Sara Casu (1 h 27).
ÉROTISME JAPONAIS : Festival du film de fesses, à Paris (du 28 juin au 1er juillet)

   


Cela fait maintenant cinq ans qu’une manifestation, lestement intitulée « Festival du film de fesses », inaugure à Paris la saison estivale d’une ardeur toute licencieuse. Lancé en 2014 par deux amatrices d’art érotique (Anastasia Rachman et Maud Bambou), l’événement se déroule sur quatre jours, du 28 juin au 1er juillet, dans trois cinémas du Quartier latin (le Reflet Médicis, la Filmothèque et les 3 Luxembourg).
Sous son appellation grivoise, on déniche surtout une plantureuse programmation de films rares ou inédits, célébrant les dévoilements anatomiques et la sexualité sous toutes ses formes. L’édition de cette année se penche judicieusement sur le Japon, où l’érotisme compte au rang des beaux-arts et dont le cinéma, des années 1960 à nos jours, fut incroyablement prodigue en la matière. Entre une nuit autour d’Eiichi Yamamoto, animateur érotomane et auteur de l’extraordinaire Belladonna (1973), d’après La Sorcière, de Jules Michelet, et la projection d’une poignée d’œuvres-cultes et exubérantes (dont Inflatable Sex Doll of the Wastelands, d’Atsushi Yamatoya) surnage le nom d’un cinéaste à redécouvrir d’urgence : Tatsumi Kumashiro (1927-1995), auquel le festival consacre une mini-rétrospective. Mathieu Macheret
www.lefff.fr

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 27 juin)
JSA (Joint Security Area), film coréen de Park Chan-wook (à ne pas manquer)Ma fille, film allemand, italien et suisse de Laura Bispuri (à ne pas manquer)Sicario, la guerre des cartels, film américain de Stefano Sollima (à ne pas manquer)Tully, film américain de Jason Reitman (à ne pas manquer)Un couteau dans le cœur, film français de Yann Gonzalez (à ne pas manquer)Parvana, une enfance en Afghanistan, film d’animation canadien, irlandais et luxembourgeois de Nora Twomey (à voir)Love, Simon, film américain de Greg Berlanti (pourquoi pas)Budapest, film français de Xavier Gens (on peut éviter)
A l’affiche également :
A 2 heures de Paris, film français de Virginie VerrierLes Affamés, film français de Léa FrédevalPur-sang, film américain de Cory Finley





                            


                        

                        

