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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Né sur l’île de Mozambique, l’homme au destin exceptionnel est arrivé au pays du Soleil-Levant en tant qu’esclave à la fin du XVIe siècle.
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Récit

La légende retrouvée de Yasuke, le premier samouraï noir du Japon

Né sur l’île de Mozambique, l’homme au destin exceptionnel est arrivé au pays du Soleil-Levant en tant qu’esclave à la fin du XVIe siècle.

Pierre Lepidi
    



LE MONDE
              datetime="2018-06-24T18:30:32+02:00"

        Le 24.06.2018 à 18h30

     •
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        Mis à jour le 25.06.2018 à 06h39






    
Yasuke, le samouraï noir, lors d’un bain pour vérifier l’aspect naturel de sa peau.
Crédits : CREATIVE DIGITAL


C’est l’histoire d’un homme qui fut engloutie par le temps. Au point que même son nom de naissance a été perdu. De lui, on ne connaît que le surnom japonais qui lui a été attribué : Yasuke. Ancien esclave né sur la côte est-africaine au milieu du XVIe siècle, Yasuke est devenu le premier samouraï étranger de l’histoire du Japon.
Il aura fallu attendre près de cinq siècles pour que ce destin hors du commun refasse surface. Pourquoi maintenant ? Personne ne peut le dire.
Au pays du Soleil-Levant, cet homme fort et courageux animé d’une passion pour l’art de la guerre apparaît aujourd’hui dans une publicité. Au Cameroun, une exposition lui est consacrée à partir de mardi 26 juin au Palais des congrès de Yaoundé ; et elle migrera dans quelques mois au Japon. En Espagne, au Portugal, en Italie ou en Roumanie, des dizaines d’articles ont été publiés pour raconter les exploits de ce guerrier. Aux Etats-Unis enfin, la société de production Lionsgate, qui a notamment produit le film Highlander, a annoncé qu’elle travaillait sur son biopic.

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La vie de Yasuke se lit comme un roman. « Un lecteur martiniquais, passionné d’arts martiaux, m’a contacté un jour pour me dire que lors d’un voyage au Japon, on lui avait parlé de cet Africain devenu l’un des premiers étrangers à intégrer l’élite guerrière nippone, explique Serge Bilé, journaliste et auteur de la biographie Yasuke, le samouraï noir (Owen Publishing, mars 2018). J’ai creusé la piste en m’appuyant sur des historiens, des ethnologues, des spécialistes de l’Inde et du Japon. »
« Dévisagé comme une bête curieuse »
Yasuke est né sur l’île de Mozambique, au large du pays du même nom, dans les années 1530 ou 1540. Comme tous les membres de la communauté makua à laquelle il appartient, il pêche et chasse avec dextérité. C’est en recherchant la trace d’un lion blessé par sa sagaie qu’il est capturé par des trafiquants d’esclaves. Le jeune homme est alors arraché à son île.

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« L’un des deux marins s’empare de lui et l’entraîne brutalement sous les ponts où s’amassent un tas d’hommes noirs, enchaînés les uns aux autres, prostrés, accablés, découragés, peut-on lire dans la biographie. Yasuke est effrayé par ce tableau et saisi par l’odeur nauséabonde qui se dégage du lieu. C’est un mélange répugnant d’urine, de selles et de sueur. L’air est irrespirable. » La traversée jusqu’à Goa, en Inde, un port portugais à l’époque, va durer un mois et quelques jours.

    
Arrivée au XVIIe siècle de bateaux étrangers à Nagasaki, ville japonaise située sur la côte nord-ouest de l’île de Kyushu.
Crédits : CC 2.0


Yasuke est conduit sous bonne escorte à un endroit baptisé Leilao, qui signifie « enchères ». « Il enrage de se voir dévisagé comme une bête curieuse, écrit Serge Bilé. Il maudit tous ces gens pour leur indépendance. Ils l’ont palpé de haut en bas. Ils ont également tâté le sexe et les seins de la femme à côté de lui. Quoi de plus normal à leurs yeux ? Les esclaves sont leur “chose” et ils s’accordent le droit, avant d’enchérir, de vérifier la marchandise. »
Le jeune Africain est acheté par un gentilhomme et conduit jusqu’à une bâtisse appartenant à des jésuites. Son travail va alors consister à aller chercher toute la journée de l’eau à une source et à la ramener dans de grandes cruches. La tâche n’est pas épuisante, mais elle est répétitive et dévolue aux femmes chez les Makua, ce que Yasuke ressent comme une humiliation. Les mois s’enchaînent, il souffre de l’exil et du déracinement. « Il songe au suicide mais ne veut pas s’y résoudre. Pour sa maman, pour la revoir, il est prêt à vivre et il est prêt à tout. »
Un voyage de près de deux ans
Le 6 septembre 1574, son destin bascule une nouvelle fois après le débarquement de quarante-quatre ecclésiastiques à Goa. Parmi eux se trouve Alessandro Valignano, un prêtre élégant chargé d’inspecter les missions jésuites de sa juridiction. Après plusieurs mois, ce dernier décide de poursuivre son travail au Japon. Il cherche un homme puissant et fort pour le servir et assurer sa protection. Il choisit Yasuke. Le 20 septembre 1577, les deux hommes embarquent pour un voyage qui durera près de deux ans. Après des escales à Malacca, l’actuelle Malaisie, et Macao (Chine), ils arrivent au Japon le 25 juillet 1579.

    
Le prêtre jésuite Alessandro Valignano.
Crédits : CC 2.0


Sur l’île de Kyushu, le siège de la mission jésuite se situe dans la petite localité d’Arima, à quelques encablures de Nagasaki. Au pays du Soleil-Levant, la vue de cet homme à la peau noire provoque l’hystérie de la population. « Ils aiment voir les Noirs, spécialement les Africains, écrit à l’époque le père Organtino Gnecchi-Soldo. Les Japonais sont même prêts à parcourir une centaine de kilomètres rien que pour les voir et se distraire en leur compagnie pendant trois ou quatre jours. » L’idée d’exhiber un esclave africain pour en tirer profit et gagner de l’argent est courante chez les prêtres jésuites.
Le 8 mars 1581, Yasuke et Alessandro Valignano quittent l’île de Kyushu pour Kyoto, où règne Oda Nobunaga, un puissant seigneur de guerre. Lorsqu’il rencontre le jeune Makua, le daimyo (gouverneur de province) est subjugué par sa force, sa taille (plus de 1,90 m), son intelligence, qui lui a notamment permis d’apprendre le japonais, et sa peau. Au point de lui faire prendre un bain pour vérifier si le noir est bien sa couleur naturelle. Pris d’empathie pour Yasuke, Oda Nobunaga demande à Alessandro Valignano, qui doit quitter le Japon, de laisser son serviteur auprès de lui. Le jésuite accepte.

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Le jeune esclave est vite libéré et élevé au rang de samouraï. En devenant l’un des gardes du corps du seigneur de guerre, Yasuke entre dans son premier cercle. En plus des deux sabres qu’il a le droit de porter, le Japonais lui confie sa propre lance.
« C’est un privilège exceptionnel pour l’époque, écrit Serge Bilé. Seuls les guerriers ont le droit de porter ces deux sabres en même temps. C’est dire la confiance que Nobunaga place en Yasuke. Pour le jeune Makua, c’est le rêve d’une vie qui se réalise. Il est le premier étranger à porter les attributs des célèbres chevaliers nippons. Personne avant lui, pas même un Européen, n’avait eu cet honneur ! » Il se voit aussi offrir une maison et même la fille adoptive du seigneur de guerre comme épouse.
« Yasuke n’est pas un homme »
Yasuke devient un guerrier. Il en est fier et heureux. En 1582, il s’illustre lors de la bataille de Tenmokuzan livrée contre Takeda Katsuyori, un autre seigneur de guerre, grand rival d’Oda Nobunaga. La victoire est belle, Yasuke savoure. Mais sa proximité avec le grand seigneur suscite des jalousies dans la province.
Parmi les plus envieux, Akechi Mitsuhide, qui accuse Oda Nobunaga d’être responsable de la mort de sa mère. Il rassemble des hommes et lance une attaque contre le seigneur, qui se retrouve vite en infériorité numérique. Plutôt que de se rendre, le daimyo se fait hara-kiri sous les yeux de Yasuke, qui n’a pas le courage de s’enfoncer un sabre dans le ventre. Lui préfère mourir au combat. Alors il prend ses armes et part se battre, mais il est arrêté.

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Il aura la vie sauve. Dans une lettre écrite le 5 novembre 1582, le père Luis Frois écrit : « Pour Akechi Mitsuhide, Yasuke n’est pas un homme, c’est un animal. Il n’est donc pas la peine de le tuer. Il faut le renvoyer en Inde chez les prêtres. »
Le premier samouraï étranger est-il retourné à Goa ? En Afrique ? Sa trace se perd dans les limbes de l’histoire. « Il est aujourd’hui impossible de connaître la fin de Yasuke, explique Julien Peltier, auteur de Samouraïs, dix destins incroyables (éd. Prisma, 2016). Yasuke était un homme respecté et on peut aussi envisager qu’il soit resté au Japon. Mais c’est spéculatif. »
La fin de l’histoire est-elle importante après une vie aussi riche ? « Pas vraiment, même si on préférerait évidemment savoir », répond Anne-Sophie Omgba, directrice de Subsahara Group, la société qui organise l’exposition de Yaoundé : « Nous rendons hommage à Yasuke parce qu’il était un esclave africain et qu’il est devenu un héros. »


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ A 88 ans, l’écrivain allemand, toujours en verve, cultive le rejet de l’autorité qui le caractérise depuis un demi-siècle. « Tumulte », autoportrait sceptique, en témoigne.
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Hans Magnus Enzensberger, le réfractaire radical

A 88 ans, l’écrivain allemand, toujours en verve, cultive le rejet de l’autorité qui le caractérise depuis un demi-siècle. « Tumulte », autoportrait sceptique, en témoigne.



Le Monde
 |    24.06.2018 à 09h00
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            

Un orage tonne sur Munich et l’élégant quartier de Schwabing. Thomas Mann y vécut, et toute une bohème y inventa la liberté des mœurs, au début du XXe siècle. Hans Magnus Enzensberger habite là. A près de 90 ans, rien n’ébranle l’entrain de ce grand romancier, essayiste, poète et dramaturge allemand, qui incarne, non sans ironie, la figure devenue plutôt discrète de l’intellectuel de gauche. Mince, obstinément fumeur et buveur de café, à chaque réplique il rit de lui-même, laissant entendre que le temps joue désormais contre lui.
Dans son dernier livre traduit en français, il mène un dialogue, sous forme théâtrale, avec son propre moi, pour éviter le « mensonge » des autobiographies. « J’ai appliqué dans Tumulte la technique du “dialogue des morts”, venue de l’Antiquité, de Lucien [IIe siècle], reprise par Fontenelle au XVIIIe siècle. La méthode me plaît », dit-il en montrant l’ouvrage qui traîne à propos sur sa table. Dans Hammerstein (Gallimard, 2010), récit sur la vie et la famille d’un général allemand hostile au nazisme, « j’ai aussi discuté avec un disparu et, dans Tumulte, je converse avec moi-même, jeune et vieux. Ces procédés amusants sont destinés à évacuer le pathos de la confession à la Rousseau ».
Excellent connaisseur de la culture française
Parmi les auteurs des Lumières, cet excellent connaisseur de la culture française (récemment, il dit avoir apprécié Eric Vuillard) voue à Diderot une passion « obsessionnelle » et, chaque année, il relit Jacques le fataliste. Contrairement à l’image sombre et dionysiaque de l’écrivain allemand qu’on chérit en France, lui s’inscrirait plutôt dans l’héritage rationaliste goethéen, passant par Heine. « Les Français raffolent du mythe de l’Allemand et de la “Forêt-Noire”, celui du roi des Aulnes à la Tournier », résume Enzensberger. Lequel s’étonne ainsi du succès qu’ont...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ « La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr » d’Antoine Marchalot.
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Article sélectionné dans La Matinale du 23/06/2018
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Leumonde.fr, par Antoine Marchalot (épisode 107)

« La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr » d’Antoine Marchalot.



Le Monde
 |    24.06.2018 à 06h45
 • Mis à jour le
24.06.2018 à 07h00
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ Je ne serais pas arrivée là si… L’écrivaine, auteure de « Elle s’appelait Sarah », raconte comment sa double culture franco-anglaise l’a construite.
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Article sélectionné dans La Matinale du 23/06/2018
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Tatiana de Rosnay : « Pendant vingt-cinq ans, mon corps a été l’ennemi »

Je ne serais pas arrivée là si… L’écrivaine, auteure de « Elle s’appelait Sarah », raconte comment sa double culture franco-anglaise l’a construite.



Le Monde
 |    24.06.2018 à 06h43
 • Mis à jour le
24.06.2018 à 17h29
    |

            Pascale Krémer








                        



                                


                            

Auteure de treize livres dont une ­biographie de Daphné du Maurier, la romancière franco-britannique Tatiana de Rosnay a acquis une notoriété mondiale avec Elle s’appelait Sarah (Héloïse d’Ormesson, 2007), vendu à onze millions d’exemplaires. Trois de ses ­romans ont aussi été portés à l’écran. Elle a récemment publié Sentinelle de la pluie, et elle vient de signer la pétition d’une quarantaine d’« auteurs en colère » contre l’évolution ­prévue de leur régime social et fiscal.
Je ne serais pas arrivée là si…
Si je n’avais pas un cerveau hybride. Un ­cerveau franglais. Cette double culture, ­anglaise par ma mère, française par mon père, cette dualité, cette richesse, le fait d’être coincée entre deux pays qui adorent se détester, tout cela m’a donné un point de vue ­singulier. L’envie de lire, puis de devenir ­écrivain. J’ai deux langues d’écriture – nous ne sommes pas très nombreux dans ce cas. Et je suis incapable de choisir entre les deux. Au point que j’envisage d’écrire un roman à la fois en français et en anglais.
Enfant, vous étiez constamment plongée dans les livres ?
J’étais un « ver de livres », comme on dit en anglais. Je les dévorais ! Je lisais en anglais, en français, Jules Verne comme Edgar Poe, Enid Blyton comme la comtesse de Ségur. En grimpant sur le canapé, j’attrapais les livres tout en haut de la bibliothèque. A 11 ans, je ­lisais Lolita, de Nabokov, ou L’Amant de Lady Chatterley. Mes parents, ça ne les dérangeait pas…
Mais c’est la littérature anglo-saxonne qui a façonné mon imaginaire. L’envergure de la nature qui y est décrite, le côté macabre d’Edgar Allan Poe, les secrets des sœurs Brontë… Quand j’avais 11 ans, toujours, pour Noël, ma mère m’a offert Rebecca, de Daphné du Maurier. Cela m’a fascinée… Cette ­noirceur ! L’absence de fin, cette espèce de fantôme qu’on ne voit jamais, et le manoir traité comme un personnage...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ En 1968 paraissait « Le Devoir de violence », du Malien Yambo Ouologuem, prix Renaudot vite terni par des accusations de plagiat, et oublié. Le voici réédité.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
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Histoire d’un livre. Retour sur l’affaire Ouologuem

En 1968 paraissait « Le Devoir de violence », du Malien Yambo Ouologuem, prix Renaudot vite terni par des accusations de plagiat, et oublié. Le voici réédité.



Le Monde
 |    23.06.2018 à 09h00
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Le Devoir de violence, de Yambo Ouologuem, Seuil, 304 p., 19 €.

Un scandale. Voilà ce qu’avait fini par évoquer le titre Le Devoir de violence. Paru au Seuil en 1968, ce premier roman a fait le succès fulgurant d’un auteur malien inconnu : Yambo Ouologuem (1940-2017), premier Africain récompensé par le prix Renaudot. Mais en 1972, l’écrivain, traduit dans dix pays, fut accusé de plagiat. Plus tard, l’éditeur français cessa les réimpressions. Et Le Devoir de violence devint un livre fantôme.
2018 marque ses 50 ans et son retour en librairie, dans sa collection d’origine au Seuil, « Cadre rouge », qui publie la littérature française générale. La maison a lancé le projet en 2016 en accord avec la fille de l’écrivain. « Nous avons décidé de rééditer dans un souci de mise à disposition du texte, de devoir de mémoire et de transparence », explique Frédéric Mora, directeur du département littérature de la maison. Le Seuil a également ouvert ses archives, déposées à l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (IMEC), qu’a consultées Jean-Pierre Orban, chercheur de l’équipe Manuscrits francophones de l’Institut des textes et manuscrits modernes (ITEM/CNRS-ENS). Il en a tiré un article passionnant : « Livre culte, livre maudit : histoire du Devoir de violence, de Yambo Ouologuem » (à consulter sur la revue en ligne Continents manuscrits), qui retrace son destin.
Le 20 avril 1967, Yambo Ouologuem envoie Le Devoir de violence au Seuil. C’est le quatrième manuscrit adressé par le jeune auteur malien, qu’une note interne désigne comme « à suivre », malgré les refus. Ce texte, racontant l’histoire, sur huit siècles, de la dynastie des Saïfs, à l’origine de laquelle se trouve un juif noir, est à son tour rejeté (les notes de lecture, sévères, sont parfois teintées de racisme). Mais l’éditeur Jean Cayrol, lui, le qualifie d’« A la recherche...




                        

                        


<article-nb="2018/06/25/19-7">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Anthropologue d’origine colombienne, il montre, par une critique radicale, à quel point le récit de la modernité est centré sur l’Occident.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
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Arturo Escobar, pourfendeur du développement

Anthropologue d’origine colombienne, il montre, par une critique radicale, à quel point le récit de la modernité est centré sur l’Occident.



Le Monde
 |    23.06.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
23.06.2018 à 07h33
    |

            Nicolas Bourcier








                        



                                


                            

Un prophète aux cheveux longs. Une voix étonnamment douce, un regard fixe, une pensée complexe et contagieuse. Au milieu des années 1970, dans une chambrée quelque part du côté du campus de l’université Cornell, dans l’Etat de New York, un jeune homme originaire de Colombie s’interroge. Ses études en biochimie ne l’intéressent plus. L’époque est à la contre-culture. On parle de Nord et de Sud, de démocratie et d’impérialisme, d’activisme aussi. Et puis il y a cette famine au Sahel qui revient dans toutes les discussions.
Arturo Escobar écrit trente pages, son premier texte en anglais. Un jet nourri contre la « révolution verte », cette politique de transformation des agricultures des pays dits en développement, fondée sur l’intensification et l’utilisation de céréales à haut rendement. « Il n’y avait pas encore cette radicalité de la critique », dira-t-il plus tard. Elle viendra avec le temps et les lectures. Mais déjà l’étudiant dénonce, par une étourdissante mise en abyme du système, les politiques de lutte contre la faim et les aides au développement : « Ces politiques ne résolvent pas le problème, elles le perpétuent. »
Des indigènes du sud aux ZAD
Sa plume sera son viatique et sa boussole. Grâce à elle, il construit une grammaire de luttes, un corpus de combat. Une structure, diront les spécialistes, à la fois théorique et pratique. Lui s’engage, change de cursus et de curseur, de focale aussi, en nous rappelant d’où il vient et d’où nous venons. Il interroge la modernité, observe les relations entre les peuples, entre les anciennes colonies et les anciens colons, questionne et décompose les rapports entre dominants et dominés.
« Il est un passeur de sens », dit l’ethnologue Irène Bellier, directrice de recherches au CNRS
Aujourd’hui, à 66 ans, Arturo Escobar a solidement planté son élégante et fine silhouette dans le milieu de la pensée critique globale. Il a écrit une dizaine de livres, collaboré...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Ancien professeur à Harvard, Stanley Cavell était une grande voix de la philosophie contemporaine. Il est mort le 19 juin, à Boston, à l’âge de 91 ans.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
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Le philosophe américain Stanley Cavell est mort

Ancien professeur à Harvard, Stanley Cavell était une grande voix de la philosophie contemporaine. Il est mort le 19 juin, à Boston, à l’âge de 91 ans.



Le Monde
 |    22.06.2018 à 16h10
    |

Marc Cerisuelo







                        



                                


                            

Stanley Cavell est mort le 19 juin à Boston (Massachusetts), d’un arrêt cardiaque. C’est l’une des grandes voix de la philosophie contemporaine qui s’éteint. Le terme de voix n’est pas seulement à entendre au sens figuré, tant le mot est central dans cette pensée du scepticisme qui nous empêche d’avoir confiance en nous-même et de faire entendre, dans la vie ordinaire, la politique ou l’art, cette voix qui exprime notre singularité et nous ouvre au monde par le truchement du langage.
Héritier de Ludwig Wittgenstein (1889-1951) en ces matières, Stanley Cavell a toujours occupé une place originale dans le débat contemporain. Situé à mi-chemin des traditions anglo-saxonne et continentale, toujours enclin à ouvrir le champ du philosophique à l’art, à la musique, à la littérature, au théâtre et (surtout) au cinéma, il tenait à faire résonner un ton typiquement américain dont l’origine est à situer (et à redécouvrir) chez Emerson et Thoreau, ces penseurs transcendantalistes de la Nouvelle-Angleterre qu’il a puissamment contribué à faire redécouvrir dans toute leur radicalité philosophique et politique (voir Qu’est-ce que la philosophie américaine ?, 1988, Gallimard, 2009).
Professeur à Harvard depuis 1963, Stanley Cavell ne se destinait pourtant pas à la philosophie. Né en 1926 à Atlanta (Géorgie) dans une famille juive d’origine russe très musicienne (sa mère jouait du piano dans les cinémas), pratiquant lui-même plusieurs instruments, il ambitionne de devenir compositeur et intègre la Juilliard School après un premier cursus universitaire à Berkeley. C’est au cours de ces années new-yorkaises qu’il fait l’épreuve de ce « scepticisme vécu » (Wittgenstein) et ressent le besoin encore diffus d’une orientation nouvelle.
Un cinéphile né
Il connaît un véritable chemin de Damas en écoutant, en 1955, les fameuses conférences américaines sur les actes de langage du philosophe britannique J. L. Austin (1911-1960), qui seront plus tard...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Les sujets de thèse des grands acteurs de l’enseignement supérieur et de l’éducation.
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Une biographie de l’homme d’Etat français, signée de l’historien britannique Julian Jackson, est parue au Royaume-Uni. La soirée de lancement, à Londres, était le 18 juin.
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De Gaulle, retour à Londres

Une biographie de l’homme d’Etat français, signée de l’historien britannique Julian Jackson, est parue au Royaume-Uni. La soirée de lancement, à Londres, était le 18 juin.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
21.06.2018 à 09h15
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            Philippe Bernard (Londres, correspondant)








                        



                                


                            

« Enfin une biographie sérieuse de moi ! Mais écrite par qui ? Hélas, hélas, hélas, par un historien anglais ! » Dans la grande salle de l’Institut français de Londres, l’historien Marc-Olivier Baruch déclenche les rires en prenant l’improbable accent anglais de De Gaulle pour saluer la publication de la biographie du « grand Charles » (1890-1970) signée par Julian Jackson, professeur d’histoire à l’université Queen-Mary de Londres (A Certain Idea of France. The Life of Charles de Gaulle, édité chez Allen Lane. Il est en cours de traduction). Le calendrier est impeccable : nous sommes le 18 juin. Le lieu aussi : non seulement Denis Saurat, directeur de l’Institut français en 1940, fut l’un des premiers à rejoindre un général alors inconnu, mais l’ambivalence des relations entre de Gaulle et le Royaume-Uni éclaire toute sa vie politique.
La « politique de grandeur » française disséquée
« Sous la Ve République, ses relations avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne se fondaient non sur la réalité des années 1960, mais sur le souvenir de ce que Churchill et Roosevelt lui avaient fait subir lorsqu’il était à Londres », a estimé Sudhir ­Hazareesingh, professeur d’histoire à Oxford. En 1958, peu après son retour au pouvoir, de Gaulle fait Churchill compagnon de la Libération. « La France sait ce qu’elle lui doit », appuie-t-il alors. Mais une autre réflexion, qui date des années londoniennes, pourrait aussi s’appliquer à Churchill : « Je ne respecte que ceux qui me tiennent tête, mais je ne les supporte pas. »
Redécouvrir de Gaulle à travers le regard d’un historien britannique offre plusieurs intérêts. Non seulement Julian Jackson dissèque sans scrupule – mais avec une admiration non contenue – la « politique de grandeur » française, mais il met aussi en lumière de façon convaincante le pragmatisme quasi britannique et le « pessimisme nietzschéen » de l’homme. Lundi, devant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Un jour de 1700, des Hopis en ont décimé d’autres. Pourquoi cette explosion de violence parmi le « peuple de la paix  » ? James F. Brooks enquête.
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Histoire. Massacre au sein du peuple hopi

Un jour de 1700, des Hopis en ont décimé d’autres. Pourquoi cette explosion de violence parmi le « peuple de la paix  » ? James F. Brooks enquête.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h15
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                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
Awat’ovi. L’histoire et les fantômes du passé en pays Hopi (Mesa of Sorrows. A History of the Awat’ovi Massacre), de James F. Brooks, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Frantz Olivié, Anacharsis, « Essais », 302 p., 23 €.

Un mystère est une double provocation : à faire la lumière et à s’habituer à l’obscurité, à en mesurer la profondeur. Qui sont les Hopis ? Que sait-on de ce petit peuple amérindien des hauts plateaux de l’Arizona, qui vivait là bien avant les différentes conquêtes de l’Amérique ? A la vaste littérature ethnologique accumulée à leur sujet depuis, au moins, Soleil hopi, de Don C. Talayesva (Plon, « Terre humaine », 1959), l’anthropologue et historien américain James F. Brooks ajoute une dimension peu explorée jusqu’ici, qui redouble les questions que soulève cette culture en une énigme proprement historique : celle des événements qui l’ont façonnée.
Quelque chose de terrible s’est cristallisé ce jour-là
La destruction du village hopi d’Awat’ovi, l’objet de son enquête, est l’un d’eux, parmi les principaux. Mais elle est aussi l’un des plus difficiles à établir avec certitude, hormis quelques faits, corroborés par de rares documents, une tradition orale et des fouilles archéologiques. Un jour de l’automne 1700, à l’aube, des Hopis venus de villages voisins envahirent les rues d’Awat’ovi, se précipitant vers les kivas, des abris souterrains où, toute la nuit, les habitants avaient célébré les rituels propres à cette saison. Là, écrit Brooks, « ils projetèrent sur leurs victimes ainsi prises au piège une pluie de piments rouges écrasés, de torches enflammées et de flèches ». La quasi-totalité de la population du village fut décimée, massacrée par d’autres Hopis – nom qui signifie « peuple de la paix ».

Comment ce « maelström de terreur et de colère » a-t-il pu se déchaîner au sein d’un tel peuple ? Que reprochaient les massacreurs aux...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Dans « Le Romanesque des lettres », Michel Murat propose une nouvelle interprétation des liens entre la vie et les livres.
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La littérature est un roman

Dans « Le Romanesque des lettres », Michel Murat propose une nouvelle interprétation des liens entre la vie et les livres.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
21.06.2018 à 11h02
    |

                            Jean-Louis Jeannelle (Spécialiste des études littéraires et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Le Romanesque des lettres, de Michel Murat, Corti, « Les Essais », 312 p., 23 €.

Sainte-Beuve, pour qui La Princesse de Clèves était l’histoire transposée de la liaison de Mme de La Fayette avec le duc de La Rochefoucauld, trouvait dans cette clé un surcroît de romanesque. Lecture réductrice à nos yeux de modernes, acquis à l’idée qu’une œuvre est le produit d’un autre moi que celui de l’écrivain en tant que sujet social.
Ne lisons-nous pas, néanmoins, A la recherche du temps perdu comme si le narrateur n’était autre que Proust ? Nous avons beau savoir qu’il s’agit d’un roman, nous n’en jouissons pas moins des entrelacs entre texte et biographie (les manies de Proust, son homosexualité…). N’y a-t-il là qu’un plaisir coupable, que chacun s’autorise par-devers soi, mais que condamne la critique – sauf à y voir un penchant un peu pervers, ce que Roland Barthes nommait son « marcellisme » ?

C’est la notion même de romanesque qu’il s’agit de repenser, ainsi que Michel Murat, professeur à la Sorbonne, y invite en formulant l’hypothèse que, depuis l’époque romantique, tout ce qui se rapporte à la littérature peut se lire comme un roman. Autrement dit, que le romanesque excède de très loin le genre littéraire dont il procède.
D’un moment, d’une situation ou d’une personne en particulier, nous disons souvent qu’ils sont « romanesques », non par facilité de langage, mais parce qu’innombrables sont les liens entre la littérature et la vie, en sorte que de l’une à l’autre se transmet un même goût pour l’intensité des passions, la polarisation des valeurs (jusqu’au manichéisme parfois) ou l’« utopie existentielle » et les contre-mondes.
Unité profonde
Aux yeux de la critique traditionnelle, c’est là l’effet d’un incurable bovarysme. Michel Murat parie, à l’inverse, sur l’unité profonde de tout ce qui se rapporte à la littérature :...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ La chronique de Bruno Latour, à propos de « L’Occupation du monde », de Sylvain Piron.
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Qui a la parole ? A la fois volcan et ornithorynque

La chronique de Bruno Latour, à propos de « L’Occupation du monde », de Sylvain Piron.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
21.06.2018 à 10h14
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                            Bruno Latour (Philosophe)








                        



                                


                            
L’Occupation du monde, de Sylvain Piron, Zones sensibles, 238 p., 19 €.

Si les religieux s’inquiètent de la « montée de l’incroyance », comme ils disent, voilà un souci que les économistes n’ont pas. La foi dans l’économie, cette « religion séculière », selon l’expression de Karl Polanyi (1886-1964), est intacte, et c’est en son nom que se commettent chaque jour, sur toute la planète, à grande échelle, des sacrifices humains. Les incroyants se terrent. Avez-vous jamais rencontré quelqu’un qui se dise « agnostique » en matière d’économie ?
Les anthropologues ont beaucoup fait pour établir, à force d’enquêtes, une science de la croyance économique qui jouerait le même rôle de mise à distance que la science des religions. Mais cela n’a pas suffi pour déraciner l’indéracinable préjugé qu’il existe un Homo econo­micus sorti tout droit de la nature au même titre et en même temps que l’Homo sapiens.

C’est tout l’intérêt du nouveau livre de Sylvain Piron que d’attirer notre attention sur une autre généalogie, plus ancienne, mais aussi, par conséquent, plus difficile à circonvenir. A l’instar de l’historien italien Giacomo Todeschini, l’auteur, lui-même médiéviste, voudrait montrer que la foi dans l’économie vient de la foi chrétienne telle qu’elle fut élaborée par les théologiens à la fin de l’Antiquité et pendant tout le Moyen Age.
Le mot « économie » renvoie d’abord à l’histoire de la providence et s’est à peine laïcisé depuis. Croissance et développement, richesse et capital sont quelques-uns des noms donnés par les scolastiques à la dispensation du salut chrétien. Entre tel traité du XIIIe siècle et tel éditorial du Wall Street Journal, la continuité est si grande que l’on arrive à se demander si, pour cesser de croire en l’économie, il ne faudrait pas enfin cesser d’être chrétien.
Conflit ouvert
D’après Piron, le recours...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Dans « Si », l’écrivaine raconte le cancer de son fils de 10 ans, leur combat. Et témoigne de ce que l’épreuve lui a révélé d’elle-même.
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L’année enfant malade de Lise Marzouk

Dans « Si », l’écrivaine raconte le cancer de son fils de 10 ans, leur combat. Et témoigne de ce que l’épreuve lui a révélé d’elle-même.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h01
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                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Si, de Lise Marzouk, Gallimard, 320 p., 21 €.

Au moment où elle apprend la maladie de son fils aîné, Lise Marzouk a déjà publié quelques livres, fruits de ses recherches universitaires en littérature sur les mythes et l’imaginaire. Mais aucun roman ni récit. L’année qu’elle passe aux côtés du petit garçon de 10 ans, hospitalisé à l’Institut Curie, à Paris, pour un lymphome, ne lui en laisse guère la disponibilité d’esprit, quand bien même l’écriture serait dotée de vertus cathartiques. « Je pourrais écrire, admet-elle. ­Tenir une sorte de journal, y raconter le quotidien, y explorer mes états d’âme. (…) Je pourrais le faire, mais je n’en ai ni l’occasion ni l’envie. Cela me paraît inadapté à l’Institut. Trop lent et laborieux. Trop réflexif également. (…) Qui sait en effet ce qu’il adviendrait si je me mettais à interroger mon expérience ? Il me semble que ma force actuelle se nourrit de trop d’inconscience pour prendre un tel risque. »
« “Il n’y a pas de si” »
Elle se promet néanmoins, « si son fils s’en sort vivant », d’interroger « cette énergie étrange qui la porte dans le combat ». C’est ce qu’elle fait dans ce beau récit, sobrement intitulé Si, en souvenir de l’éventualité sans cesse repoussée. « Ça se guérit », avait-elle expliqué à sa fille. « Et si on n’y arrive pas ? », s’était inquiétée la petite sœur du malade. « “Il n’y a pas de si”, avait tranché la mère. Je ne mens pas. Je ne parle plus de la maladie, du traitement, des risques. Je parle de ma guerre, de ma stratégie, de mon plan d’attaque. Et dans cette guerre, il n’y a qu’une seule issue possible. »
Lise Marzouk relate donc, chronologiquement, les étapes de ce combat mené en famille, la nécessité de maintenir un semblant de vie quotidienne avec ses autres enfants, la recherche de la bonne distance – aimante mais jamais...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Claro s’est plongé dans un dictionnaire letton-français de 1941 avec Nicolas Auzzaneau.
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Le feuilleton. Chair dictionnaire…

Claro s’est plongé dans un dictionnaire letton-français de 1941 avec Nicolas Auzzaneau.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h01
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                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Bibliuguiansie ou l’effacement de la lexicographe (Riga, 1941), de Nicolas Auzanneau, PhB, 70 p., 10 €.

Si tous les livres sont égaux entre eux, alors il est possible que les dictionnaires soient un peu plus égaux que d’autres. Ce qui ne les met pas pour autant à l’abri des coups tordus, loin de là. Le fait est qu’on les soupçonne souvent de dissimuler, sous leur froide carapace, nichés dans le réseau de leurs innombrables nerfs, de subtils venins et de discrètes toxines. On se souviendra que, dans son Grand Dictionnaire universel (1866-1888), Pierre Larousse, à la lettre « B » comme « ben voyons », faisait mourir Bonaparte juste avant que ce dernier ne ressuscite en Napoléon. Oserait-on aujourd’hui, entre Machiavel et Madoff, faire périr un Macron avant son accession au pouvoir ? « M » comme « mouais ».
Chaque année, au sein de ces ouvrages qui défient la lecture linéaire ou exhaustive, on voit surgir et s’enfuir des troupeaux de vocables, on note des altérations de définitions, comme si le lexique, à l’instar d’une pieuvre, mimétisait sans relâche au sein du grand bain social. Pour passer inaperçu. Mieux s’emparer de sa proie. Pas étonnant que le pouvoir ait les dictionnaires à l’œil. Big Brother is reading you. Voilà pourquoi on aurait tort de supposer fade et ennuyeux le destin de cette espèce menacée qu’est le Lavitski-Franciska vardnica, dictionnaire letton-français publié en 1941 à Riga, le premier de son genre, jamais réédité mais ô combien utile et passionnant aux yeux d’un traducteur comme Nicolas Auzanneau, qui en a fait l’objet d’une brève mais trépidante enquête.
Acheté par l’auteur en 1998 (ou 1997) afin de traduire « en costume d’époque », ce dictionnaire, qui a première vue évoque « une brique pataude » de moins de 900 pages, coûtait lors de sa parution, inflation oblige, 22 roubles. Sa parution ? Parlons-en ! « Publier...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Le poète voyageur, désormais retiré dans la ville de son enfance, publie deux recueils portés par la même rage de tout dire.
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William Cliff retombe sur ses pieds

Le poète voyageur, désormais retiré dans la ville de son enfance, publie deux recueils portés par la même rage de tout dire.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h01
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                            Xavier Houssin (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Matières fermées, de William Cliff, La Table ronde, 256 p., 18 €.
Au nord de Mogador, de William Cliff, Le Dilettante, 128 p., 15 €.

Cela fait un moment déjà que William Cliff ne court plus le monde. Il y a eu Barcelone et puis, dans le désordre, Bénarès, Atlanta, Vienne, Saint-Pétersbourg, Tokyo, Porto Rico, Helsinki, Belgrade, Istanbul, Santa Cruz et tant d’autres qu’on oublie. Des villes proches, des lointaines. Et d’autres paysages. Il a vécu là-bas des amours de rencontre, a frotté son errance à de jeunes et beaux garçons, des poètes, des sales types et des pas-grand-chose. Cargos transatlantiques, salles des terminaux aéroportuaires. Il est rentré couvert d’attachantes blessures, le cœur inassouvi, les rêves cabossés. Juste un peu fatigué. Plus de dix ans maintenant que le poète vit vraiment chez lui (à quelques escapades près), à Gembloux, en Belgique. La ville de son enfance.
C’est là qu’il écrit. Matières fermées, qu’il vient de signer, est un long poème en huit « liasses ». Des liasses de souvenirs, d’épais et lourds dossiers, arrachés à sa mémoire. Des inédits d’une certaine manière, du jamais confié, bien qu’effleuré, et qui peuvent faire suite à son Autobiographie (La Différence, 1993), où il rimait sa vie, en cent sonnets, de ses premières à ses jeunes années. « Je suis né à Gembloux en mil neuf cent quarante/mon père était dentiste et je l’ai déjà dit/ma mère eut neuf enfants et je l’ai dit aussi/pourquoi faut-il que je revienne à cette enfance ? »
Ce sont des sonnets qui composent aussi Matières fermées. William Cliff donne ainsi de la forme et du style à son intime ordinaire. Jours qui filent. Qu’on retrouve au hasard. Des noms, des lieux, des visages. Le poème parle de maladie, de singuliers fantômes, d’enfants devenus vieux et d’oiseaux dans les champs. De livres, d’églises, d’arbres,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Avec « Drach », histoire d’une famille, le romancier Szczepan Twardoch creuse la boue sanglante de cette contrée entre Pologne et Allemagne.
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Le chant de la terre silésienne

Avec « Drach », histoire d’une famille, le romancier Szczepan Twardoch creuse la boue sanglante de cette contrée entre Pologne et Allemagne.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h01
    |

                            Eric Loret (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Drach, de Szczepan Twardoch, traduit du polonais par Lydia Waleryszak, Noir sur blanc, 400 p., 23 €.

Vox populi, vox dei. Si l’on tape « Drach Szczepan Twardoch » dans un moteur de recherche, on voit que, entre un Stephen King et un Harry Potter, Drach a été recensé dans son pays par au moins deux « booktubeuses », ces jeunes femmes qui déballent des livres sur YouTube et en font la publicité sans presque jamais en effleurer le contenu. Signe de succès au-delà du champ adulte, donc, ce qui peut paraître curieux pour un roman multiple, feuilleté, dur, jouant avec la langue et qui raconte le destin massacré d’une famille silésienne tout au long du XXe siècle, le tout sous un ciel bas et lourd.
Peut-être ce succès adolescent vient-il de ce que Szczepan Twardoch a écrit beaucoup de nouvelles fantastiques et de science-fiction ? Ou que, couvert de prix depuis l’âge de 28 ans (il en a 38), il se montre sur Facebook en « bogosse » ­mécheux, dandy dangereux, boxeur, amateur d’armes à feu et mannequin à ses heures ? Catholique, se présentant comme silésien, il incarne une certaine fierté nationaliste et une résistance mémorielle. Comme le résume un lecteur sur le site d’une librairie polonaise en ligne, Twardoch raconte des histoires « de personnes qui vivent toujours au même endroit » et qui « se débattent avant tout avec la vie ordinaire ».
Va-et-vient mortifères
La Silésie, aujourd’hui répartie entre l’Allemagne, la République tchèque et la Pologne, a connu le destin exemplaire de ces lieux-limites de l’Europe en guerre : découpée entre Allemagne et Pologne en 1919, elle est entièrement soumise ensuite au IIIe Reich, qui y extermine les juifs et persécute les Polonais. A l’arrivée des Soviétiques, ce sont les Allemands qui sont chassés, mais des polonophones demanderont à émigrer en Allemagne…
Twardoch concentre volontiers ces...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ « Le Salaire de la peur » reparaît en poche. C’est l’occasion de palpiter avec ce roman noir tant vanté par Philippe Jaenada dans « La Serpe ».
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Suer à grosses gouttes à la lecture de Georges Arnaud

« Le Salaire de la peur » reparaît en poche. C’est l’occasion de palpiter avec ce roman noir tant vanté par Philippe Jaenada dans « La Serpe ».



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h01
 • Mis à jour le
21.06.2018 à 09h30
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            
Le Salaire de la peur, de Georges Arnaud, Pocket, 176 p., 4,30 €.

Dans La Serpe (Julliard, prix Femina 2017), Philippe Jaenada enjoignait d’oublier Le Salaire de la peur, le film d’Henri-Georges Clouzot (Palme d’or au Festival de Cannes en 1953), et de remonter à sa source livresque : le roman d’Henri Girard, alias Georges Arnaud (1917-1987), qui rata le Goncourt en 1949 mais fit la fortune de son auteur.
Le livre est dédié au père d’Henri Girard, son « vieux Georges », qu’il affectionnait et que la police puis la justice l’avaient accusé d’avoir tué, ainsi que sa tante et la domestique de maison, en 1941 dans le château de famille. Il fut innocenté grâce à la rigueur et à l’éloquence du célèbre avocat Maurice Garçon… Quelques décennies plus tard, le romancier Georges Arnaud trouva en Philippe Jaenada un autre défenseur des causes perdues. Malgré sa mise en scène « magnifique », le film a vieilli, écrit celui-ci dans La Serpe, alors que le livre « aurait pu être écrit la semaine dernière ». Au reste, ajoute-t-il, la version Yves Montand-Charles Vanel ne garde rien de sa « force sale et douloureuse », de ses « atmosphères lourdes, poisseuses, désespérées, que Georges Arnaud a pu recréer parce que Henri Girard y avait trempé ».
L’espoir conjugué à la folie
Après-guerre, il était parti panser ses plaies en Amérique latine. Il y avait crevé la faim, expié un triple crime qu’il n’avait pas commis et cuvé un chagrin qui le laissait seul en ce monde. De retour en France, il se trouva un pseudonyme – le prénom de son père accolé au nom de jeune fille de sa mère – et entama une carrière littéraire chez Julliard, le même éditeur que Jaenada. Un extrait de La Serpe préface logiquement cette réédition en poche du Salaire de la peur – le roman était indisponible, hors anthologies, depuis longtemps.
Lire...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Dans « Ghachar Ghochar », l’écrivain Vivek Shanbhag sonde avec finesse la dissolution morale d’une famille sous l’effet de la richesse.
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L’argent ne fait pas plus le bonheur dans le sud de l’Inde qu’ailleurs

Dans « Ghachar Ghochar », l’écrivain Vivek Shanbhag sonde avec finesse la dissolution morale d’une famille sous l’effet de la richesse.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h01
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Ghachar Ghochar, de Vivek Shanbhag, traduit du kannada en anglais par Srinath Perur et de l’anglais en français par Bernard Turle, Buchet-Chastel, 180 p., 14 €.

Au milieu de Ghachar Ghochar, une maison est envahie par les fourmis. Des milliers de petites bêtes noires avancent en colonnes rapides et se cognent aux meubles tandis que d’autres, brunes et plus méthodiques, s’emparent de la moindre miette laissée sur le sol. Tous les habitants sont fous, le jeune narrateur, ses parents, sa sœur, ­Malati, et l’oncle Chikkappa. S’engage alors « la bataille des fourmis », qui les voit user de tous les moyens – poudres, fumigènes, charbons brûlants – pour se débarrasser des insectes. « Nous les considérions comme des démons venus engloutir notre foyer et devînmes une famille qui se délectait de la destruction des fourmis », remarque le narrateur.
Allégorie de la dissolution morale d’une famille, cette scène est un morceau de bravoure sous la plume de Vivek Shanbhag. L’écrivain, né en Inde en 1963, y saisit les personnages avant leur emménagement dans un quartier prisé de Bangalore, capitale du Karnataka, dans le sud du pays. L’entreprise fondée par l’oncle Chikkappa les a rendus riches, très riches. Le père n’a plus besoin de travailler. Ses enfants non plus. Ils n’ont plus que leur statut social à protéger, et du temps pour acheter, se quereller et s’ennuyer. C’est le cas du narrateur. Directeur de la firme, déchargé de toute tâche car incompétent, il touche un gros salaire à ne rien faire et passe ses journées dans un café, loin de sa femme qui le méprise. Quand le roman s’ouvre, il y est attablé, inquiet. On devine qu’une catastrophe s’est produite. Mais pour l’heure, il songe au chaos que l’opulence a créé dans sa famille.
Avec sa prose brève et symbolique, avec son art du drame familial, Vivek Shanbhag a été comparé à Tchekhov. L’auteur, traduit pour la première fois en...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Lettres sur la poésie », de W. B. Yeats.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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Figures libres. Plus le poète est vieux, plus il est inventif

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Lettres sur la poésie », de W. B. Yeats.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h01
 • Mis à jour le
21.06.2018 à 16h19
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Lettres sur la poésie. Correspondance avec Dorothy Wellesley (Letters on Poetry), de W. B. Yeats, traduit de l’anglais par Livane Pinet-Thélot et Jean-Yves Masson, préface de Kathleen Raine, La Coopérative, 336 p., 22 €.

Nobel de littérature 1923, William Butler Yeats (1865-1939) a encore des lecteurs enthousiastes et fidèles. L’œuvre de ce poète irlandais est à facettes. Elle entrelace, de manière parfois troublante, héritage celtique et théâtre nô, inspiration ésotérique et patriotisme, décadence fin de siècle et clarté commune.
Soucieux de philosophie comme de littérature, Yeats lit assidûment Plotin et traduit les Upanishad, ces textes philosophiques issus de l’Inde antique, en compagnie d’un moine indien. Surtout, jusqu’à ses toutes dernières années, il ne cessera de se réinventer et de se régénérer, d’une manière étonnante qui mérite attention.
Lire également : William Butler Yeats, l’intrépide
On le constate dans sa correspondance avec la poète Dorothy Wellesley (1889-1956). Leurs échanges couvrent les trois dernières années de Yeats, de ses 70 ans à sa mort. Publié dès 1940 par Oxford University Press, cet ensemble de lettres, souvenirs et poèmes est aujourd’hui traduit en français. Comme dans la vie, on y trouve banalités et pépites, histoires sans intérêt et remarques bouleversantes.
Parmi les plus précieuses, dans sa rectitude, cette observation dit tout, ou presque, de ce qu’il faut savoir de l’écart entre prose et poésie : « Les corrections, dans la prose, parce qu’elle n’a pas de lois fixes, sont sans fin ; un poème tombe juste, avec un déclic de boîte qui se ferme. »
Le fil rouge de ces échanges, c’est un dernier tournant. Yeats et Wellesley parlent évidemment de mille choses concernant leurs œuvres respectives. Il loue en elle le naturel, le grand art de l’absence d’afféterie : « Vous êtes celle d’entre nous qui a la...




                        

                        

