<FILE-date="2018/06/23/16">

<article-nb="2018/06/23/16-1">
<filnamedate="20180623"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180623"><AAMMJJHH="2018062316">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ En 1968 paraissait « Le Devoir de violence », du Malien Yambo Ouologuem, prix Renaudot vite terni par des accusations de plagiat, et oublié. Le voici réédité.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Histoire d’un livre. Retour sur l’affaire Ouologuem

En 1968 paraissait « Le Devoir de violence », du Malien Yambo Ouologuem, prix Renaudot vite terni par des accusations de plagiat, et oublié. Le voici réédité.



Le Monde
 |    23.06.2018 à 09h00
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Le Devoir de violence, de Yambo Ouologuem, Seuil, 304 p., 19 €.

Un scandale. Voilà ce qu’avait fini par évoquer le titre Le Devoir de violence. Paru au Seuil en 1968, ce premier roman a fait le succès fulgurant d’un auteur malien inconnu : Yambo Ouologuem (1940-2017), premier Africain récompensé par le prix Renaudot. Mais en 1972, l’écrivain, traduit dans dix pays, fut accusé de plagiat. Plus tard, l’éditeur français cessa les réimpressions. Et Le Devoir de violence devint un livre fantôme.
2018 marque ses 50 ans et son retour en librairie, dans sa collection d’origine au Seuil, « Cadre rouge », qui publie la littérature française générale. La maison a lancé le projet en 2016 en accord avec la fille de l’écrivain. « Nous avons décidé de rééditer dans un souci de mise à disposition du texte, de devoir de mémoire et de transparence », explique Frédéric Mora, directeur du département littérature de la maison. Le Seuil a également ouvert ses archives, déposées à l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (IMEC), qu’a consultées Jean-Pierre Orban, chercheur de l’équipe Manuscrits francophones de l’Institut des textes et manuscrits modernes (ITEM/CNRS-ENS). Il en a tiré un article passionnant : « Livre culte, livre maudit : histoire du Devoir de violence, de Yambo Ouologuem » (à consulter sur la revue en ligne Continents manuscrits), qui retrace son destin.
Le 20 avril 1967, Yambo Ouologuem envoie Le Devoir de violence au Seuil. C’est le quatrième manuscrit adressé par le jeune auteur malien, qu’une note interne désigne comme « à suivre », malgré les refus. Ce texte, racontant l’histoire, sur huit siècles, de la dynastie des Saïfs, à l’origine de laquelle se trouve un juif noir, est à son tour rejeté (les notes de lecture, sévères, sont parfois teintées de racisme). Mais l’éditeur Jean Cayrol, lui, le qualifie d’« A la recherche...




                        

                        


<article-nb="2018/06/23/16-2">
<filnamedate="20180623"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180623"><AAMMJJHH="2018062316">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Anthropologue d’origine colombienne, il montre, par une critique radicale, à quel point le récit de la modernité est centré sur l’Occident.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Arturo Escobar, pourfendeur du développement

Anthropologue d’origine colombienne, il montre, par une critique radicale, à quel point le récit de la modernité est centré sur l’Occident.



Le Monde
 |    23.06.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
23.06.2018 à 07h33
    |

            Nicolas Bourcier








                        



                                


                            

Un prophète aux cheveux longs. Une voix étonnamment douce, un regard fixe, une pensée complexe et contagieuse. Au milieu des années 1970, dans une chambrée quelque part du côté du campus de l’université Cornell, dans l’Etat de New York, un jeune homme originaire de Colombie s’interroge. Ses études en biochimie ne l’intéressent plus. L’époque est à la contre-culture. On parle de Nord et de Sud, de démocratie et d’impérialisme, d’activisme aussi. Et puis il y a cette famine au Sahel qui revient dans toutes les discussions.
Arturo Escobar écrit trente pages, son premier texte en anglais. Un jet nourri contre la « révolution verte », cette politique de transformation des agricultures des pays dits en développement, fondée sur l’intensification et l’utilisation de céréales à haut rendement. « Il n’y avait pas encore cette radicalité de la critique », dira-t-il plus tard. Elle viendra avec le temps et les lectures. Mais déjà l’étudiant dénonce, par une étourdissante mise en abyme du système, les politiques de lutte contre la faim et les aides au développement : « Ces politiques ne résolvent pas le problème, elles le perpétuent. »
Des indigènes du sud aux ZAD
Sa plume sera son viatique et sa boussole. Grâce à elle, il construit une grammaire de luttes, un corpus de combat. Une structure, diront les spécialistes, à la fois théorique et pratique. Lui s’engage, change de cursus et de curseur, de focale aussi, en nous rappelant d’où il vient et d’où nous venons. Il interroge la modernité, observe les relations entre les peuples, entre les anciennes colonies et les anciens colons, questionne et décompose les rapports entre dominants et dominés.
« Il est un passeur de sens », dit l’ethnologue Irène Bellier, directrice de recherches au CNRS
Aujourd’hui, à 66 ans, Arturo Escobar a solidement planté son élégante et fine silhouette dans le milieu de la pensée critique globale. Il a écrit une dizaine de livres, collaboré...




                        

                        


<article-nb="2018/06/23/16-3">
<filnamedate="20180623"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180623"><AAMMJJHH="2018062316">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Ancien professeur à Harvard, Stanley Cavell était une grande voix de la philosophie contemporaine. Il est mort le 19 juin, à Boston, à l’âge de 91 ans.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Le philosophe américain Stanley Cavell est mort

Ancien professeur à Harvard, Stanley Cavell était une grande voix de la philosophie contemporaine. Il est mort le 19 juin, à Boston, à l’âge de 91 ans.



Le Monde
 |    22.06.2018 à 16h10
    |

Marc Cerisuelo







                        



                                


                            

Stanley Cavell est mort le 19 juin à Boston (Massachusetts), d’un arrêt cardiaque. C’est l’une des grandes voix de la philosophie contemporaine qui s’éteint. Le terme de voix n’est pas seulement à entendre au sens figuré, tant le mot est central dans cette pensée du scepticisme qui nous empêche d’avoir confiance en nous-même et de faire entendre, dans la vie ordinaire, la politique ou l’art, cette voix qui exprime notre singularité et nous ouvre au monde par le truchement du langage.
Héritier de Ludwig Wittgenstein (1889-1951) en ces matières, Stanley Cavell a toujours occupé une place originale dans le débat contemporain. Situé à mi-chemin des traditions anglo-saxonne et continentale, toujours enclin à ouvrir le champ du philosophique à l’art, à la musique, à la littérature, au théâtre et (surtout) au cinéma, il tenait à faire résonner un ton typiquement américain dont l’origine est à situer (et à redécouvrir) chez Emerson et Thoreau, ces penseurs transcendantalistes de la Nouvelle-Angleterre qu’il a puissamment contribué à faire redécouvrir dans toute leur radicalité philosophique et politique (voir Qu’est-ce que la philosophie américaine ?, 1988, Gallimard, 2009).
Professeur à Harvard depuis 1963, Stanley Cavell ne se destinait pourtant pas à la philosophie. Né en 1926 à Atlanta (Géorgie) dans une famille juive d’origine russe très musicienne (sa mère jouait du piano dans les cinémas), pratiquant lui-même plusieurs instruments, il ambitionne de devenir compositeur et intègre la Juilliard School après un premier cursus universitaire à Berkeley. C’est au cours de ces années new-yorkaises qu’il fait l’épreuve de ce « scepticisme vécu » (Wittgenstein) et ressent le besoin encore diffus d’une orientation nouvelle.
Un cinéphile né
Il connaît un véritable chemin de Damas en écoutant, en 1955, les fameuses conférences américaines sur les actes de langage du philosophe britannique J. L. Austin (1911-1960), qui seront plus tard...




                        

                        


<article-nb="2018/06/23/16-4">
<filnamedate="20180623"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180623"><AAMMJJHH="2018062316">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ Les sujets de thèse des grands acteurs de l’enseignement supérieur et de l’éducation.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ 
<article-nb="2018/06/23/16-5">
<filnamedate="20180623"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180623"><AAMMJJHH="2018062316">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ Une biographie de l’homme d’Etat français, signée de l’historien britannique Julian Jackson, est parue au Royaume-Uni. La soirée de lancement, à Londres, était le 18 juin.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
édition abonné


De Gaulle, retour à Londres

Une biographie de l’homme d’Etat français, signée de l’historien britannique Julian Jackson, est parue au Royaume-Uni. La soirée de lancement, à Londres, était le 18 juin.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
21.06.2018 à 09h15
    |

            Philippe Bernard (Londres, correspondant)








                        



                                


                            

« Enfin une biographie sérieuse de moi ! Mais écrite par qui ? Hélas, hélas, hélas, par un historien anglais ! » Dans la grande salle de l’Institut français de Londres, l’historien Marc-Olivier Baruch déclenche les rires en prenant l’improbable accent anglais de De Gaulle pour saluer la publication de la biographie du « grand Charles » (1890-1970) signée par Julian Jackson, professeur d’histoire à l’université Queen-Mary de Londres (A Certain Idea of France. The Life of Charles de Gaulle, édité chez Allen Lane. Il est en cours de traduction). Le calendrier est impeccable : nous sommes le 18 juin. Le lieu aussi : non seulement Denis Saurat, directeur de l’Institut français en 1940, fut l’un des premiers à rejoindre un général alors inconnu, mais l’ambivalence des relations entre de Gaulle et le Royaume-Uni éclaire toute sa vie politique.
La « politique de grandeur » française disséquée
« Sous la Ve République, ses relations avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne se fondaient non sur la réalité des années 1960, mais sur le souvenir de ce que Churchill et Roosevelt lui avaient fait subir lorsqu’il était à Londres », a estimé Sudhir ­Hazareesingh, professeur d’histoire à Oxford. En 1958, peu après son retour au pouvoir, de Gaulle fait Churchill compagnon de la Libération. « La France sait ce qu’elle lui doit », appuie-t-il alors. Mais une autre réflexion, qui date des années londoniennes, pourrait aussi s’appliquer à Churchill : « Je ne respecte que ceux qui me tiennent tête, mais je ne les supporte pas. »
Redécouvrir de Gaulle à travers le regard d’un historien britannique offre plusieurs intérêts. Non seulement Julian Jackson dissèque sans scrupule – mais avec une admiration non contenue – la « politique de grandeur » française, mais il met aussi en lumière de façon convaincante le pragmatisme quasi britannique et le « pessimisme nietzschéen » de l’homme. Lundi, devant...




                        

                        


<article-nb="2018/06/23/16-6">
<filnamedate="20180623"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180623"><AAMMJJHH="2018062316">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ Un jour de 1700, des Hopis en ont décimé d’autres. Pourquoi cette explosion de violence parmi le « peuple de la paix  » ? James F. Brooks enquête.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Histoire. Massacre au sein du peuple hopi

Un jour de 1700, des Hopis en ont décimé d’autres. Pourquoi cette explosion de violence parmi le « peuple de la paix  » ? James F. Brooks enquête.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h15
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
Awat’ovi. L’histoire et les fantômes du passé en pays Hopi (Mesa of Sorrows. A History of the Awat’ovi Massacre), de James F. Brooks, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Frantz Olivié, Anacharsis, « Essais », 302 p., 23 €.

Un mystère est une double provocation : à faire la lumière et à s’habituer à l’obscurité, à en mesurer la profondeur. Qui sont les Hopis ? Que sait-on de ce petit peuple amérindien des hauts plateaux de l’Arizona, qui vivait là bien avant les différentes conquêtes de l’Amérique ? A la vaste littérature ethnologique accumulée à leur sujet depuis, au moins, Soleil hopi, de Don C. Talayesva (Plon, « Terre humaine », 1959), l’anthropologue et historien américain James F. Brooks ajoute une dimension peu explorée jusqu’ici, qui redouble les questions que soulève cette culture en une énigme proprement historique : celle des événements qui l’ont façonnée.
Quelque chose de terrible s’est cristallisé ce jour-là
La destruction du village hopi d’Awat’ovi, l’objet de son enquête, est l’un d’eux, parmi les principaux. Mais elle est aussi l’un des plus difficiles à établir avec certitude, hormis quelques faits, corroborés par de rares documents, une tradition orale et des fouilles archéologiques. Un jour de l’automne 1700, à l’aube, des Hopis venus de villages voisins envahirent les rues d’Awat’ovi, se précipitant vers les kivas, des abris souterrains où, toute la nuit, les habitants avaient célébré les rituels propres à cette saison. Là, écrit Brooks, « ils projetèrent sur leurs victimes ainsi prises au piège une pluie de piments rouges écrasés, de torches enflammées et de flèches ». La quasi-totalité de la population du village fut décimée, massacrée par d’autres Hopis – nom qui signifie « peuple de la paix ».

Comment ce « maelström de terreur et de colère » a-t-il pu se déchaîner au sein d’un tel peuple ? Que reprochaient les massacreurs aux...




                        

                        


<article-nb="2018/06/23/16-7">
<filnamedate="20180623"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180623"><AAMMJJHH="2018062316">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Dans « Le Romanesque des lettres », Michel Murat propose une nouvelle interprétation des liens entre la vie et les livres.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
édition abonné


La littérature est un roman

Dans « Le Romanesque des lettres », Michel Murat propose une nouvelle interprétation des liens entre la vie et les livres.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
21.06.2018 à 11h02
    |

                            Jean-Louis Jeannelle (Spécialiste des études littéraires et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Le Romanesque des lettres, de Michel Murat, Corti, « Les Essais », 312 p., 23 €.

Sainte-Beuve, pour qui La Princesse de Clèves était l’histoire transposée de la liaison de Mme de La Fayette avec le duc de La Rochefoucauld, trouvait dans cette clé un surcroît de romanesque. Lecture réductrice à nos yeux de modernes, acquis à l’idée qu’une œuvre est le produit d’un autre moi que celui de l’écrivain en tant que sujet social.
Ne lisons-nous pas, néanmoins, A la recherche du temps perdu comme si le narrateur n’était autre que Proust ? Nous avons beau savoir qu’il s’agit d’un roman, nous n’en jouissons pas moins des entrelacs entre texte et biographie (les manies de Proust, son homosexualité…). N’y a-t-il là qu’un plaisir coupable, que chacun s’autorise par-devers soi, mais que condamne la critique – sauf à y voir un penchant un peu pervers, ce que Roland Barthes nommait son « marcellisme » ?

C’est la notion même de romanesque qu’il s’agit de repenser, ainsi que Michel Murat, professeur à la Sorbonne, y invite en formulant l’hypothèse que, depuis l’époque romantique, tout ce qui se rapporte à la littérature peut se lire comme un roman. Autrement dit, que le romanesque excède de très loin le genre littéraire dont il procède.
D’un moment, d’une situation ou d’une personne en particulier, nous disons souvent qu’ils sont « romanesques », non par facilité de langage, mais parce qu’innombrables sont les liens entre la littérature et la vie, en sorte que de l’une à l’autre se transmet un même goût pour l’intensité des passions, la polarisation des valeurs (jusqu’au manichéisme parfois) ou l’« utopie existentielle » et les contre-mondes.
Unité profonde
Aux yeux de la critique traditionnelle, c’est là l’effet d’un incurable bovarysme. Michel Murat parie, à l’inverse, sur l’unité profonde de tout ce qui se rapporte à la littérature :...




                        

                        


<article-nb="2018/06/23/16-8">
<filnamedate="20180623"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180623"><AAMMJJHH="2018062316">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ La chronique de Bruno Latour, à propos de « L’Occupation du monde », de Sylvain Piron.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Qui a la parole ? A la fois volcan et ornithorynque

La chronique de Bruno Latour, à propos de « L’Occupation du monde », de Sylvain Piron.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
21.06.2018 à 10h14
    |

                            Bruno Latour (Philosophe)








                        



                                


                            
L’Occupation du monde, de Sylvain Piron, Zones sensibles, 238 p., 19 €.

Si les religieux s’inquiètent de la « montée de l’incroyance », comme ils disent, voilà un souci que les économistes n’ont pas. La foi dans l’économie, cette « religion séculière », selon l’expression de Karl Polanyi (1886-1964), est intacte, et c’est en son nom que se commettent chaque jour, sur toute la planète, à grande échelle, des sacrifices humains. Les incroyants se terrent. Avez-vous jamais rencontré quelqu’un qui se dise « agnostique » en matière d’économie ?
Les anthropologues ont beaucoup fait pour établir, à force d’enquêtes, une science de la croyance économique qui jouerait le même rôle de mise à distance que la science des religions. Mais cela n’a pas suffi pour déraciner l’indéracinable préjugé qu’il existe un Homo econo­micus sorti tout droit de la nature au même titre et en même temps que l’Homo sapiens.

C’est tout l’intérêt du nouveau livre de Sylvain Piron que d’attirer notre attention sur une autre généalogie, plus ancienne, mais aussi, par conséquent, plus difficile à circonvenir. A l’instar de l’historien italien Giacomo Todeschini, l’auteur, lui-même médiéviste, voudrait montrer que la foi dans l’économie vient de la foi chrétienne telle qu’elle fut élaborée par les théologiens à la fin de l’Antiquité et pendant tout le Moyen Age.
Le mot « économie » renvoie d’abord à l’histoire de la providence et s’est à peine laïcisé depuis. Croissance et développement, richesse et capital sont quelques-uns des noms donnés par les scolastiques à la dispensation du salut chrétien. Entre tel traité du XIIIe siècle et tel éditorial du Wall Street Journal, la continuité est si grande que l’on arrive à se demander si, pour cesser de croire en l’économie, il ne faudrait pas enfin cesser d’être chrétien.
Conflit ouvert
D’après Piron, le recours...




                        

                        


<article-nb="2018/06/23/16-9">
<filnamedate="20180623"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180623"><AAMMJJHH="2018062316">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Dans « Si », l’écrivaine raconte le cancer de son fils de 10 ans, leur combat. Et témoigne de ce que l’épreuve lui a révélé d’elle-même.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
édition abonné


L’année enfant malade de Lise Marzouk

Dans « Si », l’écrivaine raconte le cancer de son fils de 10 ans, leur combat. Et témoigne de ce que l’épreuve lui a révélé d’elle-même.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h01
    |

                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Si, de Lise Marzouk, Gallimard, 320 p., 21 €.

Au moment où elle apprend la maladie de son fils aîné, Lise Marzouk a déjà publié quelques livres, fruits de ses recherches universitaires en littérature sur les mythes et l’imaginaire. Mais aucun roman ni récit. L’année qu’elle passe aux côtés du petit garçon de 10 ans, hospitalisé à l’Institut Curie, à Paris, pour un lymphome, ne lui en laisse guère la disponibilité d’esprit, quand bien même l’écriture serait dotée de vertus cathartiques. « Je pourrais écrire, admet-elle. ­Tenir une sorte de journal, y raconter le quotidien, y explorer mes états d’âme. (…) Je pourrais le faire, mais je n’en ai ni l’occasion ni l’envie. Cela me paraît inadapté à l’Institut. Trop lent et laborieux. Trop réflexif également. (…) Qui sait en effet ce qu’il adviendrait si je me mettais à interroger mon expérience ? Il me semble que ma force actuelle se nourrit de trop d’inconscience pour prendre un tel risque. »
« “Il n’y a pas de si” »
Elle se promet néanmoins, « si son fils s’en sort vivant », d’interroger « cette énergie étrange qui la porte dans le combat ». C’est ce qu’elle fait dans ce beau récit, sobrement intitulé Si, en souvenir de l’éventualité sans cesse repoussée. « Ça se guérit », avait-elle expliqué à sa fille. « Et si on n’y arrive pas ? », s’était inquiétée la petite sœur du malade. « “Il n’y a pas de si”, avait tranché la mère. Je ne mens pas. Je ne parle plus de la maladie, du traitement, des risques. Je parle de ma guerre, de ma stratégie, de mon plan d’attaque. Et dans cette guerre, il n’y a qu’une seule issue possible. »
Lise Marzouk relate donc, chronologiquement, les étapes de ce combat mené en famille, la nécessité de maintenir un semblant de vie quotidienne avec ses autres enfants, la recherche de la bonne distance – aimante mais jamais...




                        

                        


<article-nb="2018/06/23/16-10">
<filnamedate="20180623"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180623"><AAMMJJHH="2018062316">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Claro s’est plongé dans un dictionnaire letton-français de 1941 avec Nicolas Auzzaneau.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Le feuilleton. Chair dictionnaire…

Claro s’est plongé dans un dictionnaire letton-français de 1941 avec Nicolas Auzzaneau.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h01
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Bibliuguiansie ou l’effacement de la lexicographe (Riga, 1941), de Nicolas Auzanneau, PhB, 70 p., 10 €.

Si tous les livres sont égaux entre eux, alors il est possible que les dictionnaires soient un peu plus égaux que d’autres. Ce qui ne les met pas pour autant à l’abri des coups tordus, loin de là. Le fait est qu’on les soupçonne souvent de dissimuler, sous leur froide carapace, nichés dans le réseau de leurs innombrables nerfs, de subtils venins et de discrètes toxines. On se souviendra que, dans son Grand Dictionnaire universel (1866-1888), Pierre Larousse, à la lettre « B » comme « ben voyons », faisait mourir Bonaparte juste avant que ce dernier ne ressuscite en Napoléon. Oserait-on aujourd’hui, entre Machiavel et Madoff, faire périr un Macron avant son accession au pouvoir ? « M » comme « mouais ».
Chaque année, au sein de ces ouvrages qui défient la lecture linéaire ou exhaustive, on voit surgir et s’enfuir des troupeaux de vocables, on note des altérations de définitions, comme si le lexique, à l’instar d’une pieuvre, mimétisait sans relâche au sein du grand bain social. Pour passer inaperçu. Mieux s’emparer de sa proie. Pas étonnant que le pouvoir ait les dictionnaires à l’œil. Big Brother is reading you. Voilà pourquoi on aurait tort de supposer fade et ennuyeux le destin de cette espèce menacée qu’est le Lavitski-Franciska vardnica, dictionnaire letton-français publié en 1941 à Riga, le premier de son genre, jamais réédité mais ô combien utile et passionnant aux yeux d’un traducteur comme Nicolas Auzanneau, qui en a fait l’objet d’une brève mais trépidante enquête.
Acheté par l’auteur en 1998 (ou 1997) afin de traduire « en costume d’époque », ce dictionnaire, qui a première vue évoque « une brique pataude » de moins de 900 pages, coûtait lors de sa parution, inflation oblige, 22 roubles. Sa parution ? Parlons-en ! « Publier...




                        

                        


<article-nb="2018/06/23/16-11">
<filnamedate="20180623"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180623"><AAMMJJHH="2018062316">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Le poète voyageur, désormais retiré dans la ville de son enfance, publie deux recueils portés par la même rage de tout dire.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤                     
                                                   
édition abonné


William Cliff retombe sur ses pieds

Le poète voyageur, désormais retiré dans la ville de son enfance, publie deux recueils portés par la même rage de tout dire.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h01
    |

                            Xavier Houssin (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Matières fermées, de William Cliff, La Table ronde, 256 p., 18 €.
Au nord de Mogador, de William Cliff, Le Dilettante, 128 p., 15 €.

Cela fait un moment déjà que William Cliff ne court plus le monde. Il y a eu Barcelone et puis, dans le désordre, Bénarès, Atlanta, Vienne, Saint-Pétersbourg, Tokyo, Porto Rico, Helsinki, Belgrade, Istanbul, Santa Cruz et tant d’autres qu’on oublie. Des villes proches, des lointaines. Et d’autres paysages. Il a vécu là-bas des amours de rencontre, a frotté son errance à de jeunes et beaux garçons, des poètes, des sales types et des pas-grand-chose. Cargos transatlantiques, salles des terminaux aéroportuaires. Il est rentré couvert d’attachantes blessures, le cœur inassouvi, les rêves cabossés. Juste un peu fatigué. Plus de dix ans maintenant que le poète vit vraiment chez lui (à quelques escapades près), à Gembloux, en Belgique. La ville de son enfance.
C’est là qu’il écrit. Matières fermées, qu’il vient de signer, est un long poème en huit « liasses ». Des liasses de souvenirs, d’épais et lourds dossiers, arrachés à sa mémoire. Des inédits d’une certaine manière, du jamais confié, bien qu’effleuré, et qui peuvent faire suite à son Autobiographie (La Différence, 1993), où il rimait sa vie, en cent sonnets, de ses premières à ses jeunes années. « Je suis né à Gembloux en mil neuf cent quarante/mon père était dentiste et je l’ai déjà dit/ma mère eut neuf enfants et je l’ai dit aussi/pourquoi faut-il que je revienne à cette enfance ? »
Ce sont des sonnets qui composent aussi Matières fermées. William Cliff donne ainsi de la forme et du style à son intime ordinaire. Jours qui filent. Qu’on retrouve au hasard. Des noms, des lieux, des visages. Le poème parle de maladie, de singuliers fantômes, d’enfants devenus vieux et d’oiseaux dans les champs. De livres, d’églises, d’arbres,...




                        

                        


<article-nb="2018/06/23/16-12">
<filnamedate="20180623"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180623"><AAMMJJHH="2018062316">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Avec « Drach », histoire d’une famille, le romancier Szczepan Twardoch creuse la boue sanglante de cette contrée entre Pologne et Allemagne.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Le chant de la terre silésienne

Avec « Drach », histoire d’une famille, le romancier Szczepan Twardoch creuse la boue sanglante de cette contrée entre Pologne et Allemagne.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h01
    |

                            Eric Loret (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Drach, de Szczepan Twardoch, traduit du polonais par Lydia Waleryszak, Noir sur blanc, 400 p., 23 €.

Vox populi, vox dei. Si l’on tape « Drach Szczepan Twardoch » dans un moteur de recherche, on voit que, entre un Stephen King et un Harry Potter, Drach a été recensé dans son pays par au moins deux « booktubeuses », ces jeunes femmes qui déballent des livres sur YouTube et en font la publicité sans presque jamais en effleurer le contenu. Signe de succès au-delà du champ adulte, donc, ce qui peut paraître curieux pour un roman multiple, feuilleté, dur, jouant avec la langue et qui raconte le destin massacré d’une famille silésienne tout au long du XXe siècle, le tout sous un ciel bas et lourd.
Peut-être ce succès adolescent vient-il de ce que Szczepan Twardoch a écrit beaucoup de nouvelles fantastiques et de science-fiction ? Ou que, couvert de prix depuis l’âge de 28 ans (il en a 38), il se montre sur Facebook en « bogosse » ­mécheux, dandy dangereux, boxeur, amateur d’armes à feu et mannequin à ses heures ? Catholique, se présentant comme silésien, il incarne une certaine fierté nationaliste et une résistance mémorielle. Comme le résume un lecteur sur le site d’une librairie polonaise en ligne, Twardoch raconte des histoires « de personnes qui vivent toujours au même endroit » et qui « se débattent avant tout avec la vie ordinaire ».
Va-et-vient mortifères
La Silésie, aujourd’hui répartie entre l’Allemagne, la République tchèque et la Pologne, a connu le destin exemplaire de ces lieux-limites de l’Europe en guerre : découpée entre Allemagne et Pologne en 1919, elle est entièrement soumise ensuite au IIIe Reich, qui y extermine les juifs et persécute les Polonais. A l’arrivée des Soviétiques, ce sont les Allemands qui sont chassés, mais des polonophones demanderont à émigrer en Allemagne…
Twardoch concentre volontiers ces...




                        

                        


<article-nb="2018/06/23/16-13">
<filnamedate="20180623"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180623"><AAMMJJHH="2018062316">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ « Le Salaire de la peur » reparaît en poche. C’est l’occasion de palpiter avec ce roman noir tant vanté par Philippe Jaenada dans « La Serpe ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Suer à grosses gouttes à la lecture de Georges Arnaud

« Le Salaire de la peur » reparaît en poche. C’est l’occasion de palpiter avec ce roman noir tant vanté par Philippe Jaenada dans « La Serpe ».



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h01
 • Mis à jour le
21.06.2018 à 09h30
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            
Le Salaire de la peur, de Georges Arnaud, Pocket, 176 p., 4,30 €.

Dans La Serpe (Julliard, prix Femina 2017), Philippe Jaenada enjoignait d’oublier Le Salaire de la peur, le film d’Henri-Georges Clouzot (Palme d’or au Festival de Cannes en 1953), et de remonter à sa source livresque : le roman d’Henri Girard, alias Georges Arnaud (1917-1987), qui rata le Goncourt en 1949 mais fit la fortune de son auteur.
Le livre est dédié au père d’Henri Girard, son « vieux Georges », qu’il affectionnait et que la police puis la justice l’avaient accusé d’avoir tué, ainsi que sa tante et la domestique de maison, en 1941 dans le château de famille. Il fut innocenté grâce à la rigueur et à l’éloquence du célèbre avocat Maurice Garçon… Quelques décennies plus tard, le romancier Georges Arnaud trouva en Philippe Jaenada un autre défenseur des causes perdues. Malgré sa mise en scène « magnifique », le film a vieilli, écrit celui-ci dans La Serpe, alors que le livre « aurait pu être écrit la semaine dernière ». Au reste, ajoute-t-il, la version Yves Montand-Charles Vanel ne garde rien de sa « force sale et douloureuse », de ses « atmosphères lourdes, poisseuses, désespérées, que Georges Arnaud a pu recréer parce que Henri Girard y avait trempé ».
L’espoir conjugué à la folie
Après-guerre, il était parti panser ses plaies en Amérique latine. Il y avait crevé la faim, expié un triple crime qu’il n’avait pas commis et cuvé un chagrin qui le laissait seul en ce monde. De retour en France, il se trouva un pseudonyme – le prénom de son père accolé au nom de jeune fille de sa mère – et entama une carrière littéraire chez Julliard, le même éditeur que Jaenada. Un extrait de La Serpe préface logiquement cette réédition en poche du Salaire de la peur – le roman était indisponible, hors anthologies, depuis longtemps.
Lire...




                        

                        


<article-nb="2018/06/23/16-14">
<filnamedate="20180623"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180623"><AAMMJJHH="2018062316">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Dans « Ghachar Ghochar », l’écrivain Vivek Shanbhag sonde avec finesse la dissolution morale d’une famille sous l’effet de la richesse.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
édition abonné


L’argent ne fait pas plus le bonheur dans le sud de l’Inde qu’ailleurs

Dans « Ghachar Ghochar », l’écrivain Vivek Shanbhag sonde avec finesse la dissolution morale d’une famille sous l’effet de la richesse.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h01
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Ghachar Ghochar, de Vivek Shanbhag, traduit du kannada en anglais par Srinath Perur et de l’anglais en français par Bernard Turle, Buchet-Chastel, 180 p., 14 €.

Au milieu de Ghachar Ghochar, une maison est envahie par les fourmis. Des milliers de petites bêtes noires avancent en colonnes rapides et se cognent aux meubles tandis que d’autres, brunes et plus méthodiques, s’emparent de la moindre miette laissée sur le sol. Tous les habitants sont fous, le jeune narrateur, ses parents, sa sœur, ­Malati, et l’oncle Chikkappa. S’engage alors « la bataille des fourmis », qui les voit user de tous les moyens – poudres, fumigènes, charbons brûlants – pour se débarrasser des insectes. « Nous les considérions comme des démons venus engloutir notre foyer et devînmes une famille qui se délectait de la destruction des fourmis », remarque le narrateur.
Allégorie de la dissolution morale d’une famille, cette scène est un morceau de bravoure sous la plume de Vivek Shanbhag. L’écrivain, né en Inde en 1963, y saisit les personnages avant leur emménagement dans un quartier prisé de Bangalore, capitale du Karnataka, dans le sud du pays. L’entreprise fondée par l’oncle Chikkappa les a rendus riches, très riches. Le père n’a plus besoin de travailler. Ses enfants non plus. Ils n’ont plus que leur statut social à protéger, et du temps pour acheter, se quereller et s’ennuyer. C’est le cas du narrateur. Directeur de la firme, déchargé de toute tâche car incompétent, il touche un gros salaire à ne rien faire et passe ses journées dans un café, loin de sa femme qui le méprise. Quand le roman s’ouvre, il y est attablé, inquiet. On devine qu’une catastrophe s’est produite. Mais pour l’heure, il songe au chaos que l’opulence a créé dans sa famille.
Avec sa prose brève et symbolique, avec son art du drame familial, Vivek Shanbhag a été comparé à Tchekhov. L’auteur, traduit pour la première fois en...




                        

                        


<article-nb="2018/06/23/16-15">
<filnamedate="20180623"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180623"><AAMMJJHH="2018062316">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Lettres sur la poésie », de W. B. Yeats.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Figures libres. Plus le poète est vieux, plus il est inventif

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Lettres sur la poésie », de W. B. Yeats.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h01
 • Mis à jour le
21.06.2018 à 16h19
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Lettres sur la poésie. Correspondance avec Dorothy Wellesley (Letters on Poetry), de W. B. Yeats, traduit de l’anglais par Livane Pinet-Thélot et Jean-Yves Masson, préface de Kathleen Raine, La Coopérative, 336 p., 22 €.

Nobel de littérature 1923, William Butler Yeats (1865-1939) a encore des lecteurs enthousiastes et fidèles. L’œuvre de ce poète irlandais est à facettes. Elle entrelace, de manière parfois troublante, héritage celtique et théâtre nô, inspiration ésotérique et patriotisme, décadence fin de siècle et clarté commune.
Soucieux de philosophie comme de littérature, Yeats lit assidûment Plotin et traduit les Upanishad, ces textes philosophiques issus de l’Inde antique, en compagnie d’un moine indien. Surtout, jusqu’à ses toutes dernières années, il ne cessera de se réinventer et de se régénérer, d’une manière étonnante qui mérite attention.
Lire également : William Butler Yeats, l’intrépide
On le constate dans sa correspondance avec la poète Dorothy Wellesley (1889-1956). Leurs échanges couvrent les trois dernières années de Yeats, de ses 70 ans à sa mort. Publié dès 1940 par Oxford University Press, cet ensemble de lettres, souvenirs et poèmes est aujourd’hui traduit en français. Comme dans la vie, on y trouve banalités et pépites, histoires sans intérêt et remarques bouleversantes.
Parmi les plus précieuses, dans sa rectitude, cette observation dit tout, ou presque, de ce qu’il faut savoir de l’écart entre prose et poésie : « Les corrections, dans la prose, parce qu’elle n’a pas de lois fixes, sont sans fin ; un poème tombe juste, avec un déclic de boîte qui se ferme. »
Le fil rouge de ces échanges, c’est un dernier tournant. Yeats et Wellesley parlent évidemment de mille choses concernant leurs œuvres respectives. Il loue en elle le naturel, le grand art de l’absence d’afféterie : « Vous êtes celle d’entre nous qui a la...




                        

                        


<article-nb="2018/06/23/16-16">
<filnamedate="20180623"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180623"><AAMMJJHH="2018062316">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Romans, nouvelles, histoire, essai littéraire, auteurs du « Monde »… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 22 juin 2018.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Livres en bref

Romans, nouvelles, histoire, essai littéraire, auteurs du « Monde »… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 22 juin 2018.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h00
    |

            Amaury da Cunha, 
Marc Semo, 
                                André Loez (Historien et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Macha Séry, 
                            Agathe Moissenet, 
                            Philippe-Jean Catinchi, 
                            Eric Loret (Collaborateur du « Monde des livres ») et 
                            Florence Courriol-Seita (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            Nouvelles. Neuf fois Atwood
Neuf contes (Stone Mattress), de Margaret Atwood, traduit de l’anglais (Canada) par Patrick Dusoulier, Robert Laffont, « Pavillons », 324 p., 21 €.
Dans ce recueil de nouvelles qui offre un bel échantillon de son talent, la Canadienne Margaret Atwood fait dévier le quotidien vers le surnaturel : une romancière âgée entend la voix de son mari décédé ; une fillette grandit en développant une maladie qui la transforme en vampire… Au fil des histoires, l’auteure de La Servante écarlate ­ (Robert Laffont, 1987) décline avec mélancolie et humour le thème de la vieillesse et de la solitude la plus irréductible. Rien de merveilleux ou de folklorique toutefois dans ces « neuf contes », où le réalisme se mêle au fantastique par petites touches. A noter que dans la catégorie des armes les plus improbables inventées par les écrivains, il faudra désormais ajouter le stromatolithe, un minéral de collection, dont se sert ici une croisiériste pour tuer l’homme qui l’avait violée à l’adolescence. M. S.
Roman. Nuits siciliennes
Revenir à Palerme, de Sébastien Berlendis, Stock, 96 p., 13,50 €.
Comment en finir avec le souvenir ? Huit ans après y avoir connu une inoubliable romance avec Délia, le narrateur tente un retour en Sicile, à Palerme, pour en exorciser la nostalgie. Il hante les palais abandonnés où demeurent, assoupies, les reliques de cette passion défunte, les criques solitaires où l’hédonisme est le seul maître, mais aussi les cafés, où l’ivresse de la nuit et le désordre des corps désamorcent la solitude sans bannir les souvenirs puisque, de l’arrière-salle, s’échappent les échos cinématographiques d’une même douleur. Rencontrer Elizabeth ne conjure rien. « Malgré la nuit, les fêtes, l’enivrement, rien n’assomme l’élan de la mémoire », se désole le narrateur, qui analyse son échec : « J’effleure les choses au lieu de me donner à elles. »...




                        

                        


<article-nb="2018/06/23/16-17">
<filnamedate="20180623"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180623"><AAMMJJHH="2018062316">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Entretien avec l’historien britannique, qui signe une importante biographie de Charles de Gaulle, parue à Londres le 18 juin.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 20/06/2018
Découvrir l’application


                           
édition abonné


Julian Jackson, historien : « En 1963, de Gaulle a prophétisé le Brexit »

Entretien avec l’historien britannique, qui signe une importante biographie de Charles de Gaulle, parue à Londres le 18 juin.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
21.06.2018 à 09h44
    |

            Philippe Bernard (Londres, correspondant)








                        



                                


                            

Julian Jackson, 64 ans, historien britannique spécialiste de la France, professeur à l’université Queen-Mary de Londres, vient de publier au Royaume-Uni une biographie du général de Gaulle intitulée A Certain Idea of France. The Life of Charles de Gaulle.

« On va s’amuser. » Vous citez cette phrase du général de Gaulle avant l’annonce surprise de son refus de l’entrée du Royaume-Uni dans le Marché commun en 1963. Aujourd’hui, des Britanniques partisans du Brexit (des « brexiters ») affirment qu’il avait vu juste : le destin du Royaume-Uni n’est pas d’appartenir à l’Union européenne (UE). De Gaulle serait-il aujourd’hui un brexiter ?
Charles de Gaulle [1890-1970] ne pourrait pas être brexiter car il n’est pas britannique ! Mais il dirait certainement que le Brexit a apporté la preuve que tout ce qu’il avait dit était juste : que les Britanniques sont différents par leur économie et leur culture et que la Grande-Bretagne ne pourra jamais être complètement européenne. Les brexiters considèrent les discours de De Gaulle comme prophétiques.

Le président français et Harold Macmillan (1894-1986), le premier ministre britannique qui souhaitait entrer dans la Communauté économique européenne (CEE), partageaient deux idées essentielles sur l’Europe : elle ne devait pas être fédérale et devait empêcher la domination de l’Allemagne. Pourquoi un accord n’a-t-il pas été possible ?
L’ironie est qu’en effet, dans les années 1960, la conception qu’avait de Gaulle de l’Europe était proche de celle des Britanniques. Pour autant, de Gaulle avait à la fois des arguments rationnels sur l’incompatibilité entre les Britanniques et l’Europe, et des arrière-pensées. Comme Macmillan, il refusait une Europe supranationale à la Jean Monnet [1888-1979], mais il craignait que les Britanniques, en entrant dans la CEE, n’affaiblissent le poids de la France. Il voulait une Allemagne dépendante...




                        

                        


<article-nb="2018/06/23/16-18">
<filnamedate="20180623"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180623"><AAMMJJHH="2018062316">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Chaque jeudi, dans « La Matinale », la rédaction du « Monde des Livres » vous livre ses coups de cœur à retrouver en librairie.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 20/06/2018
Découvrir l’application


                        

Poétique, introspectif, romantique : nos choix littéraires

Chaque jeudi, dans « La Matinale », la rédaction du « Monde des Livres » vous livre ses coups de cœur à retrouver en librairie.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 06h36
 • Mis à jour le
22.06.2018 à 07h53
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
RÉCIT. « Si », de Lise Marzouk
Alors qu’elle passait une année aux côtés de son petit garçon de 10 ans, hospitalisé à l’Institut Curie, à Paris, pour un lymphome, Lise Marzouk s’est promis, « si son fils s’en sort vivant », d’écrire pour interroger « cette énergie étrange qui la porte dans le combat ». C’est ce qu’elle fait dans ce beau récit où elle relate, chronologiquement, les étapes de cette lutte menée en famille.
Admirable de précision et de délicatesse, le texte de Lise Marzouk n’est pas un simple témoignage. L’écrivaine réussit à glisser progressivement du simple compte rendu d’une expérience douloureuse à l’analyse distanciée du rôle joué par chacun dans ce drame. Et à interroger, comme elle se le proposait, les ressorts de son énergie, qu’elle relie à son histoire familiale. Au rôle qu’elle a elle-même dû endosser dans sa fratrie. Elle comprend peu à peu pourquoi « elle n’a jamais été dotée de volonté et de force que pour autrui ». Récit de maladie, Si est de la sorte tout à la fois l’évocation du parcours victorieux d’un enfant et celle de la renaissance d’une femme qui, grâce au courage de son fils malade, apprend enfin à prendre soin d’elle-même. Florence Bouchy

   


« Si », de Lise Marzouk, Gallimard, 320 p., 21 €.
POÉSIE. « Matières fermées », de William Cliff
Depuis Homo sum (Gallimard, 1973), William Cliff a publié une vingtaine de livres, dont cinq romans, tous retraçant, avec une entêtante sincérité, ses élans, ses détresses, ses emportements. De son exigence à ne rien laisser sous silence, il a bâti une œuvre. William Cliff est le nom qu’il s’est choisi. Mais il n’a pas oublié le petit Albert Imberechts, quatrième d’une grande fratrie, rageur, à la tête dure sous les gifles du père. Il garde en mémoire ses études compliquées, la pension, les bons pères, la terreur du péché. Et cette « emmerdation » qu’il croyait ne jamais voir finir. Alors, avec les études et les premiers boulots, les voyages, les aventures entre hommes, les quelques amours fous, il a fait ses poèmes.
Ainsi dans Matières fermées, long poème en huit « liasses » – de souvenirs, d’épais et lourds dossiers, arrachés à la mémoire. Jours qui filent. Qu’on retrouve au hasard. Des noms, des lieux, des visages. Le poème parle de maladie, de singuliers fantômes, d’enfants devenus vieux et d’oiseaux dans les champs. De livres, d’églises, d’arbres, de joies légères, d’émois qui doucement s’effacent et d’autres qui s’éveillent en un étrange printemps. Il n’est guère de craintes, de désabusements qui tiennent. Xavier Houssin

   


« Matières fermées », de William Cliff, La Table ronde, 256 p., 18 €.
ROMAN. « Ghachar Ghochar », de Vivek Shanbhag
Ils vont bientôt emménager dans un quartier prisé de Bangalore, dans le sud de l’Inde. Ils sont devenus riches, très riches, grâce à l’entreprise fondée par l’oncle Chikkappa. Le père n’a plus besoin de travailler. Ses enfants non plus. C’est le cas du narrateur. Directeur de la firme, déchargé de toute tâche car incompétent, il touche un gros salaire à ne rien faire et passe ses journées dans un café. Quand le roman s’ouvre, il y est attablé, inquiet. On devine qu’une catastrophe s’est produite. Mais pour l’heure, il songe au chaos que l’opulence a créé dans sa famille.
Avec sa prose brève et symbolique, Vivek Shanbhag, romancier indien traduit pour la première fois en France, a été comparé à Tchekhov. Mais l’intrigue évoque aussi le Mahabharata, qui se referme sur une nouvelle ère désertée par les valeurs nobles et la morale. Les personnages sont les victimes d’un dérèglement. L’argent les a précipités dans un état d’aliénation. Le mariage de Malata, mélange de coutumes et de luxe ostentatoire, en est la frappante manifestation, qui montre avec quelle finesse Shanbhag sonde les liens familiaux dans ce qu’ils ont de mystérieux et d’irrévocable. Gladys Marivat

   


« Ghachar Ghochar », de Vivek Shanbhag, traduit du kannada en anglais par Srinath Perur et de l’anglais en français par Bernard Turle, Buchet-Chastel, 180 p., 14 €.
ESSAI. « Le Romanesque des lettres », de Michel Murat
Sainte-Beuve, pour qui La Princesse de Clèves était l’histoire transposée de la liaison de Mme de La Fayette avec le duc de La Rochefoucauld, trouvait dans cette clé un surcroît de romanesque. Lecture réductrice à nos yeux de modernes. Ne lisons-nous pas, néanmoins, A la recherche du temps perdu comme si le narrateur n’était autre que Proust ? C’est la notion même de romanesque qu’il s’agit de repenser, ainsi que Michel Murat y invite en formulant l’hypothèse que, depuis l’époque romantique, tout ce qui se rapporte à la littérature peut se lire comme un roman. Autrement dit, que le romanesque excède de très loin le genre littéraire dont il procède.
On peut en voir un modèle dans la circulation savamment orchestrée par Sartre et par Beauvoir entre leur vie et leur œuvre : conversations, correspondances, romans ou essais biographiques, tout fonctionnait, pour eux et pour leurs proches, comme un tourniquet qui tenait non de l’autofiction mais du désir de « se faire une vie écrite ». Quitte à brouiller les genres littéraires, effet collatéral de ce plaisir que nous prenons à envisager notre vie comme un roman. Un plaisir qui est, pour Michel Murat, la source inépuisable d’une pensée romanesque de la création. Jean-Louis Jeannelle

   


« Le Romanesque des lettres », de Michel Murat, Corti, « Les Essais », 312 p., 23 €.
AUTOBIOGRAPHIE. « Tumulte », de Hans Magnus Enzensberger
La réticence ancienne éprouvée par Hans Magnus Enzensberger devant toute entreprise autobiographique n’a pu céder qu’à un hasard, celui d’avoir retrouvé dans sa cave « un tas de papiers oubliés : lettres, carnets de notes, photos, coupures de journaux, manuscrits laissés en plan ». D’où la publication de quelques-unes de ces « archives de lui-même », portant principalement sur les années 1960. Elles sont assorties d’un long dialogue, de poèmes, de mises à jour qui corrigent, par leur scepticisme lucide sur le personnage d’autrefois, l’image de dernier des Mohicans soixante-huitard.
Bien des éléments d’une existence complexe et vagabonde, en partie menée dans l’ex-bloc de l’Est, sont ici dévoilés, à commencer par le « roman russe » d’Enzensberger, l’amour-passion qui, en 1966, attacha tumultueusement ses pas à ceux de Macha, sa seconde femme. Son séjour à Cuba avec Macha donne une idée plus légère du monde figé de la guerre froide bien que, sous le style ironique, la tristesse ne tarde pas à affleurer. La tragédie épaule la comédie de la politique, que l’auteur aime à comparer aux coups de bâton échangés au Kasperletheater, l’équivalent allemand du guignol. On rit beaucoup, mais parfois jaune. Nicolas Weill

   


« Tumulte «, de Hans Magnus Enzensberger, traduit de l’allemand par Bernard Lortholary, Gallimard, « Du monde entier », 288 p., 22 €.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/06/23/16-19">
<filnamedate="20180623"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180623"><AAMMJJHH="2018062316">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Mohammad Ali Amir-Moezzi revient aux sources religieuses pour éclairer les débats spirituels et idéologiques qui travaillent l’Iran contemporain, et au-delà.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Islam : le chiisme entre mystique et politique

Mohammad Ali Amir-Moezzi revient aux sources religieuses pour éclairer les débats spirituels et idéologiques qui travaillent l’Iran contemporain, et au-delà.



Le Monde
 |    20.06.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
21.06.2018 à 09h00
    |

                            Christian Jambet (Philosophe, islamologue)








                        



                                


                            
La Preuve de Dieu. La mystique shi’ite à travers l’œuvre de Kulayni, IXe-Xe siècle, de Mohammad Ali Amir-Moezzi, Cerf, « Islam, nouvelle approche », 348 p., 29 €.

L’histoire de la communauté musulmane est celle d’une série indéfinie de conflits théologiques et politiques. Aujourd’hui, rien ne semble avoir changé. Depuis la révolution islamique de 1979 en Iran, et avec l’émergence des projets planétaires de ceux qui prennent le sentier de la guerre en croyant être « sur le chemin de Dieu », le monde musulman est plus que jamais divisé par la guerre civile qui a débuté au lendemain de la mort du prophète Mahomet.
Se séparèrent alors, d’un côté, les « partisans » (shî’a) du gendre du Prophète, Ali, et des douze imams issus de sa lignée (qui est aussi, par sa fille Fatima, la lignée du Prophète) ; de l’autre, ceux qui acceptaient l’autorité des quatre premiers califes et, à travers eux, celle de la tradition (sunna).

Mais entre les premiers, chiites, et les seconds, sunnites, la querelle n’est pas seulement dynastique, et il ne suffit pas, pour comprendre ce conflit, de recourir aux sciences politiques. En islam, toute politique est théologique ou spirituelle, et il faut revenir aux sources religieuses.
Or, voici que Mohammad Ali Amir-Moezzi, spécialiste de renommée mondiale, traduit et explique pour la première fois l’un des monuments de la littérature religieuse chiite, le « Livre de la preuve », compilation de traditions des imams rassemblée au Xe siècle de notre ère par Abu Jafar Al-Kulayni. Il l’entoure d’une magistrale étude historique et doctrinale. Je ne crains pas de dire que son travail, érudit mais accessible et lumineux, a les vertus qu’eut naguère l’œuvre du grand orientaliste Henry Corbin (1903-1978).
Une religion paradoxale
Au cœur de la foi chiite est la figure de l’imam, du guide divinement inspiré....




                        

                        


<article-nb="2018/06/23/16-20">
<filnamedate="20180623"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180623"><AAMMJJHH="2018062316">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ Ryosuke Takeuchi et Hikaru Miyoshi réinventent l’œuvre d’Arthur Conan Doyle en prenant le point de vue du criminel Moriarty, drapé pour l’occasion d’une cause sociale.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤                     
                                                

« Moriarty », l’ennemi de Sherlock Holmes a désormais son manga

Ryosuke Takeuchi et Hikaru Miyoshi réinventent l’œuvre d’Arthur Conan Doyle en prenant le point de vue du criminel Moriarty, drapé pour l’occasion d’une cause sociale.



Le Monde
 |    20.06.2018 à 12h59
 • Mis à jour le
20.06.2018 à 13h30
    |

            Morgane Tual








                        



   


Rares sont les œuvres ayant suscité autant d’adaptations, de récits dérivés, de fanfictions que les aventures de Sherlock Holmes. En manga, les romans d’Arthur Conan Doyle ont notamment donné lieu dans les années 1990 à une adaptation relativement traditionnelle, et plus récemment à la transposition de la série télévisée britannique Sherlock, qui se déroule de nos jours.
Mercredi 20 juin, les éditions Kana sortent une nouvelle série se déroulant dans l’univers de Sherlock Holmes… mais avec un point de vue radicalement différent. Cette fois, ce n’est pas le célèbre détective privé qui anime les pages de ce manga, mais James Moriarty, son ennemi légendaire.

   


Un contre-pied qui ne se limite pas à cela : le scénariste Ryosuke Takeuchi prend une liberté infinie avec l’œuvre originale, reléguée – au moins dans le premier tome – au rang de lointaine inspiration. Du Mortiarty de Conan Doyle il ne reste plus, dans ce premier volume, que son nom, son intelligence hors norme, son goût pour les mathématiques et, bien entendu, le crime.
C’est sur cette base que Ryosuke Takeuchi a tissé sa propre histoire. Elle débute à la fin du XIXe siècle à Durham, en Angleterre. Le jeune William James, orphelin, est recueilli avec son frère par une famille d’aristocrates, dont l’un des enfants abhorre son rang et les injustices de la société de classes. En grandissant, tous deux vont s’employer à éliminer ensemble les aristocrates les plus détestables, grâce, notamment, au cerveau génial de James Moriarty.
S’ébauche ainsi une « grande cause » derrière le crime, même si celui-ci n’en devient pas pour autant beaucoup plus noble. Dans ce récit, Moriarty prend plaisir à élaborer ses plans macabres et à voir succomber ses victimes, au point que la justice ne semble être qu’un prétexte.

   


La suite le confirmera peut-être. Ce premier tome laisse, en effet, le lecteur sur sa faim. D’abord parce que Sherlock Holmes n’y apparaît pas encore, ensuite parce qu’on ne fait qu’effleurer la personnalité du criminel et qu’il est difficile, à cette seule lecture, de savoir si l’auteur compte l’approfondir, ni dans quelle direction. Pas d’indices distillés, de failles suggérées : Moriarty se contente d’être un criminel au service de l’égalité, charismatique et élégant – adieu la sinistre représentation de Sidney Paget (l’illustrateur original de Sherlock Holmes), place aux traits fins et séduisants du dessin de Hikaru Miyoshi (Psycho-Pass).
Le premier tome de Moriarty n’en demeure pas moins un manga prometteur dont on a hâte de découvrir la suite, prévue en septembre. Ne serait-ce que pour découvrir son interprétation de Sherlock Holmes, et la façon dont il en fera l’ennemi nº 1 de son héros. A moins qu’il ne décide, sur ce point aussi, de s’émanciper de l’œuvre originale.

   


Moriarty, de Ryosuke Takeuchi et Hikaru Miyoshi, traduction de Patrick Honnoré, tome 1 sorti le 20 juin, éditions Kana, 210 pages, 6,85 euros.



                            


                        

                        

