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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Après une décision du Conseil d’Etat, une famille doit restituer à l’Etat un pleurant ornant le tombeau de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne.
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L’Etat récupère une statuette médiévale détenue par une famille depuis 1813

Après une décision du Conseil d’Etat, une famille doit restituer à l’Etat un pleurant ornant le tombeau de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 20h07
 • Mis à jour le
21.06.2018 à 22h04
   





                        


Il n’est jamais trop tard pour récupérer un bien, surtout quand sa valeur est estimée à deux millions d’euros. Le Conseil d’Etat a tranché, jeudi 21 juin. Un pleurant du tombeau de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, propriété de sa famille depuis 1813, doit être restitué à l’Etat. Conservée au musée de Dijon, cette statuette devait être mise en vente, avant que le ministère de la culture ne s’y oppose et réclame sa restitution immédiate.
La statuette en albâtre, représentant un moine en pleurs, date du XVe siècle et mesure 42 centimètres. Elle figurait parmi les douze statues, sur quarante et une, disparues du tombeau en 1794, dont une partie a été retrouvée.
Un conflit entre une famille et le ministère de la culture
Ce litige pose la question de la propriété d’œuvres d’église ou de château disparues, passées entre les mains de particuliers après la Révolution française. D’un côté, le ministère de la culture affirme avoir la preuve de la volonté du pouvoir révolutionnaire de préserver cette œuvre dans le cadre national. Et ce, y compris lorsque la Convention ordonna en 1793 la destruction des effigies royales, et que le conseil général de Dijon ordonna celle des tombeaux des ducs de Bourgogne, dont quatre-vingt-deux pleurants ornaient les socles.
De l’autre côté, l’avocat des trois héritières de la statuette plaide le fait que le bien était sorti du domaine public pour devenir un bien négociable sous la Révolution, et qu’il n’appartenait donc plus à l’Etat. En décembre 2017, Marie-Claude Le Floc’h, membre de la famille propriétaire expliquait à l’Agence France-Presse :
« Nous avons envisagé de la céder à un musée à la mort de ma mère, mais personne ne voulait l’acheter, ni le Louvre ni l’Etat. On a finalement décidé de la mettre en vente fin 2014 en demandant une autorisation de sortie du territoire [ce que le ministère de la culture a refusé]. »
La fin d’une longue procédure judiciaire
Après deux échecs, en première instance et en appel, la société Pierre Bergé et associés, chargée par la famille de procéder à la vente, s’était pourvue en cassation devant le Conseil d’Etat. Dans sa décision, la plus haute juridiction administrative a estimé que « le pleurant » a été incorporé, comme tous les biens ecclésiastiques, au domaine national au moment de la Révolution française et n’a donc « jamais cessé d’appartenir à l’Etat ».
Il souligne qu’aux termes de l’article 8 d’un décret de l’Assemblée constituante des 22 novembre et 1er décembre 1790, certains de ces biens pouvaient être « vendus et aliénés à titre perpétuel » à des particuliers, qui pouvaient en devenir propriétaires au bout de quarante ans de jouissance. Les avocats de la famille détentrice de la statuette avaient revendiqué à l’audience le bénéfice de cette « prescription acquisitive ».
Mais la haute assemblée a constaté que ce coup de canif donné par les révolutionnaires à la règle d’inaliénabilité du domaine national n’était possible que sous réserve que le bien cédé ait fait préalablement l’objet « d’un décret formel du corps législatif, sanctionné par le roi ». Or, dit le Conseil, « tel n’est pas le cas de la statuette », dont l’Etat est donc « demeuré propriétaire ».
Le Conseil d’Etat a également rejeté l’argument des requérants qui se prévalaient du « droit au respect des biens », estimant que malgré la durée de détention de la statuette, « l’intérêt patrimonial (…) justifiait qu’elle soit rendue à son propriétaire, c’est-à-dire à l’Etat ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Notre choix du soir. En Italie, une communauté tendre et farfelue porte son utopie à bout de bras. Un film étrange et poétique d’Alice Rohrwacher (sur OCS City à 21 h 40).
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TV – « Les Merveilles » : une fantaisie familiale au goût de miel

Notre choix du soir. En Italie, une communauté tendre et farfelue porte son utopie à bout de bras. Un film étrange et poétique d’Alice Rohrwacher (sur OCS City à 21 h 40).



Le Monde
 |    21.06.2018 à 17h45
    |

            Jacques Mandelbaum








                        


Film sur OCS City à 21 h 40

Certains films ne sont tellement pas comme les autres qu’ils semblent nous arriver par des voies un peu miraculeuses, secrètes. Ainsi vont Les Merveilles, deuxième long-métrage d’Alice Rohrwacher, étrange et poétique.
Nous sommes donc quelque part en Ombrie. C’est la nuit. Une fillette, toutes lumières allumées, s’attarde aux toilettes. La maisonnée, du coup, se réveille, l’entoure, s’inquiète, vu qu’il manque une porte à la salle de bains, la cadette proposant qu’on en profite pour faire des crêpes.
Impossible intimité, chaleur endogamique du cocon, tribu solidairement rétive aux normes sociales mais en payant parfois difficilement le prix dans une ferme isolée, vétuste et rafistolée : nous tenons là, en un plan, le sujet de notre film. La forme suit : pellicule aux couleurs saturées, image piquée, caméra portée et panoramiques hasardeux. Belle contrefaçon de super-8 familial, encore que le tournage de ce genre de film à rayonnement réduit l’équipe artistique et technique à la manière d’une famille.
Reine des coquillages
Drôle de famille donc, avec une palanquée de filles, la mère, ­Angelica, les filles, Luna, Caterina, Marinella et Gelsomina, Coco, autre fille à l’origine indéterminée, et Martin, un adolescent délinquant mutique, placé dans la famille en programme de réinsertion. ­Wolfgang, le père, vraisemblablement venu de terres germaniques, est un grand barbu dépenaillé, toujours en colère, aimant à sa manière, capable de se ruiner pour ses filles en leur offrant un chameau qui ne sert à rien. Il faut dire qu’une double malédiction pèse sur ce diable d’homme. La difficulté de faire vivre sa famille selon des principes d’autonomie hérités du mouvement alternatif. Et le fait d’être un mâle, fût-il dominant, dans ce gynécée. Du moins a-t-il fait de l’aînée, ­Gelsomina, douce fille pleine d’abnégation, sa chose dans la bonne marche de la petite entreprise familiale, qui vit chichement de la fabrication de miel artisanal.

   


Le prix à payer, cher pour tous, l’est particulièrement pour l’adolescente. L’intrigue se noue in­sensiblement autour d’une émission de télé-réalité – « Le Pays des merveilles » – qui débarque dans la ­région pour y organiser un ­concours d’artisanat local richement doté. Monica Bellucci, ­déguisée en reine des coquillages, en est la présentatrice potiche, ­ridicule et prodigieuse à la fois, qui salue dans la population ­locale « des Etrusques vivant comme dans la préhistoire ». ­Tandis que la famille est sous le coup d’un arrêté d’expulsion pour défaut de conformité de son laboratoire, Gelsomina, qui se prend parfois à rêver d’une vie « normale », inscrit en douce la famille au concours, au mépris de l’avis paternel.
On laissera au spectateur la liberté de découvrir les séquences très inspirées qui scellent cette rencontre. Magnifique idée, qui organise la rencontre la plus antinomique et loufoque qui soit, entre l’Italie muséifiée vendue par la télévision commerciale et le rêve en miettes de l’utopie communautaire, tel que cette famille tente de le perpétuer. A ce titre, le film dresse un état des lieux contemporain de nos sociétés, la parabole des abeilles – comme corps social et comme corps mystique – y figurant une sorte d’idéal hors de la portée humaine. L’insecte aura du moins servi le portrait sensible de la douce Gelsomina, jeune fille-abeille déchirée entre le magnétisme de la ruche familiale et la griserie de l’envol individuel.
Les Merveilles, d’Alice Rohrwacher. Avec Maria Alexandra Lungu, Sam Louwyck (It.-Sui.-Autr., 2014, 110 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ A voir aussi ce soir. La série de Pamela Adlon et Louis C.K. narre avec subtilité les aventures sentimentales d’une femme au mitan de sa vie (sur Canal+ à la demande).
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TV – « Better Things » : portrait décapant d’une quinquagénaire

A voir aussi ce soir. La série de Pamela Adlon et Louis C.K. narre avec subtilité les aventures sentimentales d’une femme au mitan de sa vie (sur Canal+ à la demande).



Le Monde
 |    21.06.2018 à 17h30
    |

            Renaud Machart








                        


Série sur Canal+ à la demande

Al’heure où des récits ­prétentieusement embrouillés et antichronologiques tiennent le haut du pavé sériel, il est rafraîchissant d’avoir affaire à une histoire simple, dont la profondeur ne tient pas à d’insondables rhizomes et ­zigzags.
La série Better Things, dont les deux saisons sont disponibles à la demande, sur MyCanal, est de celles-là. Elle raconte la vie ordinaire mais frénétique de Sam Fox (actrice de seconds rôles à la télévision et doubleuse), de ses trois filles, de sa mère British (qu’Alzheimer guette) et de ses aventures sexuelles et sentimentales toujours compliquées.
Tandis que cette quinquagénaire divorcée s’interroge sur sa vie, elle ne cesse d’attirer jeunes et moins jeunes hommes. Plus elle fait montre de son caractère trempé et de son verbe urticant, plus ils en redemandent. Quand elle trouve enfin qui lui convient, la vie de famille se met en général en travers. A moins qu’elle-même ne se mette des bâtons dans les roues.
Le pendant féminin de « Louie »
Pamela Adlon, qui joue le rôle principal, a fait de cette série, co­écrite avec Louis C.K., une manière d’autoportrait : comme Sam, elle a fait aussi beaucoup de doublage et n’a pas eu une carrière de « premier plan » ; comme dans Better Things, sa mère est anglaise, son père juif, elle a trois enfants qu’elle a élevés en partie seule, etc.
Pamela Adlon et Louis C.K. ont fait de Better Things le pendant ­féminin à la vie de famille d’un père et de ses deux filles que décrivait l’humoriste dans sa série Louie (2010-2015), à laquelle Adlon a participé en tant qu’auteure, productrice et actrice.
Mais les accusations d’exhibitionnisme dont a été l’objet Louis C.K. (qui les a reconnues) ont amené Pamela Adlon à se désolidariser de son vieil ami – par ailleurs répudié par la chaîne FX pour laquelle il avait travaillé aux Etats-Unis et qui diffusera la saison 3 de Better Things, en préparation depuis février.
Mais ce sera sans lui : pour le remplacer, il aura fallu quatre (!) nouveaux auteurs dont on espère qu’ils sauront préserver la légère gravité et les émouvants « petits riens » qui font tout le poids de cette si jolie série.
Better Things, saison 2. Série créée par Pamela Adlon et Louis C.K. Avec Pamela Adlon, Hannah Alligood, Mikey Madison. (EU, 2017, 10 × 20 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ A l’intérieur du cercle polaire, sur le toit d’un centre commercial ou près d’un vestige romain : tour du monde en image des stades de foot les plus insolites.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ L’Elysée, Matignon, l’Assemblée nationale et le ministère des Outre-mer accueillent ce jour dans leurs murs des artistes.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤                     
                                                

L’Impératrice au Palais Bourbon pour la Fête de la musique

L’Elysée, Matignon, l’Assemblée nationale et le ministère des Outre-mer accueillent ce jour dans leurs murs des artistes.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 15h32
 • Mis à jour le
21.06.2018 à 15h50
    |

                            Guillaume Fournier








                        



   


Et si l’on profitait de la fête de la musique... dans les lieux de pouvoir? La résidence présidentielle va participer pour la première fois cette année à la fête de la musique. À partir de 21 heures plus de 1 500 personnes sont attendus à l’Elysée pour assister au concert qui sera donné dans la cour d’honneur. « La Cour d’Honneur de l’Elysée est connue pour ses tapis rouges. Mais le 21 juin, elle se transforme en piste de danse pour la fête de la Musique » comme l’a annoncé l’Élysée sur son compte Facebook.

Une piste de danse très électro avec notamment la présence de Kavinsky, mondialement connu pour son morceau night call, mais aussi Cézaire, le fondateur du label Roche musique et Busty P., nom de scène de Pedro Winter, le patron du label Ed Banger Records. Sans surprise, les places (gratuites) ouvertes à la réservation sont déjà épuisées. Le président de la République s’est félicité de l’événement en le relayant sur son compte Twitter accompagné du message suivant : « Le 21 juin, avec Brigitte nous ouvrons la cour de l’Elysée à la musique. Partageons ce moment ensemble. »
Classique et jazz à Matignon
Ambiance différente non loin de là à l’Hôtel Matignon, lui aussi ouvert au public pour la 37e édition de l’événement créé par Jack Lang. La résidence officielle du Premier ministre propose, à partir de 17 h 30, des concerts de musique classique et de jazz avec la participation du conservatoire national de musique et de danse de Paris.
Habitué de la manifestation, le Sénat n’organise pas cette année de concert dans les jardins du Luxembourg. L’autre chambre du Parlement, l’Assemblée Nationale, sera par contre au rendez-vous. À partir de 18 heures, le palais Bourbon accueillera les visiteurs pour quatre heures de musiques électro-pop. Vers 20 heures se succéderont sur scène la Marseillaise Clara Luciani et le groupe l’Impératrice. Du coté des ministères, seul celui de l’Outre-mer prendra part aux festivités avec un concert à partir de 16 heures dans le jardin, réunissant « de nombreux artistes représentant la diversité des territoires de l’Outre-mer » selon le communiqué du ministère. Tous ces lieux se situant entre le 7 ème et le 8 ème arrondissement, il sera possible de varier les ambiances en passant de l’un à l’autre au fil de la soirée.
Palais de L’Elysée, 55 rue du Faubourg Saint-Honoré, Paris 8e, métro : Champs-Élysées – Clémence au, entrée libre sur réservation, complet, Concert de 20 heures à minuit.
Hôtel de Matignon, 57 rue de Varenne, paris 7e, métro : Rue du Bac ou Varenne, entrée libre dans la limite des places disponible. Concert de 17 h 30 à 21 heures Assemblée Nationale, 128 rue de l’Université, Paris 7e, métro : Assemblée Nationale, entrée libre dans la limite des places disponibles. Concerts de 18 heures à 22 heures
Ministère des Outre-mer, 27 rue Ourdinot, Paris 7e, métro : Duroc ou Saint François-Xavier, entrée libre dans la limite des places disponibles, présentation obligatoire de la carte d’identité. Concerts de 16 heures à minuit.
Programme complet de l’édition 2018 de la fête de la musique à retrouver ici



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Philippe Mechelen et Julien Hervé, scénaristes des « Tuche », signent un premier film inégal.
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« Le Doudou » : un tandem comique sur la piste d’un ourson

Philippe Mechelen et Julien Hervé, scénaristes des « Tuche », signent un premier film inégal.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 14h30
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » - Pourquoi pas
Intouchables (Eric Tolédano, Olivier Nakache, 2011) et ses dix neuf millions de spectateurs a façonné l’archétype cinématographique d’une cohabitation harmonieuse entre Français de plus ou moins longue extraction, riches et pauvres, gens des villes et gens des cités. Le cinéma étant par ailleurs une industrie, il était fatal qu’une litanie de films, eu égard à un succès aussi considérable, se mettent au diapason. Philippe Mechelen et Julien Hervé – qui ne sont pas des bleus en matière de succès puisqu’ils sont les scénaristes des Tuche – se sont donc mis sur les rangs pour leur baptême de réalisation.
La séquence d’ouverture invite ainsi à une petite sémiologie accessible à tous. Plaque de scooter 93 en gros plan, musique funky sur l’engin qui se faufile dans la circulation, Malik Benthala dessus en Gavroche issu de l’immigration et responsable des chariots à Roissy 3, drague malicieuse de deux hôtesses, fine fleur du charme français, qui débarquent d’un aérogare voisin. Tout est dit. L’enfant de l’immigration qui rame avec une tchatche sans pareille, l’aspiration à séduire les beautés du cru, le groove américain pour mettre tout le monde d’accord.
Le principe du « marabout de ficelle »
L’action va toutefois se nouer autour d’un autre couple. Michel (Kad Merad), responsable de la voirie à Poissy, passe une annonce pour retrouver, contre récompense, le doudou de sa fille perdu à Roissy. Sofiane (Malik Benthala), qui voit une belle occasion de mettre du beurre dans les épinards, l’appelle en prétendant avoir trouvé ce qui n’est qu’un ourson neuf grossièrement maquillé. Le coup ne marche pas mais constitue la pierre de touche d’un récit qui va mener les deux hommes, partant d’une vidéo qui montre l’objet embarqué par une grand-mère, sur la piste du doudou selon le principe du « marabout de ficelle ».
Un film inégal, bridé, entre la tentation de la folie et la peur de lui laisser le champ libre
Argument délibérément ténu et principe d’écriture réglé sur une volonté de fantaisie donnent ici un film inégal, bridé, comme souvent dans la comédie française, entre la tentation de la folie et la peur de lui laisser le champ libre. Ce film de tandem, formule comique éprouvée, est surtout l’occasion de confronter à travers ce couple de héros positifs deux générations de stand uppers franco-maghrébins (quand bien même Kad Merad camperait ici un édile provincial) à tout ce que la France compte de forces plus ou moins rassises. Une grand-mère anciennement collabo, un châtelain dégénéré, un vigile sadique, un escroc de l’action caritative, une congrégation de bourgeois catholiques bon teint, on en passe et des meilleures.

        Lire aussi l’entretien :
         

          Kad Merad : « Aujourd’hui, je sais que je suis capable de jouer n’importe quoi »



Tout cela, on l’aura compris, offre un spectacle plutôt bon enfant et optimiste (voir le happy end), dans un contexte européen de montée des intolérances qui devient quant à lui franchement inquiétant. Le « doudou » n’est ainsi pas seulement le titre du film, il en qualifie la fonction.

Film français de Philipe Mechelen et Julien Hervé. Avec Kad Merad, Malik Benthala, Guy Marchand. (1h22) Sur le web : www.facebook.com/pathefilms, www.pathefilms.com/film/ledoudou



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Dans cet Institut unique en France, les apprentis du CFA apprennent notamment à réparer, rénover et concevoir des instruments.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ A l’Athénée, la compagnie Les Brigands peine à réactualiser l’opérette d’André Messager.
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édition abonné


Des « P’tites Michu » en version rose bonbon

A l’Athénée, la compagnie Les Brigands peine à réactualiser l’opérette d’André Messager.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 09h12
    |

                            Pierre Gervasoni








                        



                                


                            

Créé en 1897, aux Bouffes parisiens – le temple d’Offenbach –, Les P’tites ­Michu constitua l’un des plus grands succès d’André Messager (1853-1929), musicien passé à la postérité dans le genre léger grâce à son exquise Véronique, écrite un an plus tard. A l’affiche de l’Athénée, à Paris, jusqu’au 29 juin, dans une nouvelle production de la compagnie Les Brigands, Les P’tites Michu représente « une forme de compromis entre la caustique, l’ironique et provocatrice opérette à la Hervé, et autres Meilhac et Halévy, et la bien sage opérette classique taillée à l’aune de l’opéra-comique », selon Christophe Mirambeau, qui vient de publier une biographie très documentée du compositeur (Actes Sud, 512 pages, 13,50 euros).
Livret et musique fonctionnent, en effet, à merveille dans une expression qui témoigne autant d’une époque (le passage du XIXe au XXe siècle) que d’une tradition (broderie typiquement française des mots et des notes). A condition d’en respecter l’esprit, ce qui n’est pas souvent le cas dans la production de l’Athénée.
Réactualiser l’opérette dans des décors rose bonbon, c’est la ringardiser
Si l’on ne savait pas qu’elle prend place dans le cadre du 6e festival parisien du Palazzetto Bru Zane (centre de musique romantique française situé à Venise), on croirait qu’un collège des environs a loué l’ancienne salle de Louis Jouvet pour y présenter son spectacle de fin d’année… Vue sous cet angle, la proposition artistique pourrait expliquer le déséquilibre entre ses principales composantes et appeler la bienveillance. La contribution du professeur d’arts plastiques serait la plus appréciée, pour ces nombreux dessins d’écolier (illustrations de Marianne Tricot) qui, projetés en fond de scène, inscrivent l’intrigue dans une dimension souriante (cœurs, feux d’artifice, portraits). Et il y a de quoi ! L’histoire découle de ­l’incapacité du père Michu (un fromager) à distinguer,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Le Musée des beaux-arts de la ville présente 60 œuvres, jusqu’au 17 septembre, grâce à une importante donation de la famille Robelin.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ 
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Le Musée des beaux-arts de Lyon présente plusieurs œuvres de l’artiste, pleines d’ironie et d’allusions à l’histoire de l’art.
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Exposition : le bal masqué d’Erik Dietman

Le Musée des beaux-arts de Lyon présente plusieurs œuvres de l’artiste, pleines d’ironie et d’allusions à l’histoire de l’art.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 08h56
 • Mis à jour le
21.06.2018 à 09h58
    |

                            Philippe Dagen (Lyon)








                        



                                


                            

Bien que né en Suède de parents suédois et au­trichien, Erik Dietman (1937-2002) aimait les jeux de mots en français. Quand il écrit « l’art est au beurre noisette », il faut entendre « la raie au beurre noisette », que les recettes conseillent d’accompagner de câpres. Il n’y a pas de câpres dans l’œuvre, mais une raie d’un beau jaune safran peinte sur une mappemonde pour salle de classe. De ses ailes, tel un vampire planant, elle couvre la planète, de New York à Tokyo. Des noisettes – le fruit –, un rectangle orange ­rehaussé de vert, un chapeau de clown, une fourchette et un ­couteau sont aussi disposés sur la carte. Une inscription manuscrite proclame dans un angle « That’s my diet man », ce qui prouve que l’artiste aimait aussi les jeux de mots polyglottes. L’œuvre s’appelle Geograffiti et semble d’abord n’être qu’une plaisanterie visuelle saugrenue. Si ce n’est qu’elle sous-entend que l’art est affaire de recettes ; qu’il peut être riche et gras, comme on le dit de certains plats ; qu’il se consomme partout ; et aussi qu’il y a un côté clownesque dans cette affaire.

Au long de l’exposition que le Musée des beaux-arts de Lyon lui consacre, ces qualités se vérifient : une inventivité formelle ­constante et un penchant ­pro­noncé pour la dérision et le sacrilège, dont l’art et les artistes sont ici les principales cibles. Il ne s’agit pas d’une rétrospective, mais d’une introduction à l’œuvre, en attendant plus. Il s’agit aussi pour le musée d’annoncer qu’il vient de recevoir des collectionneurs Marc, Dominique et Pascal Robelin une vingtaine d’œuvres de Dietman et qu’il a acquis Tombe, sculpture de 1992, interprétation légère du motif de la stèle funéraire.
A cet ensemble s’ajoutent pour l’occasion des prêts de la même collection Robelin, de la galerie Claudine Papillon et du Musée d’art contemporain de Lyon. ­Celui-ci conserve l’une des installations majeures de Dietman, intitulée – pardon...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Une biographie de l’homme d’Etat français, signée de l’historien britannique Julian Jackson, est parue au Royaume-Uni. La soirée de lancement, à Londres, était le 18 juin.
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De Gaulle, retour à Londres

Une biographie de l’homme d’Etat français, signée de l’historien britannique Julian Jackson, est parue au Royaume-Uni. La soirée de lancement, à Londres, était le 18 juin.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
21.06.2018 à 09h15
    |

            Philippe Bernard (Londres, correspondant)








                        



                                


                            

« Enfin une biographie sérieuse de moi ! Mais écrite par qui ? Hélas, hélas, hélas, par un historien anglais ! » Dans la grande salle de l’Institut français de Londres, l’historien Marc-Olivier Baruch déclenche les rires en prenant l’improbable accent anglais de De Gaulle pour saluer la publication de la biographie du « grand Charles » (1890-1970) signée par Julian Jackson, professeur d’histoire à l’université Queen-Mary de Londres (A Certain Idea of France. The Life of Charles de Gaulle, édité chez Allen Lane. Il est en cours de traduction). Le calendrier est impeccable : nous sommes le 18 juin. Le lieu aussi : non seulement Denis Saurat, directeur de l’Institut français en 1940, fut l’un des premiers à rejoindre un général alors inconnu, mais l’ambivalence des relations entre de Gaulle et le Royaume-Uni éclaire toute sa vie politique.
La « politique de grandeur » française disséquée
« Sous la Ve République, ses relations avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne se fondaient non sur la réalité des années 1960, mais sur le souvenir de ce que Churchill et Roosevelt lui avaient fait subir lorsqu’il était à Londres », a estimé Sudhir ­Hazareesingh, professeur d’histoire à Oxford. En 1958, peu après son retour au pouvoir, de Gaulle fait Churchill compagnon de la Libération. « La France sait ce qu’elle lui doit », appuie-t-il alors. Mais une autre réflexion, qui date des années londoniennes, pourrait aussi s’appliquer à Churchill : « Je ne respecte que ceux qui me tiennent tête, mais je ne les supporte pas. »
Redécouvrir de Gaulle à travers le regard d’un historien britannique offre plusieurs intérêts. Non seulement Julian Jackson dissèque sans scrupule – mais avec une admiration non contenue – la « politique de grandeur » française, mais il met aussi en lumière de façon convaincante le pragmatisme quasi britannique et le « pessimisme nietzschéen » de l’homme. Lundi, devant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Certaines personnes peuvent nommer immédiament les notes qu’elles entendent lorsqu’elles écoutent de la musique. Mais leurs cas sont très rares. Pourquoi ?
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Un jour de 1700, des Hopis en ont décimé d’autres. Pourquoi cette explosion de violence parmi le « peuple de la paix  » ? James F. Brooks enquête.
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Histoire. Massacre au sein du peuple hopi

Un jour de 1700, des Hopis en ont décimé d’autres. Pourquoi cette explosion de violence parmi le « peuple de la paix  » ? James F. Brooks enquête.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h15
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
Awat’ovi. L’histoire et les fantômes du passé en pays Hopi (Mesa of Sorrows. A History of the Awat’ovi Massacre), de James F. Brooks, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Frantz Olivié, Anacharsis, « Essais », 302 p., 23 €.

Un mystère est une double provocation : à faire la lumière et à s’habituer à l’obscurité, à en mesurer la profondeur. Qui sont les Hopis ? Que sait-on de ce petit peuple amérindien des hauts plateaux de l’Arizona, qui vivait là bien avant les différentes conquêtes de l’Amérique ? A la vaste littérature ethnologique accumulée à leur sujet depuis, au moins, Soleil hopi, de Don C. Talayesva (Plon, « Terre humaine », 1959), l’anthropologue et historien américain James F. Brooks ajoute une dimension peu explorée jusqu’ici, qui redouble les questions que soulève cette culture en une énigme proprement historique : celle des événements qui l’ont façonnée.
Quelque chose de terrible s’est cristallisé ce jour-là
La destruction du village hopi d’Awat’ovi, l’objet de son enquête, est l’un d’eux, parmi les principaux. Mais elle est aussi l’un des plus difficiles à établir avec certitude, hormis quelques faits, corroborés par de rares documents, une tradition orale et des fouilles archéologiques. Un jour de l’automne 1700, à l’aube, des Hopis venus de villages voisins envahirent les rues d’Awat’ovi, se précipitant vers les kivas, des abris souterrains où, toute la nuit, les habitants avaient célébré les rituels propres à cette saison. Là, écrit Brooks, « ils projetèrent sur leurs victimes ainsi prises au piège une pluie de piments rouges écrasés, de torches enflammées et de flèches ». La quasi-totalité de la population du village fut décimée, massacrée par d’autres Hopis – nom qui signifie « peuple de la paix ».

Comment ce « maelström de terreur et de colère » a-t-il pu se déchaîner au sein d’un tel peuple ? Que reprochaient les massacreurs aux...




                        

                        


<article-nb="2018/06/21/23-14">
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Dans « Le Romanesque des lettres », Michel Murat propose une nouvelle interprétation des liens entre la vie et les livres.
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La littérature est un roman

Dans « Le Romanesque des lettres », Michel Murat propose une nouvelle interprétation des liens entre la vie et les livres.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
21.06.2018 à 11h02
    |

                            Jean-Louis Jeannelle (Spécialiste des études littéraires et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Le Romanesque des lettres, de Michel Murat, Corti, « Les Essais », 312 p., 23 €.

Sainte-Beuve, pour qui La Princesse de Clèves était l’histoire transposée de la liaison de Mme de La Fayette avec le duc de La Rochefoucauld, trouvait dans cette clé un surcroît de romanesque. Lecture réductrice à nos yeux de modernes, acquis à l’idée qu’une œuvre est le produit d’un autre moi que celui de l’écrivain en tant que sujet social.
Ne lisons-nous pas, néanmoins, A la recherche du temps perdu comme si le narrateur n’était autre que Proust ? Nous avons beau savoir qu’il s’agit d’un roman, nous n’en jouissons pas moins des entrelacs entre texte et biographie (les manies de Proust, son homosexualité…). N’y a-t-il là qu’un plaisir coupable, que chacun s’autorise par-devers soi, mais que condamne la critique – sauf à y voir un penchant un peu pervers, ce que Roland Barthes nommait son « marcellisme » ?

C’est la notion même de romanesque qu’il s’agit de repenser, ainsi que Michel Murat, professeur à la Sorbonne, y invite en formulant l’hypothèse que, depuis l’époque romantique, tout ce qui se rapporte à la littérature peut se lire comme un roman. Autrement dit, que le romanesque excède de très loin le genre littéraire dont il procède.
D’un moment, d’une situation ou d’une personne en particulier, nous disons souvent qu’ils sont « romanesques », non par facilité de langage, mais parce qu’innombrables sont les liens entre la littérature et la vie, en sorte que de l’une à l’autre se transmet un même goût pour l’intensité des passions, la polarisation des valeurs (jusqu’au manichéisme parfois) ou l’« utopie existentielle » et les contre-mondes.
Unité profonde
Aux yeux de la critique traditionnelle, c’est là l’effet d’un incurable bovarysme. Michel Murat parie, à l’inverse, sur l’unité profonde de tout ce qui se rapporte à la littérature :...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ La chronique de Bruno Latour, à propos de « L’Occupation du monde », de Sylvain Piron.
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Qui a la parole ? A la fois volcan et ornithorynque

La chronique de Bruno Latour, à propos de « L’Occupation du monde », de Sylvain Piron.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
21.06.2018 à 10h14
    |

                            Bruno Latour (Philosophe)








                        



                                


                            
L’Occupation du monde, de Sylvain Piron, Zones sensibles, 238 p., 19 €.

Si les religieux s’inquiètent de la « montée de l’incroyance », comme ils disent, voilà un souci que les économistes n’ont pas. La foi dans l’économie, cette « religion séculière », selon l’expression de Karl Polanyi (1886-1964), est intacte, et c’est en son nom que se commettent chaque jour, sur toute la planète, à grande échelle, des sacrifices humains. Les incroyants se terrent. Avez-vous jamais rencontré quelqu’un qui se dise « agnostique » en matière d’économie ?
Les anthropologues ont beaucoup fait pour établir, à force d’enquêtes, une science de la croyance économique qui jouerait le même rôle de mise à distance que la science des religions. Mais cela n’a pas suffi pour déraciner l’indéracinable préjugé qu’il existe un Homo econo­micus sorti tout droit de la nature au même titre et en même temps que l’Homo sapiens.

C’est tout l’intérêt du nouveau livre de Sylvain Piron que d’attirer notre attention sur une autre généalogie, plus ancienne, mais aussi, par conséquent, plus difficile à circonvenir. A l’instar de l’historien italien Giacomo Todeschini, l’auteur, lui-même médiéviste, voudrait montrer que la foi dans l’économie vient de la foi chrétienne telle qu’elle fut élaborée par les théologiens à la fin de l’Antiquité et pendant tout le Moyen Age.
Le mot « économie » renvoie d’abord à l’histoire de la providence et s’est à peine laïcisé depuis. Croissance et développement, richesse et capital sont quelques-uns des noms donnés par les scolastiques à la dispensation du salut chrétien. Entre tel traité du XIIIe siècle et tel éditorial du Wall Street Journal, la continuité est si grande que l’on arrive à se demander si, pour cesser de croire en l’économie, il ne faudrait pas enfin cesser d’être chrétien.
Conflit ouvert
D’après Piron, le recours...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Dans « Si », l’écrivaine raconte le cancer de son fils de 10 ans, leur combat. Et témoigne de ce que l’épreuve lui a révélé d’elle-même.
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L’année enfant malade de Lise Marzouk

Dans « Si », l’écrivaine raconte le cancer de son fils de 10 ans, leur combat. Et témoigne de ce que l’épreuve lui a révélé d’elle-même.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h01
    |

                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Si, de Lise Marzouk, Gallimard, 320 p., 21 €.

Au moment où elle apprend la maladie de son fils aîné, Lise Marzouk a déjà publié quelques livres, fruits de ses recherches universitaires en littérature sur les mythes et l’imaginaire. Mais aucun roman ni récit. L’année qu’elle passe aux côtés du petit garçon de 10 ans, hospitalisé à l’Institut Curie, à Paris, pour un lymphome, ne lui en laisse guère la disponibilité d’esprit, quand bien même l’écriture serait dotée de vertus cathartiques. « Je pourrais écrire, admet-elle. ­Tenir une sorte de journal, y raconter le quotidien, y explorer mes états d’âme. (…) Je pourrais le faire, mais je n’en ai ni l’occasion ni l’envie. Cela me paraît inadapté à l’Institut. Trop lent et laborieux. Trop réflexif également. (…) Qui sait en effet ce qu’il adviendrait si je me mettais à interroger mon expérience ? Il me semble que ma force actuelle se nourrit de trop d’inconscience pour prendre un tel risque. »
« “Il n’y a pas de si” »
Elle se promet néanmoins, « si son fils s’en sort vivant », d’interroger « cette énergie étrange qui la porte dans le combat ». C’est ce qu’elle fait dans ce beau récit, sobrement intitulé Si, en souvenir de l’éventualité sans cesse repoussée. « Ça se guérit », avait-elle expliqué à sa fille. « Et si on n’y arrive pas ? », s’était inquiétée la petite sœur du malade. « “Il n’y a pas de si”, avait tranché la mère. Je ne mens pas. Je ne parle plus de la maladie, du traitement, des risques. Je parle de ma guerre, de ma stratégie, de mon plan d’attaque. Et dans cette guerre, il n’y a qu’une seule issue possible. »
Lise Marzouk relate donc, chronologiquement, les étapes de ce combat mené en famille, la nécessité de maintenir un semblant de vie quotidienne avec ses autres enfants, la recherche de la bonne distance – aimante mais jamais...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Claro s’est plongé dans un dictionnaire letton-français de 1941 avec Nicolas Auzzaneau.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤                     
                                                   
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Le feuilleton. Chair dictionnaire…

Claro s’est plongé dans un dictionnaire letton-français de 1941 avec Nicolas Auzzaneau.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h01
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Bibliuguiansie ou l’effacement de la lexicographe (Riga, 1941), de Nicolas Auzanneau, PhB, 70 p., 10 €.

Si tous les livres sont égaux entre eux, alors il est possible que les dictionnaires soient un peu plus égaux que d’autres. Ce qui ne les met pas pour autant à l’abri des coups tordus, loin de là. Le fait est qu’on les soupçonne souvent de dissimuler, sous leur froide carapace, nichés dans le réseau de leurs innombrables nerfs, de subtils venins et de discrètes toxines. On se souviendra que, dans son Grand Dictionnaire universel (1866-1888), Pierre Larousse, à la lettre « B » comme « ben voyons », faisait mourir Bonaparte juste avant que ce dernier ne ressuscite en Napoléon. Oserait-on aujourd’hui, entre Machiavel et Madoff, faire périr un Macron avant son accession au pouvoir ? « M » comme « mouais ».
Chaque année, au sein de ces ouvrages qui défient la lecture linéaire ou exhaustive, on voit surgir et s’enfuir des troupeaux de vocables, on note des altérations de définitions, comme si le lexique, à l’instar d’une pieuvre, mimétisait sans relâche au sein du grand bain social. Pour passer inaperçu. Mieux s’emparer de sa proie. Pas étonnant que le pouvoir ait les dictionnaires à l’œil. Big Brother is reading you. Voilà pourquoi on aurait tort de supposer fade et ennuyeux le destin de cette espèce menacée qu’est le Lavitski-Franciska vardnica, dictionnaire letton-français publié en 1941 à Riga, le premier de son genre, jamais réédité mais ô combien utile et passionnant aux yeux d’un traducteur comme Nicolas Auzanneau, qui en a fait l’objet d’une brève mais trépidante enquête.
Acheté par l’auteur en 1998 (ou 1997) afin de traduire « en costume d’époque », ce dictionnaire, qui a première vue évoque « une brique pataude » de moins de 900 pages, coûtait lors de sa parution, inflation oblige, 22 roubles. Sa parution ? Parlons-en ! « Publier...




                        

                        


<article-nb="2018/06/21/23-18">
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Le poète voyageur, désormais retiré dans la ville de son enfance, publie deux recueils portés par la même rage de tout dire.
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William Cliff retombe sur ses pieds

Le poète voyageur, désormais retiré dans la ville de son enfance, publie deux recueils portés par la même rage de tout dire.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h01
    |

                            Xavier Houssin (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Matières fermées, de William Cliff, La Table ronde, 256 p., 18 €.
Au nord de Mogador, de William Cliff, Le Dilettante, 128 p., 15 €.

Cela fait un moment déjà que William Cliff ne court plus le monde. Il y a eu Barcelone et puis, dans le désordre, Bénarès, Atlanta, Vienne, Saint-Pétersbourg, Tokyo, Porto Rico, Helsinki, Belgrade, Istanbul, Santa Cruz et tant d’autres qu’on oublie. Des villes proches, des lointaines. Et d’autres paysages. Il a vécu là-bas des amours de rencontre, a frotté son errance à de jeunes et beaux garçons, des poètes, des sales types et des pas-grand-chose. Cargos transatlantiques, salles des terminaux aéroportuaires. Il est rentré couvert d’attachantes blessures, le cœur inassouvi, les rêves cabossés. Juste un peu fatigué. Plus de dix ans maintenant que le poète vit vraiment chez lui (à quelques escapades près), à Gembloux, en Belgique. La ville de son enfance.
C’est là qu’il écrit. Matières fermées, qu’il vient de signer, est un long poème en huit « liasses ». Des liasses de souvenirs, d’épais et lourds dossiers, arrachés à sa mémoire. Des inédits d’une certaine manière, du jamais confié, bien qu’effleuré, et qui peuvent faire suite à son Autobiographie (La Différence, 1993), où il rimait sa vie, en cent sonnets, de ses premières à ses jeunes années. « Je suis né à Gembloux en mil neuf cent quarante/mon père était dentiste et je l’ai déjà dit/ma mère eut neuf enfants et je l’ai dit aussi/pourquoi faut-il que je revienne à cette enfance ? »
Ce sont des sonnets qui composent aussi Matières fermées. William Cliff donne ainsi de la forme et du style à son intime ordinaire. Jours qui filent. Qu’on retrouve au hasard. Des noms, des lieux, des visages. Le poème parle de maladie, de singuliers fantômes, d’enfants devenus vieux et d’oiseaux dans les champs. De livres, d’églises, d’arbres,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Avec « Drach », histoire d’une famille, le romancier Szczepan Twardoch creuse la boue sanglante de cette contrée entre Pologne et Allemagne.
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Le chant de la terre silésienne

Avec « Drach », histoire d’une famille, le romancier Szczepan Twardoch creuse la boue sanglante de cette contrée entre Pologne et Allemagne.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h01
    |

                            Eric Loret (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Drach, de Szczepan Twardoch, traduit du polonais par Lydia Waleryszak, Noir sur blanc, 400 p., 23 €.

Vox populi, vox dei. Si l’on tape « Drach Szczepan Twardoch » dans un moteur de recherche, on voit que, entre un Stephen King et un Harry Potter, Drach a été recensé dans son pays par au moins deux « booktubeuses », ces jeunes femmes qui déballent des livres sur YouTube et en font la publicité sans presque jamais en effleurer le contenu. Signe de succès au-delà du champ adulte, donc, ce qui peut paraître curieux pour un roman multiple, feuilleté, dur, jouant avec la langue et qui raconte le destin massacré d’une famille silésienne tout au long du XXe siècle, le tout sous un ciel bas et lourd.
Peut-être ce succès adolescent vient-il de ce que Szczepan Twardoch a écrit beaucoup de nouvelles fantastiques et de science-fiction ? Ou que, couvert de prix depuis l’âge de 28 ans (il en a 38), il se montre sur Facebook en « bogosse » ­mécheux, dandy dangereux, boxeur, amateur d’armes à feu et mannequin à ses heures ? Catholique, se présentant comme silésien, il incarne une certaine fierté nationaliste et une résistance mémorielle. Comme le résume un lecteur sur le site d’une librairie polonaise en ligne, Twardoch raconte des histoires « de personnes qui vivent toujours au même endroit » et qui « se débattent avant tout avec la vie ordinaire ».
Va-et-vient mortifères
La Silésie, aujourd’hui répartie entre l’Allemagne, la République tchèque et la Pologne, a connu le destin exemplaire de ces lieux-limites de l’Europe en guerre : découpée entre Allemagne et Pologne en 1919, elle est entièrement soumise ensuite au IIIe Reich, qui y extermine les juifs et persécute les Polonais. A l’arrivée des Soviétiques, ce sont les Allemands qui sont chassés, mais des polonophones demanderont à émigrer en Allemagne…
Twardoch concentre volontiers ces...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ « Le Salaire de la peur » reparaît en poche. C’est l’occasion de palpiter avec ce roman noir tant vanté par Philippe Jaenada dans « La Serpe ».
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Suer à grosses gouttes à la lecture de Georges Arnaud

« Le Salaire de la peur » reparaît en poche. C’est l’occasion de palpiter avec ce roman noir tant vanté par Philippe Jaenada dans « La Serpe ».



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h01
 • Mis à jour le
21.06.2018 à 09h30
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            
Le Salaire de la peur, de Georges Arnaud, Pocket, 176 p., 4,30 €.

Dans La Serpe (Julliard, prix Femina 2017), Philippe Jaenada enjoignait d’oublier Le Salaire de la peur, le film d’Henri-Georges Clouzot (Palme d’or au Festival de Cannes en 1953), et de remonter à sa source livresque : le roman d’Henri Girard, alias Georges Arnaud (1917-1987), qui rata le Goncourt en 1949 mais fit la fortune de son auteur.
Le livre est dédié au père d’Henri Girard, son « vieux Georges », qu’il affectionnait et que la police puis la justice l’avaient accusé d’avoir tué, ainsi que sa tante et la domestique de maison, en 1941 dans le château de famille. Il fut innocenté grâce à la rigueur et à l’éloquence du célèbre avocat Maurice Garçon… Quelques décennies plus tard, le romancier Georges Arnaud trouva en Philippe Jaenada un autre défenseur des causes perdues. Malgré sa mise en scène « magnifique », le film a vieilli, écrit celui-ci dans La Serpe, alors que le livre « aurait pu être écrit la semaine dernière ». Au reste, ajoute-t-il, la version Yves Montand-Charles Vanel ne garde rien de sa « force sale et douloureuse », de ses « atmosphères lourdes, poisseuses, désespérées, que Georges Arnaud a pu recréer parce que Henri Girard y avait trempé ».
L’espoir conjugué à la folie
Après-guerre, il était parti panser ses plaies en Amérique latine. Il y avait crevé la faim, expié un triple crime qu’il n’avait pas commis et cuvé un chagrin qui le laissait seul en ce monde. De retour en France, il se trouva un pseudonyme – le prénom de son père accolé au nom de jeune fille de sa mère – et entama une carrière littéraire chez Julliard, le même éditeur que Jaenada. Un extrait de La Serpe préface logiquement cette réédition en poche du Salaire de la peur – le roman était indisponible, hors anthologies, depuis longtemps.
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