<FILE-date="2018/06/21/23">

<article-nb="2018/06/21/23-1">
<filnamedate="20180621"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180621"><AAMMJJHH="2018062123">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Le Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises, dont le financement n’est pas assuré, suffira-t-il à doper la machine économique tricolore, alors que le ciel semble s’assombrir pour 2018, s’interroge dans sa chronique la journaliste du « Monde » Audrey Tonnelier.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Un « Pacte » pour la croissance ?

Le Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises, dont le financement n’est pas assuré, suffira-t-il à doper la machine économique tricolore, alors que le ciel semble s’assombrir pour 2018, s’interroge dans sa chronique la journaliste du « Monde » Audrey Tonnelier.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 15h30
 • Mis à jour le
21.06.2018 à 15h32
    |

            Audrey Tonnelier








                        



                                


                            

Tendances France. On lui a reproché ses multiples reports, son côté fourre-tout, peu lisible. Alors, pour présenter son projet de loi « relatif à la croissance et la transformation des entreprises » (dit « Pacte »), dévoilé lundi 18 juin en conseil des ministres, le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, n’a pas lésiné sur les moyens. Discours-fleuve, présence de députés LRM – Stanislas Guerini, qui fut à la manœuvre dans la première partie de l’élaboration du texte, lors de la consultation de chefs d’entreprise à l’automne 2017, et Olivia Grégoire, qui devrait présider la commission spéciale chargée de l’examiner en septembre.
Et surtout, une flopée de chiffres. Sur les emplois générés par les PME-ETI (entreprises de taille intermédiaire), première cible du projet de loi (près de 400 000 postes entre 2009 et 2015), sur les difficultés de croissance des Petit Poucet de l’économie tricolore (ils ne sont que 5 800 en France, contre 12 500 en Allemagne), sur leurs faibles performances à l’export, sur le peu d’épargne des Français allouée à leur financement, etc.

Une litanie en forme de plaidoyer pour un texte qui doit « lever les verrous et activer les leviers de la croissance », a vanté le locataire de Bercy. A l’appui de ses propos, il a cité une étude du Trésor. Selon cette dernière, la loi « Pacte peut représenter 1 point de produit intérieur brut [PIB] supplémentaire à long terme », dont 0,3 point en 2025. Soit quelque 22 milliards d’euros de richesse potentielle supplémentaire pour le pays. Sans qu’il soit pour l’heure possible de déterminer précisément sur quels critères s’appuie cette estimation, ni quel est son degré de fiabilité à cet horizon éloigné, l’étude n’ayant pas encore été rendue publique.
A en croire Bercy, la suppression du forfait social sur les accords d’intéressement dans les entreprises de moins de 250 salariés, et sur la participation pour celles de moins de 50 salariés...




                        

                        


<article-nb="2018/06/21/23-2">
<filnamedate="20180621"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180621"><AAMMJJHH="2018062123">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ François Yvon, chercheur en informatique, dans une tribune au « Monde », souligne l’importance des technologies de traduction, nécessaires au développement international des entreprises et à l’affirmation de la souveraineté nationale.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤                     
                                                   
édition abonné


La traduction automatique, « enjeu technologique, économique et culturel »

François Yvon, chercheur en informatique, dans une tribune au « Monde », souligne l’importance des technologies de traduction, nécessaires au développement international des entreprises et à l’affirmation de la souveraineté nationale.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 15h00
    |

François Yvon (Professeur au département d’Informatique de l’université Paris-Sud)







                        



                                


                            

Tribune. Le président Macron a récemment prononcé deux grands discours, en apparence sans lien l’un avec l’autre : le premier, le 20 mars pour affirmer devant l’Académie française sa volonté de rétablir la place du français parmi les grandes langues mondiales du XXIe siècle ; le second, le 29 mars, devant la fine fleur de la recherche en sciences du numérique, pour annoncer un plan d’action pour développer l’intelligence artificielle (IA) en France et en Europe.
Le premier, truffé de citations littéraires, prône comme mesure phare le renforcement de l’apprentissage du français pour tous (les écoliers français, les migrants, les étrangers dans les instituts français). Le second, mâtiné de franglais, promet le développement d’une nouvelle filière industrielle : soutien aux « talents » et à l’innovation, libération des « datas », etc.
Les motifs pour lier les deux sujets – langue et IA – ne manquent pourtant pas. L’enjeu de la traduction automatique (TA) permet de le démontrer.
Le discours sur l’IA insiste sur les opportunités de développement économique qu’offrent ces technologies. Or, grâce à la TA, il devient possible aux entreprises françaises de bénéficier pleinement du grand marché européen unifié, en traduisant dans les 23 autres langues officielles de l’Union européenne (UE) leurs manuels techniques, contrats, catalogues et sites Internet.
Citoyens de seconde zone
Car se limiter à traduire vers l’anglais n’est pas suffisant : moins d’un Européen sur deux parle anglais, et plus de 70 % des Européens font plus confiance aux sites rédigés dans leur langue pour commercer en ligne. L’utilisation d’une TA de haute qualité pour traduire depuis le français vers les langues de l’UE – mais aussi vers le mandarin, l’hindi, l’arabe… – est la seule solution économiquement viable.
Dans le sens inverse, les consommateurs et les citoyens français doivent pouvoir accéder à des contenus (bien)...




                        

                        


<article-nb="2018/06/21/23-3">
<filnamedate="20180621"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180621"><AAMMJJHH="2018062123">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Les aéroports ne sont plus aujourd’hui des monopoles. Tous les aéroports, quelle que soit leur taille, y compris le hub de Roissy, sont désormais mis en concurrence par les compagnies aériennes, explique Thomas Juin, président de l’Union des aéroports français, dans une tribune au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« La privatisation d’ADP doit conduire à clarifier le rôle de l’Etat dans le transport aérien »

Les aéroports ne sont plus aujourd’hui des monopoles. Tous les aéroports, quelle que soit leur taille, y compris le hub de Roissy, sont désormais mis en concurrence par les compagnies aériennes, explique Thomas Juin, président de l’Union des aéroports français, dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    21.06.2018 à 14h15
    |

Thomas Juin (Président de l’Union des aéroports français/UAF)







                        



                                


                            

Tribune. La privatisation d’Aéroports de Paris, présentée lundi 18 juin en conseil des ministres, ne manquera pas de susciter de nombreux débats qu’il convient de mettre en perspective.
Celle-ci s’inscrit dans le prolongement de la révolution aéroportuaire des années 2004-2005, qui a notamment vu la naissance de la société Aéroports de Paris, dont le capital a été ouvert en 2006 aux investisseurs privés (l’Etat restant néanmoins par la loi majoritaire, à hauteur de 50,6 % du capital) ; la création, pour les grands aéroports régionaux, de sociétés de droit commercial à capitaux publics (contrôlées à 60 % par l’Etat, à 25 % par les chambres de commerce et d’industrie et à 15 % par les collectivités locales), avec possibilité pour l’Etat de vendre à terme tout ou partie de ses parts ; et, enfin, le transfert des aéroports de proximité aux collectivités locales.
En dépit des alternances politiques, jamais l’esprit de la loi aéroportuaire de 2005 n’a été remis en cause. Les premières sociétés aéroportuaires régionales ont vu le jour en 2007 et le processus de vente des parts de l’Etat a été lancé en 2014, avec Toulouse, puis poursuivi en 2016, avec Lyon et Nice.
Pas une exception française
Le processus de privatisation des aéroports n’est pas une exception française. Il s’intègre dans une tendance générale et un « modèle européen » d’exploitation aéroportuaire avec mixité de capitaux publics et privés. Ainsi, dans l’Union européenne en 2016, selon le Conseil international des aéroports (ACI Europe), 46,8 % des sociétés d’exploitation aéroportuaire, représentant plus des trois quarts du trafic commercial, comptaient de l’actionnariat privé contre seulement 23 % en 2010.
Si la privatisation de l’exploitation aéroportuaire est une décision d’ordre politique, les constats sont clairs du côté des exploitants. Publics ou privés, les grands aéroports français enregistrent ces temps-ci des courbes de croissance...




                        

                        


<article-nb="2018/06/21/23-4">
<filnamedate="20180621"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180621"><AAMMJJHH="2018062123">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Analyse. La publication du baromètre du dialogue social par le Cevipof ne peut que conforter Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, qui juge que le « syndicalisme est mortel ». Il souligne l’urgence qui est la sienne à se réinventer, explique le journaliste du « Monde » Michel Noblecourt.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Les syndicats face à la défiance des salariés

Analyse. La publication du baromètre du dialogue social par le Cevipof ne peut que conforter Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, qui juge que le « syndicalisme est mortel ». Il souligne l’urgence qui est la sienne à se réinventer, explique le journaliste du « Monde » Michel Noblecourt.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 13h10
 • Mis à jour le
21.06.2018 à 13h30
    |

            Michel Noblecourt








                        



                                


                            

Analyse. En treize mois, Emmanuel Macron a posé les jalons de ses principales réformes sociales. La réforme du code du travail, la loi « avenir professionnel » – qui englobe l’assurance-chômage, l’apprentissage et la formation continue et a repris, en partie, des accords interprofessionnels – et la réforme ferroviaire ont été adoptées.
En attendant la réforme des retraites, ce grand chamboule-tout laisse perplexes les salariés. C’est ce que révèle le baromètre du dialogue social que vient de publier le Cevipof, à l’intention du master dialogue social de Sciences Po et de l’association Dialogues, qui, réunissant des directeurs de ressources humaines et des syndicalistes, a fêté, mardi 19 juin, ses quinze ans. Réalisée du 21 au 25 mai auprès de 1 650 salariés du privé et du public hors fonctionnaires (605 cadres et 1 045 non-cadres), cette enquête est riche d’enseignements.
Pour 61 % des salariés, la réforme du code du travail, opérée par ordonnances à la suite d’une concertation avec les syndicats, ne va pas « dans le bon sens ». Les salariés syndiqués sont 78 % à émettre un jugement négatif, alors que 56 % des cadres sont d’un avis contraire. Pour 57 % des personnes interrogées par le Cevipof, « la flexibilité est une menace pour la protection sociale des salariés ». Et 67 % réfutent l’idée selon laquelle « les droits acquis sont une menace pour la compétitivité ».
65 % des salariés ne font pas confiance aux syndicats, juste devant les médias (72 %) et les partis politiques (90 %), qui emportent la palme du rejet
Petit bémol qui entre dans le cadre des relations sociales rêvé par M. Macron : 52 % des salariés pensent qu’il faut privilégier la négociation dans l’entreprise – 53 % de ceux qui travaillent dans des PME et 43 % parmi les syndiqués –, contre seulement 16 % qui donnent la préférence à l’Etat et au code du travail. Mais dans un « en même temps » très macronien, les...




                        

                        


<article-nb="2018/06/21/23-5">
<filnamedate="20180621"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180621"><AAMMJJHH="2018062123">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Partout dans le monde, des villes et des régions explorent la question des « communs ». Entre contrôle de l’Etat et mécanismes du marché, cette troisième voie, qui propose de repenser  la propriété des biens universels, implique une autre approche économique et politique.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Biens communs : jouir sans posséder

Partout dans le monde, des villes et des régions explorent la question des « communs ». Entre contrôle de l’Etat et mécanismes du marché, cette troisième voie, qui propose de repenser  la propriété des biens universels, implique une autre approche économique et politique.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 12h22
 • Mis à jour le
21.06.2018 à 16h23
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            
La vie reprendrait-elle son cours normal à Notre-Dame-des-Landes ? Fermée depuis six ans, la D 281, ou « route des chicanes », a été officiellement rouverte à la circulation le 14 juin. Dix jours plus tôt, quinze conventions d’occupation précaire avaient été signées en préfecture des Pays de la Loire, qui permettront à diverses exploitations (élevage, maraîchage, culture céréalière, pépinière, apiculture) de faire leurs preuves.
Mais les habitants de la ZAD, ex- « zone à défendre », espèrent plus qu’une simple acceptation de leurs projets personnels. Ils souhaitent créer des synergies, un écosystème. Et ils ne sont pas les seuls. Depuis l’abandon par le gouvernement du projet d’aéroport, en janvier, de nombreuses voix, et non des moindres, se sont élevées pour défendre les revendications des zadistes. Car leur projet collectif a relancé avec force la question des utopies concrètes, et avec elle la notion des communs.
Débats citoyens
« Dans les interactions entre habitants “historiques”, paysans, squatteurs, voisins (…) s’est construit un territoire commun, au-delà de la propriété, des habitudes et des appartenances », constate ainsi un collectif d’intellectuels, parmi lesquels la philosophe Isabelle Stengers et l’anthropologue au Collège de France Philippe Descola (Mediapart, 6 avril). Une démarche « collective, construite comme un “commun”, au sein de laquelle les individualités trouvent leur propre énergie », appuient l’ingénieur des Ponts et Chaussées Olivier Frérot et le géographe Luc Gwiazdzinski (Libération, 20 avril).
« Pourquoi ne pas reconnaître aux ­zadistes un droit à l’expérimentation ? Ils pourraient ainsi promouvoir une autre approche de la propriété qui est celle des “commons”, c’est-à-dire un dispositif fondé sur un collectif identifié et porteur d’un territoire », insiste l’économiste Bernard Paranque (Le Monde, 18 mai).

La...




                        

                        


<article-nb="2018/06/21/23-6">
<filnamedate="20180621"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180621"><AAMMJJHH="2018062123">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ A Bologne, à Chieri ou à Orvieto, des pactes de collaboration entre les citoyens et la municipalité régissent la gestion de biens publics, matériels ou culturels.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Daniela Festa : « En Italie, un mouvement social a émergé autour des communs urbains »

A Bologne, à Chieri ou à Orvieto, des pactes de collaboration entre les citoyens et la municipalité régissent la gestion de biens publics, matériels ou culturels.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
21.06.2018 à 16h29
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            
Daniela Festa est juriste et géographe. Ses travaux de recherche, actuellement menés à l’Ecole du droit de Sciences Po dans le cadre du programme European Research Council, portent sur la relation entre action collective et espace urbain. Elle a coordonné, en 2016, avec le philosophe Pierre Charbonnier, un hors-série sur « L’Italie des biens communs » pour la revue de sciences humaines Tracés.

Depuis une dizaine d’années, il s’est créé en Italie une véritable dynamique autour des communs urbains. Pour quelle raison ?
Depuis les années 1990, l’Italie connaît une vague de privatisations des biens et des services publics, à l’échelle nationale et locale. A quoi se sont ajoutées les politiques d’austérité liées à la crise de 2007-2008, et enfin le décret Ronchi : approuvé fin 2009 par le gouvernement Berlusconi, celui-ci obligeait toutes les sociétés gestionnaires des services publics – eau, transports, déchets, etc. – à organiser des appels d’offres pour privatiser au moins 40 % de leur capital.
La précarisation du travail aidant, on a vu alors l’émergence d’un mouvement social autour des communs urbains, et les citoyens poser la question de la codécision sur les ressources les touchant directement. Par exemple les routes, les jardins, les plans d’eau, les théâtres ou les cinémas de quartier.
Quel a été le rôle de la commission Rodota dans l’émergence de cette question ?
Elle a été centrale. Stefano Rodota [1933-2017] était un grand personnage de la culture juridique et politique italienne. En 2007, le gouvernement Prodi décida de lui confier la présidence d’une commission ministérielle chargée de rédiger un projet de loi pour la réforme des régimes des biens. Pour les juristes de cette commission, la question était la suivante : comment faire en sorte que les biens voués à satisfaire les besoins de la collectivité ne soient pas captés par le patrimoine privé, sans aucun retour...




                        

                        


<article-nb="2018/06/21/23-7">
<filnamedate="20180621"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180621"><AAMMJJHH="2018062123">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ François Hurel, président de l’Union des auto-entrepreneurs, constate, dans une tribune au « Monde », que la promesse présidentielle d’une couverture « universelle » est loin d’être tenue dans le projet de loi en cours d’examen au Parlement.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Assurance-chômage des indépendants : « La loi doit bénéficier à tous »

François Hurel, président de l’Union des auto-entrepreneurs, constate, dans une tribune au « Monde », que la promesse présidentielle d’une couverture « universelle » est loin d’être tenue dans le projet de loi en cours d’examen au Parlement.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 11h30
    |

                            François Hurel (Président de l’Union des auto-entrepreneurs)








                        



                                


                            

Tribune. Le principe d’une indemnisation chômage au bénéfice des indépendants semble se préciser dans le projet de loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel, en cours de discussion au Parlement. C’est un premier pas majeur dans un paysage social jusque-là dominé exclusivement par le salariat, celui de voir les travailleurs indépendants enfin pris en compte dans la protection sociale.
La part de ces nouveaux actifs, qui représentent aujourd’hui en France plus d’un tiers du total hors demandeurs d’emplois, est en progression constante, comme nous le confirment les derniers chiffres de l’Insee, en particulier grâce à la poussée des autoentrepreneurs.

Mais ce nouveau droit au chômage, s’il ouvre une porte, ne peut être qu’un tout premier pas. Pour inédit qu’il soit, il n’est pas pour autant pleinement satisfaisant pour les travailleurs indépendants. D’abord parce qu’en attribuant une allocation fixe sur un temps limité et sous condition d’accès (durée préfixée, plafonnement unique pour tous), elle prend davantage les contours d’un amortisseur social que celui d’une véritable indemnisation chômage.
Une « trappe à pauvreté »
C’est évidemment bien, mais il faut s’atteler à un nouveau droit en la matière. Ensuite, par la nature du « fait générateur » envisagé par le législateur – la liquidation judiciaire –, qui pourrait vite constituer une « trappe à pauvreté » dissuadant le rebond d’activité. Un tel motif est d’ailleurs totalement inadapté à la population des autoentrepreneurs, qui représente pourtant près de la moitié des 3 millions d’indépendants.
En les poussant à aller voir un juge pour obtenir la reconnaissance d’une liquidation personnelle, on prend le risque de judiciariser ce régime, qui avait justement été conçu pour qu’il n’y ait pas de passif social et fiscal. Pire, ne prend-on pas celui de les exclure à terme purement et simplement du système ? Enfin, cette mesure ne sera pas suffisante...




                        

                        


<article-nb="2018/06/21/23-8">
<filnamedate="20180621"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180621"><AAMMJJHH="2018062123">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Editorial. L’intention affichée par le président français et la chancelière allemande est certes un « petit pas », mais c’est aussi une occasion de rappeler que l’Europe peut être source d’investissement, d’innovation et de solidarité.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤                     
                                                

Budget de la zone euro : une lueur d’espoir pour l’Europe

Editorial. L’intention affichée par le président français et la chancelière allemande est certes un « petit pas », mais c’est aussi une occasion de rappeler que l’Europe peut être source d’investissement, d’innovation et de solidarité.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 11h24
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Par rapport aux ambitions initiales d’Emmanuel Macron, le résultat peut sembler modeste. Mardi 19 juin, à Meseberg, près de Berlin, le président français et la chancelière allemande ont annoncé leur intention de créer un budget de la zone euro. Celui-ci consisterait à renforcer la solidarité européenne en finançant de nouveaux investissements et en jouant un rôle de « stabilisation macroéconomique ». En cas de crise économique grave, un pays pourrait bénéficier d’un « fonds européen de stabilisation du chômage ».
En revanche, aucune allusion n’est faite au ministre de l’économie et des finances ni au Parlement de la zone euro réclamés par M. Macron à son arrivée à l’Elysée. Aucune indication, non plus, sur le montant du futur budget. Sur ce point, personne ne se fait d’illusions : on sera loin, très loin des centaines de milliards d’euros imaginés par le président français il y a quelques mois. Si la mise de départ est de 20 à 30 milliards d’euros, ce sera déjà bien, se dit-on aujourd’hui à Paris.
L’affaiblissement politique de Merkel
M. Macron souhaitait-il obtenir davantage ? Assurément. Le pouvait-il ? Sans doute pas. Pour une partie de la droite allemande, l’accord conclu à Meseberg va déjà beaucoup trop loin, le principe même d’un budget de la zone euro étant jugé inacceptable. Déjà vent debout contre la politique migratoire d’Angela Merkel, la CSU bavaroise a réclamé, mercredi, une réunion en urgence des trois partis membres de la « grande coalition » au pouvoir à Berlin (CDU, CSU, SPD), estimant que la chancelière avait outrepassé son mandat.

        Lire aussi :
         

                Allemagne : le projet d’un budget de la zone euro divise la coalition d’Angela Merkel



Fragilisée comme jamais depuis son arrivée au pouvoir, il y a treize ans, Mme Merkel sait que son autorité ne tient plus qu’à un fil. Au Bundestag, elle ne dispose que de neuf voix de majorité, et c’est au sein de son propre groupe qu’elle compte ses adversaires les plus résolus. Compte tenu de son extrême affaiblissement politique, elle ne pouvait sans doute pas faire davantage de concessions à son « cher ami » français, comme l’a baptisé une partie de la presse allemande depuis son élection, en jouant sur les deux sens de l’adjectif.
Difficulté supplémentaire
Que veut l’Allemagne ? Cette question, beaucoup se la posaient, à Paris, ces dernières semaines, s’impatientant de l’absence de « réponse » allemande aux propositions faites par M. Macron dans son discours de la Sorbonne, le 26 septembre 2017. Désormais, la question qui se pose est plutôt : que peut la chancelière ? A l’évidence, plus grand-chose. Raison de plus pour saluer l’accord trouvé au sommet franco-allemand.
On est certes loin de la « refondation du projet européen » voulue par le président français. On est aussi très loin du « nouvel élan pour l’Europe » qui donne son titre au « contrat de coalition » signé à Berlin en février. Difficulté supplémentaire : lors du Conseil européen de Bruxelles des 28 et 29 juin, il faudra convaincre les partenaires du couple franco-allemand. Les Pays-Bas risquent de trouver que le compromis de Meseberg va trop loin, tandis que les pays du Sud estimeront au contraire qu’il n’est pas assez ambitieux.
Mais face à ceux qui veulent disloquer l’Europe et la refermer derrière ses frontières, ce « petit pas », à la façon de ceux que recommandait Jean Monnet, est une lueur d’espoir. A onze mois des élections européennes, c’est, en tout cas, une initiative dont il faut se saisir pour rappeler que l’Europe peut être aussi source d’investissement, d’innovation et de solidarité. C’est la meilleure réponse aux vents mauvais des populismes.

        Lire aussi :
         

                Europe : et si l’urgence était moins le budget de la zone euro que la crise migratoire ?






                            


                        

                        


<article-nb="2018/06/21/23-9">
<filnamedate="20180621"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180621"><AAMMJJHH="2018062123">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ La négociation avec Bruxelles fait ressortir une triste vérité : les grands manitous du Brexit ont ou fantasmé ou raconté des bobards, explique, dans sa chronique, Alain Frachon, éditorialiste au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Ces deux dernières années, les Britanniques ont redécouvert leur attachement à l’UE »

La négociation avec Bruxelles fait ressortir une triste vérité : les grands manitous du Brexit ont ou fantasmé ou raconté des bobards, explique, dans sa chronique, Alain Frachon, éditorialiste au « Monde ».



Le Monde
 |    21.06.2018 à 11h08
   





                        



                                


                            

Chronique. Il y a deux ans, les Britanniques choisissaient de quitter l’Union européenne : 51,9 % étaient pour, 48,1 % contre, lors du référendum du 23 juin 2016. On les imaginerait tout à la joie de cette « libération », pour reprendre l’expression des fondamentalistes du Brexit. Enfin dégagés de cette machine à broyer l’identité des peuples, à miner leur souveraineté et à étouffer leur économie que serait l’UE ! Enfin « libérés » des diktats bruxellois !
« Well, well, well », ce n’est pas tout à fait la situation. Ces deux dernières années, les Britanniques ont redécouvert, sinon leur part d’européanité, du moins leur attachement à l’UE – au marché unique et à l’union douanière, notamment. Ils manifestent un ardent désir d’en bénéficier encore.
Au fond, ils aiment cette grande aventure, dont ils furent des acteurs importants, d’un espace économique de quelque 500 millions de personnes, où, à l’abri d’un tarif extérieur uni, la concurrence et les échanges sont libres parce que régentés par des normes techniques et juridiques communes. C’est laborieux à administrer, ce n’est ni glamour ni lyrique, il faut négocier tard la nuit, supporter les caprices de petits pays sans passé impérial et ceux de fonctionnaires bruxellois sans grand sens politique, mais ça ne marche pas si mal.
Un « flop » à New Delhi ou à Tokyo
A tel point que toute la négociation en cours entre le gouvernement conservateur de Theresa May et le représentant des 27, le Français Michel Barnier, savoyard appliqué et plein de bon sens, n’a pour Londres qu’un objet : rester le plus proche possible de l’UE, ne pas la quitter trop vite, substituer le concubinage au divorce. Mme May supplie : faisons encore l’amour. Le Brexit doit intervenir fin mars 2019. Suivra une période de transition – durant laquelle la situation du royaume au sein de l’UE ne changera guère – jusqu’en 2021. Aujourd’hui, Mme May demande à rester deux...




                        

                        


<article-nb="2018/06/21/23-10">
<filnamedate="20180621"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180621"><AAMMJJHH="2018062123">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Olivier Guez, écrivain et envoyé spécial pour « Le Monde » en Russie, a emprunté le train entre Moscou et Iekaterinbourg, à bord duquel les passagers semblent indifférents à l’événement planétaire qui se déroule chez eux.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Coupe du monde 2018 : à bord du Transsibérien

Olivier Guez, écrivain et envoyé spécial pour « Le Monde » en Russie, a emprunté le train entre Moscou et Iekaterinbourg, à bord duquel les passagers semblent indifférents à l’événement planétaire qui se déroule chez eux.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 09h16
 • Mis à jour le
21.06.2018 à 12h50
   





                        



                                


                            

Chronique. Décrire un voyage en Transsibérien, c’est raconter une croisière par temps calme. Du moins le tronçon entre Moscou et Iekaterinbourg que j’emprunte, un quart de l’immense périple qui mène aux rivages du Pacifique. Le train traverse des plaines, des forêts, des rivières bleues, des fleuves anonymes, des isbas aux toits de tôle chamarrés, et ainsi de suite. J’ai dormi sept heures. A mon réveil, j’ai cru que nous n’avions pas avancé vers l’est : le même panorama que la veille, lorsque le soleil s’est couché.
Un océan de verdure et quelques paysans à l’horizon, des pylônes électriques au pied desquels broutent des vaches, des Lada vacillantes qui fument aux passages à niveau. Le Transsibérien, c’est une odyssée spatio-temporelle. A mesure que le « rapide » s’enfonce dans la toundra, le temps s’étire et pourtant il rétrécit, bientôt il sera deux heures de plus qu’à Moscou.
Voici mes compagnons de voyage. Il y a les Uruguayens dont j’ai parlé dans une précédente chronique, Timour, un garçon aux oreilles écarlates qui régit la voiture-restaurant, Natalia, la provodnitsa, la cheftaine de mon wagon, chargée du samovar qui doit chanter jour et nuit, et plus loin des conscrits aux crânes tondus et pommettes roses de jouvenceaux.
Pelmeni au canard
Deux policiers montent la garde du convoi. Lorsqu’il s’arrête, ils empêchent les jeunes femmes et les babouchkas qui minaudent pour nous vendre des babioles (cloches en cristal surmontées d’un footballeur, poupées, assiettes made in Oural) de grimper dans le train. Nous sommes le 13 juin, veille du match d’ouverture de la Coupe du monde en Russie. On ne dirait pas. Ni les gares ni le Transsibérien ne sont pavoisés, et les passagers semblent indifférents à l’événement planétaire qui se déroule chez eux. En première classe, les téléviseurs ne diffusent que des films, comme dans les avions. Le Mondial a tout de même transformé la physionomie du train, se félicite Natalia :...




                        

                        


<article-nb="2018/06/21/23-11">
<filnamedate="20180621"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180621"><AAMMJJHH="2018062123">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Si quelques dirigeants font encore appel aux valeurs des Lumières, la plupart deviennent racistes, nationalistes ou indifférents, s’alarme la philosophe Fabienne Brugère dans une tribune au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« L’alliance des gouvernants en Europe risque de se faire sur la construction de boucs émissaires »

Si quelques dirigeants font encore appel aux valeurs des Lumières, la plupart deviennent racistes, nationalistes ou indifférents, s’alarme la philosophe Fabienne Brugère dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
21.06.2018 à 09h37
    |

Fabienne Brugère (Philosophe, coauteure, avec Guillaume le Blanc, de "La Fin de l'hospitalité", Flammarion, 2017)







                        



                                


                            
Tribune. Le moment fera certainement date dans les livres d’histoire. Le 17 juin 2018, 630 migrants secourus par les ONG SOS Méditerranée et Médecins sans frontières, à bord de l’Aquarius, sont accueillis dans le port de Valence, en Espagne, après le refus des gouvernements italien et maltais, et une position inaudible de la France – qui parvient à tenir comme parole politique qu’en même temps elle accueille et n’accueille pas.

Peut-être le nouveau premier ministre espagnol socialiste, Pedro Sanchez, aura-t-il une place dans l’Histoire, au nom de la lutte qu’il semble vouloir mener contre l’égoïsme des différents pays de l’Union européenne. L’Europe s’est-elle définitivement refermée sur l’individualisme et le matérialisme à tel point qu’elle considère tout arrivant comme un voleur, un intrus ? Peut-être Pedro Sanchez rejoindra-t-il la trajectoire d’Angela Merkel laquelle, assurément, restera comme une dirigeante européenne courageuse qui a rendu possible l’accueil des réfugiés de la guerre de Syrie, alors que tous les autres dirigeants du continent répondaient par la négative ou par un peut-être que oui, peut-être que non.
La France est un pays qui ne sait que faire, comme si les migrants étaient des cartes d’un jeu de papier pas très sérieux. Tout est cacophonie. De plus en plus. Notre gouvernement fait la leçon à l’Italie, désormais inhospitalière, sans ouvrir pour autant les ports français à l’Aquarius. Et c’est Gilles Simeoni, président autonomiste du conseil exécutif de Corse, qui évoque le geste spontané que la Corse serait prête à faire face à l’urgence de la situation.

Sa parole n’est, bien sûr, pas dénuée d’arrière-pensées politiques, mais elle mérite d’être citée ; il se déclare prêt à s’engager « pour une Europe et une Méditerranée fraternelles », ajoutant : « On est au croisement des valeurs d’hospitalité de notre île, et des valeurs universelles de l’Europe. » Il...




                        

                        


<article-nb="2018/06/21/23-12">
<filnamedate="20180621"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180621"><AAMMJJHH="2018062123">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Un jour de 1700, des Hopis en ont décimé d’autres. Pourquoi cette explosion de violence parmi le « peuple de la paix  » ? James F. Brooks enquête.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Histoire. Massacre au sein du peuple hopi

Un jour de 1700, des Hopis en ont décimé d’autres. Pourquoi cette explosion de violence parmi le « peuple de la paix  » ? James F. Brooks enquête.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h15
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
Awat’ovi. L’histoire et les fantômes du passé en pays Hopi (Mesa of Sorrows. A History of the Awat’ovi Massacre), de James F. Brooks, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Frantz Olivié, Anacharsis, « Essais », 302 p., 23 €.

Un mystère est une double provocation : à faire la lumière et à s’habituer à l’obscurité, à en mesurer la profondeur. Qui sont les Hopis ? Que sait-on de ce petit peuple amérindien des hauts plateaux de l’Arizona, qui vivait là bien avant les différentes conquêtes de l’Amérique ? A la vaste littérature ethnologique accumulée à leur sujet depuis, au moins, Soleil hopi, de Don C. Talayesva (Plon, « Terre humaine », 1959), l’anthropologue et historien américain James F. Brooks ajoute une dimension peu explorée jusqu’ici, qui redouble les questions que soulève cette culture en une énigme proprement historique : celle des événements qui l’ont façonnée.
Quelque chose de terrible s’est cristallisé ce jour-là
La destruction du village hopi d’Awat’ovi, l’objet de son enquête, est l’un d’eux, parmi les principaux. Mais elle est aussi l’un des plus difficiles à établir avec certitude, hormis quelques faits, corroborés par de rares documents, une tradition orale et des fouilles archéologiques. Un jour de l’automne 1700, à l’aube, des Hopis venus de villages voisins envahirent les rues d’Awat’ovi, se précipitant vers les kivas, des abris souterrains où, toute la nuit, les habitants avaient célébré les rituels propres à cette saison. Là, écrit Brooks, « ils projetèrent sur leurs victimes ainsi prises au piège une pluie de piments rouges écrasés, de torches enflammées et de flèches ». La quasi-totalité de la population du village fut décimée, massacrée par d’autres Hopis – nom qui signifie « peuple de la paix ».

Comment ce « maelström de terreur et de colère » a-t-il pu se déchaîner au sein d’un tel peuple ? Que reprochaient les massacreurs aux...




                        

                        


<article-nb="2018/06/21/23-13">
<filnamedate="20180621"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180621"><AAMMJJHH="2018062123">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Dans « Le Romanesque des lettres », Michel Murat propose une nouvelle interprétation des liens entre la vie et les livres.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
édition abonné


La littérature est un roman

Dans « Le Romanesque des lettres », Michel Murat propose une nouvelle interprétation des liens entre la vie et les livres.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
21.06.2018 à 11h02
    |

                            Jean-Louis Jeannelle (Spécialiste des études littéraires et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Le Romanesque des lettres, de Michel Murat, Corti, « Les Essais », 312 p., 23 €.

Sainte-Beuve, pour qui La Princesse de Clèves était l’histoire transposée de la liaison de Mme de La Fayette avec le duc de La Rochefoucauld, trouvait dans cette clé un surcroît de romanesque. Lecture réductrice à nos yeux de modernes, acquis à l’idée qu’une œuvre est le produit d’un autre moi que celui de l’écrivain en tant que sujet social.
Ne lisons-nous pas, néanmoins, A la recherche du temps perdu comme si le narrateur n’était autre que Proust ? Nous avons beau savoir qu’il s’agit d’un roman, nous n’en jouissons pas moins des entrelacs entre texte et biographie (les manies de Proust, son homosexualité…). N’y a-t-il là qu’un plaisir coupable, que chacun s’autorise par-devers soi, mais que condamne la critique – sauf à y voir un penchant un peu pervers, ce que Roland Barthes nommait son « marcellisme » ?

C’est la notion même de romanesque qu’il s’agit de repenser, ainsi que Michel Murat, professeur à la Sorbonne, y invite en formulant l’hypothèse que, depuis l’époque romantique, tout ce qui se rapporte à la littérature peut se lire comme un roman. Autrement dit, que le romanesque excède de très loin le genre littéraire dont il procède.
D’un moment, d’une situation ou d’une personne en particulier, nous disons souvent qu’ils sont « romanesques », non par facilité de langage, mais parce qu’innombrables sont les liens entre la littérature et la vie, en sorte que de l’une à l’autre se transmet un même goût pour l’intensité des passions, la polarisation des valeurs (jusqu’au manichéisme parfois) ou l’« utopie existentielle » et les contre-mondes.
Unité profonde
Aux yeux de la critique traditionnelle, c’est là l’effet d’un incurable bovarysme. Michel Murat parie, à l’inverse, sur l’unité profonde de tout ce qui se rapporte à la littérature :...




                        

                        


<article-nb="2018/06/21/23-14">
<filnamedate="20180621"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180621"><AAMMJJHH="2018062123">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ La chronique de Bruno Latour, à propos de « L’Occupation du monde », de Sylvain Piron.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Qui a la parole ? A la fois volcan et ornithorynque

La chronique de Bruno Latour, à propos de « L’Occupation du monde », de Sylvain Piron.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
21.06.2018 à 10h14
    |

                            Bruno Latour (Philosophe)








                        



                                


                            
L’Occupation du monde, de Sylvain Piron, Zones sensibles, 238 p., 19 €.

Si les religieux s’inquiètent de la « montée de l’incroyance », comme ils disent, voilà un souci que les économistes n’ont pas. La foi dans l’économie, cette « religion séculière », selon l’expression de Karl Polanyi (1886-1964), est intacte, et c’est en son nom que se commettent chaque jour, sur toute la planète, à grande échelle, des sacrifices humains. Les incroyants se terrent. Avez-vous jamais rencontré quelqu’un qui se dise « agnostique » en matière d’économie ?
Les anthropologues ont beaucoup fait pour établir, à force d’enquêtes, une science de la croyance économique qui jouerait le même rôle de mise à distance que la science des religions. Mais cela n’a pas suffi pour déraciner l’indéracinable préjugé qu’il existe un Homo econo­micus sorti tout droit de la nature au même titre et en même temps que l’Homo sapiens.

C’est tout l’intérêt du nouveau livre de Sylvain Piron que d’attirer notre attention sur une autre généalogie, plus ancienne, mais aussi, par conséquent, plus difficile à circonvenir. A l’instar de l’historien italien Giacomo Todeschini, l’auteur, lui-même médiéviste, voudrait montrer que la foi dans l’économie vient de la foi chrétienne telle qu’elle fut élaborée par les théologiens à la fin de l’Antiquité et pendant tout le Moyen Age.
Le mot « économie » renvoie d’abord à l’histoire de la providence et s’est à peine laïcisé depuis. Croissance et développement, richesse et capital sont quelques-uns des noms donnés par les scolastiques à la dispensation du salut chrétien. Entre tel traité du XIIIe siècle et tel éditorial du Wall Street Journal, la continuité est si grande que l’on arrive à se demander si, pour cesser de croire en l’économie, il ne faudrait pas enfin cesser d’être chrétien.
Conflit ouvert
D’après Piron, le recours...




                        

                        


<article-nb="2018/06/21/23-15">
<filnamedate="20180621"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180621"><AAMMJJHH="2018062123">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ A travers la loi Pacte, le gouvernement entend recentrer la gamme des produits d’épargne autour de trois dispositifs phares.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤                     
                                                

Vers une refonte des produits d’épargne

A travers la loi Pacte, le gouvernement entend recentrer la gamme des produits d’épargne autour de trois dispositifs phares.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h03
 • Mis à jour le
21.06.2018 à 07h17
    |

                            Nathalie Cheysson-Kaplan








                        



   


Les contours du projet de loi Pacte (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises) ont été présentés, lundi 18 juin, en conseil des ministres. Sans grande surprise, le gouvernement entend recentrer la gamme des produits d’épargne autour de trois produits :
un produit individuel qui regrouperait les contrats Madelin, aujourd’hui réservés aux seuls indépendants, et les plans d’épargne retraite populaire (PERP) qui sont ouverts à tous les futurs retraités (mais avec un régime fiscal spécifique pour les travailleurs non salariés) ;deux produits collectifs d’épargne retraite supplémentaire en entreprise avec un produit du type « Perco » (plan d’épargne pour la retraite collectif) qui serait ouvert à l’ensemble des salariés et un support de type « article 83 » qui pourrait être réservé, comme c’est déjà le cas aujourd’hui, à certaines catégories de salarié (cadres et cadres dirigeants).
Ce faisant, le gouvernement abandonne – sous le poids des différents lobbies ? – son idée initiale qui était de fusionner le Perco et les contrats dits de l’article 83.

        Lire aussi :
         

                Loi Pacte : des mesures pour développer l’épargne salariale



Même si le projet ne le dit pas en ces termes, le Perco conserverait ses spécificités et les petites entreprises pourraient mettre en place un Perco sans avoir mis en place au préalable un plan d’épargne entreprise (PEE).
Il resterait possible de débloquer l’épargne accumulée sur un Perco par anticipation pour financer l’acquisition de sa résidence principale et d’opter à la retraite pour une sortie en capital. Mais ces deux modes de sortie ne seraient plus réservés au Perco : ils seraient autorisés sur les autres supports, mais uniquement pour les encours constitués à partir de « versements volontaires ou issus de d’épargne salariale » (intéressement ou participation).
La possibilité de déduire ses versements volontaires de son revenu imposable serait également étendue au Perco. Mais il est à craindre que le capital versé en contrepartie soit fiscalisé, puisque le dossier de presse explique que la sortie en rente viagère serait « fiscalement avantagée ».

        Lire aussi :
         

                Le gouvernement veut relancer l’épargne-retraite



Pour le reste, le projet prévoit d’harmoniser les autres règles de fonctionnement des produits d’épargne retraite : âge et modalités de déblocage de l’épargne, gestion pilotée des encours, cas de déblocage anticipé avant la retraite… Enfin, l’épargne accumulée serait transférable d’un produit à l’autre. Ce transfert serait gratuit pour les produits détenus depuis plus de cinq ans. Dans le cas contraire, les frais de transfert pourraient être prévus, plafonnés à 3 % de l’encours.
Il faudra toutefois attendre le dépôt du texte devant l’Assemblée nationale pour en savoir plus. « On reste sur l’intention. Il s’agit avant tout d’une loi-cadre. On sent bien que ce texte en appelle un autre en matière de retraite », analyse Bruno Leyrit, responsable entreprise et partenariats de l’Union financière de France (UFF).



                            


                        

                        


<article-nb="2018/06/21/23-16">
<filnamedate="20180621"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180621"><AAMMJJHH="2018062123">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Lettres sur la poésie », de W. B. Yeats.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Figures libres. Plus le poète est vieux, plus il est inventif

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Lettres sur la poésie », de W. B. Yeats.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h01
 • Mis à jour le
21.06.2018 à 16h19
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Lettres sur la poésie. Correspondance avec Dorothy Wellesley (Letters on Poetry), de W. B. Yeats, traduit de l’anglais par Livane Pinet-Thélot et Jean-Yves Masson, préface de Kathleen Raine, La Coopérative, 336 p., 22 €.

Nobel de littérature 1923, William Butler Yeats (1865-1939) a encore des lecteurs enthousiastes et fidèles. L’œuvre de ce poète irlandais est à facettes. Elle entrelace, de manière parfois troublante, héritage celtique et théâtre nô, inspiration ésotérique et patriotisme, décadence fin de siècle et clarté commune.
Soucieux de philosophie comme de littérature, Yeats lit assidûment Plotin et traduit les Upanishad, ces textes philosophiques issus de l’Inde antique, en compagnie d’un moine indien. Surtout, jusqu’à ses toutes dernières années, il ne cessera de se réinventer et de se régénérer, d’une manière étonnante qui mérite attention.
Lire également : William Butler Yeats, l’intrépide
On le constate dans sa correspondance avec la poète Dorothy Wellesley (1889-1956). Leurs échanges couvrent les trois dernières années de Yeats, de ses 70 ans à sa mort. Publié dès 1940 par Oxford University Press, cet ensemble de lettres, souvenirs et poèmes est aujourd’hui traduit en français. Comme dans la vie, on y trouve banalités et pépites, histoires sans intérêt et remarques bouleversantes.
Parmi les plus précieuses, dans sa rectitude, cette observation dit tout, ou presque, de ce qu’il faut savoir de l’écart entre prose et poésie : « Les corrections, dans la prose, parce qu’elle n’a pas de lois fixes, sont sans fin ; un poème tombe juste, avec un déclic de boîte qui se ferme. »
Le fil rouge de ces échanges, c’est un dernier tournant. Yeats et Wellesley parlent évidemment de mille choses concernant leurs œuvres respectives. Il loue en elle le naturel, le grand art de l’absence d’afféterie : « Vous êtes celle d’entre nous qui a la...




                        

                        


<article-nb="2018/06/21/23-17">
<filnamedate="20180621"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180621"><AAMMJJHH="2018062123">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Dans son livre,  Alexis Rosenbaum dévoile les dessous scientifiques des citations célèbres.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Ces petites phrases qui font l’histoire des sciences

Dans son livre,  Alexis Rosenbaum dévoile les dessous scientifiques des citations célèbres.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
21.06.2018 à 09h49
    |

            Pierre Barthélémy








                        



                                


                            
Le livre. C’est la phrase la plus courte et la plus célèbre de toute l’histoire des sciences : « Eurêka ! » « J’ai trouvé ! », se serait exclamé, en grec ancien, le non moins Grec antique Archimède, en bondissant de sa baignoire, en courant dans les rues de Syracuse nu comme un ver et en montrant sa joie ainsi que son anatomie à tous les passants. Mais qu’avait-il trouvé au juste, dans ce moment d’illumination aquatique ?
Ce sont les dessous scientifiques de ce « Eurêka ! » que dévoile Alexis Rosenbaum dans le premier chapitre de son dernier ouvrage. Ce philosophe a en effet choisi de s’attaquer à l’histoire des sciences par le versant des citations et non par celui, plus classique, des équations, car les chercheurs ont le sens de la formule, dans toute l’acception du terme. Il ne faut donc pas négliger l’impact des mots, des boutades, des maximes dans la façon dont nous nous représentons l’histoire de la science. Parfois à tort…
Un sens parfois erroné
Alexis Rosenbaum note dans son avant-propos que, « si des explications s’avèrent ­nécessaires, c’est que la célébrité ne garantit pas la clarté, loin de là. Le sens que nous prêtons spontanément à ces grandes citations est parfois erroné. Nombre d’entre elles ne sont pas mémorables pour les raisons que l’on croit ou doivent leur popularité à une ­interprétation fantaisiste ».
Ainsi, le fameux « Dieu ne joue pas aux dés » d’Albert Einstein sur la mécanique quantique mérite-t-il que l’on précise certaines choses. Tout d’abord que le dieu auquel se réfère le père (non religieux) de la relativité générale n’est pas une divinité mais un raccourci pour désigner l’ordre cosmique. Ensuite qu’Einstein n’était pas un véritable « adversaire » de la mécanique quantique comme on le présente souvent : il estimait simplement que devait exister une manière plus fondamentale – qu’il ne trouva jamais – de décrire le réel, sans recourir à des probabilités (les dés...




                        

                        


<article-nb="2018/06/21/23-18">
<filnamedate="20180621"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180621"><AAMMJJHH="2018062123">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ L’avocate Muriel Assuline souligne, dans une tribune au « Monde », l’importance d’un arrêt de la Cour de justice européenne concernant la protection des données personnelles.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Un administrateur d’une page fan sur Facebook est aussi responsable du traitement des données »

L’avocate Muriel Assuline souligne, dans une tribune au « Monde », l’importance d’un arrêt de la Cour de justice européenne concernant la protection des données personnelles.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 06h45
    |

Muriel Assuline (Avocate spécialisée en droit des nouvelles technologies au sein d’Assuline & Partners Avocats)







                        



                                


                            

Tribune. Selon un arrêt Wirtschaftsakademie Schleswig-Holstein GmbH du 5 juin 2018 de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), l’administrateur d’une page fan sur Facebook est conjointement responsable avec Facebook du traitement des données à caractère personnel des visiteurs de sa page.
En l’espèce, il s’agissait d’une société spécialisée dans le domaine de l’éducation (Wirtschaftsakademie Schleswig-Holstein GmbH), qui utilisait une page fan Facebook pour proposer ses services de formation. Elle utilisait la fonctionnalité « Insight » mise à sa disposition par Facebook à des fins d’analyse des statistiques sur les visiteurs de la page à l’aide des cookies sauvegardés par Facebook sur le disque dur de l’ordinateur.
Une question préjudicielle
Par une décision du 3 novembre 2011, l’autorité régionale indépendante de protection des données du Schleswig-Holstein a ordonné à la société de désactiver sa page fan Facebook pour motif que ni cette société ni Facebook n’ont informé les visiteurs de la page fan que Facebook collectait et traitait leurs données personnelles. La société a introduit un recours contre cette décision devant les tribunaux allemands en argumentant qu’elle ne peut être qualifiée de responsable du traitement. C’est dans ce contexte que la Cour administrative fédérale allemande a posé une question préjudicielle à la CJUE.

L’arrêt de la Cour de justice confirme sa jurisprudence Google Spain du 13 mai 2014 (aff. C‑131/12), car la Cour a considéré que, tant la société américaine Facebook que sa filiale Facebook Irelande doivent être qualifiées de responsables de traitement. En ce qui concerne la société allemande, selon la Cour, un administrateur de page fan Facebook tel que cette société doit être considéré comme étant conjointement responsable avec Facebook.
Ainsi, un tel administrateur peut choisir, dans les paramètres proposés par Facebook, de cibler une certaine...




                        

                        


<article-nb="2018/06/21/23-19">
<filnamedate="20180621"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180621"><AAMMJJHH="2018062123">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Le directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration estime toutefois, dans une tribune au « Monde », qu’il conviendrait que la société favorise davantage l’intégration de ces populations nouvelles.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 20/06/2018
Découvrir l’application


                           
édition abonné


Didier Leschi : « La France reste un grand pays d’immigration »

Le directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration estime toutefois, dans une tribune au « Monde », qu’il conviendrait que la société favorise davantage l’intégration de ces populations nouvelles.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 06h41
 • Mis à jour le
21.06.2018 à 10h03
    |

                            Didier Leschi (Directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration)








                        



                                


                            
Tribune. La poussée migratoire qui touche aujourd’hui l’Europe n’entraîne pas seulement des bouleversements politiques, que reflète l’arrivée progressive au pouvoir de partis populistes ou xénophobes, elle oblige l’ensemble des démocraties européennes à réfléchir sur notre identité collective et sur les problèmes nouveaux d’intégration.
Au-delà des 100 000 demandes d’asile enregistrées en France en 2017, et même avec une progression de la demande de 25 % depuis le début de l’année, la France demeure sur la longue durée un pays d’immigration légale, avec plus de 200 000 titres de séjour par an délivrés en moyenne ces vingt dernières années, ce qui fait qu’il n’y a jamais eu en France autant d’immigrés dans la population que maintenant – entre 9 % et 11 % en fonction des calculs.

Sur deux générations, la proportion de ceux qui ont un lien direct avec l’immigration représente ainsi près du quart de la population française. Aux Etats-Unis, cette part est de 26 %. Nous pouvons même ajouter que sur la longue durée, en raison des quotas en vigueur outre-Atlantique de 1921 à 1965, la France n’a pas à rougir de la comparaison puisque le stock des immigrés y avait baissé drastiquement. Il représentait 15 % de la population américaine au recensement de 1910, il n’en faisait plus que 5 % au recensement de 1970, avant de remonter rapidement grâce à l’abolition des quotas. Il se situait à 13 % au recensement de 2010.

Entre 1955 et 1964, la France, grand pays d’immigration, recevait chaque année plus de migrants que les Etats-Unis (à population égale, bien sûr). Aujourd’hui comme sur la longue durée, on ne peut donc reprocher à notre pays de ne pas être un pays accueillant. Et même d’avoir accompagné les mutations que connaissent les phénomènes migratoires.
« Migrant », un mot fourre-tout
Ainsi, du fait du tarissement de l’immigration ibérique, la part de la migration venant du Maghreb et du reste de l’Afrique...




                        

                        


<article-nb="2018/06/21/23-20">
<filnamedate="20180621"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180621"><AAMMJJHH="2018062123">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ L’écrivain s’insurge, dans un texte exclusif transmis au « Monde », contre la politique migratoire du ministre italien de l’intérieur, Matteo Salvini.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 20/06/2018
Découvrir l’application


                           
édition abonné


Roberto Saviano : « Le nouveau gouvernement italien a déjà causé trop de mal »

L’écrivain s’insurge, dans un texte exclusif transmis au « Monde », contre la politique migratoire du ministre italien de l’intérieur, Matteo Salvini.



Le Monde
 |    21.06.2018 à 06h41
 • Mis à jour le
21.06.2018 à 13h51
   





                        



                                


                            

Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre. Personne en Europe ne peut le faire. Personne en Europe n’a la conscience assez propre pour se permettre d’indiquer aux autres le chemin à suivre pour résoudre la tragédie des migrants qui risquent leur vie pour rejoindre l’Europe. Personne ne peut le faire, parce que l’Europe a non seulement laissé l’Italie porter seule le poids d’une responsabilité qu’elle n’était manifestement pas en mesure de porter, mais aussi parce qu’elle a commis les mêmes erreurs de communication qui, en Italie, ont conduit au pouvoir des forces de droite, xénophobes et incapables d’assurer la cohésion sociale.
L’Italie est en campagne électorale depuis 2013. Savez-vous ce que cela signifie ? Que tout est communication politique – et la communication politique est une chose très différente de la politique elle-même : c’est de la communication, de la vulgarisation, de la simplification. Cela signifie que les Italiens sont entourés, assiégés, écrasés sous le poids d’une politique qui, loin d’être réelle, se fait dans les talk-shows et sur les réseaux sociaux. Cela signifie que pour rester sur le marché, la presse et la télévision accordent de la place à quiconque, d’une manière plus ou moins provocatrice, parle aux citoyens furieux qui, dévastés par des décennies de berlusconisme, d’antiberlusconisme et de récession, estiment que le monde leur doit quelque chose, que l’Europe leur doit quelque chose.
Cela signifie que ceux qui parlent des migrants comme d’un fléau à éradiquer obtiennent aussitôt de la visibilité, surtout s’ils ont gagné en crédibilité dans des milieux dits « de gauche ». Cela signifie que ceux qui parlent de l’Europe comme d’une utopie faillie et d’un système perfide sont considérés comme réalistes, au contraire de ceux qui parlent de l’Europe comme d’un projet commun à façonner et à améliorer.
On ne compte plus les journalistes et les faiseurs d’opinion qui, à l’aube du nouveau gouvernement,...




                        

                        

