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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ A la suite du manifeste « Noire n’est pas mon métier », qui fait état du racisme latent dans le cinéma et le théâtre français, de jeunes comédien·ne·s noir·e·s et métis·ses (étudiant·e·s ou récemment diplômé·e·s) témoignent de leur ressenti.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Accès aux camps d’entraînement, embarquement sur des porte-avions, conseils… Réalisateurs et scénaristes bénéficient de plus en plus de l’aide des militaires. Un échange gagnant-gagnant.
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Le Monde
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                  01.06.2018 à 14h48
 • Mis à jour le
04.06.2018 à 10h50


Accès aux camps d’entraînement, embarquement sur des porte-avions, conseils… Réalisateurs et scénaristes bénéficient de plus en plus de l’aide des militaires. Un échange gagnant-gagnant.

Par                             Maroussia Dubreuil





                     

Une jeune recrue de la marine nationale se tient à l’écart dans la salle de projection de la société Gaumont, à Neuilly-sur-Seine. Dans quelques minutes, ce 9 avril, elle découvrira le second film de l’actrice-réalisatrice Hélène Fillières, Volontaire (en salle le 6 juin). « Tous les big boss de la marine sont là ce soir. Je ne sais vraiment pas pourquoi j’ai été invitée », murmure la jeune femme, avant de prendre place à quelques rangées de l’invité d’honneur de la soirée, l’amiral Christophe Prazuck, chef d’état-major de la marine nationale. Hélène Fillières prend le micro : « Volontaire, c’est l’histoire d’une rencontre entre une jeune fille, Laure, et une institution, la marine nationale. Plus particulièrement, les fusiliers marins. » Le film démarre et, à l’écran, apparaît la façade monumentale de l’École navale, à Brest.
Une heure et quarante et une minutes plus tard, le générique de fin dévoile les noms des marins – tous grades confondus – qui ont participé à l’aventure. La salle est silencieuse. Hélène Fillières et son producteur, Matthieu Tarot, ont la gorge serrée. C’est la première fois qu’ils montrent le film. La passion qui unit le capitaine de frégate Rivière (Lambert Wilson) à sa subordonnée, l’aspirant Baer (la jeune Diane Rouxel), ­a-t-elle froissé ce public plus habitué aux films de guerre ?

L’amiral Prazuck se redresse. « Faut-il que je donne le signal pour que tout le monde se lève ? », plaisante-t-il. Disciplinée, la salle le suit. « Je souhaite que le métier de marin militaire attire des jeunes femmes, lance-t-il, fermant les yeux sur la relation transgressive qui unit les deux protagonistes. La place des femmes dans la marine est un sujet très important pour moi, mais je ne peux que l’argumenter. Ce film, lui, a le mérite de l’illustrer. »
Objectif vraisemblance
En 2017, Volontaire a bénéficié du soutien de la marine nationale : repérages...





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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ L’ancien producteur de films, dont la chute à l’automne 2017 a enclenché un vaste mouvement de libération de la parole des femmes, s’était livré vendredi à la police new-yorkaise.
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L’inculpation du producteur Harvey Weinstein pour viol et agression sexuelle confirmée

L’ancien producteur de films, dont la chute à l’automne 2017 a enclenché un vaste mouvement de libération de la parole des femmes, s’était livré vendredi à la police new-yorkaise.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 00h42
 • Mis à jour le
31.05.2018 à 17h11
   





                        



   


Un grand jury new-yorkais a validé mercredi 30 mai l’inculpation d’Harvey Weinstein pour un viol et une fellation forcée, malgré les objections de l’avocat du producteur déchu qui estime que le procureur cède à la « pression politique ».
M. Weinstein, accusé depuis l’automne par près d’une centaine de femmes d’abus sexuels allant du harcèlement au viol, a été inculpé pour la première fois vendredi par la police new-yorkaise pour un viol présumé commis en 2013 et une fellation forcée sur une actrice en 2004.

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                La mise en examen de Harvey Weinstein est « une petite révolution », selon Judith Godrèche



Caution d’un million
Harvey Weinstein, 66 ans, avait ensuite été présenté à un juge et remis en liberté, moyennant une caution d’un million de dollars, le port d’un bracelet électronique et des déplacements limités aux Etats de New York et du Connecticut.
Mais les preuves réunies contre lui par le procureur de Manhattan devaient encore être présentées à un « grand jury », un panel de jurés qui, selon le système judiciaire américain, doit valider que les preuves sont suffisantes pour une inculpation.
C’est ce qui s’est passé mercredi lorsque le panel « a voté pour inculper Harvey Weinstein », a indiqué le procureur de Manhattan, Cyrus Vance, dans un communiqué. Cette décision « rapproche l’accusé du moment où il devra répondre des crimes dont il est inculpé », a ajouté M. Vance. L’avocat de Weinstein, Ben Brafman, avait contesté d’avance cette décision. Il avait affirmé plus tôt mercredi qu’Harvey Weinstein ne témoignerait pas devant le grand jury, faute d’avoir pu préparer correctement son audition.

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                Et Cannes créa le tout-puissant Harvey Weinstein



Avocat de DSK
Il a reproché au procureur de ne lui avoir fourni les détails correspondant aux deux accusations que vendredi soir, à la veille d’un long week-end férié aux Etats-Unis, rendant impossible une bonne préparation.
M. Brafman, un ténor du barreau new-yorkais qui avait obtenu en 2011 l’abandon des poursuites contre Dominique Strauss-Kahn dans l’affaire du Sofitel, a aussi déploré que sa demande de report de la réunion du grand jury ait été rejetée.
M. Brafman a jugé le transfert tardif d’informations par le procureur d’autant plus « troublant » que l’accusation de viol émanerait selon lui d’« une femme avec qui M. Weinstein a eu une relation sexuelle consentie pendant dix ans, qui s’est poursuivie après la plainte de viol pour 2013 ». La police et le procureur n’ont jusqu’ici donné aucune information sur l’identité de cette accusatrice.
« Pression politique »
L’accusation de fellation forcée émane, en revanche, d’une personnalité qui avait déjà rendu publiques ses allégations, Lucia Evans, aspirante actrice au moment des faits présumés en 2004. M. Brafman avait cependant estimé que l’inculpation par un grand jury était « inévitable », compte tenu de « la pression politique injuste » mise sur le procureur pour inculper l’ancien producteur.

        Lire aussi :
         

                « Je ne pensais pas le voir un jour menotté » : les réactions des victimes d’Harvey Weinstein



Le mouvement #MeToo, né dans la foulée des premières révélations contre Harvey Weinstein en octobre 2017, a applaudi son inculpation par la police vendredi.
Les figures de proue du mouvement avaient dénoncé l’absence de poursuites contre le producteur déchu en mars et obtenu du procureur de l’Etat de New York qu’il enquête sur les raisons de cette absence d’inculpation par le procureur de Manhattan.

Notre sélection d’articles sur l’affaire Weinstein
Retrouvez les contenus de référence du Monde sur l’affaire Harvey Weinstein :
Aux origines de l’onde de choc mondiale : comment des révélations du New York Times puis du New Yorker ont entraîné la fin d’un des derniers moguls du cinéma. Lire notre récit sur la chute d’Harvey Weinstein Au fil des semaines, la liste des victimes du producteur s’est allongée pour devenir vertigineuseLe scandale a produit une déflagration inédite dans le septième art : l’industrie du cinéma s’est retrouvée confrontée à ses pratiquesL’affaire a aussi entraîné une vaste libération de la parole des femmes : « Nous sommes si nombreuses que c’en est impressionnant », écrit la sociologue Irène Théry dans une tribune.Cette vague a touché tous les secteurs aux Etats-Unis, eu des répercussions en France et en Europe, mais n’a pas été universelle, à l’image de l’Inde.Des voix dissonnantes, s’inquiétant d’une dérive puritaine, se sont aussi fait entendre : « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle », écrivent 100 femmes, dont Catherine Deneuve, dans une tribune.Plusieurs mois après ses débuts, « le mouvement #MeToo est toujours là, tout à la fois libérateur, dérangeant, encombrant. Critiqué, aussi », analyse Le Monde





                            


                        

                        


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Droits du foot : le cinéma français redoute des dommages collatéraux

Les professionnels craignent que l’échec de Canal+ lors des enchères de la Ligue 1 ne pèse sur le financement du septième art hexagonal, dont le groupe est le principal soutien.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 11h16
 • Mis à jour le
04.06.2018 à 10h46
    |

            Nicole Vulser








                        



                                


                            
La redistribution des droits télévisuels de la Ligue 1 de football pour 2020-2024 pourrait se traduire, dans un effet de coup de billard à trois bandes, par une mise au régime plus sec du cinéma français. Entre sidération et inquiétude, les professionnels redoutent que Canal+, reparti bredouille dans ces enchères de football, ne perde encore des abonnés et que son soutien au cinéma hexagonal, corrélé au chiffre d’affaires de la chaîne, ne s’étiole encore.

« Les accords signés en 2015 entre le septième art et Canal+ s’appliquent quoi qu’il arrive jusqu’à la fin 2019 », explique Marie Masmonteil, qui dirige le collège cinéma du Syndicat des producteurs indépendants (SPI). La chaîne cryptée doit consacrer 12,5 % de son chiffre d’affaires à l’acquisition de droits de films européens ou bien investir un minimum garanti de 3,62 euros par mois et par abonné dans des longs-métrages d’expression française. La solution la plus favorable au cinéma s’applique.
« Un séisme »
« Au Festival de Cannes, les dirigeants de Canal+ nous ont dit qu’ils feraient évoluer le modèle s’ils perdaient les droits du football, en nous prévenant qu’ils risquaient de perdre 1 à 2 millions d’abonnés », ajoute Mme Masmonteil. Autant dire, reconnaît-elle, que la perte de la Ligue 1, « ce n’est pas une bonne nouvelle pour le cinéma ». « C’est un séisme », renchérit Pascal Rogard, directeur général de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD).
Bousculé par une concurrence forte dont il n’a tenu compte que très tardivement, le groupe audiovisuel, dont les programmes s’articulent autour de deux piliers, le sport et le cinéma, ne compte plus que 4,8 millions d’abonnés. « L’an dernier, dans un contexte tendu pour la production cinématographique, la réduction du chiffre d’affaires de Canal+ s’est déjà soldée par un financement inférieur de 40 millions dans le cinéma par rapport à 2016 », rappelle M. Rogard.
« Renforcer...



                        

                        


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« Les Sept Déserteurs » et « Train de vies » : Paul Vecchiali, entre désir et deuils

A 88 ans, l’infatigable cinéaste français offre simultanément deux films.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 07h34
 • Mis à jour le
02.06.2018 à 15h15
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
La persévérance et la prolixité avec lesquelles Paul Vecchiali, 88 ans, continue à réaliser des films envers et contre tout forcent le respect. Ce vétéran renégat, qui fut dans les années 1970 et 1980 l’auteur d’une belle série de films à la fois rentre-dedans et sentimentaux (Femmes Femmes, Corps à cœur…), puis chapeauta l’une des bandes les plus secrètement fertiles du cinéma français (la « Diagonale »), avant de trouver un nouveau souffle dans les petites productions maison en numérique, est animé d’un tel appétit qu’il a tourné pas moins de cinq films entre 2015 et 2018. Les Sept Déserteurs et Train de vies, ses deux dernières œuvres, sortent la même semaine sur les écrans.

        Lire le portrait :
         

          Paul Vecchiali, sous-marin du cinéma



Les Sept Déserteurs réunit dans une clairière, où gisent les vestiges d’une église bombardée, un petit groupe d’hommes et de femmes, militaires et civils éparpillés ayant fui le grabuge d’une guerre laissée hors champ, mais dont les grondements font rage alentour. Train de vies, quant à lui, est constitué des voyages ferroviaires d’Angélique (Astrid Adverbe), une ex-danseuse étoile aux prises avec une libido insatiable, dont on suit, en filigrane de ses rencontres, le mariage tourmenté avec un violoniste timide nommé Jérôme (Pascal Cervo). S’ils ne constituent pas exactement un diptyque – l’un est un récit de guerre, l’autre un drame sentimental –, les deux films, tournés dans la foulée, n’en affichent pas moins une certaine solidarité de forme et de principe.
Beauté particulière
Ils ont d’abord en commun de reposer sur des dispositifs restreints, et donc un peu « casse-gueule ». En effet, chacun se concentre sur une scène confinée – une clairière pour l’un, une simple rangée de sièges dans un train pour l’autre – fonctionnant comme une chambre d’écho : les personnages sont amenés à s’y raconter, s’y confesser, s’y dévoiler, parfois jusqu’à l’impudeur. La scénographie assume l’artificialité de décors en carton-pâte faits de bric et de broc. Si ce dénuement et cette frontalité peuvent rebuter, ils n’en confèrent pas moins aux deux films une beauté particulière, qui consiste à inventer à partir de trois fois rien leurs propres codes de représentation. Ainsi peuvent-ils être vus comme des pièces de théâtre, mais dont la théâtralité serait façonnée par les outils du cinéma.
Les deux films rejouent, en mode mineur, l’un des grands ­motifs qui traversent l’œuvre de Vecchiali : la proximité indémêlable du désir et de la morbidité. Dans Les Sept Déserteurs, le vacarme des bombes, l’imprévisibilité des tirs et des balles perdues cernent les personnages d’une mort imminente, qui accentue paradoxalement leurs effusions de sensualité, la recherche d’une dernière jouissance. Chacun, en se racontant, retrace une sorte d’histoire sexuelle de lui-même, tient la chronique de ses plus profonds désirs. Dans Trains de vie, le temps du voyage invite, de la même façon, à l’aveu érotique. Mais on se rend compte peu à peu que la frénésie sexuelle d’Angélique cache une angoisse macabre, et cède bientôt place à un douloureux travail de deuil. L’expression du désir ­consiste toujours, ici, à accepter la dissipation d’une force vitale.
Au centre de l’art vecchialien réside justement le souci de l’expression, qui passe par son goût des ­acteurs insolites
Au centre de l’art vecchialien réside justement le souci de l’expression, qui passe par son goût des ­acteurs insolites. Habitués (Astrid Adverbe, Pascal Cervo), revenants (Marianne Basler, Brigitte Roüan) et nouveaux venus (Jean-Philippe Puymartin, Bruno Davézé) se partagent la distribution. La troupe, quasi identique dans les deux films, miroite de physionomies et de tessitures vocales singulières, jusque dans leurs dissonances, comme un petit orchestre bigarré. Mais le plus frappant est encore la façon dont la parole est cernée par des environnements sonores menaçants : ici, les explosions guerrières, là, le ronronnement des wagons dialoguent avec les propos des personnages. L’écoute est primordiale, pour mieux suggérer le vacarme d’un monde extérieur dont chaque personnage ressent la violence jusque dans sa chair.


« Les Sept Déserteurs » et « Train de vies ». Films français de Paul Vecchiali. Avec Marianne Basler, Astrid Adverbe, Brigitte Roüan, Simone Tassimot, Paul Vecchiali, Jean-Philippe Puymartin, Ugo Broussot, Bruno Davézé, Pascal Cervo (1 h 31 et 1 h 16).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Le réalisateur Samuel Collardey retrace le parcours d’un instituteur danois parti prendre son premier poste dans un village perdu du Groenland.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤                     
                                                

« Une année polaire » : un récit d’acclimatation en milieu inuit

Le réalisateur Samuel Collardey retrace le parcours d’un instituteur danois parti prendre son premier poste dans un village perdu du Groenland.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 07h33
 • Mis à jour le
30.05.2018 à 20h15
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
En seulement quatre longs-métrages, le réalisateur Samuel Collardey, chef opérateur de formation, a creusé un sillon personnel au sein du cinéma français, celui d’un amalgame sensible et souvent convaincant entre fiction et documentaire. Ses films, bien loin de céder à la convention du « pris sur le vif », s’enracinent dans une réalité précise (les stages des lycéens agricoles dans L’Apprenti, le quotidien d’un marin pêcheur dans Tempête) dont l’observation au long cours nourrit le travail d’écriture, donnant ensuite lieu à des tournages in situ, avec des acteurs non professionnels amenés à rejouer devant la caméra tout ou partie de leur propre expérience.
Une année polaire, s’extrayant du contexte français, retrace le périple d’Anders, un jeune instituteur danois sans expérience, parti prendre son premier poste à Tiniteqilaaq, minuscule village inuit perdu au fin fond du Groenland. Sur place, il est confronté à une classe d’enfants agités et, plus généralement, à la méfiance des habitants, formant une communauté isolée. Pas à pas, Anders s’initie au mode de vie local et découvre un monde rattrapé par la modernité (le réchauffement climatique grignotant la banquise, l’exil des jeunes partant faire leurs études ailleurs). L’instituteur se lie plus particulièrement avec l’un de ses élèves en difficulté, Asser, 11 ans, qui rêve de devenir chasseur comme son grand-père.
Perspective coloniale
Le film inscrit d’emblée la démarche d’Anders, désireux d’échapper à un destin tout tracé (son père attendait de lui qu’il reprenne la ferme familiale), dans une perspective coloniale. En effet, le récit s’ouvre sur son entretien d’embauche, pendant lequel la recruteuse lui présente le poste comme une mission civilisatrice, consistant à inculquer le danois à des populations reculées. Au village, l’instituteur se retrouve bien malgré lui dans une position de domination, qu’il lui faudra inverser pour véritablement s’intégrer : ce n’est qu’en apprenant lui-même la langue de ses hôtes, le groenlandais, qu’il parviendra à se faire accepter. L’instituteur se fait dans le même temps élève, pour créer les conditions d’un échange bilatéral.
Pour le reste, le film s’en remet au déroulement balisé du récit d’acclimatation, avec ses cycles initiatiques voués à rapprocher le métropolitain des indigènes et le professeur de ses élèves – non sans évoquer quelques problèmes, comme l’alcoolisme endémique des Inuits, qui explique pourquoi les enfants sont souvent élevés par leurs grands-parents. Mais pourquoi convoquer une réalité territoriale si complexe, si c’est pour la plier aux exigences d’un scénario aussi bouclé et résolutif ? Le substrat documentaire apparaît trop « encadré » par l’écriture fictionnelle, qui cède parfois à la tentation du pittoresque (les paysages glaciaires balayés du haut d’un drone, l’édulcoration de certaines situations).
Le film redevient passionnant dès qu’il s’adonne à sa veine anthropologique
Le film redevient passionnant dès qu’il s’adonne à sa veine anthropologique, plongeant dans le quotidien des Inuits, s’arrêtant sur leurs visages et leurs gestes, détaillant leurs pratiques, comme la pêche au phoque, les courses en traîneau, la fabrication d’un harnais, la procession d’un enterrement. Le temps libre, dispensé d’enjeux dramatiques, occasionne aussi quelques scènes fascinantes, car essentiellement descriptives, comme cette belle partie de cartes qu’Anders joue avec des villageois. Alors, Une année polaire semble donner lointainement suite à Nanouk l’Esquimau (1922), le chef-d’œuvre de Robert Flaherty, comme pour mesurer le quasi-siècle qui sépare les Inuits d’hier de ceux d’aujourd’hui.

Film français de Samuel Collardey. Avec Anders Hvidegaard, Asser Boassen, Thomasine Jonathansen, Gert Jonathansen, Julius B. Nielsen, Tobias Ignatiussen (1 h 34). Sur le Web : www.advitamdistribution.com/films/une-annee-polaire



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Pour son premier film comme réalisateur, François Damiens use du style qui a fait son succès, mais sans parvenir à convaincre.
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« Mon Ket » : caméras cachées… et limitées

Pour son premier film comme réalisateur, François Damiens use du style qui a fait son succès, mais sans parvenir à convaincre.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 07h32
 • Mis à jour le
30.05.2018 à 17h45
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
On ne présente plus François Damiens. Héros, fomentateur et embrouilleur d’une série de caméras cachées hors du commun – et, on peut l’avouer, à pisser de rire – par son sens surréel de l’improvisation et de la provocation, il est aussi un acteur de grand talent. Le registre de la comédie convient à sa démesure biscornue (OSS 117 : Le Caire, nid d’espions, de Michel Hazanavicius, en 2006, L’Arnacœur, de Pascal Chaumeil, en 2010), mais il parvient plus étonnamment à toucher dans des rôles graves et tendres (La Famille Wolberg, d’Axelle Ropert, en 2009, Les Cowboys, de Thomas Bidegain, en 2015).

        Lire le portrait dans « M » :
         

          François Damiens fait son cinéma en cachette



L’idée du film consiste à allier une trame de fiction à un tournage constitué de caméras cachées
A 45 ans, le voici qui passe derrière la caméra pour un projet presque aussi saugrenu et déroutant que les personnages qu’il interprète. L’idée consiste à allier une trame de fiction à un tournage constitué de caméras cachées. Soit, d’une part, un petit groupe de comédiens entourant l’acteur pour les besoins du récit et de sa continuité, et, d’autre part, de purs inconnus jouant sans le savoir dans le film au détour de tel ou tel piège dûment concerté.
Cerise sur le gâteau, une histoire suffisamment vague pour se plier aux péripéties improvisées des caméras cachées, mais assez pittoresque pour intéresser en elle-même. Soit Dany Versavel, un gars que rien ne gêne, qui décide de s’évader de la prison où il croupit pour assumer son rôle de père auprès de son « ket » (expression belge pour désigner avec fierté son fils) Sullivan.
Le siège entre deux chaises
Il va de soi que l’enseignement paternel auprès du petit n’est pas franchement destiné aux manuels d’éducation. Evadé de sa geôle après avoir tenté d’emballer son avocate, Dany, au volant d’une Renault 11 diesel fumante, multiplie les conneries avec un aplomb confondant et un faux air de Johnny Hallyday. Faire semblant de déféquer des billets devant les infirmières de l’hôpital. Offrir (et torturer) un jeune footballeur professionnel pour l’anniversaire de son fils. Apprendre à ce dernier à fumer chez un buraliste devant une cliente abasourdie, sonder un devin africain sur les possibilités de rallonger son pénis. Exiger un crédit énorme à la banque sans business plan, et en profiter pour dire au banquier les quatre vérités du capitalisme… On en passe et des meilleures.
Il en ressort un film qui a un peu le siège entre deux chaises. Des sketchs parfois drôles mais moins réussis que ceux des caméras cachées ordinaires car ne s’offrant pas le luxe de la durée. Un argument fictionnel qui ne prend pas une seconde, faute de personnages, d’enjeux et de situations un tant soit peu crédibles, pour ne rien dire de l’exigence romanesque. Enfin, une sorte de gêne à voir ainsi coagulés deux registres aussi incompatibles que la révélation sournoise des travers ridicules de son prochain et le désir d’obtenir, avec son consentement, quelque chose qui touche à sa vérité. De sorte que, au mieux, on qualifiera le film de geste dadaïste, au pire d’insolite fiasco.

Film belge de François Damiens. Avec François Damiens, Matteo Salamone, Tatiana Rojo (1 h 29). Sur le Web : www.facebook.com/MonKetLeFilm



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Pierre Rissient est disparu en mai. Son film de 1982 ressort en salle et en DVD.
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Reprise : « Cinq et la peau », songe d’un lettré cinéphile dans les rues de Manille

Pierre Rissient est disparu en mai. Son film de 1982 ressort en salle et en DVD.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
30.05.2018 à 07h31
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


Pierre Rissient – secrète mais immense figure de la cinéphilie française, généreux et infatigable découvreur de talents, ami des grands cinéastes américains, inlassable passeur du cinéma asiatique – est mort dans la nuit du 5 au 6 mai, à l’âge de 81 ans. Ce drame, par une cruelle ironie du sort, survint à quelques jours seulement de la projection par le Festival de Cannes de son film restauré Cinq et la peau, qui était sorti en 1982.

        Lire la nécrologie :
         

          Pierre Rissient, homme de tous les métiers du cinéma



Celui qui, au titre d’attaché de presse, de distributeur, de producteur, de conseiller artistique, de tête chercheuse, connaissait comme de moins en moins de monde l’histoire entière du cinéma, celui qui s’activait comme personne pour que la flamme de la cinéphilie se maintienne à son plus haut niveau d’intelligence et de poésie, celui-là entretenait aussi le vœu de faire du cinéma.
Il n’est pas assuré que ce chapitre de sa carrière aventureuse soit le plus illustre. Il n’est pas pour autant anodin. Commencé comme assistant de Jean-Luc Godard sur A bout de souffle (1960), il se poursuit comme réalisateur en deux coups brefs, sans lendemain. One Night Stand (Alibis), tourné à Hongkong en 1977 mais jamais sorti. Puis Cinq et la peau, tourné à Manille, qui partage avec le précédent le goût de la rencontre entre Occident et Asie, dans un goût prononcé de mélancolie, de divagation et d’érotisme.
Tourné en équipe légère en 35 millimètres, Cinq et la peau fait déambuler un personnage nommé Ivan – qu’incarne l’acteur Féodor Atkine – dans les rues de Manille. A sa voix qui n’est pas audible se superposent, sur le ton du monologue intérieur, plusieurs voix off.
Contrat désaccordé
La juxtaposition étrange de ces voix et de ces images scelle un contrat désaccordé entre le monde et la conscience malheureuse qui le traverse, bercé par le Blue Moon de Billie Holiday. Entre le sexe et l’expression du dégoût de la société telle qu’elle tourne en ce début des années 1980, c’est l’oubli, la perdition, le violent exotisme de l’Asie, dans ses luxes comme dans ses vices, qui sont ici recherchés.
En vérité, Cinq et la peau – titre magnifique s’il en est, désignant un vin chinois – est le songe d’un lettré cinéphile, un journal intime transfiguré, dont les écarts, vus d’une époque aussi lointaine que la nôtre, sont entachés d’un dandysme un rien désuet.
Les poètes Eugène Guillevic et Lucie Abertini sont à l’écriture. Fernando Pessoa rôde aux carrefours. Eiko Matsuda, héroïne léonine de L’Empire des sens de Nagisa Oshima, est l’actrice principale. Le maître du cinéma philippin, Lino Brocka, apparaît en chauffeur de taxi. L’Asie et le cinéma étaient sans doute tout un pour Rissient, élixir enivrant d’une vie vécue comme à l’écart de soi-même.

Film français de Pierre Rissient. Avec Féodor Atkine, Eiko Matsuda (1 h 35). Le film est également réédité en DVD par Carlotta Films (à partir du 6 juin). Sur le Web : carlottavod.com/cinq-et-la-peau



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Cet étonnant film d’action raconte la défense de leur propriété par deux jeunes femmes du Sindh, assiégées par une bande armée.
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« My Pure Land » : un Alamo pakistanais

Cet étonnant film d’action raconte la défense de leur propriété par deux jeunes femmes du Sindh, assiégées par une bande armée.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 07h29
 • Mis à jour le
03.06.2018 à 17h16
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Victimes des lois patriarcales et de la corruption judiciaire et policière, deux jeunes filles de la province pakistanaise du Sindh sont en passe d’être spoliées de leur héritage. Si l’on fréquente régulièrement les salles d’art et d’essai, on s’attendra, après avoir pris connaissance de cet énoncé, à un film austère, scandé par les travaux des champs. Il se trouve que le réalisateur Sarmad Masud, qui vit au Royaume-Uni et a tourné dans son pays d’origine, le Pakistan, a préféré lorgner du côté de John Carpenter (Assaut) que vers les grands classiques du cinéma rural de sa région.
Inspiré de l’histoire de Nazo Dharejo, héroïne féministe pakistanaise, My Pure Land est avant tout le récit d’un siège, celui de la propriété familiale de Nazo (Suhaee Abro) et Saeda (Eman Malik), par une bande armée emmenée par un oncle félon. Dans cette campagne, les AK47 font partie de l’outillage de l’exploitation modèle et le père de Nazo n’a pas manqué d’en enseigner le maniement à sa fille.
Séquences d’action tendues
Le scénario entrelace les séquences d’action – laconiques, tendues – et les retours en arrière qui esquissent une image de l’insécurité juridique que fait peser sur les femmes le mélange du droit coutumier, de la corruption et du cycle de la vengeance. Nazo et Saeda comptent et recomptent les balles de 7,62 pour tenir le plus longtemps possible, mais aussi pour laver les affronts faits à leur clan. Les paysages bucoliques dissimulent des périls mortels et les figures de la comédie campagnarde (le policier fanfaron, le fonctionnaire timoré) se muent en créatures menaçantes.
L’interprétation, pas toujours irréprochable, les ficelles mélodramatiques un peu voyantes n’empêchent pas My Pure Land de se distinguer par son énergie et son originalité.



Film britannique et pakistanais de Sarmad Masud. Avec Suhaee Abro, Eman Malik, Razia Malik, Syed Tanveer Husain (1 h 32). Sur le Web : www.septiemefactory.com/my-pure-land



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ A travers le voyage d’un enfant du pays parti vivre ailleurs, Saïd Hamich traite de nombreux sujets qui agitent la France contemporaine et évite les écueils.
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« Retour à Bollène » : portrait en creux d’une ville et de ses habitants

A travers le voyage d’un enfant du pays parti vivre ailleurs, Saïd Hamich traite de nombreux sujets qui agitent la France contemporaine et évite les écueils.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 07h28
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Fiancé à une Américaine, Nassim vit et travaille à Abou Dhabi. Cela fait des années qu’il n’est pas retourné à Bollène, sa ville natale du Vaucluse, où vit encore toute sa famille. Il refait le voyage avec sa compagne à l’occasion des fiançailles de sa sœur. Pendant ces quelques jours, il rend visite à des amis d’enfance, croise par hasard son ancien professeur d’histoire tandis que sa mère l’enjoint à aller voir son père qu’il n’a pas croisé depuis des années.
Malgré sa brièveté qui pourrait faire croire à une simple ébauche, Retour à Bollène est un film amplement achevé qui parvient à contourner tous les écueils que l’on pensait trouver en chemin. A travers de multiples rencontres se dresse en creux le portrait de Nassim, élève brillant qui a fui une ville qui ne lui offrait rien et désormais gangrenée par la montée de l’extrême droite, mais aussi une famille musulmane pratiquante dans laquelle il ne se retrouve pas.
Tout le monde est écouté
Si Retour à Bollène traite d’un grand nombre de sujets qui traversent et agitent la France contemporaine, ce n’est jamais pour que les personnages deviennent uniquement les ventriloques d’une situation politique et sociale. Chacun parvient ainsi à exister au-delà de la cause ou du « cas » qu’il pourrait incarner. Du prof d’histoire à la retraite, passé par le communisme et désormais membre de la Ligue du Sud, au père qu’on nous présente d’abord comme infâme, tout le monde est écouté et trouve une occasion de se défendre et d’exister devant la caméra. Si bien qu’on ne sait plus qui de Bollène ou de Nassim a tort et, comme le veut la morale renoirienne, tout le monde finit par avoir ses raisons.

Film français et marocain de Saïd Hamich. Avec Anas El Baz, Kate Colebrook, Saïd Benchnafa (1 h 07). Sur le Web : distrib.pyramidefilms.com/pyramide-distribution-prochainement/retour-a-bollene.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Tournant le dos à la délicatesse des « Emotifs anonymes », Jean-Pierre Améris s’essaie au burlesque en s’appuyant sur le désarroi d’Eric Elmosnino.
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« Je vais mieux » : martyre et rédemption d’un mâle bêta

Tournant le dos à la délicatesse des « Emotifs anonymes », Jean-Pierre Améris s’essaie au burlesque en s’appuyant sur le désarroi d’Eric Elmosnino.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 07h27
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Mâle bêta par excellence, Laurent (Eric Elmosnino) vit le sort enviable qui est le sien – profession gratifiante (architecte), prospérité matérielle, mariage durable – comme un enfer pavé d’humiliations et de frustrations. Au travail, il est la victime de l’alpha du cabinet, chez lui, son épouse (Judith El Zein) ne lui accorde guère de considération. De cette condition relativement commune, évoquée par David Foenkinos dans le roman dont est tiré le scénario, Jean-Pierre Améris a voulu faire une comédie burlesque, qui exacerbe jusqu’à l’absurde ou au grotesque ces situations tirées de la vie quotidienne. Ce qui sied moins au réalisateur des Emotifs anonymes que les doux sentiments de ce dernier film.
Liberté de tons
Une fois établie la situation de Laurent – à gros traits –, le mal de vivre de celui-ci se cristallise en un mal de dos que, bien sûr, personne n’arrive à soigner. Le film navigue à grands à-coups du sketch satirique (les thérapeutes de tous ordres sont équitablement renvoyés à leur incompétence) en séquences sentimentales (celles qui mettent aux prises le pauvre héros et sa fille), avec quelques détours vers l’onirisme (l’hôtel minable dans lequel Laurent trouve un moment refuge). Cette liberté de tons (le pluriel est délibéré) produit tant de dissonances qu’on ne fait que deviner la petite musique mélancolique que le metteur en scène et son interprète principal auraient sans doute voulu faire entendre.

Film français de Jean-Pierre Améris. Avec Eric Elmosnino, Ary Abittan, Alice Pol, Judith El Zein (1 h 26). Sur le Web : www.europacorp.com/fr/films/jevaismieux



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Le thriller politique de Brad Anderson est d’une grande platitude formelle, malgré un séduisant casting et un rythme enfiévré.
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« Opération Beyrouth » : une machine trop bien huilée

Le thriller politique de Brad Anderson est d’une grande platitude formelle, malgré un séduisant casting et un rythme enfiévré.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 07h25
 • Mis à jour le
30.05.2018 à 07h26
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Ancien diplomate américain au Liban, Mason Skiles (Jon Hamm) a perdu sa femme en 1972 lors d’un attentat qui a eu lieu lors d’une réception qu’il organisait dans sa résidence à Beyrouth. Dix ans après, l’homme vit à Boston, travaille comme médiateur pour une entreprise et a sombré dans l’alcool. Jusqu’au jour où un parfait inconnu lui remet un passeport et un billet et lui intime l’ordre de se rendre à Beyrouth pour une mission secrète. Il découvre un Liban ravagé par la guerre civile et c’est dans ce contexte qu’il devra négocier la libération d’un agent de la CIA qui fut jadis son ami.
Sans aspérité
Thriller politique, le scénario d’Opération Beyrouth, aussi complexe qu’élaboré, est signé par Tony Gilroy, scénariste de la série des Jason Bourne. Pour autant, ni le casting très séduisant (Jon Hamm, héros de la série Mad Men et Rosamund Pike croisée dans Gone Girl, de David Fincher) ni le rythme enfiévré avec lequel s’enchaînent les rebondissements ne parviennent à faire oublier la platitude formelle qui font d’Opération Beyrouth une machine bien huilée mais sans aucune aspérité.

Film américain de Brad Anderson. Avec Jon Hamm, Rosamund Pike, Dean Norris (1 h 49). Sur le Web : www.warnerbros.fr/articles/operation-beyrouth-cia-et-cinema et bleeckerstreetmedia.com/beirut



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Une contribution pessimiste à la peinture par le cinéma iranien de la condition des femmes sous la République islamique.
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« Les Rives du destin » : Samira perdue dans Téhéran

Une contribution pessimiste à la peinture par le cinéma iranien de la condition des femmes sous la République islamique.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 07h24
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Depuis deux décennies, le cinéma iranien édifie un monument à la condition de la femme sous le régime de la République islamique. Réalisé en 2015, Les Rives du destin traite, contrairement à ce que son titre absurde pourrait laisser penser, d’un aspect particulier du sort des femmes iraniennes : ce qui attend les divorcées après la séparation.
S’inspirant de l’histoire de sa sœur cadette, le réalisateur suit – après un prologue qui ne laisse aucun doute sur l’issue de cette errance – les pas de Samira qui revient à Téhéran, qu’elle avait quitté pour Damghan, au nord de l’Iran, après son divorce. Son ex-mari l’attend à la gare pour la rudoyer et la remettre dans le train. La jeune femme, incarnée par Taraneh Alidoosti, que l’on a vue dans A propos d’Elly et Le Client, d’Asghar Farhadi, résiste et tente de reprendre pied dans la capitale.
Economie informelle
Le ton à la fois résigné et indigné, l’interdiction que s’impose le réalisateur de laisser passer le moindre souffle d’air dans l’atmosphère confinée que respire son héroïne rendent parfois pénible le spectacle des Rives du destin.
La personnalité du film tient moins à la dénonciation du patriarcat qu’à la description presque documentaire de l’économie informelle de Téhéran. Samira tente de constituer le pécule qui lui sera nécessaire pour vivre avec sa fille en aidant un ami à écouler un stock de décodeurs contrefaits. Minutieusement, Abdolreza Kahani décrit chaque étape de cette entreprise minable, menacée à chaque instant d’être mise en faillite par l’intervention des autorités. C’est dans cette peinture, que complète celle de la vie de désœuvré que mène l’ex-mari de Samira, qu’on trouvera quelques points d’appui pour résister à l’infini (et probablement justifié) pessimisme des Rives du destin.

Film iranien d’Abdolreza Kahani. Avec Taraneh Alidoosti, Babak Hamidian, Reza Attaran (1 h 15). Sur le Web : bluebird-films.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Chaque mercredi, « La Matinale du Monde » propose une liste de sorties, reprises et festivals à voir dans les salles obscures.
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Article sélectionné dans La Matinale du 29/05/2018
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Femmes rebelles, luxe et vices de l’Asie, guerre et drame : nos choix de films

Chaque mercredi, « La Matinale du Monde » propose une liste de sorties, reprises et festivals à voir dans les salles obscures.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 06h34
 • Mis à jour le
30.05.2018 à 07h38
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Pour occuper l’accalmie post-Cannes, « La Matinale » vous invite à redécouvrir trois chefs-d’œuvre sortis de l’ombre et à ne pas passer à côté des deux derniers films de Paul Vecchiali, qui, à 88 ans, filme encore comme il respire.
« La Femme insecte » et « Reprise » : deux femmes rebelles

Deux chefs-d’œuvre à l’affiche cette semaine qui, séparés par les continents et les années, partagent de véritables affinités : La Femme insecte (1963), fiction de Shohei Imamura, et Reprise (1996), documentaire d’Hervé Le Roux. Ces deux films mettent au centre de leur propos une femme rebelle et opiniâtre qui oppose à son asservissement un refus moral, vital, enragé. Tous deux mettent en scène une longue quête menée ici par l’héroïne guidée par le cinéaste, là par le cinéaste à la poursuite de l’héroïne. Tous deux écrivent à travers le destin de leur personnage une chronique historique et politique de leur société. Enfin, l’une et l’autre de ces œuvres débordent résolument leur genre respectif, regardant chacune de l’autre côté du miroir.
Bien que ressortissant au domaine de la fiction, La Femme insecte n’est pas pour autant étrangère au registre documentaire. Première œuvre majeure de l’impertinent Shohei Imamura, le film retrace le parcours d’une modeste paysanne, de sa naissance à sa maturité, jalonné par les soubresauts de l’histoire japonaise contemporaine. Le cinéaste découpe donc la vie de Tome en une série de faits décisifs, d’occasions et de revers, articulés sans la moindre sentimentalité, mais selon des ellipses puissamment significatives, dessinant les contours de la condition sous-prolétarienne comme ferment vital de tout un pays.

Le documentaire d’Hervé Le Roux, Reprise, s’enracine là où la fiction d’Imamura finit, dans l’atmosphère de révolte des années 1960. Son héroïne est une ouvrière apparue dans un autre film, La Reprise du travail aux usines Wonder, tourné le 10 juin 1968 par des étudiants de l’Idhec, devant l’usine de Saint-Ouen, lors de la reprise du travail consécutive à la grève. De ce film, Hervé Le Roux a retrouvé les auteurs, les gens dans le cadre, les syndicalistes, le gauchiste, les ouvrières. De personnage en personnage, le cercle se rétrécit et le suspense monte au fur et mesure de l’enquête, posant la question de savoir si le cinéaste en quête de son héroïne va ou non la retrouver. Mathieu Macheret et Jacques Mandelbaum
« La Femme insecte », film japonais de Shohei Imamura (en version restaurée). Avec Sachiko Hidari, Kazuo Kitamura, Sumie Sasaki (2 h 03). « Reprise », documentaire français d’Hervé Le Roux (3 h 12).
« Cinq et la peau » : le violent exotisme de l’Asie

Pierre Rissient, secrète mais immense figure de la cinéphilie française, est mort dans la nuit du 5 au 6 mai, à l’âge de 81 ans, à quelques jours seulement de la projection par le Festival de Cannes de son film restauré Cinq et la peau, qui était sorti en 1982. Tourné en équipe légère en 35 millimètres, ce film fait déambuler un personnage nommé Ivan (Féodor Atkine) dans les rues de Manille. A sa voix, qui n’est pas audible, se superposent, sur le ton du monologue intérieur, plusieurs voix off. La juxtaposition étrange de ces voix et de ces images scelle un contrat désaccordé entre le monde et la conscience malheureuse qui le traverse, bercé par le Blue Moon de Billie Holiday. Entre le sexe et l’expression du dégoût de la société telle qu’elle tourne en ce début des années 1980, c’est l’oubli, la perdition, le violent exotisme de l’Asie, dans ses luxes comme dans ses vices, qui sont ici recherchés. En vérité, Cinq et la peau est le songe d’un lettré cinéphile, un journal intime transfiguré, dont les écarts, vus d’une époque aussi lointaine que la nôtre, sont entachés d’un dandysme un rien désuet. J. Ma.
« Cinq et la peau », film français de Pierre Rissient. Avec Féodor Atkine, Eiko Matsuda (1 h 35). Réédition, le 6 juin, en DVD (Carlotta Films).
« Les Sept Déserteurs » et « Train de vies » : Vecchiali, entre désir et deuils

Avec une persévérance et une prolificité qui forcent le respect, Paul Vecchiali, à 88 ans, continue à réaliser des films envers et contre tout. Les deux derniers, Les Sept Déserteurs et Train de vies, sortent la même semaine sur les écrans. Le premier réunit dans une clairière, où gisent les vestiges d’une église bombardée, un petit groupe d’hommes et de femmes, militaires et civils éparpillés ayant fui le grabuge d’une guerre indéterminée.

Le second est intégralement constitué des voyages ferroviaires d’Angélique, ex-danseuse étoile aux prises avec une libido insatiable, dont on suit, en filigrane de ses rencontres, le mariage tourmenté avec un violoniste timide. S’ils ne constituent pas exactement un diptyque – l’un est un récit de guerre, l’autre un drame sentimental –, les deux films n’en affichent pas moins une certaine solidarité de forme et de principe. Chacun se concentre notamment sur une scène confinée où les personnages sont amenés à se raconter, parfois jusqu’à l’impudeur. La scénographie assume clairement l’artificialité de décors en carton-pâte faits de bric et de broc. Les films peuvent être vus comme des pièces de théâtre, mais dont la théâtralité serait façonnée par les outils du cinéma. Ma. Mt.
« Les Sept Déserteurs » et « Train de vies », films français de Paul Vecchiali. Avec Marianne Basler, Astrid Adverbe, Brigitte Roüan, Simone Tassimot, Paul Vecchiali, Jean-Philippe Puymartin, Ugo Broussot, Bruno Davézé, Pascal Cervo (1 h 31 et 1 h 16).

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 30 mai)
Les Sept Déserteurs ou la guerre en vrac et Train de vies ou les voyages d’Angélique, films français de Paul Vecchiali (à voir)My Pure Land, film britannique et pakistanais de Sarmad Masud (à voir)Retour à Bollène, film français et marocain de Saïd Hamich (à voir)Une année polaire, film français de Samuel Collardey (à voir)Je vais mieux, film français de Jean-Pierre Améris (pourquoi pas)Mon Ket, film belge de François Damiens (pourquoi pas)Opération Beyrouth, film américain de Brad Anderson (pourquoi pas)Les Rives du destin, film iranien d’Abdolreza Kahani (pourquoi pas)
Nous n’avons pas vu :
Demi-sœurs, film français de Saphia Azzedine et François-Régis JeanneL’Extraordinaire Voyage du fakir, film belge, français et indien de Ken ScottL’Homme-dauphin, sur les traces de Jacques Mayol, documentaire canadien, français, grec et japonais de Lefteris CharitosLa Naissance de Narcisse, film français d’Hugo Parthonnaud





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Le premier film sur le double attentat commis par Anders Breivik, le 22 juillet 2011, et qui a fait 69 morts à Oslo et sur l’île d’Utoya, est sorti le 9 mars. Un tournage particulier avec des acteurs amateurs et sans effets spéciaux.
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« Utoya 22. juli », l’histoire d’un massacre en Norvège


                      Le premier film sur le double attentat commis par Anders Breivik, le 22 juillet 2011, et qui a fait 69 morts à Oslo et sur l’île d’Utoya, est sorti le 9 mars. Un tournage particulier avec des acteurs amateurs et sans effets spéciaux.



Le Monde
 |    29.05.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
29.05.2018 à 08h14
    |

                            Anne-Françoise Hivert (Malmö (Suède), correspondante régionale)








   


Il fallait bien qu’il y en ait un. Utoya 22. juli, du réalisateur norvégien Erik Poppe, est le premier film sur le double attentat du 22 juillet 2011, commis par le terroriste d’extrême droite Anders Behring Breivik, qui purge aujourd’hui une peine de vingt et un ans de prison reconductible et se fait désormais appeler Fjotolf Hansen. Sorti le 9 mars en Norvège, début mai en Suède et au Danemark, le film a reçu un accueil très positif de la critique scandinave.
Le spectateur y va pourtant le cœur serré, très au courant de l’intrigue du film. Le 22 juillet 2011, à 15 h 26, une bombe explose devant le siège du gouvernement à Oslo, tuant huit personnes. Erik Poppe ouvre son film sur des images des caméras de surveillance. Les vitrines volent en éclats. Les rues sont jonchées de débris. Puis direction Utoya. Ce petit bout de terre, dans le fjord d’Oslo, où se réunissent chaque été pendant une semaine les membres de la Ligue des jeunes travaillistes (AUF). « L’endroit le plus sûr au monde », assure Kaja (interprétée par Andrea Berntzen) à sa mère au téléphone. Tout est normal : Kaja se dispute avec sa sœur dans leur tente, mange des gaufres avec ses amis. Ils parlent de l’attentat, de la guerre en Afghanistan, du barbecue prévu le soir même.
Lire aussi Utoya : portrait d’une génération traumatisée
Le premier coup de feu éclate. Puis une série d’autres. Des jeunes courent, se réfugient dans un bâtiment, d’autres dans les bois. La caméra ne lâche plus Kaja. Elle la suivra pendant soixante-douze minutes. La durée exacte de la tuerie, qui fera 69 morts et plusieurs dizaines de blessés.
« Cette histoire doit être racontée de façon implacable et brutale. Ce sera douloureux à voir, mais si ce n’était pas le cas, ce ne serait pas réel. » Erik Poppe, réalisateur
Le tournage a été organisé dans des conditions très particulières. Erik Poppe a choisi des acteurs amateurs. Ils n’ont appris le sujet du film qu’après avoir été castés. De très longues répétitions ont ensuite eu lieu en studio, avant que l’équipe ne se déplace sur une île voisine d’Utoya, l’été dernier. Les cameramen ont filmé : cinq plans-séquences de soixante-douze minutes sur cinq jours, sans coupure. Erik Poppe a retenu le meilleur. Pas de musique. Pas d’effets spéciaux. Juste les balles qui claquent. Et la terreur des jeunes : près de la moitié des morts avait moins de 18 ans. Le terroriste n’est qu’une vague silhouette noire au loin. « Je ne voulais pas en faire un opéra, comme c’est souvent le cas quand il s’agit de choses extrêmes, a confié le réalisateur au journal Aftenposten. Cette histoire doit être racontée de façon implacable et brutale. Ce sera douloureux à voir, mais si ce n’était pas le cas, ce ne serait pas réel. »
L’inquiétude des survivants et des familles de victimes
A l’annonce du film, l’année dernière, survivants et familles de victimes ont fait part de leur inquiétude. Dans une tribune dans un journal, Kent Rune Pedersen, qui a eu la vie sauve en sautant par la fenêtre du café où il s’était réfugié, racontait « les flash-back, les rêves, les bruits, les cris et les images », ne supportant pas l’idée de faire du divertissement avec « le pire cauchemar de [sa] vie ».
D’autres survivants ont servi de consultants sur le tournage. La production a également ouvert un dialogue avec l’Association de soutien aux victimes du 22 juillet. Ensemble, elles sont convenues de limiter la publicité lors de la sortie : pas de bande-annonce, et seulement deux photos tirées du film pour la promotion. Les survivants et proches de victimes ont pu le voir en avant-première, lors de séances fermées, organisées dans tout le pays, en présence de psychologues et de professionnels de santé.
Lire aussi (édition abonnés) Retour à Utoya, à l’heure du procès Breivik
La présidente de l’Association de soutien aux victimes d’Utoya, Lisbeth Kristine Royneland, qui a perdu sa fille de 18 ans, Synne, estime que le film est important, non pas pour les personnes concernées, « qui ont une image très claire des événements », mais pour tous les autres : « Il montre de façon très réaliste ce que les jeunes ont enduré. »
Deux autres films, dont Norway de Paul Greengrass, produit par Netflix, sont en préparation, de même qu’une série télévisée pour la chaîne norvégienne NRK. « C’est beaucoup, reconnaît Lisbeth Kristine Royneland. Mais si cela permet de ne pas oublier ce qui s’est passé et ses causes, alors c’est bien. »



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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Dans leurs films qui ressortent en salle, Shohei Imamura et Hervé Le Roux servent la cause de combattantes.
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Article sélectionné dans La Matinale du 28/05/2018
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Reprises : « La Femme insecte » et « Reprise », deux femmes rebelles

Dans leurs films qui ressortent en salle, Shohei Imamura et Hervé Le Roux servent la cause de combattantes.



Le Monde
 |    29.05.2018 à 06h46
 • Mis à jour le
30.05.2018 à 07h40
    |

                            Mathieu Macheret et 
Jacques Mandelbaum








                        



   


Entre le Festival de Cannes qui se dissipe et la Coupe du monde de football qui se profile, un léger tassement se ressent du côté des sorties cinématographiques. L’heure est donc propice au répertoire, deux chefs-d’œuvre étant, par exemple, à l’affiche cette semaine. Il s’agit de La Femme insecte (1963), fiction de Shohei Imamura, et de Reprise (1996), documentaire d’Hervé Le Roux, lesquels titres, séparés par les continents et les années, partagent de véritables affinités.
Tous deux mettent au centre de leur film une femme rebelle et opiniâtre qui oppose à son asservissement un refus certes moral mais plus encore vital, invétéré, charnel, enragé. Tous deux mettent en scène une longue quête menée ici par l’héroïne guidée par le cinéaste, là par le cinéaste à la poursuite de l’héroïne. Tous deux écrivent à travers le destin de leur personnage une chronique historique et politique de leur société. Enfin, l’une et l’autre de ces œuvres débordent résolument leurs genres respectifs, regardant chacune de l’autre côté du miroir.
Bien que relevant du domaine de la fiction, La Femme insecte (1963), première œuvre majeure de l’impertinent Shohei Imamura, enfin de retour sur les écrans en version restaurée, n’est pas pour autant étrangère au registre documentaire. Figure d’une jeune génération de cinéastes d’après-guerre, lancée sous le titre de « Nouvelle Vague japonaise », Imamura s’était en effet rendu incommode auprès de sa maison de production, la Nikkatsu, pour ses longues enquêtes préparatoires de terrain, ses tournages sauvages en décors naturels, son souci de réalisme anthropologique.
A ras de terre
Après une mise à pied de deux ans pour le virulent Cochons et cuirassés (1961), satire de l’occupation américaine, le cinéaste enfonce le clou avec un projet encore plus audacieux : substituer à la tradition pathétique du mélodrame féminin une étude lucide et implacable, retraçant le parcours d’une modeste paysanne, de sa naissance à sa maturité, jalonné des soubresauts de l’histoire japonaise contemporaine.
La remarquable comédienne Sachiko Hidari prête ses traits aux différents âges de Tome, une villageoise des montagnes, née dans une famille indigente, qui, d’ouvrière fileuse à servante, puis prostituée, se fraie une voie jusqu’à devenir mère maquerelle dans un bordel de Tokyo. Pourquoi la qualifier d’« insecte » ? Parce qu’elle accomplit son cheminement à ras de terre, uniquement mue par la plus élémentaire des forces : l’instinct de conservation, qui croise les dimensions du sexe et du commerce. Pour Imamura, l’homme n’est jamais qu’un animal comme les autres, et, ce qui l’intéresse, c’est le flux vital, impérieux et cruel, qui mobilise l’individu. Le cinéaste découpe donc la vie de Tome en une série de faits décisifs, d’occasions et de revers, articulés sans la moindre sentimentalité, mais selon des ellipses puissamment significatives, dessinant les contours de la condition sous-prolétarienne comme ferment vital de tout un pays.
Filmé dans un beau noir et blanc contrasté aux cadres souvent oppressants, « La Femme insecte » inscrit son héroïne dans un faisceau complexe de lignées
Filmé dans un beau noir et blanc contrasté aux cadres souvent oppressants, La Femme insecte inscrit son héroïne dans un faisceau complexe de lignées. Lignée de mères volages qui se donnent au premier venu. Lignée de pères incestueux (les hommes avec lesquels on couche, souvent appelés « papa »). Lignée de grossesses et d’enfants à la paternité incertaine. Lignée d’événements historiques qui modifient les conditions objectives de l’ascension de l’héroïne : la seconde guerre mondiale, la capitulation (le discours de l’empereur entendu à la radio), le syndicalisme d’après-guerre, la reprise économique, les manifestations estudiantines (contre le traité de sécurité nippo-américain)…

Toute la question du film tourne autour de cette immuable logique de reproduction, qui concerne autant les êtres que les rapports mutuels de domination. Une réponse se profile dans ces petites communautés agraires primitives (celles d’où vient Tome et où retournera sa fille Nobuko), où les mœurs licencieuses et la proximité de la nature définissent un cadre de vie quasi païen, au-delà du bien et du mal. L’idéal d’Imamura se situe dans cet oubli-là de la civilisation, où l’humain pourrait endosser sans honte sa part indéfectible de bestialité.
Jeanne d’Arc en mode prolo
Sorti en 1996, le documentaire d’Hervé Le Roux, Reprise, s’enracine là où la fiction d’Imamura ­finit, dans l’atmosphère de révolte des années 1960. Son héroïne absente est une ouvrière apparue dans un autre film, tourné le 10 juin 1968 devant l’usine Wonder de Saint-Ouen, lors de la reprise du travail consécutive à la grève.
La femme occupe le centre du cadre, elle est en colère et en larmes, elle est entourée de syndicalistes CGT et CFDT qui l’incitent à reprendre le travail et d’un jeune gauchiste qui la soutient, tandis que le contremaître sermonne déjà les ouvriers sur le pas de la porte.

   


L’image cristallise l’histoire de la gauche. « Non, je ne foutrai plus les pieds dans cette taule », crie-t-elle, avec un accent parigot aujourd’hui disparu, son gilet blanc, sa frange brune sur ses yeux qui perlent, son visage longiligne, son humiliation, sa colère et sa révolte.
Cette femme est un personnage de cinéma, fût-il militant, qui irradie l’histoire du cinéma tout court. C’est Jeanne d’Arc en mode prolo. C’est un mythe né de ce qui s’avère être le plus beau des films de Mai 68, intitulé La Reprise du travail aux usines Wonder, qui dure dix minutes et qui n’est pas signé. Il a en vérité été tourné par des étudiants de l’Idhec (Institut des hautes études cinématographiques), lui-même en grève, partis en 2CV documenter les événements.
De personnage en personnage, de destin en destin, le cercle se rétrécit et le suspense monte au fur et mesure de l’enquête
Il y a là notamment Jacques Willemont, Pierre Bonneau, Liane Estiez. Hervé Le Roux – garçon d’une grande finesse, qui est mort le 26 juillet 2017 à Paris, après avoir été critique de cinéma et auteur de trois films – ouvre Reprise sur des photogrammes et des extraits de la séquence en question, entre lesquels, en voix off, il s’avoue travaillé, depuis toujours, par ce visage, par ce personnage flamboyant et inoubliable, au point de lui consacrer un film : « J’ai décidé de la retrouver. Parce qu’elle n’a eu droit qu’à une prise, et je lui en dois une deuxième. »
Ce qui suit tient de l’enquête policière en même temps que d’une archéologie du mouvement ouvrier français sur une période, capitale, de trente ans. Le cinéaste a retrouvé tous les gens qu’il était possible de retrouver. Les auteurs du film de l’époque, les gens dans le cadre, les syndicalistes, le gauchiste, les ouvrières.



De personnage en personnage, de destin en destin, le cercle se rétrécit et le suspense monte au fur et mesure de l’enquête, posant la question de savoir si le cinéaste en quête de son héroïne va ou non la retrouver. On voudrait tant que oui. Ou que non, tant son absence est constitutive du film. Sans révéler la réponse, qu’il soit permis de dire que Reprise est, bien plus largement, le film-tombeau de la communauté ouvrière et de son utopie, laminées par l’Histoire.
« La Femme insecte » (1963). Film japonais de Shohei Imamura. Avec Sachiko Hidari, Kazuo Kitamura, Sumie Sasaki (2 h 03). Sur le Web : maryxdistribution.com/La%20femme%20insecte
« Reprise » (1996). Documentaire français d’Hervé Le Roux (3 h 12). Sur le Web : jhrfilms.com/reprise-le-roux

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 30 mai)
Les Sept Déserteurs ou la guerre en vrac et Train de vies ou les voyages d’Angélique, films français de Paul Vecchiali (à voir)My Pure Land, film britannique et pakistanais de Sarmad Masud (à voir)Retour à Bollène, film français et marocain de Saïd Hamich (à voir)Une année polaire, film français de Samuel Collardey (à voir)Je vais mieux, film français de Jean-Pierre Améris (pourquoi pas)Mon Ket, film belge de François Damiens (pourquoi pas)Opération Beyrouth, film américain de Brad Anderson (pourquoi pas)Les Rives du destin, film iranien d’Abdolreza Kahani (pourquoi pas)
Nous n’avons pas vu :
Demi-sœurs, film français de Saphia Azzedine et François-Régis JeanneL’Extraordinaire Voyage du fakir, film belge, français et indien de Ken ScottL’Homme-dauphin, sur les traces de Jacques Mayol, documentaire canadien, français, grec et japonais de Lefteris CharitosLa Naissance de Narcisse, film français d’Hugo Parthonnaud





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ L’actrice française a été l’une des premières à dénoncer les agissements du producteur. Dans le « JDD », elle se réjouit du « désir de changement à Hollywood ».
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Article sélectionné dans La Matinale du 26/05/2018
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La mise en examen de Harvey Weinstein est « une petite révolution », selon Judith Godrèche

L’actrice française a été l’une des premières à dénoncer les agissements du producteur. Dans le « JDD », elle se réjouit du « désir de changement à Hollywood ».



Le Monde
 |    27.05.2018 à 01h32
 • Mis à jour le
27.05.2018 à 12h08
   





                        


La mise en examen du producteur Harvey Weinstein, pour un viol et une fellation forcée, est « un souffle d’espoir de changement », lâche Judith Godrèche dans une interview au Journal du dimanche (JDD) du 27 mai. Dans le cinéma dès l’âge de 13 ans, elle est l’une des actrices à avoir témoigné dans la presse contre le producteur déchu. Elle avait déclaré en octobre au New York Times avoir été victime de harcèlement sexuel de la part de Harvey Weinstein dans une chambre d’hôtel à Cannes, en 1996, quand elle avait 24 ans.

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                « Je ne pensais pas le voir un jour menotté » : les réactions des victimes d’Harvey Weinstein



« J’étais extrêmement fébrile » en apprenant la nouvelle, plus de sept mois après les premières accusations portées contre lui. « J’avais du mal à y croire, poursuit l’actrice française. Que cet homme se retrouve devant la justice sonne comme une petite révolution. »
Un homme qu’elle pensait intouchable
« Je ressens le réel désir de changement à Hollywood, une force en marche, passionnée, mais il s’agit de révolutionner un système tellement bien huilé que ça ne se fera pas du jour au lendemain », juge-t-elle toutefois, estimant que « cette nouvelle [devait] semer le doute chez ceux qui se croient protégés ».
« En octobre 2017, lorsque j’ai accepté de me confier [au New York Times], il paraissait impensable que Weinstein finisse un jour devant un tribunal, dit encore Judith Godrèche. Pour tous, c’était l’homme intouchable, appartenant à cette caste dont l’impunité ne saurait être remise en question et dont le statut était ultraprotégé. »

        Lire aussi :
         

                Affaires Weinstein : la liste des victimes s’allonge, plusieurs enquêtes sont ouvertes



Elle raconte aussi à quel point témoigner dans la presse a été « vertigineux », et que « le plus difficile » avait été de devoir parler à ses enfants de ce qui s’était passé. L’actrice, qui a reçu des « réactions de solidarité » après son témoignage, confie avoir « un projet de film qui mêle l’expression corporelle et le dénouement d’un triste secret, sur le pouvoir thérapeutique de la danse ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Le producteur de cinéma, accusé par des dizaines de femmes d’agressions sexuelles, a été mis en examen le 25 mai à New York pour un viol et une agression sexuelle.
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<article-nb="2018/06/04/17-19">
<filnamedate="20180604"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180604"><AAMMJJHH="2018060417">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Le critique de cinéma et cinéaste Jean-Louis Comolli brode un texte poétique autour d’une série de photogrammes tirés d’un film de Michel Andrieu et Jacques Kebadian, « Le Droit à la parole » (1968).
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤                     
                                                

Sélection livre : « Les Fantômes de Mai 68 »

Le critique de cinéma et cinéaste Jean-Louis Comolli brode un texte poétique autour d’une série de photogrammes tirés d’un film de Michel Andrieu et Jacques Kebadian, « Le Droit à la parole » (1968).



Le Monde
 |    25.05.2018 à 15h06
    |

            Jacques Mandelbaum








                        


En 1967 naît le collectif l’ARC (Atelier de recherche cinématographique), qui documente les mouvements étudiants. En mai-juin 1968, ses membres filment les événements, images dont Michel Andrieu et Jacques Kebadian tirent un film, Le Droit à la parole. De cette œuvre, le critique de cinéma et cinéaste Jean-Louis Comolli a tiré, avec l’un des réalisateurs, une série de très beaux photogrammes, autour desquels il brode un texte brillant et poétique.
L’opuscule qui en ressort est une évocation de l’attaque vaporeuse du temps, du devenir poudreux, spectral, de l’Histoire et des images. Toute la mythologie de 68 est figée dans des poses où, à la valeur iconique (barricades, lancer de pavé…), se mêle une dimension fantomatique. Le geste de la révolte revient suspendu dans le temps, comme quelque chose dont la liberté continue de nous interroger, y compris sur le sens à lui attribuer.
Ce qu’en ces mots, et avec talent, dit Comolli : « A cinquante ans de distance, l’usure du temps a sans doute dégradé l’homogénéité photographique de la pellicule, mais l’effet premier, l’effet majeur, de cette dégradation est de libérer les prises de vue de la nécessité ordinaire de l’analogie photographique qui commande à la ressemblance, à l’identité, au “réalisme”. Ces jeunes gens, ces étudiants, ces ouvriers, sont devenus des emblèmes, dans l’histoire, mais hors du temps. Les photogrammes gagnent en légèreté, ils sont aériens, flottants, ils nous invitent à un autre regard sur les traces de ces manifestations, de ces batailles, de ces couloirs, de ces foules… Un autre regard ? Celui qui est sensible à l’autre dimension de toute image – celle qui n’est plus narrative, qui n’est plus anecdotique, qui n’est plus identificatoire (qui n’est plus policière). Nous voulons dire : sa beauté. »

   


Les Fantômes de Mai 68, de Jacques Kebadian et Jean-Louis Comolli, Yellow Now, 80 pages, 12,50 €.



                            


                        

                        


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Article sélectionné dans La Matinale du 27/05/2018
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François Damiens fait son cinéma en cachette


                      Sa passion de la caméra cachée, l’acteur belge l’a portée sur grand écran : « Mon Ket », son premier long-métrage, est interprété par des personnes filmées à leur insu.



Le Monde
 |    25.05.2018 à 14h09
 • Mis à jour le
30.05.2018 à 10h50
    |

                            Pascale Nivelle








                              

                        

Depuis son rôle dans La famille Bélier (2014) d’Eric Lartigau et ses 7,5 millions d’entrées en France, tout le monde reconnaît l’acteur belge François Damiens. Le comédien de 45 ans, dont la première réalisation, Mon Ket, sort en salle le 30 mai, est heureux de ce succès. Mais c’est aussi son dilemme. Car plus on l’aimera, moins il pourra faire ce qu’il aime, coincer les gens dans des caméras cachées, dont il est le roi, avec son double, le personnage de François l’Embrouille, héros de la « Caméra planquée » sur la RTBF et Canal+.

Le « ket » qui piégeait ses voisins
« La caméra cachée, c’est son ADN », explique son ami l’acteur-réalisateur Benoît Mariage, avec qui il a écrit Mon Ket. Déjà, à 12 ans, dans sa banlieue chic de Bruxelles, Damiens piégeait ses voisins au téléphone : « Madame, votre mari a-t-il bien reçu sa paire de santiags ? » Il rêvait d’apparaître à l’écran, dans la lignée de Jean-Yves Lafesse ou de Pierre Bellemare et Jacques Rouland, les historiques de « La caméra invisible » des années 1960. Avant la trentaine, qui l’avait déjà déplumé, François Damiens a créé François l’Embrouille. Sourire en palissade de chantier, costumes en Tergal marron, épais accent wallon, c’est un gros balourd que rien n’arrête. Certains sketches, tels « Le tatoueur » ou « Le dentiste », sont devenus des classiques. Et leur auteur, un monument national aussi populaire que le Manneken-Pis.

Les gags s’accumulant, les films passant, notamment dans le cinéma d’auteur (La Famille Wolberg, d’Axelle Ropert, en 2009, ou Suzanne, de Katell Quillévéré, en 2013), le capital de sympathie de François Damiens a augmenté, au point de devenir étouffant. « J’ai un problème avec ça, ce n’est pas ce que je voulais », confie-t-il. A Bruxelles, on l’arrête dans la rue ; dans le Thalys, ses voisins lui parlent comme à leur cousin. Quand il débarque à Paris, dans une brasserie proche de...



