<FILE-date="2018/06/04/17">

<article-nb="2018/06/04/17-1">
<filnamedate="20180604"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180604"><AAMMJJHH="2018060417">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ Surfant sur l’esthétique afro-futuriste tout en s’inspirant de mythes fondateurs, des auteurs de BD inventent des personnages qui mettent leurs dons au service de nobles causes.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤         

Enquête

Ces super-héros qui volent au secours de l’Afrique

Surfant sur l’esthétique afro-futuriste tout en s’inspirant de mythes fondateurs, des auteurs de BD inventent des personnages qui mettent leurs dons au service de nobles causes.

Par                Kidi Bebey



LE MONDE
              datetime="2018-06-03T17:30:32+02:00"

        Le 03.06.2018 à 17h30





En éblouissant les spectateurs d’un bout à l’autre de l’Afrique, les super-héros de Black Panther, le film des studios Marvel sorti en février, ont créé l’événement. Ils ont aussi apporté une contribution supplémentaire à l’imaginaire afro-futuriste qui se déploie ces dernières années dans tous les domaines de la création. La bande dessinée jeunesse n’est pas en reste, avec les initiatives novatrices d’auteurs et éditeurs africains.

        Lire aussi :
         

                « Le royaume de Wakanda, une Afrique du futur en miniature ? »



Parmi eux, Paulin Koffivi Assem, le fondateur des éditions Ago, au Togo, qui n’a certes pas de moyens hollywoodiens mais pour qui, manifestement, le ciel est la seule limite. Scarf, l’un de ses super-héros, défie les lois de la gravité, s’élevant sans effort dans les airs pour atteindre au plus vite ceux qu’il doit assister. Vêtu d’une combinaison verte, le bas du visage caché par un foulard rouge étoilé de blanc, il se sert de longs rubans fixés dans son dos pour ligoter les criminels qu’il attrape, non sans les ridiculiser au passage.
Derrière la prestance de ce justicier se cache en réalité un lycéen d’allure calme dont rien ne laisse soupçonner la double vie. Il doit sa puissance au suc des racines d’un baobab sacré et a fait le serment de ne jamais user de ses pouvoirs à des fins personnelles, mais de les mettre au service de la lutte contre le trafic d’enfants.

    

Crédits : 


Soundiata Keïta, Chaka Zoulou, la reine Pokou…
Créé par une équipe d’auteurs et illustrateurs, Scarf est né à l’occasion d’un concours organisé lors du festival Togo BD, en novembre 2017. Mais il ne s’agit pas de la première initiative du genre pour Paulin Koffivi Assem. Dès 2008, l’éditeur lançait, à 28 ans, la revue Ago Fiction, qui croisait son goût pour les comics américains et les mangas japonais et son intérêt pour la science. « Je voulais proposer des livres accessibles à tout le monde, peu chers car imprimés en noir et blanc, avec des personnages tirés des mythes africains. La BD me paraissait un support idéal pour amuser mais aussi pour instruire les enfants. »
Faire connaître aux plus jeunes le passé ? Bien des figures héroïques parcourent l’histoire de l’Afrique. Le souverain mandingue Soundiata Keïta n’est-il pas l’exemple même du super-héros, incapable de marcher jusqu’au jour où, à 7 ans, il se dresse enfin, miraculeusement débarrassé de son handicap ? Il révèle alors les capacités supérieures d’un redoutable chef de guerre et devient le héros fondateur du royaume du Mali, au XIIIe siècle. On songe aussi à Chaka Zoulou, à Lat Dior, à la reine Pokou, aux Amazones du Dahomey…

        Lire aussi :
         

                La noire réalité derrière « Black Panther »



Cependant, pour ses BD, Paulin Koffivi Assem a préféré s’affranchir de la dimension purement historique. « Je voulais des histoires fortes et originales qui me rappellent les comics que j’avais aimé gamin, explique-t-il. Nous nous sommes donc donné plus de liberté dans notre démarche. J’ai misé sur des héros qui pouvaient être inspirés de l’histoire, mais aussi transformés ou inventés de toutes pièces par les scénaristes. »
Ainsi, une BD met en scène Dzitri, fondateur en 1630 de Lomé. Pour Ago Fiction, ce dernier est devenu un fantôme que l’état pitoyable de la ville empêche de trouver la paix. Le fantôme investit l’esprit d’un enseignant, qu’il charge d’assainir la ville et de régler des problèmes en lui conférant des capacités de téléportation et de mutation physique. « Nous avons ainsi réinventé le mythe de Dzitri, un être chargé de régler les problèmes de corruption, de circulation ou d’écologie en s’adressant aux personnes concernées : commerçants, politiciens, etc. »
Les quatre premiers albums d’Ago Fiction, édités en 2007 et 2008, n’ont pas rencontré un succès suffisant pour que l’éditeur puisse poursuivre. « Le marché n’était pas forcément prêt, nos prix pas assez ajustés, et les lectrices voulaient du sentiment plutôt que des muscles. » Il attendra deux ans pour se relancer dans l’aventure, puis sept de plus pour coordonner la parution de Scarf avec la sortie cinéma de Black Panthers, dont il espérait même obtenir les droits afin d’éditer une version togolaise du Marvel américain.
Un genre encore peu connu et médiatisé
Car la problématique économique des super-héros de papier demeure essentielle, le genre étant encore peu connu et médiatisé en Afrique francophone. C’est à cette question que s’est confrontée l’auteure et illustratrice Reine Dibussi. Pour sa BD Mulatako, elle a dû s’improviser éditrice, distributrice et cheffe de promotion. Mais qu’importe ! La jeune femme était animée par son désir de faire connaître les peuples de l’eau, les Sawa du Cameroun, dont elle est originaire.

    

Crédits : 


Formée aux arts graphiques et spécialisée en illustration numérique, Reine Dibussi a tiré le fil de son histoire du mythe de Mami Wata. « J’en avais une idée un peu floue, je connaissais mieux les cultures gréco-romaines ou anglo-saxonnes et leurs représentations des sirènes. Le manque de connaissance sur ma culture d’origine m’a poussée à en savoir plus. Je me suis dit : autant commencer par l’endroit d’où je viens puis élargir à l’Afrique. » C’est ainsi que Mulatako est devenu en 2017 le premier tome d’une série d’albums à paraître.
Comme les productions d’Ago Fiction, la BD de Reine Dibussi se propose d’être une totale recréation. L’auteure met en scène une communauté subaquatique, les Miengu, au sein de laquelle les jeunes se forment intellectuellement, spirituellement et militairement. Malheureusement, l’harmonie de la communauté va être brusquement interrompue, obligeant certains membres du clan à prendre le chemin de l’exil.

        Lire aussi :
         

                Les Tibeb Girls, Ethiopiennes, super-héroïnes et féministes



L’album retient l’attention par son univers graphique, l’originalité du dispositif et les couleurs de cette nouvelle cosmogonie aquatique. Campées avec un certain féminisme, les super-héroïnes n’ont pas encore eu l’occasion de sauver le monde, mais ce premier tome justement intitulé Immersion installe une situation surréaliste et laisse présager de nombreux combats et merveilles.
Lutte contre la corruption et défense des albinos
En Afrique du Sud, le peintre, auteur et illustrateur Loyiso Mkize a lui aussi lancé un super-héros. Kwezi, son personnage, est un jeune homme de 19 ans qui habite un squat, utilise un smartphone et manie aussi bien les mots doux que ceux de la rue. La découverte de ses super-pouvoirs va s’accompagner d’une réflexion sur sa responsabilité. Que faire de cette puissance particulière ? Car comme pour ses pairs togolais ou camerounais, il n’est pas question pour Kwezi de pencher vers le mal. Il va donc s’en servir pour lutter contre la corruption et agir avec droiture partout où l’on réclame son intervention.

    

Crédits : 


Dans leur poursuite du bien, les super-héros africains s’inscrivent dans la tradition des premiers archétypes du genre. Christophe Cassiau-Hauri, auteur d’un Dictionnaire de la bande dessinée d’Afrique francophone, rappelle que « les super-héros sont nés dans le contexte particulier de la seconde guerre mondiale, chez les illustrateurs juifs américains, pour lesquels il s’agissait d’imaginer des personnages capables d’en finir avec les puissances du mal absolu, autrement dit Hitler et le nazisme. C’est ainsi que des immigrés juifs européens aux Etats-Unis ont créé des super-héros comme Superman ou Spiderman. Par la suite, la référence au nazisme va disparaître ».
D’abord éditée à compte d’auteur en 2014, Kwezi est devenue très rapidement une BD populaire, dont le succès a encore grandi lorsqu’elle a été reprise dans le circuit classique de l’édition et diffusée dans d’autres pays d’Afrique anglophone. « Elle est particulièrement populaire au Nigeria, souligne Christophe Cassiau-Hauri, car Kwezi y représente un personnage fort, emblématique de la lutte contre Boko Haram. » De fait, pour les super-héros africains, il ne s’agit pas d’exprimer des angoisses existentielles, de lutter contre des extraterrestres ou d’empêcher la fin du monde, mais plutôt de répondre à des problématiques sociales.

        Lire aussi :
         

                La littérature africaine s’édite (aussi) en Afrique



Au Togo, Paulin Koffivi Assem a ainsi lancé un nouveau héros, Super Albinos. Homme-plante, il absorbe l’énergie du soleil pour la transformer en énergie musculaire. Il a été modifié par un savant fou qui était albinos lui-même et qui veut venger tous les albinos que l’on menace ou discrimine sur Terre.
Technologies numériques, imaginaires scientifiques
Répondre à un appel de grandeur, à une soif de justice, se dépasser à travers un physique et des capacités augmentées pour améliorer ce que la Terre abîme ou ce que les hommes défont : n’est-ce pas au fond une manière de tourner le dos à la réalité du continent pour, à défaut de héros véritable, en inventer d’autres, forcément parfaits puisqu’ils appartiennent à l’avenir ? C’est l’analyse d’Oulimata Gueye, commissaire d’exposition et spécialiste des cultures numériques africaines.
Pour elle, « on peut situer ce type de BD dans un ensemble plus vaste où l’image imprimée rejoint celle, en mouvement, du jeu vidéo et du dessin animé ». À cet égard, elle cite pêle-mêle le studio d’animation Pictoon, créé au Sénégal en 1998, le combo CD/BD Captain Rugged, du Nigérian Keziah Jones, le jeu vidéo camerounais Aurion, les studios nigérians YouNeek ou encore le travail mené auprès des plus jeunes par les éditions Wakatoon avec Essi dans la forêt des monstres, qui est à la fois une histoire scénarisée par l’Ivoirienne Marguerite Abouet et un album de coloriage numérique interactif.

        Lire aussi :
         

                Attention, donner des livres à l’Afrique nuit gravement à sa santé éditoriale



« Ces différentes approches révèlent le moment de mutation que vit actuellement l’Afrique, avec une appropriation des technologies numériques, des imaginaires scientifiques et de l’espace, puisque avec le smartphone on est partout à la fois, poursuit Oulimata Gueye. Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que l’esthétique du super-héros ait émergé. » Ici et ailleurs, dans les airs et sous l’eau… Le super-héros africain rend fort et rassure car il peut tout, y compris pour améliorer le monde actuel.
Serait-il un signe d’une participation active, créative et originale au monde actuel ? Sur ce point, Oulimata Gueye nuance : « Le super-héros africain est aussi la preuve que nous sommes entrés dans une ère ultra-libérale techno-scientifique qui se veut le modèle unique et qui se développe à l’échelle planétaire. »


<article-nb="2018/06/04/17-2">
<filnamedate="20180604"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180604"><AAMMJJHH="2018060417">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ A l’image de l’ancien président américain, dont le premier roman, « The President is Missing », sort le 4 juin, nombreux sont les anciens chefs d’Etat à s’être essayés à la littérature. Avec plus ou moins de bonheur…
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤                
                                    

Comme Bill Clinton, ces présidents ont pris la plume


                      A l’image de l’ancien président américain, dont le premier roman, « The President is Missing », sort le 4 juin, nombreux sont les anciens chefs d’Etat à s’être essayés à la littérature. Avec plus ou moins de bonheur…



Le Monde
 |    03.06.2018 à 07h47
    |

                            Clémentine Goldszal







De Léopold Sédar Senghor à Bill Clinton, ces chefs d’Etat qui ont pris la plume.
Juin 2018 : le thriller de Bill Clinton

   


Alors que la campagne pour les élections de mi-mandat bat son plein aux Etats-Unis, l’ancien président Bill Clinton sort le 4 juin son tout premier roman, The President is Missing, coécrit avec l’écrivain James Patterson. La promesse ? Le pays est sous le coup d’une terrible menace quand le président disparaît… La chaîne Showtime a déjà acquis les droits de ce thriller pour une adaptation en série télé.
2003 : la saga de Jimmy Carter

   


Il fut le premier président américain à publier un roman. Près de vingt-trois ans après avoir quitté le bureau Ovale, le démocrate de 79 ans sort The Hornet’s Nest (« Le nid de frelons »), une saga historique sur la guerre de l’Indépendance située dans le Sud, dont Carter est originaire. Le livre reçoit à sa sortie des critiques mitigées, et n’a pas, pour l’heure, marqué l’histoire de la littérature.
2000 : le conte de Saddam Hussein

   


Publié anonymement, Zabiba et le Roi, premier roman de Saddam Hussein, fut écrit en 2000, traduit en français en 2003 et réédité en 2012 sous le nom du dictateur. Trois autres livres -suivirent, laconiquement signés « par celui qui l’a écrit ». On raconte même que Saddam Hussein termina son dernier ouvrage, Begone, Demons, la veille de l’intervention américaine en Irak, en mars 2003.
1994 : le récit de Valéry Giscard D’Estaing

   


A la sortie du Passage, l’ancien président primo-romancier déclarait humblement à L’Express : « J’aimerais simplement que des lecteurs aiment mon livre. » Pas découragé par un accueil plus que tiède, VGE, académicien depuis 2003, récidive en 2009 avec La Princesse et le Président. Arrivent ensuite un roman historique, en 2010, et Mathilda, en 2011, qu’il dédie à « l’Afrique, le continent maternel ».
Lire aussi : L’idylle avec Lady Di ? « J’ai inventé », concède Giscard
1945 : le recueil de poésie de Léopold Sédar Senghor

   


Premier président du Sénégal (1960-1980), premier Africain élu à l’Académie française, Senghor a publié son premier recueil de poésie en 1945. Son œuvre est sœur de celle d’Aimé Césaire, au côté duquel il développe le concept de « négritude », soit « l’ensemble des valeurs culturelles de l’Afrique noire ». Une idéologie artistique qu’il appliquera dans sa carrière politique.
Lire aussi : Léopold Sédar Senghor, l’Euronègre



<article-nb="2018/06/04/17-3">
<filnamedate="20180604"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180604"><AAMMJJHH="2018060417">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Je ne serais pas arrivé là si… « La Matinale du Monde » interroge une personnalité en partant d’un moment décisif de son existence. Cette semaine, l’écrivain raconte comment l’amour de sa mère l’a ouvert à l’écriture.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 02/06/2018
Découvrir l’application


                           
édition abonné


Yann Queffélec : « J’ai aimé mon père, qui ne m’aimait pas »

Je ne serais pas arrivé là si… « La Matinale du Monde » interroge une personnalité en partant d’un moment décisif de son existence. Cette semaine, l’écrivain raconte comment l’amour de sa mère l’a ouvert à l’écriture.



Le Monde
 |    03.06.2018 à 06h37
 • Mis à jour le
03.06.2018 à 09h41
    |

            Annick Cojean








                        



                                


                            

Ecrivain et marin, lauréat du prix Goncourt (1985) pour Les Noces barbares, Yann Queffélec vient de publier le Dictionnaire amoureux de la mer.
Je ne serais pas arrivé là si…
Si je n’avais pas eu des origines bretonnes et une mère compréhensive et aimante envers son petit garçon, bizarrement apprécié dans sa famille. Je n’occupais pas la meilleure place dans la fratrie : j’étais un cadet, troisième après mon frère Hervé et ma sœur Anne. Et lorsque je viens au monde en 1949, il est clair que c’est uniquement parce que la nature l’a voulu. Je ne suis pas désiré, je dérange mon père qui n’a d’yeux que pour son fils aîné, et ma quête désespérée de son amour – ou simplement de son attention – l’insupporte au plus haut point. Je le ressens, et j’en souffre. Mais ma mère est là, qui comprend et compense. Nous nous attachons l’un à l’autre comme une espèce de couple. Nous avons mille affinités, une complicité magnifique, nous aimons rire ensemble. Elle connaît la poésie mieux que quiconque, me lit et me fait apprendre les plus beaux textes de la langue française. Elle m’initie à tout, et c’est elle qui me fredonne mes premiers chants de marins.
L’un de vos livres s’intitule « Le Piano de ma mère »…
Car elle joue merveilleusement du piano. Quand elle joue, cela me fait pleurer. Et comme elle est aussi très sentimentale, on s’enferme à clé. Elle joue alors pour moi, et je l’écoute, tapi sous le piano, blotti à la fois contre ses jambes et contre l’instrument à l’odeur de bois fruitier délicieuse. Je suis dans un état paradisiaque. C’est grâce à elle, vraiment, que je me suis forgé, dans un contact à la fois vibrant, intense, naturel, avec les choses de la vie.
La relation avec votre père, écrivain célèbre, était autrement rude ?
Décevante est le bon mot. J’avais pour lui une admiration sans bornes, j’y pensais même comme un amoureux. Il me hantait. Je le trouvais...




                        

                        


<article-nb="2018/06/04/17-4">
<filnamedate="20180604"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180604"><AAMMJJHH="2018060417">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ « La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr », d’Antoine Marchalot.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 02/06/2018
Découvrir l’application


                        

Leumonde.fr, par Antoine Marchalot (épisode 104)

« La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr », d’Antoine Marchalot.



Le Monde
 |    03.06.2018 à 06h36
 • Mis à jour le
03.06.2018 à 09h21
   





                        



   





                            


                        

                        


<article-nb="2018/06/04/17-5">
<filnamedate="20180604"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180604"><AAMMJJHH="2018060417">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ L’éditeur et romancier a quitté l’Allemagne pour la France et le français à 20 ans, afin d’être enfin lui-même. Et de prêter une voix juste à ses personnages, telle la narratrice du « Bleu du lac ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 02/06/2018
Découvrir l’application


                           
édition abonné


Jean Mattern, à la place de l’autre

L’éditeur et romancier a quitté l’Allemagne pour la France et le français à 20 ans, afin d’être enfin lui-même. Et de prêter une voix juste à ses personnages, telle la narratrice du « Bleu du lac ».



Le Monde
 |    03.06.2018 à 06h35
 • Mis à jour le
03.06.2018 à 09h39
    |

                            Emilie Grangeray








                        



                                


                            

Combien de fois naît-on à soi-même ? Et quels sont les rares moments où le cours de nos existences s’infléchit vraiment ? Ces questions que se pose Viviane, la narratrice du Bleu du lac, le nouveau roman de Jean Mattern, il serait tentant de les retourner à l’auteur. Non pour mettre mal à l’aise cet homme pudique, mais parce que, indéniablement, quelque chose a changé chez lui.
Il y a tout juste dix ans, on découvrait, avec Les Bains de Kiraly (Sabine Wespieser), que l’éditeur (longtemps responsable des acquisitions pour la collection « Du monde entier » chez Gallimard, il est désormais à la tête de la littérature étrangère chez Grasset) cachait un écrivain. Mais, si ses premiers livres étaient traversés de tombes et de désirs refoulés, il signe aujourd’hui un roman heureux ; son roman le plus libre, aussi. Quand on le lui fait remarquer, Jean Mattern acquiesce de sa voix douce, lui qui appartient à cette catégorie d’auteurs qui redoutent, tout autant qu’ils le désirent, le moment de la publication, raison pour laquelle ils s’attachent à toujours avoir un autre livre en cours d’écriture.
Lire est sa façon d’être au monde
Ecrire, pour lui, s’apparente à une gestation. Il note, en s’excusant de devoir jouer avec les mots : « Je m’appelle Mattern. En hébreu, le mot pour le métier d’éditeur est calqué sur celui qui désigne les sages-femmes, “mozi laor”, celui ou celle qui fait venir à la lumière. Faire accoucher d’un texte comme on le ferait d’un enfant à naître, cette image m’a toujours plu. » Ecouter, entendre les histoires des autres, les défendre pour qu’elles existent, Jean Mattern adore ça. Lire est, depuis toujours, sa façon d’être au monde. Lire pour meubler les journées solitaires dans la petite ville de province où il a grandi, près de Francfort, en Allemagne. Lire pour s’échapper, après la mort de l’une de ses sœurs : les livres deviennent alors un refuge « absolu », « vital ». Les compagnons du jeune...




                        

                        


<article-nb="2018/06/04/17-6">
<filnamedate="20180604"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180604"><AAMMJJHH="2018060417">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ Des dessins originaux tirés de l’album de bande dessinée de « Coke en stock » doivent être vendus aux enchères, samedi aux Etats-Unis, lors d’une séance qui devrait rapporter des centaines de milliers de dollars.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤                     
                                                

Deux rares dessins de Tintin datés de 1957 mis aux enchères aux Etats-Unis

Des dessins originaux tirés de l’album de bande dessinée de « Coke en stock » doivent être vendus aux enchères, samedi aux Etats-Unis, lors d’une séance qui devrait rapporter des centaines de milliers de dollars.



Le Monde
 |    02.06.2018 à 11h17
 • Mis à jour le
03.06.2018 à 09h38
   





                        


Toutes deux tracées de la main du dessinateur belge Hergé en 1957, ces illustrations, l’une crayonnée (35,2 x 50 cm), l’autre réalisée à l’encre d’Inde (30,7 x 47,7 cm), pourraient récolter entre 618 000 et 825 000 euros, d’après Heritage Auctions, qui les met en vente à Dallas, au Texas. La société de vente aux enchères doit diffuser l’événement en direct depuis son siège néerlandais, près d’Utrecht.
Les deux esquisses représentent la page 58 des aventures du célèbre reporter à la houppette blonde dans le 19e album d’Hergé, publié en 1958. Au début de cette planche découpée en douze cases, on voit Tintin, le capitaine Haddock, son fidèle compagnon Milou et le pilote estonien Piotr Szut, bandeau noir sur l’œil, regardant vers la mer.

   



   


Une planche « remarquable »
Sous leurs pieds, dans les profondeurs de l’océan, un plongeur tente d’accrocher une mine au navire, avant d’être assommé par une ancre. Puis, la tête bandée, le plongeur est soigné dans un sous-marin tandis qu’à la dernière case, la mine, gobée par un requin victime de hoquets, explose à l’horizon sous le regard ébahi de Tintin et du capitaine Haddock.
Ces planches « sont des exemples excellents de la technique de dessin de la ligne claire », le style graphique rigoureux dans lequel excellait Hergé, a souligné l’expert belge en arts de bande dessinée Eric Verhoest.
« Mais ce ne sont pas seulement les dessins, c’est aussi la manière dont il fait avancer l’histoire. Hergé était un maître en la matière », a expliqué M. Verhoest. « C’est avec une grande ingéniosité qu’Hergé organise l’espace en fonction de l’endroit », à bord du bateau, sous l’eau et dans le sous-marin, a ajouté Heritage Auctions.
Il est rare que des dessins originaux d’Hergé soient mis sur le marché, car l’artiste ne les offrait qu’occasionnellement à des amis proches en guise de cadeau, a-t-elle précisé dans un communiqué.
La planche mise en vente samedi avait été offerte par le Belge à un « ami scandinave » dans les années 1970 qui l’a ensuite vendue à un acheteur « dans une région germanophone d’Europe », a précisé M. Verhoest.
Trois autres dessins de Tintin sont mis aux enchères lors de la même séance : une couverture en couleur de l’album Rackham le Rouge, un dessin des Dupondt annonçant la parution de ce même album à la « une » du Soir en 1943 et un dessin extrait de la 38e planche de l’album Le Temple du soleil.
Tintin est une star incontestée des enchères. Un dessin à l’encre de Chine pour les pages de garde des albums de Tintin publiés de 1937 à 1958 a été adjugé pour 2,65 millions d’euros par Artcurial en 2014. Un record mondial.
Plus tôt ce mois-ci, une rare aquarelle de 1939 de l’album Le Sceptre d’Ottokar s’est vendue pour plus de 600 000 euros chez Christie’s à Paris.

        Lire le récit :
         

          La BD franco-belge au pays des comics






                            


                        

                        


<article-nb="2018/06/04/17-7">
<filnamedate="20180604"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180604"><AAMMJJHH="2018060417">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Le Vénézuélien Alberto Barrera Tyszka a écrit « Les Derniers Jours du Commandant » alors même que la santé du « présidente », et avec elle celle de son pays, déclinaient.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Histoire d’un livre. Tandis qu’Hugo Chavez agonise

Le Vénézuélien Alberto Barrera Tyszka a écrit « Les Derniers Jours du Commandant » alors même que la santé du « présidente », et avec elle celle de son pays, déclinaient.



Le Monde
 |    02.06.2018 à 09h00
    |

                            Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Les Derniers Jours du Commandant (Patria o muerte), d’Alberto Barrera Tyszka, traduit de l’espagnol (Venezuela) par Robert Amutio, Gallimard, « Du monde entier », 260 p., 22 €.

En annonçant à la télévision, le 30 juin 2011, depuis La Havane, à Cuba, qu’il venait d’être opéré d’un cancer, le président vénézuélien Hugo Chavez (1954-2013) plongeait nombre de ses compatriotes dans le désarroi. Parmi eux se trouvait le romancier, journaliste et scénariste Alberto Barrera Tyszka. « Il y avait déjà des rumeurs, une certaine attente. L’image n’était pas très claire. Je me souviens avoir été surpris par sa maigreur. Il a fait quelque chose qu’il n’avait jamais fait : il a lu un premier message. Il ne s’est même pas offert le luxe d’improviser. C’était le premier signe de gravité. Le second : les mots “cellules cancérigènes” », raconte-t-il au « Monde des livres ».
Si l’écrivain a été passablement perturbé, ce n’est pas par sympathie particulière envers le leader de son pays, auquel il avait consacré en 2005 une importante biographie (non traduite) ; issu d’une gauche profondément antimilitariste, il confie ne s’être jamais identifié à cet homme et n’avoir jamais voté pour lui. Mais ce coup de théâtre dans la vie jusqu’ici parfaitement orchestrée du chef d’Etat allait finir par entrer en collision avec l’« agenda » littéraire d’Alberto Barrera Tyszka. A l’époque, ce dernier, déjà auteur d’une dizaine de livres, était à la moitié de son nouveau roman : une histoire sur la montée de la violence à Caracas, où une mère décidait d’enfermer sa fille de 10 ans pour la protéger du monde extérieur. L’état du Venezuela, vivant, totalement désemparé, au rythme de la publication des bulletins de santé de son dirigeant depuis 1999, allait profondément peser sur son travail, au point de complètement transformer ce récit initial – dont il a cependant gardé quelques éléments.
Ce que fut le ­chavisme
« A mesure...




                        

                        


<article-nb="2018/06/04/17-8">
<filnamedate="20180604"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180604"><AAMMJJHH="2018060417">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ L’exposition genevoise de la Fondation Martin Bodmer, « Des jardins & des livres », fait l’objet d’un catalogue qui comblera les amateurs de livres rares, de botanique et de jardins.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤                     
                                                

Sélection livre : trois millénaires de jardins

L’exposition genevoise de la Fondation Martin Bodmer, « Des jardins & des livres », fait l’objet d’un catalogue qui comblera les amateurs de livres rares, de botanique et de jardins.



Le Monde
 |    01.06.2018 à 16h26
 • Mis à jour le
01.06.2018 à 16h41
    |

            Lucien Jedwab








                        



   


La Fondation Martin Bodmer, près de Genève, a confié à ­l’universitaire Michael Jakob, auteur d’une Poétique du banc, la conception du catalogue de l’exposition « Des jardins & des livres » (jusqu’au 9 septembre), dont il est le commissaire. Les collections exceptionnelles du bibliophile Martin Bodmer (1899-1971) y ont pour écrin un élégant bâtiment de l’architecte suisse Mario Botta. Enrichie de pièces rarissimes prêtées, l’exposition thématique donne à voir trois millénaires d’écrits, depuis le Livre des morts égyptiens (v. 1000 av. J.-C.) jusqu’au Modern Nature de l’Anglais Derek Jarman (1942-1994).

   


Des ­historiens, familiers de Flore et de Pomone, ont contribué au catalogue. Si l’histoire « livresque » des jardins débute à ­Babylone – mais sans que l’archéologie l’ait confirmé jusqu’à ­présent… –, elle se poursuit avec la Naturalis Historia de Pline l’Ancien, le Traité du jardin du Chinois Ji Cheng, l’Instruction pour les jardins fruitiers et potagers de Jean-Baptiste de La Quintinie ou l’Essay on Modern Gardening d’Horace Walpole. Quant à Goethe, Tchekhov, Proust ou Borges, ils font l’objet de commentaires éclairants, leurs œuvres ayant eu pour arrière-plan… des jardins.

   


Des jardins & des livres, sous la direction de Michael Jakob, Fondation Martin Bodmer/MétisPresses (Genève), 462 p., 65 €.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/06/04/17-9">
<filnamedate="20180604"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180604"><AAMMJJHH="2018060417">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Depuis 2012, le biographe a pu longuement rencontrer l’écrivain et son entourage. Son manuscrit devrait être remis à l’éditeur Norton en 2019.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤                
                                    

Blake Bailey, l’homme qui a eu un accès exclusif à Philip Roth


                      Depuis 2012, le biographe a pu longuement rencontrer l’écrivain et son entourage. Son manuscrit devrait être remis à l’éditeur Norton en 2019.



Le Monde
 |    01.06.2018 à 14h47
    |

                            Stéphanie Chayet








   


Comment devient-on le biographe de Philip Roth ? On lui envoie une lettre de candidature spontanée, puis l’on se présente au rendez-vous qu’il vous propose, chez lui, dans l’Upper West Side de Manhattan, à New York. Nous sommes au printemps 2012, et Blake Bailey vient d’apprendre par la rumeur que le géant des lettres américaines – mort le 22 mai, à 85 ans – s’est séparé de Ross Miller, le biographe qu’il s’était choisi en 2004. Spécialisé jusque-là dans les écrivains disparus, voire oubliés – il a canonisé John Cheever et contribué à la redécouverte posthume de Charles Jackson et Richard Yates, l’auteur de Revolutionary Road, adapté au cinéma sous le titre Noces rebelles –, Bailey n’avait jamais approché un romancier vivant, encore moins un tel monument. « Nous avons eu une conversation joyeuse, où il n’a pas été question de sa biographie, se souvient-il. Philip avait connu Cheever, il m’a raconté des anecdotes à son sujet. Il a dit : “Revenez dans deux jours.” Je suis revenu, il m’a interviewé. Et j’ai eu le job. »
« Pourquoi un goy de l’Oklahoma écrirait-il l’histoire de ma vie ? » Philip Roth
Blake Bailey, 54 ans, a grandi à Oklahoma City, dans l’une de ces familles de la classe moyenne supérieure qu’il est aujourd’hui convenu d’appeler dysfonctionnelles – le genre de famille qui peuple justement les œuvres de Cheever et de Yates, deux observateurs désenchantés de l’Amérique suburbaine. « Pourquoi un goy de l’Oklahoma écrirait-il l’histoire de ma vie ? », lance l’auteur de Portnoy et son complexe lors de l’entretien d’embauche. « J’ai bien raconté celle de Cheever sans être moi-même un bisexuel alcoolique issu d’une famille puritaine », rétorque le candidat. Bailey propose au plus grand romancier américain vivant le même marché qu’aux héritiers de ses trois précédents sujets : écrire toute la vérité et rien que la vérité – il s’engage à laisser Roth ou ses ayants droit rectifier toute erreur factuelle – en échange d’un accès exclusif et illimité à son entourage et à ses papiers.

        Lire aussi :
         

                L’écrivain américain Philip Roth est mort à l’âge de 85 ans



Une entreprise « follement colossale », estime le biographe, qui remettra son manuscrit en novembre 2019, sept ans après la signature d’un contrat chez l’éditeur le plus offrant (Norton). Depuis, il a interrogé 140 personnes, dont le principal intéressé, qui lui a accordé une centaine d’heures d’interviews au fil des années, sans compter leurs conversations informelles, et les 50 cassettes d’entretiens héritées de son prédécesseur. Les archives du romancier – 33 mètres linéaires à la Bibliothèque du Congrès – sont actuellement empilées « jusqu’au plafond » dans le bureau de Bailey en Virginie : correspondances, dossiers médicaux, jugements de divorce, agendas, brouillons, coupures de presse, photographies, et jusqu’aux cahiers d’écolier – un par an – où Roth consignait les tâches à accomplir dans sa propriété du Connecticut. Jusqu’en 2050, seul le biographe y aura accès.
« C’est un homme tendre, vulnérable, terriblement incompris. Quel autre écrivain a été aussi attaqué ? On l’a traité de juif antisémite, de misogyne, d’obsédé. » Blake Bailey
Retraité de l’écriture depuis 2012, Roth s’était mis, ces dernières années, « au service de Blake Bailey », comme il le dit lui-même dans un documentaire de la BBC. Outre d’innombrables mémos, il lui laisse une chronologie des « événements importants » de sa vie (300 pages dactylographiées recto verso), le compte rendu détaillé d’une trahison amicale (500 pages), et un épais document, intitulé « Notes pour mon biographe », réfutant « syllabe par syllabe » les Mémoires de Claire Bloom, son ex-femme. Selon Blake Bailey, le romancier a été « anéanti » par le livre (Leaving a Doll’s House: A Memoir, 1996, non traduit), dans lequel l’actrice britannique l’accuse, entre autres, de cruauté envers la fille qu’elle a eue de son premier mariage. « C’est un homme tendre, vulnérable, terriblement incompris, plaide le biographe, qui parle encore de Roth au présent. Quel autre écrivain a été aussi attaqué ? On l’a traité de juif antisémite, de misogyne, d’obsédé. » Les opinions du romancier sur les rapports entre les sexes sont « un peu archaïques », admet-il, mais une ribambelle d’« ex-petites amies de tous âges – dont une en déambulateur – sont venues lui dire au revoir à l’hôpital ». Quel misogyne meurt entouré de tant de femmes ?

        Lire aussi :
         

                « Pourquoi ne pas être drôle dans un livre ? » : le dernier entretien donné par Philip Roth



Blake Bailey sait que l’exercice de la biographie dite « définitive » peut provoquer des overdoses. « A la fin, Carlos Baker détestait Ernest Hemingway, Mark Schorer méprisait Sinclair Lewis, et Zachary Leader en a eu marre de Saul Bellow. Ce sont les risques du métier. » Jusqu’à présent, il a su choisir des sujets dont il ne s’est jamais fatigué, se réjouit-il. Même ce control freak de Roth n’a pas réussi à l’irriter. « Je n’avais pas tellement envie d’un sujet qui regarde constamment par-dessus mon épaule, mais Philip Roth s’est révélé parfaitement raisonnable, poursuit Bailey. Il n’a jamais interféré dans mon travail, et nous avons développé une chaleureuse amitié. » Le 22 mai, c’est lui qui a annoncé sur Twitter la mort de cet « homme adorable » et controversé.



<article-nb="2018/06/04/17-10">
<filnamedate="20180604"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180604"><AAMMJJHH="2018060417">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Politiquement incorrect, « Last Pretender » évoque avec humour des sujets très sérieux, comme la génétique, la dictature ou encore l’esclavage.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤                     
                                                

Manga : « Last Pretender », Frankenstein galactique

Politiquement incorrect, « Last Pretender » évoque avec humour des sujets très sérieux, comme la génétique, la dictature ou encore l’esclavage.



Le Monde
 |    01.06.2018 à 09h29
 • Mis à jour le
01.06.2018 à 10h19
    |

            Bernard Monasterolo








                        



   


C’est à La Nouvelle-Angoulême, capitale de la dynastie régnante et dirigeante de l’Univers (pourquoi se priver) que se préparent les jeux qui vont permettre de trouver une compagne au jeune prince, Kris, pour ses 16 ans. C’est la plus forte des prétendantes qui raflera la mise et accédera au trône, après une série de combats où tout est permis. Le prince se refuse à ce destin et décide de se cloner lui-même pour créer une femme aussi puissante que lui et qui correspond parfaitement à son désir. Petit problème cependant, cette dernière ne répond pas vraiment à l’idéal souhaité, pense qu’il est un danger pour l’avenir de l’humanité, et se retourne contre lui.

   


C’est sur cette trame classique d’un Frankenstein qui se retourne contre son créateur, mais dans un univers galactique, que Miwa Yoshiyuki et Shunji Eto élaborent leur série Last Pretender nouvellement arrivée chez Kana. Ce shonen musclé, dont cinq volumes sont déjà parus au Japon, brasse nombre de thématiques sérieuses, traitées assez rapidement et plutôt légèrement dans le premier volume.
Réflexion sur les causalités et le déterminisme, sur l’acceptation des traditions et des normes sociales, ainsi que les rapports de domination liés au pouvoir, l’univers de Last Pretender dépeint un système de renouvellement des élites, complètement refermé sur lui-même, et parfaitement inégalitaire. D’un côté une aristocratie fondée sur l’héritage génétique, de l’autre une pseudo-ouverture sur la mixité par le biais de combats entre les prétendantes au trône, où la force brute est le seul critère de sélection. Un vrai scénario de jeu vidéo, sans aucune réflexion sur la signification réelle du pouvoir et où le bien commun n’est jamais pris en compte. Transposé dans le monde réel, cet univers serait la pire des dictatures, avec un sexisme prononcé (les femmes se battent, les hommes vont à l’université). Un univers parfaitement inhumain, au trait volontairement appuyé, pour mieux le dénoncer dès le volume II de la série.

   


Par nombre d’aspects, les auteurs ont construit avec Last Pretender un monde assez typique des mangas japonais, en développant, par exemple, des typologies de combats – ici le « grim roar » –, un exercice que l’on retrouve dans toutes les séries de ce type (Dragon Ball par exemple et son florilège très sophistiqué en la matière). Last Pretender construit donc lentement un univers doté d’un fort potentiel thématique. Reste à savoir s’il sera développé à l’avenir. La richesse et la noirceur du scénario appelleraient un traitement plus sérieux, comme a pu le faire un Peter Chung avec Aeon Flux, qui a traité exactement des mêmes sujets politiques et génétiques, avec le génie que l’on sait.
Last Pretender, de Miwa Yoshiyuki et Etô Shunji, tome I et II déjà disponibles, tome III le 6 juillet 2018, éditions Kana, 240 pages, 6,85 euros.

   





                            


                        

                        


<article-nb="2018/06/04/17-11">
<filnamedate="20180604"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180604"><AAMMJJHH="2018060417">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ La maison américaine Heritage Auctions organise pour la première fois une vente d’originaux européens.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤                     
                                                   
édition abonné


La BD franco-belge au pays des comics

La maison américaine Heritage Auctions organise pour la première fois une vente d’originaux européens.



Le Monde
 |    01.06.2018 à 09h09
 • Mis à jour le
01.06.2018 à 16h58
    |

            Cédric Pietralunga








                        



                                


                            

Certains y voient un ­signe de la mondialisation du marché. D’autres un effet d’annonce qui retombera comme un soufflé. Pour la première fois, une maison d’enchères américaine organise, samedi 2 juin à Dallas (Texas), une vente d’originaux de bande dessinée d’auteurs européens, un domaine où s’illustraient jusqu’ici uniquement des acteurs du Vieux Continent, comme Christie’s, Artcurial, Millon ou Huberty & Breyne.

Basée dans la ville texane, même si elle détient aussi depuis 2015 une salle de ventes aux Pays-Bas et une autre, depuis 2017, à Londres, la société Heritage Auctions proposera un peu moins de 300 dessins et illustrations. Avec du joli monde : Peyo, Bilal, Gibrat, Jijé, Guarnido, Juillard, Loisel, Manara, Mézières, Mœbius ou encore Tardi. Une très belle planche de l’album Les Ethiopiques, de l’Italien Hugo Pratt, datant de 1978 et mettant en scène Corto Maltese et le guerrier afar Cush, est estimée entre 36 000 et 40 000 euros.
Le clou de la vente devrait être une planche de Coke en stock, le dix-neuvième album des « Aventures de Tintin et Milou », dessinée en 1957 par Hergé. Même s’il ne s’agit pas de l’une de ses plus belles réalisations, cette page à l’encre de Chine se distingue par sa composition, avec une succession de cases horizontales et verticales inhabituelle chez l’auteur belge, qui était attaché au fameux « gaufrier » de douze vignettes.

Surtout, la planche est proposée avec son crayonné, ce qui permet d’admirer le travail de recherche d’Hergé, tant sur la composition que sur les personnages. « Cette œuvre n’a jamais été présentée en vente publique, et c’est seulement la troisième fois qu’un crayonné d’Hergé est proposé avec sa planche, c’est une rareté », se réjouit Eric Verhoest, galeriste à Bruxelles et expert de la vente, qui officiait auprès de Sotheby’s avant de rejoindre Heritage, avec son confrère parisien Bernard Mahé. L’ensemble est estimé entre 600 000 et...




                        

                        


<article-nb="2018/06/04/17-12">
<filnamedate="20180604"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180604"><AAMMJJHH="2018060417">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Dans un style « dark fantasy », la mangaka Mako Oikawa développe avec « Grendel » un monde chevaleresque et magique graphiquement très réussi.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤                     
                                                

Manga : « Grendel », la bonne surprise « dark fantasy »

Dans un style « dark fantasy », la mangaka Mako Oikawa développe avec « Grendel » un monde chevaleresque et magique graphiquement très réussi.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 09h57
 • Mis à jour le
31.05.2018 à 11h04
    |

            Bernard Monasterolo








                        



   


L’heroic fantasy est un genre à part dans l’univers du manga, malgré la popularité récente et atypique que lui a apporté Fairy Tail. Et dans ce secteur déjà relativement confidentiel, le périmètre de la dark fantasy l’est encore plus. Quelques titres célèbres ont marqué le genre, comme Berserk, ou les magnifiques Claymore et Uber Blatt. Autant dire qu’avec son Grendel, la jeune auteure Mako Oikawa s’aventure sur un terrain dont les adeptes sont exigeants, surtout dans la catégorie seinen qui fédère une population souvent experte.

   


A ce titre, Grendel s’en sort plutôt bien, même si on doute parfois de sa classification seinen – le récit est plutôt sombre mais saupoudré de quelques naïvetés sur les traductions et l’usage d’onomatopées un peu infantiles. Grendel, c’est le nom du premier monstre combattu par le roi Hroðgar dans la poésie épique anglo-saxonne Beowulf. Pourtant, difficile de voir à quoi cela fait référence dans ce manga qui ne fait pas d’économies en matière de créatures monstrueuses.
Dans ce monde, Camélia, une guerrière en difficulté dans son pays, se voit offrir un marché pour éponger sa dette : convoyer un jeune dragon vers une destination lointaine. Affublée d’une tare mystérieuse qui lui fait éprouver la souffrance des adversaires qu’elle tue, l’héroïne se lance dans un long et périlleux parcours où les dangers sont nombreux. Aux ennemis croisés sur son chemin s’ajoutent les trahisons de ses commanditaires et les magouilles et arrangements politiques de son royaume.

   


C’est une aventure fantastico-médiévale dans un univers marqué de quelques éclairs de poésie. On y retrouve du Square Enix et du Final Fantasy, et le dessin très travaillé de Mako Oikawa donne quelques bonnes surprises stylistiques. Excellente dans la représentation des personnages et des combats, la dessinatrice délaisse peut-être un peu les paysages et les ambiances, mais l’ensemble est très cohérent.
Peu connue, la jeune mangaka qui a sorti deux autres mangas édités au Japon, signe chez Komikku une première collaboration française.
Grendel, de Mako Oikawa, série en trois tomes en cours, volume 1, le 31 mai, éditions Komikku, 240 pages, 8,5 euros.

   





                            


                        

                        


<article-nb="2018/06/04/17-13">
<filnamedate="20180604"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180604"><AAMMJJHH="2018060417">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Dans « Les Survivants. Les juifs de Pologne depuis la Shoah », l’historienne Audrey Kichelewski rappelle la récurrence des persécutions envers les juifs dans le pays depuis 1945.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Histoire. L’ornière antisémite polonaise

Dans « Les Survivants. Les juifs de Pologne depuis la Shoah », l’historienne Audrey Kichelewski rappelle la récurrence des persécutions envers les juifs dans le pays depuis 1945.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
31.05.2018 à 10h36
    |

                            Antoine Flandrin








                        



                                


                            
Les Survivants. Les juifs de Pologne depuis la Shoah, d’Audrey Kichelewski, Belin, « Contemporaines », 448 p., 25,50 €.

En Pologne, le parti nationaliste Droit et Justice, au pouvoir, poursuit son offensive visant à empêcher toute discussion sur la manière dont la société polonaise envisage, depuis la Shoah, son rapport avec ses concitoyens juifs. Après l’entrée en vigueur le 1er mars de la loi rendant passible d’une peine de prison le fait « d’attribuer à la nation ou à l’Etat polonais (…) la responsabilité ou la coresponsabilité des crimes nazis », certains médias polonais accusent désormais les responsables du Mémorial d’Auschwitz-Birkenau de minimiser le sort des prisonniers polonais non juifs. Une campagne calomnieuse qui n’est pas exempte de sous-entendus antisémites.

Cette actualité inquiétante, on ne peut en mesurer les enjeux qu’en retraçant l’histoire des juifs de Pologne depuis la Shoah. Un travail salutaire et inédit mené avec une grande rigueur par Audrey Kichelewski dans Les Survivants, qui prolonge sa thèse sur « La place des juifs dans la société polonaise (1944-1949) », soutenue à l’université Paris-I en 2010. L’historienne, en s’appuyant sur une vaste documentation en polonais, montre comment, de la sortie de guerre à nos jours, les juifs de Pologne ont continué d’être persécutés, notamment à l’occasion des crises politiques.
La chasse aux « sionistes » de 1968
Selon elle, l’occupation de la Pologne pendant la seconde guerre mondiale a conduit à une brutalisation de la société qui se traduit en particulier dans la circulation de rumeurs, d’abord en milieu rural, parmi les personnes peu ou pas alphabétisées. Ainsi les juifs exsangues de l’immédiat après-guerre sont-ils accusés d’anthropophagie sur des enfants chrétiens, une résurrection de fantasmes très anciens qui sera à l’origine des pogroms de Rzeszow, Cracovie et Kielce...




                        

                        


<article-nb="2018/06/04/17-14">
<filnamedate="20180604"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180604"><AAMMJJHH="2018060417">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Dans « Histoire d’un mensonge. Enquête sur l’expérience de Stanford », Thibault Le Texier invalide la fameuse expérience psychologique. Sommes-nous tous des bourreaux potentiels ? Cela reste à prouver.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Sciences sociales. L’enfer carcéral de Stanford revisité

Dans « Histoire d’un mensonge. Enquête sur l’expérience de Stanford », Thibault Le Texier invalide la fameuse expérience psychologique. Sommes-nous tous des bourreaux potentiels ? Cela reste à prouver.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 07h45
    |

            Stéphane Foucart








                        



                                


                            
Histoire d’un mensonge. Enquête sur l’expérience de Stanford, de Thibault Le Texier, Zones, 296 p., 18 €.

L’« expérience de Stanford sur la prison » est l’une des expériences de psychologie sociale qui ont le plus profondément marqué l’opinion et la culture populaire. Conduite en 1971 par Philip Zimbardo, alors jeune professeur de psychologie à l’université Stanford (Californie), elle tendait à montrer que tout individu peut, dans les conditions déshumanisantes de l’univers carcéral, devenir un cruel tortionnaire. Est-ce réellement le cas ? Cette idée est débattue, mais un fait est désormais certain : l’expérience de Stanford ne peut plus être citée comme un indice ou un élément de preuve en ce sens. Car, une fois achevée la lecture d’Histoire d’un mensonge, l’enquête que lui consacre Thibault Le Texier, chercheur en sciences sociales, il ne demeure plus le moindre doute : la fameuse expérience n’a, pour rester poli, aucune valeur scientifique.
Simuler l’univers carcéral
Rappelons l’histoire. A l’automne 1971, Philip Zimbardo recrute par petites annonces une vingtaine de volontaires, tous étudiants, pour participer à une expérience ambitieuse : simuler l’univers carcéral en distribuant des rôles de gardiens et de détenus aux participants. L’enfermement, réel, des « prisonniers » est supposé durer deux semaines. Mais l’expérience est interrompue après seulement six jours, l’état de santé psychologique des détenus se détériorant face aux traitements inhumains imposés par leurs gardiens. En moins d’une semaine, des étudiants sans antécédents se seraient donc transformés en bourreaux impitoyables, sous l’effet déshumanisant de la prison.
L’expérience de Stanford a, depuis, largement alimenté le débat public, notamment aux Etats-Unis, sur la violence du milieu carcéral – comme en 2004, après la découverte des sévices infligés à leurs prisonniers par les gardiens de la prison d’Abou...




                        

                        


<article-nb="2018/06/04/17-15">
<filnamedate="20180604"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180604"><AAMMJJHH="2018060417">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos des « Héritiers contrariés. Essai sur le spirituel républicain au XIXe siècle », de Julien Pasteur.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Figures libres. Du spirituel au cœur du politique

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos des « Héritiers contrariés. Essai sur le spirituel républicain au XIXe siècle », de Julien Pasteur.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
31.05.2018 à 09h59
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Les Héritiers contrariés. Essai sur le spirituel républicain au XIXe siècle, de Julien Pasteur, Les Belles Lettres, « Essais », 504 p., 25,90 €.

Avec les Lumières, nous nous sentons à l’aise. Ce siècle nous parle et nous séduit. Ironie et tolérance de Voltaire, indignations vertueuses de Rousseau, coups d’œil aigus de Montesquieu… tout, ou presque, nous semble proche. En revanche, avec le XIXe siècle, c’est une autre affaire. La plupart de ses penseurs nous paraissent surannés. Ou même carrément inaudibles.
Leurs propos traitent pourtant de crises où nous débattons, d’impasses où nous sommes encore. Leurs interrogations portent en effet sur l’articulation du politique et du religieux, les principes de la démocratie, les liens problématiques du passé et de l’avenir.
Malgré tout, le XIXe siècle demeure globalement délaissé. Il fait l’objet d’une éclipse d’attention. Mieux : d’une « élision », comme le dit finement Julien Pasteur. Il compare ce siècle prolixe à une sorte de « e muet » qui ne servirait qu’à nous rendre les Lumières plus proches. Illusoirement, cela va de soi.

L’impressionnant et passionnant travail de Julien Pasteur scrute un aspect crucial de l’immense chantier négligé du XIXe siècle, et permet de mieux comprendre la désaffection dont il fait l’objet. Issu d’une thèse soutenue en 2015, ce gros ouvrage – Les Héritiers contrariés, titre fort peu explicite – visite nombre de monuments célèbres mais pas vraiment fréquentés. Ils se nomment Joseph de Maistre, Auguste Comte, Alexis de Tocqueville, ­Edgar Quinet, Jules Michelet, Pierre Leroux…
Fil directeur de l’enquête : le ­spirituel et la République. Ne pas confondre avec l’Eglise et l’Etat, ni avec les religions et le politique, qui sont des registres distincts. Au cœur du « spirituel républicain » se tient un faisceau d’interrogations :...




                        

                        


<article-nb="2018/06/04/17-16">
<filnamedate="20180604"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180604"><AAMMJJHH="2018060417">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Claro se joint à l’hommage de Dominique Fourcade à Paul Otchakovsky-Laurens, « Deuil ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Le feuilleton. Emotion lente, émotion rapide

Claro se joint à l’hommage de Dominique Fourcade à Paul Otchakovsky-Laurens, « Deuil ».



Le Monde
 |    31.05.2018 à 07h15
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Deuil, de Dominique Fourcade, P.O.L, 64 p., 9 €.

On ne sait pas toujours que faire de la mort de l’autre. Celle-ci vous frappe à la nuque, comme une barre d’acier, vous vous retournez – rien, plus personne – hormis une douleur qu’on ne connaissait pas, qui semble vouloir noyer l’absent dans ses eaux crayeuses, une douleur qui se rappelle à vous au moindre mouvement intempestif de la pensée, à la moindre immobilité suspecte des émotions. Il va falloir faire avec. Entrer en deuil, sans qu’on sache de quelle étoffe est fait ce deuil, s’il s’étend ou nous contracte, de quelle nuit il se nourrit, si un accroc de joie ne risque pas de l’effilocher à la longue, et quelle langue parle ce deuil, est-il une nouvelle demeure, une forme qu’il va falloir entretenir, une montagne Sainte-Geneviève ou une pomme intouchée ?
Celui qui vit d’écriture se retrouve d’autant plus démuni – nu – quand disparaît celui qui lui a permis de faire de l’écriture une vie. Mort accidentellement au tout début de cette année, l’éditeur Paul Otchakovsky-Laurens laisse derrière lui, ici-bas, une tribu d’auteurs proprement « sous le choc », ceux qu’il a publiés et accompagnés dans leurs œuvres mais aussi tous ceux qui voyaient en lui un des rares qui « font » la littérature à égale mesure avec les auteurs qu’ils publient, et après lui le déluge…
Mais « sous le choc » ne suffit pas, bien sûr, à décrire le sentiment de perte ressenti à l’annonce de cette mort. Aussi convient-il de lire Deuil, de Dominique Fourcade, non seulement comme une élégie inquiète mais comme une tentative pour maintenir à flot, à travers le geste élégiaque, le rapport à l’écriture. En apprenant la mort de Paul Otchakovsky-Laurens, Fourcade a le sentiment que, peut-être, c’en est fini pour lui de l’écriture, que la disparition de cet ami, tel un trou noir, va engloutir son désir d’écrire, son plaisir de faire des livres. Deuil est donc...




                        

                        


<article-nb="2018/06/04/17-17">
<filnamedate="20180604"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180604"><AAMMJJHH="2018060417">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Dans « La Diagonale du désir », son troublant premier roman, Sinziana Ravini, critique d’art, se joue des codes de l’érotisme comme de ceux de la fiction.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Madame X » ne cède pas sur son désir

Dans « La Diagonale du désir », son troublant premier roman, Sinziana Ravini, critique d’art, se joue des codes de l’érotisme comme de ceux de la fiction.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
31.05.2018 à 07h20
    |

                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Diagonale du désir, de Sinziana Ravini, Stock, 368 p., 20,50 €.

Critique d’art, commissaire d’exposition et enseignante en esthétique, Sinziana Ravini écrit comme on élabore un dispositif dans le champ de l’art contemporain. Son premier roman, La Diagonale du désir, relève de la performance. Il inclut la possibilité de son propre échec, le frôle sans cesse, contournant ou enjambant tous les obstacles, zigzaguant avec élégance entre les écueils que l’auteure a elle-même placés sur sa route. Le moindre n’étant pas le risque du ridicule, qu’elle assume si frontalement qu’il disparaît aussitôt entrevu.
Le projet de départ ne pouvait que laisser sceptique, et inviter le lecteur à guetter le faux pas, attendre la faute de goût, anticiper le grotesque que ne manquerait pas de susciter l’alliance d’une forme de snobisme et de la plus complète naïveté. Nourrie de psychanalyse lacanienne, la narratrice décide de partir « à la recherche de son propre désir ». Car, comme le prétend l’un des personnages masculins du roman, « le désir est devenu obsolète, quelque chose que l’on ne mentionne que lorsqu’on parle de Lacan. (…) En même temps, tout le monde rêve de partir à la recherche de son véritable désir, mais ils n’osent pas se l’avouer ».
Situations de transgression sexuelle
Pour « ne pas céder sur son désir », selon la célèbre formule du psychanalyste, encore faut-il le connaître. Semblant prendre au pied de la lettre l’injonction du « maître », la narratrice se met en scène dans différentes situations de transgression sexuelle et teste des pratiques variées, comme pour trouver celle qui la révélera à elle-même. Mais le roman n’est pas la simple mise en acte d’une phrase entendue dans son sens le plus littéral. Il la travaille comme un cliché, moteur d’une expérience esthétique dont pourront surgir quelques bribes de vérité si on ne le prend ni trop au sérieux,...




                        

                        


<article-nb="2018/06/04/17-18">
<filnamedate="20180604"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180604"><AAMMJJHH="2018060417">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Avec « Etre en vie », l’écrivaine et réalisatrice italienne poursuit dans la fournaise athénienne son exploration libératrice des meurtrissures de l’enfance.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Danser le sirtaki avec Cristina Comencini

Avec « Etre en vie », l’écrivaine et réalisatrice italienne poursuit dans la fournaise athénienne son exploration libératrice des meurtrissures de l’enfance.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 07h15
    |

                            Florence Courriol-Seita (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Etre en vie (Essere vivi), de Cristina Comencini, traduit de l’italien par Dominique Vittoz, Stock, « La cosmopolite », 244 p., 20,50 €.

« Mais as-tu déjà vu plus belle catastrophe ? » Les paroles inoubliables de Zorba le Grec dans le film de Michael ­Cacoyannis (1964), la fournaise athénienne en été, le balcon d’un hôtel face au Parthénon illuminé : non, cela n’est pas le récit d’idylliques vacances méditerranéennes. Si Cristina Comencini, talentueuse réalisatrice et écrivaine, fille du cinéaste Luigi Comencini (1916-2007), nous convie à un voyage, c’est plutôt celui, douloureux, qui mène en soi-même. Et cherche à répondre à cette interrogation : « Qu’est-ce que ça veut dire, être en vie ? » – en italien « essere vivi », titre de ce huitième roman traduit.
D’entrée, la protagoniste, Caterina, est confrontée au suicide de sa mère adoptive, Graziella. Etre en vie s’ouvre en effet sur la mort : Graziella s’est tuée à Athènes, avec son compagnon, Sebastiano. Tout au long du roman, les paroles de Zorba dansant sur la plage – cette scène du sirtaki qui était, pour Sebastiano, le « sommet de la virilité » – tissent en sourdine un subtil réseau de signifiants autour de la thématique de la révélation, clé d’interprétation du roman : catastrophe, explique la narratrice, « ça vient de kata, qui veut dire “bas”, “terme”, et ­stréphein, qui signifie “retourner”, “bouleversement”. C’était la conclusion d’une aventure, la résolution de l’intrigue, qui contenait souvent une révélation ».

Caterina, en effet, cherche à comprendre le geste de cette femme, partie sans laisser de lettre d’adieu. Par là même, elle tente de résoudre une intrigue qui est d’abord et avant tout la sienne : celle d’une enfant ayant vécu deux vies. Jusqu’à l’âge de 6 ans, Caterina n’a connu que la misère. Elle était une fillette « différente », incapable de...




                        

                        


<article-nb="2018/06/04/17-19">
<filnamedate="20180604"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180604"><AAMMJJHH="2018060417">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Correspondante britannique en Afrique, l’écrivaine a couvert les guerres civiles en Angola et en Côte d’Ivoire. Il y a du Perec dans « Là où tout se passe », ses Mémoires.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
édition abonné


L’anecdotique, l’atroce et le désir de vie de Lara Pawson

Correspondante britannique en Afrique, l’écrivaine a couvert les guerres civiles en Angola et en Côte d’Ivoire. Il y a du Perec dans « Là où tout se passe », ses Mémoires.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 07h15
    |

                            Eric Loret








                        



                                


                            
Là où tout se passe (This Is the Place to Be), de Lara Pawson, traduit de l’anglais par Yoko Lacour, L’Observatoire, 160 p., 18 €.

Lara Pawson a « bientôt 50 ans et toujours pas de sac à main ». Elle est habituée à être prise pour un homme ou une transsexuelle : « Mon frère me surnommait “la lesbienne à Baader”. » Elle vit dans le nord-est de Londres, ville où elle est née. Mais surtout, elle a été correspondante du BBC World Service en Afrique, et en particulier en Angola, de 1996 à 2007. Elle a fait de cette expérience un premier livre en 2014, In the Name of the People. Angola’s Forgotten Massacre (« Au nom du peuple. Angola : le massacre oublié », non traduit), qui raconte les purges communistes ayant suivi la tentative de coup d’Etat du 25 mai 1977 et comment celles-ci ont instauré une « culture de la peur » dans le pays.
Deux ans plus tard, elle publie Là où tout se passe, des Mémoires en fragments qui reviennent sur ses années africaines, chantent la nostalgie de Luanda, la capitale de l’Angola, mais tracent surtout le portrait drôle et terrifiant d’une femme qui traverse la vie, l’Histoire et leurs horreurs mêlées en notant qu’« une chose imaginée demeure une chose vue un jour ». 

Lara Pawson montre en particulier comment l’anecdotique se fixe à l’atroce, comment des moments de l’existence a priori sans rapport se font écho dans les méandres de la psyché : ainsi un fœtus de porc en bocal offert dans l’enfance par le père médecin, et dont la petite fille est très fière, fait un retour obsédant quand l’adulte s’« apprête à manger des oignons au vinaigre ». Il faut dire que, comme le note François Guillaume, l’éditeur français du texte, Pawson procède un peu comme Joe Brainard et Georges Perec avec leurs Je me souviens (1970 ; Actes Sud, 1997, et Hachette, 1978) : par accumulation de « faits » à la fois intimes...




                        

                        


<article-nb="2018/06/04/17-20">
<filnamedate="20180604"><AAMM="201806"><AAMMJJ="20180604"><AAMMJJHH="2018060417">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ La chronique de Leïla Slimani, à propos de « La femme qui ressuscite. Vies d’Anastasia Romanov », de Nadia Oswald.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Premier roman. Le vertige de l’illusion

La chronique de Leïla Slimani, à propos de « La femme qui ressuscite. Vies d’Anastasia Romanov », de Nadia Oswald.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 07h15
    |

                            Leïla Slimani (Ecrivaine)








                        



                                


                            
La femme qui ressuscite. Vies d’Anastasia Romanov, de Nadia Oswald, Le Nouvel Attila, 176 p., 17 €.
C’est l’un des mystères les plus exaltants, les plus romanesques du XXe siècle. Et pour moi, qui aime la Russie, Zweig et les atmosphères crépusculaires, c’est sans doute celui qui me touche le plus. En 1920, à Berlin, une femme intègre l’asile de Dalldorf. Elle ne parle pas, n’a pas de nom ni de souvenirs. Elle est surnommée « Fraülein ­Unbekannt », « madame Inconnue ». Et puis, on croit la reconnaître. Cette patiente mutique n’est pas n’importe qui ; elle serait la tsarine Anastasia, fille de Nicolas II, échappée des mains de ses tueurs, mariée à l’un de ses tortionnaires avant de s’enfuir vers la Roumanie… Dans un très beau premier roman, La Femme qui ressuscite, Nadia Oswald ne se contente pas de raconter cet épisode incroyable. Elle agit en romancière et creuse les consciences, elle met au jour des émotions confuses. Elle analyse surtout, avec une extrême sensibilité, les mécanismes de l’illusion et du mensonge. Qui sont les manipulateurs ? Ceux qui veulent faire croire ou ceux qui rêvent de croire en une réalité ? Ceux qui ne nient pas ou ceux qui enferment les autres dans leurs propres fantasmes ?
« La communauté russe de Berlin s’empare d’elle et la brandit comme l’espoir d’une restauration. » Parmi eux, l’étrange nécromancienne Anna Vyroubova, qui achèvera de faire d’Anastasia un jouet dans la main des autres : « J’ai connu la vraie histoire, laisse-moi t’aider et tu seras la bonne histoire. » Voilà ce qu’était Anna Anderson (le nom que prend cette femme aux Etats-Unis) : une bonne histoire, un roman sur pattes qui a incarné les désirs, les haines et les illusions d’une époque. Ecrit au présent, dans un style à la fois simple et poétique, le roman embrasse magnifiquement ces années d’entre-deux-guerres, des cabarets de Berlin aux Etats-Unis de la prohibition...




                        

                        

