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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Après la présentation du « scénario de l’anticipation » par la ministre de la culture, Françoise Nyssen, les syndicats de journalistes craignent un affaiblissement de France Bleu et un manque de moyens.
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Réforme de l’audiovisuel : les syndicats inquiets

Après la présentation du « scénario de l’anticipation » par la ministre de la culture, Françoise Nyssen, les syndicats de journalistes craignent un affaiblissement de France Bleu et un manque de moyens.



Le Monde
 |    04.06.2018 à 16h17
   





                        



   


La ministre de la culture, Françoise Nyssen, a présenté lundi 4 mai son projet de réforme de l’audiovisuel public, baptisé « scénario de l’anticipation ». Celui-ci prévoit notamment la fin de la diffusion de France 4 sur la TNT, le développement du numérique et le rapprochement de France Bleu et de France 3 afin de renforcer les programmes régionaux. « Une coopération ambitieuse entre France 3 et France Bleu doit déboucher sur ce média quotidien régional qui sera la voix des territoires », a-t-elle notamment expliqué au Monde et lors d’une conférence de presse.
France Bleu craint d’être absorbé
C’est ce dernier point qui suscite la forte inquiétude du Syndicat national des journalistes (SNJ) de Radio France. Celui-ci estime que le rapprochement sur le numérique entre une rédaction de radio et une autre de télévision pour créer un site, expérimenté avec Franceinfo:, est loin d’avoir montré son efficacité. Il craint surtout que les rédactions de France Bleu soient absorbées par les locales de France 3.

        Lire aussi :
         

                Françoise Nyssen : « L’audiovisuel public doit anticiper et oser »



« S’il y a bien un enseignement à tirer de la création de Franceinfo:, c’est que la rédaction de la radio n’a en réalité aucun contrôle sur le site. France Télévisions prend toutes les décisions », regrette le SNJ Radio France dans un communiqué. « Les journalistes de France Bleu n’accepteront pas de s’épuiser à fournir “un nouveau média de la vie quotidienne” qui effacerait la présence numérique de leur radio », ajoute le syndicat.
Effort sur le numérique « insuffisant »
Du côté de France TV, c’est le flou concernant le financement de la réforme, guère abordé par la ministre, et les économies demandées au service public de l’audiovisuel qui inquiètent la CGT. Le syndicat s’alarme de « la dimension nationale de France 3 que l’on sent de plus en plus menacée ». Si la CGT se félicite de l’existence d’un effort d’investissement dans le numérique, à hauteur de 150 millions d’euros supplémentaires par an, elle l’estime « insuffisant ». « Faire beaucoup plus avec beaucoup moins n’est pas une perspective raisonnable », estime le syndicat.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Le musée, qui a ouvert ses portes début mai à Dakar, regroupe des pièces majeures qui n’avaient encore jamais été montrées au public.
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Reportage

Le Sphinx d’Ousmane Sow, une maison-œuvre pour abriter les sculptures du maître sénégalais

Le musée, qui a ouvert ses portes début mai à Dakar, regroupe des pièces majeures qui n’avaient encore jamais été montrées au public.

Par                                            Matteo Maillard (Dakar, correspondance)




LE MONDE
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        Le 04.06.2018 à 15h27

     •
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        Mis à jour le 04.06.2018 à 16h29






    
Sculpture de la série des Nouba, dans la maison du sculpteur sénégalais Ousmane Sow à Dakar, mai 2018
Crédits : Matteo Maillard


C’est le visage d’une tristesse pleine, prémonitoire. Le regard vide qu’un cou affaibli oriente vers le sol. La peau couverte de brindilles luit sans éclat, cerclée d’un collier de barbe sale. « Je le vois maintenant, c’est Ousmane Sow, souffle Béatrice Soulé, émue devant cette tête de paysan sculptée. C’est un autoportrait de lui à la fin de sa vie. Les mêmes yeux vitreux quand je le veillais, lui tenais la main toute la nuit, le voyant mourir… Ça me sidère. » Veuve de l’un des plus grands sculpteurs sénégalais, décédé en décembre 2016, Béatrice Soulé ne peut s’empêcher de contempler, à chaque fois qu’elle passe devant, cette sculpture réalisée une année et demie avant la fin. Même en cette journée chargée de mai, où elle organise à Dakar le vernissage de la maison dédiée à l’œuvre de l’homme qu’elle aimait, elle prend le temps.
En répondant à une volonté de l’artiste après sa mort, ses proches ont rapatrié la majorité de ses œuvres pour en emplir les vastes pièces du « Sphinx », la maison que le sculpteur avait lui-même dessinée et construite au détour d’une ruelle ensablée du quartier Virage de Dakar, face à cette mer qui l’inspirait tant.
L’exposition du Pont des Arts, une « déflagration »
Béatrice et Ousmane se sont rencontrés en 1996, alors qu’il en coulait la dalle. Très vite il demande à la réalisatrice française de s’occuper de ses expositions, lui qui commence à peine à se faire connaître hors du Sénégal. Au célèbre artiste local, elle ouvrira les portes d’une carrière internationale à l’aide d’une « déflagration » : l’exposition historique du Pont des Arts en 1999, où Ousmane Sow exposa 70 sculptures. Les Indiens de Little Big Horn, les Noubas et les Masaïs de ses séries africaines fascinèrent les Parisiens, attirant plus de 3 millions de visiteurs. De sa vaste collection, on retrouve aujourd’hui, dans sa maison rénovée, les pièces majeures dont certaines n’avaient jamais été montrées au public.

    
Ousmane Sow au Musée du Nouveau Monde de la Rochelle, le 20 mai 2015, à l’occasion de l’inauguration de sa sculpture de Toussaint Louverture.
Crédits : XAVIER LEOTY / AFP


Notables locaux et dignitaires étrangers s’y serrent pour observer ces colosses de fers à béton, de plastique, de paille et de jute. Béatrice circule en courant d’air entre les tutoiements des amis venus « retrouver leur Ousmane ». Elle se rappelle quand elle campait seule avec lui dans ces quatre étages en construction. Elle le filmait pour un documentaire, lui « passait d’une sculpture à l’autre et en même temps faisait les carreaux de sa maison, rit-elle. Il n’aimait pas travailler sur une seule pièce à la fois. Alors qu’on s’approchait de la date de l’exposition du Pont des arts, il retapait en plus une CX dans laquelle il dormait. Ça me rendait folle ! »
Victor Hugo, Nelson Mandela et Charles de Gaulle
Nouba, Peuls, Masaï, Zoulous : les corps maçonnés de ses séries africaines toisent le visiteur pétrifié. « Ousmane ne pouvait montrer que des hommes dignes et forts. Quand Médecins du monde lui a passé commande pour la journée de la misère, il a refusé de faire un miséreux. Il a fait celui qui avait le mieux parlé de la misère », explique Béatrice. Victor Hugo, frôlant les trois mètres, se tient désormais debout dans la salle dédiée à « ses grands hommes », chargés d’un symbolisme sédimenté. Ainsi la montre de l’écrivain français évoque autant le rythme du poème que le temps qui passe pour l’homme en exil. Le général de Gaulle porte des vêtements de 14-18 et de 39-45 aux poches plates car « c’était un homme honnête ». Devant lui, Nelson Mandela se dresse en gardien de but. Le CAAP sur le maillot signifie : Club africain des anti-pourris. Et de sa main, il place son mur pour écarter les chefs d’Etat véreux.

    
Des touristes et des Parisiens regardent, le 19 mars 1999 sur le pont des Arts à Paris, les sculptures du Sénégalais Ousmane Sow.
Crédits : ALEXANDER JOE / AFP


Au rez-de-chaussée, une maquette attire le regard. Celle d’un homme, sa femme et son enfant rentrant des Amériques au Sénégal. Une commande de l’ex président Abdoulaye Wade. « Il a fait volte-face, a gardé le thème mais l’a fait réaliser par des Nord-Coréens », confie Béatrice. Difficile de manquer aujourd’hui ce qui aurait dû devenir la plus spectaculaire œuvre d’Ousmane Sow. Le monument de la Renaissance africaine qui dresse ses 52 mètres au-dessus de Dakar.
Les sculptures animées, un rêve de fin de vie
Seul lieu resté en l’état depuis le décès du maître, l’atelier sur le toit du « Sphinx » demeure encombré de bouquets de globes oculaires, de mâchoires désarticulées, de pantins et de poupées enchevêtrés au milieu d’outils. « C’est ici qu’il a passé la fin de sa vie, glisse Béatrice. Il y a longtemps, quand il était kinésithérapeute à Montreuil, il voulait faire des films d’animation. Dans son cabinet, il se racontait des histoires avec des soucoupes volantes accrochées à des filins, les filmait à l’aide d’une caméra Pathé à manivelle. Je ne sais pas comment les patients ne s’affolaient pas ! » Un rêve auprès duquel il reviendra à la fin de sa vie. « Il était hanté par ses sculptures animées. »

    
L'empereur fou, dans le dernier atelier du sculpteur sénégalais Ousmane Sow à Dakar, en mai 2018.
Crédits : Matteo Maillard


Un personnage en particulier le poursuivit tout au long de sa vie. On le retrouve éparpillé dans les étages de sa maison. Ici une tête démantibulée, là un bras désarticulé, et au sommet du « Sphinx », le corps décapité, assis sur une chaise en bois de celui qu’il nommait « l’empereur fou » ; chimère d’une grande œuvre immuable qu’il n’aura pu animer que dans sa sublime immobilité.


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Du 4 au 8 juin, l’agence Magnum vend des tirages d’archives sélectionnés par ses photographes. Ces images symbolisent pour eux l’idée qui traversa l’année 1968 : la liberté.
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« Liberté » : l’agence Magnum met en vente une sélection de tirages

Du 4 au 8 juin, l’agence Magnum vend des tirages d’archives sélectionnés par ses photographes. Ces images symbolisent pour eux l’idée qui traversa l’année 1968 : la liberté.



Le Monde
 |    04.06.2018 à 14h04
 • Mis à jour le
04.06.2018 à 14h30
   





                        



   


Le printemps de Prague, le mouvement des droits civiques aux Etats-Unis ou les événements de Mai à Paris : 1968 fut une année de grands changements à travers le monde. Les photographes de l’agence Magnum Photos ont choisi de célébrer le 50e anniversaire de cette année charnière en sélectionnant dans leurs archives des images qui, pour eux, symbolisent la liberté.
L’agence propose une sélection de photographies classiques et contemporaines, mises en vente du 4 au 8 juin. Chacune est agrémentée, au dos, d’un texte de l’auteur.
Par son choix, chaque photographe a voulu représenter la photographie comme « un instrument de la liberté », explique l’agence, mêlant des clichés devenus célèbres et des images plus personnelles.
Qu’il s’agisse d’un manifestant place Tiananmen, pris en 1989, d’un portrait de Martin Luther King quelques semaines avant sa mort, ou de la libération de Paris en 1944, chaque photo est une expression de la liberté à travers l’histoire du XXe siècle.
Quand l’agence Magnum fut créée, en 1947, l’intention de ses fondateurs était de redonner aux photographes leur indépendance. En 2018, les membres de l’agence renouvellent ce projet en explorant la relation qu’ils entretiennent avec la liberté : la leur, et celle de ceux qu’ils photographient.
Trois photographes expliquent leur choix :

   


« “L’homme est libre, mais les hommes ne le sont pas. Il n’y a pas de limites dans la liberté de chacun, il n’y a pas de liberté pour tout le monde. Tout est une pièce vide, une abstraction maladroite jusqu’à ce que l’on trouve son indépendance perdue.” (Louis Aragon, 1925) Cette photographie a été prise à la fin du mois de mai 1989, lors des soulèvements de la place Tiananmen organisés par des étudiants chinois et leurs sympathisants. Ils manifestaient contre la corruption et pour la liberté d’expression. » (Stuart Franklin)

   


« L’hiver froid quitte la région de Thrace, en Turquie, et laisse place au printemps avec son soleil rayonnant et son vent doux. Les gens se reconnectent à la nature en célébrant ce moment chaque année, la première semaine de mai, à Kirklareli. Quand j’ai pris cette photo, je courais dans les champs de blé, je profitais du beau temps en me souvenant de mon enfance avec ces gamins. Pour eux, comme pour moi, c’était un moment de pure liberté. » (Emin Ozmen)

   


« Quelques jours après la chute du mur de Berlin (le 9 novembre 1989), la joie et l’enthousiasme étaient permanents. L’euphorie grandit encore plus le soir du Nouvel An. Une marée humaine très dense s’est réunie autour de la porte de Brandebourg : chaleur, convivialité et embrassades ici et là… Dans une incessante frénésie, les larmes se mêlaient aux rires. Des gens de tous les âges, de tous les horizons et de toutes les nationalités se rapprochaient au fur et à mesure que les feux d’artifice et les pétards explosaient constamment. Le champagne coulait à flots. Après avoir photographié la jubilation de cette foule surexcitée, j’ai décidé d’aller dans un endroit plus calme. J’ai aperçu, caché par une rangée d’arbustes, un jeune couple assis à cheval sur le haut du mur. Ils profitaient de ce moment intime et paisible pour s’aimer et célébrer cette nouvelle liberté. » (Guy Le Querrec)
Accédez à la vente des tirages de l’agence Magnum



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ La musicienne férue d’expérimentations, avec sept flûtistes islandaises, a mêlé technologie et primitivisme.
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La femme-fleur Björk s’épanouit au festival We Love Green

La musicienne férue d’expérimentations, avec sept flûtistes islandaises, a mêlé technologie et primitivisme.



Le Monde
 |    04.06.2018 à 12h58
    |

                            Stéphane Davet








                        



   


Difficile d’imaginer couronnement mieux fleuri que ce concert de Björk, pour la septième édition de We Love Green. Dimanche 3 juin, vers 21 h 30, en quasi conclusion du festival pop français le plus engagé en terme de réflexion environnementale, l’artiste islandaise a planté son décor – au sens « jardinier » du terme – sur la principale des quatre scènes posées dans le bois de Vincennes.
Haut massif herbeux, liane de fleurs géantes, corolle de conte de fée… Dessinée par Heimi Sverrisson, la scénographie impose d’emblée la profusion extravagante d’une mère nature ayant repris le dessus. Une thématique au cœur d’Utopia, le dixième album (paru en novembre 2017) de l’elfe arctique téléportée aujourd’hui dans une rêverie tropicale (à en juger par les cris et chants d’oiseaux peuplant cette flore fantasmée).
We Love Green a mis en œuvre les moyens techniques nécessaires à une performance hors norme
La multiplicité des concerts et des changements de plateaux permettent rarement aux festivals d’accueillir la globalité d’un spectacle. Mais après avoir courtisé Björk depuis plusieurs années, et finalement décroché l’exclusivité d’un concert français de cette icône de l’avant-garde pop, We Love Green a mis en œuvre les moyens techniques nécessaires à une performance hors norme.

Un signe distinctif supplémentaire pour un événement qui, s’il n’a pas les moyens des plus gros rassemblements de l’été, a su se distinguer en terme de choix artistiques – à la pointe, en particulier des musiques urbaines, avec, entre autres, cette année : Jorja Smith, The Internet, Migos, Orelsan, IAMDDB, Tyler The Creator…). Mais aussi par son engagement écologique, la qualité « bistronomique » de ses propositions culinaires et sa mise en scène chic et relax d’un site, faisant de ce « boutique festival », un mini équivalent parisien des Californiens de Coachella. Avec 38 000 spectateurs annoncés pour une journée du 2 juin donnée à guichets fermés, puis 33 000, le 3 juin, We Love Green a d’ailleurs battu cette année ses records d’affluence (71 000 spectateurs en 2018, contre 58 000 en 2017).

        Lire le compte-rendu :
         

          Le festival We Love Green aime les rappeurs américains de Migos



Disques difficiles, spectacles fascinants
Si le dimanche n’a pas complètement fait le plein, c’est sans doute que, malgré son statut, Björk ne caresse plus, depuis longtemps, son public dans le sens de la séduction immédiate. Sans cesse à la recherche de défis conceptuels et musicaux, l’Islandaise a tant désarticulé les ressorts pop de ses compositions que ses derniers albums se sont singularisés jusqu’à l’hermétisme, et souvent, jusqu’à l’ennui. Moins sombre que son prédécesseur (Vulnicura, en 2015), Utopia n’en demeure pas moins un album à l’écoute ardue.
Enrichis par la personnalité de la chanteuse toujours unique, et par un sens inouï des déclinaisons visuelles, les spectacles générés par ces disques difficiles continuent pourtant de fasciner. La mise en scène de son « utopie » écologique, provoquée, à l’origine, par sa colère face à la décision de Donald Trump de désengager les Etats-Unis du « plan climat », en apporte une nouvelle preuve.

   


Dès le début du concert, la luxuriance « post-apocalyptique » de cette nature s’anime pour faire apparaître dans un amphithéâtre rotatif de verdure ou au cœur d’une fleur ouvrant ses pétales rouge et or, les créatures instrumentistes dont le souffle signe la couleur musicale de ce nouvel album. Un ensemble de sept flûtistes islandaises dirige ainsi l’essentiel d’un répertoire faisant l’apologie d’une faune mutante en harmonie avec la flore. Chorégraphié par Margret Bjarnadottir, le ballet de ces musiciennes, accompagnées d’une harpiste, d’un percussionniste (le fidèle complice Manu Delago) et d’un préposé à l’électronique, suit le tempo d’une Björk transformée en femme-fleur, femme-oiseau ou femme-insecte, selon l’interprétation qu’on donnera de sa tenue et de son masque.
Alter ego animés
Portées par une narration aux immuables roulements de « r » et aigus extatiques, les chansons d’Utopia occupent la grande majorité de la setlist. La déstructuration mélodique nous égare souvent, et l’espace de deux anciens titres – Isobel et Human Behaviour –, magnifiquement transcendés par cette nouvelle instrumentation, on se prend à rêver que l’expérimentatrice retrouve sa boussole pop.

Force est pourtant de reconnaître qu’on finit par se laisser prendre par ces voyages atypiques mêlant le souffle intemporel d’instruments acoustiques et les fourmillements électroniques conçus par le producteur vénézuélien Arca, désormais partenaire privilégié de l’Islandaise.

Une fusion de primitivisme et de technologie de pointe omniprésente, également, dans les images projetées sur l’écran de fond de scène, entrelaçant films bucoliques et créations numériques donnant vie à des alter ego animés d’une chanteuse autant inspirée par les opéras chinois que par la fable écolo-numérique d’Avatar. Dommage, par contre, que We Love Green et Björk s’interdisent les écrans qui, sur les côtés de la scène, permettent souvent au public des grands festivals d’observer de plus près ce que l’éloignement les empêche de voir. La profusion de ce décor, la minutie de ces costumes et la cohérence de cet univers auraient mérité quelques zooms et gros plans.

   


Sur le Web : www.welovegreen.fr/artists/bjork



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ A la suite du manifeste « Noire n’est pas mon métier », qui fait état du racisme latent dans le cinéma et le théâtre français, de jeunes comédien·ne·s noir·e·s et métis·ses (étudiant·e·s ou récemment diplômé·e·s) témoignent de leur ressenti.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Le peintre britannique avait fait l’objet de rétrospectives à Londres ou au Centre Pompidou
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édition abonné


Malcolm Morley, inventeur et destructeur de l’hyperréalisme, est mort

Le peintre britannique avait fait l’objet de rétrospectives à Londres ou au Centre Pompidou



Le Monde
 |    04.06.2018 à 11h27
 • Mis à jour le
04.06.2018 à 17h06
    |

                            Philippe Dagen








                        



                                


                            

Le peintre britannique Malcolm Morley est mort, samedi 2 juin, à son domicile, à Long Island, à l’âge de 86 ans. Il était né le 7 juin 1931 à Londres, de père inconnu, Morley étant le nom de sa mère, qu’il choisit de porter à partir de 1958. Après avoir été l’un des artistes les plus connus de son temps, à l’époque de l’hyperréalisme, il en a été l’un des plus singuliers et provocateurs. Cette liberté lui vaut d’être l’une des références majeures des peintres apparus dans le dernier quart du XXe siècle, aux Etats-Unis, en Allemagne ou en France.
Son enfance se passe à Londres, où il survit à un bombardement du Blitz. Son beau-père l’envoie à l’école navale, mais un vol le mène en prison. Il y lit Lust for Life, biographie épique de Van Gogh par Irving Stone, qui le décide à se vouloir peintre, à l’aquarelle d’abord, puis sur toile au fil d’études qui le conduisent au Royal College of Arts, en 1954. Jusqu’en 1957, il y développe ses savoirs techniques. Cette année-là, il se rend à New York et, en 1958, s’y installe, survivant comme serveur et s’initiant à l’expressionnisme abstrait alors dominant.
Ses premières œuvres sont abstraites et pâles, par bandes et tâches, dans la suite de Jasper Johns et de Cy Twombly. Mais, en 1965, il fait apparaître un motif qui serait incongru si on ne connaissait ses premières années : un navire. « Les peintures abstraites ressemblaient beaucoup à la structure d’un bateau, cela me donna l’idée d’un objet que je pouvais posséder, donc, j’ai choisi le bateau », expliqua-t-il plus tard. On peut le croire. On peut aussi penser qu’il cherche alors à se dégager de l’abstraction et à faire revenir la réalité sur la toile, à l’instar des artistes du pop art.
Duplicité ironique
L’un d’eux, Roy Lichtenstein, lui permet de devenir enseignant à l’Ohio State University. Fin de la bohème de Soho. Début de la période la plus célèbre de Morley : en peu de temps, il s’impose comme la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Analyse. A l’image d’un Pierre Desproges, Blanche Gardin est une angoissée et une perfectionniste de l’écriture. Chez ces deux artistes, le rire – souvent noir – est existentiel, sous-entend un drame, et aide à vivre, selon la journaliste du « Monde » Sandrine Blanchard.
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Avec Blanche Gardin, le stand-up est un art

Analyse. A l’image d’un Pierre Desproges, Blanche Gardin est une angoissée et une perfectionniste de l’écriture. Chez ces deux artistes, le rire – souvent noir – est existentiel, sous-entend un drame, et aide à vivre, selon la journaliste du « Monde » Sandrine Blanchard.



Le Monde
 |    04.06.2018 à 11h13
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            Sandrine Blanchard








                        



                                


                            

Analyse. « Mémorable », « culte », « géniale », les superlatifs pleuvent sur Blanche Gardin depuis son intervention lors de la 30e Nuit des Molières lundi 28 mai. En transformant le Molière de l’humour en « Molière de la discrimination positive » – « il n’y a qu’à voir la liste des nommés : on a un Noir [Fabrice Eboué], un Arabe [Jamel Debbouze], un Réunionnais [Manu Payet], une femme [elle] et un mâle blanc de 40 ans [Jérôme Commandeur], Jérôme, tu vas rester assis, à moins que tu sois pédé » –, en remettant en cause l’intérêt de sa victoire – « Je suis la seule femme nommée l’année de l’affaire Weinstein, le jour où j’ai un prix il n’a aucune valeur. J’ai l’impression d’être un rebeu du 9.3 qui vient d’être admis à Sciences Po » –, l’humoriste a déclenché l’hilarité du petit monde théâtral réuni salle Pleyel à Paris et une déferlante de commentaires élogieux sur les réseaux sociaux.
En quelques minutes, Blanche Gardin a réussi le tour de force de se remettre à elle-même son Molière, de confirmer son talent pour l’autodérision et de prouver à quel point le rire peut être un formidable exutoire, dont on a tous besoin. En ces temps où la question « peut-on rire de tout ? » est devenue la tarte à la crème d’une société crispée qui ne connaît plus les vertus de l’ironie, cette comédienne a eu le culot de citer Pierre Desproges – « On m’a dit que des juifs s’étaient glissés dans la salle… vous pouvez rester. »
Et elle a expliqué qu’il serait temps, trente ans après sa mort, d’« actualiser nos lamentations. Est-ce que Tex pourrait dire ce qu’il disait il y a trois mois ? Eh bien, non, il ne pourrait pas ». L’animateur du jeu « Les Z’amours » a été licencié cet hiver par France 2 après le tollé suscité par cette blague : « Les gars, vous savez ce qu’on dit à une femme qui a déjà deux yeux au beurre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Le deuxième opéra de Charles Gounod, sur un livret d’Eugène Scribe, n’avait plus été donné depuis 1854.
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Art lyrique : « La Nonne sanglante » exhumée

Le deuxième opéra de Charles Gounod, sur un livret d’Eugène Scribe, n’avait plus été donné depuis 1854.



Le Monde
 |    04.06.2018 à 10h38
 • Mis à jour le
04.06.2018 à 11h39
    |

                            Pierre Gervasoni








                        



                                


                            

Deux mois après le ­retour gagnant du ­Domino noir, d’Auber, à l’Opéra-Comique, le nom d’Eugène Scribe est de ­nouveau à l’affiche de la salle parisienne qui, jusqu’au 14 juin, donne une seconde chance à La Nonne sanglante, de Gounod. Si les livrets écrits par Scribe ont généralement provoqué l’intérêt immédiat des compositeurs, ce ne fut pas le cas de La Nonne sanglante qui, à l’instar de son héroïne condamnée à l’errance d’une âme vengeresse, échoua de table (Berlioz, Meyerbeer) en table (Halévy, Verdi) ­pendant une vingtaine d’années, avant de trouver preneur en la personne du jeune Charles ­Gounod (1818-1893), qui en tira la matière de son deuxième opéra.

Avec l’assistance d’un colibrettiste (Germain Delavigne), Scribe dut tout de même opérer de nombreuses modifications au texte original. Au point d’égarer les auditeurs de la première, le 18 octobre 1854 – ce qui se passait sur la scène de l’Opéra Le Peletier ne correspondant plus à ce que leur avait promis le livret acheté avant le spectacle. Et Dieu sait si l’histoire de La Nonne sanglante exige d’être lue avant d’être vue.
Retirée de l’affiche
Inspirée d’un roman à la mode (Le Moine, de Lewis, paru en 1796, bible des romantiques épris de fantastique), elle constitue une sorte d’antécédent slave de Roméo et Juliette.
Ici, le jeune homme s’appelle ­Rodolphe et sa dulcinée, Agnès. Dirigées respectivement par le comte de Luddorf et par le baron de Moldaw, les deux familles sont invitées à se réconcilier par un ­mariage. La fragile union politique est toutefois battue en brèche par la force des sentiments. Promise au fils aîné des Luddorf, Agnès de Moldaw aime le cadet, Rodolphe, qui le lui rend bien. Les amoureux décident de s’enfuir en profitant d’une légende locale qui veut que, certains soirs, une nonne ­sanglante surgisse de l’ombre pour trouver un parti salvateur. La suite n’est que méprise. Croyant qu’il s’agit...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Dans « Ouïe », le duo ose un rapprochement entre le chanteur Carlos et le compositeur John Cage.
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Spectacle : le burlesque acide de Ludor Citrik et Le Pollu

Dans « Ouïe », le duo ose un rapprochement entre le chanteur Carlos et le compositeur John Cage.



Le Monde
 |    04.06.2018 à 10h21
 • Mis à jour le
04.06.2018 à 10h40
    |

                            Rosita Boisseau (Lyon)








                        



                                


                            

Il y a de la casse, des œufs et de l’omelette dans l’air, la chasse d’eau du voisin qui éclabousse, l’électricité qui grésille, le grand foutraque de la vie qui ne fait pas de cadeau. Le plateau de Ouïe, pas de deux clownesque et trash servi par Ludor Citrik et Le Pollu, crie la misère d’un abri antiacouphènes illusoire. Avec ou sans cache-oreilles, la sonnette est enrayée et le marteau-piqueur a colonisé le cerveau depuis longtemps.
Ouïe, où l’on entend évidemment « ouille », sous-titré Le sens du son, s’est joué, vendredi 1er juin, à l’occasion de la quatrième édition du festival de cirque UtoPistes, à Lyon. Soutenue depuis ses débuts par le Théâtre des Célestins, la manifestation, pilotée par l’acrobate et metteur en scène ­Mathurin Bolze, prend de l’ampleur avec six autres partenaires dont la Maison de la danse, le laboratoire de création artistique Les Subsistances et le Théâtre Nouvelle Génération, où est présenté Ouïe. Dans la boîte noire, mais aussi en extérieur, notamment au jardin du Musée des Confluences, elle impulse un regard vivifiant sur les arts de la piste, entre personnalités repérées telles Johann Le Guillerm ou Thierry Collet et jeunes pousses comme Juan Ignacio Tula et Karim Messaoudi. Avec une nouvelle qui fait boum : le retour aux affaires tragicomiques du clown crado « qui pète, rote et bave », le merveilleux Ludor Citrik.
Saga de l’art clownesque
Ludor Citrik, alias Cédric Paga, figure du burlesque depuis le début des années 2000, s’est fait connaître par une série de pièces dont les titres parlent tout seuls. Je ne suis pas un numéro (2003), Mon pire cauchemar, un quatuor sanglant (2007), puis La Nudité du ragoût, un duo avec Isabelle Wéry (2008), et Qui sommes-je ? (2012), tissent une saga de l’art clownesque passée à l’acide… citrique. Pour ce nouvel opus déstabilisant créé en 2017 qu’est Ouïe, il s’est acoquiné...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ La ministre de la culture demande l’augmentation des programmes régionaux de France 3 et la suppression de France 4 de la télévision hertzienne.
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Françoise Nyssen : « L’audiovisuel public doit anticiper et oser »

La ministre de la culture demande l’augmentation des programmes régionaux de France 3 et la suppression de France 4 de la télévision hertzienne.



Le Monde
 |    04.06.2018 à 10h01
 • Mis à jour le
04.06.2018 à 12h30
    |

            François Bougon et 
Alexandre Piquard








                        



                                


                            

Après un rendez-vous à Matignon, Françoise Nyssen, la ministre de la culture, a présenté ce lundi 4 juin les orientations de la réforme de l’audiovisuel public, en présence des dirigeants de France Télévisions, Radio France, France Médias Monde, l’Institut national de l’audiovisuel, TV5 Monde et Arte. La ministre demande l’augmentation « significative » des programmes régionaux de France 3 et la suppression de la chaîne pour enfants France 4 de la télévision hertzienne. L’audiovisuel public devra investir dans le numérique 150 millions d’euros de plus par an, à l’horizon 2022, et « sanctuariser » ses investissements dans les séries, les documentaires… Le modèle social de France Télévisions devra être « réformé ».

Quelle est la philosophie de cette réforme ?
Reconquérir la jeunesse, retrouver les territoires. Nous portons l’ambition d’un média global à vocation universelle, capable de résister à une concurrence nouvelle et de répondre aux attentes nouvelles du public. Un média audacieux ; un média engagé dans la vie citoyenne ; un média engagé pour la création ; un média engagé vers la rupture technologique.
Nous nous sommes enfin émancipés des schémas ringards qui ont présidé aux précédentes tentatives de réforme et qui sacrifiaient, systématiquement, le public au profit d’atermoiements sur les questions de gouvernance, de personnes ou de fourchettes budgétaires. Le premier acte de notre scénario de l’anticipation se concentre sur les contenus.
Faut-il davantage régionaliser France 3 ?
Oui. Nous avons demandé à France Télévisions d’augmenter significativement le temps des programmes régionaux [actuellement de deux heures par jour]. Une coopération ambitieuse entre France 3 et France Bleu doit déboucher sur ce média quotidien régional qui sera la voix des territoires. Une proximité que les médias privés délaissent alors que les Français la réclament.
Ce...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Le festival Théâtre en mai, qui s’est achevé le 3 juin, a exploré les imaginaires colonisés.
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A Dijon, sabbat de sorcières médiévales et de sorciers africains

Le festival Théâtre en mai, qui s’est achevé le 3 juin, a exploré les imaginaires colonisés.



Le Monde
 |    04.06.2018 à 10h00
 • Mis à jour le
04.06.2018 à 10h19
    |

                            Fabienne Darge (Dijon, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Le diable est femme, le diable est noir. Tel est-il, du moins, dans les représentations de l’homme blanc, qui a eu besoin de ces constructions pour asseoir sa domination sur une grande partie de l’humanité. Noir comme le diable, femme donc sorcière : plusieurs des spectacles les plus intéressants de cette édition 2018 du festival Théâtre en mai de Dijon, qui s’est achevé dimanche 3 juin, ont exploré de manière réjouissante ce thème des imaginaires colonisés, qu’il s’agisse de celui des Noirs ou de celui des femmes.
Il y a eu bien d’autres formidables découvertes dans ce festival qui, sous la houlette de Benoît Lambert, directeur du Théâtre Dijon Bourgogne, a retrouvé toute sa vigueur, et qui fêtera ses 30 ans en 2019. Mais c’est ce fil-là, tendu à craquer, qui a fait la plus forte impression, lors du week-end de clôture, à travers plusieurs propositions : Le Monde renversé, spectacle que signe une bande de filles même pas trentenaires, et la trilogie proposée par le comédien burkinabé Etienne Minoungou, composée de Cahier d’un retour au pays natal, d’Aimé Césaire, M’appelle Mohamed Ali, de Dieudonné Niangouna, et Si nous voulons vivre, de Sony Labou Tansi.
Une jubilation théâtrale
Le Monde renversé est, donc, une création collective, écrite, mise en scène et jouée par Clara Bonnet, Marie-Ange Gagnaux, Aurélia Lüscher et Itto Mehdaoui, sorties en 2014 et 2015 de l’Ecole de la Comédie de Saint-Etienne. Elles ont eu envie de travailler sur la figure de la sorcière et ce qu’elle révèle des constructions mentales sur les « mauvaises femmes ». Pour imaginer ce spectacle possédé par une jubilation théâtrale, elles sont parties d’un livre, Caliban et la sorcière, signé en 2004 par une universitaire américaine d’origine italienne, Silvia Federici.
Pour le résumer sommairement, il théorise le lien entre le féodalisme, l’avènement du capitalisme patriarcal et la chasse aux sorcières en Europe,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Dans ce show chorégraphique baroque et hip-hop, la danse s’oublie parfois elle-même.
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Nuits de Fourvière : la « Folia » furieuse de Mourad Merzouki

Dans ce show chorégraphique baroque et hip-hop, la danse s’oublie parfois elle-même.



Le Monde
 |    04.06.2018 à 09h34
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                            Rosita Boisseau (Lyon)








                        



                                


                            

L’effet est massif et sidérant. Deux mille six cents spectateurs debout dans le grand théâtre gallo-romain de Fourvière, les bras levés, applaudissant à tout rompre. Et de pousser des youyous, de hululer en ­rafales à chaque salut des artistes sur le plateau ! C’est la fièvre des grands soirs, samedi 2 juin, pour Folia, chorégraphié par Mourad Merzouki, avec seize danseurs, sept musiciens et une chanteuse. Au point qu’on regrette la nuée de coussins typique de la manifestation lyonnaise en cas de ­succès. Pour cause de fragilité du décor, le public a dû se passer de cet accessoire confortable et ­s’asseoir à la dure sur les pierres de l’amphithéâtre.

En ouverture des Nuits de Fourvière, qui se déroulent jusqu’au 28 juillet, Folia a donc semé la ­folie parmi les spectateurs. Faire trembler la grandiloquence de ce site en plein air, affronter sa ­tendance « stade » avec un show chorégraphique est une entreprise périlleuse. Huilé et efficace, avec des images très lisibles qui marquent des points sans avoir le temps de dire ouf, Folia file bon train. Son atout monstre : la ­musique baroque, versant populaire, qui scande les entrées et sorties des interprètes. Dix ­minutes avant la fin du spectacle, la montée en joie sur une mélodie péruvienne rapide faisait déjà claquer des mains certains spectateurs, lorsqu’ils ne se ­mettaient pas à chanter. C’est dire l’échelle émotionnelle qu’a fait grimper cette grosse production, dont les trois représentations affichent complet.
Ballerines et derviche tourneur
Partie de billard à trois bandes, entre danse hip-hop, musique baroque live et électro pour le beat, ce spectacle complet, ­insolite, résulte de la collaboration de Mourad Merzouki avec le chef d’orchestre Franck-Emmanuel Comte, directeur artistique du Concert de l’Hostel Dieu, ensemble créé à Lyon en 1992. Tout aussi épris que le chorégraphe de ­confrontations artistiques ­inhabituelles – il vient de concevoir un CD...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ A Montpellier, le metteur en scène offre une vision hypnotique du « Procès », liée dans sa conception au contexte polonais.
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Printemps des comédiens : la ligne rouge kafkaïenne de Krystian Lupa

A Montpellier, le metteur en scène offre une vision hypnotique du « Procès », liée dans sa conception au contexte polonais.



Le Monde
 |    04.06.2018 à 09h19
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            Brigitte Salino (Montpellier, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Si un Procès était attendu, c’est bien celui mis en scène par Krystian Lupa. Il a été présenté pour la première fois en France vendredi 1er juin, en ouverture du Printemps des comédiens qui se déroule jusqu’au 30 juin, et il a confirmé, une fois de plus, le talent unique du maître du théâtre polonais à faire des spectateurs des « spectateurs-rêveurs ». Embarqués dans un voyage de cinq heures à travers le livre de Franz Kafka, ceux-ci ont pu éprouver le sentiment rare au théâtre de sentir leurs corps se délier tandis que le temps semblait s’abolir dans l’instant d’une rêverie qui renvoyait chacun à « son » Procès.
Car chacun a le sien, et Krystian Lupa en tient compte de la façon la plus juste qui soit : il ne cherche pas le plus petit dénominateur commun, à supposer qu’il existe, il offre « son » Procès, qui doit beaucoup au contexte de la Pologne. En tout cas dans sa fabrication. Krystian Lupa travaillait au Théâtre Polski de Wroclaw quand la montée du nationalisme a pris un tour sévère. Kafka a semblé la meilleure réponse au metteur en scène, qui s’est lancé dans Le Procès en 2015.
Europe du théâtre
Mais, en août 2016, Krzysztof Mieszkowski, le directeur du Polski, a été limogé et remplacé par Cezary Morawski, un acteur du théâtre commercial, dont la ligne s’opposait radicalement à l’approche artistique de la précédente direction. Une fronde est née, des comédiens sont partis, d’autres ont été renvoyés, Krystian Lupa a quitté le Polski, qui l’a menacé d’un procès, et il a dû renoncer à son Procès. Lequel n’aurait jamais vu le jour si l’Europe du théâtre, qui existe bel et bien, ne lui avait permis de reprendre et d’achever sa mise en scène.

De Varsovie à Athènes, de Montpellier à Paris, de Dresde à Lille en passant par Bruxelles et Angers, des théâtres et des festivals se sont associés pour financer Le Procès, dont la première a eu lieu en novembre 2017 au Nowy...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Dans « La Scortecata », Emma Dante met en scène deux vieilles femmes au langage fleuri comme celui du sud de l’Italie.
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Printemps des comédiens : affreuses, sales et truculentes

Dans « La Scortecata », Emma Dante met en scène deux vieilles femmes au langage fleuri comme celui du sud de l’Italie.



Le Monde
 |    04.06.2018 à 09h18
 • Mis à jour le
04.06.2018 à 09h21
    |

            Brigitte Salino (Montpellier, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Passer de la Pologne à ­l’Italie, de Franz Kafka le Pragois mondialement connu à Giambattista Basile le Napolitain localement célèbre : ce fut l’un des bonheurs du week-end d’ouverture du Printemps des comédiens, qui avait invité, à côté de Krystian Lupa et de son Procès, Emma Dante et sa formidable Scortecata. Vous ne trouvez pas la traduction ? Normal. Le mot vient des ruelles de Naples et désigne une « écorchée ». Emma Dante a ­préféré ce titre à celui du conte du XIIe siècle qui a inspiré son spectacle : Les Deux Vieilles.

On comprend d’autant mieux l’auteure et metteuse en scène ­palermitaine que les deux vieilles en question sont jouées par deux hommes, ce qui ajoute au trouble. Au début, ils sont assis face à face sur de petites chaises pliantes. Ils portent des combinaisons qui ­godent sur leurs chairs affaissées, et chacun suce consciencieusement un doigt. Ah, ce doigt ! On n’a pas fini d’en parler et de l’introduire dans divers orifices, trou de la serrure ou « trou du cul ». Parce qu’on parle comme ça, dans La Scortecata : en employant un langage truculent comme celui de Rabelais, et majestueusement insultant comme seuls les ­Italiens savent le pratiquer.
C’est à l’oreille que ce langage sonne, il faut l’entendre pour le goûter
On ne donnera pas d’exemple : c’est à l’oreille que ce langage sonne, il faut l’entendre pour le goûter, et, mamma mia !, il est à faire pâlir toutes les vierges de la Péninsule. Quoi qu’il en soit – expression employée en référence à un jour du début du XXe siècle où un Monsieur Loyal, qui vantait les mérites d’une antique gloire parisienne de passage à L’Alhambra de Marseille, fut interrompu par un « c’est une pute » venu de la salle, auquel il répliqua par « quoi qu’il en soit » – quoi qu’il en soit, donc, les deux vieilles s’envoient leur laideur à la figure. Elles sont sœurs, vivent ensemble et ne se sont jamais...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ C’est le moment pour les collectionneurs de réaliser de bonnes affaires… et de faire le point sur un hobby en perte de vitesse, plombé par la baisse du trafic du courrier.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤                     
                                                

Une déferlante de timbres et des raretés

C’est le moment pour les collectionneurs de réaliser de bonnes affaires… et de faire le point sur un hobby en perte de vitesse, plombé par la baisse du trafic du courrier.



Le Monde
 |    04.06.2018 à 06h45
    |

            Pierre Jullien








                        



   


Une « déferlante d’émissions » – comme le titre L’Echo de la timbrologie de juin –, un gigantesque marché aux timbres permettant aux visiteurs de se lancer dans une course au trésor, des séances de dédicaces de dessinateurs et graveurs, une exposition, des conférences, des démonstrations de gravure en taille-douce, des initiations au « mail art » (pour les plus jeunes)… Paris accueille le salon du timbre Paris-Philex du 7 au 10 juin, hall 2.2 à la Porte de Versailles, sur plus de 8 500 mètres carrés.
Les précédentes éditions de ce rendez-vous dédié à la pratique du loisir philatélique, traditionnellement organisé tous les deux ans, s’étaient déroulées au Parc Floral. Un changement de décor plus accessible qui devrait permettre aux organisateurs de franchir la barre des vingt mille visiteurs attendus, collectionneurs chevronnés ou néophytes, qui ne pourront qu’être séduits par un riche programme d’animations, Gilles Livichitz, le directeur de Phil@poste, direction chargée à La Poste de la fabrication, de la vente et de la promotion des timbres, espérant que la grève des cheminots ne découragera pas le public.

   


Paris-Philex servira de cadre à une Bourse aux timbres qui réunira une cinquantaine de négociants spécialisés et d’experts français et étrangers, la presse et les éditeurs spécialisés (Timbres magazine, Yvert et Tellier) ainsi que des postes internationales qui vendront leurs dernières créations – Monaco, Saint-Marin, Roumanie, Luxembourg, Tunisie, Terres australes et antarctiques françaises ou Corée du Nord… – au premier rang desquelles La Poste française.
Durant les quatre jours de la manifestation, La Poste mettra ainsi en vente, en avant-première, de nombreux timbres, à commencer par un bloc à 10 euros (tirage 100 000 exemplaires) dont le fond fait écho au timbre « Paris. Ville candidate. Jeux olympiques de 2024 » paru en 2017, composé de quatre vignettes consacrées à des sites où se dérouleront des compétitions lors des Jeux olympiques de 2024 : esplanade des Invalides (tir à l’arc), pont Alexandre-III et Grand palais (escrime et taekwondo), tour Eiffel (beach-volley) et Versailles (équitation et pentathlon moderne). Ces vignettes s’inspirent de timbres émis entre 1939 et 1956. Ou comment faire du neuf avec de l’ancien.

   


Commémoration de la guerre de 1914-1918, un autre bloc, à 30 euros, de huit timbres, reprend la série dédiée aux orphelins de guerre émise en 1917. A ce prix, le tirage n’est que de 40 000 exemplaires imprimés en typographie, comme il y a cent ans. Un carnet de huit timbres « Mémoire de héros », vendu 15 euros, dessiné par Paul Flickinger (présent sur place le 7 juin pour dédicacer son œuvre), rend hommage à des personnages emblématiques parmi lesquels Roland Garros, Maurice Genevoix, Marie Curie, Albert Séverin Roche (« le soldat le plus décoré de la première guerre mondiale ») ou Emilienne Moreau-Evrard, résistante en 1914-1918, puis compagnon de la Libération en 1945 (tirage 30 000 ex.).

   


Autres célébrations timbrées prévues : le Palais de l’Elysée, à 0,95 euro, pour le tricentenaire de la pose de sa première pierre ; Edouard Vuillard (1868-1940) – un autoportrait conservé au Musée d’Orsay –, un feuillet à 11,70 euros composé de timbres octogonaux, une première en France ; un bloc de deux timbres sur les grandes heures de l’histoire de France consacré à Marie-Thérèse d’Autriche (1638-1683) et au traité des Pyrénées (1659), à 5,20 euros ; un bloc de quatre timbres sur « Les oiseaux des jardins » (rouge-gorge, moineau, pie, mésange bleue) à 3,20 euros ; et trois carnets sur les voitures de sport, à 5 euros chacun.

   


Mais la mise en vente uniquement sur place dès le 8 juin, dans la limite des stocks, de deux feuilles de 100 timbres Marianne d’usage courant, à 0,10 euro (soit 10 euros la feuille) et « Lettre verte » (80 euros la feuille) surchargés de la mention « 2013-2018 » dans le coin gauche de chaque timbre et dans les marges, constitue le clou de Paris-Philex par leurs faibles tirages qui retiendront toute l’attention des spéculateurs : 12 500 planches pour le 0,10 euro et 2 500 pour la Marianne « Lettre verte ».
Ces chiffres sont à comparer avec les 65 000 abonnés aux nouveautés auprès de Phil@poste pour un panier moyen annuel de 150 à 200 euros, estime Gilles Livchitz, auxquels il faut ajouter les collectionneurs acheteurs réguliers dans les bureaux de poste.

   


Ces deux feuilles constituent une façon de stimuler le marché et de fêter la fin de cette Marianne créée par Olivier Ciappa et David Kawena, lancée sous le quinquennat de François Hollande, qui sera remplacée « aux alentours du 14 juillet », selon M. Livchitz, qui précise que le futur timbre d’usage courant – « le choix final a été arrêté par le président Macron » – est « en phase d’impression ».
Un collector « Paris-Philex 2018 », tiré à 1 500 exemplaires numérotés seulement, sur le timbre et ses savoir-faire, vendu 9 euros, tentera de les concurrencer.

   


A Paris-Philex, le championnat de France de philatélie organisé par la Fédération française des associations philatéliques (FFAP) opposera les collections les plus rares de cent cinquante participants qui concourront pour décrocher une médaille d’or. Cette dernière, qui fédère 538 associations, pour un total d’environ 25 000 adhérents, organisera son 91e congrès le samedi 9 juin à la Maison des océans, à Paris. L’occasion de faire le point sur un hobby en perte de vitesse, plombé par la baisse du courrier, comme en témoignent les tirages des timbres de collection « standards » désormais inférieurs au million d’exemplaires quand ils dépassaient les deux millions il y a quelques années encore.

   


Pour fêter son 90e anniversaire, l’Académie de philatélie présentera quatre-vingt-dix raretés – lettres, timbres, documents de prix, comme cette étonnante lettre adressée par le comte de Mercy-Argenteau à la citoyenne Marie-Antoinette d’Autriche, à la Conciergerie, à Paris – où la reine fut emprisonnée du 2 août au 16 octobre 1793 avant d’être guillotinée – affranchie à 15 sols. Les membres de l’Académie donneront, par ailleurs, des conférences sur des sujets aussi divers que la « grosse tête d’Hermès » de Grèce, les « poches » de l’Atlantique (août 1944-mai 1945), ou encore les expéditions de Jean-Baptiste Charcot dans les glaces de l’Arctique… Un brin de fraîcheur probablement bienvenu…
Paris-Philex, du jeudi 7 au dimanche 10 juin, de 10 h à 18 h. Entrée gratuite. Hall 2.2 de Paris Expo, Porte de Versailles. Sur Internet : https ://fr-fr.facebook.com/toutsurletimbre/



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Le Musée Jacquemart-André à Paris consacre une rétrospective à l’artiste américaine, jusqu’au 23 juillet.
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Exposition : les « madones modernes » de Mary Cassatt

Le Musée Jacquemart-André à Paris consacre une rétrospective à l’artiste américaine, jusqu’au 23 juillet.



Le Monde
 |    04.06.2018 à 06h45
 • Mis à jour le
04.06.2018 à 10h39
    |

            Sylvie Kerviel








                        



                                


                            

Des bébés dodus, souvent nus, la peau délicatement rosée, serrés contre le sein de leur mère ou alanguis entre leurs bras : lorsqu’on évoque le nom de Mary Cassatt (1844-1926), c’est souvent cette image qui s’impose. L’artiste, à laquelle le musée parisien Jacquemart-André consacre la première rétrospective française depuis sa mort, a en effet beaucoup représenté ces moments tendres de la relation mère-enfant. Elle entendait « porter un regard féminin » sur ces scènes de la vie intime que se plaisait alors à représenter le groupe des impressionnistes qui, pourtant peu ouvert aux femmes, avait accueilli cette Américaine.
Venue perfectionner sa formation artistique à Paris – pas aux Beaux-Arts, qui n’acceptèrent les femmes qu’à partir de 1897, mais dans l’atelier du peintre Jean-Léon Gérôme (1824-1904) –, elle devint l’amie d’Edgar Degas (1834-1917) et de Berthe Morisot (1841-1895) et s’attacha à la France, où elle passa près de soixante ans de sa vie. Partagée entre deux pays et deux cultures, Mary Cassatt contribua à faire connaître les impressionnistes à ses amis galeristes et collectionneurs américains. Elle reçut d’ailleurs la Légion d’honneur pour son action en faveur des artistes hexagonaux. En France, elle reste pourtant encore méconnue. L’exposition que lui offre le Musée Jacquemart-André répare cette injustice.

Elle qui n’eut pas d’enfant trouvait ses petits modèles dans son entourage : neveux, nièces, filles et fils de ses amis, saisis à demi endormis, leurs mères étant, elles, souvent représentées de dos, assises sur un canapé ou un fauteuil dans un salon bourgeois. Issue d’une famille de riches banquiers d’origine française installée en Pennsylvanie, engagée pour l’émancipation féminine, Mary Cassatt considérait qu’en peignant ces « madones modernes », elle contribuait à montrer que les femmes pouvaient « s’épanouir dans la sphère privée ». Degas, qui avait la moquerie facile, s’était un...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Après s’être rendu à la justice au terme de trente ans de cavale, cet homme de 57 ans, tout à tour chanteur du groupe Camera Silens et braqueur, est jugé, mercredi 6 juin, à Toulouse, pour le casse d’un dépôt de la Brink’s, en 1988.
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Gilles Bertin, les vies déglinguées d’un enfant du punk

Après s’être rendu à la justice au terme de trente ans de cavale, cet homme de 57 ans, tout à tour chanteur du groupe Camera Silens et braqueur, est jugé, mercredi 6 juin, à Toulouse, pour le casse d’un dépôt de la Brink’s, en 1988.



Le Monde
 |    04.06.2018 à 06h43
    |

Henri Haget







                        



                                


                            

Ce matin-là, un orage de printemps a transformé les rues de Toulouse en rizières. Sous la pluie battante, au milieu de la foule des employés de bureau qui se presse, l’ancien chanteur du groupe punk Camera Silens s’avance d’un pas ankylosé. Sa capuche bat au vent, son grand corps trop maigre a l’air de flotter. A 57 ans, Gilles Bertin semble égaré parmi tous ces gens qui n’ont pas une seconde à perdre. Il a dilapidé tellement plus que cela…
Démarche d’échassier, il a l’air d’un type émergeant d’une nuit sans fin. La sienne a duré trente ans. Pour lui aussi, la période des crêtes et du « no future » est un souvenir lointain. Mais sa vie de damné ne lui a pas laissé le temps de refermer cette parenthèse de jeunesse. Et son passé n’a jamais cessé de le hanter, au Portugal, en Espagne et même ici, dans ce bistrot bondé de la place des Carmes où le bruit des conversations lui donne des maux de tête et où il ne peut s’empêcher de promener un regard anxieux sur les tables voisines, comme si toutes les polices d’Europe étaient encore à ses trousses.
Avec ses boucles blondes, ses larges lunettes qui lui barrent le visage pour compenser la perte de son œil gauche, éteint par une infection virale, il n’a pourtant plus grand-chose du chien fou qui jappait sa révolte en mordant les mollets des bourgeois. Il ressemble plutôt à un touriste allemand ou, mieux, au chanteur Dick Annegarn, ce barde folk du siècle dernier. Il a effacé les tatouages qui ornaient ses mains et le coin de ses yeux. Il semble presque étranger à la dévotion posthume que les fans de punk portent au groupe dont il fut autrefois la figure de proue. Ecoute-t-il seulement, de temps à autre, Pour la gloire, l’hymne de Camera Silens qui électrocuta la scène rock bordelaise au début des années 1980 ? Il sourit, un peu gêné. « Déjà, à l’époque, j’avais du mal… »
Grand escogriffe sorti des limbes
Punk et junky à 20 ans, gangster en cavale à 30, rescapé du sida...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Le rappeur de Chicago met sa bipolarité en scène dans ce premier disque de plusieurs productions à sortir ce mois-ci.
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Kanye West et son album bipolaire

Le rappeur de Chicago met sa bipolarité en scène dans ce premier disque de plusieurs productions à sortir ce mois-ci.



Le Monde
 |    03.06.2018 à 18h20
 • Mis à jour le
04.06.2018 à 09h43
    |

                            Stéphanie Binet








                        



   


Un artiste dérangé enregistre-t-il une meilleure musique que s’il était sain d’esprit ? C’est la question que semble nous poser le rappeur et producteur Kanye West dans son nouveau disque, Ye, publié vendredi 1er juin. Un album qui a d’ailleurs le format d’un EP – « extended play » –, seulement sept chansons pour trente minutes de musique.
Un effort restreint compensé par une surproduction ce mois-ci. Ye est en effet le premier d’une série de quatre disques qui vont sortir en ce mois de juin. Le vendredi 8, l’artiste rendra publique sa collaboration avec son collègue de Cleveland Kid Cudi, puis celle avec le New-Yorkais Nas, une des meilleures plumes du hip-hop, avant Teyana Taylor, une des signatures de son label GOOD music.
Sur la pochette de Ye, une photo des montagnes du Wyoming où il a enregistré son disque, il écrit : « Je déteste être bipolaire, c’est génial. » Le rappeur de Chicago entretient sa folie jusqu’à la lie, quitte à s’en écœurer lui-même, et surtout tous ceux qui se retrouvent spectateurs de ses déclarations insensées sur l’esclavage ou sur la politique américaine.

   


C’est cette bipolarité que ce compositeur de la culture hip-hop, qui a d’ailleurs, par le passé, signé des classiques comme The Late Registration ou l’avant-gardiste 808s & Heartbreak, a choisi de mettre en scène, tout d’abord en donnant son surnom, Ye, au titre du disque. Ses changements d’humeur brutaux, son hystérie violente et sa dépression profonde sont illustrés jusque dans le tempo de ses chansons, puis dans l’ensemble de l’album, qui démarre sur un titre anxiogène, I Thought About Killing You, un monologue sinistre où Kanye West promet de tuer son personnage public, Ye, sa femme Kim Kardashian ou ses fans… Le « you » général de la langue anglaise entretenant l’incertitude.
Nombreux invités
Suivent trois morceaux virulents dont Yikes, sur sa consommation vertigineuse d’opioïdes, et All Mine, sur son infidélité misogyne (« J’adore tes seins car ils prouvent que je peux me concentrer sur deux choses à la fois »). L’album se termine par quatre titres plus apaisés et plus soul : Wouldn’t Leave, une chanson à sa femme, qu’il incite à le quitter si son esprit « libre » la dérange ; No Mistakes avec le chanteur de The Gap Band, Charlie Wilson ; Ghost Town, un dialogue entre lui et l’enfant qu’il a été et Violent Crimes, dédié à ses deux filles.
Le génie de Kanye West se révèle d’ailleurs dans ces quatre derniers morceaux dans le choix de ses samples, de ses invités (Ty Dolla $ign, PartyNextDoor, Jeremih, Kid Cudi, John Legend, Dej Loaf, Nicki Minaj, Willow Smith, Charlie Wilson, Valee) qu’il met en valeur comme le bon producteur de studio qu’il a toujours été. Ainsi dans Ghost Town, il échantillonne la voix d’une chanteuse de gospel des années 1960, Shirley Ann Lee, qu’il additionne à celle, éraillée, de son ami John Legend, qui avait pourtant été tellement déçu après son ralliement à Donald Trump.
Orgue et cymbales typiques des orchestres d’église qui accompagnent les transes des fidèles, mêlés au vrombissement d’une guitare électrique, donnent une profondeur définitivement spirituelle à cette chanson, toute en introspection. C’est la rappeuse et chanteuse du New Jersey, 070 Shake, qui signe le dernier couplet sublime de cette chanson ainsi que l’introduction de Violent Crimes. Pour ces deux derniers morceaux, nous serions presque prêts à absoudre Kanye West de ses péchés, mais un Ye dérangé, c’est quand même mieux apaisé, bien entouré et inspiré.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ A voir aussi ce soir. Avec rigueur et sans parti pris, Stéphane Benhamou revient sur le conflit qui opposa Coco Chanel et ses associés, les frères Wertheimer (sur France 5 à 22 h 40).
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TV – « La Guerre du N° 5 » : un succès aux relents de soufre

A voir aussi ce soir. Avec rigueur et sans parti pris, Stéphane Benhamou revient sur le conflit qui opposa Coco Chanel et ses associés, les frères Wertheimer (sur France 5 à 22 h 40).



Le Monde
 |    03.06.2018 à 18h00
    |

            Christine Rousseau








                        


Documentaire sur France 5 à 22 h 40

   


Plus qu’un parfum, le N0 5 de Chanel est un mythe. ­Immortalisé par Marilyn Monroe qui confiait s’en « vêtir » la nuit, ce « jus », lancé en 1921, resta jusqu’au début du XXIe siècle le plus vendu au monde. Pour autant, derrière l’alchimie révolutionnaire imaginée par Ernest Beaux – il a été le premier à utiliser une matière de synthèse, les aldéhydes –, une fragrance moins délicate se dégage de ce parfum iconique. Des effluves sombres et vénéneux, exhalant rancœur et revanche : à l’image de la guerre que Coco Chanel, en redoutable femme d’affaires, mena contre ses associés, les frères Wertheimer, en particulier sous l’Occupation.
Pour développer la commercialisation encore artisanale du N0 5, qui connaît le succès dès son lancement, « Mademoiselle » s’associe en avril 1924 à Pierre et Paul Wertheimer, les patrons de la maison de cosmétiques Bourjois. L’accord stipule que 90 % des revenus sont versés aux producteurs et ­distributeurs et 10 % à la créatrice.
Les lois d’aryanisation comme levier
La manne est belle, trop sans doute pour que Chanel ne se sente pas lésée. Aussi, dès le début, cherche-t-elle à reprendre le contrôle d’une société de parfums qui lui assure l’essentiel de ses revenus. Pour cela, elle va user des pires ­expédients : les lois d’aryanisation mises en place en 1941 par le ­régime de Vichy, dans lequel, du reste, elle a ses entrées. Parmi ses ami(e) s et appuis, elle peut compter notamment sur Josée de Chambrun, la fille de Pierre Laval, Xavier Vallat, commissaire aux questions juives, ou René Bousquet. Sans parler de son nouvel amour, rencontré au Ritz, le baron von Dincklage, officier de l’Abwehr. Reste que les Wertheimer, réfugiés aux Etats-Unis dès 1940, ont pour eux un homme de confiance qu’ils ont placé à la tête de la société, qui s’avéra être un homme de poids : l’avionneur ­Félix Amiot, chargé de fournir des appareils à la Luftwaffe.
Si les faits de cette sombre affaire sont connus, le récit en quatre ­actes qu’en livre Stéphane Benhamou est non seulement captivant, mais aussi fouillé et minutieux. Sans tomber dans le dossier à charge, comme le fit le journaliste américain Hal Vaughan quand il publia Dans le lit de l’ennemi (Albin Michel, 2012), le réalisateur livre un récit n’omettant aucune pièce ni archive, analysées et contextualisées par des spécialistes. Du bel ouvrage, donc, autour d’une création au parfum de soufre.
La Guerre du No 5, de Stéphane Benhamou (Fr., 2017, 55 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Surfant sur l’esthétique afro-futuriste tout en s’inspirant de mythes fondateurs, des auteurs de BD inventent des personnages qui mettent leurs dons au service de nobles causes.
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Enquête

Ces super-héros qui volent au secours de l’Afrique

Surfant sur l’esthétique afro-futuriste tout en s’inspirant de mythes fondateurs, des auteurs de BD inventent des personnages qui mettent leurs dons au service de nobles causes.

Par                Kidi Bebey



LE MONDE
              datetime="2018-06-03T17:30:32+02:00"

        Le 03.06.2018 à 17h30





En éblouissant les spectateurs d’un bout à l’autre de l’Afrique, les super-héros de Black Panther, le film des studios Marvel sorti en février, ont créé l’événement. Ils ont aussi apporté une contribution supplémentaire à l’imaginaire afro-futuriste qui se déploie ces dernières années dans tous les domaines de la création. La bande dessinée jeunesse n’est pas en reste, avec les initiatives novatrices d’auteurs et éditeurs africains.

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                « Le royaume de Wakanda, une Afrique du futur en miniature ? »



Parmi eux, Paulin Koffivi Assem, le fondateur des éditions Ago, au Togo, qui n’a certes pas de moyens hollywoodiens mais pour qui, manifestement, le ciel est la seule limite. Scarf, l’un de ses super-héros, défie les lois de la gravité, s’élevant sans effort dans les airs pour atteindre au plus vite ceux qu’il doit assister. Vêtu d’une combinaison verte, le bas du visage caché par un foulard rouge étoilé de blanc, il se sert de longs rubans fixés dans son dos pour ligoter les criminels qu’il attrape, non sans les ridiculiser au passage.
Derrière la prestance de ce justicier se cache en réalité un lycéen d’allure calme dont rien ne laisse soupçonner la double vie. Il doit sa puissance au suc des racines d’un baobab sacré et a fait le serment de ne jamais user de ses pouvoirs à des fins personnelles, mais de les mettre au service de la lutte contre le trafic d’enfants.

    

Crédits : 


Soundiata Keïta, Chaka Zoulou, la reine Pokou…
Créé par une équipe d’auteurs et illustrateurs, Scarf est né à l’occasion d’un concours organisé lors du festival Togo BD, en novembre 2017. Mais il ne s’agit pas de la première initiative du genre pour Paulin Koffivi Assem. Dès 2008, l’éditeur lançait, à 28 ans, la revue Ago Fiction, qui croisait son goût pour les comics américains et les mangas japonais et son intérêt pour la science. « Je voulais proposer des livres accessibles à tout le monde, peu chers car imprimés en noir et blanc, avec des personnages tirés des mythes africains. La BD me paraissait un support idéal pour amuser mais aussi pour instruire les enfants. »
Faire connaître aux plus jeunes le passé ? Bien des figures héroïques parcourent l’histoire de l’Afrique. Le souverain mandingue Soundiata Keïta n’est-il pas l’exemple même du super-héros, incapable de marcher jusqu’au jour où, à 7 ans, il se dresse enfin, miraculeusement débarrassé de son handicap ? Il révèle alors les capacités supérieures d’un redoutable chef de guerre et devient le héros fondateur du royaume du Mali, au XIIIe siècle. On songe aussi à Chaka Zoulou, à Lat Dior, à la reine Pokou, aux Amazones du Dahomey…

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                La noire réalité derrière « Black Panther »



Cependant, pour ses BD, Paulin Koffivi Assem a préféré s’affranchir de la dimension purement historique. « Je voulais des histoires fortes et originales qui me rappellent les comics que j’avais aimé gamin, explique-t-il. Nous nous sommes donc donné plus de liberté dans notre démarche. J’ai misé sur des héros qui pouvaient être inspirés de l’histoire, mais aussi transformés ou inventés de toutes pièces par les scénaristes. »
Ainsi, une BD met en scène Dzitri, fondateur en 1630 de Lomé. Pour Ago Fiction, ce dernier est devenu un fantôme que l’état pitoyable de la ville empêche de trouver la paix. Le fantôme investit l’esprit d’un enseignant, qu’il charge d’assainir la ville et de régler des problèmes en lui conférant des capacités de téléportation et de mutation physique. « Nous avons ainsi réinventé le mythe de Dzitri, un être chargé de régler les problèmes de corruption, de circulation ou d’écologie en s’adressant aux personnes concernées : commerçants, politiciens, etc. »
Les quatre premiers albums d’Ago Fiction, édités en 2007 et 2008, n’ont pas rencontré un succès suffisant pour que l’éditeur puisse poursuivre. « Le marché n’était pas forcément prêt, nos prix pas assez ajustés, et les lectrices voulaient du sentiment plutôt que des muscles. » Il attendra deux ans pour se relancer dans l’aventure, puis sept de plus pour coordonner la parution de Scarf avec la sortie cinéma de Black Panthers, dont il espérait même obtenir les droits afin d’éditer une version togolaise du Marvel américain.
Un genre encore peu connu et médiatisé
Car la problématique économique des super-héros de papier demeure essentielle, le genre étant encore peu connu et médiatisé en Afrique francophone. C’est à cette question que s’est confrontée l’auteure et illustratrice Reine Dibussi. Pour sa BD Mulatako, elle a dû s’improviser éditrice, distributrice et cheffe de promotion. Mais qu’importe ! La jeune femme était animée par son désir de faire connaître les peuples de l’eau, les Sawa du Cameroun, dont elle est originaire.

    

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Formée aux arts graphiques et spécialisée en illustration numérique, Reine Dibussi a tiré le fil de son histoire du mythe de Mami Wata. « J’en avais une idée un peu floue, je connaissais mieux les cultures gréco-romaines ou anglo-saxonnes et leurs représentations des sirènes. Le manque de connaissance sur ma culture d’origine m’a poussée à en savoir plus. Je me suis dit : autant commencer par l’endroit d’où je viens puis élargir à l’Afrique. » C’est ainsi que Mulatako est devenu en 2017 le premier tome d’une série d’albums à paraître.
Comme les productions d’Ago Fiction, la BD de Reine Dibussi se propose d’être une totale recréation. L’auteure met en scène une communauté subaquatique, les Miengu, au sein de laquelle les jeunes se forment intellectuellement, spirituellement et militairement. Malheureusement, l’harmonie de la communauté va être brusquement interrompue, obligeant certains membres du clan à prendre le chemin de l’exil.

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L’album retient l’attention par son univers graphique, l’originalité du dispositif et les couleurs de cette nouvelle cosmogonie aquatique. Campées avec un certain féminisme, les super-héroïnes n’ont pas encore eu l’occasion de sauver le monde, mais ce premier tome justement intitulé Immersion installe une situation surréaliste et laisse présager de nombreux combats et merveilles.
Lutte contre la corruption et défense des albinos
En Afrique du Sud, le peintre, auteur et illustrateur Loyiso Mkize a lui aussi lancé un super-héros. Kwezi, son personnage, est un jeune homme de 19 ans qui habite un squat, utilise un smartphone et manie aussi bien les mots doux que ceux de la rue. La découverte de ses super-pouvoirs va s’accompagner d’une réflexion sur sa responsabilité. Que faire de cette puissance particulière ? Car comme pour ses pairs togolais ou camerounais, il n’est pas question pour Kwezi de pencher vers le mal. Il va donc s’en servir pour lutter contre la corruption et agir avec droiture partout où l’on réclame son intervention.

    

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Dans leur poursuite du bien, les super-héros africains s’inscrivent dans la tradition des premiers archétypes du genre. Christophe Cassiau-Hauri, auteur d’un Dictionnaire de la bande dessinée d’Afrique francophone, rappelle que « les super-héros sont nés dans le contexte particulier de la seconde guerre mondiale, chez les illustrateurs juifs américains, pour lesquels il s’agissait d’imaginer des personnages capables d’en finir avec les puissances du mal absolu, autrement dit Hitler et le nazisme. C’est ainsi que des immigrés juifs européens aux Etats-Unis ont créé des super-héros comme Superman ou Spiderman. Par la suite, la référence au nazisme va disparaître ».
D’abord éditée à compte d’auteur en 2014, Kwezi est devenue très rapidement une BD populaire, dont le succès a encore grandi lorsqu’elle a été reprise dans le circuit classique de l’édition et diffusée dans d’autres pays d’Afrique anglophone. « Elle est particulièrement populaire au Nigeria, souligne Christophe Cassiau-Hauri, car Kwezi y représente un personnage fort, emblématique de la lutte contre Boko Haram. » De fait, pour les super-héros africains, il ne s’agit pas d’exprimer des angoisses existentielles, de lutter contre des extraterrestres ou d’empêcher la fin du monde, mais plutôt de répondre à des problématiques sociales.

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Au Togo, Paulin Koffivi Assem a ainsi lancé un nouveau héros, Super Albinos. Homme-plante, il absorbe l’énergie du soleil pour la transformer en énergie musculaire. Il a été modifié par un savant fou qui était albinos lui-même et qui veut venger tous les albinos que l’on menace ou discrimine sur Terre.
Technologies numériques, imaginaires scientifiques
Répondre à un appel de grandeur, à une soif de justice, se dépasser à travers un physique et des capacités augmentées pour améliorer ce que la Terre abîme ou ce que les hommes défont : n’est-ce pas au fond une manière de tourner le dos à la réalité du continent pour, à défaut de héros véritable, en inventer d’autres, forcément parfaits puisqu’ils appartiennent à l’avenir ? C’est l’analyse d’Oulimata Gueye, commissaire d’exposition et spécialiste des cultures numériques africaines.
Pour elle, « on peut situer ce type de BD dans un ensemble plus vaste où l’image imprimée rejoint celle, en mouvement, du jeu vidéo et du dessin animé ». À cet égard, elle cite pêle-mêle le studio d’animation Pictoon, créé au Sénégal en 1998, le combo CD/BD Captain Rugged, du Nigérian Keziah Jones, le jeu vidéo camerounais Aurion, les studios nigérians YouNeek ou encore le travail mené auprès des plus jeunes par les éditions Wakatoon avec Essi dans la forêt des monstres, qui est à la fois une histoire scénarisée par l’Ivoirienne Marguerite Abouet et un album de coloriage numérique interactif.

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« Ces différentes approches révèlent le moment de mutation que vit actuellement l’Afrique, avec une appropriation des technologies numériques, des imaginaires scientifiques et de l’espace, puisque avec le smartphone on est partout à la fois, poursuit Oulimata Gueye. Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que l’esthétique du super-héros ait émergé. » Ici et ailleurs, dans les airs et sous l’eau… Le super-héros africain rend fort et rassure car il peut tout, y compris pour améliorer le monde actuel.
Serait-il un signe d’une participation active, créative et originale au monde actuel ? Sur ce point, Oulimata Gueye nuance : « Le super-héros africain est aussi la preuve que nous sommes entrés dans une ère ultra-libérale techno-scientifique qui se veut le modèle unique et qui se développe à l’échelle planétaire. »

