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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Musicien du groupe Moriarty et entrepreneur, Charles Carmignac dirige depuis un an et demi la fondation d’art de son père, le financier Edouard Carmignac, qui sera inaugurée le 1er juin à Porquerolles, dans le Var.
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A Porquerolles, Charles Carmignac dans les pas de son père


                      Musicien du groupe Moriarty et entrepreneur, Charles Carmignac dirige depuis un an et demi la fondation d’art de son père, le financier Edouard Carmignac, qui sera inaugurée le 1er juin à Porquerolles, dans le Var.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 15h34
    |

                            Roxana Azimi








   


Ebahi par la flore de l’île, Charles Carmignac commente la mue des eucalyptus et insiste – « regardez comme c’est soyeux » – avant de s’extasier en humant des brins de lavande. Le jeune homme de 39 ans n’est pas exactement la réplique de son père, Edouard, redoutable gestionnaire d’actifs, provocateur et cassant. C’est lui, le romantique, qui dirige depuis un an et demi la fondation paternelle qui sera inaugurée le 1er juin à Porquerolles, dans le Var. A chaque étape du parcours dans les 2 000 mètres carrés du bâtiment en sous-sol comme dans le parc et la forêt adjacente, il faut prendre son temps. Edouard et Charles Carmignac ont un mot d’ordre : « Ne pas faire de la fondation une marchandise qu’on peut consommer ». Père et fils n’ont pas toujours parlé d’une même voix. Tout avait certes bien commencé. Prépa HEC, ESCP, Sciences Po : Charles a fait un sans-faute qui aurait dû le conduire dans les bureaux d’« un père-repère » ayant bâti à coups d’audace la 51e plus grosse fortune française, selon le magazine Challenges, et constitué une collection dans l’air du temps dont le clou est une œuvre de Jean-Michel Basquiat acquise à New York auprès de l’artiste.
Du journal en ligne à Moriarty
Las, si le jeune Charles revendique « l’énergie vitale démentielle » de son aîné, il choisit l’échappée belle. Foin de finance, loin de la rudesse paternelle, Charles Carmignac préfère papillonner. Il tâtera d’abord du journalisme, en réalisant un documentaire pour Arte sur une tueuse en série avant de créer un journal économique en ligne revendu avec profit aux Echos. En 2004, il cofonde Ma langue au chat, une société de création d’énigmes, longtemps partenaire de la Ville de Paris. « Il aime le jeu et les histoires », résume son associé d’alors, Benoît Leoty. Dans le même temps, il fonde avec ses copains d’enfance le groupe folk-rock Moriarty, sextet aux saveurs rétro propulsé en 2007 avec un premier disque. Mille concerts plus tard, les musiciens s’octroient une pause en 2016.

   


Les retrouvailles familiales se font sur l’île de Porquerolles. Edouard Carmignac a racheté trois ans plus tôt la maison de feu l’architecte Henri Vidal et lancé un chantier de réaménagement pour y héberger sa fondation. Fou de romans d’aventures maritimes, Charles Carmignac se souvient de son mémoire à l’ESCP sur l’autarcie comme alternative économique et bombarde le paternel de suggestions d’expérimentations. Père et fils renouent le dialogue, échangent, s’apprivoisent.
Désormais, le binôme père-fils semble fonctionner. « C’est comme mon groupe, Moriarty, la force des contraires », sourit Charles en ajoutant : « Je lui ai découvert plein de qualités et ses défauts se sont aussi confirmés. On s’engueule parfois comme du poisson pourri, mais aucun de nous n’impose ses idées à l’autre. » Même le temps des désaccords politiques semble révolu. « Mon favori, Nicolas Hulot, et le sien, Bruno Le Maire, siègent dans le même gouvernement », glisse-t-il.
« Il n’est ni faux naïf, ni poète perché, ni calculateur, mais un peu tout ça à la fois. » Stephan Zimmerli, graphiste des albums de Moriarty
La Fondation Carmignac doit aujourd’hui aux deux tempéraments. Edouard Carmignac, et Gaïa Donzet, la précédente directrice, avaient certes déjà tout enclenché : des œuvres de Bruce Nauman, d’Edward Ruscha ou de Miquel Barceló dans le bâtiment, le nid caché d’œufs géants en pierre de Nils-Udo, les trois têtes patinées de Jaume Plensa, celles argentées et clownesques d’Ugo Rondinone dans le parc. Mais Charles y a apporté sa touche personnelle. C’est pieds nus qu’il faut arpenter le musée, pour sentir le sol en grès et la peau du bâtiment, après avoir avalé un drôle de breuvage à base d’herbes conçu par un druide. Le jeune homme est là pour humaniser une aventure imaginée depuis Paris par un financier. Il joue son rôle avec tant de diplomatie qu’il est désormais à tu et à toi avec les habitants de l’île. Fin politique, il sait parlementer calmement avec les autorités locales. « Il n’est ni faux naïf, ni poète perché, ni calculateur, mais un peu tout ça à la fois, résume Stephan Zimmerli, graphiste des albums de Moriarty. Il peut gérer les bras de fer ou la guerre des nerfs et s’émerveiller de tout comme un enfant. »

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Pas simple toutefois de porter le rêve de quelqu’un d’autre et une collection plutôt pop, jalonnée de pièces coups-de-poing, en contraste avec ses propres goûts, plus poétiques. « Il y a dans le projet des choses dans lesquelles je me reconnais et des espaces libres pour y mettre des choses personnelles », botte en touche Charles Carmignac. Entre autres, l’ambition de développer des résidences. Et pourquoi pas un jour un grand concert subaquatique à quelques centaines de mètres du rivage.

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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ « Dien Bien Phu », du poète et slameur camerounais, est le récit d’une double libération. Par les armes et par l’amour.
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Critique

Marc Alexandre Oho Bambe, un premier roman écrit à fleur de mots

« Dien Bien Phu », du poète et slameur camerounais, est le récit d’une double libération. Par les armes et par l’amour.

Par                                            Séverine Kodjo-Grandvaux




LE MONDE
              datetime="2018-05-31T12:54:17+02:00"

        Le 31.05.2018 à 12h54






    
Le poète camerounais Marc Alexandre Oho Bambe.
Crédits : Wikimedia Commons


Cameroun, 1948, une guerre de libération qui ne dira pas son nom voit le jour. Ainsi que l’expliquent Thomas Deltombe, Manuel Domergue et Jacob Tatsitsa dans leur livre La Guerre du Cameroun, la France comprend très vite que si elle perd cette bataille, elle verra s’effondrer son empire colonial en Afrique. Elle en a conscience car, depuis deux ans, elle se bat pour conserver l’Indochine. Elle y a envoyé ses troupes militaires et ses combattants aux soldes moins élevées, les tirailleurs africains. Elle doit faire face à une guérilla meurtrière menée par le mouvement indépendantiste du Vietminh.

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L’Indochine, le début de la fin. Dien Bien Phu, « trois syllabes de sang, un son de claque et de défaite. Pour nous, les hommes. » Ville éponyme du premier roman du poète et slameur camerounais Marc Alexandre Oho Bambe, et un « joli nom, pour un naufrage ». Dien Bien Phu. Là où a combattu Alexandre, là où le Français qui fuyait un mariage mort-né a rencontré Maï Lan, la femme au visage lune, « unique soleil dans la nuit ». Là où, raconte-t-il, le 7 mai 1954, à 18 heures, « nous avons perdu la bataille, la guerre et l’honneur. L’honneur de la France coloniale ».
Une ode à la quête et à la conquête de soi
Vingt ans plus tard, Alexandre retourne dans cette « ville ciel nichée au creux d’une petite plaine », à la recherche de celle qui hante ses jours et ses nuits. La paix a tué l’amour. Séparant le couple à jamais. Lui devait rentrer, « amputé de son cœur refait à neuf » ; elle ne pouvait partir et abandonner les siens. Dien Bien Phu n’est pas un roman sur la guerre du Vietnam, mais sur une double libération. Par les armes et par l’amour. C’est une ode à la quête et à la conquête de soi. « Comment revenir à soi quand on a aimé de tout son être ? », quand on a vécu l’enfer et que son âme est morte dans le chaos des bombes et des flammes qui se sont abattues sur le pont Paul-Doumer, « un matin sans visage ». Touché, Alexandre n’aura la vie sauve que grâce à la bravoure de son camarade de régiment, le Peul Alassane Diop.

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Dien Bien Phu est un livre teinté de cette « mémoire rouge de la violence », empreint de ces corps qui se vident de leur sang, de ces souvenirs qui se perdent pour mieux vous hanter et rayent le vernis de l’existence. Et qui nous rappellent que parfois nous nous engageons du mauvais côté de l’Histoire. Alexandre s’est rendu compte de son erreur, grâce à son ami Diop, cousin imaginaire d’Alioune Diop qui a fondé la maison d’édition Présence africaine. Alassane s’était engagé pour l’honneur de son père mort pour la France et pour cette chimérique devise « Liberté, égalité fraternité ».
De retour au Sénégal après la guerre, il s’engage pour l’indépendance de son pays. Mais il critiquera le positionnement de Senghor vis-à-vis de l’ancienne métropole : « L’indépendance est un soleil avorté. J’ai mal à notre désir de liberté, mal à nos velléités d’autonomie. » A côté, Alexandre découvre les poètes de la négritude et réalise à quel point la France avait besoin de ceux qu’elle appelait « nègres » pour gagner la guerre. « Nous avions aussi besoin des matières premières de leurs terres, pour enrichir la nôtre. Et nous avions besoin d’eux encore, pour nous sentir supérieurs. »
Musicalité de l’écriture
Alexandre s’était engagé pour fuir l’échec de son existence, de son mariage arrangé – avec la très croyante et très pieuse Mireille – et de sa tentative de devenir écrivain. « Je crois que je suis parti à la guerre parce que je n’arrivais pas à écrire vrai, écrire juste. (…) Je suis parti pour arriver disloqué enfin, à la littérature, à la vie. Je suis parti pour combler le vide », confesse-t-il. Et de préciser : « Je partis m’abîmer à la violence du monde, le construire et chercher ma place dans les décombres de mon être et le vacarme des bombes. » Vingt ans plus tard, c’est en poète et écrivain qu’il quitte femme et enfants et part à Hanoï sur les traces de l’homme qu’il a été et de l’amour qui l’a fait naître à lui-même. Dans son récit, on retrouve toute la musicalité de l’écriture de Marc Alexandre Oho Bambe, lauréat du prix Paul-Verlaine de l’Académie française, qui signe là un premier roman écrit à fleur de mots, en finale du prix Orange du livre qui sera décerné le 7 juin.

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Dans un Vietnam libéré et vivant, Alexandre rencontrera une jeune femme qui l’accompagnera dans sa quête en compagnie de M. Cho, ancien combattant ennemi qui partage avec lui les mêmes cauchemars de « corps blessés, mutilés, déchiquetés » et qui s’interroge : « Vous êtes comme moi, nous sommes pareils, nous savons ce que ce conflit a coûté en âmes, de votre côté et du nôtre, d’ailleurs, avec le recul des années, je me dis qu’il n’y a qu’un seul côté, définitivement, qui vaille toutes les peines et tout l’héroïsme des hommes, c’est celui de la vie, mais nos pays respectifs avaient choisi la mort, pour des raisons différentes certes, c’était la liberté ou la mort pour nous, la poursuite de la colonisation ou la mort pour vous, mais en définitive c’est la mort qui l’a emporté, la mort de l’Homme, Monsieur Alexandre, n’êtes-vous pas d’accord avec moi ? »
Dien Bien Phu, de Marc Alexandre Oho Bambe, éditions Sabine Wespieser (224 pages, 19 euros).


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Dix mois seulement après sa première vidéo, le rappeur parisien se produit dimanche 3 juin au festival We Love Green.
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Rap : la verve virale de Moha La Squale

Dix mois seulement après sa première vidéo, le rappeur parisien se produit dimanche 3 juin au festival We Love Green.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 10h43
    |

                            Stéphane Davet








                        



                                


                            

« C’est la première fois que je vais mettre les pieds dans un festival ! », s’émerveille en rigolant Mohamed Bellahmed. Trois jours plus tard, le 26 mai, il étrennait, à Laval, aux 3 Eléphants, les débuts de Moha La Squale, sur une scène festivalière. Le 3 juin, dans le bois de Vincennes, il partagera le plateau de We Love Green avec, entre autres, Björk, Charlotte Gainsbourg, Orelsan, Jamie XX, Tyler the Creator, Father John Misty… Pour ce qui ne sera encore que le quatrième concert de la révélation rap du moment.
Les premières fois se bousculent pour ce Parisien de 23 ans, qu’on retrouve, entre deux répétitions, à la terrasse d’un café du XXe arrondissement, à quelques pas de son quartier de la Banane, décrit comme « une sorte de pont entre Paris et la banlieue ». Les yeux malicieux s’écarquillent quand il réalise qu’il y a seulement dix mois, jour pour jour, il mettait en ligne son « premier son ». Soit les débuts, sur YouTube, d’une série de « clips maison » hebdomadaires où, avec un complice vidéaste, Hannibal, du collectif 420 Workshop, ce gavroche d’origine algérienne mitraillait, au rythme haletant du freestyle, les souvenirs d’une vie déjà riche en embardées et retournements de situation.

Un drôle de conte de fées
Entre fraîcheur survoltée et roublardise de rue, espièglerie et réalisme cru, le charisme de Moha, autant acteur que tchatcheur, faisait très vite des étincelles, comptabilisées en dizaines de millions de vues. Dans la foulée de ce triomphe viral, un contrat signé avec Warner a généré la production d’un premier album, Bendero (sorti le 25 mai), où, sans reprendre aucun titre de sa série Internet, Moha La Squale replonge dans ce destin improbable, qui l’a mené de la prison de Fleury-Mérogis au cours Florent, du deal de drogue aux studios d’enregistrement. S’il ne s’épargne pas quelques mièvreries musicales (avec un goût prononcé des guitares hispanisantes), ce disque, peuplé...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Dans un style « dark fantasy », la mangaka Mako Oikawa développe avec « Grendel » un monde chevaleresque et magique graphiquement très réussi.
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Manga : « Grendel », la bonne surprise « dark fantasy »

Dans un style « dark fantasy », la mangaka Mako Oikawa développe avec « Grendel » un monde chevaleresque et magique graphiquement très réussi.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 09h57
 • Mis à jour le
31.05.2018 à 11h04
    |

            Bernard Monasterolo








                        



   


L’heroic fantasy est un genre à part dans l’univers du manga, malgré la popularité récente et atypique que lui a apporté Fairy Tail. Et dans ce secteur déjà relativement confidentiel, le périmètre de la dark fantasy l’est encore plus. Quelques titres célèbres ont marqué le genre, comme Berserk, ou les magnifiques Claymore et Uber Blatt. Autant dire qu’avec son Grendel, la jeune auteure Mako Oikawa s’aventure sur un terrain dont les adeptes sont exigeants, surtout dans la catégorie seinen qui fédère une population souvent experte.

   


A ce titre, Grendel s’en sort plutôt bien, même si on doute parfois de sa classification seinen – le récit est plutôt sombre mais saupoudré de quelques naïvetés sur les traductions et l’usage d’onomatopées un peu infantiles. Grendel, c’est le nom du premier monstre combattu par le roi Hroðgar dans la poésie épique anglo-saxonne Beowulf. Pourtant, difficile de voir à quoi cela fait référence dans ce manga qui ne fait pas d’économies en matière de créatures monstrueuses.
Dans ce monde, Camélia, une guerrière en difficulté dans son pays, se voit offrir un marché pour éponger sa dette : convoyer un jeune dragon vers une destination lointaine. Affublée d’une tare mystérieuse qui lui fait éprouver la souffrance des adversaires qu’elle tue, l’héroïne se lance dans un long et périlleux parcours où les dangers sont nombreux. Aux ennemis croisés sur son chemin s’ajoutent les trahisons de ses commanditaires et les magouilles et arrangements politiques de son royaume.

   


C’est une aventure fantastico-médiévale dans un univers marqué de quelques éclairs de poésie. On y retrouve du Square Enix et du Final Fantasy, et le dessin très travaillé de Mako Oikawa donne quelques bonnes surprises stylistiques. Excellente dans la représentation des personnages et des combats, la dessinatrice délaisse peut-être un peu les paysages et les ambiances, mais l’ensemble est très cohérent.
Peu connue, la jeune mangaka qui a sorti deux autres mangas édités au Japon, signe chez Komikku une première collaboration française.
Grendel, de Mako Oikawa, série en trois tomes en cours, volume 1, le 31 mai, éditions Komikku, 240 pages, 8,5 euros.

   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Avec son spectacle « Oui, mais 68 ! », le jazzman illustre en musique la somme historique du journaliste.
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François Tusques et Serge Loupien, passeurs de l’underground

Avec son spectacle « Oui, mais 68 ! », le jazzman illustre en musique la somme historique du journaliste.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 08h33
 • Mis à jour le
31.05.2018 à 08h56
    |

                            Francis Marmande








                        



                                


                            

Serge Loupien, figure clé du deuxième Libération (à partir de 1981), publie La France underground.Free jazz et rock pop, 1965-1979, le temps des utopies, chez Rivages Rouge. Loupien, on le reconnaît à son alacrité, son information ­implacable, ses drôleries, son spectre large – jazz, java, rock, ­Johnny, Miles, rockabilly, country, rugby, fauconnerie… Une liberté de ton, des préférences et des partis pris aussi ­injustes que sonores – quoi qu’il aborde, on le lirait les yeux fermés. Le style.
Au générique de son histoire personnelle de l’underground figure, entre François Jeanneau, Hector, Jac Berrocal, l’ineffable Jean-Louis Chautemps, Brigitte Fontaine, Pauvros et autres Jacques Thollot… François Tusques, donc.
Tusques, pianiste, compositeur, passeur décisif de toute une époque, militant infatigable de l’ombre, jouant avec les plus joueurs de New York, ou alors pour les fous, ou bien dans les usines, présente, ça tombe à pic, une sorte de bande-son du livre de Loupien à la Comédie Nation, intitulée : Oui, mais 68 ! Avec Isabel Juanpera (voix), Claude Parle (accordéon), Itaru Oki (trompette). Plus Julien Palomo (ange tutélaire et graphisme).
« Le système m’a éjecté »
Auteur, en 1965, d’un album très gonflé, Free Jazz (Bernard Vitet, Beb Guérin, François Jeanneau, Michel Portal, Charles Saudrais), cinq ans après le soufflant Free Jazz d’Ornette Coleman en double quartet, Tusques revient en piste : « J’en avais marre de ce que j’entendais sur Mai 68. Ce champ de bataille. Cette brèche politique. » Le tout dit d’une voix éraillée, rieuse et calme : « Hors système ? Je ne dirais pas cela. C’est plutôt le système qui m’a éjecté. »
« Nous restons convaincus que ce monde peut radicalement et globalement changer de base. » ­Confiance inébranlable « dans la démocratie de masse, capable de s’approprier des questions que l’Etat ne pose jamais ». Ben...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ La 12e édition du festival de création chorégraphique fait la part belle à la « touche française » de la breakdance.
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June Events, le hip-hop toutes griffes dehors

La 12e édition du festival de création chorégraphique fait la part belle à la « touche française » de la breakdance.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 07h52
    |

                            Rosita Boisseau








                        



                                


                            

Des craquements, des crissements, et puis ça frotte, ça chute sourd. Des ombres en mouvement dilatent l’obscurité, des bulles de blancheur surgissent pendant que des glouglous électroniques commencent à pulser de plus en plus vite. Sortis d’un trou noir comme autant d’éclats de danse, cinq hommes crapahutent et se redressent, boules de muscles ­déliés prêtes à bondir.
Wild Cat est le nom de cette drôle de créature qui retombe toujours sur ses pattes pour voir le monde à l’envers. C’est aussi l’étiquette stylistique de la ­ « touche française » de la breakdance, un hip-hop effrontément acrobatique, que les cinq interprètes ­présents sur le plateau ont su huiler avec une sensualité extraordinaire. Sous le regard du chorégraphe Saïdo Lehlouh, qui ­signe Wild Cat, cette écriture ­incroyablement virtuose, qui ­déboussole le corps en tricotant bras et jambes dans tous les sens, s’auréole de grâce.

Présenté le 21 avril dans le cadre du Printemps de la danse arabe, à l’Institut du monde arabe, Wild Cat ouvre, samedi 2 juin, la douzième édition du festival June Events, qui se déroule dans seize lieux différents entre Paris et Vincennes. Ce ­rendez-vous débordant, qui rassemble plus de cent danseurs pendant trois semaines, fait miroiter les facettes d’un art contemporain mouvant. « Avec Wild Cat, que nous présentons dans la rue et gratuitement, nous voulons affirmer que la rencontre avec la création peut avoir lieu à tout moment dans n’importe quel endroit », précise Anne Sauvage, directrice artistique de la ­manifestation. Au milieu des allées commerçantes de Bercy Village, mais aussi sur la place de l’Eglise, à Vincennes, le quintette de Saïdo Lehlouh jouera l’ambassadeur d’un hip-hop magiquement sophistiqué sous sa désinvolture classe.

Fluides acrobatiques
Depuis une dizaine d’années, la breakdance a fait grimper les ­enchères du vocabulaire et de la technique de manière invraisemblable....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Dans « Les Survivants. Les juifs de Pologne depuis la Shoah », l’historienne Audrey Kichelewski rappelle la récurrence des persécutions envers les juifs dans le pays depuis 1945.
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Histoire. L’ornière antisémite polonaise

Dans « Les Survivants. Les juifs de Pologne depuis la Shoah », l’historienne Audrey Kichelewski rappelle la récurrence des persécutions envers les juifs dans le pays depuis 1945.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
31.05.2018 à 10h36
    |

                            Antoine Flandrin








                        



                                


                            
Les Survivants. Les juifs de Pologne depuis la Shoah, d’Audrey Kichelewski, Belin, « Contemporaines », 448 p., 25,50 €.

En Pologne, le parti nationaliste Droit et Justice, au pouvoir, poursuit son offensive visant à empêcher toute discussion sur la manière dont la société polonaise envisage, depuis la Shoah, son rapport avec ses concitoyens juifs. Après l’entrée en vigueur le 1er mars de la loi rendant passible d’une peine de prison le fait « d’attribuer à la nation ou à l’Etat polonais (…) la responsabilité ou la coresponsabilité des crimes nazis », certains médias polonais accusent désormais les responsables du Mémorial d’Auschwitz-Birkenau de minimiser le sort des prisonniers polonais non juifs. Une campagne calomnieuse qui n’est pas exempte de sous-entendus antisémites.

Cette actualité inquiétante, on ne peut en mesurer les enjeux qu’en retraçant l’histoire des juifs de Pologne depuis la Shoah. Un travail salutaire et inédit mené avec une grande rigueur par Audrey Kichelewski dans Les Survivants, qui prolonge sa thèse sur « La place des juifs dans la société polonaise (1944-1949) », soutenue à l’université Paris-I en 2010. L’historienne, en s’appuyant sur une vaste documentation en polonais, montre comment, de la sortie de guerre à nos jours, les juifs de Pologne ont continué d’être persécutés, notamment à l’occasion des crises politiques.
La chasse aux « sionistes » de 1968
Selon elle, l’occupation de la Pologne pendant la seconde guerre mondiale a conduit à une brutalisation de la société qui se traduit en particulier dans la circulation de rumeurs, d’abord en milieu rural, parmi les personnes peu ou pas alphabétisées. Ainsi les juifs exsangues de l’immédiat après-guerre sont-ils accusés d’anthropophagie sur des enfants chrétiens, une résurrection de fantasmes très anciens qui sera à l’origine des pogroms de Rzeszow, Cracovie et Kielce...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Dans « Histoire d’un mensonge. Enquête sur l’expérience de Stanford », Thibault Le Texier invalide la fameuse expérience psychologique. Sommes-nous tous des bourreaux potentiels ? Cela reste à prouver.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
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Sciences sociales. L’enfer carcéral de Stanford revisité

Dans « Histoire d’un mensonge. Enquête sur l’expérience de Stanford », Thibault Le Texier invalide la fameuse expérience psychologique. Sommes-nous tous des bourreaux potentiels ? Cela reste à prouver.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 07h45
    |

            Stéphane Foucart








                        



                                


                            
Histoire d’un mensonge. Enquête sur l’expérience de Stanford, de Thibault Le Texier, Zones, 296 p., 18 €.

L’« expérience de Stanford sur la prison » est l’une des expériences de psychologie sociale qui ont le plus profondément marqué l’opinion et la culture populaire. Conduite en 1971 par Philip Zimbardo, alors jeune professeur de psychologie à l’université Stanford (Californie), elle tendait à montrer que tout individu peut, dans les conditions déshumanisantes de l’univers carcéral, devenir un cruel tortionnaire. Est-ce réellement le cas ? Cette idée est débattue, mais un fait est désormais certain : l’expérience de Stanford ne peut plus être citée comme un indice ou un élément de preuve en ce sens. Car, une fois achevée la lecture d’Histoire d’un mensonge, l’enquête que lui consacre Thibault Le Texier, chercheur en sciences sociales, il ne demeure plus le moindre doute : la fameuse expérience n’a, pour rester poli, aucune valeur scientifique.
Simuler l’univers carcéral
Rappelons l’histoire. A l’automne 1971, Philip Zimbardo recrute par petites annonces une vingtaine de volontaires, tous étudiants, pour participer à une expérience ambitieuse : simuler l’univers carcéral en distribuant des rôles de gardiens et de détenus aux participants. L’enfermement, réel, des « prisonniers » est supposé durer deux semaines. Mais l’expérience est interrompue après seulement six jours, l’état de santé psychologique des détenus se détériorant face aux traitements inhumains imposés par leurs gardiens. En moins d’une semaine, des étudiants sans antécédents se seraient donc transformés en bourreaux impitoyables, sous l’effet déshumanisant de la prison.
L’expérience de Stanford a, depuis, largement alimenté le débat public, notamment aux Etats-Unis, sur la violence du milieu carcéral – comme en 2004, après la découverte des sévices infligés à leurs prisonniers par les gardiens de la prison d’Abou...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos des « Héritiers contrariés. Essai sur le spirituel républicain au XIXe siècle », de Julien Pasteur.
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Figures libres. Du spirituel au cœur du politique

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos des « Héritiers contrariés. Essai sur le spirituel républicain au XIXe siècle », de Julien Pasteur.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
31.05.2018 à 09h59
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Les Héritiers contrariés. Essai sur le spirituel républicain au XIXe siècle, de Julien Pasteur, Les Belles Lettres, « Essais », 504 p., 25,90 €.

Avec les Lumières, nous nous sentons à l’aise. Ce siècle nous parle et nous séduit. Ironie et tolérance de Voltaire, indignations vertueuses de Rousseau, coups d’œil aigus de Montesquieu… tout, ou presque, nous semble proche. En revanche, avec le XIXe siècle, c’est une autre affaire. La plupart de ses penseurs nous paraissent surannés. Ou même carrément inaudibles.
Leurs propos traitent pourtant de crises où nous débattons, d’impasses où nous sommes encore. Leurs interrogations portent en effet sur l’articulation du politique et du religieux, les principes de la démocratie, les liens problématiques du passé et de l’avenir.
Malgré tout, le XIXe siècle demeure globalement délaissé. Il fait l’objet d’une éclipse d’attention. Mieux : d’une « élision », comme le dit finement Julien Pasteur. Il compare ce siècle prolixe à une sorte de « e muet » qui ne servirait qu’à nous rendre les Lumières plus proches. Illusoirement, cela va de soi.

L’impressionnant et passionnant travail de Julien Pasteur scrute un aspect crucial de l’immense chantier négligé du XIXe siècle, et permet de mieux comprendre la désaffection dont il fait l’objet. Issu d’une thèse soutenue en 2015, ce gros ouvrage – Les Héritiers contrariés, titre fort peu explicite – visite nombre de monuments célèbres mais pas vraiment fréquentés. Ils se nomment Joseph de Maistre, Auguste Comte, Alexis de Tocqueville, ­Edgar Quinet, Jules Michelet, Pierre Leroux…
Fil directeur de l’enquête : le ­spirituel et la République. Ne pas confondre avec l’Eglise et l’Etat, ni avec les religions et le politique, qui sont des registres distincts. Au cœur du « spirituel républicain » se tient un faisceau d’interrogations :...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Plongée en couleur dans l’œuvre sensuelle et théorique du photographe italien mort en 1992 qui a immortalisé la montée de la société de consommation, du tourisme et le développement des zones périurbaines.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Un livre et une exposition, attendue à Paris en 2019, rendent hommage à cet artiste italien décédé en 1992, qui, dans les années 1970, a donné à voir un monde grignoté par les images.
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Luigi Ghirri, photographe au-delà du réel


                      Un livre et une exposition, attendue à Paris en 2019, rendent hommage à cet artiste italien décédé en 1992, qui, dans les années 1970, a donné à voir un monde grignoté par les images.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
31.05.2018 à 11h29
    |

            Claire Guillot








   


Moins connu que William Eggleston ou que Stephen Shore, le photographe italien Luigi Ghirri a pourtant œuvré, à la même époque qu’eux, à traduire le monde contemporain en couleur. Mais, au contraire de ces coloristes américains des années 1970, lui avait choisi des teintes douces et froides, ambiguës. Un moyen, peut-être, d’empêcher le spectateur de se laisser complètement griser par la vibrante sensualité du monde. Car derrière la poésie subtile de Ghirri se déploie une œuvre réflexive et conceptuelle. Il a décortiqué l’Italie de l’époque, saisie par la société de consommation, le tourisme et le développement des zones périurbaines. Mais il a surtout mené une réflexion sur la place de l’image – comme décoration, moyen de communication, cache-misère, et surtout comme substitut à l’expérience physique des choses. Nous vivons d’abord dans les images, disait Ghirri, que l’on connaît aussi pour ses solides écrits théoriques : « Dans une large mesure, écrivait-il, la réalité devient toujours davantage une colossale photographie et le photomontage est déjà là : c’est le monde réel. »
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        Plongée en couleur dans l’œuvre sensuelle et théorique du photographe italien décédé en 1992 qui a immortalisé la montée de la société de consommation, du tourisme et le développement des zones périurbaines."
            data-slide-description="Modène, Italie, 1971 (série Kodachrome)."
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            data-slide-description="­Scandiano, 1971."
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            data-slide-description="Modène, 1972 (série Kodachrome). « Dans une large mesure, écrivait Ghirri, la réalité devient toujours davantage une colossale photographie et le photomontage est déjà là : c’est le monde réel. »"
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            data-slide-description="Modène 1972-1974 (série Kodachrome)."
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            data-slide-description="Pescara, 1972."
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            data-slide-description="Ravenne, 1972 (série Vedute)."
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            data-slide-description="Vérone, Italie, 1973 (série Diaframma)."
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            data-slide-description="Haarlem, Pays-Bas, 1973 (série Vedute)."
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            data-slide-description="Modène, 1973 (série Kodachrome) ."
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            data-slide-description="Modène, 1978 (série Il paese dei balocchi)."
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            data-slide-description="Rotterdam, Pays-Bas, 1973 (série Kodachrome)"
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            data-slide-description="Modène 1973 (série Kodachrome)."
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            data-slide-description="Bologne, 1973 (série Diaframma 11, 1/125, luce naturale)"
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            data-slide-description="Orbetello, Italie, 1974 (série Vedute)."
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            data-slide-description="Modène, 1975 (série Still Life)."
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            data-slide-description="Bastia, Corse, 1976 (série Kodachrome)."
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Plongée en couleur dans l’œuvre sensuelle et théorique du photographe italien décédé en 1992 qui a immortalisé la montée de la société de consommation, du tourisme et le développement des zones périurbaines.            
Modène, Italie, 1971 (série Kodachrome).

LUIGI GHIRRI
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A l’occasion de l’exposition que lui consacre jusqu’en juillet le Musée Folkwang, à Essen, en Allemagne (en attendant le Musée Reina Sofia, à Madrid, à l’origine du projet, et le Jeu de Paume, à Paris, début 2019), paraît un beau livre aux éditions Mack, qui reprend les séries présentées par Luigi Ghirri à Parme près de quarante ans plus tôt, en 1979. De quoi faire le point sur une œuvre aussi méconnue qu’extrêmement variée, trop souvent réduite à ses paysages maritimes dépouillés.
Chez Luigi Ghirri, les grilles, les miroirs, les vitrines abondent. Ils illustrent combien notre perception est faite d’images et de signes, de fictions, de mythes.
Ses séries montrent des images d’images, comme celles réunies dans son ouvrage le plus célèbre, Kodachrome (1978), des détails de cartes topographiques et d’atlas, car « le seul voyage aujourd’hui possible se situe dans les signes, dans les images », des photos de fêtes foraines, illusions semblables aux « pays des jouets » de Pinocchio, jusqu’à des projets plus conceptuels. Comme ces clichés de ciel, pris au même endroit pendant 365 jours, qui disent l’incapacité de la photographie à fixer ce genre de phénomène naturel.
Chez Luigi Ghirri, les grilles, les miroirs, les vitrines abondent. Ils illustrent combien le spectacle du monde est vu à travers des prismes, combien notre perception est faite d’images et de signes, de fictions, de mythes. Mais le constat n’est pas désespérant : les images de Ghirri sont aussi pleines d’humour, d’absurde et de poésie. Le photographe italien se plaît à cultiver le doute sur ce qu’on voit, et à opérer un « démontage » des choses, dévoilant les artifices sans jamais en enlever leur magie. Une œuvre salutaire à l’heure où les mondes virtuels contribuent toujours davantage à la « destruction de l’expérience » dont parlait Luigi Ghirri, construisant un monde d’images toujours plus complet.
Cartes et territoires, de Luigi Ghirri, Mack/Jeu de Paume, 376 pages.



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Claro se joint à l’hommage de Dominique Fourcade à Paul Otchakovsky-Laurens, « Deuil ».
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Le feuilleton. Emotion lente, émotion rapide

Claro se joint à l’hommage de Dominique Fourcade à Paul Otchakovsky-Laurens, « Deuil ».



Le Monde
 |    31.05.2018 à 07h15
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Deuil, de Dominique Fourcade, P.O.L, 64 p., 9 €.

On ne sait pas toujours que faire de la mort de l’autre. Celle-ci vous frappe à la nuque, comme une barre d’acier, vous vous retournez – rien, plus personne – hormis une douleur qu’on ne connaissait pas, qui semble vouloir noyer l’absent dans ses eaux crayeuses, une douleur qui se rappelle à vous au moindre mouvement intempestif de la pensée, à la moindre immobilité suspecte des émotions. Il va falloir faire avec. Entrer en deuil, sans qu’on sache de quelle étoffe est fait ce deuil, s’il s’étend ou nous contracte, de quelle nuit il se nourrit, si un accroc de joie ne risque pas de l’effilocher à la longue, et quelle langue parle ce deuil, est-il une nouvelle demeure, une forme qu’il va falloir entretenir, une montagne Sainte-Geneviève ou une pomme intouchée ?
Celui qui vit d’écriture se retrouve d’autant plus démuni – nu – quand disparaît celui qui lui a permis de faire de l’écriture une vie. Mort accidentellement au tout début de cette année, l’éditeur Paul Otchakovsky-Laurens laisse derrière lui, ici-bas, une tribu d’auteurs proprement « sous le choc », ceux qu’il a publiés et accompagnés dans leurs œuvres mais aussi tous ceux qui voyaient en lui un des rares qui « font » la littérature à égale mesure avec les auteurs qu’ils publient, et après lui le déluge…
Mais « sous le choc » ne suffit pas, bien sûr, à décrire le sentiment de perte ressenti à l’annonce de cette mort. Aussi convient-il de lire Deuil, de Dominique Fourcade, non seulement comme une élégie inquiète mais comme une tentative pour maintenir à flot, à travers le geste élégiaque, le rapport à l’écriture. En apprenant la mort de Paul Otchakovsky-Laurens, Fourcade a le sentiment que, peut-être, c’en est fini pour lui de l’écriture, que la disparition de cet ami, tel un trou noir, va engloutir son désir d’écrire, son plaisir de faire des livres. Deuil est donc...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Dans « La Diagonale du désir », son troublant premier roman, Sinziana Ravini, critique d’art, se joue des codes de l’érotisme comme de ceux de la fiction.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
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« Madame X » ne cède pas sur son désir

Dans « La Diagonale du désir », son troublant premier roman, Sinziana Ravini, critique d’art, se joue des codes de l’érotisme comme de ceux de la fiction.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
31.05.2018 à 07h20
    |

                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Diagonale du désir, de Sinziana Ravini, Stock, 368 p., 20,50 €.

Critique d’art, commissaire d’exposition et enseignante en esthétique, Sinziana Ravini écrit comme on élabore un dispositif dans le champ de l’art contemporain. Son premier roman, La Diagonale du désir, relève de la performance. Il inclut la possibilité de son propre échec, le frôle sans cesse, contournant ou enjambant tous les obstacles, zigzaguant avec élégance entre les écueils que l’auteure a elle-même placés sur sa route. Le moindre n’étant pas le risque du ridicule, qu’elle assume si frontalement qu’il disparaît aussitôt entrevu.
Le projet de départ ne pouvait que laisser sceptique, et inviter le lecteur à guetter le faux pas, attendre la faute de goût, anticiper le grotesque que ne manquerait pas de susciter l’alliance d’une forme de snobisme et de la plus complète naïveté. Nourrie de psychanalyse lacanienne, la narratrice décide de partir « à la recherche de son propre désir ». Car, comme le prétend l’un des personnages masculins du roman, « le désir est devenu obsolète, quelque chose que l’on ne mentionne que lorsqu’on parle de Lacan. (…) En même temps, tout le monde rêve de partir à la recherche de son véritable désir, mais ils n’osent pas se l’avouer ».
Situations de transgression sexuelle
Pour « ne pas céder sur son désir », selon la célèbre formule du psychanalyste, encore faut-il le connaître. Semblant prendre au pied de la lettre l’injonction du « maître », la narratrice se met en scène dans différentes situations de transgression sexuelle et teste des pratiques variées, comme pour trouver celle qui la révélera à elle-même. Mais le roman n’est pas la simple mise en acte d’une phrase entendue dans son sens le plus littéral. Il la travaille comme un cliché, moteur d’une expérience esthétique dont pourront surgir quelques bribes de vérité si on ne le prend ni trop au sérieux,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Avec « Etre en vie », l’écrivaine et réalisatrice italienne poursuit dans la fournaise athénienne son exploration libératrice des meurtrissures de l’enfance.
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Danser le sirtaki avec Cristina Comencini

Avec « Etre en vie », l’écrivaine et réalisatrice italienne poursuit dans la fournaise athénienne son exploration libératrice des meurtrissures de l’enfance.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 07h15
    |

                            Florence Courriol-Seita (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Etre en vie (Essere vivi), de Cristina Comencini, traduit de l’italien par Dominique Vittoz, Stock, « La cosmopolite », 244 p., 20,50 €.

« Mais as-tu déjà vu plus belle catastrophe ? » Les paroles inoubliables de Zorba le Grec dans le film de Michael ­Cacoyannis (1964), la fournaise athénienne en été, le balcon d’un hôtel face au Parthénon illuminé : non, cela n’est pas le récit d’idylliques vacances méditerranéennes. Si Cristina Comencini, talentueuse réalisatrice et écrivaine, fille du cinéaste Luigi Comencini (1916-2007), nous convie à un voyage, c’est plutôt celui, douloureux, qui mène en soi-même. Et cherche à répondre à cette interrogation : « Qu’est-ce que ça veut dire, être en vie ? » – en italien « essere vivi », titre de ce huitième roman traduit.
D’entrée, la protagoniste, Caterina, est confrontée au suicide de sa mère adoptive, Graziella. Etre en vie s’ouvre en effet sur la mort : Graziella s’est tuée à Athènes, avec son compagnon, Sebastiano. Tout au long du roman, les paroles de Zorba dansant sur la plage – cette scène du sirtaki qui était, pour Sebastiano, le « sommet de la virilité » – tissent en sourdine un subtil réseau de signifiants autour de la thématique de la révélation, clé d’interprétation du roman : catastrophe, explique la narratrice, « ça vient de kata, qui veut dire “bas”, “terme”, et ­stréphein, qui signifie “retourner”, “bouleversement”. C’était la conclusion d’une aventure, la résolution de l’intrigue, qui contenait souvent une révélation ».

Caterina, en effet, cherche à comprendre le geste de cette femme, partie sans laisser de lettre d’adieu. Par là même, elle tente de résoudre une intrigue qui est d’abord et avant tout la sienne : celle d’une enfant ayant vécu deux vies. Jusqu’à l’âge de 6 ans, Caterina n’a connu que la misère. Elle était une fillette « différente », incapable de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Correspondante britannique en Afrique, l’écrivaine a couvert les guerres civiles en Angola et en Côte d’Ivoire. Il y a du Perec dans « Là où tout se passe », ses Mémoires.
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L’anecdotique, l’atroce et le désir de vie de Lara Pawson

Correspondante britannique en Afrique, l’écrivaine a couvert les guerres civiles en Angola et en Côte d’Ivoire. Il y a du Perec dans « Là où tout se passe », ses Mémoires.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 07h15
    |

                            Eric Loret








                        



                                


                            
Là où tout se passe (This Is the Place to Be), de Lara Pawson, traduit de l’anglais par Yoko Lacour, L’Observatoire, 160 p., 18 €.

Lara Pawson a « bientôt 50 ans et toujours pas de sac à main ». Elle est habituée à être prise pour un homme ou une transsexuelle : « Mon frère me surnommait “la lesbienne à Baader”. » Elle vit dans le nord-est de Londres, ville où elle est née. Mais surtout, elle a été correspondante du BBC World Service en Afrique, et en particulier en Angola, de 1996 à 2007. Elle a fait de cette expérience un premier livre en 2014, In the Name of the People. Angola’s Forgotten Massacre (« Au nom du peuple. Angola : le massacre oublié », non traduit), qui raconte les purges communistes ayant suivi la tentative de coup d’Etat du 25 mai 1977 et comment celles-ci ont instauré une « culture de la peur » dans le pays.
Deux ans plus tard, elle publie Là où tout se passe, des Mémoires en fragments qui reviennent sur ses années africaines, chantent la nostalgie de Luanda, la capitale de l’Angola, mais tracent surtout le portrait drôle et terrifiant d’une femme qui traverse la vie, l’Histoire et leurs horreurs mêlées en notant qu’« une chose imaginée demeure une chose vue un jour ». 

Lara Pawson montre en particulier comment l’anecdotique se fixe à l’atroce, comment des moments de l’existence a priori sans rapport se font écho dans les méandres de la psyché : ainsi un fœtus de porc en bocal offert dans l’enfance par le père médecin, et dont la petite fille est très fière, fait un retour obsédant quand l’adulte s’« apprête à manger des oignons au vinaigre ». Il faut dire que, comme le note François Guillaume, l’éditeur français du texte, Pawson procède un peu comme Joe Brainard et Georges Perec avec leurs Je me souviens (1970 ; Actes Sud, 1997, et Hachette, 1978) : par accumulation de « faits » à la fois intimes...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ La chronique de Leïla Slimani, à propos de « La femme qui ressuscite. Vies d’Anastasia Romanov », de Nadia Oswald.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
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Premier roman. Le vertige de l’illusion

La chronique de Leïla Slimani, à propos de « La femme qui ressuscite. Vies d’Anastasia Romanov », de Nadia Oswald.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 07h15
    |

                            Leïla Slimani (Ecrivaine)








                        



                                


                            
La femme qui ressuscite. Vies d’Anastasia Romanov, de Nadia Oswald, Le Nouvel Attila, 176 p., 17 €.
C’est l’un des mystères les plus exaltants, les plus romanesques du XXe siècle. Et pour moi, qui aime la Russie, Zweig et les atmosphères crépusculaires, c’est sans doute celui qui me touche le plus. En 1920, à Berlin, une femme intègre l’asile de Dalldorf. Elle ne parle pas, n’a pas de nom ni de souvenirs. Elle est surnommée « Fraülein ­Unbekannt », « madame Inconnue ». Et puis, on croit la reconnaître. Cette patiente mutique n’est pas n’importe qui ; elle serait la tsarine Anastasia, fille de Nicolas II, échappée des mains de ses tueurs, mariée à l’un de ses tortionnaires avant de s’enfuir vers la Roumanie… Dans un très beau premier roman, La Femme qui ressuscite, Nadia Oswald ne se contente pas de raconter cet épisode incroyable. Elle agit en romancière et creuse les consciences, elle met au jour des émotions confuses. Elle analyse surtout, avec une extrême sensibilité, les mécanismes de l’illusion et du mensonge. Qui sont les manipulateurs ? Ceux qui veulent faire croire ou ceux qui rêvent de croire en une réalité ? Ceux qui ne nient pas ou ceux qui enferment les autres dans leurs propres fantasmes ?
« La communauté russe de Berlin s’empare d’elle et la brandit comme l’espoir d’une restauration. » Parmi eux, l’étrange nécromancienne Anna Vyroubova, qui achèvera de faire d’Anastasia un jouet dans la main des autres : « J’ai connu la vraie histoire, laisse-moi t’aider et tu seras la bonne histoire. » Voilà ce qu’était Anna Anderson (le nom que prend cette femme aux Etats-Unis) : une bonne histoire, un roman sur pattes qui a incarné les désirs, les haines et les illusions d’une époque. Ecrit au présent, dans un style à la fois simple et poétique, le roman embrasse magnifiquement ces années d’entre-deux-guerres, des cabarets de Berlin aux Etats-Unis de la prohibition...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Romans, récits, humour, histoire, essais… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 1er juin 2018.
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Livres en bref

Romans, récits, humour, histoire, essais… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 1er juin 2018.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 07h15
    |

                            Lucie Geffroy, 
Nicolas Weill, 
                                André Loez (Historien et collaborateur du « Monde des livres »), 
Raphaëlle Leyris, 
                                Stéphanie Dupays (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Pierre Deshusses (Collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Xavier Houssin (Collaborateur du « Monde des livres ») et 
                            Macha Séry








                        



                                


                            Histoire. Dans les pas des partisans soviétiques
Les Enfants de Staline. La guerre des partisans soviétiques (1941-1944), de Masha Cerovic, Seuil, « L’univers historique », 384 p., 25 €.
L’enquête de Masha Cerovic emmène, pour la première fois, les lecteurs français en un lieu singulier : derrière les lignes allemandes du front de l’Est, auprès des partisans soviétiques. Tandis que les populations civiles des zones conquises au cours de l’opération « Barbarossa » (déclenchée le 22 juin 1941) subissent la brutalité inouïe des nazis, des milliers d’hommes décident d’y reprendre le combat, à partir de 1942, avec des armes de fortune, abrités par les immenses marais et forêts de Biélorussie, où l’occupant peine à s’aventurer. L’auteure restitue les spécificités de ces espaces, de ces groupes d’hommes traqués, affamés, qui déploient à leur tour une violence impitoyable envers les Allemands et leurs collaborateurs ou présumés tels. Elle montre la singularité, aussi, de leur place dans la « grande guerre patriotique » que mène l’URSS de Staline : les partisans sont des héros célébrés, mais des éléments incontrôlables. Doté d’une réelle puissance d’écriture, qui manque parfois de mesure, le livre est surtout, chose rare, documenté par un recours symétrique aux sources russes et allemandes. Cela le rend désormais incontournable pour qui veut comprendre ces régions méconnues, où fut abolie de façon si cruelle la frontière entre civils et militaires. A. Lo.
Roman. Chalumeau en colère
VNR, de Laurent Chalumeau, Grasset, 192 p., 17,50 €.
Pour son treizième roman, ­Laurent Chalumeau délaisse son genre de prédilection, la comédie policière, pour le monologue d’un insurgé. Alain est un chômeur en fin de droits, salement en pétard, qui séquestre et tue ceux qu’il estime responsables de son malheur : le cadre sup qui a harcelé sexuellement sa femme au travail ; l’homme politique qui a prétendu...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Dans « Et filii », le romancier raconte un coin de France en déshérence, où un jeune séminariste écoute les habitants amers et, parallèlement, se reconstruit.
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Patrick Da Silva, plein de grâce

Dans « Et filii », le romancier raconte un coin de France en déshérence, où un jeune séminariste écoute les habitants amers et, parallèlement, se reconstruit.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 07h15
    |

                            Xavier Houssin (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Et filii, de Patrick Da Silva, Le Tripode, 296 p., 17 €.
Dans la liturgie catholique, le temps ordinaire désigne les semaines de célébrations du courant de l’année, celles qui encadrent l’Avent et le temps de Noël, puis ensuite le Carême, Pâques et le temps pascal jusqu’à la Pentecôte. Calendrier du culte, du rite, du profond mystère. Et filii, le nouveau roman de Patrick Da Silva, s’étend d’un mois de septembre à un mois de mars. D’un dimanche « ordinaire » au dimanche des Rameaux. C’est en effet ainsi qu’il ponctue son texte, qu’il l’avance. L’approfondissant au fur et à mesure pour l’amener à son accomplissement. Et filii est une histoire d’écoute, de recueillement.
« Pointer chez Fout-rien »
Cela se passe quelque part, au lointain, dans une France qu’on semble ne plus voir et qui n’intéresse, au fond, que ceux qui y habitent encore. Une France rurale de villages désertés, de bourgs qu’on abandonne. Les terres n’y rapportent plus. L’industrie est partie. Justement, tiens, cette usine familiale, une institution, que le patron avant de prendre sa retraite voulait laisser à ses salariés ; ils n’en ont pas voulu. Les repreneurs n’avaient pas attendu longtemps pour la trouver peu rentable et la fermer. Du coup, « les trois quarts du pays se retrouvaient à pointer chez Fout-rien ». La vie lasse, inquiète, a tourné à l’aigre et à l’amer. Pas étonnant qu’il y ait eu des drames. Un suicide, un meurtre sanglant, un incendie criminel. Elie, au nom de prophète, s’est laissé déborder par sa rage. Il s’est pendu. Ce sont des gamins du pays, parce qu’ils pensaient trouver un magot, qui ont massacré ce vieux couple de Hollandais qu’on aimait bien. Et puis le feu a ravagé l’école.
Il en est un qui cherche à comprendre. A séparer le grain de la paille. A « désemberlificoter le malheur du pays ». Il arrive bien après les médecins, les gendarmes, les juges. Patiemment, il...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ L’écrivaine et journaliste signe « L’Assignation. Les Noirs n’existent pas », un essai sur l’obsession de la race et ses conséquences, nationalisme et communautarisme.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
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Tania de Montaigne : « Me reconnaître comme “noire” n’allait pas de soi »

L’écrivaine et journaliste signe « L’Assignation. Les Noirs n’existent pas », un essai sur l’obsession de la race et ses conséquences, nationalisme et communautarisme.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 06h45
 • Mis à jour le
31.05.2018 à 10h06
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
L’Assignation. Les Noirs n’existent pas, de Tania de Montaigne, Grasset, 96 p., 13 €.

Dans L’Assignation, Tania de Montaigne s’empare du racisme en France. Un court essai, pédagogique et pétillant, où, mêlant histoire, actualité et vécu, la romancière et journaliste française propose une expérience à ses lecteurs : « Faisons un tour dans notre maison hantée, ouvrons les placards, les tiroirs, les dossiers, et regardons la Race en face. »
Qu’est-ce qui a déclenché l’écriture de ce livre ?
Pour Noire [Grasset, 2014], mon livre sur Claudette Colvin [cette Afro-Américaine qui a refusé de céder sa place à un Blanc, dans un autobus d’Alabama, en 1955], j’ai participé à des conférences où des gens m’ont dit soit que je ne parlais pas comme une Noire, soit qu’ils adoraient les Noirs. Il y a aussi eu des personnes noires pour s’offusquer de voir une journaliste blanche m’interviewer. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose à penser.
« Les Noirs n’existent pas », dit le sous-titre. Qu’existe-t-il alors ?
Deux choses. La première, ce sont les adjectifs, tout ce qui ne prend pas de majuscule – les personnes juives, noires, arabes, etc. –, en partant du principe que l’on ne peut pas définir la nationalité française ni, a fortiori, une personne à partir d’une couleur et d’une origine. L’autre, et c’est sur cela que je travaille, est ce qui vient se plaquer sur cette réalité dès qu’on change ces adjectifs en noms : les Juifs, les Noirs, les ­Arabes, etc.
Quelque chose de figé apparaît, qui soumet les personnes à des critères eux-mêmes figés, pour permettre une reconnaissance facile. Mais la simplicité n’existe pas. Quand on met ces majuscules, on croit créer une identité, alors qu’en fait on l’efface. On transforme quelqu’un en quelque chose. Il n’y a plus de société, mais seulement des blocs qui s’affrontent....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Un essai fulgurant sur la question du racisme signé de la Prix Nobel de littérature afro-américaine.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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Toni Morrison regarde autrui en face

Un essai fulgurant sur la question du racisme signé de la Prix Nobel de littérature afro-américaine.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 06h45
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
L’Origine des autres (The Origin of Others), de Toni Morrison, avant-propos de Ta-Nehisi Coates, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christine Laferrière, Christian Bourgois, 96 p., 13 €.

Il serait plus simple, et moins coûteux en haine, en stupidités de toute sorte, de commencer par là : non seulement « le racisme précède la race », comme l’écrit le journaliste et essayiste Ta-Nehisi Coates dans son avant-propos, mais « il n’existe pas d’étrangers, martèle Toni Morrison, il n’existe que des versions de nous-mêmes », dont, pour la plupart, « nous voulons nous protéger ». L’étranger est quelque chose qui se fabrique : tel est le sens du titre et le cœur conceptuel de cette Origine des autres, reprise d’une série de conférences données en 2016 à l’université Harvard par la grande romancière et intellectuelle américaine.

Il y a des couleurs de peau, c’est un fait. L’artifice commence quand on identifie des individus à l’essence qu’on croit déceler en elles, manipulation qui, selon la Prix Nobel de littérature 1993, prend sa source dans l’angoisse, la pauvre frousse des humains face à la question la moins susceptible de trouver une réponse apaisante : qui suis-je ? Le moi résiste au vertige d’être « étranger à lui-même » en le reportant sur ceux que distingue leur couleur ou l’on ne sait quel trait. Autrui n’est dès lors transformé en Autre (la majuscule sied aux êtres mythologiques) que parce qu’il y a en nous cette faille ontologique, dont Morrison explore les traductions infinies pour arracher à leur racine l’infériorisation, la violence identitaire qui en procèdent.
Elle réunit pour cela une matière hybride, mêlant archives médicales ou juridiques, récits d’esclavagistes et d’esclaves, œuvres littéraires, retour sur ses propres livres, bribes de souvenirs. L’abondance de l’ensemble forme la richesse et la limite de ce court texte...




                        

                        

