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Glyphosate : Emmanuel Macron n’exclut pas de « passer par la loi » dans trois ans

Au lendemain du vote sur le projet de loi agriculture et alimentation en première lecture, dans lequel ne figure pas l’interdiction de l’herbicide, le président de la République espère que le monde agricole sera « au rendez-vous » pour le bannir rapidement.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 15h52
   





                        



   


La question du glyphosate en France n’est pas définitivement tranchée. Au lendemain du vote sur le projet de loi sur l’agriculture et l’alimentation en première lecture, dans lequel n’apparaît pas l’interdiction de cet herbicide, Emmanuel Macron est revenu sur le sujet en marge de sa visite du château de Voltaire à Ferney-Voltaire (Ain).
Le président de la République a averti qu’il prendrait ses « responsabilités » sur le glyphosate si le monde agricole n’était pas « au rendez-vous » dans trois ans. « Il y aura un point de rendez-vous et si les choses n’avancent pas dans trois ans, on passera par la loi », a-t-il fait savoir.

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L’interdiction du glyphosate reste un engagement gouvernemental, conditionné à la recherche sur les alternatives à cet herbicide. Mais la colère est d’autant plus grande, parmi les organisations environnementales et les écologistes, qu’Emmanuel Macron avait annoncé l’interdiction de ce produit d’ici à 2021 et déclaré, lors des états généraux de l’alimentation, à Rungis, le 12 octobre 2017, que « le rejet des produits chimiques, la préférence pour l’alimentation naturelle » étaient « des lames de fond sociales », évoquant « l’angoisse des consommateurs, la préoccupation légitime des concitoyens, mais aussi de l’ensemble du monde agricole ».
Besoin de l’« engagement » de Nicolas Hulot
Le président a également réaffirmé sa « confiance » vis-à-vis du ministre de la transition écologique, Nicolas Hulot. Celui-ci avait exprimé mardi sa déception à la suite du rejet des amendements visant à graver dans la loi sur l’agriculture et l’alimentation l’arrêt de l’utilisation du glyphosate d’ici à 2021. Il avait toutefois fait remarquer que l’« objectif » n’était « pas remis en cause ».
« Nicolas Hulot a ma confiance et nous avons besoin de son engagement parce que c’est un convaincu, a déclaré Emmanuel Macron. Mais, a-t-il ajouté, il a l’insatisfaction des convaincus et des militants, et c’est normal. »
Emmanuel Macron a déclaré qu’il recevrait « en juillet l’ensemble du monde agricole et de la distribution » pour « faire le point sur ce qui a été acté » avant la deuxième lecture à l’Assemblée nationale.



                            


                        

                        


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Climat : les Américains meilleurs élèves que ne veut le faire croire Trump

La baisse des émissions de CO2 depuis dix ans est principalement liée au déclin du charbon qui n’est plus rentable.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 15h38
    |

            Arnaud Leparmentier (New York, correspondant)








                        



   


Il y a les Tweets et la réalité. « L’Amérique est bénie d’une extraordinaire abondance d’énergie, y compris plus de 250 années de charbon beau et propre. Nous avons mis fin à la guerre au charbon, et nous continuerons à promouvoir la domination énergétique américaine », s’est réjoui Donald Trump, le 18 mai. Sauf que la tendance n’est pas celle-ci. Le charbon poursuit son déclin sur le sol américain, parce qu’il pollue et surtout n’est pas rentable. C’est ce que révèlent les données publiées le 29 mai par l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA).

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Résultat, en dix ans, la consommation d’énergie par habitant a baissé de 10 % aux Etats-Unis, et les émissions de CO2 de 20 %. Ce recul s’est ralenti mais s’est poursuivi en 2017. Les émissions des Américains restent certes 2,5 fois supérieures à celles des Européens et des Chinois dont les performances stagnent. Mais un an après avoir annoncé leur retrait de l’accord de Paris sur le climat, les Américains ne sont pas aussi mauvais élèves que ne laissent entendre les propos de Donald Trump.
Déclin inexorable du charbon
Dans le détail, la consommation de charbon dans la production d’électricité est tombée à son plus bas depuis 1982. Le charbon, qui assurait près de la moitié de la production l’électricité américaine en 2007, n’en fournit plus que 30 %, désormais dépassé par le gaz naturel (32 %, plus 10 points en une décennie). Cette tendance devrait se poursuivre, selon l’EIA.
Le charbon ne représente plus que 14 % de la consommation d’énergie totale aux Etats-Unis contre 22,5 % il y a dix ans. Cette tendance s’est poursuivie en 2017, en dépit de l’arrivée de Donald Trump. En revanche, la production américaine a rebondi de 6,5 % en 2017 (le recul sur dix ans reste d’un tiers), tirée par le rebond de 50 % des exportations. Les Américains justifient ces exportations en expliquant notamment que le charbon du Wyoming est moins polluant que celui des Chinois et qu’il les aide à protéger leur environnement. Mais pour 2018, l’Agence américaine de l’énergie table sur un nouveau recul de 3 %, dû à la baisse conjuguée de la consommation et des exportations.

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Résultat, les émissions de dioxyde de carbone dues au charbon ont baissé de près de 40 % depuis 2007 (1,31 milliard de tonnes métriques contre 2,17 milliards en 2007). Et les émissions totales réalisées sur le sol américain ont reculé de 14 % en une décennie (5,14, contre 6 milliards de tonnes), le gaz naturel étant bien moins polluant et son efficacité ayant progressé, à la différence des centrales à charbon qui sont plus polluantes que par le passé. Cette amélioration est aussi due à la part des énergies renouvelables (45 % de biomasse, 25 % d’hydroélectricité, 21 % d’éolien, 7 % de solaire), qui a quasiment doublé en dix ans pour atteindre 11,2 % de la consommation totale. Le pétrole reste stable (37 % de la consommation, moins 2 points)
Remontée en 2018
Au total, la consommation totale d’énergie n’a reculé que de 3,2 % en dix ans, Le recul de la consommation d’essence a été limité à 6 % tout comme les émissions de CO2 dans les transports, les Américains ayant choisi de s’équiper en pick-up et renoncé aux petites cylindrées. En revanche, les émissions des secteurs immobiliers résidentiel et commercial, véritables passoires énergétiques, ont enregistré des forts reculs, respectivement d’un quart et d’un cinquième.

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Après un recul de 0,9 % en 2017, l’EIA prévoit toutefois une remontée des émissions totales américaines de 1,4 % en 2018 et de 0,4 % en 2019. Deux phénomènes contradictoires sont à l’œuvre : d’un côté, l’abolition tonitruante des régulations décidées par Barack Obama le plus souvent avant d’avoir pu entrer en vigueur ; de l’autre, la décision des villes et états démocrates ainsi que des entreprises d’aller vers une économie plus sobre en carbone. Il est trop tôt pour savoir laquelle de ces forces fixera durablement la tendance.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3244,1-0,0-3"> ¤ A la fin 2017, 38 nourrissons avaient été atteints de salmonellose après avoir consommé un produit pour enfant, essentiellement de marque Milumel ou Picot, sorti de l’usine de Craon.
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Six mois après l’affaire du lait contaminé, Lactalis rouvre discrètement l’usine incriminée

A la fin 2017, 38 nourrissons avaient été atteints de salmonellose après avoir consommé un produit pour enfant, essentiellement de marque Milumel ou Picot, sorti de l’usine de Craon.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 15h24
   





                        



   


Elle était fermée depuis six mois. L’usine Lactalis de Craon, en Mayenne, au cœur de l’affaire de lait infantile contaminé aux salmonelles à la fin de 2017, a discrètement repris sa production dimanche avec des tests, a fait savoir jeudi 31 mai le porte-parole du groupe Michel Nallet, confirmant une information des Echos :
« Il n’y a aucune commercialisation des produits, il s’agit de tests sur de la poudre de lait pour adulte et non infantile. Ces tests sont contrôlés par les services de l’Etat. »
A la fin de 2017, 38 nourrissons avaient été atteints de salmonellose après avoir consommé un produit pour enfant, essentiellement de marque Milumel ou Picot, sorti de l’usine de Craon. Le processus de retrait avait été chaotique et de nombreux dysfonctionnements ayant mené à la contamination ont été mis à jour. Après plusieurs semaines de crise, le groupe avait retiré à la mi-janvier la totalité de ses laits infantiles produits dans l’usine.
Une enquête judiciaire est en cours, ainsi qu’une commission d’enquête parlementaire qui doit auditionner le 7 juin le président-directeur général de Lactalis, Emmanuel Besnier.

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« Toute la production consignée »
En février, M. Besnier avait annoncé vouloir redémarrer d’ici à la fin du premier semestre l’une des deux tours de séchage touchées et relancer ses marques de lait infantile.
Après des tests techniques de remise en route conduits dimanche, « la vraie production a démarré lundi en début de semaine, sachant que tout ce qui est produit est consigné, bloqué sous contrôle de Lactalis, ça n’a pas le droit d’être mis sur le marché », a précisé Fany Molin, porte-parole de la Direction générale de l’alimentation (DGAL), dépendant du ministère de l’agriculture.
La consigne des produits doit permettre de « conduire des inspections sur l’établissement pour voir comment il fonctionne, quelles sont les procédures qui ont été mises en place », a-t-elle précisé. Des inspections physiques de l’établissement sont notamment conduites par des agents de l’Etat.
Doivent suivre des prélèvements de poudre de lait pour adultes et des prélèvements dans l’environnement par les services de l’Etat, analysés par un laboratoire officiel, ainsi que des autocontrôles environnement et produits par Lactalis, toujours selon Mme Molin. Ce nouveau plan d’autocontrôles, « considérablement renforcé, doit permettre de déterminer des niveaux de contamination beaucoup plus faibles que le plan qu’il y avait avant », a-t-elle assuré, ajoutant :
« Si tous ces éléments sont convergents pour montrer qu’il y a une maîtrise du risque sanitaire de la part de l’opérateur, on pourra envisager de faire un redémarrage de fabrication de poudre de lait infantile, [dans un délai de] quelques semaines. »

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Les familles de victimes en colère
L’usine avait arrêté la production des laits en poudre et des produits infantiles le 8 décembre, selon Lactalis qui emploie 327 salariés. La tour de séchage no 1 de l’usine de Craon, contaminée par les salmonelles, a été définitivement fermée. La tour no 2 est, elle, en phase de test.
Jeudi, l’Association des familles de victimes s’est « s’offusqu[ée] d’une telle décision » :
« Comment l’usine peut-elle redémarrer en toute discrétion alors qu’aucune explication officielle n’a été donnée sur les causes de la contamination aux salmonelles depuis 2005 ? »
L’association réclame « l’arrêt immédiat de la production ». « L’Etat semble avoir cédé à la pression de Lactalis en autorisant une remise en production sans avoir pu déterminer les causes de cette contamination », a-t-elle déploré.

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<filname="SURF-0,2-3244,1-0,0-4"> ¤ Le dernier bilan des marchés fonciers ruraux de la FNSafer dénonce une « tendance à l’agglomération de grandes surfaces au sein d’un nombre limité d’exploitations ».
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Un « risque d’accaparement des terres agricoles » en France

Le dernier bilan des marchés fonciers ruraux de la FNSafer dénonce une « tendance à l’agglomération de grandes surfaces au sein d’un nombre limité d’exploitations ».



Le Monde
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            Laurence Girard








                        



   


Les terres agricoles françaises sont très convoitées. Les récents exemples illustrant la pression sur ce patrimoine nourricier ont marqué les esprits. Que ce soit la bataille autour du projet Europacity, prévoyant la transformation 280 hectares de terres agricoles du Triangle de Gonesse (Val-d’Oise) en un complexe commercial et touristique. Ou la prise de contrôle de 1 700 hectares de terres céréalières berrichonnes par une société chinoise. Suivie par l’achat de deux sociétés agricoles dans l’Allier par un entrepreneur pékinois. Ou encore le grappillage de plus de 140 châteaux dans le vignoble bordelais par des investisseurs de l’ancien empire du Milieu.
Les ventes de surfaces ont atteint un niveau record
Le bilan 2017 des marchés fonciers ruraux, publié jeudi 31 mai par la Fédération nationale des sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (FNSafer), le prouve. Sur l’année écoulée, les ventes de surfaces ont atteint un niveau record. Le nombre de transactions progresse de 7,6 %, à 86 260, pour un montant qui bondit, lui, de 15,5 %, à 4,6 milliards d’euros. Au total, 381 000 hectares ont changé de mains.
Mais dans quelles mains sont-ils passés ? Depuis l’entrée en vigueur de la loi d’avenir pour l’agriculture, en 2016, les projets de vente de parts sociales ou d’actions de sociétés agricoles doivent être portés à la connaissance des Safer. Des transactions qui échappaient jusqu’alors à ses radars, alors même que les formes sociétaires ne cessent de se développer. Que ce soient des sociétés de portage du foncier (GFA, SCI agricoles, etc.), d’exploitation agricole (GAEC, EARL, SCEA, SA ou SARL) ou de groupement forestier.

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En 2017, 6 900 projets de cession de parts sociales ou d’actions de sociétés agricoles ont été notifiés aux Safer. Ils représentent un volume de vente de 1,3 milliard d’euros. Et pèsent près de 20 % du marché du foncier agricole. A priori, les achats bouclés par les étrangers sont peu importants. Ils sont évalués à 122 millions d’euros et sont essentiellement le fait d’Européens. Toutefois, ces montants ne prennent pas en compte les achats faits par des sociétés immatriculées en France, mais dont le capital pourrait être détenu par des étrangers.
« La vitalité des territoires est en péril »
« Ces chiffres prouvent la réalité de la financiarisation et du risque d’accaparement des terres », affirme Emmanuel Hyest, président de la FNSafer, qui tire la sonnette d’alarme. « La vitalité des territoires est en péril », estime l’organisme. « La tendance à l’agglomération de grandes surfaces au sein d’un nombre limité d’exploitations agricoles se développe. Cette concentration est préjudiciable aux transmissions, aux installations et à la consolidation des exploitations. Elle s’accompagne souvent d’une diminution de la valeur ajoutée et de l’emploi. »

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La question de la pérennité du modèle d’agriculture familiale, marque de fabrique française, et de la préservation des paysages se pose. D’autant plus que le renouvellement des générations sera l’un des grands enjeux des dix prochaines années.
Un marché non régulé
Or, comme le rappelle la FNSafer, ce 1,3 milliard d’euros de ventes de parts sociales et d’actions est un marché non régulé. Une partie du texte introduit dans la loi Sapin 2 de 2016, sous l’impulsion de Dominique Potier, député PS de Meurthe-et-Moselle, pour accroître la transparence sur ce marché et renforcer le pouvoir de régulation de la FNSafer, a été retoqué par le Conseil d’Etat. M. Hyest, qui prône un renforcement législatif, met en exergue une des failles du dispositif actuel : « Il suffit pour les investisseurs de racheter 99 % des parts d’une société agricole et de laisser 1 % à l’ancien exploitant pour éviter que la Safer puisse faire jouer son droit de préemption. »

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Le président Emmanuel Macron a promis une loi sur le foncier agricole début 2019. Une mission d’information de l’Assemblée nationale, présidée par le député LRM des Hautes-Pyrénées Jean-Bernard Sempastous, et dont les deux rapporteurs sont M. Potier et Anne-Laurence Petel (LRM), élue des Bouches-du-Rhône, planche sur le sujet. Leurs conclusions doivent être présentées à la fin de l’été.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3244,1-0,0-5"> ¤ Comme de nombreux agriculteurs, Luc Smessaert, le vice-président de la FNSEA, estime que les « aides PAC sont vitales ». Elles représentent 47 % de leur revenu en moyenne.
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Les agriculteurs français restent très dépendants des aides de la politique agricole commune

Comme de nombreux agriculteurs, Luc Smessaert, le vice-président de la FNSEA, estime que les « aides PAC sont vitales ». Elles représentent 47 % de leur revenu en moyenne.



Le Monde
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            Laurence Girard








                        



   


« Les aides PAC [politique agricole commune] sont vitales pour nous », déclare sans ambages Luc Smessaert, vice-président Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA). Agriculteur à Roy-Boissy, dans l’Oise, il gère une exploitation de polyculture élevage. « Sur notre exploitation, elles représentent 15 % de notre chiffre d’affaires et 30 % de nos revenus », explique-t-il. Comme d’autres, il a été confronté à la baisse des subsides européens actée lors de la PAC 2015-2020, un coup de rabot que M. Smessaert évalue à 12 %, à la suite de la volonté politique de Bruxelles de réduire les écarts du paiement de l’aide directe à l’hectare, entre départements mais aussi entre pays.
Même son de cloche du côté des céréaliers. « Si nous n’avions plus d’aides PAC, ce serait suicidaire », réagit Philippe Pinta, président de l’Association générale des producteurs de blé (AGPB), qui ajoute « chaque année, depuis cinq ans, 30 % des céréaliers sont dans le rouge ». Selon lui, « tous les producteurs des grands pays concurrents, Etats-Unis, Ukraine comme Russie ont des aides d’Etat ». Il constate également l’érosion du montant des subsides européens. Un céréalier en Picardie a vu le montant des aides à l’hectare passer de 400 à 250 euros en cinq ans. Soit un total annuel de 62 000 euros contre 80 000 euros précédemment.

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L’appréciation est la même sur les pentes jurassiennes. Pourtant Nicolas Girod exploite avec son frère, une ferme laitière dont le lait est transformé en comté. « Nous avons la chance de travailler pour un produit bien valorisé, mais il serait compliqué de se passer des aides PAC. D’autant que nous sommes deux à vivre sur la ferme qui compte 40 vaches sur 70 hectares », affirme-t-il. L’exploitation touche une aide à l’hectare de 80 euros à laquelle s’ajoute une indemnité compensatoire de handicap naturel (ICHN). « Les fortes pentes nous obligent à avoir un matériel spécifique et la neige contraint à renforcer les constructions », explique M. Girod. Au total, il touche 30 000 euros de subsides européens. A priori avec la PAC 2015-2020, il devait bénéficier de la convergence. « L’aide à l’hectare devait passer de 80 à 90 puis à 120 euros. Or, la première année, elle a baissé de quelques euros, puis est passée à 90 euros avant de rebaisser à nouveau. »
« Il faut la réformer »
M. Girod, qui est secrétaire national du syndicat Confédération paysanne, regrette « que la promesse de la convergence n’ait pas été appliquée ». Surtout, il estime que cette PAC « a été mal mise en place. Avec le “paiement vert”, elle devait redonner des primes pour les avancées environnementales. Cela n’a pas été le cas ». A priori, 30 % des paiements à l’hectare étaient conditionnés au respect de mesures environnementales. « Les conditions sont accessibles à tout le monde », reconnaît M. Pinta. Un seul exemple donné par M. Girod : « Maïs semence, maïs grain et maïs ensilage comptent comme trois cultures différentes et donc entrent dans les obligations de rotation de culture ».
Le jurassien considère également que ce paiement à l’hectare et le non-plafonnement des aides ont favorisé l’agrandissement des exploitations. Il souhaiterait qu’il y ait une pondération en fonction du nombre d’actifs sur l’exploitation. M. Pinta, pour sa part, s’inquiète de la nationalisation grandissante de la PAC, source de distorsion de concurrence entre les pays européens. « Il faut réformer la PAC pour la rendre plus lisible pour l’agriculteur et le consommateur. Et faire qu’elle permette de résister aux crises. Elle ne fonctionne pas correctement depuis que l’on a désarmé les outils de gestion de crise. Mais sans les aides PAC, il n’y aurait plus de revenu agricole. Elles représentent 47 % du revenu des agriculteurs français en moyenne. Et les aides à l’hectare aux Etats-Unis sont le double de celles octroyées en Europe », explique Michel Dantin, député européen du Parti populaire européen.

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Sachant toutefois que certaines productions agricoles françaises ne touchent pas d’aide à l’hectare. Celles qui en fait, historiquement, travaillaient sur de petites parcelles. Comme la viticulture, le maraîchage ou l’arboriculture. Des secteurs qui ne dépendent pas du premier pilier de la PAC, celui de l’aide directe, mais du second pilier par le biais d’organisation commune de marché (OCM). Ils bénéficient ainsi de soutien à l’investissement.



                            


                        

                        


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Le Monde
 |    31.05.2018 à 11h16
 • Mis à jour le
31.05.2018 à 11h17
    |

            Simon Roger








                        



                                


                            

Touché mais pas coulé. Dénoncé par Donald Trump lors d’un discours retentissant dans le jardin de la Maison Blanche, le 1er juin 2017, l’accord de Paris n’a pas volé en éclats sous les coups de butoir du président climatosceptique américain. Mais l’option radicale choisie il y a un an, celle d’un retrait des Etats-Unis de l’accord conclu sous l’égide des Nations unies à la COP21 (en décembre 2015), fragilise un engagement déjà très compliqué à tenir : contenir la hausse de la température mondiale sous le seuil des 2 °C.
« L’accord de Paris compromettrait notre économie, briserait nos travailleurs, affaiblirait notre souveraineté », expliquait alors le président américain pour justifier cette rupture dont il n’a jamais précisé les modalités. Et pour cause. Ce retrait ne pourra réellement intervenir qu’en novembre 2020, en vertu des clauses incluses dans le texte de Paris. Jouant sur les mots ou mal renseigné par ses experts, Donald Trump indiquait pourtant, en janvier, que les Etats-Unis pourraient réintégrer l’accord s’il était « complètement différent ».

A côté de ces déclarations changeantes, le président américain mène une politique moins brouillonne qu’il n’y paraît pour soutenir les énergies fossiles, très émettrices de gaz à effet de serre qui contribuent au réchauffement climatique. « Le président Trump a d’ores et déjà pris des décisions négatives, observe Laurent Fabius, l’ancien président de la COP21, dorénavant à la tête du Conseil constitutionnel. C’est le cas, par exemple, lorsqu’il autorise les forages pétroliers sur les côtes des Etats-Unis ou lorsqu’il relance la construction de l’oléoduc Keystone XL. C’est le cas encore lorsqu’il renonce à verser 2 milliards de dollars au Fonds vert pour le climat, handicapant beaucoup de projets destinés à aider les pays les plus vulnérables aux effets du changement climatique. » 
« Mauvais coup »
Laurence Tubiana,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3244,1-0,0-7"> ¤ 1,2,3 Soleil est le premier parc solaire citoyen français construit grâce au financement participatif : 286 particuliers, résidents du village de Luc-sur-Aude ou des alentours, ont investi dans cette centrale qui produira 320 000 kilowattheures par an, soit la consommation (hors chauffage) des Lucois.
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Dans l’Aude, une centrale photovoltaïque financée et gérée par les habitants

1,2,3 Soleil est le premier parc solaire citoyen français construit grâce au financement participatif : 286 particuliers, résidents du village de Luc-sur-Aude ou des alentours, ont investi dans cette centrale qui produira 320 000 kilowattheures par an, soit la consommation (hors chauffage) des Lucois.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 10h38
    |

            Catherine Rollot








                        



                                


                            

A Luc-sur-Aude (Aude), dans la garrigue du Languedoc-Roussillon, le soleil brille pour tout le monde, mais, surtout, il appartient à chacun. Depuis la mi-décembre 2017, une centrale photovoltaïque, financée et gérée par les habitants, fonctionne. Installé dans un sous-bois de pins, à 800 mètres de ce petit village des Corbières de 220 habitants, 1,2,3 Soleil est le premier parc solaire citoyen français construit grâce au financement participatif : 286 particuliers, résidents du village ou des alentours, ont investi dans cette centrale qui produira 320 000 kilowattheures par an, soit la consommation (hors chauffage) des Lucois.
« Le parc a été conçu pour nos besoins, explique le maire (sans étiquette), Jean-Claude Pons. L’objectif n’est pas de produire de l’énergie pour la vendre à d’autres, mais d’assurer notre autonomie énergétique, de manière propre et locale. » Le courant produit par les panneaux solaires du parc est revendu à Enercoop, un fournisseur coopératif spécialisé dans les énergies renouvelables. Mais le village de Luc-sur-Aude étant le premier sur la ligne de distribution, l’essentiel de l’électricité fournie par la centrale solaire est consommé sur place.

Avant de se faire une place au soleil, le projet a nécessité de la patience : pas moins de huit ans de travail pour le maire, agriculteur bio dans le civil. Car produire sa propre énergie ne s’improvise pas. Une fois les panneaux, ondulateurs, transformateurs et autres câbles installés grâce à l’expertise technique de l’entreprise partenaire Soleil du Midi, l’installation doit être raccordée au réseau d’Enedis, ex-ERDF. Un casse-tête qui a bien failli faire échouer le projet, en raison du monopole de l’entreprise, seule habilitée à réaliser toutes les interventions techniques (raccordement, dépannage, relevé des compteurs…).
275 000 euros récoltés
« Nous avions évalué notre budget sur la base d’un devis fait par un sous-traitant trois fois moins...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3244,1-0,0-8"> ¤ Trente-deux scientifiques ont déjà prévu de rejoindre la France. Le ministère de la recherche évoque de nouveaux appels à projets.
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Climat : la France, terre d’accueil des chercheurs lâchés par Trump

Trente-deux scientifiques ont déjà prévu de rejoindre la France. Le ministère de la recherche évoque de nouveaux appels à projets.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 10h36
 • Mis à jour le
31.05.2018 à 12h15
    |

            Simon Roger








                        



   


L’invitation avait été lancée par Emmanuel Macron lui-même, et en anglais pour mieux atteindre sa cible. Quelques heures à peine après l’annonce du retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat, le 1er juin 2017, le président français proposait aux scientifiques, ingénieurs et entrepreneurs déçus par la décision de Donald Trump de venir « travailler ici, avec nous, sur des solutions concrètes pour le climat ». Si l’offre n’est pas restée lettre morte, elle n’a pas suscité jusqu’à présent un mouvement de grande ampleur. Dans la sphère de la recherche, seuls trente-deux scientifiques ont prévu de rejoindre la France, et une poignée d’entre eux sont déjà arrivés.
Une première vague de l’appel à projets Make our planet great again – un détournement du slogan de campagne de M. Trump – a permis de distinguer dix-huit lauréats en décembre 2017. Une deuxième liste de quatorze chercheurs a suivi début mai. Elle ne devrait pas être la dernière, assure le ministère de l’enseignement supérieur, qui a retenu « 450 candidatures de qualité » parmi les quelque 1 800 dossiers reçus à la suite du discours du chef de l’Etat, émanant d’une centaine de pays mais dans 60 % des cas de chercheurs installés aux Etats-Unis.

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Alessandra Giannini est l’une d’elles. Etablie depuis 1995 à l’université de Columbia, cette scientifique italienne rejoindra d’ici à la fin de l’année un laboratoire parisien de météorologie dynamique pour travailler, à partir de l’étude du Sahel, sur « l’amélioration de la prévision des pluies en zone tropicale ». En qualité de chercheuse senior, elle bénéficiera d’une bourse de 750 000 euros allouée par l’Etat à partir du programme d’investissements d’avenir – l’aide est de 500 000 euros pour un chercheur moins expérimenté – et d’un soutien financier équivalent apporté par son institution de tutelle en France.
« Pendant cinq ans, je vais pouvoir travailler sans me soucier de trouver des financements », se réjouit-elle. Cette situation, qui est le lot commun des chercheurs basés outre-Atlantique, s’est dégradée après l’arrivée au pouvoir de Donald Trump. En quelques mois, la nouvelle administration a restreint les marges de manœuvre de l’Agence de protection de l’environnement (EPA) et mis un terme à plusieurs programmes de recherche liés au climat, comme récemment le programme de la NASA chargé de surveiller la présence dans l’atmosphère du dioxyde de carbone et du méthane, deux puissants gaz à effet de serre.
« Motivations »
Alessandra Giannini déclare aussi avoir répondu à l’appel avec l’envie de faire avancer la recherche européenne sur le climat. « C’est l’une des motivations les plus fréquentes des chercheurs qui se sont manifestés, selon Corinne Le Quéré, professeure à l’université d’East Anglia, au Royaume-Uni, et présidente du jury international de neuf personnes (dont la paléoclimatologue française Valérie Masson-Delmotte) qui a évalué la qualité des projets des candidats. Aux Etats-Unis, les chercheurs souffrent d’un manque de soutien des autorités. C’est d’autant plus difficile à accepter que cette nation a longtemps été leader dans la recherche sur le système Terre et dans l’exploration satellitaire. » 
En choisissant d’occuper le terrain, la France pourrait réveiller les prétentions d’autres nations, veut croire l’universitaire canadienne, également directrice du Tyndall Centre, un centre de recherche anglais sur le changement climatique. L’initiative d’Emmanuel Macron a au moins convaincu l’Allemagne, qui a retenu, dans le cadre d’un appel à projets parallèle, treize premiers lauréats parmi 1 500 dossiers présélectionnés.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3244,1-0,0-9"> ¤ La Commune, un nouvel espace aux usages multiples, dynamise cette zone en pleine transformation.
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A Lyon, un « tiers-lieu » réveille le quartier de Gerland

La Commune, un nouvel espace aux usages multiples, dynamise cette zone en pleine transformation.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 09h00
    |

                            Adrien Naselli (Lyon, envoyé spécial)








                        



                                


                            

Bérénice Bocheux, une Lyonnaise de 36 ans née à Gerland, vit depuis sa majorité dans le quartier bohème de la Croix Rousse. Ce mercredi, elle est revenue dans son ancien quartier pour dîner avec une amie à La Commune, un nouveau « tiers lieu » aux usages multiples. « Pour un mercredi soir, c’est drôlement animé !, s’exclame-t-elle parmi la foule en verve, harmonieusement répartie sur la vaste terrasse. Cet endroit va faire du bien à la vie de quartier, car Gerland manque cruellement de commerces. »
Rémy Plaisance et Guillaume Labrique, sortis du centre-ville pour échapper à la finale de l’Europa League qui bat son plein dans les rues de Lyon, acquiescent : « On en a marre des minuscules terrasses, on veut des ­endroits avec de l’espace ! En plus, on peut tout faire ici. » Deux mois à peine après son ouverture, La Commune est dépassée par son succès. Ses trois cofondateurs ­attendaient 300 visiteurs par jour. Ils en comptent environ 1 200. La preuve que leur concept de gigantesque tiers lieu est venu combler un manque à Gerland.

Les visiteurs, considérés comme « des acteurs et non pas des ­consommateurs », viennent avant tout pour manger. Une quinzaine de chefs ou de start-up du monde culinaire y sont accueillies en échange d’un loyer de 5 000 euros par mois. Parmi ces locataires, Adrien Lamblin, dont la jeune entreprise utilise des farines d’insectes « pour concevoir des alternatives à la viande ». On trouve aussi un stand italien, des burgers, des buddha bowls… L’occasion pour ces entrepreneurs de se faire connaître par le grand public. Pour manger, il faut compter un minimum de 10 euros, plus souvent 14 ou 15. Mais une foule d’originalités fait vite comprendre aux « Communards » qu’ils ne sont pas dans un food court comme un autre. A l’image de cet eco-cleaner géant, qui a pour objectif de fournir tout le voisinage en compost.
Un lieu hybride
« Le but du tiers...




                        

                        


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Article sélectionné dans La Matinale du 30/05/2018
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Produire et consommer son électricité, un rêve accessible, mais pas sans risques

Vingt mille Français deviennent autoconsommateurs en installant chez eux des panneaux solaires. Une révolution qui peine à décoller en France.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 06h38
 • Mis à jour le
31.05.2018 à 12h15
    |

                            Nabil Wakim








                        



                                


                            

« Quand on parle aux gens d’autoconsommation, la moitié pense qu’on leur parle des légumes de leur jardin », plaisante Hervé-Matthieu Ricour, directeur de la branche commerciale d’Engie (ex-GDF Suez) en France. Alors que les Allemands comptent environ 500 000 autoconsommateurs d’électricité, la France n’en dénombre qu’un peu plus de 20 000. Il faut ici faire une distinction : 350 000 particuliers disposent en France de panneaux solaires, mais la quasi-totalité ne consomment pas l’électricité produite. Elle est revendue au réseau, et ils sont ensuite rémunérés à un tarif décidé à l’avance.
C’est le cas de Frédéric Laudet, spécialiste du référencement sur Internet, qui a fait installer des panneaux photovoltaïques, il y a neuf ans, sur sa maison sise au sud de Montpellier. La production de la maison couvre environ 70 % à 75 % des besoins d’électricité de la famille. Chaque année, en juin, Enedis (ex-ERDF) reverse 2 000 euros à M. Laudet, qui a rentabilisé son installation. « C’est l’équivalent d’un treizième mois, explique-t-il. Mais l’aspect financier n’était pas ma motivation. Mon rêve serait d’avoir une maison à énergie positive. »
C’est là que réside la différence : les autoconsommateurs produisent, mais consomment l’essentiel de leur production, avant de reverser le surplus d’électricité produite sur le réseau. La différence paraît mince, mais elle est fondamentale. « Cette électricité ne passe plus sur le réseau électrique. Je produis pour consommer, pas pour revendre », détaille Nicolas Couderc, directeur France d’EDF énergies nouvelles.

La motivation principale de ces producteurs d’électricité d’un nouveau genre ? « Comme je ne suis pas convaincu par le nucléaire sur le long terme, il me paraît logique d’assumer les conséquences », explique Thibaud L., de Nantes. Il en va de même pour Elisabeth G., d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) : « C’est notre petite participation au...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3244,1-0,0-11"> ¤ Le nombre de transactions a augmenté de 5,5 % en 2017, porté par le dynamisme des ventes de petites forêts.
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En moyenne, un hectare de forêt vaut 4 110 euros

Le nombre de transactions a augmenté de 5,5 % en 2017, porté par le dynamisme des ventes de petites forêts.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 06h15
    |

            Jérôme Porier








                        



   


En 2017, le prix moyen des forêts françaises est resté pratiquement stable (+ 0,2 %), à 4 110 euros par hectare, selon l’Indicateur 2018 du marché des forêts en France, une étude annuelle réalisée par la Société forestière, premier gestionnaire d’actifs forestiers privés en France, et la Safer, société sans but lucratif sous tutelle des ministères de l’agriculture et de Bercy, qui a notamment pour mission d’assurer la transparence du marché foncier.
Si les prix des forêts ont peu bougé, le nombre des transactions, les surfaces vendues et la valeur du marché ont atteint des niveaux records. Les ventes ont ainsi augmenté de 5,5 %, portées par une demande dynamique pour les petites forêts (de un à dix hectares). En valeur, le marché des forêts progresse de 3,3 %, à 1,5 milliard d’euros.

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Si le marché des petites parcelles est dynamique, celui des grandes forêts somnole. Avec seulement quatre-vingts transactions par an, le marché des forêts de plus de cent hectares stagne depuis 2015. « Ce marché restreint est dominé par les personnes morales privées », précise Emmanuel Hyest, président de la Fédération nationale des Safer.
Les acquisitions des personnes morales privées (agricoles, forestières ou institutionnelles) progressent de 14 % et atteignent 49 200 hectares, soit 38 % du total de la surface du marché. Ce niveau inédit dépasse pour la première fois celui des particuliers non agricoles.
Une apparente stabilité des prix
Cette évolution reflète notamment la montée en puissance des Groupements fonciers forestiers (GFF). Il s’agit de sociétés civiles permettant à des particuliers de se regrouper pour acheter des forêts. Les associés du GFF possèdent des parts sociales, qu’ils peuvent revendre à certaines conditions. La gestion courante des forêts étant confiée à un professionnel, le GFF tire l’essentiel de ses revenus des ventes de coupes de bois. La rentabilité moyenne dépasse rarement 2 % à 3 %, auxquels il faut ajouter environ 1 % de revalorisation des forêts par an.
L’apparente stabilité des prix cache des évolutions contrastées selon les régions. « Il faut noter que 90 % des transactions sont conclues à des prix compris entre 630 et 12 200 euros par hectare, dépendant des régions et de la qualité des biens mis sur le marché », détaille Gilles Seigle, PDG de la Société forestière.

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Si 3,5 millions de particuliers en France possèdent une parcelle de forêt, dans la plupart des cas, les surfaces qu’ils détiennent ne dépassent pas 0,5 à trois hectares. « De telles parcelles, souvent reçues à travers un héritage, sont difficiles à rentabiliser et à vendre », explique Jean-François Descaves, qui a créé Asset Market, une place de marché virtuelle permettant de négocier ces actifs illiquides.
A noter : les forêts bénéficient d’une fiscalité clémente. La Loi de finance pour 2018, qui a remplacé l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) par l’Impôt sur la fortune immobilière (IFI), a préservé les dispositifs concernant les forêts. Si vous détenez des forêts directement ou via un GFF, elles sont soumises à l’IFI après un abattement de 75 % de leur valeur.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3244,1-0,0-12"> ¤ Le sol a été touché 155 000 fois par la foudre depuis le début du mois. 5 % du vignoble bordelais a été endommagé.
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Orages : la France connaît le mois de mai le plus électrique depuis 2000

Le sol a été touché 155 000 fois par la foudre depuis le début du mois. 5 % du vignoble bordelais a été endommagé.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 03h39
 • Mis à jour le
31.05.2018 à 07h25
   





                        



   


La France n’avait jamais subi autant d’impacts de foudre pour un mois de mai depuis au moins 2000 : le pays a connu mercredi 30 mai un épisode électrique digne d’un mois d’août, qui ne concernait plus mercredi soir que 14 départements de l’Est et du Sud-Ouest. Jeudi à 3 heures, il n’y avait « pratiquement plus d’impact de foudre », a précisé Météo-France qui a levé sa vigilance orange contre les orages. Seuls quatre départements du Sud-Ouest (Hautes-Pyrénées, Gers, Lot-et-Garonne et Dordogne) étaient maintenus en alerte contre les pluies et inondations.
Le sol de l’Hexagone a été frappé par plus de 155 000 impacts de foudre depuis le début du mois, du jamais vu depuis au moins 2000 et le début des recensements mis en place par Météo-France. Le précédent record remontait à mai 2009, qui fut alors secoué par 84 000 impacts. « Ces orages ne sont pas exceptionnels par leur intensité mais par le fait qu’ils arrivent tôt : on voit plutôt ce type d’événements habituellement au cœur de l’été », souligne le prévisionniste Patrick Galois.
5 % du terroir bordelais
Le vignoble bordelais a eu 7 100 hectares touchés ce week-end, soit 5 % du terroir. En Champagne, la grêle en avril et mai a endommagé 1 800 hectares de vignoble, dont un millier entièrement détruit par ces phénomènes d’une précocité « exceptionnelle » selon le Comité Champagne. La ville d’Epinal a demandé la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle après de fortes inondations.

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Les pompiers ont signalé « des interventions mais rien de grave » dans le Lot, l’Aveyron et le Gers. Il s’agit de caves inondées ou de routes partiellement coupées. A Condom dans le Gers douze personnes « ont été mises en sécurité » suite à la montée des eaux.
A Nozeroy, dans le massif jurassien, plusieurs centimètres de grêle ont recouvert la chaussée dans l’après-midi, endommageant des dizaines de voitures et de toitures. Mercredi après-midi, les orages ont frappé de la région Centre aux Pyrénées. A Paris, la présentation du futur dispositif de sécurité autour de la tour Eiffel a été annulée.
Atmosphère « tourneboulée »
A l’origine de ce phénomène météo, le maintien sur la France d’une masse d’air chaude et humide, créant « une situation répétitive ». « La situation est stable depuis quelques jours, souligne Patrick Galois. Pour des orages actifs, il faut de l’air chaud mais aussi des contrastes, avec de l’air plus chaud dans les basses couches et plus froid en altitude, et de l’humidité. »
« Et ce printemps a une particularité : l’atmosphère est un peu tourneboulée, puisque l’air chaud se situe plutôt au nord de l’Europe et l’air frais est dévié vers le sud », explique-t-il, évoquant la présence d’« un anticyclone vissé sur la Scandinavie depuis plusieurs semaines ». Toulouse a ainsi connu un mois de mai plus frais qu’Oslo, où il a fait 29 °C.
Globalement, côté températures, ce mois de mai a été plutôt plus doux, sauf près des Pyrénées. Parmi les quelques records relevés, Charleville-Mézières (où il a fait 4 °C de plus l’après-midi qu’à Biarritz), et d’autres à attendre peut-être du côté de Lille et Saint-Quentin.
Côté précipitations, pas de record national, mais quelques records locaux ont été enregistrés : à Villefranche-de-Rouergue (78 mm en 24 heures, record depuis l’ouverture de la station de mesure il y a trente ans), ou dans le Calvados.
Et ce n’est pas fini… Après une « petite accalmie » vendredi et samedi, une nouvelle « goutte froide océanique » dimanche et lundi va réactiver les orages, prévient le prévisionniste, car « on a toujours ce blocage avec l’anticyclone » sur le Nord.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3244,1-0,0-13"> ¤ L’économiste Maxime Combes, membre d’Attac, dénonce dans une tribune au « Monde » le pouvoir des groupes de pression que confirme la non-interdiction du glyphosate malgré les engagements d’Emmanuel Macron.
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Glyphosate : « Faire en sorte que les lobbies ne gagnent pas toujours à la fin »

L’économiste Maxime Combes, membre d’Attac, dénonce dans une tribune au « Monde » le pouvoir des groupes de pression que confirme la non-interdiction du glyphosate malgré les engagements d’Emmanuel Macron.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 17h00
    |

Maxime Combes (Economiste, membre d'Attac)







                        



                                


                            

Tribune. Dans le match qui oppose les lobbies favorables à la poursuite de l’utilisation des produits phytosanitaires contenant du glyphosate à ceux qui veulent en interdire l’utilisation le plus rapidement possible, les premiers ont encore gagné : malgré l’engagement d’Emmanuel Macron en ce sens, la sortie du glyphosate en 2021 ne sera pas gravée dans la loi Agriculture et alimentation.
Beaucoup des instruments utilisés par ces groupes de pression sont désormais bien documentés
Ce n’est pas leur seule victoire : les propositions visant à interdire l’usage de drones pour épandre des pesticides, à créer des zones de protection autour des habitations, à rendre l’industrie des pesticides plus transparente, ou à créer un fonds d’indemnisation pour les victimes ont toutes été rejetées par les députés, à la demande du gouvernement.
Herbicide le plus utilisé en France, jugé cancérogène par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le glyphosate incarne à lui tout seul le poids que les lobbies industriels exercent sur les instances de régulation et de décision de nos pays « démocratiques ».

Beaucoup des instruments utilisés par ces groupes de pression sont désormais bien documentés, comme la transmission d’amendements et d’argumentaires clés en main à des députés peu soucieux de la qualité et de la sincérité du travail parlementaire ; l’utilisation des fameuses « portes tournantes » (revolving doors) qui permettent à des cadres du privé de revenir dans la haute administration publique et assurer aux lobbies une grande proximité avec les lieux de décisions ; le financement d’études présentées comme « scientifiques » visant à insinuer le doute dans le débat public sur les impacts du produit incriminé (glyphosate, tabac, etc).
Pratiques bien connues
Du cas du tabac aux « Monsanto Papers », ces pratiques sont désormais bien connues. Un élément majeur, décisif même, est pourtant souvent éludé : la propension...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3244,1-0,0-14"> ¤ Après l’octroi de permis pétroliers dans un parc naturel et l’attribution de concessions forestières, associations écologiques et bailleurs de fonds s’inquiètent.
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Décryptage

La RDC multiplie les violations de ses engagements environnementaux

Après l’octroi de permis pétroliers dans un parc naturel et l’attribution de concessions forestières, associations écologiques et bailleurs de fonds s’inquiètent.

Laurence Caramel
    



LE MONDE
              datetime="2018-05-30T15:28:29+02:00"

        Le 30.05.2018 à 15h28

     •
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        Mis à jour le 30.05.2018 à 16h29






    
Un bûcheron à Lushebere, dans l’est de la RDC, en 2009.
Crédits : LIONEL HEALING / AFP


Le langage reste diplomatique, mais le message adressé est clair : à un mois de la réunion annuelle du Comité du patrimoine mondial à Bahreïn, l’Unesco « prie instamment l’Etat » congolais de faire marche arrière en annulant l’octroi de concessions pétrolières dans le parc national de la Salonga. Les documents mis en ligne lundi 28 mai sur le site de l’institution et qui seront soumis au vote des Etats membres rappellent une nouvelle fois au gouvernement de Kinshasa l’incompatibilité entre l’inscription d’un bien au patrimoine mondial et « l’exploration ou l’exploitation pétrolière ». Selon nos informations, une mise en garde serait aussi sur le point d’être directement envoyée par la direction de l’Unesco.

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                En RDC, le parc naturel des Virunga à l’épreuve de la violence



Début février, le président Joseph Kabila a relancé les craintes de voir ce parc, grand comme cinq fois la Belgique, ouvert à l’exploitation pétrolière en signant l’ordonnance approuvant le contrat de partage conclu en 2007 entre la République démocratique du Congo (RDC) et la joint-venture formée par la Société nationale des hydrocarbures (Sonahydroc) et la Compagnie minière du Congo (Comico) sur trois blocs situés dans la région de la Cuvette centrale. Deux de ces blocs empiètent sur le parc de la Salonga, classé en péril par l’Unesco depuis la fin des années 1990 en raison de l’intensité du braconnage et de l’impact des conflits armés.
Puis en mars, le ministre des hydrocarbures, Aimé Ngoy Mukena, a soumis au gouvernement un projet prévoyant le déclassement d’une partie du parc de la Salonga et de celui des Virunga, dans la région du Kivu, supposé abriter lui aussi d’importantes réserves de pétrole.
A qui profitent ces permis ?
Les termes du contrat avec Sonahydroc et Comico n’ont pas été rendus publics dans les soixante jours suivant leur approbation, comme l’y oblige la loi congolaise sur les hydrocarbures. L’ONG Global Witness lève aujourd’hui en partie le voile sur l’actionnariat de Comico. La société choisie par l’Etat congolais est détenue à 40 % par la compagnie Central Oil & Gas, immatriculée à Guernesey et propriété du magnat sud-africain Adonis Pouroulis. On ignore qui détient le reste du capital. Interrogés par l’ONG, les avocats de l’homme d’affaires ont refusé de révéler leur identité, affirmant qu’elle devait rester confidentielle pour des « raisons commerciales légitimes ». Aucun des actionnaires n’a été « condamné pour corruption, fraude ou aucune autre infraction financière », assurent-ils.

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                Forêts du Congo : des scientifiques dénoncent à leur tour le projet de l’AFD



L’enquête menée par l’association écologiste montre cependant que des entrepreneurs comme le Portugais Idalécio de Oliveira, poursuivi dans le scandale brésilien Petrobras, ont détenu des parts de Comico au cours des dernières années. Elle relève aussi la présence de personnalités évoluant dans les milieux politiques. Ainsi de Montfort Konzi, l’ancien chef de cabinet du président du Mouvement de libération du Congo (MLC), Jean-Pierre Bemba, qui intervient au moment de la création de la société en 2006.
« Il apparaît que plusieurs entreprises enregistrées dans des paradis fiscaux ont pris des participations au moment où Comico acquérait des permis pétroliers [dans le parc de la Salonga]. Sans la divulgation de l’identité de tous les actionnaires de Comico, nous ne pouvons pas savoir à qui profitent ces permis d’exploration dans un site inscrit à l’Unesco », dénonce Jean-Luc Blakey, le directeur de campagne de Global Witness.
« Deuxième poumon de la planète »
Face au flou qui règne autour des intentions de Kinshasa, une coalition d’organisations de la société civile nationale et internationale a interpellé les bailleurs de fonds pour leur demander de conditionner leurs aides au respect des accords internationaux dont la RDC est signataire. L’environnement reste en effet l’un des secteurs globalement épargnés par la dégradation des relations entre les donateurs et le pouvoir depuis le report de l’élection présidentielle, prévue initialement fin 2016, au 23 décembre 2018. La RDC ne se prive d’ailleurs jamais de mettre en avant son statut de « deuxième poumon de la planète » pour réclamer le soutien financier de la communauté internationale.
En avril, la capitale du Congo voisin, Brazzaville, a été l’hôte d’une conférence baptisée « Valoriser les tourbières pour la population et la planète ». Les deux pays partagent la plus importante tourbière des tropiques, grande de 145 000 km2. Elle représente un précieux puits de carbone dont la préservation implique, selon eux, une compensation financière. Mais dans le même temps, Kinshasa a réattribué des concessions forestières en violation du moratoire sur les forêts adopté en 2002. Cette décision a entraîné un gel des crédits accordés par la Norvège à travers CAFI, l’Initiative pour la forêt de l’Afrique centrale. Ce fonds créé en 2016 est doté de 200 millions d’euros et la RDC doit en être le principal bénéficiaire.

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                « En RDC, les populations locales font les frais de la lutte contre la déforestation »



Oslo semble aussi de plus en plus s’interroger sur le programme de gestion durable des forêts que le gouvernement cherche à faire valider depuis deux ans. Le 18 avril, la troisième version de ce programme élaboré par l’Agence française de développement (AFD, partenaire du Monde Afrique), qui en serait le maître d’œuvre pour un montant de 18 millions d’euros, a finalement été adoptée par le comité technique du Fonds national REDD, l’organe chargé de superviser la politique forestière dans le cadre de la lutte contre le changement climatique. C’est en principe l’ultime étape avant un feu vert des bailleurs de fonds. Mais les doutes demeurent. La Norvège ne veut pas apparaître comme le pays qui aura permis de relancer l’exploitation industrielle des forêts congolaises alors que les conditions de bonne gouvernance sont absentes. Dans le trouble climat préélectoral, le chaud et le froid soufflés par le régime de Kinshasa ne peuvent qu’alimenter la prudence.


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<filname="SURF-0,2-3244,1-0,0-15"> ¤ Hammarby Sjöstad, dont la construction a débuté dans les années 1990, fait figure de modèle de développement urbain.
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A Stockholm, un quartier laboratoire de la ville durable

Hammarby Sjöstad, dont la construction a débuté dans les années 1990, fait figure de modèle de développement urbain.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 13h00
    |

                            Sophie Blitman








                        



                                


                            

Le long des berges, des passants flânent sur la promenade en bois. D’autres parcourent les allées calmes bordées de cerisiers en fleurs. Peu de voitures traversent Hammarby Sjöstad, un quartier situé dans le sud de Stockholm. Et pour cause : il comporte peu de rues, ­reflet de la volonté de réduire drastiquement la circulation automobile. Les immeubles sont organisés autour de jardins, auxquels on accède par des allées piétonnes et des pistes cyclables.
Si Hammarby Sjöstad fut l’un des premiers écoquartiers d’Europe, il reste un modèle dans le monde entier. Environ 10 000 visiteurs de tous les pays s’y rendent chaque année, selon les chiffres de GlashusEtt, le centre d’information du quartier. Il compte aujourd’hui 10 000 appartements et 25 000 habitants, plutôt aisés car les prix avoisinent ceux, élevés, du centre de Stockholm. A ­défaut de mixité sociale, la qualité de vie existe bel et bien dans ces 200 hectares composés à 40 % d’espaces verts.
Ancien site portuaire
Le projet de construction d’Hammarby Sjöstad émerge en 1996 avec la candidature de Stockholm aux Jeux olympiques de 2004. A l’origine, il s’agissait de réaménager cette zone insalubre et malfamée pour y installer le village olympique. Le comité d’attribution des Jeux choisit finalement Athènes, mais la capitale suédoise ne renonce pas au projet.
Le chantier est alors lancé sur cet ancien site portuaire, qu’il a fallu d’abord dépolluer de 300 tonnes de résidus de pétrole et de métaux lourds. Le premier bâtiment voit le jour en 1998, tandis que se développent les transports en commun ainsi que des formules d’autopartage. Parallèlement, un système pneumatique de recyclage des déchets est mis en place afin d’aspirer ces derniers dans des tuyaux souterrains jusqu’à l’usine de traitement. La récupération des eaux usées contribue, quant à elle, au chauffage des immeubles.
Dès le départ, un objectif ambitieux était affiché : diviser par deux la consommation d’énergie du quartier...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3244,1-0,0-16"> ¤ Après une pause de trois ans, la consommation d’énergie et les émissions de CO2 sont reparties nettement à la hausse en 2017.
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<filname="SURF-0,2-3244,1-0,0-17"> ¤ Le ministre de l’agriculture, venu du PS, est accusé par plusieurs députés de gauche d’être sous l’influence des lobbys.
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Moisson de critiques contre Stéphane Travert sur le projet de loi agriculture et alimentation

Le ministre de l’agriculture, venu du PS, est accusé par plusieurs députés de gauche d’être sous l’influence des lobbys.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 11h13
    |

            Alexandre Lemarié et 
Manon Rescan








                        



                                


                            
La septième nuit en sept jours. Lundi 28 mai au soir, les débats sur le projet de loi agriculture et alimentation se prolongent dans l’Hémicycle de l’Assemblée nationale. Stéphane Travert vit l’un des moments les plus délicats de l’examen du texte. Le ministre de l’agriculture vient d’expliquer pourquoi l’exécutif ne souhaite pas que les députés inscrivent dans la loi l’interdiction du glyphosate dans trois ans, contrairement à l’avis d’une partie de sa majorité et à la promesse d’Emmanuel Macron.
En pleine nuit, le ministre vit pourtant un moment de félicité. Comme plusieurs fois depuis le début des débats, les éloges pleuvent depuis plusieurs bancs politiques. « Je forme le vœu que vos collègues au gouvernement, Monsieur le ministre, travaillent comme vous le faites », salue ainsi le président du groupe Les Républicains, Christian Jacob, pourtant opposé aux « deux tiers du texte ». « Ceux qui vous feraient des reproches sur la méthode auraient grand tort », renchérit depuis les travées centristes le député d’Ille-et-Vilaine Thierry Benoit. Bien que réservé sur le fond du texte, l’élu loue « l’écoute » et les réponses argumentées du ministre aux différents amendements.
Ces éloges sur la forme viennent à point nommé pour Stéphane Travert. Le Normand, ancien député socialiste de la Manche, l’un des premiers à avoir rejoint Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle, fait l’objet d’intenses critiques, jusque dans la majorité. « On entend plus Jean-Baptiste Moreau [député macroniste rapporteur du texte] que Travert ! », cingle une députée La République en marche (LRM). Sur certains amendements, le ministre s’est plusieurs fois fait battre par la majorité, le signe d’une différence de vision, voire, parfois, d’un manque d’autorité auprès des élus présents lors des débats.

Stéphane Travert subit de nombreuses attaques sur ce texte, notamment de la part des écologistes...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3244,1-0,0-18"> ¤ Pluies intenses, grêle et inondations risquent de toucher 41 départements sur une large bande traversant la France du nord-est au sud-ouest.
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Météo : près de la moitié du pays en vigilance orange

Pluies intenses, grêle et inondations risquent de toucher 41 départements sur une large bande traversant la France du nord-est au sud-ouest.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 11h09
   





                        



   


Météo France a placé 41 départements en vigilance orange, mercredi 30 mai, en prévision d’une nouvelle vague d’« orages violents attendus en cours d’après-midi et soirée » et de risques d’inondation, soit 19 de plus que la veille. La fin de cette alerte est prévue jeudi à 7 heures.
L’alerte orange est maintenue pour les Ardennes, l’Aube, le Cher, la Côte-d’Or, le Doubs, l’Indre, le Jura, le Loir-et-Cher, le Loiret, la Marne, la Haute-Marne, la Meurthe-et-Moselle, la Meuse, la Moselle, la Nièvre, le Bas-Rhin, le Haut-Rhin, la Haute-Saône, la Saône-et-Loire, les Vosges, l’Yonne et le Territoire de Belfort.
Elle est élargie à l’Ain, l’Ariège, l’Aveyron, la Charente, la Corrèze, la Creuse, la Dordogne, la Haute-Garonne, le Gers, la Gironde, les Landes, le Lot, le Lot-et-Garonne, les Pyrénées-Atlantiques, les Hautes-Pyrénées, la Seine-et-Marne, le Tarn, le Tarn-et-Garonne et la Haute-Vienne.
Progression vers le nord
« De la Franche-Comté à la Bourgogne et au Berry, on observera sous ces orages de fortes intensités pluvieuses, de l’ordre de 20 à 40 mm en moins d’une heure, avec localement de la grêle et de fortes rafales de vent. Ces orages progresseront vers le nord dans la soirée et la nuit suivante », détaille l’organisme.
« Dans le Sud-Ouest, ces orages débuteront sur l’Occitanie et gagneront lentement le nord et l’ouest, en s’accompagnant de fortes pluies. La nuit prochaine, les pluies orageuses persisteront sur un axe s’étirant des Hautes-Pyrénées à la Charente. Les cumuls atteignent localement 40 à 60 mm, ponctuellement 80 mm, avec des “lames d’eau horaires” atteignant ou dépassant les 30 mm », ajoute Météo France.

        Lire aussi :
         

                Plus de 6 000 hectares de vignobles bordelais abîmés par les orages de grêle



Plusieurs vagues d’orages ont frappé la France ces derniers jours, entraînant, entre autres, d’importants dégâts dans le vignoble bordelais. La ville d’Epinal, dans les Vosges, a demandé la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle après de fortes inondations en début de semaine. Les inondations ont également touché les villes, notamment Paris, où de nombreuses stations de métro ont été inondées mardi soir.

Si vous prenez le #métro ce soir n’oubliez pas vos bottes !
@ClientsRATP 
— SebastienM (@Sebastien Mabile)


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<filname="SURF-0,2-3244,1-0,0-19"> ¤ L’Assemblée nationale a adopté mercredi par 339 voix contre 84, avec 130 abstentions, le projet de loi agriculture et alimentation en première lecture.
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La loi agriculture et alimentation enterre plusieurs promesses de Macron

L’Assemblée nationale a adopté mercredi par 339 voix contre 84, avec 130 abstentions, le projet de loi agriculture et alimentation en première lecture.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 11h07
 • Mis à jour le
31.05.2018 à 06h36
    |

            Rémi Barroux et 
Manon Rescan








                        



                                


                            
Certains y verront des avancées sur les questions environnementales. D’autres ne retiendront de la loi agriculture et alimentation qu’une série de renoncements quant aux objectifs annoncés lors des états généraux de l’alimentation et à certains engagements d’Emmanuel Macron.
Sans surprise, après huit jours de débats souvent animés, l’Assemblée nationale a adopté, mercredi 30 mai, par 339 voix contre 84, avec 130 abstentions, le projet de loi agriculture et alimentation en première lecture. Mais, avant même la fin de l’examen du texte, celui-ci nourrissait déjà la déception, voire la colère des organisations environnementales et des écologistes notamment.
Emmanuel Macron « a très clairement tranché entre notre santé, l’environnement et le pire de l’agriculture », estimait ainsi le député écologiste européen Yannick Jadot, sur LCP. L’ONG Générations futures, spécialisée sur les questions de santé environnementale, juge, elle, que, « une nouvelle fois, les intérêts financiers ont primé sur la santé de nos populations ».
La déception est à la hauteur des espérances qu’avaient fait naître les propos du chef de l’Etat, quand il avait annoncé l’interdiction du glyphosate d’ici à 2021 ou qu’il avait déclaré, lors des Etats généraux de l’alimentation, à Rungis, le 12 octobre 2017 : « Le rejet des produits chimiques, la préférence pour l’alimentation naturelle sont des lames de fond sociales », évoquant « l’angoisse des consommateurs, la préoccupation légitime des concitoyens, mais aussi de l’ensemble du monde agricole ».
« Bronca »
Mesure emblématique, l’interdiction du glyphosate d’ici à trois ans ne figure pas dans la future loi, malgré la tentative de députés, dont certains de La République en marche (LRM), de l’y inscrire. Elle reste néanmoins un engagement gouvernemental, conditionné à la recherche sur les alternatives à cet herbicide. Cette « trahison », selon Générations futures, a été vivement...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3244,1-0,0-20"> ¤ L’explorateur publie le récit de la mission « Adaptation » : quatre expéditions de trente jours en solitaire, dans les milieux les plus extrêmes du globe.
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Christian Clot, explorateur des frontières de l’humain

L’explorateur publie le récit de la mission « Adaptation » : quatre expéditions de trente jours en solitaire, dans les milieux les plus extrêmes du globe.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 11h01
 • Mis à jour le
30.05.2018 à 11h51
    |

                            Julia Zimmerlich








                        



   


Dès la deuxième page du livre, on retient son souffle. Nous sommes au milieu des eaux glacées de la Patagonie chilienne, tandis que souffle le terrible williwoo, un vent dont les rafales atteignent jusqu’à 200 km/h et qui a l’effet de « mille poignards plantés dans le corps ». Dans ce théâtre apocalyptique du bout du monde, Christian Clot est là, solidement accroché à la vie dans son kayak. Et ce n’est que le début de ce récit d’aventures, qui se dévore d’un trait.
Mais comment va-t-il survivre ? Cette question est au centre des travaux de Christian Clot, cet insatiable explorateur qui vient de publier Au cœur des extrêmes. Braver les quatre milieux les plus hostiles de la planète pour éprouver les capacités humaines d’adaptation. (éd. Robert Laffont). D’août 2016 à février 2017, le Franco-Suisse, âgé de 46 ans, a traversé successivement quatre des milieux les plus extrêmes du globe, de par leur climat ou leur variabilité. A chaque fois, il a testé sa résistance dans ces milieux pendant trente jours, avec quinze jours de pause entre chaque. Nom de la mission : « Adaptation ».
Poker avec la mort
Ce voyage dantesque, on ne le souhaiterait à personne tellement il semble surhumain. Christian Clot a arpenté le désert du Dasht-e Lut, en Iran, par 70 °C au soleil et 3 % de taux d’humidité. Il a connu les canaux marins de Patagonie, avec un taux d’humidité qui frôle 100 %, une eau à 3 °C et un temps extrêmement versatile. Il s’est plongé dans l’enfer vert de la forêt amazonienne du Brésil et a traversé le théâtre des monts de Verkhoïansk, en Russie orientale, et alors qu’il faisait – 55 °C sous la tente. Une partie de poker avec la mort à chaque expédition.

   


« Que se passe-t-il dans notre cerveau confronté à ce genre de crise ? Qui sommes-nous lorsque, soudainement, nous nous rendons compte que la situation proposée par l’existence dépasse nos capacités ? » Voilà les questions auxquelles Christian Clot a voulu répondre avec ce programme. Il était entouré d’une armada de scientifiques et chercheurs, reconnaissants d’avoir le cobaye idéal, prêt à risquer sa vie pour la science.
Car l’explorateur est un jusqu’au-boutiste. Pour se rapprocher au plus près des situations de crises réelles, impossibles à reconstituer en laboratoire, il est parti sans téléphone, sans balise, sans aucun contact avec le monde extérieur. « Dans ces moments de la vie où tout peut basculer, où l’on se retrouve face à quelque chose d’insurmontable, nous sommes obligés de nous adapter… ou de mourir physiquement ou intellectuellement. Pourquoi certains y parviennent et pas d’autres ? Que se passe-t-il dans leur cerveau ? Quelles sont les clés qui font la différence ? » poursuit l’explorateur.
Souffrance, peur, froid, isolement…
Malgré les apparences, « Christian n’est pas une tête brûlée, commente Jérémy Roumian, son précieux directeur des opérations. Chaque détail est réglé au millimètre. Ensemble, nous imaginons pendant des mois les scénarios du pire pour que, une fois sur le terrain, il dispose d’un maximum de solutions. » Pour toute l’équipe, chaque départ est teinté de joie et de fierté d’avoir réussi à mettre sur pied une organisation ultracomplexe, parfois dans des pays instables politiquement. La peur au ventre, ils attendent alors l’appel libérateur, trente jours plus tard de Christian, revenu, vivant, à la civilisation.

   


Christian Clot a grandi à la campagne, aux côtés de ses deux frères aînés, dans une maison entourée d’une forêt. Une histoire contrariée avec l’école le pousse à arrêter très tôt ses études et à flirter avec les extrêmes. A 16 ans, il annonce à ses parents qu’il part pour le Canada avec un ami. Pour la première fois de sa vie, il est le moteur de ses choix. Désormais, il ne pense plus qu’à une seule chose : repartir. Il multiplie les voyages jusqu’en 1999 où, lors d’un tour du Népal à pied, il découvre une région qui n’a encore jamais été cartographiée et décide de devenir explorateur.
En 2004, avec deux collègues, il s’attaque à la Terre de Feu et à la cordillère Darwin, au Chili. Un endroit terrifiant où personne n’est encore jamais rentré. Pendant treize jours, ils restent bloqués dans leur tente, pris dans une tempête incessante. Ces deux semaines, qui paraissent une éternité, lui font prendre conscience que l’on connaît si peu l’humain. Dès lors, il n’aura de cesse de tester les limites de l’humain, et sa résistance à la souffrance, la peur, le froid, l’isolement…
Lire notre série de 2010 : Un jour, ils ont choisi l’aventure
Un immense optimiste
Le travail de Christian Clot est traversé par l’œuvre de Charles Darwin (auquel il a consacré une BD, publiée chez Glénat) et les changements climatiques inéluctables à venir. « Ce qui me fait repartir, c’est que je pense avoir quelque chose à apporter à l’humanité aujourd’hui, détaille l’explorateur. Mes travaux visent à une meilleure compréhension de notre cerveau, du rôle des émotions, de nos capacités insoupçonnées à faire face à des situations nouvelles. J’étais un immense pessimiste quant à notre avenir. Avec le temps, je suis devenu un immense optimiste. Le projet “Adaptation” est un message d’espoir. Demain, s’il fait 36 °C ou – 20 °C, nous saurons nous adapter. »
Avant chaque départ, Christian Clot se soumet à des IRM avec l’équipe du professeur Etienne Koechlin, directeur du laboratoire de sciences cognitives de l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm. Les mêmes scans sont réalisés après chaque milieu, et permettent ainsi une comparaison de ses réseaux neuronaux. Sur le terrain, par – 55 °C ou + 70 °C, en plus de lutter pour sa survie et de parcourir les milieux sur de longues distances avec 100 à 150 kg de matériel, il consacre jusqu’à deux heures par jour à différents protocoles de recherche : des tests cognitifs sur ordinateur, l’écriture d’un journal avec verbalisation écrite et orale de certaines émotions pour mesurer sa perception des événements et des relevés physio-cognitifs de référence qui permettent de suivre sa température, ses rythmes cardiaques et respiratoires, les taux de cortisol et diverses hormones et molécules… Des milliers de données qui sont toujours en cours d’exploitation.
Les premiers résultats montrent qu’en l’espace de trente jours, il y a bien des modifications au niveau du cerveau. « Les zones pariétales, les zones de la mémoire, ainsi que les zones émotionnelles ont été impactées, relate-t-il. Personne ne croyait à de tels changements sur une si courte durée. Plusieurs indicateurs tendent aussi à prouver que l’émerveillement est une clé pour dépasser une situation difficile. »
Capacité d’émerveillement
Cet émerveillement, c’est un oiseau minuscule qui virevolte devant sa tente, un rire libérateur en pensant à une case de BD d’Astérix ou un arc-en-ciel qui viennent atténuer sa souffrance physique ou élargir sa perception de l’environnement. « Dans ces moments-là, il fait toujours aussi chaud, ou froid, ou humide, et pourtant cela me donne la force et surtout la raison de continuer à lutter. Nous avons besoin de cette capacité à aimer pour avancer. Cela fait dix ans que j’y crois, et que je travaille quotidiennement ma capacité d’émerveillement, même dans les situations les plus difficiles. »
Pour valider ses hypothèses, Christian Clot prévoit de repartir en janvier 2019 pour la « Mission 20 » : dix femmes et dix hommes âgés de 25 à 45 ans, tous volontaires, prêts à se soumettre au même enchaînement infernal des quatre milieux. L’équipe est déjà constituée avec des habitués d’ultratrails et des sportifs occasionnels, des docteurs et des sans-diplôme… « C’est cette énergie de différenciation qui va rendre un groupe capable de faire quasiment n’importe quoi, ajoute l’explorateur. Si je partais avec vingt personnes ultra-entraînées physiquement, je suis sûr que l’on n’arriverait pas au bout. Dans les difficultés, la capacité physique n’a plus aucune importance, ni l’intelligence. Seule la capacité d’adaptation compte. Si on met nos cerveaux en réseau, sans préjugés, on peut décupler collectivement nos capacités, qu’aucune intelligence artificielle ne pourra dépasser. »
Christian Clot interviendra lors du Festival de l’innovation Novaq. 
Les 13 et 14 septembre 2018, la région Nouvelle Aquitaine, en partenariat avec Le Monde, organise deux jours de débats, conférences, pitchs et ateliers au H14, à Bordeaux. 
Scientifiques, experts, entrepreneurs échangeront autour de trois grands thèmes : le cerveau, l’espace et l’océan. Fil rouge de cette édition : l’innovation au service de l’humain.
Programme et inscriptions ici. 



                            


                        

                        

