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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Un collectif d’étudiants, d’universitaires et de politiques, parmi lesquels Nicolas Offenstadt, Elsa Faucillon et Frédéric Lordon, propose dans une tribune au « Monde » de construire symboliquement de nouveaux établissements pour lutter contre la politique actuelle.
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« Nous lançons un appel à bâtir les nouvelles universités que l’Etat refuse de créer ! »

Un collectif d’étudiants, d’universitaires et de politiques, parmi lesquels Nicolas Offenstadt, Elsa Faucillon et Frédéric Lordon, propose dans une tribune au « Monde » de construire symboliquement de nouveaux établissements pour lutter contre la politique actuelle.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 15h21
    |

                            Collectif








                        



                                


                            
Tribune. A celles et ceux qui se préoccupent de rendre de la conscience à leur vie, qui n’en peuvent plus depuis trente ans des réformes mortifères, de la compétition à outrance comme idéologie, seule créatrice de richesse, de la destruction de la culture, du rabougrissement des savoirs, nous lançons un appel à bâtir les nouvelles universités que l’Etat refuse de créer ! C’est à Vincennes, ce samedi 2 juin, que nous poserons la première pierre de l’université en refondation et que nous appellerons à lancer autant de chantiers que nécessaire partout en France.
Toutes ces réformes pallient de faux problèmes créés de toutes pièces par la haute fonction publique
Dans le débat public sur l’université, les questions les plus urgentes masquent des problèmes plus profonds. Ainsi, la comparaison entre l’algorithme APB et la mise en concurrence des étudiants et des universités par Parcoursup fait écran à des réformes plus souterraines : obsolescence programmée du baccalauréat, professionnalisation de la licence, réduction ou assujettissement des humanités, augmentation drastique des frais d’inscription, séparation de l’enseignement supérieur entre collèges universitaires paupérisés, dits « de proximité », et établissements « de recherche intensive visibles internationalement », dérégulation des formations diplômantes et transformations des statuts des universitaires.
Toutes ces réformes pallient de faux problèmes créés de toutes pièces par la haute fonction publique pour masquer le sous-investissement chronique de l’Etat dans l’enseignement supérieur et la recherche.
Stagnation des budgets
Alors que l’augmentation démographique de l’an 2000 et le désir grandissant des bacheliers de poursuivre leurs études conduit à un afflux de 150 000 étudiants en dix ans, l’Etat n’est plus à la hauteur de ce formidable élan : les budgets de l’université stagnent et l’ouverture de postes d’enseignants-chercheurs diminue – 7 000 postes de titulaires en...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Des hauts fonctionnaires des ministères et juridictions économiques mettent en garde, dans une tribune au « Monde », contre la porosité entre l’industrie financière et l’administration chargée d’en édicter les normes.
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« Faire évoluer la culture des relations entre l’administration et les représentants des secteurs financiers »

Des hauts fonctionnaires des ministères et juridictions économiques mettent en garde, dans une tribune au « Monde », contre la porosité entre l’industrie financière et l’administration chargée d’en édicter les normes.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 14h00
    |

Collectif Léa Guessier







                        



                                


                            
Tribune. Alors que le Brexit se prépare, la France prétend jouer sa carte en devenant un pôle-clé de la finance. Cet enjeu économique, mais également la crainte de l’éclatement d’une prochaine bulle, rendent déterminant le rôle de l’Etat comme régulateur et garant du bon fonctionnement des institutions financières. Or, comme le savent bien les praticiens de cette régulation, les outils de l’Etat sont loin d’être à la hauteur de cette mission et il est urgent de les faire évoluer.
L’une des principales difficultés de l’élaboration de la norme en matière économique et financière tient à l’expertise nécessaire. Or, si cette expertise n’existe pas en quantité finie et peut théoriquement être acquise par tous, force est de constater qu’elle est, en France au moins, détenue pour une large part par les « lobbys » financiers, c’est-à-dire par les associations, organisations et fédérations chargées de représenter les intérêts des industries financières – essentiellement les banques et les sociétés d’assurances –, en particulier auprès des pouvoirs publics.

Les moyens humains et financiers de ces lobbys sont sans commune mesure non seulement avec ceux dont disposent les représentants d’autres intérêts, comme les associations de consommateurs ou d’usagers, mais aussi avec ceux des administrations chargées d’élaborer la régulation qu’ils appliquent.
Eléments fournis « clés en main »
Pour chaque domaine de la régulation financière, on peut estimer qu’en moyenne un expert de l’administration française dispose de six ou sept interlocuteurs différents et spécialisés au sein de l’organisation professionnelle concernée. Il est, dans ces conditions, très difficile pour un expert public de parvenir au même niveau de connaissance que ses interlocuteurs privés et ceux-ci sont, dès lors, les mieux à même d’influencer la décision publique.
le degré de confiance accordée à la réponse fournie par le lobby concerné repose presque exclusivement...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Abroger la certification des comptes des PME, comme le prévoit la future loi Pacte, est une erreur, affirme dans une tribune au « Monde » l’économiste Laurent Benzoni.
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« L’audit obligatoire des commissaires aux comptes accroît la confiance dans l’entreprise certifiée »

Abroger la certification des comptes des PME, comme le prévoit la future loi Pacte, est une erreur, affirme dans une tribune au « Monde » l’économiste Laurent Benzoni.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 14h00
    |

Laurent Benzoni (Professeur au Centre de recherches en économie et droit (CRED) de l’université Paris-II-Assas)







                        



                                


                            
Tribune. Le gouvernement souhaitant réduire les charges des entreprises, l’inspection générale des finances (IGF) a recommandé l’abrogation de l’audit obligatoire des comptes des PME réalisant moins de 8 millions d’euros de chiffre d’affaires. Objectif : plus de 500 millions d’euros d’économies par an réalisées, soit 0,17 % de leur chiffre d’affaires. Prévue dans la future loi Pacte (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises), cette mesure repose sur une analyse lacunaire, voire orientée : elle réfute les acquis de la théorie économique moderne et contredit le bilan d’expériences étrangères.
les PME certifiées subissent 40 % de moins de procédures collectives et vont deux fois moins en liquidation que la moyenne des PME
La théorie, notamment soutenue par le Prix Nobel d’économie Jean Tirole, a formalisé l’impact positif de la confiance créée par une information fiable sur les parties prenantes d’une relation économique. L’audit obligatoire des commissaires aux comptes, en garantissant la fiabilité, la régularité et la sincérité des comptes, accroît la confiance dans l’entreprise certifiée.
Que nenni, dit l’IGF, qui produit une étude se voulant rigoureuse mais qui ne répond pas aux standards minimaux de validité statistique des échantillons (« La certification légale des comptes des petites entreprises françaises », mars 2018). Avec ces biais, l’IGF nie l’impact positif du contrôle des comptes des PME. Mais quand on compare ce qui est comparable, les PME certifiées subissent 40 % de moins de procédures collectives et vont deux fois moins en liquidation que la moyenne des PME. Elles connaissent une croissance supérieure, enregistrent de moindres délais de règlement et affichent une meilleure trésorerie.
Phénomène remarquable, l’écart positif de rentabilité pour les PME certifiées est d’autant plus important qu’elles sont petites ! Ces constats devraient conduire à la proposition d’étendre l’obligation...




                        

                        


<article-nb="2018/05/31/17-4">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Pour l’économiste Bastien Drut, dans une tribune au « Monde », s’il ne faut pas craindre de bulle spéculative dans le football, on peut légitimement se poser la question de la pérennité des compétitions et de leur intérêt sportif dans leur forme actuelle.
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« Pour le football européen, l’heure des choix – rupture ou redistribution – approche »

Pour l’économiste Bastien Drut, dans une tribune au « Monde », s’il ne faut pas craindre de bulle spéculative dans le football, on peut légitimement se poser la question de la pérennité des compétitions et de leur intérêt sportif dans leur forme actuelle.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 14h00
    |

Bastien Drut (stratégiste senior chez CPR Asset Management)







                        



                                


                            
Tribune. L’explosion récente des salaires et des indemnités de transfert dans le football professionnel a conduit de nombreux observateurs à parler d’une « bulle » spéculative susceptible d’exploser prochainement. Ces interrogations se sont accentuées après les méga-transferts de 2017 et 2018. Ceux de­ ­Neymar et Mbappé au PSG et ceux de Dembélé et Coutinho au FC Barcelone ont en effet coûté nettement plus de 100 millions d’euros chacun et ont largement dépassé le record établi la saison précédente lors de l’achat de Pogba par Manchester United pour 105 millions.
l’émergence des hyper-rémunérations et des méga-transferts n’a fait que suivre la très forte augmentation des recettes des clubs
Il est indéniable que les salaires des joueurs professionnels de football et les indemnités de transfert ont augmenté de façon extrêmement rapide ces vingt dernières années. Mais il faut bien voir que les recettes des clubs ont progressé tout aussi vite sur la même période !
Les ratios salaires sur recettes et amortissements des indemnités de transfert sur recettes restent contenus et sont très loin des dérapages observés au début des années 2000. En réalité, l’émergence des hyper-rémunérations et des méga-transferts n’a fait que suivre la très forte augmentation des recettes des clubs.
Les droits de retransmission des championnats européens et de la Ligue des champions sont devenus au fil du temps un produit d’appel pour la télévision payante, les fournisseurs d’accès Internet et peut-être bientôt pour les géants du numérique comme Amazon ou Facebook. Avec toujours plus d’acheteurs potentiels, ces derniers droits n’ont cessé de grimper depuis vingt ans. Ceux du championnat français de Ligue 1 viennent même de dépasser le milliard d’euros pour les saisons 2020-2024.
Stratégies de « soft power »
Les grands clubs européens ont enfin réussi à monnayer leur notoriété globale et en particulier leur poids sur les réseaux sociaux, en nouant...




                        

                        


<article-nb="2018/05/31/17-5">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Le blogueur russo-israélien a passé sept mois dans une prison de ce pays du Caucase avant d’être gracié puis expulsé en Israël. Il raconte, dans une tribune au « Monde », le quotidien des tortures et des persécutions.
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Alexandre Lapshin : « Le régime d’Azerbaïdjan enlève et tue ceux qui lui déplaisent »

Le blogueur russo-israélien a passé sept mois dans une prison de ce pays du Caucase avant d’être gracié puis expulsé en Israël. Il raconte, dans une tribune au « Monde », le quotidien des tortures et des persécutions.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 13h53
 • Mis à jour le
31.05.2018 à 15h37
    |

Alexandre Lapshin (blogueur)







                        



                                


                            

Tribune. Je m’appelle Alexandre Lapshin. Je suis un blogueur globe-trotteur qui a visité plus de cent trente pays. Je ne m’intéresse pas à la politique mais j’aime la paix, la nature, l’histoire, les jolies femmes et la bonne chère. Même dans mes pires cauchemars, je n’aurais pu imaginer être victime d’un jeu politique entre deux dictateurs brutaux : l’ancien président des fermes collectives soviétiques – le président biélorusse Alexandre Loukachenko et l’homme fort d’Azerbaïdjan, Ilham Aliev, qui a hérité du pouvoir de son père, comme dans les anciens sultanats arabes décrits par le conte des « Mille et une nuits ».

Le 15 décembre 2016, lors d’un voyage dans l’ex-URSS, j’ai été soudainement arrêté par la police au Belarus. Des agents sont brutalement entrés dans ma chambre d’hôtel en criant « à terre ou nous tirons, vous êtes en état d’arrestation à la demande de l’Azerbaïdjan pour avoir visité le Karabagh ». J’ai eu de la chance car, lors de cette arrestation, ces policiers n’ont pas remarqué que mon ordinateur était en marche et que j’étais en train de communiquer avec mon épouse. Elle a pu voir mon arrestation en direct et elle a immédiatement alerté les médias internationaux ainsi que les ambassades d’Israël et de Russie dont je suis citoyen.
Show médiatique tragicomique
Il est important de préciser que si le Belarus avait été un Etat de droit, il n’aurait jamais procédé à mon arrestation, sans même parler de mon extradition et de ma condamnation. Je n’avais commis aucun délit contre les lois du Belarus et la seule convention d’extradition entre le Belarus et l’Azerbaïdjan stipule explicitement que toute requête d’extradition doit être rejetée si elle est fondée sur des motifs politiques.
J’ai passé sept mois dans une prison en confinement solitaire ce qui est contraire au droit international et ce qui est considéré comme un cas de torture
Or, Aliev avait envoyé son avion personnel pour me faire atterrir...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Notre droit nous a figés dans une vision fausse du don de gamètes, souligne la sociologue dans une tribune au « Monde ». Elle pense qu’il importe d’inciter les parents à sortir du secret pour donner à l’enfant l’accès à ses origines.
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Irène Théry : « Il faut reconnaître les familles issues d’un don »

Notre droit nous a figés dans une vision fausse du don de gamètes, souligne la sociologue dans une tribune au « Monde ». Elle pense qu’il importe d’inciter les parents à sortir du secret pour donner à l’enfant l’accès à ses origines.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 12h30
 • Mis à jour le
31.05.2018 à 13h29
    |

                            Irène Théry (Sociologue du droit, directrice d’études à l’EHESS)








                        



                                


                            
Tribune. Les lois bioéthiques françaises qui régissent la procréation médicalement assistée (PMA) avec tiers donneur sont ambiguës. D’un côté, elles sont très attentives à organiser le don de sperme, d’ovocyte ou d’embryon, sécuriser les donneurs, préserver les parents. Mais de l’autre, elles sont aujourd’hui un véritable obstacle à ce que les familles qui en sont issues puissent avoir leur place au soleil dans le paysage familial, car elles n’ont eu de cesse de les renvoyer du côté du secret, voire du mensonge. Comme si, pour être une famille comme les autres, il fallait commencer par se dénier soi-même et se faire passer pour une famille par le sang, quitte à imposer à l’enfant une identité narrative tronquée, et parfois falsifiée.
Raffinement de cruauté
Ce genre de tentation est bien connu des spécialistes de la famille. On a vu exactement le même, naguère, sur l’adoption. « Pour son bien », on cachait à l’enfant qu’il avait été adopté, quitte à ce qu’il l’apprenne sur le tard et dans les pires conditions. L’enfant en quête de son histoire n’avait pas accès à son dossier. Les employés de la DDASS tournaient devant lui les pages inaccessibles en lui distillant des « renseignements non identifiants », sans mesurer le raffinement de cruauté de telles pratiques.
Nos sociétés ont cessé de considérer que la seule façon légitime de constituer une famille soit la filiation charnelle reposant sur le lien de procréation (ou l’affirmation qu’un tel lien existe)
Aujourd’hui, tout cela est bien loin. Nos sociétés ont cessé de considérer que la seule façon légitime de constituer une famille soit la filiation charnelle reposant sur le lien de procréation (ou l’affirmation qu’un tel lien existe). L’adoption a cessé de se plier à l’impératif napoléonien de « singer la nature ». L’enfant sait qu’il a été adopté et a accès à son dossier. Ses parents l’accompagnent s’il souhaite rechercher ses origines. Enfin, la diversité des familles adoptives est...




                        

                        


<article-nb="2018/05/31/17-7">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Dans sa chronique, Alain Frachon, éditorialiste au « Monde », analyse l’utilisation poussée du mensonge par les dirigeants des deux plus grandes puissances nucléaires de la planète.
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« Poutine et Trump poussent la manipulation de la vérité au niveau du chef-d’œuvre »

Dans sa chronique, Alain Frachon, éditorialiste au « Monde », analyse l’utilisation poussée du mensonge par les dirigeants des deux plus grandes puissances nucléaires de la planète.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 11h29
    |

            Alain Frachon








                        



                                


                            

Chronique. Entre autres points communs, Donald Trump et Vladimir Poutine partagent le même mépris pour la réalité. C’est une façon polie de dire qu’ils mentent effrontément. Le mensonge est sans doute aussi vieux que la politique. Mais, à la tête des plus grandes puissances nucléaires de la planète, ces deux-là se distinguent. Ils poussent la manipulation de la vérité au niveau du chef-d’œuvre. Ils gouvernent en artistes, ils créent.
A force de mentir, ils ont façonné, chacun, une réalité alternative – celle qui leur convient. Peu importe qu’ils manient le bobard par cynisme ou par convenance conjoncturelle, le résultat est identique : ils brouillent les frontières entre le vrai et le faux. Même si l’on accepte que les mythes aient leur importance dans la cohésion des sociétés, la manière Poutine-Trump de jouer avec la réalité est inquiétante.
Le déni de Poutine
Chez le président russe, le mensonge prend la forme du déni. « Bien sûr que non », le missile n’était pas russe, répond Poutine, la semaine dernière, quand on l’interroge sur les 298 morts du vol MH17 de la Malaysia Airlines. L’avion, qui assurait la ligne Amsterdam-Kuala Lumpur, a été abattu le 17 juillet 2014 au-dessus de la partie de l’Ukraine contrôlée par des sécessionnistes prorusses, que Moscou appuie et équipe.
Au Conseil de sécurité de l’ONU, la Russie s’était, à l’époque, opposée à la formation d’une juridiction internationale pour établir les faits – et juger. Les Pays-Bas ont alors pris l’initiative d’une enquête internationale. Les conclusions de celle-ci ont été rendues la semaine dernière. Elles sont claires. « Pas de doute », le missile appartenait à une batterie de défense antiaérienne russe Buk, disent les enquêteurs. Il a été tiré depuis le territoire contrôlé par les prorusses. La batterie a été acheminée depuis la base militaire de la ville russe de Koursk, qui abrite la 53e brigade de défense antiaérienne, puis...




                        

                        


<article-nb="2018/05/31/17-8">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Editorial. La fausse annonce, par la police ukrainienne, de la mort du journaliste russe Arkadi Babtchenko est dangereuse à plus d’un titre et donne du grain à moudre aux fanatiques des théories du complot.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤                     
                                                

Ukraine : une manipulation toxique

Editorial. La fausse annonce, par la police ukrainienne, de la mort du journaliste russe Arkadi Babtchenko est dangereuse à plus d’un titre et donne du grain à moudre aux fanatiques des théories du complot.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 11h24
 • Mis à jour le
31.05.2018 à 11h37
   





                        


Editorial du « Monde ». Un journaliste assassiné en Ukraine : l’information, annoncée mardi 29 mai par sa famille, puis confirmée par la police à Kiev, était si tragiquement familière qu’elle nous a paru justifier la « une » de nos éditions imprimées. De plus en plus, jusque dans les pays de l’Union européenne – à Malte, en Slovaquie –, les journalistes paient de leur vie la recherche de la vérité. Ils sont emprisonnés par dizaines en Turquie.
En Russie et en Ukraine, ils sont particulièrement exposés dans la guerre de propagande, et dans la guerre tout court, que se livrent Moscou et Kiev depuis l’annexion de la Crimée et l’invasion du Donbass en 2014. La mort, à son domicile à Kiev, d’Arkadi Babtchenko, dont la photo du corps touché de trois balles dans le dos a été diffusée, s’inscrivait dans ce contexte.

Ce journaliste russe, réfugié en Ukraine, était connu pour son opposition féroce au Kremlin. Depuis l’été 2016, des attaques par balles ou à la voiture piégée ont visé et tué des agents des services de sécurité ukrainiens et d’anciens combattants de la guerre du Donbass, notamment tchétchènes. En mars 2017, Denis Voronenkov, ancien député russe réfugié à Kiev, a été tué par balles dans le centre de la capitale ukrainienne. En juillet 2016, c’est le directeur du site d’information Oukraïnska Pravda, Pavel Cheremet, lui aussi de nationalité russe, qui est mort dans l’explosion de la voiture qu’il conduisait. Compte tenu de ces précédents, le meurtre d’Arkadi Babtchenko n’avait, malheureusement, rien de surprenant.
Des questions importantes
« Fake news » ! Arkadi Babtchenko n’est pas mort. Passé la joie de le revoir vivant, cette spectaculaire résurrection pose des questions importantes.
Selon la version livrée mercredi par le responsable des services secrets ukrainiens et le procureur général, Iouri Loutsenko, en compagnie desquels le journaliste a refait surface mercredi, un attentat visant à tuer M. Babtchenko était bien en préparation. Ils en avaient eu connaissance lorsqu’un ressortissant ukrainien, auquel il avait été proposé de commettre cet assassinat, était venu les en informer. Les responsables ukrainiens ont alors décidé de tendre un piège aux commanditaires, en simulant l’assassinat pour les faire « tomber ». Cette opération a permis d’arrêter le donneur d’ordre intermédiaire, un Ukrainien agissant pour le compte des services russes.

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                L’Ukraine annonce avoir mis en scène l’assassinat du journaliste russe Arkadi Babtchenko, bien vivant



Faut-il croire aujourd’hui cette version ? Nous ne sommes pas en mesure de l’accréditer, et c’est là la conséquence la plus grave de cette rocambolesque affaire : la crédibilité des autorités policières et judiciaires ukrainiennes est à présent sérieusement entamée. La décision de tendre un piège aux commanditaires de l’attentat peut se comprendre ; celle d’orchestrer une telle mise en scène, dans laquelle ont été enrôlés le journaliste, sa famille et, malgré eux, l’ensemble des médias, est nettement moins défendable.

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D’abord, parce qu’elle donne du grain à moudre aux fanatiques des théories du complot et autres pourfendeurs des médias et des journalistes, nombreux à triompher sur les réseaux sociaux mercredi. Rien ne comble plus d’aise les adeptes des « fake news » que de voir les médias classiques pris au piège de ces fausses informations, que nous mettons tant d’énergie à combattre.
Stratégie du mensonge
Ensuite, parce qu’elle conforte le Kremlin dans sa stratégie du mensonge. L’arme du mensonge et l’art de multiplier les fausses versions sont au cœur des ripostes de Moscou aux différents épisodes qui l’ont opposé aux démocraties libérales ces dernières années, qu’il s’agisse des forces russes envoyées dans le Donbass, du vol MH17 abattu au-dessus de l’Ukraine (298 morts), de l’affaire Skripal ou des ingérences dans les élections à l’étranger.
Les services secrets ukrainiens ont été formés à la même école que les services secrets russes : celle du KGB. Dans la bataille politique qui se livre à Kiev, à un an de l’élection présidentielle, entre démocrates réformateurs et partisans de l’ordre ancien, il est particulièrement regrettable que la manipulation de l’information dans l’affaire Babtchenko aboutisse, finalement, à faire le jeu de Vladimir Poutine.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ La sortie des Etats-Unis de l’accord de Paris, le 1er juin 2017, fragilise l’objectif global d’une économie décarbonée.
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Climat : les Américains ont enrayé la dynamique de l’accord de Paris

La sortie des Etats-Unis de l’accord de Paris, le 1er juin 2017, fragilise l’objectif global d’une économie décarbonée.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 11h16
 • Mis à jour le
31.05.2018 à 11h17
    |

            Simon Roger








                        



                                


                            

Touché mais pas coulé. Dénoncé par Donald Trump lors d’un discours retentissant dans le jardin de la Maison Blanche, le 1er juin 2017, l’accord de Paris n’a pas volé en éclats sous les coups de butoir du président climatosceptique américain. Mais l’option radicale choisie il y a un an, celle d’un retrait des Etats-Unis de l’accord conclu sous l’égide des Nations unies à la COP21 (en décembre 2015), fragilise un engagement déjà très compliqué à tenir : contenir la hausse de la température mondiale sous le seuil des 2 °C.
« L’accord de Paris compromettrait notre économie, briserait nos travailleurs, affaiblirait notre souveraineté », expliquait alors le président américain pour justifier cette rupture dont il n’a jamais précisé les modalités. Et pour cause. Ce retrait ne pourra réellement intervenir qu’en novembre 2020, en vertu des clauses incluses dans le texte de Paris. Jouant sur les mots ou mal renseigné par ses experts, Donald Trump indiquait pourtant, en janvier, que les Etats-Unis pourraient réintégrer l’accord s’il était « complètement différent ».

A côté de ces déclarations changeantes, le président américain mène une politique moins brouillonne qu’il n’y paraît pour soutenir les énergies fossiles, très émettrices de gaz à effet de serre qui contribuent au réchauffement climatique. « Le président Trump a d’ores et déjà pris des décisions négatives, observe Laurent Fabius, l’ancien président de la COP21, dorénavant à la tête du Conseil constitutionnel. C’est le cas, par exemple, lorsqu’il autorise les forages pétroliers sur les côtes des Etats-Unis ou lorsqu’il relance la construction de l’oléoduc Keystone XL. C’est le cas encore lorsqu’il renonce à verser 2 milliards de dollars au Fonds vert pour le climat, handicapant beaucoup de projets destinés à aider les pays les plus vulnérables aux effets du changement climatique. » 
« Mauvais coup »
Laurence Tubiana,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Dans cette chronique, la journaliste Audrey Tonnelier revient sur le « non, mais… », d’Edouard Philippe aux demandes des chefs d’entreprise pour une baisse additionnelle des impôts sur la production.
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Fiscalité des entreprises : « Les patrons sont déçus »

Dans cette chronique, la journaliste Audrey Tonnelier revient sur le « non, mais… », d’Edouard Philippe aux demandes des chefs d’entreprise pour une baisse additionnelle des impôts sur la production.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 11h00
    |

            Audrey Tonnelier








                        



                                


                            
Tendances France. Il n’y aura pas de grand soir fiscal pour les chefs d’entreprise. Pas encore, en tout cas. Le premier ministre Edouard Philippe a courtoisement, mais fermement, opposé une fin de non-recevoir aux patrons en écartant, lundi 28 mai, l’hypothèse d’une baisse additionnelle l’an prochain des impôts de production, ces prélèvements qui pèsent sur le chiffre d’affaires des entreprises. Motif : « un environnement [budgétaire] contraint », a-t-il rappelé lors d’une réunion du comité exécutif du Conseil national de l’industrie (CNI), cette instance de conseil des pouvoirs publics qui réunit entreprises et représentants des salariés.
Des baisses d’impôts pour les entreprises sont d’ores et déjà prévues pour l’an prochain, fait valoir l’exécutif. Elles représenteront plus d’un milliard d’euros, via notamment la hausse des seuils et la suppression partielle du forfait social sur l’épargne salariale, contenus dans la loi Pacte (plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises).

Celle-ci est attendue, après maints reports, en conseil des ministres le 20 juin. Doivent s’y ajouter la suppression de petites taxes annoncée par le ministre des comptes publics, Gérald Darmanin, et la baisse du plafond de la taxe additionnelle à la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE). De quoi atteindre un allégement de fiscalité de plus de 1,5 milliard d’euros d’ici à la fin du quinquennat, a assuré M. Philippe.
Casse-tête budgétaire
Alors que l’aile gauche de la majorité fait de plus en plus entendre sa voix, et que le gouvernement cherche par tous les moyens à réduire la dépense publique – une réforme des aides aux entreprises doit, elle, permettre à l’Etat d’économiser jusqu’à 5 milliards d’euros –, l’ancien député LR de Seine-Maritime pouvait difficilement faire mieux. D’autant que 2019 sera aussi l’année de la transformation du crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) en baisse...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Une application résout automatiquement des équations pour les lycéens. Mais cet outil n’est guère utile si l’on n’a pas compris la nature du problème posé, rappelle le mathématicien Etienne Ghys.
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Résoudre les équations, est-ce les comprendre ?

Une application résout automatiquement des équations pour les lycéens. Mais cet outil n’est guère utile si l’on n’a pas compris la nature du problème posé, rappelle le mathématicien Etienne Ghys.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 10h00
 • Mis à jour le
31.05.2018 à 11h21
    |

                            Etienne Ghys (mathématicien, directeur de recherche au CNRS à l'Ecole normale supérieure de Lyon)








                        



                                


                            

Carte blanche. Téléchargez l’application gratuite Photomath sur votre téléphone. Ecrivez une équation de votre choix sur une feuille de papier et présentez-la devant l’écran. Comme par magie, la caméra lit l’équation et donne instantanément la ou les solutions. On peut écrire à peu près n’importe quelle équation, disons au programme du lycée. Faut-il se lamenter ou se féliciter ? Est-ce un appel à la tricherie destiné aux collégiens et lycéens, ou au contraire une aide précieuse qui évite les calculs fastidieux et inutiles ?
Quoi qu’il en soit, ces outils existent, les élèves le savent, et les enseignants vont devoir en tenir compte, peut-être en adaptant la forme des exercices qu’ils proposent. Lorsque j’étais étudiant, je manipulais une règle à calcul, puis les calculettes sont devenues bon marché, et j’utilise maintenant des logiciels de calcul formel dont la puissance m’émerveille chaque jour. Les mathématiciens savent bien que le but de leur discipline ne consiste pas seulement à résoudre des équations mais surtout à les comprendre. Ce n’est pas notre téléphone qui va nous y aider mais bien l’enseignant.
Une histoire pittoresque
Une équation est une égalité entre deux expressions qui contiennent des quantités inconnues, que l’on désigne souvent par les lettres x ou y. Résoudre l’équation, c’est trouver des valeurs aux inconnues de façon à ce que l’égalité soit satisfaite. Par exemple, si je cherche un nombre x dont le carré est égal à 2 et si je montre x2 = 2 à mon téléphone, il m’indique qu’il y a deux solutions : plus ou moins la racine carrée de 2. Certes ! Mais il s’agit là d’une tautologie sans intérêt puisque la racine carrée de 2 est par définition un nombre dont le carré est égal à 2 : le téléphone ne m’a rien appris.
L’histoire des équations est très ancienne et parfois pittoresque. On sait résoudre les équations du premier et du deuxième degré depuis l’Antiquité...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Dans « Les Survivants. Les juifs de Pologne depuis la Shoah », l’historienne Audrey Kichelewski rappelle la récurrence des persécutions envers les juifs dans le pays depuis 1945.
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Histoire. L’ornière antisémite polonaise

Dans « Les Survivants. Les juifs de Pologne depuis la Shoah », l’historienne Audrey Kichelewski rappelle la récurrence des persécutions envers les juifs dans le pays depuis 1945.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
31.05.2018 à 10h36
    |

                            Antoine Flandrin








                        



                                


                            
Les Survivants. Les juifs de Pologne depuis la Shoah, d’Audrey Kichelewski, Belin, « Contemporaines », 448 p., 25,50 €.

En Pologne, le parti nationaliste Droit et Justice, au pouvoir, poursuit son offensive visant à empêcher toute discussion sur la manière dont la société polonaise envisage, depuis la Shoah, son rapport avec ses concitoyens juifs. Après l’entrée en vigueur le 1er mars de la loi rendant passible d’une peine de prison le fait « d’attribuer à la nation ou à l’Etat polonais (…) la responsabilité ou la coresponsabilité des crimes nazis », certains médias polonais accusent désormais les responsables du Mémorial d’Auschwitz-Birkenau de minimiser le sort des prisonniers polonais non juifs. Une campagne calomnieuse qui n’est pas exempte de sous-entendus antisémites.

Cette actualité inquiétante, on ne peut en mesurer les enjeux qu’en retraçant l’histoire des juifs de Pologne depuis la Shoah. Un travail salutaire et inédit mené avec une grande rigueur par Audrey Kichelewski dans Les Survivants, qui prolonge sa thèse sur « La place des juifs dans la société polonaise (1944-1949) », soutenue à l’université Paris-I en 2010. L’historienne, en s’appuyant sur une vaste documentation en polonais, montre comment, de la sortie de guerre à nos jours, les juifs de Pologne ont continué d’être persécutés, notamment à l’occasion des crises politiques.
La chasse aux « sionistes » de 1968
Selon elle, l’occupation de la Pologne pendant la seconde guerre mondiale a conduit à une brutalisation de la société qui se traduit en particulier dans la circulation de rumeurs, d’abord en milieu rural, parmi les personnes peu ou pas alphabétisées. Ainsi les juifs exsangues de l’immédiat après-guerre sont-ils accusés d’anthropophagie sur des enfants chrétiens, une résurrection de fantasmes très anciens qui sera à l’origine des pogroms de Rzeszow, Cracovie et Kielce...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Dans « Histoire d’un mensonge. Enquête sur l’expérience de Stanford », Thibault Le Texier invalide la fameuse expérience psychologique. Sommes-nous tous des bourreaux potentiels ? Cela reste à prouver.
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Sciences sociales. L’enfer carcéral de Stanford revisité

Dans « Histoire d’un mensonge. Enquête sur l’expérience de Stanford », Thibault Le Texier invalide la fameuse expérience psychologique. Sommes-nous tous des bourreaux potentiels ? Cela reste à prouver.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 07h45
    |

            Stéphane Foucart








                        



                                


                            
Histoire d’un mensonge. Enquête sur l’expérience de Stanford, de Thibault Le Texier, Zones, 296 p., 18 €.

L’« expérience de Stanford sur la prison » est l’une des expériences de psychologie sociale qui ont le plus profondément marqué l’opinion et la culture populaire. Conduite en 1971 par Philip Zimbardo, alors jeune professeur de psychologie à l’université Stanford (Californie), elle tendait à montrer que tout individu peut, dans les conditions déshumanisantes de l’univers carcéral, devenir un cruel tortionnaire. Est-ce réellement le cas ? Cette idée est débattue, mais un fait est désormais certain : l’expérience de Stanford ne peut plus être citée comme un indice ou un élément de preuve en ce sens. Car, une fois achevée la lecture d’Histoire d’un mensonge, l’enquête que lui consacre Thibault Le Texier, chercheur en sciences sociales, il ne demeure plus le moindre doute : la fameuse expérience n’a, pour rester poli, aucune valeur scientifique.
Simuler l’univers carcéral
Rappelons l’histoire. A l’automne 1971, Philip Zimbardo recrute par petites annonces une vingtaine de volontaires, tous étudiants, pour participer à une expérience ambitieuse : simuler l’univers carcéral en distribuant des rôles de gardiens et de détenus aux participants. L’enfermement, réel, des « prisonniers » est supposé durer deux semaines. Mais l’expérience est interrompue après seulement six jours, l’état de santé psychologique des détenus se détériorant face aux traitements inhumains imposés par leurs gardiens. En moins d’une semaine, des étudiants sans antécédents se seraient donc transformés en bourreaux impitoyables, sous l’effet déshumanisant de la prison.
L’expérience de Stanford a, depuis, largement alimenté le débat public, notamment aux Etats-Unis, sur la violence du milieu carcéral – comme en 2004, après la découverte des sévices infligés à leurs prisonniers par les gardiens de la prison d’Abou...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos des « Héritiers contrariés. Essai sur le spirituel républicain au XIXe siècle », de Julien Pasteur.
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Figures libres. Du spirituel au cœur du politique

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos des « Héritiers contrariés. Essai sur le spirituel républicain au XIXe siècle », de Julien Pasteur.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
31.05.2018 à 09h59
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Les Héritiers contrariés. Essai sur le spirituel républicain au XIXe siècle, de Julien Pasteur, Les Belles Lettres, « Essais », 504 p., 25,90 €.

Avec les Lumières, nous nous sentons à l’aise. Ce siècle nous parle et nous séduit. Ironie et tolérance de Voltaire, indignations vertueuses de Rousseau, coups d’œil aigus de Montesquieu… tout, ou presque, nous semble proche. En revanche, avec le XIXe siècle, c’est une autre affaire. La plupart de ses penseurs nous paraissent surannés. Ou même carrément inaudibles.
Leurs propos traitent pourtant de crises où nous débattons, d’impasses où nous sommes encore. Leurs interrogations portent en effet sur l’articulation du politique et du religieux, les principes de la démocratie, les liens problématiques du passé et de l’avenir.
Malgré tout, le XIXe siècle demeure globalement délaissé. Il fait l’objet d’une éclipse d’attention. Mieux : d’une « élision », comme le dit finement Julien Pasteur. Il compare ce siècle prolixe à une sorte de « e muet » qui ne servirait qu’à nous rendre les Lumières plus proches. Illusoirement, cela va de soi.

L’impressionnant et passionnant travail de Julien Pasteur scrute un aspect crucial de l’immense chantier négligé du XIXe siècle, et permet de mieux comprendre la désaffection dont il fait l’objet. Issu d’une thèse soutenue en 2015, ce gros ouvrage – Les Héritiers contrariés, titre fort peu explicite – visite nombre de monuments célèbres mais pas vraiment fréquentés. Ils se nomment Joseph de Maistre, Auguste Comte, Alexis de Tocqueville, ­Edgar Quinet, Jules Michelet, Pierre Leroux…
Fil directeur de l’enquête : le ­spirituel et la République. Ne pas confondre avec l’Eglise et l’Etat, ni avec les religions et le politique, qui sont des registres distincts. Au cœur du « spirituel républicain » se tient un faisceau d’interrogations :...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ L’écrivaine et journaliste signe « L’Assignation. Les Noirs n’existent pas », un essai sur l’obsession de la race et ses conséquences, nationalisme et communautarisme.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
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Tania de Montaigne : « Me reconnaître comme “noire” n’allait pas de soi »

L’écrivaine et journaliste signe « L’Assignation. Les Noirs n’existent pas », un essai sur l’obsession de la race et ses conséquences, nationalisme et communautarisme.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 06h45
 • Mis à jour le
31.05.2018 à 10h06
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
L’Assignation. Les Noirs n’existent pas, de Tania de Montaigne, Grasset, 96 p., 13 €.

Dans L’Assignation, Tania de Montaigne s’empare du racisme en France. Un court essai, pédagogique et pétillant, où, mêlant histoire, actualité et vécu, la romancière et journaliste française propose une expérience à ses lecteurs : « Faisons un tour dans notre maison hantée, ouvrons les placards, les tiroirs, les dossiers, et regardons la Race en face. »
Qu’est-ce qui a déclenché l’écriture de ce livre ?
Pour Noire [Grasset, 2014], mon livre sur Claudette Colvin [cette Afro-Américaine qui a refusé de céder sa place à un Blanc, dans un autobus d’Alabama, en 1955], j’ai participé à des conférences où des gens m’ont dit soit que je ne parlais pas comme une Noire, soit qu’ils adoraient les Noirs. Il y a aussi eu des personnes noires pour s’offusquer de voir une journaliste blanche m’interviewer. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose à penser.
« Les Noirs n’existent pas », dit le sous-titre. Qu’existe-t-il alors ?
Deux choses. La première, ce sont les adjectifs, tout ce qui ne prend pas de majuscule – les personnes juives, noires, arabes, etc. –, en partant du principe que l’on ne peut pas définir la nationalité française ni, a fortiori, une personne à partir d’une couleur et d’une origine. L’autre, et c’est sur cela que je travaille, est ce qui vient se plaquer sur cette réalité dès qu’on change ces adjectifs en noms : les Juifs, les Noirs, les ­Arabes, etc.
Quelque chose de figé apparaît, qui soumet les personnes à des critères eux-mêmes figés, pour permettre une reconnaissance facile. Mais la simplicité n’existe pas. Quand on met ces majuscules, on croit créer une identité, alors qu’en fait on l’efface. On transforme quelqu’un en quelque chose. Il n’y a plus de société, mais seulement des blocs qui s’affrontent....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Un essai fulgurant sur la question du racisme signé de la Prix Nobel de littérature afro-américaine.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
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Toni Morrison regarde autrui en face

Un essai fulgurant sur la question du racisme signé de la Prix Nobel de littérature afro-américaine.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 06h45
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
L’Origine des autres (The Origin of Others), de Toni Morrison, avant-propos de Ta-Nehisi Coates, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christine Laferrière, Christian Bourgois, 96 p., 13 €.

Il serait plus simple, et moins coûteux en haine, en stupidités de toute sorte, de commencer par là : non seulement « le racisme précède la race », comme l’écrit le journaliste et essayiste Ta-Nehisi Coates dans son avant-propos, mais « il n’existe pas d’étrangers, martèle Toni Morrison, il n’existe que des versions de nous-mêmes », dont, pour la plupart, « nous voulons nous protéger ». L’étranger est quelque chose qui se fabrique : tel est le sens du titre et le cœur conceptuel de cette Origine des autres, reprise d’une série de conférences données en 2016 à l’université Harvard par la grande romancière et intellectuelle américaine.

Il y a des couleurs de peau, c’est un fait. L’artifice commence quand on identifie des individus à l’essence qu’on croit déceler en elles, manipulation qui, selon la Prix Nobel de littérature 1993, prend sa source dans l’angoisse, la pauvre frousse des humains face à la question la moins susceptible de trouver une réponse apaisante : qui suis-je ? Le moi résiste au vertige d’être « étranger à lui-même » en le reportant sur ceux que distingue leur couleur ou l’on ne sait quel trait. Autrui n’est dès lors transformé en Autre (la majuscule sied aux êtres mythologiques) que parce qu’il y a en nous cette faille ontologique, dont Morrison explore les traductions infinies pour arracher à leur racine l’infériorisation, la violence identitaire qui en procèdent.
Elle réunit pour cela une matière hybride, mêlant archives médicales ou juridiques, récits d’esclavagistes et d’esclaves, œuvres littéraires, retour sur ses propres livres, bribes de souvenirs. L’abondance de l’ensemble forme la richesse et la limite de ce court texte...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ La nouvelle édition de ce livre mythique ressurgi des années 1930, conçu par l’égérie des surréalistes Nancy Cunard, rappelle la force des préjugés, et l’urgence d’en sortir.
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La « Negro Anthology » : ce qu’être noir de peau veut dire

La nouvelle édition de ce livre mythique ressurgi des années 1930, conçu par l’égérie des surréalistes Nancy Cunard, rappelle la force des préjugés, et l’urgence d’en sortir.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 06h33
 • Mis à jour le
31.05.2018 à 10h33
    |

                            Philippe Dagen








                        



                                


                            
Negro Anthology, édité par Nancy Cunard, préface de Mamadou Diouf, introduction de Sarah Frioux-Salgas, Nouvelles Editions Place, 912 p., 119 €.

Ce livre n’est ni une encyclopédie ni un dictionnaire, mais il en possède quelques-unes des caractéristiques, le format et l’épaisseur, le nombre et la variété des sujets comme des auteurs. Ce n’est pas un pamphlet, et c’est néanmoins un ouvrage de combat des plus résolus. Ce n’est ni une somme historique, ni un traité de science politique ou de sociologie, ni une chronique artistique, bien que ces disciplines y soient toutes largement présentes. Et, bien qu’il ait été peu diffusé au moment de sa publication, il est devenu légendaire. Ce monument de l’édition, c’est la Negro Anthology, en abrégé la Negro.
Elle paraît le 15 février 1934 chez l’éditeur londonien Wishart & Co. Le projet a été engagé en 1931 par Nancy Cunard (1896-1965), qui est elle aussi une figure légendaire. Héritière par son père de l’entreprise maritime Cunard, elle rallie le milieu le plus novateur d’une Grande-Bretagne encore victorienne, le Bloomsbury Group, qui se réunit autour de Virginia Woolf (1882-1941) et de son mari Leonard (1880-1969). Ce sont eux qui publient, en 1925, Parallax, recueil poétique dont Nancy est l’auteure.
Aussi souvent parisienne que londonienne dans l’entre-deux-guerres, elle apparaît dans les histoires du surréalisme pour sa liaison, entre 1926 et 1928, avec Aragon (1897-1982), sa participation à la diffusion de L’Age d’or (1930), de Luis Buñuel (1900-1983), et surtout pour les portraits photographiques que fait d’elle Man Ray (1890-1976). On l’y voit en extravagante, regard magnétique, bras chargés des poignets aux coudes de bracelets d’ivoire africains. A cette date, ce goût n’a rien de surprenant ; l’égérie d’Aragon pouvait n’être que l’une de ces nombreuses mondaines fortunées participant à la « mode nègre »...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ L’écrivain et militant nationaliste était récemment dans une Rome en pleine déliquescence politique pour la promotion de l’un de ses ouvrages. « Le Monde » l’a suivi.
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Limonov, rouge-brun, Russe, et comme chez lui en Italie

L’écrivain et militant nationaliste était récemment dans une Rome en pleine déliquescence politique pour la promotion de l’un de ses ouvrages. « Le Monde » l’a suivi.



Le Monde
 |    31.05.2018 à 03h59
 • Mis à jour le
31.05.2018 à 10h43
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                            Margherita Nasi








                        



                                


                            

Si Pier Paolo Pasolini (1922-1975) devait réécrire aujourd’hui son premier roman, Les Ragazzi (Buchet-Chastel, 1958 et 2016), ode aux borgate – les banlieues pauvres romaines –, peut-être viendrait-il traîner au Corviale. Posé sur une colline à mi-chemin entre la ville et la mer, ce long serpent en béton est un quartier à part entière : la barre HLM s’étire sur près d’un kilomètre et accueille dans ses entrailles 6 000 habitants. Autour, une station de police, des terrains vagues et quelques moutons.
En cette matinée de mai, cependant, la scène qui se joue devant l’édifice se révèle moins pasolinienne que fellinienne. Une camionnette déverse une équipe de tournage, façon Huit et demi : pleins feux sur Edouard Limonov. Car c’est ici, loin des touristes et des monuments historiques, que l’écrivain et activiste russe commence la tournée de présentation de son roman, V Syrakh (2012), paru le 10 mai en Italie sous le titre Zona industriale.
Rendu célèbre par le récit d’Emmanuel Carrère
« Je suis un banlieusard d’origine, j’ai toujours aimé les quartiers populaires, et je serai toujours du côté des marginaux, des ratés, des perdants », explique, quand on le rencontre au pied de la barre, celui qui, à sa sortie de prison en 2003, s’est installé dans l’ancienne zone industrielle de Syry, à Moscou. Dans V Syrakh (« A Syry »), l’endroit est décrit comme « un quartier vieillot et plutôt étrange, où le soleil poussiéreux réchauffe de redoutables chiens errants ». Au Corviale, en guise d’animaux sauvages, l’écrivain sera poursuivi par le crépitement des appareils photo et les questions incessantes de la presse.
Difficile, il est vrai, de retenir sa curiosité : voilà vingt-trois ans que cet intellectuel trouble, rendu mondialement célèbre par le récit d’Emmanuel Carrère (Limonov, P.O.L, 2011), n’avait pas mis les pieds en Europe occidentale. Clochard et soldat, majordome...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Comment expliquer que le peuple accepte de déléguer son pouvoir à des élus, voire à des experts, se demande le professeur de philosophie Thomas Schauder. Platon le disait déjà : l’accord du grand nombre ne peut pas correspondre à coup sûr à la vérité
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Italie, Twitter, démocratie... Tyrannie de l’émotion, de l’opinion, au mépris de la vérité

Comment expliquer que le peuple accepte de déléguer son pouvoir à des élus, voire à des experts, se demande le professeur de philosophie Thomas Schauder. Platon le disait déjà : l’accord du grand nombre ne peut pas correspondre à coup sûr à la vérité



Le Monde
 |    30.05.2018 à 19h22
 • Mis à jour le
30.05.2018 à 19h24
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Thomas Schauder







                        



   


Chronique Phil’ d’actu Le refus du président italien, Sergio Mattarella, de confier le ministère de l’économie à un eurosceptique (Paolo Savona) a produit des réactions contrastées. Bien que la Constitution, dont il est le garant, lui en donne le droit, il est désormais considéré par beaucoup de gens, de gauche comme de droite, y compris en France, comme un antidémocrate. D’autres, au contraire, louent son courage d’avoir préféré les intérêts supérieurs de sa nation au résultat des élections.

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Ce va-et-vient incessant entre la volonté du peuple, exprimée par les urnes, et l’intérêt réel qui n’est pas forcément visible par le grand nombre, pour quelque raison que ce soit, est commun à toutes les démocraties. Il révèle le problème spécifique de ce type de régime : pourquoi et comment confier à la masse le soin de prendre des décisions ? Et ce n’est pas seulement un problème pour les élites (en grec aristoi, qui a donné « aristocratie »), sinon comment expliquer que le peuple accepte de déléguer son pouvoir à des élus, voire à des experts ?
La critique platonicienne de la démocratie
Comme nous l’avons tous appris à l’école, la démocratie est née à Athènes au Ve siècle avant notre ère (même si en réalité c’est un peu plus compliqué que cela). Mais elle n’a jamais été considérée comme une évidence. Au début du IVe siècle, Platon avait synthétisé une grande part de ces critiques : la démocratie est le règne de l’opinion, le peuple est trop facilement séduit et manipulé par des démagogues (nous dirions aujourd’hui des « populistes »), et elle abolit les différences et les hiérarchies légitimes :
« N’est-il pas inévitable que […] le père s’accoutume à traiter son fils comme son égal et à redouter ses enfants, que le fils s’égale à son père et n’a ni respect ni crainte pour ses parents, parce qu’il veut être libre […]. Le maître craint ses disciples et les flatte, les disciples font peu de cas des maîtres et des pédagogues. […] Or, vois-tu les résultats de tous ces abus accumulés ? Conçois-tu bien qu’ils rendent l’âme des citoyens tellement ombrageuse qu’à la moindre apparence de contrainte ceux-ci s’indignent et se révoltent ? […] C’est ce gouvernement si beau et si juvénile qui donne naissance à la tyrannie »
(La République, Platon).
Ce texte a plus de deux mille ans et il est d’une incroyable actualité. Alors qu’il serait inconcevable, aujourd’hui en France, de considérer que la démocratie n’est pas le meilleur régime politique, on retrouve les mêmes critiques dans les débats sur l’éducation, la même logique dans la justification de « la fermeté » du gouvernement à l’égard des manifestants, etc.
La critique émise par Platon a été reprise des centaines de fois dans l’histoire des sciences politiques parce qu’elle met le doigt sur un paradoxe important : l’accord du grand nombre ne peut pas correspondre à coup sûr à la vérité. On peut avoir raison tout seul. Est-il juste que la parole de celui qui a raison ait la même valeur que la parole de celui qui a tort, de celui qui ne sait pas, de celui qui s’en fiche ?
Le cas Twitter
Il est un exemple particulièrement intéressant de cette tension au sein des démocraties : ce sont les réseaux sociaux, et en particulier Twitter. N’est-ce pas là que règnent la liberté d’expression et l’égalité, l’absence de toute hiérarchie ? Force est de constater que nous sommes alertés chaque semaine par des cas de harcèlement, de rumeurs, parfois des deux, comme ces trois opératrices du SAMU accusées à tort d’être responsables de la mort de Naomi Musenga. Tyrannie de l’émotion, tyrannie du grand nombre sur le petit, tyrannie de l’opinion au mépris de la vérité… C’est l’un des cas aussi innombrables que tragiques qui illustrent la faiblesse inhérente à toute démocratie.
Sur les réseaux sociaux, comme dans les forums et dans les commentaires, existe une espèce endémique, bien connue des usagers d’Internet : les « trolls ». Pour faire simple, ce sont des personnes qui restent anonymes et qui postent des remarques par pure malveillance. Il suffit de peu pour que la méchanceté dégénère en racisme, sexisme, homophobie, appel au meurtre, au viol... Tout le paradoxe est que ce discours haineux et bête est absolument égal au discours argumenté, constructif, bienveillant, etc. Comme l’écrivait Hannah Arendt : « Il s’agit là évidemment de réflexion, et l’irréflexion (témérité insouciante, confusion sans espoir ou répétition complaisante de “vérités” devenues banales et vides) me paraît une des principales caractéristiques de notre temps » (Condition de l’homme moderne, 1958). Il faudrait y ajouter ce goût de l’hyperbole dans l’agressivité.
Conserver un regard critique
Je ne crois pas en la neutralité des moyens, idée selon laquelle Twitter n’est qu’un outil et que tout dépend de l’usage qui en est fait. L’argument est spécieux, on le brandit régulièrement aux Etats-Unis concernant le port d’armes. Mais une arme à feu n’est pas un filet à papillon ! Il en va de même pour les réseaux sociaux : leur modèle économique, notamment, induit certains usages, comme l’a prouvé récemment l’affaire Facebook-Cambridge Analytica.

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                Cambridge Analytica : « Pour regagner le contrôle des données, les citoyens doivent remettre en cause le système dans son ensemble »



Le problème est le même en démocratie : assurer l’égalité formelle entre les citoyens ne suffit pas. Encore faut-il qu’il y ait une instruction des enfants et une éducation politique des adultes égale pour tous, un droit à une information plurielle et de bonne qualité, un système de valeurs qui permette à la société de se souder, le sentiment que sa parole compte, mais que la parole de l’autre mérite d’être écoutée, etc.
La croyance aveugle en la démocratie est bête, comme l’est toute croyance aveugle. L’immense avantage de la démocratie sur les autres régimes, c’est qu’elle se sait et se veut perfectible. Sans regard critique, elle dégénère en despotisme :
« J’ai toujours cru que cette sorte de servitude, réglée, douce et paisible […] pourrait se combiner mieux qu’on ne l’imagine avec quelques-unes des formes extérieures de la liberté, et qu’il ne lui serait pas impossible de s’établir a l’ombre même de la souveraineté du peuple. Nos contemporains sont incessamment travaillés par deux passions ennemies : ils sentent le besoin d’être conduits et l’envie de rester libres […]. Ils se consolent d’être en tutelle, en songeant qu’ils ont eux-mêmes choisi leurs tuteurs. Chaque individu souffre qu’on l’attache, parce qu’il voit que ce n’est pas un homme ni une classe, mais le peuple lui-même qui tient le bout de la chaîne. Dans ce système, les citoyens sortent un moment de la dépendance pour indiquer leur maître, et y rentrent. »
(Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique - 1835-1840)
Un peu de lecture ?
- Platon, La République, Garnier-Flammarion, 2004
- Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, Garnier-Flammarion, 1981
- Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne, Pocket, 1994

A propos de l’auteur
Thomas Schauder est professeur de philosophie. Il a enseigné en classe de terminale en Alsace et en Haute-Normandie. Il travaille actuellement à l’Institut universitaire européen Rachi, à Troyes (Aube). Il est aussi chroniqueur pour le blog Pythagore et Aristoxène sont sur un bateau. Il a regroupé, sur une page de son site, l’intégralité de ses chroniques Phil d’actu, publiées chaque mercredi sur Le Monde.fr/campus.
En voici quelques-unes :

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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ L’économiste Maxime Combes, membre d’Attac, dénonce dans une tribune au « Monde » le pouvoir des groupes de pression que confirme la non-interdiction du glyphosate malgré les engagements d’Emmanuel Macron.
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Glyphosate : « Faire en sorte que les lobbies ne gagnent pas toujours à la fin »

L’économiste Maxime Combes, membre d’Attac, dénonce dans une tribune au « Monde » le pouvoir des groupes de pression que confirme la non-interdiction du glyphosate malgré les engagements d’Emmanuel Macron.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 17h00
    |

Maxime Combes (Economiste, membre d'Attac)







                        



                                


                            

Tribune. Dans le match qui oppose les lobbies favorables à la poursuite de l’utilisation des produits phytosanitaires contenant du glyphosate à ceux qui veulent en interdire l’utilisation le plus rapidement possible, les premiers ont encore gagné : malgré l’engagement d’Emmanuel Macron en ce sens, la sortie du glyphosate en 2021 ne sera pas gravée dans la loi Agriculture et alimentation.
Beaucoup des instruments utilisés par ces groupes de pression sont désormais bien documentés
Ce n’est pas leur seule victoire : les propositions visant à interdire l’usage de drones pour épandre des pesticides, à créer des zones de protection autour des habitations, à rendre l’industrie des pesticides plus transparente, ou à créer un fonds d’indemnisation pour les victimes ont toutes été rejetées par les députés, à la demande du gouvernement.
Herbicide le plus utilisé en France, jugé cancérogène par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le glyphosate incarne à lui tout seul le poids que les lobbies industriels exercent sur les instances de régulation et de décision de nos pays « démocratiques ».

Beaucoup des instruments utilisés par ces groupes de pression sont désormais bien documentés, comme la transmission d’amendements et d’argumentaires clés en main à des députés peu soucieux de la qualité et de la sincérité du travail parlementaire ; l’utilisation des fameuses « portes tournantes » (revolving doors) qui permettent à des cadres du privé de revenir dans la haute administration publique et assurer aux lobbies une grande proximité avec les lieux de décisions ; le financement d’études présentées comme « scientifiques » visant à insinuer le doute dans le débat public sur les impacts du produit incriminé (glyphosate, tabac, etc).
Pratiques bien connues
Du cas du tabac aux « Monsanto Papers », ces pratiques sont désormais bien connues. Un élément majeur, décisif même, est pourtant souvent éludé : la propension...




                        

                        

