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Philip Kerr vole au-dessus du nid d’aigle d’Hitler

Avec « Bleu de Prusse », le romancier écossais, mort en mars, hisse le polar historique au plus haut en envoyant le fameux Bernie Gunther enquêter au Berghof en 1939.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
30.05.2018 à 16h55
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            
Bleu de Prusse (Prussian Blue), de Philip Kerr, traduit de l’anglais (Ecosse) par Jean Esch, Seuil, 672 p., 22,50 €.

Considérable est son legs. Aussi, lorsque Philip Kerr a disparu, le 23 mars, à l’âge de 62 ans, un sentiment de gratitude a dominé, au-delà de la tristesse. Le romancier britannique, diplômé de philosophie et de droit allemands, s’était rivé à l’écritoire malgré les difficultés et les écueils de son sujet, le nazisme. Face à l’insistance de ses lecteurs, épris du personnage de Bernie Gunther, il avait donné une suite à la « Trilogie berlinoise » (1989-1991) et consenti, en 2006, à redescendre dans la mine et les cauchemars vert-de-gris. Chemin faisant, il avait réinventé le genre du polar historique et accompli ce prodige propre aux grands écrivains : redonner au passé ses couleurs, son relief, sa vertigineuse réalité.
En trente ans, une fresque glaçante a pris corps. Elle s’est déployée par spires et par voltes, avec des sauts dans le temps et des retours en arrière, entre les années 1930 et les années 1950. Cette œuvre noire a imposé son antihéros : Bernie Gunther, donc, esprit tranchant et humour mordant, le meilleur enquêteur de sa génération, contraint de travailler pour ceux qu’il déteste. Surtout, un paradoxe fait homme. « Ancien inspecteur à la Kripo de Berlin [la police criminelle], j’avais appris une ou deux choses utiles pour échapper à la police, lit-on dans Bleu de Prusse, qui vient de paraître, le douzième volume de la série à laquelle s’ajouteront deux inédits posthumes. N’importe quel flic vous dira qu’il n’y a pas de meilleure école pour devenir un fugitif. Ce que j’étais désormais. »
Témoin de l’horreur gagné par la détestation de soi
Correction : depuis que le socialiste Bernie Gunther s’est démis de ses fonctions de Komissar, en 1933, devançant la purge annoncée par les nazis, il n’a cessé d’être sollicité par les...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ L’écrivain congolais raconte son amitié avec le romancier américain disparu le 22 mai et qui lui avait permis, en 1998, de se réfugier aux Etats-Unis.
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Récit

Emmanuel Dongala : « Philip Roth m’a sauvé de la guerre au Congo »

L’écrivain congolais raconte son amitié avec le romancier américain disparu le 22 mai et qui lui avait permis, en 1998, de se réfugier aux Etats-Unis.

Par                                            Séverine Kodjo-Grandvaux (contributrice Le Monde Afrique)




LE MONDE
              datetime="2018-05-28T12:19:00+02:00"

        Le 28.05.2018 à 12h19






    
Les écivains congolais Emmanuel Dongala et américain Philip Roth.
Crédits : Philippe Merle/AFP et Eric Thayer/Reuters


Emmanuel Dongala est intarissable dès qu’il s’agit de se remémorer les bons moments passés en compagnie de Philip Roth, décédé mardi 22 mai. Les écrivains congolais et américain se sont rencontrés pour la première fois au début des années 1990. « Je rendais visite à la famille Huvelle, qui m’avait accueilli lorsque je faisais mes études à Oberlin College, dans l’Ohio. Philip était un patient et un ami du docteur Huvelle, qui me l’a présenté. Par la suite, à chacun de mes séjours aux Etats-Unis, je n’ai jamais manqué de revoir Philip Roth et sa femme d’alors, Claire Bloom », raconte Emmanuel Dongala.

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C’est cette amitié qui le sauvera de la guerre civile congolaise, en 1997. A cette époque, l’auteur d’Un fusil dans la main, un poème dans la poche et du Feu des origines est directeur des affaires académiques et de la scolarité de l’université de Brazzaville, où il enseigne la chimie. Quand la guerre éclate, Emmanuel Dongala se tourne naturellement vers Paris, qui l’a fait chevalier des arts et des lettres en 1989, à l’occasion du bicentenaire de la Révolution française. La France lui refuse finalement son visa et l’abandonne dans l’enfer congolais. C’est Philip Roth qui l’en sortira, lui et sa famille.
Une lettre à Bill Clinton
Dès qu’il apprend la situation, l’auteur de Good Bye, Columbus contacte Leon Botstein, le président du Bard College, qui cherchait un professeur de chimie pour le campus de Simon’s Rock, dans le Massachusetts, et n’a guère de mal à le convaincre de recruter Emmanuel Dongala. En 1990, Leon Botstein avait offert un poste à l’écrivain Chinua Achebe après qu’un accident de voiture dans des conditions suspectes au Nigeria l’avait cloué dans un fauteuil roulant pour le reste de son existence.
« Philip a tout fait pour que je puisse venir aux Etats-Unis. Il m’a trouvé un poste, obtenu un visa et des billets d’avion pour toute ma famille et moi-même. Mais je ne le savais pas. Pendant que nous fuyons les combats à Brazzaville, sur la route de Pointe-Noire, un colonel en fuite lui aussi me reconnaît et me dit qu’un de ses amis, qui travaille à l’ambassade des Etats-Unis, lui a confié qu’une université américaine m’a offert un poste et qu’on me cherche. J’ai regagné Brazzaville, puis Kinshasa en pirogue, où les Etats-Unis s’étaient installés après que leur ambassade de Brazzaville avait été brûlée, relate Emmanuel Dongala. Un matin de janvier 1998, j’atterris à New York, sous la neige et dans le froid. Devinez qui m’attend à côté du vice-président de l’université ? Philip Roth lui-même ! Le même qui, quelques jours plus tard, m’apportera une télé et une radio avec lecteur CD. »

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« Mais ce n’est pas tout, poursuit, ému, l’écrivain congolais. Ma fille Assita avait alors 18 ans. Majeure, elle était considérée comme ne faisant plus partie de notre famille et elle n’a pu obtenir un visa pour venir avec nous. Elle pensait que nous l’avions abandonnée. Philip a repris sa plus belle plume et a écrit une lettre de recours auprès du président Bill Clinton. Quelques semaines plus tard, il n’avait pas de réponse mais il avait appris qu’un de ses amis, l’écrivain William Styron, devait dîner à la Maison Blanche. Il lui a donné une copie de la lettre pour qu’il la remette en main propre au président. Le lendemain, le bureau Afrique centrale du département d’Etat m’appelait et, quinze jours plus tard, ma fille était dans l’avion pour nous rejoindre. Un véritable conte de fées ! »
Clin d’œil dans « La Tache »
Ce n’était pas la première fois que Philip Roth témoignait son amitié à Emmanuel Dongala. Déjà en 1994, quand il avait reçu le prix Karel-Capek du PEN Club tchèque conjointement avec Günter Grass, Philip Roth, qui ne pouvait se déplacer pour des problèmes de santé, avait chargé Emmanuel Dongala de recevoir le prix en son nom et de prononcer son discours de remerciement. « Du coup, c’est moi qui me suis retrouvé sur la photo parue dans les journaux praguois, entre Günter Grass et Vaclav Havel. On en a longtemps rigolé avec Philip, qui me lançait : “Usurpation d’identité, Emmanuel !” En tant qu’écrivain, Philip Roth a pu laisser l’image d’un homme distant, cynique, un peu froid, mais au quotidien, c’était un tout autre homme, chaleureux, convivial. Il savait aussi être facétieux. Quand mon roman Les petits garçons naissent aussi des étoiles a été traduit en hébreu, il m’a dit, d’une voix solennelle : “Emmanuel Dongala, je te déclare juif honoraire” ! »
« Je lui dois beaucoup », reconnaît simplement celui qui s’amusait de voir la tête des étudiants de Bard College quand ils apercevaient l’auteur de Portnoy et son complexe descendre de sa voiture pour venir chercher leur professeur de chimie. « Il faisait la route depuis le Connecticut juste pour que nous allions déjeuner ensemble ! »

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Une amitié qui aura laissé sa trace dans l’œuvre de chacun d’eux. Si Johnny chien méchant a pu voir le jour, c’est grâce aux conseils avisés et au soutien de l’auteur d’Opération Shylock. En effet, en 1999, Emmanuel Dongala a été récipiendaire d’un Guggenheim Fellowship grâce aux lettres de recommandation que lui ont écrites, entre autres, Philip Roth et Chinua Achebe, ses deux amis qui, chaque année, se retrouvaient, sans succès, sur la liste des nobélisables. Emmanuel Dongala a ainsi disposé du temps libre nécessaire à l’écriture de ce roman qui sera adapté au cinéma en 2008.
Quant à Philip Roth, il aura glissé un clin d’œil à celui avec qui il aimait converser et rire dans La Tache, publié en 2000. « Philip Roth y évoque un écrivain francophone d’Afrique, confie Emmanuel Dongala. Quand je lui ai demandé de qui il s’agissait, il m’a répondu amusé : “A ton avis ? Combien d’auteurs africains francophones penses-tu que je connaisse ?” »


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Cette auteure emblématique, à l’origine de la saga « L’Assassin royal », explique comment la fantasy a fini par gagner ses lettres de noblesse.
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Robin Hobb : « Désormais, vous pouvez lire un bouquin de fantasy dans le bus »

Cette auteure emblématique, à l’origine de la saga « L’Assassin royal », explique comment la fantasy a fini par gagner ses lettres de noblesse.



Le Monde
 |    28.05.2018 à 12h07
 • Mis à jour le
28.05.2018 à 15h09
    |

                            Elisa Thévenet








                        



   


Robin Hobb était l’invitée d’honneur de la 17e édition des Imaginales, qui se tenait du jeudi 24 au dimanche 27 mai à Epinal. Les œuvres de cette auteure incontournable de la fantasy, comme L’Assassin royal, Les Aventuriers de la mer ou encore Le Fou et l’Assassin ont été traduites dans 22 langues et ont séduit des dizaines de millions de lecteurs dans le monde. Pour la première fois depuis plus de vingt ans, l’auteure américaine, qui a vendu plus de 4 millions de livres en France, n’a ni contrat ni échéance. L’occasion pour elle de réfléchir à d’autres projets. Et, pour Pixels, d’établir avec elle un état des lieux de la fantasy.
Vous venez de mettre un point final à votre saga L’Assassin royal, qui a séduit des millions de lecteurs dans le monde. En tant qu’auteure de fantasy, comment expliquez-vous le succès de ce genre ?
Robin Hobb : C’est le genre universel par excellence. Les récits mythologiques grecs, romains, chinois, les fables d’Esope : ce sont des histoires que l’on se raconte aux quatre coins du monde. On se laisse plus facilement entraîner par un roman de fantasy parce qu’on découvre un nouveau monde dans lequel nos cultures et nos préjugés sont balayés. Chaque lecteur peut s’identifier aux personnages et faire de cette histoire la sienne.
Malgré les succès récurrents des œuvres de fantasy en librairie, le genre continue à avoir mauvaise presse…
Robin Hobb : Aux Etats-Unis, on a l’habitude de dire que nous [les auteurs de fantasy] « vivons dans le ghetto ». Pendant des années, le New York Times a refusé de faire la critique d’un roman de fantasy. Pour avoir du succès, certains auteurs rejetaient même l’étiquette.
Que répondez-vous aux critiques qui considèrent la fantasy comme de la littérature jeunesse ?
Que Game of Thrones est sans aucun doute un livre pour enfants ! [Rires.]
Justement, la fantasy se démocratise depuis quelques années, notamment grâce aux nombreuses adaptations sur petits et grands écrans…
C’est vrai, désormais vous pouvez lire un bouquin de fantasy dans le bus ! Je pense que les gens commencent à réaliser qu’ils peuvent trouver dans les livres les mêmes histoires que celles qu’ils aiment regarder à la télé.
Il y a eu récemment plusieurs débats sur la relative absence de diversité dans les séries et films de fantasy. C’est une question qui traverse plus largement la littérature de l’imaginaire. Est-ce que vous y prêtez attention lorsque vous écrivez ?
J’ai toujours été capable de me mettre dans la peau des personnages dont je lisais l’histoire. Je ne me suis jamais dit que Mowgli était un garçon à la peau foncée. Malgré la description que je fais de FitzChevalerie [le personnage principal de L’Assassin royal], mat avec des cheveux noirs et bouclés, les fans le représentent à leur image. Et ça ne m’embête pas du tout. Nos histoires appartiennent aux lecteurs. Si vous vous sentez obligé d’insérer de la diversité dans le récit, ça se voit. C’est comme compléter un puzzle avec une pièce qui ne lui appartient pas. Vous ne pouvez pas vous dire : « chapitre 4 : je n’ai toujours pas de personnage lesbien, il faut que j’en mette un. » Ce sont les personnages qui choisissent qui ils sont. Ça doit avoir l’air un peu mystique, mais ce sont eux qui me racontent leur histoire et c’est à partir de cela que j’écris un livre.
La fantasy permettrait donc au lecteur de gommer son bagage culturel ?
Si j’écris l’histoire d’un esclave noir aux Etats-Unis, il y a tout un contexte qui s’impose. Tout le monde ne pourra pas s’identifier à ce vécu. Mais si je vous raconte la vie d’une femme à Anabastar réduite à l’esclavage parce qu’elle a les cheveux vert pâle, n’importe qui peut s’approprier ce récit. Il n’y a plus de barrières.
On reproche souvent à la fantasy sa surabondance de clichés : le jeune garçon d’origine modeste promis à un grand destin, la présence de magie, les dragons… Ce sont des éléments que l’on retrouve dans vos livres.
Ces clichés sont l’une de mes inspirations pour L’Assassin royal. Ce sont des archétypes universels. Prendre ces poncifs et les retravailler pour leur donner une nouvelle jeunesse, c’était un défi. De Shakespeare aux grands mythes, ils sont incontournables, autant en être conscient et les utiliser à fond.
On voit de plus en plus d’héroïnes dans les romans de fantasy. En a-t-on fini avec les personnages féminins sans substance ?
Toutes les femmes des livres qui m’ont précédée ne sont pas des potiches. Bien sûr, on peut en trouver, on trouve de tout. Aux origines de la fantasy, dans les contes, il y a beaucoup de personnages féminins forts : Cendrillon est coriace, dans Le Bal des douze princesses, les jeunes filles s’échappent toutes les nuits malgré les gardes et l’interdiction de leur père… Essayez de trouver un conte qui a pour nom celui d’un prince, en dehors de Sinbad, ce n’est pas facile. Les contes sont principalement des récits de femmes, cela montre qu’elles ont toujours raconté des histoires.
Est-ce que le fait d’être une femme a changé quelque chose dans votre manière d’écrire et de travailler ?
Je déteste cette question ! On me la pose à chaque fois comme si j’appartenais à une minorité opprimée. Tout au long de ma carrière, les hommes du monde de la fantasy et de la science-fiction m’ont soutenue. Depuis le début, la plupart de mes éditeurs sont des éditrices, et j’écris depuis 1982. Je ne veux pas nier les histoires d’écrivaines qui ont eu à surmonter les préjugés, mais c’est n’est pas ce que j’ai vécu.
Vous écrivez depuis vingt ans sous un pseudonyme androgyne, Robin Hobb, et sous le nom de plume de Megan Lindholm, pourquoi avoir choisi deux alias ?
C’est très courant pour les auteurs de genre. Megan Lindholm et Robin Hobb n’écrivent pas le même style de fantasy. J’ai choisi Robin Hobb juste avant la publication de L’Assassin royal. Je voulais un nom court qui apparaisse en gros sur la couverture. Je suis allée dans des librairies voir quelle étagère était à portée de vue. C’était celle des « H ». Celle de Barbara Hambly, Robert Heinlein et Franck Herbert. Un super coin ! Comme mon narrateur était un personnage masculin, j’ai choisi un prénom sans connotation féminine ou masculine pour que le lecteur rentre plus facilement dans l’histoire et que le genre de l’auteur ne constitue pas un problème.
Est-ce que vous écrirez un jour sous votre nom, Margaret Ogden ?
Non. De nombreux lecteurs pensent qu’on m’a forcée à changer de nom. Au contraire, on m’a permis de jouer. Quand vous contez une histoire que vous a racontée votre grand-mère irlandaise, vous allez prendre sa voix, son vocabulaire, son accent. C’est exactement la même chose pour moi. Je suis comme une productrice de film, sauf que je joue tous les personnages, je dessine tous les décors et les costumes, et j’ai un budget illimité ! J’ai toujours vécu en dehors de moi-même, au travers des personnages dont je lisais les aventures, donc me créer un troisième pseudonyme serait très amusant.

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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ « La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr », d’Antoine Marchalot.
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Leumonde.fr, par Antoine Marchalot (épisode 103)

« La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr », d’Antoine Marchalot.



Le Monde
 |    27.05.2018 à 06h34
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ Histoire d’un livre. L’île fait sa première apparition dans la prestigieuse collection avec « Une famille corse », où Robert Colonna d’Istria retrace l’immémoriale histoire des siens.
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La Corse entre dans la collection « Terre humaine »

Histoire d’un livre. L’île fait sa première apparition dans la prestigieuse collection avec « Une famille corse », où Robert Colonna d’Istria retrace l’immémoriale histoire des siens.



Le Monde
 |    26.05.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
28.05.2018 à 11h54
    |

            Ariane Chemin








                        



                                


                            
Une famille corse. 1 200 ans de solitude, de Robert Colonna d’Istria, Plon, « Terre humaine », 394 p., 22,90 €.

Pour gagner Bicchisano, prendre depuis Ajaccio la route de Sartène, passer Cauro, Grosseto-Prugna, Albitreccia. Une pâtisserie marque l’entrée du village. Jeanine ­Ettori y découpe chaque jour des articles du Monde, les archive, et refuse de faire payer au journaliste de passage ses meringues et ses croquets, tant elle vénère son quotidien préféré. Grâce à ses lectures, rien de ce qui se passe sur la planète ne lui est étranger. Quand Jeanine parle, on croirait que ­Bicchisano, 400 habitants l’hiver, 1 000 en haute saison, trône au centre de l’Univers.
Le village est l’un des fiefs des Colonna d’Istria. L’influence de ces nobliaux courait naguère sur toute la « microrégion » : du petit château d’Istria aujourd’hui en ruines, en surplomb de Sollacaro, jusqu’à Olmeto et Bicchisano, donc. Une des nombreuses branches y possède la torra mezzana, la tour du milieu, en face du bar de la poste. Robert Colonna d’Istria, 61 ans, y a écrit quelques-unes des 400 pages d’Une famille corse, un livre qui, comme les conversations de Jeanine, embrasse bien davantage que la fenêtre d’un village.
Remonter douze siècles de l’histoire des Colonna d’Istria
Cultivé, d’allure presque intemporelle, souvent ironique, Robert Colonna d’Istria est un touche-à-tout. Il a naguère fondé une école de commerce à Ajaccio, inspecté pendant quelques années les monuments historiques, et depuis trente ans écrit des dizaines d’ouvrages (parfois sous pseudonyme), dont une Histoire de la Corse (France-Empire, 1995). Il se passionne pour l’« art de vivre », qu’il chronique dans toute une cargaison de revues. L’hiver, on l’aperçoit parfois traverser Ajaccio et longer le golfe clair, songeant sans doute à son prochain ouvrage. Depuis un moment, il rêvait de remonter douze siècles de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ « La Matinale du Monde » publie le dernier strip du « Chat Madame, grand reporter », la série créée par la dessinatrice Nancy Péna.
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Article sélectionné dans La Matinale du 25/05/2018
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« Le chat Madame, grand reporter », par Nancy Péna (épisode 48)

« La Matinale du Monde » publie le dernier strip du « Chat Madame, grand reporter », la série créée par la dessinatrice Nancy Péna.



Le Monde
 |    26.05.2018 à 06h37
 • Mis à jour le
26.05.2018 à 07h13
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Le Nobel de littérature sera attribué « lorsque l’Académie suédoise aura retrouvé la confiance », affirme le directeur de la Fondation Nobel.
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L’attribution du prix Nobel de littérature 2018 pourrait être à nouveau reportée

Le Nobel de littérature sera attribué « lorsque l’Académie suédoise aura retrouvé la confiance », affirme le directeur de la Fondation Nobel.



Le Monde
 |    25.05.2018 à 21h06
 • Mis à jour le
26.05.2018 à 07h42
   





                        


Le prix Nobel de littérature 2018, déjà reporté d’un an, pourrait ne pas être attribué en 2019, à la suite de discordes au sein de l’Académie suédoise, ébranlée par un scandale de harcèlement sexuel, a annoncé Lars Heikensten, directeur de la Fondation Nobel, vendredi 25 mai.
Cette fondation qui gère les aspects financiers du prix Nobel, conformément au testament d’Alfred Nobel, a indiqué que le Nobel de littérature serait attribué « lorsque l’Académie suédoise aura retrouvé la confiance ou sera en voie de la retrouver à un degré suffisant. Cela veut dire qu’il n’y a pas de date limite d’ici 2019 », a déclaré M. Heikensten à la radio publique suédoise.
En crise depuis novembre 2017
Pour la première fois depuis près de soixante-dix ans, l’Académie suédoise avait annoncé début mai que le prix Nobel de littérature ne serait pas décerné cette année, après le scandale #metoo qui a plongé cette prestigieuse institution dans la tourmente. « Le prix Nobel 2018 de littérature sera désigné et annoncé en même temps que le lauréat 2019 », avait alors annoncé l’Académie suédoise.
Dans la foulée de la campagne #metoo, le quotidien suédois Dagens Nyheter a publié les témoignages de 18 femmes affirmant avoir été violées, sexuellement agressées ou harcelées par une figure influente ayant des liens avec l’Académie. L’Académie a rompu depuis tout lien avec la personne mise en cause, un Français marié à l’académicienne Katarina Frostenson, en retrait depuis.
Les désaccords au sein de l’institution sur la manière de gérer cette crise ont suscité de graves dissensions parmi ses 18 membres dont plusieurs ont démissionné, dont la secrétaire perpétuelle en exercice Sara Danius.
L’Académie ne compte actuellement que dix membres actifs alors que ses statuts exigent qu’au moins douze de ses 18 membres sont nécessaires pour élire de nouveaux académiciens.

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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Le critique de cinéma et cinéaste Jean-Louis Comolli brode un texte poétique autour d’une série de photogrammes tirés d’un film de Michel Andrieu et Jacques Kebadian, « Le Droit à la parole » (1968).
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Sélection livre : « Les Fantômes de Mai 68 »

Le critique de cinéma et cinéaste Jean-Louis Comolli brode un texte poétique autour d’une série de photogrammes tirés d’un film de Michel Andrieu et Jacques Kebadian, « Le Droit à la parole » (1968).



Le Monde
 |    25.05.2018 à 15h06
    |

            Jacques Mandelbaum








                        


En 1967 naît le collectif l’ARC (Atelier de recherche cinématographique), qui documente les mouvements étudiants. En mai-juin 1968, ses membres filment les événements, images dont Michel Andrieu et Jacques Kebadian tirent un film, Le Droit à la parole. De cette œuvre, le critique de cinéma et cinéaste Jean-Louis Comolli a tiré, avec l’un des réalisateurs, une série de très beaux photogrammes, autour desquels il brode un texte brillant et poétique.
L’opuscule qui en ressort est une évocation de l’attaque vaporeuse du temps, du devenir poudreux, spectral, de l’Histoire et des images. Toute la mythologie de 68 est figée dans des poses où, à la valeur iconique (barricades, lancer de pavé…), se mêle une dimension fantomatique. Le geste de la révolte revient suspendu dans le temps, comme quelque chose dont la liberté continue de nous interroger, y compris sur le sens à lui attribuer.
Ce qu’en ces mots, et avec talent, dit Comolli : « A cinquante ans de distance, l’usure du temps a sans doute dégradé l’homogénéité photographique de la pellicule, mais l’effet premier, l’effet majeur, de cette dégradation est de libérer les prises de vue de la nécessité ordinaire de l’analogie photographique qui commande à la ressemblance, à l’identité, au “réalisme”. Ces jeunes gens, ces étudiants, ces ouvriers, sont devenus des emblèmes, dans l’histoire, mais hors du temps. Les photogrammes gagnent en légèreté, ils sont aériens, flottants, ils nous invitent à un autre regard sur les traces de ces manifestations, de ces batailles, de ces couloirs, de ces foules… Un autre regard ? Celui qui est sensible à l’autre dimension de toute image – celle qui n’est plus narrative, qui n’est plus anecdotique, qui n’est plus identificatoire (qui n’est plus policière). Nous voulons dire : sa beauté. »

   


Les Fantômes de Mai 68, de Jacques Kebadian et Jean-Louis Comolli, Yellow Now, 80 pages, 12,50 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Inspiré d’un fait divers, le troisième roman de Mohamed Mbougar Sarr s’empare de la question sensible des « goor-jigeen », un tabou dans son pays.
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Entretien

« Au Sénégal, un bon homosexuel est soit caché, soit drôle, soit mort »

Inspiré d’un fait divers, le troisième roman de Mohamed Mbougar Sarr s’empare de la question sensible des « goor-jigeen », un tabou dans son pays.

Propos recueillis par                                            Gladys Marivat (contributrice Le Monde Afrique)




LE MONDE
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        Le 25.05.2018 à 10h58

     •
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        Mis à jour le 28.05.2018 à 09h32






    
L’écrivain sénégalais Mohamed Mbougar Sarr, à Saint-Denis de La Réunion, en novembre 2015.
Crédits : RICHARD BOUHET/AFP


S’emparer d’une question d’actualité et chercher ce qu’elle révèle des rapports humains. Telle est la mission que s’est fixée Mohamed Mbougar Sarr, très prometteur écrivain sénégalais de 28 ans. Après Terre ceinte (2014), sur le djihadisme au Sahel, puis Silence du chœur (2017), qui imagine l’arrivée de douze migrants dans un village sicilien, l’auteur publie son troisième roman, De purs hommes. Le livre est paru en avril en coédition entre les éditions Jimsaan, à Saint-Louis, et Philippe Rey, à Paris.

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                Mohamed Mbougar Sarr, l’écrivain qui colle à la peau de la littérature



L’intrigue commence par une scène marquante : un professeur de lettres, Ndéné Gueye, regarde une vidéo montrant une foule déterrer un cadavre et le jeter hors du cimetière au motif que c’est un « goor-jigeen ». En wolof, cela signifie « homme-femme » et désigne, de manière péjorative, un homosexuel. La vidéo embrase le pays et le sort du défunt obsède le narrateur, qui bascule dans le doute. Le roman offre une plongée dans la société sénégalaise, qui entretient des rapports troublants avec l’homosexualité.
Entre deux festivals, à Saint-Malo et à Lyon, Mohamed Mbougar Sarr a répondu au Monde Afrique.
Dans quel état d’esprit avez-vous écrit ce livre ?
Mohamed Mbougar Sarr C’est le premier texte que je destine à un public en particulier, les Sénégalais, car il parle vraiment de cette société-là. Bien sûr, d’autres le liront, mais j’espère que mes compatriotes aussi. C’est aussi, chronologiquement, le premier roman que j’ai porté en moi. J’étais au lycée quand j’ai vu la vidéo qui ouvre le livre. Elle m’a marqué et a mis en crise ma propre opinion sur l’homosexualité. J’ai commencé à me poser les mêmes questions que le narrateur : qui était cet homme ? Qui est sa famille ? C’est à cet instant que j’ai décidé d’écrire.
Votre roman confronte deux visions de l’homosexualité au Sénégal. L’une dit qu’elle a été importée d’Occident.
Au Sénégal, beaucoup de personnes font preuve de cécité volontaire, voire d’un oubli tragique, en disant qu’il y a eu un temps pur où il n’y avait pas d’homosexuels dans le pays. Ceux-ci seraient arrivés avec la colonisation et l’homme blanc. Mais comme très souvent lorsqu’on accuse l’autre d’être l’agent de la décadence, on fait preuve de lâcheté et d’hypocrisie. Les homosexuels ont toujours existé dans la société sénégalaise.

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                « En nous taisant sur l’homophobie au Sénégal, nous entérinons l’idée que toutes les vies ne se valent pas »



Il y a un paradoxe dans le fait de dire que nous sommes aussi dans l’humanité, dans l’histoire, et de vouloir s’en extraire sur la question de l’homosexualité. Il n’y a aucune raison pour que des mœurs qui concernent l’humanité n’aient pas eu cours au Sénégal. Ceux qui accusent les Occidentaux d’avoir importé l’homosexualité se trompent.
L’autre vision dit que les homosexuels avaient autrefois un rôle dans la société sénégalaise.
En écrivant ce livre, j’ai rencontré des personnes qui m’ont parlé d’une époque où les goor-jigeen marchaient tranquillement dans la rue. Ce mot désignait un travesti, qui était peut-être homosexuel. Les goor-jigeen aidaient les femmes dans la préparation des cérémonies et des sabar, les fêtes traditionnelles. Ils étaient souvent les seuls à connaître des poèmes ou des paroles amusantes qui faisaient oublier aux gens la dureté de la vie. Les gens les aimaient pour cela et oubliaient qu’ils pouvaient aussi les détester profondément.
En somme, un bon homosexuel au Sénégal est soit un homosexuel qui se cache, soit un amuseur public, soit un homosexuel mort. Pourtant, il y a des sortes de carnavals où les hommes se déguisent en femmes, et inversement. Cela pourrait nourrir une réflexion sur les genres, leur influence et leur porosité. Mais les personnes qui pourraient s’intéresser à ces sujets ne le font pas à cause de la pression sociale.
C’est cette pression sociale qui empêche selon vous le débat ?
Essayer ne serait-ce que de réfléchir à l’homosexualité, c’est s’exposer à un danger. C’est se rendre compte qu’on est moins radical qu’on le voudrait et donc qu’on est dans le péché. Alors les gens se rangent derrière les lieux communs : « Ils sont malades, il faut les soigner », « Ils l’ont choisi et le font par provocation », etc. Ces paroles empêchent de se demander : « Est-ce que je n’ai pas un ami, un fils, un frère dont je sais ou sens qu’il est homosexuel ? Dois-je arrêter de lui parler ? »

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                Le roman d’un jeune Sénégalais, Terre ceinte, reçoit le prix Kourouma 2015



Malheureusement, le pouvoir religieux a une emprise très forte sur les esprits. Même les hommes politiques ou les universitaires doivent avant tout faire allégeance au pouvoir religieux. Si la situation de l’homosexualité au Sénégal doit évoluer, les religieux se défendront très fortement. On ne fera pas l’économie d’un moment extrêmement violent, dans les débats ou dans les actes.
A quelles réactions vous attendez-vous au Sénégal ?
Mon roman ne circulera vraiment au Sénégal que dans quelques mois. Ce sera l’épreuve de vérité. Je sais que certains se dispenseront de le lire pour se faire leur opinion. D’autres, qui l’ont lu, m’ont dit avoir été choqués et pensent qu’il peut être dangereux et difficile à accepter dans un contexte sénégalais. On verra. Au Sénégal, on s’expose lorsqu’on pense différemment sur certains sujets. L’homosexualité fait partie de ces lignes rouges.
De purs hommes, de Mohamed Mbougar Sarr, 192 pages, Philippe Rey/Jimsaan, 16 euros.





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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Plusieurs actionnaires du conglomérat français se sont montrés mécontents de la gestion du groupe. La direction a annoncé un recentrage sur l’édition et le « travel retail ». Les médias et le sport ne sont plus la priorité.
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Les Qataris accentuent leur pression sur Arnaud Lagardère

Plusieurs actionnaires du conglomérat français se sont montrés mécontents de la gestion du groupe. La direction a annoncé un recentrage sur l’édition et le « travel retail ». Les médias et le sport ne sont plus la priorité.



Le Monde
 |    25.05.2018 à 10h29
 • Mis à jour le
25.05.2018 à 19h17
    |

            Sandrine Cassini, 
François Bougon et 
Alexandre Piquard








                        



                                


                            

C’était la soirée de gala qu’il ne fallait pas rater : mardi 15 mai, au Parc des Princes, la Fondation Paris - Saint-Germain (PSG) organisait, avec sa myriade de stars, son dîner de charité. En quelques heures, l’institution, présidée – tout comme le club de football champion de France – par le Qatari Nasser Al-Khelaïfi, a empoché 1,6 million d’euros, à l’issue d’une folle vente aux enchères. Hôte le plus généreux – et d’honneur aussi, puisqu’il était à la table de M. Al-Khelaïfi –, Arnaud Lagardère a dépensé, selon L’Equipe, près de 750 000 euros pour quatre lots, dont le premier maillot porté par Neymar en Ligue 1… « What a night ! » (« quelle soirée ! »), s’est enthousiasmée Jade Lagardère, l’épouse du dirigeant, sur Instagram.
Au sein du groupe, les photos glamour de la soirée ont été moins appréciées. « On nous demande de nous concentrer sur le résultat opérationnel et lui claque l’équivalent d’un bénéfice annuel d’une division en une soirée », s’emporte un cadre, sous le couvert de l’anonymat. Mais l’extrême largesse d’Arnaud Lagardère vient aussi rappeler son lien avec Nasser Al-Khelaïfi. Le président du PSG, proche de l’émir du Qatar, Tamim Ben Hamad Al-Thani, a aussi la particularité d’être administrateur du fonds souverain Qatar Investment Authority, qui détient chez Lagardère 13,3 % du capital et presque 20 % des droits de vote.
« Tant que les Qataris votent avec le management, il ne se passera rien. Ils sont la clé », analyse un ancien du groupe
Entre Arnaud Lagardère et le Qatar, c’est une vieille histoire d’amour. Elle remonte à son père, Jean-Luc (1928-2003), qui connaissait le père de l’émir Al-Thani. En 2012, les Qataris deviennent le premier actionnaire. « Des actionnaires d’une loyauté et d’une fidélité assez exceptionnelles », a salué Arnaud Lagardère, le 3 mai, lors de l’assemblée générale (AG). Mais, de sources concordantes, le fonds souverain s’est récemment montré mécontent...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Clap de fin pour la série « Pop Corn », créée en exclusivité pour « La Matinale du Monde » par le dessinateur Eric Salch.
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Article sélectionné dans La Matinale du 24/05/2018
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« Pop Corn », par Salch (épisode 35)

Clap de fin pour la série « Pop Corn », créée en exclusivité pour « La Matinale du Monde » par le dessinateur Eric Salch.



Le Monde
 |    25.05.2018 à 06h38
 • Mis à jour le
25.05.2018 à 07h05
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ L’ancienne directrice des éditions jeunesse de Syros et du Seuil, qui a notamment lancé les collections « L’arbre aux accents », « Tempo » ou « Rat noir », est morte, le 21 mai, dans les Hauts-de-Seine, à l’âge de 71 ans
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Mort de l’éditrice jeunesse Françoise Mateu

L’ancienne directrice des éditions jeunesse de Syros et du Seuil, qui a notamment lancé les collections « L’arbre aux accents », « Tempo » ou « Rat noir », est morte, le 21 mai, dans les Hauts-de-Seine, à l’âge de 71 ans



Le Monde
 |    24.05.2018 à 15h04
 • Mis à jour le
25.05.2018 à 11h44
    |

                            Philippe-Jean Catinchi








                        



                                


                            

Editrice militante du secteur jeunesse et femme de conviction d’une générosité rayonnante, Françoise Mateu est morte, lundi 21 mai, à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), à l’âge de 71 ans.
Née à Toulouse, le 27 février 1947, Françoise Laporte, dont les parents tiennent une épicerie dans la Ville rose, grandit dans les livres. Après un baccalauréat littéraire, elle se destine à l’enseignement, s’oriente vers l’anglais et, au terme d’une année outre-Manche, prend un poste à Mortagne-au-Perche (Orne).
Un grave accident la contraint à une pause de trois ans, et, à son retour, Françoise reprend des études, de commerce cette fois. Comme, dans l’intervalle, elle s’est mariée, elle suit son époux à Lille et exerce comme assistante marketing pour le compte du groupe d’intérim Manpower. Revenue dans la région toulousaine, elle fonde avec sa sœur une librairie à Muret, Croque Bouquine, dont elle revendique la spécialisation jeunesse. Si Nicole poursuit l’aventure quelque temps, Françoise, elle, s’installe bientôt à Paris.
Célébration des cultures du monde
C’est là qu’elle rencontre Suzanne Bukiet (1928-2016), qui, dans un cadre associatif, mène parallèlement un travail d’alphabétisation pour les travailleurs étrangers et la conception de livres jeunesse axés sur la célébration et le dialogue des cultures du monde. Françoise Mateu est enthousiaste et seconde celle qui fonde, boulevard Saint-Michel, L’Arbre à livres, adresse où se rencontrent pédagogues, auteurs et artistes de tous horizons.
La maison d’édition Syros, qui passe un accord avec cette équipe à l’énergie infatigable, ouvre ainsi un secteur jeunesse dont Suzanne Bukiet, secondée par Françoise Mateu, prend la direction en 1989. Promouvoir la diversité et l’apprentissage des langues et des cultures du monde devient leur credo. Françoise Mateu lance ainsi la collection « L’arbre aux accents », où trois livres bilingues, qui croisent le manuel de cuisine, le recueil de contes et un autre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ L’acteur, qui lira Robert Musil lors du festival La Bibliothèque parlante (à la BNF, les 26 et 27 mai), parle de la lecture publique et de son rapport à la littérature.
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Mathieu Amalric : « La lecture à voix haute, un geste d’amitié »

L’acteur, qui lira Robert Musil lors du festival La Bibliothèque parlante (à la BNF, les 26 et 27 mai), parle de la lecture publique et de son rapport à la littérature.



Le Monde
 |    24.05.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
24.05.2018 à 09h16
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            
La deuxième édition du festival La Bibliothèque parlante, organisé par la Bibliothèque nationale de France (BNF), aura lieu les samedi 26 et dimanche 27 mai : un week-end de performances, d’écoute d’archives sonores et de lectures (programme complet sur Bnf.fr). Sandrine Bonnaire, ­Béatrice Dalle, Virginie Despentes, Anna Mouglalis, Arthur H, Anouk Grinberg, ­Denis Lavant, Jean-Claude Ameisen, la troupe de la Comédie-Française et plusieurs autres se relaieront pour donner voix à Georges Simenon, Georg Lukacs, Marguerite Duras ou Jules Verne, dont les textes, imprimés ou manuscrits, voire inédits, sont conservés à la BNF. L’acteur et réalisateur Mathieu Amalric a choisi, lui, de faire (re)découvrir L’Homme sans qualités, de Robert Musil (1930-1932).

Etes-vous familier des lectures publiques ?
Je m’y suis déjà aventuré avec des textes d’Antoine Jaccoud, André S. Labarthe, Don DeLillo (en sa présence) et Etgar ­Keret, dont je vais tourner, cet automne, une mini-série en quatre épisodes pour Arte [l’histoire d’un agent immobilier voyageant dans le temps]. On ne sait jamais jusqu’où peut vous emporter une lecture à haute voix. L’exercice est très physique. Il ne faut pas l’aborder en acteur, plutôt le considérer comme un geste d’amitié, avec cette générosité qu’ont les amis qui savent conter des histoires lors d’un dîner.
A priori, Musil est un écrivain qui ne se prête guère à une lecture à voix haute, en raison de la longueur variable de ses phrases et de la quasi-absence de dialogues. Mais, parce qu’elle se rapproche du conte, qu’elle est une sorte de prisme réfractant des éclats, la lecture orale peut, je l’espère, démentir le préjugé selon lequel L’Homme sans qualités est une œuvre inaccessible. En ce qui me concerne, il y a un avant et un après la découverte de Musil, comme ce fut également le cas avec Virginia Woolf et Lawrence Durrell. L’Homme sans qualités contient tout : philosophie,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Dans « Pourquoi la société ne se laisse pas mettre en équations », Pablo Jensen, physicien, explique pourquoi il est difficile de modéliser les comportements sociaux – et pourquoi il faut néanmoins essayer.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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Le physicien et la sociologie

Dans « Pourquoi la société ne se laisse pas mettre en équations », Pablo Jensen, physicien, explique pourquoi il est difficile de modéliser les comportements sociaux – et pourquoi il faut néanmoins essayer.



Le Monde
 |    24.05.2018 à 07h15
    |

                            Gilles Bastin (Sociologue et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Pourquoi la société ne se laisse pas mettre en équations, de Pablo Jensen, Seuil, « Science ouverte », 316 p., 22 €.
Qu’ont en commun la formation d’une ola dans un stade de football, la ségrégation urbaine, le succès d’un individu sur Twitter ou la réussite scolaire ? Ces phénomènes sociaux disparates ont tous été « modélisés » par des chercheurs ayant tenté de les expliquer rationnellement comme le résultat de séries d’actions individuelles, gouvernées par des lois qui leur sont propres et qui n’ont souvent rien à voir avec l’effet final observé.
L’exemple le plus fameux de ces modèles non intuitifs est le « modèle de ségrégation » élaboré par l’économiste américain Thomas Schelling (1921-2016) : placez au hasard des pions rouges et verts sur un échiquier et faites-les bouger en attribuant à chacun une préférence pour un environnement multicolore, où la majorité de ses voisins seraient d’une autre couleur, et quelques-uns de la même… Le résultat sera contraire au choix de départ : tous les pions rouges d’un côté et tous les verts de l’autre !
Informulables lois universelles du fonctionnement de la société
Dans ce livre écrit d’une plume alerte et avec un rare talent de vulgarisation, le physicien Pablo Jensen multiplie ces petits modèles de raisonnement et montre qu’ils échouent plus souvent qu’à leur tour à s’ajuster à la réalité et à la prédire. C’est que la société est un système plus complexe à modéliser que la planète, dont la météorologie peut par exemple être correctement prédite, à court terme, à partir des lois fondamentales de la physique et d’observation régulière de quelques constantes.
Les sociologues ont, dans leur immense majorité, abandonné l’idée selon laquelle ils pourraient réussir à formuler des lois universelles du fonctionnement de la société, comme si l’on pouvait poser cette dernière sur une paillasse de laboratoire. On peut s’en étonner et rappeler qu’Auguste...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Dans « Karman », le philosophe italien opère un étonnant détour par l’Orient pour découvrir les racines de la culpabilité.
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Le bon « karman » de Giorgio Agamben

Dans « Karman », le philosophe italien opère un étonnant détour par l’Orient pour découvrir les racines de la culpabilité.



Le Monde
 |    24.05.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
24.05.2018 à 10h09
    |

                            David Zerbib








                        



                                


                            
Karman. Court traité sur l’action, la faute et le geste (Karman. Breve trattato sull’azione, la colpa, il gesto), de Giorgio Agamben, traduit de l’italien par Joël Gayraud, Seuil, « L’ordre philosophique », 144 p., 16 €.

Giorgio Agamben avait annoncé en 2014 que son projet d’une « archéologie » conceptuelle de l’édifice juridique et politique de notre civilisation était clos, après environ vingt ans de travaux (Homo sacer, Seuil, 2016). Mais le philosophe n’a pas cessé les fouilles, puisqu’il revient sur d’anciens chantiers, qu’il explore en de nouvelles directions, dans Karman. Court traité sur l’action, la faute et le geste, livre dont le sens tient à l’inscription dans un projet plus général, comme s’il s’agissait des notes d’un grand traité à venir autant que des addenda à son œuvre antérieure. Une évolution est en cours, dont voici une étape déjà très riche.
A travers une série de courts chapitres étayés, comme souvent chez Agamben, de philologie et d’étymologie latine, hébraïque ou sanskrite, se déploie l’hypothèse selon laquelle il y a, « non seulement à la base du droit, mais aussi de l’éthique et de la morale religieuse de l’Occident », l’idée que ce que nous faisons nous est imputé et entraîne la possibilité d’une sanction à notre encontre. Le protagoniste du Procès, de Kafka (1925), qui, « par le fait même de vivre, est ­constitutivement mis en cause et accusé », incarnerait cette condition du sujet moderne.
Culpabilité moderne
Mais il n’est pas aisé de penser la possibilité qu’une action puisse rendre coupable. Les lois anciennes, par exemple, attribuaient des sanctions à certaines actions sans les imputer à la libre volonté du sujet. C’est au christianisme que revient le rôle d’avoir forgé la culpabilité moderne, en introduisant le concept latin de crimen (qui désigne à la fois l’action et l’accusation).
Or, pour...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Philosophie de la prostate », de Philippe Petit.
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Figures libres. Par-delà le bien et le mâle

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Philosophie de la prostate », de Philippe Petit.



Le Monde
 |    24.05.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
24.05.2018 à 10h07
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Philosophie de la prostate, de Philippe Petit, Cerf, « Idées », 264 p., 18 €.

Michel Foucault n’a rien écrit sur la prostate. Anodine anecdote ? Sûrement pas. Parce que, en ­quatre volumes d’Histoire de la sexualité, au fil de dix années d’une enquête sans pareille scrutant la chair, le désir, les représentations de la jouissance, ne pas avoir un seul mot, nulle part, pour une glande masculine qui est vitale, centrale, cruciale – n’est-ce pas fort étonnant ? Or ce silence n’est pas le fait de ce penseur en particulier. De la prostate, il ne fut question en philosophie. Pénis, phallus, érection, oui. Vulve, vagin, clitoris, évidemment. Ovaires ? Parfois. Prostate, jamais ! « Die Prostata-Frage » (« La question de la prostate ») n’est le titre d’aucun traité métaphysique.
C’est en littérature qu’elle fait son entrée, somme toute récemment, avec Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable, de Romain Gary (Gallimard, 1975), Exit le fantôme, de Philip Roth (Gallimard, 2009), ou L’Ablation, de Tahar Ben Jelloun (Gallimard, 2014). Ces récits, et quelques autres, retracent les affres et méditations de la post-maturité masculine. Narrer son cancer de la prostate est presque devenu un genre lit­téraire. Le transformer en exercice philosophique était un défi qui restait à relever.
Philippe Petit y parvient ­allègrement, avec cette étonnante Philosophie de la prostate, bel essai en forme de journal de bord. Le texte se révèle tour à tour méditatif, digressif, aigu, passe sans crier gare de la panique à l’ironie, du récit intime à la réflexion. Son auteur, journaliste et philosophe, est un lecteur boulimique et une plume acérée.
Son essai mêle souvenirs de Mai 68 et consultations à Cochin, résultats de d’analyses et ruminations pascaliennes, avec brio, dans un tourbillon de références où s’entrecroisent et se répondent, comme autant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ L’historien rétablit dans sa complexité le devenir tumultueux de la province espagnole, du califat à l’Europe, du folklore à l’entrée dans la modernité.
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Joseph Pérez libère l’Andalousie de ses clichés

L’historien rétablit dans sa complexité le devenir tumultueux de la province espagnole, du califat à l’Europe, du folklore à l’entrée dans la modernité.



Le Monde
 |    24.05.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
24.05.2018 à 10h03
    |

                            Gabriel Martinez-Gros (Historien)








                        



                                


                            
Andalousie. Vérités et légendes, de Joseph Pérez, Tallandier, 256 p., 18,90 €.

Hispaniste de renom, ancien directeur de la Casa de Velazquez, Joseph Pérez présente ici l’histoire de l’Andalousie en trois gros chapitres dont chacun est assigné à une ville : Grenade, Séville, Cordoue, dans cet ordre. Séville, au centre, est à part. Ouverte sur l’océan et les Amériques, elle est moins attachée au passé arabe, qui lie au contraire Grenade et Cordoue. Mais, très finement, Joseph Pérez distingue aussi l’écho de chacune de ces deux villes dans la mémoire espagnole.
Grenade d’abord, conquise en 1492 par une Espagne triomphante après 800 ans de présence musulmane en Andalousie, divisée en trois épisodes : le califat des Omeyyades de Cordoue (VIIIe-XIe siècle), les dynasties berbères des Almoravides et des Almohades, qui perdent la guerre de ­Reconquête (XIIe-XIIIe siècle) ; enfin, le petit émirat de Grenade, qui construit l’Alhambra (XIIIe-XVe siècle).
Le christianisme ibérique, victorieux et militant, et que l’on imagine souvent figé dans l’hostilité à l’égard de cette période, invente alors, en réalité, la maurophilie, cette sorte de sympathie un peu condescendante du vainqueur pour le vaincu musulman. C’est cette maurophilie du Romancero (l’ensemble des ballades de la Reconquête), reprise à la fin du XVIe siècle dans Les Guerres civiles de Grenade, de Gines Perez de Hita (vers 1544-vers 1619), qui est sans doute la marque la plus ancienne du mythe doré du « vivre ensemble » andalou. La prise de Grenade y est un roman de chevalerie, où tous les rôles sont nobles et où tous finissent par se réconcilier dans la douceur du christianisme.
La quintessence de l’Espagne
Mais l’euphorie ne dure que le temps d’un Siècle d’or. La magnanimité du christianisme se brise sur la résistance des morisques, musulmans...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ La chronique de Bruno Latour, à propos de « Sentir-penser avec la Terre. L’écologie au-delà de l’Occident », d’Arturo Escobar.
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Qui a la parole ? Les périls de l’occidentalisme

La chronique de Bruno Latour, à propos de « Sentir-penser avec la Terre. L’écologie au-delà de l’Occident », d’Arturo Escobar.



Le Monde
 |    24.05.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
24.05.2018 à 10h40
    |

                            Bruno Latour (Philosophe)








                        



                                


                            
Sentir-penser avec la Terre. L’écologie au-delà de l’Occident (Sentipensar con la tierra. Nuevas lecturas sobre desarrollo, territorio y diferencia), d’Arturo Escobar, traduit de l’espagnol (Colombie) par l’atelier La Minga, Seuil, « Anthropocène », 240 p., 19 €.

Tout lecteur consciencieux sait qu’il faut éviter d’imposer à une culture étrangère les clichés de l’exotisme. On sait combien l’orientalisme a longtemps imposé à l’Orient une fausse distance qui a conforté les Occidentaux dans leur suffisance : « Ces gens-là ne sont pas comme nous ; comme ils sont curieux. »
Moins connus sont les dangers d’appliquer aux Occidentaux, par revanche, une fausse distance, en prétendant qu’ils sont radicalement différents de toutes les autres civilisations. C’est le danger de toute opposition trop tranchée entre les peuples qui imposent la modernisation au reste du monde et ceux qui résistent à cette modernisation.
Petit livre de combat
C’est ce que fait, pour des raisons tout à fait respectables, la traduction de Sentir-penser avec la Terre, d’Arturo Escobar, militant et anthropologue colombien. Ce petit livre de combat résume les concepts qui permettent aux peuples en lutte de retrouver leur dignité : « Nous sommes différents de vous, les Occidentaux, leur fait-il dire en substance, parce que nous bénéficions d’une autre façon de “sentir-penser” avec la Terre, que nous luttons contre l’individualisme, et que nous avons une cosmologie bien plus riche et plus relationnelle que la vôtre. »
On comprend l’intérêt de tels propos pour se donner du cœur au ventre et résister dans sa tête au poids gigantesque des concepts offerts par la mondialisation. C’est ce que les féministes appellent une forme d’« essentialisme stratégique » : pour résister, il faut des groupes à peu près clos, définis par une essence indiscutée.
Ce qui est excellent quand on s’adresse à ceux qui doivent apprendre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Claro salue la réédition du terrible « Jérôme », de Jean-Pierre Martinet.
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Le feuilleton. Aller obscur sous la nuit

Claro salue la réédition du terrible « Jérôme », de Jean-Pierre Martinet.



Le Monde
 |    24.05.2018 à 07h00
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Jérôme, de Jean-Pierre Martinet, préface d’Alfred Eibel et postface de Raphaël Sorin, Finitude, 480 p., 18 €.

Certains livres ont le mérite non seulement de remettre les pendules à l’heure mais d’en arracher les aiguilles pour les planter dans notre nuque comme deux nécessaires banderilles. Sans eux, nous risquerions de nous laisser aller, de lire comme on se cure le nez, de ranger Bobin entre Balzac et Butor, de chercher une rime inutile à Delerm, de ne plus lire que des nouveautés déjà éventées, de nous prendre pour des critiques littéraires. Ces livres, qui souvent semblent constitués à 99 % de désespoir et à 1 % de saut dans le vide, possèdent néanmoins une qualité incomparable : un soleil noir les magnétise, là où tant d’autres se contentent de baigner dans l’urique lumière de leurs 2 watts et demi. Ces livres ne sont pas maudits – c’est nous qu’ils maudissent, d’un poing à la fois rageur et moqueur, car nous avons l’outrecuidance de les ignorer et le tort de leur survivre. Jérôme, de Jean-Pierre Martinet (1944-1993), est un de ces livres sans lesquels nous pourrions nous imaginer tirés d’affaire. Puisse la réédition de ce roman aussi violent qu’incandescent, quarante ans après sa parution quasi ignorée au Sagittaire, nous empêcher à tout jamais de confondre lecture et villégiature.
On pourrait, bien sûr, réduire Jérôme à ce qui semble à première vue sa quintessence : l’horreur de vivre. On pourrait, tout aussi bien, l’identifier au personnage éponyme du roman, à ce Jérôme Bauche à jamais chassé du Jardin des délices, et ne voir dans ces plus de 450 pages de descente aux enfers sans guère d’alinéas que les tribulations chaotiques, soûlographiques et pornographiques d’un gros parasite de 42 ans, gêné par son 1,90 mètre, ses 150 kg et son pubis glabre, otage consentant et quasi-gigolo d’une mère alcoolique, assassin occasionnel et pédophile compulsif, bref, un type peu ragoûtant,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ Dans « Platine », la romancière Régine Detambel évoque le sex-symbol des années 1930, morte à 26 ans, dépossédée d’elle-même sauf de sa douleur.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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Corps souffrant de Jean Harlow

Dans « Platine », la romancière Régine Detambel évoque le sex-symbol des années 1930, morte à 26 ans, dépossédée d’elle-même sauf de sa douleur.



Le Monde
 |    24.05.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
24.05.2018 à 09h20
    |

                            Bertrand Leclair (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Platine, de Régine Detambel, Actes Sud, 192 p., 16,50 €.

Roman bref, tout entier tendu vers sa cible, Platine file comme une flèche dont le trajet dépend uniquement de la confiance que l’archer est capable de mettre dans un geste mêlant science et instinct. La cible est agissante dès le début, mais de toute façon la fin sera sans surprise puisque le lecteur connaît au moins de réputation le destin tragique et sulfureux de Jean Harlow (1911-1937), étoile filante qui fut la première héroïne du cinéma parlant à prendre ouvertement valeur de sex-symbol et à permettre aux journaux de dérouler une vie émaillée de scandales et de répliques aguicheuses prérédigées par les sbires des studios.
Ce n’est pas tant l’histoire de « la Bombe » Harlow que raconte Régine Detambel dans Platine, cependant, que celle d’un corps, celui d’une jolie fille de Kansas City pourvue d’une « chevelure d’ange joaillier » et d’une paire de seins légendaires, bientôt destinés à « ponctuer chaque geste de l’actrice de leurs mouvements sensationnels, attendus comme des répliques sues par cœur ».
Une fois propulsés en haut de l’affiche par Howard Hughes avec Les Anges de l’enfer (1930), son image et donc son corps doivent répondre aux diktats des nouveaux nababs du cinéma, en l’occurrence Louis B. Mayer s’exerçant à la toute-puissance en signant « sans discontinuer des chèques comportant des flopées de zéros hâtivement griffonnées comme des sextuples croches sur une partition de Stravinsky ».
Lumière « perforante » du cinéma
Celle qui a fait rêver d’innombrables jeunes Américaines y a perdu le peu d’autonomie que lui laissaient encore une mère étouffante et un beau-père manipulateur. Certes pourvue d’une somptueuse résidence, « la plupart du temps elle ignorait le nom des invités. Elle était chez elle comme dans le hall d’un hôtel ». Quant à...




                        

                        

