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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Notre choix du soir. A travers cette comédie, Eric Judor réussit à faire rire avec les nouvelles formes de lutte politique (sur Canal+ à 21 heures).
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TV – « Problemos » : sur la ZAD, des lendemains qui déchantent

Notre choix du soir. A travers cette comédie, Eric Judor réussit à faire rire avec les nouvelles formes de lutte politique (sur Canal+ à 21 heures).



Le Monde
 |    30.05.2018 à 17h45
    |

            Isabelle Regnier








                        


Film sur Canal+ à 21 heures

C’est l’été. Une famille quitte l’autoroute des vacances pour faire une halte dans une communauté zadiste. Jeanne, la mère, jeune femme super bobo (Célia Rosich), a été invitée par son ­ancien prof de yoga, un des fondateurs du mouvement. Victor (Eric Judor), le père, informaticien de son état, la suit à reculons, tandis que leur fille préadolescente pique une crise de nerfs à l’idée qu’il va lui falloir laisser son iPhone à l’entrée du camp, comme l’exige la charte de la zone sans ondes.
Réalisé par Eric Judor, coécrit par Noé Debré, scénariste proche de Jacques Audiard, et Blanche Gardin, humoriste passée par le Jamel Comedy Club et familière des ­milieux militants, Problemos séduit par la manière qu’il a de s’inscrire de plain-pied dans une réalité à la fois médiatisée, polarisante et qui n’avait jusqu’à présent jamais été prise en charge par la fiction – L’Avenir, de Mia Hansen-Love, où Isabelle Huppert se réfugie dans un avatar du groupe de Tarnac, reste, à notre connaissance, la seule tentative de représenter la contestation politique telle qu’elle s’organise en France aujourd’hui.
Folklore altermondialiste
En plongeant une famille soumise aux normes de la société de ­consommation dans cette communauté de bric et de broc (le vieux hippie écolo, la féministe vindicative, le pseudo-chaman, l’ancien djihadiste...), les auteurs s’offrent un terrain de comédie fertile. Le folklore altermondialiste (culture capillaire tendance art brut, chants de républicains ­espagnols massacrés à l’accent français, communication à base de petits moulinets avec les mains...) sert de toile de fond à une série de gags qui visent essentiellement l’esprit de sérieux et le ton sentencieux de la rhétorique militante. Entre le « groupe de parole sur les règles », où l’on apprend les vertus des cataplasmes à l’eucalyptus pour contrer les odeurs ­intimes, cet « enfant » dont le sexe n’est connu de personne afin qu’il reste libre de déterminer son genre, l’obligation de s’adresser poliment aux animaux « parce qu’ils sont des personnes comme toi et moi » et, plus généralement, le terrorisme lexical ambiant (« Ah, parce que “réussite”, c’est un terme positivement connoté, pour toi ? »), on rit beaucoup dans la première partie du film, qui pose le décor.
Par un smartphone infiltré en contrebande par une gentille greluche passionnée de télé-réalité, on apprend au bout de quelques jours qu’une pandémie a ravagé le gros de la population mondiale. La nouvelle fait l’effet d’un électrochoc. Alors que la zone reste miraculeusement épargnée par le virus et que ses habitants se retrouvent chargés, par la force des choses, de refonder une civilisation, les masques tombent, et le film prend la tournure d’une ­fable hobbesienne dans laquelle l’instinct de conservation, le désir de propriété, la volonté de pouvoir balayent d’un revers de main les beaux principes collectivistes et pacifistes autour desquels s’était constitué le groupe.

   


Loin de l’idiotie abstraite de Seuls Two, ou même de La Tour Montparnasse infernale, cette nouvelle comédie d’Eric Judor s’inspire au contraire de l’air du temps (les auteurs disent avoir fréquenté Nuit debout). Si cette ­vision de la ­nature humaine ne ­témoigne sans doute pas d’une croyance folle dans l’utopie, il ­serait ­malvenu d’y voir une volonté de dénigrer l’action des collectifs en lutte. En mettant dos à dos la ­féministe despotique qu’interprète Blanche Gardin et ce ­Victor dont la veulerie dissimule mal un fond prédateur (qu’Eric ­Judor, avec sa malice, parvient miraculeusement à rendre sympathique), il prend ni plus ni moins la liberté de s’amuser avec eux.
Problemos, d’Eric Judor. Avec Eric Judor, Blanche Gardin, Youssef Hajdi (Fr., 2017, 80 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ A voir aussi ce soir. Où comment tenter de retracer l’émergence du stand-up en France avec, comme fil rouge, Jamel Debbouze (sur Canal+ à 22 h 20).
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TV – « Get up ! Stand-up » : petite histoire du « rap de l’humour »

A voir aussi ce soir. Où comment tenter de retracer l’émergence du stand-up en France avec, comme fil rouge, Jamel Debbouze (sur Canal+ à 22 h 20).



Le Monde
 |    30.05.2018 à 17h30
    |

            Sandrine Blanchard








                        


Documentaire sur Canal+ à 22 h 20

Le 1er décembre 2017, Jamel Debbouze reprenait le chemin du stand-up sur la scène de La Cigale, à Paris. Dix-huit ans auparavant, c’est dans cette même salle que l’attachant gars de Trappes rencontrait le succès avec sa tchatche et son énergie bondissante. Entre-temps, l’humoriste créait, en 2008, sur les grands boulevards parisiens, le premier Comedy club français.
En donnant la parole à des jeunes issus de la diversité, en important des Etats-Unis cet « art de la vanne » qu’est le stand-up, Jamel suscite des vocations et bouleverse les codes de l’humour. « Il a cassé les murs pour toute une génération », constate l’humoriste Kyan Khojandi dans le documentaire Get up ! Stand-up, réalisé par Florent Bodin et Matthieu Vollaire. « On est le rap de l’humour », ­résume, à juste titre, son homologue Fary, pour qui « tout ce que l’on vit dans notre quotidien est devenu du matériel pour nos vannes ».
Archives de spectacles, témoignages d’humoristes (Malik Bentalha, Blanche Gardin, Fadily ­Camara…), ce documentaire tente de retracer l’émergence du stand-up en France avec, comme fil rouge, le « boss » de la discipline : Jamel Debbouze (qui est aussi le producteur délégué du ­documentaire).
« Marquer notre différence »
Qu’est-ce qu’être un stand-upper (« Quelqu’un qui a conscience d’être une caricature sociale et est prêt à en rire », selon Blanche Gardin), quelles en sont les techniques (écriture, cadence, improvisation, interaction avec le ­public…), y a-t-il un avant et un après Charlie dans les thèmes abordés ? Ce récit plutôt bien rythmé a le mérite de replacer la montée en puissance de ce « rire de banlieue » – qualification parfois abusive. « On n’était pas dans la revendication sociale ou politique, on voulait juste marquer notre différence, avec le besoin de se ­raconter. Je n’avais pas les mêmes problèmes que Desproges ou ­Bedos », explique Jamel Debbouze.
Mais ce documentaire se révèle partiel. Les réalisateurs font l’impasse sur certains acteurs majeurs de ce nouveau paysage humoristique. Pas un mot sur le producteur Kader Aoun, qui fut le premier metteur en scène de Jamel et le cocréateur du Comedy club, pas une parole d’humoristes tels que Fabrice Eboué ou le Comte de Bouderbala. Dommage.
Get up ! Stand-up, deFlorent Bodin et Matthieu Vollaire (Fr., 2018, 90 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Avec « Bleu de Prusse », le romancier écossais, mort en mars, hisse le polar historique au plus haut en envoyant le fameux Bernie Gunther enquêter au Berghof en 1939.
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Philip Kerr vole au-dessus du nid d’aigle d’Hitler

Avec « Bleu de Prusse », le romancier écossais, mort en mars, hisse le polar historique au plus haut en envoyant le fameux Bernie Gunther enquêter au Berghof en 1939.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
30.05.2018 à 16h55
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            
Bleu de Prusse (Prussian Blue), de Philip Kerr, traduit de l’anglais (Ecosse) par Jean Esch, Seuil, 672 p., 22,50 €.

Considérable est son legs. Aussi, lorsque Philip Kerr a disparu, le 23 mars, à l’âge de 62 ans, un sentiment de gratitude a dominé, au-delà de la tristesse. Le romancier britannique, diplômé de philosophie et de droit allemands, s’était rivé à l’écritoire malgré les difficultés et les écueils de son sujet, le nazisme. Face à l’insistance de ses lecteurs, épris du personnage de Bernie Gunther, il avait donné une suite à la « Trilogie berlinoise » (1989-1991) et consenti, en 2006, à redescendre dans la mine et les cauchemars vert-de-gris. Chemin faisant, il avait réinventé le genre du polar historique et accompli ce prodige propre aux grands écrivains : redonner au passé ses couleurs, son relief, sa vertigineuse réalité.
En trente ans, une fresque glaçante a pris corps. Elle s’est déployée par spires et par voltes, avec des sauts dans le temps et des retours en arrière, entre les années 1930 et les années 1950. Cette œuvre noire a imposé son antihéros : Bernie Gunther, donc, esprit tranchant et humour mordant, le meilleur enquêteur de sa génération, contraint de travailler pour ceux qu’il déteste. Surtout, un paradoxe fait homme. « Ancien inspecteur à la Kripo de Berlin [la police criminelle], j’avais appris une ou deux choses utiles pour échapper à la police, lit-on dans Bleu de Prusse, qui vient de paraître, le douzième volume de la série à laquelle s’ajouteront deux inédits posthumes. N’importe quel flic vous dira qu’il n’y a pas de meilleure école pour devenir un fugitif. Ce que j’étais désormais. »
Témoin de l’horreur gagné par la détestation de soi
Correction : depuis que le socialiste Bernie Gunther s’est démis de ses fonctions de Komissar, en 1933, devançant la purge annoncée par les nazis, il n’a cessé d’être sollicité par les...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Dans le cadre des Rendez-vous aux jardins 2018, une exposition sur les herbiers historiques est à voir dans le hall du ministère de la culture, à Paris, jusqu’au 15 juin.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ 
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Décédée le 8 mai, à 73 ans, la chanteuse italienne, d’origine érythréenne, a collaboré avec les arrangeurs Quincy Jones, Leon Ware et Bruno Nicolai.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
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Mort de Lara Saint Paul, prêtresse de l’« italo-soul » et de l’aérobic

Décédée le 8 mai, à 73 ans, la chanteuse italienne, d’origine érythréenne, a collaboré avec les arrangeurs Quincy Jones, Leon Ware et Bruno Nicolai.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 10h25
 • Mis à jour le
30.05.2018 à 10h59
    |

            Aureliano Tonet








                        



                                


                            

Avec la mort de la chanteuse Lara Saint Paul, l’Italie perd l’une des voix les plus vibrantes de ce que son confrère Lucio Battisti appelait « l’âme latine » – ainsi qu’il avait baptisé son chef-d’œuvre, Anima Latina (1974). Soit la fusion de deux genres d’effusions musicales, distincts mais cousins : la soul afro-américaine, d’un côté, et un lyrisme plus spécifiquement transalpin, à l’expressivité toute opératique, de l’autre.
Silvana Savorelli, qui se camouflait sous le pseudonyme de Lara Saint Paul depuis 1967, est morte le 8 mai, d’un cancer, à Casalecchio di Reno, en Emilie-Romagne, région dont était originaire son père. Elle était née soixante-treize années plus tôt, le 30 avril 1945, à Asmara, où avait grandi sa mère, noire. Aujourd’hui capitale de l’Erythrée, la ville a été occupée par l’Italie de 1889 à 1941, avant d’être cédée aux Britanniques, puis aux Ethiopiens. Sa vie durant, Silvana brandira avec fierté ce métissage, dont elle nourrira abondamment sa discographie.

Comme la majorité de la communauté italienne – qui comptait 76 000 personnes au pic de la colonisation, en 1939 –, la famille Savorelli quitte l’Erythrée après l’effondrement du fascisme, pour s’installer dans les environs de Ravenne, à Fusignano. Cours de vocalises sous la férule d’une Castafiore locale – Tina Brini –, écoute pieuse des 33 tours d’Ella Fitzgerald et Louis Armstrong, première participation au festival de San Remo à 17 ans, en 1962, sous le sobriquet de Tanya : Silvana entre dans la vie par le chant, qu’elle porte, malgré son jeune âge, à des sommets de finesse et de puissance.
« Chanter, ça me va », avec Louis Armstrong
Mais l’époque est gorgée de gosiers surdoués qui, de Mina à Ornella Vanoni et de Patty Bravo à Rita Pavone, font de l’ombre à Tanya. Qu’importe, six ans après sa première apparition, la revoici à San Remo, réincarnée en Lara Saint Paul, invitant son idole, Louis Armstrong, à chanter à sa suite...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Au Centre Pompidou, l’artiste-activiste invite le visiteur à cesser d’être un « consommateur résigné ».
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Arts : Jean-Jacques Lebel sur tous les fronts

Au Centre Pompidou, l’artiste-activiste invite le visiteur à cesser d’être un « consommateur résigné ».



Le Monde
 |    30.05.2018 à 09h21
 • Mis à jour le
30.05.2018 à 09h30
    |

                            Philippe Dagen








                        



                                


                            

Jean-Jacques Lebel n’aime pas le mot « exposition », pour ce qu’il sous-entend d’immobile et de passif. Il préfère « montrage », qui veut dire aller vers l’autre délibérément pour lui faire voir et ­comprendre ce qu’il n’avait pas encore vu et compris, le détourner de ses habitudes et normes, le changer un peu ou profondément. Montrer pour démontrer.
Il y a donc à Beaubourg ­« montrage » d’une partie de l’activité de Lebel : ses années 1950 et 1960. C’est encore moins une ­rétrospective qu’une exposition, car une rétrospective devrait s’étendre jusqu’à aujourd’hui, comme c’était le cas de ses montrages au Mamco (Musée d’art moderne et contemporain) de Genève en 2013 et au ZKM (Centre d’art et de technologie des médias) de Karlsruhe en 2014. Mais comme Lebel a pris possession en compagnie de Kader Attia d’une partie du Palais de Tokyo il y a quelques mois, on ne peut douter qu’il est aussi actif et ­réactif qu’il y a un demi-siècle.

Cela se voit au premier regard parce que la façon dont il montre ses œuvres d’autrefois est en elle-même une œuvre pour aujourd’hui, par sa manière de saisir le visiteur, de le déconcerter, d’arrêter sa marche. Il ne s’agit pas de raconter année après année la vie de l’artiste né en 1936 et dont l’éducation a commencé en exil à New York pendant la seconde guerre mondiale avec les deux amis de son père, André ­Breton et Marcel Duchamp : trois esprits libres au plus haut point.
Tourbillon qui ne lâche plus
Le principe est celui du tourbillon qui aspire et ne lâche plus. On ne se souvient pas, en ces lieux, d’un accrochage sur ce modèle. Les ­travaux sur papier et sur toile – les mots « dessin » et « peinture » ­seraient simplificateurs – sont ­accrochés à différents niveaux, parfois haut, ce qui rompt avec les usages respectés par le Musée national d’art moderne. D’autres sont comme posés sur le plancher, tout proches. Assemblages et installations se trouvent aussi bien dans les coins que vers le centre,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Le Centre Pompidou accueille en ses murs l’œuvre prolixe de cet activiste, témoin des grands combats de son temps.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Les interprètes d’« ABC D’airs » s’emparent avec fantaisie de tous les styles musicaux, au fil de l’alphabet.
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Au Lucernaire, quatre musiciennes et vingt-six lettres

Les interprètes d’« ABC D’airs » s’emparent avec fantaisie de tous les styles musicaux, au fil de l’alphabet.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 08h53
    |

            Sylvain Siclier








                        



                                


                            

Cela commence par le A, sous toutes les formes. Ou plutôt des « ah » d’exclamations, de surprises, de rires, d’effrois, bientôt complétés par des frappes de pieds, de mains. Pour le Z final, il vaut mieux laisser la surprise. Un indice toutefois : Zorro n’est pas au rendez-vous de cet abécédaire musical, qu’interprètent la chanteuse Anne Baquet, Claude Collet au piano, la contrebassiste Amandine Dehant et Anne Regnier au hautbois et au cor anglais (qui n’a rien d’un cor cuivré, mais est ­proche du hautbois et reconnaissable à son pavillon en forme de poire).
Allègre, varié dans ses approches autant sur le plan de la ­musique que sur le plan théâtral, le spectacle ABC D’airs s’est ­installé au Lucernaire, à Paris, ­depuis le 9 mai. Il compte presque autant de tableaux que les vingt-six lettres de l’alphabet ­latin, le X et le Y se retrouvant ­rassemblés dans la chanson 300 millions, qui raconte la course désopilante des spermatozoïdes, coécrite par les musiciens-compositeurs Ricet Barrier et Bernard Lelou pour le quatuor français Les frères Jacques.
Voyage dans les genres et les styles
Pour ce classique du music-hall, les quatre musiciennes sont ­ensemble. Comme lors d’un extrait des Indes galantes de ­Rameau, pour B comme baroque. Ou lors du formidable exercice de prononciation des Jeux de ­diction ou durant Il est bel et bon, chanson d’amour de la Renaissance, canon vocal qui vient ­illustrer le Q de quatuor, les trois instrumentistes étant aussi chanteuses. A d’autres moments, ce voyage dans les genres et les styles ­ (musique classique, cabaret, tango, jazz, valse, musique ­contemporaine…) se fait en solo, en duo ou en trio.

Avec tout de même, grâce à la mise en scène de Gérard Rauber, une cohérence de troupe de bout en bout. Ainsi, même lorsque l’une des interprètes est particulièrement mise en valeur – Amandine Dehant jouant de la contrebasse tout en dansant, Claude Collet virtuose...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Basée à Londres depuis 2014, la formation incarne le foisonnement créatif des musiques arabes actuelles.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
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Le groupe palestinien 47Soul en ouverture de Musiques métisses

Basée à Londres depuis 2014, la formation incarne le foisonnement créatif des musiques arabes actuelles.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 08h38
    |

                            Patrick Labesse








                        



                                


                            

Le festival Musiques métisses, à Angoulême (Charente), ouvre sa 43e édition le vendredi 1er juin, à 19 heures, avec 47Soul, un groupe palestinien basé à Londres. Difficile de jouer en premier, à une heure où l’ambiance n’est pas encore lancée ? La puissance de leurs prestations, l’énergie de leur électro-pop orientale, croisant synthétiseur, guitare électrique, percussions, scansion hip-hop et dabke (musique de mariage pratiquée surtout en Palestine et en Syrie), dépasseront sans mal ce léger handicap.
Formé à Amman (Jordanie), en 2013, après quelques échanges sur la Toile, 47Soul réunit de jeunes trentenaires qui ont la niaque et une force de persuasion imparable sur scène. Leur premier disque, un EP, paru en 2015, s’intitule Shamstep, le nom choisi pour ­désigner leur cocktail musical. Parler de musique « alternative » du monde arabe pour définir ce qu’ils proposent ne leur convenait pas. « C’est un mot-valise, trop vague ». Ils présentent actuellement un premier album, une réussite, Balfron Promise, paru sur le label anglais Cooking Vinyl, dont le titre fait référence à la Balfron Tower, célèbre tour construite dans un quartier populaire de Londres, dans les années 1960, par l’architecte d’origine hongroise Ernö Goldfinger (1902-1987), où trois d’entre eux ont vécu au 21e étage.
Amman, Washington, Haïfa…
Avant qu’ils s’installent tous les quatre à Londres, en 2014, El Far3i (Tareq Abu Kwaik) et El Jehaz (Hamza Arnaout) vivaient à Amman, Z the People (Ramzy Suleiman, né et élevé à Washington) en Palestine, Walaa Sbeit à Haïfa, en Israël. « J’y ai passé la majeure partie de ma vie, mis à part quatre années à Boston, aux Etats-Unis, pour mes études. Je fais partie de ceux qu’on appelle les “Palestiniens de 48”, vivant sous l’autorité de l’Etat d’Israël », précise ce dernier quand nous rencontrons le groupe, lors de son passage à la Philharmonie de Paris, en avril. 47Soul...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ A 88 ans, l’infatigable cinéaste français offre simultanément deux films.
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« Les Sept Déserteurs » et « Train de vies » : Paul Vecchiali, entre désir et deuils

A 88 ans, l’infatigable cinéaste français offre simultanément deux films.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 07h34
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
La persévérance et la prolixité avec lesquelles Paul Vecchiali, 88 ans, continue à réaliser des films envers et contre tout forcent le respect. Ce vétéran renégat, qui fut dans les années 1970 et 1980 l’auteur d’une belle série de films à la fois rentre-dedans et sentimentaux (Femmes Femmes, Corps à cœur…), puis chapeauta l’une des bandes les plus secrètement fertiles du cinéma français (la « Diagonale »), avant de trouver un nouveau souffle dans les petites productions maison en numérique, est animé d’un tel appétit qu’il a tourné pas moins de cinq films entre 2015 et 2018. Les Sept Déserteurs et Train de vies, ses deux dernières œuvres, sortent la même semaine sur les écrans.

        Lire le portrait :
         

          Paul Vecchiali, sous-marin du cinéma



Les Sept Déserteurs réunit dans une clairière, où gisent les vestiges d’une église bombardée, un petit groupe d’hommes et de femmes, militaires et civils éparpillés ayant fui le grabuge d’une guerre laissée hors champ, mais dont les grondements font rage alentour. Train de vies, quant à lui, est constitué des voyages ferroviaires d’Angélique (Astrid Adverbe), une ex-danseuse étoile aux prises avec une libido insatiable, dont on suit, en filigrane de ses rencontres, le mariage tourmenté avec un violoniste timide nommé Jérôme (Pascal Cervo). S’ils ne constituent pas exactement un diptyque – l’un est un récit de guerre, l’autre un drame sentimental –, les deux films, tournés dans la foulée, n’en affichent pas moins une certaine solidarité de forme et de principe.
Beauté particulière
Ils ont d’abord en commun de reposer sur des dispositifs restreints, et donc un peu « casse-gueule ». En effet, chacun se concentre sur une scène confinée – une clairière pour l’un, une simple rangée de sièges dans un train pour l’autre – fonctionnant comme une chambre d’écho : les personnages sont amenés à s’y raconter, s’y confesser, s’y dévoiler, parfois jusqu’à l’impudeur. La scénographie assume l’artificialité de décors en carton-pâte faits de bric et de broc. Si ce dénuement et cette frontalité peuvent rebuter, ils n’en confèrent pas moins aux deux films une beauté particulière, qui consiste à inventer à partir de trois fois rien leurs propres codes de représentation. Ainsi peuvent-ils être vus comme des pièces de théâtre, mais dont la théâtralité serait façonnée par les outils du cinéma.
Les deux films rejouent, en mode mineur, l’un des grands ­motifs qui traversent l’œuvre de Vecchiali : la proximité indémêlable du désir et de la morbidité. Dans Les Sept Déserteurs, le vacarme des bombes, l’imprévisibilité des tirs et des balles perdues cernent les personnages d’une mort imminente, qui accentue paradoxalement leurs effusions de sensualité, la recherche d’une dernière jouissance. Chacun, en se racontant, retrace une sorte d’histoire sexuelle de lui-même, tient la chronique de ses plus profonds désirs. Dans Trains de vie, le temps du voyage invite, de la même façon, à l’aveu érotique. Mais on se rend compte peu à peu que la frénésie sexuelle d’Angélique cache une angoisse macabre, et cède bientôt place à un douloureux travail de deuil. L’expression du désir ­consiste toujours, ici, à accepter la dissipation d’une force vitale.
Au centre de l’art vecchialien réside justement le souci de l’expression, qui passe par son goût des ­acteurs insolites
Au centre de l’art vecchialien réside justement le souci de l’expression, qui passe par son goût des ­acteurs insolites. Habitués (Astrid Adverbe, Pascal Cervo), revenants (Marianne Basler, Brigitte Roüan) et nouveaux venus (Jean-Philippe Puymartin, Bruno Davézé) se partagent la distribution. La troupe, quasi identique dans les deux films, miroite de physionomies et de tessitures vocales singulières, jusque dans leurs dissonances, comme un petit orchestre bigarré. Mais le plus frappant est encore la façon dont la parole est cernée par des environnements sonores menaçants : ici, les explosions guerrières, là, le ronronnement des wagons dialoguent avec les propos des personnages. L’écoute est primordiale, pour mieux suggérer le vacarme d’un monde extérieur dont chaque personnage ressent la violence jusque dans sa chair.


« Les Sept Déserteurs » et « Train de vies ». Films français de Paul Vecchiali. Avec Marianne Basler, Astrid Adverbe, Brigitte Roüan, Simone Tassimot, Paul Vecchiali, Jean-Philippe Puymartin, Ugo Broussot, Bruno Davézé, Pascal Cervo (1 h 31 et 1 h 16).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Le réalisateur Samuel Collardey retrace le parcours d’un instituteur danois parti prendre son premier poste dans un village perdu du Groenland.
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« Une année polaire » : un récit d’acclimatation en milieu inuit

Le réalisateur Samuel Collardey retrace le parcours d’un instituteur danois parti prendre son premier poste dans un village perdu du Groenland.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 07h33
 • Mis à jour le
30.05.2018 à 20h15
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
En seulement quatre longs-métrages, le réalisateur Samuel Collardey, chef opérateur de formation, a creusé un sillon personnel au sein du cinéma français, celui d’un amalgame sensible et souvent convaincant entre fiction et documentaire. Ses films, bien loin de céder à la convention du « pris sur le vif », s’enracinent dans une réalité précise (les stages des lycéens agricoles dans L’Apprenti, le quotidien d’un marin pêcheur dans Tempête) dont l’observation au long cours nourrit le travail d’écriture, donnant ensuite lieu à des tournages in situ, avec des acteurs non professionnels amenés à rejouer devant la caméra tout ou partie de leur propre expérience.
Une année polaire, s’extrayant du contexte français, retrace le périple d’Anders, un jeune instituteur danois sans expérience, parti prendre son premier poste à Tiniteqilaaq, minuscule village inuit perdu au fin fond du Groenland. Sur place, il est confronté à une classe d’enfants agités et, plus généralement, à la méfiance des habitants, formant une communauté isolée. Pas à pas, Anders s’initie au mode de vie local et découvre un monde rattrapé par la modernité (le réchauffement climatique grignotant la banquise, l’exil des jeunes partant faire leurs études ailleurs). L’instituteur se lie plus particulièrement avec l’un de ses élèves en difficulté, Asser, 11 ans, qui rêve de devenir chasseur comme son grand-père.
Perspective coloniale
Le film inscrit d’emblée la démarche d’Anders, désireux d’échapper à un destin tout tracé (son père attendait de lui qu’il reprenne la ferme familiale), dans une perspective coloniale. En effet, le récit s’ouvre sur son entretien d’embauche, pendant lequel la recruteuse lui présente le poste comme une mission civilisatrice, consistant à inculquer le danois à des populations reculées. Au village, l’instituteur se retrouve bien malgré lui dans une position de domination, qu’il lui faudra inverser pour véritablement s’intégrer : ce n’est qu’en apprenant lui-même la langue de ses hôtes, le groenlandais, qu’il parviendra à se faire accepter. L’instituteur se fait dans le même temps élève, pour créer les conditions d’un échange bilatéral.
Pour le reste, le film s’en remet au déroulement balisé du récit d’acclimatation, avec ses cycles initiatiques voués à rapprocher le métropolitain des indigènes et le professeur de ses élèves – non sans évoquer quelques problèmes, comme l’alcoolisme endémique des Inuits, qui explique pourquoi les enfants sont souvent élevés par leurs grands-parents. Mais pourquoi convoquer une réalité territoriale si complexe, si c’est pour la plier aux exigences d’un scénario aussi bouclé et résolutif ? Le substrat documentaire apparaît trop « encadré » par l’écriture fictionnelle, qui cède parfois à la tentation du pittoresque (les paysages glaciaires balayés du haut d’un drone, l’édulcoration de certaines situations).
Le film redevient passionnant dès qu’il s’adonne à sa veine anthropologique
Le film redevient passionnant dès qu’il s’adonne à sa veine anthropologique, plongeant dans le quotidien des Inuits, s’arrêtant sur leurs visages et leurs gestes, détaillant leurs pratiques, comme la pêche au phoque, les courses en traîneau, la fabrication d’un harnais, la procession d’un enterrement. Le temps libre, dispensé d’enjeux dramatiques, occasionne aussi quelques scènes fascinantes, car essentiellement descriptives, comme cette belle partie de cartes qu’Anders joue avec des villageois. Alors, Une année polaire semble donner lointainement suite à Nanouk l’Esquimau (1922), le chef-d’œuvre de Robert Flaherty, comme pour mesurer le quasi-siècle qui sépare les Inuits d’hier de ceux d’aujourd’hui.

Film français de Samuel Collardey. Avec Anders Hvidegaard, Asser Boassen, Thomasine Jonathansen, Gert Jonathansen, Julius B. Nielsen, Tobias Ignatiussen (1 h 34). Sur le Web : www.advitamdistribution.com/films/une-annee-polaire



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Pour son premier film comme réalisateur, François Damiens use du style qui a fait son succès, mais sans parvenir à convaincre.
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« Mon Ket » : caméras cachées… et limitées

Pour son premier film comme réalisateur, François Damiens use du style qui a fait son succès, mais sans parvenir à convaincre.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 07h32
 • Mis à jour le
30.05.2018 à 17h45
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
On ne présente plus François Damiens. Héros, fomentateur et embrouilleur d’une série de caméras cachées hors du commun – et, on peut l’avouer, à pisser de rire – par son sens surréel de l’improvisation et de la provocation, il est aussi un acteur de grand talent. Le registre de la comédie convient à sa démesure biscornue (OSS 117 : Le Caire, nid d’espions, de Michel Hazanavicius, en 2006, L’Arnacœur, de Pascal Chaumeil, en 2010), mais il parvient plus étonnamment à toucher dans des rôles graves et tendres (La Famille Wolberg, d’Axelle Ropert, en 2009, Les Cowboys, de Thomas Bidegain, en 2015).

        Lire le portrait dans « M » :
         

          François Damiens fait son cinéma en cachette



L’idée du film consiste à allier une trame de fiction à un tournage constitué de caméras cachées
A 45 ans, le voici qui passe derrière la caméra pour un projet presque aussi saugrenu et déroutant que les personnages qu’il interprète. L’idée consiste à allier une trame de fiction à un tournage constitué de caméras cachées. Soit, d’une part, un petit groupe de comédiens entourant l’acteur pour les besoins du récit et de sa continuité, et, d’autre part, de purs inconnus jouant sans le savoir dans le film au détour de tel ou tel piège dûment concerté.
Cerise sur le gâteau, une histoire suffisamment vague pour se plier aux péripéties improvisées des caméras cachées, mais assez pittoresque pour intéresser en elle-même. Soit Dany Versavel, un gars que rien ne gêne, qui décide de s’évader de la prison où il croupit pour assumer son rôle de père auprès de son « ket » (expression belge pour désigner avec fierté son fils) Sullivan.
Le siège entre deux chaises
Il va de soi que l’enseignement paternel auprès du petit n’est pas franchement destiné aux manuels d’éducation. Evadé de sa geôle après avoir tenté d’emballer son avocate, Dany, au volant d’une Renault 11 diesel fumante, multiplie les conneries avec un aplomb confondant et un faux air de Johnny Hallyday. Faire semblant de déféquer des billets devant les infirmières de l’hôpital. Offrir (et torturer) un jeune footballeur professionnel pour l’anniversaire de son fils. Apprendre à ce dernier à fumer chez un buraliste devant une cliente abasourdie, sonder un devin africain sur les possibilités de rallonger son pénis. Exiger un crédit énorme à la banque sans business plan, et en profiter pour dire au banquier les quatre vérités du capitalisme… On en passe et des meilleures.
Il en ressort un film qui a un peu le siège entre deux chaises. Des sketchs parfois drôles mais moins réussis que ceux des caméras cachées ordinaires car ne s’offrant pas le luxe de la durée. Un argument fictionnel qui ne prend pas une seconde, faute de personnages, d’enjeux et de situations un tant soit peu crédibles, pour ne rien dire de l’exigence romanesque. Enfin, une sorte de gêne à voir ainsi coagulés deux registres aussi incompatibles que la révélation sournoise des travers ridicules de son prochain et le désir d’obtenir, avec son consentement, quelque chose qui touche à sa vérité. De sorte que, au mieux, on qualifiera le film de geste dadaïste, au pire d’insolite fiasco.

Film belge de François Damiens. Avec François Damiens, Matteo Salamone, Tatiana Rojo (1 h 29). Sur le Web : www.facebook.com/MonKetLeFilm



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Pierre Rissient est disparu en mai. Son film de 1982 ressort en salle et en DVD.
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Reprise : « Cinq et la peau », songe d’un lettré cinéphile dans les rues de Manille

Pierre Rissient est disparu en mai. Son film de 1982 ressort en salle et en DVD.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
30.05.2018 à 07h31
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


Pierre Rissient – secrète mais immense figure de la cinéphilie française, généreux et infatigable découvreur de talents, ami des grands cinéastes américains, inlassable passeur du cinéma asiatique – est mort dans la nuit du 5 au 6 mai, à l’âge de 81 ans. Ce drame, par une cruelle ironie du sort, survint à quelques jours seulement de la projection par le Festival de Cannes de son film restauré Cinq et la peau, qui était sorti en 1982.

        Lire la nécrologie :
         

          Pierre Rissient, homme de tous les métiers du cinéma



Celui qui, au titre d’attaché de presse, de distributeur, de producteur, de conseiller artistique, de tête chercheuse, connaissait comme de moins en moins de monde l’histoire entière du cinéma, celui qui s’activait comme personne pour que la flamme de la cinéphilie se maintienne à son plus haut niveau d’intelligence et de poésie, celui-là entretenait aussi le vœu de faire du cinéma.
Il n’est pas assuré que ce chapitre de sa carrière aventureuse soit le plus illustre. Il n’est pas pour autant anodin. Commencé comme assistant de Jean-Luc Godard sur A bout de souffle (1960), il se poursuit comme réalisateur en deux coups brefs, sans lendemain. One Night Stand (Alibis), tourné à Hongkong en 1977 mais jamais sorti. Puis Cinq et la peau, tourné à Manille, qui partage avec le précédent le goût de la rencontre entre Occident et Asie, dans un goût prononcé de mélancolie, de divagation et d’érotisme.
Tourné en équipe légère en 35 millimètres, Cinq et la peau fait déambuler un personnage nommé Ivan – qu’incarne l’acteur Féodor Atkine – dans les rues de Manille. A sa voix qui n’est pas audible se superposent, sur le ton du monologue intérieur, plusieurs voix off.
Contrat désaccordé
La juxtaposition étrange de ces voix et de ces images scelle un contrat désaccordé entre le monde et la conscience malheureuse qui le traverse, bercé par le Blue Moon de Billie Holiday. Entre le sexe et l’expression du dégoût de la société telle qu’elle tourne en ce début des années 1980, c’est l’oubli, la perdition, le violent exotisme de l’Asie, dans ses luxes comme dans ses vices, qui sont ici recherchés.
En vérité, Cinq et la peau – titre magnifique s’il en est, désignant un vin chinois – est le songe d’un lettré cinéphile, un journal intime transfiguré, dont les écarts, vus d’une époque aussi lointaine que la nôtre, sont entachés d’un dandysme un rien désuet.
Les poètes Eugène Guillevic et Lucie Abertini sont à l’écriture. Fernando Pessoa rôde aux carrefours. Eiko Matsuda, héroïne léonine de L’Empire des sens de Nagisa Oshima, est l’actrice principale. Le maître du cinéma philippin, Lino Brocka, apparaît en chauffeur de taxi. L’Asie et le cinéma étaient sans doute tout un pour Rissient, élixir enivrant d’une vie vécue comme à l’écart de soi-même.

Film français de Pierre Rissient. Avec Féodor Atkine, Eiko Matsuda (1 h 35). Le film est également réédité en DVD par Carlotta Films (à partir du 6 juin). Sur le Web : carlottavod.com/cinq-et-la-peau



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Cet étonnant film d’action raconte la défense de leur propriété par deux jeunes femmes du Sindh, assiégées par une bande armée.
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« My Pure Land » : un Alamo pakistanais

Cet étonnant film d’action raconte la défense de leur propriété par deux jeunes femmes du Sindh, assiégées par une bande armée.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 07h29
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Victimes des lois patriarcales et de la corruption judiciaire et policière, deux jeunes filles de la province pakistanaise du Sindh sont en passe d’être spoliées de leur héritage. Si l’on fréquente régulièrement les salles d’art et d’essai, on s’attendra, après avoir pris connaissance de cet énoncé, à un film austère, scandé par les travaux des champs. Il se trouve que le réalisateur Sarmad Masud, qui vit au Royaume-Uni et a tourné dans son pays d’origine, le Pakistan, a préféré lorgner du côté de John Carpenter (Assaut) que vers les grands classiques du cinéma rural de sa région.
Inspiré de l’histoire de Nazo Dharejo, héroïne féministe pakistanaise, My Pure Land est avant tout le récit d’un siège, celui de la propriété familiale de Nazo (Suhaee Abro) et Saeda (Eman Malik), par une bande armée emmenée par un oncle félon. Dans cette campagne, les AK47 font partie de l’outillage de l’exploitation modèle et le père de Nazo n’a pas manqué d’en enseigner le maniement à sa fille.
Séquences d’action tendues
Le scénario entrelace les séquences d’action – laconiques, tendues – et les retours en arrière qui esquissent une image de l’insécurité juridique que fait peser sur les femmes le mélange du droit coutumier, de la corruption et du cycle de la vengeance. Nazo et Saeda comptent et recomptent les balles de 7,62 pour tenir le plus longtemps possible, mais aussi pour laver les affronts faits à leur clan. Les paysages bucoliques dissimulent des périls mortels et les figures de la comédie campagnarde (le policier fanfaron, le fonctionnaire timoré) se muent en créatures menaçantes.
L’interprétation, pas toujours irréprochable, les ficelles mélodramatiques un peu voyantes n’empêchent pas My Pure Land de se distinguer par son énergie et son originalité.



Film britannique et pakistanais de Sarmad Masud. Avec Suhaee Abro, Eman Malik, Razia Malik, Syed Tanveer Husain (1 h 32). Sur le Web : www.septiemefactory.com/my-pure-land



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ A travers le voyage d’un enfant du pays parti vivre ailleurs, Saïd Hamich traite de nombreux sujets qui agitent la France contemporaine et évite les écueils.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤                     
                                                

« Retour à Bollène » : portrait en creux d’une ville et de ses habitants

A travers le voyage d’un enfant du pays parti vivre ailleurs, Saïd Hamich traite de nombreux sujets qui agitent la France contemporaine et évite les écueils.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 07h28
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Fiancé à une Américaine, Nassim vit et travaille à Abou Dhabi. Cela fait des années qu’il n’est pas retourné à Bollène, sa ville natale du Vaucluse, où vit encore toute sa famille. Il refait le voyage avec sa compagne à l’occasion des fiançailles de sa sœur. Pendant ces quelques jours, il rend visite à des amis d’enfance, croise par hasard son ancien professeur d’histoire tandis que sa mère l’enjoint à aller voir son père qu’il n’a pas croisé depuis des années.
Malgré sa brièveté qui pourrait faire croire à une simple ébauche, Retour à Bollène est un film amplement achevé qui parvient à contourner tous les écueils que l’on pensait trouver en chemin. A travers de multiples rencontres se dresse en creux le portrait de Nassim, élève brillant qui a fui une ville qui ne lui offrait rien et désormais gangrenée par la montée de l’extrême droite, mais aussi une famille musulmane pratiquante dans laquelle il ne se retrouve pas.
Tout le monde est écouté
Si Retour à Bollène traite d’un grand nombre de sujets qui traversent et agitent la France contemporaine, ce n’est jamais pour que les personnages deviennent uniquement les ventriloques d’une situation politique et sociale. Chacun parvient ainsi à exister au-delà de la cause ou du « cas » qu’il pourrait incarner. Du prof d’histoire à la retraite, passé par le communisme et désormais membre de la Ligue du Sud, au père qu’on nous présente d’abord comme infâme, tout le monde est écouté et trouve une occasion de se défendre et d’exister devant la caméra. Si bien qu’on ne sait plus qui de Bollène ou de Nassim a tort et, comme le veut la morale renoirienne, tout le monde finit par avoir ses raisons.

Film français et marocain de Saïd Hamich. Avec Anas El Baz, Kate Colebrook, Saïd Benchnafa (1 h 07). Sur le Web : distrib.pyramidefilms.com/pyramide-distribution-prochainement/retour-a-bollene.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Tournant le dos à la délicatesse des « Emotifs anonymes », Jean-Pierre Améris s’essaie au burlesque en s’appuyant sur le désarroi d’Eric Elmosnino.
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« Je vais mieux » : martyre et rédemption d’un mâle bêta

Tournant le dos à la délicatesse des « Emotifs anonymes », Jean-Pierre Améris s’essaie au burlesque en s’appuyant sur le désarroi d’Eric Elmosnino.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 07h27
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Mâle bêta par excellence, Laurent (Eric Elmosnino) vit le sort enviable qui est le sien – profession gratifiante (architecte), prospérité matérielle, mariage durable – comme un enfer pavé d’humiliations et de frustrations. Au travail, il est la victime de l’alpha du cabinet, chez lui, son épouse (Judith El Zein) ne lui accorde guère de considération. De cette condition relativement commune, évoquée par David Foenkinos dans le roman dont est tiré le scénario, Jean-Pierre Améris a voulu faire une comédie burlesque, qui exacerbe jusqu’à l’absurde ou au grotesque ces situations tirées de la vie quotidienne. Ce qui sied moins au réalisateur des Emotifs anonymes que les doux sentiments de ce dernier film.
Liberté de tons
Une fois établie la situation de Laurent – à gros traits –, le mal de vivre de celui-ci se cristallise en un mal de dos que, bien sûr, personne n’arrive à soigner. Le film navigue à grands à-coups du sketch satirique (les thérapeutes de tous ordres sont équitablement renvoyés à leur incompétence) en séquences sentimentales (celles qui mettent aux prises le pauvre héros et sa fille), avec quelques détours vers l’onirisme (l’hôtel minable dans lequel Laurent trouve un moment refuge). Cette liberté de tons (le pluriel est délibéré) produit tant de dissonances qu’on ne fait que deviner la petite musique mélancolique que le metteur en scène et son interprète principal auraient sans doute voulu faire entendre.

Film français de Jean-Pierre Améris. Avec Eric Elmosnino, Ary Abittan, Alice Pol, Judith El Zein (1 h 26). Sur le Web : www.europacorp.com/fr/films/jevaismieux



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Le thriller politique de Brad Anderson est d’une grande platitude formelle, malgré un séduisant casting et un rythme enfiévré.
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« Opération Beyrouth » : une machine trop bien huilée

Le thriller politique de Brad Anderson est d’une grande platitude formelle, malgré un séduisant casting et un rythme enfiévré.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 07h25
 • Mis à jour le
30.05.2018 à 07h26
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Ancien diplomate américain au Liban, Mason Skiles (Jon Hamm) a perdu sa femme en 1972 lors d’un attentat qui a eu lieu lors d’une réception qu’il organisait dans sa résidence à Beyrouth. Dix ans après, l’homme vit à Boston, travaille comme médiateur pour une entreprise et a sombré dans l’alcool. Jusqu’au jour où un parfait inconnu lui remet un passeport et un billet et lui intime l’ordre de se rendre à Beyrouth pour une mission secrète. Il découvre un Liban ravagé par la guerre civile et c’est dans ce contexte qu’il devra négocier la libération d’un agent de la CIA qui fut jadis son ami.
Sans aspérité
Thriller politique, le scénario d’Opération Beyrouth, aussi complexe qu’élaboré, est signé par Tony Gilroy, scénariste de la série des Jason Bourne. Pour autant, ni le casting très séduisant (Jon Hamm, héros de la série Mad Men et Rosamund Pike croisée dans Gone Girl, de David Fincher) ni le rythme enfiévré avec lequel s’enchaînent les rebondissements ne parviennent à faire oublier la platitude formelle qui font d’Opération Beyrouth une machine bien huilée mais sans aucune aspérité.

Film américain de Brad Anderson. Avec Jon Hamm, Rosamund Pike, Dean Norris (1 h 49). Sur le Web : www.warnerbros.fr/articles/operation-beyrouth-cia-et-cinema et bleeckerstreetmedia.com/beirut



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Une contribution pessimiste à la peinture par le cinéma iranien de la condition des femmes sous la République islamique.
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« Les Rives du destin » : Samira perdue dans Téhéran

Une contribution pessimiste à la peinture par le cinéma iranien de la condition des femmes sous la République islamique.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 07h24
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Depuis deux décennies, le cinéma iranien édifie un monument à la condition de la femme sous le régime de la République islamique. Réalisé en 2015, Les Rives du destin traite, contrairement à ce que son titre absurde pourrait laisser penser, d’un aspect particulier du sort des femmes iraniennes : ce qui attend les divorcées après la séparation.
S’inspirant de l’histoire de sa sœur cadette, le réalisateur suit – après un prologue qui ne laisse aucun doute sur l’issue de cette errance – les pas de Samira qui revient à Téhéran, qu’elle avait quitté pour Damghan, au nord de l’Iran, après son divorce. Son ex-mari l’attend à la gare pour la rudoyer et la remettre dans le train. La jeune femme, incarnée par Taraneh Alidoosti, que l’on a vue dans A propos d’Elly et Le Client, d’Asghar Farhadi, résiste et tente de reprendre pied dans la capitale.
Economie informelle
Le ton à la fois résigné et indigné, l’interdiction que s’impose le réalisateur de laisser passer le moindre souffle d’air dans l’atmosphère confinée que respire son héroïne rendent parfois pénible le spectacle des Rives du destin.
La personnalité du film tient moins à la dénonciation du patriarcat qu’à la description presque documentaire de l’économie informelle de Téhéran. Samira tente de constituer le pécule qui lui sera nécessaire pour vivre avec sa fille en aidant un ami à écouler un stock de décodeurs contrefaits. Minutieusement, Abdolreza Kahani décrit chaque étape de cette entreprise minable, menacée à chaque instant d’être mise en faillite par l’intervention des autorités. C’est dans cette peinture, que complète celle de la vie de désœuvré que mène l’ex-mari de Samira, qu’on trouvera quelques points d’appui pour résister à l’infini (et probablement justifié) pessimisme des Rives du destin.

Film iranien d’Abdolreza Kahani. Avec Taraneh Alidoosti, Babak Hamidian, Reza Attaran (1 h 15). Sur le Web : bluebird-films.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Dans les musées d’art contemporain des deux villes, l’artiste expose des œuvres coups de poing qui donnent à réfléchir.
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Article sélectionné dans La Matinale du 29/05/2018
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La violente poésie d’Adel Abdessemed à Lyon et à Hornu

Dans les musées d’art contemporain des deux villes, l’artiste expose des œuvres coups de poing qui donnent à réfléchir.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 06h34
 • Mis à jour le
30.05.2018 à 09h16
    |

            Harry Bellet (Lyon (Rhône) et Hornu (Belgique), envoyé spécial)








                        



                                


                            

L’exposition « L’Antidote », d’Adel Abdessemed, au Musée d’art contemporain de Lyon, a beaucoup fait parler d’elle, à cause d’une vidéo – Printemps – montrant des poulets en feu (un trucage de cinéma). Elle a été retirée sur décision de l’artiste après des protestations de défenseurs des animaux et une campagne sur Internet qui, d’après le directeur du MAC, Thierry Raspail, commençait à prendre des ­relents racistes (Abdessemed est né en 1971 à Constantine, en ­Algérie). Mais on a moins ­commenté l’autre exposition du même, au Musée des arts ­contemporains du Grand-Hornu, près de Mons, en Belgique, qui s’achève le 3 juin.

On y voit notamment une autre vidéo, celle d’un chat qui descend prudemment un escalier à vis. Connaissant l’animal (Abdessemed, pas le chat), on s’attend au pire pour le pauvre matou. On ­retient son souffle, on sent pointer l’indignation. Et que lui arrive-t-il, à cette pauvre bête ? Rien. Rien du tout. La vidéo tournant en boucle, il se contente de descendre l’escalier à perpétuité. On se surprend à en éprouver une vague frustration. C’est alors, grâce à ce sentiment atroce, qu’on prend conscience de ce que cherche Abdessemed : nous montrer que le mal est partout, y compris dans nos têtes.

On prend conscience de ce que cherche Abdessemed : nous montrer que le mal est partout, y compris dans nos têtes
L’exposition du Grand-Hornu est intitulée « Otchi Tchiornie » (« les yeux noirs »), titre d’une chanson traditionnelle russe – en fait, l’œuvre d’un poète ukrainien, Yevhen Hrebinka –, un des succès du répertoire des chœurs de l’ex-Armée rouge. C’est aussi ainsi qu’il a nommé une sculpture monumentale, représentant des soldats russes en rang, en train de chanter. Ils ont été réalisés dans du bois brûlé, et font ­référence tant au charbon qu’on extrayait jadis du Grand-Hornu qu’à cet accident qui a affecté, le 25 décembre 2016, un avion de transport de troupes, emmenant une chorale militaire se produire,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Chaque mercredi, « La Matinale du Monde » propose une liste de sorties, reprises et festivals à voir dans les salles obscures.
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Femmes rebelles, luxe et vices de l’Asie, guerre et drame : nos choix de films

Chaque mercredi, « La Matinale du Monde » propose une liste de sorties, reprises et festivals à voir dans les salles obscures.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 06h34
 • Mis à jour le
30.05.2018 à 07h38
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Pour occuper l’accalmie post-Cannes, « La Matinale » vous invite à redécouvrir trois chefs-d’œuvre sortis de l’ombre et à ne pas passer à côté des deux derniers films de Paul Vecchiali, qui, à 88 ans, filme encore comme il respire.
« La Femme insecte » et « Reprise » : deux femmes rebelles

Deux chefs-d’œuvre à l’affiche cette semaine qui, séparés par les continents et les années, partagent de véritables affinités : La Femme insecte (1963), fiction de Shohei Imamura, et Reprise (1996), documentaire d’Hervé Le Roux. Ces deux films mettent au centre de leur propos une femme rebelle et opiniâtre qui oppose à son asservissement un refus moral, vital, enragé. Tous deux mettent en scène une longue quête menée ici par l’héroïne guidée par le cinéaste, là par le cinéaste à la poursuite de l’héroïne. Tous deux écrivent à travers le destin de leur personnage une chronique historique et politique de leur société. Enfin, l’une et l’autre de ces œuvres débordent résolument leur genre respectif, regardant chacune de l’autre côté du miroir.
Bien que ressortissant au domaine de la fiction, La Femme insecte n’est pas pour autant étrangère au registre documentaire. Première œuvre majeure de l’impertinent Shohei Imamura, le film retrace le parcours d’une modeste paysanne, de sa naissance à sa maturité, jalonné par les soubresauts de l’histoire japonaise contemporaine. Le cinéaste découpe donc la vie de Tome en une série de faits décisifs, d’occasions et de revers, articulés sans la moindre sentimentalité, mais selon des ellipses puissamment significatives, dessinant les contours de la condition sous-prolétarienne comme ferment vital de tout un pays.

Le documentaire d’Hervé Le Roux, Reprise, s’enracine là où la fiction d’Imamura finit, dans l’atmosphère de révolte des années 1960. Son héroïne est une ouvrière apparue dans un autre film, La Reprise du travail aux usines Wonder, tourné le 10 juin 1968 par des étudiants de l’Idhec, devant l’usine de Saint-Ouen, lors de la reprise du travail consécutive à la grève. De ce film, Hervé Le Roux a retrouvé les auteurs, les gens dans le cadre, les syndicalistes, le gauchiste, les ouvrières. De personnage en personnage, le cercle se rétrécit et le suspense monte au fur et mesure de l’enquête, posant la question de savoir si le cinéaste en quête de son héroïne va ou non la retrouver. Mathieu Macheret et Jacques Mandelbaum
« La Femme insecte », film japonais de Shohei Imamura (en version restaurée). Avec Sachiko Hidari, Kazuo Kitamura, Sumie Sasaki (2 h 03). « Reprise », documentaire français d’Hervé Le Roux (3 h 12).
« Cinq et la peau » : le violent exotisme de l’Asie

Pierre Rissient, secrète mais immense figure de la cinéphilie française, est mort dans la nuit du 5 au 6 mai, à l’âge de 81 ans, à quelques jours seulement de la projection par le Festival de Cannes de son film restauré Cinq et la peau, qui était sorti en 1982. Tourné en équipe légère en 35 millimètres, ce film fait déambuler un personnage nommé Ivan (Féodor Atkine) dans les rues de Manille. A sa voix, qui n’est pas audible, se superposent, sur le ton du monologue intérieur, plusieurs voix off. La juxtaposition étrange de ces voix et de ces images scelle un contrat désaccordé entre le monde et la conscience malheureuse qui le traverse, bercé par le Blue Moon de Billie Holiday. Entre le sexe et l’expression du dégoût de la société telle qu’elle tourne en ce début des années 1980, c’est l’oubli, la perdition, le violent exotisme de l’Asie, dans ses luxes comme dans ses vices, qui sont ici recherchés. En vérité, Cinq et la peau est le songe d’un lettré cinéphile, un journal intime transfiguré, dont les écarts, vus d’une époque aussi lointaine que la nôtre, sont entachés d’un dandysme un rien désuet. J. Ma.
« Cinq et la peau », film français de Pierre Rissient. Avec Féodor Atkine, Eiko Matsuda (1 h 35). Réédition, le 6 juin, en DVD (Carlotta Films).
« Les Sept Déserteurs » et « Train de vies » : Vecchiali, entre désir et deuils

Avec une persévérance et une prolificité qui forcent le respect, Paul Vecchiali, à 88 ans, continue à réaliser des films envers et contre tout. Les deux derniers, Les Sept Déserteurs et Train de vies, sortent la même semaine sur les écrans. Le premier réunit dans une clairière, où gisent les vestiges d’une église bombardée, un petit groupe d’hommes et de femmes, militaires et civils éparpillés ayant fui le grabuge d’une guerre indéterminée.

Le second est intégralement constitué des voyages ferroviaires d’Angélique, ex-danseuse étoile aux prises avec une libido insatiable, dont on suit, en filigrane de ses rencontres, le mariage tourmenté avec un violoniste timide. S’ils ne constituent pas exactement un diptyque – l’un est un récit de guerre, l’autre un drame sentimental –, les deux films n’en affichent pas moins une certaine solidarité de forme et de principe. Chacun se concentre notamment sur une scène confinée où les personnages sont amenés à se raconter, parfois jusqu’à l’impudeur. La scénographie assume clairement l’artificialité de décors en carton-pâte faits de bric et de broc. Les films peuvent être vus comme des pièces de théâtre, mais dont la théâtralité serait façonnée par les outils du cinéma. Ma. Mt.
« Les Sept Déserteurs » et « Train de vies », films français de Paul Vecchiali. Avec Marianne Basler, Astrid Adverbe, Brigitte Roüan, Simone Tassimot, Paul Vecchiali, Jean-Philippe Puymartin, Ugo Broussot, Bruno Davézé, Pascal Cervo (1 h 31 et 1 h 16).

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 30 mai)
Les Sept Déserteurs ou la guerre en vrac et Train de vies ou les voyages d’Angélique, films français de Paul Vecchiali (à voir)My Pure Land, film britannique et pakistanais de Sarmad Masud (à voir)Retour à Bollène, film français et marocain de Saïd Hamich (à voir)Une année polaire, film français de Samuel Collardey (à voir)Je vais mieux, film français de Jean-Pierre Améris (pourquoi pas)Mon Ket, film belge de François Damiens (pourquoi pas)Opération Beyrouth, film américain de Brad Anderson (pourquoi pas)Les Rives du destin, film iranien d’Abdolreza Kahani (pourquoi pas)
Nous n’avons pas vu :
Demi-sœurs, film français de Saphia Azzedine et François-Régis JeanneL’Extraordinaire Voyage du fakir, film belge, français et indien de Ken ScottL’Homme-dauphin, sur les traces de Jacques Mayol, documentaire canadien, français, grec et japonais de Lefteris CharitosLa Naissance de Narcisse, film français d’Hugo Parthonnaud





                            


                        

                        

