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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Comment expliquer que le peuple accepte de déléguer son pouvoir à des élus, voire à des experts, se demande le professeur de philosophie Thomas Schauder. Platon le disait déjà : l’accord du grand nombre ne peut pas correspondre à coup sûr à la vérité
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Italie, Twitter, démocratie... Tyrannie de l’émotion, de l’opinion, au mépris de la vérité

Comment expliquer que le peuple accepte de déléguer son pouvoir à des élus, voire à des experts, se demande le professeur de philosophie Thomas Schauder. Platon le disait déjà : l’accord du grand nombre ne peut pas correspondre à coup sûr à la vérité



Le Monde
 |    30.05.2018 à 19h22
 • Mis à jour le
30.05.2018 à 19h24
    |

Thomas Schauder







                        



   


Chronique Phil’ d’actu Le refus du président italien, Sergio Mattarella, de confier le ministère de l’économie à un eurosceptique (Paolo Savona) a produit des réactions contrastées. Bien que la Constitution, dont il est le garant, lui en donne le droit, il est désormais considéré par beaucoup de gens, de gauche comme de droite, y compris en France, comme un antidémocrate. D’autres, au contraire, louent son courage d’avoir préféré les intérêts supérieurs de sa nation au résultat des élections.

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Ce va-et-vient incessant entre la volonté du peuple, exprimée par les urnes, et l’intérêt réel qui n’est pas forcément visible par le grand nombre, pour quelque raison que ce soit, est commun à toutes les démocraties. Il révèle le problème spécifique de ce type de régime : pourquoi et comment confier à la masse le soin de prendre des décisions ? Et ce n’est pas seulement un problème pour les élites (en grec aristoi, qui a donné « aristocratie »), sinon comment expliquer que le peuple accepte de déléguer son pouvoir à des élus, voire à des experts ?
La critique platonicienne de la démocratie
Comme nous l’avons tous appris à l’école, la démocratie est née à Athènes au Ve siècle avant notre ère (même si en réalité c’est un peu plus compliqué que cela). Mais elle n’a jamais été considérée comme une évidence. Au début du IVe siècle, Platon avait synthétisé une grande part de ces critiques : la démocratie est le règne de l’opinion, le peuple est trop facilement séduit et manipulé par des démagogues (nous dirions aujourd’hui des « populistes »), et elle abolit les différences et les hiérarchies légitimes :
« N’est-il pas inévitable que […] le père s’accoutume à traiter son fils comme son égal et à redouter ses enfants, que le fils s’égale à son père et n’a ni respect ni crainte pour ses parents, parce qu’il veut être libre […]. Le maître craint ses disciples et les flatte, les disciples font peu de cas des maîtres et des pédagogues. […] Or, vois-tu les résultats de tous ces abus accumulés ? Conçois-tu bien qu’ils rendent l’âme des citoyens tellement ombrageuse qu’à la moindre apparence de contrainte ceux-ci s’indignent et se révoltent ? […] C’est ce gouvernement si beau et si juvénile qui donne naissance à la tyrannie »
(La République, Platon).
Ce texte a plus de deux mille ans et il est d’une incroyable actualité. Alors qu’il serait inconcevable, aujourd’hui en France, de considérer que la démocratie n’est pas le meilleur régime politique, on retrouve les mêmes critiques dans les débats sur l’éducation, la même logique dans la justification de « la fermeté » du gouvernement à l’égard des manifestants, etc.
La critique émise par Platon a été reprise des centaines de fois dans l’histoire des sciences politiques parce qu’elle met le doigt sur un paradoxe important : l’accord du grand nombre ne peut pas correspondre à coup sûr à la vérité. On peut avoir raison tout seul. Est-il juste que la parole de celui qui a raison ait la même valeur que la parole de celui qui a tort, de celui qui ne sait pas, de celui qui s’en fiche ?
Le cas Twitter
Il est un exemple particulièrement intéressant de cette tension au sein des démocraties : ce sont les réseaux sociaux, et en particulier Twitter. N’est-ce pas là que règnent la liberté d’expression et l’égalité, l’absence de toute hiérarchie ? Force est de constater que nous sommes alertés chaque semaine par des cas de harcèlement, de rumeurs, parfois des deux, comme ces trois opératrices du SAMU accusées à tort d’être responsables de la mort de Naomi Musenga. Tyrannie de l’émotion, tyrannie du grand nombre sur le petit, tyrannie de l’opinion au mépris de la vérité… C’est l’un des cas aussi innombrables que tragiques qui illustrent la faiblesse inhérente à toute démocratie.
Sur les réseaux sociaux, comme dans les forums et dans les commentaires, existe une espèce endémique, bien connue des usagers d’Internet : les « trolls ». Pour faire simple, ce sont des personnes qui restent anonymes et qui postent des remarques par pure malveillance. Il suffit de peu pour que la méchanceté dégénère en racisme, sexisme, homophobie, appel au meurtre, au viol... Tout le paradoxe est que ce discours haineux et bête est absolument égal au discours argumenté, constructif, bienveillant, etc. Comme l’écrivait Hannah Arendt : « Il s’agit là évidemment de réflexion, et l’irréflexion (témérité insouciante, confusion sans espoir ou répétition complaisante de “vérités” devenues banales et vides) me paraît une des principales caractéristiques de notre temps » (Condition de l’homme moderne, 1958). Il faudrait y ajouter ce goût de l’hyperbole dans l’agressivité.
Conserver un regard critique
Je ne crois pas en la neutralité des moyens, idée selon laquelle Twitter n’est qu’un outil et que tout dépend de l’usage qui en est fait. L’argument est spécieux, on le brandit régulièrement aux Etats-Unis concernant le port d’armes. Mais une arme à feu n’est pas un filet à papillon ! Il en va de même pour les réseaux sociaux : leur modèle économique, notamment, induit certains usages, comme l’a prouvé récemment l’affaire Facebook-Cambridge Analytica.

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Le problème est le même en démocratie : assurer l’égalité formelle entre les citoyens ne suffit pas. Encore faut-il qu’il y ait une instruction des enfants et une éducation politique des adultes égale pour tous, un droit à une information plurielle et de bonne qualité, un système de valeurs qui permette à la société de se souder, le sentiment que sa parole compte, mais que la parole de l’autre mérite d’être écoutée, etc.
La croyance aveugle en la démocratie est bête, comme l’est toute croyance aveugle. L’immense avantage de la démocratie sur les autres régimes, c’est qu’elle se sait et se veut perfectible. Sans regard critique, elle dégénère en despotisme :
« J’ai toujours cru que cette sorte de servitude, réglée, douce et paisible […] pourrait se combiner mieux qu’on ne l’imagine avec quelques-unes des formes extérieures de la liberté, et qu’il ne lui serait pas impossible de s’établir a l’ombre même de la souveraineté du peuple. Nos contemporains sont incessamment travaillés par deux passions ennemies : ils sentent le besoin d’être conduits et l’envie de rester libres […]. Ils se consolent d’être en tutelle, en songeant qu’ils ont eux-mêmes choisi leurs tuteurs. Chaque individu souffre qu’on l’attache, parce qu’il voit que ce n’est pas un homme ni une classe, mais le peuple lui-même qui tient le bout de la chaîne. Dans ce système, les citoyens sortent un moment de la dépendance pour indiquer leur maître, et y rentrent. »
(Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique - 1835-1840)
Un peu de lecture ?
- Platon, La République, Garnier-Flammarion, 2004
- Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, Garnier-Flammarion, 1981
- Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne, Pocket, 1994

A propos de l’auteur
Thomas Schauder est professeur de philosophie. Il a enseigné en classe de terminale en Alsace et en Haute-Normandie. Il travaille actuellement à l’Institut universitaire européen Rachi, à Troyes (Aube). Il est aussi chroniqueur pour le blog Pythagore et Aristoxène sont sur un bateau. Il a regroupé, sur une page de son site, l’intégralité de ses chroniques Phil d’actu, publiées chaque mercredi sur Le Monde.fr/campus.
En voici quelques-unes :

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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ L’économiste Maxime Combes, membre d’Attac, dénonce dans une tribune au « Monde » le pouvoir des groupes de pression que confirme la non-interdiction du glyphosate malgré les engagements d’Emmanuel Macron.
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Glyphosate : « Faire en sorte que les lobbies ne gagnent pas toujours à la fin »

L’économiste Maxime Combes, membre d’Attac, dénonce dans une tribune au « Monde » le pouvoir des groupes de pression que confirme la non-interdiction du glyphosate malgré les engagements d’Emmanuel Macron.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 17h00
    |

Maxime Combes (Economiste, membre d'Attac)







                        



                                


                            

Tribune. Dans le match qui oppose les lobbies favorables à la poursuite de l’utilisation des produits phytosanitaires contenant du glyphosate à ceux qui veulent en interdire l’utilisation le plus rapidement possible, les premiers ont encore gagné : malgré l’engagement d’Emmanuel Macron en ce sens, la sortie du glyphosate en 2021 ne sera pas gravée dans la loi Agriculture et alimentation.
Beaucoup des instruments utilisés par ces groupes de pression sont désormais bien documentés
Ce n’est pas leur seule victoire : les propositions visant à interdire l’usage de drones pour épandre des pesticides, à créer des zones de protection autour des habitations, à rendre l’industrie des pesticides plus transparente, ou à créer un fonds d’indemnisation pour les victimes ont toutes été rejetées par les députés, à la demande du gouvernement.
Herbicide le plus utilisé en France, jugé cancérogène par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le glyphosate incarne à lui tout seul le poids que les lobbies industriels exercent sur les instances de régulation et de décision de nos pays « démocratiques ».

Beaucoup des instruments utilisés par ces groupes de pression sont désormais bien documentés, comme la transmission d’amendements et d’argumentaires clés en main à des députés peu soucieux de la qualité et de la sincérité du travail parlementaire ; l’utilisation des fameuses « portes tournantes » (revolving doors) qui permettent à des cadres du privé de revenir dans la haute administration publique et assurer aux lobbies une grande proximité avec les lieux de décisions ; le financement d’études présentées comme « scientifiques » visant à insinuer le doute dans le débat public sur les impacts du produit incriminé (glyphosate, tabac, etc).
Pratiques bien connues
Du cas du tabac aux « Monsanto Papers », ces pratiques sont désormais bien connues. Un élément majeur, décisif même, est pourtant souvent éludé : la propension...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ En renouant avec la notion de « quotas » de logements accessibles aux personnes handicapées, le gouvernement signe un retour rétrograde à des dispositions d’attribution combattues depuis les années 1970, proteste l’architecte Louis-Pierre Grosbois, dans une tribune au « Monde »
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Handicap : la loi ELAN rompt avec « le principe d’universalité de l’accessibilité au logement »

En renouant avec la notion de « quotas » de logements accessibles aux personnes handicapées, le gouvernement signe un retour rétrograde à des dispositions d’attribution combattues depuis les années 1970, proteste l’architecte Louis-Pierre Grosbois, dans une tribune au « Monde »



Le Monde
 |    30.05.2018 à 16h45
    |

Louis-Pierre Grosbois (Architecte urbaniste, professeur honoraire à l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Paris-La Villette)







                        



                                


                            

Tribune. Pourquoi construire le plus possible de logements facilement accessibles ? La société dans sa diversité le demande : l’augmentation de la longévité, le souhait du « bien vieillir ensemble », la fluidité de la vie sociale, mènent à la recherche d’égalité dans le traitement des individus.
L’accessibilité spécifiquement établie comme une compensation au handicap est devenue la base du confort de tous : de l’ascenseur au balcon de plain-pied et à la douche à niveau, jusqu’aux transports et aux bâtiments publics. Dans la société industrielle, la standardisation de la construction, établie sur le confort d’usage, permet de supprimer le surcoût de la réalisation. L’accessibilité ne se caractérise pas par l’application de normes. C’est une conception plurielle : esthétique, technique, humaine et universelle.

Or le projet de loi Evolution du logement, de l’aménagement et du numérique (ELAN), discutée depuis le 30 mai à l’Assemblée nationale, revient sur l’universalité de cette accessibilité. Il renie ainsi l’engagement de la loi de 2005 et la résolution du Conseil de l’Europe de 2001, signée par la France, qui soulignait que « la conception universelle et l’accessibilité ont un rôle de premier plan à jouer dans la promotion des Droits de l’Homme et des libertés fondamentales ».
L’ampleur de ce reniement se mesure par l’exemple dans l’allégement des normes envisagé dans la loi : « au lieu du « tout accessible », dans les bâtiments de quatre étages, elle instaurera, comme c’est déjà le cas dans les logements pour étudiants, un quota de 10 % d’appartements répondant à ces exigences ».
Des logements accessibles et adaptés vides
Nous voilà projetés quarante ans en arrière : retour de la règle du quota et, avec elle, de la ségrégation par attribution de logements dans des espaces réservés, ce qui constitue une véritable entrave à la vie sociale.
Un rappel historique s’impose : les lois...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Dans une tribune au « Monde », Bruno Pomart, maire de Belfou (Aude) et ex-policier du Raid, estime que le meilleur moyen pour la République de lutter contre les phénomènes de radicalisation des jeunes est de se ressaisir de toute urgence dans les banlieues.
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« Pour endiguer ce fléau qu’est la radicalisation, proposons un avenir à la jeunesse et à notre pays »

Dans une tribune au « Monde », Bruno Pomart, maire de Belfou (Aude) et ex-policier du Raid, estime que le meilleur moyen pour la République de lutter contre les phénomènes de radicalisation des jeunes est de se ressaisir de toute urgence dans les banlieues.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 16h00
    |

Bruno Pomart (Maire de Belfou (Aude), ex-policier du Raid (Police nationale))







                        



                                


                            
Tribune. L’actualité nous fournit régulièrement de nouvelles preuves de la montée en puissance des comportements radicaux et violents, et des idéologies intégristes, comme pour nous rappeler, s’il en était besoin, que l’horreur peut frapper partout, à n’importe quel moment, et surtout les plus faibles de nos concitoyens.
Mais il ne faut pas oublier que, parmi les faibles que notre République produit tout en se voilant la face sur ses problématiques, se trouvent des milliers de jeunes, qui résident dans des quartiers sensibles, qui ont un nom à consonance maghrébine ou africaine, qui ont une culture ou simplement une couleur de peau différente. Et qui, pour toutes ces raisons, se voient régulièrement refuser l’accès à un logement, à un emploi et ont même des difficultés avec certains services publics.
Il faut que la France et son personnel politique comprennent que l’histoire de ces jeunes n’est pas celle de leurs parents
Ces jeunes désœuvrés, parce que la société choisit de les ignorer, ce sont ceux qui trempent dans des trafics faute de mieux, qui sont toujours suspectés les premiers à cause de leur adresse ou de leur faciès, et qui finissent, pour certains, par se radicaliser parce que la République n’est pas capable de leur tenir un discours d’acceptation et d’intégration, alors même qu’ils sont Français nés en France !
Les racines de la violence chez ces jeunes sont claires : chaque jour de leur vie, ils se voient refuser l’appartenance au peuple français, non à cause de leurs papiers, mais à travers les actes et questions apparemment innocentes du quotidien sur leurs origines. Comment faire naître un sentiment, sinon patriotique, du moins citoyen chez ces jeunes, alors qu’on leur rappelle sans cesse « qu’ils ne sont pas comme nous, de bons Français pure souche ».
Il faut que la France et son personnel politique comprennent que l’histoire de ces jeunes n’est pas celle de leurs parents, et qu’il y aurait beaucoup...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Les travaux de Michel Aglietta ont montré que la monnaie, à travers l’Histoire, est un objet à la fois économique et politique. L’euro ne fait pas exception, estiment dans une tribune au « Monde » trois économistes.
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« Michel Aglietta propose un nouveau cadre pour l’euro »

Les travaux de Michel Aglietta ont montré que la monnaie, à travers l’Histoire, est un objet à la fois économique et politique. L’euro ne fait pas exception, estiment dans une tribune au « Monde » trois économistes.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 14h00
    |

Vincent Bignon (CEPR), Benoît Mojon (Ecole polytechnique et INSEAD) et Xavier Ragot (OFCE, Sciences Po et CNRS)







                        



                                


                            
Tribune. La crise en Europe, y compris son écho actuel en Italie, menace la cohésion de la zone euro. La recherche de solutions à cette crise fait apparaître des conceptions différentes entre les Etats membres quant au rôle qu’il faut assigner à la politique monétaire. Ces différences de conceptions paralysent l’action publique, car elles s’expriment sur des questions aussi pratiques que la finalité de l’union bancaire ou le rachat de dettes publiques par les banques centrales.
Dans une société, la monnaie est un bien commun qui est le produit de la légitimité politique qu’on y adosse, et qui ne prend sens que par la légitimité que tout le monde lui attribue
La gestion de la monnaie est de fait à l’intersection de l’économie et du politique : faire émerger une vision politique commune de l’euro est donc aujourd’hui une étape incontournable pour les Européens. Comment dépasser la tension entre les souverainetés budgétaires nationales et la souveraineté monétaire européenne ? Quelle voie pour préserver la soutenabilité de certaines dettes publiques et l’acceptabilité de l’euro dans tous les Etats membres, aussi bien en Italie qu’en Allemagne ?
Les travaux de Michel Aglietta et d’André Orléan donnent un cadre intellectuel pour élaborer une nouvelle doctrine européenne de politique monétaire. Ils soulignent que la monnaie est l’institution sociale ambivalente par excellence. Etalon de la richesse de chacun, elle ne peut perdurer sans interventions politiques. La monnaie a une réalité concrète pour tous. Elle crée du lien et nous unit collectivement. Comme le dit le sociologue allemand Georg Simmel dans sa Philosophie de l’argent (1900), elle nous oblige sans nous enchaîner. Dans une société, la monnaie n’est pas seulement l’objet des paiements que l’on fait au quotidien. C’est aussi un bien commun qui est le produit de la légitimité politique qu’on y adosse, et qui ne prend sens que par la légitimité que tout le monde lui attribue.
Un...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Dans une tribune au « Monde », deux spécialistes expliquent pourquoi le service du « Bon Samaritain », qui permet de solliciter à tout moment un citoyen formé aux gestes de premiers secours, doit être étendu à tout le territoire.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
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Arrêts cardiaques  : « On peut sauver chaque année 5 000 vies supplémentaires en France »

Dans une tribune au « Monde », deux spécialistes expliquent pourquoi le service du « Bon Samaritain », qui permet de solliciter à tout moment un citoyen formé aux gestes de premiers secours, doit être étendu à tout le territoire.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
30.05.2018 à 17h07
    |

Professeur Alexandre Mignon (Anesthésiste-réanimateur) et Docteur Paul Dardel







                        



                                


                            
Tribune. Chaque année, 50 000 Français sont victimes d’un arrêt cardiaque inopiné, encore appelé mort subite. Neuf sur dix en meurent. Douze fois plus que le nombre de morts sur la route. Il y a dix ans déjà, comme anesthésiste-réanimateur et urgentis­te, nous appelions, dans ce même journal, à la mise en place d’un véritable « Plan arrêt cardiaque » (« Un plan contre la mort subite », Le Monde du 12 septembre 2007). Il recommandait l’installation massive de défibrillateurs dans les lieux publics, ainsi que la simplification de leur utilisation par le premier témoin, même non qualifié.
Une vaste campagne de sensibilisation et de formation aux gestes qui sauvent était suggérée. Tout cela s’est en grande partie réalisé (notamment grâce au décret Xavier Bertrand et Philippe Bas en 2007) et s’est avéré efficace et utile, puisque la survie, à l’époque de 5 %, est passée à près de 10 %, un doublement heureux, mais insuffisant.
Il ne faut pas en rester là, mais comprendre que tout est désormais en place pour passer à l’étape suivante : celle de doubler dans les cinq prochaines années le taux de survie de la mort subite en France. Le but est de sauver 5 000 vies supplémentaires par an, le tout sans dépenser un euro de plus. C’est possible grâce à la technique dite du « Bon Samaritain ».
Un bon samaritain est un citoyen, sensibilisé et formé aux gestes de premiers secours, qui accepte de s’inscrire sur un site ou une application mobile. Grâce à cette application, il est géolocalisé et sollicité à tout moment par les services de secours (pompiers et SAMU) pour prodiguer à la victime d’une mort subite les gestes qui sauvent dans l’attente de l’arrivée des secours médica­lisés. Epaulé par téléphone, il commence alors un massage cardiaque, utilise un défibrillateur éventuellement apporté par un autre bon samaritain se trouvant dans le secteur.
Chaque minute qui passe sans action sur les victimes de mort subite s’accompagne d’une...



                        

                        


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<filnamedate="20180530"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180530"><AAMMJJHH="2018053020">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Alors qu’un colloque vient de lui être consacré à la Banque de France, trois chercheurs estiment, dans une tribune au « Monde », qu’il est temps de suivre les voies tracées par l’économiste pour échapper aux pathologies de notre système.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
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« Michel Aglietta, penseur des limites du capitalisme »

Alors qu’un colloque vient de lui être consacré à la Banque de France, trois chercheurs estiment, dans une tribune au « Monde », qu’il est temps de suivre les voies tracées par l’économiste pour échapper aux pathologies de notre système.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 14h00
    |

Anne-Laure Delatte (CNRS, EconomiX, CEPII), Laurence Scialom (Université Paris-Nanterre, EconomiX) et Yamina Tadjeddine (Université de Lorraine et ...







                        



                                


                            
Tribune. Inégalités et crise environnementale sont parmi les plus grands dangers au monde, selon les citoyens de quarante-quatre pays interrogés par l’organisme de sondage américain Pew Research Center (« Greatest Dangers in the World », 2014). Les économistes se sont peu à peu emparés de ces sujets. Pourtant, leurs travaux et leurs réponses restent cloisonnés, tant ces deux objets sont différents en apparence et tant la science économique est elle-même segmentée dans ses objets d’études.
Michel Aglietta, lui, fait le pont entre ces deux périls : inégalités et changement climatique sont deux faces d’une même pièce qui se nourrissent des dérives du système capitaliste financiarisé actuel. Au long de sa carrière de chercheur, il a accumulé des travaux originaux qui lui permettent aujourd’hui de dresser un diagnostic singulier sur les pathologies de notre système économique. Et de nous livrer des options concrètes de politique économique pour les contrer.
Michel Aglietta a dénoncé tant l’instabilité intrinsèque de la finance que le principe de la valeur actionnariale propre au mode d’accumulation capitaliste actuel (Dérives du capitalisme financier, avec Antoine Rebérioux, Albin Michel, 2004). Ce principe de gestion apparaît dans les très grandes entreprises au début des années 1980 et fait de l’intérêt des actionnaires une priorité absolue.
Augmentation des inégalités
Les stratégies des firmes commencent alors à s’articuler autour de la valeur boursière de l’entreprise, avec une recherche de rendement à court terme, une prime à la compression des coûts, une course aux dividendes et des pratiques de rachat d’actions pour les plus agressives. La valeur actionnariale procède d’une logique uni-dimensionnelle où le système de production ne s’intéresse qu’à une partie de la société, les propriétaires du capital. Parallèlement, le système de redistribution s’érode.
Fonder un nouveau contrat social dans lequel les citoyens...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Dans cette chronique, le juriste Jean-Emmanuel Ray explique pourquoi la désignation de ces représentants est un enjeu important dans les négociations relatives au Comité social et économique (CSE).
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Que sont les représentants de proximité ?

Dans cette chronique, le juriste Jean-Emmanuel Ray explique pourquoi la désignation de ces représentants est un enjeu important dans les négociations relatives au Comité social et économique (CSE).



Le Monde
 |    30.05.2018 à 13h30
    |

                            Jean-Emmanuel Ray (Professeur à l'école de droit de Paris-I-Panthéon-Sorbonne)








                        



                                


                            
Question de droit social. A chaque nouvelle élection professionnelle désormais, délégués du personnel, comité d’entreprise, et comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) disparaissent au profit du Comité social et économique (CSE) créé par ordonnance le 22 septembre 2017. Cette centralisation peut poser problème dans les entreprises multi-sites, où depuis 1946 des délégués du personnel (DP) étaient présents dans les établissements d’au moins onze salariés, chargés « de présenter à l’employeur toutes les réclamations individuelles ou collectives ». Un représentant de proximité sera désigné par le CSE parmi ses membres ou des salariés sur place. Il en constituera le relais local. Sera-t-il un DP bis ?
En droit, pas du tout : il n’est ni obligatoire ni élu. Sa création est facultative et relève de l’accord collectif majoritaire procédant à l’éventuel découpage de l’entreprise en établissements distincts : nombre de représentants, localisation, attributions (notamment en matière de santé et de conditions de travail), modalités de fonctionnement (heures de délégation, local..).

La désignation d’un représentant de proximité est un enjeu important dans les négociations relatives au CSE. Si les parties conviennent souvent de la nécessité de créer – maintenir – ce délégué de terrain, côté syndicat il n’est pas indifférent d’avoir un délégué dans les établissements de moyenne importance, montrant ainsi qu’une présence syndicale est utile, tout en permettant à un ex-DP ou ex-membre du comité d’établissement (un tiers des mandats disparaît parfois avec la création du CSE) de garder un mandat, avec sa protection contre le licenciement.
Capteurs de signaux faibles
Côté direction, la présence de ces délégués capteurs de signaux faibles est utile. Et il est inenvisageable que tous les problèmes concrets de tous les établissements de taille réduite remontent au CSE, qui aura déjà fort à faire. Il faut donc...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Dans la procédure elle-même, il manque un respect fondamental de la liberté et du potentiel de chacun, déplore la sociologue Cécile Van de Velde dans une tribune au « Monde ».
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« Parcoursup laisse explicitement un “système” administrer, classer, ordonner les rêves d’une génération »

Dans la procédure elle-même, il manque un respect fondamental de la liberté et du potentiel de chacun, déplore la sociologue Cécile Van de Velde dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    30.05.2018 à 12h24
 • Mis à jour le
30.05.2018 à 17h43
    |

Cécile Van de Velde (Sociologue, EHESS et université de Montréal)







                        



                                


                            

Tribune. Parcoursup pose, de façon limpide, la question de la place relative de l’« être » et du « système » dans notre société. A l’heure où les consciences s’aiguisent contre certaines dérives de la gestion de masse des données personnelles (big data, Facebook, intelligence artificielle…), nous sommes paradoxalement en train d’expérimenter une allocation automatisée des places et des chemins de vie.
La question n’est point ici de trancher le débat sur la sélection universitaire, mais de constater que, dans son opérationnalisation même, Parcoursup pose désormais une question philosophique plus large et fondamentale : celle de ces « petits aménagements », anodins en apparence, destinés à une « gestion optimale » des ressources, mais qui touchent en réalité de façon profonde les fondements mêmes de nos libertés individuelles et de notre démocratie. Cette même démarche pourrait concerner demain l’allocation des soins ou le placement des individus en recherche d’emploi par exemple.

Car de façon concrète, Parcoursup c’est laisser explicitement un « système » administrer, classer, ordonner les rêves d’une génération. C’est laisser symboliquement une organisation centralisée trier les choix et les possibles d’un individu.
Colère des jeunes
Dans la procédure elle-même, dans son autorité et sa technicité, il manque un respect fondamental et affiché de la liberté et du potentiel de chacun, qui se trouve ici au contraire réduit de façon opaque à un passé scolaire et bien souvent à un territoire d’origine.
Ce dispositif ne fera qu’augmenter la colère sourde des jeunes contre un « système » qui leur fait mal, dans un contexte français où cette période post-bac constitue justement un moment charnière de la vie d’une génération : plus qu’ailleurs, elle est considérée comme déterminante et décisive pour tout l’avenir professionnel de l’individu, et génère du stress personnel, familial et social.
Le critère...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Editorial. Si la méthode du président en diplomatie n’est pas contestable, l’accord trouvé pour la tenue d’élections en Libye en est une illustration, sa défense de son action peut, elle, se discuter.
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Macron diplomate, la méthode et le discours

Editorial. Si la méthode du président en diplomatie n’est pas contestable, l’accord trouvé pour la tenue d’élections en Libye en est une illustration, sa défense de son action peut, elle, se discuter.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 11h14
 • Mis à jour le
30.05.2018 à 14h54
   





                        


Editorial du « Monde ». En diplomatie, les succès comme les échecs sont difficiles à décréter. Il y a des étapes, positives ou négatives, le résultat final est souvent long à se dessiner, quand il n’est pas porteur d’effets pervers inattendus. Les choses se jugent donc à l’instant T, avec toutes les précautions d’usage et la nécessaire modestie qu’implique l’exercice.
A cette aune, la conférence internationale sur la Libye, qui s’est tenue mardi 29 mai à l’Elysée, est un succès. Pas forcément « historique » comme l’a qualifiée avec un peu d’emphase l’envoyé spécial des Nations unies, le Libanais Ghassan Salamé, mais inédite assurément, et bienvenue dans un pays encore largement fracturé près de sept ans après la chute du régime de Mouammar Kadhafi.
Les principaux protagonistes du puzzle libyen, les chefs des deux exécutifs et des deux Parlements concurrents, ont souscrit – sans la signer – à la déclaration en huit points stipulant l’organisation d’élections générales le 10 décembre. Ils se sont également engagés à « accepter les résultats des élections » et à « mettre fin progressivement à l’existence du gouvernement et des institutions parallèles », y compris la Banque centrale et les forces armées.

        Lire aussi :
         

                Libye : un accord sur des élections législatives et présidentielle le 10 décembre



Les réserves sont nombreuses, à commencer par la représentativité relative des participants à la conférence et surtout l’absence d’une Constitution définissant les pouvoirs des futurs élus. Les engagements pris mardi à Paris seront-ils tenus ? Emmanuel Macron ne peut être comptable de la suite : c’est aux Libyens de l’écrire. M. Salamé a salué avec un peu d’ironie « le volontarisme, voire l’entêtement », du président français. On sait que l’Italie prend ombrage de l’activisme français sur un dossier qu’elle considère comme sien, mais le chaos libyen, favorable au djihadisme et à tous les trafics (d’armes comme de migrants), est l’une des principales menaces pesant sur l’Europe. M. Macron a eu raison de forcer l’agenda.
Double gaffe
Si la méthode Macron en diplomatie – un mélange d’opportunisme pragmatique, de volontarisme et d’empathie affichée – n’est pas contestable, le discours, lui, peut se discuter. Dans cet exercice délicat, les paroles comptent autant que les actes. Or, le président français a commis, dans l’entretien qu’il a accordé vendredi 25 mai à BFM-TV, un impair fâcheux. Soucieux de défendre le bilan de son action, jugé parfois maigre par les observateurs, il a cité le dénouement de l’affaire Hariri. « Si la France n’avait pas été là, il y aurait peut-être aujourd’hui la guerre au Liban », a-t-il déclaré, avant de rappeler que sa médiation avait permis de laisser rentrer au pays le premier ministre libanais, « retenu depuis plusieurs semaines » à Riyad.
Double gaffe ! Car ce propos lui a valu les commentaires acides de Libanais, qui lui ont rappelé que le pays du Cèdre n’est plus un protectorat français. Et, en même temps, un communiqué courroucé de l’Arabie saoudite, qui tient à sa version officielle selon laquelle Saad Hariri était libre de ses mouvements lors de son séjour et de sa démission surprise, en novembre 2017 à Riyad. En diplomatie, le silence et la modestie – même feinte – sont d’or.
Personne ne conteste à M. Macron la prérogative de représenter son pays ni de conduire sa diplomatie. En revanche, sa tentation d’être le seul commentateur – flatteur – de sa propre action est aussi contre-productive que malvenue. Sauf à tomber dans ce qu’il décrit lui-même comme « la diplomatie des états d’âme ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Dans cette chronique, la journaliste Marie Charrel estime que les problèmes économiques et politiques liés au dualisme territorial nécessiterait une réponse complexe et de longue haleine, loin des recettes faciles prônées par les populistes.
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La montée des inégalités entre les territoires a « fait le lit du populisme européen »

Dans cette chronique, la journaliste Marie Charrel estime que les problèmes économiques et politiques liés au dualisme territorial nécessiterait une réponse complexe et de longue haleine, loin des recettes faciles prônées par les populistes.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 11h00
 • Mis à jour le
30.05.2018 à 20h06
    |

            Marie Charrel








                        



                                


                            
Vu d’ailleurs. « Il palazzo contro la piazza ». Les palais du pouvoir contre la rue. En Italie, les souverainistes de la Ligue et les antisystème du Mouvement 5 étoiles ­agitent l’argument depuis plusieurs jours. Ils accusent l’élite économique et la classe dirigeante traditionnelle de « comploter » afin de les empêcher de gouverner. Le président Sergio Mattarella n’a-t-il pas, lundi 28 mai, désigné l’économiste Carlo Cottarelli, un ancien du Fonds monétaire international, surnommé « M. Ciseaux » en raison de son goût pour l’austérité, pour diriger un gouvernement technique ?

Le président italien avait sans doute de bonnes raisons de refuser la nomination de l’eurosceptique Paolo Savona, choisi par les deux partis populistes, au ministère des finances. Il n’empêche : pour l’instant, sa décision verse un peu plus d’eau encore au moulin de la Ligue. « L’Italie n’est pas une colonie, déclarait le leader d’extrême droite Matteo Salvini dimanche 27 mai. Nous ne sommes pas les esclaves de la France ou de l’Allemagne, du spread [écart de taux d’intérêt consentis par les marchés à l’Italie et à l’Allemagne] ou de la finance. » Spread, qui, depuis, ne cesse de grimper.
Les villes les plus puissantes économiquement, capitales ou non, croissent plus vite. Elles captent une part des richesses de plus en plus grande, au détriment des petites villes et des zones rurales
Elite contre peuple, donc. L’argument, grand classique des populistes, est également agité dans la Hongrie de Viktor Orban. Et dans la Pologne de Jaroslaw Kaczynsky. Il séduit la partie de l’électorat atteinte par l’angoisse du déclassement. Celle des classes moyennes – salariés, petits patrons, ouvriers – redoutant d’être exclues de la globalisation. On l’a beaucoup écrit : la crise et la montée des inégalités observée ces dernières années ont fait le lit du populisme européen. Mais on ne peut comprendre son essor sans se pencher...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Un collectif, dont font partie Benoît Hamon, Cédric Herrou, J.M.G. Le Clézio ou François Morel, dénonce dans une tribune le procès intenté à trois personnes qui se sont montrées solidaires de migrants.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
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« Nous avons aidé, nous aidons et aiderons toute personne migrante dans le besoin »

Un collectif, dont font partie Benoît Hamon, Cédric Herrou, J.M.G. Le Clézio ou François Morel, dénonce dans une tribune le procès intenté à trois personnes qui se sont montrées solidaires de migrants.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 10h39
 • Mis à jour le
30.05.2018 à 13h53
    |

                            Collectif








                        



                                


                            
Tribune. Le samedi 21 avril, quelques dizaines de militants du mouvement extrémiste Génération identitaire se retrouvent au col de l’Echelle, dans les Alpes, avec pour objectif de bloquer l’arrivée des personnes migrantes et de les renvoyer vers l’Italie, quitte à les mettre en danger. Ils déploient des banderoles haineuses et matérialisent symboliquement la frontière avec une barrière de chantier. Ils s’instaurent en milice, dont les slogans et motivations sont clairement racistes.
Nous rappelons que les provocations publiques à la discrimination, à la haine ou à la violence raciale constituent un délit (art. 24, alinéa 6, loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse) punissable d’un an d’emprisonnement et/ou d’une amende de 45 000 euros au plus. Les forces de l’ordre ne sont pas intervenues pour mettre fin à cette action, la considérant donc, implicitement, comme tout à fait légale. Le ministre de l’intérieur lui-même a d’ailleurs minoré ces faits en les qualifiant de « gesticulations ».
En réaction à cela, plus de 160 personnes solidaires ont lancé un cortège spontané pour passer la frontière avec des personnes migrantes. Contrairement aux identitaires, les solidaires se sont heurtés à un cordon de gendarmes, qui ont finalement laissé la manifestation avoir lieu.

Quelques heures plus tard, alors que le cortège était terminé depuis longtemps, trois jeunes gens qui en faisaient partie, Bastien et Théo, deux Suisses, et Eleonora, une Italienne, ont été arrêtés et placés en garde à vue. Ils sont restés en détention provisoire à la maison d’arrêt des Baumettes à Marseille pendant neuf jours avant d’être libérés le 3 mai. Leur procès a été fixé à la date du 31 mai.
Poursuivis pour « aide à l’entrée de personnes en situation irrégulière en bande organisée », ils encourent une peine allant jusqu’à dix ans de prison et 750 000 euros d’amende, assortie d’une interdiction de pénétrer sur le territoire français. Bastien,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Quand l’exception se banalise, les dirigeants bruxellois n’ont d’autre choix que de recevoir, négocier, transiger, remarque, dans sa chronique, Cécile Ducourtieux.
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Article sélectionné dans La Matinale du 29/05/2018
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« Pour l’Europe, plus question de mettre les extrêmes en quarantaine »

Quand l’exception se banalise, les dirigeants bruxellois n’ont d’autre choix que de recevoir, négocier, transiger, remarque, dans sa chronique, Cécile Ducourtieux.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 06h36
 • Mis à jour le
30.05.2018 à 11h14
    |

            Cécile Ducourtieux (Bruxelles, bureau européen)








                        



                                


                            

Chronique. C’est un confrère de l’Agence France-Presse qui nous a mis la puce à l’oreille il y a quelques jours, en retweetant une interview au Monde que Jean-Claude Juncker, le président de la commission, nous avait accordée il y a deux ans. « Avec l’extrême droite, il n’y a ni débat ni dialogue possible », nous expliquait le Luxembourgeois fin mai 2016, depuis son bureau du 13e étage du Berlaymont, le siège bruxellois de l’institution.
Bruxelles tremblait déjà. Les Autrichiens étaient sur le point d’élire leur président et, à l’issue du premier tour, le candidat du FPÖ (extrême droite) était au coude-à-coude avec Alexander van der Bellen, soutenu par les Verts. Après l’annulation du scrutin initial, c’est ce dernier qui fut élu en décembre 2016.
« A la perspective de voir la droite pure et dure et l’extrême droite l’emporter, je me sens obligé de dire que je ne les aime pas, enchaînait M. Juncker, un conservateur tendance chrétien-social. Il ne faut pas courir derrière les populistes, qui posent souvent de bonnes questions, mais donnent de mauvaises réponses. (…) Je ne suis pas tenté de céder à ces réflexes primaires. Je ne me salirai pas à faire cela. »

Ces propos ont pris un sacré coup de vieux alors que l’extrême droite italienne, europhobe et xénophobe, alliée aux Mouvement cinq étoiles (M5S, antisystème), est aux portes du pouvoir en Italie. La Ligue (extrême droite) a certes raté la dernière marche, après l’opposition du président Sergio Mattarella, qui a refusé la nomination de son candidat, Paolo Savona, un eurosceptique revendiqué, au poste-clé de ministre des finances. Mais elle est au plus haut dans les sondages et compte bien retenter sa chance aux prochaines élections, peut-être dès septembre. Si elle parvient aux commandes, qui pourra se permettre de snober le gouvernement d’un pays fondateur de l’Union à Bruxelles ? Personne.

Transiger...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Analyse. Le président a récusé le rapport qu’il avait pourtant commandé à l’ancien ministre de la ville. Au-delà de questions d’ego, l’approche sociale de M. Borloo est loin de répondre aux aspirations libérales du président.
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Article sélectionné dans La Matinale du 29/05/2018
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Macron, Borloo et les banlieues : histoire d’un revirement

Analyse. Le président a récusé le rapport qu’il avait pourtant commandé à l’ancien ministre de la ville. Au-delà de questions d’ego, l’approche sociale de M. Borloo est loin de répondre aux aspirations libérales du président.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 06h35
 • Mis à jour le
30.05.2018 à 11h32
    |

            Louise Couvelaire








                        



                                


                            
Analyse. C’est une drôle de séquence politique qui s’est jouée ces dernières semaines entre Emmanuel Macron et Jean-Louis Borloo. Elle s’est soldée, mardi 22 mai, à l’Elysée, devant un parterre de 600 invités et la quasi-totalité du gouvernement, par une interminable séance d’« humiliation publique », dénoncent certains observateurs, qui parlent d’un « camouflet ». « Le président a repris la main », disent ses proches. Mais que s’est-il passé entre les deux hommes ?
L’histoire semblait pourtant bien engagée. Elle avait débuté en novembre 2017 à Tourcoing (Nord). Lors d’un discours sur la politique de la ville, le président de la République avait remercié le « père » de la rénovation urbaine d’« avoir accepté de remettre les gants » pour « aider à la bataille ». Il y avait du « cher Jean-Louis » dans l’air.

Six mois plus tard, on a rangé les mandolines. « Quelque part, ça n’aurait aucun sens que deux mâles blancs [lui-même et Borloo], ne vivant pas dans ces quartiers, s’échangent l’un un rapport et l’autre disant, “on m’a remis un plan, je l’ai découvert”. C’est pas vrai, ça ne marche plus comme ça », a lancé le président lors d’un discours d’une heure trente, le 22 mai.
Une position inattendue
Avec ces quelques mots, M. Macron a disqualifié l’auteur – qu’il avait pourtant choisi –, le contenu – qu’il avait pourtant réclamé – et la démarche – à laquelle il avait pourtant souscrit. Balayant au passage le travail de « co-construction » mené par plusieurs centaines d’élus et d’associatifs pendant six mois, à sa demande, pour faire émerger les meilleures idées du terrain et alimenter le rapport Borloo. Une position d’autant plus inattendue que la veille encore, M. Borloo y croyait. Un coup de téléphone du président, « sympathique, amical et enthousiaste », l’avait assuré de son soutien.
Motif officiel de ce revirement cinglant ? « Nouvelle...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’écrivaine Mara Goyet évoque son père, ancien soixante-huitard aujourd’hui dans un Ehpad. L’occasion, pour elle, de réfléchir à l’avenir des utopies et aux nouveaux combats à mener.
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Article sélectionné dans La Matinale du 29/05/2018
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« Ralentis, camarade, le monde des vieux est devant toi ! »

Dans une tribune au « Monde », l’écrivaine Mara Goyet évoque son père, ancien soixante-huitard aujourd’hui dans un Ehpad. L’occasion, pour elle, de réfléchir à l’avenir des utopies et aux nouveaux combats à mener.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 06h34
 • Mis à jour le
30.05.2018 à 11h37
    |

                            Mara Goyet (écrivaine et professeure d’histoire-géographie)








                        



                                


                            

Tribune. J’ai longtemps cru que Mai 68 était l’un des événements les plus fondamentaux de notre histoire. Avec Marignan, la prise de la Bastille, la Commune, les deux guerres mondiales et l’élection de François Mitterrand. Tous les dix ans, 1978, 1988, 1998, 2008, ce fut l’occasion de faire un bilan, de voir grandir puis vieillir ses parents. Ce fut aussi le moment d’évaluer sa propre capacité de révolte à l’aune de ce mythe parfois pesant.
Mai 2018. Le constat est amer. C’est à peine si j’arrive à le faire. Je ne parle pas de l’état de l’école, qui a si peu changé et reste si empesée, ni de celui des luttes qui peinent à converger, des révoltes étudiantes dont je ne sais que penser. Plus intimement, je songe à mon père, pour qui Mai 68 fut le haut fait et qui, atteint de la maladie d’Alzheimer, installé dans un Ehpad [établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes], n’aura pas loisir de le commémorer.
Mai 1968-mai 2018 : je ne tente pas de discerner des évolutions. Je ne me demande pas si l’on peut être de la Gauche prolétarienne un jour, voter Macron le suivant. Trop facile. Trop prévisible. Et puis, on n’en est plus là. Je préfère, en regardant mon père, en suivant le fil de sa vie, du Quartier latin à l’Ehpad, traquer des raccourcis et des persistances : que reste-il, ici, dans ce qu’il vit, là où il réside, des luttes et des utopies ? Cette époque désormais lointaine est restée, presque en dernier, dans sa mémoire. J’en cherche par conséquent des scories au milieu des débris.
« Marathon de palabres »
Mon père vit donc, aujourd’hui, en communauté. Comme en mai 1968, il est un peu plus jeune que les autres. Pour beaucoup, ils sont shootés ou naturellement défoncés ; ils ont tout loisir d’errer, de tenir des propos incohérents, de dormir la journée ou de passer la nuit à déambuler. Le délire collectif de 1968 a muté, en 2018, en collectivité du délire. Le « marathon de palabres » est là. La vie...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ L’espérance de vie des grands maîtres internationaux est comparable à celle des médaillés olympiques, et supérieure à celle de la population générale.
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Les échecs, un sport qui conserve

L’espérance de vie des grands maîtres internationaux est comparable à celle des médaillés olympiques, et supérieure à celle de la population générale.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 06h00
 • Mis à jour le
30.05.2018 à 11h54
    |

            Pascale Santi








                        



Chess boxing was born 16 years ago when its founder Iepe Rubingh brought to life a seemingly far-fetched idea from a French graphic novel, "Cold Equator" by Enki Bilal. Today, Rubingh is setting his sights on introducing chess boxing to the Olympics and even looking at sending robots into battle, as the multidisciplinary sport gains popularity.
                                Chess boxing was born 16 years ago when its founder Iepe Rubingh brought to life a seemingly far-fetched idea from a French graphic novel, "Cold Equator" by Enki Bilal. Today, Rubingh is setting his sights on introducing chess boxing to the Olympics and even looking at sending robots into battle, as the multidisciplinary sport gains popularity.



                            
Dix mille pas et plus. La mort de deux joueurs lors des Olympiades d’échecs 2014 avait marqué les esprits. Si ces décès font la « une » de l’actualité, ils n’en ­demeurent pas moins rarissimes. Et c’est heureux. De même, les idées reçues sur les joueurs d’échecs mangeant des sucreries, buvant de l’alcool, fumant… ne sont plus de mise. Une étude publiée le 3 mai dans Plos One bat en brèche ces idées reçues. La longévité des joueurs d’échecs serait identique à celle des athlètes physiques et bien meilleure que celle de la population générale, avec une espérance de vie en moyenne de sept ans plus élevée.
Une équipe de chercheurs de l’université de Melbourne a recueilli les données de 1 208 grands ­maîtres internationaux – principalement des hommes – de 28 pays, puis a calculé le taux de survie ­annuel moyen, ajusté en fonction de la région, du sexe, de l’âge. Ils ont fait de même avec les données de 15 157 médaillés olympiques. Trente et soixante ans après l’obtention de leur titre, le taux de survie était respectivement de 87 % et 15 %. L’espérance de vie à 30 ans – à peu près l’âge auquel ils obtiennent leur titre – atteint en moyenne 53,6 ans, soit bien plus que pour la population générale (45,9 ans). Cette espérance de vie est similaire à celle des ­médaillés olympiques.
« Cette étude est intéressante », indique Juliana ­Antero. Cette chercheuse épidémiologiste à l’Institut de recherche biomédicale et d’épidémiologie du sport (Irmes, Insep) vient de publier une étude dans European Journal of Epidemiology sur une population de 2 814 athlètes français ayant participé aux JO de 1912 à 2012 et/ou au Tour de France. Leur espérance de vie est meilleure en moyenne de 6,5 années par rapport à la population générale, principalement en raison du moindre risque de cancer.
Des raisons diverses
Mais comment expliquer les raisons de cette meilleure santé pour les joueurs d’échecs ? Pas si simple. Certes, on pense...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Dans une tribune au « Monde », les chercheurs Stéphane Beaud et Gérard Noiriel reviennent sur l’expression utilisée par Emmanuel Macron lors de la remise du plan Borloo.
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« L’expression “mâles blancs” envoie aux banlieues le message que la République les abandonne »

Dans une tribune au « Monde », les chercheurs Stéphane Beaud et Gérard Noiriel reviennent sur l’expression utilisée par Emmanuel Macron lors de la remise du plan Borloo.



Le Monde
 |    30.05.2018 à 04h45
 • Mis à jour le
30.05.2018 à 11h23
    |

Stéphane Beaud (Sociologue) et Gérard Noiriel (Historien)







                        



                                


                            

Tribune. Interviewé par Rue Saint-Guillaume, le magazine des anciens élèves de Sciences Po, en avril 2010, alors qu’il était un inspecteur des finances engagé depuis deux ans par la banque Rothschild, Emmanuel Macron déclarait : « Quand on s’intéresse à la chose publique et qu’on veut s’investir en restant fidèle à ses idées, on ne peut le faire qu’à ses propres conditions. Aujourd’hui, je ne suis pas prêt à faire les concessions qu’imposent les partis, c’est-à-dire à m’excuser d’être un jeune mâle blanc diplômé, à m’excuser d’avoir passé des concours de la République qui sont ouverts à tout le monde. »
A cette date, il avait donc déjà utilisé l’expression « mâle blanc », mais c’était pour contester la « racialisation » du discours public, en mettant en avant la « méritocratie républicaine ». La compétence acquise grâce à un parcours scolaire (presque) parfait justifiait à ses yeux le privilège de sa position sociale.
Emmanuel Macron mobilisa à nouveau cette logique républicaine, opposant, dans son programme présidentiel (publié dans son livre Révolution, XO, 2016), les facteurs économiques et sociaux aux discours identitaires. Dénonçant « le spectre des conflits identitaires » (p. 170), il affirmait alors qu’« il ne [fallait] rien céder sur nos principes et lutter contre tous les communautarismes » (p. 176). Il ajoutait : « Nous devons refuser tout ce qui conduit à l’assignation des Français à leurs différentes origines » (p. 107) et « réinvestir nos quartiers pour redonner aux habitants des opportunités, de la mobilité, de la dignité » (p. 175).
« Débrouillez-vous ! »
Le 22 mai 2018, Emmanuel Macron a utilisé à nouveau l’expression « mâle blanc ». Pourtant, cette fois-ci, ce n’était plus pour combattre le discours identitaire, mais pour l’utiliser afin d’enterrer le rapport Borloo conçu pour essayer de « sauver...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ La prestation d’un sosie du Grand Timonier, lors d’une conférence sur la blockchain, dans le sud du pays, a provoqué une polémique.
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La Chine ne plaisante pas avec Mao

La prestation d’un sosie du Grand Timonier, lors d’une conférence sur la blockchain, dans le sud du pays, a provoqué une polémique.



Le Monde
 |    29.05.2018 à 17h01
    |

            François Bougon








                        



   


Dans la Chine du président Xi Jinping, on ne plaisante pas avec Mao, le fondateur de la République populaire. Dans le sud du pays, sur l’île de Hainan, les organisateurs d’un forum sur la blockchain – un algorithme qui permet de crypter les échanges d’informations – pensaient avoir trouvé une bonne idée : pour l’ouverture des deux jours de débats, lundi 28 mai, ils ont invité un sosie très connu de Mao Zedong, l’acteur Xu Guoxiang.
Ce dernier, habillé d’un costume gris caractéristique du Grand Timonier et parlant avec l’accent du Hunan, la province natale de l’ancien dirigeant, s’est adressé au public pour vanter les succès de la Chine en matière technologique, lançant même : « De tout mon cœur, je souhaite que ce forum soit un succès (…) Au nom de Mao Zedong, je vous remercie. » Sur les vidéos qui circulent sur le Net, vite censurées, on peut entendre les rires du public.

Mais cette performance n’a guère été du goût des partisans de Mao, qui, depuis l’arrivée de Xi Jinping au pouvoir, en 2012, se sentent confortés par la remise à l’honneur de la période maoïste (1949-1976). Sur les réseaux sociaux, ils ont souligné que la législation chinoise interdit d’utiliser les noms et les images des dirigeants du pays pour des activités commerciales.
Dans un communiqué, les organisateurs du forum ont précisé que le discours de l’acteur ne reflétait que « ses opinions personnelles ». Le Forum Boao pour l’Asie, le « Davos chinois », a déclaré, de son côté, qu’il n’avait rien à voir avec la manifestation, qui s’est baptisée « Forum Boao Blockchain pour l’Asie ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Cinquante juristes, économistes et chercheurs, signent dans « Le Monde » un appel à subordonner juridiquement, dans la Constitution, la défense de la liberté d’entreprendre et de la propriété privée à la défense de l’intérêt général.
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Bien commun : « Une réforme sage et mesurée de notre Constitution est devenue une urgence »

Cinquante juristes, économistes et chercheurs, signent dans « Le Monde » un appel à subordonner juridiquement, dans la Constitution, la défense de la liberté d’entreprendre et de la propriété privée à la défense de l’intérêt général.



Le Monde
 |    29.05.2018 à 14h00
    |

Collectif







                        



                                


                            
Tribune. Le Parlement est à la hauteur des défis du temps lorsqu’il légifère pour lutter contre la fraude fiscale, l’esclavage moderne, les écocides ou l’accaparement des terres. Pourtant, plusieurs lois, poursuivant ces fins, ont en commun d’avoir été censurées par le Conseil constitutionnel.
Ce fut le cas par exemple de la loi imposant aux sociétés holding un « reporting public » pour lutter contre l’évasion fiscale, ou encore de celle visant à garantir la protection et le partage du sol face à la spéculation foncière.
En ce début du XXIe siècle, l’urgence est de donner leur pleine mesure à la justice et à la liberté
Ces censures, parmi d’autres, ont été décidées au nom du droit de propriété et de la liberté d’entreprendre, déduits par le Conseil constitutionnel de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Au XVIIIe siècle, ces principes ouvraient aux nouveaux citoyens la possibilité de s’affranchir de toute forme de despotisme.
Etonnante déformation de ces droits nés pour émanciper le sujet, devenus, par l’interprétation qui leur est donnée, des moyens offerts aux plus puissants de s’opposer au bien commun et à l’exercice de leurs libertés par les plus humbles !
Rien ne justifie de se complaire dans l’impuissance publique. En ce début du XXIe siècle, l’urgence est de donner leur pleine mesure à la justice et à la liberté. Face à la démesure, il appartient à l’Etat de droit de prévenir cette distribution inégale des droits et devoirs, qui met aux prises des populations humaines soucieuses de leur développement et des puissances privées habiles à réclamer et à profiter des limites que le Parlement se voit sommé de fixer à ses propres initiatives.
Réforme constitutionnelle annoncée en 2018
Comment justifier aujourd’hui notre incapacité à légiférer pleinement afin de sanctionner le travail des enfants dans les manufactures du bout du monde, assurer une souveraineté alimentaire,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Le drame du SAMU de Strasbourg doit inciter à réconcilier salariés et outils numériques, estiment, dans une tribune au « Monde », les ergonomes Fabrice Bourgeois et Christophe Vanpoulle.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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SAMU : « Ne pas entraver les capacités d’initiative et la créativité des salariés »

Le drame du SAMU de Strasbourg doit inciter à réconcilier salariés et outils numériques, estiment, dans une tribune au « Monde », les ergonomes Fabrice Bourgeois et Christophe Vanpoulle.



Le Monde
 |    29.05.2018 à 14h00
    |

Fabrice Bourgeois et Christophe Vanpoulle (Ergonomes)







                        



                                


                            
Tribune. Le drame de Strasbourg (une femme de 22 ans, Naomi Musenga, est décédée quelques heures après avoir téléphoné au SAMU, les opératrices se sont moquées d’elle et n’ont pas entendu sa souffrance) a mis en évidence des failles dans le modèle d’acheminement et de traitement des appels d’urgence. Des changements devraient suivre, notamment dans la formation initiale et continue des assistants de régulation médicale (ARM) et probablement dans le dispositif d’acheminement des appels.
Le dialogue singulier de l’assistant de régulation médicale (ARM) puis du médecin régulateur avec l’appelant mobilise des exigences physiques, psychologiques et cognitives de haute intensité
Mais il ne faut pas oublier, dans ce plan d’action, ce que doit être la conception des salles de régulation médicales afin que ceux qui y travaillent puissent garantir, individuellement et collectivement, la meilleure efficacité, fiabilité, sécurité, rapidité, etc., de la réception et du traitement des appels. Le dialogue singulier de l’ARM puis du médecin régulateur avec l’appelant mobilise des exigences physiques, psychologiques et cognitives de haute intensité, afin de pouvoir obtenir et extraire de l’échange les informations pertinentes pour prendre le plus rapidement possible la meilleure décision. Chaque seconde gagnée dans cette extraction accroîtra l’efficacité des médecins réanimateurs une fois sur place.
Il faut donc être dans les meilleures dispositions pour tenir le défi d’une sécurisation égale pour tout appel. Ce n’est pas gagné d’avance. La fatigue peut s’insinuer du fait d’une amplification soudaine et persistante des appels ou des amplitudes de travail plutôt longues. Le modèle de salle de régulation a alors un rôle majeur. Certaines conceptions peuvent accentuer la fragilisation des ARM et des médecins régulateurs face à la fatigue ou au débordement. D’autres, au contraire, peuvent produire des réponses salvatrices au maintien de la sécurisation des...




                        

                        

