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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Le premier film sur le double attentat commis par Anders Breivik, le 22 juillet 2011, et qui a fait 69 morts à Oslo et sur l’île d’Utoya, est sorti le 9 mars. Un tournage particulier avec des acteurs amateurs et sans effets spéciaux.
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« Utoya 22. juli », l’histoire d’un massacre en Norvège


                      Le premier film sur le double attentat commis par Anders Breivik, le 22 juillet 2011, et qui a fait 69 morts à Oslo et sur l’île d’Utoya, est sorti le 9 mars. Un tournage particulier avec des acteurs amateurs et sans effets spéciaux.



Le Monde
 |    29.05.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
29.05.2018 à 08h14
    |

                            Anne-Françoise Hivert (Malmö (Suède), correspondante régionale)








   


Il fallait bien qu’il y en ait un. Utoya 22. juli, du réalisateur norvégien Erik Poppe, est le premier film sur le double attentat du 22 juillet 2011, commis par le terroriste d’extrême droite Anders Behring Breivik, qui purge aujourd’hui une peine de vingt et un ans de prison reconductible et se fait désormais appeler Fjotolf Hansen. Sorti le 9 mars en Norvège, début mai en Suède et au Danemark, le film a reçu un accueil très positif de la critique scandinave.
Le spectateur y va pourtant le cœur serré, très au courant de l’intrigue du film. Le 22 juillet 2011, à 15 h 26, une bombe explose devant le siège du gouvernement à Oslo, tuant huit personnes. Erik Poppe ouvre son film sur des images des caméras de surveillance. Les vitrines volent en éclats. Les rues sont jonchées de débris. Puis direction Utoya. Ce petit bout de terre, dans le fjord d’Oslo, où se réunissent chaque été pendant une semaine les membres de la Ligue des jeunes travaillistes (AUF). « L’endroit le plus sûr au monde », assure Kaja (interprétée par Andrea Berntzen) à sa mère au téléphone. Tout est normal : Kaja se dispute avec sa sœur dans leur tente, mange des gaufres avec ses amis. Ils parlent de l’attentat, de la guerre en Afghanistan, du barbecue prévu le soir même.
Lire aussi Utoya : portrait d’une génération traumatisée
Le premier coup de feu éclate. Puis une série d’autres. Des jeunes courent, se réfugient dans un bâtiment, d’autres dans les bois. La caméra ne lâche plus Kaja. Elle la suivra pendant soixante-douze minutes. La durée exacte de la tuerie, qui fera 69 morts et plusieurs dizaines de blessés.
« Cette histoire doit être racontée de façon implacable et brutale. Ce sera douloureux à voir, mais si ce n’était pas le cas, ce ne serait pas réel. » Erik Poppe, réalisateur
Le tournage a été organisé dans des conditions très particulières. Erik Poppe a choisi des acteurs amateurs. Ils n’ont appris le sujet du film qu’après avoir été castés. De très longues répétitions ont ensuite eu lieu en studio, avant que l’équipe ne se déplace sur une île voisine d’Utoya, l’été dernier. Les cameramen ont filmé : cinq plans-séquences de soixante-douze minutes sur cinq jours, sans coupure. Erik Poppe a retenu le meilleur. Pas de musique. Pas d’effets spéciaux. Juste les balles qui claquent. Et la terreur des jeunes : près de la moitié des morts avait moins de 18 ans. Le terroriste n’est qu’une vague silhouette noire au loin. « Je ne voulais pas en faire un opéra, comme c’est souvent le cas quand il s’agit de choses extrêmes, a confié le réalisateur au journal Aftenposten. Cette histoire doit être racontée de façon implacable et brutale. Ce sera douloureux à voir, mais si ce n’était pas le cas, ce ne serait pas réel. »
L’inquiétude des survivants et des familles de victimes
A l’annonce du film, l’année dernière, survivants et familles de victimes ont fait part de leur inquiétude. Dans une tribune dans un journal, Kent Rune Pedersen, qui a eu la vie sauve en sautant par la fenêtre du café où il s’était réfugié, racontait « les flash-back, les rêves, les bruits, les cris et les images », ne supportant pas l’idée de faire du divertissement avec « le pire cauchemar de [sa] vie ».
D’autres survivants ont servi de consultants sur le tournage. La production a également ouvert un dialogue avec l’Association de soutien aux victimes du 22 juillet. Ensemble, elles sont convenues de limiter la publicité lors de la sortie : pas de bande-annonce, et seulement deux photos tirées du film pour la promotion. Les survivants et proches de victimes ont pu le voir en avant-première, lors de séances fermées, organisées dans tout le pays, en présence de psychologues et de professionnels de santé.
Lire aussi (édition abonnés) Retour à Utoya, à l’heure du procès Breivik
La présidente de l’Association de soutien aux victimes d’Utoya, Lisbeth Kristine Royneland, qui a perdu sa fille de 18 ans, Synne, estime que le film est important, non pas pour les personnes concernées, « qui ont une image très claire des événements », mais pour tous les autres : « Il montre de façon très réaliste ce que les jeunes ont enduré. »
Deux autres films, dont Norway de Paul Greengrass, produit par Netflix, sont en préparation, de même qu’une série télévisée pour la chaîne norvégienne NRK. « C’est beaucoup, reconnaît Lisbeth Kristine Royneland. Mais si cela permet de ne pas oublier ce qui s’est passé et ses causes, alors c’est bien. »



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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Dans leurs films qui ressortent en salle, Shohei Imamura et Hervé Le Roux servent la cause de combattantes.
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Reprises : « La Femme insecte » et « Reprise », deux femmes rebelles

Dans leurs films qui ressortent en salle, Shohei Imamura et Hervé Le Roux servent la cause de combattantes.



Le Monde
 |    29.05.2018 à 06h46
 • Mis à jour le
29.05.2018 à 11h50
    |

                            Mathieu Macheret et 
Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

Entre le Festival de Cannes qui se dissipe et la Coupe du monde de football qui se profile, un léger tassement se ressent du côté des sorties cinématographiques. L’heure est donc propice au répertoire, deux chefs-d’œuvre étant, par exemple, à l’affiche cette semaine. Il s’agit de La Femme insecte (1963), fiction de Shohei Imamura, et de Reprise (1996), documentaire d’Hervé Le Roux, lesquels titres, séparés par les continents et les années, partagent de véritables affinités.
Tous deux mettent au centre de leur film une femme rebelle et opiniâtre qui oppose à son asservissement un refus certes moral mais plus encore vital, invétéré, charnel, enragé. Tous deux mettent en scène une longue quête menée ici par l’héroïne guidée par le cinéaste, là par le cinéaste à la poursuite de l’héroïne. Tous deux écrivent à travers le destin de leur personnage une chronique historique et politique de leur société. Enfin, l’une et l’autre de ces œuvres débordent résolument leurs genres respectifs, regardant chacune de l’autre côté du miroir.
Bien que relevant du domaine de la fiction, La Femme insecte (1963), première œuvre majeure de l’impertinent Shohei Imamura, enfin de retour sur les écrans en version restaurée, n’est pas pour autant étrangère au registre documentaire. Figure d’une jeune génération de cinéastes d’après-guerre, lancée sous le titre de « Nouvelle Vague japonaise », Imamura s’était en effet rendu incommode auprès de sa maison de production, la Nikkatsu, pour ses longues enquêtes préparatoires de terrain, ses tournages sauvages en décors naturels, son souci de réalisme anthropologique.
A ras de terre
Après une mise à pied de deux ans pour le virulent Cochons et cuirassés (1961), satire de l’occupation américaine, le cinéaste enfonce le clou avec un projet encore plus audacieux : substituer à la tradition pathétique du mélodrame féminin une étude lucide et implacable, retraçant le parcours d’une modeste...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ L’actrice française a été l’une des premières à dénoncer les agissements du producteur. Dans le « JDD », elle se réjouit du « désir de changement à Hollywood ».
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La mise en examen de Harvey Weinstein est « une petite révolution », selon Judith Godrèche

L’actrice française a été l’une des premières à dénoncer les agissements du producteur. Dans le « JDD », elle se réjouit du « désir de changement à Hollywood ».



Le Monde
 |    27.05.2018 à 01h32
 • Mis à jour le
27.05.2018 à 12h08
   





                        


La mise en examen du producteur Harvey Weinstein, pour un viol et une fellation forcée, est « un souffle d’espoir de changement », lâche Judith Godrèche dans une interview au Journal du dimanche (JDD) du 27 mai. Dans le cinéma dès l’âge de 13 ans, elle est l’une des actrices à avoir témoigné dans la presse contre le producteur déchu. Elle avait déclaré en octobre au New York Times avoir été victime de harcèlement sexuel de la part de Harvey Weinstein dans une chambre d’hôtel à Cannes, en 1996, quand elle avait 24 ans.

        Lire aussi :
         

                « Je ne pensais pas le voir un jour menotté » : les réactions des victimes d’Harvey Weinstein



« J’étais extrêmement fébrile » en apprenant la nouvelle, plus de sept mois après les premières accusations portées contre lui. « J’avais du mal à y croire, poursuit l’actrice française. Que cet homme se retrouve devant la justice sonne comme une petite révolution. »
Un homme qu’elle pensait intouchable
« Je ressens le réel désir de changement à Hollywood, une force en marche, passionnée, mais il s’agit de révolutionner un système tellement bien huilé que ça ne se fera pas du jour au lendemain », juge-t-elle toutefois, estimant que « cette nouvelle [devait] semer le doute chez ceux qui se croient protégés ».
« En octobre 2017, lorsque j’ai accepté de me confier [au New York Times], il paraissait impensable que Weinstein finisse un jour devant un tribunal, dit encore Judith Godrèche. Pour tous, c’était l’homme intouchable, appartenant à cette caste dont l’impunité ne saurait être remise en question et dont le statut était ultraprotégé. »

        Lire aussi :
         

                Affaires Weinstein : la liste des victimes s’allonge, plusieurs enquêtes sont ouvertes



Elle raconte aussi à quel point témoigner dans la presse a été « vertigineux », et que « le plus difficile » avait été de devoir parler à ses enfants de ce qui s’était passé. L’actrice, qui a reçu des « réactions de solidarité » après son témoignage, confie avoir « un projet de film qui mêle l’expression corporelle et le dénouement d’un triste secret, sur le pouvoir thérapeutique de la danse ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Le producteur de cinéma, accusé par des dizaines de femmes d’agressions sexuelles, a été mis en examen le 25 mai à New York pour un viol et une agression sexuelle.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Le critique de cinéma et cinéaste Jean-Louis Comolli brode un texte poétique autour d’une série de photogrammes tirés d’un film de Michel Andrieu et Jacques Kebadian, « Le Droit à la parole » (1968).
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Sélection livre : « Les Fantômes de Mai 68 »

Le critique de cinéma et cinéaste Jean-Louis Comolli brode un texte poétique autour d’une série de photogrammes tirés d’un film de Michel Andrieu et Jacques Kebadian, « Le Droit à la parole » (1968).



Le Monde
 |    25.05.2018 à 15h06
    |

            Jacques Mandelbaum








                        


En 1967 naît le collectif l’ARC (Atelier de recherche cinématographique), qui documente les mouvements étudiants. En mai-juin 1968, ses membres filment les événements, images dont Michel Andrieu et Jacques Kebadian tirent un film, Le Droit à la parole. De cette œuvre, le critique de cinéma et cinéaste Jean-Louis Comolli a tiré, avec l’un des réalisateurs, une série de très beaux photogrammes, autour desquels il brode un texte brillant et poétique.
L’opuscule qui en ressort est une évocation de l’attaque vaporeuse du temps, du devenir poudreux, spectral, de l’Histoire et des images. Toute la mythologie de 68 est figée dans des poses où, à la valeur iconique (barricades, lancer de pavé…), se mêle une dimension fantomatique. Le geste de la révolte revient suspendu dans le temps, comme quelque chose dont la liberté continue de nous interroger, y compris sur le sens à lui attribuer.
Ce qu’en ces mots, et avec talent, dit Comolli : « A cinquante ans de distance, l’usure du temps a sans doute dégradé l’homogénéité photographique de la pellicule, mais l’effet premier, l’effet majeur, de cette dégradation est de libérer les prises de vue de la nécessité ordinaire de l’analogie photographique qui commande à la ressemblance, à l’identité, au “réalisme”. Ces jeunes gens, ces étudiants, ces ouvriers, sont devenus des emblèmes, dans l’histoire, mais hors du temps. Les photogrammes gagnent en légèreté, ils sont aériens, flottants, ils nous invitent à un autre regard sur les traces de ces manifestations, de ces batailles, de ces couloirs, de ces foules… Un autre regard ? Celui qui est sensible à l’autre dimension de toute image – celle qui n’est plus narrative, qui n’est plus anecdotique, qui n’est plus identificatoire (qui n’est plus policière). Nous voulons dire : sa beauté. »

   


Les Fantômes de Mai 68, de Jacques Kebadian et Jean-Louis Comolli, Yellow Now, 80 pages, 12,50 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Sa passion de la caméra cachée, l’acteur belge – qui peut de moins en moins agir incognito – l’a portée sur grand écran : « Mon Ket », son premier long-métrage, est interprété quasi exclusivement par des personnes filmées à leur insu.
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François Damiens fait son cinéma en cachette


                      Sa passion de la caméra cachée, l’acteur belge – qui peut de moins en moins agir incognito – l’a portée sur grand écran : « Mon Ket », son premier long-métrage, est interprété quasi exclusivement par des personnes filmées à leur insu.



Le Monde
 |    25.05.2018 à 14h09
 • Mis à jour le
28.05.2018 à 06h35
    |

                            Pascale Nivelle








                              

                        

Depuis son rôle dans La famille Bélier (2014) d’Eric Lartigau et ses 7,5 millions d’entrées en France, tout le monde reconnaît l’acteur belge François Damiens. Le comédien de 45 ans, dont la première réalisation, Mon Ket, sort en salle le 30 mai, est heureux de ce succès. Mais c’est aussi son dilemme. Car plus on l’aimera, moins il pourra faire ce qu’il aime, coincer les gens dans des caméras cachées, dont il est le roi, avec son double, le personnage de François l’Embrouille, héros de la « Caméra planquée » sur la RTBF et Canal+.
Le « ket » qui piégeait ses voisins
« La caméra cachée, c’est son ADN », explique son ami l’acteur-réalisateur Benoît Mariage, avec qui il a écrit Mon Ket. Déjà, à 12 ans, dans sa banlieue chic de Bruxelles, Damiens piégeait ses voisins au téléphone : « Madame, votre mari a-t-il bien reçu sa paire de santiags ? » Il rêvait d’apparaître à l’écran, dans la lignée de Jean-Yves Lafesse ou de Pierre Bellemare et Jacques Rouland, les historiques de « La caméra invisible » des années 1960. Avant la trentaine, qui l’avait déjà déplumé, François Damiens a créé François l’Embrouille. Sourire en palissade de chantier, costumes en Tergal marron, épais accent wallon, c’est un gros balourd que rien n’arrête. Certains sketches, tels « Le tatoueur » ou « Le dentiste », sont devenus des classiques. Et leur auteur, un monument national aussi populaire que le Manneken-Pis.

Les gags s’accumulant, les films passant, notamment dans le cinéma d’auteur (La Famille Wolberg, d’Axelle Ropert, en 2009, ou Suzanne, de Katell Quillévéré, en 2013), le capital de sympathie de François Damiens a augmenté, au point de devenir étouffant. « J’ai un problème avec ça, ce n’est pas ce que je voulais », confie-t-il. A Bruxelles, on l’arrête dans la rue ; dans le Thalys, ses voisins lui parlent comme à leur cousin. Quand il débarque à Paris, dans une brasserie proche de la gare...




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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Il s’agit de sa première inculpation depuis les premières accusations contre lui, il y a sept mois, qui ont fait éclater le mouvement planétaire #metoo.
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Article sélectionné dans La Matinale du 25/05/2018
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L’ancien producteur Harvey Weinstein inculpé d’un viol et d’une agression sexuelle

Il s’agit de sa première inculpation depuis les premières accusations contre lui, il y a sept mois, qui ont fait éclater le mouvement planétaire #metoo.



Le Monde
 |    25.05.2018 à 13h41
 • Mis à jour le
26.05.2018 à 06h37
   





                        



   


L’ancien producteur de films Harvey Weinstein, accusé par des dizaines de femmes d’agressions sexuelles, a été inculpé, vendredi 25 mai à New York, pour un viol en 2013 et une agression sexuelle en 2004, a fait savoir la police de New York. Il s’agit de sa première inculpation depuis les premières accusations contre lui, il y a sept mois, qui ont par ailleurs fait éclater le mouvement planétaire #metoo.
Le bureau de Cyrus Vance, le procureur de Manhattan, a précisé que l’accusation pour viol portait sur des faits remontant au 18 mars 2013, à une adresse du quartier de Midtown, qui abrite aujourd’hui un hôtel. L’identité de la victime n’a pas été précisée. Il pourrait s’agir d’une agression dont personne n’avait parlé publiquement jusqu’ici. L’accusation d’agression sexuelle semble correspondre à l’accusation de Lucia Evans, dont les allégations avaient déjà été publiées, même si le procureur ne l’a pas confirmé. 
Après que les charges retenues lui ont été signifiées, il est ressorti du commissariat, les mains menottées dans le dos. La police de New York a publié un communiqué dans lequel elle « remercie ces courageuses survivantes pour avoir eu le courage de se présenter et de demander justice ».
Une caution d’un million de dollars
Weinstein, qui est représenté par le célèbre avocat new-yorkais Ben Brafman, le même qui avait obtenu en 2011 l’abandon des poursuites contre Dominique Strauss-Kahn dans l’affaire du Sofitel, a toujours démenti avoir eu des rapports sexuels « non consentis ».
« L’accusé a profité de sa position, de son argent et de son pouvoir pour attirer de jeunes femmes dans des situations où il était capable de commettre des violences sexuelles contre elles », a dit la procureure Joan Illuzzi, lors de la lecture de l’acte d’accusation à la cour criminelle de Manhattan.
Après son inculpation par le procureur, le juge Kevin McGrath a fixé le montant de la caution d’Harvey Weinstein, qui a été remis en liberté moyennant le versement d’un million de dollars, le port d’un bracelet électronique, l’interdiction de quitter les Etats de New York et du Connecticut, et la remise de son passeport.

Harvey Weinstein's bond was just set. Here's the moment.  https://t.co/Po4dLoRRiI— megwagner (@Meg Wagner)


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Le producteur déchu n’a fait aucune déclaration. Mas son avocat, Ben Brafman, a déclaré que Harvey Weinstein va plaider « non coupable » aux chefs d’accusation de viol et d’agression sexuelle portés contre lui. « Nous avons l’intention d’agir très vite pour que les poursuites soient abandonnées », a ajouté l’avocat. « Nous pensons que [les accusations] ne sont pas étayées par des preuves » et que Mr. Weinstein « sera exonéré », a-t-il ajouté.
La prochaine audience est fixée au 30 juillet.

Plusieurs autres enquêtes
M. Weinstein, 66 ans, avait disparu dès les premières révélations le concernant et était censé suivre un traitement contre les addictions sexuelles dans l’Arizona.
Depuis les premières révélations du New York Times début octobre 2017, plus d’une centaine de femmes, dont des célébrités comme Ashley Judd, Gwyneth Paltrow ou Salma Hayek, ont accusé Harvey Weinstein de les avoir harcelées, agressées ou violées, souvent il y a des années, voire des décennies.
Plusieurs victimes présumées l’ont assigné en justice. Le producteur est aussi sous le coup d’enquêtes menées par les polices de New York, Los Angeles et Londres, même s’il n’a fait l’objet d’aucune poursuite jusqu’ici. La police new-yorkaise avait affirmé en novembre 2017 tenir au moins « un vrai dossier » contre Harvey Weinstein.
Au fil des révélations du New York Times et du New Yorker, récompensés par le prix Pulitzer pour leurs enquêtes, il est apparu que M. Weinstein – longtemps vénéré pour avoir promu un cinéma original incarné par des réalisateurs comme Quentin Tarantino – avait usé de son pouvoir, pendant près de quarante ans, pour obliger de jeunes actrices ou aspirantes actrices à céder à ses fantasmes sexuels, se faisant parfois aider par ses employés et achetant le silence de certaines victimes via des accords de confidentialité. Il s’est aussi avéré que beaucoup de gens étaient au courant de son comportement, mais avaient préféré se taire, souvent par peur de voir leur carrière ruinée par le producteur multi-oscarisé.
Les révélations ont eu l’effet d’une bombe. Des centaines de femmes, sous le hashtag #metoo, se sont mises à témoigner sur des agressions sexuelles subies souvent des années plus tôt. Le mouvement a fait chuter des dizaines d’hommes de pouvoir dans des secteurs aussi divers que le cinéma, les médias, la mode, la gastronomie ou la musique.

Notre sélection d’articles sur l’affaire Weinstein
Retrouvez les contenus de référence du Monde sur l’affaire Harvey Weinstein :
Aux origines de l’onde de choc mondiale : comment des révélations du New York Times puis du New Yorker ont entraîné la fin d’un des derniers moguls du cinéma. Lire notre récit sur la chute d’Harvey Weinstein Au fil des semaines, la liste des victimes du producteur s’est allongée pour devenir vertigineuseLe scandale a produit une déflagration inédite dans le septième art : l’industrie du cinéma s’est retrouvée confrontée à ses pratiquesL’affaire a aussi entraîné une vaste libération de la parole des femmes : « Nous sommes si nombreuses que c’en est impressionnant », écrit la sociologue Irène Théry dans une tribune.Cette vague a touché tous les secteurs aux Etats-Unis, eu des répercussions en France et en Europe, mais n’a pas été universelle, à l’image de l’Inde.Des voix dissonnantes, s’inquiétant d’une dérive puritaine, se sont aussi fait entendre : « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle », écrivent 100 femmes, dont Catherine Deneuve, dans une tribune.Plusieurs mois après ses débuts, « le mouvement #MeToo est toujours là, tout à la fois libérateur, dérangeant, encombrant. Critiqué, aussi », analyse Le Monde





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Une caméra indiscrète a filmé l’instant où l’acteur belge a accepté la proposition du groupe Le Monde, qui organise cet événement du 13 au 15 juillet à Couthures-sur-Garonne.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Selon le « New York Times » et CNN, qui citent des sources judiciaires, l’ancien magnat du cinéma doit être formellement mis en accusation vendredi dans deux affaires.
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Article sélectionné dans La Matinale du 24/05/2018
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Des médias américains annoncent qu’Harvey Weinstein va être poursuivi pour viol

Selon le « New York Times » et CNN, qui citent des sources judiciaires, l’ancien magnat du cinéma doit être formellement mis en accusation vendredi dans deux affaires.



Le Monde
 |    25.05.2018 à 04h28
 • Mis à jour le
26.05.2018 à 09h03
    |

            Arnaud Leparmentier (New York, correspondant)








                        



   


Il vit terré depuis des mois. Harvey Weinstein, 66 ans, le magnat déchu du cinéma, devrait réapparaître. Selon le New York Times et CNN, l’ex-producteur d’Hollywood devait être mis en accusation, vendredi 25 mai à New York, après de longs mois d’enquêtes, des dizaines d’entretiens et un torrent d’accusations d’abus sexuels, mais sans aucune poursuite jusqu’ici.
M. Weinstein, qui a produit Pulp Fiction, Le Discours d’un roi ou encore Shakespeare in Love, devrait, selon les deux médias qui citent des sources judiciaires, être mis en accusation pour viol et pour un « acte sexuel à caractère criminel » qui correspondrait à une fellation forcée. M. Weinstein, qui pourrait se livrer vendredi à la police new-yorkaise, devrait alors être arrêté et comparaître devant un juge.

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La victime présumée du viol n’a pas été identifiée. En novembre 2017, la police de New York avait recueilli le témoignage de l’actrice Paz de la Huerta, qui avait accusé M. Weinstein de l’avoir forcée à avoir des relations sexuelles dans son appartement de Manhattan en 2010. L’accusation de fellation forcée a, elle, été formulée par Lucia Evans, pour des faits remontant à 2004, alors qu’elle souhaitait devenir actrice.
Abus sexuels, chantage et surveillance
Interrogé par le New York Times, l’avocat de M. Weinstein, Benjamin Brafman, s’est refusé à tout commentaire. Par le passé, il avait déclaré que M. Weinstein niait toute allégation de « relation sexuelle non consentie ».
La chute de M. Weinstein a été déclenchée par deux enquêtes du New York Times et du New Yorker parues en octobre 2017 après que des femmes, notamment des actrices, se sont mises à révéler les pratiques du producteur, faites d’abus sexuels, de chantage et de surveillance, pour imposer à ses victimes présumées la loi du silence.
L’affaire a entraîné le mouvement mondial #metoo, qui continue de provoquer des mises en causes et des démissions dans le monde de l’art, du journalisme et de la politique américains, et aussi des entreprises, comme Nike. Dernier rebondissement en date, la mise en cause de l’acteur Morgan Freeman par une stagiaire, pour des faits remontant à 2015.

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Selon les médias américains, Harvey Weinstein doit être mis en accusation par le bureau du procureur de Manhattan, Cyrus Vance. Ce dernier est connu pour avoir traité en 2011 l’affaire de l’agression par Dominique Strauss-Kahn de Nafissatou Diallo, une femme de chambre du Sofitel de Manhattan.
Affaire perturbée
Mais M. Vance a été critiqué par la police new-yorkaise pour avoir classé sans suite une plainte déposée en 2015 par un mannequin italien, Ambra Battilana, qui avait accusé M. Weinstein d’attouchements. L’explication qui eut lieu le lendemain entre le producteur et Ambra Battilana, enregistrée par la police, montrait comment M. Weinstein alternait cajoleries et menaces, selon le récit qu’en fit le New York Times. Mais ce n’était pas assez pour le poursuivre, d’après Cyrus Vance, selon qui il y avait à l’époque des preuves « insuffisantes au regard de la loi new-yorkaise, qui exige d’établir l’intention criminelle ». Une fois la plainte classée, M. Weinstein, qui avait été fouiller en Italie dans le passé de Mme Battilana pour contrer ses accusations, l’avait dédommagée financièrement, a révélé le New York Times.
Cet hiver, la pression publique est montée pour que M. Weinstein soit poursuivi. L’affaire a été perturbée lorsque le procureur de New York, Eric Schneiderman, a dû démissionner, au début de mai, quelques heures après que des femmes avec lesquelles il entretenait une liaison se furent plaintes de son comportement physiquement violent. La perplexité fut d’autant plus forte que M. Schneiderman était de longue date un militant de la lutte contre les violences faites aux femmes.
Après les révélations de l’automne 2017, M. Weinstein a été chassé de la tête de sa compagnie. Poursuivi en responsabilité par la justice new-yorkaise, le groupe Weinstein Capital s’est finalement déclaré en faillite en mars. Au début du printemps, parmi une soixantaine de candidats, c’est le fonds d’investissements Lantern Capital qui a fait l’offre de reprise la plus élevée. Celle-ci doit encore être entérinée par un juge.

Notre sélection d’articles sur l’affaire Weinstein
Retrouvez les contenus de référence du Monde sur l’affaire Harvey Weinstein :
Aux origines de l’onde de choc mondiale : comment des révélations du New York Times puis du New Yorker ont entraîné la fin d’un des derniers moguls du cinéma. Lire notre récit sur la chute d’Harvey Weinstein Au fil des semaines, la liste des victimes du producteur s’est allongée pour devenir vertigineuseLe scandale a produit une déflagration inédite dans le septième art : l’industrie du cinéma s’est retrouvée confrontée à ses pratiquesL’affaire a aussi entraîné une vaste libération de la parole des femmes : « Nous sommes si nombreuses que c’en est impressionnant », écrit la sociologue Irène Théry dans une tribune.Cette vague a touché tous les secteurs aux Etats-Unis, eu des répercussions en France et en Europe, mais n’a pas été universelle, à l’image de l’Inde.Des voix dissonnantes, s’inquiétant d’une dérive puritaine, se sont aussi fait entendre : « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle », écrivent 100 femmes, dont Catherine Deneuve, dans une tribune.Plusieurs mois après ses débuts, « le mouvement #MeToo est toujours là, tout à la fois libérateur, dérangeant, encombrant. Critiqué, aussi », analyse Le Monde





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Plusieurs femmes dénoncent le comportement de l’acteur américain, y compris une journaliste de CNN qui a coécrit l’enquête dévoilant ces informations.
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Accusé de harcèlement sexuel, Morgan Freeman présente ses excuses

Plusieurs femmes dénoncent le comportement de l’acteur américain, y compris une journaliste de CNN qui a coécrit l’enquête dévoilant ces informations.



Le Monde
 |    24.05.2018 à 23h00
 • Mis à jour le
25.05.2018 à 07h08
   





                        



   


Mis en cause par huit femmes qui l’accusent de harcèlement sexuel dans une enquête de CNN, l’acteur américain Morgan Freeman a adressé un message, jeudi 24 mai, pour s’excuser « envers quiconque s’est senti mal à l’aise ou non respectée. Cela n’a jamais été mon intention ».
« Quiconque me connaît ou a travaillé avec moi sait que je ne suis pas quelqu’un qui intentionnellement voudrait vexer ou mettre quelqu’un mal à l’aise », a plaidé l’acteur oscarisé, qui devient la dernière star en date mise en cause pour son comportement déplacé dans la foulée de l’affaire Harvey Weinstein.
En tout, parmi les dizaines de personnes approchées par CNN et ayant travaillé avec le comédien vedette de 80 ans, huit disent avoir été victimes de harcèlement et huit autres affirment avoir assisté à des actes inappropriés.
« Il faisait des commentaires sur notre corps »
Une jeune assistante de production sur le tournage, en 2015, du film Braquage à l’ancienne affirme que M. Freeman l’a touchée ou caressée en bas du dos, faisant également des commentaires sur sa silhouette ou sa tenue.
L’acteur de Batman Begins ou de Million Dollar Baby, film qui lui a valu, en 2004, un Oscar du meilleur second rôle, aurait un jour essayé à de multiples reprises « de lever ma jupe et demandait si je portais des sous-vêtements », raconte-t-elle anonymement, par crainte de répercussions sur sa carrière. A un moment donné, son partenaire Alan Arkin « lui a demandé d’arrêter. Morgan a eu peur et ne savait pas quoi dire », poursuit-elle.
Une membre de l’équipe de production d’un autre film, Insaisissables (2013) a fait état d’un comportement similaire, déclarant que l’acteur l’avait harcelée ainsi que d’autres assistantes. « Il faisait des commentaires sur notre corps », dit-elle, précisant que ces femmes avaient alors fait en sorte de ne porter aucun vêtement serré.
Le comédien a fondé une maison de production, Revelations Entertainment, où sept des femmes interrogées par CNN ont décrit un environnement de travail empreint de harcèlement, parfois en présence de son associée et cofondatrice de l’entreprise, Lori McCreary.

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Une journaliste de CNN parmi les victimes
L’une des accusatrices est une journaliste de CNN, Chloe Melas, coauteure de l’article dénonçant ces actes. Elle dit avoir fait l’objet de commentaires sexuels déplacés lors d’une conférence de presse qui se tenait à l’occasion de la sortie du film Braquage à l’ancienne lorsqu’elle était enceinte de six mois.
Morgan Freeman aurait notamment déclaré en la regardant de manière suggestive – propos filmés et diffusés par CNN : « Oh comme j’aurais aimé être là » lorsqu’elle est tombée enceinte. La chaîne américaine a aussi diffusé la vidéo d’un entretien avec une autre journaliste au cours duquel il parle avec moult sous-entendus du fait qu’ils sont tous deux célibataires.

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                Et Cannes créa le tout-puissant Harvey Weinstein



Depuis le début de l’affaire Harvey Weinstein – en octobre 2017 –, producteur déchu accusé de harcèlement ou d’agressions sexuelles par une centaine de femmes, de nombreuses personnalités du cinéma ont été mises en cause pour des comportements inappropriés dont le producteur Brett Ratner, les acteurs Kevin Spacey, Jeffrey Tambor ou Steven Seagal et, en France, le réalisateur Luc Besson.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Un documentaire exhume les enregistrements du procès emblématique de l’Afrique du Sud de l’apartheid, en 1963-1964, et donne la parole aux derniers survivants.
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Critique

Mandela et les autres : les voix de Rivonia resurgissent sur grand écran

Un documentaire exhume les enregistrements du procès emblématique de l’Afrique du Sud de l’apartheid, en 1963-1964, et donne la parole aux derniers survivants.

Jean-Philippe Rémy (Johannesburg, correspondant régional)
    



LE MONDE
              datetime="2018-05-24T15:29:07+02:00"

        Le 24.05.2018 à 15h29






    
De g. à dr. : Nelson Mandela, Walter Sisulu et Gowan Mbeki, trois des dix accusés du procès de Rivonia, en 1963-1964,
Crédits : RADU SIGHETI/REUTERS


Il y a les voix de ces hommes dans la salle d’audience, sur lesquels plane la mort. Ces voix si proches, étonnamment chaudes. Leur ton déterminé. Leur calme. Dans L’Etat contre Mandela et les autres, documentaire très applaudi lors du dernier festival de Cannes et qui doit être projeté dans les salles françaises en octobre, il est question de violence, de racisme, de lutte armée. A la fin, c’est pourtant l’humanité et la résolution des accusés qui l’emportent. Ces accusés sont ceux du procès de Rivonia, dans l’Afrique du Sud de l’apartheid. Ils sont dix, dont Nelson Mandela, jugés en raison de leur engagement contre le pouvoir blanc. Certains appartiennent au Congrès national africain (ANC), d’autres pas. Ils savent qu’ils risquent la peine capitale.
Ils savent aussi qu’ils sont « du bon côté de l’histoire », comme le dira l’un d’entre eux. Alors ils répondent soigneusement aux accusations. Ils décrivent une partie de leurs intentions (essentiellement des actes de sabotage), admettent vouloir combattre le pouvoir raciste par les armes mais sans faire de victimes, préférant les dynamitages d’infrastructures, la nuit, aux bombes placées au milieu des foules. Ils ont peaufiné, ensemble, leur stratégie pour le prétoire. Ils savent que la pendaison est sans doute au bout du verdict, mais d’ici là, la parole ne leur est pas ôtée. Alors autant faire du banc des accusés une plateforme politique.
Une bonne dose de hasards et d’imprévus
L’année est 1963. Le procès de Rivonia, du nom d’une ferme au nord de Johannesburg, achetée par des sympathisants communistes pour y établir le quartier général clandestin des partisans de la lutte armée et où la police a effectué un coup de filet ravageur l’année précédente, vient de commencer. Il durera neuf mois et sera enregistré par un procédé technique en vogue à l’époque et disparu depuis, le Dictabelt. Il en subsiste 591 bandes en vinyle bleu, soit 256 heures d’enregistrements, enfermées pendant un demi-siècle au fond des archives, puis sauvées. Cette montagne sonore permet de rendre palpable de façon presque troublante l’intensité de ce moment historique.

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                La France offre à l’Afrique du Sud les archives numérisées du procès Mandela



Les voix, la bande-son de Rivonia, voilà le matériau premier du documentaire de Nicolas Champeaux et Gilles Porte, sa « colonne vertébrale », comme ils disent. Il a fallu une bonne dose de hasards et d’imprévus pour que ce film parvienne à voir le jour. Il a fallu, notamment, que ces enregistrements sortent de la poussière des archives. Les bandes étaient devenues illisibles, faute de machines pour les lire. Une première tentative pour les transcrire sur d’autres formats en avait abîmé certaines.
Puis Henri Chamoux, historien et inventeur de l’archéophone, un appareil mis au point pour lire ce matériau fragile sans l’endommager, s’est attaqué au sauvetage des voix de Rivonia. Les bandes bleues sont même devenues un enjeu de coopération entre la France (qui s’est impliquée dans l’opération technique) et l’Afrique du Sud, qui s’est vu transmettre, peu à peu, les heures numérisées de débats, interrogatoires et plaidoiries.
Une des dernières apparitions de Winnie Mandela
Les réalisateurs sont venus plusieurs fois en Afrique du Sud pour interviewer les derniers accusés (ils étaient trois au début du film, puis deux lorsque Ahmed Kathrada est décédé, en mars 2017), leurs avocats et leurs proches. Nicolas Champeaux a été correspondant pour Radio France internationale (RFI) à Johannesburg. Il s’était déjà plongé dans l’histoire saisissante de ces figures de la lutte anti-apartheid. L’enjeu était aussi de voir, à présent, ce que pouvait signifier, pour les survivants de Rivonia, le frisson du retour à ces neuf mois d’épreuves survenues cinq décennies plus tôt. Il s’est alors passé des choses étonnantes.
Lors du verdict, en 1964, l’épouse de Nelson Mandela, Winnie, portait ce chapeau cloche bien comme il faut qu’on ne lui verra plus jamais. Rivonia sera sa mutation, sa transformation en héroïne de la lutte, la première fois qu’elle criera « Amandla ! » (« tout le pouvoir »). Elle le raconte, le mime, le vit. Lorsque Nicolas Champeaux et Gilles Porte lui font écouter des bouts d’enregistrement de ce procès qui changea sa vie, elle se met à parler, fiévreusement. A l’écran, on la voit lever le poing avec cette énergie, sa force de conviction solaire.

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Elle découvre aussi le témoignage à huis clos de Bruno Mtolo, un « sell out » (vendu), camarade retourné par la police, venu témoigner contre les siens. Et elle conclut, avec une tristesse infinie : « Ce fut un choc terrible pour nous. On pensait qu’on pouvait faire confiance à tout le monde. » Ce sera l’un des grands drames de sa vie, également, et, lors de son décès, le 2 avril, l’un des thèmes de discussion autour de son héritage. L’Etat contre Mandela et les autres, où elle fait l’une de ses toutes dernières apparitions, apparaît aussi, au passage, comme un petit traité d’histoire humaine.
Des larmes dans les yeux de vieillards valeureux
Ainsi, que penser de Percy Yutar, l’implacable procureur, décédé depuis longtemps dans la honte et l’oubli ? Sa voix est inoubliable. Dure, précise, appliquée. Son fils a accepté, avec courage, d’entendre ce père qui s’était fait la voix de l’apartheid. Il tente de le défendre, explique qu’il était juif, en proie à l’antisémitisme ordinaire de cette époque, qu’il voulait briller. Les arguments s’effondrent. Peut-être David Yutar n’a-t-il jamais saisi ce que l’époque avait fait à des hommes comme son père, ni ce que des hommes comme son père avaient fait à l’époque.
Il n’est pas le seul à être submergé par l’émotion. Il y a aussi des larmes dans les yeux des vieillards valeureux qui étaient sur le banc des accusés, confrontés à la douleur-fantôme de ces moments lointains, soudain si proches. Des souvenirs émergent, ils brûlent. Il faut entendre l’interrogatoire d’Ahmed Kathrada, invité à raconter son voyage en Angleterre, avant d’être arrêté, et son émotion le jour où il entra dans un restaurant de Londres et put faire cette chose inédite pour lui : « Commander une tasse de thé. »

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                Comment Mandela maîtrisait l’art de la rhétorique



C’est dans ce procès destiné à déshumaniser les accusés en en faisant des « terroristes » que, justement, éclate leur humanité. Finalement, une fissure s’opère dans la coque des récits héroïques. Car les grands événements de la lutte contre l’apartheid, avec le temps, se sont ossifiés, codifiés, et font partie du discours national. Mais en regardant L’Etat contre Mandela et les autres, on comprend mieux comment les accusés ont fonctionné.
Du début jusqu’à la fin du procès, ils ont été soudés en collectif, choisissant de faire de Nelson Mandela leur représentant parce qu’il était le plus brillant orateur, l’autodidacte Walter Sisulu étant moins à l’aise en public alors que sa pensée politique était sans doute le véritable moteur du groupe. George Bizos, l’avocat de Mandela, devenu lui aussi, par effet de proximité, une célébrité de l’histoire sud-africaine, résume : « C’était l’homme sage de l’ANC. Mandela ne prenait aucune décision sans le consulter. »
Une animation forte, suggestive et discrète
Ce sera donc la vedette Mandela, habitué des salles d’audience, qui prononcera la célèbre déclaration de Rivonia : « Pendant toute ma vie, j’ai combattu la domination blanche et j’ai combattu la domination noire. J’ai chéri l’idéal d’une société libre et démocratique, dans laquelle tous puissent vivre en harmonie et avec les mêmes opportunités. C’est l’idéal auquel je souhaite consacrer ma vie et voir se réaliser de mon vivant, mais, Votre Honneur, si nécessaire, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. »
Ahmed Kathrada, réfléchissant plus de cinquante ans plus tard à la portée de leur ligne de défense, laquelle ne déviera pas d’un iota pendant tout le procès, a ces mots : « Nous n’étions pas une minorité, nous n’étions pas menacés d’extermination. Cela faisait toute la différence et cela nous donnait de la force. »

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                Ahmed Kathrada, une existence de combat en Afrique du Sud



Pour accompagner les enregistrements sonores avec délicatesse, les réalisateurs ont opté pour une animation à la fois forte, suggestive et toujours discrète. Les lignes de l’illustrateur Oerd van Cuijlenborg tracent des suggestions, des envolées de robe noire de procureur comme le fond de la nuit de l’apartheid. On entend des papiers qu’on rassemble sur un bureau, le bruit de l’eau qui emplit, lentement, un verre sur la table du procureur en train d’attaquer, sans relâche, ces hommes qui ne rompent pas.
L’Etat contre Mandela et les autres est aussi le récit, en grand, d’une résistance. Aucune condamnation à mort ne sera prononcée. A la place, des peines de prison à vie. Une longue nuit, encore, avant la libération.


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ La réalisatrice signe « Gueule d’ange », un premier long-métrage avec Marion Cotillard, présenté dans Un certain regard à Cannes et en salle le 23 mai.
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Vanessa Filho : « Si je n’étais pas revenue vers le cinéma, je serais passée à côté de ma vie »


                      La réalisatrice signe « Gueule d’ange », un premier long-métrage avec Marion Cotillard, présenté dans Un certain regard à Cannes et en salle le 23 mai.



Le Monde
 |    23.05.2018 à 15h22
 • Mis à jour le
23.05.2018 à 16h17
    |

                            Valentin Pérez








   


Un quart de siècle qu’elle pense à réaliser un premier long-métrage. « Le temps m’a semblé long », souffle Vanessa Filho, dont le premier film, Gueule d’ange, a été présenté dans la sélection Un certain regard à Cannes le 12 mai, et sort en salle le 23 mai. Née en 1980 d’un père directeur commercial et d’une mère professeure de littérature, elle a 13 ans lorsque le cinéma la happe. « J’ai été bouleversée par Bleu de Kieslowski. Un choc. Après coup, je n’arrivais pas à me séparer de l’émotion du film. A partir de là, j’ai voulu raconter des histoires en images. » Munie d’un Caméscope, elle dirige quelques proches le week-end dans de mini courts-métrages bricolés.
« J’étais dans un passage à vide, je m’éloignais de mon désir premier, le cinéma. Un jour, en vacances en Bretagne, j’ai eu une vision : une fille, sa mère, une bourrasque d’images et de sentiments. »
Après un bac cinéma, la voilà en cours de théâtre pour glaner des techniques, ou sur des tournages de films où elle s’incruste, « même comme assistante coiffeuse ». Elle interroge et observe. S’ensuit Primitifs, un moyen-métrage, en 2001. Puis quinze années de projets divers parmi lesquels des clips et des pochettes de disques pour Juliette, Daniel Darc ou AaRON. Elle développe également des séries photo personnelles, et se lance dans la musique au sein du duo féminin Smoking Smoking. « Tout s’enchaînait mais j’étais dans un passage à vide, je m’éloignais de mon désir premier, le cinéma. Un jour, en vacances en Bretagne, j’ai eu une vision : une fille, sa mère, une bourrasque d’images et de sentiments. J’ai écourté mon séjour, suis rentrée à Paris, me suis enfermée des semaines pour écrire une ébauche de scénario. Et devant la nécessité de le porter jusqu’au bout, j’ai mis tout le reste en stand-by. Ça a tout emporté. »
Quatre ans ont été nécessaires pour voir éclore Gueule d’ange, une tranche de la vie d’Elli (Ayline Aksoy-Etaix), 8 ans, élevée par sa mère Marlène (Marion Cotillard), une femme-enfant cyclothymique qui, un beau jour, s’évapore, entre manque d’amour et excès d’alcool. Gloss et ombre à paupières pailletée, vernis et bijoux scintillants, tee-shirts à sequins, robes de princesse…, la noirceur des situations se cogne à une stylisation de l’image servie par les accessoires. « Mais j’espère que ce n’est pas un effet gratuit, précise Filho. Pour moi, ces artifices se justifient car ils font partie de l’univers de Marlène, influencée par la télé-réalité. » Simon Buret, chanteur du duo AaRON, remarque que « Vanessa a cette obsession de la sensualité des corps. Elle sait rendre la lumière vivante sur les peaux ».

John Cassavetes et Ken Loach, Nick Cave et Leonard Cohen, le photographe Gregory Crewdson, le poète Tomas Tranströmer : Gueule d’ange se lit aussi comme le patchwork d’influences de cette touche-à-tout. A l’avenir, Vanessa Filho aimerait mettre en scène une pièce de théâtre (qu’elle a écrite), terminer un projet hybride de vidéos et de performances, et réaliser deux scénarios de films sur lesquels elle travaille. Pouvoir enfin donner corps à son rêve de jeune fille. « Si je n’étais pas revenue vers le cinéma, dit-elle, je serais passée à côté de ma vie. » 
« Gueule d’ange », de Vanessa Filho. Avec Marion Cotillard, Ayline Aksoy-Etaix et Alban Lenoir. En salle le 23 mai.



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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Le cinéaste Ilan Klipper dépeint un quinquagénaire en pleine crise d’adulte, interprété par le trop rare Laurent Poitrenaux.
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« Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête » : sauver l’écrivain Bruno

Le cinéaste Ilan Klipper dépeint un quinquagénaire en pleine crise d’adulte, interprété par le trop rare Laurent Poitrenaux.



Le Monde
 |    23.05.2018 à 07h04
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
C’est l’histoire d’un raté magnifique qu’on aurait pu croiser chez Woody Allen, Arnaud Desplechin ou Philip Roth. Joué par le trop rare Laurent Poitrenaux, vu dans Victoria, de Justine Triet (2016), Bruno est un ancien prodige de la littérature qui, un jour, a subitement eu 50 ans. L’homme vit en colocation avec une Femen et passe ses journées en kimono. Quand il ne reçoit pas l’une de ses maîtresses, il fait les cent pas en attendant l’inspiration.

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes 2017 :
         

          Rencontre en slip entre Allen, Gogol et Feydeau



Il y a vingt ans, Bruno a publié un premier roman, Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête, dont le succès fit de lui l’une des étoiles montantes de la littérature française. Depuis, il n’a rien publié mais garde les critiques et autres vestiges de cette ancienne gloire encadrés sur son mur. Ce vieux succès semble le paralyser plus qu’il ne l’encourage : l’écrivain est devenu un homme perdu, dépressif et asocial.
Evénement Facebook
On ne sortira que rarement des murs de cette colocation, ce qui confère au Ciel étoilé…, premier long-métrage de fiction d’Ilan Klipper après un passage par le documentaire, un caractère claustrophobique que la suite des péripéties va exacerber. Puisque Bruno ne met plus le pied dehors, ses proches viennent à sa rencontre. Ses parents débarquent à l’improviste accompagnés d’une femme (Camille Chamoux). Habitué à ces rencontres arrangées de la part de sa famille juive ashkénaze, Bruno pense à une prétendante qui se révélera être une psychiatre venue voir si l’écrivain ne serait pas le parfait candidat à une hospitalisation à la demande d’un tiers.
L’appartement de Bruno est moins un espace réel que mental, un tribunal intime
Tout au long du film, l’appartement ne cessera de se remplir de proches, jusqu’à une fête finale où tous ses amis viennent s’y agglutiner, à l’appel d’un événement Facebook intitulé « Sauver Bruno ». Un appartement comme une Cocotte-Minute sur le point d’exploser sous la pression des névroses. Pas d’échange, seulement des monologues d’où s’exhale une musique névrotique façon Beyond Therapy, de Robert Altman.
Et si l’on pense à Woody Allen ou à la littérature juive américaine, c’est que l’appartement de Bruno est moins un espace réel que mental, un tribunal intime devant lequel l’écrivain devra se justifier, expliquer pourquoi cette vie prometteuse lui a échappé. L’entreprise de sauvetage qui tourne au cauchemar, comme si toute sollicitude était vaine pour un homme bien décidé à ne pas aller mieux.

Film français d’Ilan Klipper. Avec Laurent Poitrenaux, Camille Chamoux, Alma Jodorowsky, Marilyne Canto (1 h 17). Sur le Web : www.stray-dogs.biz/le-ciel-etoile-au-dessus-de-ma-tete



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Ce film d’animation déjanté est une adaptation réussie de la bande dessinée éponyme de Guillaume « Run » Renard.
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« Mutafukaz » : invasion geek à Los Angeles

Ce film d’animation déjanté est une adaptation réussie de la bande dessinée éponyme de Guillaume « Run » Renard.



Le Monde
 |    23.05.2018 à 06h59
 • Mis à jour le
23.05.2018 à 09h36
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Mutafukaz (prononciation argotique de « motherfuckers », si l’on comprend bien) est un film d’animation particulièrement riche d’influences diverses d’une réussite plastique indiscutable. Un livreur de pizza et son copain sont pris en chasse par de mystérieux hommes en noir. Ils découvrent, au cours de leur fuite, que la réalité n’est pas ce qu’ils croyaient et qu’ils sont eux-mêmes au centre d’une vaste conjuration.
On reconnaît sans peine, derrière l’apparente fantaisie de Mutafukaz et la paranoïa adolescente qui constitue le principe même de son récit, la transposition d’un Los Angeles tel que le cinéma hollywoodien a toujours dépeint cette ville, avec son architecture particulière, ses guerres de gangs, l’étrange sensation d’irréalité et de folie qui s’en dégage.
Film noir et science-fiction
Refusant l’image de synthèse au profit des techniques d’animation traditionnelles, adapté d’une série de bandes dessinées de Guillaume « Run » Renard, puisant aux sources du film noir tout autant que de la science-fiction (L’Invasion des profanateurs de sépultures, de Don Siegel, les longs-métrages de John Carpenter, etc.), le film de Shojiro Nishimi et Guillaume « Run » Renard se distingue autant par sa richesse visuelle que musicale.



Film d’animation français et japonais de Shojiro Nishimi et Guillaume « Run » Renard (1 h 33). Sur le Web : www.tamasa-cinema.com et www.facebook.com/Tamasa-Distribution



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Le film du Croate Ognjen Svilicic, loin d’être un énième drame social morose et roublard, se révèle subtil et captivant.
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« Quiet People. Un jour à Zagreb » : la catastrophe nichée derrière la routine

Le film du Croate Ognjen Svilicic, loin d’être un énième drame social morose et roublard, se révèle subtil et captivant.



Le Monde
 |    23.05.2018 à 06h55
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Dans la banlieue grisâtre de Zagreb, en Croatie, Ivo et Maja, couple sans histoire (il est chauffeur de tramway, elle femme au foyer), découvrent un beau matin leur fils lycéen le visage tuméfié. Tomitza, rentré en douce à l’aube, leur apprend du bout des lèvres qu’il a été pris dans une rixe. La routine reprend son cours, quand, quelques heures plus tard, l’adolescent s’écroule inanimé dans la salle de bain et se retrouve en soins palliatifs à l’hôpital.
Si Quiet People. Un jour à Zagreb, cinquième long-métrage du Croate Ognjen Svilicic, laisse d’abord croire à un énième drame social morose et roublard, typique d’un certain cinéma des pays de l’Est, il se révèle vite autrement plus subtil et captivant. Le film vaut, en effet, pour son couple de personnages toujours dépassés par les événements, dans le dos desquels le drame semble se dérouler : le traumatisme de leur fils, puis le coma dans lequel il sombre, mais également la désinvolture avec laquelle l’affaire est prise en charge par les autorités compétentes (les administrations policières et hospitalières), suscitent chez eux une sorte de sidération pétrifiée.
Une certaine forme d’absurdité drôlatique
En s’attachant à ce sentiment de stupéfaction, Ognjen Svilicic évite bien des poncifs du cinéma de dénonciation (morgue, coups de force et chantage aux larmes), pour voguer sur une ligne plus équivoque, reliant la gravité inattendue de la situation (le décès d’un fils) à une certaine forme d’absurdité drôlatique.
Le cinéaste pointe bien sûr, à travers cela, le caractère lénifiant du quotidien et des petites habitudes, empêchant ses protagonistes de prendre conscience de ce qui leur arrive. Mais cette routine cache aussi une forme plus insidieuse de démission : la trop grande confiance prêtée aux institutions, la facilité avec laquelle quiconque peut remiser sa vigilance civile au bénéfice d’un certain confort, finissent ici par déboucher sur une catastrophe.
Ognjen Svilicic ne brocarde jamais cette inconséquence en la faisant peser sur les épaules de ses personnages, en les accusant ou en les ridiculisant. Bien au contraire, il les entoure d’une bienveillance louable : Ivo et Maja, confrontés à l’adversité, sont aussi filmés à travers le sentiment indéfectible qui les unit. Un amour inconditionnel qui transforme les effets de la routine en ressources de courage.

Film croate, français, serbe et macédonien d’Ognjen Svilicic. Avec Emir Hadzihafizbegovic, Jasna Zalica, Hrvoje Vladisavljevic, Veronika Mach (1 h 17). Sur le Web : cinesaintandre.fr et urbandistrib.com/films/these-are-the-rules



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ La jeune réalisatrice burkinabée Apolline Traoré tente de concilier éducation civique et rebondissements dans ce « road movie » qui traverse l’Afrique de l’Ouest.
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« Frontières » : mélodrame et libre circulation des biens

La jeune réalisatrice burkinabée Apolline Traoré tente de concilier éducation civique et rebondissements dans ce « road movie » qui traverse l’Afrique de l’Ouest.



Le Monde
 |    23.05.2018 à 06h53
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Les routes d’Afrique de l’Ouest sont peu sûres. Mal entretenues, elles sont sillonnées par des véhicules, autocars, camions, taxis collectifs qui le sont encore plus. Elles sont aussi coupées de barrages, officiels ou illégaux. Qu’on ait affaire à des douaniers, des policiers ou des coupeurs de route, il faudra payer, en espèces ou de sa personne. Ce réseau routier plein de périls peut aussi bien être le décor d’un mélodrame que le prétexte d’un film d’éducation civique. Jeune réalisatrice burkinabée, Apolline Traoré a choisi de ne pas choisir. Son premier long-métrage tient du communiqué didactique et du feuilleton à rebondissements, un cocktail qui pourrait s’avérer toxique sans l’énergie que mettent réalisatrice et actrices à mener les trois héroïnes à destination.
La Sénégalaise Adjara (Amélie Mbaye) et l’Ivoirienne Emma (Naky Sy Savané) embarquent à Dakar. La première est une néophyte qui se lance dans le commerce transnational sur le mandat d’une tontine formée par ses amies. La deuxième est une vieille routière, méfiante et acariâtre, qui passe de beaux basins sous son boubou, en se faisant passer, elle qui est sèche comme un coup de trique, pour une femme d’un certain poids. En passant par le sud du Burkina Faso, elles sont rejointes par Sali (Adizétou Sidi), une jeune femme à qui son amant a confié des médicaments, dont elle ignore qu’ils sont contrefaits.
Une Afrique en mouvement
Quelques milliers de kilomètres plus tard, elles auront été agressées, rançonnées, harcelées et auront dévoilé chacune leur histoire propre à tirer des larmes. Et si l’on n’a pas compris que l’application des lois et règlements de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (qui a cofinancé le film) est une mesure d’urgence, c’est qu’on a dormi pendant la projection. On peut s’agacer de ce didactisme comme des procédés dramatiques éculés, de l’accumulation des situations les plus extrêmes.
Reste que Frontières est aussi l’occasion d’entrevoir une Afrique en mouvement, dont les citoyennes entreprenantes, transportées par des autocars à air conditionné (tous ne sont pas des épaves), armées de smartphones, se heurtent de plus en plus violemment aux archaïsmes, corruption et patriarcat en premier lieu.

Film burkinabé et français d’Apolline Traoré. Avec Amélie Mbaye, Naky Sy Savané, Adizétou Sidi (1 h 30). Sur le Web : www.hevadis.com/frontieres.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Chaque mercredi dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent un choix de films à découvrir sur grand écran.
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Article sélectionné dans La Matinale du 22/05/2018
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Un retour, une arrivée, un drame et une invasion geek : notre sélection cinéma

Chaque mercredi dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent un choix de films à découvrir sur grand écran.



Le Monde
 |    23.05.2018 à 06h38
 • Mis à jour le
28.05.2018 à 11h04
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Cinquante ans après sa sortie, le chef-d’œuvre de Stanley Kubrick 2001 : l’Odyssée de l’espace revient sur les écrans ; vingt ans après le démarrage du tournage par Terry Gilliam, L’Homme qui tua Don Quichotte arrive enfin en salle ; une famille endeuillée en Serbie ; une BD de Guillaume « Run » Renard portée au cinéma : voici nos choix de la semaine.
« 2001 : l’Odyssée de l’espace » : mille merveilles à redécouvrir

2001 : l’Odyssée de l’espace, le film de Stanley Kubrick ressort cette semaine en copie 70 mm – d’abord à Paris puis dans les salles françaises –, près de cinquante ans après sa première hexagonale, le 27 septembre 1968.
La perfection des effets spéciaux – de la préhistoire imaginée au futur prédit –, la lenteur audacieuse et l’économie dramatique du récit qui mène au vertige ­spéculatif de sa conclusion ont gardé toute leur puissance. S’y ajoute aujourd’hui la nostalgie d’une période de l’histoire du ­cinéma pendant laquelle un artiste pouvait imposer ses exigences à un studio, sans jamais se soumettre à celles du marketing. Thomas Sotinel
« 2001 : l’Odyssée de l’espace » sera projeté à partir du 23 mai au cinéma L’Arlequin (Paris 6e) dans la copie 70 mm présentée à Cannes. Le 13 juin, le film ressortira en salle en numérique, dans une restauration 4K établie à partir de la copie 70 mm.
« L’Homme qui tua Don Quichotte » : enfin sur les écrans !

L’histoire de ce film est devenue l’une des grandes légendes du cinéma. Terry Gilliam a occupé sa fin de XXe siècle à essayer de monter une adaptation du Quichotte de Cervantès. Le moment où il a cru y parvenir, en 2000, est devenu un documentaire-catastrophe, Lost in La Mancha. Depuis, les rôles initialement destinés à Johnny Depp et à Jean Rochefort ont été proposés à Ewan McGregor, Owen Wilson, Robert Duvall ou John Hurt, le scénario a été révisé un nombre incalculable de fois.
On s’attend à découvrir un film fragile et contrefait. C’est tout le contraire : L’Homme qui tua Don Quichotte vibre d’une énergie, d’un plaisir de faire du cinéma communicatifs. T. S.
« L’Homme qui tua Don Quichotte », film britannique, espagnol et portugais de Terry Gilliam. Avec Adam Driver, Jonathan Pryce, Olga Kurylenko (2 h 12). Sortie en salle le 19 mai.
« Quiet People. Un jour à Zagreb » : drame social en Croatie

Dans la banlieue grisâtre de Zagreb, en Croatie, Ivo et Maja, couple sans histoires, surprennent un beau matin leur fils ­lycéen le visage tuméfié. Ce cinquième long-métrage ­ d’Ognjen Svilicic pourrait n’être qu’un drame social de plus s’il ne jouait sur le déphasage de ses personnages, dépassés par les événements à force d’attachement à leurs habitudes.
La gravité de la situation (l’hospitalisation d’un fils) est ­désamorcée au profit d’un sentiment plus vaste d’absurdité. A travers lui se dessine le véritable sujet du film : cette négligence civile sur laquelle se fonde trop souvent la tranquillité des gens ordinaires. Mathieu Macheret
« Quiet People. Un jour à Zagreb », film croate, français, serbe et macédonien d’Ognjen Svilicic. Avec Emir Hadzihafizbegovic, Jasna Zalica, Hrvoje Vladisavljevic, Veronika Mach (1 h 17).
« Mutafukaz » : invasion geek à Los Angeles



Au cœur d’une métropole qui ressemble à Los Angeles telle que le cinéma hollywoodien l’a toujours décrite, un livreur de pizzas et son copain sont pris en chasse par de mystérieux hommes en noir. Ils découvrent, au cours de leur fuite, que la réalité n’est pas ce qu’ils croyaient et qu’ils sont eux-mêmes au centre d’une vaste conjuration.
Refusant l’image de synthèse au profit des techniques d’animation traditionnelles, adapté d’une série de bandes dessinées de Guillaume « Run » Renard, puisant avec bonheur à diverses sources cinématographiques, Mutafukaz est une perle, bourrée d’inventivité ­ graphique, très convenablement nourrie de pop culture visuelle et musicale. Jean-François Rauger
« Mutafukaz », film d’animation français et japonais de Shojiro Nishimi et Guillaume « Run » Renard (1 h 33).

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 23 mai)
Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête, film français d’Ilan Klipper (à voir)Mutafukaz, film d’animation français et japonais de Shojiro Nishimi et Guillaume « Run » Renard (à voir)Quiet People. Un jour à Zagreb, film croate, français, serbe et macédonien d’Ognjen Svilicic (à voir)Frontières, film burkinabé et français d’Apolline Traoré (pourquoi pas)Solo, A Star Wars Story, film américain de Ron Howard (pourquoi pas)Gueule d’ange, film français de Vanessa Filho (on peut éviter)Manifesto, film allemand de Julian Rosefeldt (on peut éviter)L’Homme qui tua Don Quichotte, film belge, britannique, espagnol, français et portugais de Terry Gilliam (sorti en salle samedi 19 mai)
Nous n’avons pas vu :
Bienvenue en Sicile, film italien de Pif (Pierfrancesco Diliberto)Le Cerveau des enfants, documentaire français de Stéphanie BrillantLa Fête des mères, film français de Marie-Castille Mention-SchaarHubert Reeves. La Terre vue du cœur, documentaire québécois de Iolande Cadrin-Rossignol


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ En payant, sans doute très cher, pour les futures productions de l’ex-couple présidentiel américain, la plate-forme poursuit sa stratégie destinée à attirer des créateurs de renom, observe le chroniqueur économique du « Monde » Jean-Michel Bezat.
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« L’accord avec les Obama, un nouveau gros “coup” pour Netflix »

En payant, sans doute très cher, pour les futures productions de l’ex-couple présidentiel américain, la plate-forme poursuit sa stratégie destinée à attirer des créateurs de renom, observe le chroniqueur économique du « Monde » Jean-Michel Bezat.



Le Monde
 |    22.05.2018 à 11h42
 • Mis à jour le
22.05.2018 à 12h30
    |

            Jean-Michel Bezat








                        



                                


                            

Chronique. L’Amérique avait déjà eu un président acteur avec Ronald Reagan, elle a désormais un ancien président producteur avec Barack Obama. Un an et demi après avoir quitté la Maison Blanche, il a annoncé avoir signé avec Netflix un accord – au montant non dévoilé – pour produire avec son épouse Michelle des longs-métrages de fiction, des séries de télé-réalité et des documentaires (via leur société Higher Ground Productions), qui ­seront diffusés par la ­plate-forme de vidéos en ligne par abonnement.
Il n’est pas question d’en faire une machine de guerre contre Donald Trump, préviennent des proches du couple cités par le New York Times. Un peu messianique, Mme Obama dit avoir toujours eu « foi », comme son époux, « en la puissance du récit pour nous aider à ouvrir aux autres nos esprits et nos cœurs ». Et l’ex-président espère « cultiver et aider à s’affirmer les voix de talent, sources de créativité et d’inspiration qui promeuvent davantage d’empathie et de compréhension entre les ­peuples ». Ce qui, avouons-le, n’est pas vraiment l’esprit animant son successeur.

Netflix a sans doute payé très cher pour ce couple glamour qui avait déjà empoché 60 millions de dollars (près de 51 millions d’euros) de la maison d’édition Penguin Random House contre la promesse d’un livre chacun. Les productions Obama sur plusieurs années viendront enrichir le catalogue de la plate-forme et renforcer sa stratégie destinée à attirer des créateurs de contenus de renom. Les journaux professionnels américains n’hésitent pas à rapprocher l’opération des deux gros « coups » réalisés récemment par la plate-forme : l’accord à 300 millions de dollars avec le producteur à succès Ryan Murphy (« Glee », « The People vs O.J. Simpson ») et celui à 100 millions avec Shonda Rhimes (« Scandal », « Grey’s Anatomy ».
Montagnes de cash
Le rideau du 71e...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ La Queer Palm, créée en 2010, a couronné cette année « Girl », un film sur la transition sexuelle. Mais cette récompense n’est toujours pas reconnue par le Festival.
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Cannes 2018 : les films « queer » se sont imposés sur la Croisette

La Queer Palm, créée en 2010, a couronné cette année « Girl », un film sur la transition sexuelle. Mais cette récompense n’est toujours pas reconnue par le Festival.



Le Monde
 |    22.05.2018 à 10h09
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


Girl, de Lukas Dhont ; Sauvage, de Camille Vidal-Naquet ; Diamantino, de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt ; Plaire, aimer et courir vite, de Christophe Honoré ; Rafiki, de Wanuri Kahiu ; Un couteau dans le cœur, de Yann Gonzalez ; Cassandro the Exotico !, de Marie Losier ; Carmen y Lola, d’Arantxa Echevarria, et la liste n’est pas terminée… De nombreux films, centrés sur les questions liées au genre et à l’homosexualité, ont été programmée dans les différentes sections cannoises, pour cette 71e édition.
Le jury de la Queer Palm, créée en 2010, présidé cette année par la productrice Sylvie Pialat, n’avait que l’embarras du choix. Girl, un film sur la transition sexuelle d’un jeune danseur vers le sexe féminin, qui a bouleversé les festivaliers, a décroché cette récompense, tandis que son réalisateur, Lukas Dhont, a reçu la Caméra d’or remis par le jury de la compétition offcielle, et son comédien principal, Victor Polster, le prix d’interprétation d’Un certain regard.

Une double tendance est en cours : non seulement ces films « LGBT » (lesbien, gay, bi, trans) sont de plus en plus nombreux à Cannes et dans les autres grands festivals, mais ils sont régulièrement primés. En 2017, 120 battements par minute, de Robin Campillo, en compétition officielle, a obtenu le Grand Prix ainsi que la Queer Palm. La projection de ce film sur les années de lutte d’Act Up contre le sida, qui a décimé la population gay dans les années 1990, est restée parmi les moments les plus forts de l’édition 2017. On peut également citer, les années précédentes, La Vie d’Adèle, d’Abdellatif Kechiche, Palme d’or en 2013, L’Inconnu du lac (2013) puis Rester vertical (2016), d’Alain Guiraudie, Les Vies de Thérèse (2016) de Sébastien Lifshitz, etc.
« Un manque de considération certain »
La Queer Palm se trouve à un tournant. Ce prix désormais très attendu n’est pas reconnu officiellement par le Festival de Cannes et son délégué général, Thierry Frémaux. Cannes n’est pas Berlin. A la Berlinale, les Teddy Awards existent depuis 1987 et font partie intégrante du palmarès. Ces Teddy, qui ont la forme d’un ours en peluche, récompensent des fictions, des documentaires et des courts-métrages évoquant l’homosexualité. Pedro Almodovar et Gus Van Sant en ont été les premiers lauréats.

   


Le fondateur de la Queer Palm, le journaliste Franck Finance-Madureira, résume la situation. « On ne reçoit aucun soutien financier, ne serait-ce que pour payer le transport et le logement des membres du jury. Il y a un manque de considération certain », regrette-t-il. « Notre lutte est pourtant reconnue par le gouvernement, avec la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT. Mais aux yeux du Festival, on n’existe pas ».
Franck Finance-Madureira, fondateur de la Queer Palm : « Quand je suis invité dans les festivals à l’étranger, d’une façon indirecte, je représente Cannes »
Franck Finance-Madureira souligne ce paradoxe. « Quand je suis invité dans les festivals à l’étranger, d’une façon indirecte, je représente Cannes. Ce serait valorisant et moderne pour l’image du Festival de s’impliquer. On pourrait organiser une tournée de tous les festivals LGBT avec le vainqueur de la Queer Palm », poursuit-il, citant, entre autres, le festival Outfest à Los Angeles, le Framelime à San Francisco, et d’autres à Tel-Aviv, Turin, etc. Il a tout de même été reçu par le président du Festival, Pierre Lescure, lequel avait donné son accord pour la création de La nuit gay sur Canal+, en 1995, lorsqu’il en était le patron.
D’autres alliés sur la Croisette
Certes, quelques rapprochements ont eu lieu : depuis deux ans, le jury de la Queer Palm monte les marches le soir où un film LGBT est projeté en compétition. Cette année, ce fut le jeudi 17 mai, le soir de la « première mondiale » du film de Yann Gonzalez, Un couteau dans le cœur, avec Vanessa Paradis. Sur la Croisette, la Queer Palm a d’autres alliés, souligne Franck Finance-Madureira : « La Semaine de la critique est très “queer-friendly”. Et Unifrance, qui a pour mission d’exporter le cinéma français à l’étranger, accueille désormais une rencontre du marché queer ». Depuis cette année, la société Titra-Film dote le long-métrage lauréat de la Queer Palm d’un montant de 10 000 € – pour le sous-titrage –, et le court-métrage gagnant de 3 000 €.
A ceux qui estiment que les récompenses « queer » n’ont plus vraiment de raison d’être, du fait de la « banalisation » des questions gay et trans, Franck Finance-Madureira répond ironiquement : « Dans 300 ans peut-être… Mais aujourd’hui, il y a encore la peine de mort pour les homosexuels dans presque vingt pays. Les récompenses “queer” permettent aux films de circuler dans les festivals, et de porter dans le monde ces questions politiques d’égalité ».



                            


                        

                        


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Cannes 2018 : l’odyssée de l’espace selon Keir Dullea

L’acteur livre ses souvenirs de tournage du chef-d’œuvre de Stanley Kubrick, où il incarnait l’un des astronautes.



Le Monde
 |    22.05.2018 à 08h16
 • Mis à jour le
22.05.2018 à 08h28
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                            Thomas Sotinel (Cannes, envoyé spécial)








                        



                                


                            

Keir Dullea se tient sur le pont d’un de ces yachts luxueux qui, pendant le Festival de Cannes, servent de point de rendez-vous aux professionnels du cinéma et aux journalistes. Un décor luxueux, un peu absurde, comme la chambre d’hôtel qui marque le terme de l’odyssée de Dave Bowman, l’astronaute qu’incarna Keir Dullea dans 2001 : l’Odyssée de l’espace, de Stanley Kubrick, il y a cinquante ans. Le temps de cette ultime étape, Bowman traverse toute une existence, vieillissant de quelques décennies de plan en plan. La dernière image qu’on garde de lui est celle d’un vieillard agonisant, au corps rabougri.

A 81 ans, le visage de Keir Dullea ressemble assez exactement à celui de l’avant-dernière incarnation du personnage auquel il restera pour toujours assimilé. Sa vigueur est loin d’être épuisée (à Cannes, on l’a vu dans la nouvelle version de Fahrenheit 451 proposée par Ramin Bahrani) ; il évoque avec enthousiasme et modestie sa contribution à l’œuvre de Kubrick projetée sur la Croisette dans une copie 70 mm dont la restauration a été supervisée par Christopher Nolan.

La préparation, le tournage et la postproduction de 2001 tournèrent souvent au cauchemar pour les collaborateurs de Kubrick, du romancier et coscénariste Arthur C. Clarke au responsable des effets spéciaux Douglas Trumbull en passant par le maquilleur Stuart Freeborn. « Stanley était un perfectionniste, se souvient Keir Dullea. Le premier jour de tournage, après des semaines d’essayages de costumes, de tests de maquillage, c’était dans la roue centrifuge. Le regard de Stanley s’est posé sur nos chaussures, elles ne lui ont pas plu. On n’a pas tourné ce jour-là. Il a fallu trouver d’autres chaussures. »
« Pas de tensions sur le plateau »
Heureusement pour les acteurs, l’exigence fanatique de Kubrick prit un autre tour à leur égard, fait de négociations et d’écoute. Keir Dullea venait de jouer, également à...




                        

                        

