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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Cinquante juristes, économistes et chercheurs, signent dans « Le Monde » un appel à subordonner juridiquement, dans la Constitution, la défense de la liberté d’entreprendre et de la propriété privée à la défense de l’intérêt général.
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Bien commun : « Une réforme sage et mesurée de notre Constitution est devenue une urgence »

Cinquante juristes, économistes et chercheurs, signent dans « Le Monde » un appel à subordonner juridiquement, dans la Constitution, la défense de la liberté d’entreprendre et de la propriété privée à la défense de l’intérêt général.



Le Monde
 |    29.05.2018 à 14h00
    |

Collectif







                        



                                


                            
Tribune. Le Parlement est à la hauteur des défis du temps lorsqu’il légifère pour lutter contre la fraude fiscale, l’esclavage moderne, les écocides ou l’accaparement des terres. Pourtant, plusieurs lois, poursuivant ces fins, ont en commun d’avoir été censurées par le Conseil constitutionnel.
Ce fut le cas par exemple de la loi imposant aux sociétés holding un « reporting public » pour lutter contre l’évasion fiscale, ou encore de celle visant à garantir la protection et le partage du sol face à la spéculation foncière.
En ce début du XXIe siècle, l’urgence est de donner leur pleine mesure à la justice et à la liberté
Ces censures, parmi d’autres, ont été décidées au nom du droit de propriété et de la liberté d’entreprendre, déduits par le Conseil constitutionnel de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Au XVIIIe siècle, ces principes ouvraient aux nouveaux citoyens la possibilité de s’affranchir de toute forme de despotisme.
Etonnante déformation de ces droits nés pour émanciper le sujet, devenus, par l’interprétation qui leur est donnée, des moyens offerts aux plus puissants de s’opposer au bien commun et à l’exercice de leurs libertés par les plus humbles !
Rien ne justifie de se complaire dans l’impuissance publique. En ce début du XXIe siècle, l’urgence est de donner leur pleine mesure à la justice et à la liberté. Face à la démesure, il appartient à l’Etat de droit de prévenir cette distribution inégale des droits et devoirs, qui met aux prises des populations humaines soucieuses de leur développement et des puissances privées habiles à réclamer et à profiter des limites que le Parlement se voit sommé de fixer à ses propres initiatives.
Réforme constitutionnelle annoncée en 2018
Comment justifier aujourd’hui notre incapacité à légiférer pleinement afin de sanctionner le travail des enfants dans les manufactures du bout du monde, assurer une souveraineté alimentaire,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Le drame du SAMU de Strasbourg doit inciter à réconcilier salariés et outils numériques, estiment, dans une tribune au « Monde », les ergonomes Fabrice Bourgeois et Christophe Vanpoulle.
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SAMU : « Ne pas entraver les capacités d’initiative et la créativité des salariés »

Le drame du SAMU de Strasbourg doit inciter à réconcilier salariés et outils numériques, estiment, dans une tribune au « Monde », les ergonomes Fabrice Bourgeois et Christophe Vanpoulle.



Le Monde
 |    29.05.2018 à 14h00
    |

Fabrice Bourgeois et Christophe Vanpoulle (Ergonomes)







                        



                                


                            
Tribune. Le drame de Strasbourg (une femme de 22 ans, Naomi Musenga, est décédée quelques heures après avoir téléphoné au SAMU, les opératrices se sont moquées d’elle et n’ont pas entendu sa souffrance) a mis en évidence des failles dans le modèle d’acheminement et de traitement des appels d’urgence. Des changements devraient suivre, notamment dans la formation initiale et continue des assistants de régulation médicale (ARM) et probablement dans le dispositif d’acheminement des appels.
Le dialogue singulier de l’assistant de régulation médicale (ARM) puis du médecin régulateur avec l’appelant mobilise des exigences physiques, psychologiques et cognitives de haute intensité
Mais il ne faut pas oublier, dans ce plan d’action, ce que doit être la conception des salles de régulation médicales afin que ceux qui y travaillent puissent garantir, individuellement et collectivement, la meilleure efficacité, fiabilité, sécurité, rapidité, etc., de la réception et du traitement des appels. Le dialogue singulier de l’ARM puis du médecin régulateur avec l’appelant mobilise des exigences physiques, psychologiques et cognitives de haute intensité, afin de pouvoir obtenir et extraire de l’échange les informations pertinentes pour prendre le plus rapidement possible la meilleure décision. Chaque seconde gagnée dans cette extraction accroîtra l’efficacité des médecins réanimateurs une fois sur place.
Il faut donc être dans les meilleures dispositions pour tenir le défi d’une sécurisation égale pour tout appel. Ce n’est pas gagné d’avance. La fatigue peut s’insinuer du fait d’une amplification soudaine et persistante des appels ou des amplitudes de travail plutôt longues. Le modèle de salle de régulation a alors un rôle majeur. Certaines conceptions peuvent accentuer la fragilisation des ARM et des médecins régulateurs face à la fatigue ou au débordement. D’autres, au contraire, peuvent produire des réponses salvatrices au maintien de la sécurisation des...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Pour l’entrepreneur Lionel Baraban, dans une tribune au « Monde », si la captation des données est un enjeu de liberté individuelle, celle des « données sur les données » est stratégique pour les entreprises.
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« Il apparaît indispensable que nous nous entendions sur un projet d’indépendance des métadonnées vis-à-vis des GAFA »

Pour l’entrepreneur Lionel Baraban, dans une tribune au « Monde », si la captation des données est un enjeu de liberté individuelle, celle des « données sur les données » est stratégique pour les entreprises.



Le Monde
 |    29.05.2018 à 14h00
    |

Lionel Baraban (Directeur général de Famoco, un constructeur de terminaux)







                        



                                


                            
Tribune. Alors que les données personnelles sont au centre de toutes les attentions avec l’entrée en vigueur, le 25 mai, du règlement général sur la protection des données (RGPD), la question des métadonnées est encore peu abordée, même si elle représente un enjeu de taille. Les métadonnées sont les « données à propos des données ». Elles renseignent l’heure et le lieu de création des données, leur auteur ou leur taille. Transformées, qualifiées et triées, elles permettent de profiler les utilisateurs. Bien exploitées, elles ont une grande valeur ajoutée.
peu d’entreprises ont saisi l’impérieuse nécessité de conserver la main sur les métadonnées générées par leurs clients
Dans le domaine des transports, entre autres, elles informent sur la fréquence des voyages et leur destination. Dans celui de la santé, elles peuvent indiquer le mode et l’espérance de vie des usagers. Outil de marketing irremplaçable, elles sont également à l’origine de formidables innovations. L’application MyShake peut, par exemple, prédire des tremblements de terre en mutualisant les informations des capteurs de mouvement collectées sur des smartphones.
La collecte et la transformation des métadonnées sont donc absolument nécessaires au bon développement des entreprises du numérique. Pourtant, peu d’entreprises ont saisi l’impérieuse nécessité de conserver la main sur les métadonnées générées par leurs clients. La majorité d’entre elles font le choix par défaut d’en laisser l’accès et le contrôle total aux constructeurs de systèmes d’exploitation (« operating systems », ou OS), comme Google avec Android.
Captation par les géants du Web
Aujourd’hui, il semble impossible de revenir sur la captation par les GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple) de nos métadonnées via les applications et systèmes d’exploitation de nos smartphones et assistants personnels, tant ces derniers nous sont indispensables. En revanche, pour préserver le développement de nos entreprises,...




                        

                        


<article-nb="2018/05/29/15-4">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Alors que s’éteignent les derniers témoins de la Shoah et qu’extrémismes et populismes progressent, le rôle éducatif des lieux de mémoire auprès des jeunes générations est crucial.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤                     
                                                

Parler au présent, le défi des sites mémoriels

Alors que s’éteignent les derniers témoins de la Shoah et qu’extrémismes et populismes progressent, le rôle éducatif des lieux de mémoire auprès des jeunes générations est crucial.



Le Monde
 |    29.05.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
29.05.2018 à 15h13
    |

                            Gilles Rof








                        



   


Aujourd’hui, ce sont les extrémismes identitaires, au pluriel, qui sont l’ennemi. Le djihadisme, les populismes prennent nos démocraties en tenailles. A partir de cette constatation, que fait-on, si ce n’est ­avant tout éduquer ? » Président- fondateur du site mémoriel du camp des Milles, dans les Bouches-du-Rhône, lieu d’internement et de déportation durant la seconde guerre mondiale, Alain Chouraqui n’a qu’un credo : « La connaissance des mécanismes du passé est le principal rempart aux dérives autoritaires et aux discriminations qui mènent aux violences de masse. »
Chaque année, 60 000 adolescents visitent l’imposant site provençal d’où sont partis plus de 2 000 déportés et participent à des ateliers pédagogiques. « La fréquentation des jeunes augmente de 30 % par an sur les trois dernières années. Le contexte politique au sens large, le bouche-à-oreille et le développement de partenariats avec des rectorats ou des collectivités qui financent les voyages expliquent cette hausse », précise-t-il.
Eduquer, oui, mais comment ? Et comment allier mémoire et actualité sans se départir d’une approche scientifique ? Intéresser des jeunes générations à une histoire qui n’a touché directement ni leurs parents ni même, désormais, leurs grands-parents ? Ces questions se posent dans tous les lieux mémoriels et nourrissent les débats au sein du réseau de 28 sites réunis autour de la chaire Unesco « Education à la citoyenneté, sciences de l’homme et convergence des mémoires », un pôle de recherches attaché à l’université d’Aix-Marseille et piloté par Alain Chouraqui.
«Trouver de nouvelles méthodes
« Il y a beaucoup de tentatives pédagogiques différentes, mais toutes confirment une chose : l’énorme impact de l’authenticité d’un site sur les visiteurs. En étant confronté à un espace réel, on s’approche au plus près de l’irréfutable », pose d’emblée Piotr Cywinski, directeur du Musée du camp d’Auschwitz. Chaque année, le site polonais est arpenté par deux millions de personnes, dont plus de la moitié sont des scolaires ­venus du monde entier. Comme les autres responsables de sites mémoriels, l’historien mesure la portée du temps : « Dans la dernière décade, les groupes viennent de moins en moins souvent accompagnés de survivants des camps, ce qui est une évolution capitale. » 

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                A Noisy-le-Sec, un lycée en pointe dans la lutte contre les extrémismes



« Il faut que nous réfléchissions avec les autres responsables des sites de mémoire à la place de la Shoah dans le cursus scolaire, poursuit-il. Elle a été un peu trop facilement rangée dans les livres d’histoire, et il y a un besoin de la replacer dans un schéma moral, éthique et civique. » A Auschwitz, un nouveau bâtiment consacré aux activités pédagogiques ouvrira en mars 2020. Parallèlement, le musée poursuit une politique « à destination de tous ceux qui ne peuvent se rendre jusqu’à lui », comme la définit Piotr Cywinski, en proposant des enseignements numériques sur Internet, en éditant le mensuel Memoria, téléchargé par 20 000 personnes chaque mois, ou en organisant des expositions itinérantes, comme celle qui se tient à Madrid jusqu’en juin.
Pour Marzia Luppi, directrice de la Fondation du camp de Fossoli, camp situé en Emilie-Romagne d’où sont partis plusieurs milliers de déportés vers l’Allemagne, « trouver de nouvelles méthodes, arpenter les thèmes d’aujourd’hui pour impliquer ceux qui ne nous cherchent pas est une voie difficile, surtout si elle est menée dans l’isolement ». Sur ce site italien, 80 % des 30 000 visiteurs annuels sont des lycéens et des étudiants. Marzia Luppi considère leréseau lancé par le camp des Milles comme « une aide importante pour comparer et enrichir sa propre proposition culturelle pédagogique ».
« Des chemins communs de citoyenneté »
Mais elle y perçoit l’objectif plus crucial de « développer des chemins communs de citoyenneté et de cohabitation en dépassant les frontières nationales, et contrer efficacement les menaces des idéologies extrêmes ». Montée des mouvements néofascistes, rejet des migrants, l’Italie vit, comme beaucoup de pays d’Europe, des crispations identitaires. « Les discours publics des politiciens et des médias n’aident pas à ­comprendre les phénomènes à l’œuvre. Tout cela génère une radicalisation et une fermeture de la société », analyse Marzia Luppi, pour qui la priorité vis-à-vis des jeunes générations est « d’en faire des observateurs critiques de leur présent et responsables de leurs choix ».

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                Lutte contre les extrémismes : « L’urgence n’est pas le passé, mais bien le présent et l’avenir »



« Nous sommes déjà très loin du cours magistral, mais nous devons continuer à nous interroger, à faire évoluer la pédagogie pour mieux toucher ces générations, concède Jean-Louis Kérignard, responsable des formations de référents au camp des Milles. Sur les réseaux sociaux par exemple, il faut pouvoir être présent avec notre voix. Sans se dévoyer ni se laisser noyer. » Pour projeter son message au plus près du terrain, le camp des Milles tisse également un réseau de référents dans des structures diverses. Corps constitués, compagnies de théâtres, centres sociaux… « Ils sont formés et outillés par nous, puis suivis pour construire une action dans la durée contre le racisme, l’antisémitisme. Ils nous soumettent des projets qu’on labellise et finance », précise Alain Chouraqui.
Basée à Toulouse dans le quartier du Mirail, Ilham Grefi est l’une de ses référents. Responsable de l’association Jeunesse Action Loisirs, cette ex-enseignante de 35 ans intervient au sein du collège Bellefontaine, établissement qui a vu passer Mohamed Merah, qui a tué, en 2012, sept personnes, dont trois élèves d’une école juive. « L’antisémitisme n’est pas une gé­néralité dans ces quartiers, mais, après ces attentats, nous avions beaucoup de soucis entre les pro et les anti-Merah, explique Ilham Grefi. ­Depuis trois ans, j’amène ces enfants, pour qui la Shoah, les génocides sont des notions un peu ­fictives, au camp des Milles. Ils sont émus aux larmes et, au retour, racontent ce qu’ils ont vu au quartier. Grâce à ce travail, nous arrivons à faire comprendre que les Mohamed Merah ou les Amedy Coulibaly sont des monstres. »
Cet article fait partie d’un dossier réalisé dans le cadre d’un partenariat avec la Fondation du camp des Milles.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ L’historien et inspecteur général de l’éducation nationale Benoit Falaize préconise une lutte active contre les stéréotypes raciaux et antisémites, en déconstruisant la question des identités dès l’école primaire.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤                     
                                                

Lutte contre les extrémismes : « L’urgence n’est pas le passé, mais bien le présent et l’avenir »

L’historien et inspecteur général de l’éducation nationale Benoit Falaize préconise une lutte active contre les stéréotypes raciaux et antisémites, en déconstruisant la question des identités dès l’école primaire.



Le Monde
 |    29.05.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
29.05.2018 à 15h15
    |

Benoit Falaize (Inspecteur général de l’éducation nationale et chercheur correspondant au Centre d’histoire de Sciences Po)







                        


Tribune. Après les appels ardents au « devoir de mémoire » des années 1980-1990, des réflexions pédagogiques sont venues alerter, à l’orée du millénaire, sur la difficulté à éduquer les adolescents par des références appuyées aux récits de massacres de masse, en espérant provoquer chez eux une « sidération de la mort ». Dire « plus jamais ça ! » permet-il d’empêcher le pire d’advenir ? L’école sait les limites de cette pédagogie incantatoire.
Les dernières années ont vu l’historiographie la plus pointue irriguer les ouvrages scolaires et les formations des enseignants. Bien sûr, il faut connaître l’histoire et avoir compris les mécanismes qui mènent à la tragédie. Bien sûr, le passé nécessite le souvenir et sa transmission. Pour autant, cela permet-il aux jeunes générations de s’inscrire dans une prise de conscience qui, au moment de prendre des décisions, et de résister, leur indiquera le chemin du refus de la barbarie ?
L’héritage de haines et de guerres que nous a légué le XXe siècle et les extrémismes qui font l’actualité quotidienne du XXIe ne nous donnent pas pour autant la clé pour savoir ce qu’il faut faire afin d’éviter ces drames
La question se pose à l’école, qui n’est pourtant pas en reste. La question des extrémismes est au cœur des programmes d’histoire, tant dans le primaire que dans le secondaire, et est également abordée en classe par la littérature, la philosophie, l’éducation morale et civique, parfois par l’histoire des arts et les multiples projets et réalisations d’élèves au sein du Concours national de la Résistance et de la Déportation, créé en 1961.
L’héritage de haines et de guerres que nous a légué le XXe siècle et les extrémismes qui font l’actualité quotidienne du XXIe ne nous donnent pas pour autant la clé, en matière d’éducation, pour savoir ce qu’il faut faire afin d’éviter ces drames. Deux préalables s’imposent dès lors.
Le premier est lié à l’enseignement d’histoire proprement dit. Même s’il ne peut être à lui seul le garant de la prévention des crimes à venir, il est au cœur de la transmission. Pour cela, introduire la complexité des périodes qui précèdent les tragédies, pour dire le terreau social d’où elles proviennent et réfléchir aux différents points de vue constitue la pratique ordinaire des professeurs d’histoire. Il faut aussi permettre d’aller sur les lieux mêmes (les camps, les lieux de mémoire).

   


A condition, d’une part, d’avoir préparé le voyage en amont, afin que celui-ci ne tourne pas au « tourisme » de mémoire, et, d’autre part, de prévoir un aval pédagogique pour recueillir les paroles et les émotions des élèves, les réflexions historiques que ces visites inspirent, avec l’objectif de produire un travail d’explication et de prise de conscience. L’urgence n’est pas le passé, mais bien le présent et l’avenir.
Une pédagogie de l’anticipation
Le second préalable relève de toutes les disciplines et de tous les enseignants. Une évidence d’abord : il faut que chaque adulte char­gé d’élèves puisse incarner avec conscience les valeurs qu’il prétend enseigner.
Plus lar­gement, l’attention à chacun des élèves, avec patience et un respect profond, est déterminante. C’est aussi à cette condition d’exemplarité professorale que le développement de l’empathie peut être source de valorisation des aptitudes à relever ce qui appartient aux discours de haine ou de compréhension ­attentive de l’autre. C’est conduire une pédagogie tournée résolument vers la compréhension de l’autre, de ses émotions, de ses opinions, du sentiment de justice et d’injustice présent chez chacun des élèves.

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Et c’est bien là l’enjeu : définir, en classe, une pédagogie de l’anticipation, qui permette de travailler sur les signes premiers qui peuvent déboucher sur la haine extrême. Or Albert Einstein l’a déjà dit : « Il est plus difficile de désagréger un préjugé qu’un atome. » Placer la lutte active et quotidienne contre les stéréo­types raciaux et antisémites doit être une priorité pour tout acteur de l’éducation, comme apprendre à déconstruire la question des identités avec les élèves, avant qu’elles ne deviennent meurtrières, pour paraphraser l’académicien Amin Maalouf.
Si le travail n’est pas fait le plus tôt possible, alors on s’engage à ne pas pouvoir rattraper des stéréotypes et des préjugés déjà très ancrés à l’âge de 12 ou 13 ans
Les programmes d’enseignement moral et civique obligent à inverser la logique pédagogique. Ils ne proposent pas aux élèves de recevoir un enseignement descendant, disant la morale et le mal à proscrire, du type « la violence c’est mal, le racisme c’est mal ! », dont on sait le peu d’efficacité réelle depuis plus de vingt ans.
Il s’agit plutôt d’éprouver ce que peuvent être les logiques d’exclusion et de rejet, préludes, dans l’histoire, aux extrémismes les plus dramatiques. Avec cette question d’engagement réel : « Dans une situation pareille, que ferais-tu ? » Car derrière l’engagement démocratique se joue celle, redoutable, de la responsabilité individuelle et collective que sanctionnerait ce constat tardif : « Nous n’avons pas été assez vigilants. »

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L’enseignement doit pouvoir veiller à ce que la conscience morale et civique se construise par la perception éprouvée de ce qui est juste ou non, dès l’école primaire. Si le travail n’est pas fait le plus tôt possible, alors on s’engage à ne pas pouvoir rattraper des stéréotypes et des préjugés déjà très ancrés à l’âge de 12 ou 13 ans. Cette politique éducative, d’une urgente nécessité, est sans ajournement possible. Elle est la garante de ce que nous voulons pour nos enfants, afin, aussi, de leur épargner l’expérience du pire.
Cet article fait partie d’un dossier réalisé dans le cadre d’un partenariat avec la Fondation du camp des Milles.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Une conférence-débat organisée le 30 mai par la Fondation du camp des Milles, en partenariat avec « Le Monde », aborde la nécessité d’un enseignement fondé sur une incitation à la tolérance.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤                     
                                                

L’éducation pour lutter contre les extrémismes

Une conférence-débat organisée le 30 mai par la Fondation du camp des Milles, en partenariat avec « Le Monde », aborde la nécessité d’un enseignement fondé sur une incitation à la tolérance.



Le Monde
 |    29.05.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
29.05.2018 à 15h16
    |

            Annie Kahn








                        


Chacun sait désormais qu’appliquer le principe « plus jamais ça » est un vœu pieux. Les géno­cides n’ont pas disparu après la Shoah. Pas plus que l’antisémitisme et les autres formes de ­racisme, d’extrémisme conduisant aux pires exactions. Les témoins disparaissent et les récits historiques ne suffisent plus à alarmer, à mettre en garde.
« On a pensé que l’horreur à laquelle peut conduire le nationalisme, que les dangers de l’antisémitisme avaient diffusé suffisamment en profondeur dans les sociétés pour qu’elles soient immunisées. Mais il faut le réapprendre à chaque génération », constate Nikolaus Meyer-Landrut, ambassadeur d’Allemagne en France. Raison pour laquelle la Fondation du camp des Milles, en ­partenariat avec Le Monde, a choisi de débattre de « l’éducation contre les extrémismes », lors de la conférence ­organisée le 30 mai dans l’auditorium du Monde, à Paris.

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Certes, l’histoire ne se répète pas à l’identique. Mais il y a des constantes qu’il est nécessaire d’identifier, comme « la perte de repères et les crises économiques, sociales, politiques et morales », à partir desquelles un engrenage se met en branle, conduisant au pire, estime Alain Chouraqui, ­président de la Fondation du camp des Milles et directeur de recherche émérite au CNRS. Car ces situations anxiogènes rendent les discours intégristes, pétris de fausses certitudes, d’autant plus attrayants pour certains. Or, la période est ­propice, avec une Europe « prise en tenaille entre deux ­extrémismes : islamisme radical, d’une part, et extrême droite ­nationaliste, d’autre part », précise M. Chouraqui.
Sensibiliser les plus sceptiques
Eduquer, certes. Mais comment ? En conduisant ses élèves sur les lieux des crimes, estime Samia Essabaa, professeure d’anglais au lycée professionnel Théodore-Monod de Noisy-le-Sec, en banlieue parisienne. Non sans les avoir préparés à l’avance, leur avoir fait rencontrer des témoins survivants. C’est ainsi qu’elle et d’autres enseignants arrivent à sensibiliser les plus réticents, les plus sceptiques de leurs élèves, qui, une fois convaincus, s’avèrent être les plus à même de transmettre le message auprès de leurs amis et parents. D’autant que, désormais, les responsables de ces lieux de mémoire sont nombreux à ne plus les considérer uniquement comme des vestiges ­historiques, mais aussi comme des endroits propices à la réflexion sur la responsabilité de chacun dans l’enclenchement des rouages de l’engrenage.

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Benoît Falaize, inspecteur général de l’éducation nationale et professeur d’histoire-géographie, spécialiste de l’enseignement des questions sensibles et controversées, estime que, plus généralement, il faut « éduquer contre la haine, éduquer au respect des convictions de l’autre ». Sans pathos. Sans ­discours moralisateur. Mais en s’efforçant de faire ressentir aux élèves ce que d’autres vivent lorsqu’ils se retrouvent en situation d’exclusion, confrontés au racisme ou à la xénophobie. Parce que l’émotion est nécessaire à l’apprentissage.

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Former à éduquer ainsi. Sur le fond, mais aussi sur la forme. Pour que ce beau principe républicain de laïcité soit connu et respecté de tous.
L’éducation contre les extrémismes Conférence-débat autour d’Alain Chouraqui, président de la Fondation du camp des Milles, Benoit Falaize, inspecteur général de l’éducation nationale, Nikolaus Meyer-Landrut, ambassadeur d’Allemagne en France, Noëmie Michelin, militante associative, Hugues Renson, vice-président de l’Assemblée nationale. 30 mai, 18 heures - Auditorium du « Monde », 80, boulevard Auguste Blanqui, 75013 Paris.
Cet article fait partie d’un dossier réalisé dans le cadre d’un partenariat avec la Fondation du camp des Milles.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Connaisseur éclairé aux goûts éclectiques, l’écrivain évoque ses meilleurs souvenirs de dégustation et plaide pour une approche conviviale et décomplexée du vin.
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Philippe Claudel : « Mon premier verre était une gourde »


                      Connaisseur éclairé aux goûts éclectiques, l’écrivain évoque ses meilleurs souvenirs de dégustation et plaide pour une approche conviviale et décomplexée du vin.



Le Monde
 |    29.05.2018 à 12h15
    |

                            Laure Gasparotto








                              

                        

Ecrivain, cinéaste, scénariste, documentariste, enseignant, Philippe Claudel, 56 ans, vit plusieurs passions, auxquelles il faut ajouter le vin – il a notamment édité plusieurs ouvrages sur le sujet. Publié dans une quarantaine de pays, l’auteur lorrain, membre de l’Académie Goncourt, a ­obtenu le prix de la Paulée de Meursault en 2017. Alors qu’il sort son dernier livre, ­L’Archipel du Chien (Stock), il a pris le temps d’évoquer sa culture bacchique.
Quelle est votre dernière belle rencontre liée au vin ?
C’était à Meursault, où j’ai pu dialoguer avec Gérard Margeon, le sommelier du cuisinier Alain Ducasse. Il m’a proposé de venir visiter la cave du Plaza Athénée. J’y suis allé. J’ai découvert un fou furieux passionné. Le hasard a voulu qu’il me parle de sa passion pour Tinos, une île grecque volcanique, au milieu de la ­Méditerranée, lieu nourricier de notre civilisation. Une île qui ressemble à celle que j’évoque dans L’Archipel du Chien. J’ai été ébloui par le blanc iodé de Tinos et son rouge somptueux, sans oublier l’émotion que procure un vin qui n’avait pas été produit depuis des siècles, avec des cépages autochtones. A l’aveugle, j’aurais été incapable de dire d’où ils venaient.
Vous vivez en Lorraine, une région sans ­vignoble. Comment avez-vous ­découvert le vin ?
Je vis en fait dans une région viticole d’avant le phylloxéra. En Meurthe-et-Moselle et en ­Moselle, il y avait quelques milliers d’hectares de vignes. Il ne reste plus qu’une poignée de ­vignerons sur peu de parcelles. Je suis né à Dombasle-sur-Meurthe, qui était autrefois un village vigneron. On a toujours la ruelle du pressoir… Je possède encore un verger que j’entretiens, avec quelques vieux ceps qui surgissent au milieu des mirabelliers.
Mon premier verre de vin était une gourde. Mon père était d’une famille modeste : il ­buvait du vin trois étoiles, livré par le marchand de charbon. C’était le vin...




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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Editorial. En confiant à un ancien économiste du FMI le soin de former un gouvernement provisoire, le président Sergio Mattarella risque d’attiser l’euroscepticisme ambiant. Avec la menace que la crise italienne se propage à l’ensemble du projet européen.
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Engrenage infernal en Italie

Editorial. En confiant à un ancien économiste du FMI le soin de former un gouvernement provisoire, le président Sergio Mattarella risque d’attiser l’euroscepticisme ambiant. Avec la menace que la crise italienne se propage à l’ensemble du projet européen.



Le Monde
 |    29.05.2018 à 11h09
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Une mécanique infernale s’est enclenchée en Italie. La crise politique a muté en crise institutionnelle et menace maintenant de se propager à l’ensemble du projet européen. En refusant la nomination proposée par la coalition de la Ligue (extrême droite) et du Mouvement 5 étoiles (« antisystème ») d’un ministre de l’économie ouverte ment opposé à l’euro, le président italien, Sergio Mattarella, semble n’avoir fait que retarder le moment de vérité : celui où la Péninsule devra choisir son destin européen.

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M. Mattarella était face à un dilemme insoluble. D’un côté, accepter de confier l’économie du pays à Paolo Savona risquait de provoquer une crise européenne à court terme, alors que les opinions antieuro de ce dernier sont proverbiales. De l’autre, utiliser son droit de veto sur le choix des partis antisystème, vainqueurs des législatives du 4 mars, et ouvrir la voie à une période d’incertitude avec l’organisation de nouvelles élections à brève échéance.
Entre deux maux, le président italien a cru choisir le moindre, estimant que l’adhésion à l’euro ne pouvait se jouer sur une combinazione politicienne sans avoir fait l’objet d’un débat. L’option retenue par M. Mattarella pourrait toutefois échouer sur tous les tableaux. D’une part, en exerçant ses prérogatives constitutionnelles, le chef de l’Etat donne le sentiment aux électeurs des partis antisystème de ne pas respecter leur vote.

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D’autre part, en confiant les rênes d’un gouvernement de transition à Carlo Cottarelli, un ancien économiste du FMI, incarnant l’orthodoxie budgétaire, il risque d’attiser l’euroscepticisme ambiant, alors que de plus en plus d’Italiens accusent déjà Berlin, Paris et Bruxelles de décider de leur sort. Ce choix est de nature à alimenter la dynamique de la Ligue, qui n’a jamais été aussi haut dans les sondages.

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Les marchés financiers l’ont bien compris. Loin de calmer leurs craintes, la nomination de M. Cottarelli et la perspective de nouvelles élections favorables à la Ligue ont fait s’envoler le « spread », c’est-à-dire l’écart entre les taux d’intérêt allemand et italien à dix ans. Cette cote d’alerte sur la fiabilité de la dette italienne a atteint, lundi, son plus haut niveau depuis 2013. « Les élections seront un plébiscite, le peuple et la vraie vie contre les vieilles castes et ces messieurs du spread ! », fanfaronnedéjàMatteo Salvini, le chef de la Ligue.
Eviter de jeter de l’huile sur le feu
Les chances d’arrêter l’engrenage sont faibles. Pour cela, les décideurs européens doivent éviter de jeter de l’huile sur le feu en faisant la leçon aux Italiens. L’UE porte une lourde responsabilité dans la crise italienne, notamment par son manque de solidarité dans la vague migratoire que le pays a dû gérer. Il faut maintenant convaincre l’électorat italien, sans le braquer, que les thèses jusqu’au-boutistes des partis antisystème et leur onéreux programme économique finiraient par ruiner l’économie italienne et, par contrecoup, le projet européen, alors que les prochaines élections menacent de se transformer en référendum contre l’euro. Reste à trouver le leader capable d’incarner ce sursaut.

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Après avoir exprimé une rancœur légitime contre Bruxelles, les Grecs se sont finalement ravisés en 2015, estimant que la sortie de l’euro causerait plus de dégâts qu’elle ne réglerait de problèmes. Un exemple à méditer. Entre la peur de quitter l’Europe et la colère contre ses errements, quel sentiment l’emportera ? C’est aux Italiens de choisir.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Dans cette chronique, l’informaticien Gilles Dowek propose d’appliquer quatre principes qui pourraient contribuer à définir un usage responsable de ces ­outils capables de provoquer la mort sociale, voire la mort tout court d’un individu.
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Réseaux sociaux : « Les téléphones, les tablettes, les ordinateurs sont devenus des armes létales »

Dans cette chronique, l’informaticien Gilles Dowek propose d’appliquer quatre principes qui pourraient contribuer à définir un usage responsable de ces ­outils capables de provoquer la mort sociale, voire la mort tout court d’un individu.



Le Monde
 |    29.05.2018 à 11h00
    |

Gilles Dowek (Chercheur à l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria)







                        



                                


                            
Transformations. « Après plusieurs jours d’insultes et de harcèlement, je quitte les réseaux sociaux. » En une seule phrase, sobre mais ­précise, publiée sur son blog, la militante Caroline De Haas a rappelé le caractère inacceptable des insultes et des actes de harcèlement sur les réseaux sociaux et de microblogage. Elle a, ainsi, inversé le mouvement lancé quelques mois plus tôt par une autre militante, Sandra Muller, qui lançait, en octobre 2017, un appel aux femmes victimes de harcèlement sexuel : « #balancetonporc !! toi aussi raconte en donnant le nom et les détails un harcèl [em] ent sexuel que tu as connu dans ton boulot. Je vous attends. »
En accusant une personne d’un crime, réel ou imaginaire, nous pouvons, en quelques minutes, ruiner la réputation, la vie personnelle, la carrière de n’importe qui
Cette différence d’attitude nous incite à nous interroger sur les limites que nous souhaitons nous imposer, individuellement et collectivement, dans l’utilisation de ces réseaux. Pourquoi cette question est-elle importante ? Parce que les téléphones, les tablettes, les ordinateurs sont, avec ces ­réseaux, devenus des armes létales. En accusant une personne d’un crime, réel ou imaginaire, et en diffusant cette accusation à mille suiveurs, qui la rediffusent chacun à mille autres, nous pouvons, en quelques minutes, atteindre des millions de personnes et ruiner la réputation, la vie personnelle, la carrière de n’importe qui.
Et, en insistant un peu, provoquer sa mort sociale, voire sa mort tout court. Peu importe que la justice, quelques mois plus tard, condamne l’accusé ou l’innocente, voire condamne l’auteur de ces accusations : cette information passera inaperçue. Et ce grand pouvoir ne peut se concevoir qu’accompagné de grandes responsabilités…
Principes impératifs
Nous pourrions, par exemple, décider collectivement de nous imposer quatre principes pour un usage responsable de ces réseaux. Bien entendu,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Pour Eric Delbecque, spécialiste des questions de sécurité nationale, les services de renseignement ne forment plus le cœur du secret de la sécurité nationale. « Les dirigeants d’entreprises, les diplomates, les leaders d’opinion, les scientifiques, les universitaires s’affirment comme des cibles prioritaires des services étrangers », explique-t-il dans une tribune au « Monde ».
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« Nos responsables politiques et économiques n’ont aucune culture du renseignement »

Pour Eric Delbecque, spécialiste des questions de sécurité nationale, les services de renseignement ne forment plus le cœur du secret de la sécurité nationale. « Les dirigeants d’entreprises, les diplomates, les leaders d’opinion, les scientifiques, les universitaires s’affirment comme des cibles prioritaires des services étrangers », explique-t-il dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    29.05.2018 à 10h23
    |

Eric Delbecque (Spécialiste des questions de sécurité nationale et d'intelligence économique)







                        



                                


                            

Tribune. Ce type de « fuites » d’informations sensibles au sein des services de renseignement – en l’occurrence de la DGSE – arrive forcément : le passé nous en offre des exemples, connus ou non… C’est statistiquement inévitable dans un milieu centré sur la gestion de la confidentialité. Et les autres nations se révèlent confrontées, bien entendu, à des affaires de violation du secret de la défense nationale, de la même manière que nous le sommes. L’Oncle Sam nous en fournit l’exemple depuis plusieurs années, de WikiLeaks à Snowden ! Techniquement parlant, le secret occasionne régulièrement des révélations.
Ausculter suspicieusement les « services » apparaît donc parfaitement stérile. Avec les forces et les faiblesses de chaque entité, l’ensemble de la communauté du renseignement hexagonale réalise un travail assez remarquable ; évidemment, tout est toujours perfectible. Le reconnaître n’oblige pas à chercher les vulnérabilités là où elles ne se trouvent pas.

Ceux et celles qui s’engagent dans un métier de l’ombre le font par conviction et volonté de donner à leur vie du sens, et une pointe d’imprévisibilité et d’adrénaline (d’autant plus que le service public dans le secteur de la sécurité nationale ne motive pas grâce à l’argent…). On peut donc partir du principe qu’ils observeront leurs devoirs dans une écrasante majorité. De surcroît, les structures et les procédures permettent de garantir une efficacité satisfaisante dans la poursuite de la protection du secret.
Le socle de réponses adaptées aux menaces de ce siècle
Ce qui serait plus intéressant à l’occasion de cette affaire serait de réfléchir sur deux questions fondamentales.
Nos services sont-ils utilisés comme une grande démocratie moderne du XXIe siècle devrait le faire ou demeurent-ils des outils mal connus et insuffisamment exploités par nos dirigeants depuis plusieurs décennies ?
La seconde interrogation est également abyssale : à l’époque...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Pas de conflit fédérateur, pas de débouché politique, ni même de chef de file… Force est de constater que, cortège après cortège, la mobilisation sociale contre la politique du gouvernement s’essouffle, relève dans sa chronique l’éditorialiste au « Monde » Gérard Courtois.
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Article sélectionné dans La Matinale du 28/05/2018
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« La vigueur et l’ampleur du “mouvement populaire” s’étiolent au fil des semaines

Pas de conflit fédérateur, pas de débouché politique, ni même de chef de file… Force est de constater que, cortège après cortège, la mobilisation sociale contre la politique du gouvernement s’essouffle, relève dans sa chronique l’éditorialiste au « Monde » Gérard Courtois.



Le Monde
 |    29.05.2018 à 06h44
 • Mis à jour le
29.05.2018 à 11h14
    |

            Gérard Courtois








                        



                                


                            

Chronique. Comme une équipe sportive un peu trop sûre d’elle-même, le gouvernement n’a pas pu s’empêcher de chambrer ses adversaires. Premier ministre en tête. Au lendemain de la « marée populaire » appelée par la gauche radicale à envahir, samedi 26 mai, les villes de France pour dire « stop à Macron », Edouard Philippe a brocardé le « petit coefficient de marée » de cette mobilisation.
Au même moment, le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, a déclenché une belle bronca avec ses propos incendiaires sur la « passivité », voire la complicité, des manifestants à l’égard des black blocs et autres casseurs. Quant au porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, il n’a pas craint le ridicule en expliquant que, loin d’être le président des riches, Emmanuel Macron est en réalité le meilleur défenseur de « l’homme pauvre ».
Autant de provocations dont les uns et les autres auraient pu se dispenser. Quand les opposants boivent la tasse tout seuls, à quoi sert-il de leur mettre un peu plus la tête sous l’eau ? Car c’est bien ce qui s’est passé, samedi, avec cette marée populaire organisée par La France insoumise (LFI), la CGT et une soixantaine d’organisations et associations de gauche.
Jean-Luc Mélenchon peut bien estimer que le bilan de cette manifestation est « fécond », qu’elle « relance les dynamiques de l’engagement militant » et que les « réunions de préparation unitaires feront école ». Il peut assurer que « le mouvement politico-social que génère la lutte des cheminots s’enracine ». Il aura du mal à convaincre qu’il ne prend pas ses désirs pour la réalité.

Au risque d’être rangé dans la cohorte des « nervis de l’information de propagande », dénoncée avec sa verve habituelle par le blogueur en chef des « insoumis », force est en effet de constater que la mobilisation n’est toujours pas à la hauteur de ses attentes....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Dans une tribune au « Monde », Rémi Kauffer, spécialiste de l’histoire des services de renseignement, rappelle que c’est la première fois depuis 1986 que des agents français vont être traduits devant un tribunal pour trahison au profit de la Chine.
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« Agent double, un métier à risques »

Dans une tribune au « Monde », Rémi Kauffer, spécialiste de l’histoire des services de renseignement, rappelle que c’est la première fois depuis 1986 que des agents français vont être traduits devant un tribunal pour trahison au profit de la Chine.



Le Monde
 |    29.05.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
29.05.2018 à 10h24
    |

Rémi Kauffer (Spécialiste des questions de sécurité et de renseignement)







                        



                                


                            
Tribune. Ne trahissez jamais votre pays ! Non seulement c’est moche, mais par-dessus le marché, ça peut vous attirer de sérieux ennuis. A l’image de ceux qui attendent sans doute les deux membres de la DGSE et l’épouse de l’un d’entre eux, mis en examen pour « travail au profit d’une puissance étrangère ». Pour trahison, autrement dit. [Deux anciens agents de la DGSE, ainsi que la compagne de l’un d’eux, ont été mis en examen en décembre 2017, a confirmé le ministère des armées jeudi 24 mai. Ils sont soupçonnés d’avoir livré des informations à une puissance étrangère – la Chine, selon nos informations.]

Furent-ils des « rats bleus » (des agents retournés par un service secret adverse, dans le jargon imagé de la centrale française de renseignement) ? La justice le dira. En attendant, les regards se tournent vers la Chine. Celle-ci a beau s’en offusquer, nul n’ignore, dans le petit monde des services secrets, l’agressivité de son Guoanbu (ministère de la sécurité d’Etat). Chargée de l’espionnage à l’étranger, cette centrale a été créée, en 1983, par Deng Xiaoping.
Depuis, on l’a vue ourdir quelques coups fumants. Comme, justement, à la fin des années 1990, le harponnage d’un des deux mis en examen, alors chef de poste de la DGSE à Pékin, sous couverture diplomatique à l’ambassade. Rappelé à Paris dès février 1998, l’officier n’est pas poursuivi à cette époque. On préfère en effet éviter le scandale, tout en laissant planer le doute sur la véracité des informations qu’il a pu livrer. Mais le contre-espionnage est une longue patience : vingt ans plus tard, l’enquête débouchera sur son arrestation.
Depuis 1986, c’est la première fois que des Français vont être traduits devant un tribunal pour trahison au profit de la Chine. Il s’agissait alors de Bernard Boursicot, « tamponné » à Pékin en 1970 et identifié, treize ans plus tard, par la DST, l’ancêtre de la DGSI. Condamné à six ans de détention, ce Breton sera libéré...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Magali Bodon-Bruzel dirige le service de psychiatrie de la prison de Fresnes. Elle témoigne de son expérience auprès des criminels sexuels et de leurs victimes dans le livre « Sex Crimes ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
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Agresseurs sexuels : « Le “monstre” pour lequel nous n’avons aucune empathie peut évoluer »

Magali Bodon-Bruzel dirige le service de psychiatrie de la prison de Fresnes. Elle témoigne de son expérience auprès des criminels sexuels et de leurs victimes dans le livre « Sex Crimes ».



Le Monde
 |    29.05.2018 à 06h00
 • Mis à jour le
29.05.2018 à 10h46
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                            Florence Rosier








                        



                                


                            
La docteure Magali Bodon-Bruzel, psychiatre, est chef du pôle regroupant le service de psychiatrie de la prison de Fresnes et une unité d’hospitalisation spécialement aménagée (UHSA) pour détenus souffrant de troubles mentaux. Elle vient de publier Sex Crimes (Stock, 304 pages, 19 euros), avec le romancier Régis Descott. Une lecture prenante, souvent dérangeante, alors que 206 viols sont commis par jour en France, et qu’un millier d’auteurs de violences sexuelles seulement sont condamnés chaque année.
La France a récemment été marquée par ­plusieurs affaires de crimes sexuels. ­Comment parvenez-vous à prendre en charge les auteurs d’actes aussi monstrueux : pédophiles, auteurs d’incestes, violeurs et parfois tueurs en série ?
En tant que médecin, je me mets à la disposition de ceux qui ont commis ces actes graves, criminels, inacceptables, pour les accompagner, travailler avec eux, les aider à changer de comportement – si toutefois ils en ont l’envie et le courage, car il s’agit de courage. Tous les violeurs sont des salauds au moment de leur acte, mais certains, ou plus exactement une partie d’eux-mêmes, ne se reconnaissent pas dans ce qui a été commis. Ceux-là cherchent, et quelques-uns se mettent au travail…
Vous arrive-t-il d’avoir du dégoût, ou de la ­compassion pour certains de ces criminels ?
Je suis médecin psychiatre : mon travail est d’écouter leur souffrance et de la prendre en charge. Les choses sont rarement binaires. Ma compassion peut varier selon les personnes qui sont en face de moi, mais également selon les moments de leur parcours. Je suis aussi une personne humaine : je peux trouver abjects certains agresseurs. Dans une affaire comme celle de Nordahl Lelandais [meurtrier de Maëlys, 9 ans, et d’Arthur Noyer], il paraît compliqué d’avoir de la compassion pour l’agresseur.
Mais le « monstre » pour lequel nous n’avons aucune empathie peut évoluer. C’est toute l’ambivalence...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Le texte part du principe que la sexualité des jeunes est illégitime. A tort, estiment deux chercheurs de l’INED et de l’Inserm dans une tribune au « Monde ».
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Article sélectionné dans La Matinale du 28/05/2018
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« Le projet de loi renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes ne tient pas compte des réalités sociales »

Le texte part du principe que la sexualité des jeunes est illégitime. A tort, estiment deux chercheurs de l’INED et de l’Inserm dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    29.05.2018 à 04h45
 • Mis à jour le
29.05.2018 à 08h55
    |

Nathalie Bajos (Directrice de recherches à l’Inserm) et Michel Bozon (Directeur de recherches à l'INED)







                        



                                


                            

Tribune. A l’occasion du vote du projet de loi sur les violences sexuelles et sexistes, les débats se sont focalisés sur l’article 2, adopté le 16 mai en première lecture par l’Assemblée nationale. L’article vient compléter les articles du code pénal qui disposent, depuis 1992, qu’une personne majeure peut être poursuivie « s’il est établi qu’elle a exercé sans violence, contrainte, menace ni surprise une atteinte sexuelle sur la personne d’un mineur de 15 ans ». Il aggrave la peine d’emprisonnement (de 5 à 10 ans) et le montant de l’amende (de 75 000 à 150 000 euros) « lorsqu’un acte de pénétration sexuelle a été commis ».

Cet article, qui ne remplace pas le crime de viol mais permet de condamner plus sévèrement un acte de pénétration non consenti quand la victime ne peut apporter les preuves constitutives d’un viol, risque néanmoins de conduire à une correctionnalisation des viols sur mineurs, requalifiés en atteintes sexuelles, comme souligné par le Haut Conseil à l’égalité et le Syndicat national de la magistrature.
Il a par ailleurs pour effet de poser l’illégitimité de la sexualité des jeunes, notamment des jeunes femmes. En effet, l’atteinte sexuelle n’étant pas définie en droit, cette formulation rend pénalisable tout rapport sexuel, consenti ou non, entre un adulte et une personne de moins de 15 ans, ce qui était déjà le cas dès l’article de 1992.
Double standard de genre
Dans un souci légitime de protection des mineurs, on postule ainsi que les adolescents de moins de 15 ans ne sauraient avoir des rapports sexuels consentis. Les connaissances scientifiques sur la sexualité ne semblent pas avoir été prises en compte par le comité chargé de préparer ce projet de loi, composé de médecins, de psychologues et de juristes. Elles donnent pourtant à voir une réalité sociale dont il ne tient pas compte.

Les rapports avant 15 ans existent, mais ils sont minoritaires et leur fréquence...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Analyse. Tant que Washington exigera comme préalable aux pourparlers un engagement de Pyongyang à renoncer à son arsenal nucléaire, le dialogue sera bloqué, estime Philippe Pons, correspondant du « Monde » au Japon.
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Difficile amorce d’une sortie de l’impasse coréenne

Analyse. Tant que Washington exigera comme préalable aux pourparlers un engagement de Pyongyang à renoncer à son arsenal nucléaire, le dialogue sera bloqué, estime Philippe Pons, correspondant du « Monde » au Japon.



Le Monde
 |    29.05.2018 à 04h30
 • Mis à jour le
29.05.2018 à 09h53
    |

            Philippe Pons (Tokyo, correspondant)








                        



                                


                            

Analyse. Depuis plus d’un quart de siècle, la crise nucléaire nord-coréenne est une suite d’occasions manquées. L’annulation du sommet entre le président américain, Donald Trump, et le dirigeant nord-coréen, Kim Jong-un, prévu le 12 juin à Singapour, a failli en être une illustration. Une éventualité qui n’est pas à exclure, même si M. Trump a fait volte-face, annonçant que le sommet aurait bien lieu. Les diplomates s’affairent en tout cas à le ressusciter.
Le feuilleton diplomatique des « oui-non-oui » de Washington affaiblit la position américaine vis-à-vis des principaux acteurs dans cette crise, qui ont, eux, une stratégie précise : les deux Corées, dont les dirigeants se sont rencontrés le 26 mai à Panmunjom, dans la zone démilitarisée, ont réaffirmé la poursuite de leur rapprochement et leur souhait que ce sommet ait lieu ; Kim Jong-un se donne une image de dirigeant s’en tenant à son engagement à négocier ; quant à la Chine, elle avait qualifié de « très regrettable » l’annulation du sommet.
« Si les états-Unis nous mettent au pied du mur et exigent que nous renoncions unilatéralement à l’arme nucléaire, nous n’aurons plus d’intérêt à des discussions » Kim Kye-gwan, ministre adjoint des affaires étrangères de Corée du Nord
Après des semaines de déclarations ambiguës sur le règlement de la crise coréenne, cette crispation a eu le mérite d’éclaircir le jeu. En évoquant l’exemple libyen comme modèle de dénucléarisation, le conseiller à la sécurité de M. Trump, le belliciste John Bolton, a provoqué – maladroitement ou délibérément – une réaction de Pyongyang. Le sort de la Libye est une question sensible pour les dirigeants nord-coréens : en 2003, en échange de la levée des sanctions internationales, celle-ci renonça à son programme nucléaire. Huit ans plus tard, elle était bombardée par les forces de l’OTAN soutenant les rebelles et Mouammar Kadhafi était tué.
La réponse de Pyongyang ne s’est pas fait attendre :...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Le lauréat de l’édition 2018 du Prix du meilleur jeune économiste explique dans cet entretien au « Monde » pourquoi il s’est passionné dès le début de ses études pour les sujets de fiscalité et les paradis fiscaux.
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Gabriel Zucman : « Comprendre les implications de l’évasion fiscale »

Le lauréat de l’édition 2018 du Prix du meilleur jeune économiste explique dans cet entretien au « Monde » pourquoi il s’est passionné dès le début de ses études pour les sujets de fiscalité et les paradis fiscaux.



Le Monde
 |    28.05.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
28.05.2018 à 12h38
    |

            Philippe Escande








                        



   


Gabriel Zucman, 31 ans, est professeur assistant d’économie à l’université de Berkeley, en Californie. Il explique pourquoi il s’est passionné dès le début de ses études pour les sujets de fiscalité et les paradis fiscaux.
Comment en êtes-vous venu, très jeune, à vous intéresser aux sujets de fiscalité ?
La fiscalité, c’est-à-dire la manière dont on prélève et on redistribue la moitié de la richesse produite chaque année, est sans doute la question la plus importante à laquelle on doit faire face en tant que citoyen. Si les impôts sont injustes ou inefficaces, c’est notre capacité à agir collectivement qui est minée. Je suis un enfant de la crise financière : quand j’ai commencé ma thèse, en 2009, j’ai voulu comprendre ce qui se passait. Cela m’a conduit à regarder les statistiques bancaires internationales.
On y voit des centaines de milliards de dollars qui passent par les îles Caïmans, le Luxembourg ou Hongkong. J’ai voulu comprendre ce qui relevait de l’évasion ou de l’optimisation fiscale, et quelles implications tout cela pouvait avoir pour les gouvernements et l’impôt au XXIe siècle.
Comment avez-vous procédé et qu’avez-vous trouvé ?
J’ai d’abord cherché à quantifier ces pratiques, celles des grandes fortunes et celles des sociétés multinationales. Pour cela, j’ai combiné les données macroéconomiques provenant des banques centrales et celles de la comptabilité nationale. De plus, nous nous sommes appuyés sur les informations émanant des fuites du type SwissLeaks ou Panama Papers. Enfin, certaines administrations fiscales, notamment des pays nordiques, ont accepté de travailler avec nous. Nous avons ainsi établi que 8 % du patrimoine financier mondial est détenu dans les paradis fiscaux, soit près de 7 900 milliards d’euros.
Qui en sont les propriétaires ?
Nous nous sommes rendu compte qu’ils étaient en fait très peu nombreux. Les ultrariches, ceux dont le patrimoine est supérieur à 50 millions d’euros et qui représentent 0,01 % de la population mondiale, possèdent 50 % de cette masse d’argent, dont une grande partie est non déclarée. Qu’il y ait de l’évasion fiscale parmi les plus fortunés pourrait surprendre, dans la mesure où le fisc a tout intérêt à surveiller ces contribuables de près. Pour bien comprendre ce phénomène, au lieu de s’intéresser aux fraudeurs, il faut étudier ceux qui les aident, cette industrie de conseillers, avocats, banquiers qui perçoivent des commissions élevées.
Quel est le danger d’une telle évasion fiscale pour les pays ?
En dehors de l’aspect purement financier, le risque est d’alimenter une course au moins-disant fiscal pour les grandes fortunes, un phénomène qu’on a observé un peu partout dans le monde ces dernières années – particulièrement en Europe. A terme, cette érosion de la progressivité de l’impôt risque d’alimenter une spirale inégalitaire.
Et pour les multinationales, est-ce aussi massif ?
Largement, puisque nos recherches montrent que 40 % des profits des multinationales sont déclarés dans des paradis à fiscalité faible ou nulle, soit près de 650 milliards de dollars chaque année. Ainsi, Google, en 2016, a enregistré près de 20 milliards de recettes aux Bermudes. Un pays où son activité réelle est quasi inexistante mais où le taux d’imposition est de zéro. Contrairement aux fortunes privées, les entreprises ne cherchent pas à dissimuler des richesses, mais elles choisissent où elles déclarent leurs profits en jouant sur les prix auxquels elles se facturent des prestations à elles-mêmes.
Les gouvernements ne sont pas arrivés à lutter et ont quasiment perdu foi dans la taxation des multinationales. C’est comme cela que les grands gagnants de la mondialisation de ces quarante dernières années, les Apple, Google ou Amazon, sont aussi ceux qui payent le moins d’impôt. Or la mondialisation a-t-elle un avenir si ceux-là mêmes qui en bénéficient le plus voient leurs impôts baisser, et quand ceux qui en pâtissent voient les leurs augmenter ? On peut en douter. Le vote Trump aux Etats-Unis ou celui en faveur du Brexit au Royaume-Uni peuvent être analysés comme une réaction à cet état de fait.
Que faudrait-il faire ?
Les Etats – et non les entreprises – devraient choisir où les profits sont taxables, en instaurant un système où le bénéfice mondial est ventilé à l’aide d’une clé de répartition non manipulable. Par exemple, en fonction du chiffre d’affaires réalisé dans chaque pays. Si Apple réalise un bénéfice mondial de 100 et 10 % de ses ventes en France, il devra déclarer un profit de 10 dans ce pays et payer les impôts qui correspondent à ce montant. Ce système mettrait fin du jour au lendemain à l’optimisation fiscale et à la délocalisation dans des territoires à fiscalité faible. D’ailleurs, il existe déjà et fonctionne bien pour les gouvernements locaux qui ont leurs propres impôts sur les sociétés. Aux Etats-Unis, il est en vigueur entre les différents Etats. En Californie, l’impôt est de 9 % et au Texas, de 0 %. Cela n’empêche pas Apple d’être installé en Californie.
Mais les Etats ont tout de même réagi depuis quelques années ?
Oui, il y a eu de vrais progrès, comme l’échange automatique de données bancaires, mais c’est loin d’être suffisant. On fait encore confiance aux paradis fiscaux, alors que ceux-ci gagnent beaucoup d’argent avec ce système et ne sont donc pas incités à la transparence. L’Europe pourrait imposer des sanctions élevées, mais elle n’arrive pas à articuler un discours de nature à changer en profondeur les comportements. Avec d’autres chercheurs, nous travaillons sur la faisabilité de l’établissement d’un cadastre financier mondial, équivalent à ce qui existe dans l’immobilier en France depuis 1791, mais qui recenserait la détention d’avoirs financiers comme des actions ou des obligations.
Comme beaucoup de vos collègues, après vos études en France, vous vous êtes installé aux Etats-Unis, alors que vous êtes très présent dans le débat français. Pourquoi ?
Tous les jeunes chercheurs français sont fortement encouragés à passer quelques années à l’étranger, et ce pour de bonnes raisons : ces années sont essentielles pour se confronter à la communauté scientifique internationale et pour développer une réflexion innovante et indépendante. Une particularité de la science économique est qu’elle est très concentrée aux Etats-Unis, plus que d’autres disciplines, comme les mathématiques par exemple, d’où la présence de nombreux jeunes économistes de tous les pays, et pas seulement français, outre-Atlantique. C’est ce contexte qui explique pourquoi quelqu’un comme moi enseigne aujourd’hui, à 31 ans, en Californie.

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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Cette professeure d’économie à Harvard, âgée de 32 ans, fait partie des trois nominés de l’édtion 2018 du Prix du meilleur jeune économiste. Elle revient dans cet entretien au « Monde » sur son travail.
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Stefanie Stantcheva : « Les politiques fiscales sont dangereuses si elles sont mal conçues »

Cette professeure d’économie à Harvard, âgée de 32 ans, fait partie des trois nominés de l’édtion 2018 du Prix du meilleur jeune économiste. Elle revient dans cet entretien au « Monde » sur son travail.



Le Monde
 |    28.05.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
28.05.2018 à 12h41
    |

            Elise Barthet








                        



   


La question des inégalités s’est imposée ces dernières années dans le débat économique. Comment vos travaux sur la fiscalité y contribuent-ils ?
J’essaie de comprendre comment on peut concevoir au mieux des politiques publiques qui réduisent les inégalités sans sacrifier la productivité des entreprises, l’innovation et la croissance. Dans cette perspective, j’ai travaillé sur différents systèmes d’imposition. Avec Emmanuel Saez, qui enseigne à Berkeley, nous nous sommes demandé comment les actifs financiers et immobiliers étaient distribués dans la population et comment ils réagissaient aux évolutions de l’imposition. On a pu ainsi développer un modèle simple de taxation optimale du capital.
Qu’est-ce qu’une politique publique « optimale » quand on parle de fiscalité ?
Disons que, du point de vue des économistes, il s’agit de maximiser le bien-être social. L’objectif est de répartir de la façon la plus efficace possible les charges qui pèsent sur les individus d’une société. Pour apprécier les effets d’une politique publique sur le bien-être social, la méthode traditionnelle consiste à agréger les pertes et les gains des individus en donnant un poids plus faible aux personnes à haut revenu (une perte de 10 euros a moins d’impact sur le bien-être d’une personne à revenu élevé que sur celui d’une personne à revenu faible). Mais si on veut vraiment comprendre les préférences des gens, cela ne suffit pas : il faut tenir compte d’autres éléments.
Lesquels ?
Pour mes recherches, je me suis appuyée sur des enquêtes basées sur de grands échantillons représentatifs. J’ai cherché à saisir les raisons qui poussaient les gens à soutenir telle ou telle politique publique. Il en est ressorti que leurs « préférences sociales » étaient beaucoup plus complexes que ce qui est habituellement modélisé en économie. Par exemple, la richesse héritée n’est pas valorisée de la même manière que celle acquise par le travail. Le sentiment d’évoluer ou non dans une société équitable joue également un rôle déterminant dans la manière dont les politiques publiques sont reçues.
Avec Alberto Alesina et Edoardo Teso, nous avons travaillé sur la mobilité sociale dans six pays. Nous avons constaté que les Européens, et en particulier les Français, étaient beaucoup plus pessimistes que ce que la réalité permet d’expliquer. A l’inverse, les gens aux Etats-Unis sont suroptimistes, alors même que le rêve américain a vécu. Les perceptions peuvent donc être en complet décalage avec la réalité. Or, elles ont un impact énorme sur le soutien ou non aux politiques redistributives.
Plus les individus pensent qu’il est difficile de s’extraire de leur milieu d’origine, plus ils sont favorables à la redistribution, et vice versa. Nous essayons de développer des modèles flexibles qui tiennent compte de ces distorsions.
Pourquoi avez-vous décidé de travailler sur ces sujets ?
Ce qui est particulièrement intéressant avec les taxes et les transferts, c’est que ce sont des instruments extrêmement puissants. Ils peuvent être très efficaces, mais aussi très dangereux s’ils sont mal conçus. Leurs évolutions ont des répercussions considérables sur les gens, l’innovation, le travail, l’investissement, l’épargne… Nous y sommes tous confrontés quotidiennement, même si nous ne nous en rendons pas toujours compte.

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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Ce professeur à l’université Lille-III et chercheur associé à la chaire transitions démographiques-transitions économiques, âgé de 39 ans, fait partie des trois nominés de l’édtion 2018 du Prix du meilleur jeune économiste. Il revient dans cet entretien au « Monde » sur son travail.
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Xavier Chojnicki : « Les réformes des retraites dégradent toujours le niveau des pensions »

Ce professeur à l’université Lille-III et chercheur associé à la chaire transitions démographiques-transitions économiques, âgé de 39 ans, fait partie des trois nominés de l’édtion 2018 du Prix du meilleur jeune économiste. Il revient dans cet entretien au « Monde » sur son travail.



Le Monde
 |    28.05.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
28.05.2018 à 12h39
    |

            Anne Rodier








                        



   


Spécialiste d’économie des migrations et du vieillissement, vous vous intéressez à tous les aspects économiques liés à la démographie : la santé, l’emploi, l’équité intergénérationnelle… En quoi vos travaux s’inscrivent-ils dans l’actualité ?
C’est mon objectif premier que de choisir des thématiques en lien avec l’actualité et qui peuvent donner lieu à débat. Par exemple, mon dernier article, coécrit avec les économistes Lionel Ragot et Ndeye-Penda Sokhna, analyse le coût de l’immigration sur les finances publiques. La reconstitution de toute la comptabilité des ménages de 1979 à 2011 et le calcul de leur contribution nette (les impôts payés moins les prestations reçues) aux finances publiques montre une quasi-neutralité de la population immigrée sur le déficit public primaire (hors intérêts de la dette). Ceci s’explique par une structure démographique favorable – ils sont relativement plus nombreux chez les actifs –, qui compense leur moindre contribution nette individuelle, en raison de revenus plus faibles en moyenne.
Comment en êtes-vous venu à vous intéresser aux questions de démographie ?
Dès le lycée, la découverte des théories de Thomas Malthus a ouvert ma curiosité sur les liens entre démographie et économie, mais comme souvent, tout est une question de rencontres. Celle avec mes directeurs de thèses, Lionel Ragot et Frédéric Docquier, tous deux spécialistes de ces thématiques, a été déterminante.
L’étude de l’immigration apporte-t-elle aussi des réponses sur le marché de l’emploi ?
Avec l’économiste Yasser Moullan, nous avons observé comment, par le passé, les pays de l’OCDE ont réglé les pénuries de médecins, soit par la formation, soit par l’immigration. Nous avons montré que l’efficacité de ces deux types de politique dépend à la fois de la capacité des dirigeants à anticiper le choc, de la nature de la pénurie – temporaire ou permanente – et de son ampleur. Le recours aux médecins étrangers est efficace lorsque le choc n’est ni trop fort ni trop long. En France aujourd’hui, cette politique migratoire serait insuffisante. La seule réponse efficace serait de former davantage de médecins.
Vous avez également beaucoup travaillé sur les systèmes de retraite. Qu’en retenir avant la prochaine réforme envisagée par Emmanuel Macron ?
Que les réformes menées depuis 1993 ne sont pas neutres sur le montant des pensions. L’observation des indicateurs instantanés d’équité, comme le taux de remplacement (pourcentage du revenu pour établir la pension), montre que les réformes dégradent toujours le niveau des pensions. Les retraités subissent une perte de pouvoir d’achat par rapport aux actifs. En revanche, la mesure de l’équité intertemporelle, c’est-à-dire la comparaison du revenu disponible sur toute la vie – étudiée pour toutes les générations nées entre 1910 et 2015 –, indique que la situation des retraités post-réforme n’est pas moins favorable que celle des générations plus anciennes.
Conclusion, les réformes qui induisent un taux de remplacement plus faible ne conduisent pas forcément au sacrifice d’une ou plusieurs générations afin de garantir la viabilité du système. La retraite par répartition se caractérise toujours par une forme d’iniquité entre les générations, particulièrement en temps de réforme, mais c’est bien la croissance économique qui assure la hausse du niveau de vie.

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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Ce professeur assistant en économie de l’innovation et de l’entrepreneuriat à l’université de Zürich, âgé de 34 ans, fait partie des trois nominés de l’édtion 2018 du Prix du meilleur jeune économiste. Il revient dans cet entretien au « Monde » sur son travail.
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David Hémous : « L’automatisation est inhérente à la croissance économique »

Ce professeur assistant en économie de l’innovation et de l’entrepreneuriat à l’université de Zürich, âgé de 34 ans, fait partie des trois nominés de l’édtion 2018 du Prix du meilleur jeune économiste. Il revient dans cet entretien au « Monde » sur son travail.



Le Monde
 |    28.05.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
28.05.2018 à 12h40
    |

            Antoine Reverchon








                        



   


Vos recherches portent sur deux sujets majeurs du débat public : le rôle des « technologies vertes » dans la lutte contre le réchauffement et celui du progrès technique dans les inégalités de revenus. Quelles prescriptions de politique publique en tirez-vous ?
Le débat sur les politiques climatiques tourne surtout autour de la taxe carbone, alors que la clef pour réduire les émissions futures à moindre coût est le développement des technologies propres. Pour que ce développement soit suffisant, il faudrait une taxe carbone très élevée, dont le coût économique serait trop important, d’autant plus qu’elle incite à la délocalisation des industries polluantes vers les pays non régulés. Si la taxe carbone est nécessaire pour réduire les émissions à court terme, elle doit donc être complétée par un soutien direct à l’innovation dans les technologies propres afin de réduire les émissions futures.
Et en matière d’inégalités de revenus ?
Les modèles de croissance décrivent traditionnellement une économie où, en temps normal, les revenus croissent au même taux et, donc, où toute augmentation des inégalités est due à des chocs exogènes. J’ai élaboré un modèle qui montre que, comme les salaires augmentent lorsqu’une économie se développe, le progrès technologique s’oriente de plus en plus vers des technologies se substituant au travail humain, devenu plus coûteux. Autrement dit, l’automatisation est endogène au développement. De ce fait, les inégalités de revenus entre les métiers les plus routiniers et les autres, au sein d’une même industrie, d’un même pays, s’accroissent naturellement. D’autant que ces technologies non seulement remplacent les emplois moins qualifiés, mais augmentent aussi la productivité des plus qualifiés.
Les inégalités ne viennent-elles pas également des politiques qui réduisent le coût du travail en le précarisant ?
C’est une partie de l’explication, mais c’est bien la mécanisation qui explique les évolutions du coût marginal du travail sur une longue période. En revanche, les différences de taux de chômage entre pays s’expliquent par des dynamiques institutionnelles différentes.
Comment réduire ces inégalités ?
En qualifiant les moins qualifiés par la formation, mais ce n’est efficace qu’à long terme. A court terme, la politique fiscale peut aider, avec, par exemple, un impôt négatif sur les bas salaires. On peut également venir en aide directement aux professions les plus touchées. Augmenter fortement le salaire minimum, en revanche, risque d’avoir des effets pervers et d’accélérer encore plus la mécanisation. Il ne faut pas non plus conclure qu’il faut taxer l’innovation, qui contribue à la croissance.
« Matheux » et diplômé de Polytechnique, pourquoi avez-vous choisi l’économie ?
J’ai découvert à l’X que je pouvais allier mon goût des maths avec mon intérêt pour le débat public. Je voulais comprendre pourquoi certains pays, certaines époques, avaient connu une croissance phénoménale, et d’autres non. Je me suis inscrit en thèse d’économie à Harvard, où le cours de Philippe Aghion m’a fait découvrir le thème de la « croissance verte ». J’y ai aussi participé à un séminaire interdisciplinaire sur les causes de la stagnation du salaire médian américain depuis les années 1970. L’économie est une discipline particulièrement adaptée pour émettre des hypothèses que l’on peut vérifier par des données empiriques.

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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Jeune professeur de 31 ans à l’université de Berkeley, en Californie, Gabriel Zucman est le lauréat de cette 19e édition du Prix créé, en 2000, par « Le Monde » et le Cercle des économistes.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     
                                                

Gabriel Zucman a reçu le prix du meilleur jeune économiste 2018

Jeune professeur de 31 ans à l’université de Berkeley, en Californie, Gabriel Zucman est le lauréat de cette 19e édition du Prix créé, en 2000, par « Le Monde » et le Cercle des économistes.



Le Monde
 |    28.05.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
28.05.2018 à 16h27
   





                        



   


Depuis sa création, le Prix du meilleur jeune économiste, décerné par Le Monde et le Cercle des économistes, vise à distinguer non seulement l’excellence de la production académique des économistes français de moins de 41 ans, mais aussi leur contribution au débat public en matière de politique économique ou de prise de décision parmi les acteurs privés, en n’oubliant pas les autres sciences sociales.
Pour l’attribution du Prix du meilleur jeune économiste 2018 et des trois nominations, le jury a reçu quarante-huit candidatures
On retrouve donc, dans l’attribution de ce prix, la mission du Cercle des économistes, qui est d’organiser et de promouvoir un débat économique ouvert et accessible à tous. Fondé, en 1992, à l’initiative de Jean-Hervé Lorenzi, le Cercle réunit 30 membres, pour la plupart universitaires, qui ont exercé ou exercent des responsabilités privées ou publiques. Chacun de ces membres a des approches et des compétences différentes. Mais une conviction les rassemble : la nécessité d’offrir un espace de dialogue et de confrontation d’idées entre les économistes et avec la société.
Cette année, pour l’attribution du Prix du meilleur jeune économiste 2018 et des trois nominations, le jury a reçu quarante-huit candidatures, contre quarante-deux en 2017, quarante-cinq en 2016, quarante et une en 2015, et trente-quatre en 2014. Douze des participants présentaient leur candidature pour la première fois, et trente-six avaient déjà été candidats. Dix candidats sont en poste à l’étranger, trente-huit en France. On dénombre seulement neuf femmes.
Inégalités et fiscalité
Les travaux des candidats donnent un aperçu des thématiques de recherche dominantes au sein de cette génération de jeunes économistes. Parmi les lauréats, citons la mesure des inégalités de patrimoine, les méthodes d’optimisation fiscale, les conséquences des inégalités et de la fiscalité sur la croissance à long terme ; les effets des migrations internationales et du vieillissement, notamment sur les systèmes de protection sociale ; les rapports entre politiques climatiques et changement technique, et les relations entre inégalités de revenus, coût du travail des non-qualifiés et innovation technologique dans un contexte d’automatisation croissante des processus de production ; les interdépendances entre la fiscalité, l’acquisition du capital humain, l’innovation et l’entrepreneuriat, et les rapports entre la mobilité sociale et les fondements des préférences sociales pour la redistribution.

        Lire l’entretien avec le lauréat 2018 :
         

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Dans les programmes de recherche des autres candidats, on retrouve les thématiques traditionnelles : les imperfections de la finance et les questions de volatilité des prix d’actifs ; les effets du commerce international sur l’emploi ou le cycle économique ; les rapports entre la fiscalité et l’offre de travail ; le rôle des rigidités ou des modes de négociation collective sur le marché du travail ; les relations entre démographie, immigration et croissance ; les conséquences de l’innovation sur la croissance potentielle…
Il est aujourd’hui nécessaire de repenser et d’imaginer de systèmes de production bouleversés par les technologies numériques
Mais on découvre également des préoccupations très proches des défis d’aujourd’hui : le poids des discriminations par genre, par appartenance sociale ou religieuse dans l’accès à l’emploi ; la question des inégalités d’accès à l’éducation et les effets hétérogènes des politiques de la ville ; les enjeux de la concentration des médias et de la diffusion des informations par les réseaux sociaux, la mondialisation des chaînes de création de valeur…
On peut cependant regretter une sous-représentation des recherches consacrées à l’économie de la firme et des systèmes productifs. Il est aujourd’hui nécessaire de repenser et d’imaginer des systèmes de production bouleversés par les technologies numériques ; reconsidérer la concurrence sur les marchés, qui exige d’autres formes de régulation. Et comment ne pas évoquer les bouleversements que va apporter l’intelligence artificielle dans les processus d’innovation et l’organisation des entreprises ? Les économistes se saisissent encore insuffisamment de tous ces sujets. Le clivage entre la connaissance économique d’un côté, le monde politique et les citoyens de l’autre, est loin de s’être dissipé.
L’ambition du Cercle des économistes est de réduire cette distance, notamment à l’occasion des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, dont la thématique, « Les métamorphoses du monde », interrogera, du 6 au 8 juillet, notre capacité à maîtriser ces évolutions et à se réapproprier le changement.

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Un prix créé, en 2000, par « Le Monde » et le Cercle des économistes
Le Prix du meilleur jeune économiste – créé en 2000 par Le Monde et le Cercle des économistes – vise à valoriser les travaux d’un économiste français ou travaillant en France, âgé de moins de 41 ans. Pouvaient concourir tous les économistes issus du monde universitaire, en France ou à l’étranger, dont les travaux relèvent de l’économie appliquée et permettent de promouvoir le débat public.
Les candidats devaient adresser au Cercle des économistes, outre un CV détaillé, les trois publications leur paraissant les plus représentatives de leur production scientifique, ainsi qu’une note de synthèse soulignant l’intérêt et l’originalité de leurs apports. Il s’agissait de distinguer non seulement l’excellence de la production académique des jeunes économistes français, mais aussi leur contribution au débat public. Sur cette base, les membres du Cercle des économistes ont évalué les dossiers et le jury final, présidé par André Cartapanis et associant à parité les représentants du Cercle des économistes et du Monde, a attribué le prix et décerné trois nominations, remis à la Banque de France par Pierre Nora, historien et membre de l’Académie française.
Le palmarès
Les distinctions de 2018 : Prix du meilleur jeune économiste : Gabriel Zucman ; Nominés : Xavier Chojnicki, David Hémous et Stefanie Stantcheva.
Les lauréats de 2000 à 2017:
– Bruno Amable et Agnès Benassy-Quéré (2000).
– Pierre Cahuc (2001).
– Philippe Martin et Thomas Piketty (2002).
– Pierre-Cyrille Hautcœur (2003).
– David Martimort (2004).
– Esther Duflo et Elyès Jouini (2005).
– Thierry Mayer et Etienne Wasmer (2006).
– David Thesmar (2007).
– Pierre-Olivier Gourinchas (2008).
– Yann Algan et Thomas Philippon (2009).
– Emmanuel Saez (2010).
– Xavier Gabaix (2011).
– Hippolyte d’Albis (2012).
– Emmanuel Farhi (2013).
– Augustin Landier (2014).
– Pascaline Dupas (2015).
– Camille Landais (2016).
– Antoine Bozio (2017).





                            


                        

                        

