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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Le lauréat de l’édition 2018 du Prix du meilleur jeune économiste explique dans cet entretien au « Monde » pourquoi il s’est passionné dès le début de ses études pour les sujets de fiscalité et les paradis fiscaux.
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Gabriel Zucman : « Comprendre les implications de l’évasion fiscale »

Le lauréat de l’édition 2018 du Prix du meilleur jeune économiste explique dans cet entretien au « Monde » pourquoi il s’est passionné dès le début de ses études pour les sujets de fiscalité et les paradis fiscaux.



Le Monde
 |    28.05.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
28.05.2018 à 12h38
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            Philippe Escande








                        



   


Gabriel Zucman, 31 ans, est professeur assistant d’économie à l’université de Berkeley, en Californie. Il explique pourquoi il s’est passionné dès le début de ses études pour les sujets de fiscalité et les paradis fiscaux.
Comment en êtes-vous venu, très jeune, à vous intéresser aux sujets de fiscalité ?
La fiscalité, c’est-à-dire la manière dont on prélève et on redistribue la moitié de la richesse produite chaque année, est sans doute la question la plus importante à laquelle on doit faire face en tant que citoyen. Si les impôts sont injustes ou inefficaces, c’est notre capacité à agir collectivement qui est minée. Je suis un enfant de la crise financière : quand j’ai commencé ma thèse, en 2009, j’ai voulu comprendre ce qui se passait. Cela m’a conduit à regarder les statistiques bancaires internationales.
On y voit des centaines de milliards de dollars qui passent par les îles Caïmans, le Luxembourg ou Hongkong. J’ai voulu comprendre ce qui relevait de l’évasion ou de l’optimisation fiscale, et quelles implications tout cela pouvait avoir pour les gouvernements et l’impôt au XXIe siècle.
Comment avez-vous procédé et qu’avez-vous trouvé ?
J’ai d’abord cherché à quantifier ces pratiques, celles des grandes fortunes et celles des sociétés multinationales. Pour cela, j’ai combiné les données macroéconomiques provenant des banques centrales et celles de la comptabilité nationale. De plus, nous nous sommes appuyés sur les informations émanant des fuites du type SwissLeaks ou Panama Papers. Enfin, certaines administrations fiscales, notamment des pays nordiques, ont accepté de travailler avec nous. Nous avons ainsi établi que 8 % du patrimoine financier mondial est détenu dans les paradis fiscaux, soit près de 7 900 milliards d’euros.
Qui en sont les propriétaires ?
Nous nous sommes rendu compte qu’ils étaient en fait très peu nombreux. Les ultrariches, ceux dont le patrimoine est supérieur à 50 millions d’euros et qui représentent 0,01 % de la population mondiale, possèdent 50 % de cette masse d’argent, dont une grande partie est non déclarée. Qu’il y ait de l’évasion fiscale parmi les plus fortunés pourrait surprendre, dans la mesure où le fisc a tout intérêt à surveiller ces contribuables de près. Pour bien comprendre ce phénomène, au lieu de s’intéresser aux fraudeurs, il faut étudier ceux qui les aident, cette industrie de conseillers, avocats, banquiers qui perçoivent des commissions élevées.
Quel est le danger d’une telle évasion fiscale pour les pays ?
En dehors de l’aspect purement financier, le risque est d’alimenter une course au moins-disant fiscal pour les grandes fortunes, un phénomène qu’on a observé un peu partout dans le monde ces dernières années – particulièrement en Europe. A terme, cette érosion de la progressivité de l’impôt risque d’alimenter une spirale inégalitaire.
Et pour les multinationales, est-ce aussi massif ?
Largement, puisque nos recherches montrent que 40 % des profits des multinationales sont déclarés dans des paradis à fiscalité faible ou nulle, soit près de 650 milliards de dollars chaque année. Ainsi, Google, en 2016, a enregistré près de 20 milliards de recettes aux Bermudes. Un pays où son activité réelle est quasi inexistante mais où le taux d’imposition est de zéro. Contrairement aux fortunes privées, les entreprises ne cherchent pas à dissimuler des richesses, mais elles choisissent où elles déclarent leurs profits en jouant sur les prix auxquels elles se facturent des prestations à elles-mêmes.
Les gouvernements ne sont pas arrivés à lutter et ont quasiment perdu foi dans la taxation des multinationales. C’est comme cela que les grands gagnants de la mondialisation de ces quarante dernières années, les Apple, Google ou Amazon, sont aussi ceux qui payent le moins d’impôt. Or la mondialisation a-t-elle un avenir si ceux-là mêmes qui en bénéficient le plus voient leurs impôts baisser, et quand ceux qui en pâtissent voient les leurs augmenter ? On peut en douter. Le vote Trump aux Etats-Unis ou celui en faveur du Brexit au Royaume-Uni peuvent être analysés comme une réaction à cet état de fait.
Que faudrait-il faire ?
Les Etats – et non les entreprises – devraient choisir où les profits sont taxables, en instaurant un système où le bénéfice mondial est ventilé à l’aide d’une clé de répartition non manipulable. Par exemple, en fonction du chiffre d’affaires réalisé dans chaque pays. Si Apple réalise un bénéfice mondial de 100 et 10 % de ses ventes en France, il devra déclarer un profit de 10 dans ce pays et payer les impôts qui correspondent à ce montant. Ce système mettrait fin du jour au lendemain à l’optimisation fiscale et à la délocalisation dans des territoires à fiscalité faible. D’ailleurs, il existe déjà et fonctionne bien pour les gouvernements locaux qui ont leurs propres impôts sur les sociétés. Aux Etats-Unis, il est en vigueur entre les différents Etats. En Californie, l’impôt est de 9 % et au Texas, de 0 %. Cela n’empêche pas Apple d’être installé en Californie.
Mais les Etats ont tout de même réagi depuis quelques années ?
Oui, il y a eu de vrais progrès, comme l’échange automatique de données bancaires, mais c’est loin d’être suffisant. On fait encore confiance aux paradis fiscaux, alors que ceux-ci gagnent beaucoup d’argent avec ce système et ne sont donc pas incités à la transparence. L’Europe pourrait imposer des sanctions élevées, mais elle n’arrive pas à articuler un discours de nature à changer en profondeur les comportements. Avec d’autres chercheurs, nous travaillons sur la faisabilité de l’établissement d’un cadastre financier mondial, équivalent à ce qui existe dans l’immobilier en France depuis 1791, mais qui recenserait la détention d’avoirs financiers comme des actions ou des obligations.
Comme beaucoup de vos collègues, après vos études en France, vous vous êtes installé aux Etats-Unis, alors que vous êtes très présent dans le débat français. Pourquoi ?
Tous les jeunes chercheurs français sont fortement encouragés à passer quelques années à l’étranger, et ce pour de bonnes raisons : ces années sont essentielles pour se confronter à la communauté scientifique internationale et pour développer une réflexion innovante et indépendante. Une particularité de la science économique est qu’elle est très concentrée aux Etats-Unis, plus que d’autres disciplines, comme les mathématiques par exemple, d’où la présence de nombreux jeunes économistes de tous les pays, et pas seulement français, outre-Atlantique. C’est ce contexte qui explique pourquoi quelqu’un comme moi enseigne aujourd’hui, à 31 ans, en Californie.

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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Cette professeure d’économie à Harvard, âgée de 32 ans, fait partie des trois nominés de l’édtion 2018 du Prix du meilleur jeune économiste. Elle revient dans cet entretien au « Monde » sur son travail.
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Stefanie Stantcheva : « Les politiques fiscales sont dangereuses si elles sont mal conçues »

Cette professeure d’économie à Harvard, âgée de 32 ans, fait partie des trois nominés de l’édtion 2018 du Prix du meilleur jeune économiste. Elle revient dans cet entretien au « Monde » sur son travail.



Le Monde
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            Elise Barthet








                        



   


La question des inégalités s’est imposée ces dernières années dans le débat économique. Comment vos travaux sur la fiscalité y contribuent-ils ?
J’essaie de comprendre comment on peut concevoir au mieux des politiques publiques qui réduisent les inégalités sans sacrifier la productivité des entreprises, l’innovation et la croissance. Dans cette perspective, j’ai travaillé sur différents systèmes d’imposition. Avec Emmanuel Saez, qui enseigne à Berkeley, nous nous sommes demandé comment les actifs financiers et immobiliers étaient distribués dans la population et comment ils réagissaient aux évolutions de l’imposition. On a pu ainsi développer un modèle simple de taxation optimale du capital.
Qu’est-ce qu’une politique publique « optimale » quand on parle de fiscalité ?
Disons que, du point de vue des économistes, il s’agit de maximiser le bien-être social. L’objectif est de répartir de la façon la plus efficace possible les charges qui pèsent sur les individus d’une société. Pour apprécier les effets d’une politique publique sur le bien-être social, la méthode traditionnelle consiste à agréger les pertes et les gains des individus en donnant un poids plus faible aux personnes à haut revenu (une perte de 10 euros a moins d’impact sur le bien-être d’une personne à revenu élevé que sur celui d’une personne à revenu faible). Mais si on veut vraiment comprendre les préférences des gens, cela ne suffit pas : il faut tenir compte d’autres éléments.
Lesquels ?
Pour mes recherches, je me suis appuyée sur des enquêtes basées sur de grands échantillons représentatifs. J’ai cherché à saisir les raisons qui poussaient les gens à soutenir telle ou telle politique publique. Il en est ressorti que leurs « préférences sociales » étaient beaucoup plus complexes que ce qui est habituellement modélisé en économie. Par exemple, la richesse héritée n’est pas valorisée de la même manière que celle acquise par le travail. Le sentiment d’évoluer ou non dans une société équitable joue également un rôle déterminant dans la manière dont les politiques publiques sont reçues.
Avec Alberto Alesina et Edoardo Teso, nous avons travaillé sur la mobilité sociale dans six pays. Nous avons constaté que les Européens, et en particulier les Français, étaient beaucoup plus pessimistes que ce que la réalité permet d’expliquer. A l’inverse, les gens aux Etats-Unis sont suroptimistes, alors même que le rêve américain a vécu. Les perceptions peuvent donc être en complet décalage avec la réalité. Or, elles ont un impact énorme sur le soutien ou non aux politiques redistributives.
Plus les individus pensent qu’il est difficile de s’extraire de leur milieu d’origine, plus ils sont favorables à la redistribution, et vice versa. Nous essayons de développer des modèles flexibles qui tiennent compte de ces distorsions.
Pourquoi avez-vous décidé de travailler sur ces sujets ?
Ce qui est particulièrement intéressant avec les taxes et les transferts, c’est que ce sont des instruments extrêmement puissants. Ils peuvent être très efficaces, mais aussi très dangereux s’ils sont mal conçus. Leurs évolutions ont des répercussions considérables sur les gens, l’innovation, le travail, l’investissement, l’épargne… Nous y sommes tous confrontés quotidiennement, même si nous ne nous en rendons pas toujours compte.

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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Ce professeur à l’université Lille-III et chercheur associé à la chaire transitions démographiques-transitions économiques, âgé de 39 ans, fait partie des trois nominés de l’édtion 2018 du Prix du meilleur jeune économiste. Il revient dans cet entretien au « Monde » sur son travail.
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Xavier Chojnicki : « Les réformes des retraites dégradent toujours le niveau des pensions »

Ce professeur à l’université Lille-III et chercheur associé à la chaire transitions démographiques-transitions économiques, âgé de 39 ans, fait partie des trois nominés de l’édtion 2018 du Prix du meilleur jeune économiste. Il revient dans cet entretien au « Monde » sur son travail.



Le Monde
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28.05.2018 à 12h39
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            Anne Rodier








                        



   


Spécialiste d’économie des migrations et du vieillissement, vous vous intéressez à tous les aspects économiques liés à la démographie : la santé, l’emploi, l’équité intergénérationnelle… En quoi vos travaux s’inscrivent-ils dans l’actualité ?
C’est mon objectif premier que de choisir des thématiques en lien avec l’actualité et qui peuvent donner lieu à débat. Par exemple, mon dernier article, coécrit avec les économistes Lionel Ragot et Ndeye-Penda Sokhna, analyse le coût de l’immigration sur les finances publiques. La reconstitution de toute la comptabilité des ménages de 1979 à 2011 et le calcul de leur contribution nette (les impôts payés moins les prestations reçues) aux finances publiques montre une quasi-neutralité de la population immigrée sur le déficit public primaire (hors intérêts de la dette). Ceci s’explique par une structure démographique favorable – ils sont relativement plus nombreux chez les actifs –, qui compense leur moindre contribution nette individuelle, en raison de revenus plus faibles en moyenne.
Comment en êtes-vous venu à vous intéresser aux questions de démographie ?
Dès le lycée, la découverte des théories de Thomas Malthus a ouvert ma curiosité sur les liens entre démographie et économie, mais comme souvent, tout est une question de rencontres. Celle avec mes directeurs de thèses, Lionel Ragot et Frédéric Docquier, tous deux spécialistes de ces thématiques, a été déterminante.
L’étude de l’immigration apporte-t-elle aussi des réponses sur le marché de l’emploi ?
Avec l’économiste Yasser Moullan, nous avons observé comment, par le passé, les pays de l’OCDE ont réglé les pénuries de médecins, soit par la formation, soit par l’immigration. Nous avons montré que l’efficacité de ces deux types de politique dépend à la fois de la capacité des dirigeants à anticiper le choc, de la nature de la pénurie – temporaire ou permanente – et de son ampleur. Le recours aux médecins étrangers est efficace lorsque le choc n’est ni trop fort ni trop long. En France aujourd’hui, cette politique migratoire serait insuffisante. La seule réponse efficace serait de former davantage de médecins.
Vous avez également beaucoup travaillé sur les systèmes de retraite. Qu’en retenir avant la prochaine réforme envisagée par Emmanuel Macron ?
Que les réformes menées depuis 1993 ne sont pas neutres sur le montant des pensions. L’observation des indicateurs instantanés d’équité, comme le taux de remplacement (pourcentage du revenu pour établir la pension), montre que les réformes dégradent toujours le niveau des pensions. Les retraités subissent une perte de pouvoir d’achat par rapport aux actifs. En revanche, la mesure de l’équité intertemporelle, c’est-à-dire la comparaison du revenu disponible sur toute la vie – étudiée pour toutes les générations nées entre 1910 et 2015 –, indique que la situation des retraités post-réforme n’est pas moins favorable que celle des générations plus anciennes.
Conclusion, les réformes qui induisent un taux de remplacement plus faible ne conduisent pas forcément au sacrifice d’une ou plusieurs générations afin de garantir la viabilité du système. La retraite par répartition se caractérise toujours par une forme d’iniquité entre les générations, particulièrement en temps de réforme, mais c’est bien la croissance économique qui assure la hausse du niveau de vie.

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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Ce professeur assistant en économie de l’innovation et de l’entrepreneuriat à l’université de Zürich, âgé de 34 ans, fait partie des trois nominés de l’édtion 2018 du Prix du meilleur jeune économiste. Il revient dans cet entretien au « Monde » sur son travail.
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David Hémous : « L’automatisation est inhérente à la croissance économique »

Ce professeur assistant en économie de l’innovation et de l’entrepreneuriat à l’université de Zürich, âgé de 34 ans, fait partie des trois nominés de l’édtion 2018 du Prix du meilleur jeune économiste. Il revient dans cet entretien au « Monde » sur son travail.



Le Monde
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 • Mis à jour le
28.05.2018 à 12h40
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            Antoine Reverchon








                        



   


Vos recherches portent sur deux sujets majeurs du débat public : le rôle des « technologies vertes » dans la lutte contre le réchauffement et celui du progrès technique dans les inégalités de revenus. Quelles prescriptions de politique publique en tirez-vous ?
Le débat sur les politiques climatiques tourne surtout autour de la taxe carbone, alors que la clef pour réduire les émissions futures à moindre coût est le développement des technologies propres. Pour que ce développement soit suffisant, il faudrait une taxe carbone très élevée, dont le coût économique serait trop important, d’autant plus qu’elle incite à la délocalisation des industries polluantes vers les pays non régulés. Si la taxe carbone est nécessaire pour réduire les émissions à court terme, elle doit donc être complétée par un soutien direct à l’innovation dans les technologies propres afin de réduire les émissions futures.
Et en matière d’inégalités de revenus ?
Les modèles de croissance décrivent traditionnellement une économie où, en temps normal, les revenus croissent au même taux et, donc, où toute augmentation des inégalités est due à des chocs exogènes. J’ai élaboré un modèle qui montre que, comme les salaires augmentent lorsqu’une économie se développe, le progrès technologique s’oriente de plus en plus vers des technologies se substituant au travail humain, devenu plus coûteux. Autrement dit, l’automatisation est endogène au développement. De ce fait, les inégalités de revenus entre les métiers les plus routiniers et les autres, au sein d’une même industrie, d’un même pays, s’accroissent naturellement. D’autant que ces technologies non seulement remplacent les emplois moins qualifiés, mais augmentent aussi la productivité des plus qualifiés.
Les inégalités ne viennent-elles pas également des politiques qui réduisent le coût du travail en le précarisant ?
C’est une partie de l’explication, mais c’est bien la mécanisation qui explique les évolutions du coût marginal du travail sur une longue période. En revanche, les différences de taux de chômage entre pays s’expliquent par des dynamiques institutionnelles différentes.
Comment réduire ces inégalités ?
En qualifiant les moins qualifiés par la formation, mais ce n’est efficace qu’à long terme. A court terme, la politique fiscale peut aider, avec, par exemple, un impôt négatif sur les bas salaires. On peut également venir en aide directement aux professions les plus touchées. Augmenter fortement le salaire minimum, en revanche, risque d’avoir des effets pervers et d’accélérer encore plus la mécanisation. Il ne faut pas non plus conclure qu’il faut taxer l’innovation, qui contribue à la croissance.
« Matheux » et diplômé de Polytechnique, pourquoi avez-vous choisi l’économie ?
J’ai découvert à l’X que je pouvais allier mon goût des maths avec mon intérêt pour le débat public. Je voulais comprendre pourquoi certains pays, certaines époques, avaient connu une croissance phénoménale, et d’autres non. Je me suis inscrit en thèse d’économie à Harvard, où le cours de Philippe Aghion m’a fait découvrir le thème de la « croissance verte ». J’y ai aussi participé à un séminaire interdisciplinaire sur les causes de la stagnation du salaire médian américain depuis les années 1970. L’économie est une discipline particulièrement adaptée pour émettre des hypothèses que l’on peut vérifier par des données empiriques.

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<filnamedate="20180528"><AAMM="201805"><AAMMJJ="20180528"><AAMMJJHH="2018052823">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Jeune professeur de 31 ans à l’université de Berkeley, en Californie, Gabriel Zucman est le lauréat de cette 19e édition du Prix créé, en 2000, par « Le Monde » et le Cercle des économistes.
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Gabriel Zucman a reçu le prix du meilleur jeune économiste 2018

Jeune professeur de 31 ans à l’université de Berkeley, en Californie, Gabriel Zucman est le lauréat de cette 19e édition du Prix créé, en 2000, par « Le Monde » et le Cercle des économistes.



Le Monde
 |    28.05.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
28.05.2018 à 16h27
   





                        



   


Depuis sa création, le Prix du meilleur jeune économiste, décerné par Le Monde et le Cercle des économistes, vise à distinguer non seulement l’excellence de la production académique des économistes français de moins de 41 ans, mais aussi leur contribution au débat public en matière de politique économique ou de prise de décision parmi les acteurs privés, en n’oubliant pas les autres sciences sociales.
Pour l’attribution du Prix du meilleur jeune économiste 2018 et des trois nominations, le jury a reçu quarante-huit candidatures
On retrouve donc, dans l’attribution de ce prix, la mission du Cercle des économistes, qui est d’organiser et de promouvoir un débat économique ouvert et accessible à tous. Fondé, en 1992, à l’initiative de Jean-Hervé Lorenzi, le Cercle réunit 30 membres, pour la plupart universitaires, qui ont exercé ou exercent des responsabilités privées ou publiques. Chacun de ces membres a des approches et des compétences différentes. Mais une conviction les rassemble : la nécessité d’offrir un espace de dialogue et de confrontation d’idées entre les économistes et avec la société.
Cette année, pour l’attribution du Prix du meilleur jeune économiste 2018 et des trois nominations, le jury a reçu quarante-huit candidatures, contre quarante-deux en 2017, quarante-cinq en 2016, quarante et une en 2015, et trente-quatre en 2014. Douze des participants présentaient leur candidature pour la première fois, et trente-six avaient déjà été candidats. Dix candidats sont en poste à l’étranger, trente-huit en France. On dénombre seulement neuf femmes.
Inégalités et fiscalité
Les travaux des candidats donnent un aperçu des thématiques de recherche dominantes au sein de cette génération de jeunes économistes. Parmi les lauréats, citons la mesure des inégalités de patrimoine, les méthodes d’optimisation fiscale, les conséquences des inégalités et de la fiscalité sur la croissance à long terme ; les effets des migrations internationales et du vieillissement, notamment sur les systèmes de protection sociale ; les rapports entre politiques climatiques et changement technique, et les relations entre inégalités de revenus, coût du travail des non-qualifiés et innovation technologique dans un contexte d’automatisation croissante des processus de production ; les interdépendances entre la fiscalité, l’acquisition du capital humain, l’innovation et l’entrepreneuriat, et les rapports entre la mobilité sociale et les fondements des préférences sociales pour la redistribution.

        Lire l’entretien avec le lauréat 2018 :
         

          Gabriel Zucman : « Comprendre les implications de l’évasion fiscale »



Dans les programmes de recherche des autres candidats, on retrouve les thématiques traditionnelles : les imperfections de la finance et les questions de volatilité des prix d’actifs ; les effets du commerce international sur l’emploi ou le cycle économique ; les rapports entre la fiscalité et l’offre de travail ; le rôle des rigidités ou des modes de négociation collective sur le marché du travail ; les relations entre démographie, immigration et croissance ; les conséquences de l’innovation sur la croissance potentielle…
Il est aujourd’hui nécessaire de repenser et d’imaginer de systèmes de production bouleversés par les technologies numériques
Mais on découvre également des préoccupations très proches des défis d’aujourd’hui : le poids des discriminations par genre, par appartenance sociale ou religieuse dans l’accès à l’emploi ; la question des inégalités d’accès à l’éducation et les effets hétérogènes des politiques de la ville ; les enjeux de la concentration des médias et de la diffusion des informations par les réseaux sociaux, la mondialisation des chaînes de création de valeur…
On peut cependant regretter une sous-représentation des recherches consacrées à l’économie de la firme et des systèmes productifs. Il est aujourd’hui nécessaire de repenser et d’imaginer des systèmes de production bouleversés par les technologies numériques ; reconsidérer la concurrence sur les marchés, qui exige d’autres formes de régulation. Et comment ne pas évoquer les bouleversements que va apporter l’intelligence artificielle dans les processus d’innovation et l’organisation des entreprises ? Les économistes se saisissent encore insuffisamment de tous ces sujets. Le clivage entre la connaissance économique d’un côté, le monde politique et les citoyens de l’autre, est loin de s’être dissipé.
L’ambition du Cercle des économistes est de réduire cette distance, notamment à l’occasion des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, dont la thématique, « Les métamorphoses du monde », interrogera, du 6 au 8 juillet, notre capacité à maîtriser ces évolutions et à se réapproprier le changement.

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Un prix créé, en 2000, par « Le Monde » et le Cercle des économistes
Le Prix du meilleur jeune économiste – créé en 2000 par Le Monde et le Cercle des économistes – vise à valoriser les travaux d’un économiste français ou travaillant en France, âgé de moins de 41 ans. Pouvaient concourir tous les économistes issus du monde universitaire, en France ou à l’étranger, dont les travaux relèvent de l’économie appliquée et permettent de promouvoir le débat public.
Les candidats devaient adresser au Cercle des économistes, outre un CV détaillé, les trois publications leur paraissant les plus représentatives de leur production scientifique, ainsi qu’une note de synthèse soulignant l’intérêt et l’originalité de leurs apports. Il s’agissait de distinguer non seulement l’excellence de la production académique des jeunes économistes français, mais aussi leur contribution au débat public. Sur cette base, les membres du Cercle des économistes ont évalué les dossiers et le jury final, présidé par André Cartapanis et associant à parité les représentants du Cercle des économistes et du Monde, a attribué le prix et décerné trois nominations, remis à la Banque de France par Pierre Nora, historien et membre de l’Académie française.
Le palmarès
Les distinctions de 2018 : Prix du meilleur jeune économiste : Gabriel Zucman ; Nominés : Xavier Chojnicki, David Hémous et Stefanie Stantcheva.
Les lauréats de 2000 à 2017:
– Bruno Amable et Agnès Benassy-Quéré (2000).
– Pierre Cahuc (2001).
– Philippe Martin et Thomas Piketty (2002).
– Pierre-Cyrille Hautcœur (2003).
– David Martimort (2004).
– Esther Duflo et Elyès Jouini (2005).
– Thierry Mayer et Etienne Wasmer (2006).
– David Thesmar (2007).
– Pierre-Olivier Gourinchas (2008).
– Yann Algan et Thomas Philippon (2009).
– Emmanuel Saez (2010).
– Xavier Gabaix (2011).
– Hippolyte d’Albis (2012).
– Emmanuel Farhi (2013).
– Augustin Landier (2014).
– Pascaline Dupas (2015).
– Camille Landais (2016).
– Antoine Bozio (2017).





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Analyse. L’émotion des lycéens sans proposition de formation a été à la hauteur de l’attente suscitée par le gouvernement, attendu au tournant.
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Parcoursup : pourquoi un tel choc ?

Analyse. L’émotion des lycéens sans proposition de formation a été à la hauteur de l’attente suscitée par le gouvernement, attendu au tournant.



Le Monde
 |    28.05.2018 à 11h38
 • Mis à jour le
28.05.2018 à 12h03
    |

            Camille Stromboni








                        



                                


                            

Analyse. Le mal est fait. Refusés ou sur liste d’attente, la moitié des candidats à l’enseignement supérieur se sont retrouvés sans proposition de formation, le 22 mai, sur la nouvelle plate-forme Parcoursup. Une situation qui a provoqué une avalanche de réactions chez les lycéens.
Qu’importe si ce choc n’est que provisoire : des places se libèrent progressivement, comme ne cesse de le répéter le ministère. L’émotion est telle, dans les familles de lycéens sans rien, chez les enseignants confrontés parfois à des classes entièrement « en attente », démoralisées à quelques semaines du baccalauréat, qu’il est difficile de ne pas y voir un échec.

Comment cette mise « en attente » pourtant prévisible de quelque 400 000 lycéens a-t-elle pu provoquer une telle déflagration ? A écouter les principaux intéressés, ils se sont sentis humiliés, blessés, découragés, en découvrant leurs résultats sur l’écran. Et cette violence psychologique suscitée par cette attente semble bien avoir été sous-estimée par le gouvernement.
Eléments de langage peu explicites
Les arguments techniques et rationnels du ministère, d’une machine vouée à distribuer les places tout au long de la procédure, n’y ont rien fait. Il faut dire que sa « pédagogie » sur la question est arrivée bien tard, avec des éléments de langage peu explicites.
Mais, s’il le fallait encore, cette crise révèle en creux l’extrême pression qui pèse sur ce moment d’orientation pour les lycéens. « Cela n’a fait que renforcer l’angoisse et le stress que fabrique déjà notre enseignement supérieur, constate le sociologue Camille Peugny. Nous sommes un pays qui fonctionne sur le diplôme, qui conditionne l’accès au marché du travail mais aussi une grande partie de la carrière future, ce que les familles ont bien intégré. »

D’autant que, sur le plan politique, le gouvernement était attendu au tournant. Il a mené une réforme inédite bouleversant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Les partisans des monnaies virtuelles sont si éblouis par la blockchain, la technologie à l’origine du bitcoin, qu’ils sont aveugles aux risques d’arnaque, note dans sa chronique Arnaud Leparmentier, correspondant du « Monde » à New York, exemples à l’appui.
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Marchés : quand les geeks se font duper par les cryptodevises

Les partisans des monnaies virtuelles sont si éblouis par la blockchain, la technologie à l’origine du bitcoin, qu’ils sont aveugles aux risques d’arnaque, note dans sa chronique Arnaud Leparmentier, correspondant du « Monde » à New York, exemples à l’appui.



Le Monde
 |    28.05.2018 à 11h08
    |

            Arnaud Leparmentier (New York, correspondant)








                        



                                


                            

Lettre de Wall Street. Ceux qui ont manqué l’envolée des bitcoins vont adorer les HoweyCoins. Sur le site Internet de cette « entreprise », un hôtel paradisiaque et une offre alléchante : acheter des HoweyCoins peut vous permettre d’acquérir des biens touristiques et luxueux en tout genre, sans rencontrer de problèmes de change et de devise, tout en profitant de l’essor des cryptomonnaies et de la blockchain (la technologie à la base du bitcoin). Mais, est-il précisé, il faut se hâter, car il reste 14 jours, 22 heures et 22 minutes pour profiter d’une remise de 15 %.
Flairant la bonne affaire, on a donc cliqué sur le lien pour acheter des jetons, avant d’être renvoyé vers le site de la… Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme boursier américain. « Si vous avez répondu à une offre d’investissement, vous pourriez avoir été arnaqué. HoweyCoins est complètement bidon », souligne la SEC.

La SEC a créé ce faux site de toutes pièces pour sensibiliser tous les geeks prêts à se muer en naïfs. Elle explicite les pièges du site : le soutien non vérifié de célébrités, le prétendu respect des règles de la SEC, le faux enregistrement auprès du gouvernement américain, l’urgence d’investir pour obtenir un rabais et, surtout, la précieuse carte de crédit dont il faut fournir les références pour acquérir ses HoweyCoins.
Faire œuvre de pédagogie n’est pas aisé, car les partisans des cryptodevises sont si éblouis par la blockchain qu’ils en deviennent aveugles aux risques d’arnaque. Sans doute la bulle des cryptodevises est-elle comparable à la « folie dotcom » qui a permis aux actuels mastodontes du Net – les Google, Facebook et autres Amazon – de créer leur empire et d’imposer la révolution numérique. Demain, les échanges monétaires se feront peut-être uniquement avec ces jetons, sans qu’il soit nécessaire de passer par le dollar ou les banques centrales.

Mais c’est demain. Car, de même que...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Directeur de recherche au CERI-Sciences Po, Jacques Rupnik évoque le parcours intellectuel de son collègue et ami, mort samedi.
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Jacques Rupnik : « Pierre Hassner, l’Européen »

Directeur de recherche au CERI-Sciences Po, Jacques Rupnik évoque le parcours intellectuel de son collègue et ami, mort samedi.



Le Monde
 |    28.05.2018 à 09h58
 • Mis à jour le
28.05.2018 à 13h44
    |

Jacques Rupnik (Directeur de recherche au CERI-Sciences Po)







                        



                                


                            

Avec le décès samedi 26 mai de Pierre Hassner, le plus grand spécialiste des relations internationales de ce pays depuis Raymond Aron, le cercle du ­maître disparu va bien au-delà de la discipline qu’il étudiait et enseignait à Sciences Po pendant plus d’un demi-siècle. Ceci est dû à son exceptionnel brio autant qu’à son approche inclassable, indifférente aux modes académiques ou intellectuelles, sa géné­rosité et sa disponibilité dans un milieu où ce ne sont pas les qualités les plus répandues.
Le « charisme » de Pierre Hassner était lié à sa virtuosité à l’oral. Raymond Aron, dans ses Mémoires, décrit ainsi le jeune agrégé de philosophie qui devint son assistant : « Pierre Hassner (…) fit un exposé brillant, étourdissant sur Thucydide. Je le comblais d’éloges qui ne dépassaient pas ses mérites. Je lui dis que jamais, étudiant ou enseignant, je n’avais entendu un discours de qualité comparable. »
L’originalité de l’apport de Pierre Hassner tient sans doute du bon usage de la philosophie politique dans l’étude des relations internationales. L’auteur d’études sur Kant et Hegel était aussi un grand lecteur de journaux. Si, selon la boutade d’Hegel, la lecture du journal a remplacé la prière matinale pour l’homme moderne, Pierre Hassner était, sur ce plan du moins, résolument moderne.
« Le spectre des nationalismes »
Son paradigme, dans le contexte de la guerre froide, consistait à ne pas se contenter d’une approche limitée à l’affrontement de deux blocs militaro-idéologues, mais de distinguer les relations et rapports de forces au plan des Etats, l’interaction des économies et l’interpénétration des sociétés.
Au lendemain de l’invasion de la Tchécoslovaquie, il écrivait en novembre 1968 : « (…) le bloc de l’Est est soumis à des crises graves et multiples à cause du paradoxe d’un extraordinaire manque d’homogénéité socioculturelle et d’une extraordinaire volonté d’homogénéité politique ». Il ne voyait que...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Au lieu d’observer passivement la montée du populisme en Europe, la gauche démocratique doit agir dans la perspective d’une mondialisation régulée, estiment les économistes Jean-Luc Gaffard et Francesco Saraceno, dans une tribune au « Monde ».
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Populisme en Europe : « La social-démocratie doit se rénover »

Au lieu d’observer passivement la montée du populisme en Europe, la gauche démocratique doit agir dans la perspective d’une mondialisation régulée, estiment les économistes Jean-Luc Gaffard et Francesco Saraceno, dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    28.05.2018 à 09h37
 • Mis à jour le
28.05.2018 à 11h19
    |

Jean-Luc Gaffard (Chercheur à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), centre de recherche affilié  à Sciences-Po) et Francesco...







                        



                                


                            
Tribune. Les élections italiennes après les élections allemandes et françaises confirment la montée du populisme qui touche tous les pays en Europe et pas seulement les anciens pays communistes. Le Brexit et la crise catalane en témoignent également. Dans le même temps, dans ces trois pays fondateurs de l’Union européenne (UE), la social-démocratie s’affaiblit singulièrement quand elle ne s’effondre pas.

Le discours en vogue est que cette social-démocratie n’a rien à dire sur la mondialisation, qu’elle n’a pas su renouveler ses analyses et ses pratiques pour y faire face, plus crûment qu’elle n’a pas su vraiment rompre avec des politiques jugées maintenant désuètes qui ont fait le succès des « trente glorieuses » (1945-1975). Le monde aurait changé radicalement et le moment serait venu de s’y adapter, d’introduire de la flexibilité là où il n’y avait que sécurité.
Plusieurs types de mondialisation
Dans ce discours, la mondialisation est un bloc, un horizon indépassable et surtout unique dont l’UE serait l’exemple le plus avancé. Il n’y aurait de choix qu’entre elle et le populisme souverainiste. C’est bien vite oublier que les fameuses « trente glorieuses » ont été un moment de mondialisation, de libération des échanges mais subordonnées aux objectifs de croissance et de bien-être des différents pays.
C’est oublier par là même qu’il existe plusieurs chemins, plusieurs types de mondialisation même si les conditions géopolitiques actuelles sont bien différentes de celles de l’après-guerre. La défaite de la social-démocratie tient à son acceptation d’un modèle spécifique de mondialisation qui oppose le marché total à l’Etat régulateur et non à la défaillance proclamée d’un modèle qui fait de la cohésion sociale un gage certes d’équité mais aussi d’efficacité.
Le vrai problème de la social-démocratie, en Europe comme ailleurs, est qu’elle a perdu son identité, qu’elle a fait son deuil de la régulation publique
Le vrai...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Le contrat de gouvernement de La Ligue et du Mouvement 5 étoiles, présenté le lundi 21 mai en Italie, prévoit de « dépasser le règlement de Dublin ». Il faut abolir ce règlement mais pour de bonnes raisons, estime la chercheuse Marie Bassi, dans une tribune au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤                     
                                                   
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Italie : « L’argumentaire xénophobe et eurosceptique ne doit pas l’emporter »

Le contrat de gouvernement de La Ligue et du Mouvement 5 étoiles, présenté le lundi 21 mai en Italie, prévoit de « dépasser le règlement de Dublin ». Il faut abolir ce règlement mais pour de bonnes raisons, estime la chercheuse Marie Bassi, dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    28.05.2018 à 09h37
 • Mis à jour le
28.05.2018 à 12h00
    |

Marie Bassi (Chercheuse à l'Ecole française  de Rome et chercheuse associée à Sciences Po Paris, spécialiste des politiques migratoires et de l'Ita...







                        



                                


                            
Tribune. « Il faut dépasser le règlement européen de Dublin » : cette phrase figure parmi les trois pages consacrées à l’immigration dans le contrat de gouvernement scellé entre La Ligue du Nord et le Mouvement 5 étoiles (M5S). Une courte phrase dans le chapitre : « Immigration : rapatriement et arrêt du business » caractérisé par une orientation sécuritaire et des propositions maintes fois entendues, maintes fois répétées, par les acteurs politiques et dénoncées par les chercheurs et les ONG.

Peu appliqué pendant près de quinze ans, le règlement de Dublin a fait son apparition sur la scène médiatique lors de la « crise » de 2015. Entré en vigueur en 1997 et réformé en 2003 (Dublin II) puis en 2013 (Dublin III), il est à nouveau en négociation dans les arènes européennes. En dépit de ces réformes, ces textes ont conservé le même principe : un demandeur d’asile doit déposer sa demande d’asile dans le premier pays européen où il a posé le pied, ou plutôt où ses empreintes ont été relevées.
Depuis sa création, le règlement de Dublin a été critiqué par les Etats membres du Sud, des ONG et des chercheurs. Aujourd’hui, c’est un programme proposé par des forces eurosceptiques et hostiles à l’immigration qui le dénonce. Ce paradoxe n’est qu’apparent. Il faut bien abolir Dublin, mais pas pour les raisons invoquées par la Ligue et le M5S : jouant sur les peurs afin d’asseoir leur popularité et stimulant les réflexes d’exclusion, ils veulent « dépasser » Dublin pour accueillir moins d’étrangers.
Un obstacle à une politique solidaire
S’il faut abolir le règlement de Dublin, c’est parce qu’il constitue un des obstacles à la mise en place d’une politique d’asile harmonisée et solidaire. Abolissons-le à cause de son absurdité, de son coût et de ses effets désastreux en termes diplomatiques et humains.

La première conséquence de ce texte est de faire reposer la prise en charge de l’asile sur les pays où...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Dans un ouvrage piquant, l’ex-président de la FIFA revient sur son parcours et sa chute, en 2015, tout en réglant ses comptes.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤                     
                                                   
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Sepp Blatter, roi déchu du foot mondial, revisite son règne

Dans un ouvrage piquant, l’ex-président de la FIFA revient sur son parcours et sa chute, en 2015, tout en réglant ses comptes.



Le Monde
 |    28.05.2018 à 09h31
 • Mis à jour le
28.05.2018 à 11h46
    |

            Rémi Dupré








                        



                                


                            

Livre. Durant sa longue carrière politique, le Suisse Sepp Blatter, 82 ans, a fait preuve d’une habileté qui confine au funambulisme. Mieux que quiconque, l’ex-président de la Fédération internationale de football (FIFA) a su manœuvrer dans les arcanes du ballon rond pour grimper les échelons et régner durant dix-sept ans (1998-2015) au sommet de l’instance mondiale.
A la lecture de ses mémoires, force est de constater que le Valaisan – suspendu six ans par le comité d’éthique de la FIFA pour un versement de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) fait en 2011 à Michel Platini – n’a rien perdu de sa rouerie, de son goût pour l’intrigue et de sa propension à jouer avec les nerfs de ses alliés et adversaires d’antan.
Dans son ouvrage, truffé d’anecdotes, l’ex-patron du foot mondial manie l’ironie avec maestria pour retracer son parcours et narrer les étapes de son ascension. Animé par une ambition débordante, ce fils d’un contremaître dans l’industrie chimique débarque à la FIFA en 1974, après sa rencontre avec le Brésilien Joao Havelange, tout juste élu à la présidence de cette « petite structure » qui ne compte alors que 11 salariés (contre 400 en 2018).
Ancien directeur des relations publiques de la marque horlogère Longines, polyglotte (il parle six langues) et conférencier de génie, Blatter prend en charge les programmes de développement, se rend incontournable et devient, en 1981, secrétaire général de l’institution.
Un tas d’or pesant 1,5 milliard de dollars
Dans l’ombre d’Havelange, il contribue « au mariage » entre la télévision et la FIFA et fait entrer l’organisation dans une nouvelle ère, marquée par les retombées financières et commerciales de la Coupe du monde, véritable poule aux œufs d’or. Après son arrivée à la présidence de l’instance, en 1998, le Suisse consolide son socle électoral en distribuant des juteux fonds de développement aux pays défavorisés et fait de l’organisation...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Pour le professeur d’histoire Sylvain Kahn, le parti populiste italien emprunte à toutes les traditions idéologiques, y compris la démocratie directe, l’écologie et la xénophobie.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 27/05/2018
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« Non, le Mouvement 5 étoiles n’est pas ancré à gauche »

Pour le professeur d’histoire Sylvain Kahn, le parti populiste italien emprunte à toutes les traditions idéologiques, y compris la démocratie directe, l’écologie et la xénophobie.



Le Monde
 |    28.05.2018 à 06h42
 • Mis à jour le
28.05.2018 à 09h41
    |

Sylvain Kahn (professeur d'histoire et de géographie Centre d'histoire de Sciences Po)







                        



                                


                            

Tribune. Deux partis anti-système, le Mouvement 5 étoiles (M5S) et la Ligue, accèdent ensemble au pouvoir en Italie. Cette situation politique est si troublante et si neuve qu’il faut, pour la comprendre, se départir pour partie de nos repères intellectuels habituels.
Si la Ligue est un parti d’extrême droite, le M5S n’est pas ancré à gauche. Comparer le cas transalpin à ce que serait en France une alliance de gouvernement entre le Front national (FN) et La France insoumise (LFI) en brouille la compréhension. Sans utiliser un tel raccourci, même Gilles Ivaldi, dont les travaux sur les populismes en Europe sont si stimulants, ne résiste pas, dans ces colonnes (Le Monde du mercredi 23 mai), à la tentation de placer le M5S à gauche.
Or, le M5S est un mouvement populiste inclassable, dont le programme revendiqué « ni de droite ni de gauche » emprunte à toutes les traditions idéologiques, y compris la démocratie directe, l’écologie et la xénophobie. Le M5S ressort autant du « populisme d’exclusion » que du « populisme social et égalitaire », pour reprendre les termes de Gilles Ivaldi.

D’autant que, à la différence de LFI en France, de Syriza en Grèce et de Podemos en Espagne, les éléments redistributifs du M5S (comme le revenu citoyen universel ou l’allongement de la durée de la retraite) ne sont pas du tout adossés à de l’étatisme. Au contraire, le M5S incorpore des éléments de doctrine libertaire, dont, également, la promotion de l’individualisme entrepreneurial. C’est bien ainsi que s’explique le fait que le M5S est parvenu à s’implanter, en plus du Mezzogiorno, dans l’Italie du centre. Cette « troisième Italie », dont le tissu industriel très serré de PME fait la force du « made in Italy », est aujourd’hui concurrencée sur son territoire par des réseaux de fabricants de pays d’Asie.
Crainte du migrant « africain »
Dans la première Italie, l’Italie du Nord, bourgeoise, berceau...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Dans sa chronique, Jean-Michel Bezat, journaliste au « Monde », estime les Français sont pessimistes sur leur avenir économique, sans que les institutions sachent les rassurer.
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« S’il veut rendre les Français plus heureux, Macron doit favoriser une hausse de leur pouvoir d’achat »

Dans sa chronique, Jean-Michel Bezat, journaliste au « Monde », estime les Français sont pessimistes sur leur avenir économique, sans que les institutions sachent les rassurer.



Le Monde
 |    28.05.2018 à 06h38
 • Mis à jour le
28.05.2018 à 07h00
    |

            Jean-Michel Bezat








                        



                                


                            
Chronique. Voilà un opuscule qui pourrait inspirer Emmanuel Macron s’il lui prend l’envie de le lire. Il s’intitule Les Français, le bonheur et l’argent (Editions Rue d’Ulm, 9 euros, 80 p.) et ses trois auteurs, les économistes Yann Algan, Elizabeth Beasley et Claudia Senik, nous livrent une conclusion inattendue sur la France, « où l’argent joue un rôle plus important sur le bien-être et les relations sociales que dans d’autres pays ». On en conclut que s’il veut rendre les Français plus heureux, le président de la République doit favoriser une hausse perceptible – et donc substantielle – de leur pouvoir d’achat.
Plus que d’autres Européens, ils se déclarent pessimistes sur l’avenir économique, pour eux et les générations suivantes. « Ils doutent de la capacité de leurs institutions politiques, économiques et sociales – école, entreprises et Etat – à les protéger contre les principaux risques en termes d’emploi, de logement, de santé, etc » comme aux riches heures de l’Etat-providence, soulignent les économistes du Centre pour la recherche économique et ses applications.
Malheur public, bonheur privé. Car ils se disent, a contrario, satisfaits de leur vie familiale et sociale. Dans cette inversion des priorités, « le revenu individuel joue un rôle particulièrement important », note encore l’étude, car il permet de se protéger des aléas de la vie et de nourrir le bien-être dans la sphère privée. Ce besoin s’explique aussi par la « décennie sans croissance du revenu par habitant » traversée depuis 2008. Et sans doute par une névrose bien hexagonale, puisque des Européens moins bien lotis n’accordent pas une telle importance à l’argent.
La rémunération plutôt que le temps libre
Au fil des sondages, le pouvoir d’achat se maintient en tête de leurs priorités. Que Macron en ait promis ou non, c’est de l’argent que les classes moyennes et populaires attendent d’abord, dans un pays où le salaire...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Ancré dans un univers poétique et mystique, le chanteur de jazz créole Joachim des Ormeaux a développé un style unique, entre parlé et chanté. Rencontre.
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Autocritique, transparence, autocorrection : ce qui fait la force de la science la rend vulnérable aux « marchands de doute », explique le président du comité d’éthique du CNRS.
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Contre les « fake news », éduquer à la démarche scientifique

Autocritique, transparence, autocorrection : ce qui fait la force de la science la rend vulnérable aux « marchands de doute », explique le président du comité d’éthique du CNRS.



Le Monde
 |    27.05.2018 à 12h30
 • Mis à jour le
28.05.2018 à 06h35
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            

Jean-Gabriel Ganascia, professeur d’informatique à Sorbonne Université, préside le comité d’éthique du CNRS. Dernier ouvrage paru : Le Mythe de la singularité. Faut-il craindre l’intelligence artificielle ? (Seuil, 2017).
Pourquoi les « fake news » – terme auquel vous préférez le néologisme français « infox » –, mettent-elles la science en danger ?
Les « infox » augmentent la défiance du grand public vis-à-vis de la science dans la mesure où elles remettent en cause un certain nombre de résultats de la recherche. Celle-ci a toujours été un terrain de prédilection pour les « marchands de doute » – lobbys industriels, religieux ou idéologiques. Dans le domaine des OGM, du réchauffement climatique, de la théorie de l’évolution ou de la vaccination, les faits sont régulièrement distordus pour promouvoir une cause. Ce qui est nouveau, c’est que ces « infox » colportées par les réseaux sociaux sont désormais fabriquées et diffusées à une échelle qui n’a plus rien d’artisanal.
La situation est d’autant plus complexe que la science, par nature, se nourrit de défiance. Elle ne repose pas sur la confiance dans les intuitions immédiates que nous donnent les sens : elle essaie, au-delà de son doute, de retrouver des formes d’assurance avec des méthodes de preuve. Une controverse scientifique part d’un désaccord entre des chercheurs de bonne foi, mus par la volonté de parvenir à la vérité, qui s’y efforcent par des débats contradictoires, en utilisant des arguments rationnels et des preuves rigoureuses.
« Le bon doute est inquiet, défend des thèses tout en restant ouvert aux arguments de l’autre. Le mauvais doute ne doute pas de lui-même, ne supporte aucune contradiction et n’est pas étayé par des faits »
C’est paradoxalement cette force de la science – l’autocritique, la transparence, l’autocorrection – qui prête le flanc aux vérités « alternatives ». Mobilisées pour alimenter de fausses controverses, elles allèguent...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Dans une tribune au « Monde », publiée à l’occasion de la Fête des mères, le collectif pour une PArentalité féministe (le PA.F) insiste pour que la parentalité cesse d’être pensée comme une expérience d’abord et avant tout féminine.
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Pour une parentalité féministe

Dans une tribune au « Monde », publiée à l’occasion de la Fête des mères, le collectif pour une PArentalité féministe (le PA.F) insiste pour que la parentalité cesse d’être pensée comme une expérience d’abord et avant tout féminine.



Le Monde
 |    27.05.2018 à 06h36
 • Mis à jour le
27.05.2018 à 07h07
   





                        



                                


                            

Tribune. Puisque M. Macron se félicite d’écouter la voix des « mamans », parlons de celles que nous préférons appeler – dans un langage adulte – les mères, et de la maternité comme expérience face à laquelle toutes les femmes sont sommées de se positionner. Il y a, quand les femmes approchent de la trentaine, cette question posée sans détours dans les cercles familial ou professionnel : « Alors les enfants, c’est pour quand ? » Tout le long de la grossesse, ce regard porté sur ce qu’elles mangent, boivent, font ou ne font pas « pour le bébé ».
Cette incroyable solitude du congé maternité, quand l’autre parent travaille et que le nouveau-né ne laisse aucun répit, ni pour se doucher, ni pour déjeuner. Ces collègues qui s’étonnent de les voir demander une promotion alors qu’elles rentrent de congé maternité. A l’inverse, il a ces femmes qui doivent régulièrement se justifier de ne pas avoir eu d’enfant.
Depuis l’inscription dans la loi du droit à la contraception et à l’IVG, on pourrait croire que les femmes en France choisissent librement d’être mère ou non, au moment qui leur convient. A ces avancées législatives fondamentales, il manque la mise en œuvre des changements nécessaires pour obtenir l’égalité des sexes : nous vivons dans un monde où la parentalité est toujours considérée comme une histoire de (bonnes) femmes. Et où, en miroir, on ne pourrait atteindre l’essence de la « féminité » (sans qu’on sache exactement ce à quoi ce terme renvoie…) qu’à condition d’avoir mis des enfants au monde.
La maternité est pourtant une expérience plurielle que chaque femme devrait pouvoir investir de pratiques et d’affects différents. Elle ne doit pas être un frein à notre émancipation, a fortiori pour celles d’entre nous qui, en plus du sexisme, vivent des injustices liées à d’autres expériences : femmes des classes populaires, racisées, migrantes, à l’orientation sexuelle autre qu’hétéro, et/ou dont les corps et le psychisme n’entrent...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Editorial. Le oui des Irlandais à l’avortement et leur forte participation au vote de vendredi, y compris chez les jeunes et les hommes, unissent le pays et le rapprochent du reste de l’Europe.
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Irlande : un référendum exemplaire

Editorial. Le oui des Irlandais à l’avortement et leur forte participation au vote de vendredi, y compris chez les jeunes et les hommes, unissent le pays et le rapprochent du reste de l’Europe.



Le Monde
 |    27.05.2018 à 06h31
 • Mis à jour le
28.05.2018 à 09h43
   





                        



   


Editorial du « Monde ». C’est le genre de référendum qui vous réconcilie avec les référendums. La consultation irlandaise du vendredi 25 mai, qui s’est traduite par un raz-de-marée en faveur de l’abrogation de l’amendement constitutionnel interdisant l’interruption volontaire de grossesse dans la République, est le contre-exemple du référendum sur le Brexit organisé il y a deux ans au Royaume-Uni voisin. Avec 66,4 % de oui, selon les résultats officiels publiés samedi, et une participation remarquable (64 %) pour un référendum, ce vote unit le pays au lieu de le diviser ; il n’oppose pas les villes aux zones rurales ; il rapproche l’Irlande du reste de l’Europe au lieu de l’en éloigner. La participation des jeunes a été particulièrement élevée (85 %), et la campagne respectueuse.
Le premier ministre, Leo Varadkar, a eu raison de saluer une « journée historique » pour l’Irlande, dans laquelle il voit une « révolution tranquille ». En transformant l’essai du référendum non moins historique de 2015, qui avait ouvert la voie au mariage homosexuel, le vote du 25 mai met fin à la situation paradoxale d’un pays où le mariage entre personnes du même sexe est autorisé mais où les femmes n’ont pas le droit de décider du sort de leurs grossesses.

        Lire aussi :
         

                L’Irlande rompt catégoriquement avec des siècles de prohibition de l’avortement



Il révèle une société en avance sur ses élites religieuses et politiques : passant outre les positions de l’Eglise catholique et les hésitations des dirigeants politiques, la campagne pour ce référendum a suscité une libération de la parole sans précédent sur les souffrances des femmes et des couples privés du droit à l’avortement. De nombreux électeurs ont reconnu qu’ils attendaient ce scrutin depuis longtemps. Signe révélateur de l’ampleur de l’évolution des mentalités lancée dans les années 1990, avec l’autorisation du divorce et la dépénalisation de l’acte homosexuel, les hommes ont été aussi nombreux que les femmes à voter oui.
Résultat spectaculaire
Le premier ministre, qui, ouvertement homosexuel et fils d’immigré indien, est lui-même un symbole de la modernisation d’une société longtemps dominée par l’Eglise catholique, ne s’est converti que tardivement à la nécessité de briser le tabou de l’avortement par une consultation électorale. Toute femme ou homme politique irlandais se souvient que c’est également un vote populaire, tout aussi largement majoritaire, qui avait banni l’IVG en 1983. Mais les électeurs, eux, ont un autre souvenir présent à l’esprit : celui des 200 000 femmes qui ont dû traverser la mer d’Irlande depuis 1983 pour aller se faire avorter en Grande-Bretagne.
L’Irlande, a affirmé Leo Varadkar pour rassurer les partisans du non, « reste la même que la semaine dernière. Simplement elle est plus tolérante, plus ouverte, et plus respectueuse ». Dans le reste de l’Union européenne, cinq pays continuent de faire exception, dont Malte, Chypre et la petite principauté d’Andorre. Le résultat spectaculaire de ce référendum aura sans nul doute été observé avec une attention particulière dans les deux autres Etats concernés : en Pologne, où la société civile est également mobilisée pour empêcher le gouvernement de restreindre encore le droit à l’avortement – celui-ci n’y est possible qu’en cas de viol, de malformation du fœtus ou de risque pour la santé de la mère – et où la hiérarchie catholique est plus militante que l’Eglise irlandaise, restée discrète pendant cette campagne. Et en Irlande du Nord, province britannique où, paradoxalement, l’IVG reste interdite.

        Lire aussi :
         

                La carte d’Europe des pays qui autorisent ou non l’avortement






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Les nombreuses mobilisations étudiantes qu’ont connu beaucoup de pays africains au cours des années 1960 restent largement ignorées, s’étonne dans une tribune au « Monde » le chercheur Pierre-Yves Anglès.
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Le Mai 68 de Dakar doit enfin entrer dans l’histoire

Les nombreuses mobilisations étudiantes qu’ont connu beaucoup de pays africains au cours des années 1960 restent largement ignorées, s’étonne dans une tribune au « Monde » le chercheur Pierre-Yves Anglès.



Le Monde
 |    27.05.2018 à 06h30
   





                        



                                


                            
Par Pierre-Yves Anglès
Tribune. Le 30 mai 1968, en plein mouvement étudiant à Dakar, le président sénégalais Léopold Sédar Senghor s’adresse à la radio aux fauteurs de troubles. Il leur reproche d’avoir « attendu la révolte des étudiants de Paris pour faire “même chose toubabs”, pour singer les étudiants français sans modifier une virgule ». Ce faisant, il pose ainsi la question de la circulation internationale des mobilisations en 1968.
Les « trois glorieuses » congolaises
Lorsqu’on étudie cette année-là en France, on mentionne généralement les pavés de Prague et ceux du Quartier latin, l’assassinat de Luther King ou le massacre des étudiants de Mexico, mais pas Dakar. L’historienne Françoise Blum confirme que les études transnationales sur 1968 « reste[nt] encore bien souvent centrée[s] sur l’Europe et l’Amérique du Nord, ou l’Amérique latine, à l’exclusion quasi totale de l’Afrique ». Le constat est identique lorsqu’on s’intéresse au contexte plus large des années 1960, une décennie résolument contestataire.
Les références communes des mobilisations de cette période ou leurs inspirations mutuelles laissent penser qu’il a bien existé un esprit du temps propice à la rébellion étudiante et ouvrière, mais l’historiographie française traite peu des révoltes étudiantes de 1967 et 1969 en Côte d’Ivoire ou de celles de 1969 dans la République du Dahomey, actuel Bénin. Les « trois glorieuses » congolaises de 1963 ont pourtant fait tomber le président Fulbert Youlou, et le Mai malgache de 1972 a chassé Philibert Tsiranana du pouvoir.
Certes, en mai 1968, le président Senghor, à la tête de la jeune République sénégalaise, a résisté, comme le général de Gaulle, à la mobilisation étudiante – durement réprimée – et à la grève générale. Mais il a dû libérer les syndicalistes et les étudiants arrêtés, et augmenter les bourses étudiantes et le salaire minimum, comme dans le cadre des...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Résonances. L’idée de bien commun, qui irrigue aujourd’hui de multiples projets politiques, fonde la culture européenne.
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De l’Antiquité à la ZAD, des idées en commun

Résonances. L’idée de bien commun, qui irrigue aujourd’hui de multiples projets politiques, fonde la culture européenne.



Le Monde
 |    27.05.2018 à 06h30
    |

                            Claire Judde de Larivière (Historienne)








                        



                                


                            
L’air que nous respirons appartient à tout le monde. Le savoir scientifique sur lequel se fondent la médecine ou l’exploration spatiale tout autant. Matérielles ou immatérielles, les ressources naturelles comme les connaissances forment un bien commun que l’humanité a en partage et qu’elle se doit de protéger. C’est l’idée qui porte aujourd’hui de nombreux projets collectifs dans des espaces sociaux très variés.
Une idée sans étiquette
La ZAD de Notre-Dame-des-Landes en est un bon exemple, où la défense du commun sert de justification à une occupation des lieux et à leur mise en valeur collective. Les habitats partagés qui se multiplient promeuvent quant à eux la nécessaire articulation entre des espaces privés et des espaces de vie commune. Et l’encyclopédie en ligne collaborative Wikipédia, créée en 2001, trouve son origine dans ce désir de faire de la connaissance une ressource libre de droit (les commons).
Utopique ou alternatif, porté par une colère révolutionnaire ou une aspiration familiale au confort collectif, par des zadistes ou des ingénieurs de la Silicon Valley, le commun est aujourd’hui une idée sans étiquette, qui permet des formes d’engagement d’une immense variété, dans leurs objectifs comme dans leurs modalités. Cela explique sans doute le succès sans limite d’une telle notion. Les sciences sociales ne s’y sont pas trompées et s’en sont emparées pour tenter d’en dénouer les strates sémantiques comme les innombrables champs d’application (Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle, de Pierre Dardot et Christian Laval, La Découverte, 2014).
L’histoire n’est pas en reste, car si le commun irrigue aujourd’hui de multiples projets politiques, il ne faut pas oublier sa dimension historique. L’idée de bien commun fonde la culture européenne, de l’invention du politique dans la Grèce ancienne (ta politika, au temps de Périclès, désigne les affaires communes dont les citoyens peuvent et doivent...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Eminent spécialiste des relations internationales, Pierre Hassner est mort samedi, à l’âge de 85 ans
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De la Hongrie à l’Ukraine, l’engagement pour la liberté de Pierre Hassner

Eminent spécialiste des relations internationales, Pierre Hassner est mort samedi, à l’âge de 85 ans



Le Monde
 |    26.05.2018 à 17h03
 • Mis à jour le
28.05.2018 à 10h01
    |

            Gaïdz Minassian








                        



                                


                            

Hanté par les totalitarismes, Pierre Hassner s’est toujours défini comme un défenseur de la dissidence en Europe de l’Est et un opposant à l’URSS. A peine arrivé aux Etats-Unis, en 1956, il apprend le soulèvement de la Hongrie et étoffe ses thèses en faveur d’une éthique internationale de paix.
Douze ans après, en 1968, il suit à distance le « printemps de Prague » et assiste au mouvement de Mai 68 à Paris, qui libère sa sensibilité de gauche. Mais si Raymond Aron glisse à droite dans ses écrits, Pierre Hassner se lie d’amitié avec la gauche antitotalitaire de Michel Rocard. En 1976, à l’occasion du 20e anniversaire de la crise de Budapest, il participe à des meetings de soutien aux libertés à l’Est au côté du sociologue hongrois Pierre Kende, de l’intellectuel franco-polonais Krzysztof Pomian et de l’historien François Furet.

Ingérence morale dans les relations internationales
Marquée par la littérature d’Alexandre Soljenitsyne, la France intellectuelle se déconnecte du monde communiste et s’ouvre à l’Europe centrale. En 1971, grâce à une rencontre avec Aleksander Smolar, l’un de ses étudiants à Bologne qui deviendra l’un de ses plus fidèles amis, Pierre Hassner fait de l’ingérence morale dans les relations internationales une priorité de son engagement au sein des revues Commentaire et Esprit dont il rejoint les comités de rédaction. Mais il privilégie les valeurs d’une gauche libérale aux illusions idéologiques.
En 1991, alors que l’URSS s’effondre, Pierre Hassner se préoccupe du monde de l’après-guerre froide et du retour du nationalisme dans les Balkans en introduisant l’étude des passions comme nouveau domaine de recherche. Il s’engage contre la politique ethnique du président serbe Milosevic et considère que la Bosnie et le Kosovo constituent un enjeu décisif pour la paix en Europe.
Dès 1992, des intellectuels français – comme Antoine Garapon –, accueillis dans les locaux de la revue Esprit,...




                        

                        

